Rédaction libre d’une lettre écrite par le Rabbi plusieurs mois après le décès de son beau-père et prédécesseur, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn de Loubavitch. Cette lettre fut imprimée en introduction d’un livret de Maamarim du Rabbi précédent.
La réalité du Nassi
Loin d’être une simple abstraction, la notion du Rabbi en tant que Nassi constitue une réalité vivante qui irrigue chaque aspect de notre existence. Source intarissable de notre vitalité spirituelle, il nous guide sur le sentier de la Torah et nous relie à notre essence divine.
Tel un berger vigilant, il veille sur son troupeau avec une tendresse infinie. Chaque âme reçoit de lui la nourriture spirituelle adaptée à sa nature unique. Dans l’obscurité de nos épreuves, il se dresse comme un phare lumineux ; face à notre soif spirituelle, il jaillit comme une source d’eau vive.
Par sa présence, nous transcendons nos limitations. Son dévouement sans faille et sa foi inébranlable en chacun de nous nous inspirent à viser plus haut, à sonder les profondeurs de notre être, à révéler les étincelles divines qui sommeillent en nos âmes.
Un guide universel
Quel que soit notre niveau spirituel ou notre position dans l’existence, nous trouvons en lui un guide, un maître, un ami authentique. Il demeure notre source de sagesse et d’inspiration, notre refuge dans le doute, notre consolation dans la peine. Sa vie même témoigne de la sainteté et du dévouement : preuve éclatante de ce qu’accomplit un cœur qui sert D.ieu dans l’amour pur et inconditionnel.
Chacun de nous est appelé à incarner cette vérité dans sa vie quotidienne. Reconnaître le Rabbi comme notre Nassi, chercher son orientation et sa bénédiction dans tous nos actes : voilà notre vocation. C’est par ce lien privilégié que nous puisons dans les courants profonds de sainteté qui nous traversent, et c’est à travers lui que nous atteignons notre source divine la plus élevée.
Le Rabbi accomplit ainsi sa mission essentielle : nous révéler notre potentiel divin, nous accompagner dans notre voyage spirituel, nous hisser vers des sommets inexplorés. Guide, lumière, source d’inspiration et d’espoir, il incarne véritablement notre Nassi — chef de notre peuple, gardien de notre héritage, berger de nos âmes.
Guimel Tamouz : une date mémorable
Nous nous apprêtons à célébrer cette journée exceptionnelle qu’est Guimel Tamouz. Profondément gravée dans la conscience des Hassidim Loubavitch du monde entier, cette date revêt une importance qui dépasse les frontières du judaïsme pour toucher l’humanité tout entière.
Bien que le Rabbi ne soit plus visible parmi nous depuis Guimel Tamouz, sa présence demeure indéniable dans l’existence de centaines de milliers de ses Hassidim et de millions d’admirateurs. Son engagement se perpétue tangiblement dans les milliers d’institutions qu’il a fondées, ainsi que dans la douzaine d’établissements créés depuis cette date mémorable.
La symbolique du chiffre trois
Guimel Tamouz correspond au troisième jour du mois hébreu de Tamouz. Ce chiffre trois porte une signification profonde dans l’enseignement juif. Nos Sages nous enseignent que le monde repose sur trois piliers fondamentaux : l’étude de la Torah, la prière et les actes de bienfaisance. Ils affirment également que le Tsadik constitue le socle de l’univers entier.
La mission de notre génération
Quelle fut la vision qui anima le Rabbi, ce pilier du monde, tout au long de ses décennies de leadership ? Depuis qu’il accepta le manteau de la direction, il exprima clairement l’objectif de notre génération — la septième génération : apporter la Rédemption au monde.
À travers des centaines de discours publics, le Rabbi détailla comment accomplir cette mission par une démarche tripartite, reprenant les trois piliers du monde : l’étude de la Torah, la prière et les actes de bonté.
L’étude renouvelée de la Torah
Notre étude de la Torah doit s’intensifier dans tous les domaines de la connaissance juive, particulièrement dans la Hassidout. L’accent doit porter sur les enseignements qui, omniprésents dans la tradition juive, traitent du Machia’h et de la Rédemption.
La prière ardente
Nos prières doivent se teinter de supplications sincères adressées à D.ieu pour qu’Il apporte la Rédemption. Nous devons crier « Combien de temps encore ? » et même, comme l’explique le Hafets Haïm, exiger la Rédemption avec une sainte audace.
L’amour en action
Enfin, par l’amour du prochain et même par de simples gestes de bonté, nous nous préparons à la Rédemption tout en en accélérant l’avènement.
Puissions-nous être rapidement réunis avec notre Rabbi et témoigner de l’avènement de la Rédemption complète et éternelle.
En 1947, le futur Rabbi de Loubavitch effectue un séjour mémorable de trois mois à Paris pour accompagner sa mère vers l’Amérique. Cette visite marque un tournant dans l’histoire de la communauté Habad française. Le 28 Sivan, date de l’arrivée de la Rabbanit Hanna en Amérique, demeure gravé dans les mémoires comme l’aboutissement de ce voyage exceptionnel.
De la fin du mois d’Adar au 21 Sivan 1947, le Rabbi effectue un séjour prolongé à Paris pour accompagner sa mère, la Rabbanit Hanna, dans sa préparation au voyage vers les États-Unis. Cette visite de trois mois transforme la petite communauté Habad parisienne par les enseignements prodigués et les liens tissés. Le Rabbi organise de nombreuses réunions, célèbre Pessa’h selon la tradition, et laisse une empreinte durable avant de partir le 21 Sivan, permettant à sa mère d’atteindre l’Amérique le 28 Sivan 1947.
L’exode dramatique de Russie
Après la Seconde Guerre mondiale, la Russie permet discrètement aux citoyens polonais de retourner dans leur pays, fermant les yeux sur la falsification massive de documents d’identité. Les Hassidim de Habad saisissent cette opportunité pour fuir vers les pays libres, avec la bénédiction de l’Admour Rayats.
La Rabbanit Hanna, mère du Rabbi, fait partie de ces fugitifs. Elle s’échappe avec les faux papiers de ‘Mouma Sarah’, l’une des organisatrices de l’évasion qui lui sacrifie sa propre identité falsifiée. Cette femme courageuse reste en Russie, sachant que le KGB la recherche, et y trouve la mort.
Après avoir quitté Lvov, la Rabbanit séjourne dans le camp de réfugiés de Pocking avant d’arriver à Paris à la fin de l’hiver 1947. Elle s’installe chez un parent, le Gaon Rav Shnieur Zalman Schneierson.
La première rencontre après vingt années
Vers Pourim 1947, le Rabbi arrive à Paris par avion – la seule et unique fois qu’il utilisera ce moyen de transport. Les Hassidim de Habad souhaitent l’accueillir à l’aéroport, mais pendant leur attente, ils reçoivent un télégramme de l’Admour Rayats : « Béni sois-tu à ton arrivée ». Ils comprennent que le Rabbi est déjà là.
Effectivement, quelques minutes plus tard, le Rabbi arrive en taxi à la maison où réside sa mère. Celle-ci était sortie faire des courses. Le Rabbi se rend alors à la synagogue du deuxième étage chez Rav Schneierson, prie, puis descend retrouver sa mère. Après leur première rencontre en vingt ans, ils s’isolent dans une pièce adjacente.
Plus tard, le Rabbi rejoint les Hassidim pour une réunion. Il évoque alors Yossef qui n’avait pas vu son père pendant vingt-deux années, et fond en larmes devant l’assemblée émue.
Le quotidien parisien du Rabbi
Le Rabbi s’installe dans une chambre d’un hôtel luxueux du centre de Paris, où il passe la majeure partie de ses journées. Rav Yaakov Lipsker s’occupe de lui apporter quotidiennement ses repas.
Chaque jour, le Rabbi rend visite deux fois à sa mère et dîne avec elle le soir. Les Chabatot et jours de fête, il effectue le long trajet à pied pour respecter les prescriptions religieuses.
Les Chabatot, le Rabbi prie dans la synagogue du deuxième étage chez Rav Schneierson. Chaque semaine, on lui fait l’honneur d’une montée à la Torah en troisième ou comme Maftir, et il fait un don de 300 francs.
Les réunions mémorables
Tout au long de son séjour, le Rabbi organise plusieurs réunions avec la communauté Habad locale, principalement les Chabatot et les jours de fête. Ces rassemblements se prolongent souvent jusqu’à l’aube.
Pour le 2 Nissan, le Rabbi tient une réunion chez Rav Schneierson, commençant par un nigoun qu’il présente comme l’une des innovations de l’Admour Rachab. Durant ce séjour, la Rabbanit Hanna révèle aux Hassidim que le 11 Nissan est l’anniversaire de son fils. Les Hassidim demandent au Rabbi une réunion spéciale, organisée cette fois à l’étage supérieur, où il parle de la signification spirituelle des anniversaires.
Le Pessa’h Chéni, le Rabbi organise une réunion plus courte, se terminant à l’heure habituelle de sa visite du soir chez sa mère. Pour Lag BaOmer, il anime deux réunions distinctes : une avec un groupe d’anciens qui ont réussi à quitter la Russie après Pessa’h et séjournent à l’hôtel ‘Prima’, et une autre à la synagogue du ‘Plétzel’ où il exprime avec émotion combien ses prédécesseurs avaient des Hassidim exceptionnels immergés dans l’étude et la prière, tandis que son beau-père doit s’occuper d’enseigner l’alphabet aux jeunes enfants.
Des préparatifs minutieux
Pour Pessa’h, le Rabbi demande à Rav Lipsker de se procurer des raisins frais pour préparer du vin, refusant de se contenter de vin de raisins secs. Il apporte lui-même les matsot de New York.
Le Rabbi exige l’achat de vaisselle neuve pour la fête, un ustensile différent pour chaque aliment, et ordonne à Rav Lipsker de tout faire personnellement sans accepter d’aide. Le Rabbi procède lui-même à l’immersion rituelle de la nouvelle vaisselle.
Les cérémonies de Pessa’h se déroulent chez Rav Schneierson, dans sa grande maison de trois étages : le rez-de-chaussée servant d’entrepôt, l’étage intermédiaire accueillant les réunions – là où se tient le Séder – avec une bibliothèque, le bureau de Rav Schneierson, des salles de classe et une cuisine, et l’étage supérieur comprenant deux appartements et une synagogue.
L’enseignement public
Bien que le Rabbi reste la plupart du temps dans sa chambre d’hôtel, il répond plusieurs fois aux supplications de la communauté locale pour enseigner à la synagogue du quartier du ‘Plétzel’, où il priait durant son séjour parisien de 1933 à 1940.
Lors de sa première intervention, il s’enquiert des habitudes d’étude entre Min’ha et Arvit, puis enseigne pendant deux heures sur la Halakha et le pilpoul autour des paroles de nos Sages dans ‘Ein Yaakov’, suscitant l’émerveillement de tous les auditeurs. L’assemblée demande à l’entendre à nouveau après Arvit, et le Rabbi poursuit son enseignement sur les cours réguliers étudiés après la prière du soir, reliant finalement les trois sujets.
L’action dans la rue
Lors d’une autre occasion, le Rabbi exhorte les membres de la communauté à s’engager dans la diffusion du judaïsme. Face aux objections sur les difficultés, le Rabbi sort dans la rue, monte sur une caisse et agite un mouchoir jusqu’à attirer des Juifs autour de lui. Il commence alors à discuter avec eux de sujets juifs, puis propose d’entrer dans une synagogue proche pour prier Min’ha. Nombreux sont ceux qui suivent le Rabbi dans la synagogue et prient avec émotion.
Des présents chargés de sens
Avant son départ, le Rabbi offre des cadeaux d’adieu aux familles Schneierson et Botman qui l’ont hébergé et servi, lui et sa mère, pendant ces trois mois parisiens.
À Rav Botman, il remet un sidour Torah Or avec le ma’hzor, des fascicules du Hatamim et plusieurs articles et opuscules imprimés en Pologne. Aux femmes, il offre un service luxueux d’assiettes en porcelaine. À la petite Léa Botman, il donne un album de timbres, à l’enfant Shalom Dov Ber Schneierson, cinq Houmachim reliés en un volume et les quatre parties du Choul’han Arouch édition Horev, à l’enfant Shalom Dov Ber Botman, il offre le livre des Ma’amarim en yiddish, à la petite Léa Cohen un album de timbres, au jeune Samuel Men’hem Mendel Botman une bicyclette, et à la petite Myriam Botman une grande toupie.
Plusieurs membres de la communauté reçoivent également des fascicules et opuscules de l’Admour Rayats. À Taïbel Lipsker, le Rabbi envoie par l’intermédiaire de son mari des opuscules de ‘Likoutei Diburim’, et à la petite Ra’hel Donin, il apporte un sidour.
La dernière réunion inoubliable
Le dernier Chabat avant son départ, le Rabbi apporte le journal de détention de l’Admour Rayats, dactylographié sur des pages format folio. Les membres de la communauté se partagent les pages, chacun lisant sa part avant de la transmettre au suivant.
Le dimanche 20 Sivan, dernière nuit avant son voyage avec sa mère par bateau, le Rabbi organise une réunion d’adieu qui dure toute la nuit, plus de onze heures, se terminant vers huit heures du matin. Il sort alors danser avec les enfants de l’école talmudique voisine, venus pour leur nouvelle journée d’étude.
Les moments les plus intenses de cette réunion surviennent quand le Rabbi circule parmi les participants, expliquant à chacun la signification de son prénom selon la dimension révélée et cachée de la Torah, et comment ce nom correspond à ses traits de caractère et à sa mission dans le monde.
Le départ vers l’Amérique : 28 Sivan, une date historique
Le lendemain, lundi 21 Sivan, le Rabbi part à 11h00 du matin en train vers le port. De là, il embarque avec sa mère la Rabbanit sur le navire ‘Mauritania’ en direction des États-Unis.
Le 28 Sivan 1947 marque l’arrivée de la Rabbanit Hanna en Amérique, couronnant ce voyage exceptionnel. Cette date reste gravée dans l’histoire comme l’aboutissement d’un périple qui aura transformé non seulement la vie de la mère du Rabbi, mais aussi celle de la communauté Habad parisienne.
Les transformations profondes
Cette visite de trois mois laisse des traces indélébiles. La petite communauté Habad de Paris sort transformée de cette expérience. Les enseignements prodigués, les liens personnels tissés et l’exemple donné par le Rabbi marquent profondément tous ceux qui ont eu le privilège de le côtoyer.
Les dons en argent collectés, la rédemption d’objets ayant appartenu aux dirigeants précédents du mouvement, l’établissement de branches d’institutions Habad et surtout l’attachement personnel au Rabbi constituent l’héritage durable de ces trois mois parisiens.
Le 28 Sivan demeure ainsi une date charnière, symbolisant non seulement l’arrivée de la Rabbanit Hanna sur le sol américain, mais aussi l’achèvement d’une période fondatrice pour le judaïsme hassidique en France. Cette visite historique de 1947 pose les jalons de ce qui deviendra plus tard un réseau mondial d’institutions et de communautés Habad.
En 1933, fuyant l’Allemagne nazie, le Rabbi s’installe à Paris où il vivra jusqu’en 1940. Son parcours dramatique à travers la France occupée, puis son sauvetage miraculeux vers l’Amérique le 28 Sivan 1941, marquent le début d’une mission spirituelle qui transformera le judaïsme mondial. Cette date historique, célébrée aujourd’hui encore, symbolise la renaissance du mouvement Habad après les persécutions européennes.
De l’installation parisienne en 1933 à l’arrivée providentielle à New York en 1941, le futur Rabbi de Loubavitch traverse une période déterminante de l’Histoire. Son parcours d’exil et de sauvetage illustre la résilience juive face aux persécutions nazies. Le 28 Sivan 1941 demeure une date emblématique pour des millions de fidèles à travers le monde, marquant le début d’une révolution spirituelle sans précédent.
Paris, refuge temporaire face à la montée nazie
En 1933, l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne contraint le Rabbi Menachem Mendel Schneerson et son épouse, la Rebbetzin, à quitter Berlin précipitamment. Ils trouvent refuge à Paris, s’installant initialement rue Blomet dans le 15ème arrondissement, avant de s’établir définitivement à l’Hôtel Max, 9 rue Boulard dans le 14ème.
Cette installation hôtelière n’est pas un choix mais une nécessité : les étrangers non citoyens français rencontrent alors d’immenses difficultés pour obtenir un logement à leur nom. L’Hôtel Max devient ainsi le foyer parisien du futur leader spirituel pendant cinq années cruciales, de 1933 à 1938.
Malgré les conditions précaires, le Rabbi maintient un rythme d’étude intense. Il consacre de longues heures à l’étude de la Torah tout en supervisant les écrits du Rabbi précédent qui lui parviennent pour correction. Ces années parisiennes forgent sa personnalité de leader spirituel, alliant rigueur intellectuelle et proximité humaine.
Une vie spirituelle intense dans la capitale française
Les témoignages de cette époque révèlent un homme d’une générosité exceptionnelle. Dans la cour étroite de l’hôtel, il construit une petite souccah ne pouvant accueillir que deux chaises. Pourtant, il n’hésite pas à céder sa place pour permettre à un fidèle de célébrer la fête dans de meilleures conditions.
Rue des Rosiers, au cœur du Marais juif parisien, il dispense régulièrement des cours de Torah dans les synagogues du 17 et du 25 de la rue. Un épisode particulièrement marquant illustre son dévouement : par une soirée de forte pluie, malgré les conseils de reporter l’enseignement, il déclare fermement : « Je ne serai pas celui qui provoquera une interruption de Torah. » Il brave ainsi les intempéries pour honorer son engagement envers un seul participant.
Cette détermination face aux éléments préfigure sa future résistance face aux épreuves bien plus graves qui l’attendent. Son attachement indéfectible à la transmission du savoir juif devient déjà légendaire parmi la communauté parisienne.
L’occupation allemande bouleverse le destin
Juin 1940 marque un tournant dramatique. L’arrivée des nazis à Paris et le début de l’occupation allemande transforment la capitale française en piège mortel pour les Juifs. Face aux bombardements et à la menace grandissante, le Rabbi prend la décision déchirante de quitter Paris pour rejoindre son beau-père, le Rabbi précédent.
Quelques jours avant Chabbat, accompagné de la Rebbetzin, il abandonne leur appartement du 15ème arrondissement. Leurs biens se résument à quelques affaires personnelles et, surtout, aux précieux cahiers et classeurs contenant les écrits du Rabbi précédent qu’il transporte toujours avec lui.
Cette fuite précipitée s’inscrit dans l’exode massif des populations juives européennes. Mais contrairement à beaucoup d’autres, le Rabbi emporte avec lui un trésor spirituel inestimable qui participera à la renaissance du judaïsme après-guerre.
L’errance en zone libre : de Vichy à Nice
Le périple se poursuit vers Vichy, dans la zone libre contrôlée par le gouvernement de Pétain. Là-bas, il poursuit ses activités religieuses et apporte son soutien aux nombreux réfugiés juifs qui affluent dans la région. Un témoignage émouvant rapporte la rencontre fortuite d’un jeune garçon avec le Rabbi dans les rues de Vichy, frappé par sa simplicité et sa bienveillance naturelle.
En août 1940, le Rabbi et la Rebbetzin gagnent Nice, dans la zone sous domination italienne considérée comme plus sûre. Ils s’installent à l’Hôtel Rochambeau et fréquentent la synagogue locale. Même dans cette situation d’exil et d’incertitude, il continue d’enseigner et d’apporter son aide à la communauté juive locale.
Ces mois d’errance en territoire français révèlent sa capacité extraordinaire à maintenir une vie spirituelle intense malgré l’adversité. Chaque lieu de passage devient une opportunité d’enseignement et de rapprochement avec les fidèles.
La course contre la montre vers l’Amérique
Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, une mobilisation sans précédent s’organise. Le Rabbi précédent, arrivé en Amérique en 1940, et les fidèles (hassidim) déploient des efforts considérables pour obtenir les visas américains nécessaires au sauvetage.
Les démarches administratives s’avèrent complexes et périlleuses. Les papiers transitent entre différents consulats, de Nice à Marseille, nécessitant de nombreux allers-retours bureaucratiques. Chaque jour compte dans cette course contre la montre où la vie du futur leader spirituel se joue dans les méandres administratifs.
Vers le mois de Nissan 1941, les nouvelles tant attendues arrivent enfin : l’autorisation d’entrer en Amérique est accordée. Cette victoire administrative représente bien plus qu’une simple formalité ; elle ouvre la voie au sauvetage et à la future mission spirituelle.
Le voyage périlleux vers la liberté
Un dernier obstacle demeure : trouver une place sur un navire au départ du Portugal vers l’Amérique. Le Rabbi et la Rebbetzin se rendent à Lisbonne mais se heurtent à la pénurie de places disponibles. La situation semble désespérée quand la Providence intervient sous la forme d’une famille juive disposant de billets mais dépourvue des papiers nécessaires.
Cette famille accepte généreusement de céder ses places, permettant ainsi au couple de poursuivre son voyage vers la liberté. Mais un nouvel élément dramatique survient : le Rabbi précédent, par télégramme, demande instamment au Rabbi de ne pas embarquer sur le prochain bateau prévu.
Cette intervention providentielle se révèle salvatrice : le navire en question est effectivement intercepté par les forces ennemies, et ses passagers sont retenus prisonniers sur une île jusqu’à la fin de la guerre. Cette décision de dernière minute illustre la dimension quasi-miraculeuse du sauvetage.
28 Sivan 1941 : l’arrivée historique à New York
Le lundi 28 Sivan 1941, correspondant au 23 juin selon le calendrier grégorien, à 10h30 précises, le bateau Serpa Pinto accoste au port de New York en provenance de Lisbonne. Sur le quai, trois fidèles envoyés par le Rabbi précédent attendent l’arrivée du Rabbi et de la Rebbetzin.
Cette scène d’apparence banale marque en réalité un tournant historique pour le mouvement Loubavitch et, plus largement, pour le judaïsme mondial. Le Rabbi précédent saisit immédiatement la portée de cet événement en écrivant dans une lettre : « Aujourd’hui, 28 Sivan, c’est le jour où le Rabbi et la Rebbetzin sont arrivés ici en Amérique. »
L’émotion de ces retrouvailles après tant d’épreuves et d’incertitudes se mêle à la conscience d’un nouveau chapitre qui s’ouvre. L’Amérique devient le théâtre d’une renaissance spirituelle qui rayonnera bientôt sur le monde entier.
La naissance d’une mission universelle
Cette date du 28 Sivan transcende le simple sauvetage personnel pour devenir le point de départ d’une révolution spirituelle. C’est à partir de ce moment que la vision du Rabbi de transformer le monde en une demeure pour le divin commence à prendre forme concrète.
Les années suivantes voient naître un réseau mondial sans précédent : l’établissement des centres Habad aux quatre coins de la planète permet d’envoyer des milliers d’émissaires (shlou’him) pour toucher chaque Juif, où qu’il se trouve. Cette expansion géographique s’accompagne d’une révolution pédagogique et spirituelle.
Les enseignements du Rabbi, forgés durant les épreuves européennes et mûris en Amérique, touchent progressivement toutes les couches de la société juive. Sa philosophie de proximité et d’ouverture, déjà manifestée dans les rues de Paris et de Vichy, trouve son plein épanouissement sur le continent américain.
Un héritage qui traverse les générations
Aujourd’hui, plus de huit décennies après ces événements dramatiques, le 28 Sivan continue d’être célébré dans le monde entier comme un jour de reconnaissance envers D.ieu pour ce miracle. Cette commémoration dépasse le cadre strictement religieux pour toucher tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la résistance spirituelle face à l’oppression.
Chaque année, cette date devient l’occasion d’un renouvellement de l’engagement envers les enseignements du Rabbi et d’un redoublement d’efforts dans la diffusion de la Torah et l’accomplissement des mitsvot. Les communautés Habad du monde entier organisent des événements spéciaux, des études approfondies et des moments de recueillement.
Pour les fidèles, le 28 Sivan représente également le jour où commença la mission du Rabbi de préparer le monde à la venue du Machia’h. Cette dimension messianique confère à la date une portée eschatologique qui dépasse le simple cadre historique pour s’inscrire dans une perspective de rédemption universelle.
L’histoire du 28 Sivan 1941 illustre parfaitement comment les épreuves les plus dramatiques peuvent devenir le terreau des plus grandes réalisations spirituelles. Du jeune homme contraint à l’exil dans les rues de Paris au leader mondial qui transformera le judaïsme contemporain, le parcours du Rabbi de Loubavitch témoigne de la capacité humaine à transformer l’adversité en source de lumière pour l’humanité.
À l’aube du 13 Iyar 5712 (1952), la Rebbetzin Haya Mouchka apprenait le décès de Rav Israël Aryeh Leib, frère du Rabbi, survenu à Liverpool en Angleterre. Ce qui suivit fut une semaine de deuil d’une discrétion absolue, menée dans le plus grand secret afin de protéger la Rebbetzin ‘Hanna, de la terrible nouvelle. Un journal intime consigne, jour après jour, le déroulement de ces événements hors du commun.
La nouvelle arrive à l’aube
En ce jeudi matin 13 Iyar 5712 (1952), la Rebbetzin Haya Mouchka fit appeler Berel Yunik et le pria de se rendre à son domicile, au 346 New York Avenue, à l’angle de President Street. À son arrivée, elle lui confia qu’elle venait de recevoir des nouvelles alarmantes en provenance de Liverpool, en Angleterre : l’état de santé du frère du Rabbi, Rav Israël Aryeh Leib, était très grave. Elle ajouta qu’elle s’inquiétait pour la Rebbetzin ‘Hanna et pour sa capacité à supporter un tel choc.
Berel Yunik ne saisit pas immédiatement la gravité de la situation et crut qu’il s’agissait d’une crise cardiaque ou d’un incident du même ordre. Quelques minutes plus tard, la Rebbetzin lui demanda de contacter Rav Chemouel Levitin. Lorsque celui-ci arriva, elle s’entretint avec lui pendant environ une demi-heure, et la vérité éclata : le frère du Rabbi était décédé.
Elle expliqua qu’elle avait reçu, tôt ce matin-là, un appel téléphonique de la famille d’Angleterre à la boulangerie de Nostrand Avenue — le foyer ne disposant pas du téléphone —, et c’est là qu’elle avait appris la nouvelle. Au moment où elle rentra chez elle, le Rabbi était déjà parti pour le 770.
La déchirure du vêtement et le début du deuil
Après la prière du matin, Rav Chemouel entra dans la pièce du Rabbi et l’informa du décès. Le Rabbi demanda si d’autres personnes étaient au courant, puis ordonna que tous ceux qui savaient soient convoqués. Rav Leibel Groner fut appelé. Rav Chemouel commença à déchirer le côté droit de son vêtement, et le Rabbi paracheva lui-même la déchirure.
Au moment de la Keriah, le Rabbi demanda à Rav Chemouel et à Rav Leibel Groner de réciter les versets indiqués dans le Siddour. Il s’assit ensuite sur une chaise basse.
L’inhumation devait avoir lieu en Eretz Israël, et il fallait compter environ deux semaines. Le Rabbi s’enquit du moment où le deuil devait débuter, et la décision rabbinique fut que, puisqu’il n’assisterait pas à l’enterrement, il devait commencer le deuil immédiatement, sans attendre l’inhumation.
Le Rabbi rédigea alors une lettre manuscrite adressée à sa belle-sœur en Angleterre et la confia à Berel Yunik pour l’envoi.
Un Minyan discret, cinq bougies et le Kaddich
Un Minyan fut réuni dans la pièce du Rabbi. Rav ‘Haïm Mordekhaï Aïzik Chodakov officia comme ‘Hazzan pour toutes les prières. Le Rabbi ordonna qu’on allume cinq bougies, et cela fut observé chaque jour. Pour sa part, il se limita à réciter le Kaddich. Après le Kaddich suivant Alénou, il récita le chapitre 49 des Téhilim, puis dit à nouveau le Kaddich. Les quatre chapitres de Michna furent lus à voix haute par le ‘Hazzan après chaque prière. Le même ordre fut respecté lors de la prière de Maariv.
Comme c’était un jeudi et que le Rabbi jeûnait dans le cadre du jeûne de Bé’Hav, il ne prit pas de repas. Après Maariv, lorsqu’on lui apporta à manger, il précisa que l’obligation de manger ne s’applique qu’au premier jour de deuil, et que celui qui n’a pas mangé ce jour-là n’est plus tenu de le faire par la suite.
Protéger la mère à tout prix
Le Rabbi veilla avec une attention extrême à ce que sa mère, la Rebbetzin ‘Hanna, n’apprît pas la nouvelle. Avant de lui rendre sa visite quotidienne, il remit à Berel Yunik ses chaussures en caoutchouc afin que les semelles blanches soient noircies et ne trahissent pas le deuil. Il ordonna également qu’aucune lettre de condoléances ne lui fût adressée, et que tout son courrier lui fût d’abord apporté pour vérification, afin qu’aucune lettre portant la nouvelle du décès ne lui parvînt.
Ce soir-là, Berel Yunik accompagna le Rabbi chez sa mère, au 1418 President Street. Le Rabbi s’arrangea pour que la visite fût brève, de sorte qu’elle ne remarquât rien d’inhabituel dans son comportement. Dès son entrée, Berel Yunik appela de l’extérieur depuis un commerce voisin. Lorsque le téléphone sonna, le Rabbi dit à sa mère qu’on la demandait et en profita pour prendre congé discrètement.
En sortant, le Rabbi croisa le fils de Rav Pinye Alhaous. Il le pria d’informer sa famille du décès, mais de n’en rien dire à sa mère, qui n’était pas encore au courant.
Vendredi, Pessa’h Chéni
Lors de la prière du matin, le Rabbi demanda que le passage « Eïzehou Mekoman » fût lu à voix haute par le ‘Hazzan ; il semble qu’il l’ait lui-même récité également. Il en fut de même pour le passage « Pittoum HaKetoreth » avant Alénou.
Après Téhilim, le Rabbi récita le chapitre 49 des Téhilim, puis le Kaddich — et cela après chacune des deux sections.
À Min’ha, il ne dit pas le chapitre 49 des Téhilim, car la veille du Chabbat après midi, on ne récite pas le Tsidouq HaDin. Interrogé sur l’omission de Ta’hanoun tout au long de la semaine, le Rabbi répondit que cela relevait d’une autre raison, afin de ne pas éveiller les jugements sévères. Il indiqua qu’un autre chapitre des Téhilim devait être récité à la place, puis dit le Kaddich.
Le Rabbi se lava les mains et mangea un kazaït de Matsa, selon la coutume de Pessa’h Chéni, et ordonna qu’on lui apportât de la Matsa de la veille de Pessa’h. Il demanda également du vin pour Kiddouch et de la viande.
Chabbat Paracha Emor, 15 Iyar
Le Rabbi pria le Chabbat dans le Beth Hamidrach et récita tous les Kaddichim. À l’issue de la prière, il ne dit pas « Gutt Chabbat », et les ‘Hassidim commencèrent à comprendre qu’il était en deuil, même si cela n’était pas encore officiellement connu.
Il prit ses repas du Chabbat dans sa pièce. Lors de Cha’hrit, il dit également le Kaddich après la lecture de la Torah. Il fut appelé à la Torah pour la Haftara, mais son nom ne fut pas annoncé. À Min’ha, il ne reçut pas de montée à la Torah.
La sortie du Chabbat et les visites de consolation
À Maariv, à la sortie du Chabbat, il retira ses chaussures avant Barekhou, tout en conservant ses habits du Chabbat. Après la prière, il s’assit sur une chaise basse, et les fidèles vinrent lui présenter leurs condoléances. La Havdala fut faite à la maison sur du vin.
Les derniers jours de la Chiva
Lundi 17 Iyar : le Rabbi ne fut pas appelé à la Torah. Après la prière, il récita en privé deux chapitres de Michna.
Mercredi 19 Iyar : la Chiva prit fin ce jour-là. Le Rabbi prononça quelques mots sur le sujet du deuil. Il se rendit au Ohel à l’occasion de Lag BaOmer et parut profondément affecté.
À partir de ce moment, Rav Zalman Dou’hman officia comme ‘Hazzan et récita les Kaddichim.
Une discrétion maintenue jusqu’au bout
Tout au long de cette semaine, le Rabbi continua à rendre visite à sa mère chaque soir, en veillant scrupuleusement à ce qu’elle ne remarquât rien d’anormal. Chaque soir, Berel Yunik devait trouver un prétexte différent pour permettre au Rabbi de s’éclipser rapidement et discrètement.
Ce 13 Iyar on commémore 70 ans depuis la disparition du fils cadet de Rabbi Levi Ytshak, frère du Rabbi, Reb Israel Arye Leib ע »ה.
Voici quelques anecdotes de sa vie, retranscrites par ses parents.
Rabbi Levi Its’hak et la Rabbanit ‘Hanna eurent trois fils, Rabbi Mena’hem Mendel, le Rabbi de Loubavitch, Rav Dov Ber, et Rav Israel Arié Leib. Tous trois avaient une ardeur considérable à l’étude et une profonde concentration. Plus d’une fois, leur mère devait les contraindre à s’interrompre pour prendre leur repas.
Rav Israel Arié Leib habita un certain temps à Leningrad et là, il fut le guide de nombreux jeunes ‘hassidim. Dans les années 30, il s’installa à Tel Aviv et se maria. Les dernières années de sa vie, il vécut à Liverpool en Angleterre pour poursuivre des études scientifiques.
Il quitta ce monde le 13 Iyar 5712 – 1952, des suites d’une crise cardiaque et, à la demande du Rabbi, fut enterré à Tsfat (seule ville sainte d’Erets Israel accessible aux juifs à l’époque).
Rabbi Levi Its’hak et la Rabbanit ‘Hanna furent les parents de trois fils, Rabbi Mena’hem Mendel, le Rabbi de Loubavitch, Rav Dov Ber et Rav Israel Arié Leib. Tous les trois étaient passionnés par l’étude et faisaient preuve d’une concentration intense. Leur mère devait parfois les obliger à s’interrompre pour manger. Rav Dov Ber était particulièrement connu pour son désir d’aider ceux qui étaient dans le besoin. Pendant la guerre, il fut assassiné par les nazis à Igrène, avec tous les Juifs de la ville.
Rav Israël Arié Leïb Schneersohn était le troisième fils de Rabbi Lévi Yits’hak et de la Rabbanit ‘Hannah Schneersohn. Né le 21 Iyar 1909 à Nikolaïev, il reçut apparemment les noms de son oncle (frère de sa mère) Israël Leïb Halévi (qui mourut jeune) et du père de son grand-père, Israël Leïb Yanovski, qui avait dirigé la Yechiva de Romanovka, dans la région de ‘Harsone.
Un génie précoce
Dès son plus jeune âge, on comprit qu’il était particulièrement doué : par nature, il était intelligent et même surdoué. Il savait approfondir ce qu’il apprenait ; son esprit analytique et sa force de concentration lui permirent d’apprendre une somme considérable aussi bien dans la Guemara que dans la ‘Hassidout et la Kabbala. Étant le fils du Rav de la ville, il grandissait de façon remarquable dans l’étude et son nom se murmurait avec respect dans toute la région. Il fut aussi connu, lui avec ses frères – le Rabbi et Reb Dov Ber, que D.ieu venge son sang – sous le nom de FRERE car tous les trois avaient donné une certaine somme d’argent pour les élèves de la Yechiva Tom’hé Tmimim.
À l’âge de trois ans, il récitait déjà des Michnayot par cœur. Un jour, en 1912, son père – Rabbi Lévi Yits’hak – invita le Rav Na’houm Goralnik, qui était alors un jeune homme, à la maison en lui disant : « Je vais vous présenter mon fils ! ». Lorsque Rav Na’houm arriva, le fils aîné de Rabbi Lévi Yits’hak était absent. Alors qu’il s’apprêtait à partir, il remarqua de l’autre côté de la table, un jeune enfant qui avait la tête entre les bras et était absorbé par la lecture d’un livre. Pendant toute la durée de la visite, l’enfant n’avait pas bougé de sa position et n’avait prêté aucune attention à ce qui se passait autour de lui. Reb Na’houm fut très impressionné par le sérieux de l’enfant et fit la remarque à Rabbi Lévi Yits’hak en disant que c’était la première fois qu’il voyait un enfant jouer à un jeu aussi étrange.
« Un jeu ? » répondit Rabbi Lévi Yits’hak qui se pencha et prit le livre des mains de l’enfant : c’était un livre de Michnayot.
« Explique-moi ce que tu as appris ! » demanda-t-il à l’enfant. Celui-ci se mit alors à expliquer la Michna avec une grande clarté et une compréhension impressionnante pour son âge.
Son assiduité à l’étude était phénoménale. Sa mère, la Rabbanit ‘Hanna, était contrainte de l’interrompre de force pour le faire manger ou dormir. L’enfant était si absorbé par l’apprentissage et la compréhension des textes sacrés qu’il en oubliait les besoins les plus élémentaires de son corps.
En 1915, le nom de Rav Israël Arié Leïb fut même mentionné à la table du Rabbi Chalom Dov Ber. Son grand-père, le Rabbi Barou’h Chneor, mentionna que Rabbi Lévi Yits’hak avait un jeune fils qui deviendrait un génie, car il connaissait déjà la Guemara et le Midrach, et il les maîtrisait très bien. Rabbi Chalom Dov Ber demanda : « Quel âge a-t-il ? ». Le Rabbi Barou’h Chneor répondit : « Avec l’aide de D.ieu, il aura d’ici Chavouot neuf ans ! »
Une mémoire phénoménale
Il était doté d’une mémoire phénoménale. Dès qu’il voyait quelque chose, ne serait-ce qu’une seule fois, cela restait gravé dans son esprit et il ne l’oubliait pas. Cette capacité extraordinaire lui permettait d’absorber rapidement et de retenir de vastes quantités d’informations, ce qui contribuait à sa réputation de génie et d’érudit exceptionnel. La richesse et la précision de ses connaissances, acquises grâce à cette mémoire prodigieuse, étaient une source d’inspiration et d’émerveillement pour tous ceux qui le côtoyaient.
Par nature, il approfondissait et analysait chaque détail qu’il étudiait, faisant preuve d’une rigueur et d’une perspicacité exceptionnelles. Un jour, son père, le Rav, remarqua à son propos : « Il a le cerveau du Tséma’h Tsédek ! » Cette comparaison avec le Tséma’h Tsédek soulignait l’immense potentiel intellectuel et la capacité d’analyse dont faisait preuve le jeune homme dans ses études.
Au début, il étudiait au Talmud Torah de la ville avec d’autres enfants, suivant le parcours éducatif traditionnel. Cependant, en reconnaissant les talents exceptionnels de ses trois fils, Rabbi Lévi Yits’hak décida d’embaucher un professeur particulier pour leur enseigner. Cette décision permit à ces jeunes prodiges de bénéficier d’une attention individuelle et d’un enseignement adapté à leurs capacités, leur permettant de progresser rapidement dans leurs études et d’atteindre des niveaux de compréhension et d’érudition remarquables.
Il passa la majorité de ses années d’enfance dans la maison de son père, le Rav. C’est dans ce foyer qu’il s’imprégna de l’atmosphère hassidique, un environnement propice à l’épanouissement de son esprit et à l’acquisition d’un savoir profond. Grâce à cette immersion dans la vie et la culture hassidiques, il acquit des connaissances extraordinaires dans tous les domaines de la Torah, des études talmudiques aux enseignements mystiques et ésotériques du judaïsme.
Rav Sim’ha Gorodetski, qui séjourna un certain temps dans cette maison, écrivit :
« J’ai habité chez Rav Lévi Yits’hak pendant la période des Neuf Jours. J’ai vu comment ce jeune homme est resté debout toute la nuit pour terminer l’étude d’un traité de la Guemara. Une nuit, la Rabbanit m’a appelé pour que je constate combien son fils restait assis durant des heures à étudier sans rien remarquer de ce qui se passait autour de lui : elle entra dans sa chambre (chaque enfant avait sa propre chambre) et l’appela par son nom. Leïbl ne répondit pas. Elle l’appela encore deux fois, mais il ne répondait toujours pas. Elle fut obligée de s’approcher de lui, de le tirer par sa manche, mais même alors il ne bougea pas. Il était vraiment plongé dans son étude. Il n’entendait pas et ne ressentait rien : « Vous voyez combien mon Leïbl est plongé dans son étude ! » dit-elle avec une certaine fierté. »
Par la suite, elle raconta : « Un jour, un vif débat éclata entre mon mari, le Rav, mon fils aîné (le Rabbi) et son jeune frère, Leïbl. C’était à propos d’un passage de ‘Hassidout, au sujet de Ma et Bane. Chacun défendait son point de vue, cassait les arguments de l’autre et apportait les preuves de son argument. Le débat dura plusieurs semaines et, à chaque occasion – pendant les repas, etc. – le débat reprenait. Au bout de plusieurs semaines, Leïbl remarqua : « Tout ce dont nous avons parlé jusqu’à présent ne concernait que l’aspect externe de ce sujet. Mais quelle est la définition propre, essentielle de Ma et de Bane ? » La Rabbanit ‘Hanna conclut : « Mon fils aîné avait expliqué selon le système de pensée ‘hassidique tandis que mon fils cadet l’avait exprimé d’après le système de ‘hakira (recherche théologique). » »
« Il faut du discernement ! »
À l’été 1924, Rav Israël Arié Leïb arriva à Léningrad, où le Rabbi précédent venait de s’installer. Il eut l’honneur de manger à la table du Rabbi, d’entrer librement dans sa maison et d’y séjourner pendant un certain temps. Cette proximité avec le Rabbi précédent fut sans doute une source d’inspiration et de développement spirituel pour le jeune Rav Israël Arié Leïb.
Par la suite, il vécut durant une certaine période dans le même appartement que son frère aîné. Cette cohabitation permit aux deux frères de se rapprocher et de partager leurs expériences, leurs connaissances et leurs réflexions sur la Torah et la Hassidout.
Le ‘Hassid, Rav Dov Ber ‘Hène, de mémoire bénie, raconta :
« Plus d’une fois, lorsque j’entrais dans la synagogue attenante à la demeure du Rabbi, j’apercevais Rav Israël Arié Leïb, que le Rabbi affectionnait particulièrement et auquel il manifestait une attention spéciale. Autour de lui se pressaient de nombreux ‘Hassidim remarquables avec lesquels il discutait de Hala’ha ou de ‘Hassidout. On lui posait toutes sortes de questions en Guemara et en ‘Hassidout : il écoutait, répondait, posait des questions, expliquait de façon toute naturelle comme si cela coulait de source. Les étudiants de la Yechiva de la ville avaient coutume de dire qu’il connaissait dans tous les sens « Same’h Vav », c’est-à-dire tous les Maamarim (discours ‘hassidiques) très profonds de l’année 1906. »
Rav Israël Arié Leïb entrait régulièrement chez Rabbi Yossef Yits’hak pour entendre de sa bouche des explications sur les sujets qui lui posaient problème en ‘Hassidout. Un jour, le Rabbi lui dit qu’il ne répondrait pas à l’une de ses questions car Reb Israël Arié Leïb n’était pas « un récipient capable d’absorber cela ». Il en ressortit complètement brisé et pleura. Quelques jours plus tard, il présenta une autre question au Rabbi, qui répondit alors à la question de la fois précédente. Par la suite, Reb Israël Arié Leïb affirma : « Apparemment, le fait que j’ai pleuré toute la nuit a fait de moi un « récipient », m’a rendu apte à comprendre la réponse. » – (d’après une histoire rapportée par un témoin digne de confiance).
À une autre occasion, le Rabbi déclara à propos des deux frères :
« Combien vous devez être tristes que votre père n’a pas le bonheur de vous voir ! »
À cette période, Rav Israël Arié Leïb fut inscrit à l’Université où ses études l’occupèrent un certain temps.
Rav Moché Doubinski raconta cette anecdote :
« Un Chabbat, le Rabbi prononça un Maamar (discours ‘hassidique) entièrement consacré à la connaissance rhétorique pure et profonde de la ‘Hassidout. Tous ceux qui écoutaient étaient stupéfaits et, à vrai dire, ne comprenaient pas grand-chose. Mais le visage de Rav Israël Arié Leïb restait impassible. Le Chabbat suivant, le Rabbi prononça un Maamar « normal » : Rav Israël Arié Leïb en fut si impressionné qu’il déclara qu’après un tel Maamar, « il fallait boire de la vodka ! » Après Chabbat, les ‘Hassidim organisèrent un « Farbrenguene » (réunion ‘hassidique) et Rav Israël Arié Leïb but, pleura et ne dit pas un mot. On l’entendait seulement de temps en temps soupirer et s’exclamer comme pour lui-même : « Et pourtant il faut du discernement ! » »
Un génie discret
Le ‘Hassid, Rav Ouri Ben Cha’har, qui étudia dans la Yechiva « A’heï Tmimim » à Tel Aviv, raconte un épisode qu’il n’oubliera pas :
« C’était le jour où nous fêtions la délivrance de Rabbi (Yossef Yits’hak Schneersohn) en 1939 ou 1940, dans la synagogue Loubavitch de Tel Aviv qui se trouvait à l’époque dans la rue Montéfiore. Après le Farbrenguen officiel, quelques ‘Hassidim restèrent pour une réunion plus intime. Je me souviens de la présence de Rav M. Gourarié, Rav Na’houm Goldschmidt, Rav Pin’hass Althaus et aussi, Rav Israël Arié Leïb. Le Rav Goldschmidt, qui était un ami proche de « Leïbl » était assis à côté de lui. Après que tous les deux aient bu une quantité appréciable de vodka, Rav Goldschmidt exigea quelque chose de « Leïbl » qui lui aussi exigea quelque chose de Na’houm. »
« Certaines choses, ils les demandaient, mais d’autres, apparemment, ils les exigeaient. Mais l’essentiel était le spectacle qu’ils offraient, comment ils se parlaient avec des paroles qui sortaient du cœur et des larmes qui coulaient de leurs yeux comme de l’eau, comme d’une source qui ne tarit pas. »
« Je n’étais alors qu’un jeune garçon et je ne comprenais pas de quoi ils parlaient mais je garde un souvenir ineffaçable de cette rencontre, avec tous ses détails, comme si cela se passait aujourd’hui. »
Les jours de Sim’hat Torah et Youd Teth Kislev (le 19 Kislev, anniversaire de la libération de Rabbi Schnéour Zalman des prisons tsaristes), il avait aussi l’habitude de boire beaucoup de vodka pendant les « Farbrenguens ».
Un jour, Rav Israël Arié Leïb se retrouva dans la Yechiva « Tom’hé Tmimim » en Pologne. Comme il était le fils de Rabbi Lévi Yits’hak, il se retrouva bien vite entouré par les étudiants. Il discutait avec le Rav Yehouda Héber, le Roch Yechiva (directeur) qui se mit à exposer un texte profond et difficile.
Rav Leïbl se taisait, ce qui laissait aux gens présents l’impression qu’il ne comprenait pas de quoi on parlait tant le sujet était ardu. Ce n’est que quand Rav Yehouda eut terminé que, soudain, Reb Leïbl se mit à parler sans s’arrêter, à la grande stupéfaction des participants qui étaient ébahis par la profondeur de ses paroles sur ce passage difficile.
Au cours des années, Reb Leïbl fut obligé de changer de nom et on ne l’appela plus que Gourarié. Même ses amis l’appelaient ainsi.
Aux côtés de son grand frère
En 1930, il fut obligé de s’enfuir de Russie. Il arriva en Europe et s’installa à Berlin.
Dans cette ville habitait déjà son frère, le Rabbi. Ensemble, ils écrivaient régulièrement à leur père avec lequel ils échangeaient des ‘Hidouchim (nouvelles explications de Torah), aussi bien de Guemara que de ‘Hassidout. De temps en temps, alors que le père leur envoyait ses ‘Hidouchim sous forme de fascicules, les fils répondaient avec des annotations et des remarques extraordinaires.
Dans le livre « Likouté Lévi Yits’hak » (p. 258 à 267), nous lisons les lettres que leur envoyait leur père à la date du 24 Tévet 1932, 19 Kislev et 9 Adar Chéni 1932. Voici quelques extraits de ces lettres : la lettre datée du Motsé Chabbat Chemot, 1932, jour de la Hiloula (anniversaire du décès) de Rabbi Schnéour Zalman, que son mérite nous protège, commence ainsi : « Mes fils chéris, mes trésors de valeur, qu’ils vivent… » et se termine : « Selon la volonté de votre père qui espère que la Miséricorde divine lui permettra de vous revoir en vie, en paix et avec tout le bien ».
D’autres lettres : « B.H. Veille du 19 Chevat 1932 Mes (fils) chéris, mes trésors, puissiez-vous vivre, …Puis-je vous demander, par faveur, de m’envoyer (aussi des remarques sur) les lettres que je vous ai envoyées le 11 Kislev de l’année dernière et du 24 Tévet de cette année…(J’espère que) vous écrirez des remarques sur tous les sujets qui y sont évoqués… Je vous ai envoyé en cadeau un grand fascicule, en express, le jeudi avant Pourim, en guise de Michloa’h Manot (cadeau de Pourim).Vous l’avez certainement reçu. Je vous en prie, confirmez-moi que vous l’avez reçu et consultez-le attentivement… Votre père qui vous aime de tout son cœur et de toute son âme, qui demande et espère de D.ieu, qu’Il aura une grande pitié pour que vous grandissiez et que vous réussissiez dans (l’étude de) la Torah, dévoilée et secrète, de plus en plus haut, pour que vous marchiez dans Ses voies et ses chemins, pour votre bien. Lévi Yits’hak CH. S.
« B.H. Veille du jeudi 9 Adar Chéni, 1932 Mes fils chéris, mes trésors, puissiez-vous vivre de longues années en bonne santé Afin d’accomplir la Mitsva de Pourim d’envoyer des cadeaux l’un à l’autre – (et le sens ici est d’un père à ses fils, ce qui est le secret du concept de père tandis que le « prochain », c’est le secret de « Z.O »). Inclus ici est un fascicule pour vous deux, le grand avec le petit ensemble…et que cette portion vous soit (aussi chère que) si elle était double. Quand vous l’étudierez attentivement et que vous vous fatiguerez à son sujet, je suppose que cela vous sera agréable. Il serait normal que je vous envoie aussi des Michloa’h Manot réelles mais, pour le moment, je suis obligé de me contenter de vous envoyer un cadeau de Torah, par lequel se termine la Meguila (rouleau d’Esther) : « Il parlait de paix pour tous ses descendants ». J’espère qu’avec l’aide de D.ieu, cela vous arrivera à temps pour le repas de Pourim et ce serait vraiment très gentil de votre part de me le confirmer immédiatement. Il serait juste que je vous écrive plus souvent mais – mes trésors – le fait d’écrire m’est très difficile. Cela me prend deux jours pour écrire. Que D.ieu nous aide afin que, l’année prochaine, nous puissions accomplir effectivement la Mitsva de Michloa’h Manot et nous réjouir ensemble durant le repas de Pourim, avec tout le bien révélé, pour nous aussi, Sélah. »
L’immigration en Erets Israël
En été 1933, il ne lui fut plus possible de rester en Allemagne et il décida de monter en Erets Israël. Pour cela, il avait besoin de toute urgence de documents restés en Allemagne nazie et cette démarche était très dangereuse.
Malgré le danger, le Rabbi proposa de prendre le risque lui-même et de voyager depuis Paris – où il s’était installé depuis – en Allemagne, afin d’aider son frère à se sauver.
Mais sa belle-sœur, la Rabbanit ‘Haya Mouchka – que son mérite nous protège – craignant pour la vie de son mari, s’engagea à remplir elle-même cette mission. Ce fut elle qui se rendit dans les bureaux du gouvernement nazi au cœur même de l’Allemagne et qui, grâce à son courage, réussit à mener à bien cette mission.
(De fait, pendant son séjour là-bas, elle dut également répondre à des questions personnelles. Les fonctionnaires allemands qui étaient chargés de remplir les papiers étaient très étonnés que tous les noms de famille – le sien, celui de son mari et les noms de leurs parents et même de la mère de son père – étaient tous des Schneersohn. Ceci éveilla la curiosité de l’administration qui soupçonna l’existence de faux papiers. Même quand les fonctionnaires furent obligés de reconnaître qu’il en était effectivement ainsi, ils lui dirent que quand ils allaient – bientôt – conquérir la France et qu’ils entreraient à Paris, ils sauraient la retrouver, elle et son mari : ils sauraient les interroger et les faire parler ! Mais, D.ieu merci, par des miracles évidents, le Rabbi et la Rabbanit parvinrent à fuir Paris avant leur arrivée…)
En 1934, après que tous les papiers nécessaires eurent été fournis, Rav Israël Arié Leïb put monter en Erets Israël et il s’installa à Tel Aviv. Il travailla comme fonctionnaire-bibliothécaire dans la Bibliothèque municipale de Tel Aviv.
Le mariage
En été 1939, il se fiança avec Melle Génia.
À cette époque, son père était déjà en exil, dans les profondeurs de la Russie, au Kazakhstan, en Asie centrale. Son épouse, la Rabbanit ‘Hanna l’y avait rejoint.
De fait, nulle personne de sa famille ne put participer à ce mariage.
« Un jour », raconta par la suite sa mère dans ses souvenirs de cette période d’exil, « Rabbi Lévi Yits’hak arriva à la maison, le visage éclatant de bonheur : « Nous avons une bonne nouvelle, Mazal Tov ! » Sa bonne humeur et son visage rayonnant m’avaient étonnée car depuis longtemps je ne l’avais vu aussi content. Il me montra une lettre qu’il venait de recevoir de M. Ittkine, de Krivoï-Rog qui annonçait qu’il venait de recevoir une nouvelle en provenance d’Erets Israël : notre fils Leïbl venait de se marier ! » Cette nouvelle était pour nous doublement une bonne nouvelle : c’était le premier signe de vie de notre fils depuis longtemps et, de plus, il se mariait ! Ce fut pour nous une étincelle de lumière qui éclaira l’obscurité de notre exil et cela nous encouragea et nous stimula pour la suite. »
Malgré les difficultés de cette période, Rav Israël Arié Leïb fournit d’énormes efforts pour rester en contact avec le Rabbi et avec les ‘Hassidim qui se trouvaient en Terre Sainte. Il s’installa dans un quartier peuplé de ‘Hassidim et il se rendait souvent dans les « Sim’hot » et les « Farbrenguen » (réunions ‘hassidiques).
Il aimait s’approfondir dans les Maamarim (discours ‘hassidiques) et, en particulier, avec le Rav Na’houm Goldschmidt (que son souvenir soit béni), un ami d’enfance avec lequel il étudiait régulièrement la ‘Hassidout. Il passa de longues nuits avec lui ainsi qu’avec Rav Moché Doubinski à discuter de ‘Hassidout. Il savait expliquer dans des mots simples des concepts profonds, avec une clarté remarquable.
Un jour, Reb Na’houm raconta comment il expliquait la ‘Hassidout : « Il parlait avec des mots très simples et apportait des exemples concrets. Une fois, alors qu’il citait les « mots » de la Kabbala, il soupira et dit : « Le fait que je suis obligé d’employer des mots pareils prouve que je n’ai pas encore vraiment compris ce dont il s’agit ! » J’ai toujours su qu’il avait une intelligence exceptionnelle, mais à ce point ?… »
L’amitié entre Rav Israël Arié Leïb et Reb Na’houm se prolongea bien après qu’ils eurent étudié ensemble au ‘Heder. Leurs relations se transformèrent en une amitié profonde, surtout à partir de l’année 1934, quand Rav Israël Arié Leïb arriva en Erets Israël, suivi de peu par Reb Na’houm.
Ils se rencontraient souvent. Le plus souvent, c’était Reb Na’houm qui lui rendait visite sur son lieu de travail, dans la Bibliothèque municipale de Tel Aviv. C’est là qu’ils discutaient avec passion de ‘Hassidout et d’autres sujets.
En 1941, après que son frère – le Rabbi – fut arrivé aux États-Unis, ils reprirent contact. Très souvent, le Rabbi lui envoyait depuis New York des livres et des fascicules qu’il publiait par l’intermédiaire de la Maison d’Édition Kehot. Plus d’une fois, il fut le premier en Terre sainte qui possédait les dernières parutions et il en faisait profiter les ‘Hassidim autour de lui.
Quand parut pour la première fois le calendrier « Hayom Yom » en 1943, le Rabbi l’envoya à son frère qui, en le recevant, fut enthousiasmé et s’exclama : « Mon frère m’a envoyé son premier manuscrit ! ». Après un certain temps, il se reprit et déclara avec tristesse : « Quel dommage que les gens ne savent pas et ne voient pas ce qui est caché dans ce livre ! »
Par la suite, après avoir lu un certain passage de ce livre, il s’exclama avec stupéfaction : « J’ai toujours su que mon frère avait une bonne tête mais à ce point là, je ne m’en doutais pas ! »
En 1945, le 20 Mar’hechvan, leur première et seule fille naquit. Elle s’appelle Dalia.
Les dernières années de sa vie
À part ses vastes connaissances en Torah, il était très doué pour les langues et pour diverses sciences. En 1948, il reçut une proposition unique de partir compléter ses connaissances en Angleterre. Rav Israël Arié Leïb se tourna vers Rabbi Yossef Yits’hak – de mémoire bénie – et reçut sa bénédiction.
Voici la lettre que lui écrivit Rabbi Yossef Yits’hak : B.H. 17 Kislev 5708 (1948) Brooklyn – Mon ami, qui fait partie de la belle famille, honoré et doué de grandes capacités M. Leïb, qu’il vive longtemps Paix et bénédiction En réponse à la lettre qu’il m’a envoyée le 26 Mar’hechvan dernier, à propos du fait qu’il a décidé de partir en Grande Bretagne pour son travail ; Ce qui m’intéresse, c’est de faire entrer – avec l’aide de D.ieu – la beauté de Chem dans les tentes de Yéfet, de montrer à la jeunesse juive qui admire et aspire à connaître les sciences profanes, qu’elles sont nulles par rapport à la profondeur de la sagesse de la Torah. Je suggère que lors de son voyage, il fasse connaissance avec les grands savants et ceux qui connaissent différentes langues, qu’il s’occupe de faire traduire les livres de la ‘Hassidout ‘HaBaD – en commençant par le livre du Tanya en Anglais, une traduction libre avec des notes fournies qui faciliteront la compréhension des concepts évoqués et leur contenu. Je suis intéressé (à ce qu’il fasse traduire) les biographies des différents Baal Chem, depuis Rabbi Adam jusqu’à notre maître le Baal Chem Tov et ses élèves, le Magguid de Mézéritch avec ses élèves et les livres qu’ils ont édités avec des histoires à leur propos…
En 1950, dans le cadre de son travail et de ses études, il accepta la proposition et partit s’établir en Angleterre, à Liverpool. Il continua là-bas ses études scientifiques, en particulier dans le domaine des mathématiques tout en donnant des cours et en rédigeant plusieurs communications sur ces sujets. Plusieurs de ces articles ont par la suite été publiés. On y découvre de nombreuses innovations en mathématiques.
Son décès
Le 13 Iyar 1952, Rav Israël Arié Leïb mourut. Après la levée de corps à Liverpool, son cercueil fut acheminé à Londres où eut lieu une autre cérémonie. De là, le cercueil fut transporté par bateau vers Paris puis en Israël.
On se demandait si le Rabbi se rendrait à l’enterrement mais, dans un télégramme qu’il envoya à Reb BenTsione ChemTov (qui s’occupa énormément de tout ce qui concernait cette inhumation), le Rabbi écrivit qu’il n’y avait pas assez de temps pour obtenir « un passeport et un visa » et qu’il ne convenait donc pas de retarder l’enterrement.
Selon les directives du Rabbi durant tout le temps du voyage en bateau, le cercueil fut inséré dans un autre cercueil.
Rav Israël Arié Leïb fut enterré dans le cimetière de Tsfat (Safed) et sur sa pierre tombale, on grava une inscription à la mémoire de son frère, Reb Dov Ber – que son sang soit vengé – qui avait été assassiné par les Nazis – que leur nom soit effacé – durant la Shoah et qui fut enterré dans une fosse commune.
Voici le texte inscrit sur la pierre tombale : Ici est enterré Le ‘Hassid doué de qualités Israël Arié Leîb Frère du ‘Hassid doué de qualités, Dov Ber – que son nom soit vengé – Fils du Rav et Gaone, du Rav et ‘Hassid et Kabbaliste, qui agit énormément pour la Torah et les Mitsvot Qui ramena de nombreuses personnes pour qu’elles ne fautent pas Lévi Yits’hak Descendant à la quatrième génération du Rabbi Tséma’h Tsédek Décédé le 13 Iyar 5712 Que son âme soit reliée au fil de la vie.
Le Rabbi se tint informé du bon déroulement du voyage et de l’enterrement, de la façon dont tenait la pierre tombale etc. Après l’enterrement, le Rabbi s’occupa de la nouvelle résidence de sa belle-sœur et de sa fille.
Vingt-cinq ans après le décès, un de ses amis d’enfance entra en Ye’hidout (entrevue privée) chez le Rabbi qui lui dit : « Vous avez bien connu mon frère, racontez-moi quelque chose sur lui ».
L’homme raconta ce qu’il raconta et le Rabbi lui dit :
« Il avait une bonne tête, une bonne mémoire mais il est parti si jeune… Quel dommage ! »
Le deuil
Reb Dov Ber Younik, de mémoire bénie, fidèle de la maison du Rabbi, raconta ce qui se passa alors quand le Rabbi apprit le décès de son frère ainsi que le déroulement de la semaine de deuil :
« Le matin du 13 Iyar 1952, je reçus un coup de téléphone de la regrettée Rabbanit ‘Haya Mouchka : je devais me rendre dans la maison du Rabbi (qui habitait alors au 346 Rue New York, au coin de la Rue Président, au quatrième étage). »
« Elle m’annonça alors que la santé de son beau-frère, Rav Israël Arié Leïb, le frère du Rabbi, n’était pas bonne : « Il ne va pas bien » puis elle ajouta immédiatement qu’elle ne savait pas comment sa belle-mère, la regrettée Rabbanit ‘Hanna accueillerait la nouvelle. Elle craignait qu’elle ne supporte pas la nouvelle. »
« De fait, au début je n’ai pas compris la gravité de la situation et je pensais qu’il s’agissait d’une crise cardiaque ou quelque chose de ce genre. »
« Après quelques minutes de réflexion, la Rabbanit me demanda d’appeler Rav Chmouël Lévitine. Je l’amenais immédiatement. Elle parla avec lui pendant à peu près une demi-heure et ce n’est qu’après cela qu’elle m’informa de la triste vérité. »
« Tôt le matin, la Rabbanit s’était rendue dans le magasin de friandises, Rue Nostrand. C’est là qu’elle téléphona à la famille de son beau-frère à Londres. On lui avait appris qu’il avait rendu l’âme à son Créateur. À son retour à la maison, le Rabbi ne s’y trouvait déjà plus car il était parti au 770. »
« Après la prière, Rav Chmouël Lévitine était entré dans le bureau du Rabbi et lui avait appris la mort de son frère. Il procéda également à la cérémonie de Kria (déchirer le haut du vêtement en signe de deuil) : il commença et le Rabbi continua la déchirure. Rav Leïb Groner l’aida. Puis le Rabbi écrivit une lettre – de sa main – à sa belle-sœur, je suppose que c’était une lettre de consolation et de réconfort et m’a demandé de l’envoyer par la poste. »
« Le Rabbi resta durant la semaine de deuil (« Chiva ») dans son bureau, au 770. Ce fut Rav ‘Hodakov qui fut le ‘Hazane pour chacune des prières qui se déroulaient en présence d’une assemblée volontairement restreinte. À la fin des sept jours de deuil, ce fut le regretté Rav Chnéour Zalman Dou’hman qui assuma le rôle de ‘Hazane (officiant) jusqu’au jour de l’anniversaire de deuil compris. »
« Le fait de ne réunir qu’un Minyane restreint faisait partie du plan préparé par le Rabbi afin que sa mère, la regrettée Rabbanit ‘Hanna ne soit pas mise au courant de la disparition de son fils car cela aurait nui à sa santé. »
Il convient ici de mentionner quelques-uns des moyens employés par le Rabbi pour cacher le triste événement à sa mère :
« Depuis que sa mère était arrivée aux États-Unis en 1947, le Rabbi avait pris l’habitude de lui rendre visite chez elle (elle habitait au 1418 Avenue President) chaque jour, le soir vers 19-20 heures. Afin qu’elle ne se doute de rien, le Rabbi maintint cette coutume même pendant les sept jours de « Chiva ». Pour qu’elle ne lui pose pas de questions sur le fait qu’il portait des chaussures en toile – qu’un trait blanc entourait – j’ai utilisé du cirage noir pour cacher ce fil blanc. »
« Le premier soir, j’ai accompagné le Rabbi jusqu’au coin de l’Avenue Président puis je suis revenu sur mes pas et je suis entré dans un magasin. De là, j’ai appelé la maison de la Rabbanit ‘Hanna. Quand le Rabbi entendit la sonnerie du téléphone, il dit à sa mère qu’elle devait répondre au téléphone et lui souhaita : « Bonne conversation ! » et il sortit de la maison. C’est ainsi que j’ai trouvé toutes sortes d’astuces, en changeant chaque soir de prétexte, tout cela pour que le Rabbi ne soit pas obligé de rester trop longtemps dans sa maison et qu’elle ne remarque pas qu’il respectait les lois du deuil, que D.ieu nous en préserve… »
« De même le Rabbi m’a dit à l’époque qu’il fallait éviter que des gens envoient des lettres de condoléance et me demanda de lui apporter le courrier de sa mère. Il vérifiait puis me demandait d’apporter les lettres qui convenaient dans sa boîte aux lettres. Cela dura plusieurs mois. »
« Sa belle-fille et sa petite-fille lui envoyaient des lettres et écrivaient que leur mari et père était très occupé avec ses études, ce qui faisait qu’il n’avait pas le temps d’écrire. Au bout de quelques mois, la Rabbanit confia à Reb Younik qu’elle s’inquiétait car elle ne recevait plus de lettres de son fils de Londres et que cela lui faisait de la peine. Et elle ajouta : « En parler à mon fils (le Rabbi), je ne le veux pas : il a suffisamment de soucis en dehors de cela. D’ailleurs, en général, j’essaie de ne lui raconter que des choses qui lui feront plaisir. » »
Reb Berel Younik expliqua à la Rabbanit ‘Haya Mouchka que sa belle-mère commençait à se douter que quelque chose, à Londres, ne se passait par comme il convient… Une semaine plus tard, le Rabbi lui confia une lettre que sa belle-sœur adressait à sa belle-mère – la Rabbanit ‘Hanna : dans la marge, le Rabbi avait ajouté quelques lignes, comme si elles avaient été écrites par son frère. Reb Younik la déposa dans la boîte aux lettres.
Ce soir-là, la Rabbanit ‘Hanna annonça, toute joyeuse, à Reb Younik qu’elle avait – enfin ! – reçu une lettre de son fils de Londres…
« Quelques jours avant Chavouot, le Rabbi attira mon attention sur le fait qu’il fallait organiser un système pour que la Rabbanit reçoive un télégramme au nom de son fils et de sa famille en l’honneur de la fête. Apparemment, telle était l’habitude de Rav Israël Arié Leïb : envoyer un télégramme à sa mère avant chaque fête. C’est pourquoi il fallait trouver un moyen d’envoyer un télégramme afin que la Rabbanit ne s’inquiète pas si elle ne recevait pas de télégramme… »
« J’ignorais comment il serait possible de « falsifier » un télégramme – continue Reb Younik – mais la Rabbanit (‘Haya Mouchka) me dit de me rendre au secrétariat du Rabbi, d’en prendre un télégramme quelconque qui serait arrivé ce jour-là et qu’elle me montrerait comment faire. J’ai apporté un télégramme ; elle prit une bouilloire, y fit bouillir de l’eau puis me montra comment utiliser la vapeur. Quand j’eus terminé, Reb Chalom Mendel Simpson écrivit un texte et le même jour, nous avons donc pu envoyer un télégramme à la Rabbanit ‘Hanna… »
« À propos des efforts que j’ai fournis à ce moment-là, le Rabbi m’a dit (il me semble que c’était à la fin de l’année de deuil) : « Je vous ai chargé d’une mission qui semble ne pas correspondre aux recommandations du Choul’hane Arou’h. Que D.ieu fasse que, grâce à cela, vous soyez quitte ! » »
« Nous avons agi ainsi, selon le vœu émis par le Rabbi et la Rabbanit (‘Haya Mouchka) pour chaque fête jusqu’au décès de la Rabbanit en 1964. Ils veillèrent jusqu’au bout à ce que la triste nouvelle ne parvienne pas aux oreilles de la Rabbanit ‘Hanna. »
Le fait est que la Rabbanit ‘Hanna ne sut jamais la vérité comme en atteste l’histoire suivante, rapportée par Reb Yé’hezkel Besser :
« Après le décès du frère du Rabbi, j’ai une fois rendu visite à la Rabbanit ‘Hanna (je lui rendais souvent visite car j’avais été très proche de son fils, Leïbl). La Rabbanit me demanda un jour quand je devais voyager en Europe. Je répondis : « La semaine prochaine ». »
« Elle me demanda si je devais faire une escale à Londres, je répondis que oui. Alors elle me demanda : « Pouvez-vous rendre visite à Leïbl ? » Je compris tout à coup qu’elle n’était pas au courant de la triste vérité… »
Sa famille
Son épouse, Génia de mémoire bénie ; sa fille unique, Dalia, puisse-t-elle vivre longtemps, et les fils de celle-ci : Ariel et Daniel.
La Brit Mila du fils aîné eut lieu à Washington et la Rabbanit envoya non seulement tout le repas de fête mais aussi dix hommes qui participèrent à la cérémonie. Rav Yé’hezkel Besser était le « Sandek » (celui qui tient le bébé sur ses genoux).
Il raconta que Dalia proposa de demander au Rabbi quel nom donner à l’enfant.
Rav Yé’hezkel en discuta avec la Rabbanit et, au bout d’un quart d’heure, celle-ci téléphona et déclara :
« C’est au père et à la mère de décider du nom ! » « Mais ils vous demandent ce que le Rabbi en dit ! » « C’est à eux de décider ! » « C’est le Rabbi qui a dit que c’est à eux de décider ? » Elle rit et dit : « Voulez-vous que je ne vous donne que mon opinion ? » « Non, je suis sûr que vous me rapportez les paroles du Rabbi ! » En riant, elle remarqua : « Cela, ce n’est pas moi qui l’ai dit ! »
Après cela, ils demandèrent aussi conseil quant à l’endroit où effectuer la Brit Mila et, finalement, elle eut lieu à Washington. L’enfant fut appelé Ariel d’après son grand-père, Israël Arié Leïb.
Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson était le petit fils de Rabbi Schneor Zalman de Lady (fils de sa fille Devorah Léah) et le gendre de son fils l’Admour Haemtsaï, Rabbi Dov Ber.
Rabbi Mena’hem Mendel est né de Rabbi Chalom Schakhna le 29 Eloul 5549 (1789). A un très jeune âge, il commença à étudier chez le père de sa mère Rabbi Schneor Zalman, le premier Admour des ‘hassidim de Loubavitch. Ayant constaté que son petit-fils était destiné à la grandeur, le grand-père se consacra à lui et le surveillait comme la prunelle de son œil. Il était heureux du développement de son petit-fils, et lui enseigna le meilleur de sa Torah.
Un jour, le grand-père, auteur du Tanya, le vit jouer avec d’autres garçons. Ils avaient mis une planche en diagonale et jouaient à qui monterait sur la planche et arriverait au sommet. Tout le monde courait, montait sur la planche et avant d’arriver à la moitié, trébuchait et tombait. Le petit Mendele courut, monta sur la planche et arriva au sommet.
Le grand-père, qui était présent, lui demanda : «Mendele, pourquoi as-tu mieux réussi que les autres ?» «C’est très simple, répondit l’enfant. Ils sont montés sur la planche avec les yeux en bas, vers la terre, ils ont vu comme ils étaient haut, ils ont eu le vertige, ils ont trébuché et ils sont tombés. Moi je suis monté sur la planche avec les yeux tournés vers le haut, vers le ciel. J’ai vu comme j’étais petit, j’ai mis toutes mes forces et je suis monté jusqu’à arriver tout en haut de la planche.»
Jusqu’à l’âge de la bar mitsvah, il n’étudia que la Torah révélée, et ensuite, sur le conseil de son grand-père, il entreprit également l’étude de la Torah cachée.
A l’âge de quinze ans, son illustre grand-père le chargea de diverses tâches pour le bien de la communauté. Il lui enseigna à être ordonné dans son travail, et lui disait :
«Mendele, il faut travailler pour être ordonné plus dur que pour être érudit, car l’ordre est l’un des principes de base de tout ce qui concerne le savoir et la qualité du caractère.»
Et le petit-fils ne déçut pas son grand-père. A un très jeune âge, il commença à écrire des commentaires, dont son grand-père lui faisait de grands compliments. Sur son conseil, il épousa la fille de Rabbi Dov Ber, le fils du Rabbi, connu parmi les ‘hassidim sous le nom de Admour Haemtsaï (« le Admour intermédiaire»).
Le Ohel du Tsemah Tsedek et du Rabbi Maharach
Après son mariage, il vécut chez son beau-père en étudiant la Torah et la ‘hassidout dans la sainteté et la pureté. C’est à cette époque-là, racontait Rabbi Mena’hem Mendel, que j’ai appris de mon grand-père à mettre toute ma confiance dans les tsaddikim. Voici ce qui s’était passé: Un jour, Rabbi Schneor Zalman, lui avait demandé : «Mendele, dis-moi de combien est ta dot ? – Deux mille roubles, répondit Rabbi Mena’hem Mendel. – Et que penses-tu faire avec cet argent? lui demanda de nouveau Rabbi Schneor Zalman. – Je vais le donner à un riche de confiance et je gagnerai un peu dessus, répondit le petit-fils. Le grand-père reprit : – Qu’est-ce que cela fait qu’il soit maintenant riche, il se peut qu’au bout de quelque temps il devienne pauvre. Je te conseille de mettre l’argent dans cette boite, la boite de tsedakah, le capital et les bénéfices seront tous en sécurité.»
Rabbi Mena’hem Mendel s’esquiva de la chambre de son grand-père et donna l’argent à un homme très riche et de grande confiance. Au bout de quelques mois, celui-ci perdit son argent et devint très pauvre.
Un jour, le grand-père lui demanda : «Mendele, dis-moi, combien as-tu gagné avec ton argent?» Le petit-fils lui raconta la vérité sur ce qui était arrivé. Alors le grand-père lui dit : «Pourquoi ne m’as-tu pas écouté, quand je t’ai conseillé de donner ton argent à la tsedakah? Pourquoi n’as-tu pas eu plus de confiance dans les paroles de ton Rav qu’un simple juif? Et le grand-père continua à raconter : Un jour, je suis parti de Mezritch et je me suis arrêté en route dans une auberge. Le propriétaire était un homme vieux, honnête et droit. Je lui ai demandé depuis quand il vivait dans cette auberge, et il m’a répondu : plus de cinquante ans. Je lui ai dit: Y a-t-il ici dix juifs pour prier avec un minyan? – Non, répondit-il. Je lui ai dit: «Comment un juif peut-il prier toute sa vie dans la solitude sans jamais entendre la kedouchah et barekhou? Pourquoi ne venez-vous pas vous installer en ville? Ce juif me répondit: Rabbi, ici j’ai ma subsistance, qu’est-ce que je ferais en ville? Je lui ai dit: Si le Saint béni soit-Il nourrit tous les juifs de la ville, il vous nourrira aussi. Et j’ai ajouté : « Sachez que je suis l’élève de notre grand maître Rabbi Dov de Mezritch.»
Au bout d’une demi-heure, j’ai vu des charrettes remplies de toutes sortes d’objets. J’ai demandé: Qu’est-ce que c’est? Le vieux m’a répondu: J’ai fait comme le Rav m’a dit.» Et le Rav ajouta à l’adresse de son petit-fils : «Considère qu’à ce moment-là j’étais jeune, mais quand il a entendu que j’étais l’élève du Rabbi de Mezritch, sans prendre le temps de réfléchir il est allé s’installer en ville. Et toi, tu as entendu de moi qu’il était possible que tu perdes ton argent, et tu ne m’as pas cru.»
Après la mort de son oncle et beau-père, l’Admour Haemtsaï , il refusa de prendre sur lui la direction des ‘hassidim de ‘Habad, car c’était une lourde tâche, et il voulait être un simple ‘hassid comme tous les autres. Voici ce que raconte sur lui son fils Rabbi Chemouël : «Un jour, Rabbi Chemouël est rentré chez son père le «Tsema’h Tsédek» et l’a trouvé en train de marcher dans sa chambre, une profonde douleur inscrite sur le visage. Il eut peur, croyant qu’un malheur s’approchait. A sa question, son père répondit :«Il y a aujourd’hui cinquante ans depuis ma dernière réunion de ‘hassidim. J’avais alors vingt ans, et le lendemain mon grand-père m’a appelé, il m’a parlé du verset «A partir de vingt ans», et il m’a donné sa bénédiction que je réussisse dans l’écriture de commentaires de la Torah, révélée et cachée. Depuis, à chaque réunion où j’étais présent, on m’a honoré d’abord en tant que petit-fils du Admour, puis comme gendre du Admour Haemtsahi. Et depuis que j’ai pris sur moi le joug de la direction des ‘hassidim, il y a une trentaine d’années, je n’ai plus connu le goût d’une réunion de ‘hassidim, c’est cela qui me donne beaucoup de peine.» Et des larmes roulaient de ses yeux.
Mais sous l’influence de ses proches, il assuma la responsabilité des ‘hassidim après la mort de son beau-père. De près et de loin, on venait le trouver pour boire avidement ses paroles. Rabbi Mena’hem Mendel se faisait beaucoup de souci pour ses ‘hassidim. Il acheta un terrain, fonda le village de Chtsedrin et y installa beaucoup de juifs. Son nom se répandit dans le monde entier, et de tous les coins de la diaspora on s’adressait à lui avec des questions. Bien qu’il ait été surchargé de travail, il ne cessa jamais d’y répondre. Il rassembla toutes ses explications halakhiques dans son livre de responsa «Tsema’h Tsédek», en quatre parties.
En 5608 (1848), il fut invité à Saint-Petersbourg à une réunion organisée par le ministre de l’éducation russe, le prince Obrov, qui voulait faire accepter aux rabbanim que les enfants d’Israël apprennent la langue russe et les matières générales. Rabbi Mena’hem Mendel était déterminé à s’opposer à ce que les enfants d’Israël fassent des études générales, et craignant que son attitude ne lui coûte la vie, il emporta avec lui son linceul. Mais son mérite le protégea, il rentra en paix et sortit en paix.
En 5615 (1855), des opposants le dénoncèrent, et sa maison fut placée sous surveillance des autorités. Il alla alors lui-même trouver le gouverneur de la région, qui lui promit de ne pas prêter attention aux délateurs.
En 5620 (1860), il tomba malade et ne guérit plus jusqu’au jour de sa mort le 13 Nissan 5626 (1866). Il avait soixante dix-sept ans quand son âme le quitta dans la ville de Loubavitch. Il ordonna de ne graver sur la tombe aucun titre de gloire, mais uniquement qu’il avait contribué au repentir de beaucoup de gens. Son fils, Rabbi Chemouël, le Maharach prit sa place.
Le 11 Nissan marque l’anniversaire de naissance de Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, septième Rabbi de Loubavitch et figure centrale du renouveau juif mondial. Sa vie, traversée par les tempêtes du XXe siècle, aura été entièrement consacrée à la diffusion de la Torah et à la préparation de la Guéoula. À l’approche de Pessa’h, ce jour anniversaire résonne comme un appel à la liberté intérieure et à la responsabilité collective.
L’anniversaire comme source de sens
Un anniversaire est toujours une occasion solennelle. Mais il est d’abord le repère qui permet de mesurer les progrès réalisés pendant la période écoulée. C’est ainsi que sa célébration fait sens : elle permet de prendre conscience et, ainsi, de rassembler ses forces pour un départ recommencé.
Cette semaine, le 11 Nissan est l’anniversaire de la naissance de Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, celui qui, pour tant de Juifs autour du monde, reste, tout simplement, « le Rabbi ». Un tel jour est, en soi, significatif. Par tout ce qui souligne l’importance de l’idée d’anniversaire, il porte clairement à conséquences. Nos Sages nous l’enseignent : c’est le moment où « sa puissance spirituelle est dominante ». C’est dire qu’il convient de s’y arrêter et d’y réfléchir un instant. De fait, que d’actions entreprises, que d’accomplissements nouveaux, que de lien avec D.ieu renforcé par l’étude de la Torah et la pratique de ses commandements en cette année ! À toute réussite, il existe une source et à toute œuvre une âme. Sans se tromper, chacun sait profondément que c’est dans le Rabbi et son enseignement qu’ici on les trouve.
Il est vrai que, au fil des décennies écoulées, le monde a changé. Alors que les frontières se sont souvent peu à peu effacées, que les moyens de communication ont réduit les distances d’une façon inimaginable il y a peu, que l’homme, ivre de puissance, a tendance à oublier ses faiblesses, voici que le peuple juif revient, avec obstination, à l’héritage millénaire transmis par ses ancêtres. Ouvert au monde, voici qu’il retrouve ces chemins-là qui, venus du passé, garantissent pourtant l’avenir. Et chacun de s’interroger : comment a commencé cette renaissance ? Où en a été le moteur ? Qui en préserve la puissance ? Alors que le 11 Nissan éclaire l’horizon de cette force particulière qu’a l’anniversaire du Rabbi, nous percevons la réponse. Une sagesse, un souci de chaque instant n’ont pas cessé de porter ce ressourcement. C’est à cette cause libératrice que le Rabbi s’est consacré.
Et ce n’est pas un hasard — mais quand l’est-ce ? — si ce jour tombe naturellement à proximité de la fête de Pessa’h. Pourrait-il y avoir meilleure préparation au « temps de notre liberté » que ce jour qui nous rappelle que la liberté est, à la fois, un don et une conquête, comme une force en mouvement dont l’effet ne s’arrêtera qu’avec la Libération majeure, celle qu’apportera le Machia’h.
Origines et formation d’un génie discret
Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson est né le 18 avril 1902 (11 Nissan 5662) à Nicolaïev, en Ukraine, au foyer du Rav Levi Its’hak et de la Rebbetzin Hanna Schneerson. Son grand-père maternel est le Rav Meïr Chlomo Yanovsky, le Rav de Nicolaïev.
Également connu par ses fidèles comme le Rabbi de Loubavitch, il est le septième héritier de la dynastie du Hassidisme Habad, fondée en 1797 par Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi. Il fut l’un des leaders spirituels du judaïsme mondial et notamment de la mouvance loubavitch depuis 1950, à la suite du décès de son beau-père Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn. Il a notamment encouragé et œuvré pour la diffusion du judaïsme et la fondation d’un réseau d’institutions d’études juives et de l’enseignement de la Torah. Le Rabbi de Loubavitch n’a pas eu d’enfants, mais a légué, depuis son décès en 1994, plus de 5 000 institutions à travers le monde.
Il porte le même patronyme que Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, son futur beau-père auquel il succédera, du fait que tous deux descendent, à travers deux lignées différentes, de Rabbi Mena’hem Mendel, troisième de la lignée, le célèbre Tséma’h Tsédèk.
Il passe sa jeunesse à Iékatérinoslav — rebaptisée Dniepropetrovsk par les Bolchéviks — dont son père, le Rav Levi Its’hak, est le Rav. Ce dernier est un maître inspiré de la Kabbale, qui explore le Zohar et le Talmud. Contre toute attente, le futur Rabbi de Loubavitch ne fréquente pas de Yéchiva. En dehors d’un premier maître avec lequel il fait ses premiers pas dans les textes — et auquel il voue une éternelle déférence —, son père est son unique précepteur.
Le Rav Levi Its’hak prescrit à son fils un cursus drastique d’études quotidiennes allouées à la Torah et lui accorde les heures restantes pour s’alimenter, dormir et pour les études profanes auprès de différents professeurs de la ville. L’enfant accumule les lectures, dévore des dictionnaires de langues, tout en passant le plus clair de son temps à étudier les ouvrages dont il devra un jour assurer l’héritage. Sa mère se plaît à vanter ses capacités d’absorption — celles qui lui permettront, le moment venu, de dicter la réponse à une lettre en en lisant trois autres. On sait également qu’il ne prise guère les distractions de son âge et que les livres sont déjà sa patrie.
Pour ce qui est des qualités humaines, sa mère relate tardivement qu’il sauta à l’âge de dix ans dans le Dniepr gelé pour sauver un enfant qui se noyait, et qu’il manqua d’être emporté par le typhus, contracté lors d’une épidémie après s’être porté secouriste volontaire. Le jeune homme s’intéresse à tout, c’est-à-dire à tous les déploiements intellectuels dont il fera plus tard usage pour « valoriser le Créateur et la profession de foi rédemptrice de la Torah ». Il s’inscrit en candidat libre dans divers établissements et y obtient des diplômes.
La rencontre avec le Rabbi Précédent et les années d’errance
Au moment où il rencontre Rabbi Yossef Its’hak en 1923, à Rostov, il est quasiment inconnu de la communauté ‘hassidique qui campe autour du maître. Celle-ci est même un peu surprise par ce jeune homme de vingt et un ans, impeccablement mis et aux manières raffinées — d’autant plus que l’on saura vite que le sémillant jeune homme est destiné à épouser la dernière des filles du Rabbi : Haya Mouchka Schneerson. Le Rabbi rassure ses disciples en attestant que ce jeune homme un peu suspect connaît mot à mot les deux Talmud et les grands décisionnaires, et que les larmes qu’il verse lors du Tikoune ‘Hatsot — ces lamentations que les très pieux récitent quotidiennement à minuit — sont indicibles.
En 1927, le régime de Staline commence à réprimer les institutions religieuses, et Rabbi Yossef Its’hak, qui ne laisse planer nulle équivoque sur le mépris qu’il voue à ce régime et du peu de cas qu’il fait de son règlement, est arrêté. La sentence de mort prononcée contre lui est commuée en exil, et durant l’été suivant, il doit quitter la patrie du ‘hassidisme pour Riga, où il établira pendant six ans son « gouvernement en exil ». Il emmène sa famille, ses proches disciples et son futur gendre.
Le 27 novembre 1928, à Varsovie, Rabbi Mena’hem Mendel épouse la fille de Rabbi Yossef Its’hak, la Rebbetzin Haya Mouchka Schneerson. Ce mariage est célébré dans la capitale polonaise, haut lieu du judaïsme d’Europe centrale. Des sommités rabbiniques, dont la ville foisonnait à l’époque, eurent alors l’occasion de mesurer la texture intellectuelle de cet homme apparu ganté de blanc qui leur offrit une matière édifiante.
Le nouveau couple part ensuite s’installer à Berlin, où le futur Rabbi fréquentera l’université et un grand nombre d’intellectuels juifs — il se souviendra par la suite d’y avoir vu Albert Einstein jouer du violon.
En 1933, la montée au pouvoir du nazisme les fait quitter Berlin pour Paris. Là, il fréquentera la Sorbonne et d’autres établissements de l’enseignement supérieur, tout en revivifiant l’esprit des nombreux réfugiés que la tourmente commence à déverser dans la Ville Lumière. Il assure aussi un cours quotidien à l’oratoire du 17, rue des Rosiers.
Ceux qui fréquentent le couple, qui habite à quelques pas de la station Mouton-Duvernet, attesteront que l’ouverture de cet homme aux êtres et aux idées cohabite avec une piété méticuleuse. De son séjour dans la capitale française, le Rabbi gardera toute sa vie un attachement particulier au judaïsme français, dont l’histoire par la suite le lui rendra bien. Au point que lors d’un mémorable Sim’hat Torah en 1974 à New York, en présence de quelque cinq cents Français, il fit danser l’assistance sur l’air de la Marseillaise qu’il entonna sur les paroles d’un cantique à la gloire de D.ieu, récité le Chabbat et les jours de fêtes à la synagogue.
Suite à l’invasion de la France en 1940, il quitte Paris pour la zone libre. Son périple le conduit à Vichy puis à Nice. Certains témoignages attestent qu’il y eut des liens avec la résistance locale, et qu’il emmena même des jeunes en montagne la nuit pour confectionner des Matsot à l’approche de Pessa’h.
Entretemps, en Russie, son père exaspère les Bolchéviks en refusant de jouer leur jeu. Une nuit précédant la fête de Pessa’h 1939, le NKVD fait irruption chez lui et l’emmène. Après avoir transité de prison en prison, il est envoyé en exil dans un cloaque du Kazakhstan, où il décède le 9 août (20 Av) 1944 dans un état de déchéance physique. C’est là-bas qu’avec de l’encre confectionnée par son épouse — laquelle l’aura rejoint entre-temps — il écrira ses commentaires kabbalistiques du Zohar, sur les marges des quelques livres qu’il aura pu emporter. Son fils les publiera par la suite et les commentera abondamment.
En mai 1941, le Rabbi et son épouse embarquent à Marseille pour Barcelone. Peu après, ils embarquent à Lisbonne pour accoster à New York le 23 juin 1941. Son beau-père s’y trouve depuis mars 1940, après avoir échappé d’une façon aussi rocambolesque que miraculeuse à l’anéantissement des Juifs de Varsovie.
L’avènement : le septième Rabbi de Loubavitch
Rabbi Mena’hem Schneerson, qui arrive à New York, est aussi méconnu de la colonie loubavitch américaine qu’il l’était de l’entourage de son beau-père en Russie. Dans un premier temps, il se consacre exclusivement à la maison d’édition fondée par son beau-père, chargée de publier l’immense patrimoine accumulé depuis deux siècles.
Mais la santé de son beau-père décline, et il est appelé à le remplacer pour célébrer les Farbrenguen, ces réunions ‘hassidiques au cours desquelles les interventions du Rabbi alternent avec les chants. C’est ici que l’on découvre la trempe de cet intellectuel que son beau-père appelle « mon ministre de la culture ». Dans ses interventions, il fait sauter les clivages qui cloisonnent apparemment les diverses disciplines du savoir accumulé par la tradition juive. Le pilpoul talmudique est soudain chamarré de Kabbale, le sens littéral s’illumine quand la sève du Hassidisme Habad les irrigue et les irradie. Cet homme qui n’a pas cinquante ans fait boire, danser, exulter et réfléchir des doctes qui ont parfois deux fois son âge et qui n’aperçoivent rien de semblable dans leur expérience passée.
Au printemps 1947, il effectue son ultime voyage à l’étranger en revenant à Paris accueillir sa mère, qui a réussi à quitter l’Union soviétique. Il ne quittera plus jamais son fief de Crown Heights, à Brooklyn.
Le 17 janvier 1951 (10 Chevat 5711), Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson reprend le siège laissé vacant par la Histalkout (décès) de son beau-père un an auparavant, et devient le septième Rabbi de Loubavitch. Il abat très vite ses cartes, et sa profession de foi se résume en un mot : « Oufaratsta » — tiré du verset biblique de la Genèse 28, 14 : « Ta descendance sera (innombrable) comme la poussière de la terre ; et tu t’étendras à l’ouest, à l’est, au nord et au sud » —, soit la « diffusion de la Torah et de ses valeurs vers tous les horizons juifs qu’elles n’ont pas encore atteints ». C’est le saut à corps perdu dans cette entreprise qui attestera du véritable attachement de ses ‘hassidim à son enseignement. Les Farbrenguen qu’il célèbre — lesquels peuvent parfois durer huit heures et plus, et durant lesquels il discourt sans notes — exaltent jusqu’à ceux qui n’entendent pas un mot à son yiddish talmudique et didactique.
Un enseignement qui embrasse l’universel
Dans ce foisonnement d’enseignements, une profession de foi générique : le refus de relativiser le moindre aspect d’une Torah divine, servi par un désir effréné d’ancrer chaque enseignement dans le monde du concret. Le déploiement intégral de toutes ses interventions approche la centaine de volumes. Il discourt et chante, mais écrit aussi, et à tous : aux Rabbanim, aux hommes d’État, à des artistes, des écrivains — Élie Wiesel compte parmi ceux dont il a marqué l’esprit —, à des enfants et à tous ceux qui recherchent son conseil. Quelque trente volumes de sa correspondance ont été publiés.
Il reçoit aussi beaucoup. Pendant plus de trois décennies, il donnera à raison de deux nuits par semaine des audiences privées lors desquelles, durant parfois un tour d’horloge complet, il écoute et conseille ceux qui auront sollicité un entretien. Il intercède aussi pour ceux qui lui en font la demande, passant régulièrement des heures, à jeun et parfois sous un soleil de plomb, à lire sur le Ohel de son beau-père les demandes de bénédictions qui affluent chaque jour à son secrétariat.
À l’âge de 76 ans, après un accident cardiaque survenu au beau milieu de la joie des danses de Sim’hat Torah en 1978, il récupère difficilement mais continue, refusant de prendre du repos malgré les inquiétudes de son entourage. Il célèbre un Farbrenguen toutes les semaines, sans compter des interventions publiques inopinées à l’issue des offices du soir. Les audiences particulières, interrompues après son incident cardiaque, reprennent sous la forme du « dollar » qu’il distribue chaque dimanche matin à des centaines de personnes — religieux, non religieux, hommes, femmes et enfants, célébrités de toutes sphères — qui passent devant lui, parfois pendant huit heures d’affilée, pour demander sa bénédiction et son conseil, qu’il s’agisse de questions de Torah, de travail, de relations personnelles ou d’études.
L’annonce messianique et les dernières années
Au début des années 1980, le Rabbi passe l’ultime et incontournable vitesse. Il annonce que les pas du Machia’h résonnent déjà et engage tous ceux qui y aspirent à les hâter, en s’en faisant l’écho par l’étude des enseignements et des lois liés à l’ère messianique, et en s’attachant à convaincre tous ceux qu’ils peuvent atteindre que la venue du Machia’h est une réalité qui n’attend que notre foi en elle pour prendre corps. Dès lors, à chacune de ses interventions, il accentuera l’urgence de l’effort à déployer pour faire aboutir l’ultime parachèvement de la Création. Parallèlement, il encourage avec force, dans de nombreuses allocutions, le peuple juif à exhorter tous les peuples de la planète à accomplir leur part dans la Création — but de leur venue sur terre — en respectant les Sept Lois de Noé, car D.ieu n’a pas uniquement donné à Moïse sur le mont Sinaï les décrets concernant le peuple d’Israël, mais aussi les lois concernant l’ensemble de l’humanité.
Au début des années 1990, il déclare que les bouleversements politiques intervenus en Europe, qui mettent fin à la Guerre froide, sont un signe caractéristique du prochain avènement messianique. Il relie le fait que ces mutations se soient effectuées sans effusion de sang aux prémices d’une ère de paix universelle.
Lorsqu’éclate la première Guerre du Golfe, il déclare qu’il s’agit de la réalisation des termes du Midrash Yalkout Chimoni annonçant, pour « l’année où le Machia’h se dévoilera », la guerre du dirigeant de la Perse contre un pays arabe et le désarroi mondial qui en résultera. Suivant l’agencement du récit du Midrash, qui relate la façon dont le Machia’h rassurera le peuple juif et annoncera la délivrance en se tenant sur le « toit du Temple » — lieu profane qui, selon le Rabbi, fait allusion à une terre extérieure à Israël —, le Rabbi ne cesse d’encourager la population d’Erets Israël et annonce prophétiquement qu’il n’y aura à craindre aucune attaque non conventionnelle, et que la guerre se terminera à Pourim, contrairement aux prévisions de tous les experts stratégiques. Dans la confusion régnante, il est l’une des voix qui rassérène et donne espoir aux Juifs du monde entier.
Le soir du 12 avril (28 Nissan 5751) 1991, il admoneste ses ‘hassidim en exposant tout l’effort qu’il leur demandait. Il affirme avoir accompli le travail qui relevait de sa tâche, et que le reste appartient désormais à ceux qui l’écoutent.
Il passera l’année suivante à commenter la section hebdomadaire de la Torah, s’attachant particulièrement à montrer comment le monde dans sa finitude, tout autant que l’homme dans son humanité, sont des vecteurs de l’Infini. Engageant chacun à révéler cette dimension dans sa vie quotidienne, il ne cesse d’annoncer qu’il suffit « d’ouvrir les yeux » pour prendre conscience que le seuil de la Rédemption est accessible. Plusieurs de ses éminents ‘hassidim perçoivent dans un nombre considérable de ces discours la proclamation indirecte, par le Rabbi lui-même, d’être le Machia’h.
Le 2 mars 1992, alors qu’il se trouve au Ohel de son beau-père, une violente attaque cérébrale le soustrait aux yeux d’une communauté juive suspendue à ses lèvres. Après des mois de convalescence — durant lesquels il n’a cessé de répondre aux demandes de bénédictions — et désormais atteint d’hémiplégie, il réapparaît dans sa synagogue le jour de Roch Hachana de l’année hébraïque 5753 (1992). Trois semaines plus tard, le jour de Sim’hat Torah, il réapparaît aux yeux des ‘hassidim dans sa synagogue.
Un héritage vivant qui traverse le temps
Le 12 juin 1994 (3 Tamouz 5754), le Rabbi quitte ce monde. Que ce soit en priant dans sa maison d’étude du 770, ou au Ohel — tombe du Rabbi et de son beau-père —, visitée par des centaines, voire parfois des milliers de personnes chaque jour, énormément de Juifs et de non-Juifs de par le monde déclarent continuer de recevoir miraculeusement conseils et bénédictions de sa part.
Son enseignement, son réseau mondial de Chlou’him, ses institutions d’étude et de rayonnement de la Torah continuent, plus de trente ans après sa disparition, de transformer des vies et d’illuminer des horizons que lui-même avait, avec une lucidité prophétique, entrevus depuis longtemps.
Le 11 Nissan 5772 (2012), une assemblée fervente s’est réunie au Beth Haya Mouchka de Paris pour célébrer le 110e anniversaire du Rabbi, dont la présence spirituelle demeure vivace au cœur de chaque rassemblement hassidique. Au fil d’un discours nourri d’enseignements profonds, le Rav Azimov a exploré la signification de cet anniversaire exceptionnel, le rôle des écrits laissés en héritage, l’appel à l’unité du peuple juif et la mission urgente d’accélérer la Guéoula. Des chants et des histoires touchantes ont jalonné cette soirée d’une intensité rare, rappelant à chacun sa capacité à transformer le monde.
Ce soir, nous sommes tous réunis pour célébrer l’anniversaire du Rabbi, qui atteint aujourd’hui ses 110 ans. Mais une question se pose naturellement : quel sens donner à un anniversaire lorsque la personne en question ne se trouve plus dans ce monde physiquement ? Il est tout à fait naturel de fêter l’anniversaire d’une personne qui vit parmi nous, dans un corps, dans le monde matériel. Mais lorsque quelqu’un se trouve déjà dans les sphères supérieures, les mots semblent manquer pour expliquer cette réalité.
C’est là qu’intervient l’enseignement du Rabbi lui-même, qu’il a expliqué à de nombreuses reprises, et de façon limpide : il ne s’agit pas d’une question de présence ou d’absence. Le Rabbi a eu recours à la métaphore d’une maison à plusieurs étages. Lorsque quelqu’un quitte ce monde, cela ne signifie pas qu’il a quitté la maison — cela signifie qu’il est monté au premier étage, puis peut-être au deuxième, et encore au-delà. Il est toujours dans la même demeure. C’est pourquoi il est difficile de dire simplement que la Nechama se trouve « en paradis » dans un sens qui impliquerait un éloignement. On sait parfaitement que le Rabbi se trouve dans les hauteurs — mais il est avec nous. Il est avec nous, il nous guide, il est en train de nous inspirer. Sa présence est certaine, même si elle n’est plus comparable à ce qu’elle était lorsqu’il était parmi nous physiquement.
Pour un homme ordinaire que l’on ne voit plus, on pourrait dire : il n’est plus là. Mais pour le Rabbi — et cela est attesté dans les sources saintes — son attachement à ses Chlou’him et à son peuple ne disparaît pas avec le corps. Il est gravé dans les cœurs, et il demeure toujours présent à travers ses écrits, ses enseignements, et la force qu’il continue de transmettre.
L’anniversaire : un moment de montée et de réflexion
Le jour de l’anniversaire est un terme d’une importance capitale, comme l’a explicité le Rabbi lui-même. Ce jour est important pour le monde matériel, et à plus forte raison pour les sphères supérieures. Le Rabbi en a parlé lorsqu’il a eu 80 ans — il y a 30 ans de cela — et il a décrit en détail ce que représente l’arrivée du jour anniversaire pour une âme.
C’est le moment où chacun est invité à réfléchir : est-ce que je suis en train d’accomplir la mission pour laquelle je suis venu en ce monde ? Est-ce que je la réalise comme il le faut ? Tout le monde est interpellé en ce jour : est-ce que l’on fait ce que D.ieu demande ? C’est le sens profond du Yom Houledet — le jour de la naissance.
Pour le Rabbi, cet aspect est encore plus important. Comme il l’a dit lui-même : il est en train de monter au ciel, et il laisse un héritage unique. Lorsqu’un grand maître place sous son idéal tout un peuple, et lui lègue son enseignement sous forme de manuscrits, de livres, de discours — cet héritage le rend toujours présent. De même que D.ieu a dit par la Torah : « Je suis dans la Torah » — et que la Torah reste toujours présente parce qu’Il est présent à travers elle — de même le Rabbi a dit : « Je monte au ciel, et je vous laisse mes écrits. » Ses écrits, c’est lui. Et c’est la raison pour laquelle, même après son départ de ce monde, le jour de son anniversaire continue de vivre et de rayonner.
Il est enseigné que les grandes âmes, en paradis, font une fête le jour de leur anniversaire — un jour de descente de bénédictions sur ceux qui sont encore dans ce monde. Aujourd’hui, le Rabbi est en train de faire une très grande célébration là-haut, dans les sphères supérieures. Et il regarde avec amour la mission que ses Chlou’him sont en train d’accomplir, et les écrits qu’il a laissés pour nous guider.
Pourquoi se réunir ensemble pour cet anniversaire ?
Une question peut sembler légitime : pourquoi est-il nécessaire de se rassembler tous ensemble pour fêter cet anniversaire ? Ne suffit-il pas que chacun, chez soi, à la maison, prenne de bonnes résolutions dans son cœur ? Ne pourrait-il pas décider seul, en silence, ce qu’il va faire de mieux désormais ?
La Torah répond très clairement à cela. Lorsque l’on prend une décision collectivement, lorsque l’on est tous réunis ensemble, cette décision prend une force incomparablement plus grande. C’est quelque chose qui touche bien davantage les cœurs, parce que l’union des forces décuple l’engagement. On ne peut pas imaginer combien cela est important aux yeux de D.ieu lorsque tous ses enfants se trouvent réunis ensemble.
Voici la plus grande joie, la plus grande satisfaction pour des parents : voir leurs enfants tous unis, en bonne entente entre eux, avançant tous dans la même direction, avec la même idée de progresser dans la Torah et dans le service de D.ieu. Nous sommes les enfants du Rabbi. Il est tout à fait naturel que des enfants assistent à l’anniversaire de leur père. De même qu’il est normal que des enfants se rendent à l’anniversaire de leurs parents, il est tout à fait normal que nous, les enfants du Rabbi, venions assister à son anniversaire. Et lorsque nous sommes tous là, ensemble, cherchant tous à progresser et à faire mieux — c’est cela la plus grande source de joie et de Nah’at pour le Rabbi.
Et il y a encore un point capital : le Rabbi lui-même est en train de monter de niveau. Chaque anniversaire marque une ascension supplémentaire dans les sphères supérieures. Et comme lui monte, nous montons avec lui — chacun à son niveau, mais tous en mouvement vers le haut. L’anniversaire du Rabbi ouvre un nouveau courant, une nouvelle époque dans la vie du peuple juif. Même si l’on a été bien jusqu’à présent, on peut faire encore mieux — et c’est précisément le sens de cette réunion.
Ce que le Rabbi a montré : même un lundi ordinaire peut devenir autre chose
Voici quelque chose que l’on peut percevoir ce soir même. Chacun d’entre vous était chez soi avant de venir ici. Chacun se trouvait à son niveau, dans son quotidien. Et regardez maintenant : après avoir dansé ensemble, après avoir étudié ensemble, après s’être retrouvés tous réunis — on repart chez soi dans un tout autre état d’esprit. C’est tout à fait différent de ce que l’on était en arrivant.
C’est cela que le Rabbi a montré au monde : même un lundi ordinaire peut devenir autre chose. Lorsque quelqu’un étudie la Torah, lorsqu’il fait des visites tout au long de la semaine et consacre ses journées à D.ieu — c’est une façon d’être totalement différente. Et lorsqu’arrivent les jours de fête, de Chabbat, d’anniversaire — ces jours sont encore plus différents. Le Rabbi a enseigné que dans les jours de fête, c’est l’entourage qui doit ressembler à la personne, et non la personne à son entourage. On ne se laisse pas emporter par l’ambiance du monde environnant — c’est l’ambiance du monde qui se transforme autour de celui qui vit selon la Torah.
110 ans : le parallèle avec Yossef Hatsaddik
Le chiffre 110 n’est pas anodin dans la tradition juive, et il est important de s’y arrêter. Il est rapporté que David Hamelekh n’avait pas d’années à lui — plusieurs personnes lui avaient donné des années de leur vie, si bien que sa durée de vie fut en quelque sorte composée des dons d’autrui. Mais Yossef Hatsaddik, lui, a vécu 110 ans qui lui appartenaient pleinement. C’est dit explicitement dans la Torah : Yossef a vécu 110 ans. Et après lui, après sa génération, c’est au tour des générations suivantes — les enfants de Yossef, ses petits-enfants — de porter l’héritage.
De même pour le Rabbi : en atteignant 110 ans, il entre dans une dimension analogue à celle de Yossef. Et comme après Yossef les générations suivantes ont pris le relais, de même c’est à nous maintenant — les enfants du Rabbi, ses Chlou’him dans ce monde — de porter son héritage et de le faire avancer encore plus loin. Tout ce que les générations précédentes ont accompli depuis le Baal Chem Tov sert de fondation. Et maintenant, avec les forces nouvelles que cet anniversaire ouvre, on peut faire encore plus.
Le 110e anniversaire est donc un anniversaire tout à fait particulier. Le Rabbi monte encore d’un niveau — comme Yossef a progressé dans les niveaux les plus élevés — et nous, ses enfants spirituels, nous progressons avec lui.
La lettre du Rabbi : celui qui donne sa vie pour la diffusion mérite la bénédiction divine
Il y a trente ans, une nouvelle époque s’est ouverte, et la force du Rabbi — les bénédictions qu’il accorde — se trouve infiniment plus puissante, et toujours plus importante. Il existe une lettre du Rabbi dans laquelle il dit, avant même de quitter ce monde : lorsque quelqu’un fait tout son possible pour le travail de la diffusion de la Torah, lorsqu’il a donné sa vie pour ce travail de rapprochement des Juifs et de sanctification du monde, il mérite d’être béni par D.ieu — non seulement d’une bénédiction ordinaire, mais d’une bénédiction où même le bien caché se révèle au grand jour.
Cette lettre est une promesse du Rabbi à tous ses Chlou’him : prenez de bonnes décisions, engagez-vous pleinement dans la mission, et tous les membres de la maison Habad ainsi que tous les Rabbanim seront non seulement présents pour la Guéoula — mais ils seront là pour l’accueillir pleinement, dans toute sa splendeur.
Les écrits du Rabbi : comme un feu inépuisable
On dit que lorsque l’on s’approche d’un grand feu — même si l’on vient pour la deuxième, la troisième fois — on trouve à chaque fois encore plus de richesse, encore plus de chaleur, encore plus de lumière. C’est exactement ce que sont les écrits du Rabbi. On peut les lire une fois, deux fois, trois fois : à chaque lecture, on y découvre des profondeurs nouvelles, des niveaux insoupçonnés.
C’est pourquoi chaque fois que l’on se rassemble, chaque fois que l’on étudie ses enseignements, on ne revient pas à quelque chose de déjà connu — on s’élève encore davantage. Cette richesse inépuisable est le témoignage vivant de la grandeur du Rabbi et de l’éternité de son œuvre.
La table de Chabbat et la Mezouza : un enseignement pour notre époque
Le Rabbi a livré sur ce sujet un enseignement halakhique d’une grande profondeur. On sait que lors du Kiddouch de Chabbat, les Hallot restent sur la table, recouvertes par la nappe — on ne les déplace pas, on ne soulève pas le plateau pour laisser passer. Certains ont l’habitude de procéder d’une certaine façon, d’autres différemment. La pratique répandue est de laisser les Hallot sur la table, couvertes, et de dévoiler légèrement la nappe pour montrer que l’on s’en occupe — mais ni le plateau ni les pains ne sont déplacés.
La question que l’on peut poser est la suivante : pourquoi agit-on ainsi ? Pourquoi ne soulève-t-on pas les pains, ne les déplace-t-on pas sur le côté le temps du Kiddouch ? Et là, le Rabbi donne une explication d’une grande portée : c’est que l’on doit montrer que l’on s’occupe de tous les détails — la table, les pains, chaque élément. Rien ne doit être écarté du côté, même pour un instant.
Puis le Rabbi élargit cet enseignement à notre époque tout entière. Il dit : dans notre génération, on ne peut pas marcher 300 mètres sans rencontrer la grandeur de D.ieu — mais aussi toutes les tentations et les épreuves que le monde matériel présente. C’est pourquoi on ne peut pas laisser la Torah « du côté ». On ne peut pas écarter les Mitsvot un instant, en se disant qu’on y reviendra plus tard. On est obligé de les garder présentes, sur la table de la vie, à chaque instant, en toutes circonstances.
Il faut aller dans la rue et s’occuper de tous les détails qui existent dans le monde. Lorsqu’on est dans la rue et qu’on rencontre quelqu’un, il faut lui dire un mot de Torah, lui montrer la grandeur de D.ieu. Il faut que la rue elle-même devienne un lieu de sanctification. C’est cela l’enseignement du Rabbi pour cette nouvelle année qui s’ouvre : s’occuper de chaque détail qui existe dans le monde, ne rien laisser de côté.
Ce que le Rabbi a apporté à cette génération plus que toutes les précédentes
Beaucoup de gens ont écrit sur les qualités du Rabbi, beaucoup d’auteurs, beaucoup d’écrivains ont essayé de les décrire. Mais ce soir, on peut en percevoir l’essence d’une manière particulière. La question fondamentale est : qu’est-ce que le Rabbi a apporté à cette génération, plus qu’aucune des générations qui l’ont précédé ? Depuis le Baal Chem Tov, chaque génération de Rebbeïm a ajouté quelque chose, a apporté sa contribution unique. Qu’est-ce que le Rabbi de notre génération a apporté, que l’on ne trouvait pas auparavant ?
Il y a une histoire qui illustre cela de manière frappante. Un enfant se trouvait dans un camp de vacances juif. Au cours de l’été, il avait entendu un Rav parler depuis la synagogue — un Rav de qualité, des paroles de Torah. Quand il rentra et téléphona à son père, le père sentit que son fils était profondément ému, touché d’une façon inhabituellе. Il lui demanda : « Pourquoi ces paroles t’ont-elles tellement touché ? Tu entends des Rabbanim parler régulièrement dans la synagogue. En quoi était-ce différent ? »
L’enfant répondit : « Papa, c’était différent. Ce Rav-là — j’ai vu comment il parlait. Il parlait non pas en général, mais de chaque enfant, de chaque personne individuellement. Et on voyait clairement qu’il parlait de tout son cœur, comme si chaque enfant était personnellement son propre enfant. »
Voilà ce que le Rabbi a apporté à sa génération : non pas des paroles en général destinées aux masses, mais un regard et une parole adressés à chaque âme individuelle, avec l’amour d’un père pour son enfant.
L’étudiant de Yechiva et l’enfant qui se noie : la mission du Chalia’h
Une autre histoire, rapportée à propos du Rabbi lui-même, illustre encore davantage cet enseignement fondamental. Un jeune homme vint un jour trouver le Rabbi. Il étudiait dans une grande Yechiva, entièrement absorbé par l’étude — rien d’autre ne l’intéressait. Il posa au Rabbi une question sincère : « Pourquoi dois-je quitter ma Yechiva pour aller faire des Mitsvot dans la rue, pour aller à la rencontre de gens qui ne savent peut-être rien ? »
Le Rabbi lui répondit par une question en retour. « Imaginez, lui dit-il, que vous soyez assis au bord de la mer, dans une grande Yechiva. Tous les plus grands sages du monde sont là, en train d’étudier. Et soudain quelqu’un entre en criant : ‘Au secours ! Il y a un enfant dans la mer, il est peut-être en train de se noyer !’ Que se passerait-il à votre avis ? » La réponse est évidente : tout le monde fermerait immédiatement ses livres, quitterait la salle d’étude, et courrait sauver cet enfant. Même les plus grands maîtres.
Puis le Rabbi ajouta : « Cet enfant dont je te parle — l’enfant qui se trouve dans la rue, perdu dans les structures du monde, qui risque de se noyer loin de la Torah et des Mitsvot — c’est mon enfant. C’est l’enfant de D.ieu. Je ne sais pas toujours comment l’aider pour qu’il ne se noie pas dans les structures du pays, loin du cadre de la Torah. Mais ce que je sais, c’est que quand quelqu’un de mal à l’aise passe dans la rue — il n’est jamais seul. Il est l’enfant de D.ieu. Et pour lui, il faut faire tout ce qui est humainement possible. »
C’est cela la mission du Chalia’h selon le Rabbi : ne pas quitter la table — c’est-à-dire ne pas abandonner la Torah — mais apporter la Torah avec soi dans la rue, s’occuper de chaque détail, de chaque âme, et faire de chaque rencontre dans la rue un acte de sanctification. Le Rabbi ne veut pas que les Mitsvot soient laissées sur le côté. Il veut qu’elles demeurent sur la table de la vie quotidienne, présentes et vivantes.
Le Rabbi est partout : il faut sortir dans la rue
Le Rabbi a dit à plusieurs reprises une chose essentielle : il est là-haut, mais il est partout. Et il ne suffit pas qu’on le garde pour soi, dans nos maisons ou dans nos synagogues. Il faut sortir dans la rue. Il faut aller dans la rue — et alors, tous les obstacles disparaîtront d’eux-mêmes.
On peut parfois penser que les difficultés sont trop grandes, que la mission est trop lourde, que le monde est trop éloigné. Mais le Rabbi dit : sors dans la rue et fais ce que tu as à faire — et tout s’arrangera. Il faut savoir que dans ce monde, on n’est pas venu pour se mettre à l’écart, mais pour apporter le dernier détail qui permettra d’amener la Guéoula. Car c’est ainsi que la Guéoula viendra : non pas par un grand geste unique, mais par l’accumulation de chaque détail, de chaque Mitsva, de chaque âme rapprochée.
Comme il est dit : j’ai entendu des paroles de Rabbanim, mais lorsqu’on entend la parole du Rabbi, c’est une parole prononcée de tout son cœur. Et c’est cette force de tout le cœur que le Rabbi donne à chacun de ses Chlou’him et à chaque membre du peuple juif : la capacité d’augmenter dans sa mission, de surmonter tous les problèmes, de traverser tous les obstacles.
Le Rabbi a brisé toutes les barrières : chacun est capable
L’un des enseignements les plus révolutionnaires du Rabbi est celui-ci : tout le monde est capable. Le Rabbi a brisé toutes les limites, toutes les frontières, tous les obstacles que l’on pouvait dresser. On pourrait croire que seule une élite, que seuls ceux qui ont beaucoup appris, peuvent atteindre les niveaux les plus élevés du service de D.ieu. Mais c’est exactement ce que le Rabbi a réfuté de toutes ses forces : chacun est capable. Non pas « certains sont capables et d’autres ne le sont pas » — mais chacun, chaque individu, est capable d’accomplir tout ce qui se trouve dans la Torah, dans la prière, dans la vie.
Il y a, dans les temps modernes, une comparaison frappante. Avant que l’aviation n’existe, avant la radio, avant les télécommunications, des choses que personne n’aurait osé imaginer comme possibles sont devenues des réalités quotidiennes. Des capacités que l’on croyait réservées à quelques-uns se sont révélées accessibles à tous. De même dans le judaïsme : avant le Rabbi, on pensait que certains niveaux spirituels étaient inaccessibles à l’homme ordinaire. Le Rabbi est venu dans ce monde pour enlever tous ces obstacles, pour soulever tous les « stumbling blocks » de la rue spirituelle, et pour dire à chacun : tu es capable.
Soyez prêts : l’appel à la Guéoula
Le Rabbi dit aujourd’hui ce que D.ieu a dit aux enfants d’Israël la nuit de la sortie d’Égypte : soyez prêts. En Égypte, le peuple juif a mangé la Pessa’h les reins ceints, le bâton à la main, les sandales aux pieds — prêts à partir avant même que la délivrance ne se manifeste pleinement. Ils n’ont pas attendu d’être sortis pour se préparer à la sortie. Ils se sont préparés alors qu’ils étaient encore en Égypte.
De même le Rabbi nous dit : soyez prêts pour la Guéoula maintenant. Ne dites pas « je ne suis pas encore capable » ou « je ferai mieux demain ». Quand quelqu’un dit qu’il n’est pas capable, le Rabbi lui répond : si, tu es capable. Tu es capable de te conduire parfaitement. Tu es capable de te préparer à la Guéoula dès maintenant. Un simple coup de téléphone peut suffire. Un geste simple, une Mitsva accomplie aujourd’hui : c’est ce que D.ieu te demande en ce moment précis. Fais ce que D.ieu te demande aujourd’hui — et demain tu feras ce qu’Il te demandera demain.
Nous sommes entrés dans une nouvelle époque — l’époque du 110e anniversaire — ce qui signifie que les forces, les capacités et les bénédictions disponibles pour chacun d’entre nous sont désormais décuplées. Le travail du Rabbi, ce travail social et spirituel gigantesque qu’il a accompli tout au long de sa vie, nous dit une chose : on est capable. Nous pouvons maintenant avancer vers la Guéoula et la faire descendre dans ce monde.
La Mitsva reste sur la table : tout sera selon la volonté de D.ieu
Pour conclure, revenons à l’image de la table. Le Rabbi a mis les Mitsvot « sur la table » — il a rendu le service de D.ieu accessible, présent, concret dans le quotidien de chaque Juif. Et il a dit : « Je ne bouge pas. » Cela signifie : la Torah ne disparaîtra pas, elle ne sera pas écartée. Tout ce que nous faisons dans ce monde, toutes les Mitsvot, tous les actes de bonté et de sanctification — tout cela va devenir, et demeure, conforme à la volonté de D.ieu.
Comprenons-nous vraiment la profondeur de ce que le Rabbi veut nous dire ? Pas seulement la table — tout ce qui l’accompagne. La rue, le monde, chaque âme juive. Tout cela sera comme la volonté de D.ieu — et cela, c’est la Guéoula elle-même. Puisse-t-elle arriver dès maintenant, immédiatement et sans délai.
“A mon avis, toute éloge est trop pauvre pour exprimer sa valeur.
D.ieu seul sait à quel point elle est grande” (Réponse du Rabbi a une personne qui fit les éloges de la Rebbetzin)
Quelques récits, pour la plupart inédits, qui préciseront l’image de la fille et de l’épouse d’un Rabbi, de ses accomplissements, de ses qualités de coeur et des enseignements qu’elle délivre ainsi à chacun de nous.
Elle s’appellera ‘Haya Moushka et elle sera en tout point identique à son arrière-grand-mère, la Rabbanit
Je vous ai adressé un télégramme pour vous demander, si vous ne lui avaez pas encore donné de nom, de l’appeler ‘Haya Moushka. Il me semble qu’il doit effectivement en être ainsi.
Je vous adresse mes voeux de Mazal Tov pour le nom donné à notre petite-fille, votre fille, qui a été appelée ‘Haya Moushka.
Puisse D.ieu faire qu’elle ait de longs jours, des années bonnes et agréables, qu’elle craigne D.ieu sincèrement et qu’elle soit, en tout point, identique à son arrière grand-mère, la Rabbanit, dont elle porte le nom. (Lettres de Rabbi Chalom Dov Ber, tome 3, pages 219, 227 et 237) (Lire la suite)
Sa fille ‘Haya Moushka resta réveillée toute la nuit
Le Echkavta de Rabbi décrit, en ces termes, les derniers jours dans ce monde de Rabbi Chalom Dov Ber: “Rabbi Yossef Its’hak et les membres de sa famille étaient allés dormir, à l’exception de sa fille, ‘Haya Moushka, qui resta réveillée toute la nuit.
Moi-même, je suis parti me coucher, dans l’une des chambres. Au milieu de la nuit, vers deux heures du matin, mon sommeil fut troublé par un bruit, dans la maison. Je me suis habillé et je suis sorti de la chambre. Moushka se déplaçait rapidement dans la maison, tenant à la main un verre de lait.
Je lui ai demandé ce qui se passait et pour qui était ce lait. Elle m’a répondu qu’il était destiné à son grand-père, Rabbi Chalom Dov Ber, lequel ne se sentait pas bien. (Echkavta de Rabbi, page 13)
En exil à Castroma
En 5687 (1927), Rabbi Yossef Its’hak fut exilé à Castroma. C’est précisément à sa seconde fille, la Rabbanit, qu’il demanda de l’accompagner.
Dans l’une de ses lettres, Rabbi Yossef Its’hak décrit son départ pour Castroma en ces termes: “A huit heures, j’ai pris congé des membres de ma famille, à Leningrad. Une grande
foule s’était réunie à la gare et le voyage commença. Ma fille ‘Haya Moussya m’accompagna.” On raconte que Rabbi Yossef Its’hak expliqua, à l’époque, qu’elle seule était apte à le faire. (Lettres de Rabbi Yossef Its’hak, tome 2, page 66)
Visite au Ohel de Rabbi Chalom Dov Ber
Un mois avant de quitter la Russie, le 15 Elloul 5687 (1927), Rabbi Yossef Its’hak visita le saint tombeau de son père, à Rostov. De fait, il s’y rendait pour la dernière fois. La seule qui ’accompagna, durant ce voyage, fut sa fille, la Rabbanit, vraisemblablement parce que, étant fiancée, elle se préparait alors à son mariage.
Le Rav Raphaël Na’hman Cohen, qui eut le mérite d’être, à l’époque, au service du Rabbi, raconte: “Sa fille, la Rabbanit Moussya, l’accompagna à Rostov, près du tombeau de Rabbi
Chalom Dov Ber. Dans chaque banquette de train, il y avait deux places assises. Rabbi Yossef Its’hak et sa fille se trouvaient alors sur la même banquette.
A l’époque, les ‘Hassidim se demandèrent pourquoi était-ce précisément la Rabbanit Moussya qui l’accompagnait. Ils expliquèrent que celle-ci se préparait à son mariage, pendant cette période. Quelques jours avant le décès de Rabbi Yossef Its’hak
Le mercredi 7 Chevat 5710 (1950), quelques jours avant son décès, le Rabbi dit à sa fille, la Rabbanit Moushka: “Le moment est venu de se retirer de l’action communautaire.”
Ou bien, selon une autre version: “Il convient de cesser l’action communautaire. Il faut se reposer.”
On raconte qu’elle fut très satisfaite de ses paroles. Elle pensa, en effet, que le Rabbi allait prendre un peu de repos. (Yemeï Béréchit, page 82)
Lorsque le Rabbi succéda à son beau-père
Quand Rabbi Yossef Its’hak quitta ce monde, des ‘Hassidim demandèrent au Rabbi de lui succéder. Comme on le sait, le Rabbi émit tout d’abord un refus énergique. Celle qui, au final, exerça une influence déterminante, dans ce domaine, fut la Rabbanit. Elle lui dit: “Est-il concevable que l’abnégation dont mon père a fait preuve pendant trente ans
ait été inutile, ce qu’à D.ieu ne plaise?” (Kfar ‘Habad n°748)
On s’en remet à lui
Pendant l’hiver 5711 (1950-1951), le Rabbi et la Rabbanit habitaient encore au 346 de la rue New York. L’un de ceux qui étaient proches d’eux raconta ce qui se passa, quand il leur rendit visite, un jour de l’hiver 5711 (1950-1951): “Je suis entré dans la maison et j’ai vu de nombreux livres, sur la table du salon. Quelques uns étaient ouverts, d’autres fermés. Il y avait aussi un grand nombre de lettres, sur cette table. La Rabbanit, me remarquant, se tourna vers moi et me dit: ‘Moi, je ne lis pas les lettres que l’on adresse à mon mari. On s’en remet à lui. Je ne veux pas savoir ce qu’ils lui écrivent’.” (Yemeï Méle’h, tome 3, page 1263)
Les honneurs sont, pour moi, dénués de tout intérêt
En tant que Rabbanit de Loubavitch, elle aurait pu recevoir des honneurs royaux, si elle avait accepté de paraître en public et de prendre part aux réunions des femmes et jeunes filles ‘Habad. Mais, il ne lui vint jamais à l’esprit de le faire.
Une fois, répondant à quelqu’un qui était venu lui rendre visite, elle dit: “Croyez-moi, je me passe des honneurs. Ils sont, pour moi, dénués de tout intérêt.”
Je le regarde et je sens que je suis liée à la famille Une fois, au cours d’une discussion, elle dit: “Nous possédons un plateau du Tséma’h Tsédek que Horenstein nous a fait cadeau.
Mais, je ne m’en suis jamais servi pour y placer les bougies avant de les allumer, à la veille du Chabbat. Comment moi, une simple femme, pourrais-je utiliser de tels objets?
En fait, je me contente de le regarder et, de la sorte, je sens que je suis liée à la famille”. (Yemeï Méle’h, tome 3, page 1254)
Le conseil qui sauva une vie
La Rabbanit raconta: “Une fois, je me promenais au bord de la mer, à Nice. Soudain, une femme juive, épouse d’un Rav de Belgique, m’aborda. Je lui demandai: ‘Que faites-vous là?’
Elle me répondit qu’elle attendait son mari, lequel était aller se baigner. Il s’était éloigné de la plage centrale et avait déposé ses vêtements sur le côté.
Soudain, nous avons aperçu des Allemands qui se dirigeaient vers nous. A l’époque, ceux-ci n’avaient pas encore conquis la ville de Nice. Néanmoins, ils y inspiraient la crainte. En fait, c’était avant tout son mari qui courrait un danger, car le fait qu’il était juif apparaissait à l’évidence. Nous ne savions que faire. Soudain, j’ai eu une idée. J’ai été voir le maître nageur et lui ait dit, en français: ‘Ne voit-on pas une tête qui émerge, là-bas, au loin?’
Pendant qu’il observait, je lui indiquai, en allusion, qu’il était préférable que les Allemands ne voient pas cet homme. Le maître nageur comprit mon allusion, prit sa barque de sauveteur et partit “sauver” celui qui se “noyait”. Concrètement, il saisit ce Juif et le conduisit à bonne distance de la côte.
Entre temps, les Allemands s’approchèrent et observèrent ce qui se passait. Ils ne firent pas attention à moi, ni à l’autre femme. Peut-être ne recherchaient-ils pas de femmes. En revanche, ils s’aperçurent qu’il y avait un Juif avec le maître nageur, dans la barque, mais virent que celui-ci était déjà loin. Ils s’en allèrent donc.
Le maître nageur déposa le Rav dans un endroit éloigné, lui permit de mettre ses vêtements et lui fit regagner la côte, pendant la nuit. Par la suite, le Rav rentra chez lui et une nfant, l’une de leurs filles, vint me dire qu’il n’y avait plus lieu de s’inquiéter, car il se trouvait chez lui et tout allait bien. Néanmoins, je ne me trouvais pas à la maison, lorsqu’elle arriva, car j’étais alors partie chercher du lait surveillé.”
Techouva sur une faute datant de l’époque de la France
Dans des circonstances exceptionnelles, la Rabbanit rapporta elle-même le récit suivant. Pendant les dix jours de Techouva, elle expliquait à un enfant la nécessité de se repentir, en cette période lorsque celui-ci la questionna, naïvement: “Rabbanit, vous-même n’avez sûrement nul besoin de la Techouva.”
La Rabbanit médita, durant quelques minutes, puis elle lui répondit qu’elle devait elle-même avoir recours à la Techouva. L’enfant s’en étonna et elle raconta alors: Une fois, à la veille du départ de Paris du Rabbi et de la Rabbanit, il y eut un grand bombardement et tous fuyaient donc, dans tous les sens, afin de se mettre à l’abri. Le Rabbi et la Rabbanit le firent également. De façon générale, chacun emportait avec lui un peu de nourriture. Le Rabbi, en revanche, prit son Talith, ses Tefilin et ses manuscrits.
En chemin, la Rabbanit observa un avion qui, les survolant, lâcha une bombe. Mais, un homme, se tenant près d’elle, poursuivit son chemin, sans voir ce qui se passait.
La Rabbanit se dit alors que, s’il ne se couchait pas aussitôt à terre, l’homme risquait d’être atteint par cette bombe ou par ses débris. Réagissant très rapidement, elle le poussa de côté, de toutes ses forces. Par la suite, il s’avéra qu’elle lui avait ainsi sauvé la vie.
Achevant son récit, la Rabbanit conclut, avec la grandeur d’âme qui la caractérisait: “Certes, ce Juif a été sauvé du bombardement, mais je l’ai poussé et, lorsque l’on
agit ainsi, on doit avoir recours à la Techouva.”
Mon père me l’a enseigné
L’un de ceux qui était au service de la Rabbanit raconta: “Lors d’un déplacement avec la Rabbanit, nous sommes parvenus devant une artère fermée à la circulation. Un panneau indiquait un itinéraire détourné. Nous l’avons emprunté et là, nous avons vu, sur le coin de la rue, une voiture de police et un camion. Dans la cour, en face, il y avait des meubles et des affaires personnelles.
Nous avons poursuivi notre chemin, sur quelques dizaines de mètres, puis, la Rabbanit m’a demandé de faire demi-tour. Je lui en ai demandé la raison. Elle m’a considéré pendant quelques instants, puis m’a dit: ‘Mon père m’a enseigné que tout est effet de la divine Providence. Cette rue était fermée et nous avons donc fait un détour. Là, nous avons vu que quelque chose se passait. Nous devons savoir de quoi il s’agit.’
Nous avons donc rebroussé chemin et nous avons pu voir qu’un couple d’immigrants russes, ayant des enfants, habitait là. Depuis plusieurs mois, cette famille n’avait pas payé son loyer. Le propriétaire de la maison faisait donc exécuter l’ordre d’expulsion qui avait été prononcé par le tribunal. A notre arrivée, tous les membres de la famille se tenaient dans la cour et pleuraient.
La Rabbanit me demanda de rechercher auprès de l’huissier quel était le montant de la dette. J’ai posé la question et l’on m’a répondu qu’il s’agissait de quatre mois de loyer, c’est-à-dire d’une somme conséquente, de plusieurs milliers de dollars.
La Rabbanit prit son chéquier, établit aussitôt un chèque de ce montant, me demanda de le transmettre directement à l’huissier, sans que la famille n’en ait connaissance. Je le lui ai donné et aussitôt, la famille a pu regagner sa maison, sans comprendre pourquoi un changement soudain était intervenu dans leur situation.
Elle peut également donner une bénédiction
Une fois, les femmes et jeunes filles ‘Habad adressèrent un bouquet de fleurs à la Rabbanit, à l’occasion de son anniversaire. Elles y joignirent une enveloppe, contenant les noms de personnes qui sollicitaient une bénédiction. Le Rav H. S. D. Halbershtam transmit le bouquet à la Rabbanit et l’enveloppe au Rabbi.
Le Rabbi observa l’enveloppe et, y voyant le nom de la Rabbanit, demanda pourquoi on lui apporté un courrier adressé à son épouse. Le Rav Halbershtam répondit qu’il s’agissait d’une liste de personnes sollicitant une bénédiction et le Rabbi, dont le visage devint alors très sérieux, dit: “Hé bien, elle peut également donner une bénédiction.” (Yemeï Méle’h, tome 3, page 1267)
Vous êtes tous nos enfants
Une famille vint rendre visite à la Rabbanit, à son domicile. Pendant que celle-ci, se trouvant près de la table, discutait avec les adultes, les enfants se déplaçaient dans la maison. Lorsqu’ils finirent de la visiter, l’un d’entre eux s’adressa naïvement à la Rabbanit et lui demanda: “Où sont vos enfants?” Puis, après un instant de réflexion, il ajouta encore: “Sans doute sont-ils déjà grands et ils ont donc quitté la maison.”
Entendant ces propos, la Rabbanit ne répondit pas immédiatement. Elle plaça d’abord les enfants tout autour de l’endroit où elle était assise. Ensuite, elle désigna de son doigt chacun d’entre eux, puis la fenêtre, donnant vers la rue et dit: “Voyez-vous, toi, toi et toi et tous ceux qui se trouvent là-bas, vous êtes tous nos enfants.”
Notre satisfaction est de savoir que vous êtes satisfait
Un Rav qui, à l’époque, résidait encore à Paris, rendit visite à la Rabbanit. Il prit congé d’elle en exprimant ses bons voeux et lui dit: “Que le Rabbi soit en bonne santé et qu’il conçoive de nous beaucoup de satisfaction.” La Rabbanit lui répondit: “Notre satisfaction est de savoir que vous êtes satisfait.” (Atéret Mal’hout)
Elle avait une personnalité hors du commun
Le docteur Meïr Chohetman était proche du Rabbi et de la Rabbanit, quand ceuxci se trouvaient à Paris. Il étudiait même la Guemara, chaque jour, avec le Rabbi. Il fit part, en ces termes, de la manière dont il fut impressionné par la Rabbanit: “La Rabbanit Haya Moushka passait la majeure partie de la journée à la maison.
Elle étudiait le français, sans toutefois le faire de manière systématique. Elle accueillait chacun chaleureusement. Elle avait véritablement une personnalité hors du commun. Quiconque lui rendait visite une fois ne ratait pas une occasion de revenir, par la suite.” (Yemeï Méle’h, tome 1, page 382)
On les envoie partout
La Rabbanit s’intéressait beaucoup aux accomplissements des émissaires de son mari. Elle éprouvait une profonde admiration pour eux, eu égard à l’abnégation dont ils font preuve pour diffuser le Judaïsme. A chaque occasion, elle évoquait avec ravissement leur esprit de sacrifice. Avec une satisfaction évidente, elle disait: “Ils abandonnent leur famille, s’en vont avec de petits enfants, en faisant don de leur propre personne. Ils se rendent dans les coins les plus isolés de la terre, car on les envoie partout.” (Kfar ‘Habad n°748)
Ses larmes coulèrent
Une femme rendit visite à la Rabbanit en 5744 (1984). La Rabbanit l’invita à assister à une projection vidéo, montrant l’activité des tanks de Mitsvot, en Terre Sainte.
La Rabbanit fut elle-même particulièrement émue en voyant les émissaires du Rabbi distribuer des bougies de ‘Hanouka et des beignets aux soldats, afin de les réjouir, malgré le froid rigoureux. Elle en fut si émue, si fière, que ses larmes coulèrent sur ses joues. (Kfar ‘Habad n°748)
Attachement au Rabbi
L’un de ceux qui étaient proches de la Rabbanit raconta qu’en 5746 (1985), il se rendit, à la veille de Sim’hat Torah, dans le bâtiment de la bibliothèque, où elle se trouvait alors. Elle lui demanda comment s’était passée la réunion ‘hassidique, au cours de laquelle son mari venait de s’adresser aux ‘Hassidim. Il lui raconta qu’au cours de celle-ci, le Rabbi avait demandé que chacun dise Le’haïm, puis retourne son verre vide.
Sur la table près de laquelle la Rabbanit était assise, il y avait une bouteille. La Rabbanit la saisit aussitôt et la retourna. (Yemeï Méle’h, tome 3, page 1266)
Mon mari a de bonnes idées
Une femme eut le mérite de rendre visite à la Rabbanit, à de nombreuses reprises. Elle raconta que, de façon générale, celle-ci évitait de parler du Rabbi et de sa grandeur. Pour autant, il était clair qu’elle était fière des initiatives qu’il avait prises dans le but de diffuser le Judaïsme et en fonction desquelles l’action était menée. Cette femme raconte:
“Je me souviens qu’elle m’a demandée, une fois, de quelle manière la création des Tsivot Hachem avait été accueillie, à Londres. Je lui ai répondu que cette initiative avait eu beaucoup de succès. Elle dit alors: ‘Mon mari a de bonnes idées, n’est-ce pas?’”
Une réunion ‘hassidique qui rassasie
L’un de ceux qui étaient proches de la Rabbanit lui rendit visite après une réunion ‘hassidique qui s’était poursuivie jusqu’à une heure très tardive. La Rabbanit lui proposa de manger et il répondit qu’il n’avait pas faim. La Rabbanit dit aussitôt que cela n’était pas étonnant et elle expliqua: “Une réunion ‘hassidique rassasie.” (Kfar ‘Habad n°748)
Mon mari l’a dit
Une fois, un événement exceptionnel se produisit. Le livreur posa une caisse de légumes devant la porte qui se trouve à l’avant de la maison du Rabbi alors qu’il la mettait, d’ordinaire, devant celle qui est à l’arrière de la maison.
Le soir, le Rabbi rentra à la maison en tenant cette caisse à la main. La Rabbanit s’en aperçut et dit: “Pourquoi la portes-tu toi-même? Natik est là pour cela.” Le Rabbi lui répondit:
“Natik est un Juif comme les autres.” Depuis lors, chaque fois que Natik voulait aider la Rabbanit de manière inhabituelle, la Rabbanit lui répondait: “Mon mari n’a-t-il pas dit que Natik est un Juif comme les autres?”
Une fois, Natik indiqua qu’il se “plaindrait” au Rabbi, car celui-ci, par cette phrase, avait réduit ses possibilités de venir en aide à la Rabbanit. Elle lui répondit par un large sourire mais, à partir de ce jour, elle cessa de lui rappeler les mots du Rabbi. (Kfar ‘Habad n°748)
Il faut parler Yiddish
A différentes occasions, la Rabbanit encouragea plusieurs personnes à s’exprimer en Yiddish. Une fois, elle expliqua à quelqu’un qui venait lui rendre visite à quel point il était important que tous parlent cette langue.
Elle précisa que, durant la guerre, alors que tous fuyaient devant les Allemands, elle côtoya de nombreux Juifs, venant de tous les horizons et de tous les milieux. L’élément unificateur entre eux était alors la langue Yiddish.
Il n’ira pas au 770
La Rabbanit fit une chute et se cassa le bras. Elle dut alors être plâtrée. Un soir, alors qu’elle souffrait beaucoup, elle appela l’une des femmes desquelles elle était proche et lui demanda d’appeler une infirmière. Mais, il était difficile de le faire, compte tenu de l’heure tardive.
Voyant qu’elle ne recevait pas de réponse, la Rabbanit rappela cette femme, dix minutes plus tard, pour savoir ce qu’il en était. Elle précisa: “Mon mari est près de moi et il dit qu’il n’ira pas au 770, Eastern Parkway, tant qu’une infirmière n’arrivera pas ici. Je sais à quel point il est important pour lui d’être avec les ‘Hassidim et pour les ‘Hassidim d’être avec lui. Je ne souhaite pas qu’il soit retenu ici un instant de plus.”
Il est important pour moi de ne pas lui faire de la peine
Durant ses derniers jours, la Rabbanit souffrit des yeux. Une fois, je lui ai posé la question suivante: “Des Juifs du monde entier émettent le voeu de recevoir une bénédiction du Rabbi. Comment pouvez-vous ne pas lui en parler?” La réponse de la Rabbanit fut à la fois simple et surprenante: “Il est important pour moi de ne pas lui faire de la peine.” (Atéret Mal’hout)
Vous m’avez fait revivre
Quelques instants avant de quitter ce monde, elle demanda au Rav Chalom Gansburg de lui apporter un verre d’eau. Il le lui présenta. Elle récita la bénédiction et en but quelques gouttes. Elle dit ensuite: “Chalom, vous m’avez fait revivre. Que D.ieu en fasse de même pour vous.” Mon père le Rabbi, ses livres et tout ce qui lui appartient sont aux ‘Hassidim
L’une des dernières actions réalisées ici-bas par celle qui a quitté ce monde a fait l’objet d’une diffusion et a été connue de tous, y compris des autres nations. Il s’agit de la réponse qu’elle fit, à propos de son père, le Rabbi, mon beau-père, chef de notre génération. Elle dit: “Mon père, le Rabbi, ses livres et tout ce qui lui appartient sont aux ‘Hassidim.”
Par cette réponse, celle qui a quitté ce monde a exprimé, affirmé devant tous que le chef de notre génération, successeur de nos saints maîtres, depuis l’Admour Hazaken, fondateur de la ‘Hassidout ‘Habad et le Baal Chem Tov, fondateur de la ‘Hassidout générale, restera le Rabbi pour l’éternité, sans qu’aucune interruption ne soit envisageable, ce qu’à D.ieu ne plaise, jusqu’à la venue de notre juste libérateur.
Mais le fait véritablement nouveau est l’accueil réservé à cette réponse par les autres nations. En effet, c’est sur la base de celle-ci que le verdict a ét rendu, en particulier pour ce qui concerne les livres sacrés. Il a été décidé qu’il en serait effectivement ainsi.
On peut en conclure que le souvenir, nécessaire pour celui qui survit, doit essentiellement porter sur le renforcement et le développement, avec la plus grande ardeur, de cette éternité, de la pérennité de la ‘Hassidout générale, de la ‘Hassidout ‘Habad, de ses maîtres, à chaque époque, jusqu’à la venue de notre juste libérateur, d’une manière évidente pour tous, y compris pour les autres nations. (Discours du Rabbi, à l’issue du Chabbat Terouma 5748-1988)
Les enfants qui portent son nom
Nous avons vu que le souvenir est nécessaire, pour celui qui survit. Chacun doit montrer que “sa descendance est encore en vie”, car, de la sorte, elle-même “est en vie”. Il faut aussi s’inspirer de son comportement et agir comme elle le faisait ellemême, avec abnégation.
Combien plus en est-il ainsi lorsque l’on donne son nom à un enfant. De la sorte, “sa descendance est encore en vie”, au sens le plus littéral, de sorte que elle-même “est en vie”. Et l’enfant qui s’appellera ‘Haya aura une longue vie, de longs jours et de bonnes années. (Discours du Rabbi, Chabbat Yethro, 22 Chevat 5749-1989)
Certaines ont eu le mérite que plusieurs filles juives portent leur nom. Et, ces filles donnent un bon exemple, ayant une âme saine dans un corps sain, sans aucune interruption. Elles reçoivent une éducation conforme à l’esprit de celle qui a quitté ce monde, en fonction de ses directives et du modèle qu’elle a elle-même fourni.
En effet, comme on l’a maintes fois souligné, elle a elle-même été éduquée par le chef de notre génération, mon beau-père, le Rabbi. (Discours du Rabbi, veille du 22 Chevat 5752-1992)
Une participation de sa part et de la mienne
Le dimanche 24 Adar, veille de l’anniversaire de la naissance de la Rabbanit, fut posée la première pierre du campus ‘Haya Moushka, dédié à sa mémoire. A la fin de la cérémonie, qui fut particulièrement fastueuse, le Rabbi arriva, à la grande surprise de tous et il transmit au Rav Avraham Chem Tov un montant de quatre cent soixante dix dollars, correspondant à la valeur numérique du nom ‘Haya Moushka.
En lui transmettant ces dollars, le Rabbi dit: “Je me rends près du tombeau de mon beau-père, le Rabbi et j’irai également auprès d’elle. Ce soir, ce sera son anniversaire et ces quatre cent soixante dix dollars sont une participation de sa part et de la mienne. Puisse D.ieu faire que nous ayons de bonnes nouvelles.”
La campagne pour la célébration de l’anniversaire,lancée en l’honneur de la Rabbanit
Dernièrement, nous avons évoqué, à différentes reprises, la nécessité de se souvenir incombant à celui qui survit. Pour cela, on doit systématiquement rechercher l’implication concrète, l’action, qui est essentielle. Il est donc certain que l’on peut profiter de son anniversaire, lorsque son Mazal est dominant, pour renforcer tout ce qui concerne le Judaïsme, la Torah et ses Mitsvot.
Un point préalable doit être précisé. Ce qui concerne un Juif, à titre personnel, exerce également son influence sur tout le peuple d’Israël et même sur le monde entier. De fait, nos Sages affirment que “chacun est tenu de considérer que le monde fut créé pour lui”. Or, ceci apparaît encore plus clairement pour ce qui concerne son anniversaire, qui est le 25 Adar.
Concrètement, il est donc proposé d’introduire une pratique positive qui, pour celui qui le désire, sera dédiée au mérite et à l’élévation de son âme. Celle-ci concerne le comportement que l’on doit adopter, lors de son anniversaire.
Mon beau-père, le Rabbi, a largement diffusé le comportement qu’il fallait avoir, à cette occasion et qui, dans les générations précédentes, n’était connu que d’une élite: “On doit évoquer ses souvenirs, y méditer, réparer ce qui doit l’être et introduire la Techouva chaque fois que cela est nécessaire”.
De même, on a alors coutume de donner de la Tsedaka, avant les prières de Cha’harit et de Min’ha. Si l’anniversaire est un Chabbat ou bien un jour de fête, on en donnera à la veille de ce jour. On aura aussi une étude de plus de la partie révélée de la Torah et de la ‘Hassidout.
En conséquence, il serait judicieux de diffuser encore plus largement ces pratiques parmi tous les Juifs, de leur demander, à l’occasion de leur anniversaire, de prévoir un ajout à l’étude de la Torah, à la prière et à la Tsedaka, qui sont les trois piliers sur lesquels reposent le monde, en général et, en premier lieu, le “petit monde” que constitue la personnalité humaine. Et, l’on prendra la bonne résolution d’intensifier, pendant l’année suivante, son engagement pour tout ce qui concerne la Torah et les Mitsvot. (Discours du Rabbi, 25 Adar 5748-1988)
Le fonds ‘Hamech
Dans la nuit qui suivit l’enterrement de la Rabbanit, le Rabbi appela son secrétaire, le Rav Krinsky et lui demanda, en particulier, de créer au plus vite un fonds de Tsedaka qui porterait le nom de la Rabbanit. Celui-ci fut effectivement créé et nommé “fonds ‘Hamech”, initiales de ‘Haya Moushka Schneerson, dans le but de soutenir les campagnes pour l’allumage des bougies du Chabbat, pour la pureté familiale, pour l’aide au financement des mariages, pour la construction et le développement de bains rituels et pour favoriser l’éducation. Durant les années suivantes, le Rabbi distribua des montants importants, prélevés sur ce fonds, aux institutions ‘Habad, dans le monde entier.
Prenant la parole à l’issue des sept jours du deuil, le Rabbi dit: “Il faut préciser qu’un fonds spécifique a été institué, qui porte le nom de fonds
‘Hamech, d’après les initiales du nom de la défunte, ‘Haya Moushka Schneerson. Certes, le nom de famille semble secondaire. Néanmoins, on le fait apparaître sur différents
actes officiels et les témoins de ces actes, pour raffermir leur rôle, signent également en le mentionnant.
Combien plus doit-il être mentionné, en l’occurrence. Ce nom, en effet, introduit une claire allusion au fondateur de la famille, l’Admour Hazaken, qui s’appelait Chnéor, deux lumières, parce qu’il portait en lui celle de la partie révélée de la Torah et celle de son enseignement profond. De plus, son âme descendait ici-bas pour la première fois, comme le rapportent les notes et les causeries du père de la défunte.
Bien plus, ce nom de famille, mentionnant Chnéor, se termine, en outre, par “son”, le fils, établissant ainsi la filiation avec l’Admour Hazaken. Or, disent nos Sages, un père, dans cinq domaines, confère un mérite à son fils, dès l’instant de sa naissance et ce dernier peut, dès lors, hériter de tout ce que son père possède.” (Discours du Rabbi, 29 Chevat 5748-1988, à l’issue des sept jours du deuil)
La force du père se révèle chez la fille plus que chez le fils
Les condoléances et les bénédictions qui les accompagnent ont été présentées pour la fille du chef de notre génération. Or, disent nos Sages, “lorsque l’homme ensemence le premier, l’enfant qui naît est une fille”. Ainsi, la force du père se révèle chez la fille plus que chez le fils. En l’occurrence, le chef de notre génération est le successeur de tous ceux qui l’ont précédé, depuis l’Admour Hazaken et le Baal Chem Tov. Ainsi, aux bénédictions que le Saint béni soit-Il accorde et qui se révèlent grâce aux bons voeux signifiés lorsque l’on a consolé les endeuillés, s’ajoutent les mérites et les vertus spécifiques de la défunte, celle de la fille du chef de la génération et celle qu’elle s’est acquise par les bonnes actions qu’elle a elle-même réalisées.
(Discours du Rabbi, 29 Chevat 5748-1988, à l’issue des sept jours du deuil)
Ajout à l’action concrète, à l’occasion de la Hilloula
L’acte est essentiel, en particulier pour ce qui concerne la Hilloula. En effet, la coutume juive veut que l’on intensifie l’action concrète, à cette occasion, pour l’élévation de son âme, de sorte que celle-ci puisse également se révéler ici-bas.
Concrètement, à l’occasion de la Hilloula, il est bon d’augmenter et de développer les institutions dédiées à sa mémoire, au delà de celles qui existent déjà. Ces institutions seront plus particulièrement consacrées aux trois Mitsvot précédemment définies.
Par ailleurs, il est également judicieux de donner de la Tsedaka, à l’occasion de la Hilloula, de préférence un multiple de quatre cent soixante dix, valeur numérique du nom de la défunte, comme nous l’avons vu.
Quiconque multipliera ses réalisations en ce sens sera digne d’éloge. Et, l’on ne donnera pas seulement quatre cent soixante dix petites pièces, des pièces de bronze. Ce seront de grandes pièces, des pièces d’or.
(Discours du Rabbi, Chabbat Yethro, 22 Chevat 5750-1990)
Depuis 5687, les ‘Hassidim n’ont pas connu une joie aussi intense
A la veille de Roch ‘Hodech 5738-1977, lorsque le Rabbi rentra chez lui pour la première fois, après le malaise cardiaque qu’il avait subi, le Chemini Atséret de la même année, la Rabbanit, se trouvant au second étage du 770, Eastern Parkway, dans la maison de Rabbi Yossef Its’hak, observait son mari, alors qu’il quittait son bureau.
Considérant l’immense joie des ‘Hassidim, à cette occasion, elle dit: “Depuis la libération de mon père, le 12 Tamouz 5687-1927, les ‘Hassidim n’ont pas éprouvé une telle joie.”
(Kfar ‘Habad n°785)
Une oeuvre réalisée avec abnégation
Un enseignement peut être donné à propos de cette Hilloula. Il y a eu un “incendie” et l’âme, au sein de la flamme, s’est élevée jusqu’au point le plus élevé du ciel.
Mais, il s’agit, en l’occurrence, d’une femme Tsidkanit, bien plus de la fille de mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération et l’on connaît le lien spécifique d’une fille avec son père. Lorsque son âme se trouvait dans son corps, elle possédait donc le mérite de son père, en plus du sien propre. Elle servait D.ieu “comme l’ordonne Ta Volonté”. Bien plus, elle intensifiait régulièrement ce service, s’élevant ainsi d’une étape vers l’autre.
De fait, elle accomplit son oeuvre avec abnégation, comme on peut le déduire d’un récit décrivant l’éducation que mon beau-père, le Rabbi, prodigua à ses filles. En effet, leur professeur entendait privilégier l’approche intellectuelle, ne pas les effrayer en faisant appel au miracle ou au sacrifice physique. Mais, mon beau-père lui signifia que l’éducation d’un enfant juif commençait, bien au contraire, par des récits, relatant le don de soi. C’est là le message que cet enfant devait entendre.
Du reste, ce récit est spécifiquement lié à elle et l’on peut en conclure qu’il s’agissait, tout particulièrement, de lui donner une telle éducation, de lui faire profondément
intégrer cette abnégation.
Combien plus en est-il ainsi après son décès, alors que son âme a connu la plus haute élévation.
(Discours du Rabbi, Chabbat Yethro, 22 Chevat 5749-1989)
À l’approche du 22 Chevat, date anniversaire du décès de la Rabbanit ‘Haya Mouchka, épouse du Rabbi de Loubavitch, il convient de méditer sur les enseignements profonds que sa vie nous transmet. Figure emblématique par sa discrétion exemplaire, elle incarne un modèle de dévouement et d’effacement volontaire au service d’une mission supérieure. Son existence nous rappelle que la véritable grandeur réside parfois dans l’humilité la plus absolue.
Rav Haïm Mellul
Le 22 Chevat est le jour où la Rabbanit ‘Haya Mouchka, l’épouse du Rabbi, a quitté ce monde. À maintes reprises, en évoquant sa mémoire, le Rabbi a cité le verset : «VeHa’haï Yiten El Libo» (et le vivant doit prendre cela à cœur). C’est pourquoi, en ces jours de préparation au 22 Chevat, date de son décès, il est bon de réfléchir ensemble à quelques enseignements délivrés par sa vie.
Une discrétion exemplaire
Lorsque l’on tente de cerner ce que fut la vie de la Rabbanit, le premier mot qui vient à l’esprit est la discrétion. C’était une grande dame qui a tout fait pour ne pas apparaître dans le domaine public, ce qui n’était pas systématiquement le cas dans les générations précédentes. Elle s’est toujours efforcée de s’effacer devant son mari, qui dirigeait le peuple juif.
Une destinée tracée dès la naissance
On raconte qu’à sa naissance, le Rabbi Précédent (le Rayats), qui savait par inspiration divine qu’il aurait trois enfants, souhaitait ardemment avoir un fils pour lui succéder. Après la naissance de deux filles, lorsque la Rabbanit (son troisième enfant) est née et qu’on lui annonça que c’était encore une fille, sa déception fut évidente, car il comprit que ses trois enfants seraient des filles. À ce moment-là, son père, le Rav Rachab (Rav Chalom Dovber), lui dit : « C’est vrai, c’est une fille, mais son mari sera quelqu’un d’exceptionnel ». On voit ainsi, depuis le début, comment la Rabbanit était vouée à un avenir particulier. C’est d’ailleurs lorsqu’elle était toute petite que le Rav Rachab dit à son fils, le Rabbi Précédent : « Il faut penser au fils de Rav Levi Its’hak », c’est-à-dire au futur Rabbi.
Le mariage et les années d’errance
Le Rabbi et la Rabbanit se sont mariés en 1928 à Varsovie (le repas eut lieu à Otwock). Un an auparavant, lors de Youd-Beth Tamouz, le père de la Rabbanit, le Rabbi Précédent, avait été libéré de prison. À cette époque, il habitait en Lettonie (qui était un état indépendant) et la Yechiva centrale de Tom’hei Tmimim Loubavitch se trouvait d’abord à Varsovie puis à Otwock. C’est là qu’eut lieu le mariage.
Par la suite, le Rabbi et la Rabbanit ne se sont pas installés dans les grands centres hassidiques. Au contraire, ils ont vécu dans des endroits plutôt éloignés de l’effervescence hassidique. Après leur mariage en 1928, ils ont habité en Allemagne (Berlin) jusqu’à l’avènement du Troisième Reich en 1933. À cette date, ils sont venus s’installer en France. Ils ont vécu à Paris de 1933 à 1940, puis de 1940 à 1942 dans le sud de la France (Vichy, Nice, avec un passage à Marseille). En 1942, ils ont pris le bateau pour s’installer définitivement aux États-Unis.
Les années parisiennes : une collaboration active
Concernant leur période parisienne — une époque sur laquelle nous avons aujourd’hui plus de détails grâce aux témoignages de personnes qui ne sont plus de ce monde — on voit comment la Rabbanit accompagnait le Rabbi dans ses actions. Elle était en contact avec son père et sa famille, et le Rabbi, depuis Paris, dirigeait certaines activités se déroulant encore en Pologne avec l’aide de son épouse.
La Rabbanit a suivi des cours à la Sorbonne, les mêmes études que le Rabbi. Le Rabbi a expliqué une fois : « Elle a fait les mêmes études que moi, cela m’a permis de savoir à chaque fois à côté de qui je m’asseyais ». Lors d’une audience, quelqu’un posa une question pointue au Rabbi, qui répondit : « Je poserai la question à mon épouse, car elle a un doctorat dans ce domaine, ce qui n’est pas mon cas ». On voit donc qu’elle avait peut-être un diplôme universitaire de plus que le Rabbi lui-même. Quoi qu’il en soit, elle fut dès le début le bras droit de son mari, le soutenant dans tout ce qu’il entreprenait.
Une confiance absolue
Une anecdote illustre leur relation et la confiance du Rabbi envers elle. Il y avait un restaurant à Paris où le Rabbi voulait prendre ses repas. Il demanda au restaurateur s’il y avait une surveillance rabbinique. L’homme répondit : « C’est la guerre, comment voulez-vous trouver une surveillance rabbinique ? ». Le Rabbi lui demanda alors : « De quelle manière cuisinez-vous sans surveillance ? ». Le restaurateur expliqua qu’il cuisinait exactement comme chez lui, à la maison. Le Rabbi lui dit alors : « Si mon épouse considère que ce qui se passe dans votre cuisine est acceptable, alors je viendrai prendre mes repas ici ». La Rabbanit est venue, a inspecté les cuisines, et c’est ainsi que le Rabbi a pu y manger. La décision de sa femme fut déterminante pour lui.
Une discrétion maintenue aux États-Unis
Cette attitude s’est poursuivie aux États-Unis. Là encore, la grande discrétion de la Rabbanit fut évidente. Par exemple, la mère du Rabbi, la Rabbanit ‘Hana, avait un fauteuil qui lui était réservé au 770 Eastern Parkway, dans la section des femmes. Il est raconté que le jour où elle quitta ce monde (un Chabbat), son fauteuil prit feu de manière inexplicable. À l’inverse, la Rabbanit ‘Haya Mouchka, l’épouse du Rabbi, n’a jamais eu de place réservée à la synagogue.
Au début, à Crown Heights, il y avait beaucoup d’autres communautés et synagogues de rites différents. La Rabbanit allait prier dans ces synagogues qui n’étaient pas celles des ‘Hassidim Habad. Par la suite, lorsque le quartier changea et que les synagogues devinrent toutes Habad, elle cessa d’aller à la synagogue et pria chez elle, à la maison. Cette discrétion absolue, maintenue de sa jeunesse jusqu’à la fin de sa vie, était manifestement un moyen de ne pas faire écran à la grandeur de son mari, afin que tous puissent reconnaître son rôle central et s’attacher à lui.
La reconnaissance de sa grandeur spirituelle
Néanmoins, le Rabbi était parfaitement conscient de la grandeur de son épouse. Une fois, à l’occasion de l’anniversaire de la Rabbanit (le 25 Adar), quelqu’un apporta à la maison un bouquet de fleurs de la part des femmes du quartier, accompagné d’une lettre sollicitant des bénédictions (Bra’hot) pour plusieurs personnes. La personne assurant le service à la maison crut bien faire en apportant les fleurs à la Rabbanit mais en transmettant la lettre de demande de bénédictions au Rabbi, pensant cela plus approprié. Le Rabbi réagit immédiatement : « Mais elle n’est pas adressée à moi ! Tu as vu ? C’est pour mon épouse ». L’homme expliqua sa démarche, et le Rabbi lui répondit : « Elle aussi peut bénir. Elle aussi a la force de donner une bénédiction. »
Le Rabbi attestait donc lui-même de la valeur et de la puissance des bénédictions de son épouse. à la rencontre de Machia’h.
La vie du Rabbi a été orientée vers la venue du Machia’h , vers la délivrance finale, et donc on peut penser qu’elle-même avait aussi cet objectif principal. On voit que, de fait, elle était profondément attachée à son mari.
L’attente commune du Machia’h
Par exemple, lorsqu’il y avait des Farbrenguen (rassemblements) de milieu de semaine qui étaient retransmis à la radio, la Rabbanit écoutait la retransmission chez elle. Les personnes qui ont pu être présentes chez elle à ce moment-là rapportent une phrase qu’elle répétait très souvent lorsqu’elle entendait son mari parler : « Il est convaincu que tout le monde attend le Machia’h avec autant d’intensité que lui. » Elle-même avait sans doute cette intensité, c’est pour cela qu’elle pouvait en parler.
Une relation au-delà des mots
On voit comment leur vie était au-delà des critères classiques, au-delà de ce que nous pouvons percevoir. Le Rav Gansbourg, qui faisait le service à la maison, a raconté une histoire. Il dit qu’en sa présence (en présence d’une tierce personne), le Rabbi et la Rabbanit ne se parlaient jamais directement. Lorsqu’ils avaient quelque chose à se dire, le Rabbi la regardait, et uniquement par un regard, la Rabbanit avait compris ce que le Rabbi voulait lui dire.
Il raconte en particulier une histoire qui transcende totalement notre perception. Un vendredi matin, un des vieux ‘Hassidim, très proche du Rabbi précédent, s’est foulé la cheville. Le vendredi soir, le Rav Gansbourg était chez le Rabbi et la Rabbanit pour faire le service du repas de Chabbat. Lorsqu’il arrive avec les assiettes de poisson, le Rabbi regarde la Rabbanit. La Rabbanit se tourne vers le Rav Gansbourg et lui dit : « Le Rabbi demande si tu as des nouvelles de ce ‘Hassid qui s’est fait mal ce matin. » Le Rav Gansbourg répond : « Non, je n’ai pas de nouvelles depuis ce matin. » À ce moment-là, le Rabbi regarde la Rabbanit, et la Rabbanit se tourne vers le Rav Gansbourg et lui dit : « Le Rabbi te demande d’aller prendre de ses nouvelles et de venir lui dire comment il va. »
Le Rav Gansbourg répond : « J’ai retiré la soupe du feu. Si j’y vais maintenant et que je reviens, ça va prendre un certain temps. Quand je reviendrai pour servir la soupe, elle sera complètement froide. Je propose de servir d’abord la soupe pendant qu’elle est chaude et j’irai prendre des nouvelles après. » À ce moment-là, le Rabbi regarde la Rabbanit, et la Rabbanit se tourne vers le Rav Gansbourg et lui dit : « Non. Le Rabbi veut que tu y ailles tout de suite. » On voit comment la relation entre le Rabbi et la Rabbanit n’était pas celle qu’on peut comprendre avec notre logique.
La pleine conscience du départ
Si on revient dans la perspective de la venue du Machia’h, on voit que le rôle de la Rabbanit est un rôle actif. Ce qui nous frappe dans l’histoire de la ‘Hassidout, c’est que toutes les Rabbaniot (épouses des Rabbis), au moment où elles ont quitté ce monde, l’ont quitté en pleine conscience. Aucune n’a eu une maladie qui a altéré sa perception des choses. Toutes ont quitté ce monde en ayant pleine conscience de ce qui se passait, et ça a été le cas également pour la Rabbanit.
Quand elle était hospitalisée la veille de son décès, tout le monde était convaincu qu’il s’agissait d’une affection bénigne dont elle allait se remettre. Cependant, on voit que la Rabbanit, elle, a souvent fait allusion au cours de son existence à son départ de ce monde. Elle a dit plusieurs fois : « Je demande à Dieu que quand ça se passera, que ça se passe le plus rapidement possible et que ce soit indolore. »
Même si son affection avait l’air bénigne, elle avait une parfaite conscience de ce qui se passait. Justement, elle a chargé le Rav Gansbourg de faire le tour des commerces du quartier pour vérifier qu’elle n’était pas en dette, qu’elle n’avait pas quelque part une facture qui n’était pas encore payée. Jamais au préalable elle n’avait formulé une telle requête. Cela veut dire qu’elle était pleinement consciente de ce qui se passait.
Le 22 Chevat : une étape vers la délivrance
Quand elle a quitté ce monde, le Rabbi a dit : « La date du 22 Chevat, date à laquelle la Rabbanit a quitté ce monde, est une étape supplémentaire dans la venue du Machia’h. Une étape supplémentaire par laquelle il fallait passer pour que la délivrance soit effective dans le monde. » Pourquoi fallait-il passer par cette étape difficile ? Difficile de donner une interprétation si le Rabbi lui-même ne l’a pas donnée. Mais on voit qu’en tout état de cause, il y a ici un processus voulu à l’avance par Dieu qui, même si nous ne le comprenons pas et qu’il échappe totalement à notre intellect, est une marche inexorable vers la venue du Machia’h.
De toute évidence, quand on revient à cette date du 22 Chevat, nous sommes encore un peu plus près de la venue du Machia’h. Nous pouvons formuler le vœu, tous ensemble, que ce 22 Chevat, le Machia’h soit déjà venu et que nous puissions voir de nos yeux le Rabbi et la Rabbanit.
Suite au décès de la Rabbanit Haya Mouchka le 22 Chevat 5748, le Rabbi de Loubavitch a appelé à organiser des Farbrenguen et à prendre de bonnes résolutions. Cet événement doit nous conduire immédiatement vers l’accomplissement de la prophétie « Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière » et la Résurrection des morts. Chaque membre du peuple juif est désormais appelé à sortir de ses limites et à agir concrètement pour accélérer la venue de Machiah.
Farbrenguen du Rav Chmouel Azimov lors des Chlochim de Rebbetzin Haya Mouchka
La demande du Rabbi : prendre de bonnes résolutions
Le Rabbi a demandé que l’on prenne une bonne résolution (Hahlata Tova). C’est ce que le Rabbi a dit : il faut organiser un rassemblement ‘hassidique (Farbrenguen) et prendre de bonnes décisions.
Le Rabbi a souligné un point essentiel : comme nous l’avons lu dans la section de la Torah (Paracha) d’aujourd’hui, il est question des secondes Tables de la Loi, données au peuple juif après la faute du Veau d’Or. C’est pour cette raison que vous voyez dans le télégramme l’expression « Kiflayim LeTushia » (une double sagesse/un double salut). Nous savons très bien qu’après l’histoire du Veau d’Or, au contraire, davantage de choses se sont ajoutées à la Torah. Les secondes Tables de la Loi étaient encore plus fortes ; nous avons reçu plus de Torah qu’avec les premières.
Le but ultime : la Résurrection des morts
Le Rabbi explique que ce qui est arrivé, le décès de la Rabbanit, a un but précis : parvenir immédiatement à l’accomplissement de la prophétie « Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière » (Hakitzou Veranenou Cho’hnei Afar). On ne peut pas dire que cet événement soit arrivé simplement pour rester en l’état. Le but ultime est d’atteindre un niveau supérieur, celui de la Résurrection des morts (Te’hiyat HaMetim).
Le Rabbi en a parlé même pendant la période de deuil (Chiva). Il a dit que les défunts sont en train de crier jusqu’à quand devront-ils attendre ? Eux aussi veulent déjà être réveillés. Le Rabbi a dit : « Ce n’est pas seulement les gens sur terre qui demandent quand Machia’h viendra ; ce sont eux, les défunts, qui sont en train de crier Ad Mataï (Jusqu’à quand ?) ».
Un événement qui n’aurait pas dû arriver
C’est là tout le sujet : il est arrivé une chose qui, normalement, n’aurait pas dû arriver. Comme le Rabbi l’a dit : puisqu’il s’est marié au mois de Kislev, que Kislev est lié à ‘Hanouka, et que ‘Hanouka est lié à la Délivrance et à la vie éternelle, cela aurait dû être une vie éternelle.
Comment se fait-il qu’une chose pareille soit arrivée ? Le Rabbi explique que c’est certainement pour que cela amène immédiatement le sujet de « Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière ». Le Rabbi a écrit cela dans le discours (Si’ha) du 7 Adar (Zayin Adar).
Notre devoir : sortir de nos limites
Notre devoir (Inyan) est désormais le suivant : chacun doit sortir de ses limites et commencer à accomplir ce que le Rabbi nous demande. C’est aussi simple que cela. Ce n’est pas à nous d’avoir le résultat tout de suite, ce n’est pas notre affaire. Notre affaire, c’est de bouger. Il faut que chacun d’entre nous bouge dans un sens profond.
On ne peut pas dire que l’on peut rester comme on était avant. Peut-être qu’avant le 22 Chevat (Hof Beis Chevat), c’était une époque, mais à partir du 22 Chevat, une nouvelle époque a commencé. C’est un événement qui touche la « Mère » de tout le Klal Israël (la communauté juive). Quand un moment incompréhensible arrive, la seule chose qu’on peut dire, comme le dit le Rabbi, c’est que le but est d’aboutir tout de suite à la résurrection.
Une année différente pour tout le peuple juif
C’est pourquoi, vivant à cette époque, nous ne pouvons pas rester passifs. Chaque personne sait que, D.ieu préserve, lorsque arrive le moment où l’on perd un proche, surtout un père ou une mère, c’est une année tout à fait différente. On se lève pour aller à la Synagogue (Shoul), on dit le Kaddich, on étudie des Michnayot. C’est une année différente, on se sent obligé de faire quelque chose pour le père ou la mère. C’est un sentiment, on le sait.
De la même façon, maintenant qu’une chose pareille est arrivée à tout le Klal Israël, c’est le moment où chacun d’entre nous doit faire quelque chose qui va accélérer la venue de la prophétie « Réveillez-vous et chantez ».
Agir concrètement après le 22 Chevat
C’est notre devoir : chacun doit ajouter dans l’étude de la Torah (dans un chapitre de Michnayot, etc.), ajouter dans les campagnes (Mivtsaïm), il faut faire quelque chose. Quand son âme (Nefech) lui demande : « Quel jour sommes-nous aujourd’hui ? Que veux-tu ? », il doit répondre très simplement : « Nous sommes après le 22 Chevat ».
Nous sommes obligés de faire quelque chose pour que cet événement se transforme tout de suite en positif, vers la Délivrance ultime. Combien de temps cela prendra-t-il ? Ce n’est pas notre problème. Notre problème, c’est d’agir.
Un recueil de nouvelles histoires sur la personnalité sainte et extraordinaire de la Rabbanit Haya Mouchka, à l’occasion ddu 22 Chevat 5785 | Présenté par le Rav Yossef Its’hak Grünberg, émissaire du Rabbi en Alaska et rédacteur en chef du livre ‘Yemei Bereshit’
À l’occasion de l’anniversaire de sa disparition, le 22 Chevat, nous présentons un recueil de nouvelles histoires sur la personnalité unique et extraordinaire de la Rabbanit, une femme d’exception, d’une stature bien au-dessus de la moyenne, des histoires spéciales qui expriment sa haute intelligence, sa sainteté, sa sagesse et sa perspicacité, ses nobles qualités, son dévouement pour le Rabbi, le hassidisme et les hassidim, son humilité et sa discrétion, sa sollicitude envers les émissaires et les hassidim comme une mère, ainsi que les bénédictions et miracles qu’elle accomplissait.
« Depuis le 10 Chevat, à part le Père, personne n’a d’autorité sur lui »
Le Rav Its’hak Wolf raconte, au nom du Rav Meir Plotkin, que durant la nuit de Chemini Atzeret 1977, lorsque le Rabbi subit une grave crise cardiaque au milieu des Hakafot, le secrétaire Rav Berel Junik courut à la maison du Rabbi pour informer la Rabbanit.
La Rabbanit arriva immédiatement au 770 et entra dans l’antichambre inférieure où se tenaient les secrétaires et les proches. Elle fit signe de la main pour que tous s’écartent et s’adressa à R. Zalman Gurary, ami de la maison du Rabbi, pour discuter de l’état de santé. R. Zalman lui demanda quel avait été l’emploi du temps du Rabbi ce jour-là, et elle répondit que le Rabbi avait pris quelque chose le matin et qu’après la prière de Chaharit, il était resté toute la journée près de la Souccah à distribuer du « lekach ». Juste avant Minha, le Rabbi était rentré à la maison et avait pris une légère collation. Lorsqu’elle voulut préparer le repas de Hochana Rabba pour le Rabbi, ce dernier répondit qu’il était déjà tard, que la voiture l’attendait et qu’il devait partir immédiatement pour Minha. Ainsi, le Rabbi n’avait pas pris un seul repas complet de toute la journée.
R. Zalman s’exclama avec stupéfaction : « Comment avez-vous pu le laisser quitter la maison sans manger un repas ? » La Rabbanit répondit : « Depuis le 10 Chevat, à part le Père (le Rabbi précédent), personne n’a d’autorité sur lui ! »
« Y a-t-il un petit Sefer Torah pour le Rabbi ? »
À ce sujet, il convient de mentionner le témoignage du secrétaire R. Mendel Notik sur les propos que lui tint la Rabbanit ce même jour de Hochana Rabba 1977 :
La veille de Chemini Atzeret, la Rabbanit lui demanda soudainement si, lorsque le Rashag (Rav Shmaryahu Gurary) dansait avec le Rabbi pendant les Hakafot, on lui donnait un petit Sefer Torah. Il répondit par l’affirmative. Elle poursuivit en demandant, comme en passant, s’il y avait également un petit Sefer Torah pour le Rabbi lors de sa propre Hakafa. Il répondit à nouveau que certainement, et que c’était la coutume depuis des années que le Rabbi danse avec un petit Sefer Torah.
Mais la Rabbanit n’était pas rassurée, et il se souvient qu’elle demanda à nouveau à Rav Groner de s’assurer que le Rabbi danserait bien avec un petit Sefer Torah…
« Il n’a pas dormi de toute la semaine, que voulez-vous de lui ? »
Le Rav Its’hak Wolf raconte au nom de son père qu’au début des années 1950 (vers 1956 ou 1957), il voyagea une fois de Montréal pour passer Tishrei avec le Rabbi. Comme c’était la coutume, après Simhat Torah, le Rabbi recevait tous les visiteurs en audiences privées pendant plusieurs nuits.
Lors de la deuxième nuit d’audiences après Simhat Torah, il attendait dans l’antichambre pour son tour, quand soudain la Rabbanit descendit du deuxième étage et dit : « Il n’a pas dormi depuis une semaine entière (comme on le sait, le Rabbi restait éveillé toutes les nuits de Souccot), que voulez-vous de lui ? Laissez-le tranquille. » Toute la foule qui attendait une audience quitta alors l’antichambre et rentra à la maison. (Il semble que ce fut un cas exceptionnel où le Rabbi ne se sentait pas bien cette année-là, et seule la Rabbanit le savait, car toutes les autres années, le Rabbi recevait en audience pendant six ou sept nuits après Simhat Torah, jusqu’à ce que tous les visiteurs aient eu leur audience).
« Elle maîtrise parfaitement le Choulhan Aroukh de l’Admour Hazaken »
La Chlou’ha Mme Bibi Deren raconte avoir entendu de son grand-père, le célèbre hassid Rav Shlomo Aharon Kazarnovsky, qu’il disait à sa famille à propos de la Rabbanit Tsadkanit Mme Chaya Mouchka : « Elle maîtrise parfaitement le Choulhan Aroukh de l’Admour Hazaken » (le code de loi juive compilé par le premier Rabbi de Loubavitch).
« Le Rabbi demande d’acheter une perruque dans le magasin luxueux où la Rabbanit achetait quand elle était à Paris »
En 1947, lorsque le Rabbi se rendit en France pour ramener sa mère, la Rabbanit Chana, il passa environ trois mois à Paris jusqu’à ce que tous les documents officiels soient arrangés. Pendant toute cette période, Mme Teibel Lipsker était celle qui cuisinait pour le Rabbi, et son mari, R. Yankel Lipsker, apportait la nourriture à l’hôtel et la déposait dans la chambre du Rabbi.
Une fois, lors d’une conversation entre le Rabbi et R. Yankel concernant l’état du judaïsme à Paris en général et celui des hassidim de Habad en particulier, le Rabbi lui dit qu’il serait bon d’acheter une belle perruque pour son épouse, Mme Lipsker, afin de montrer la voie aux femmes qui avaient honte de porter une couverture de tête dans un pays moderne comme la France, qu’il était possible de porter une belle perruque et ainsi couvrir les cheveux.
Le Rabbi lui donna l’adresse d’un magasin de perruques à Paris et dit : « L’endroit où ma femme allait », c’est-à-dire le magasin où la Rabbanit achetait ses perruques lors du séjour du Rabbi et de la Rabbanit à Paris dans les années 1940.
Le Rabbi ajouta que bien que ce soit un magasin luxueux et que les perruques y soient très chères, cela en valait vraiment la peine car les perruques y étaient très belles, et cela influencerait les femmes juives en France et aussi certaines des femmes de Habad, pour qui c’était devenu une grande épreuve de porter un foulard en arrivant dans un pays moderne comme la France, qu’elles seraient certainement heureuses de porter une belle perruque.
« La Rabbanit nous parlait de la fenêtre en portant un foulard qui couvrait tout son front jusqu’aux yeux »
Depuis la visite de 1947, la famille Lipsker était proche de la Rabbanit et eut le privilège de fréquenter sa maison. Le Chliah Rav Mendel (fils de R. Aharon) Lipsker raconte qu’à l’âge de 11 ans, il alla une fois avec sa sœur, sur la demande de son père, à la maison du Rabbi pour apporter quelque chose à la Rabbanit.
Ils frappèrent à la porte mais la Rabbanit ne répondit pas. Ils attendirent et frappèrent de nouveau à la porte, et elle ne répondit toujours pas. Soudain, ils entendirent la fenêtre s’ouvrir et virent la Rabbanit comme ils ne l’avaient jamais vue auparavant. La Rabbanit portait un foulard qui couvrait tout son front jusqu’aux yeux. La Rabbanit s’excusa et dit qu’elle n’était pas habillée pour recevoir des visiteurs et qu’ils devraient revenir dans environ une heure. Quand ils revinrent, la Rabbanit était habillée avec sa perruque comme à son habitude.
« On parle de bitoul, bitoul, mais quand il s’agit de soi-même, rien » – La Rabbanit réprimande les étudiants dans un style similaire à celui du Rabbi
Le Rav Yehuda Gurvitz raconte que jusqu’en 1971, le Rabbi et la Rabbanit célébraient le Seder de Pessah à l’étage supérieur du 770, dans l’appartement du Rabbi précédent.
À Pessah 1968 (ou 1969), il y eut de terribles bousculades. Les étudiants entrèrent au Seder sans permission, se poussant de tous côtés. Ils grimpèrent par les fenêtres, entrèrent par la cuisine, sautèrent sur les meubles et les cassèrent, créant un désordre énorme.
La Rabbanit s’approcha des étudiants et les réprimanda en disant : « On parle de bitoul, bitoul, mais quand il s’agit de soi-même, rien » (signifiant que l’étude de l’humilité et de l’abnégation dans les textes hassidiques ne se reflétait pas dans leur comportement).
Il convient de noter que ce style de réprimande de la Rabbanit ressemble étonnamment au style de réprimande du Rabbi dans sa lettre bien connue du 15 Menahem Av 1951, dans laquelle le Rabbi réprimande l’un des étudiants qui avait un problème médical et craignait beaucoup pour son sort, en lui écrivant :
« On étudie, on étudie – mais quand il s’agit de passer à l’action, où est la confiance ? »
« Même pendant l’année, vous n’étudiez pas si intensément »
Le Rav Noah Holtzman raconte que lors d’une visite chez la Rabbanit avec son frère, le Chliah Rav Its’hak Holtzman (en 1982 ou 1983), son frère dit à la Rabbanit qu’il était heureux que l’été approche et que tous allaient devenir moniteurs dans les colonies de vacances, ce qui leur permettrait de « se rafraîchir un peu ». À cela, la Rabbanit répondit : « Même pendant toute l’année, vous n’étudiez pas si intensément », suggérant qu’elle ne voyait pas vraiment la nécessité de « se rafraîchir ».
« J’ai entendu dire que le nigoun ‘Bekha Hashem Hassiti’ est particulièrement spécial »
Le célèbre hazzan Rav Moshe Teleshevsky raconte qu’après le farbrengen du 11 Nissan 1972, la Rabbanit Tsadkanit lui demanda le disque du nigoun ‘Bekha Hashem Hassiti’ qui avait été chanté lors du farbrengen, en disant « qu’elle avait entendu que c’était un nigoun particulièrement spécial… »
« Mon mari aime beaucoup de Skhakh »
Le Rav Leibel Turk raconte que lorsqu’il était étudiant, on lui demanda une fois, ainsi qu’à d’autres étudiants, d’aider à construire la Souccah du Rabbi et à placer le Skhakh sur le toit. Pendant qu’ils se tenaient sur l’échelle à l’extérieur de la Souccah pour disposer le Skhakh, la Rabbanit sortit avec un balai et entra dans la Souccah. Elle leva le balai de l’intérieur et, partout où elle voyait des espaces, elle leur indiquait d’ajouter plus de Skhakh, en disant : « Mon mari aime beaucoup de Skhakh ».
« Et elle en a détourné beaucoup du péché – le jeune garçon de Russie soviétique qui revint à la pratique et devint un hassid, grâce à la valise de la Rabbanit »
Hirshel Friedman raconte :
Ma grand-tante, Mme Leah (Elizabeth) Yehilovich (qui vécut longtemps et qui, en 2021, avait 96 ans), eut le privilège de travailler dans la maison du Rabbi et de la Rabbanit, ce qui créa un lien étroit entre eux.
La Rabbanit montra beaucoup d’empathie envers ma tante qui avait perdu toute sa famille dans la Shoah (comme on le sait, la Rabbanit avait également perdu sa sœur, la Rabbanit Sheina, dans la Shoah).
En 1987, lorsque les voyages vers l’Union soviétique devinrent un peu moins compliqués, notre tante voulait beaucoup nous rendre visite en Russie, dans la ville de Gomel (ou Homel en yiddish), après ne pas avoir vu mes parents et mes grands-parents pendant des décennies.
Lorsque ma tante parla à la Rabbanit de son projet de voyage en Russie, la Rabbanit lui proposa d’emporter des livres de judaïsme en Russie. Ma tante craignait naturellement d’emporter des livres juifs car c’était encore un peu dangereux, mais la Rabbanit lui dit que puisque son mari, le Rabbi, essayait toujours d’envoyer de la littérature juive aux Juifs en Russie, ce qui ne se faisait généralement pas de manière particulièrement légale, ici c’était une excellente occasion, car ma tante était une touriste légale et pouvait emporter tout ce qu’elle voulait et le donner à sa famille.
En tant qu’enfant de treize ans, j’étais très excité et attendais avec impatience l’arrivée de ma tante américaine, car dans mon esprit adolescent, je pensais qu’elle m’apporterait des baskets ou un jean américain, et je serais l’enfant le plus cool de mon école.
Le jour de son arrivée, nous sommes allés l’accueillir à l’aéroport et l’avons vue sortir avec des valises et encore des valises. Bien sûr, j’étais convaincu qu’elles étaient pleines de cadeaux pour moi, et que je serais sous les projecteurs parmi mes amis grâce à toutes ces bonnes choses américaines qu’elle m’avait apportées.
Quand nous sommes arrivés chez mes grands-parents, elle m’a effectivement remis une grande valise qu’elle avait apportée pour moi. Avec beaucoup d’excitation, j’ai ouvert la valise et j’ai été surpris d’y trouver des dizaines de livres saints. Il y avait le siddour Tehillat Hashem et la Haggadah de Pessah en russe, ainsi que de nombreuses brochures et magazines de F.R.E.E. sur la cacherout, les mezouzot et beaucoup d’autres sujets de judaïsme.
À vrai dire, ces livres ont suscité beaucoup d’intérêt chez moi, et j’ai vite oublié le jean et les baskets.
Bien que j’aie grandi dans un pays communiste où s’engager dans le judaïsme était dangereux, notre famille était très traditionnelle. Mon grand-père avait des siddourim et d’autres livres juifs chez lui, mais ils étaient tous en hébreu, donc je ne comprenais pas ce qui y était écrit. Maintenant, j’avais un siddour et d’autres livres juifs avec une traduction et des instructions en russe, ce qui me permettait d’apprécier la signification des mots que je disais et m’éclairait sur de nombreux domaines du judaïsme.
Cela a eu un impact énorme sur moi, car en fait, j’ai fait ma propre ‘éducation’ au judaïsme, car rien n’était accessible pour moi. Avec mon nouveau siddour, j’ai lu toutes les notes très sérieusement, dans quelles parties de la prière il fallait se tenir debout et où on pouvait s’asseoir. Et j’ai agi exactement comme indiqué dans les instructions. Avec le temps, j’ai appris et suis devenu assez familier avec le judaïsme.
Et en effet, grâce à cette valise de livres que la Rabbanit Tsadkanit avait persuadé ma tante de m’apporter, quand nous avons quitté la Russie et sommes arrivés à New York deux ans plus tard en 1989, j’ai eu envie d’aller étudier dans une yeshiva, et grâce aux livres que j’avais en Russie, je n’étais pas à un niveau trop bas par rapport à ma classe d’âge à la yeshiva Loubavitch d’Ocean Parkway. En conséquence, je me suis bien adapté à la yeshiva.
À ce stade, j’ai fait personnellement la connaissance des frères Okunov, qui m’ont beaucoup aidé, moi et ma famille, et je suis devenu un hassid ordinaire.
En effet, la Rabbanit Tsadkanit m’a atteint depuis une distance de dix mille miles, et le reste est de l’histoire !
Et elle en a détourné beaucoup du péché – l’histoire nous éclaire sur la vision à long terme de la Rabbanit qui a allumé l’étincelle juive d’un jeune garçon en Russie qui est devenu un hassid ordinaire seulement deux ans après le décès de la Rabbanit Tsadkanit, comme l’a dit le Rabbi à propos de la Rabbanit qui est dans l’état de ‘Tsaddik qui est parti’ mais qui continue à agir ici dans notre monde et d’une manière ‘plus grande que de son vivant’.
La Rabbanit ‘Haya Mouchka Schneerson est née à Babinovitch, à côté de la ville russe « Loubavitch », un Chabbat, le 25 du mois de Adar en 1901. Elle a quitté ce monde le 22 Chevat 1988.
Elle était la seconde des trois filles du sixième Rabbi de Loubavitch, le Rabbi Yossef Yts’hak et de son épouse la Rebbetztin Ne’hama Dina Schneerson.
Quand elle est née, son grand-père, le cinquième Rabbi de Loubavitch, le Rabbi Chalom Dov Ber, qui était à l’étranger, télégraphia au Rayats et lui demanda de nommer sa fille « ‘Haya Mouchka », sur le nom de la épouse du Tséma’h Tsedek.
Durant la première guerre mondiale, en automne 1915, la Rebbetztin et sa famille voyagèrent à Loubavitch et s’installèrent à Rostov.
Lorsqu’ils étaient à Rostov, le Rabbi Rachab tomba malade et, la Rebbetztin ‘Haya Mouchka, alors âgée de 19 ans, s’occupa de lui affectueusement et passa ses nuits à ses côtés.
Avant sa disparition en 1920, le Rabbi Shalom Dov Ber la bénit.
Durant les dures années du communisme, où son père le Rabbi Yossef Yts’hak menait une lutte héroïque, elle était toujours à ses côtés. D’ailleurs son père l’impliquait énormément dans son travail.
Jusqu’à Kastroma où il a été envoyé en exil, elle le suivi. Avant de quitter la Russie en 1927, elle s’engaga à épouser Rabbi Mena’hem Mendel Scheerson. Elle se maria un an plus tard, le 14 Kislev 1928, à Varsovie.
A propos de ce jour bénit le Rabbi dira 25 ans plus tard : « C’est ce jour que je me suis lié à vous (les hassidim) et vous à moi » .
Après leur mariage, ils vécurent à Berlin jusqu’en 1933, puis à Paris. En mai 1940, ils quittèrent Nice.
Au cours d’un bombardement, elle poussa un juif à terre, lui sauvant ainsi la vie. Plus tard, en racontant cette histoire, elle dit : « C’est vrai que je lui ai sauvé la vie mais, pousser un autre juif nécessite une Téchouva ».
Extraits du livre de Malka Schwartz sur la Rabbanit ‘Haya Mouchka à paraître prochainement.
Celui-ci sera disponible en français, en espagnol et en russe, B »H.
Malka Schwartz est l’auteur de quatre autres publications sur les Rabbanits ‘Habad. Aux Etats-Unis, les Nashei ‘Habad de Crown Heights ainsi que de nombreuses shlu’hot à travers le pays ont fièrement offert ses livres aux participantes de leurs conventions et différents évènements. Ce livre a été revu par Michoel Seligson et traduit en français par Mme Katy Allouche.
Quelle est la différence entre la Braha du Rabbi et celle de la Rebbetsin ?
Le premier mot de la bénédiction des cohanim, « koh » (« ainsi », vous bénirez les enfants d’Israël1) s’écrit en hébreu avec les lettres kaf, hé, כ »ה, qui est aussi une manière de désigner le vingt-cinquième jour du mois.
Le 25 Adar 5736 (au printemps 1976), précisément le jour de son anniversaire, la Rebbetsin ‘Haya Moussia dînait avec le Rabbi dans leur appartement de Président Street, à New York, lorsqu’on sonna à l’entrée. Leur intendant, le rav ’Hessed Halberstam ouvrit la porte et réceptionna un beau bouquet offert à la Rebbetsin par l’organisation féminine « Néchei H’abad » ; ce bouquet était accompagné d’une lettre contenant des demandes de bénédictions.
Le rav Halberstam donna les fleurs à la Rebbetsin et la lettre au Rabbi. Le Rabbi refusa de prendre la lettre en affirmant qu’elle était destinée à sa femme. Le rav Halberstam insista alors en soulignant : « Cette lettre est pourtant bien pour le Rabbi, car elle contient des demandes de bénédictions » mais le Rabbi lui répondit : « Elle aussi peut bénir. »
Le rav Halberstam remit donc la lettre dans les saintes mains de la Rebbetsin, pensant dans son for intérieur que, de toute façon, c’est par le zékhout du Rabbi, par son mérite, que la Rebbetsin peut donner des bénédictions. Le Rabbi, lisant dans ses pensées, lui rétorqua: « Mon épouse est capable de bénir par son propre mérite ».
Le rav Halberstam se demanda : « Quelle est donc la différence entre la Bra’ha du Rabbi et celle de la Rebbetsin ? ». Dès lors, s’engagea un dialogue :
Le Rabbi : « As-tu étudié Dérekh Mitsvotekha ?
Le rav Halberstam : « Oui ».
Le Rabbi : « Quel chapitre? »
Le rav Halberstam : “Celui concernant la mitsva de la téfilla ».
Le Rabbi : « Tu dois sûrement savoir la différence qui existe entre le niveau immanent de D-ieu, mémalei kol almin et le niveau transcendant de sovev kol almin. Les bénédictions que je donne tirent leur origine du premier niveau mémalei kol almin, ce qui signifie que la personne doit aussi agir par elle-même afin que la Bra’ha se réalise. En revanche, lorsque la Rebbetsin gratifie un être de sa Bra’ha, la Bra’ha se réalise automatiquement, même s’il ne fait rien pour cela, car elle procède du second niveau sovev kol almin. »
Cette capacité de la Rebbetsin à prodiguer des bénédictions ne fut révélée qu’à une poignée de gens. Lors du dernier discours que nous avons eu le mérite d’entendre du Rabbi le jour du yahrzeit de la Rebbetsin, il associa sa disparition au verset : Par ton intermédiaire, Israël sera béni, une allusion directe au fait que la Rebbetsin Haya Moushka était elle-même une source de bénédictions.
Quelques jours plus tard, le Rabbi ajouta : « Le 25 du mois est relié à l’octroi de toutes formes de bénédictions pour les juifs. »
Et les vivants doivent la prendre à cœur : le Rabbi revint plusieurs fois sur ce verset après la disparition de la Rebbetsin. Il voulait ainsi nous encourager à l’imiter dans nos propres vies. À nous par conséquent de savoir embrasser les différents sens du mot « bénédiction » et de les utiliser pour enrichir notre existence et celle des autres. Rapprochons ainsi nos cœurs au travers de la mitsva d’aimer son prochain, tel que l’amour de la Torah et de Hashem nous y entraînent ; n’est-ce pas là la quintessence de la ‘hassidout ?
“A mon avis, toute éloge est trop pauvre pour exprimer sa valeur.
D.ieu seul sait à quel point elle est grande” (Réponse du Rabbi a une personne qui fit les éloges de la Rebbetzin)
Quelques récits, pour la plupart inédits, qui préciseront l’image de la fille et de l’épouse d’un Rabbi, de ses accomplissements, de ses qualités de coeur et des enseignements qu’elle délivre ainsi à chacun de nous.
Elle s’appellera ‘Haya Moushka et elle sera en tout point identique à son arrière-grand-mère, la Rabbanit
Je vous ai adressé un télégramme pour vous demander, si vous ne lui avaez pas encore donné de nom, de l’appeler ‘Haya Moushka. Il me semble qu’il doit effectivement en être ainsi.
Je vous adresse mes voeux de Mazal Tov pour le nom donné à notre petite-fille, votre fille, qui a été appelée ‘Haya Moushka.
Puisse D.ieu faire qu’elle ait de longs jours, des années bonnes et agréables, qu’elle craigne D.ieu sincèrement et qu’elle soit, en tout point, identique à son arrière grand-mère, la Rabbanit, dont elle porte le nom.
(Lettres de Rabbi Chalom Dov Ber, tome 3, pages 219, 227 et 237) (Lire la suite)
Sa fille ‘Haya Moushka resta réveillée toute la nuit
Le Echkavta de Rabbi décrit, en ces termes, les derniers jours dans ce monde de Rabbi Chalom Dov Ber: “Rabbi Yossef Its’hak et les membres de sa famille étaient allés dormir, à l’exception de sa fille, ‘Haya Moushka, qui resta réveillée toute la nuit.
Moi-même, je suis parti me coucher, dans l’une des chambres. Au milieu de la nuit, vers deux heures du matin, mon sommeil fut troublé par un bruit, dans la maison. Je me suis habillé et je suis sorti de la chambre. Moushka se déplaçait rapidement dans la maison, tenant à la main un verre de lait.
Je lui ai demandé ce qui se passait et pour qui était ce lait. Elle m’a répondu qu’il était destiné à son grand-père, Rabbi Chalom Dov Ber, lequel ne se sentait pas bien.
(Echkavta de Rabbi, page 13)
En exil à Castroma
En 5687 (1927), Rabbi Yossef Its’hak fut exilé à Castroma. C’est précisément à sa seconde fille, la Rabbanit, qu’il demanda de l’accompagner.
Dans l’une de ses lettres, Rabbi Yossef Its’hak décrit son départ pour Castroma en ces termes: “A huit heures, j’ai pris congé des membres de ma famille, à Leningrad. Une grande
foule s’était réunie à la gare et le voyage commença. Ma fille ‘Haya Moussya m’accompagna.” On raconte que Rabbi Yossef Its’hak expliqua, à l’époque, qu’elle seule était apte à le faire.
(Lettres de Rabbi Yossef Its’hak, tome 2, page 66)
Visite au tombeau de Rabbi Chalom Dov Ber
Un mois avant de quitter la Russie, le 15 Elloul 5687 (1927), Rabbi Yossef Its’hak visita le saint tombeau de son père, à Rostov. De fait, il s’y rendait pour la dernière fois. La seule qui ’accompagna, durant ce voyage, fut sa fille, la Rabbanit, vraisemblablement parce que, étant fiancée, elle se préparait alors à son mariage.
Le Rav Raphaël Na’hman Cohen, qui eut le mérite d’être, à l’époque, au service du Rabbi, raconte: “Sa fille, la Rabbanit Moussya, l’accompagna à Rostov, près du tombeau de Rabbi
Chalom Dov Ber. Dans chaque banquette de train, il y avait deux places assises. Rabbi Yossef Its’hak et sa fille se trouvaient alors sur la même banquette.
A l’époque, les ‘Hassidim se demandèrent pourquoi était-ce précisément la Rabbanit Moussya qui l’accompagnait. Ils expliquèrent que celle-ci se préparait à son mariage, pendant cette période. Quelques jours avant le décès de Rabbi Yossef Its’hak
Le mercredi 7 Chevat 5710 (1950), quelques jours avant son décès, le Rabbi dit à sa fille, la Rabbanit Moushka: “Le moment est venu de se retirer de l’action communautaire.”
Ou bien, selon une autre version: “Il convient de cesser l’action communautaire. Il faut se reposer.”
On raconte qu’elle fut très satisfaite de ses paroles. Elle pensa, en effet, que le Rabbi allait prendre un peu de repos.
(Yemeï Béréchit, page 82)
Lorsque le Rabbi succéda à son beau-père
Quand Rabbi Yossef Its’hak quitta ce monde, des ‘Hassidim demandèrent au Rabbi de lui succéder. Comme on le sait, le Rabbi émit tout d’abord un refus énergique. Celle qui, au final, exerça une influence déterminante, dans ce domaine, fut la Rabbanit. Elle lui dit: “Est-il concevable que l’abnégation dont mon père a fait preuve pendant trente ans
ait été inutile, ce qu’à D.ieu ne plaise?”
(Kfar ‘Habad n°748)
On s’en remet à lui
Pendant l’hiver 5711 (1950-1951), le Rabbi et la Rabbanit habitaient encore au 346 de la rue New York. L’un de ceux qui étaient proches d’eux raconta ce qui se passa, quand il leur rendit visite, un jour de l’hiver 5711 (1950-1951): “Je suis entré dans la maison et j’ai vu de nombreux livres, sur la table du salon. Quelques uns étaient ouverts, d’autres fermés. Il y avait aussi un grand nombre de lettres, sur cette table. La Rabbanit, me remarquant, se tourna vers moi et me dit: ‘Moi, je ne lis pas les lettres que l’on adresse à mon mari. On s’en remet à lui. Je ne veux pas savoir ce qu’ils lui écrivent’.”
(Yemeï Méle’h, tome 3, page 1263)
Les honneurs sont, pour moi, dénués de tout intérêt
En tant que Rabbanit de Loubavitch, elle aurait pu recevoir des honneurs royaux, si elle avait accepté de paraître en public et de prendre part aux réunions des femmes et jeunes filles ‘Habad. Mais, il ne lui vint jamais à l’esprit de le faire.
Une fois, répondant à quelqu’un qui était venu lui rendre visite, elle dit: “Croyez-moi, je me passe des honneurs. Ils sont, pour moi, dénués de tout intérêt.”
Je le regarde et je sens que je suis liée à la famille Une fois, au cours d’une discussion, elle dit: “Nous possédons un plateau du Tséma’h Tsédek que Horenstein nous a fait cadeau.
Mais, je ne m’en suis jamais servi pour y placer les bougies avant de les allumer, à la veille du Chabbat. Comment moi, une simple femme, pourrais-je utiliser de tels objets?
En fait, je me contente de le regarder et, de la sorte, je sens que je suis liée à la famille”.
(Yemeï Méle’h, tome 3, page 1254)
Le conseil qui sauva une vie
La Rabbanit raconta: “Une fois, je me promenais au bord de la mer, à Nice. Soudain, une femme juive, épouse d’un Rav de Belgique, m’aborda. Je lui demandai: ‘Que faites-vous là?’
Elle me répondit qu’elle attendait son mari, lequel était aller se baigner. Il s’était éloigné de la plage centrale et avait déposé ses vêtements sur le côté.
Soudain, nous avons aperçu des Allemands qui se dirigeaient vers nous. A l’époque, ceux-ci n’avaient pas encore conquis la ville de Nice. Néanmoins, ils y inspiraient la crainte. En fait, c’était avant tout son mari qui courrait un danger, car le fait qu’il était juif apparaissait à l’évidence. Nous ne savions que faire. Soudain, j’ai eu une idée. J’ai été voir le maître nageur et lui ait dit, en français: ‘Ne voit-on pas une tête qui émerge, là-bas, au loin?’
Pendant qu’il observait, je lui indiquai, en allusion, qu’il était préférable que les Allemands ne voient pas cet homme. Le maître nageur comprit mon allusion, prit sa barque de sauveteur et partit “sauver” celui qui se “noyait”. Concrètement, il saisit ce Juif et le conduisit à bonne distance de la côte.
Entre temps, les Allemands s’approchèrent et observèrent ce qui se passait. Ils ne firent pas attention à moi, ni à l’autre femme. Peut-être ne recherchaient-ils pas de femmes. En revanche, ils s’aperçurent qu’il y avait un Juif avec le maître nageur, dans la barque, mais virent que celui-ci était déjà loin. Ils s’en allèrent donc.
Le maître nageur déposa le Rav dans un endroit éloigné, lui permit de mettre ses vêtements et lui fit regagner la côte, pendant la nuit. Par la suite, le Rav rentra chez lui et une nfant, l’une de leurs filles, vint me dire qu’il n’y avait plus lieu de s’inquiéter, car il se trouvait chez lui et tout allait bien. Néanmoins, je ne me trouvais pas à la maison, lorsqu’elle arriva, car j’étais alors partie chercher du lait surveillé.”
Techouva sur une faute datant de l’époque de la France
Dans des circonstances exceptionnelles, la Rabbanit rapporta elle-même le récit suivant. Pendant les dix jours de Techouva, elle expliquait à un enfant la nécessité de se repentir, en cette période lorsque celui-ci la questionna, naïvement: “Rabbanit, vous-même n’avez sûrement nul besoin de la Techouva.”
La Rabbanit médita, durant quelques minutes, puis elle lui répondit qu’elle devait elle-même avoir recours à la Techouva. L’enfant s’en étonna et elle raconta alors: Une fois, à la veille du départ de Paris du Rabbi et de la Rabbanit, il y eut un grand bombardement et tous fuyaient donc, dans tous les sens, afin de se mettre à l’abri. Le Rabbi et la Rabbanit le firent également. De façon générale, chacun emportait avec lui un peu de nourriture. Le Rabbi, en revanche, prit son Talith, ses Tefilin et ses manuscrits.
En chemin, la Rabbanit observa un avion qui, les survolant, lâcha une bombe. Mais, un homme, se tenant près d’elle, poursuivit son chemin, sans voir ce qui se passait.
La Rabbanit se dit alors que, s’il ne se couchait pas aussitôt à terre, l’homme risquait d’être atteint par cette bombe ou par ses débris. Réagissant très rapidement, elle le poussa de côté, de toutes ses forces. Par la suite, il s’avéra qu’elle lui avait ainsi sauvé la vie.
Achevant son récit, la Rabbanit conclut, avec la grandeur d’âme qui la caractérisait: “Certes, ce Juif a été sauvé du bombardement, mais je l’ai poussé et, lorsque l’on
agit ainsi, on doit avoir recours à la Techouva.”
Mon père me l’a enseigné
L’un de ceux qui était au service de la Rabbanit raconta: “Lors d’un déplacement avec la Rabbanit, nous sommes parvenus devant une artère fermée à la circulation. Un panneau indiquait un itinéraire détourné. Nous l’avons emprunté et là, nous avons vu, sur le coin de la rue, une voiture de police et un camion. Dans la cour, en face, il y avait des meubles et des affaires personnelles.
Nous avons poursuivi notre chemin, sur quelques dizaines de mètres, puis, la Rabbanit m’a demandé de faire demi-tour. Je lui en ai demandé la raison. Elle m’a considéré pendant quelques instants, puis m’a dit: ‘Mon père m’a enseigné que tout est effet de la divine Providence. Cette rue était fermée et nous avons donc fait un détour. Là, nous avons vu que quelque chose se passait. Nous devons savoir de quoi il s’agit.’
Nous avons donc rebroussé chemin et nous avons pu voir qu’un couple d’immigrants russes, ayant des enfants, habitait là. Depuis plusieurs mois, cette famille n’avait pas payé son loyer. Le propriétaire de la maison faisait donc exécuter l’ordre d’expulsion qui avait été prononcé par le tribunal. A notre arrivée, tous les membres de la famille se tenaient dans la cour et pleuraient.
La Rabbanit me demanda de rechercher auprès de l’huissier quel était le montant de la dette. J’ai posé la question et l’on m’a répondu qu’il s’agissait de quatre mois de loyer, c’est-à-dire d’une somme conséquente, de plusieurs milliers de dollars.
La Rabbanit prit son chéquier, établit aussitôt un chèque de ce montant, me demanda de le transmettre directement à l’huissier, sans que la famille n’en ait connaissance. Je le lui ai donné et aussitôt, la famille a pu regagner sa maison, sans comprendre pourquoi un changement soudain était intervenu dans leur situation.
Elle peut également donner une bénédiction
Une fois, les femmes et jeunes filles ‘Habad adressèrent un bouquet de fleurs à la Rabbanit, à l’occasion de son anniversaire. Elles y joignirent une enveloppe, contenant les noms de personnes qui sollicitaient une bénédiction. Le Rav H. S. D. Halbershtam transmit le bouquet à la Rabbanit et l’enveloppe au Rabbi.
Le Rabbi observa l’enveloppe et, y voyant le nom de la Rabbanit, demanda pourquoi on lui apporté un courrier adressé à son épouse. Le Rav Halbershtam répondit qu’il s’agissait d’une liste de personnes sollicitant une bénédiction et le Rabbi, dont le visage devint alors très sérieux, dit: “Hé bien, elle peut également donner une bénédiction.”
(Yemeï Méle’h, tome 3, page 1267)
Vous êtes tous nos enfants
Une famille vint rendre visite à la Rabbanit, à son domicile. Pendant que celle-ci, se trouvant près de la table, discutait avec les adultes, les enfants se déplaçaient dans la maison. Lorsqu’ils finirent de la visiter, l’un d’entre eux s’adressa naïvement à la Rabbanit et lui demanda: “Où sont vos enfants?” Puis, après un instant de réflexion, il ajouta encore: “Sans doute sont-ils déjà grands et ils ont donc quitté la maison.”
Entendant ces propos, la Rabbanit ne répondit pas immédiatement. Elle plaça d’abord les enfants tout autour de l’endroit où elle était assise. Ensuite, elle désigna de son doigt chacun d’entre eux, puis la fenêtre, donnant vers la rue et dit: “Voyez-vous, toi, toi et toi et tous ceux qui se trouvent là-bas, vous êtes tous nos enfants.”
Notre satisfaction est de savoir que vous êtes satisfait
Un Rav qui, à l’époque, résidait encore à Paris, rendit visite à la Rabbanit. Il prit congé d’elle en exprimant ses bons voeux et lui dit: “Que le Rabbi soit en bonne santé et qu’il conçoive de nous beaucoup de satisfaction.” La Rabbanit lui répondit: “Notre satisfaction est de savoir que vous êtes satisfait.”
(Atéret Mal’hout)
Elle avait une personnalité hors du commun
Le docteur Meïr Chohetman était proche du Rabbi et de la Rabbanit, quand ceuxci se trouvaient à Paris. Il étudiait même la Guemara, chaque jour, avec le Rabbi. Il fit part, en ces termes, de la manière dont il fut impressionné par la Rabbanit: “La Rabbanit Haya Moushka passait la majeure partie de la journée à la maison.
Elle étudiait le français, sans toutefois le faire de manière systématique. Elle accueillait chacun chaleureusement. Elle avait véritablement une personnalité hors du commun. Quiconque lui rendait visite une fois ne ratait pas une occasion de revenir, par la suite.”
(Yemeï Méle’h, tome 1, page 382)
On les envoie partout
La Rabbanit s’intéressait beaucoup aux accomplissements des émissaires de son mari. Elle éprouvait une profonde admiration pour eux, eu égard à l’abnégation dont ils font preuve pour diffuser le Judaïsme. A chaque occasion, elle évoquait avec ravissement leur esprit de sacrifice. Avec une satisfaction évidente, elle disait: “Ils abandonnent leur famille, s’en vont avec de petits enfants, en faisant don de leur propre personne. Ils se rendent dans les coins les plus isolés de la terre, car on les envoie partout.”
(Kfar ‘Habad n°748)
Ses larmes coulèrent
Une femme rendit visite à la Rabbanit en 5744 (1984). La Rabbanit l’invita à assister à une projection vidéo, montrant l’activité des tanks de Mitsvot, en Terre Sainte.
La Rabbanit fut elle-même particulièrement émue en voyant les émissaires du Rabbi distribuer des bougies de ‘Hanouka et des beignets aux soldats, afin de les réjouir, malgré le froid rigoureux. Elle en fut si émue, si fière, que ses larmes coulèrent sur ses joues.
(Kfar ‘Habad n°748)
Attachement au Rabbi
L’un de ceux qui étaient proches de la Rabbanit raconta qu’en 5746 (1985), il se rendit, à la veille de Sim’hat Torah, dans le bâtiment de la bibliothèque, où elle se trouvait alors. Elle lui demanda comment s’était passée la réunion ‘hassidique, au cours de laquelle son mari venait de s’adresser aux ‘Hassidim. Il lui raconta qu’au cours de celle-ci, le Rabbi avait demandé que chacun dise Le’haïm, puis retourne son verre vide.
Sur la table près de laquelle la Rabbanit était assise, il y avait une bouteille. La Rabbanit la saisit aussitôt et la retourna.
(Yemeï Méle’h, tome 3, page 1266)
Mon mari a de bonnes idées
Une femme eut le mérite de rendre visite à la Rabbanit, à de nombreuses reprises. Elle raconta que, de façon générale, celle-ci évitait de parler du Rabbi et de sa grandeur. Pour autant, il était clair qu’elle était fière des initiatives qu’il avait prises dans le but de diffuser le Judaïsme et en fonction desquelles l’action était menée. Cette femme raconte:
“Je me souviens qu’elle m’a demandée, une fois, de quelle manière la création des Tsivot Hachem avait été accueillie, à Londres. Je lui ai répondu que cette initiative avait eu beaucoup de succès. Elle dit alors: ‘Mon mari a de bonnes idées, n’est-ce pas?’”
Une réunion ‘hassidique qui rassasie
L’un de ceux qui étaient proches de la Rabbanit lui rendit visite après une réunion ‘hassidique qui s’était poursuivie jusqu’à une heure très tardive. La Rabbanit lui proposa de manger et il répondit qu’il n’avait pas faim. La Rabbanit dit aussitôt que cela n’était pas étonnant et elle expliqua: “Une réunion ‘hassidique rassasie.”
(Kfar ‘Habad n°748)
Mon mari l’a dit
Une fois, un événement exceptionnel se produisit. Le livreur posa une caisse de légumes devant la porte qui se trouve à l’avant de la maison du Rabbi alors qu’il la mettait, d’ordinaire, devant celle qui est à l’arrière de la maison.
Le soir, le Rabbi rentra à la maison en tenant cette caisse à la main. La Rabbanit s’en aperçut et dit: “Pourquoi la portes-tu toi-même? Natik est là pour cela.” Le Rabbi lui répondit:
“Natik est un Juif comme les autres.” Depuis lors, chaque fois que Natik voulait aider la Rabbanit de manière inhabituelle, la Rabbanit lui répondait: “Mon mari n’a-t-il pas dit que Natik est un Juif comme les autres?”
Une fois, Natik indiqua qu’il se “plaindrait” au Rabbi, car celui-ci, par cette phrase, avait réduit ses possibilités de venir en aide à la Rabbanit. Elle lui répondit par un large sourire mais, à partir de ce jour, elle cessa de lui rappeler les mots du Rabbi.
(Kfar ‘Habad n°748)
Il faut parler Yiddish
A différentes occasions, la Rabbanit encouragea plusieurs personnes à s’exprimer en Yiddish. Une fois, elle expliqua à quelqu’un qui venait lui rendre visite à quel point il était important que tous parlent cette langue.
Elle précisa que, durant la guerre, alors que tous fuyaient devant les Allemands, elle côtoya de nombreux Juifs, venant de tous les horizons et de tous les milieux. L’élément unificateur entre eux était alors la langue Yiddish.
Il n’ira pas au 770
La Rabbanit fit une chute et se cassa le bras. Elle dut alors être plâtrée. Un soir, alors qu’elle souffrait beaucoup, elle appela l’une des femmes desquelles elle était proche et lui demanda d’appeler une infirmière. Mais, il était difficile de le faire, compte tenu de l’heure tardive.
Voyant qu’elle ne recevait pas de réponse, la Rabbanit rappela cette femme, dix minutes plus tard, pour savoir ce qu’il en était. Elle précisa: “Mon mari est près de moi et il dit qu’il n’ira pas au 770, Eastern Parkway, tant qu’une infirmière n’arrivera pas ici. Je sais à quel point il est important pour lui d’être avec les ‘Hassidim et pour les ‘Hassidim d’être avec lui. Je ne souhaite pas qu’il soit retenu ici un instant de plus.”
Il est important pour moi de ne pas lui faire de la peine
Durant ses derniers jours, la Rabbanit souffrit des yeux. Une fois, je lui ai posé la question suivante: “Des Juifs du monde entier émettent le voeu de recevoir une bénédiction du Rabbi. Comment pouvez-vous ne pas lui en parler?” La réponse de la Rabbanit fut à la fois simple et surprenante: “Il est important pour moi de ne pas lui faire de la peine.”
(Atéret Mal’hout)
Vous m’avez fait revivre
Quelques instants avant de quitter ce monde, elle demanda au Rav Chalom Gansburg de lui apporter un verre d’eau. Il le lui présenta. Elle récita la bénédiction et en but quelques gouttes. Elle dit ensuite: “Chalom, vous m’avez fait revivre. Que D.ieu en fasse de même pour vous.” Mon père le Rabbi, ses livres et tout ce qui lui appartient sont aux ‘Hassidim
L’une des dernières actions réalisées ici-bas par celle qui a quitté ce monde a fait l’objet d’une diffusion et a été connue de tous, y compris des autres nations. Il s’agit de la réponse qu’elle fit, à propos de son père, le Rabbi, mon beau-père, chef de notre génération. Elle dit: “Mon père, le Rabbi, ses livres et tout ce qui lui appartient sont aux ‘Hassidim.”
Par cette réponse, celle qui a quitté ce monde a exprimé, affirmé devant tous que le chef de notre génération, successeur de nos saints maîtres, depuis l’Admour Hazaken, fondateur de la ‘Hassidout ‘Habad et le Baal Chem Tov, fondateur de la ‘Hassidout générale, restera le Rabbi pour l’éternité, sans qu’aucune interruption ne soit envisageable, ce qu’à D.ieu ne plaise, jusqu’à la venue de notre juste libérateur.
Mais le fait véritablement nouveau est l’accueil réservé à cette réponse par les autres nations. En effet, c’est sur la base de celle-ci que le verdict a ét rendu, en particulier pour ce qui concerne les livres sacrés. Il a été décidé qu’il en serait effectivement ainsi.
On peut en conclure que le souvenir, nécessaire pour celui qui survit, doit essentiellement porter sur le renforcement et le développement, avec la plus grande ardeur, de cette éternité, de la pérennité de la ‘Hassidout générale, de la ‘Hassidout ‘Habad, de ses maîtres, à chaque époque, jusqu’à la venue de notre juste libérateur, d’une manière évidente pour tous, y compris pour les autres nations.
(Discours du Rabbi, à l’issue du Chabbat Terouma 5748-1988)
Les enfants qui portent son nom
Nous avons vu que le souvenir est nécessaire, pour celui qui survit. Chacun doit montrer que “sa descendance est encore en vie”, car, de la sorte, elle-même “est en vie”. Il faut aussi s’inspirer de son comportement et agir comme elle le faisait ellemême, avec abnégation.
Combien plus en est-il ainsi lorsque l’on donne son nom à un enfant. De la sorte, “sa descendance est encore en vie”, au sens le plus littéral, de sorte que elle-même “est en vie”. Et l’enfant qui s’appellera ‘Haya aura une longue vie, de longs jours et de bonnes années.
(Discours du Rabbi, Chabbat Yethro, 22 Chevat 5749-1989)
Certaines ont eu le mérite que plusieurs filles juives portent leur nom. Et, ces filles donnent un bon exemple, ayant une âme saine dans un corps sain, sans aucune interruption. Elles reçoivent une éducation conforme à l’esprit de celle qui a quitté ce monde, en fonction de ses directives et du modèle qu’elle a elle-même fourni.
En effet, comme on l’a maintes fois souligné, elle a elle-même été éduquée par le chef de notre génération, mon beau-père, le Rabbi.
(Discours du Rabbi, veille du 22 Chevat 5752-1992)
Une participation de sa part et de la mienne
Le dimanche 24 Adar, veille de l’anniversaire de la naissance de la Rabbanit, fut posée la première pierre du campus ‘Haya Moushka, dédié à sa mémoire. A la fin de la cérémonie, qui fut particulièrement fastueuse, le Rabbi arriva, à la grande surprise de tous et il transmit au Rav Avraham Chem Tov un montant de quatre cent soixante dix dollars, correspondant à la valeur numérique du nom ‘Haya Moushka.
En lui transmettant ces dollars, le Rabbi dit: “Je me rends près du tombeau de mon beau-père, le Rabbi et j’irai également auprès d’elle. Ce soir, ce sera son anniversaire et ces quatre cent soixante dix dollars sont une participation de sa part et de la mienne. Puisse D.ieu faire que nous ayons de bonnes nouvelles.”
La campagne pour la célébration de l’anniversaire,lancée en l’honneur de la Rabbanit
Dernièrement, nous avons évoqué, à différentes reprises, la nécessité de se souvenir incombant à celui qui survit. Pour cela, on doit systématiquement rechercher l’implication concrète, l’action, qui est essentielle. Il est donc certain que l’on peut profiter de son anniversaire, lorsque son Mazal est dominant, pour renforcer tout ce qui concerne le Judaïsme, la Torah et ses Mitsvot.
Un point préalable doit être précisé. Ce qui concerne un Juif, à titre personnel, exerce également son influence sur tout le peuple d’Israël et même sur le monde entier. De fait, nos Sages affirment que “chacun est tenu de considérer que le monde fut créé pour lui”. Or, ceci apparaît encore plus clairement pour ce qui concerne son anniversaire, qui est le 25 Adar.
Concrètement, il est donc proposé d’introduire une pratique positive qui, pour celui qui le désire, sera dédiée au mérite et à l’élévation de son âme. Celle-ci concerne le comportement que l’on doit adopter, lors de son anniversaire.
Mon beau-père, le Rabbi, a largement diffusé le comportement qu’il fallait avoir, à cette occasion et qui, dans les générations précédentes, n’était connu que d’une élite: “On doit évoquer ses souvenirs, y méditer, réparer ce qui doit l’être et introduire la Techouva chaque fois que cela est nécessaire”.
De même, on a alors coutume de donner de la Tsedaka, avant les prières de Cha’harit et de Min’ha. Si l’anniversaire est un Chabbat ou bien un jour de fête, on en donnera à la veille de ce jour. On aura aussi une étude de plus de la partie révélée de la Torah et de la ‘Hassidout.
En conséquence, il serait judicieux de diffuser encore plus largement ces pratiques parmi tous les Juifs, de leur demander, à l’occasion de leur anniversaire, de prévoir un ajout à l’étude de la Torah, à la prière et à la Tsedaka, qui sont les trois piliers sur lesquels reposent le monde, en général et, en premier lieu, le “petit monde” que constitue la personnalité humaine. Et, l’on prendra la bonne résolution d’intensifier, pendant l’année suivante, son engagement pour tout ce qui concerne la Torah et les Mitsvot.
(Discours du Rabbi, 25 Adar 5748-1988)
Le fonds ‘Hamech
Dans la nuit qui suivit l’enterrement de la Rabbanit, le Rabbi appela son secrétaire, le Rav Krinsky et lui demanda, en particulier, de créer au plus vite un fonds de Tsedaka qui porterait le nom de la Rabbanit. Celui-ci fut effectivement créé et nommé “fonds ‘Hamech”, initiales de ‘Haya Moushka Schneerson, dans le but de soutenir les campagnes pour l’allumage des bougies du Chabbat, pour la pureté familiale, pour l’aide au financement des mariages, pour la construction et le développement de bains rituels et pour favoriser l’éducation. Durant les années suivantes, le Rabbi distribua des montants importants, prélevés sur ce fonds, aux institutions ‘Habad, dans le monde entier.
Prenant la parole à l’issue des sept jours du deuil, le Rabbi dit: “Il faut préciser qu’un fonds spécifique a été institué, qui porte le nom de fonds
‘Hamech, d’après les initiales du nom de la défunte, ‘Haya Moushka Schneerson. Certes, le nom de famille semble secondaire. Néanmoins, on le fait apparaître sur différents
actes officiels et les témoins de ces actes, pour raffermir leur rôle, signent également en le mentionnant.
Combien plus doit-il être mentionné, en l’occurrence. Ce nom, en effet, introduit une claire allusion au fondateur de la famille, l’Admour Hazaken, qui s’appelait Chnéor, deux lumières, parce qu’il portait en lui celle de la partie révélée de la Torah et celle de son enseignement profond. De plus, son âme descendait ici-bas pour la première fois, comme le rapportent les notes et les causeries du père de la défunte.
Bien plus, ce nom de famille, mentionnant Chnéor, se termine, en outre, par “son”, le fils, établissant ainsi la filiation avec l’Admour Hazaken. Or, disent nos Sages, un père, dans cinq domaines, confère un mérite à son fils, dès l’instant de sa naissance et ce dernier peut, dès lors, hériter de tout ce que son père possède.”
(Discours du Rabbi, 29 Chevat 5748-1988, à l’issue des sept jours du deuil)
La force du père se révèle chez la fille plus que chez le fils
Les condoléances et les bénédictions qui les accompagnent ont été présentées pour la fille du chef de notre génération. Or, disent nos Sages, “lorsque l’homme ensemence le premier, l’enfant qui naît est une fille”. Ainsi, la force du père se révèle chez la fille plus que chez le fils. En l’occurrence, le chef de notre génération est le successeur de tous ceux qui l’ont précédé, depuis l’Admour Hazaken et le Baal Chem Tov. Ainsi, aux bénédictions que le Saint béni soit-Il accorde et qui se révèlent grâce aux bons voeux signifiés lorsque l’on a consolé les endeuillés, s’ajoutent les mérites et les vertus spécifiques de la défunte, celle de la fille du chef de la génération et celle qu’elle s’est acquise par les bonnes actions qu’elle a elle-même réalisées.
(Discours du Rabbi, 29 Chevat 5748-1988, à l’issue des sept jours du deuil)
Ajout à l’action concrète, à l’occasion de la Hilloula
L’acte est essentiel, en particulier pour ce qui concerne la Hilloula. En effet, la coutume juive veut que l’on intensifie l’action concrète, à cette occasion, pour l’élévation de son âme, de sorte que celle-ci puisse également se révéler ici-bas.
Concrètement, à l’occasion de la Hilloula, il est bon d’augmenter et de développer les institutions dédiées à sa mémoire, au delà de celles qui existent déjà. Ces institutions seront plus particulièrement consacrées aux trois Mitsvot précédemment définies.
Par ailleurs, il est également judicieux de donner de la Tsedaka, à l’occasion de la Hilloula, de préférence un multiple de quatre cent soixante dix, valeur numérique du nom de la défunte, comme nous l’avons vu.
Quiconque multipliera ses réalisations en ce sens sera digne d’éloge. Et, l’on ne donnera pas seulement quatre cent soixante dix petites pièces, des pièces de bronze. Ce seront de grandes pièces, des pièces d’or.
(Discours du Rabbi, Chabbat Yethro, 22 Chevat 5750-1990)
Depuis 5687, les ‘Hassidim n’ont pas connu une joie aussi intense
A la veille de Roch ‘Hodech 5738-1977, lorsque le Rabbi rentra chez lui pour la première fois, après le malaise cardiaque qu’il avait subi, le Chemini Atséret de la même année, la Rabbanit, se trouvant au second étage du 770, Eastern Parkway, dans la maison de Rabbi Yossef Its’hak, observait son mari, alors qu’il quittait son bureau.
Considérant l’immense joie des ‘Hassidim, à cette occasion, elle dit: “Depuis la libération de mon père, le 12 Tamouz 5687-1927, les ‘Hassidim n’ont pas éprouvé une telle joie.”
(Kfar ‘Habad n°785)
Une oeuvre réalisée avec abnégation
Un enseignement peut être donné à propos de cette Hilloula. Il y a eu un “incendie” et l’âme, au sein de la flamme, s’est élevée jusqu’au point le plus élevé du ciel.
Mais, il s’agit, en l’occurrence, d’une femme Tsidkanit, bien plus de la fille de mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération et l’on connaît le lien spécifique d’une fille avec son père. Lorsque son âme se trouvait dans son corps, elle possédait donc le mérite de son père, en plus du sien propre. Elle servait D.ieu “comme l’ordonne Ta Volonté”. Bien plus, elle intensifiait régulièrement ce service, s’élevant ainsi d’une étape vers l’autre.
De fait, elle accomplit son oeuvre avec abnégation, comme on peut le déduire d’un récit décrivant l’éducation que mon beau-père, le Rabbi, prodigua à ses filles. En effet, leur professeur entendait privilégier l’approche intellectuelle, ne pas les effrayer en faisant appel au miracle ou au sacrifice physique. Mais, mon beau-père lui signifia que l’éducation d’un enfant juif commençait, bien au contraire, par des récits, relatant le don de soi. C’est là le message que cet enfant devait entendre.
Du reste, ce récit est spécifiquement lié à elle et l’on peut en conclure qu’il s’agissait, tout particulièrement, de lui donner une telle éducation, de lui faire profondément
intégrer cette abnégation.
Combien plus en est-il ainsi après son décès, alors que son âme a connu la plus haute élévation.
(Discours du Rabbi, Chabbat Yethro, 22 Chevat 5749-1989)
Les grandes dates interrogent toujours de la même façon : revenant d’année en année, offrent-elles d’autres perspectives que mémorielles et commémoratives ? Il est vrai que, bien souvent, elles sont seulement l’occasion de célébrations obligées, officielles et incontournables. Voici pourtant que, cette semaine, revient le 22 Chevat, l’anniversaire du décès de la Rabbanite ‘Haya Mouchka, la femme du Rabbi de Loubavitch. Elle quitta ce monde en 5748-1988 et l’événement retentit encore, non seulement dans le cœur de ceux qui la connurent mais, plus largement, comme instaurant un jour porteur d’enseignement, d’action et d’espoir.
Ce n’est évidemment pas par hasard que le 22 Chevat se tient à New York le congrès international des Chlou’hot, ces femmes envoyées dans tous les pays du monde avec leur mari et qui assument la tâche de transformer les endroits où elles vivent, à la fois enseignantes, directrices d’institutions etc. Chargées de tout cela par le Rabbi, elles savent conduire ceux qu’elles rencontrent vers un temps meilleur. Et si elles ont choisi cette date pour se retrouver chaque année, c’est qu’elle recèle une puissance particulière.
La vie de la Rabbanite en est une expression à valeur d’exemple. Elle connut les plus grands bouleversements de l’histoire : l’oppression stalinienne en URSS, les tragédies de la guerre et l’invasion allemande en France. Elle resta cependant fidèle à ce qu’elle était, sans jamais reculer ou renoncer. Son nom en porte témoignage : ‘Haya Mouchka. « ‘Haya » signifie « vivante », comme pour dire que cette vie est si intense et si profonde qu’elle ne connaît jamais d’interruption au-delà même de la disparition physique. « Mouchka », le musc, un parfum à la fois précieux et subtil. Le parfum, disent les commentateurs, a le pouvoir de réconforter l’âme malgré son caractère presque immatériel. Il s’attache à celui qui en est porteur.
« Vie » et « parfum », c’est en soi un programme, une manière de vivre. Nous vivons un temps où ces notions si essentielles manquent bien souvent. Perclus par la pesanteur des choses, l’homme en vient à oublier ce qui l’entraîne au-delà de lui-même et lui confère toute la noblesse de l’humain. La Rabbanite, par sa vie, nous montre le chemin. Tout est possible. Le monde peut changer et l’avenir retrouver ses couleurs. Demain chantera. A New York, les Chlou’hot réunies l’affirment. Plus qu’un message, le 22 Chevat est la date de naissance d’une action.
La Rebbetzin Haya Mouchka a accordé à ma mère le privilège d’être reçue plusieurs fois au fil des années, jusqu’à son départ de ce monde. C’était quelque chose dont on ne parlait pas, un grand secret, car la Rebbetzin était une personne très réservée. Nous savions que ce mérite devait rester confidentiel.
Après le décès de la Rebbetzin, le Rabbi a beaucoup parlé pendant une année entière. Chaque Shabbat, il commentait le verset enseignant que lorsqu’une personne quitte ce monde, les vivants doivent en tirer des leçons. Le Rabbi insistait constamment sur ce message.
La question s’est alors posée : devions-nous partager certaines histoires que mes parents et nous-mêmes avions vécues avec la Rebbetzin ? Cette interrogation est restée longtemps sans réponse claire.
Récemment, un ami de la famille, Monsieur Yoseph ben David Benamou, nous a quittés. À la demande de sa famille, nous allons raconter quelques anecdotes sur la Rebbetzin, pour son mérite et l’élévation de son âme, ainsi que pour la bonne santé de toute la famille.
Mon grand-père, Rav Bentsion Chemtov, était un ‘hassid du précédent Rabbi. En 1922, il faisait partie d’un groupe de dix disciples qui avaient juré au précédent Rabbi de consacrer leur vie à préserver le judaïsme en Russie. Il a accompli cette mission, connaissant l’exil avant de revenir. Il a eu le mérite d’être un des ‘hassidim proches du précédent Rabbi.
Après que le Rabbi actuel a pris ses fonctions en 1950, lors de ses voyages à New York, mon grand-père avait l’occasion de rendre visite à la Rebbetzin et de lui raconter son travail à Londres. Après avoir perdu son épouse en 1963, alors que ma mère avait 16 ans, il s’est installé à New York deux ans plus tard. Cela a permis à ma mère d’avoir aussi le privilège de rendre visite à la Rebbetzin au fil des années.
Après le mariage de mes parents, ils sont restés très proches de la Rebbetzin, que ce soit par téléphone ou lors de leurs visites à New York, où elle les invitait toujours à venir la voir. Nous allons maintenant partager quelques-unes de ces anecdotes que ma mère nous a racontées.