Le 11 Nissan marque l’anniversaire de naissance de Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, septième Rabbi de Loubavitch et figure centrale du renouveau juif mondial. Sa vie, traversée par les tempêtes du XXe siècle, aura été entièrement consacrée à la diffusion de la Torah et à la préparation de la Guéoula. À l’approche de Pessa’h, ce jour anniversaire résonne comme un appel à la liberté intérieure et à la responsabilité collective.
L’anniversaire comme source de sens
Un anniversaire est toujours une occasion solennelle. Mais il est d’abord le repère qui permet de mesurer les progrès réalisés pendant la période écoulée. C’est ainsi que sa célébration fait sens : elle permet de prendre conscience et, ainsi, de rassembler ses forces pour un départ recommencé.
Cette semaine, le 11 Nissan est l’anniversaire de la naissance de Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, celui qui, pour tant de Juifs autour du monde, reste, tout simplement, « le Rabbi ». Un tel jour est, en soi, significatif. Par tout ce qui souligne l’importance de l’idée d’anniversaire, il porte clairement à conséquences. Nos Sages nous l’enseignent : c’est le moment où « sa puissance spirituelle est dominante ». C’est dire qu’il convient de s’y arrêter et d’y réfléchir un instant. De fait, que d’actions entreprises, que d’accomplissements nouveaux, que de lien avec D.ieu renforcé par l’étude de la Torah et la pratique de ses commandements en cette année ! À toute réussite, il existe une source et à toute œuvre une âme. Sans se tromper, chacun sait profondément que c’est dans le Rabbi et son enseignement qu’ici on les trouve.
Il est vrai que, au fil des décennies écoulées, le monde a changé. Alors que les frontières se sont souvent peu à peu effacées, que les moyens de communication ont réduit les distances d’une façon inimaginable il y a peu, que l’homme, ivre de puissance, a tendance à oublier ses faiblesses, voici que le peuple juif revient, avec obstination, à l’héritage millénaire transmis par ses ancêtres. Ouvert au monde, voici qu’il retrouve ces chemins-là qui, venus du passé, garantissent pourtant l’avenir. Et chacun de s’interroger : comment a commencé cette renaissance ? Où en a été le moteur ? Qui en préserve la puissance ? Alors que le 11 Nissan éclaire l’horizon de cette force particulière qu’a l’anniversaire du Rabbi, nous percevons la réponse. Une sagesse, un souci de chaque instant n’ont pas cessé de porter ce ressourcement. C’est à cette cause libératrice que le Rabbi s’est consacré.
Et ce n’est pas un hasard — mais quand l’est-ce ? — si ce jour tombe naturellement à proximité de la fête de Pessa’h. Pourrait-il y avoir meilleure préparation au « temps de notre liberté » que ce jour qui nous rappelle que la liberté est, à la fois, un don et une conquête, comme une force en mouvement dont l’effet ne s’arrêtera qu’avec la Libération majeure, celle qu’apportera le Machia’h.
Origines et formation d’un génie discret
Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson est né le 18 avril 1902 (11 Nissan 5662) à Nicolaïev, en Ukraine, au foyer du Rav Levi Its’hak et de la Rebbetzin Hanna Schneerson. Son grand-père maternel est le Rav Meïr Chlomo Yanovsky, le Rav de Nicolaïev.
Également connu par ses fidèles comme le Rabbi de Loubavitch, il est le septième héritier de la dynastie du Hassidisme Habad, fondée en 1797 par Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi. Il fut l’un des leaders spirituels du judaïsme mondial et notamment de la mouvance loubavitch depuis 1950, à la suite du décès de son beau-père Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn. Il a notamment encouragé et œuvré pour la diffusion du judaïsme et la fondation d’un réseau d’institutions d’études juives et de l’enseignement de la Torah. Le Rabbi de Loubavitch n’a pas eu d’enfants, mais a légué, depuis son décès en 1994, plus de 5 000 institutions à travers le monde.
Il porte le même patronyme que Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, son futur beau-père auquel il succédera, du fait que tous deux descendent, à travers deux lignées différentes, de Rabbi Mena’hem Mendel, troisième de la lignée, le célèbre Tséma’h Tsédèk.
Il passe sa jeunesse à Iékatérinoslav — rebaptisée Dniepropetrovsk par les Bolchéviks — dont son père, le Rav Levi Its’hak, est le Rav. Ce dernier est un maître inspiré de la Kabbale, qui explore le Zohar et le Talmud. Contre toute attente, le futur Rabbi de Loubavitch ne fréquente pas de Yéchiva. En dehors d’un premier maître avec lequel il fait ses premiers pas dans les textes — et auquel il voue une éternelle déférence —, son père est son unique précepteur.
Le Rav Levi Its’hak prescrit à son fils un cursus drastique d’études quotidiennes allouées à la Torah et lui accorde les heures restantes pour s’alimenter, dormir et pour les études profanes auprès de différents professeurs de la ville. L’enfant accumule les lectures, dévore des dictionnaires de langues, tout en passant le plus clair de son temps à étudier les ouvrages dont il devra un jour assurer l’héritage. Sa mère se plaît à vanter ses capacités d’absorption — celles qui lui permettront, le moment venu, de dicter la réponse à une lettre en en lisant trois autres. On sait également qu’il ne prise guère les distractions de son âge et que les livres sont déjà sa patrie.
Pour ce qui est des qualités humaines, sa mère relate tardivement qu’il sauta à l’âge de dix ans dans le Dniepr gelé pour sauver un enfant qui se noyait, et qu’il manqua d’être emporté par le typhus, contracté lors d’une épidémie après s’être porté secouriste volontaire. Le jeune homme s’intéresse à tout, c’est-à-dire à tous les déploiements intellectuels dont il fera plus tard usage pour « valoriser le Créateur et la profession de foi rédemptrice de la Torah ». Il s’inscrit en candidat libre dans divers établissements et y obtient des diplômes.
La rencontre avec le Rabbi Précédent et les années d’errance
Au moment où il rencontre Rabbi Yossef Its’hak en 1923, à Rostov, il est quasiment inconnu de la communauté ‘hassidique qui campe autour du maître. Celle-ci est même un peu surprise par ce jeune homme de vingt et un ans, impeccablement mis et aux manières raffinées — d’autant plus que l’on saura vite que le sémillant jeune homme est destiné à épouser la dernière des filles du Rabbi : Haya Mouchka Schneerson. Le Rabbi rassure ses disciples en attestant que ce jeune homme un peu suspect connaît mot à mot les deux Talmud et les grands décisionnaires, et que les larmes qu’il verse lors du Tikoune ‘Hatsot — ces lamentations que les très pieux récitent quotidiennement à minuit — sont indicibles.
En 1927, le régime de Staline commence à réprimer les institutions religieuses, et Rabbi Yossef Its’hak, qui ne laisse planer nulle équivoque sur le mépris qu’il voue à ce régime et du peu de cas qu’il fait de son règlement, est arrêté. La sentence de mort prononcée contre lui est commuée en exil, et durant l’été suivant, il doit quitter la patrie du ‘hassidisme pour Riga, où il établira pendant six ans son « gouvernement en exil ». Il emmène sa famille, ses proches disciples et son futur gendre.
Le 27 novembre 1928, à Varsovie, Rabbi Mena’hem Mendel épouse la fille de Rabbi Yossef Its’hak, la Rebbetzin Haya Mouchka Schneerson. Ce mariage est célébré dans la capitale polonaise, haut lieu du judaïsme d’Europe centrale. Des sommités rabbiniques, dont la ville foisonnait à l’époque, eurent alors l’occasion de mesurer la texture intellectuelle de cet homme apparu ganté de blanc qui leur offrit une matière édifiante.
Le nouveau couple part ensuite s’installer à Berlin, où le futur Rabbi fréquentera l’université et un grand nombre d’intellectuels juifs — il se souviendra par la suite d’y avoir vu Albert Einstein jouer du violon.
En 1933, la montée au pouvoir du nazisme les fait quitter Berlin pour Paris. Là, il fréquentera la Sorbonne et d’autres établissements de l’enseignement supérieur, tout en revivifiant l’esprit des nombreux réfugiés que la tourmente commence à déverser dans la Ville Lumière. Il assure aussi un cours quotidien à l’oratoire du 17, rue des Rosiers.
Ceux qui fréquentent le couple, qui habite à quelques pas de la station Mouton-Duvernet, attesteront que l’ouverture de cet homme aux êtres et aux idées cohabite avec une piété méticuleuse. De son séjour dans la capitale française, le Rabbi gardera toute sa vie un attachement particulier au judaïsme français, dont l’histoire par la suite le lui rendra bien. Au point que lors d’un mémorable Sim’hat Torah en 1974 à New York, en présence de quelque cinq cents Français, il fit danser l’assistance sur l’air de la Marseillaise qu’il entonna sur les paroles d’un cantique à la gloire de D.ieu, récité le Chabbat et les jours de fêtes à la synagogue.
Suite à l’invasion de la France en 1940, il quitte Paris pour la zone libre. Son périple le conduit à Vichy puis à Nice. Certains témoignages attestent qu’il y eut des liens avec la résistance locale, et qu’il emmena même des jeunes en montagne la nuit pour confectionner des Matsot à l’approche de Pessa’h.
Entretemps, en Russie, son père exaspère les Bolchéviks en refusant de jouer leur jeu. Une nuit précédant la fête de Pessa’h 1939, le NKVD fait irruption chez lui et l’emmène. Après avoir transité de prison en prison, il est envoyé en exil dans un cloaque du Kazakhstan, où il décède le 9 août (20 Av) 1944 dans un état de déchéance physique. C’est là-bas qu’avec de l’encre confectionnée par son épouse — laquelle l’aura rejoint entre-temps — il écrira ses commentaires kabbalistiques du Zohar, sur les marges des quelques livres qu’il aura pu emporter. Son fils les publiera par la suite et les commentera abondamment.
En mai 1941, le Rabbi et son épouse embarquent à Marseille pour Barcelone. Peu après, ils embarquent à Lisbonne pour accoster à New York le 23 juin 1941. Son beau-père s’y trouve depuis mars 1940, après avoir échappé d’une façon aussi rocambolesque que miraculeuse à l’anéantissement des Juifs de Varsovie.
L’avènement : le septième Rabbi de Loubavitch
Rabbi Mena’hem Schneerson, qui arrive à New York, est aussi méconnu de la colonie loubavitch américaine qu’il l’était de l’entourage de son beau-père en Russie. Dans un premier temps, il se consacre exclusivement à la maison d’édition fondée par son beau-père, chargée de publier l’immense patrimoine accumulé depuis deux siècles.
Mais la santé de son beau-père décline, et il est appelé à le remplacer pour célébrer les Farbrenguen, ces réunions ‘hassidiques au cours desquelles les interventions du Rabbi alternent avec les chants. C’est ici que l’on découvre la trempe de cet intellectuel que son beau-père appelle « mon ministre de la culture ». Dans ses interventions, il fait sauter les clivages qui cloisonnent apparemment les diverses disciplines du savoir accumulé par la tradition juive. Le pilpoul talmudique est soudain chamarré de Kabbale, le sens littéral s’illumine quand la sève du Hassidisme Habad les irrigue et les irradie. Cet homme qui n’a pas cinquante ans fait boire, danser, exulter et réfléchir des doctes qui ont parfois deux fois son âge et qui n’aperçoivent rien de semblable dans leur expérience passée.
Au printemps 1947, il effectue son ultime voyage à l’étranger en revenant à Paris accueillir sa mère, qui a réussi à quitter l’Union soviétique. Il ne quittera plus jamais son fief de Crown Heights, à Brooklyn.
Le 17 janvier 1951 (10 Chevat 5711), Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson reprend le siège laissé vacant par la Histalkout (décès) de son beau-père un an auparavant, et devient le septième Rabbi de Loubavitch. Il abat très vite ses cartes, et sa profession de foi se résume en un mot : « Oufaratsta » — tiré du verset biblique de la Genèse 28, 14 : « Ta descendance sera (innombrable) comme la poussière de la terre ; et tu t’étendras à l’ouest, à l’est, au nord et au sud » —, soit la « diffusion de la Torah et de ses valeurs vers tous les horizons juifs qu’elles n’ont pas encore atteints ». C’est le saut à corps perdu dans cette entreprise qui attestera du véritable attachement de ses ‘hassidim à son enseignement. Les Farbrenguen qu’il célèbre — lesquels peuvent parfois durer huit heures et plus, et durant lesquels il discourt sans notes — exaltent jusqu’à ceux qui n’entendent pas un mot à son yiddish talmudique et didactique.
Un enseignement qui embrasse l’universel
Dans ce foisonnement d’enseignements, une profession de foi générique : le refus de relativiser le moindre aspect d’une Torah divine, servi par un désir effréné d’ancrer chaque enseignement dans le monde du concret. Le déploiement intégral de toutes ses interventions approche la centaine de volumes. Il discourt et chante, mais écrit aussi, et à tous : aux Rabbanim, aux hommes d’État, à des artistes, des écrivains — Élie Wiesel compte parmi ceux dont il a marqué l’esprit —, à des enfants et à tous ceux qui recherchent son conseil. Quelque trente volumes de sa correspondance ont été publiés.
Il reçoit aussi beaucoup. Pendant plus de trois décennies, il donnera à raison de deux nuits par semaine des audiences privées lors desquelles, durant parfois un tour d’horloge complet, il écoute et conseille ceux qui auront sollicité un entretien. Il intercède aussi pour ceux qui lui en font la demande, passant régulièrement des heures, à jeun et parfois sous un soleil de plomb, à lire sur le Ohel de son beau-père les demandes de bénédictions qui affluent chaque jour à son secrétariat.
À l’âge de 76 ans, après un accident cardiaque survenu au beau milieu de la joie des danses de Sim’hat Torah en 1978, il récupère difficilement mais continue, refusant de prendre du repos malgré les inquiétudes de son entourage. Il célèbre un Farbrenguen toutes les semaines, sans compter des interventions publiques inopinées à l’issue des offices du soir. Les audiences particulières, interrompues après son incident cardiaque, reprennent sous la forme du « dollar » qu’il distribue chaque dimanche matin à des centaines de personnes — religieux, non religieux, hommes, femmes et enfants, célébrités de toutes sphères — qui passent devant lui, parfois pendant huit heures d’affilée, pour demander sa bénédiction et son conseil, qu’il s’agisse de questions de Torah, de travail, de relations personnelles ou d’études.
L’annonce messianique et les dernières années
Au début des années 1980, le Rabbi passe l’ultime et incontournable vitesse. Il annonce que les pas du Machia’h résonnent déjà et engage tous ceux qui y aspirent à les hâter, en s’en faisant l’écho par l’étude des enseignements et des lois liés à l’ère messianique, et en s’attachant à convaincre tous ceux qu’ils peuvent atteindre que la venue du Machia’h est une réalité qui n’attend que notre foi en elle pour prendre corps. Dès lors, à chacune de ses interventions, il accentuera l’urgence de l’effort à déployer pour faire aboutir l’ultime parachèvement de la Création. Parallèlement, il encourage avec force, dans de nombreuses allocutions, le peuple juif à exhorter tous les peuples de la planète à accomplir leur part dans la Création — but de leur venue sur terre — en respectant les Sept Lois de Noé, car D.ieu n’a pas uniquement donné à Moïse sur le mont Sinaï les décrets concernant le peuple d’Israël, mais aussi les lois concernant l’ensemble de l’humanité.
Au début des années 1990, il déclare que les bouleversements politiques intervenus en Europe, qui mettent fin à la Guerre froide, sont un signe caractéristique du prochain avènement messianique. Il relie le fait que ces mutations se soient effectuées sans effusion de sang aux prémices d’une ère de paix universelle.
Lorsqu’éclate la première Guerre du Golfe, il déclare qu’il s’agit de la réalisation des termes du Midrash Yalkout Chimoni annonçant, pour « l’année où le Machia’h se dévoilera », la guerre du dirigeant de la Perse contre un pays arabe et le désarroi mondial qui en résultera. Suivant l’agencement du récit du Midrash, qui relate la façon dont le Machia’h rassurera le peuple juif et annoncera la délivrance en se tenant sur le « toit du Temple » — lieu profane qui, selon le Rabbi, fait allusion à une terre extérieure à Israël —, le Rabbi ne cesse d’encourager la population d’Erets Israël et annonce prophétiquement qu’il n’y aura à craindre aucune attaque non conventionnelle, et que la guerre se terminera à Pourim, contrairement aux prévisions de tous les experts stratégiques. Dans la confusion régnante, il est l’une des voix qui rassérène et donne espoir aux Juifs du monde entier.
Le soir du 12 avril (28 Nissan 5751) 1991, il admoneste ses ‘hassidim en exposant tout l’effort qu’il leur demandait. Il affirme avoir accompli le travail qui relevait de sa tâche, et que le reste appartient désormais à ceux qui l’écoutent.
Il passera l’année suivante à commenter la section hebdomadaire de la Torah, s’attachant particulièrement à montrer comment le monde dans sa finitude, tout autant que l’homme dans son humanité, sont des vecteurs de l’Infini. Engageant chacun à révéler cette dimension dans sa vie quotidienne, il ne cesse d’annoncer qu’il suffit « d’ouvrir les yeux » pour prendre conscience que le seuil de la Rédemption est accessible. Plusieurs de ses éminents ‘hassidim perçoivent dans un nombre considérable de ces discours la proclamation indirecte, par le Rabbi lui-même, d’être le Machia’h.
Le 2 mars 1992, alors qu’il se trouve au Ohel de son beau-père, une violente attaque cérébrale le soustrait aux yeux d’une communauté juive suspendue à ses lèvres. Après des mois de convalescence — durant lesquels il n’a cessé de répondre aux demandes de bénédictions — et désormais atteint d’hémiplégie, il réapparaît dans sa synagogue le jour de Roch Hachana de l’année hébraïque 5753 (1992). Trois semaines plus tard, le jour de Sim’hat Torah, il réapparaît aux yeux des ‘hassidim dans sa synagogue.
Un héritage vivant qui traverse le temps
Le 12 juin 1994 (3 Tamouz 5754), le Rabbi quitte ce monde. Que ce soit en priant dans sa maison d’étude du 770, ou au Ohel — tombe du Rabbi et de son beau-père —, visitée par des centaines, voire parfois des milliers de personnes chaque jour, énormément de Juifs et de non-Juifs de par le monde déclarent continuer de recevoir miraculeusement conseils et bénédictions de sa part.
Son enseignement, son réseau mondial de Chlou’him, ses institutions d’étude et de rayonnement de la Torah continuent, plus de trente ans après sa disparition, de transformer des vies et d’illuminer des horizons que lui-même avait, avec une lucidité prophétique, entrevus depuis longtemps.
Le 11 Nissan 5772 (2012), une assemblée fervente s’est réunie au Beth Haya Mouchka de Paris pour célébrer le 110e anniversaire du Rabbi, dont la présence spirituelle demeure vivace au cœur de chaque rassemblement hassidique. Au fil d’un discours nourri d’enseignements profonds, le Rav Azimov a exploré la signification de cet anniversaire exceptionnel, le rôle des écrits laissés en héritage, l’appel à l’unité du peuple juif et la mission urgente d’accélérer la Guéoula. Des chants et des histoires touchantes ont jalonné cette soirée d’une intensité rare, rappelant à chacun sa capacité à transformer le monde.
Ce soir, nous sommes tous réunis pour célébrer l’anniversaire du Rabbi, qui atteint aujourd’hui ses 110 ans. Mais une question se pose naturellement : quel sens donner à un anniversaire lorsque la personne en question ne se trouve plus dans ce monde physiquement ? Il est tout à fait naturel de fêter l’anniversaire d’une personne qui vit parmi nous, dans un corps, dans le monde matériel. Mais lorsque quelqu’un se trouve déjà dans les sphères supérieures, les mots semblent manquer pour expliquer cette réalité.
C’est là qu’intervient l’enseignement du Rabbi lui-même, qu’il a expliqué à de nombreuses reprises, et de façon limpide : il ne s’agit pas d’une question de présence ou d’absence. Le Rabbi a eu recours à la métaphore d’une maison à plusieurs étages. Lorsque quelqu’un quitte ce monde, cela ne signifie pas qu’il a quitté la maison — cela signifie qu’il est monté au premier étage, puis peut-être au deuxième, et encore au-delà. Il est toujours dans la même demeure. C’est pourquoi il est difficile de dire simplement que la Nechama se trouve « en paradis » dans un sens qui impliquerait un éloignement. On sait parfaitement que le Rabbi se trouve dans les hauteurs — mais il est avec nous. Il est avec nous, il nous guide, il est en train de nous inspirer. Sa présence est certaine, même si elle n’est plus comparable à ce qu’elle était lorsqu’il était parmi nous physiquement.
Pour un homme ordinaire que l’on ne voit plus, on pourrait dire : il n’est plus là. Mais pour le Rabbi — et cela est attesté dans les sources saintes — son attachement à ses Chlou’him et à son peuple ne disparaît pas avec le corps. Il est gravé dans les cœurs, et il demeure toujours présent à travers ses écrits, ses enseignements, et la force qu’il continue de transmettre.
L’anniversaire : un moment de montée et de réflexion
Le jour de l’anniversaire est un terme d’une importance capitale, comme l’a explicité le Rabbi lui-même. Ce jour est important pour le monde matériel, et à plus forte raison pour les sphères supérieures. Le Rabbi en a parlé lorsqu’il a eu 80 ans — il y a 30 ans de cela — et il a décrit en détail ce que représente l’arrivée du jour anniversaire pour une âme.
C’est le moment où chacun est invité à réfléchir : est-ce que je suis en train d’accomplir la mission pour laquelle je suis venu en ce monde ? Est-ce que je la réalise comme il le faut ? Tout le monde est interpellé en ce jour : est-ce que l’on fait ce que D.ieu demande ? C’est le sens profond du Yom Houledet — le jour de la naissance.
Pour le Rabbi, cet aspect est encore plus important. Comme il l’a dit lui-même : il est en train de monter au ciel, et il laisse un héritage unique. Lorsqu’un grand maître place sous son idéal tout un peuple, et lui lègue son enseignement sous forme de manuscrits, de livres, de discours — cet héritage le rend toujours présent. De même que D.ieu a dit par la Torah : « Je suis dans la Torah » — et que la Torah reste toujours présente parce qu’Il est présent à travers elle — de même le Rabbi a dit : « Je monte au ciel, et je vous laisse mes écrits. » Ses écrits, c’est lui. Et c’est la raison pour laquelle, même après son départ de ce monde, le jour de son anniversaire continue de vivre et de rayonner.
Il est enseigné que les grandes âmes, en paradis, font une fête le jour de leur anniversaire — un jour de descente de bénédictions sur ceux qui sont encore dans ce monde. Aujourd’hui, le Rabbi est en train de faire une très grande célébration là-haut, dans les sphères supérieures. Et il regarde avec amour la mission que ses Chlou’him sont en train d’accomplir, et les écrits qu’il a laissés pour nous guider.
Pourquoi se réunir ensemble pour cet anniversaire ?
Une question peut sembler légitime : pourquoi est-il nécessaire de se rassembler tous ensemble pour fêter cet anniversaire ? Ne suffit-il pas que chacun, chez soi, à la maison, prenne de bonnes résolutions dans son cœur ? Ne pourrait-il pas décider seul, en silence, ce qu’il va faire de mieux désormais ?
La Torah répond très clairement à cela. Lorsque l’on prend une décision collectivement, lorsque l’on est tous réunis ensemble, cette décision prend une force incomparablement plus grande. C’est quelque chose qui touche bien davantage les cœurs, parce que l’union des forces décuple l’engagement. On ne peut pas imaginer combien cela est important aux yeux de D.ieu lorsque tous ses enfants se trouvent réunis ensemble.
Voici la plus grande joie, la plus grande satisfaction pour des parents : voir leurs enfants tous unis, en bonne entente entre eux, avançant tous dans la même direction, avec la même idée de progresser dans la Torah et dans le service de D.ieu. Nous sommes les enfants du Rabbi. Il est tout à fait naturel que des enfants assistent à l’anniversaire de leur père. De même qu’il est normal que des enfants se rendent à l’anniversaire de leurs parents, il est tout à fait normal que nous, les enfants du Rabbi, venions assister à son anniversaire. Et lorsque nous sommes tous là, ensemble, cherchant tous à progresser et à faire mieux — c’est cela la plus grande source de joie et de Nah’at pour le Rabbi.
Et il y a encore un point capital : le Rabbi lui-même est en train de monter de niveau. Chaque anniversaire marque une ascension supplémentaire dans les sphères supérieures. Et comme lui monte, nous montons avec lui — chacun à son niveau, mais tous en mouvement vers le haut. L’anniversaire du Rabbi ouvre un nouveau courant, une nouvelle époque dans la vie du peuple juif. Même si l’on a été bien jusqu’à présent, on peut faire encore mieux — et c’est précisément le sens de cette réunion.
Ce que le Rabbi a montré : même un lundi ordinaire peut devenir autre chose
Voici quelque chose que l’on peut percevoir ce soir même. Chacun d’entre vous était chez soi avant de venir ici. Chacun se trouvait à son niveau, dans son quotidien. Et regardez maintenant : après avoir dansé ensemble, après avoir étudié ensemble, après s’être retrouvés tous réunis — on repart chez soi dans un tout autre état d’esprit. C’est tout à fait différent de ce que l’on était en arrivant.
C’est cela que le Rabbi a montré au monde : même un lundi ordinaire peut devenir autre chose. Lorsque quelqu’un étudie la Torah, lorsqu’il fait des visites tout au long de la semaine et consacre ses journées à D.ieu — c’est une façon d’être totalement différente. Et lorsqu’arrivent les jours de fête, de Chabbat, d’anniversaire — ces jours sont encore plus différents. Le Rabbi a enseigné que dans les jours de fête, c’est l’entourage qui doit ressembler à la personne, et non la personne à son entourage. On ne se laisse pas emporter par l’ambiance du monde environnant — c’est l’ambiance du monde qui se transforme autour de celui qui vit selon la Torah.
110 ans : le parallèle avec Yossef Hatsaddik
Le chiffre 110 n’est pas anodin dans la tradition juive, et il est important de s’y arrêter. Il est rapporté que David Hamelekh n’avait pas d’années à lui — plusieurs personnes lui avaient donné des années de leur vie, si bien que sa durée de vie fut en quelque sorte composée des dons d’autrui. Mais Yossef Hatsaddik, lui, a vécu 110 ans qui lui appartenaient pleinement. C’est dit explicitement dans la Torah : Yossef a vécu 110 ans. Et après lui, après sa génération, c’est au tour des générations suivantes — les enfants de Yossef, ses petits-enfants — de porter l’héritage.
De même pour le Rabbi : en atteignant 110 ans, il entre dans une dimension analogue à celle de Yossef. Et comme après Yossef les générations suivantes ont pris le relais, de même c’est à nous maintenant — les enfants du Rabbi, ses Chlou’him dans ce monde — de porter son héritage et de le faire avancer encore plus loin. Tout ce que les générations précédentes ont accompli depuis le Baal Chem Tov sert de fondation. Et maintenant, avec les forces nouvelles que cet anniversaire ouvre, on peut faire encore plus.
Le 110e anniversaire est donc un anniversaire tout à fait particulier. Le Rabbi monte encore d’un niveau — comme Yossef a progressé dans les niveaux les plus élevés — et nous, ses enfants spirituels, nous progressons avec lui.
La lettre du Rabbi : celui qui donne sa vie pour la diffusion mérite la bénédiction divine
Il y a trente ans, une nouvelle époque s’est ouverte, et la force du Rabbi — les bénédictions qu’il accorde — se trouve infiniment plus puissante, et toujours plus importante. Il existe une lettre du Rabbi dans laquelle il dit, avant même de quitter ce monde : lorsque quelqu’un fait tout son possible pour le travail de la diffusion de la Torah, lorsqu’il a donné sa vie pour ce travail de rapprochement des Juifs et de sanctification du monde, il mérite d’être béni par D.ieu — non seulement d’une bénédiction ordinaire, mais d’une bénédiction où même le bien caché se révèle au grand jour.
Cette lettre est une promesse du Rabbi à tous ses Chlou’him : prenez de bonnes décisions, engagez-vous pleinement dans la mission, et tous les membres de la maison Habad ainsi que tous les Rabbanim seront non seulement présents pour la Guéoula — mais ils seront là pour l’accueillir pleinement, dans toute sa splendeur.
Les écrits du Rabbi : comme un feu inépuisable
On dit que lorsque l’on s’approche d’un grand feu — même si l’on vient pour la deuxième, la troisième fois — on trouve à chaque fois encore plus de richesse, encore plus de chaleur, encore plus de lumière. C’est exactement ce que sont les écrits du Rabbi. On peut les lire une fois, deux fois, trois fois : à chaque lecture, on y découvre des profondeurs nouvelles, des niveaux insoupçonnés.
C’est pourquoi chaque fois que l’on se rassemble, chaque fois que l’on étudie ses enseignements, on ne revient pas à quelque chose de déjà connu — on s’élève encore davantage. Cette richesse inépuisable est le témoignage vivant de la grandeur du Rabbi et de l’éternité de son œuvre.
La table de Chabbat et la Mezouza : un enseignement pour notre époque
Le Rabbi a livré sur ce sujet un enseignement halakhique d’une grande profondeur. On sait que lors du Kiddouch de Chabbat, les Hallot restent sur la table, recouvertes par la nappe — on ne les déplace pas, on ne soulève pas le plateau pour laisser passer. Certains ont l’habitude de procéder d’une certaine façon, d’autres différemment. La pratique répandue est de laisser les Hallot sur la table, couvertes, et de dévoiler légèrement la nappe pour montrer que l’on s’en occupe — mais ni le plateau ni les pains ne sont déplacés.
La question que l’on peut poser est la suivante : pourquoi agit-on ainsi ? Pourquoi ne soulève-t-on pas les pains, ne les déplace-t-on pas sur le côté le temps du Kiddouch ? Et là, le Rabbi donne une explication d’une grande portée : c’est que l’on doit montrer que l’on s’occupe de tous les détails — la table, les pains, chaque élément. Rien ne doit être écarté du côté, même pour un instant.
Puis le Rabbi élargit cet enseignement à notre époque tout entière. Il dit : dans notre génération, on ne peut pas marcher 300 mètres sans rencontrer la grandeur de D.ieu — mais aussi toutes les tentations et les épreuves que le monde matériel présente. C’est pourquoi on ne peut pas laisser la Torah « du côté ». On ne peut pas écarter les Mitsvot un instant, en se disant qu’on y reviendra plus tard. On est obligé de les garder présentes, sur la table de la vie, à chaque instant, en toutes circonstances.
Il faut aller dans la rue et s’occuper de tous les détails qui existent dans le monde. Lorsqu’on est dans la rue et qu’on rencontre quelqu’un, il faut lui dire un mot de Torah, lui montrer la grandeur de D.ieu. Il faut que la rue elle-même devienne un lieu de sanctification. C’est cela l’enseignement du Rabbi pour cette nouvelle année qui s’ouvre : s’occuper de chaque détail qui existe dans le monde, ne rien laisser de côté.
Ce que le Rabbi a apporté à cette génération plus que toutes les précédentes
Beaucoup de gens ont écrit sur les qualités du Rabbi, beaucoup d’auteurs, beaucoup d’écrivains ont essayé de les décrire. Mais ce soir, on peut en percevoir l’essence d’une manière particulière. La question fondamentale est : qu’est-ce que le Rabbi a apporté à cette génération, plus qu’aucune des générations qui l’ont précédé ? Depuis le Baal Chem Tov, chaque génération de Rebbeïm a ajouté quelque chose, a apporté sa contribution unique. Qu’est-ce que le Rabbi de notre génération a apporté, que l’on ne trouvait pas auparavant ?
Il y a une histoire qui illustre cela de manière frappante. Un enfant se trouvait dans un camp de vacances juif. Au cours de l’été, il avait entendu un Rav parler depuis la synagogue — un Rav de qualité, des paroles de Torah. Quand il rentra et téléphona à son père, le père sentit que son fils était profondément ému, touché d’une façon inhabituellе. Il lui demanda : « Pourquoi ces paroles t’ont-elles tellement touché ? Tu entends des Rabbanim parler régulièrement dans la synagogue. En quoi était-ce différent ? »
L’enfant répondit : « Papa, c’était différent. Ce Rav-là — j’ai vu comment il parlait. Il parlait non pas en général, mais de chaque enfant, de chaque personne individuellement. Et on voyait clairement qu’il parlait de tout son cœur, comme si chaque enfant était personnellement son propre enfant. »
Voilà ce que le Rabbi a apporté à sa génération : non pas des paroles en général destinées aux masses, mais un regard et une parole adressés à chaque âme individuelle, avec l’amour d’un père pour son enfant.
L’étudiant de Yechiva et l’enfant qui se noie : la mission du Chalia’h
Une autre histoire, rapportée à propos du Rabbi lui-même, illustre encore davantage cet enseignement fondamental. Un jeune homme vint un jour trouver le Rabbi. Il étudiait dans une grande Yechiva, entièrement absorbé par l’étude — rien d’autre ne l’intéressait. Il posa au Rabbi une question sincère : « Pourquoi dois-je quitter ma Yechiva pour aller faire des Mitsvot dans la rue, pour aller à la rencontre de gens qui ne savent peut-être rien ? »
Le Rabbi lui répondit par une question en retour. « Imaginez, lui dit-il, que vous soyez assis au bord de la mer, dans une grande Yechiva. Tous les plus grands sages du monde sont là, en train d’étudier. Et soudain quelqu’un entre en criant : ‘Au secours ! Il y a un enfant dans la mer, il est peut-être en train de se noyer !’ Que se passerait-il à votre avis ? » La réponse est évidente : tout le monde fermerait immédiatement ses livres, quitterait la salle d’étude, et courrait sauver cet enfant. Même les plus grands maîtres.
Puis le Rabbi ajouta : « Cet enfant dont je te parle — l’enfant qui se trouve dans la rue, perdu dans les structures du monde, qui risque de se noyer loin de la Torah et des Mitsvot — c’est mon enfant. C’est l’enfant de D.ieu. Je ne sais pas toujours comment l’aider pour qu’il ne se noie pas dans les structures du pays, loin du cadre de la Torah. Mais ce que je sais, c’est que quand quelqu’un de mal à l’aise passe dans la rue — il n’est jamais seul. Il est l’enfant de D.ieu. Et pour lui, il faut faire tout ce qui est humainement possible. »
C’est cela la mission du Chalia’h selon le Rabbi : ne pas quitter la table — c’est-à-dire ne pas abandonner la Torah — mais apporter la Torah avec soi dans la rue, s’occuper de chaque détail, de chaque âme, et faire de chaque rencontre dans la rue un acte de sanctification. Le Rabbi ne veut pas que les Mitsvot soient laissées sur le côté. Il veut qu’elles demeurent sur la table de la vie quotidienne, présentes et vivantes.
Le Rabbi est partout : il faut sortir dans la rue
Le Rabbi a dit à plusieurs reprises une chose essentielle : il est là-haut, mais il est partout. Et il ne suffit pas qu’on le garde pour soi, dans nos maisons ou dans nos synagogues. Il faut sortir dans la rue. Il faut aller dans la rue — et alors, tous les obstacles disparaîtront d’eux-mêmes.
On peut parfois penser que les difficultés sont trop grandes, que la mission est trop lourde, que le monde est trop éloigné. Mais le Rabbi dit : sors dans la rue et fais ce que tu as à faire — et tout s’arrangera. Il faut savoir que dans ce monde, on n’est pas venu pour se mettre à l’écart, mais pour apporter le dernier détail qui permettra d’amener la Guéoula. Car c’est ainsi que la Guéoula viendra : non pas par un grand geste unique, mais par l’accumulation de chaque détail, de chaque Mitsva, de chaque âme rapprochée.
Comme il est dit : j’ai entendu des paroles de Rabbanim, mais lorsqu’on entend la parole du Rabbi, c’est une parole prononcée de tout son cœur. Et c’est cette force de tout le cœur que le Rabbi donne à chacun de ses Chlou’him et à chaque membre du peuple juif : la capacité d’augmenter dans sa mission, de surmonter tous les problèmes, de traverser tous les obstacles.
Le Rabbi a brisé toutes les barrières : chacun est capable
L’un des enseignements les plus révolutionnaires du Rabbi est celui-ci : tout le monde est capable. Le Rabbi a brisé toutes les limites, toutes les frontières, tous les obstacles que l’on pouvait dresser. On pourrait croire que seule une élite, que seuls ceux qui ont beaucoup appris, peuvent atteindre les niveaux les plus élevés du service de D.ieu. Mais c’est exactement ce que le Rabbi a réfuté de toutes ses forces : chacun est capable. Non pas « certains sont capables et d’autres ne le sont pas » — mais chacun, chaque individu, est capable d’accomplir tout ce qui se trouve dans la Torah, dans la prière, dans la vie.
Il y a, dans les temps modernes, une comparaison frappante. Avant que l’aviation n’existe, avant la radio, avant les télécommunications, des choses que personne n’aurait osé imaginer comme possibles sont devenues des réalités quotidiennes. Des capacités que l’on croyait réservées à quelques-uns se sont révélées accessibles à tous. De même dans le judaïsme : avant le Rabbi, on pensait que certains niveaux spirituels étaient inaccessibles à l’homme ordinaire. Le Rabbi est venu dans ce monde pour enlever tous ces obstacles, pour soulever tous les « stumbling blocks » de la rue spirituelle, et pour dire à chacun : tu es capable.
Soyez prêts : l’appel à la Guéoula
Le Rabbi dit aujourd’hui ce que D.ieu a dit aux enfants d’Israël la nuit de la sortie d’Égypte : soyez prêts. En Égypte, le peuple juif a mangé la Pessa’h les reins ceints, le bâton à la main, les sandales aux pieds — prêts à partir avant même que la délivrance ne se manifeste pleinement. Ils n’ont pas attendu d’être sortis pour se préparer à la sortie. Ils se sont préparés alors qu’ils étaient encore en Égypte.
De même le Rabbi nous dit : soyez prêts pour la Guéoula maintenant. Ne dites pas « je ne suis pas encore capable » ou « je ferai mieux demain ». Quand quelqu’un dit qu’il n’est pas capable, le Rabbi lui répond : si, tu es capable. Tu es capable de te conduire parfaitement. Tu es capable de te préparer à la Guéoula dès maintenant. Un simple coup de téléphone peut suffire. Un geste simple, une Mitsva accomplie aujourd’hui : c’est ce que D.ieu te demande en ce moment précis. Fais ce que D.ieu te demande aujourd’hui — et demain tu feras ce qu’Il te demandera demain.
Nous sommes entrés dans une nouvelle époque — l’époque du 110e anniversaire — ce qui signifie que les forces, les capacités et les bénédictions disponibles pour chacun d’entre nous sont désormais décuplées. Le travail du Rabbi, ce travail social et spirituel gigantesque qu’il a accompli tout au long de sa vie, nous dit une chose : on est capable. Nous pouvons maintenant avancer vers la Guéoula et la faire descendre dans ce monde.
La Mitsva reste sur la table : tout sera selon la volonté de D.ieu
Pour conclure, revenons à l’image de la table. Le Rabbi a mis les Mitsvot « sur la table » — il a rendu le service de D.ieu accessible, présent, concret dans le quotidien de chaque Juif. Et il a dit : « Je ne bouge pas. » Cela signifie : la Torah ne disparaîtra pas, elle ne sera pas écartée. Tout ce que nous faisons dans ce monde, toutes les Mitsvot, tous les actes de bonté et de sanctification — tout cela va devenir, et demeure, conforme à la volonté de D.ieu.
Comprenons-nous vraiment la profondeur de ce que le Rabbi veut nous dire ? Pas seulement la table — tout ce qui l’accompagne. La rue, le monde, chaque âme juive. Tout cela sera comme la volonté de D.ieu — et cela, c’est la Guéoula elle-même. Puisse-t-elle arriver dès maintenant, immédiatement et sans délai.
Le 11 Nissan est l’anniversaire du Rabbi. La semaine où tombe le 11 Nissan, est un moment propice pour s’attacher au Rabbi, lui demander d’intercéder auprès du Tout Puissant pour recevoir les bénédictions spirituelles et matérielles dont nous avons besoin et aussi de prendre de bonnes décisions (dans les domaines de l’étude de la Torah et de la pratique des Mitsvot, de la Tefila et enfin de la Tsédaka) afin de pouvoir recevoir ces bénédictions de la meilleure façon.
Un anniversaire est bien plus qu’une simple occasion de festoyer. C’est un jour où Mazalo Gover, où la source spirituelle de son âme brille d’une force particulière. Or, « la source spirituelle de son âme » désigne quelque chose bien au-delà de nos capacités conscientes. Nous avons nos pensées et nos sentiments. Et puis nous avons notre essence spirituelle tout au fond de nous, de laquelle jaillissent nos pensées et nos sentiments. Cette essence spirituelle est le Mazal qui brille si fort un jour d’anniversaire.
Un Rabbi est une âme collective dont l’existence est vécue en conscience permanente des autres et dont les efforts sont dédiés à resserrer les liens qui existent entre eux. Ainsi, l’anniversaire du Rabbi est un évènement qui a un effet sur chacun d’entre nous, que nous en ayons conscience ou pas.
Le “Ohel” est le lieu où le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, repose depuis le 3 Tamouz 5754 (le 12 Juin 1994), à côté de son beau-père, le sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Yts’hak Schneersohn.
Le terme “Ohel” (littéralement: “tente”) désigne la structure édifiée au-dessus du tombeau d’un Tsadik, d’un Juste.
Le Rabbi a toujours été à l’écoute de chacun, quels qu’aient été son degré d’éducation ou de pratique religieuses.
Ceux qui ont approché le Rabbi savent l’extrême attention qu’il portait à chaque situation. Ils ont trouvé un puissant réconfort dans ses conseils et ses bénédictions.
Aujourd’hui, rien n’a changé : des milliers d’hommes et de femmes se rendent au Ohel ou écrivent au Rabbi pour le prier d’intercéder en leur faveur auprès du Tout-Puissant. Elles en ressentent une inspiration et une vitalité renouvelées.
A défaut de se rendre personnellement au Ohel, on peut lui écrire des lettres, des fax ou des mails.
“Un Tsaddik, un Juste, qui quitte ce monde n’en disparaît pas. Il s’y trouve avec une intensité encore plus grande”, nous enseigne le Zohar. Le 3 Tamouz, jour où le Rabbi quitta matériellement ce monde, cette phrase, immanquablement, résonne dans l’esprit et dans l’âme de chacun.
Par conséquent, avec le déroulement du temps, chacun constate à quel point la présence du Rabbi semble être encore plus sensible avec les années. Par ses enseignements, par les actions croissantes qu’il suscite aux quatre coins du monde, le Rabbi continue de guider. Il conduit, vivifie des centaines de milliers de personnes, diverses tant par leur origine que par leur mode de vie, leurs opinions ou leur situation géographique.
Le Rabbi recevait des centaines de lettres chaque jour. Des gens de tous les milieux lui écrivaient, quels qu’aient été leur origine sociale, leur âge, leur niveau de pratique religieuse, leur lieu de résidence.
Aujourd’hui encore, des milliers de personnes continuent d’écrire au Rabbi pour solliciter ses bénédictions et ses conseils.
Eliezer Wiesel est un écrivain, philosophe et professeur d’université américain contemporain, d’origine roumaine, né le 30 septembre 1928 à Sighetu Marmațieiu Marmației, en Roumanie, et mort le 2 juillet 2016, à New York.
Issu d’une famille hassidique, il est déporté en 1944 dans le cadre de la politique d’extermination systématique des Juifs à Auschwitz puis Buchenwald. Ayant survécu à la Shoah, il est ensuite accueilli en France où il fait des études de littérature et journalisme, produisant une œuvre abondante en langues française, hébraïque, yiddish et anglaise, où les légendes des mondes juifs disparus et la Shoah occupent une part importante, souvent centrale. Émigré à New York, il y fait souche, continuant à écrire et enseigner, participant à la fondation du Mémorial américain de l’Holocauste ainsi qu’à de nombreux débats d’idées sur la conduite de l’humanité, la place des Juifs dans le monde et celle d’Israël dans les nations.
Grand-croix de la Légion d’honneur et commandeur de l’ordre de l’Empire britannique, ayant reçu aux États-Unis la médaille d’or du Congrès et la médaille présidentielle de la Liberté, fait docteur honoris causa par plus de cent universités parmi lesquelles Harvard, Yale, Stanford, Cambridge, Princeton, Columbia, l’École normale supérieure, Oxford, la Sorbonne et l’université hébraïque de Jérusalem, il reçoit le Prix Nobel de la paix en 1986. Son livre La Nuit est resté sur la liste des meilleures ventes du New York Times, The New York Times bestseller list, pendant neuf semaines d’affilée, un record inégalé pour un livre de non-fiction.
Elie Wiesel, l’une des voix juives les plus passionnées de notre temps, a entretenu une correspondance et une relation personnelle durables avec le Rabbi de Loubavitch. Étudiant passionné, enseignant recherché, survivant d’Auschwitz et de Buchenwald, Wiesel est l’auteur de nombreux livres sur le sujet, dont la Nuit à succès, la première d’une trilogie sur sa vie dans les camps de concentration. Récipiendaire de nombreux prix littéraires et diplômes honorifiques, M. Wiesel, professeur à l’Université de Boston, s’est entretenu avec Baila Olidort en mai 2013.
Vous étiez un étudiant enthousiaste dès votre jeune âge. Avez-vous recherché le caractère moral de vos professeurs?
Absolument. Je ne voudrais pas celui qui utilise la connaissance contre la dimension morale de la vie en tant que professeur. J’ai fait pression dans le monde entier pour plaider en faveur de cours obligatoires d’éthique dans chaque école – médecine, architecture, commerce.
Dans vos mémoires, vous écrivez sur l’étude de la Torah dans votre enfance à Sighetu Marmației, puis sur la façon dont vous avez continué à étudier après la guerre. Que continuez-vous d’étudier aujourd’hui?
J’etudie la Gemara — Bavli et Yeroushalmi, et tous les maîtres Hassidiques.
Vous décrivez vos relations avec plusieurs enseignants qui occupaient une place très importante dans votre vie. Et aujourd’hui, vous êtes enseignant. Avez-vous la même relation avec vos élèves que vos professeurs avaient avec vous?
J’espère. Je peux avoir ce genre de relation parce que je choisis mes élèves, je choisis mes matières.
La relation entre l’enseignant et l’élève est très mystérieuse. Vous savez que selon la Hala’ha, la loi juive, si un père et un enseignant sont kidnappés, nous avons la Mitsva de libérer d’abord l’enseignant. C’est donc très mystérieux. Les étudiants sont là pour recevoir, et je suis là pour donner.
Pensez-vous que ce type de relation intense entre l’élève et l’enseignant est intrinsèquement juif?
Eh bien, les Grecs l’avaient aussi. Socrate et Platon étaient après tout très proches. Mais le nôtre l’est davantage.
Parlez-moi du mystère de votre relation avec le Rabbi.
C’est trop personnel. Mais, quand le Rabbi était seul avec quelqu’un, c’était une ouverture. Il a ouvert des portes à son visiteur, à son élève ou à son ‘Hassid, portes secrètes que nous avons tous. Ce n’était pas une effraction. Ce n’était qu’une invitation. Et c’était vraiment la grandeur du Rabbi. Je pense que le Rabbi avait un grand talent pour cela – l’un des plus grands et des meilleurs que le judaïsme n’ait jamais connu.
Diriez-vous que le ‘Hassid et l’élève sont les mêmes?
Un ‘Hassid vient non seulement pour apprendre du Rabbi, mais plus que cela: pour vivre le Rabbi. Les rencontres, les Farbrenguens avec le Rabbi deviennent des chapitres de la vie d’un ‘Hassid. La partie intéressante est que dans les temps anciens, l’enseignant choisissait l’élève. À l’époque ‘Hassidique, c’est le ‘Hassid qui a choisi le Rabbi. Et à partir du moment où le ‘Hassid a choisi le Rabbi, le Rabbi n’a pas le droit de dire non.
Vous êtes un Vizhnitzer ‘Hassid.
Oui, et j’ai commencé chacune de mes rencontres avec le Rabbi en lui disant cela.
Qu’est-ce qui vous a poussé à vous rapprocher du Rabbi en premier lieu?
Feu Gershon Jacobson – c’était mon collègue. J’écrivais pour Yediot Aharonot en Israël et pour le Yiddish Forward, et il écrivait pour le [Yiddish] Tog Morgan Journal. Nous nous rencontrions souvent et il me disait: «Tu devrais aller voir le Rabbi.» Je lui dirais que je suis un Vizhnitzer. Il a dit, venez en tant que journaliste. Et c’est ce que j’ai fait. Je suis venu comme journaliste pour la première fois. Et une fois que j’ai rencontré le Rabbi, c’était pour toujours.
Qu’avez-vous emporté des Farbrenguens?
C’est personnel. Mais, une fois, je suis arrivé à un Farbrenguen, je pense que c’était en l’honneur du 70e anniversaire du Rabbi, et il y avait un grand livre [où les invités ont écrit des voeux] et j’ai écrit, « Ashrei hador sheAdmor manhigo ». « Heureuse est la génération qui a le Rabbi comme chef de file. »
Le Rabbi a créé un lien, tout d’abord entre ‘Hassid et ‘Hassid. Cela était vrai pour chaque Rabbi depuis le Ba’al Shem Tov. Lorsqu’un ‘Hassid arrivait au Farbrenguen, il ne s’agissait pas seulement du se lier avec le Rabbi. La Emounat Tsadikim [la foi dans le Tsadik] est une chose. Mais le Dibbouk ‘Haverim [liens entre amis) est autre chose. Et le Rabbi y est parvenu.
Après l’Holocauste, Vizhnitz et la vie ‘Hassidique plus généralement ont été transplantés d’Europe en Israël et en Amérique. Quelque chose a-t-il été perdu dans le processus?
Oui, l’authenticité. Ce que nous avons réussi à faire, c’est de sauver Vizhnitz en transférant la géographie. Vizhnitz est là, mais pas vraiment [comme c’était le cas] – tout est diminué. Le monde est diminué. Nos anciens professeurs disent que nous sommes plus loin du Sinaï.
Beaucoup de jeunes juifs estiment qu’aujourd’hui rien ne nous empêche d’intégrer et d’assimiler pleinement; qu’il est temps de laisser tomber le passé et de passer à autre chose. Comment vous situez-vous à propos de cela?
Je n’ai jamais pensé comme ça. Nous tenons bon, et c’est une bonne chose. Je ne serais pas qui je serais sans mon lien, mon lien ardent avec mon passé, avec mon enfance, avec Israël. J’ai essayé de le transmettre à mon fils, mon petit-fils et même à mes élèves et à mes lecteurs.
Que dites-vous à une jeune génération juive de son endettement envers l’histoire? Six millions de Juifs sont morts al Kiddouch Hachem, pour sanctifier le nom de D.ieu. Alors quoi?
Par conséquent, soyez juif!
Comment pensez-vous que nous pouvons compenser la perte?
Nous ne pouvons pas compenser ce que nous avons perdu. C’est mathématiquement impossible. Les chiffres ne sont pas des chiffres, ce sont des êtres humains. Puis-je recréer ce que j’ai perdu dans Sighetu Marmației? Et pourtant il y a du mouvement, il y a une volonté, il y a des idées créatives.
Vous avez consacré votre vie à faire prendre conscience de l’Holocauste, du mal dont les êtres humains sont capables. Et pourtant, l’antisémitisme continue.
Il y a quelques années, j’ai été invité à prendre la parole devant l’Assemblée générale des Nations Unies. J’ai donné à mon intervention le titre «Le monde apprendra-t-il jamais?» Et je suis rentré à la maison très triste, car le monde ne l’avait pas fait. Et pourtant, nous essayons d’enseigner le monde. Le peuple juif a essayé autant que possible de témoigner. Que peut-on faire d’autre?
En général, il y a une recrudescence d’antisémitisme dans le monde entier. Les intellectuels deviennent de plus en plus extrêmes dans leur condamnation d’Israël. N’est-ce pas démoralisant pour vous?
C’est triste, mais pas démoralisant. Je ne leur accorderais jamais cette victoire. Quoi qu’il en soit, je n’abandonnerai pas. Le principe de l’enseignement est un élément majeur de la survie de notre propre peuple.
Qu’avez-vous retiré de vos rencontres avec le Rabbi?
Tout était tellement personnel. Bien sûr, nous avons parlé de choses qui ne l’étaient pas. Il a lu chacun de mes livres en français. C’était un très bon lecteur. Parfois, nous avons eu des désaccords.
Dans vos mémoires, vous partagez certaines des conversations que vous avez eues avec le Rabbi à propos de D.ieu, et certaines de ces lettres ont été publiées. Il me semble qu’en fin de compte, il n’y a pas eu beaucoup de désaccord entre vous deux à ce sujet.
Oh, mais il y en avait. Le Rabbi a dit que nous ne pouvons pas comprendre. Nous ne sommes pas censés comprendre.
Et vosu avez répondu quoi?
Je veux comprendre.
Et au fil des années, vous êtes-vous rapprochée de la compréhension?
Un des premiers poètes juifs a dit: « Si je le connaissais [D.ieu], je serais Lui ».
Qu’est-ce qui propulse alors la quête?
Je me définis par ma quête, pas par ce que je trouve.
Vous avez mentionné que le Rabbi vous posait souvent des questions sur vos projets de mariage.
Oh oui. Le plus grand bouquet de fleurs que j’ai jamais reçu provenait du Rabbi pour mon mariage. Il me poussait à me marier. J’ai des lettres – une lettre dans laquelle nous parlons de théologie juive – sept, huit pages sur la théologie. À la fin de la lettre il a dit: « Et au fait, quand allez-vous vous marier? » Comme si les deux avaient quelque chose en commun.
Que voulait le Rabbi de vous?
Je ne peux pas te le dire. C’est entre lui et moi.
Que pensez-vous que le Rabbi voudrait voir se produire aujourd’hui?
Je suis sûr qu’il pensait que si le peuple juif savait ce que les Juifs devraient faire pour le Dieu d’Israël et pour le peuple d’Israël, Le Machia’h viendrait. C’était son rêve, préparer le monde à la sa venue.
Pensez-vous qu’il était satisfait de ses réalisations?
Non, mais injustement. Il a toujours senti qu’il n’en avait pas fait assez, et pourtant il en avait fait plus que quiconque que je sache. Il sentait que quelque part, peut-être quelque part au Népal – il n’a pas voyagé mais il savait ce qui se passait – il y a quelqu’un qui a besoin de quelque chose. Une fois que vous ressentez cela, vous ne pouvez pas être heureux. S’il y avait une personne qui, disons, avait faim de yiddishkeit. . .
C’est pourquoi il avait cette grande idée des Shluchim. L’une des plus grandes réalisations du Rabbi est le Shluchim. J’ai une immense affection pour chacun d’entre eux, ainsi que de l’admiration et de la gratitude. Parce qu’ils portent non seulement le message du Rabbi; ils portent la tristesse et la joie du Rabbi et le rêve du Rabbi. Ce sont des porteurs; ils sont les porteurs de sa vision.
Sim’hat Torah 5734 (1973) : c’était il y a quarante ans et Rabbi Ména’hem Mendel Schneerson, le Rabbi de Loubavitch, que les Juifs, dans le monde entier, ont toujours appelé simplement » le Rabbi « , entonnait pendant les danses de la fête, à la stupéfaction générale, le cantique traditionnel » Haadérèt Véhaémouna » sur l’air de la Marseillaise. Ce chant fut alors, à la fois, la concrétisation et le catalyseur d’une véritable révolution spirituelle qui ne laissa pas la communauté juive de France inchangée.
Loubavitch.fr
Devant un groupe de jeunes juifs français, devant une assemblée essentiellement américaine qui ne comprenait pas ce qui se déroulait sous ses yeux, le Rabbi ouvrit ainsi un chemin qui ne s’est plus jamais refermé. Ce fut certes là un événement unique, sans équivalent. Cependant, on sait, depuis de longues années, que le Rabbi entretint toujours un rapport particulier avec la France. Il manifesta la chaleur de cette relation en de très nombreuses occasions dont l’épisode cité fut sans doute un des points culminants.
Il n’est, bien entendu, pas à notre portée de connaître les raisons profondes d’une telle attitude. Pourtant, peut-être peut-on en retracer l’origine à ces jours anciens de 5693 (1933), l’époque du précédent Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, où le Rabbi quitta Berlin et la célèbre université où il étudiait, après l’arrivée au pouvoir des nazis, pour Paris et la Sorbonne ? Peut-être faut-il en effet voir en cela la base de ce lien qui se maintint ensuite par delà les océans et les événements d’un monde pris d’une folie meurtrière ? Ce n’est pas pour rien que, bien des années plus tard, alors que l’épouse d’un délégué en France rendait visite à la femme du Rabbi, qui n’était autre que la propre fille de Rabbi Yossef Its’hak, celle-ci, connaissant l’ampleur du succès rencontré par le mouvement loubavitch dans ce pays, lui déclara : » Nous avons labouré et semé ; votre travail est de récolter. »
C’est à cette histoire que ces pages sont consacrées. C’est une histoire importante pour chacun de nous, Juifs de France, car nous en sommes les héritiers et les continuateurs. Ce qui est présenté ici n’est, bien entendu, pas exhaustif et ne saurait l’être. Qu’il soit considéré comme un premier pas pour prendre la pleine mesure des transformations spirituelles connues par ce pays et par la communauté.
Nous sommes donc en 1933 et le père du Rabbi, Rabbi Lévi Its’hak, écrit à son fils :
» C’est avec une âme animée d’un désir ardent que nous attendions ta lettre de Paris. Elle nous est finalement arrivée en fin de semaine dernière. Que votre arrivée soit en paix. Installez-vous dans votre nouvel endroit et soyez en paix, en tranquillité et sérénité pour toujours. Réussissez en tout et élevez-vous toujours plus haut… «
Nous savons aujourd’hui ce qu’il en fut.
L’HISTOIRE
La résidence du Rabbi à Paris – Première période
Première partie : 5693 – 5696 (1933 – 1936)
Vers la fin de l’hiver 5693 (1933), Rabbi Yossef Its’hak vint à Paris. Il profita de ce déplacement pour aider à l’installation du Rabbi et de son épouse, la Rabbanit ‘Haya Mouchka.
Comme il l’avait fait à Berlin, le Rabbi continua à Paris à se consacrer, pendant l’essentiel de la journée à l’étude de la Torah, ne laissant que peu de temps pour l’acquisition des connaissances profanes requises par l’Université. A cette époque, un homme fut très proche du Rabbi, il répondait au nom de docteur Méir Chohètman. Il étudia avec le Rabbi à la Sorbonne et eut l’occasion de l’aider. Il raconte :
» Il me fut demandé de l’aider à entrer à l’université. Mais d’abord, il (le Rabbi) voulut apprendre la langue. Je lui proposai un professeur particulier mais il souhaita avoir un cours par écrit. J’allai à la Sorbonne et on me dit d’amener le nouvel étudiant… Il voulait étudier la physique et les mathématiques pour poursuivre le cycle entrepris à Berlin bien que les diplômes obtenus là-bas ne soient pas encore arrivés…
Ils (le Rabbi et son épouse) vivaient dans un petit appartement. Il avait des études fixées dans le judaïsme – Talmud, Paracha, Midrach, ‘Hassidout – et j’étudiai avec lui. Il apprit le français avec une rapidité exceptionnelle et fréquentait les grandes bibliothèques publiques, essentiellement celle de l’université et celle de la communauté juive…
Il priait dans la synagogue ‘hassidique de Rav Avraham ‘Hen… Quand les ‘hassidim l’interrogeaient au sujet de ses études à l’université, il répondait que c’était nécessaire, que, pour savoir quoi répondre, il fallait étudier et connaître. On se rendait compte qu’il avançait dans la voie des membres du Sanhédrin antique qui devaient posséder toutes les langues et les sciences… «
En fait, après son installation à Paris, le Rabbi ne souhaita pas reprendre vraiment ses études profanes. Pour cela, il fallut que son beau- père, Rabbi Yossef Its’hak, vienne à Paris pour des raisons médicales et demande au docteur Chohètman de transmettre à son gendre qu’il souhaitait lui voir continuer ses études universitaires. Une lettre, datée de 5696 (1936) écrite par le Rabbi depuis une maison de repos à Ville-d’Avray témoigne de ce lien particulier avec son beau-père et du rôle que ce dernier entendait lui voir assumer. En tout état de cause, la décision ne fut pas facile à prendre. De plus, il s’agissait de faire entrer le Rabbi à la Sorbonne en milieu d’année, alors que celui-ci ne maîtrisait pas encore le français et qu’il n’était pas en possession des diplômes obtenus à Berlin. Par ailleurs, dans l’université française d’avant-guerre, l’antisémitisme était une opinion répandue et qui semblait à beaucoup légitime. Cependant, des choses importantes étaient décidément en jeu car, malgré ces difficultés et grâce à l’intervention du docteur Chohètman, le Rabbi fut accepté à la grande satisfaction de son épouse et de son beau-père. Il entreprit l’étude de la construction navale et des mathématiques puis plus tard, semble-t-il, celle de la psychologie ainsi que celle d’un certain nombre d’autres domaines qui ne nous sont pas connus avec précision.
De manière générale, le Rabbi ne désirait pas être reconnu comme un érudit et encore moins comme le gendre du Rabbi de Loubavitch de ce temps, ce qui lui aurait valu renommée, manifestations de respect et nombreuses visites. Il prenait toutefois plaisir à discuter de Torah avec les Rabbanim qui, ayant appris sa présence dans la ville, venaient le voir. Les conditions de la vie juive dans le Paris d’alors étaient d’une grande difficulté. Les témoins racontent que le Rabbi et son épouse n’achetaient rien à l’extérieur par souci de cacherout et que la Rabbanit faisait elle-même le pain qu’ils mangeaient. Pour pouvoir consommer du lait, qui constituait l’essentiel de l’alimentation du Rabbi, la Rabbanit allait elle-même à pieds, presque chaque jour, pour en surveiller la traite dans une ferme. Il fallait, pour cela, marcher plusieurs kilomètres… De tels efforts n’arrêtaient pas non plus le Rabbi. Afin de permettre aux Juifs de la capitale de consommer du pain » Pat Israël « , le Rabbi se rendait chaque semaine, à pieds également et aux petites heures du matin, dans une boulangerie lointaine dans un quartier peu recommandable, pour en allumer le four.
Pendant toute cette période, le Rabbi ne cessa pas d’écrire des pages d’érudition, des commentaires nouveaux qui attirèrent l’attention sur lui. C’est aussi à lui que, malgré l’éloignement, Rabbi Yossef Its’hak, qui se trouvait alors dans les pays baltes, décida de confier la tâche d’organiser et de préparer pour l’édition les lettres qu’il avait écrites à diverses occasions et qui traitaient essentiellement de matières spirituelles et du service de Dieu. Tout cela décrit, il est clair que le Rabbi attirait l’attention par son comportement général. Aussi, Juifs et non-Juifs, y compris au sein de l’université, le considérèrent très vite comme » un homme saint « . Ce n’était évidemment pas de son fait. Ainsi, pour garder la tête couverte dans la Sorbonne d’avant-guerre, le docteur Chohètman lui suggéra d’utiliser un canotier, le chapeau en vogue dans le Paris d’alors, ce que le Rabbi accepta. De même, contrairement à la coutume d’Europe centrale, il portait une veste courte tous les jours de semaine au lieu du traditionnel vêtement rabbinique plus long. Bien plus tard, il parla de ce choix et indiqua qu’ainsi il put consacrer davantage de temps à l’étude car, dit-il, » les ‘hassidim ne vinrent pas à moi quand je portai une veste courte. »
Pendant la période 5695 – 5696 (1935 – 1936), le Rabbi ne cessa pas de voyager entre les lieux de résidence successifs de son beau-père en Lettonie et en Pologne et Paris. Il s’était en effet vu confier de nombreuses tâches et non des moindres. Cependant, son action dans Paris ne se démentait pas. Un homme, ‘Haïm Rudel, qui s’installa plus tard en Israël, raconte :
» Je suis né à Paris en 5691 (1931). En 5696 (1936), je venais à la synagogue de la rue des Rosiers tous les lundi et jeudi où il n’y avait pas d’école. Dans une pièce, il y avait une classe où environ vingt-cinq enfants étudiaient la Torah avec un professeur…
Le Rabbi y venait régulièrement pour veiller au bon déroulement du cours. Il s’intéressait, conseillait et encourageait les élèves et le professeur. Il faisait également la prière de Min’ha et d’Arvit à la synagogue. Il n’habitait pas le quartier mais demeurait dans le 16ème arrondissement. Mon frère Méir, plus âgé que moi, étudiait alors l’ingénierie électrique à la Sorbonne avec le Rabbi. «
Deuxième partie : 5697 – 5700 (1937 – 1940)
Pendant cette période, le Rabbi entreprit, à sa manière discrète et sereine, de diffuser la Hassidout dans Paris. Certes, il fréquentait la Sorbonne mais les témoins du temps attestent qu’il s’y trouvait moins de deux heures par jour et, parfois sautait des jours. Lorsqu’il venait pourtant assister au cours, c’était toujours avec un volume du Talmud ou de Maïmonide dans la main. Il écoutait alors le cours pendant dix à quinze minutes d’affilée avant de retourner à l’étude de l’ouvrage qu’il avait apporté. Quant aux devoirs qu’il devait remettre ou aux examens qu’il devait passer, il les terminait en un temps d’une brièveté surprenante. C’est dans ces conditions qu’il collectionna une série de diplômes dans des domaines très éclectiques, la plupart portant sur les sciences de la nature et le reste sur d’autres sujets.
Dans ce Paris où les ombres montaient, le Rabbi ne renonça à rien. Sur son chemin, il rencontra des Juifs parfois pris de doutes sur la nécessité de l’attachement au judaïsme. Tel rapporte que, fils de ‘hassid, il s’était retrouvé dans la capitale française et ne savait plus que penser du monde. Le Rabbi lui consacra une conversation quasi ininterrompue de dix-huit heures qui le maintint dans la fidélité au judaïsme pour toujours. Tel autre rapporte que, réfugié à Paris après avoir fui Berlin, il cherchait désespérément une Souccah pour la fête. Il finit par rencontrer le Rabbi dans la rue des Rosiers et lui demanda où il pourrait en trouver une. Il ne connaissait pas celui qu’il abordait ainsi et qu’il avait seulement reconnu comme un Juif religieux. Le Rabbi l’invita dans sa propre petite Souccah en plein quartier latin et l’homme garda toute sa vie en mémoire ce soir-là où il crut voir les invités spirituels de la fête apparaître tant l’atmosphère qui régnait dans l’humble demeure était différente. Outre cette référence au quartier latin, deux autres adresses où le Rabbi et son épouse auraient résidé à Paris, nous sont connues : 9 rue Boulard, dans le 14ème arrondissement, et 78 rue Blomet, dans le 15 ème arrondissement. Dans les deux cas, aucun détail n’est parvenu jusqu’à nous.
C’est alors que la guerre éclata. Les nazis, après leurs forfaits commis en Allemagne, déferlèrent sur l’Europe. Ils envahirent alors la Pologne. Rabbi Yossef Its’hak se trouvait, dans cette période, à Varsovie et il dut s’abriter pendant que l’aviation nazie bombardait la ville, et notamment les quartiers connus comme juifs. Il parvint finalement à quitter le pays et arriva à Riga d’où il put enfin s’embarquer pour les Etats-Unis. Paris n’était pas encore une ville occupée et le Rabbi y résidait encore. En ce début de temps de tragédie, c’est lui qui, depuis l’Europe, joua le rôle de plaque tournante pour les actions entreprises afin de sauver Rabbi Yossef Its’hak. C’est encore lui qui se chargea de transmettre toutes les informations à la communauté loubavitch déjà installée aux Etats-Unis.
Pendant cette période, dont chacun mesurait sans peine le danger, le Rabbi, à Paris, s’inquiétait également. Mais son souci était loin de s’attacher à son sort personnel. Il écrivit ainsi :
» J’ai beaucoup de peine du fait que le courrier s’est beaucoup réduit en ce qui concerne la santé du Rabbi. Je m’adresse à vous, je vous prie de me faire connaître tout en détails…
Certainement, vous prenez par écrit les commentaires du Rabbi qui se trouve parmi vous à présent. Peut-être pouvez-vous m’en envoyer une copie ici ? «
A la veille de l’entrée des nazis dans Paris, le Rabbi se fit recenser auprès du commandement militaire français. Cependant, il ne fut pas mobilisé. En Sivan 5700 (juin 1940), les nazis envahirent le pays et occupèrent la capitale. Une des pages les plus dramatiques de l’histoire du peuple juif allait s’ouvrir, donnant au mot martyr un nouveau sens. Pendant toute une année, jusqu’en Sivan 5701 (juin 1941), le Rabbi vécut dans la France de l’occupation. A aucun moment, il n’interrompit son œuvre d’enseignement de la Torah, s’adressant à des Juifs qui ressentaient avec encore plus de force le besoin d’encouragement et de soutien moral et spirituel.
Dès leur arrivée dans la capitale, les nazis entreprirent le recensement de ses habitants. C’était un recensement particulier : il indiquait la race et la religion de chacun. Le but apparaissait à tous : il s’agissait d’effectuer un premier repérage des Juifs. Les nouvelles qui transpiraient des pays occupés par l’envahisseur étaient suffisantes pour comprendre toute la gravité de l’opération. Des escouades de policiers entreprirent ainsi de visiter les habitations, ils arrivèrent à l’endroit où le Rabbi et son épouse demeuraient. Il se trouve que, lorsqu’ils se présentèrent, le Rabbi était absent. Sans doute aussi, son nom de famille n’était-il pas connu, en ce temps-là, comme manifestement juif. En tout état de cause, les enquêteurs repartirent avec, en face de l’identité du Rabbi, la mention » orthodoxe « , ce qui pouvait s’interpréter comme juif ou chrétien orthodoxe. Lorsque le Rabbi rentra chez lui, il apprit ce qui s’était passé. Sans attendre, il se rendit directement au bureau chargé du recensement et demanda que l’on corrige la rubrique » religion « . Il devait être inscrit comme » Juif » ! Le Rav Rubinstein, en ce temps-là à la tête de la communauté de la rue Pavée, raconta cette histoire des années plus tard, après la guerre, en ne cherchant pas à cacher son émotion devant une telle attitude, seulement comparable à celle de Mordé’haï qui, dans le Livre d’Esther, est désigné comme » le Juif » et décrit comme celui » qui ne se courbe pas et ne se prosterne pas « . Le Rabbi n’avait pas cessé de fréquenter deux synagogues, dont la plus ancienne de Paris, au 17 et au 25 de la rue des Rosiers, y enseignant et y inspirant. Ainsi, dans les » Réchimot » du Rabbi, on trouve, depuis 5696 (1936), différents textes portant l’indication » dit au 17 « .
Le Rabbi et son épouse quittèrent Paris quelques jours avant la fête de Chavouot 5700 (1940). Un ami non-Juif, général dans l’armée française, leur avait préalablement proposé de se cacher dans un pavillon qu’il possédait en dehors de la capitale mais le Rabbi avait refusé l’offre. C’est ainsi qu’il prit place, avec la Rabbanit, dans un des derniers trains qui quittaient la ville et que le couple put franchir la ligne de démarcation et parvenir en zone libre, à Vichy. Le Rabbi n’avait emporté que son talith et ses téfiline qu’il transportait dans une valise. C’était la veille de la fête de Chavouot. Voyant le soleil se coucher, le Rabbi arrêta un taxi, lui confia la valise et lui demanda de la déposer dans un hôtel qu’il lui indiqua. Puis lui-même et son épouse continuèrent le chemin à pieds pendant plusieurs heures après la tombée de la nuit.
La résidence à Vichy dura jusqu’à la fin de l’été puis le Rabbi décida de continuer le voyage jusqu’à Nice. A cette époque, la région n’était pas sous occupation allemande mais italienne, ce qui rendait le danger moins immédiat. Le Rabbi et son épouse y restèrent huit à neuf mois, jusqu’au début de l’été 5701 (1941). Même moins pressant, le péril demeurait. Aussi le Rabbi et la Rabbanit évitaient de sortir autant que possible, ce qui n’empêcha pas le Rabbi de continuer son action. C’est ainsi, raconte une femme bénéficiaire de l’opération, que le Rabbi veilla à la fabrication de faux papiers qui lui permirent de passer la frontière et, probablement, d’avoir la vie sauve. De même, dans cette époque troublée, seuls avaient accès à un hôtel ceux qui pouvaient montrer qu’ils possédaient un billet de cent dollars, une somme alors assez importante. Or ne pas avoir de lieu de résidence constituait, pour un Juif, un danger mortel. Le Rabbi allait donc par les rues de la ville et, lorsqu’il rencontrait un Juif en peine, il lui remettait le seul billet de cent dollars en sa possession afin qu’il trouve une place. Ce billet sauva ainsi bien des vies. Cette attitude fit que le respect de tous envers le Rabbi alla grandissant. Lorsqu’on s’aperçut que celui-ci ne mangeait quasiment rien du fait de ses scrupules particuliers en matière de cacherout, plusieurs personnes, y compris non-juives, s’efforcèrent de résoudre, autant que faire se pouvait, cette difficulté. Ainsi, malgré la pénurie, le propriétaire de l’hôtel remit régulièrement quelques morceaux de sucre à la Rabbanit. Soucieux de l’autre, le Rabbi ne renonça pas, pour autant, au moindre accomplissement spirituel personnel. Ainsi, à l’approche des fêtes du mois de Tichri 5741 (1941), le Rabbi se rendit secrètement à la frontière italienne pour se procurer un étrog qui lui convenait sans tenir compte du risque couru pour cela. De cette expédition, il ramena, du reste, deux étrog, l’un pour lui-même et le second qu’il offrit au Rav Rubinstein qui se trouvait également dans la ville. Et cette attitude ne se démentit jamais.
Pendant ce temps, Rabbi Yossef Its’hak, depuis New York, ne cessait pas ses efforts pour faire sortir le Rabbi et son épouse de l’Europe en flammes. Enfin, un visa d’entrée aux Etats-Unis leur fut accordé. Il devait être reçu à Marseille où une représentation américaine existait encore. Le Rabbi et son épouse durent donc quitter Nice pour Marseille où, bien que le séjour fut très court, le Rabbi fut vite entouré de nombreux Juifs venus chercher auprès de lui sagesse et réconfort. Enfin, le 20 Nissan 5701 (17 avril 1941), le Rabbi reçut le visa attendu. Les difficultés n’étaient pas terminées puisqu’il fallait encore passer en Espagne puis au Portugal avant de s’embarquer enfin de Lisbonne pour les Etats-Unis sur un des tout derniers bateaux à traverser l’Atlantique sous la menace des bombardements allemands et des arraisonnements en haute mer. Mais tout cela constitue une autre histoire. Dans ce cadre, il faut seulement se souvenir que le Rabbi et la Rabbanit arrivèrent dans le port de New York le 28 Sivan 5741 (23 juin 1941) à bord du paquebot Serpa Pinto.
La résidence du Rabbi à Paris – Deuxième période
Après la guerre, le Rabbi eut l’occasion de revenir à Paris dans des conditions tout à fait différentes. Cela se passa en 5707 (1947). Dans l’URSS de Staline, le père du Rabbi, Rabbi Lévi Its’hak Schneerson, avait été condamné, pour son activité religieuse – il était rabbin de Yékatrinoslav – à la relégation dans un village reculé de l’asie soviétique, où son épouse, la Rabbanit ‘Hannah choisit de le rejoindre. La dureté des conditions de vie, le dénuement absolu eurent raison de sa santé. Il quitta ce monde en 5704 (1944) à Alma Ata où il repose jusqu’à ce jour. Il restait à faire sortir la Rabbanit ‘Hannah d’URSS. Cela ne fut pas facile et nécessita de nombreux efforts. Enfin, en Adar 5707 (février 1947), ce fut chose faite. La Rabbanit ‘Hannah, après de nombreuses tribulations, rejoignit le monde libre. Le Rabbi quitta New York pour l’accueillir à Paris. C’est cette visite historique qui est abordée ici.
Le Rabbi arriva donc à Paris au début du mois d’Adar, il quitta la capitale avec sa mère plus de trois plus tard, après la fête de Chavouot. C’est dans cette période que le Rabbi commença à être connu par tous. De fait, dans cet immédiat après-guerre, nombreux furent les ‘hassidim qui avaient pu quitter l’URSS à la faveur de la fin des hostilités et se trouvaient alors à Paris. Ce fut, pour la plupart, leur première rencontre avec le Rabbi, qui leur permit de percevoir sa grandeur et son élévation particulières.
La Rabbanit ‘Hannah était hébergée chez le Rav Zalman Schneerson, qui avait à Paris une action communautaire et, dans ce but, avait créé une association qui s’était rendue propriétaire d’un petit immeuble de trois étages situé 10 rue D.ieu, près de la place de la République. C’est dans cet immeuble, qui existe toujours, que le Rabbi rendit deux fois par jour visite à sa mère et qu’il s’exprima devant les ‘hassidim rassemblés avant de quitter la France. La Rabbanit ‘Hannah y occupait une chambre indépendante tandis que le Rabbi demeurait à l’hôtel Edouard VII, avenue de l’Opéra. Le Chabbat et les jours de fête, le Rabbi se rendait à pieds jusqu’à la résidence de sa mère. Une synagogue se trouvant dans l’immeuble, il y écoutait la lecture de la Torah et, parfois, demandait à dire quelques mots. Puis il prenait le repas avec sa mère. A ce repas, venait se joindre un groupe de ‘hassidim.
Les anecdotes rapportées au sujet de cette période sont nombreuses. On se contentera ici d’en citer quelques unes. Un des témoins de cette période raconte qu’un certain vendredi un livre de ‘Hassidout nouvellement imprimé arriva au Rabbi. Ce Chabbat, la prière du matin se termina vers 12h30 et les présents ne tardèrent pas à rentrer chez eux, d’autant plus qu’il faisait particulièrement chaud. Le Rabbi attendit un instant puis il s’installa dans un coin de la synagogue et étudia l’ouvrage pendant six heures d’affilée jusqu’à l’avoir terminé. Pour lui, chaque instant était irremplaçable. C’est ainsi qu’un jour, un groupe de Juifs se présenta à son hôtel pour lui parler. Le Rabbi les fit attendre quelques instants et, lorsqu’il leur ouvrit la porte, s’en excusa après d’eux. L’un d’eux répondit naturellement : » Ce n’est pas grave « . Le Rabbi fit observer très sérieusement : » Que cela signifie-t-il ? Quelques minutes, c’est un laps de temps très précieux. » Le Rav Ben Tsion Chemtov était un de ses proches et il allait rendre visite au Rabbi à son hôtel. Il eut ainsi l’occasion de remarquer que le lit du Rabbi était encombré de nombreux livres qui n’avaient pas manifestement été déplacés depuis plusieurs jours. Il en conclut que le Rabbi ne s’autorisait que très peu de sommeil et uniquement assis sur une chaise. Ce diagnostic fut confirmé par un autre ‘hassid qui entendit d’un des employés de l’hôtel que, dans la chambre du Rabbi, » l’électricité était allumée toute la nuit » et que » l’on entendait les pas d’un homme allant de long en large. »
Pendant ces quelques mois où le Rabbi résida à Paris, il apparaît qu’il rencontra de nombreuses personnes dans la plus grande discrétion. Il s’agissait d’entrevues essentielles pour le maintien et le renforcement du judaïsme. Dans de nombreux domaines, l’action du Rabbi se fit sentir avec une grande présence. C’est ainsi qu’existent des lettres retraçant son intervention dans l’accueil des réfugiés qui fuyaient alors l’Union Soviétique et débouchaient à Paris. Il s’occupa également, dans cette même période, de créer à Paris une branche du » Merkaz Léinyanei ‘Hinou’h « , l’organisation loubavitch chargée des problèmes d’éducation, du » Ma’hané Israël « , l’œuvre d’action sociale du mouvement loubavitch, une institution de jeunes filles » Beth Rivka » et une section des éditions loubavitch » Kehat « . Il fit notamment éditer en français différents recueils sur le judaïsme. Cette action ne se fit pas sentir qu’en France mais eut des effets également dans d’autres pays d’Europe tels que l’Allemagne, l’Autriche ou la Tchécoslovaquie ainsi que dans les camps de réfugiés existant alors. Bien entendu, malgré l’éloignement, le lien avec son beau-père, Rabbi Yossef Its’hak, ne se distendit à aucun moment. Plus encore, sur un certain nombre de sujets, celui-ci répondit à ceux qui l’interrogeaient qu’il faudrait attendre le retour de son gendre.
Comme il l’avait fait avant-guerre, le Rabbi retrouva le chemin de la rue des Rosiers. Il fut invité un jour à donner un cours dans la synagogue du 25 de la rue. Ce cours exceptionnel a laissé une marque ineffaçable à tous ses auditeurs. La synagogue, pour ce rendez-vous, était comble. Un témoin raconte :
» A la synagogue étaient venus des Rabbis, chefs de communauté, des érudits, des ‘hassidim et de simples Juifs de toute la communauté. Le Rabbi entra dans la synagogue avant la prière de Min’ha. Immédiatement, toute l’assemblée se leva. On conduisit le Rabbi à un endroit noble de la synagogue, devant le mur ‘est’, et on pria. Puis le Rabbi demanda ce qu’on avait l’habitude d’étudier. Il lui fut répondu qu’on étudiait ‘Eïn Yaacov’. Il prit le livre correspondant, y regarda quelques secondes et commença à parler du sujet auquel on s’était arrêté la fois précédente, recourant à tous les degrés d’interprétation du texte avec une clarté incomparable. Il parla ainsi pendant une grande heure. On fit alors la prière du soir puis les responsables de la synagogue demandèrent au Rabbi de dire encore quelques mots. Celui-ci commença par refuser mais, devant l’insistance de tous, finit par accepter. Il s’enquit du texte étudié habituellement : c’était le Choul’han Arou’h, lois des téfiline. Immédiatement le Rabbi se mit à expliquer. L’enseignement dura encore une heure dans un silence absolu. Lorsqu’il eut terminé, les responsables demandèrent au Rabbi de donner aussi le cours de Tanya qui avait normalement lieu à cette heure. Le Rabbi accepta et, en conclusion, relia les trois études qui venaient d’être faites de manière si éblouissante que les présents ne purent cacher leur enthousiasme. Puis il termina ainsi : ‘Yaacov – Rabbi Yossef Its’hak – est déjà prêt pour la Délivrance, le retard n’est dû qu’au ‘troupeau (qui) allaite’. Que chacun mérite d’aller à la rencontre de Machia’h avec son Rabbi et nous irons avec notre Rabbi rapidement, en notre temps, amen’. »
Le Rabbi s’employa aussi à encourager les ‘hassidim. C’est ainsi que l’un d’eux, qui s’était auparavant trouvé dans un camp de réfugiés en Allemagne, se plaignit que des Juifs appartenant à un certain groupe faisaient quelques problèmes aux ‘hassidim parce que ces derniers s’occupaient de rapprocher des Juifs éloignés de la pratique des Mitsvot. Le Rabbi se contenta de lui répondre : » Ils ont besoin de crier, nous avons besoin d’agir. » A cette époque, beaucoup de ‘hassidim se trouvaient à Paris dans l’attente de refonder leur vie quelque part dans le monde. Ils avaient le statut de réfugiés et beaucoup d’entre eux habitaient, à tire provisoire, dans un hôtel, dénommé » Prima, en banlieue parisienne. Le Rabbi parla longuement devant eux, dans le cadre d’une réunion ‘hassidique de Lag Baomer 5707 (1947), et cette rencontre laissa une marque profonde. Le Rabbi visita aussi diverses institutions éducatives, interrogeant les enfants, les invitant à poursuivre leurs efforts et insistant sur une idée que Rabbi Yossef Its’hak lui avait citée avant qu’il quitte les Etats-Unis : » Nos enfants sont nos garants. »
Mais le temps arriva de quitter Paris. Avant de partir, le Rabbi parla aux ‘hassidim pendant toute une nuit, dans la maison de Rav Zalman Schneerson. Cette réunion ‘hassidique est restée dans les mémoires. Tous en comprenaient le sens : c’était une cérémonie d’au revoir. Nombreux furent les participants. Au bout de plusieurs heures d’explication, de commentaires, alors qu’il était déjà minuit et que la plupart de ceux qui étaient venus étaient rentrés chez eux, le Rabbi s’adressa aux ‘hassidim encore là. Il demanda à chacun son nom, indiquant de dire » lé’haïm » et expliquant les implications spirituelles et matérielles du nom concerné. Ce n’est qu’après que le Rabbi eut terminé qu’ils se levèrent et dansèrent avec une joie intense jusqu’à huit heures du matin. Au total, cette réunion dura entre dix et onze heures.
Rav Aaron Mordé’haï Zilberstraum, qui y était présent, raconte :
» J’étais responsable de la prière des enfants dans l’école (du Rav Zalman Schneerson). Aussi, j’étais obligé de partir à 6h30 du matin. Plusieurs des présents avaient déjà reçu la bénédiction du départ du Rabbi qui devait prendre le train, à la gare non loin de là, à environ 11h. Le Rabbi commença à me bénir également mais je lui dis que j’avais l’intention de revenir un peu plus tard spécialement pour son départ. Il ne répondit pas et continua à me bénir. J’avais calculé que je resterais avec les élèves de 7h30 à 9h. C’est ce que je fis et, à 9h30, j’allais prendre le train, à la gare près de l’école. Mais, à mon grand étonnement, les employés avaient entamé, à ce moment-là, une grève et je ne parvins pas non plus à trouver un taxi. En résumé, je ne réussis pas à dire au revoir au Rabbi et je dus me contenter de lui envoyer un télégramme. «
Rabbi Yossef Its’hak avait demandé au Rabbi, pour ce voyage de retour avec sa mère, de ne pas prendre l’avion comme à l’aller mais le bateau. C’est ce que fit le Rabbi et beaucoup de Juifs de Paris, dont de nombreux ‘hassidim, l’accompagnèrent en car jusqu’au port pour saluer son embarquement à bord du paquebot Mauritania puis son départ.
Au fil des années
Une fois le Rabbi de retour aux Etats-Unis, et plus exactement à New York dans ce quartier de Crown Heights qu’il ne quitta plus, le souci de ce qui se passait à Paris continua de se faire jour de manière évidente. Cette relation s’exprima d’abord par une correspondance continue avec ceux qui habitaient la France. Les lettres sont, bien entendu, très nombreuses. On se contentera, dans ce cadre, d’en citer quelques-unes à titre d’exemple et dans l’ordre chronologique.
Ainsi, Le Rabbi s’empressa d’écrire aux ‘hassidim demeurant à Paris pour leur dire qu’il était bien arrivé et insister sur la nécessité d’agir dans la ville, y compris à l’extérieur du cercle de la communauté loubavitch. Parmi les encouragements donnés dans la lettre en question, datée de 5707 (1947), on trouve la participation à un groupe d’étude des Michnayot par cœur et notamment :
» Le Rav Friedman, de la synagogue 25, a demandé que l’on associe des fidèles de la synagogue à ce groupe. Certainement, vous lui poserez maintenant la question à ce sujet et l’encouragerez à étendre cette activité. »
Il s’agit ici de la synagogue du 25 de la rue des Rosiers où le Rabbi était intervenu à plusieurs reprises avant et après-guerre.
Au Rav Ben Tsion Chemtov, dont il a été rappelé plus haut qu’il fut un des proches du Rabbi, celui-ci écrit le 11 Nissan 5711 (17 avril 1951). Il souligne d’abord la responsabilité qui incombe à celui qui se trouve dans un quelconque endroit, relevant qu’il y a toujours été conduit par la Providence Divine pour y accomplir une mission spirituelle, de diffusion du judaïsme, nécessaire à l’endroit. Puis il complète la lettre d’une note manuscrite dans laquelle il cite une ville : Paris. Pour comprendre la portée de ce qui y est dit, sans doute faut-il retrouver l’atmosphère de l’époque. Rabbi Yossef Its’hak a quitté ce monde l’année précédente. Le Rabbi lui a succédé et ce passage a été d’une ampleur spirituelle, morale et émotionnelle dont on ne peut, encore aujourd’hui, que supposer les contours. C’est précisément tout cela qu’en quelques lignes bouleversantes, le Rabbi décrit à son ‘hassid :
» J’ai lu aujourd’hui votre lettre sur le tombeau (de Rabbi Yossef Its’hak). Pessa’h 5747 (1947) à Paris n’était-il pas plus tranquille ? Seule consolation : quatre ans plus proches de la venue de Machia’h, très bientôt, en notre temps, amen. Mais, cela ne va pas. D’un autre côté, ‘quelque chose est-il extraordinaire pour D.ieu ?’ Vous pouvez agir pour Dieu. Et justement dès maintenant. «
Les années passèrent mais elles ne touchèrent jamais à un véritable souvenir vivant. Il n’est donc pas surprenant que le Rabbi parle de la synagogue du 17 rue des Rosiers en ces termes (Iguerot Kodech, vol. XXII, p.148) :
» …que cela se multiplie dans tous les sujets de la synagogue, tant dans le domaine de la prière que dans les cours de Torah étudiés publiquement, ou individuellement. Comme l’explication des sages est connue sur le verset : ‘D.ieu aime les portes de Sion plutôt que les demeures de Yaacov’, les portes indiquées dans la Hala’ha (Bra’hot 8a).
En particulier d’après ce dont je me souviens des années où j’ai demeuré à Paris et où j’ai souvent prié dans la synagogue en question ; ce petit sanctuaire est apte à ce qu’on y fasse grandir la prière et aussi la Torah, car il correspond à son nom, ‘petit sanctuaire’, maison du Roi, le Roi de l’univers (Méguila 27a). «
Enfin, une lettre permet de comprendre tout ce que le Rabbi attendait de cette ville où il avait vécu. Datée du 12 Kislev 5723 (9 décembre 1962), elle est adressée aux » jeunes qui s’occupent des actions de diffusion des sources (de la ‘Hassidout) à l’extérieur et, en particulier, dans la ville de Paris et ses environs « . En voici la traduction :
» J’accuse réception de votre lettre du 7 Kislev où vous écrivez les grandes lignes des actions indiquées.
Certainement, tout cela est réalisé sans toucher à l’étude de la Torah, sa partie révélée et la ‘Hassidout, ainsi qu’à l’œuvre de la prière etc.
Cela est en effet possible et, comme l’ont enseigné nos Sages, ‘une Mitsva entraîne une autre Mitsva’.
D.ieu veuille que vos actions soient un succès. Le mois de Kislev est le mois des miracles et de la libération et, en particulier, le jour propice du 19 Kislev, la libération de Rabbi Chnéour Zalman et la libération et la délivrance de notre âme, et après cela les jours de ‘Hanoucca qui ajoutent et avancent dans la lumière de jour en jour.
Avec une bénédiction de réussite dans tout ce qui a été dit. «
C’est à partir du début des années 70 que des Juifs français vinrent régulièrement rendre visite au Rabbi. Leur arrivée fut d’abord perçue comme une sorte d’événement. C’était là les prémices d’une communauté en voie d’éclosion. Ils étaient encore bien peu nombreux et fort jeunes mais le groupe allait vite grandir pour atteindre, dans les années 90, des centaines pendant la période des fêtes, et des milliers pendant les douze mois de l’année. L’enthousiasme qui les caractérisait fut rapidement reconnu comme un des éléments de base de leur personnalité nationale et il bouleversa certaines conceptions anciennes dont les porteurs n’avaient peut pas su voir et comprendre les attentes et les changements du monde.
A toute chose importante, il faut un début. Celui de cette évolution fut, sans aucun doute, cette étrange Marseillaise qui, en ce Sim’hat Torah 5734 (1973) retentit dans la synagogue du Rabbi, entonnée par lui entre ces murs du » 770 » qui n’avaient connu, jusque là, que les harmonies de l’âme ‘hassidique. C’est cet événement qu’il convient, à présent, de décrire.
Il y a quarante ans, la Marseillaise
Tichri 5734 (1973) : les grandes fêtes avaient commencé, comme tous les automnes, mais, cette année-là, tout fut différent. Le jour de Yom Kippour, Israël dut, une fois de plus, affronter les armées coalisées de ses voisins. Le monde juif, bouleversé, ne savait pas de quoi l’avenir serait fait. Pendant tout l’été précédent, le Rabbi, sans jamais dire à quoi il faisait allusion, n’avait cessé de parler de » l’ennemi qui veut se venger » et avait demandé avec insistance que l’on aille voir les enfants, qu’on leur fasse donner la charité et réciter des versets de Torah, soulignant les fortes paroles des Psaumes qui proclament que, par ce moyen, on peut justement » abattre l’ennemi et le vengeur. » Les ‘hassidim, partout dans le monde, avaient répondu à cet appel et l’événement était arrivé auquel personne n’aurait pu croire dans l’euphorie maintenue depuis la guerre des six jours. L’histoire l’a retenu sous le nom de guerre de Kippour.
Pendant ce temps, chez le Rabbi, les fêtes avaient commencé avec toute la solennité requise. Cependant, face à la situation, le Rabbi avait choisi une réponse historique et immémoriale : la joie. C’est donc dans cette atmosphère étonnante que ce début d’année juive s’était déroulé. Un groupe de jeunes Français était là, une trentaine de personnes environ. Ils étaient parmi les premiers venus de France à retrouver leurs racines et, pour beaucoup d’entre eux, ils venaient pour la première fois rencontrer le Rabbi. Les fêtes de Souccot s’étaient passées avec une allégresse propre à repousser toutes les tentacules de l’inquiétude puis ce fut le temps de Sim’hat Torah. Chez le Rabbi, cette fête a toujours été un temps privilégié mais personne ne pouvait prévoir ce qui allait se passer cette fois-ci. Un témoin raconte :
» Les Hakafot, les danses de la fête avec les Séfer Torah, s’étaient déroulées dans la plus grande allégresse, comme toujours chez le Rabbi. Et cette joie semblait briser toutes les barrières. La synagogue était pleine et chacun se tenait à sa place pour ne rien perdre de ces moments précieux. Arriva la cinquième Hakafa. On donna les Séfer Torah à quelques-uns des vieux ‘hassidim présents, comme c’était l’habitude et comme cela avait été le cas pour les danses précédentes.
L’un d’entre eux fut remis au Rav Azimov, le délégué du Rabbi à Paris. Tout cela n’avait rien d’étonnant et chacun attendait, avec une joie et une impatience contenues, le début de la Hakafa. C’est alors qu’on vit le Rabbi appeler son secrétaire et lui dire quelques mots que personne, sauf lui, ne pouvait entendre. Cela ne dura pas longtemps. Très vite, le bruit courut dans la vaste salle : le Rabbi voulait que tous les Français présents participent à cette Hakafa ! Il insistait, indiquant qu’ils devaient tous y participer même s’il n’y avait pas assez de Séfer Torah pour en donner un à chacun ! L’émotion envahit tous les cœurs. Compte tenu de l’affluence, quitter sa place et rejoindre le centre de la synagogue où la danse avait lieu n’était pas chose facile. Mais qui aurait refusé de répondre à la demande du Rabbi ? D’une manière ou d’une autre, chacun réussit dans cette entreprise et se trouva bientôt à l’endroit voulu, attendant le début de la Hakafa.
Un des vieux ‘hassidim agit comme la tradition le voulait : il lança un chant ‘hassidique traditionnel que tous allaient reprendre, donnant ainsi le signal du départ à cette cinquième danse de la fête. Le Rabbi avait coutume d’encourager les chants ainsi lancés depuis sa place, à son pupitre installé sur une estrade, afin que tous puissent le voir, dans le coin supérieur droit de la synagogue. Cette fois, cependant, il montra que ce n’était pas ce chant-là qu’il souhaitait en ne réagissant pas à son audition. Très vite, les présents le réalisèrent. Des » chut… chut… » se firent entendre et le silence fut rétabli. Le Rabbi quitta alors son pupitre, son livre de prières à la main. Il s’avança jusqu’au bord de l’estrade où il se tenait et entonna un chant que personne ne reconnut dans l’assistance.
Parmi les Français qui participaient à la Hakafa, certains finirent pourtant par identifier les bribes de mélodie qui parvenaient jusqu’à eux au travers de la distance qui les séparaient de l’estrade. Incrédules, ils se mirent à susurrer : » C’est la Marseillaise, le Rabbi chante la Marseillaise ! » On les fit rapidement taire : c’était impossible. Que serait venu faire l’hymne national de la France dans une telle assemblée, en une telle occasion ? Mais le Rabbi continuait à chanter et il fallut se rendre à l’évidence.
Ne comprenant rien à ce qui arrivait, les Français commencèrent, à leur tour, à en chanter l’air sans les paroles puisque le Rabbi y avait manifestement mis d’autres mots. C’est dans une atmosphère indescriptible que la Hakafa s’acheva. Cependant, ce n’était pas encore fini. Le Rabbi demanda que tous les Français viennent le rejoindre sur l’estrade où lui-même se tenait. Il fit servir à chacun d’eux un peu de vodka et, accoudé sur son pupitre, attendit que, l’un après l’autre, ils disent » lé’haïm « , souhaitant à chacun individuellement » lé’haïm – à la vie » avec un sourire éblouissant. Chacun retourna ensuite à sa place. On apprit aussi que le Rabbi avait chanté, sur l’air de la Marseillaise, les mots du cantique récité le Chabbat et les jours de fête, » Haadérèt Véhaémouna « , qui proclame la grandeur de Dieu. Les Français, devenus les héros du jour, passèrent la nuit qui suivit dans un état d’esprit nouveau.
Le lendemain matin, dans la prière de la fête, l’officiant, impressionné par les événements de la veille comme tous ceux qui y avaient assisté, voulut, quand le moment en fut venu, chanter le cantique » Haadérèt Véhaémouna » sur l’air de la Marseillaise. Debout à son pupitre, le Rabbi ne fit que quelques très légers signes d’encouragement, manifestant que, sans condamner l’initiative, il ne l’approuvait cependant pas. Personne ne sut comment interpréter ce qui semblait un brutal revirement.
La réponse fut donnée le lendemain, lors de la traditionnelle réunion ‘hassidique qui concluait la fête. Le Rabbi y expliqua que ce chant était lié à la France et qu’il avait été donné spécifiquement aux Français, soulignant que le fait de le chanter à Brooklyn n’avait pas de signification. Puis il demanda, une fois de plus, à tous les Français présents de venir se grouper sur un côté de l’assemblée. L’entreprise fut, là encore, réalisée non sans mal car la trentaine de personnes concernées se trouvait disséminée dans toute la grande salle bondée.
Une fois que ce fut fait, le Rabbi appela le Rav Azimov et lui remit une bouteille de vodka pour en distribuer un peu à chacun des Français. Il lui remit également une ‘halla qui se trouvait devant lui en lui disant que, puisqu’il y avait également des jeunes filles et qu’elles n’avaient pas l’habitude de boire de la vodka, chacune en recevrait un morceau. Rav Azimov servit donc à chacun un peu de vodka et, comme le soir de la fête, le Rabbi dit » lé’haïm » à chacun, individuellement, avec ce sourire toujours littéralement éblouissant.
Puis, le Rabbi s’adressa à cette trentaine de personnes en français alors que des milliers d’autres restaient sans comprendre. Il prononça les mots suivants :
« C’est pour faire la révolution en France contre le Yétser Hara (le mauvais penchant – ndlr) as soon as possible (aussi tôt que possible – ndlr) Bésim’ha, avec joie et inspiration. Et le bon D.ieu vous bénira pour être Mékabel Pné Machia’h Tsidkénou (pour accueillir le Messie – ndlr) ». Ces mots résonnent encore dans la tête de ceux qui les entendirent comme s’ils avaient retenti hier.
Depuis lors, la Marseillaise s’élève avec les mots de » Haadérèt Véhaémouna « , chaque Chabbat et jour de fête, dans toutes les synagogues loubavitch de France. Il faut sans doute indiquer que le Rabbi se fit là le continuateur d’une œuvre entamée, d’une autre manière, par Rabbi Chnéor Zalman, le fondateur du ‘hassidime ‘Habad, au début du XIXème siècle. En effet, Rabbi Chnéor Zalman, contemporain de Napoléon Ier et son adversaire, avait adopté une marche militaire de l’armée impériale et en avait fait un chant ‘hassidique, entonné encore aujourd’hui, dans toutes les synagogues loubavitch, à la fin de Yom Kippour, en signe de victoire spirituelle. Dans les deux cas, il s’était agi de transformer un monde, de faire qu’y règnent le souci et la recherche du lien avec Dieu. C’est cette idée que le Rabbi devait expliciter plus tard, notamment dans les deux commentaires dont une traduction est présentée ci-après.
La révolution française spirituelle
C’était le Chabbat 23 Kislev 5752 (30 novembre 1991), au lieu de commencer son enseignement par une référence à ‘Hanoucca, dont on allumait la première flamme le lendemain soir ou à la section de la Torah qu’on lisait cette semaine, le Rabbi adressa en ouverture quelques mots de bienvenue à un groupe de Juifs de France venus en visite. En retour, ils dirent tous » lé’haïm » au Rabbi qui répondit d’un signe de tête à chacun. L’assemblée, sentant que ces Français allaient être, en quelque sorte, les invités d’honneur de la réunion, entonna l’air de la Marseillaise avec les mots du cantique » Haadérèt Véhaémouna. » Ce chant est un des thèmes majeurs de l’enseignement présenté synthétiquement ci-après, qui reprend également celui prononcé le Chabbat précédent qui en annonçait les grandes lignes.
Lorsque Napoléon, à la tête de ses armées, envahit l’Europe de l’Est, certains chefs spirituels du judaïsme apportèrent leur soutien aux forces françaises ; espérant que leur victoire apporterait une amélioration au statut des Juifs. L’Admour Hazakène (Rabbi Chnéor Zalman, fondateur du ‘hassidisme ‘Habad – ndt), lui, prit le parti du tsar Alexandre Ier . Il expliqua que la victoire de Napoléon aurait, sans aucun doute, un effet positif sur la condition économique et sociale des Juifs mais qu’elle affaiblirait leur engagement spirituel comme leur pratique des commandements de D.ieu. Une victoire de la Russie, inversement, maintiendrait des conditions économiques difficiles mais, en même temps, nourrirait l’atmosphère spirituelle de crainte de D.ieu qui prévalait alors.
Pourquoi l’Admour Hazakène s’opposa-t-il si fermement à Napoléon ? C’est qu’au cœur de la révolution française se trouve le mépris de toute autorité supérieure. Certes, le rejet de la monarchie par les révolutionnaires français fut bien inspiré par des idéaux humanistes de justice et d’égalité. Cependant, ceux-ci n’étaient pas enracinés dans la foi en D.ieu. Aussi, certaines des lointaines répercussions de ce bouleversement idéologique peuvent être considérées comme un refus de toute forme d’autorité morale et, en dernière analyse, comme une volonté de se révolter contre la souveraineté de D.ieu. Cette attitude conduisit à une recherche constante des plaisirs matériels et de la satisfaction des sens au détriment du souci spirituel.
Il convient, toutefois, de se garder de toute interprétation erronée : le judaïsme ne s’oppose pas à la prise en compte de l’aspect matériel de la vie. Cependant, la Torah demande que cette préoccupation n’ait pas pour motivation la seule recherche d’une satisfaction personnelle. Elle doit être, au contraire, orientée vers le service de D.ieu. C’est là que réside la difficulté car l’homme a une tendance naturelle à se préoccuper de son plaisir personnel plutôt que du plaisir Divin. Cependant, notre action sur les choses matérielles est nécessaire pour nous permettre d’accomplir l’intention de D.ieu. En effet, la ‘Hassidout explique que chaque élément constitutif de l’univers contient des » étincelles » Divines qui s’y trouvent cachées. Grâce à son potentiel spirituel, l’homme a la capacité de révéler cette énergie Divine qui y est investie. La ‘Hassidout désigne cette œuvre à accomplir sur le monde sous le nom hébraïque de » tsirouf – raffinement « . C’est ce même mot qui désigne la fonte du minerai. Dans ce processus, les scories sont rejetées et seul le métal précieux est retenu. Dans le même sens, notre rapport au monde exige que nous détournions notre attention des préoccupations matérielles et que nous nous concentrions sur la Divinité Qui s’y trouve.
Le mot qui désigne la France en hébreu, » Tsarfat « , a étymologiquement la même racine que le terme » tsirouf « , ce qui implique que ce pays possède un lien étroit avec un tel mode de service de D.ieu. C’est que la France incarne les deux approches qui ont été décrites plus haut : celle qui se résume à la recherche du plaisir matériel et celle qui assume la tâche de raffinement du monde et de révélation de la Divinité. A l’origine, c’est avec la première que la France était associée. Aujourd’hui, au contraire, c’est la deuxième qui y domine. Ce renversement de tendance commença avec les différentes visites qu’y fit le Rabbi Maharach (Rabbi Chmouel, le quatrième Rabbi de Loubavitch) et, plus tard et plus fréquemment, le Rabbi Rachab (Rabbi Chalom Dov Ber, le cinquième Rabbi de Loubavitch). Dans la génération suivante, le Rabbi (Précédent) ne fit pas que séjourner en France. Il y envoya des membres de sa famille en tant qu’émissaires. Cette évolution atteignit son apogée lorsque, après son installation en Amérique, il établit en France différentes branches de » Tom’hei Temimim » (la yéchiva loubavitch) ainsi que d’autres institutions éducatives.
Cette dernière étape a entraîné une révolution spirituelle, une véritable renaissance. De ce fait, de nombreux textes ‘hassidiques ainsi que des ouvrages classiques du judaïsme ont été édités en France et des milliers de Juifs venus d’autres pays y ont retrouvé leurs racines juives. Plus encore, nous voyons aujourd’hui des Juifs élevés en France et qui présentent les traits de caractère particulier de ce pays, prendre l’initiative et se consacrer à y répandre le judaïsme.
La pensée ‘hassidique explique que notre rapport au monde doit avoir une double motivation. Outre l’œuvre consistant à élever les étincelles Divines analysée plus haut, nous devons consacrer nos efforts à faire de ce monde une demeure pour D.ieu. Cet effort, qui aboutit à regarder le monde comme la » demeure de D.ieu « , constitue une ouverture vers une dimension infinie car, de même qu’un homme se montre tel qu’il est vraiment dans sa maison, ainsi D.ieu Se révèlera sans restriction dans ce monde. C’est cette dimension qui apparaîtra aux temps messianiques. Dans ce contexte, nos Sages font référence à Machia’h (le Messie) comme à » celui qui brise – Haporètz » (les barrières). Il aura pour tâche de briser les limites du monde et de révéler comme il est, en fait, la demeure de D.ieu.
Là encore, on observe un lien particulier avec la France. Les lettres qui forment son nom en hébreu, » Tsarfat « , constituent aussi, dans un ordre différent, le mot » Paratsta « . Ce mot renvoie au verset » Ouparatsta – Tu t’étendras avec force vers l’ouest, vers l’est, vers le nord et vers le sud. » La France accomplit ce verset, diffusant les sources de la ‘Hassidout dans toutes les directions et préparant ainsi le monde à l’avènement de la Délivrance. De manière significative, on relève aussi que le mot » Tsarfat » équivaut numériquement, en hébreu, à 770, l’adresse du centre de diffusion de la ‘Hassidout établi par le Rabbi (Précédent).
D’après des enseignements du Rabbi de Loubavitch, Chabbat Parchat Vayichla’h et Chabbat Parchat Vayéchèv, 16 et 23 Kislev 5752 – 23 et 30 novembre 1991
Une œuvre nouvelle
En 5789 (1989), le Rabbi avait déjà donné quelques grandes lignes de réflexion sur le même sujet. En voici la traduction.
On connaît le rapport que l’Admour Hazakène eut avec la Russie et la France. A l’époque de la guerre entre ces deux pays, l’Admour Hazakène voulut la victoire de la Russie sur la France car la situation spirituelle des Juifs, en ce qui concerne la crainte de D.ieu etc., serait meilleure sous la domination de la Russie que sous celle de la France. Nous le voyons clairement : pendant toutes les générations (depuis le Baal Chem Tov jusqu’au Rabbi [Précédent – ndt], chef de notre génération, dans les premières années de sa direction) la révélation et la diffusion de l’enseignement de la ‘Hassidout se firent précisément en Russie.
On voit donc que, après la libération de l’Admour Hazakène (des prisons tsaristes – ndt) le 19 Kislev de façon que » D.ieu a accompli des prodiges… aux yeux des princes et de tous les peuples qui se trouvent dans tous les pays du roi « , le raffinement de la France n’avait pas encore été réalisé. Elle était et restait au degré inférieur en ce qui concerne le comportement en application de la crainte de D.ieu dans le chemin de la ‘Hassidout etc.
A ce sujet, une nouveauté a été accomplie par le chef de notre génération. Avant même qu’il ne prenne la direction, il visita lui-même, agit et raffina etc. également la France. Puis, après qu’il soit sorti de Russie – après la libération des 12 et 13 Tamouz (des prisons staliniennes – ndt) – il envoya des émissaires en France, ainsi que des textes de ‘Hassidout etc. et cela continue et se renforce jusqu’à ce jour. Ainsi, nous voyons clairement, dans les dernières années, l’ampleur de l’action de diffusion des sources (de la ‘Hassidout – ndt) à l’extérieur, en France. Beaucoup de Juifs s’y sont rapprochés de la Torah et du judaïsme, se sont attachés au chef de la génération, dont c’est l’anniversaire de la libération, et étudient son enseignement au point d’être devenus » des lumières pour éclairer » par leur engagement dans la diffusion de la Torah, du judaïsme et des sources (de la ‘Hassidout – ndt) à l’extérieur et au point d’agir sur les peuples du monde, dans ce pays-là, pour qu’ils respectent les sept lois noa’hides.
Cela signifie que la libération des 12 et 13 Tamouz souligne l’action et l’influence sur les peuples du monde jusqu’au plus bas etc. (même dans un pays dont l’Admour Hazakène craignit l’influence de la domination sur la situation spirituelle des Juifs.) Ainsi se complète la préparation à la Délivrance véritable et complète où il y aura concrètement et manifestement la demeure de D.ieu en-bas, dans le degré le plus bas existant.
Ce qui a été dit reçoit un accent supplémentaire du fait que, dans cette réunion de la fête de la libération du 12 Tamouz, dans les quatre coudées de celui qui a été libéré ce jour, se trouve également un groupe de Juifs de France, qui ont été rapprochés de la Torah et des commandements comme ils sont imprégnés par le luminaire de la Torah, la ‘Hassidout, en conséquence de la nouveauté introduite par celui qui a été libéré, dans la diffusion des sources (de la ‘Hassidout – ndt) à l’extérieur.
Aussi, il est juste de les honorer en disant » lé’haïm » et un chant de joie – le chant de la France tel qu’il a été transformé en sainteté, que l’on chante avec les mots » Haadérèt Véhaémouna – La beauté et la foi à Celui Qui vit éternellement etc. » jusqu’à » Hatehila Vehatiférèt – La louange et la splendeur à Celui Qui vit éternellement « , le sens de ces mots montrant la révélation de » Celui Qui vit éternellement » dans tous les domaines du monde qui sont inclus dans les 62 lettres du » Alef » jusqu’au » Tav » par lesquelles le monde a été créé.
D.ieu veuille qu’ainsi se rajoute chez eux (ainsi que chez tous ceux qui sont réunis ici, parmi tous les Juifs où qu’ils soient) dans tout ce qui a été dit et qu’ils continuent et ajoutent encore en rentrant dans leur endroit jusqu’à ce qu’ils réalisent, dans le monde entier, la révélation de » Haadérèt Véhaémouna – La beauté et la foi à Celui Qui vit éternellement » jusqu’à » Hatehila Vehatiférèt – La louange et la splendeur à Celui Qui vit éternellement. »
Extrait d’un commentaire du Rabbi de Loubavitch, Chabbat Parchat ‘Houkat-Balak, 12 Tamouz 5749 – 15 juillet 1989