En 5552 (1791), une lourde accusation menaça la vie de l’Admour Hazakène pour avoir diffusé l’enseignement de la ‘Hassidout. Sa fille, la Rabbanit Dévora Léa, choisit alors de se substituer à lui devant le décret céleste. Ce sacrifice, raconté par le Rabbi lui-même, est devenu un enseignement transmis à chaque femme et chaque jeune fille juive.
une enfance et une jeunesse hors du commun
La Rabbanit Dévora Léa naquit à Vitebsk en 5526 (1766), fille de l’Admour Hazakène et de la Rabbanit Sterna. On raconte qu’à une époque où aucune école juive n’accueillait les filles et où l’étude de la Torah leur était généralement fermée, elle apprit seule à lire et se plongea dans l’étude du ‘Houmach. Son prénom lui venait d’une grand-tante paternelle, elle-même une femme d’une grande érudition que l’Admour Hazakène qualifiait de véritable lamdanit, versée dans le Rambam et le Talmud. La jeune Dévora Léa suivit cette voie et devint, à son tour, une femme de savoir, initiée au ‘Houmach, à la Halakha, à la Kabbale et à la ‘Hassidout, au point que sa propre grand-mère, la Rabbanit Rivka, mère de l’Admour Hazakène, devint son élève.
En 5548 (1788), elle épousa le Rav Chalom Chana Altshouler. Un an et demi plus tard environ naquit leur fils unique, celui qui deviendra le troisième Rabbi de Loubavitch, le Tséma’h Tsédek.
une bénédiction demandée face à la sentence
En 5552 (1791), une grave accusation fut portée contre l’Admour Hazakène, parce qu’il diffusait l’enseignement de la ‘Hassidout. Le verdict fut prononcé et il devait quitter ce monde. Selon la tradition, ce kitroug, cette accusation portée dans les sphères célestes, s’opposait à la révélation des secrets profonds de la Torah que l’Admour Hazakène propageait sans relâche. Pour tenter de détourner le décret, il envoya des émissaires prier sur les tombes du Baal Chem Tov et du Maguid de Mézéritch, cherchant des intercesseurs capables d’éveiller la miséricorde céleste. L’Admour Hazakène sollicita alors également la bénédiction du saint Rav Na’houm de Tchernobyl.
le dernier acte d’une fille dévouée
L’Admour Hazakène fit part de cette accusation à sa fille, la Rabbanit Dévora Léa. Elle prit alors la décision de remplacer son père. Quand arriva le soir de Roch Hachana, elle craignit que son père lui dise : « Sois inscrite et scellée pour une bonne année ». C’est donc elle qui, la première, dit à son père : « Sois inscrit et scellé pour une bonne année. Père, ne dis rien ».
Selon la tradition transmise dans les milieux ‘hassidiques, ce jour-là, après la prière de Min’ha, la Rabbanit Dévora Léa se rendit auprès du saint Aron Kodech de la petite synagogue où se tenait la famille de l’Admour Hazakène, entourée de ses proches disciples. Devant les Sifreï Torah ouverts, elle prit sur elle, en pleine conscience et par serment, d’échanger sa place contre celle de son père, afin que celui-ci demeure en vie. Elle constitua trois ‘Hassidim en Beth Din pour être témoins de cet engagement.
La Rabbanit Dévora Léa quitta ce monde pendant le jeûne de Guedalya. Avant cela, elle demanda à son père de se charger de l’éducation de son jeune fils, le Tséma’h Tsédek. L’Admour Hazakène installa effectivement l’enfant dans sa chambre et il surveilla lui-même son éducation. (Discours du Rabbi, Chabbat Parchat Vayéchev 5731 (1970))
un enseignement pour chaque femme juive
Extrait d’une causerie : comme la fille du Rabbi
Chaque récit délivre un enseignement pour le service de D.ieu, notamment quand il est relaté par un chef d’Israël, qui a, en outre, demandé de l’imprimer. Et cette leçon, cet enseignement, doivent être d’autant plus forts et puissants qu’il est nécessaire de les déduire de tout ce que l’on voit et de tout ce que l’on entend, comme le précise le Baal Chem Tov.
Il y a donc là un enseignement pour toutes les générations, pour chaque femme et chaque fille juive, notamment quand on sait que mon beau-père et maître, le Rabbi, a demandé d’imprimer cette causerie en yiddish. Or il précisa lui-même qu’il publiait des causeries et des discours dans cette langue afin que les femmes les comprennent également.
Néanmoins, quand on dit à une femme ou à une jeune fille juive que la Rabbanit Dévora Léa fit don de sa vie pour la diffusion de la ‘Hassidout et qu’elle doit en faire de même, elle s’interrogera aussitôt : quelle est donc cette comparaison ?
Il s’agit, en l’occurrence, de la fille de l’Admour Hazakène, une âme nouvelle, une âme du monde d’Atsilout, qui se trouvait ici-bas comme elle était en Atsilout. De ce fait, à la veille du Chabbat, qui est un temps de sommeil dans les sphères célestes, celui de « la torpeur de Zéer Anpin », l’Admour Hazakène s’endormait aussitôt, alors que le Rav Hillel de Paritch s’efforçait de s’endormir.
Or c’est l’Admour Hazakène qui donna naissance à la Rabbanit Dévora Léa, et la ‘Hassidout souligne le caractère saint de la conception, surtout avec la préparation qui convient. C’est lui qui l’éduqua, qui la maria, qui la guida et qui forgea son comportement. Il n’est donc pas surprenant qu’elle ait adopté une telle attitude. En revanche, comment en attendre autant de chacune ?
le canal ouvert par son sacrifice
La réponse à cette question est la suivante. La Rabbanit Dévora Léa et, de même, toutes les femmes vertueuses d’Israël ont « ouvert le canal » et frayé la voie à chaque femme et chaque jeune fille juive, afin qu’elle puisse se consacrer à la diffusion des sources de la ‘Hassidout en faisant don de sa propre personne, que ses actions soient utiles à cette diffusion.
Bien plus, ceci ajoute une force au chef de la génération, lui permet d’accomplir son œuvre et de diffuser ces sources. Certes, il est difficile de comprendre qu’une femme puisse insuffler des forces au chef de la génération. C’est pourtant ce qui arriva concrètement avec la Rabbanit Dévora Léa, et une action concrète n’a nul besoin d’être commentée.
Selon l’expression bien connue, « les opinions doivent suivre la réalité », et l’on en trouve l’équivalent à propos de notre père Avraham, qui, par le don de sa propre personne, « ouvrit le canal » de l’abnégation à chaque juif, en toutes les générations. (Discours du Rabbi, Chabbat Parchat Vayéchev 5731 (1970))
l’arbre de vie sauvé
Les ‘Hassidim mentionnaient le nom de la Rabbanit Dévora Léa, qui quitta ce monde à cette date, avec un grand respect et une profonde déférence. Tous avaient conscience que le sacrifice qu’elle avait fait de sa propre personne et sa noblesse d’esprit avaient sauvé « l’arbre de vie », le Rabbi. (Likouteï Dibbourim, tome 4, page 668)
une mémoire ravivée dans l’épreuve
Des années plus tard, lorsque l’Admour Hazakène fut arrêté une nouvelle fois, la santé de toute sa famille en fut profondément affectée. La Rabbanit, ses fils et ses filles, et jusqu’à son petit-fils le Tséma’h Tsédek, âgé de huit ans seulement, jeûnèrent chaque jour malgré leur épuisement. Des Tehilim furent récités publiquement, et la famille se rendait régulièrement au cimetière pour prier sur la tombe de la Rabbanit Dévora Léa. La Rabbanit Rivka, mère de l’Admour Hazakène, bien que très affaiblie elle-même par le jeûne, demeurait celle qui rassurait le reste de la famille par sa force d’âme et sa sérénité.
le deuil et le kaddish de l’orphelin
Pendant les sept jours du deuil qui suivirent le décès de la Rabbanit Dévora Léa, qui quitta ce monde à cette date, l’Admour Hazakène conduisit lui-même la prière, trois fois par jour, pour Cha’harit, Min’ha et Arvit. Le petit orphelin récitait alors lui-même le Kaddish. (Séfer Ha Si’hot, été 5700 (1940), page 65)
une sépulture à Liozna
La Rabbanit Dévora Léa est enterrée dans le vieux cimetière de Liozna, la ville où l’Admour Hazakène lui-même était né et où il établit longtemps le centre de son enseignement, avant que celui-ci ne se déplace plus tard vers Lyady.
Petit-fils du fondateur de la ‘Hassidout Habad et gendre de son successeur, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, le Tsema’h Tsedek, grandit à l’ombre d’un grand-père qui décela très tôt en lui une âme d’exception. Devenu, malgré lui, le troisième Rabbi de Loubavitch, il consacra sa vie à ses ‘hassidim, à l’étude et à la défense du peuple juif face aux pressions du pouvoir russe. Son histoire, faite d’humilité, de confiance absolue dans ses maîtres et d’un dévouement sans borne, demeure aujourd’hui encore une source d’inspiration.
une enfance façonnée par un grand-père visionnaire
Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson était le petit-fils de Rabbi Chnéor Zalman de Liadi, fondateur de la ‘Hassidout Habad, né de sa fille Devora Léa, et le gendre du fils de ce dernier, l’Admour Haemtsaï, Rabbi Dov Ber. Il naquit de Rabbi Chalom Chakhna le 29 Elloul 5549 (1789). Dès son plus jeune âge, il commença à étudier auprès du père de sa mère, Rabbi Chnéor Zalman, premier Admour des ‘Hassidim de Loubavitch. Ayant compris que son petit-fils était destiné à la grandeur, celui-ci se consacra entièrement à lui et veilla sur lui comme sur la prunelle de son œil, se réjouissant de ses progrès et lui transmettant le meilleur de sa Torah.
Un jour, le grand-père, auteur du Tanya, le vit jouer avec d’autres garçons. Ceux-ci avaient dressé une planche en diagonale et rivalisaient à qui parviendrait à en gravir le sommet. Chacun s’élançait, montait sur la planche, et trébuchait avant d’arriver à mi-chemin. Le petit Mendélé, lui, courut, monta sur la planche et atteignit le sommet.
Le grand-père, qui observait la scène, lui demanda alors pourquoi il avait réussi là où les autres avaient échoué. « C’est très simple, répondit l’enfant. Ils sont montés sur la planche les yeux tournés vers le bas, vers la terre ; ils ont vu à quelle hauteur ils se trouvaient, le vertige les a saisis, et ils ont trébuché. Moi, je suis monté les yeux tournés vers le haut, vers le Ciel. J’ai vu combien j’étais petit, j’ai rassemblé toutes mes forces, et je suis monté jusqu’au sommet de la planche. »
Jusqu’à son Bar Mitsva, il n’étudia que la Torah révélée ; ce n’est que sur le conseil de son grand-père qu’il entreprit ensuite l’étude de la Torah cachée. À quinze ans, son illustre aïeul lui confia diverses responsabilités au service de la communauté, lui enseignant la rigueur dans le travail : « Mendélé, disait-il, il faut travailler à être ordonné plus dur qu’à être érudit, car l’ordre est l’un des fondements de tout savoir et de toute qualité de caractère. » Le petit-fils ne déçut jamais son grand-père : dès son plus jeune âge, il rédigeait déjà des commentaires qui lui valurent les plus grands éloges. Sur son conseil, il épousa la fille de Rabbi Dov Ber, fils du Rabbi, connu parmi les ‘Hassidim sous le nom d’Admour Haemtsaï, « l’Admour intermédiaire ».
le mariage et la leçon de confiance absolue
Après son mariage, il s’installa chez son beau-père pour se consacrer à l’étude de la Torah et de la ‘Hassidout dans la sainteté et la pureté. C’est à cette époque, racontait plus tard Rabbi Mena’hem Mendel, qu’il apprit de son grand-père à placer toute sa confiance dans les Tsaddikim.
Un jour, Rabbi Chnéor Zalman lui demanda combien s’élevait sa dot. « Deux mille roubles », répondit-il. « Et qu’as-tu l’intention d’en faire ? » reprit le grand-père. « Je vais le confier à un homme riche et digne de confiance, et j’en tirerai quelque profit », répondit le petit-fils. Le grand-père répliqua : « Qu’importe qu’il soit riche aujourd’hui, il pourrait devenir pauvre demain. Je te conseille plutôt de déposer cet argent dans cette boîte de Tsedaka : le capital comme les bénéfices y seront en parfaite sécurité. »
Rabbi Mena’hem Mendel quitta néanmoins la chambre de son grand-père et confia son argent à un homme très riche et réputé digne de confiance. Quelques mois plus tard, celui-ci perdit toute sa fortune et sombra dans la pauvreté.
Lorsque le grand-père lui demanda plus tard combien il avait gagné, le petit-fils lui raconta la vérité. Le grand-père lui dit alors : « Pourquoi ne m’as-tu pas écouté quand je t’ai conseillé de donner ton argent à la Tsedaka ? Pourquoi n’as-tu pas eu davantage confiance dans les paroles de ton Rav que dans celles d’un simple juif ? » Et il poursuivit : « Un jour, en quittant Mézéritch, je me suis arrêté en chemin dans une auberge tenue par un vieil homme honnête et droit. Je lui ai demandé depuis combien de temps il y vivait : plus de cinquante ans, me répondit-il. Je lui ai demandé s’il y avait là dix juifs pour former un Minyan. Non, dit-il. Je lui ai dit : comment un juif peut-il prier toute sa vie dans la solitude, sans jamais entendre la Kedoucha ni le Barekhou ? Pourquoi ne pas vous installer en ville ? Il me répondit qu’il y trouvait sa subsistance, et qu’il ne savait que faire en ville. Je lui ai dit : si le Saint béni soit-Il nourrit tous les juifs de la ville, Il vous nourrira vous aussi. Et j’ai ajouté que j’étais l’élève de notre grand maître Rabbi Dov de Mézéritch. Une demi-heure plus tard, j’ai vu arriver des charrettes chargées de toutes sortes de biens. Je lui ai demandé ce que c’était : j’ai fait ce que le Rav m’a dit, me répondit-il. » Et le grand-père conclut à l’adresse de son petit-fils : « Considère qu’à l’époque j’étais jeune, et pourtant, dès qu’il a su que j’étais l’élève du Rabbi de Mézéritch, cet homme n’a pas hésité un instant à s’installer en ville. Et toi, quand je t’ai dit que tu risquais de perdre ton argent, tu ne m’as pas cru. »
le refus, puis l’acceptation, d’une lourde responsabilité
Après la mort de son oncle et beau-père, l’Admour Haemtsaï, il refusa d’abord d’assumer la direction des ‘Hassidim de Habad, tant cette charge lui semblait lourde : il aurait préféré demeurer un simple ‘Hassid parmi les autres. Son fils, Rabbi Chemouel, raconta à ce sujet qu’un jour, en entrant chez son père le Tsema’h Tsedek, il le trouva arpentant sa chambre, le visage marqué d’une profonde douleur. Craignant un malheur, il l’interrogea. Son père lui répondit : « Voici cinquante ans aujourd’hui que je n’ai plus assisté à une réunion de ‘Hassidim en simple participant. J’avais alors vingt ans, et le lendemain mon grand-père m’a appelé, m’a parlé du verset « à partir de vingt ans », et m’a béni afin que je réussisse dans la rédaction de commentaires de la Torah, révélée et cachée. Depuis lors, à chaque réunion où j’étais présent, on m’a honoré d’abord comme petit-fils de l’Admour, puis comme gendre de l’Admour Haemtsaï. Et depuis que j’ai pris sur moi le joug de la direction des ‘Hassidim, il y a une trentaine d’années, je n’ai plus connu la saveur d’une simple réunion de ‘Hassidim : voilà ce qui me cause tant de peine. » Et des larmes coulaient de ses yeux.
Ce fut néanmoins sous l’insistance de ses proches qu’il accepta d’assumer la responsabilité des ‘Hassidim après la mort de son beau-père. De près comme de loin, on venait boire avidement ses paroles.
un père du peuple juif et un guide halakhique
Rabbi Mena’hem Mendel se souciait profondément du sort de ses ‘Hassidim. Il acquit un terrain, fonda le village de Chtsedrin et y installa de nombreuses familles juives. Sa renommée se répandit dans le monde entier, et de tous les coins de la diaspora on lui adressait des questions. Bien que débordé de travail, il ne cessa jamais d’y répondre, et rassembla l’ensemble de ses décisions halakhiques dans son recueil de Responsa, le « Tsema’h Tsedek », en quatre volumes.
face aux autorités russes
En 5608 (1848), il fut convié à Saint-Pétersbourg à une réunion organisée par le ministre russe de l’Éducation, le prince Ouvarov, qui souhaitait convaincre les Rabbanim d’accepter que les enfants d’Israël apprennent le russe et les matières profanes. Résolu à s’opposer à cette introduction des études générales, et craignant que sa position ne lui coûte la vie, Rabbi Mena’hem Mendel emporta avec lui son linceul. Mais son mérite le protégea : il partit en paix et revint en paix.
En 5615 (1855), des adversaires le dénoncèrent aux autorités, qui placèrent sa maison sous surveillance. Il alla alors lui-même trouver le gouverneur de la région, qui lui promit de ne prêter aucune attention aux délateurs.
les dernières années et la transmission
En 5620 (1860), il tomba malade, sans jamais recouvrer la santé jusqu’à sa disparition, survenue le 13 Nissan 5626 (1866). Il avait soixante-dix-sept ans lorsque son âme le quitta, dans la ville de Loubavitch. Il avait ordonné que ne fût gravé sur sa pierre tombale aucun titre honorifique, mais seulement le fait qu’il avait contribué au repentir d’un grand nombre. Son fils, Rabbi Chemouel, le Rabbi Maharach, prit alors sa place à la tête du mouvement.
Le 15 Elloul 5657 (1897), lors du mariage de son fils, le Rabbi Rachab réunit une cinquantaine de ‘Hassidim pour annoncer la fondation d’une Yéchiva d’un genre nouveau. Il y forgea un enseignement inédit, où la rigueur analytique du Talmud et la ferveur de la ‘Hassidout ne font plus qu’un. De la Russie soviétique aux grandes métropoles occidentales, cette citadelle spirituelle a traversé les persécutions pour former, aujourd’hui encore, les Chlou’him du Rabbi à travers le monde entier.
Aux origines d’un nom
«Tom’hei Temimim» est le nom générique des Yéchivot Loubavitch à travers le monde. Il fut donné par le cinquième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Chalom Dov Ber Schneersohn, connu sous l’acronyme de «Rabbi Rachab», lors du repas de mariage de son fils, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, le 15 Elloul 5657 (1897).
À cette occasion, le Rabbi Rachab réunit un comité d’une cinquantaine de ‘Hassidim, comptant parmi les plus éminents Rabbanim et donateurs venus à Loubavitch pour honorer le mariage de son fils. Il ouvrit la séance en annonçant qu’il avait décidé de fonder une Yéchiva où les jeunes étudiants du Talmud pourraient également s’adonner à l’étude de la ‘Hassidout. Le nom de l’institution, «Tom’hei Temimim», comme celui donné à ses étudiants, les «Temimim», découlent de ce projet : que les jeunes gens étudient, selon les termes du verset, la Torah Temima, la Torah dans sa plénitude, en associant sa partie dite «révélée», le Talmud et ses commentaires, à sa partie ésotérique enseignée dans la ‘Hassidout Habad-Loubavitch.
Deux jours plus tard, le 17 Elloul, le Rabbi Rachab choisit dix-huit jeunes gens pour former la première promotion de la Yéchiva et confia au ‘Hassid Rav Chemouel Gronem Esterman le soin de les guider dans l’étude de la ‘Hassidout.
L’ordre de mission
Le lendemain, mercredi 18 Elloul, coïncidait avec l’anniversaire de la naissance de Rabbi Israël Baal Chem Tov, fondateur du mouvement ‘hassidique, et de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, l’Admour Hazakène, fondateur du ‘Hassidisme Habad-Loubavitch.
En ce jour faste pour les ‘Hassidim se tint, dans l’après-midi, un repas festif de Chéva Berakhot, les sept bénédictions récitées en l’honneur des mariés à l’issue du repas. C’est alors que le Rabbi Rachab transmit son «ordre de mission» relatif à la fondation de la Yéchiva, au nom de ses pères, les Rabbis.
Dans ses mémoires, son fils, Rabbi Yossef Its’hak, décrivit l’événement en ces termes :
À deux heures de l’après-midi se tint le repas de Chéva Berakhot. Mon père était particulièrement radieux et déclara :
«Les Juifs du monde entier savent que, le quatrième jour de la Création, le mercredi, les luminaires célestes furent suspendus. Les premier, deuxième et troisième jours, il y avait déjà le jour et la nuit ; pourtant, les luminaires ne furent placés que le quatrième jour. Aujourd’hui, le ‘Haï (18) Elloul, jour lumineux de la naissance de l’Admour Hazakène et de notre maître le Baal Chem Tov, en ce saint jour, je fonde une Yéchiva sur l’ordre et avec la bénédiction de mes saints pères, nos Rabbis. Une Yéchiva qui formera des élèves empreints de Messirout néfèch, d’abnégation, dans l’étude de la Torah, le service de D.ieu et les voies de la ‘Hassidout Habad.»
Le Rabbi Rachab prononça alors un Maamar, un profond exposé de ‘Hassidout, commentant l’enseignement des Sages selon lequel la lumière créée le premier jour permettait à Adam de voir d’un bout à l’autre de l’univers.
Le visage lumineux, il ajouta :
«Puisse la Présence divine résider dans l’œuvre de nos mains. Le quatrième jour de la Création, les luminaires célestes furent suspendus. En ce jour de ‘Haï Elloul, saint anniversaire de la naissance de notre maître le Baal Chem Tov il y a cent quatre-vingt-dix-neuf ans, à l’orée du fonctionnement de la Yéchiva, j’allume les flambeaux que notre maître le Baal Chem Tov et nos Rabbis nous ont légués, afin que s’accomplisse la promesse « Tes sources jailliront au dehors » et que se concrétise la venue du Machia’h.»
L’objectif
C’est dans le but déclaré de faire face aux bouleversements induits par les mentalités «nouvelles» qui commençaient à marquer la Russie de la fin du dix-neuvième siècle que le Rabbi Rachab fonda la Yéchiva Loubavitch en 1897, matrice du futur réseau des Yéchivot Tom’hei Temimim à travers le monde.
Le nom de l’institution reflète la volonté de son fondateur : ne pas se contenter d’enseigner et d’éduquer, mais aussi purifier et affiner le caractère, les Midoth, renforcer la volonté et élever l’âme. En un mot, former un homme intègre, sans fracture intérieure ni dispersion de soi : un Tamim.
Cette époque vit la fondation de nombreuses Yéchivot célèbres : Slobodka, Mir, Slotsk ou Telz. L’étude de la Torah se structura alors en de grands centres qui se développèrent en Lituanie et constituèrent le vaste réservoir d’érudits appelé à fournir au peuple juif ses Rabbanim.
La Yéchiva Tom’hei Temimim fut à la fois semblable aux Yéchivot lituaniennes et différente d’elles. Elle leur ressembla en adoptant la méthode analytique de l’étude talmudique en vigueur en Lituanie, mais elle s’en distingua de plusieurs manières.
Dans la vision du Rabbi Rachab, la Yéchiva Tom’hei Temimim constitue une citadelle appelée à protéger non seulement ses propres élèves, mais toute la région, toute la communauté, et jusqu’au peuple juif tout entier. Aussi ses élèves devaient-ils être prêts à mener tous les combats pour la défense de la religion juive, jusqu’au sacrifice suprême s’il le fallait. Pour être à la hauteur d’une telle mission, ils devaient être unis par une discipline intérieure, attachés les uns aux autres et tous ensemble attachés à leur maître, le Rabbi.
En 5661 (1901), cinq ans après la fondation de la Yéchiva, le Rabbi Rachab convoqua les élèves et leurs enseignants pour leur dire :
«Je contracte avec vous une alliance, avec les élèves de la Yéchiva Tom’hei Temimim qui étudient aujourd’hui dans toutes ses classes, et avec tous ceux qui y étudieront à l’avenir. Avec ceux qui sont ici présents comme avec ceux qui ne le sont pas encore, je contracte une alliance de coopération dans le dévouement absolu à l’étude d’une Torah empreinte de crainte de D.ieu et au travail du cœur, la prière, sans renoncement ni concession ; le jugement de la Torah sera souverain.»
Dès 1903, les élèves essaimaient dans la région et fondaient des annexes de la Yéchiva Tom’hei Temimim centrale. Quelques années plus tard, on trouvait des branches de Tom’hei Temimim dans toutes les régions de Russie, jusque dans des contrées reculées comme la Géorgie, l’Ouzbékistan et l’Asie mineure russe.
Depuis sa fondation, le fils et futur successeur du Rabbi Rachab, Rabbi Yossef Its’hak, en assura la direction. Investi de cette charge par son père, il supervisait l’ensemble du déroulement des études et de la vie des élèves, et l’esprit qu’il insuffla au fonctionnement des Yéchivot leur permit de croître en quantité comme en qualité.
L’esprit
Comme nous l’avons dit, là où les autres Yéchivot avaient pour objectif d’enseigner et, tout au plus, d’éduquer, les Yéchivot Tom’hei Temimim entendaient former des élèves capables de mener tous les combats pour la Torah et la foi juive, afin de protéger le peuple juif des dangers qui le menaçaient à l’époque de leur fondation, et plus encore des périls ultérieurs que les Rabbis de Loubavitch avaient pressentis.
Une autre qualité caractérise l’enseignement de Tom’hei Temimim : l’abolition de la séparation entre l’érudition, la Lomdout, et la piété, la ‘Hassidout. Dans l’optique de la ‘Hassidout Habad-Loubavitch, ce sont là deux faces d’une même médaille. Bien plus, Habad fit entrer la piété dans l’étude, afin que celle-ci ne soit pas seulement une construction intellectuelle, mais qu’elle soit aussi empreinte de sentiment ; de même, elle fit pénétrer l’étude dans la piété, de sorte que le ‘Hassidisme n’est pas uniquement un esprit et un mode de vie, mais un enseignement structuré et intelligible, aussi profond que rationnel.
L’étude de la ‘Hassidout est ainsi devenue une discipline requérant, à l’image de l’étude du Talmud, réflexion, approfondissement, remise en question, intuition et analyse. S’écartant en cela de l’étude du Moussar, la morale juive, la ‘Hassidout s’enseigne en cours sur texte et donne lieu à des débats comparables à ceux qui émaillent l’étude d’ouvrages halakhiques tels que le Ktsot Ha’hochène.
Une autre nouveauté de Tom’hei Temimim fut d’exiger une connaissance étendue de toute la Torah Orale, en plus, bien sûr, de la Torah Écrite, vécue et ressentie comme une part du service de D.ieu, dans la ferveur et l’attachement au Créateur.
Ainsi, à Tom’hei Temimim, chaque chose a sa place, mais il n’existe aucun fossé entre la prière et l’étude, entre l’étude et la ferveur, entre un cours de Choul’hane Aroukh et le chant des Nigounim. Habad est le pont qui relie l’étude analytique et rationnelle à la chaleur du cœur et à l’élévation de l’âme.
La méthode
Une telle démarche comportait pourtant un risque : que le cœur voile la pensée et que la ferveur brouille la logique. L’étude de la Halakha, la loi, exige en effet une réflexion claire et précise, propre à mener une analyse détachée et objective. Comment concilier cette rigueur avec une approche ‘hassidique qui semble lui être opposée ?
Les fondateurs de la Yéchiva Tom’hei Temimim eurent conscience de ce danger et surent le prévenir. C’est ainsi qu’ils choisirent précisément la méthode d’étude analytique en vigueur dans les Yéchivot lituaniennes : affronter la difficulté du texte, en chercher le sens véritable, étudier en profondeur l’approche des Sages du Talmud sur un sujet et s’efforcer d’en percer l’intention et l’esprit ; et, à l’inverse, rejeter toute discussion stérile, toute polémique inutile qui s’écarte de la recherche de la vérité.
Cet effacement total, conjugué à la recherche de la plénitude, propre à Habad-Loubavitch, a permis aux élèves de Tom’hei Temimim d’éviter le piège des «éclairs de génie» sans lendemain, des intuitions fallacieuses et des constructions intellectuelles hasardeuses, dénuées des fondements logiques d’un esprit honnête et rigoureux.
Ces principes ont guidé le déroulement des études à Tom’hei Temimim, sous la surveillance vigilante de ses fondateurs. Voici ce qu’écrivait le Rabbi Rachab dans le Kountress Ets ‘Haïm, publié en 5664 (1904) à l’adresse des élèves :
«L’essentiel est de s’approfondir en chaque sujet. Ainsi, chaque sentence des Sages, chacun de leurs arguments ne doivent jamais être réduits à la compréhension superficielle qu’on peut en avoir, car ils recèlent des profondeurs redoublées et exigent de grands efforts, intellectuels et physiques, ainsi qu’un esprit droit, un engagement résolu et, plus que tout, l’aspiration à la seule vérité.
Lorsque vous aurez achevé l’étude d’un sujet et que la discussion talmudique vous apparaîtra claire et ordonnée, approfondissez-en le thème général, puis analysez-le avec rigueur et vérifiez que chaque détail s’accorde à l’ensemble.
Soyez particulièrement méticuleux dans votre approche du commentaire de Rachi. Un Pilpoul menant à la vérité ne peut se faire que si l’on connaît au préalable la Halakha de façon claire et structurée. C’est à cette seule condition que ceux à qui D.ieu a donné un esprit puissant et vaste pourront débattre d’un sujet, car le débat sera alors fondé et construit, au point de permettre l’établissement de la Halakha là où elle n’avait pas encore été explicitée.»
L’étude chez Habad ne s’écarte pas seulement des débats sans fondement dans la vérité et qui n’y conduisent pas : elle rejette aussi l’étude superficielle, la simple accumulation de connaissances dépourvue de sens. Autant que l’étude des sujets eux-mêmes, leur intégration à la fois intellectuelle et émotionnelle est tenue pour fondamentale. Il existait certes des cours destinés à élargir les connaissances générales dans le Talmud, la Guirsa, mais l’essentiel résidait dans les cours d’analyse et d’approfondissement, l’Iyoun, comme dans les Yéchivot lituaniennes.
À l’inverse, l’approche ‘hassidique a permis de se prémunir contre un rapport exclusivement intellectuel aux enseignements de la Torah, dont le risque est de perdre de vue qu’ils sont ancrés dans le réel. Les ‘Hassidim Habad tiennent en effet que, si l’homme est appelé à découvrir de nouvelles profondeurs dans la Torah, la Torah, en retour, est appelée à révéler d’autant plus de profondeurs dans l’homme qui l’étudie. De là découle l’exigence de ne pas se contenter du savoir, mais de s’attacher à le mettre en pratique, aussi bien dans le domaine de la loi juive, la Halakha, que dans celui de l’intégrité du comportement, la ‘Hassidout.
L’éducation dispensée à Tom’hei Temimim était individuelle, fondée sur les aptitudes propres de chaque élève. Les Machpiim, maîtres dans l’art de sonder l’âme humaine, savaient déceler et révéler chez l’élève ses capacités, puis lui proposer un programme pour les développer dans l’esprit ‘hassidique. Ils accordaient à chaque individu autant d’égard qu’à la communauté tout entière, car chaque individu peut, et doit, exercer une influence sur elle.
Telle est l’origine de la chaleur, de la ferveur et de l’abnégation qui caractérisent l’enseignement de la Torah dans les Yéchivot Loubavitch, depuis la Russie soviétique qui leur livrait une guerre ouverte jusqu’aux grandes métropoles occidentales bercées de matérialisme, en passant par les villages arides d’Afrique du Nord.
Les temps difficiles
Durant les années noires de la Première Guerre mondiale, les ‘Hassidim Habad continuèrent de fonder des branches de la Yéchiva Tom’hei Temimim dans différentes villes. Cette entreprise se poursuivit après la prise du pouvoir par les bolcheviques en 1917. Bientôt, la sinistre Yevsektsya, la section juive du parti communiste qui s’était donné pour but de détruire la religion juive en Russie, se mit à persécuter les Yéchivot, notamment au moyen d’espions juifs. Les ‘Hassidim entrèrent alors dans la clandestinité et continuèrent de faire fonctionner les Yéchivot existantes comme d’en fonder de nouvelles, dont les lieux demeuraient secrets.
En ce temps-là, le «Joint» américain eut à cœur de soutenir les Yéchivot Tom’hei Temimim dans leur détresse, allouant, à l’initiative du Dr I. Rosen, 50 000 dollars par an aux institutions religieuses dirigées par le Rabbi de Loubavitch, somme considérable pour l’époque.
Lorsque Rabbi Chalom Dov Ber Schneersohn quitta ce monde en 1920, son fils Rabbi Yossef Its’hak, le Rabbi précédent, lui succéda, à une époque où la Yevsektsya déployait tous ses efforts pour combattre le judaïsme. Sous sa direction, l’œuvre éducative de Loubavitch s’amplifia et s’étendit à toutes les couches de la communauté juive, y compris les Juifs les plus éloignés de l’étude et de la pratique, ajoutant à l’enseignement du Talmud aux adolescents l’éducation des jeunes enfants.
Rabbi Yossef Its’hak et ses ‘Hassidim fondèrent des dizaines de ‘Hadarim clandestins, dont les maîtres étaient les aînés parmi les élèves des Yéchivot. L’étude se déroulait souvent dans des caves ou des entrepôts. Maîtres et élèves préféraient risquer la prison, le Goulag, voire leur vie, plutôt que de se soumettre, et le gouvernement bolchevique le savait. Grâce à leurs efforts, les sept années allant de 1920 à 1927 furent, contre toute attente, des années fastes pour l’éducation juive en Russie.
En 1927, toutefois, les dirigeants de la Yevsektsya décidèrent d’éradiquer totalement et définitivement l’éducation religieuse en Russie. Sachant que Rabbi Yossef Its’hak était à la tête de cette entreprise, ils firent savoir à la police secrète du régime, la G.P.U., qu’il se livrait à des activités «contre-révolutionnaires». Rabbi Yossef Its’hak fut ainsi arrêté et condamné à la peine capitale. Mais un grand miracle, manifeste aux yeux du monde entier, se produisit : ceux-là mêmes qui l’avaient arrêté furent contraints de le libérer.
Rabbi Yossef Its’hak dut alors quitter la Russie pour la Lettonie, puis la Pologne, avant de gagner, dix ans plus tard, l’Amérique. Tout en établissant de nouvelles branches de Tom’hei Temimim en Europe et en Amérique, il continua de diriger depuis l’étranger le réseau clandestin d’Union soviétique, qui poursuivit son œuvre jusqu’à la chute du régime communiste totalitaire.
Tom’hei Temimim aujourd’hui
Aujourd’hui, des dizaines de branches de Tom’hei Temimim, à travers le monde entier, enseignent le Talmud et la ‘Hassidout et forment les futurs Chlou’him du Rabbi.
Loin de la communauté hassidique réfugiée à Samarcande, une poignée de familles Loubavitch se retrouva par hasard à Alma Ata, tout près du lieu d’exil de Rav Lévi Its’hak Schneerson. Le jeune Leibel Raskin, âgé de onze ans, y vécut les derniers mois du père du Rabbi, jusqu’à sa maladie et son décès. Quelques semaines plus tard, son propre père payait d’une nuit de torture et de sa barbe rasée le refus de livrer les siens.
Rav Leibel Raskin, de regrettée mémoire, Chalia’h du Rabbi au Maroc, n’avait que onze ans lorsque sa famille arriva à Alma Ata et mérita de côtoyer le père du Rabbi. Voici le récit de ces années, tel qu’il l’a transmis.
La libération de Rav Lévi Its’hak
C’est en 5704 (1944) que fut enfin découvert le lieu d’exil du Rav de Yekaterinoslav, Rav Lévi Its’hak Schneerson : il se trouvait au village de Chieli, au Kazakhstan, où il purgeait cinq années de relégation qui devaient s’achever en février ou en mars de cette année-là.
Selon la loi soviétique de l’époque, quiconque avait accompli une peine de cinq ans de bannissement devait en purger cinq de plus. Le cas de Rav Lévi Its’hak risquant de tomber sous cette disposition, il devenait vital d’aménager sa peine avant son terme, afin qu’il pût quitter au plus vite son lieu d’exil. La grande majorité des ‘Hassidim se trouvaient alors à Samarcande, où ils avaient été évacués devant l’avancée de l’armée nazie à l’ouest.
Seules quelques familles, dont la nôtre, s’étaient retrouvées à Alma Ata, relativement près de Chieli. Mon père m’a confié avoir compris, plus tard, que la véritable raison de notre présence à Alma Ata, et non à Samarcande avec les autres ‘Hassidim, tenait à la hachga’ha pratit, la Providence divine : il s’agissait de venir en aide à Rav Lévi Its’hak.
Alma Ata était une très grande ville, qui comptait à l’époque plus d’un million d’habitants. Quand on parcourait ses rues, on n’y croisait presque que des femmes, tous les hommes ayant été mobilisés au front. Tous mes frères avaient atteint l’âge du service militaire, et mon père était lui aussi mobilisable. C’est uniquement grâce à la bénédiction du Précédent Rabbi qu’il avait réussi à échapper à l’appel. Nous avons connu à Alma Ata deux frères, Hirshel et Mendel Rabinovitch.
Mendel avait servi dans l’armée et avait été blessé à la guerre. Il continuait de porter son uniforme militaire, ce qui lui valait bien des droits refusés aux simples civils. Son frère et lui vouaient un dévouement sans limite à Rav Lévi Its’hak, et c’est Mendel qui prépara tout pour le délivrer. Pendant Pessa’h, il fit le voyage jusqu’à Chieli et, une fois sur place, obtint sa libération dès le lendemain de Yom Tov.
À Isrou ‘Hag, le lendemain de la fête, ils voyagèrent ensemble jusqu’à Alma Ata. Notre famille, avec d’autres familles Loubavitch, était venue à la gare accueillir Rav Lévi Its’hak et la Rabbanit Hannah. À nous, les enfants, nos parents expliquèrent qu’il s’agissait du descendant du Tséma’h Tsédek et du mé’houtane du Rabbi, puisque le fils de Rav Lévi Its’hak avait épousé la fille de Rabbi Yossef Its’hak. Depuis notre plus tendre enfance, nous connaissions le Précédent Rabbi, et prononcions souvent ce souhait : Lé’haïm, der Rebbe zol sein gezunt, que le Rabbi soit en bonne santé !
Dès leur arrivée, un appartement fut loué pour eux. Hirshel Rabinovitch fut parmi les plus actifs à leur porter secours, mais les autres Loubavitch n’étaient pas en reste. Notre famille, mes sœurs et mes frères, était particulièrement proche du Rav.
Le message de Matan Torah
À cette époque, Rav Lévi Its’hak pouvait s’asseoir et parler durant des heures. Il prenait parfois pour exemple le prénom de l’un d’entre nous et en expliquait la signification profonde, avec la guematria, la valeur numérique, et bien d’autres choses encore. Mais, comme j’étais encore jeune, je ne saisissais pas toutes ses paroles.
Une fois, pourtant, j’ai parfaitement compris son enseignement. Nous avions à Alma Ata une synagogue aménagée dans une cave, et je me souviens que Rav Lévi Its’hak y était venu prier à Chavouot. Il récita Akdamout, ce qui se grava dans ma mémoire, car ma famille suivait scrupuleusement les min’haguim Habad et ne le récitait donc jamais. Plus tard, j’ai appris que le Rabbi lui-même le récitait à chaque Chavouot.
Rav Lévi Its’hak prononça ensuite une dracha, un discours que même nous, jeunes enfants, étions capables de comprendre. Outre moi-même, il y avait alors à Alma Ata quelques petits enfants, dont Guedalia Zeideh, petit-fils du Shpoler Zeideh.
Rav Lévi Its’hak parla de Matan Torah, le don de la Torah, s’adressant surtout aux enfants. Il insistait : jamais nous ne devions nous laisser impressionner par notre environnement, mais grandir dans le Limoud Torah, l’étude de la Torah, et dans l’observance des Mitsvot, sans craindre quiconque. Notre volonté devait être celle du Aibershter, du Très-Haut. Ses paroles étaient limpides, et il exposait chacune de ses pensées avec clarté. Vu mon jeune âge, je ne me souviens pas de tout dans le détail, mais le message principal demeure : nous devions nous conduire de telle sorte que même notre crainte du gouvernement n’entravât pas nos actes.
Le lendemain de Chavouot, on diagnostiqua sa maladie qui, à notre grand désespoir, empira de jour en jour. Je me souviens que mes frères lui rendaient visite chaque jour pour l’aider à mettre les Téfilines.
Son décès survint le Kaf Mena’hem Av, le vingt Av, alors qu’il n’était âgé que de soixante-six ans. Il fallut chercher aussitôt un endroit où l’inhumer, et mon père fut chargé de trouver une place au cimetière. Il y acheta six places, puis, plus tard, une quantité considérable de métal, véritable exploit en temps de guerre, afin de dresser une barrière autour du kever, la tombe, et d’en faire une sorte de Ohel. Pendant la levaya, l’inhumation, je revois mon père accomplir la queri’ah, la déchirure faite sur un vêtement en signe de deuil, et prévenir tous ceux qui voulaient toucher le cercueil qu’ils devaient d’abord se rendre au Mikvé.
Une nuit avec le KGB
Après la Histalkout de Rav Lévi Its’hak, les familles Loubavitch d’Alma Ata « méritèrent » un invité d’honneur régulier : chaque semaine, un informateur du KGB assistait à notre Chabbat.
Mon père étant mohel, il lui arrivait souvent de pratiquer clandestinement la Brit-Milah sur des enfants déjà âgés d’un an ou deux. Quelques semaines après la Histalkout, un homme se présenta à lui et le pria de circoncire son fils de deux ans. Mon père accepta et quitta la maison avec ses instruments.
Le soir, six heures sonnèrent, puis sept, et mon père n’était toujours pas rentré. À dix heures, puis à minuit, nous avons commencé à le chercher dans les rues. Ce n’est que vers six heures du matin qu’il rentra enfin. Il était méconnaissable : durant toute son absence, il était resté pieds et poings liés, et l’on avait rasé sa barbe. Nous ne l’avons reconnu qu’à sa voix.
Il nous raconta alors qu’en descendant du tramway, il avait été abordé par un homme sorti d’une voiture, qui l’accusait à grands cris d’avoir commis un vol dans un jardin d’enfants. Mon père eut beau protester qu’il n’avait rien à voir avec un quelconque jardin d’enfants, l’homme le contraignit à monter dans le véhicule. On l’emmena au quartier général de la NKVD, où on l’enferma dans une cellule.
Au milieu de la nuit, il fut appelé à l’interrogatoire. « Raskin, qu’as-tu encore fait ? Qu’est-ce que tu nous amènes là, encore une histoire de Schneerson ? » lui lança-t-on. On était pourtant près de dix-sept ans après le départ de Russie du Précédent Rabbi. « Nous pensions être débarrassés de lui : le voilà déjà en Amérique, et voici que tu nous apportes un autre Schneerson, avec toutes ces histoires de Schneerson ! » Puis ils répétèrent mot pour mot la dracha que Rav Lévi Its’hak avait prononcée à Chavouot, tout ce qu’il avait dit sur le Hinoukh, l’éducation, sur Chabbat et sur la Cacherout.
Mon père nous raconta qu’ils l’avaient torturé toute la nuit. Après chaque heure, il avait droit à une demi-heure de répit ; mais dès qu’il s’endormait, on le réveillait pour tenter de lui arracher les noms des gens de son entourage.
Vers l’aube, un individu d’allure juive entra dans la salle : « Her zich ein, nous allons te laisser repartir, à une condition : tu signes ce papier par lequel tu t’engages à ne jamais révéler ce dont nous avons parlé ici. De plus, tu dois devenir l’un des nôtres. Si tu signes, tu rentres chez toi. »
Deux semaines après sa libération, mon père se dissimula le visage sous un foulard, ôta ses lunettes et s’enfuit à Moscou avec ma sœur. Le reste de la famille demeura à Alma Ata jusqu’en Tévet 5705 (1945).
Dans la Russie soviétique où la moindre étincelle de vie juive pouvait conduire au goulag, un homme refusa de plier. Père du Rabbi de Loubavitch, Rav Lévi Its’hak Schneerson affronta la G.P.U., défia le pouvoir de Staline pour la cacherout des Matsot et ne signa jamais l’acte de son inculpation. Exilé au fin fond du Kazakhstan, il y donna sa vie pour le Judaïsme sans renoncer à un seul de ses principes.
Le Rabbi précédent de Loubavitch, Rabbi Yossef Its’hak, disait de lui : « Rav Lévi Its’hak, outre qu’il était un génie dans la Torah révélée et un véritable savant en Kabbale et en ‘Hassidout Habad, était un homme doté d’une crainte de D.ieu extraordinaire et d’immenses qualités morales. » Ces quelques mots, prononcés par celui qui pesait chaque expression, suffisent à esquisser la stature d’une figure exceptionnelle, dont le nom demeure à jamais lié au combat pour la survie du Judaïsme sous le joug communiste.
Les années à Nikolaïev
Rav Lévi Its’hak Schneerson, de bénie mémoire, naquit le 18 Nissan 5638 (1878) dans la ville de Podrovska, en Russie Blanche. On lui donna le nom de son grand-père Rav Lévi Its’hak, petit-fils du Tséma’h-Tsédek, troisième Rabbi de Loubavitch.
Durant sa jeunesse, il étudia la Torah auprès de son oncle, le Rav de la ville, Rav Yoël ‘Haikin. Il se distingua rapidement par des capacités hors du commun et une immense connaissance de la Torah. Il reçut la Smikha, l’ordination rabbinique, des mains de douze éminentes autorités, parmi lesquelles Rav ‘Haim de Brisk, qui déclara : « Si Rav Lévi Its’hak était mis en balance avec une pleine poignée d’or, la balance pencherait de son côté. »
Le 13 Sivan 5660 (1900), suivant le conseil du Rabbi Rachab, il épousa la Rabbanit ‘Hanna, fille du gaon Rav Meïr Chlomo Yanovski, Rav de Nikolaïev. Après son mariage, il se consacra à l’étude de la Torah auprès de son beau-père, qui lui portait la plus haute estime. Le Rav C. Grossman rapporte à ce sujet : « Le jeune Rav Lévi Its’hak s’installa auprès de son beau-père et sa bouche ne cessait d’étudier. Il avait coutume d’étudier dix-huit heures par jour et n’allait dormir qu’à cinq heures du matin, après avoir récité le Chema du matin avec les Téfilines. À neuf heures, il avait déjà prié avec la communauté. »
La considération de son beau-père transparaît dans ce récit de son neveu, Rav Avraham David Yanovski : « Un jour, un envoyé vint annoncer à Rav Meïr Chlomo que Rav Lévi Its’hak était atteint d’une pneumonie qui le clouait au lit. À ces mots, le visage de Rav Meïr Chlomo s’enflamma, et il déclara : « Si, à D.ieu ne plaise, un mauvais décret devait le menacer, je souhaiterais prendre sa place. » »
C’est durant cette période que naquit leur fils aîné, qui allait devenir le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, le 11 Nissan 5662 (1902), suivi de Dov Ber, que D.ieu venge son sang, et d’Israël Arié Leib, de bénie mémoire.
Rav de Yekatrinoslav
La ville de Yekatrinoslav, aujourd’hui Dniepropetrovsk, est intimement liée à la personnalité exceptionnelle de Rav Lévi Its’hak, que l’on avait coutume d’appeler Reb Lévik. C’est en effet dans cette ville qu’il exerça durant de longues années la fonction de Rav, jusqu’au jour où il en fut exilé par le pouvoir communiste.
Un bref aperçu historique éclaire ce choix. Yekatrinoslav fut fondée en 5538 (1778) dans le sud de l’Ukraine et reçut le nom de la reine Catherine, qu’elle conserva jusqu’en 5686 (1926), lorsque le pouvoir communiste le changea en Dniepropetrovsk, du nom du dirigeant Petrovski. Le premier Juif, Rav Chlomo Stanislavski, s’y installa en 5544 (1784). En 5565 (1805), la ville comptait déjà 880 Juifs, puis 41 240 en 5637 (1877), soit 37 % de sa population.
Les Juifs y connurent une période de prospérité jusqu’à l’avènement du tsar Alexandre III, où leurs rapports avec la population commencèrent à se détériorer. En 5644 (juillet 1884), à la suite d’une dénonciation calomnieuse accusant un marchand d’avoir tué un enfant non juif, éclatèrent des pogroms : la foule pilla, tua et détruisit tout sur son passage, et ce n’est qu’au prix de longs efforts que les autorités rétablirent le calme. L’arrivée du tsar Nicolas II ne changea rien. On dénombrait alors dans la ville quelque cinquante mille Juifs, douze synagogues, une Yéchiva, des Talmud-Torah et seize écoles juives. La défaite de la Russie face au Japon plongea le pays dans la misère, et c’est précisément à ce moment, en juillet 1905, que la haine resurgit : de nouveaux pogroms firent 100 morts, 200 blessés et détruisirent plus de 300 magasins et demeures juives. La peur s’installa, beaucoup quittèrent la ville, tandis que le tsar se contentait d’acquitter les paysans pourtant reconnus coupables par les tribunaux. Sur le plan spirituel aussi, les conséquences se firent sentir, les autorités limitant l’accès aux écoles juives.
C’est pour faire face à ces persécutions et à ces discriminations grandissantes que Rav Lévi Its’hak fut désigné comme Rav de Yekatrinoslav. Ceux qui firent ce choix savaient que seule une personnalité de sa trempe pouvait affronter une telle situation.
Un homme d’action pour sa foi
Rav Lévi Its’hak accéda à cette fonction à l’âge de trente-deux ans, non sans opposition. Le choix d’un Rav ‘hassidique suscita l’hostilité des Mitnagdim, opposants à la ‘Hassidout, qui espéraient voir triompher leur propre candidat et allèrent jusqu’à porter de fausses accusations auprès du gouvernement. À la suite d’un long entretien avec un dirigeant sioniste influent, Rav Lévi Its’hak reçut néanmoins l’appui de ses amis, malgré leurs divergences, et fut finalement élu Rav de la ville, partageant d’abord cette charge avec le Rav Gelman, candidat des Mitnagdim. En 1921, au décès de ce dernier, il assuma seul la fonction.
Conscient de ses responsabilités, il fit preuve de la plus grande vigueur, affrontant les plus graves dangers sans craindre personne. Plusieurs témoignages en attestent.
La réunion annulée
Lorsque l’hostilité des communistes à la religion atteignit son apogée et fut connue du monde entier, le pape appela au boycott du gouvernement soviétique. Malgré sa cruauté, le régime tenait à soigner son image et mit tout en œuvre pour contrer cette initiative. Il décida notamment de rassembler trente-deux Rabbanim et de leur faire signer une déclaration affirmant que l’annonce du pape n’était qu’un mensonge et qu’il n’existait en Russie aucune entrave à la religion. Après avoir obtenu la signature de Rabbanim de Russie, les dirigeants voulurent organiser une réunion semblable avec les Rabbanim d’Ukraine. Parmi les invités figurait le Rav de Yekatrinoslav, Rav Lévi Its’hak. Mais on connaissait sa force de caractère, et l’on savait qu’une simple invitation ne suffirait pas.
Le dirigeant de la G.P.U. en personne le convia donc à un entretien en tête-à-tête, lui exposant l’importance d’une telle réunion et le bénéfice qu’en tirerait le gouvernement aux yeux du monde. Il lui offrit même un billet de première classe pour se rendre dans la ville où elle aurait lieu. Rav Lévi Its’hak le remercia de sa bonne intention, mais déclina, expliquant qu’il s’y rendrait par ses propres moyens. Le général, ne s’attendant pas à un tel affront, dissimula difficilement sa colère.
Le jour venu, Rav Lévi Its’hak se rendit au lieu convenu et fit la connaissance des Rabbanim invités. D’emblée, tous soupçonnèrent la présence d’un espion parmi eux et s’abstinrent de converser. Rav Lévi Its’hak se leva alors et fit part ouvertement de son avis : « Il est interdit de signer une déclaration mensongère. » La réunion se prolongea plusieurs jours, durant lesquels il ne cessa d’insister sur la gravité d’un tel acte. Le ministre de l’Éducation, prenant conscience de son influence, le convoqua et le mit en garde contre le danger d’une telle entrave au bien-être du gouvernement. En vain : Rav Lévi Its’hak maintint fermement sa position et finit par convaincre les autres Rabbanim de ne pas signer. Les autorités durent renoncer à leur projet.
Durant cette réunion, Rav Lévi Its’hak apprit qu’une personnalité devait voyager hors de Russie. Il lui demanda de diffuser dans tous les journaux le combat des autorités contre les Rabbanim. L’envoyé s’acquitta de sa mission, et la nouvelle parut dans la presse libre. On put même y voir une caricature représentant un policier russe, pistolet au poing, forçant un Rav à signer un document.
Le problème de la foi
L’année de son emprisonnement, avant la fête de Pessa’h, les autorités distribuèrent un questionnaire à remplir par chaque citoyen. L’une des questions concernait la foi : chacun devait déclarer s’il croyait ou non en D.ieu. Voyant que de nombreux Juifs craignaient de répondre par l’affirmative, Rav Lévi Its’hak affirma devant toute l’assemblée de la synagogue qu’il était interdit à tout Juif de ne pas répondre correctement : « Celui qui répond par la négative nie la royauté divine. » Les fidèles s’en inquiétèrent, certains de la présence d’un espion prêt à rapporter ces paroles à la G.P.U.
L’impact fut tel que l’un des fidèles, occupant d’importantes fonctions et dont l’épouse avait nié en son nom la croyance en D.ieu, se rendit au bureau des autorités, demanda à revoir le questionnaire, expliqua que sa femme avait menti et corrigea sa réponse. La police, informée par un espion, y trouva une raison suffisante pour arrêter le Rav. Interrogé plus tard à ce sujet, il répondit, comme le rapporte la Rabbanit ‘Hanna : « Les autorités veulent une réponse exacte ; puisque de nombreux Juifs répondaient par la négative de peur de perdre leur travail, je les ai encouragés à répondre correctement. »
Les matsot surveillées
Le 18 Nissan 5743 (1983), lors d’une réunion des Tsivot Hachem, le Rabbi raconta :
« Le 18 Nissan est l’anniversaire de mon père. Je veux relater à son sujet une histoire qui, pour diverses raisons, ne fut guère diffusée. Elle enseigne jusqu’où peut aller un Juif qui décide de tenir fermement et de s’attacher à accomplir la volonté de D.ieu. Elle concerne la farine et les Matsot de Pessa’h.
C’était durant les années du pouvoir soviétique, où tout le commerce était aux mains du gouvernement. Même les moulins et les manufactures centrales où l’on cuisait les Matsot appartenaient aux autorités et fonctionnaient sous la surveillance de leurs représentants. Comme la ville où mon père était Rav se trouvait dans le sud de la Russie, contrée qui produisait l’essentiel du blé du pays, la certification de la cacherout de la farine relevait depuis quelques années de son autorité. Chaque fois qu’il fallait attester qu’une farine avait été moulue sous stricte surveillance et convenait à la cuisson des Matsot, on se tournait vers lui, et il délivrait le certificat après avoir placé dans les moulins des surveillants veillant à ce que la farine n’entrât jamais en contact avec l’eau.
Sachant qu’ils auraient de nouveau besoin de son certificat, les responsables vinrent lui rappeler que la farine appartenait au gouvernement : un refus de sa part, qui empêcherait la vente d’une partie de la marchandise, équivaudrait à un combat ouvert contre l’État, à qui profitaient ces recettes, particulièrement élevées à Pessa’h. Mon père répondit que, si on lui permettait de placer ses surveillants et que les ouvriers suivaient leurs instructions, de sorte que la farine fût produite selon la loi juive, il donnerait certainement le certificat ; mais que, dans le cas contraire, il ne le donnerait pas et informerait tout le monde que cette farine n’avait pas reçu son approbation.
On lui répondit qu’on l’autoriserait à placer ses surveillants, à condition que toute la production fût agréée ; sinon, il devait savoir qu’il partait en guerre ouverte contre le gouvernement. Il rétorqua qu’il se rendrait à Moscou, auprès du dirigeant Kalinine, pour lui expliquer qu’il était impossible d’attester une farine non cachère : s’ils voulaient l’en punir, ils le pourraient, mais certifier une farine non cachère pour la Matsa était contraire à la loi juive et à la volonté de D.ieu. On tenta encore de le menacer, mais l’on comprit qu’on ne le ferait pas changer d’avis. L’affaire remonta jusqu’à Kalinine ou à ses conseillers, qui décidèrent finalement que, partout où l’on prendrait de la farine pour cuire les Matsot de Pessa’h, il faudrait le certificat de cacherout et l’on autoriserait la présence de surveillants.
Cette année-là et les suivantes, partout, on cuisit des Matsot cachères pour Pessa’h, sur l’ordre même des autorités soviétiques. Tout ceci nous enseigne, même aux enfants, que si l’on tient ferme au nom de D.ieu qui a créé le Ciel et la Terre, et qu’un Juif n’accomplit rien de contraire à Sa volonté ni au Choul’hane Aroukh, même lorsque le gouvernement affirme le contraire, on finit par réussir. Bien plus, c’est le gouvernement lui-même qui ordonna de placer partout des surveillants compétents.
Certes, tout le monde n’a pas une telle force ; mais tout le monde n’a pas non plus à affronter un régime dominant un pays de deux cents millions d’âmes. Ce que chacun doit faire, c’est seulement tenir ferme contre son propre mauvais penchant. Et lorsque celui-ci tente de le convaincre que les non-Juifs ne laisseront pas un enfant juif se conduire comme il se doit, il doit lui répondre qu’il s’agit là d’un mensonge grossier. Puisqu’il avance avec la force de D.ieu qui se tient à ses côtés, il triomphera de tous les obstacles et obtiendra, comme en ces jours-là, un Pessa’h cacher et joyeux. Puissions-nous, nous aussi, connaître un Pessa’h cacher et joyeux, et qu’à travers notre fermeté se révèle que toute l’année sera cachère et joyeuse, une année de délivrance rapide, la délivrance du Machia’h, très bientôt et de nos jours. »
L’une des raisons de son arrestation et de son exil fut précisément d’avoir déclaré publiquement, une année, à la suite de fraudes dans la fabrication des Matsot, que celles vendues par le gouvernement devaient être considérées comme du véritable ‘Hamets, qu’aucun Juif ne pouvait introduire chez lui. Nombre d’autres récits reflètent la même personnalité : il célébrait des mariages, pratiquait des Brit-mila, construisait des Mikvés dans le plus grand secret, malgré la menace constante des autorités. Chacun de ses actes comportait de terribles dangers, car il était sans cesse espionné et risquait à tout instant d’être arrêté.
Une personnalité exceptionnelle
L’une des qualités les plus remarquables de Rav Lévi Its’hak était sa profonde humilité. Ses proches le désignaient simplement par le surnom « Lévik », sans aucun titre. Le Rav Sassonkin l’explique ainsi : « Son nom le précédait. Tous savaient que « Lévik », car c’est ainsi qu’on l’appelait à Loubavitch, était un grand sage aussi bien dans le Talmud que dans la ‘Hassidout. Nos Sages enseignent que le titre de Rabbi surpasse celui de Rav, que celui de Rabban surpasse celui de Rabbi, et que le nom seul surpasse encore celui de Rabban, car les maîtres des premières générations étaient si grands qu’on ne leur ajoutait aucun qualificatif, tels Hillel ou Chamaï. Telle était sa stature : le seul nom « Lévik » évoquait une sagesse extraordinaire dans tous les domaines, celle du Talmud, celle de la ‘Hassidout Habad, celle de la Kabbale. »
De sa bouche sortaient des pierres précieuses. À l’image d’une source, lorsqu’il commençait à parler, rien ne pouvait l’arrêter : toutes les profondeurs de la Torah jaillissaient et émerveillaient ses auditeurs. Le Rav Sassonkin poursuit : « Un jour, on l’invita à donner un cours de Guemara dans une grande synagogue. Dès qu’on apprit que le Rav Schneerson enseignerait, une vaste assemblée de sages accourut. Il expliqua la page avec une profondeur exceptionnelle et illumina les regards ; tous restèrent bouche bée devant la simplicité avec laquelle il dévoilait des sommets. Une autre fois, j’assistai à son cours de Tanya : il émerveilla chacun, tant sa compréhension de la ‘Hassidout Habad était profonde. »
« Il est impossible de décrire le plaisir que nous procura son passage à Leningrad », témoigne le Rav Zalman Duchman. « Nous lui rendions visite presque chaque soir, et il nous expliquait les Midrachim selon la ‘Hassidout. » Le célèbre Rav Its’hak « Matmid » disait de lui : « Il détient des forces qui proviennent de l’Admour Hazaken », Rabbi Chnéour Zalman, premier Rabbi de Loubavitch.
Il s’entretenait chaleureusement avec chacun, et nombreux étaient ceux qui recherchaient sa compagnie. La Rabbanit ‘Hanna raconte : « Nous voyagions un jour en train hors du pays. À Varsovie, un écrivain célèbre monta dans notre wagon et s’assit près du Rav. Leur conversation porta sur le Judaïsme, la ‘Hassidout, les Admourim. Il fit une telle impression par ses récits que les voyageurs juifs des autres wagons se rassemblèrent autour de lui, oubliant leur sommeil pour l’écouter. »
Sa force ne tenait pas seulement à sa parole : il passait aussi de longues heures à rédiger ses explications dans tous les domaines de la Torah. Son neveu, le Rav ‘Haim Leib Itkin, rapporte un fait troublant : « Mes parents habitaient à cinq heures de Yekatrinoslav. À l’issue d’un Chabbat, je discutai longuement avec mon oncle. À neuf heures, je voulus prendre congé, mais il m’en empêcha : « Tu as ton billet ; pourquoi te hâter ? » Je restai encore une demi-heure, tentai de nouveau de partir, et il m’arrêta encore. À dix heures et demie, n’y tenant plus, je partis sans sa permission. Arrivé à la gare, il ne restait que trois minutes avant le départ, mais le train ne partit pas : retardé, il ne s’ébranla que le lendemain. Je compris alors ses instances répétées, et depuis ce jour je sus l’estimer autrement, car ses yeux voyaient loin, tout en gardant ce don à l’abri des regards. »
Son apparence même attirait les cœurs : son visage, sa mise et sa démarche reflétaient sa splendeur, son regard était perçant, et ses traits respiraient la sagesse. On raconte que, lorsqu’il se rendait à la synagogue, les passants s’arrêtaient pour le contempler ; même les non-Juifs témoignaient le plus grand respect au Rav de la communauté et s’écartaient pour le laisser passer.
Ses écrits
Beaucoup de géants du peuple juif rédigèrent leurs explications de la Torah, mais rares sont ceux qui ouvrirent une voie nouvelle dans sa compréhension. Rav Lévi Its’hak fut de ceux-là : il traça un chemin inédit reliant le remez et le sod, le sens allusif et la dimension ésotérique de la Torah, et composa de nombreux écrits sur ses parties révélée et cachée.
Malheureusement, tous ces manuscrits furent perdus. D’abord confisqués par le gouvernement, puis restitués, ils disparurent lors de la destruction de la ville par les nazis. Les rares livres qui nous sont parvenus sont le fruit du dévouement de la Rabbanit ‘Hanna. Lors de son exil à Tchiali, elle emporta les ouvrages saints les plus précieux. En exil, faute de nécessaire pour écrire, c’est elle encore qui fabriqua de l’encre à partir de plantes ; c’est grâce à cette encre qu’il rédigea ses notes dans les marges des livres, condensant à l’extrême, en raison de ces conditions misérables, l’expression de ses pensées.
Cinq de ses ouvrages ont depuis été imprimés à partir de ces manuscrits, réunis sous le titre Likoutei Lévi Its’hak : ses notes sur le Tanya ; ses notes sur le Zohar pour Béréchit ; ses notes sur le Zohar pour Chemot et Devarim ; ses ‘Hidouchim et Biourim sur le Chass, la Michna et la Guemara ; enfin ses commentaires sur les versets du Tanakh et les paroles de nos Sages, auxquels s’ajoutent plusieurs de ses lettres.
L’arrestation
Un mois avant son arrestation, deux hommes rôdaient déjà de manière insolite autour de sa maison. Dans la nuit du 9 Nissan 5699 (1939), à trois heures du matin, on frappa à la porte. La Rabbanit ‘Hanna alla ouvrir : quatre hommes du N.K.V.D. se tenaient devant elle. « Où est le Rav Schneerson ? » Avant même qu’elle pût prévenir son mari, ils firent irruption, bloquèrent toutes les issues, et le plus grand d’entre eux présenta au Rav l’ordre d’arrestation. Ils fouillèrent alors tous les livres et manuscrits, sans en épargner un seul, et en emportèrent une grande partie. Leur tâche accomplie, l’homme dit au Rav : « Rav, habille-toi et suis-nous. » Comprenant qu’il ne passerait pas Pessa’h chez lui, il voulut emporter des Matsot ; on le lui refusa.
Le motif invoqué était le suivant : « Sous couvert d’activité religieuse, Schneerson appartient à un organisme antisoviétique nourri de diffamation et de défaitisme. Par le lien qu’il entretient avec son fils, agent important des renseignements de Pologne, et avec un proche parent, le Grand Rabbin de Riga, il enrôle des hommes pour le mouvement clandestin antisoviétique et est soupçonné d’espionnage. Il exploite son discours hebdomadaire à la synagogue pour parler contre le gouvernement et ses dirigeants, et organise une aide matérielle importante en faveur des ennemis du régime. »
À la Rabbanit ‘Hanna, qui demandait où l’on emmenait son mari, on répondit qu’elle devrait se présenter le lendemain aux bureaux du N.K.V.D. Elle comprit vite qu’on la trompait : à toutes ses questions, une seule réponse revenait, « Il n’est pas là, impossible de lui transmettre quoi que ce soit. » Ce n’est que cinq mois plus tard qu’elle apprit qu’au lendemain même de son arrestation, il avait été transféré à Kiev.
Le témoignage d’un codétenu, le Rav Aharon Yaakov Diskin, est saisissant : « Qui pouvait supporter de telles épreuves ? Une infime minorité, dont le Rav Lévi Its’hak Schneerson. Il n’avoua rien, ne signa pas son inculpation, endura les souffrances sans se courber, acceptant avec amour le décret du Ciel. On le transféra à Kiev, où les « spécialistes » tenteraient de lui extorquer sa signature par tous les moyens. Ils tenaient là l’une des plus importantes personnalités recherchées, un Rav célèbre, allié au Rabbi Yossef Its’hak Schneerson qu’ils haïssaient et dont ils regrettaient amèrement le départ de Russie : par lui, ils espéraient atteindre tous les autres Rabbanim. Mais les spécialistes eux-mêmes échouèrent et durent abandonner. Grâce à cela, beaucoup de Rabbanim et de Juifs pratiquants furent sauvés. Dans cette effroyable coulée de sang qui engloutit des millions d’êtres, le Rav Schneerson fut le seul sur lequel le feu de l’enfer n’eut aucune emprise. »
Après deux années d’un tel emprisonnement, il fut condamné à cinq ans de travaux forcés dans les montagnes et forêts du nord de l’Oural. Un autre détenu rapporte : « En janvier 5700 (1940), je fus acheminé vers la prison de ‘Harkov, où affluaient des milliers de prisonniers dirigés vers les camps. Ma cellule, la numéro 22, comptait plus de quatre cents personnes serrées à même le sol. Je dormais près de deux ingénieurs qui parlaient du Rav Schneerson avec émerveillement : dans sa prison, ils lui soumettaient les problèmes les plus complexes de mathématiques et d’ingénierie, qu’il résolvait en un instant. Mais ce qui les frappait le plus était sa force d’âme. Il refusait de se rendre à l’interrogatoire à la sortie de Chabbat avant d’avoir reçu de quoi allumer la Havdala. Interpellé un jour en pleine Amida, il n’interrompit pas sa prière, épancha son cœur sans un geste, provoquant la fureur de ces bêtes à visage humain qui n’osèrent pourtant le toucher ; puis il les suivit, mais ne signa rien. Je demandai à être placé dans sa cellule, la numéro 6. On me refusa : « Puisses-tu périr ici sans jamais rejoindre Schneerson ! » Un ancien commissaire me dit alors : « C’est là que se trouve le Rav qui n’a pas signé. Il est bon qu’il en reste au moins un qui ne se courbe pas devant ces bourreaux. Vraiment, c’est un grand homme ! » »
Un professeur non juif confia plus tard à la Rabbanit ‘Hanna : « Je n’oublierai jamais cet homme, son savoir prodigieux et sa rare force de caractère. Nous étions quatre dans la même cellule, et nous trois avons tenu grâce à ses encouragements, malgré d’atroces souffrances. Un jour, ordre fut donné à tous de raser leur barbe ; plusieurs, dont des Juifs et des Rabbanim, tentèrent en vain de s’y opposer. Quand vint son tour, il se dressa comme un roc et s’écria : « Ma barbe, jamais vous n’y toucherez ! » La force de ses paroles les effraya tant qu’ils abandonnèrent. Il fut le seul à conserver sa barbe, ce que beaucoup lui envièrent. »
Cinq mois plus tard, en Elloul 5699 (1939), il fut ramené à Dniepropetrovsk, et la Rabbanit ‘Hanna put enfin lui faire parvenir de la nourriture. On perquisitionna de nouveau son domicile un jour de Chabbat, à la recherche de preuves accablantes, puis on convoqua la Rabbanit pour l’interroger sur les activités de son mari et ses liens avec son fils. Malgré les menaces, on n’obtint rien : à chaque question sur telle réunion communautaire, le Rav semblait avoir tout oublié, ne citant que des personnes déjà disparues ou ayant quitté le pays. L’interrogateur ne put jamais établir le caractère antisoviétique des rassemblements secrets de Moscou, Kiev ou Leningrad, tant le Rav répondait à chaque question avec une intelligence déconcertante.
Une visite médicale, avant son retour, révéla de graves problèmes de santé. Les autorités changèrent alors de tactique : elles emprisonnèrent trois notables de la communauté afin d’obtenir des révélations contre le Rav. N’en tirant rien, elles exigèrent qu’ils signent l’inculpation ; devant leur refus, elles les torturèrent abominablement durant dix semaines pour arracher les signatures voulues.
Le verdict
Rav Lévi Its’hak fut inculpé en même temps que ces trois personnalités. On les accusa d’appartenir à un mouvement clandestin juif antisoviétique, d’avoir tenu des réunions secrètes chez Schneerson, d’y avoir collecté des fonds au profit des familles de prisonniers, géré des caisses non déclarées, diffusé une propagande antisoviétique et diffamé le gouvernement, tout en maintenant, par l’intermédiaire de leur chef Schneerson, des liens avec des communautés à l’étranger.
Le verdict le condamna à cinq ans d’exil dans la ville de Tchiali, au Kazakhstan, au fin fond de l’Asie, en tant qu’« homme dangereux pour la société ». Quand on l’apprit à la Rabbanit ‘Hanna, elle plaida en vain que son mari avait déjà soixante-dix ans selon leurs papiers. On lui répondit que le lieu était convenable, qu’il conserverait sa citoyenneté et ne changerait que de résidence, et qu’elle pourrait le revoir une dernière fois avant son départ. Cette entrevue à travers les barreaux, la première depuis l’arrestation, mêla la joie des retrouvailles à la douleur : elle eut peine à reconnaître, tant sa santé s’était dégradée, celui qu’elle avait quitté. Avant leur séparation, sous l’œil d’un surveillant, Rav Lévi Its’hak lui demanda pardon, craignant que ses forces ne lui permettent pas de survivre à un si long voyage.
Transféré à ‘Harkov, où il revit une fois encore la Rabbanit, il entama le trajet éprouvant qui, un mois durant, le mena jusqu’à Alma-Ata, capitale du Kazakhstan. Comme il le raconta lui-même, le plus dur fut le manque d’eau pour la Netilat Yadaïm : onze jours durant, les prisonniers en furent privés, l’eau potable elle-même étant rationnée. Scrupuleux sur chaque détail de la loi, il utilisa néanmoins pour ses ablutions ce peu d’eau qu’il obtenait, cédant même sa maigre ration de nourriture au soldat en échange d’un supplément d’eau. Ils atteignirent Alma-Ata le 15 Chevat 5700 (1940). Un ‘hassid détenu raconte l’avoir vu, suivi de soldats et de chiens féroces, s’effondrer d’épuisement ; les soldats le frappèrent alors sauvagement et lâchèrent leurs bêtes, qui le mordirent et déchirèrent ses vêtements jusqu’à ce qu’il se relevât et reprît sa marche, à bout de forces.
L’exil à Tchiali
La ville de Tchiali est, pour beaucoup, synonyme d’effroi. Perdue à l’est de l’Asie centrale, longtemps ignorée du monde, sa terre est un mélange de poussière et d’eau qui jamais ne sèche, où le pied s’enfonce et peine à se dégager. Les moustiques envahissent l’air et poursuivent l’homme partout, au-dehors comme dans les maisons, jusque dans les ustensiles et la nourriture. Les demeures de mortier et de ciment protègent mal de la chaleur, de la grêle, de la neige et du vent qui siffle tout le jour, et le soleil brûlant de l’été exhale une odeur fétide, source d’épidémies mortelles.
C’est là que Rav Lévi Its’hak fut exilé, le 19 Chevat 5700 (1940), accueilli par les ténèbres et la tempête. Aucun signe de vie au-dehors. Il n’avait pour compagnon qu’un ami juif, exilé en même temps que lui. Apprenant qu’un Juif résidait dans les environs, ils rassemblèrent leurs dernières forces pour gagner sa maison, mais celui-ci leur refusa l’hospitalité. Ils aperçurent enfin une lumière au loin et trouvèrent un logis pour la nuit ; le propriétaire ne leur concéda qu’un coin de cuisine, un drap étendu sur le sol humide, et le froid les transperça au point qu’ils ne fermèrent pas l’œil. Au matin, les propriétaires jugèrent qu’ils ne pouvaient accueillir deux hommes et tirèrent au sort celui qui resterait : le sort désigna Rav Lévi Its’hak. Il plaida pour son ami, sans succès. Ayant enfin un refuge, il télégraphia aussitôt à la Rabbanit ‘Hanna pour réclamer l’essentiel : son Talit, ses Téfilines, des livres et un peu de nourriture. Trois semaines plus tard lui parvint un premier colis contenant son Talit et ses Téfilines, qu’il n’avait plus revus depuis un an. La Rabbanit rapporta qu’il en éprouva une joie qu’aucun mot ne pouvait traduire.
Après Pourim, la Rabbanit ‘Hanna résolut de rejoindre son mari. Elle se rendit à Moscou et, malgré les difficultés, emporta des Matsot, du vin pour Pessa’h, des provisions et un livre de Tehilim. Elle y multiplia les démarches pour obtenir sa libération, en vain. Le voyage jusqu’à Tchiali durait plus de cinq jours ; elle offrit un présent conséquent à un responsable pour se prémunir de tout danger. À l’arrivée, son mari vint l’accueillir : elle put à peine soutenir son regard et retint difficilement ses larmes.
De la vie qu’ils menaient dans cette ville perdue, la Rabbanit ‘Hanna a laissé ce récit : « Notre chambre se trouvait chez un Tartare. Pour y accéder, il fallait traverser une antichambre humide et boueuse, où les moustiques obscurcissaient la lumière, puis la salle à manger des propriétaires. Pour boire un peu d’eau, il fallait attendre qu’elle se décante du sable qu’elle contenait, et l’eau, en général, était difficile à obtenir. La nuit, un maigre chandelier éclairait la pièce ; la chaleur d’été était insupportable, et des myriades de moustiques nous piquaient dans notre sommeil. Notre seule défense était de boucher toutes les fentes de la chambre. Un vêtement laissé le soir devenait méconnaissable au matin, tant ces bêtes le couvraient de points noirs. Ainsi allait la vie, et nous n’avions d’autre choix que de nous y accoutumer.
Vint le mois de Nissan. Les tracas quotidiens s’effacèrent devant un souci plus grave : tout était ‘Hamets, la maison comme les ustensiles ; où trouver de la nourriture cachère pour Pessa’h ? Nos hôtes étant attachés à leur religion, nous tentâmes de les sensibiliser à la cacherout ; mais, déjà irrités par notre usage de l’eau, ils nous ordonnèrent sans réfléchir de quitter aussitôt la maison. La situation devenait critique : comment retrouver un toit deux semaines avant la fête ? Une habitante accepta enfin, contre cinquante roubles par mois, de nous céder une pièce à entrée séparée, avec un sol en bois, une merveille. Le seul inconvénient tenait à ses enfants, de véritables voyous ; le voisinage nous en dissuada, mais, faute d’alternative, nous acceptâmes. Pour les ustensiles et la nourriture, je me rendis à une heure de route, dans un lieu où un groupe de Juifs pratiquants de Kiev avaient été exilés et vivaient ensemble, parmi lesquels un Rav et un Cho’het. J’y restai deux jours et parvins à obtenir un grand ustensile neuf ; je commandai aussi de la viande et du poisson, à livrer seulement la veille de Pessa’h.
Le soir de la fête, nous avions un invité. Nous nous assîmes ensemble pour le Séder, tandis que, derrière la fenêtre, les enfants raillaient sans relâche chacun de nos gestes. Leurs moqueries ne nous atteignirent pas : le Séder se déroula selon la loi, la Hagada lue à voix haute et chantée, toutes les étapes accomplies. En songeant à Pessa’h de l’année précédente, derrière les barreaux, nous ressentions malgré tout la joie de la fête. Le Séder se prolongea tard dans la nuit ; il serait difficile d’appeler repas ce que nous mangeâmes alors, car la viande et le poisson commandés au Cho’het avaient entièrement tourné durant le transport. »
Durant l’été, le 1er Elloul 5700 (1940), Rav Lévi Its’hak adressa au dirigeant du N.K.V.D. une lettre dénonçant la conduite de son interrogatoire et réclamant la révision de son dossier. Sa demande fut rejetée. Peu après, la Rabbanit ‘Hanna décida de rentrer chez elle, pour pouvoir lui envoyer régulièrement des colis, ne pas laisser trop longtemps sa maison vide et alléger les soucis liés à sa subsistance. Auparavant, elle se rendit à Kzyl-Orda, aux bureaux du N.K.V.D., pour demander le transfert de son mari dans cette ville en raison de son état, car il portait déjà la tumeur qui devait l’emporter ; douze jours de démarches restèrent sans résultat. Avant de partir, elle pria un Juif de demeurer auprès de lui. Peu à peu, des Juifs ayant fui devant les nazis, dont certains l’avaient connu, vinrent lui demander conseil et profiter de son enseignement ; lorsqu’on sut, à Kzyl-Orda, qu’il se trouvait à Tchiali, plusieurs lui rendirent de fréquentes visites, passant avec lui de longues nuits à étudier la Torah et la ‘Hassidout.
La délivrance
La libération de Rav Lévi Its’hak fut essentiellement l’œuvre des frères Hirshel et Mendel Rabinovitch. Dès sa démobilisation, Mendel résolut de tout tenter pour l’arracher à l’exil, d’autant qu’une rumeur, tenue d’une source sûre, une femme juive juge pour le gouvernement, annonçait qu’aucun prisonnier ne serait relâché avant la fin de la guerre. Il fallait donc agir vite. Les obstacles étaient considérables : obtenir d’abord un certificat attestant que le prisonnier avait purgé toute sa peine ; réunir des sommes immenses, car sans corruption aucune signature ne s’obtenait ; faire parvenir ces documents à Rav Lévi Its’hak, au risque, en cas de fouille, de mettre en danger celui qui les transporterait, ce qui exigeait un homme à la fois discret et courageux ; obtenir enfin l’autorisation de résider dans une autre ville, laquelle supposait qu’une fille du prisonnier s’engageât à le recevoir et à l’entretenir, alors que Rav Lévi Its’hak n’en avait pas et qu’il était trop périlleux de forger de faux papiers.
Après la collecte de fortes sommes et de nombreuses démarches, le Rav Hirshel Rabinovitch obtint le certificat de sortie signé des autorités, tandis que son épouse signait l’engagement d’accueil requis. Restait à remettre les documents. Ce fut Bat-Chéva, fille du Rav Eliahou ‘Haïm Althaus, ami proche du Rav, qui accomplit cette mission délicate. Elle arriva à Tchiali avant Pessa’h ; à la demande de Rav Lévi Its’hak, qui craignait de manquer de Matsa Chmoura s’ils fuyaient aussitôt, ils demeurèrent pour les premiers jours de la fête. C’est durant ‘Hol Hamoëd que Rav Lévi Its’hak, la Rabbanit ‘Hanna et Bat-Chéva quittèrent Tchiali pour n’y jamais revenir.
Le jeudi 27 Nissan 5704 (20 avril 1944), Rav Lévi Its’hak arriva à Alma-Ata. La Rabbanit ‘Hanna raconte : « On lui réserva un accueil très chaleureux, et aussitôt affluèrent des ‘hassidim et des amis, au premier rang desquels les frères Rabinovitch. Il serait difficile de décrire la joie profonde d’accueillir dans leur ville une telle personnalité, après une si longue attente ; beaucoup avaient les larmes aux yeux. » On lui loua d’abord une maison hors de la ville, puis, avant Chavouot, une demeure fixe. Des centaines de Juifs, pour la plupart réfugiés de la guerre, s’y trouvaient ; chaque jour s’y tenaient les prières de Cha’harit, Min’ha et Arvit. En peu de temps, sa maison devint un refuge pour tous, jeunes et vieux, femmes et enfants, ouverte du matin jusqu’aux heures tardives de la nuit. Les jeunes s’asseyaient sur l’herbe de la cour et buvaient ses paroles, repartant réconfortés et spirituellement comblés.
Son influence gagnait chaque jour de nouveaux cœurs. De jeunes Juifs de Leningrad, qui n’avaient connu depuis leur naissance que l’éducation communiste, lui rendaient visite en cachette et changeaient rapidement de vie, exigeant de leur mère une nourriture cachère, au prix de graves conflits familiaux et des difficultés propres à un territoire antireligieux. Ainsi sa maison devint-elle un véritable centre spirituel, un phare vers lequel tous convergeaient, surtout lors des fêtes, pour se renforcer dans l’atmosphère oppressante du temps. Un voisin, intellectuel qui se vantait, à cinquante-deux ans, de ne pas connaître une seule lettre d’hébreu et se moquait des fidèles du Rav, finit lui-même par le fréquenter et par réduire ses heures de travail pour s’entretenir avec lui.
À Chavouot, Rav Lévi Its’hak prononça à la synagogue un discours enflammé sur la nécessité de raffermir la foi, l’observance de la Torah et des Mitsvot, exhortant chacun à ignorer ceux qui tentaient d’y faire obstacle. L’assemblée demeura muette, stupéfaite d’entendre pareilles paroles d’un Rav en Union soviétique, avant que la crainte ne la saisît, car chacun savait qu’un délateur pouvait se cacher jusque dans un lieu saint. De fait, quelques jours plus tard, les autorités convoquèrent plusieurs fidèles pour interrogatoire et firent irruption chez le Rav ; le trouver cloué au lit ne les dissuada pas de revenir. Ces visites répétées laissèrent la peur dans la maison. Pourtant, après cinq années d’exil et de souffrances, Rav Lévi Its’hak poursuivit son œuvre sans faiblir. Sa parole tranchante sur la fidélité à la Torah et aux Mitsvot gardait la même ferveur qu’avant son arrestation, comme si rien, à ses yeux, n’avait changé pour le Judaïsme. En cela résidait son caractère unique : là où tant d’hommes revenaient d’exil brisés de corps et d’âme, n’osant plus même penser contre le régime, lui ne cessa jamais, en secret comme au grand jour, de renforcer la Torah, tel un roc inébranlable dont les paroles jaillies du cœur touchaient tous ceux qui l’approchaient.
La fin de sa vie
Malgré une force d’âme extraordinaire, sa santé déclinait. La tumeur qu’il portait depuis longtemps gagnait tout son organisme, et ses souffrances croissaient de jour en jour. L’un des derniers Chabbat de sa vie, une vingtaine de personnes se réunirent autour de lui. Ses douleurs étaient telles qu’il ne pouvait supporter aucun vêtement sur son corps ; il ne portait que son habit extérieur et, dans sa grande modestie, les pria de l’excuser en disant en souriant : « On a ce que l’on mérite. » Des heures durant, les paroles de Torah coulèrent de sa bouche comme autrefois ; son visage avait changé, mais nul n’entendait une voix brisée, car l’étude lui insufflait une force qu’il eût perdue en s’interrompant.
Un médecin le suivait de près, secondé par deux confrères réputés. Ne constatant aucune amélioration, ils firent venir un professeur célèbre de Leningrad, qui établit aussitôt le diagnostic et localisa précisément la tumeur. À son visage se lisait la vérité. Le Rav lui confia tout ce qu’il avait enduré ces dernières années, et le professeur déclara n’avoir jamais, de toute sa carrière, rencontré une telle personnalité. Ses disciples firent tout pour l’assister. Les derniers jours, il était très affaibli : « Vois-tu, dit-il à un ami, il ne me reste que la peau et les os ; je ne ressens même plus le goût de la nourriture. »
Sur son dernier jour, un ‘hassid présent témoigne : « Dans la nuit du mardi, ses lèvres murmuraient sans cesse, mais sans laisser entendre aucune voix. Soudain, il ouvrit les yeux et dit : « Il faut se préparer à passer dans un autre monde. » Ce furent ses dernières paroles articulées de la journée. Le lendemain, le 20 Av 5704 (1944), son état s’aggrava. Le matin, ses lèvres murmuraient sans relâche, ses douleurs étaient insupportables, et plusieurs fois il fit signe qu’on le changeât de position. Rav Hirshel Rabinovitch, penché près du lit, tendit l’oreille et saisit quelques mots soupirés : « Ses pas échappèrent au regard… les talons du Machia’h. » Dans la soirée, un violent malaise le saisit ; le médecin prescrivit des remèdes qu’il eut à peine le temps d’absorber. Ceux qui l’entouraient récitèrent le Chema et les prières du départ de l’âme. » Dans l’heure qui suivit, l’âme de ce Tsadik quitta son corps pur pour rejoindre sa source divine. Il fut enterré au cimetière juif d’Alma-Ata.
Le Rabbi dira plus tard de son père qu’il n’avait pas seulement risqué sa vie pour le Judaïsme : il en avait fait don..
De façon générale, mon mari priait dans son lit. D’autres personnes lui mettaient les Téfilines. Son visage était devenu beaucoup plus maigre, et les lanières des Téfilines de la tête ne tenaient pas bien. Il m’a donc demandé d’appeler Yaakov Yossef Raskin pour qu’il lui refasse le nœud.
Cela s’est passé trois jours avant son décès. Yaakov Yossef est venu, et il a resserré le nœud de ses Téfilines. Mon mari a pu prier ainsi les trois jours suivants. Le dernier matin de sa vie, sa bouche ne cessait de murmurer. Ses lèvres bougeaient en permanence, mais on ne lui a pas mis les Téfilines.
Ce jour-là, mon mari a terriblement souffert. À plusieurs reprises, pendant le courant de la journée, il m’a demandé de le changer de position, de l’asseoir alors qu’il était couché. Je l’ai fait, et cela n’a pas été difficile du tout. Il semble qu’en des moments pareils, des forces cachées se révèlent.
Vers le soir, il s’est senti très mal. De nombreuses personnes se trouvaient dans notre maison. On a appelé le médecin, qui a prescrit quelques médicaments. Bien entendu, on les a apportés immédiatement. Pour ma part, j’ai vu tout de suite que la situation n’était pas bonne, mais j’ai pensé que cela pouvait durer encore un jour, ou plus. J’ai donc mis dans sa bouche quelques cuillérées de ces médicaments. Il les a bues entièrement. De toute évidence, il était parfaitement conscient de son état.
Quelques-uns de nos bons et proches amis, sur lesquels on pouvait compter, se tenaient près de lui. Je me suis donc étendue, pendant quelques instants, afin d’avoir la force de faire tout ce qui lui serait nécessaire par la suite.
Quand je me suis réveillée, une demi-heure plus tard, la pièce était pleine. L’un des jeunes qui se trouvaient là m’a proposé d’aller dormir chez un voisin pour reprendre des forces. Tout était fini, et il voulait me le cacher. Bien entendu, je n’ai pas accepté sa proposition.
On m’a demandé ce que mon mari voulait que l’on fasse pour l’enterrement. J’ai dit ce dont je me souvenais. Les vêtements mortuaires devaient être en lin pur. Or, il était particulièrement difficile de s’en procurer là-bas. En outre, tous ceux qui prenaient part à la toilette mortuaire devaient, au préalable, se tremper dans un bain rituel.
Il n’y avait pas de Mikwé là-bas, et tous, plusieurs dizaines de personnes, ont donc parcouru une distance non négligeable afin de se tremper dans un fleuve. Yossef Nimutin avait alors une fièvre de quarante degrés et, de façon générale, il était un homme chétif. Malgré cela, il est allé se tremper dans le fleuve lui aussi.
Tous ces hommes-là n’ont pas travaillé pendant trois jours consécutifs. Pour la plupart, ils faisaient du tricot pour le compte de fabriques d’État, et ils avaient un quota à respecter chaque jour. Mais ils ne l’ont pas fait durant ces jours-là.
Pendant les deux derniers jours de la vie de mon mari, ces hommes étrangers, qui l’avaient rencontré il y avait à peine quelques mois, ont ainsi abandonné leur maison et leur travail. Ils se trouvaient en permanence chez nous. De temps à autre, un membre de chaque famille rentrait chez lui pour voir ce qui s’y passait.
Parmi ceux qui se trouvaient dans notre maison, il y avait des jeunes, des moins jeunes, ceux qui respectaient les Mitsvot et ceux qui ne le faisaient pas. Certains avaient eu, entre eux, de graves disputes, pour des raisons commerciales, et d’autres, du fait de la controverse entre les ‘Hassidim et ceux qui ne l’étaient pas. Mais dans cet endroit, tous étaient unis. Sous l’influence de mon mari, tous avaient rejeté leurs préoccupations profanes et ils avaient accédé à un monde plus haut.
Mon mari est mort le soir. Au matin, quelques hommes appartenant aux deux parties de la communauté se sont rendus au cimetière afin de choisir l’endroit où il serait enterré. Plusieurs responsables des synagogues de la ville sont venus également. Il y avait un fils de Medalyé, qui était là-bas, le recteur d’un institut académique. On a fait l’acquisition de six places pour mon mari, afin d’éviter que soit enterré près de lui un homme qui ne mériterait pas de se trouver dans sa proximité.
C’est donc là-bas, dans sa chambre, que tout le nécessaire fut fait pour lui. Plusieurs personnes ont passé cette nuit dans notre maison. Et je l’ai moi-même passée dans la pièce où mon mari avait été posé sur le sol.
Au matin, un autre grave problème a été soulevé. Il fallait trouver des planches pour confectionner son cercueil. C’était une tâche particulièrement difficile, mais, en échange d’une somme d’argent importante, on a pu se les procurer. Le cercueil a été monté là où se trouvaient les planches, et il a ensuite été conduit sur une distance assez importante, dans la rue.
Tous les passants s’arrêtaient pour voir ce que l’on faisait. Pour qu’il n’y ait pas trop de questions et pour éviter le « mauvais œil », le jeune homme qui transportait le cercueil dans une charrette a mis un uniforme militaire.
Cet homme avait travaillé, au préalable, pour le N.K.V.D. et il avait donc conservé cet uniforme. Chaque fois qu’il était nécessaire de se procurer ce qui n’était pas totalement « cachère », le jeune homme y parvenait plus facilement en portant l’uniforme.
Tous ceux qui ont pris part à l’enterrement de mon mari sont rentrés à la maison pour la prière d’Arvit. Plusieurs dizaines ont fait cette prière dans la pièce où mon mari est décédé. C’est là que j’ai moi-même passé les sept jours du deuil. Il était envisagé de prier là, pendant tous les trente jours du deuil. Malheureusement, des Juifs ont alors fait leur apparition, que nul ne connaissait. L’un était cordonnier dans une usine, et l’on a pensé qu’il pouvait faire de la délation. La Juive qui travaillait dernièrement dans notre maison a commencé, elle aussi, à se montrer très pieuse. Elle assistait systématiquement à toutes les prières. Chaque fois que deux Juifs parlaient ensemble, elle était toujours la troisième. En outre, cette femme est devenue la bonne amie du cordonnier.
À ce moment, Rabinov a été convoqué et interrogé. On lui a demandé pourquoi l’enterrement avait été public, dans de telles proportions, et pourquoi lui, Rabinovitch, avait pris une part aussi active à son organisation. Pour répondre à ces questions, il lui a fallu trouver des explications qui n’existaient pas dans le monde. Un bon ami qu’il avait dans cette administration lui avait conseillé de se méfier. De ce fait, nombreux étaient ceux qui ne prenaient pas part à ces prières.
Tout au long du deuil, d’autres personnes sont venues me présenter leurs condoléances. Nombre de ceux que nous connaissions restaient dormir dans notre maison. Pendant les premiers temps, on ne m’a pas laissé seule.
A cause de tout cela, les actions de nos bons amis, les informations qui nous parvenaient de la poste, à propos des nombreux courriers que nous avions reçus, les sommes d’argent qui nous avaient été adressées, «câblées», comme on dit ici, y compris de Tachkent et de Samarkand, mais qui étaient désormais inutiles, malheureusement, « l’œil qui voit », omniprésent, s’est réveillé.
Nous avions déjà, à l’époque, des relations avec l’étranger et tout cela se remarquait.
Les prières se sont poursuivies, difficilement, pendant les vingt premiers jours, mais, par la suite, il a été annoncé que la propriétaire n’était pas intéressée par la réunion de trop nombreuses personnes dans sa maison. La vérité est qu’elle l’acceptait parfaitement. On a donc fait savoir qu’il n’y aurait plus de prières à la maison.
Tout de suite après l’enterrement, des amis ont cherché à placer une barrière en fer autour des six places qui avaient été achetées pour lui, au cimetière, et jusqu’à ce que soit posée la pierre tombale, à couler du ciment sur la tombe, afin de bâtir, en quelque sorte, un édifice qui protégerait la tombe des pluies et de la boue. Mais, il était malheureusement impossible de se procurer du ciment et, plus encore, du fer. Pourtant, en quelques semaines, à la demande des ingénieurs généraux les plus importants, travaillant dans les entreprises d’état et, en outre, grâce à différents stratagèmes, nous avons obtenu tout le ciment et le fer nécessaires.
Nos amis proches sont intervenus pour chaque détail de tout cela, y compris le plus insignifiant, afin de dresser la meilleure barrière, qui soit la plus belle possible. Et, l’on a effectivement placé une barrière esthétique, attirant l’œil, au point que tous ceux qui passaient près de cet endroit s’étonnaient : qui est-ce et qu’est-ce ? Peu après, un homme vertueux est malheureusement décédé, là-bas. C’était un Juif, érudit de la Torah, proche parent du Rabbi de Hornostaypel. La barrière entourant la tombe de mon mari était fermée avec un cadenas. Ceux qui priaient dans la même synagogue que le défunt le conduisirent au cimetière et, là, ils escaladèrent la barrière, craignant qu’on ne les autorise pas à l’enterrer là-bas. En effet, ils souhaitaient honorer cet homme. Par la suite, ces hommes sont venus et ils ont raconté qu’ils ont soudoyé le gardien qui se trouvait sur place, afin de pouvoir faire cet enterrement.
J’écris tout cela pour montrer à quel point le cheminement de la pensée de ces hommes âgés a été modifié, au point d’être capables de faire une telle chose, d’une manière aussi étrange et curieuse, sans même tenir compte du fait qu’il s’agissait d’un domaine privé.
Le moment était enfin venu, pour les personnes déplacées, de penser à rentrer dans les villes où elles habitaient avant la guerre ou bien dans d’autres endroits, où elles pourraient s’établir d’une manière fixe, non plus dans les demeures provisoires qu’elles avaient eues jusqu’alors.
Avant tout, nos bons amis se sont occupés de poser la pierre tombale. Comme c’est bien souvent le cas, lorsque l’on veut réaliser une certaine action, on s’aperçoit que celle-ci est aussi difficile que le passage de la mer Rouge, selon l’expression courante.
On ne disposait donc pas de marbre, pour la pierre tombale. Certes, il y avait là-bas un non-Juif, qui volait les meilleures pierres, se trouvant dans le cimetière non juif. Puis, il les taillait à nouveau, d’une certaine façon, afin d’être en mesure de les réutiliser. Bien entendu, cet homme faisait payer son travail très cher et ceux qui avaient besoin de telles pierres, pour cet usage, les lui achetaient.
Mais, pour ma part, je n’ai pas voulu que l’on place sur la tombe de mon mari une pierre qui se trouvait, au préalable, sur une tombe non juive ou bien qui avait servi à l’église. Cet homme disposait de telles pierres, mais, bien entendu, celles-ci ne me convenaient pas.
En revanche, je ne voulais pas non plus repartir en laissant la tombe en l’état et nos bons amis le voulaient encore moins que moi. Nous avons alors appris que l’on avait, dernièrement, fait venir de Moscou, dans l’une des entreprises d’état, quelques grands blocs de marbre. Il a donc été décidé de consacrer l’un de ces blocs à la pierre tombale.
Comment a-t-on fait cela ? Le plus important des comptables travaillant dans cette entreprise était un Juif de Leningrad. Quand on lui a dit de qui il s’agissait, il s’est aussitôt souvenu de son grand-père. Dans sa jeunesse, il avait conservé l’image de ce grand-père qui étudiait la Torah en permanence. En l’occurrence, on lui avait rapporté les discours que ce Rav faisait à la synagogue, ou bien devant ceux qui l’écoutaient. Leur contenu était similaire à l’étude de son grand-père. Cet homme s’engagea donc à consacrer l’un des blocs de marbre, à cet effet.
Pour faire sortir la pierre de son entreprise, il fallait obtenir une autorisation de passage, de même qu’un bon de commande en précisant la destination. Le gardien qui devait établir ces documents a reçu une bonne récompense, pour cela. Mais, en l’occurrence, la responsabilité de ce gardien était moins clairement engagée, car l’un des employés principaux de l’entreprise commettait cette « faute » avec lui.
L’épouse de cet employé principal, le Juif de Leningrad, emprunta une voiture de l’entreprise et, à la tombée de la nuit, quand il fit sombre, elle conduisit la pierre là où on le lui avait demandé. Par la suite, elle m’a raconté que, pendant toute la nuit suivante, elle ne parvenait pas à se calmer, tant elle avait eu peur, quand elle avait effectué le transport de la pierre.
Lorsque cette tâche a été pleinement effectuée, on a commencé à se demander quel était le texte de l’épitaphe qu’il fallait écrire sur cette pierre. Les doutes ne portaient pas sur les titres qui lui convenaient, mais sur le danger qui était lié à leur diffusion.
Ceux qui prenaient part à ces discussions me montraient toujours les propositions qui avaient été faites. Au final, il fut décidé de ne pas écrire son nom de famille, ce que l’on appelle ici : « le second nom », mais uniquement son prénom et celui de son père, de ne pas écrire non plus le nom de la ville de laquelle il avait été le Rav et de se limiter uniquement à la formule : « Ici repose le Rav et ‘Hassid bien connu, untel fils d’untel », avec la date du décès.
Nos amis ont effectivement trouvé un artisan, qui a bien fait le travail. Ils allaient là-bas souvent. Et, c’est ainsi que le jour du Tsom Guedalya, il y avait encore de très nombreuses personnes qui se trouvaient dans cet endroit.
C’est de cette façon que s’est achevée la vie de mon mari sur cette terre. Au cours de son existence, il avait parcouru un chemin difficile, il avait toujours lutté. C’était un homme qui ne connaissait pas le moindre compromis. Il ne savait pas ce que voulait dire la formule : « moitié pour moi, moitié pour toi ». Cela lui a coûté très cher, mais il n’a jamais renoncé. Au début, il avait toujours de nombreux opposants, mais, à la fin, ceux-ci devenaient ses ‘Hassidim et des personnes qui le soutenaient.
Mon mari a quitté ce monde. Son mérite protègera ses enfants, qui auront une longue vie, avec les membres de leur famille, une vie agréable, spirituellement et matériellement. Ils connaîtront la réussite, en tout ce qu’ils accompliront, jusque dans le moindre détail.
Lors des obsèques du Ramak (Rabbi Moché Kordovero), le Arizal lui rendit un hommage qui fut retranscrit par différents maîtres et notamment Rabbi Yehonatan Aybéchitz, le ‘Hida et le Chlah Hakadoch.
En 1981 Chabbat Paracha Matot le Rabbi prononça un discours durant lequel il commenta cet hommage rendu par le Arizal. Ce discours fut corrigé par le Rabbi en 1983 (Likoutei Si’hot Vol 24 page 132) ; en voici quelques extraits :
L’hommage rendu par le Arizal est partie intégrante de la Torah orale, laquelle est un enseignement pour chacun d’entre nous. Même celui qui n’a pas atteint le niveau spirituel du Arizal et du Ramak peut en tirer une leçon dans le service Divin.
Voici les paroles que prononça le Arizal (relaté dans le Yéarot Hadevach de Rabbi Yehonatan Aybéchitz) : «Quand un homme fautif sera coupable de la peine capitale». Ce verset peut se traduire différemment : quand on ne peut pas condamner un homme (‘Hèt qui signifie la faute a également pour sens le manque) à la mort, car il n’a point de fautes, «et que tu l’auras attaché au gibet» – c’est-à dire qu’il mourra à cause du pêché de l’arbre de la connaissance avec Adam et Eve. La mort fut alors décrétée par D.ieu de Son initiative et selon la raison pour laquelle Il créa le monde.
Selon le Rabbi, l’enseignement du Arizal reprend celui de nos Sages (traité Chabbat 52b, Baba Batra 17a) : «quatre personnes sont décédées à cause du serpent ». Ces quatre personnes n’ont pas commis de pêchés et ne sont mortes qu’à cause du serpent et la faute de l’arbre de la connaissance (qui se déroula par le conseil du serpent) : alors «la mort fut décrété sur tous les descendants d’Adam Harichone ». Il en est de même pour Rabbi Moché Kordovero dont la mort fut rendue possible uniquement à cause de l’arbre de la connaissance.
Il faut distinguer les deux expressions :
«le conseil du serpent»
«l’arbre de la connaissance».
«Le conseil du serpent» est une incitation à commettre la faute.
«L’arbre de la connaissance » est un arbre dans lequel il n’y point de manquement. Bien au contraire, selon le sens littéral du verset – comme l’explique Rachi, il s’agit du figuier qui est une des espèces par lesquelles la terre d’Israël est louée ; quant à l’arbre lui-même, il permet d’atteindre la sagesse (sauf si on le consomme avant l’heure).
Cela signifie que « le conseil du serpent » tel que la Guémara (la partie révélé de la Torah) le relate, traite de la mort concrète.
Par contre la mort qui survient par « l’arbre de la connaissance », tel que le Arizal l’enseigna à propos du Ramak, est différente. Ces deux sommités eurent tous deux un rôle majeur dans le développement des secrets de la Torah.
En effet, selon les explications profondes de la Torah, il s’agit ici de l’épreuve de l’arbre de la connaissance devant laquelle D.ieu place l’homme, de Son initiative et pour qu’il accomplisse sa mission, c’est-à-dire le but pour lequel D.ieu créa le monde.
Bien que nous puissions nous demander : « Qui sommes-nous pour prétendre être en mesure d’évaluer les niveaux sublimes de Rabbi Moché Kordovero et du Arizal ? », malgré tout, chacun est capable d’en comprendre et d’en saisir ne serait-ce qu’« un petit bout ».
Le pêché originel n’a pas entaché l’essence de l’âme !
Le Rabbi tire de cela un enseignement extraordinaire : « Par le conseil du serpent » : lorsqu’un homme ne possède pas de défaut hormis le fait qu’il ne s’est pas encore entièrement défait de la « souillure du serpent ». Cette poussière ne peut en réalité salir que le niveau inférieur de l’âme, relatif à l’homme et à ses capacités externes, dans lesquelles la perfection n’est possible que chez certains individus particuliers.
Par contre : « La faute qui porte préjudice pour la peine capitale… (en réalité) il est impossible de rendre l’homme coupable », puisque la faute ne peut atteindre les profondeurs de l’âme du Juif. En chacun – peu importe son niveau et sa situation – l’âme ne saurait être atteinte par aucune souillure. Ce phénomène se traduit même dans le domaine de la Halakha en ce qui concerne la volonté de l’homme.
De plus, le Rabbi ajoute : « Le conseil du serpent » a pu entraîner chez le Juste un certain manque, qui cause par la suite la mort. Celle-ci n’est en aucun cas la conséquence des actes du Tsadik mais uniquement le résultat de la faute du serpent.
Certes, cette tache atteint la partie inférieure du Juif mais certainement pas son intégrité. C’est la raison pour laquelle, lorsque l’âme rayonne en lui et l’éclaire totalement, il ne connaît pas le conseil du serpent.
C’est en cela que consiste l’enseignement du Arizal : « Tu le feras dépendre de l’arbre » signifie que la mort survient seulement par la volonté du Tout-Puissant (par l’arbre de la connaissance).
À présent, la notion de la mort prend une toute autre dimension chez le Tsadik. Lorsqu’elle est causée par le serpent, elle n’est pas positive. Par contre, lorsqu’elle survient uniquement par la volonté Divine, elle apporte au Tsadik une élévation incomparable par rapport à son propre niveau.
Tout ceci est en lien avec Rabbi Moché Kordovero et le Arizal qui ont révélé les profondeurs de la Torah, lesquelles sont étroitement liées aux tréfonds de l’âme, nettement supérieurs au conseil du serpent, puisqu’il est bien connu que la partie ésotérique de la Torah représente l’arbre de vie, supérieur à l’arbre de la connaissance. Le Arizal a ainsi tranché pour lui-même.
Edition : Meïr lubecki – Beth Habad Paris 3eme Traduction : Feiga Lubecki Adaptation : Levi Benech
À l’occasion de Youd Beth Tamouz, Rav Elie Zekri, de Lyon, partage un souvenir précieux : la lettre que lui adressa personnellement le Rabbi il y a exactement 48 ans, accompagnée du Kountrass commémorant le cinquantième anniversaire de la délivrance du Rabbi précédent. Ce témoignage, offert lors d’un Farbrenguen, éclaire la profondeur du lien entre le Rabbi et ses ‘Hassidim, ainsi que l’importance des Ma’amarim fondateurs que le Rabbi souhaitait voir étudiés et transmis de génération en génération.
Un récit personnel partagé sur les conseils de Rav Mendel Azimov
Sur les conseils de Rav Mendel Azimov, Rav Elie Zekri a partagé un petit récit qui nous concerne directement. En 1978, il y a exactement 48 ans, le Rav Elie Zekri avait écrit au Rabbi pour lui demander des bénédictions. Le Rabbi lui répondit par une lettre, juste avant Youd Beth Tamouz. Cette lettre, qu’il a présentée à l’assemblée, lui était bien personnellement adressée. Elle était accompagnée d’un Kountrass intitulé Kountrass ‘Hag HaGueula Youd Beth – Youd Guimel Tamouz.
Le contexte historique : le cinquantième anniversaire de la délivrance
Si le Rabbi lui avait envoyé ce Kountrass, c’est parce que l’on commémorait alors les cinquante ans du miracle de la délivrance. L’année qui avait suivi ce miracle, en 1928, le Rabbi précédent avait prononcé deux Ma’amarim et rédigé une lettre. Le Rabbi décida donc de rassembler ces deux Ma’amarim en un Kountrass et de l’envoyer à certains ‘Hassidim. Rav Elie Zekri eut le mérite de le recevoir.
Le premier Ma’amar : l’importance du rassemblement pour l’étude et la prière
Dans ce Kountrass, le premier Ma’amar s’intitule Assara sheyoshvim ve’oskim baTorah. Il s’agit d’un Ma’amar extraordinaire et fondamental, consacré à l’importance de réunir des Juifs pour étudier la Torah et pour prier ensemble. Son enseignement demeure d’une actualité saisissante.
Le deuxième Ma’amar : un texte étudié chaque année
L’autre Ma’amar de ce Kountrass est tout aussi extraordinaire, et Rav Elie Zekri l’étudie d’ailleurs en ce moment même. Chaque année, à cette période, il relit la lettre du Rabbi et réapprend ce Ma’amar avec des amis. Dans sa lettre, le Rabbi lui conseillait en effet d’enseigner ce texte à des proches qui seraient touchés et influencés par son étude. Ce deuxième Ma’amar s’ouvre sur les mots : Zeh Hayom Asah Hachem Nagila Venism’cha Bo. Ana Hachem Hochi’a Na, Ana Hachem Hatsli’cha Na. Ces deux Ma’amarim renferment des secrets et des vérités profondes, de véritables fondamentaux de la pensée ‘hassidique. C’est pourquoi Rav Elie Zekri les étudie chaque année sans exception.
La grâce d’avoir reçu cette lettre
Rav Elie Zekri a ainsi eu le mérite de recevoir cette lettre, comme plusieurs autres ‘Hassidim en leur temps. En partageant ce souvenir avec l’assemblée, il a adressé à chacun et à chacune ses vœux chaleureux : Gut Chabbat, Gut Yom Tov, avec joie et allégresse, besimc’ha.
La lettre du 12 Tamouz 5688 : un appel à la responsabilité des Chlou’him
La lettre est envoyée le 12 Tamouz 5688 (1928) et s’adresse aux membres des cercles d’étude, aux enseignants de Torah et aux Chlou’him. Son ton est à la fois intime et solennel.
Le Rabbi Yossef Its’hak écrit que ce jour — le 12 Tamouz — est un jour de joie et de délivrance pour Israël tout entier. Il y a de cela deux ans, lui-même fut emprisonné et libéré, et ce souvenir demeure gravé dans sa mémoire comme un signe de la Providence divine. Mais la délivrance personnelle ne suffit pas : elle doit se transformer en élan collectif, en effort renouvelé pour diffuser la Torah et la lumière du ‘hassidisme parmi tous les Juifs.
Le Rabbi rappelle à ses correspondants que leur mission de Chalia’h — d’émissaire — est d’une importance capitale. Ce n’est pas simplement une fonction : c’est une responsabilité spirituelle engageant leur âme entière. Celui qui a reçu la charge de répandre la Torah dans sa communauté doit le faire avec toute la vigueur de son être, sans se décourager face aux obstacles, sans se laisser séduire par la facilité ou le confort. La diffusion de la Torah est l’œuvre de D.ieu elle-même.
Il souligne également la nécessité de la Tsedaka : non seulement comme aumône matérielle, mais comme acte de justice fondamental liant les membres d’une communauté les uns aux autres. La générosité envers les pauvres et le soutien des institutions d’étude sont, dit-il, les piliers sur lesquels repose la pérennité du peuple juif.
La lettre se conclut par l’envoi du Sefer HaMa’amarim, accompagné de la bénédiction que l’étude de ces Ma’amarim — ces discours intérieurs — illumine l’âme des lecteurs et les fortifie dans leur service de D.ieu.
Le Ma’amar « Assara Yoshvim » : dix personnes assises et la Chekhina parmi elles
Le Ma’amar s’ouvre sur une citation de la Michna (Avot, chapitre III) : « Dix personnes qui s’assoient et s’occupent de Torah — la Chekhina (la Présence divine) repose parmi elles. » Cette affirmation, apparemment simple, ouvre une profondeur infinie que le Rabbi explore avec toute la rigueur de la pensée ‘hassidique.
Pourquoi dix ? Parce que dix représente la complétude des dix Sefirot, les dix attributs divins à travers lesquels D.ieu Se révèle dans le monde. Lorsque dix Juifs se réunissent pour étudier, ils deviennent en quelque sorte l’image vivante de cette plénitude. Leur assemblée crée un espace spirituel où la Chekhina peut véritablement s’installer, non comme une métaphore mais comme une réalité ontologique.
Le Rabbi distingue ensuite entre les différents nombres évoqués dans la Michna : un, deux, trois, cinq, dix. Chaque nombre correspond à un niveau différent de révélation divine. Quand un seul individu étudie la Torah, D.ieu est présent — mais d’une manière plus intérieure, plus cachée. Quand deux étudient ensemble, la révélation grandit. Quand dix sont réunis, on atteint un niveau qualitatif distinct : la Chekhina ne se contente plus d’accompagner l’étude, elle y réside pleinement.
Cette gradation n’est pas anodine. Elle enseigne que la Torah n’est pas une affaire purement individuelle. L’étude en groupe possède une dimension supplémentaire que l’étude solitaire ne peut atteindre. Le lien entre les âmes, la responsabilité mutuelle, l’effort partagé — tout cela crée un vase spirituel d’une capacité supérieure, capable d’accueillir une lumière divine plus haute.
La Torah comme pont entre le fini et l’infini
Le Rabbi approfondit ensuite une question fondamentale : comment la Torah — qui est la Sagesse de D.ieu, infinie et transcendante — peut-elle être reçue et comprise par des êtres finis que nous sommes ? C’est le mystère central de la Révélation.
La réponse ‘hassidique est que la Torah est précisément le lieu où le Fini et l’Infini se rejoignent. D.ieu, dans Son désir de créer un monde et d’entrer en relation avec Ses créatures, a « condensé » Sa Sagesse dans les lettres et les mots de la Torah. Cette condensation — appelée en termes kabbalistiques Tsimtsoum — ne diminue pas la Torah : elle en fait le pont par lequel l’homme peut atteindre D.ieu, et D.ieu peut Se révéler à l’homme.
Ainsi, lorsque dix personnes étudient ensemble, elles ne font pas que s’instruire mutuellement : elles ouvrent un canal particulièrement large pour cette révélation divine. L’union de leurs âmes, toutes tournées vers le même but, amplifie la lumière de la Torah et fait descendre la Chekhina avec une intensité incomparable.
L’étude de la Torah comme service de D.ieu : dimension intérieure et dimension extérieure
Le Ma’amar distingue deux dimensions dans l’étude de la Torah. La première est la dimension extérieure — Niglé — qui concerne l’intelligence, la logique, le raisonnement halakhique. C’est l’étude du Talmud, des codes juridiques, des responsa. Cette dimension est indispensable : sans elle, le Juif ne saurait pas comment vivre sa vie conformément à la volonté divine.
Mais il existe une dimension intérieure — Pnimiyout HaTorah — qui est l’âme de la Torah, son cœur caché. C’est la ‘Hassidout, la Kabbale, la sagesse mystique qui dévoile le sens intérieur des commandements et des récits scripturaires. Cette dimension n’est pas un luxe réservé aux initiés : c’est une nécessité vitale pour l’âme. Sans elle, l’observance des Mitsvot risque de devenir mécanique, routinière, privée de son élan spirituel.
Le Rabbi insiste : l’étude de la Pnimiyout HaTorah est particulièrement urgente en ces générations. Car la nuit est longue, les difficultés de l’exil s’accumulent, et l’âme juive a besoin d’une nourriture particulièrement forte pour maintenir sa lumière intacte. La ‘Hassidout est cette nourriture.
Les dix disciples et la responsabilité de transmettre
Vers la fin du Ma’amar, le Rabbi revient à l’image des dix personnes assises. Il explique que cette assemblée n’est pas passive : elle a une mission. Ceux qui ont reçu la lumière de la Torah — et surtout ceux qui ont eu le privilège d’étudier la ‘Hassidout — portent la responsabilité de la transmettre.
La Chekhina qui repose parmi eux n’est pas un trésor à garder jalousement : c’est une lumière qui doit rayonner vers l’extérieur. Chaque cercle d’étude, chaque groupe de dix, est appelé à devenir un foyer d’où la Torah et le ‘hassidisme se répandent dans tout l’entourage — dans la famille, dans la communauté, dans la ville.
C’est en ce sens que le Rabbi comprend la mission des Chlou’him : ils ne sont pas simplement des émissaires administratifs. Ils sont des porteurs de Chekhina, des hommes et des femmes qui transportent avec eux la présence divine et l’installent dans les lieux les plus éloignés, les plus obscurs, les plus oubliés.
Note sur le texte et le contexte historique
Le Sefer HaMa’amarim Tarpah (5688 / 1927-1928) fut composé et diffusé dans une période particulièrement difficile pour les communautés juives d’Europe orientale et de Russie soviétique. Le Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn venait d’être arrêté par la Guépéou soviétique, accusé de « contre-révolution » pour son activité de diffusion de la Torah. Sa libération le 12-13 Tamouz 5687 (1927) avait été vécue comme un miracle. Le recueil de Ma’amarim portant la date de l’année suivante, 5688 (1928), s’inscrit donc dans ce contexte de renaissance et de résistance spirituelle.
Les textes présentés ici — la lettre d’introduction et le Ma’amar « Assara Yoshvim » — témoignent de la volonté du Rabbi de transformer son expérience personnelle en message universel : la délivrance individuelle doit engendrer une délivrance collective, et l’étude de la Torah en groupe est l’un des chemins royaux vers cette délivrance.
Traduction de la lettre :
La lettre est rédigée sur le papier à en-tête officiel du Rabbi Mena’hem M. Schneerson, Loubavitch, 770 Eastern Parkway, Brooklyn, N.Y. 11213. Elle est datée du début du mois de Tamouz, de l’année 5748 (1988), et est adressée depuis Brooklyn, New York.
Avec l’aide de D-ieu, début du mois de Tamouz, [5]738, Brooklyn, N.Y.
À l’homme distingué, etc., Élie, qu’il vive longtemps.
Paix et bénédiction !
J’accuse réception de la lettre…
À l’occasion du jubilé d’années depuis la publication du discours de hassidisme intitulé « Dix qui sont assis et qui s’occupent de Torah, la Présence Divine réside parmi eux », avec la lettre qui y est jointe.
— De notre saint maître, mon beau-père le Rabbi, « qu’il envoya pour la première célébration du 12 Tamouz – en l’an 5688 », qui a été publié à nouveau — accompagné de son discours hassidique « Voici le jour qu’a fait l’Éternel, réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse en lui », qu’il prononça « lors du festin d’action de grâces, le 12 Tamouz 5688. »
Ci-joint — et il est certain que le fascicule produira son effet, que l’étudieront tous ceux à qui il parviendra ainsi que ceux qui dépendent d’eux — qu’ils vivent longtemps — et l’étude conduira à l’action concrète, et en particulier dans les matières dont il est question dans la lettre susmentionnée.
Et que le Saint béni soit-Il accomplisse les bénédictions du juste, notre saint maître mon beau-père le Rabbi, telles qu’elles sont détaillées dans la lettre, jusqu’à sa conclusion et son sceau : « et notre affaire est dans le renforcement de la corne de la Torah, la corne d’Israël », et s’accomplisse la promesse que D-ieu, qui fait des merveilles, élèvera la corne de son Oint — dans la rédemption véritable et complète par notre juste Maschiah.
Avec la bénédiction du succès dans ce qui précède, et avec la bénédiction de la fête de la Délivrance.
[Signature]
Dix qui siègent ensemble et s’occupent de la Torah
le Ma’amar de תרפ »ח (1927-1928) TRADUCTION INTEGRALE
Tiré du Sefer HaMa’amarim תרפ »ח (1927-1928) du Rabbi Précédent, Rabbi Yossef Its’hak Schneerson, ce Ma’amar expose la profondeur mystique du verset « Dix qui siègent et s’occupent de la Torah — la Présence divine repose parmi eux ». Il déploie une méditation à plusieurs niveaux sur la relation entre l’étude de la Torah, la prière, et la révélation de la lumière divine dans ce monde. Le texte s’ouvre sur une bénédiction adressée aux ‘hassidim qui participent à ce Farbrenguen et s’achève par une vision eschatologique de la Délivrance.
Préambule et bénédiction aux ‘hassidim
Pour le mérite du plus grand nombre — et il est évident que cela concerne également chaque maison de réunion, car il ne s’agit pas d’une affaire particulière de certains ‘hassidim pris isolément.
À plus forte raison parce que leurs bénédictions se renforcent mutuellement à la source des bénédictions, en tout ce qui est bon pour l’âme et pour le corps.
Ce Ma’amar est envoyé à l’ensemble des communautés, avec notre prière que nous puissions les voir en face et les regarder, et que se réalise parmi eux l’élévation du Keren HaTorah et du Keren Israël.
Que nous méritions de voir la lumière, car D.ieu est bon.
Je souhaite à mes amis force et santé, du bien et de la réussite pour leur maison, qu’ils sèment et que leur descendance soit vivante sur la terre.
Celui qui les bénit.
(Lieu du sceau)
Le verset fondateur : dix qui siègent et s’occupent de la Torah
Bs »d. Pour l’étude de beaucoup, le 12 Tamouz (juillet 1928).
Dix qui siègent et s’occupent de la Torah — la Présence divine repose parmi eux, ainsi qu’il est dit : « D.ieu se tient dans l’assemblée divine » (Psaumes 82:1).
Et même si cinq seulement — ainsi qu’il est dit : « Il a établi sur la terre son assemblée » (Amos 9:6). Et même trois — ainsi qu’il est dit : « Il juge parmi les juges » (ibid.).
Et même deux — ainsi qu’il est dit : « Alors ceux qui craignent D.ieu se sont parlé l’un à l’autre, et D.ieu a écouté et entendu » (Malachie 3:16).
Et même un seul — et à plus forte raison, car D.ieu se souvient de lui en pensée pour lui rappeler son nom, ainsi qu’il est dit : « En tout lieu où je ferai mention de mon nom, je viendrai à toi et je te bénirai » (Exode 20:24).
Si c’est seulement une personne qui siège et s’occupe de la Torah, c’est comme si les nombreux Rabbanim qui la perpétuent représentaient un niveau plus élevé que la prière de beaucoup. Car la prière du grand nombre ne rejoint pas, à vrai dire, le niveau des ‘hassidim qui la prolongent, comme par exemple la prière d’un seul grand ‘hassid — ce n’est pas comparable.
Les Rabbanim nombreux ne se prolongent pas dans la prière avec la même élévation, ainsi qu’il appert de ce que dit Rabbi Chim’on bar Yo’haï : par le mérite de la Torah, une communauté de ‘hassidim atteint en treize mesures ce que les Rabbanim atteignent à l’aide de trente-deux mesures.
La Torah révèle par en haut la lumière des Torah, et la mesure par laquelle la Torah est enseignée à de nouveaux niveaux — ainsi apprend-on de nouvelles choses dans la Torah qui illuminent des niveaux de plus en plus élevés.
Comme le dit la source première, c’est lui l’origine d’un niveau nouveau dans la Torah, car la Torah ouvre des portes sur de nouveaux sujets à l’intérieur d’elle-même, révélant ainsi toujours davantage la lumière de la Torah et sa saveur. C’est donc contre les treize mesures de la Miséricorde que la Torah est enseignée.
Comme le dit le Maguid de Mezeritch (dans l’introduction), que la rose de la Knesset Israël — ce qu’est cette rose, qu’elle soit elle-même libérée de tout ce qui l’accable — telle est notre responsabilité, car c’est par l’étude de la Torah que cela devient réalité.
L’étude de la Torah en général et en particulier — fondement essentiel
L’étude de la Torah en général et en particulier est l’essentiel de ce que la Torah accomplit par l’étude. C’est l’essentiel de ce que la Torah accomplit, et voilà le point central : le sujet de la prière est une élévation selon le niveau de l’élévation, qui est en soi le niveau de l’élévation de l’élévation.
La prière des nombreux Rabbanim est ce que les ‘hassidim atteignent par l’élévation de leurs propres prières. Voilà l’élévation que le « Moi » d’en haut leur communique — et la prière des Rabbanim est cette élévation qui n’est pas encore véritablement de l’ordre de l’élévation, ainsi que le dit ce maître.
Selon l’avis de certains, cela n’est pas dit ainsi. Ce n’est pas parce que cela ne correspond pas en valeur à l’élévation que cela serait communiqué du « Moi » d’en haut — non — car c’est l’élévation du « Moi » d’en haut par le biais de l’élévation de l’élévation.
C’est pourquoi il est juste que les ‘hassidim se réunissent et prient en leur propre nom dans l’ensemble de l’année, et de même les nombreux Rabbanim prient au nom de l’élévation de l’élévation.
C’est aussi ce que contient la Torah dans l’ensemble, à savoir la mesure de l’élévation vers le bas — c’est-à-dire ce qui n’est pas l’élévation vers le bas mais qui est quand même une élévation vers le haut.
Les ‘hassidim sont dans l’obligation de prier, car même si toute la Torah m’est étrangère, il faut que l’on s’occupe aussi de la prière, et l’essentiel est que l’on s’occupe de la Torah. Il faut que la Torah soit précisément la chose qui amène à la prière.
D’autant plus si l’élévation parvient précisément à cela — ce qui est dans la nature de l’être est bien le plus grand des niveaux d’élévation, et comme le dit ce maître en cent fois, car le travail de l’âme est le début du travail de l’élévation, et la raison du travail de l’âme est que ce soit fait par l’étude de la Torah.
Le Saint Béni Soit-Il a désiré avoir une demeure dans les mondes inférieurs
Le Saint Béni Soit-Il a désiré avoir une demeure dans les mondes inférieurs — ainsi que l’enseignent nos maîtres (Midrach Tan’houma) sur le verset d’Exode 25.
Ce monde a été ébranlé dès ses six jours de création, depuis les fondements jusqu’au ciel, et D.ieu a posé les piliers de la création depuis le commencement. Comme il est écrit : « Au commencement, D.ieu créa » — au commencement, c’est pour Israël qui est appelé commencement, et pour la Torah qui est appelée commencement.
C’est dans le but d’Israël que D.ieu créa les fondements du monde, afin qu’Israël puisse apprendre la Torah selon ce que D.ieu avait planifié. C’est donc la Torah qui est le fondement de la création du monde, et la Torah est ainsi l’ensemble des affaires du monde.
Comme notre maître a dit (Likouti Si’hot) : D.ieu a planifié d’apporter une Torah aux Nations au moment où Il a planifié que les enfants d’Israël recevraient la Torah en premier. Si Israël et les Nations la reçoivent mutuellement, la Torah serait alors pour eux l’ensemble de la lumière du monde.
Comme il est dit dans la Michée : « Car c’est de Sion que sortira la Torah, et la parole de D.ieu de Jérusalem. »
C’est pourquoi la lumière de la Mitsva se tient et protège de tout. Car c’est seulement par l’intellect que l’on voit cela d’un regard superficiel, et certains estiment — comme les Tsitsit et la Mezouza, et de même les autres Mitsvot — qu’il n’y a pas de différence entre elles, car en réalité les Mitsvot requièrent toutes d’être accomplies.
L’essentiel est que les Mitsvot soient accomplies par l’étude de la Torah, pour que l’on puisse reconnaître les hommes qui agissent au niveau exact de la pratique de la prière, qui ignorent les détails des lois en question et n’accordent pas foi aux détails des lois.
Il faut donc la purification des mains et les questions importantes de l’observance du Chabbat et autres lois similaires, et il faut étudier pour reconnaître ce que la Torah prescrit selon les lois divines.
C’est là l’essentiel de l’étude de la Torah dans l’ensemble et en particulier, qui se révèle par les nombreux Rabbanim et est la lumière de l’élévation en haut, qui transforme les habitudes naturelles et les instincts — et c’est ainsi que l’on acquiert de bonnes qualités.
Quand l’homme contemple la finalité de l’âme
Quand l’homme contemple et porte en son cœur que la finalité est que l’âme descende dans le corps en vue d’accomplir les Mitsvot et d’étudier la Torah, cette descente est au bénéfice de la montée supérieure.
C’est pourquoi elle est plus forte que toutes les entraves et les obstacles. Lorsqu’une seule chose amène à cela, c’est l’essentiel du dessein de D.ieu dans la plénitude de la Torah — c’est alors que l’homme s’éveille à la grande aspiration à s’approcher de D.ieu et à accomplir ses commandements par la Torah et les Mitsvot.
Il accomplit les Mitsvot intérieurement et la Torah est alors l’action réelle. Car la vérité est que la Torah est la mesure qui fait passer de la séparation entre l’étude de la Torah et l’étude de la Torah à quelque chose de plus élevé encore.
Voilà pourquoi il y a une séparation entre les nombreux Rabbanim et ceux qui s’occupent entre eux de la Torah — la Présence divine repose entre eux — même si cinq seulement. Car la prière des Rabbanim ne serait pas supérieure à la prière sans élévation en tous les jours de l’année, et de même, la Torah dans son ensemble doit s’occuper du service d’en haut pour les ‘hassidim.
Voilà ce que la Torah peut pour eux, car la mesure de l’élévation d’en haut est que la Torah leur soit donnée dans leur capacité — et c’est ce que D.ieu dit à Moïse, que tous les enfants d’Israël ont entendu de la bouche de D.ieu : « Je suis D.ieu ton D.ieu. »
Que l’on donne à Israël la Torah ainsi, de sorte que la Torah soit comme le trésor de chacun, car D.ieu dit à tous en termes généraux. Il y a seulement une distinction entre les nombreux Rabbanim et ceux qui siègent et s’occupent de la Torah entre eux — la Présence divine repose entre eux — même si un seul.
C’est lui qui s’occupe principalement de la Torah, et il a même mérité par lui-même de s’élever et de mériter mille fois ce mérite-là. Il est la source des bénédictions qui stimule les treize mesures de la Miséricorde, dont la Torah révèle par l’étude de ses niveaux que les Rabbanim la rendent apparente dans le bien en gros comme en détail.
Et qui influencera la bonne santé visible et cachée dans les enfants, la vie et la nourriture en abondance.
Ce récit constitue un témoignage saisissant de la répression religieuse menée par les autorités soviétiques dans les années 1920-1930. Le narrateur, qui semble être le rabbin Schneersohn, relate une tentative d’arrestation arbitraire dans un hôtel moscovite, orchestrée par Kratov, membre de la Yevsectsia – cette section juive du parti communiste bolchevique chargée de lutter contre la religion et les traditions juives.
Extrait du « Journal d’un combat en Russie Soviétique »
Rav Haim Mellul
Le document révèle les méthodes brutales employées contre les leaders religieux : intimidation, fouilles illégales, menaces de mort et d’emprisonnement. Il illustre également l’arbitraire qui régnait, où de jeunes militants zélés outrepassaient leurs prérogatives, terrorisant les populations au nom de l’idéologie révolutionnaire.
Le récit prend une tournure dramatique avec l’intervention providentielle de Bachkov, personnage mystérieux dont l’autorité supérieure fait immédiatement reculer les agresseurs. Ce retournement de situation, perçu par le narrateur comme une manifestation de la Providence divine, souligne la complexité des rapports de force dans l’appareil soviétique.
Au-delà de son intérêt historique, ce témoignage offre un éclairage précieux sur la résistance spirituelle face à l’oppression et sur la foi qui permet de surmonter l’épreuve de la persécution.
L’arrestation
L’irruption de Kratov
Tout à coup, la porte s’ouvrit et l’employé Kratov, accompagné de trois autres jeunes gens, fit irruption dans ma chambre. L’un d’entre eux portait l’uniforme de la police. Tous, à l’exception de Kratov, tenaient un revolver à la main. Kratov s’écria avec colère :
« Camarade Schneersohn, tu es prisonnier. Ne bouge pas. Si tu quittes ta place, nous tirerons et tu seras responsable de ta mort. Où sont tes affaires ? Nous allons les fouiller ! »
Bachkov observait la scène. Son visage devint plus rouge que le sang, mais il ne souffla mot. Moi, j’étais déjà habitué aux fouilles et aux propos menaçants de ceux qui venaient les faire. Je restai assis calmement et répondis :
« Mon petit sac est là et le grand est près de mon lit, derrière le rideau qui sépare le salon de la chambre à coucher. »
Les récits cruels de Kratov
Kratov ordonna à ses acolytes de chercher. Il prit lui-même place sur l’une des chaises et raconta comment il avait frappé des rabbins et des professeurs, cassé leurs dents, crevé leurs yeux. Dans sa ville natale, Amtsislav, dans la région de Mohliv, il y avait deux rabbins. L’un âgé de soixante-quinze ou quatre-vingts ans et le second d’une cinquantaine d’années. Ils avaient tous deux été attelés à la charrette qui transportait le fumier depuis l’étable de Kozma, le cordonnier. Le vieux rabbin ne pouvait tirer la charrette. Il s’arrêta, tomba à terre, se cassa le bras et le pied, et mourut le jour même. Le second tira la charrette jusqu’à ce que ses entrailles se détachent de lui. Il tomba à terre et reçut un coup de pied dans le ventre. Il se roula de douleur et mourut également deux jours plus tard.
La fouille et les menaces
Ses acolytes répandaient mes vêtements, fouillaient les poches, feuilletaient mes livres. Ils posèrent mes écrits sur la table. Kratov me demanda de me lever. Il fouilla les poches de mes vêtements et déposa ce qu’il trouva sur la table. Il dit :
« Nous, les jeunes athées, et nos amis, les jeunes communistes, nous détruirons les Juifs fanatiques, les rabbins et les enseignants. Nous les déracinerons et les ferons disparaître. Tel sera également ton sort, camarade Schneersohn. Deux voies s’offrent à toi. Tu seras mis au pied du mur et exécuté. Ou bien l’on t’enverra dans le désert de Salavki, dans lequel tu pourriras. »
L’intervention de Bachkov
Lorsque Kratov acheva de vérifier mes poches, il se tourna vers Bachkov et lui dit: « Et maintenant, camarade, debout. Nous te fouillerons également. Peut-être, et même sans doute, es-tu un émissaire du camarade Schneersohn pour construire des bains rituels, fonder des Hadarim, soutenir la contre-révolution, les rabbins, les enseignants et tout ce qui ressemble à cela. »
La leçon de droit de Bachkov
Bachkov répondit avec calme et froideur : « Camarades, il me semble que le camarade Schneersohn ne connaît pas les lois du pays, mais cela ne devrait pas être votre cas. » Il indiqua les références précises de la loi. « Celui qui vient établir une fouille ou une recherche, qu’il soit mandaté par la police ou par le K.G.B., doit présenter sa carte avec sa photo, attestant de sa qualité. Il doit également présenter son mandat de perquisition précisant le nom et l’adresse de celui qui doit être fouillé. S’il s’avère, à l’issue de cela, qu’il faut emprisonner quelqu’un, cela est possible, mais le mandat doit être rédigé en ce sens et signé par l’organisme mandant. En conséquence, montrez-moi votre carte et je saurai qui vous êtes. »
La colère de Kratov
Kratov s’emporta et se mit à hurler : « Je suis un membre de la Yevsectsia nommé par » – il donna le nom d’une certaine organisation dont je ne me souviens plus – « pour surveiller cet hôtel, ses employés, ses domestiques, ses locataires, ses visiteurs. En l’occurrence, un goinfre est arrivé » – il désigna sur la table les restes des fruits que j’avais mangés – « et ce chien » – il désigna Bachkov – « me demande encore mes papiers. Mets-toi debout et laisse-moi vérifier tes poches. Sinon, ma main ira abîmer ton visage crasseux, porc, fils de chien ! Camarades, au travail, nous venons de pêcher un gros poisson. »
Il mit la main sur l’épaule de Bachkov et dit : « Pour toi également, nous trouverons une place dans l’une des caves de l’hôpital de la rue Loubyanka. »
Bachkov dit alors : « Je demande le respect de la loi. »
Le retournement de situation
Kratov et ses amis rirent de bon cœur et s’approchèrent de Bachkov. L’un tendit la main pour le fouiller. Bachkov se leva alors avec colère. Il retira son chapeau de sa tête, prononça à haute voix un mot dont je ne savais pas le sens, puis il sortit sa carte. Le visage de Kratov devint blanc comme un linge. Ils reculèrent et se tinrent comme des blocs de bois, comme frappés par la foudre.
Bachkov jeta à Kratov : « Viens ici. Présente-moi ta carte. »
Kratov, avec une voix tremblante : « Ma carte est sur la table de la réception.
— Va la chercher. »
Il demanda aux autres également de venir lui présenter leur carte. Il nota leur nom dans son carnet. Il demanda le mandat de perquisition. Ils répondirent qu’ils n’en avaient pas. Celui-ci devait sans doute se trouver chez le camarade Kratov. Bachkov leur dit qu’ils pouvaient partir. Le lendemain matin, ils devraient se présenter au juge Yermalov, dans les bureaux du K.G.B.
L’humiliation de Kratov
Kratov présenta sa carte. Bachkov lui demanda :
« Où est le mandat de perquisition ?
— Je n’en ai pas. J’ai pris l’initiative de ceci car je dois surveiller les locataires et je soupçonne le camarade Schneersohn d’être un contre-révolutionnaire. J’ai donc le droit de faire cette recherche.
— Très bien, demain matin tu te présenteras au juge Yermalov, dans les bureaux du K.G.B. Il t’expliquera les lois d’une perquisition et l’on t’apprendra à parler aux gens. »
Kratov implora, mais Bachkov le coupa :
« Je désire achever ma conversation avec le camarade Schneersohn. Ne me retarde pas car je dois partir dans quelques instants. »
Les excuses de Bachkov
Bachkov me présenta des excuses pour ce qui s’était passé. Il m’expliqua que tout cela venait de jeunes irresponsables et inconscients. Il m’assura que pareille chose ne se reproduirait plus.
« Ce n’est pas ainsi que la situation s’améliorera, dis-je. Nous savons que toutes les poursuites viennent de la Yevsectsia, essentiellement composée de jeunes inconscients.
— Si pareille chose vous arrive encore une fois, faites-le-moi savoir à mon domicile ou à cette adresse. »
Il me tendit une adresse et partit. Je fermai la porte de ma chambre et priai Arvit. Je méditai sur la Divine Providence. Je venais de voir de mes yeux un véritable dévoilement de Dieu. Je me souvins du rêve que j’avais fait samedi soir, lorsque j’étais venu à Moscou.
Les tentatives de Kratov
Par deux fois, j’entendis frapper à la porte de ma chambre et ne répondis point. J’étais sûr que Kratov ou l’un de ses amis me demanderait d’intervenir en leur faveur et je ne désirais pas les voir. Puis le téléphone sonna. Je ne répondis pas tout d’abord, mais, à la quatrième sonnerie, je décrochai le combiné.
« Qui est-ce ?
— Kratov. J’ai frappé à votre porte et vous n’avez pas répondu. Je voudrais vous parler quelques instants.
— Je suis maintenant très occupé. Je dois partir très bientôt. Je reviendrai à une heure tardive.
— Seulement quelques instants.
— Je m’excuse, c’est impossible. »
Je raccrochai le téléphone. Je me préparai et allai à la réunion fixée à onze heures.
La supplication dans le couloir
Dans le couloir, Kratov m’attendait et me supplia de plaider en sa faveur. Il s’engageait à me protéger à partir de maintenant. Il me ferait savoir tout ce qui était dit au bureau de la Yevsectsia afin que je prenne garde. Il avait un groupe d’amis soumis à son autorité et tous s’emploieraient à me faire du bien. Il me fallait savoir ce que complotait la Yevsectsia et lui et ses amis pouvaient m’être très utiles maintenant. Il m’assurait, si je plaidais en sa faveur, que lui et ses amis me tireraient de nombreux tracas.
« Je ne veux pas me mêler de tout cela.
— Vous tomberez dans le filet des pièges que vous tendra la Yevsectsia.
— Il est impossible de fuir devant les ennuis. Si Dieu le veut, Il trouvera le moyen de me sauver. En tout état de cause, je ne ferai pas, pour cela, ce qui est le contraire de la vérité, de la justice et de mes propres idées.
— Vous vous réjouissez de mon malheur.
— Je ne me réjouis pas, mais je ne suis ni triste ni soucieux. »
La réunion au Kremlin
Encore sous l’effet de l’événement que Dieu venait de me faire vivre, par Sa Providence, je me dirigeai vers la place du Kremlin. Je vis qu’il ne restait que dix minutes pour l’heure fixée. Je pris une voiture et me rendis au rendez-vous.
En arrivant, je trouvai tous les membres. Le Rav Z…, avec sa grande précision, avait déjà écrit un compte-rendu détaillé qui fut accepté en une demi-heure. Les membres du comité pensent repartir demain, mercredi. Le Rav Z… pense rester jusqu’à dimanche. Avec l’aide de Dieu, je partirai dans la nuit de mercredi à jeudi. Nous nous dîmes au revoir. Les rabbins M…, K…, G…, M… et Z… partirent séparément, l’un après l’autre. N.G… et moi partîmes les derniers, nous nous saluâmes et nous nous quittâmes.
La promenade nocturne
L’heure était tardive mais j’étais ému. J’avais mal à la tête. Je me dis que l’air frais et la clarté de la lune me calmeraient. Je décidai de me promener. Je trouvai une bonne voiture. Je me rendis à la forêt Sakolniki et, une demi-heure plus tard, je revenais à mon hôtel, à St Warwarskaya.
Le concept de dévouement absolu (mesirout nefesh) est souvent perçu comme héroïque et exceptionnel. Cependant, l’enseignement hassidique nous révèle sa pertinence dans notre vie de tous les jours. Explorons comment ce principe fondamental peut transformer notre approche du judaïsme au quotidien.
Le concept de dévouement absolu
Le concept de dévouement absolu semble être quelque chose de très élevé lorsque nous en parlons. Le dévouement absolu, le sacrifice de soi, fait partie intégrante de l’histoire du peuple juif. À travers les générations, les Juifs ont donné leur vie pour sanctifier le nom de D.ieu, résistant à de dures épreuves lors de l’Inquisition, en Russie soviétique, et à diverses époques de l’histoire. Ils ont pratiqué ce dévouement pour préserver la braise juive, protéger le judaïsme et la foi.
Le dévouement absolu aujourd’hui
Mais aujourd’hui, pouvons-nous aussi vivre ce dévouement absolu ? Qu’est-ce exactement que le dévouement absolu dans le monde où nous vivons aujourd’hui ? Certes, si nous regardons les soldats qui sont en guerre et qui risquent leur corps et leur âme pour le peuple d’Israël, nous voyons des Juifs qui donnent vraiment leur vie pour notre nation, qui sacrifient leur vie pour sauver d’autres Juifs. Ce que nous avons vu ces derniers mois révèle des phénomènes extraordinaires de dévouement absolu.
Au-delà des moments extrêmes
Cependant, la question se pose : le dévouement absolu ne concerne-t-il que ces moments extrêmes ? N’existe-t-il que dans les moments où l’on donne son corps, sa vie ? En réalité, la doctrine hassidique nous enseigne un nouveau type de dévouement absolu : le dévouement absolu dans la vie quotidienne. Un dévouement qui vient de l’intérieur, même dans les moments calmes, en temps de repos, dans la vie de tous les jours.
L’exemple du Rabbi précédent
C’est ce que nous découvrons à travers l’exemple du Rabbi précédent, dont nous célébrons la libération les 12-13 Tamouz. Le Rabbi précédent, né un Chabbat 12 Tamouz en 5640 (1880), fut également libéré de sa célèbre incarcération le 12 Tamouz 5687 (1927), jour de son 47ème anniversaire. Il avait été emprisonné en Russie soviétique pour avoir maintenu avec un dévouement absolu la braise du judaïsme pendant ces années difficiles où l’étude de la Torah était interdite, où l’ouverture de yeshivot, d’écoles, de heders pour enfants et de mikvés était prohibée. Il se tint seul, sans péché et sans peur, face à un gouvernement puissant, jusqu’à son arrestation avec la menace d’une condamnation à mort.
Le grand miracle du 12 Tamouz, qui devint la fête de la Délivrance, symbolise plus que tout le dévouement absolu incarné par le Rabbi précédent. Plus tard, après avoir quitté la Russie, il continua avec un dévouement absolu jusqu’en Amérique. À cette époque, l’Amérique était un désert spirituel du point de vue juif, où il était presque impossible de mener une vie juive normale. Là aussi, il fonda et construisit des institutions éducatives et de Torah, d’abord en Amérique, puis dans le monde entier.
L’histoire fondatrice : la ligature d’Isaac
Pour comprendre comment traduire ce concept dans la vie quotidienne aujourd’hui, le Rabbi précédent nous raconte une histoire fondatrice de sa propre vie. À l’âge de 15 ans, en 5655 (1895), le 12 Tamouz, son père le Rabbi Rachab l’emmena visiter la tombe sacrée du Tsema’h Tsedek et du Rabbi Maarach à Lubavitch. Dans la petite synagogue près de la tombe, le Rabbi Rachab ouvrit l’Arche Sainte et, avec des larmes chaudes dans les yeux, expliqua à son fils qu’il l’emmenait à « la ligature d’Isaac » – le moment où Abraham amena son fils Isaac au niveau de dévouement absolu, donnant au peuple juif le pouvoir du sacrifice.
L’enseignement du Tanya : « Elle se ceint de force »
Le Rabbi Rachab étudia alors avec son fils une partie du Tanya sur « Elle se ceint de force », expliquant que les reins, qui soutiennent tout le corps, symbolisent chez un Juif le dévouement absolu. Cette force soutient tout le corps spirituel d’un Juif : la Torah, les commandements, la foi. Puis il enseigna à son fils la définition essentielle du dévouement absolu en yiddish : ** »Azoy un nit andersh »** (Ainsi et pas autrement). Cette expression signifie qu’il n’y a pas de place pour autre chose, il ne peut en être autrement.
« Ainsi et pas autrement » : la signification profonde
À partir de ce moment, une nouvelle ère commença dans la vie du Rabbi précédent – l’ère du dévouement absolu, ainsi qu’il vécut jusqu’à son dernier jour. Mais que signifie concrètement « ainsi et pas autrement » ? Cela révèle qu’un Juif a un lien intérieur avec le Saint, béni soit-Il, qui dépasse les connections pratiques, émotionnelles ou intellectuelles. Au-delà du lien pratique (accomplir les commandements), du lien émotionnel (aimer D.ieu, avoir la crainte du Ciel) et du lien intellectuel (étudier la Torah, comprendre la grandeur divine), il existe un lien essentiel où « Israël et le Saint, béni soit-Il, sont un ».
Le lien essentiel indestructible
Dans ce lien essentiel, mon âme est vraiment une partie de D.ieu d’en haut. Si le Saint, béni soit-Il, est ma réalité véritable, alors il ne peut en être autrement. Les connexions basées uniquement sur l’intellect, l’émotion ou l’action peuvent faiblir lors d’épreuves – quand je ne comprends pas, quand je ne ressens pas, quand les choses deviennent difficiles, quand la vie ne va pas comme je le veux. Mais la connexion essentielle demeure inébranlable.
L’enseignement de l’Admour Hazaken
L’Admour Hazaken exprima cette force par son célèbre adage : « Un Juif ne veut pas et ne peut pas être séparé du Saint, béni soit-Il. » Cette séparation est impossible car c’est une seule essence. Comme une personne ne peut se séparer de sa propre vie, le Juif ne peut se séparer de D.ieu. Il n’y a pas besoin d’explications – c’est ainsi, c’est la vie même.
Le choix mutuel et éternel
Le verset dit : « Heureux le peuple pour qui il en est ainsi, heureux le peuple dont l’Éternel est le D.ieu. » Ce « ainsi » représente cette connexion, cette force, cette obstination juive – « ainsi et il ne peut en être autrement ». Le choix que le Saint, béni soit-Il, a fait du peuple d’Israël n’est pas basé sur la raison ou les mérites, mais c’est un choix essentiel, où D.ieu dit : « Les remplacer par une autre nation est impossible, Je ne peux pas. » Ce lien est éternel, essentiel, inconditionnel et inchangeable.
La mise en pratique quotidienne
De même, nous choisissons le Saint, béni soit-Il, de la même manière – avec cette profondeur qui dit : « C’est ainsi et il ne peut en être autrement. » Ce mouvement, ce sentiment de dévouement absolu doit s’enraciner en nous à chaque instant, à chaque moment de notre vie. Le dévouement absolu n’est pas seulement pour les moments extrêmes, mais une réalité intérieure constante qui guide notre existence quotidienne, même dans les lieux de confort et les moments calmes.
Le Rav Asher Perkash est né en 1971 à Jérusalem. Son père, le Rav Yekutiel Farkash, est l’un des grands rabbins ‘Habad de la ville. Sa famille descend du Rav Amram Blau, l’un des leaders des Natorei Karta, et au fil des années s’est rapprochée du ‘hassidisme ‘Habad. Il a étudié à la yechiva Torat Emet puis à la yechiva Toumkhei Temimimim de Montréal où il était proche du machpia (guide spirituel) Rav Mena’hem Zev Greenglass. Entre 1990 et 1992, il faisait partie des étudiants envoyés à la yechiva Toumkhei Temimim de Melbourne en Australie. En été 1992, il est retourné étudier à la yechiva centrale Toumkhei Temimim au 770. Après son mariage en 1994 avec Reina, la fille du philanthrope et activiste ‘hassidique Rav Eliezer ‘Haim Lapidot, il a été nommé Machpia principal à la grande yechiva de Buenos Aires, où il a formé des centaines d’élèves fidèles. Le Rav Asher Farkash est un Machpia éminent dont beaucoup affluent pour écouter ses cours limpides et ses réunions ‘hassidiques inspirantes partout où il passe. En 2022, une chaîne YouTube a été lancée où sont publiés ses nombreux cours de ‘Hassidout. En 2023, le Rav Asher Farkash a commencé à donner un cours hebdomadaire en hébreu qui confère un sens intérieur et une vitalité à la Torah et aux mitsvot, dans un style accessible à tous. Parmi ses cours les plus célèbres figurent les cours sur les maamarim (discours ‘hassidiques) « Bati LeGani » qui sont étudiés pendant la période du 10 Chevat dans les communautés Habad et les yechivot Habad.
Avi Piamenta est l’un des musiciens hassidiques les plus emblématiques de ces dernières décennies. Ce virtuose de la flûte traversière, qui avait eu l’honneur de jouer à de nombreuses reprises devant le Rabbi, s’est éteint vendredi soir à l’âge de 69 ans. Sa mort brutale survient une semaine après avoir participé aux commémorations du Guimel Tamouz dans les cours saintes de Crown Heights.
Avi Piamenta, musicien hassidique de renom international, est décédé subitement le vendredi 8 Tamouz 5785 à l’âge de 69 ans. Né à Jérusalem dans une famille traditionnelle, il avait fondé avec son frère Yossi le célèbre « Groupe Piamenta » après la guerre de Yom Kippour. Devenu progressivement un hassid Habad, il avait développé une relation privilégiée avec le Rabbi et s’était produit pendant des années lors des grandes célébrations hassidiques à Crown Heights et au 770. Après avoir vécu à New York, il s’était installé à Kfar Habad en Israël où il résidait jusqu’à sa mort.
Des débuts musicaux à Jérusalem
Né le 27 Chevat 5716 (1956) à Jérusalem au sein d’une famille jérusalémite traditionnelle, Avi Piamenta grandit dans un environnement éloigné de l’observance religieuse stricte. Dès son plus jeune âge, il manifeste un talent exceptionnel pour la musique, apprenant le piano et la flûte traversière qui deviendra sa signature artistique.
À l’âge de 17 ans, le jeune prodige rejoint son frère aîné Yossi Piamenta, guitariste déjà reconnu, pour former un duo musical prometteur. Ensemble, ils commencent à se produire dans différents concerts, posant les bases de ce qui deviendra l’une des formations musicales juives les plus influentes de leur génération.
L’émergence du phénomène Piamenta
Une année après la guerre de Yom Kippour, les frères Piamenta créent officiellement le « Groupe Piamenta », une formation qui connaîtra rapidement un succès retentissant dans le monde de la musique juive. Leur style unique, mêlant mélodies traditionnelles hassidiques et arrangements modernes, séduit un public de plus en plus large.
« Le groupe Piamenta a révolutionné la musique hassidique en y apportant une dimension contemporaine sans trahir l’essence spirituelle », témoigne un proche de la famille. Cette approche novatrice leur vaut une popularité considérable et ouvre la voie à une nouvelle génération de musiciens juifs.
Le chemin vers la spiritualité
Au fil des années, Avi Piamenta développe un lien de plus en plus profond avec la spiritualité hassidique. Sa progression vers l’observance religieuse l’amène naturellement vers le mouvement Habad, où il trouve l’équilibre parfait entre sa passion musicale et sa quête spirituelle.
Son frère Yossi suit ses traces dans cette démarche de techouva, et progressivement, la majeure partie de leur famille adopte le mode de vie hassidique. Cette transformation spirituelle collective conduit la famille Piamenta à s’installer dans le quartier emblématique de Crown Heights, cœur battant du mouvement Habad mondial.
Une relation privilégiée avec le Rabbi
La rencontre entre Avi Piamenta et le Rabbi marque un tournant décisif dans sa carrière artistique. Au-delà de la simple admiration mutuelle, se développe une véritable relation de guidance spirituelle, le Rabbi prodiguant au musicien des conseils précieux concernant son travail et sa mission.
Cette proximité avec le dirigeant spirituel de Habad confère à Rav Piamenta une légitimité particulière dans le monde hassidique. Ses performances deviennent des moments de communion spirituelle, transformant chaque concert en expérience mystique partagée.
Les années de gloire à Crown Heights
Pendant de nombreuses années, les frères Piamenta deviennent les musiciens attitrés des grandes célébrations hassidiques de Crown Heights. Leurs prestations lors des festivités de Sim’hat Beth Hachoéva marquent les esprits et établissent leur réputation de virtuoses capables d’élever les âmes par leur art.
Régulièrement, ils se produisent au célèbre 770, siège mondial du mouvement Habad, lors des défilés de Lag BaOmer et d’autres occasions festives. L’une de leurs performances les plus mémorables a lieu le 5 Tevet 5747, lors de l’annonce d’une nouvelle particulièrement joyeuse pour la communauté.
Le retour aux sources en Terre Sainte
En 5751 (1991), un changement majeur s’opère dans la trajectoire des frères Piamenta. Yossi décide de retourner en Israël pour y poursuivre sa carrière musicale, tandis que Avi choisit initialement de demeurer à New York, où il s’est construit une vie et une carrière florissantes.
Quelque temps plus tard, l’appel de la Terre Sainte se fait également sentir pour Avi, qui prend la décision de s’installer à Kfar Habad. Ce village emblématique, fondé par les premiers émissaires du Rabbi en Israël, devient son nouveau foyer et le cadre de ses dernières années de création artistique.
Une fin soudaine après un pèlerinage spirituel
La semaine précédant sa disparition revêt une dimension particulièrement symbolique. Commencée le jour du Guimel Tamouz, date anniversaire du décès du Rabbi, cette période voit Rav Piamenta effectuer un véritable pèlerinage spirituel dans les lieux saints de Crown Heights.
Dimanche, il participe encore activement à un rassemblement d’enfants au 770, où sa flûte enchante une dernière fois son public. « Il était rayonnant et plein d’énergie », se souvient un témoin de cette ultime performance. Vendredi soir, de manière totalement inattendue, son cœur s’arrête, emportant avec lui l’une des voix musicales les plus pures du monde hassidique.
Un héritage musical et spirituel
Avi Piamenta laisse derrière lui son épouse Yehoudit, que D.ieu la préserve, ainsi qu’une nombreuse descendance : ses enfants Yehouda de Crown Heights, Génia Sved du Mexique, Rivka Eichler de New Haven, Mouchka de Monsey, ‘Hanna Atar du Nicaragua, Mendy de New Haven, Dovi de New Haven, et de nombreux petits-enfants qui perpétueront son héritage.
Au-delà de sa famille, c’est toute la communauté hassidique mondiale qui perd en Avi Piamenta un artiste exceptionnel, capable de transformer chaque mélodie en prière et chaque concert en moment de transcendance spirituelle.
Le 15 Sivan 5687 (1927), commença l’incarcération bien connue du Rabbi Rayats. Au milieu de la nuit, il fut arrêté dans sa maison, à Leningrad et conduit à la prison Shpolerki, accusé d’avoir agi, avec abnégation, pour maintenir vivace la flamme du Judaïsme en Union soviétique.
Par le Rav Haim Mellul
Les autorités voulurent condamner le Rabbi Rayats à la peine capitale, mais, grâce à différentes démarches et à la bonté de D.ieu, celle-ci fut commuée d’abord en dix ans d’exil dans les îles slovaques, puis en trois ans d’exil à Kostroma.
Le 3 Tamouz, le Rabbi Rayats fut effectivement exilé à Kostroma, mais, peu après, le 12 Tamouz, sa libération définitive lui fut signifiée. Le 13 Tamouz, il quitta Kostroma pour rejoindre la cour de Loubavitch, à Leningrad. Quelques semaines après cette libération, au lendemain de la fête de Soukkot 5688 (1927), le Rabbi quitta la Russie et il parvint à Riga, en Lettonie.
La libération du Rabbi et son départ de Russie reçurent, par la suite, une signification plus importante et plus large, parce qu’une période nouvelle commença, grâce à cela, dans son œuvre et dans l’influence qu’il exerçait dans son entourage, y compris auprès des nations du monde et, notamment, en France.
Le Rabbi, chef de notre génération, évoqua cette importante signification, dans l’une de ses causeries, qu’il prononça à l’occasion de la fête de la libération, le 12 Tamouz 5749 (1989), qui était, cette année-là, le saint Chabbat Parchat ‘Houkat – Balak. Un important groupe d’invités de France, revenu à la pratique de la Torah et des Mitsvot grâce à ses émissaires, se trouvait alors chez le Rabbi.
Lors de cette réunion ‘hassidique, le Rabbi établit un lien entre l’arrivée de ces invités, venus de France et la libération du 12 Tamouz. Il développa, en particulier l’explication suivante(5) :
« On sait la relation que l’Admour Hazaken avait avec la Russie et la France. Quand ces deux pays étaient en guerre, il voulut la victoire de la Russie, contre la France, car la situation morale des enfants d’Israël, pour tout ce qui concerne leur crainte de D.ieu, serait meilleure sous l’autorité de la Russie que sous celle de la France.
On peut observer concrètement qu’en toutes les générations, depuis le Baal Chem Tov, jusqu’à mon beau-père et maître, le Rabbi, chef de notre génération, pendant les premières années de sa direction des ‘Hassidim, la révélation et la diffusion de l’enseignement de la ‘Hassidout se faisaient précisément en Russie.
Il en résulte que, même après la libération de l’Admour Hazaken, le 19 Kislev, lorsque : ‘l’Eternel a accompli des merveilles aux yeux des princes et de toutes les nations, dans toutes les provinces du Roi’, la transformation de la France n’avait pas encore été réalisée. Ce pays était et il restait dans une situation inférieure, par rapport à ce que doit être un comportement basé sur la crainte de D.ieu, selon la voie de la ‘Hassidout.
En la matière, un fait nouveau a été introduit par le chef de notre génération. Avant même de prendre la direction des ‘Hassidim, il a agi en France et il a transformé le pays. Quand il quitta la Russie, après la libération des 12 et 13 Tamouz, il envoya des émissaires et des manuscrits de ‘Hassidout, en France.
Par la suite, ce processus s’amplifia, jusqu’à ce jour et l’on peut observer concrètement, ces dernières années, la grande action de diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur, qui est réalisée en France. De nombreux Juifs s’y sont rapprochés de la Torah et du Judaïsme. Ils se sont attachés au chef de la génération, à celui dont nous célébrons la libération. Désormais, ils étudient son enseignement.
Ils sont ainsi devenus des « lumières pour éclairer », en se consacrant à la diffusion de la Torah et du Judaïsme, à la diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur, au point d’agir également sur les nations du monde qui se trouvent dans ce pays, afin qu’elles mettent en pratique les sept Mitsvot des descendants de Noa’h.
Cela veut dire que la libération du 12 Tamouz souligne l’action et l’influence exercée sur les nations du monde, y compris les plus basses, jusque dans le pays duquel l’Admour Hazaken craignait l’impact et l’autorité sur la situation morale des enfants d’Israël.
De cette façon, a été conduite à son terme la préparation de la délivrance véritable et complète, lorsque, d’une manière concrète et évidente, la Résidence de D.ieu, béni soit-Il, sera parmi les créatures inférieures, les plus inférieures qui soient. »
Révélation de Celui Qui possède la vie éternelle dans les domaines du monde
A la suite de ces propos, le Rabbi établit un lien également entre la délivrance du Rabbi Rayats, le 12 Tamouz et l’arrivée de ces personnes qui avaient été rapprochées de la pratique juive en France. Le Rabbi dit ceci :
« Tout ce qui vient d’être exposé est encore plus clairement souligné parce que, dans cette réunion ‘hassidique en l’honneur de la fête de la libération du 12 Tamouz, dans les quatre coudées de celui dont nous célébrons la libération, se trouve un groupe de Juifs venus de France, qui ont été rapprochés de la Torah et des Mitsvot telles qu’elles sont pénétrées du luminaire de la Torah, l’enseignement de la ‘Hassidout, en conséquence du fait nouveau qui a été introduit par celui dont nous célébrons la libération, dans la diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur.
Il est donc judicieux de les honorer en leur demandant de dire Le’haïm et un chant joyeux, l’hymne de la France qui a été transformé en sainteté. On notera que cet honneur est, en outre, une forme d’hospitalité. Cependant, ils le feront, non pas en tant qu’invités, mais comme des maîtres de maison, qui, notamment, seront rejoints par tous les présents, qui chanteront avec eux.
On rappellera que ces jours-ci marquent le bicentenaire de la révolution française, dont l’Admour Hazaken craignait les conséquences. Et, ceci a également été transformé en sainteté. On obtient, de cette façon, la révolution française dans sa dimension positive, la diffusion de la Torah et du Judaïsme, la diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur, en France.
Ceci s’exprime aussi dans l’hymne de la France, un chant révolutionnaire, que l’on transforme en sainteté, ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’, comme c’est le cas pour la marche de Napoléon, que de nombreuses communautés des enfants d’Israël ont coutume de chanter à la fin et à la conclusion du jour sacré de Yom Kippour.
Et, l’on consultera, à ce propos, le Sefer Ha Si’hot 5703 selon lequel l’Admour Hazaken demanda qu’on lui fasse connaître la marche avec laquelle les Français avaient traversé la frontière russe. On le chanta donc devant lui et il constata que c’était une marche de victoire. Il resta alors profondément concentré, puis il conclut qu’au final, on emporterait la victoire.
Cette marche est chantée sur les mots : ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle… la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’. La signification de ces mots indique le dévoilement et la révélation de ‘Celui Qui possède la vie éternelle’ dans tous les domaines du monde, qui sont figurés par les vingt-deux lettres de l’alphabet, de l’Aleph jusqu’au Tav, par lesquelles le monde fut créé, ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle… la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’.
Puisse D.ieu faire que ce qui vient d’être dit se renforce chez les membres de ce groupe, avec tous les participants à cette réunion ‘hassidique, au sein de tous les enfants d’Israël, où qu’ils se trouvent.
Et, que ceci se renforce encore plus quand ils rentreront chez eux. Ils étendront ainsi leur action au monde entier, depuis : ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’ jusqu’à : ‘la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’. »
A l’issue de ces propos, le Rabbi s’adressa au groupe d’invités venus de France et il leur dit, en français :
« Que tous les invités venus de France pour la fête de la libération soient les bienvenus. Vous aurez l’honneur de chanter votre chant, ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’ jusqu’à : ‘ la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’.
Lorsque vous rentrerez chez vous, vous diffuserez le message selon lequel : ‘‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’ jusqu’à : ‘la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’. Tout ceci sera dans la joie et dans l’enthousiasme, avec un bon Mazal, d’une manière fructueuse et bénie. »
Le Rabbi commença ensuite à chanter Ha Adéret Ve Ha Emouna. Concrètement, ces propos du Rabbi sur la signification de la libération du Rabbi Rayats, le 12 Tamouz 5687 (1927) et sur le lien qui peut être établi entre cette délivrance et l’action du Rabbi Rayats en France, permettent de comprendre plus profondément l’action importante qui fut menée par le Rabbi Rayats en France, pendant la décennie qui suivit sa libération.
Comme on le montrera ci-dessous, le Rabbi Rayats, pendant ces dix ans, se rendit en France, à Paris à de multiples reprises. Il mena une intense action auprès de personnalités et de dirigeants français. Il prit l’initiative d’organiser des réunions de Torah et de ‘Hassidout.
Le Rabbi Rayats diffusa lui-même la ‘Hassidout en France. Il intervint également par l’intermédiaire de son gendre, le Rabbi, chef de notre génération, de ses émissaires et de ses ‘Hassidim. De nombreuses actions furent menées de cette façon. Toutes furent, comme le souligna le Rabbi, une conséquence de sa libération du 12 Tamouz 5687 (1927).
Par Israël Goldberg Extrait de Prince d’Israël – Le journal de Rabbi Yosseph Yits’hak Schneerson de Loubavitch (L’Harmattan, 2009).
Le Rabbi affronte l’interrogatoire de haut1 :
– C’est la première fois que je pénètre en un lieu où on ne se lève pas à mon entrée.
– Où te crois-tu ?!
– Dans une bâtisse sans Mezouzah. Chez nous, ce sont les latrines ou les étables.
– Enlève ton châle de prière.
– Si vous y touchez, l’interrogatoire est clos. Je ne répondrai plus rien. Plus tard, il exige à nouveau son talith et ses Tephilines.
– Ils ont fini à la poubelle.
– Vermine !
– Tu seras fusillé dans les vingt-quatre heures.
– D.ieu aidera…
Deuxième interrogatoire, cette fois, dans sa cellule. Sommé de se lever, il refuse. Interrogé en Russe, il ne répond qu’en yiddish. Les coups pleuvent, sans résultat.
Entrée d’un deuxième groupe. Averti de la séance qui l’attend, il se contente de hausser les épaules.
La troisième fois, les guépéistes cèdent.
– Levez-vous, Rebbe. Sinon, ils vous frapperont tellement qu’en fin de compte vous y serez contraint.
Loulov, sans s’en rendre compte, a parlé en yiddish. Mais le Rabbi ne répond plus.
Pendant ce temps, les Hassidim s’activent. Au matin de l’arrestation, une assemblée s’est réunie avec tous les responsables communautaires de Leningrad. Le choix est apparemment simple : alerter l’opinion mondiale ou agir seulement à l’intérieur de l’URSS ? En réalité, rien n’est évident : la crise entre la Russie et l’Occident est ouverte. L’Angleterre vient de rompre les relations diplomatiques. Au sommet de l’appareil, Staline souhaite une radicalisation qui lui servirait de prétexte à éliminer les restes de son opposition interne. Une psychose de guerre est orchestrée, encore intensifiée par l’assassinat du plénipotentiaire soviétique en Pologne, qui dénonce l’imminence d’une croisade capitaliste… La vague d’exécutions dans les lieux pénitentiaires ne fait que s’insérer dans un processus global.
L’Assemblée de Leningrad renonce aux pressions étrangères.2
Le jeudi 16 juin, Shmaryahou Gourarié, gendre du Rabbi, gagne Moscou, Ambiance lourde. Sitôt exclue l’option de l’appel à l’étranger, un nouveau dilemme a surgi : agir au plus haut niveau de l’État soviétique ou te contenter de contacter des individuels de la Guépéou ?… La Guépéou a la réputation d’anticiper les exécutions pour devancer les pressions… Nul n’est prêt à assumer ce risque.
La deuxième ligne est adoptée : des individuels modérés de la police politique seront contactés secrètement.
Mais le samedi 18 juin – quatrième jour de l’arrestation –, le Bureau est informé que l’exécution n’est qu’une question de jours…
Toute retenue s’avère dès lors vaine.
Le soir même, le Bureau rabbinique déclenche une campagne nationale. Des pétitions circulent dans toutes les communautés et des dizaines de télégrammes affluent sur les bureaux de Kalinine du chef de la Guépéou, Majanski. Majanski et Rykov sont aussi contactés personnellement, mais refusent de recevoir la délégation. Celle-ci se tourne alors vers Catherine Pechkova, la présidente de la Croix Rouge soviétique. Épouse divorcée de l’écrivain Maxime Gorki, lui-même connu pour son philosémitisme, c’est une humaniste engagée dans la défense des détenus politiques. Elle promet d’intervenir et contacte Majanski.
La nouvelle a aussi filtré à l’étranger. Aux États-Unis, le sénateur Borah, chef de la commission des affaires étrangères, interpelle le congrès. Les grands Rabbins d’Angleterre, d’Allemagne, de Palestine expédient des télégrammes. Dans les synagogues d’URSS, on organise des jeûnes publics et des lectures collectives de psaumes.
La communauté juive d’Allemagne est la plus active : les deux grands rabbins de Berlin, le réformé Léo Bock et l’orthodoxe Hidelsheimer contactent Oskar Kohn, député socialiste, proche des milieux sionistes de gauche, ancien compagnon de Lénine. Kohn interpelle Stresemann, alors ministre des Affaires étrangères, qui convoque Krestinski, l’ambassadeur soviétique…
Catherine Pechkova, de son côté, est reçue par Majanski et obtient in extremis la commutation de la peine de mort en dix ans de déportation.
Pour les Hassidim, c’est le sursis.
Dans la cellule de la Shpolerka, les conditions de détention évoluent également. Après 24 heures de grève de la faim, le Rabbi a retrouvé ses Tephilines. Il conserve la même stratégie et se montre absolument rétif à toutes les normes pénitentiaires : refus de travailler, de dormir en temps voulu, de participer aux promenades, de boire tant qu’il n’est pas sûr que le récipient soit « casher », d’effectuer sa part de corvée… Il passe par contre des heures à prier et à chanter, donne des leçons de Hassidisme à ses codétenus, rédige mémoires et impressions sur du papier à cigarette – malgré l’interdiction d’écrire.
Curieusement, les gardiens laissent faire.
Lors de l’ultime interrogatoire, c’est lui qui accuse Nahmanson et Loulov de propager l’antisémitisme et les avertit solennellement que celui-ci finira par les emporter. Loulov ricane ; Nahmanson se tait…
À l’inculpation pour crimes contre-révolutionnaires, il oppose sa campagne en faveur des colonies, « célèbre dans le monde entier », et dénonce une nouvelle affaire Beilis « qui ne réussira pas plus que la première ».
Il a aussi obtenu qu’on lui livre ses habits de fête…
Le départ en déportation est fixé au 29 juin, 19 heures. Une foule se rassemble à l’heure dite devant la porte de la Shpolerna. Mais le Rabbi ne sort pas. Il a été extrait de la liste des condamnés une heure avant le départ du convoi pour Solovki.3 Catherine Pechkova a encore obtenu la grâce.
Au moment où le convoi s’ébranle, il est appelé à la direction. Loulov lui montre la sentence. La peine de mort est rayée de rouge ; la sentence de déportation est suivie d’un « Niet ».
En dessous, souligné : trois ans de relégation à Kostrama, dans l’Oural.
– Reconnaissez le Congrès national et vous êtes libre, propose Loulov.
Refus.
Messing, le chef de la Guépéou de Leningrad, et Loulov ont exprès fixé le départ au jour du Shabbat.
Le Rabbi refuse alors de sortir de la Shpolerna. Une ultime intervention de « la Pechkova » auprès de Majanski sauve encore la situation : le départ est repoussé au dimanche.
Le dimanche 3 juillet, troisième jour du mois de Tamouz, après dix-huit jours d’incarcération, il est autorisé à visiter sa famille. Le train partira à 20 heures. La Guépéou ferme les guichets pour empêcher les Hassidim de le prendre d’assaut. Ils sont néanmoins des centaines à attendre sous le hall de la gare. Escorté d’une garde armée, le Rabbi s’installe dans son compartiment accompagné de son gendre, de sa fille cadette et d’un Hassid.
Sur le marchepied, il gronde encore :
« Ce n’est pas de notre propre gré que nous avons été exilés de la terre d’Israël. Ce n’est pas par nos forces que nous y reviendrons… Sachez seulement, peuples du monde, que seuls nos corps sont soumis à l’exil. Nos âmes, elles, sont restées libres. Nous devons proclamer haut et fort que pour tout ce qui est de notre spiritualité, ses lois et ses coutumes, nul ne nous imposera ses vues et nul pouvoir au monde ne pourra nous asservir…
Il est de notoriété publique que la loi autorise la transmission du judaïsme. C’est seulement une haine perverse qui nous mène aux prisons et aux bagnes…
Mais nous devons garder en mémoire que les prisons et les camps ne sont que temporaires. La spiritualité… demeure, elle, éternellement… »
Le voyage dure 24 heures. Kostrama, à l’extérieur de l’ancienne zone de résidence, ne possède qu’une petite communauté. Le Rabbi y organise d’emblée une classe pour les enfants et y fait restaurer le bain rituel…
Neuf jours plus tard, le 12 juillet, il se rend au poste de police pour le pointage hebdomadaire. C’est également, cette année-là, le douzième jour du mois de Tamouz, son quarante-septième anniversaire – un jour qui, traditionnellement, porte chance…
Le guépéiste l’accueille en souriant :
– Vous êtes totalement innocenté. Un télégramme vient d’arriver, signé de Vishinsky4 en personne. Il vous présente en outre ses excuses pour ce qui n’a été qu’une erreur judiciaire.
Le douzième jour du mois de Tamouz, cette année-là, est férié. Le Rabbi sera officiellement libre le lendemain. Les geôliers le supplient de bien vouloir l’annoter.
Le 14 juillet, il rentre à Moscou, accompagné d’une délégation de la communauté de Kostrama.
Pour son premier Shabbat d’homme libre, il prononce plusieurs commentaires, récite la prière des « miraculés », offre un « festin de reconnaissance ».
Il tente ensuite de regagner Leningrad, mais la Guépéou déclenche une campagne de presse exigeant sa réincarcération.
Il se réfugie à Malakhovka, une banlieue de Moscou où il passe quelques durs moments…
Il lui faut maintenant se résoudre à quitter l’URSS. Mais comment ? Aux yeux des Hassidim, il ressemble à un homme brisé. Les sévices l’ont affaibli physiquement et moralement. Pendant les six semaines qu’il passe à Malakhovka – « La Guépéou de Leningrad m’a arrêté, celle de Moscou m’a libéré : retournons du côté de Moscou », a-t-il expliqué – il refuse de recevoir quiconque, lui qui, auparavant, accordait des audiences des nuits entières… Il a également interrompu toute correspondance, mis à part quelques messages codés pour préparer l’émigration.
À la veille du Nouvel An, il se rend à Rostov, sur la tombe de son père. Et c’est la métamorphose : lorsqu’il en revient, il est un lion. Il est redevenu lui-même.
La sortie d’URSS reste loin d’être acquise. Catherine Pechkova promet à nouveau son aide. Surtout, deux parlementaires occidentaux, Oskar Kohn, le socialiste allemand et Mordehaï Dubine, élu du parlement letton, gagnent Moscou munis de requêtes officielles de leurs communautés appelant simultanément le Rabbi à assumer leur charge rabbinique. Moscou refuse,
Mordehaï Dubine, le député letton, contacte alors Dubronitski, commissaire adjoint aux affaires extérieures, et met dans la balance la perspective d’un traité de commerce soviéto-letton en voie de finalisation. À la troisième tentative, le commissariat s’incline ; mais seul le Rabbi pourra sortir. Sa famille et ses biens resteront en URSS.
Le Rabbi refuse.
Dubine et Kohn se concertent et feignent la concurrence. Une dernière fois, Dubine menace d’annuler le contrat.5 L’URSS, de plus en plus esseulée sur la scène internationale, ne peut en assumer le risque.
Le 28 septembre 1927, deuxième jour de Roch Hachanah, une séance réunit à Moscou le commissaire aux affaires étrangères, Tchitcherine, son futur successeur Livitnov, Dubronitski, un autre haut fonctionnaire nommé Rotstein et les deux ambassadeurs soviétiques en poste à Berlin et à Riga. Hormis Tchitcherine, tous sont juifs. L’intervention des ambassadeurs fait pencher la balance. Le Rabbi est autorisé à quitter l’URSS avec sa famille, ses biens et une demi-douzaine de disciples.
Le départ de sa bibliothèque, plusieurs milliers de volumes, dont certains de grande valeur, nécessite un aval supplémentaire du service du Livre de Leningrad. Dubine s’y rend à cet effet. Au vu du nombre d’exemplaires précieux, le fonctionnaire de la section du Livre, lui-même filleul d’un grand rabbin, refuse son autorisation. Il n’a en outre pas reçu l’accord de Moscou de laisser le Rabbi quitter l’URSS. Dubine le convainc de téléphoner et réalise que l’accord de Moscou est resté bloqué dans un tiroir par la négligence d’un subalterne. Il obtient le remplacement du préposé aux livres par un fonctionnaire moins regardant, non-juif de surcroît et qui, ignorant de la valeur des ouvrages, octroie le certificat de sortie.
Le Rabbi passe les fêtes à Leningrad. Le dernier jour de Soucot, lors de la célébration de « la Joie de la Torah » où l’on danse toute la nuit avec les rouleaux sacrés, il fait ses adieux aux Hassidim.
Au dernier moment, il se désigne lui-même :
– Sachez que cette apparence-là n’est qu’une âme du monde suprême qui a pris gîte dans un corps. Elle n’a pas de relation à la matérialité. Elle ne discerne que le Bien.
Le lendemain, accompagné de sa femme, son gendre, ses trois filles et un groupe de six Hassidim, le Rabbi s’installe dans le train de Riga. Quatre wagons ont été retenus pour transporter sa bibliothèque. Plusieurs centaines de Hassidim l’accompagnent jusqu’à la frontière. D’autres montent dans le train en cours de route…
Dans son compartiment, il rédige une longue lettre.
– D’ordinaire, dira-t-il, la main écrit ce que le cœur dicte. Cette fois, mon cœur a écrit seul.
En gare de Riga, il déclarera :
– Si l’on m’offrait un million de dollars pour revivre un seul instant de mes souffrances, je le refuserai. Et si l’on m’offrait un million pour m’en ôter l’acquis, je le refuserai aussi.
La libération a été acquise. Mais pour les Hassidim, est-ce bien suffisant ? Le Rabbi n’a-t-il vraiment été sauvé que par une série de conjonctures favorables ?… Ce serait mésestimer les voies du Ciel. L’emprisonnement est autrement signifiant… Comment expliquer, en outre ses attitudes en prison, ses rebellions systématiques, ses postures outrancières, sa permanente révolte ?
Pourquoi une telle obstination à ne pas se lever lors des interrogatoires même au prix de représailles physiques qui laisseront longtemps leurs traces ? Pourquoi cette morgue souveraine ? Cette façon de narguer ses geôliers…
Le salut aurait pu venir par d’autres voies, en adoptant un profil plus humble… Pourquoi s’est-il ainsi obstiné? À prendre l’ennemi « de haut», au mépris de sa propre vie. Et de celle de ses disciples.
Si le Hassidisme est questionnement, il sait aussi porter réponse.
Celle-ci s’ancre dans les messages de la Kabbale, qui affirment qu’une grande âme s’incarne en chaque temps, qui porte le monde en elle. Et que ce qui l’affecte affecte l’univers. Bien au-delà des circonvolutions soumises à l’égide du temps. Les événements politiques ne sont que ses prétextes. Le vrai enjeu se situe ailleurs. Là où s’enracine le feu des âmes.
Lui est l’Absolu, Son essence dans un corps. Il est le mystère céleste incarné dans l’humain. Il est la vie, il est la mort ; il est la Vie des Vies, l’arc-en-ciel des lendemains, le soleil à son zénith, la gloire et l’aube de tous les amours. En lui, en sa personne, se joue le destin des hommes. De tous, sans exception.
L’avenir de l’humanité s’est joué sur sa seule âme. Sur un destin unique. Le sien. Puisqu’il est l’âme collective, à travers laquelle toutes existent, transfigurées, images pures avant de s’altérer, de s’incarner dans les destins privés des êtres…
Ce qu’il a affronté, en ce carrefour des siècles, ce sont les ténèbres de l’infini. Ceux qui, depuis l’aube des jours, dissimulaient la cachette secrète. Celle du Messie. Le sauveur qui gît en chacun et que chacun doit dévoiler.
Et toute lumière ne naît qu’enveloppée de nuit ; la nuit est son écrin, son cocon protecteur. « L’écorce » qui protège le fruit, selon les Kabbalistes. Ce fruit de mort et de vie auquel Adam, le premier homme, a succombé. Et Adam lui aussi était l’âme de tous les hommes. Et le Rabbi, aujourd’hui, est venu pour réparer. En lui s’est joué le drame, le carrefour des destins. Le vrai nœud ne se situait pas dans le tribunal des hommes. Mais dans celui du Ciel. Là où chaque jour sont jugés les morts et les vivants. Et il y a été décidé que l’aube de l’humanité s’approche. Et qu’un homme seul avait reçu le pouvoir de tout faire basculer. Que s’il triomphait, s’avérait capable d’illuminer les ombres mortifères de la nuit, toutes les âmes en lui recevraient le suc du ciel. Toutes, en lui, seraient bénies.
S’il vainquait ses tortionnaires, s’il prouvait à D.ieu et aux hommes que la détermination d’un seul pouvait faire reculer l’empire, il donnait la force à toutes les âmes de recréer le même destin à leur échelle individuelle. Au peuple juif de s’affranchir de toutes les dominations passées, de toutes les souffrances des devenirs. L’ère messianique déroulerait ses ailes ; les berges du salut sont proches. L’histoire va y accoster. Des cascades de bénédiction s’apprêteront à pleuvoir sur l’homme. À une condition : il devait triompher.
Pour cela, ne pas s’incliner. Jamais. Devant personne. Face à l’enjeu, il ne pouvait pas perdre. Et tous les fantômes de l’histoire, toutes les âmes perdues attendaient la résurrection, l’instant crucial où il saurait dire :
– Je n’obéirai pas.
– Je ne me tairai pas.
– Je ne me lèverai pas.
Il fallait seulement qu’il fraie la voie.
Et c’est ce qui lui fera écrire, un an plus tard, pour le premier anniversaire de sa libération, le 3 juin 19286 :
« Ce n’est pas seulement moi que D.ieu a libéré, le douzième jour du mois de Tamouz. Ce sont tous les amants de notre Torah et de sa Loi ; tous ceux qui chérissent le judaïsme. Et même ceux qui ne sont juifs que de nom, ceux dont seul le nom est Israël. Eux aussi, avec moi, ont été libérés. »7
Nous sommes quarante années plus tard ; près d’un demi-siècle s’est écoulé. Nous sommes le douzième jour du mois de Tamouz, dans la grande synagogue de Brooklyn. Le gendre de Rabbi Yosseph Yits’hak, son successeur, au milieu des Hassidim, célèbre l’événement. L’anniversaire de la libération de son beau-père. Du sixième rabbi de Loubavitch. Car ce jour, depuis, est resté jour de grâce. Un jour chargé de senteurs célestes. De parfum de fée d’une nouvelle ère.
Mais ce douzième jour de Tamouz-là – le 20 juillet 1967 –, le peuple juif entier célèbre un autre miracle. Celui qui, en six jours, vient de le sauver encore. En six journées, du 5 au 11 juin 1967, quarante ans après, presque jour pour jour, la libération de Rabbi Yosseph Yits’hak, Israël a retrouvé les murailles de Jérusalem, de Hébron et de Bethlehem, les rivages du Jourdain, de Judée et de Samarie ; l’antique berceau de la Terre Promise vient de revenir au peuple juif au terme de deux mille ans d’exil
Le successeur, auquel Rabbi Yosseph Yits’hak a légué sa vision et ses pouvoirs, interprète l’événement pour les Hassidim. Il en restitue le sens secret, délivre la clef de son mystère ; lui qui, au-delà des apparences, sait discerner la raison enfouie. Le signifiant qui échappe aux hommes et que le Ciel réserve aux Maîtres.
« Il y a quarante ans, presque jour pour jour quand le Rabbi nous avait écrit : “Ce n’est pas seulement moi qui ai été libéré… Ce sont tous les amants du Livre. Même ceux qui ne sont juifs que de nom. Même ceux dont seul le nom est Israël”, personne ne l’avait compris. Parce que le Talmud est formel : “Il faut quarante ans au disciple pour pénétrer le message du maître.” »
Et quarante ans se sont écoulés. Entre temps, un pays, un État sont nés ; et ce petit pays, cet État des bouts du monde n’a pas combattu pour se tailler un empire ; il ne l’a pas fait par soif de conquête ni par esprit d’hégémonie. Seulement pour se défendre, pour vaincre l’étau mortel ; les prémices d’un nouveau massacre. Vingt ans après la Shoah, ce peuple a résisté. Il a usé pour y arriver, des voies tracées, quarante ans auparavant ; il n’a pas eu peur, ne s’est pas incliné. Il a fait preuve de la même audace, de la même témérité ; au nom d’une cause également juste. Celui qui sauve une vie ne sauve-t-il pas le monde ?
Ce petit pays restera pacifique. Il réclame seulement sa reconnaissance. Par ses ennemis de toujours, et les autres. Et l’alliance a été passée, le sceau du Ciel a été apposé au bas de toutes les sentences humaines ; sur tous les parchemins où, désormais, s’inscrira l’Histoire : que ce peuple ne s’inclinera plus. Que l’âge noir est révolu. Ceux qui brandissent l’étendard de la mort ont cessé d’être les vainqueurs. Le peuple du Livre a droit de retrouver sa terre. Parce qu’un nouveau temps est né où le faible saura tenir tête ; parce que le Seigneur l’a fortifié. Parce qu’il n‘a pas baissé le regard. A refusé de s’incliner. Lui dont la spiritualité reste matrice des autres. Il demande juste à être reconnu. Sans prétention dominatrice. Et c’est pour cela qu’il a droit au pardon. Et même s’il n’est « juif que de nom » ; si « seul son nom est Israël ». Les péchés ont été absous au creux d’une nouvelle innocence. Un nouvel arc-en-ciel se lève qui saura iriser le temps. Car le signe est offert à tous. La grande âme a vaincu. Il faut seulement écouter. Entendre le murmure qui n’a pas fauté. Et qui est prêt à se porter à ceux qui voudront l’accueillir… pour forger de nouveaux cieux et une nouvelle terre. Celle annoncée par les prophètes. Et dont la victoire est le signe.
NOTES
1. In Arest ound Bafrayoung foun der Lubavitcher Rebbe et Die Tsoures foun der Lubavitcher Rebbe in Sovietisher Russland – Riga, 1930.
2. Dans L’Archipel du Goulag, Alexandre Soljénitsyne dépeint ainsi « le tournant » de 1927 : « … Ce fut une année tendue, secouée de convulsions par les éclats de journaux, une année qui fut ressentie chez nous, que l’on nous fit ressentir comme une veillée d’armes avant la guerre pour la révolution mondiale. L’assassinat du plénipotentiaire soviétique à Varsovie inonda des pages entières de journaux au mois de juin… Aussi, à Moscou, entreprend-on le ratissage systématique de la ville quartier après quartier… Le slogan : “Nous donnerons un tel coup de poing sur table que le monde entier en tressaillira de peur !” Vers la Loubianka, vers les Boutyrki (équivalents moscovites de la Shpolerna… I. G.) convergent, même de jour, paniers à salades, automobiles, camions fermes, fiacres découverts… On n’arrive pas à décharger et à écrouer tous ceux qui ont été arrêtés. Même scène en d’autres villes… Ce travail d’assainissement démarra à plein dès 1927… »
3. Le voyage eût été sans retour. En 1928, le finlandais Boris Cederholm, emprisonné à la Shpolerna durant la même période décrivait ainsi dans La Revue des deux mondes son arrivée dans l’archipel, au terme d’un périple de trois jours : « Plus loin s’apercevait le grouillement d’une foule en haillons… J’en reconnus plusieurs pour les avoir vus pendant la promenade à la prison de la Shpolerna :… Déguenillés, crasseux, chaussés de sandales d’écorce tressée attachées par des bouts de cordes, ce n’étaient plus des hommes, mais des squelettes tendus de peau… » Le reste de son témoignage décrit un système fort comparable à celui des futurs camps de concentration allemands. Il fut libéré quelques semaines plus tard sur l’intervention de son gouvernement. Dès le début des années trente, les nazis éditèrent un rapport secret sur les techniques de déshumanisation des camps sibériens dont ils devaient largement s’inspirer…
4. Procureur de l’État soviétique.
5. Dubine, député du parti agrarien à Riga, pouvait convaincre les milieux politiques de voter contre le traité.
7. Dans la pensée kabbalistique, la libération de la Grande Âme, qui porte toutes les autres en elle, revêt une signification générale : si le Rabbi a été disculpé par le tribunal des hommes, c’est qu’il l’a d’abord été par celui du Ciel. Son attitude en prison s’explique par sa volonté de faire entrer le peuple juif, toutes les âmes qu’il porte en lui, dans une dimension pré-messianique. Ceci en accord avec le principe qui veut qu’à la veille des temps futurs, D.ieu en octroie à son peuple l’avant-goût : en l’occurrence, la fin de la soumission aux nations. Cette nouvelle ère, le Rabbi devait l’incarner dans sa vie propre avant de la léguer à l’ensemble du peuple juif. Sa libération résonne comme un écho du verdict céleste qui a avalisé l’avènement de cette nouvelle ère.
En juin 1967, son successeur, le septième Rabbi, fera remarquer que si quarante ans exactement s’étaient écoulés entre la libération de Rabbi Yosseph Yits’hak et le retour d’Israël sur sa terre, lors de la guerre des Six Jours de juin 1967. ce n’était pas le fruit du hasard, mais la vérification du principe talmudique : « Il faut quarante ans au disciple pour accéder à la compréhension de son maître. » Maxime elle-même fondée sur la harangue biblique de Moïse aux Hébreux à la veille de l’entrée en Terre Promise, leur faisant constater qu’il leur avait fallu ce temps – les 40 années du désert – pour obtenir « des yeux qui voient, des oreilles pour entendre et un cœur pour ressentir… » (Deutéronome. 29, 3.)
Les quarante années écoulées entre la libération de la Grande Âme et le retour du peuple juif sur sa terre, dans un contexte également tourmenté – Israël seul contre tous, défiant victorieusement ses ennemis comme le Rabbi quarante ans auparavant – correspondirent à un temps d’intériorisation où le verdict du tribunal céleste, prononcé en 1927, se matérialisa progressivement, jusqu’à son dénouement final. En d’autres termes, la miraculeuse victoire des six jours fut le fruit de la libération du Juste intervenue quarante ans avant.
Lettres du ‘Hassid, Rav Elyahou ‘Haïm Althaus, puisse D.ieu venger son sang versé, relatives à l’emprisonnement et à la libération du Rabbi Rayats, dont l’âme est en Eden, 12 – 13 Tamouz
Traduit par le Rav ‘Haim Mellul
Par la grâce de D.ieu,
jeudi de la Parchat Matot,
21 Tamouz 5687, Moscou,
A mes très chers amis, le grand Rav, d’une immense élévation,
distingué ‘Hassid qui craint D.ieu, le Rav M. M. Lokshen et les
‘Hassidim ‘Habad des Etats-Unis et du Canada,
J’espère que vous allez tous bien. Je remercie D.ieu pour Son grand bienfait, car nous avons reçu, aujourd’hui, une bonne nouvelle. Ce sont donc des jours de festin et de joie. En effet, ce mardi, troisième jour de la semaine, lorsque, deux fois, fut dit le mot bon, lors de la création, 12 Tamouz, le serviteur de D.ieu, couronne et gloire de notre tête, le Rabbi Chlita a été libéré, dans la paix. C’est le jour que D.ieu a fait, pour toutes les générations, jusqu’à la venue du juste libérateur, afin que l’on y soit heureux et joyeux. Il évoque le premier 19 Kislev et il est peut-être même plus fort, plus puissant, car ce dernier miracle est plus grand que le premier, puisque, dans ce dernier cas, étaient impliqués des hommes doués du libre-arbitre, possédant la connaissance et sachant particulièrement bien choisir le bon moment.
Ils ont voulu tout déraciner, non seulement l’enseignement du Baal Chem Tov, mais aussi toute la Torah de D.ieu, en général, dans son intégralité, éteindre définitivement la lumière d’Israël, que D.ieu nous en garde et qu’Il nous en préserve, qu’il n’en soit jamais ainsi. Mais, D.ieu a été avec Yossef, le Tsaddik. Il a libéré son âme et celles de tout Israël, qu’il nourrit et qu’il conduit à l’existence, du terrible filet qu’ils ont gratuitement tendu devant lui. Que se taisent donc les lèvres mensongères, qui étendent leurs propos contre le Juste ! Qu’ils se couvrent d’opprobre et qu’ils soient humiliés, ceux qui en voulaient à sa vie !
Il est né et il a révélé sa lumière cachée, le 12 Tamouz 5640. Or, le même jour, le 12 Tamouz 5687, le soleil a brillé pour nous dans toute sa force. Une lumière beaucoup plus raffinée et pure que celle du matin nous a éclairés. Qui contera les hauts fait de l’Eternel et prononcera Sa louange ? Un homme limité, soumis aux voies de la nature, est-il capable de décrire, par sa plume, avec de l’encre sur un parchemin, celui qui n’est pas une personne comme nous, un homme dont le comportement, ici-bas, transcende totalement les voies de la nature et les limites ? Nous autres ‘Hassidim avons observé, concrètement, de nos propres yeux, des miracles évidents et des merveilles. Nous avions vu et nous savions le grand et terrible danger qu’encouraient, malheureusement, le domaine de la sainteté, en particulier et nous tous, peuple d’Israël, en général.
Je ne veux pas dissimuler tout cela à mes amis et je relaterai au moins un millième de ce que nous avons vu et entendu. Voici les faits. Au début de cette année, nous tous, ‘Hassidim les plus proches, vivant à l’ombre de sa sainteté, nous avons eu très peur, car, en des moments de révélation habituelle, à Sim’hat Torah, le 19 Kislev, à Pourim, nous avions entendu de sa sainte bouche des propos très effrayants, particulièrement inquiétants, qu’aucune oreille n’avait entendus depuis que nous nous trouvons sur cette terre.
Il a, par exemple, dit ceci :
«Je brûle comme une bougie. N’ayez pas pitié de mon corps, mais seulement de ma tête.»
Il a demandé une abnégation effective de la part de chacun d’entre nous :
«Faites attention que les enfants étudient dans un ‘Héder. Eduquez vos enfants sur la voie de vos parents, car, si vous ne le faites pas, ce qu’à D.ieu ne plaise et qu’Il nous en préserve… Il m’est difficile d’exprimer, par ma bouche, des paroles qui brûlent comme une torche enflammée. Juifs qui espérez la venue du Machia’h, ‘Hassidim, lisez des Tehilim !».
Il a beaucoup pleuré et, en versant des larmes, il a prononcé des mots terribles, qui transpercent comme un glaive, au point que notre vieil ami, le Rav Moché Anchel de Nevel, a dû le supplier :
«Rabbi, nous ne voulons pas entendre tout cela. Nous voulons que le Rabbi reste ici.»
La Rabbanit mère, à laquelle D.ieu accordera de longs jours et de bonnes années, a dû le convaincre d’interrompre ces propos terribles.
Toute l’année, jusqu’à maintenant et encore à l’heure actuelle, nous avons lu des Tehilim, d’une manière systématique, après la prière, dans toutes les synagogues ‘hassidiques, en tout endroit. Nous avons eu peur et nous avons craint le pire. Puis, à la veille du mercredi de la Parchat Chela’h, 16 Sivan, à deux heures du matin, il a été arrêté et conduit dans la pire des prisons, la plus sévère. Dès lors, l’arche sainte nous a été dissimulée. Nous ne savions pas où il était, ce qui lui était arrivé. Pendant quatorze jours, nous ne savions pas à qui parler, qui demander. Nous allions, tous les jours, perdus et malheureux. Notre vie était en suspens, à chaque instant. Nous ne savions pas du tout si Yossef était encore vivant. Nous avons instauré des jeûnes, en tout endroit. Nous avons lu des Tehilim tout au long de la journée, sans interruption.
Dix-huit jours et demi plus tard, le dimanche de la Parchat Balak, 3 Tamouz, une grande lumière nous a soudain été révélée et elle est apparue à l’évidence. Pour notre grande peine et pour la souffrance de notre âme, il ne nous a pas été possible de recevoir sa lumière, son éclat et sa splendeur. Ce jour-là, le soleil a été séparé de nous et, quelques heures plus tard, il a été obligé de se rendre, conformément au verdict, dans une ville de refuge, où il a été exilé et envoyé pour trois ans. Pendant ces quelques heures, nous avons eu connaissance de l’accusation qui avait été portée, des fautes et des délits pour lesquels il avait été condamné. Il y a, en l’occurrence, quatre chefs d’accusation essentiels pour lesquels son sang a été versé, à proprement parler, comme de l’eau :
A) il est le dirigeant de la communauté des ‘Hassidim se trouvant dans le pays,
B) il est le fondateur de ‘Héders, de Yechivot et de toutes les institutions religieuses de notre pays,
C) il est une autorité nationale chez les orthodoxes, l’intelligentsia et également chez les bourgeois, ici comme ailleurs,
D) ses capacités et ses activités lui ont permis d’obtenir des sommes importantes, venues de l’étranger, pour la Torah et pour ceux qui l’étudient. Et, il y a encore beaucoup d’autres détails, qu’il n’est pas nécessaire d’énumérer.
Pour tout cela, le D.ieu du pardon lui a conféré une grande sagesse et il a pu apporter une réponse à chaque question, avec toute la vérité qu’il porte en lui. L’Eternel a été avec lui, car c’est Yossef qui distribue la subsistance. Voici les premières paroles qu’il a prononcées et que nous avons eu le mérite d’entendre de sa bouche sainte et pure :
«Je viens d’observer de mes propres yeux que Tu es l’Eternel. Tous les récits que l’on a relatés à propos de l’Admour Hazaken, je les ai vus concrètement. Il n’y a pas eu un quart d’heure en lequel je n’ai vu mon père. Désormais, de nombreuses images nouvelles s’ajouteront aux notions les plus profondes de la ‘Hassidout. Si je savais qu’il en résulterait une action concrète, que, grâce à cela, on pourrait étudier ouvertement la Torah, j’aurais pardonné toutes mes souffrances.»
Il y a eu d’autres paroles encore, que la bouche ne peut pas répéter.
Pendant dix-huit jours et demi, il a jeûné et il a intercalé, chaque jour, la prière : «exauce-nous». Il a eu, concrètement, beaucoup d’abnégation, jusqu’à ce qu’on lui rende son Talith et ses Tefillin, le troisième jour, mais ce point ne sera pas évoqué ici. Il a dit et écrit beaucoup de ‘Hassidout, là-bas. Pour l’heure, nous n’en connaissons que deux discours ‘hassidiques. Le premier est intitulé : «J’ai invoqué D.ieu dans l’étroitesse» et le second : «Que D.ieu soit avec moi, pour ceux qui me viennent en aide et je verrai». Nous reviendrons sur tous les autres.
Nous sommes arrivés dans sa ville de refuge, le lundi, veille du mardi de la Parchat Balak. Dès ce mardi, nous nous sommes rendus à l’enregistrement, qui est une obligation légale, une fois par semaine. Nous l’avons fait. Les Juifs de la ville nous ont accueillis avec beaucoup d’honneur, comme il convient, D.ieu merci. Puis, le mardi de la Parchat Pin’has, 12 Tamouz, nous sommes retournés en cet endroit et, dès notre arrivée, on nous a annoncé qu’il était libéré, délivré, qu’il était libre de se rendre aux quatre points cardinaux.
Le lendemain, mercredi, il a reçu les documents et le jeudi, au matin, nous sommes rentrés chez nous, en un bon moment. D.ieu merci, nous sommes bien arrivés, avant le saint Chabbat et : «pour les Juifs, ce fut lumière et joie», la lumière de la Torah nous a éclairés et la joie de la Mitsva a ouvert nos cœurs. Puisse D.ieu faire que nous ne connaissions plus la crainte, que la bougie d’Israël ne s’éteigne pas et que ses sources se diffusent à l’extérieur.
Mes amis, vous que j’aime, après ce que nous avons vu, nous-mêmes, nous nous devons, nous sommes obligés d’avoir à cœur le grand principe de nos maîtres, dont le souvenir est une bénédiction, car des miracles ne surviennent pas chaque jour et il ne faut pas s’en remettre au miracle. Mes amis, nous ne connaissons pas encore le repos et notre esprit ne vit pas encore dans la quiétude. Notre joie n’est pas entière. La tristesse est encore cachée, enfouie, profondément dissimulée en notre cœur. Nous ne savons pas d’où sont soudain arrivés le salut et la délivrance, d’ici ou de là-bas. Pour quelle raison la situation s’est-elle transformée, favorablement ?
Aussi, la grande peur du passé, que D.ieu nous en garde, nous saisit-elle encore et elle nous fait trembler, pour les jours qui viennent. Qui sait ce que l’avenir réserve ? Qui sait quel vent soufflera ? Vers quelle direction du monde politique faudra-t-il se tourner, alors qu’en réalité, il n’a aucun rapport, aucune relation avec lui ? Car, rien ne le concerne, en dehors des quatre coudées de la Torah et de la prière.
Mais, ils ont appris qui est ce grand homme, ils ont vu son immense valeur et sa grâce, aux yeux du peuple d’Israël, disséminé dans le monde entier. Tous tremblent devant son nom et son souvenir, redoutent que le mauvais œil se saisisse de lui, ce qu’à D.ieu ne plaise. On peut donc craindre qu’ils l’utilisent comme un ballon, comme un moyen d’obtenir un autre acquis, qui serait sans rapport, que D.ieu nous en préserve.
Nous avons, de ce fait, l’obligation sacrée, avec nos frères et nos amis, liés et attachés à nous, de mettre en pratique l’enseignement de nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction, selon lequel un disciple des Sages doit être protégé et il ne doit pas avancer seul dans l’obscurité.
Restez donc vigilants. Recherchez en permanence de ses nouvelles et sachez ce qui lui arrive. Ne vous détournez pas un seul instant de la couronne et de la gloire de notre tête, de la satisfaction de notre cœur. Soyez constamment en relation avec la maison de notre vie, en particulier et avec tous les ‘Hassidim, en tout endroit, en général. Le mérite de ses ancêtres, nos saints maîtres, le protègera afin qu’aucune accusation, qu’aucun complot ne soit mené contre lui, pour qu’on ne le suspecte pas sans fondement, pour que tous les vents du monde ne puissent pas le déplacer, ce qu’à D.ieu ne plaise.
Votre ami, qui vous aime sincèrement, qui recherche votre bien toujours et tous les jours,
Elyahou ‘Haïm Althaus,
Rav Elyahou ‘Haïm Althaus (1860 – 1942) était l’un des Hassidim les plus proches et les plus liés au Rabbi précédent. Il était dévoué à lui et à sa famille, de tout son cœur et de toute son âme.
Rav Althaus est né en 1860 à son père, Rav Pinhas Althaus, dans la ville de Nikolaev. Dans sa jeunesse, il a étudié à la Yeshiva Tom’hei Tmimim Loubavitch.
En 1918, il est envoyé par le Rabbi Rashab à la ville de Podubranka afin de diffuser le judaïsme. Durant son séjour dans la ville, en 1920, le décès du Rabbi Rashab a lieu et, à la nouvelle de cela, il s’évanouit.
En 1923, il se rend chez le Rabbi précédent à Leningrad et, depuis lors, il travaille aux côtés de Rabbi précédent et aide dans toutes ses activités pour propager le judaïsme et pour le bien des Juifs de Russie qui restent derrière le rideau de fer.
Il a dirigé le réseau clandestin de « chambres ». Lors de la célébration de Pourim en 1927, le Rabbi précédent s’adresse à lui en pleurs, lui donnant des instructions pour continuer le travail. Rabbi Eli déroule les événements dans un journal spécial qui a depuis été découvert et publié.
Sa proximité avec la famille du Rabbi précédent était rare et unique, et il a eu le privilège de devenir l’entremetteur qui a organisé le mariage du Rabbi avec la fille du Rabbi précédent, la Rabbanit Haya Mouchka.
Quand le Rabbi précédent a été arrêté le 15 Sivan 1927, c’est lui qui a couru pour informer le secrétaire Rav Haïm Liberman, le Rashag et le Rabbi.
Lorsque le Rabbi précédent est allé à Kostrama, il a pris avec lui Elyahou ‘Haïm Althaus. Peu de temps après le départ du Rabbi précédent de Russie, Elyahou ‘Haïm Althaus a réussi à sortir lui aussi, et a établi sa résidence près du Rabbi précédent à Riga, où il est resté jusqu’à l’Holocauste.
Il est mort en martyr pendant l’Holocauste le 10 Kislev 1942, avec Rav Its’hak Horowitz, Rav Yechezkel Feigin, Rav Raphael Cohen, Rav Hillel Horowitz, Rav Zalman Its’hak Vashonok, et Rav Ishaiah Hanukkah Berkhahan.
Ses séjours avec le Rabbi précédent sont enregistrés dans des journaux personnels qui contiennent des descriptions de moments historiques dans l’histoire du Hassidisme Habad comme la célébration qui a eu lieu à Pourim en 1927, l’arrestation et la libération du Rabbi précédent, le mariage du Rabbi, le séjour de la congrégation des Hassidim à Riga sans le Rabbi précédent en 1930, lorsqu’il est resté aux États-Unis, et plus encore.
Sa famille
Son fils, Rav Pin’has Althaus – l’un des directeurs de « Tiferet Bachurim », a été assassiné par les autorités soviétiques.
Nigun de Reb Elyahou Haim Althaus, chanté par Rav Mendel Amar
À l’occasion du 12-13 Tamouz, anniversaire de la libération du Rabbi précédent des prisons soviétiques, nous vous proposons une sélection d’anecdotes et d’enseignements tirés du Farbrenguen n° 12, traduits par le Rav Haïm Mellul. Ces récits, transmis de génération en génération par des ‘Hassidim et des disciples, éclairent la grandeur spirituelle du Rabbi Yossef Its’hak Schneerson et la profondeur de son lien avec chacun de ses fidèles. Ils offrent une fenêtre intime sur sa personnalité hors du commun, sa capacité à percevoir l’invisible et son souci constant de l’élévation de l’âme juive.
Le grand principe de l’éducation
Dans l’une de ses causeries, le Rabbi Rayats — Rabbi Yossef Its’hak Schneerson — raconte : « Lorsque j’étais enfant, mon père, le Rabbi Rachab, m’a enseigné, à plusieurs reprises, la Haggadah de Pessa’h. Il me l’enseignait, à chaque fois, un peu au-dessus de mes capacités, au-delà de ce que je pouvais intégrer. C’est là un grand principe de l’éducation et de l’enseignement. Il ne suffit pas de donner à l’élève ce qu’il peut assimiler. Il faut aussi développer ses capacités afin de lui permettre une intégration plus profonde. »
La Yéchiva et les cosaques
La Yéchiva Tom’heï Temimim fut fondée durant la semaine du mariage du Rabbi Rayats. Ce dernier en expliqua ainsi l’esprit, à propos de ses élèves : « En quoi un élève de la Yéchiva Tom’heï Temimim se distingue-t-il d’un simple ‘Hassid ? Le récit suivant permettra de le comprendre. L’épouse du tsar Nicolas de Russie était une proche parente du roi Guillaume de Prusse, qui invitait souvent le tsar et l’interrogeait sur la puissance militaire de la Russie. Dans son esprit, le roi Guillaume préparait déjà ce qui allait devenir la Première Guerre mondiale. Et le tsar Nicolas, qui ne se distinguait guère par la profondeur de son intelligence, lui révélait tous les secrets sécuritaires de son empire.
Le roi de Prusse se posait également une autre question, en vue de la guerre qu’il préparait contre la Russie : il voulait comprendre la grande puissance des cosaques. Il demanda donc à Nicolas : « Comment forme-t-on les cosaques ? » Le tsar lui donna alors cette réponse, dont découle un profond enseignement : « On ne forme pas un cosaque. On naît cosaque. » Vous devez comprendre ce que je veux dire. »
Je vous connais bien
Mendel Kafka, du Maryland, rapporte ce récit familial : « Mon arrière-grand-père, le Rav Moché Binyamin Kaplan, était étudiant à la Yéchiva Tom’heï Temimim Loubavitch de Berditchev, en Russie. Le Rabbi Rayats avait demandé au recteur de la Yéchiva de lui transmettre une photographie de chaque élève.
Beaucoup hésitèrent, craignant que les autorités soviétiques ne les découvrent et ne punissent ainsi leurs familles pour leur attachement à l’étude de la Torah. Mon arrière-grand-père, venu d’une autre ville et certain que l’on ne pourrait pas retrouver les siens, remit immédiatement sa photographie au recteur pour qu’il l’envoie au Rabbi Rayats.
Quelques années plus tard, il parvint à quitter l’Union soviétique — cette « vallée des larmes » — et s’installa en Eretz Israël. Il écrivit alors une lettre au Rabbi Rayats, qu’il n’avait jamais rencontré, lui demandant notamment : « Comment puis-je m’attacher à vous alors que je n’ai jamais vu votre visage ? » La réponse du Rabbi fut lapidaire : « Pour ma part, je vous connais bien. »
Mon arrière-grand-père ne parvint pas à saisir le sens de cette phrase — comment le Rabbi aurait-il pu le connaître, et même « bien » le connaître ? L’énigme ne se résolut que bien des années plus tard, après la disparition du Rabbi Rayats. Son secrétaire lui restitua alors sa photographie et lui révéla ceci : « De temps à autre, le Rabbi prenait toutes les photographies des élèves de la Yéchiva en sa possession. Il les regardait une à une et, pour chacune, prononçait quelques mots, comme s’il se parlait à lui-même. »
Il y a là un enseignement pour tous ceux qui n’ont jamais vu le Rabbi physiquement. Il est certain que le Rabbi connaît chacun de ses ‘Hassidim — et même mieux que « bien ». Puisse D.ieu faire que nous voyions son visage, avec la venue de notre juste Machia’h. »
Plus de doute
Le Rav Chlomo Sternberg, de Crown Heights, raconte : « Mon grand-père, le Rav Zalman Gourary, fut le secrétaire du Rabbi Rayats pendant une courte période. Un jour, le Rabbi lui fit savoir qu’il ne souhaitait pas accorder d’audience. Peu après, un ‘Hassid arriva et déclara qu’il devait absolument voir le Rabbi — c’était pour lui une question de vie ou de mort. Mon grand-père l’interrogea, et l’homme lui confia que sa foi était chancelante et qu’il avait besoin du Rabbi pour la raffermir.
Mon grand-père transmit la demande au Rabbi Rayats. En entendant le nom de ce ‘Hassid, le Rabbi sourit et demanda de le faire entrer. Le ‘Hassid s’approcha de la porte, observa le Rabbi pendant un quart de seconde, puis fit demi-tour et s’éloigna. Mon grand-père, stupéfait, s’exclama : « Sot ! Tu dis que ta foi est chancelante ! » L’homme répondit simplement : « C’est vrai, je n’ai pas eu la réponse à mes questions. En revanche, je n’ai plus de doute. Quand on voit le Rabbi, la vérité s’illumine et transforme toute la situation. » »
Les larmes du Rabbi
Le fils du Rav Yaakov Edelstein, Rav de Ramat HaCharon, rapporte : « Mon père nous a raconté, à de multiples reprises, un récit qui l’a profondément marqué, et qu’il tenait du Rav ‘Haïm Karp de Tel Aviv. Mon père et le Rav ‘Haïm étudiaient en binôme à la Yéchiva de Poniewecz. Dans sa jeunesse, le Rav ‘Haïm Karp avait été élève à la Yéchiva Tom’heï Temimim Loubavitch d’Otwock, dans la banlieue de Varsovie, auprès du Rabbi Rayats.
Cela se passa un soir de Roch Hachana, dans les années trente. Le Rabbi Rayats avait prolongé sa prière pendant un très long moment. Les élèves, parmi lesquels le Rav ‘Haïm, avaient achevé la leur et étaient allés prendre le repas de fête au réfectoire. À leur retour dans la salle d’étude, ils peinèrent à croire ce qu’ils voyaient : la nappe posée sur le pupitre du Rabbi était trempée de ses larmes, et sur le sol, celles-ci formaient une véritable flaque.
Le Rav ‘Haïm Karp confia à mon père que ce Roch Hachana ne quittait jamais son esprit. Chaque année, quand revenait cette fête, il revoyait littéralement les larmes du Rabbi devant ses yeux. Et mon père relatait toujours ce récit à ses disciples et à ses proches, pour expliquer ce qu’est véritablement la prière de Roch Hachana. De nombreuses années s’étaient écoulées — mais les larmes n’avaient pas séché. »
La santé du Rabbi
Le Rav Moché Leïb Rothstein, l’un des ‘Hassidim du Rabbi Rayats, lui rendit compte d’une rencontre émouvante : en ‘Hechvan 5702 (1941), il avait retrouvé à Chicago un groupe de neuf élèves de la Yéchiva Tom’heï Temimim de Varsovie, qui avaient réussi à fuir l’enfer nazi en gagnant Shanghai, en Extrême-Orient, où ils avaient obtenu des visas d’immigration pour le Canada. Arrivés en bateau au port de San Francisco, ils avaient pris le train pour Montréal. Lors d’un arrêt à Chicago, sans pouvoir descendre du train, ils avaient néanmoins pu recevoir la visite de ‘Hassidim locaux à bord. Le Rav Rothstein en était, et il écrivit ensuite au Rabbi Rayats :
« Ce matin, nous avons rencontré les élèves à la gare. Je les ai accompagnés pendant quelques arrêts. Ils n’ont pas pu sortir du train, mais les visiteurs ont pu les rencontrer et s’entretenir librement avec eux. Les Rabbanim et des chefs de famille les ont rejoints. À l’évidence, nos élèves avaient la bénédiction de D.ieu et ils ont fait forte impression sur les Rabbanim. Leur apparence était satisfaisante : bien habillés, ils portaient la barbe et un habit long, leur Talith Katan était visible, et ils sanctifiaient le Nom de D.ieu par leur seul comportement. »
La réponse du Rabbi Rayats fut bouleversante : « Vous m’avez fait revivre, à proprement parler, par vos propos réconfortants, qui sont un baume pour ma santé précaire — au-delà de tous les traitements du monde. »
Deux catégories
Le Rabbi Rayats avait parmi ses ‘Hassidim un grand commerçant, établi à Pétersbourg et prospère dans ses affaires, mais demeurant néanmoins un Juif ‘hassidique sincère. Lorsque sa fille unique fut en âge de se marier, il chercha pour elle un jeune homme profondément ‘hassidique, persuadé que sa fortune faciliterait la recherche. Mais chaque proposition se heurtait au désintérêt de la jeune femme. Lorsqu’il perdit patience, elle lui dit enfin : « En fait, je ne veux pas épouser quelqu’un d’aussi ‘hassidique que ceux-là. Je cherche quelqu’un qui sera aussi un homme d’affaires, qui connaîtra le monde et qui aura une ouverture d’esprit. »
Ces mots furent un coup terrible pour le père. Dans sa peine, il se rendit chez le Rabbi Rayats, qui lui accorda aussitôt une audience. Le Rabbi l’écouta et lui répondit : « Qu’a vu votre fille, à la maison ? Comment receviez-vous les ‘Hassidim qui venaient vous rendre visite ? Et quelle était votre attitude lorsque vous accueilliez un homme d’affaires ? Elle a constaté que vous honoriez le second bien davantage que le premier. Avec qui veut-elle se marier ? Avec quelqu’un qui appartient à la catégorie que vous honorez le plus ! Or, vous lui proposez maintenant ceux que vous honorez le moins. De manière toute naturelle, elle refuse. Ce n’est pas ce qu’elle veut. »
Faire le bien soi-même
À l’issue d’un repas de fête, le Rabbi Rayats versa du vin de sa coupe de bénédiction à chacun des présents. L’un des ‘Hassidim lui proposa de confier son verre à quelqu’un, afin qu’il distribue le vin à sa place. Le Rabbi Rayats répondit : « Il ne suffit pas de vouloir qu’une personne fasse du bien à une autre. Il faut aussi désirer faire ce bien soi-même. »
Le télégramme sans signature
Le Rav Yehouda ‘Hitrik raconte : « En 5687 (1927), nous habitions à Kharkov, chez les parents de mon épouse Keïla, fille du Rav Aharon Tumarkin, Rav de la ville. C’était un mois après le 12 Tamouz, date à laquelle le Rabbi Rayats avait été libéré des prisons soviétiques. Il s’était installé provisoirement à Malakhovka, un bourg de villégiature proche de Moscou, loin des agents du K.G.B. de Leningrad, qui n’avaient pas accepté de le voir leur échapper.
Le 12 Mena’hem Av, mon épouse donna naissance à notre fils aîné dans des conditions particulièrement difficiles. La vie de la mère et de l’enfant était en danger. Je me rendis à la poste et envoyai un télégramme à mon ami, le Rav Leïb Cohen, qui habitait à Moscou, lui demandant de se rendre au plus vite à Malakhovka pour solliciter la bénédiction du Rabbi Rayats.
Je craignais cependant d’établir par écrit un lien clair entre le Rabbi et moi, ce qui m’aurait exposé à des poursuites immédiates. Je n’ai donc pas signé le télégramme. J’ai simplement écrit : « Keïla fille de Ra’hel a un accouchement difficile. Bénédiction de miséricorde. »
Le Rav Leïb Cohen confia le télégramme à quelqu’un qui se rendait à Malakhovka, et celui-ci le remit au Rabbi. Le Rabbi Rayats en prit connaissance, passa la main sur son front et dit : « C’est un télégramme de Yehouda ‘Hitrik. » À cet instant précis naquit mon fils Tsvi Hirsch. »
(À noter : le Rav Leïb Cohen épousa par la suite la jeune sœur de mon épouse, la seconde fille du Rav Aharon Tumarkin, devenant ainsi mon beau-frère.)
Naissance miraculeuse
Le Rav Chlomo Yehouda Segal, de Jérusalem, descendant en droite ligne de Rabbi Moché, fils de l’Admour Hazaken, et son épouse la Rabbanit Yo’heved eurent quelques fils dans les années qui suivirent leur mariage. Puis, pendant une très longue période, la Rabbanit perdit tous les enfants qu’elle portait. Le couple en conçut une douleur profonde.
En 5697 (1937), la Rabbanit attendait de nouveau un enfant, mais les médecins diagnostiquèrent un problème et lui annoncèrent qu’elle devait se préparer à le perdre, comme les précédents. Elle adressa alors une lettre au Rabbi Rayats, qu’elle avait rencontré lors de sa visite à Jérusalem en 5689 (1929), pour solliciter sa bénédiction.
En réponse, le Rabbi Rayats écrivit au Rav Chlomo Yehouda Segal, son époux, une lettre dans laquelle il accordait sa bénédiction à leur fils aîné, le Rav ‘Haïm Chalom, à l’occasion de sa Bar Mitsva, ajoutant : « D.ieu, béni soit-Il, fera que la grossesse de votre épouse se passe bien. La naissance se fera en son temps et sera aisée, de la manière qui convient. L’enfant sera en bonne santé. »
C’est ainsi que naquit le Rav Moché Chmouel Shmelké Segal, de Bneï Brak. Devenu adulte, il se rendit chez le Rabbi, chef de notre génération, qui l’accueillit en audience. Il lui indiqua qu’il était né grâce à une bénédiction de son beau-père, et le Rabbi lui répondit : « À vous s’appliquent les termes du verset : « Avant de te créer dans la matrice, Je te connaissais. » »
Le nom céleste
Un jour, le Rabbi Rayats lança : « Chabbat, viens ici ! » Personne ne comprit à qui il s’adressait, jusqu’à ce qu’il désigne du doigt un jeune homme dans l’assistance. Celui-ci s’approcha et le Rabbi lui transmit ce qu’il avait à lui dire, avant d’ajouter : « Je t’ai appelé Chabbat parce que tu étudies actuellement par cœur le traité talmudique Chabbat. Dans les sphères célestes, tu es appelé Chabbat pour cette raison, et j’en fais donc de même. »
Le Rabbi Rayats ajouta ensuite : « Pour ma part, j’étudie le traité Mena’hot et, dans les sphères célestes, on m’appelle actuellement Mena’hot. »
Silence pendant la lecture de la Torah
En 5705 ou 5706 (1945 ou 1946), le Rabbi, chef de notre génération, entra dans la synagogue, se plaça près de la table de lecture de la Torah et déclara : « Je reviens de chez mon beau-père, le Rabbi, et il m’a demandé de vous transmettre qu’il a eu la visite de son père, le Rabbi Rachab. Celui-ci lui a posé la question suivante : « Comment est-il possible que, dans ta synagogue, on parle pendant la lecture de la Torah ? » »
Michna 1 :
A partir de quand lit-on le Chema Israël du soir ? Depuis le moment où les Cohanim reviennent pour consommer les prélèvements consacrés jusqu’à la fin de la première garde. Tels sont les propos de Rabbi Eliézer. Les Sages, en revanche, enseignent: « Jusqu’au milieu de la nuit ». Et, Rabban Gamliel dit : « Jusqu’au lever du jour ».
Une fois, ses fils rentrèrent d’un festin et ils lui dirent : « Nous n’avons pas encore lu le Chema ». Il leur répondit alors : « Si le jour ne s’est pas encore levé, vous êtes tenus de le faire maintenant. Bien plus, toutes les pratiques que nos Sages ont limité à la première moitié de la nuit s’appliquent également jusqu’au lever du jour. Ainsi, la combustion des graisses et celle des membres des sacrifices peuvent être effectuées jusqu’au lever du jour. Les sacrifices qui ne sont consommables qu’une seule journée peuvent encore être mangés jusqu’au lever du jour. Dès lors, pourquoi les Sages parlent-ils de la première moitié de la nuit ? Afin d’écarter l’homme de la faute ».
Michna 2 :
A partir de quand lit-on le Chema Israël du matin ? Dès que l’on distingue un fil d’azur d’un fil blanc. Rabbi Eliézer dit : « Un fil d’azur d’un fil vert ».
Et, l’on achève cette lecture avant le lever du soleil. Rabbi Yochoua dit : « Jusqu’à la fin de la troisième heure du jour, car c’est alors que les princes ont coutume de se lever ». Mais, celui qui le lit, passé ce délai, n’aura pas tout perdu. Car, il reçoit alors la récompense d’un homme qui lit la Torah.
Michna 3 :
Beth Chamaï enseigne : « Le soir, chacun s’inclinera pour faire cette lecture et le matin, on se tiendra debout, ainsi qu’il est dit (Devarim 6, 7) : ‘quand tu te coucheras et quand tu te lèveras’ ». Mais, Beth Hillel dit : « Chacun le lit comme il le veut, ainsi qu’il est dit (Devarim 6, 7) : ‘quand tu marcheras sur le chemin’. S’il en est ainsi, que signifie l’expression : ‘quand tu te coucheras et quand tu te lèveras’ ? Elle fait référence à l’heure où les hommes se couchent et à l’heure où ils se lèvent ».
Rabbi Tarfon relate : « J’avançai moi-même sur le chemin et je me suis incliné pour le lire, conformément à l’avis de Beth Chamaï. Je me suis alors trouvé en danger mortel, du fait des brigands ». Les Sages lui répondirent : « Tu aurais mérité d’en mourir et tu aurais été tenu pour responsable de ton sort, car tu as transgressé les propos de Beth Hillel ».
Michna 4 :
Le matin, on dit deux bénédictions avant cette lecture et une après elle. Le soir, deux avant et deux après, une longue et une courte.
Là où les Sages ont instauré une bénédiction longue, on n’est pas autorisé à lui substituer une courte. Là où ils en ont fixé une courte, on n’est pas autorisé à la remplacer par une longue. Là où ils ont instauré une conclusion de bénédiction, on n’est pas autorisé à l’omettre. Là où ils n’ont pas fixé une telle conclusion, on n’est pas autorisé à l’introduire.
Michna 5 :
On fait mention de la sortie d’Egypte pendant les nuits. Rabbi Eléazar Ben Azarya dit : « Je suis comme si j’étais âgé de soixante dix ans et je n’ai pas eu le mérite d’obtenir que la sortie d’Egypte soit mentionnée la nuit, jusqu’à ce que Ben Zoma l’établisse, ainsi qu’il est dit (Devarim 16, 3) : ‘afin que tu te souviennes du jour de ta sortie d’Egypte, tous les jours de ta vie’ : ‘les jours de ta vie’ correspond aux jours et ‘tous les jours de ta vie’ introduit les nuits’ ».
Mais, les Sages disent : « ’les jours de ta vie’ correspond à ce monde et ‘tous les jours de ta vie’ introduit la période du Machia’h. »
(נ) Lettre Noun Traité Chabbat, chapitre 21 – מסכת שבת פרק כא
Michna 1 :
Un homme, peut prendre son fils dans les bras alors que celui-ci tient une pierre à la main ou bien un panier contenant une pierre. De même, il peut transporter les prélèvements agricoles devenus impurs avec ceux qui sont encore purs et avec la récolte ordinaire.
Rabbi Yehouda enseigne : “ Il est même permis de confondre les prélèvements agricoles qui se sont mélangés avec la récolte ordinaire, par une quantité cent une fois plus importante ”.
Michna 2 :
Si une pierre sert de bouchon à un tonneau, celle-ci peut être inclinée afin qu’elle tombe. Si la pierre se trouve entre les tonneaux, on peut soulever un tonneau et l’incliner pour la faire tomber.
Si de l’argent est posé sur un oreiller, on peut secouer l’oreiller pour le faire tomber. Si des déchets ont été déposés sur lui, on peut les essuyer avec un chiffon. Si l’oreiller était en cuir, on fera couler de l’eau sur lui, jusqu’à ce que les déchets disparaissent.
Michna 3 :
Beth Chamaï enseigne : « On débarrasse les os et les épluchures de la table ». Beth Hillel dit : « On soulève toute la surface recouvrant la table et on la secoue ».
On débarrasse les miettes de la table, même si elles ont moins que le poids d’une olive, de même que le duvet des fèves et des lentilles, car celles-ci peuvent constituer la nourriture des animaux.
On peut se servir, pour nettoyer, d’une éponge ayant une anse de cuir. Si elle n’en a pas, on ne s’en sert pas. Les Sages disent : « Dans un cas comme dans l’autre, on peut la prendre pendant le Chabbat et elle ne contracte pas l’impureté ».
(ח)
Lettre Heth Traité Chabbat, chapitre 22 – מסכת שבת פרק כב
Michna 1 :
Lorsqu’un tonneau se brise pendant le Chabbat, on peut en prélever la quantité de nourriture nécessaire pour trois repas et dire à d’autres personnes : « Venez, prélevez-en pour votre compte », à condition de ne pas en éponger le contenu.
On ne presse pas les fruits pour en faire sortir le jus et, s’il sort de lui-même, celui-ci est interdit. Rabbi Yehouda dit : « Si les fruits sont préparés comme des aliments solides, ce qui en sort est permis. S’ils sont pris comme liquides, ce qui en sort est interdit ».
Si des pains de miel ont été liquéfiés à la veille du Chabbat et que le miel en a coulé de lui-même, celui-ci est interdit. Rabbi Eliézer le permet.
Michna 2 :
Ce qui a été cuit, à la veille du Chabbat peut être trempé dans l’eau chaude, pendant le Chabbat. Ce qui n’a pas été cuit, à la veille du Chabbat, peut, néanmoins, être rincé à l’eau chaude, pendant le Chabbat, à l’exception d’un poisson ancien en saumure, de petits poissons salés ou encore d’un maquereau, car c’est en les rinçant que l’on achève leur préparation.
Michna 3 :
Il est permis de briser un tonneau afin de consommer les figues qui s’y trouvent, à la condition de ne pas avoir l’intention d’en faire un instrument.
On ne perce pas le bouchon du tonneau, selon les propos de Rabbi Yehouda, mais les Sages le permettent. On ne le perce pas non plus sur son flanc et, s’il est déjà percé, on ne bouche pas l’orifice avec de la cire, de peur de la gratter.
Rabbi Yehouda raconte : « Un cas similaire a été soumis à Rabban Yo’hanan Ben Zakaï dans la ville de Arav et il a dit : ‘J’ai bien peur que (ayant transgressé le Chabbat par inadvertance), il doive apporter un sacrifice de ‘Hatat’. »
Michna 4 :
Il est permis d’introduire un plat dans une fosse pour le protéger, de l’eau potable dans celle qui ne l’est pas pour la refroidir ou de l’eau froide dans la chaude pour la réchauffer.
Celui qui, avançant sur son chemin, perd ses vêtements dans l’eau, peut poursuivre sa route sans crainte. Puis, parvenu dans une cour extérieure, il les étalera au soleil. Mais, il ne le fera pas en public.
Michna 5 :
Celui qui se lave dans le bassin d’une grotte, ou bien dans les eaux de Tibériade, puis se sèche, même avec dix serviettes, ne pourra pas les déplacer dans sa main.
En revanche, dix hommes peuvent sécher leur visage, leurs mains et leurs pieds avec une seule serviette, puis la déplacer dans leurs mains.
Michna 6 :
On s’enduit le corps et on le masse, mais on ne fait pas d’exercice physique et l’on ne se gratte pas. On ne descend pas dans un fleuve boueux et l’on ne prépare pas de vomitif.
On ne redresse pas un petit enfant et l’on ne corrige pas une fracture. Si quelqu’un s’est déboîté la main ou le pied, il ne les plongera pas dans l’eau froide. En revanche, il peut les laver comme il le fait d’habitude et s’ils guérissent, c’est tant mieux.
Michna 1 :
Celui-ci qui se trouve encore en chemin lorsque la nuit tombe peut confier sa bourse à un non Juif. Si aucun non Juif ne l’accompagne, il la déposera sur l’âne.
Parvenu dans la cour extérieure de la ville, il prendra les instruments qu’il est permis de porter pendant le Chabbat. Quant à ceux qu’il n’est pas permis de porter, il détachera les sangles de l’âne et les sacs tomberont d’eux-mêmes.
Michna 2 :
On détache des bottes de céréales devant un animal et l’on en éparpille les tiges, mais non les feuilles.
Il est interdit d’écraser le foin et les caroubes devant l’animal, qu’il s’agisse de petit ou de gros bétail. Mais, Rabbi Yehouda permet les caroubes pour le petit bétail.
Michna 3 :
On ne gave pas le chameau et l’on ne le nourrit pas contre son gré. En revanche, on peut lui faire passer sa nourriture. On n’introduit pas profondément la nourriture des veaux, mais on peut la faire passer. On nourrit la volaille et l’on verse de l’eau dans la pâtée qui leur est servie, mais on ne la remue pas.
On ne donne pas d’eau aux abeilles et aux colombes se trouvant dans le colombier. En revanche, on peut en donner aux oies, aux poulets et aux pigeons.
Michna 4 :
On peut découper les courges devant un animal et la dépouille d’une bête devant les chiens.
Rabbi Yehouda dit : « Si cette dépouille n’était pas déjà prête à la veille du Chabbat, elle est interdite, parce qu’elle n’a pas été préparée ».
Michna 5 :
On peut annuler des vœux pendant le Chabbat et interroger le sage pour les vœux qui concernent le Chabbat.
On a le droit de fermer les volets. On peut mesurer le chiffon et le Mikwé. A l’époque du père de Rabbi Tsadok et de Abba Chaoul, fils de Botnit, il arriva que l’on ferme des volets avec de la glaise, que l’on rattache les débris d’argile avec de la paille afin de vérifier s’il y avait, dans l’auvent, une ouverture de la largeur d’un Tefa’h ou non.
Nous déduisons des propos de ces Sages qu’il est permis, pendant le Chabbat, de boucher, de mesurer et d’attacher.
Michna 1 :
Si la poutre d’une ruelle a été placée plus haut que vingt coudées, il faut l’abaisser, mais Rabbi Yehouda dit : “ Cela n’est pas nécessaire ”.
Si la ruelle est plus large que dix coudées, il faudra la réduire. Toutefois, si l’entrée a la forme d’une porte, il ne sera pas nécessaire de la réduire, même si elle est plus large que dix coudées.
Michna 2 :
Comment préparer une ruelle pour que l’on puisse y transporter des objets ? Beth Chamaï dit : “ Par un piquet et par une poutre ”. Beth Hillel dit : “ Ou bien par un piquet ou bien par une poutre ”. Rabbi Eliézer dit : “ Par deux piquets ”.
Un disciple dit, au nom de Rabbi Ichmaël, devant Rabbi Akiva : “ La discussion entre Beth Chamaï et Beth Hillel ne porte pas sur une ruelle de moins de quatre coudées, dans laquelle il peut être permis de porter ou bien par un piquet ou bien par une poutre. Sur quoi porte donc leur discussion ? Sur la ruelle qui a entre quatre et dix coudées de largeur. Dans ce cas, Beth Chamaï demande un piquet et une poutre, alors que Beth Hillel se suffit de l’un ou de l’autre ”.
Rabbi Akiva lui répondit : “ Leur discussion porte sur ces deux cas à la fois ”.
Michna 3 :
La poutre dont parlent nos Sages doit être suffisamment large pour recevoir les matériaux de construction.
Ces matériaux de construction sont des demi briques d’une longueur de trois Tefa’h et il suffit que la poutre ait une largeur d’un Tefa’h pour recevoir ces matériaux de construction sur sa longueur.
Michna 4 :
La poutre doit être assez large pour recevoir les matériaux de construction et assez solide pour les supporter.
Rabbi Yehouda dit : “ Il suffit qu’elle soit assez large, même si elle n’est pas assez solide ”.
Michna 5 :
Si la poutre était en paille ou en jonc, on fait comme si elle était en fer. Si elle était tordue, on fait comme si elle était droite. Si elle était arrondie, on, fait comme si elle était carrée.
Si son pourtour est d’au moins trois Tefa’h, sa largeur a nécessairement un Tefa’h.
משנה ו
לְחָיַיִן שֶאָמְרוּ, גָּבְהָן עֲשָרָה טְפָחִים, וְרָחְבָּן וְעָבְיָן כָּל שֶׁהוּא. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר, רָחְבָּן שְׁלשָׁה טְפָחִים
Michna 6 :
Le piquet dont parlent nos Sages a dix Tefa’h de hauteur, n’importe quelle largeur et n’importe quelle épaisseur.
Rabbi Yossi dit : “ Il doit avoir une largeur de trois Tefa’h.
Michna 7 :
Toute matière peut être utilisée pour constituer un piquet, y compris ce qui est vivant, mais Rabbi Yossi l’interdit.
Si ce piquet a servi à recouvrir une tombe, il est impur, mais Rabbi Meïr le décrète pur. On peut rédiger sur lui l’acte de divorce d’une femme, mais Rabbi Yossi le Galiléen le disqualifie pour cet usage.
Michna 8 :
Si une caravane campe dans la plaine et que le campement est entouré par des instruments servant pour les animaux, on pourra transporter des objets à l’intérieur de ce périmètre, à condition que la barrière ait au moins dix Tefa’h de hauteur et que les parties ouvertes ne soient pas plus importantes que les parties fermées.
Chaque ouverture qui a dix coudées est permise, car elle est considérée comme une porte. Au-delà de cette largeur, elle est interdite.
Michna 9 :
On peut entourer ce campement au moyen de trois cordes, chacune se trouvant au dessus de l’autre, à condition que la distance entre deux cordes soit toujours inférieure à trois Tefa’h.
La mesure de l’épaisseur des cordes doit dépasser un Tefa’h, afin que l’ensemble ait plus de dix Tefa’h.
Michna 10 :
On peut également l’entourer avec des pieux, à condition que la distance entre deux pieux soit inférieure à trois Tefa’h. Ceci s’applique à la caravane, selon les propos de Rabbi Yehouda. Mais, les Sages disent : “ Cela ne se limite pas à la caravane, mais s’applique à toute situation courante. ”
Une barrière, pour être considérée comme telle, doit avoir des planches verticales et d’autres horizontales. Tel est l’avis de Rabbi Yossi, fils de Rabbi Yehouda. Les Sages, en revanche, disent : “ Les unes ou les autres ”.
Quatre permissions ont été données, dans un campement militaire. On peut y apporter du bois de n’importe quel endroit. On y est dispensé de se laver les mains. On n’y effectue pas les prélèvements agricoles au bénéfice du doute. On n’y fait pas d’Erouv entre les tentes.
Michna 1 :
Jusqu’à quand peut-on labourer un verger, à la veille de la septième année ? Beth Chamaï dit : “ Tant que cela est profitable aux fruits ”. Beth Hillel dit : “ Jusqu’à Chavouot ”.
Ces deux avis sont pratiquement concordants.
Michna 2 :
Qu’appelle-t-on un verger ? Un champ qui a au moins trois arbres sur une surface d’une Séa.
Si ceux-ci peuvent produire un collier de figues d’une valeur de soixante Mané italiens, on labourera toute la Séa pour eux. S’ils produisent une quantité moindre, on ne laboure que la place qu’occupe l’homme cueillant les figues et son panier, se trouvant à l’extérieur par rapport à lui.
Michna 3 :
Un arbre ne donnant pas de fruits et un arbre fruitier sont observés comme s’ils étaient des figuiers.
Ainsi, s’ils peuvent produire l’équivalent d’un collier de figues d’une valeur de soixante Mané italiens, on labourera toute la Séa pour eux. S’ils en produisent une quantité moindre, on ne labourera qu’en fonction de leur besoin.
Michna 4 :
Si un arbre fournit bien un collier de figues, mais non les deux autres, ou bien si deux en fournissent, mais non le troisième, on ne labourera qu’en fonction de leur besoin. Il doit y avoir au moins trois arbres et jusqu’à neuf.
S’il y a dix arbres ou plus, qu’ils produisent un collier de figues ou non, on labourera toute la Séa pour eux, ainsi qu’il est dit (Chemot 34, 21) : “ Tu cesseras de labourer et de récolter ”. Ceci s’applique non seulement au labourage et à la récolte de la septième année, mais aussi à ceux de la veille de cette septième année, s’y introduisant et à ceux de la septième année, s’introduisant dans l’année suivante.
Rabbi Ichmaël précise : “ Tout comme le labourage dont il est ici question est un acte permis, la récolte qui est mentionnée là est également un acte permis. Ceci exclut la récolte de Mitsva, celle de l’Omer. ”
Michna 5 :
Trois arbres appartenant à trois personnes s’additionnent et l’on labourera toute la Séa pour eux.
Quelle distance doit-il y avoir entre eux ? Rabban Gamliel répond : “ Celle qui est nécessaire pour que passe le bétail, avec ses ustensiles ”.
Michna 6 :
Si dix plants de culture se répartissent sur une surface d’une Séa, on peut labourer toute la Séa pour eux, jusqu’à Roch Hachana.
S’ils sont regroupés et entourés d’une haie, on ne labourera qu’en fonction de leur besoin.
Michna 7 :
Les plants de culture et les grandes citrouilles s’additionnent, à l’intérieur d’une surface d’une Séa.
Rabban Chimeon Ben Gamliel dit : “ S’il y a dix grandes citrouilles sur une surface d’une Séa, on pourra labourer toute la Séa, jusqu’à Roch Hachana. ”
Michna 8 :
A partir de quand peut-on parler de plants de culture ? Rabbi Eléazar Ben Azarya dit : “ Dès l’instant où ils sont permis aux profanes ”. Rabbi Yochoua dit : “ A l’issue de sept ans ”. Rabbi Akiva dit : “ Tant qu’ils sont qualifiés de plants ”.
Quand un arbre a été coupé et qu’il a produit de nouvelles branches, si celles-ci ont moins d’un Tefa’h, il s’agit d’un plant de culture. Si elles ont plus d’un Tefa’h, il s’agit d’un arbre. Tels sont les propos de Rabbi Chimeon.
Michna 1 :
Quand le verdict a été prononcé, on fait sortir le condamné pour le lapider. Le lieu de lapidation se trouvait à l’extérieur du tribunal, ainsi qu’il est dit (Vaykra 24, 14) : “ Fais sortir celui qui a blasphémé ”. Un homme se tenait à la porte du tribunal, tenant des fanions à la main et un autre, à cheval, se trouvait à une distance où il pouvait le voir.
Si quelqu’un déclare qu’il peut produire une circonstance atténuante, l’autre agite les fanions et le cavalier se hâte d’aller arrêter l’exécution. Même si le condamné lui-même prétend avoir des arguments à produire en sa faveur, on le ramène au tribunal, quatre ou cinq fois s’il le faut, à condition que ses paroles aient un contenu.
Si on lui trouve un motif d’acquittement, on le libère. Sinon, il ressort du tribunal pour être lapidé et quelqu’un annonce devant lui : “ Un tel, fils d’un tel, va être lapidé pour avoir commis telle faute. Un tel et un tel sont ses témoins. Si quelqu’un connaît un argument pour sa défense, qu’il vienne le faire connaître. ”
Michna 2 :
Quand on parvient à environ dix coudées du lieu de la lapidation, on dit au condamné : “ Confesse-toi ! ”. En effet, tous ceux qui sont mis à morts se confessent, car quiconque le fait a part au monde futur. Ce fut le cas pour A’han, auquel Yochoua dit (Yochoua 7, 19-20) : “ ‘De grâce, mon fils, honore l’Eternel, D.ieu d’Israël et confesse-toi devant Lui’. A’han répondit à Yochoua : ‘C’est vrai, j’ai fauté envers l’Eternel, D.ieu d’Israël et voici ce que j’ai commis’. ”
D’où sait-on que sa confession lui permet d’obtenir l’expiation ? Parce qu’il est écrit (Yochoua 7, 25) : “ Yochoua lui dit : ‘Comme tu nous as affligés, l’Eternel t’affligera en ce jour’. ”, ce qui veut dire : “ tu es affligé en ce jour, mais tu ne le seras pas dans le monde futur ”.
S’il ne sait pas se confesser, on lui fera dire : “ Que ma mort rachète toutes mes fautes ”. Rabbi Yehouda dit : “ S’il sait qu’il a été condamné sur la foi de témoins mensongers, il dira : ‘Que ma mort rachète toutes mes fautes, à l’exception de celle-ci’. ” On lui rétorqua : “ S’il en est ainsi, tous opteront pour cette formule, afin de s’innocenter ”.
Michna 3 :
Quand on parvient à quatre coudées du lieu de la lapidation, on lui ôte ses vêtements.
On couvre un homme par devant, une femme par devant et par derrière. Tels sont les propos de Rabbi Yehouda. Les Sages disent : “ Un homme est lapidé nu, mais une femme n’est pas lapidée nue ”.
Michna 4 :
Le lieu de la lapidation avait une hauteur de deux tailles d’homme. L’un des témoins pousse le condamné par les hanches. S’il se retourne et tombe, cœur contre terre, il le replacera sur les hanches. S’il meurt ainsi, la sentence a bien été appliquée. Sinon, le second témoin prend une pierre et la fait tomber sur son cœur. S’il meurt ainsi, la sentence a bien été appliquée. Sinon, tout le peuple d’Israël participera à sa lapidation, ainsi qu’il est dit (Devarim 17, 7) : “ La main des témoins le frappera en premier pour le mettre à mort et la main de tout le peuple, en dernier lieu ”.
Tous ceux qui sont lapidés sont ensuite pendus. Tels sont les propos de Rabbi Eliézer. Les Sages disent : “ Seuls le blasphémateur et l’idolâtre sont pendus après lapidation ”. Un homme est pendu avec le visage tourné vers le peuple et une femme, avec le visage tourné vers la potence. Tels sont les propos de Rabbi Eliézer. Les Sages disent : “ L’homme est pendu, mais la femme ne l’est pas ”.
Rabbi Eliézer leur dit : “ Chimeon, fils de Chéta’h n’a-t-il pas fait pendre des femmes à Ashkelon ? ”. Ils lui répondirent : “ Il a même fait pendre quatre vingt femmes, alors que, d’ordinaire, l’on ne doit pas prononcer deux condamnations à mort, le même jour. ”
Comment le pendre ? On enfonçait un poteau en terre, sur lequel il y avait la potence. On attachait ses deux mains l’une sur l’autre et on le pendait par celles-ci. Rabbi Yossi dit : “ Le poteau était appuyé contre un mur et on le pendait comme le font les bouchers ”.
On le détachait aussitôt, faute de quoi on transgressait un Interdit, ainsi qu’il est dit (Devarim 21, 23) : “ Tu ne laisseras pas son cadavre passer la nuit sur la potence. Tu l’enterreras le même jour, car un homme pendu est une offense envers D.ieu ”, ce qui veut dire que l’on se demanderait pourquoi cet homme est pendu et qu’il faudrait alors répondre qu’il a blasphémé. Le Nom de D.ieu s’en trouverait profané.
Michna 5 :
Rabbi Meïr dit : “ Lorsque l’homme souffre, que dit la Présence divine ? Elle dit : ‘Ma Tête est lourde. Mon bras est lourd’. ” Et, si D.ieu se lamente à ce point quand est versé le sang des impies, combien plus est-ce le cas pour le sang des Justes.
Bien plus encore, quiconque fait passer la nuit à un mort sans l’inhumer transgresse une Interdiction. Toutefois, s’il le fait pour l’honneur du mort, dans le but de lui préparer un cercueil et des vêtements mortuaires, il ne commet pas de faute.
On ne l’enterrait pas dans la tombe de ses pères. En fait, le tribunal aménageait deux cimetières, l’un pour ceux qui avaient été décapités ou étranglés, l’autres pour ceux qui avaient été lapidés ou exécutés par le feu.
Michna 6 :
Lorsque la chair est putréfiée, on recueille les ossements et on les enterre à leur place.
Les proches du condamné viennent ensuite saluer les juges et les témoins, affirmant ainsi qu’ils ne leur en veulent pas du tout, car leur jugement a été prononcé selon la vérité.
On n’observe pas les lois du deuil. En revanche, on observe les lois du chagrin tant que le mort n’a pas été enterré, car c’est uniquement là un sentiment du cœur.
Michna 1 :
Le sang d’une femme Nidda et la chair d’un homme mort rendent impurs, qu’ils soient humides ou secs. A l’opposé, l’écoulement de sang, la morve, la salive, le reptile, le cadavre d’un animal et l’écoulement séminal rendent impurs quand ils sont humides, mais non quand ils sont secs.
Toutefois, si on peut les humecter et leur faire retrouver leur état initial, ils rendent impurs, qu’ils soient humides ou secs. Combien de temps doivent-ils être trempés ? Dans de l’eau tiède, pendant vingt quatre heures.
Rabbi Yossi dit : “ La chair d’un homme mort est desséchée et il n’est pas possible de la tremper. ”
Michna 2 :
Si l’on a trouvé un reptile dans une ruelle, on établit son impureté de manière rétroactive, à partir du moment où l’on peut dire : “ J’ai vérifié cette ruelle et aucun reptile ne s’y trouvait ” ou bien à partir de la date à laquelle elle a été balayée.
Il en est de même pour la tache de sang que l’on trouve sur un vêtement. L’impureté est alors établie rétroactivement, à partir du moment où l’on peut dire : “ J’ai vérifié ce vêtement et il ne portait pas de tache ” ou bien à partir de la date à laquelle il a été lavé et cette tache rend impur, qu’elle soit humide ou sèche.
Rabbi Chimeon dit : “ Celle qui est sèche rend impur de manière rétroactive, alors que celle qui est humide rend impur uniquement à partir du moment rendant possible le fait qu’elle soit encore humide. ”
Michna 3 :
Toutes les taches de sang provenant de Rékem sont pures. Rabbi Yehouda pensent qu’elles sont impures, car cette région est peuplée de convertis, qui sont sujets à l’erreur.
Les taches provenant d’entre les nations sont pures. Celles qui parviennent d’entre les Juifs et les Koutim sont impures d’après Rabbi Meïr, pures selon les Sages, car il n’y a pas lieu de les suspecter à propos de telles taches.
Michna 4 :
Les taches de sang se trouvant dans n’importe quel endroit sont pures, à l’exception de celles qui sont dans des pièces ou bien à proximité de lieux d’impureté.
L’impureté se répand, comme au sein d’une tente, dans les lieux d’impureté des Koutim, car c’est dans cet endroit qu’ils ont coutume d’enterrer leurs fœtus.
Rabbi Yehouda dit : “ Ils ne les enterraient pas, mais les jetaient et une bête sauvage les emportait ”.
Michna 5 :
On peut leur faire confiance quand les Koutim disent : “ C’est là que nous avons enterré nos fœtus ” ou bien : “ Nous n’en avons pas enterrés ”.
On peut leur faire confiance quand ils déclarent qu’un animal a eu un premier-né ou bien n’en a pas eu. On peut aussi leur faire confiance pour le marquage des tombeaux.
En revanche, on ne leur fait pas confiance pour localiser les tombes dans les bosquets, pour les tombes marquées par les pierres d’une barrière et pour les tombes se trouvant dans un champ. Le principe général est le suivant : dans tous les domaines où on les suspecte, on ne leur fait pas confiance.
Michna 1 :
L’agneau du sacrifice perpétuel n’était pas ligoté, mais attaché, chaque membre avant avec un membre arrière. Ceux que le sort avait désigné pour en tenir les membres les prenaient. Voici de quelle manière il était attaché. Sa tête était tournée vers le sud et son visage, vers l’ouest. Le sacrificateur se tenait à l’est, le visage tourné vers l’ouest.
Le sacrifice perpétuel du matin était sacrifié dans le coin nord-ouest, sur le second anneau. Celui du soir l’était dans le coin nord-est, sur le second anneau. Le sacrificateur l’égorgeait et celui qui devait recevoir le sang le faisait. Il se rendait dans le coin nord-est et il en versait, puis il allait dans le coin sud-ouest et il en versait. Enfin, il déversait ce qui en restait sur la partie sud du socle de l’autel.
Michna 2 :
Il ne brisait pas la jambe de cet agneau. Il la perçait à l’épaule et il la suspendait ainsi. Il le dépeçait de haut en bas, jusqu’à ce qu’il atteigne la poitrine. Quand il y était parvenu, il coupait la tête et il la donnait à celui que le sort avait désigné pour la prendre. Il lui coupait les pattes postérieures et il les donnait à celui que le sort avait désigné pour les prendre.
Il achevait de dépecer l’animal. Il lui déchirait le cœur et il en extrayait le sang. Il coupait les pattes antérieures et il les donnait à celui que le sort avait désigné pour les prendre. Il remontait vers la patte postérieure droite, il la coupait en y laissant les deux testicules et il la donnait à celui que le sort avait désigné pour la prendre. L’animal était alors entièrement ouvert devant lui.
Il prenait de la graisse et en couvrait l’endroit de l’abattage, sur la tête, par le dessus. Il prenait les intestins et les donnait à celui que le sort avait désigné pour les recevoir, afin de les rincer. Le ventre était abondamment lavé dans l’office de rinçage. Les intestins proprement dit étaient lavés, au moins trois fois, sur les tables de marbre qui étaient disposées entre les colonnes.
Michna 3 :
Il prenait le couteau, séparait les poumons du foie, puis l’excroissance se trouvant au dessus du foie de cet organe, tout en la laissant à sa place. Il perçait la poitrine et la donnait à celui que le sort avait désigné pour la prendre.
Il remontait vers le flanc droit, tranchait vers le bas, jusqu’à la colonne vertébrale, qu’il ne touchait pas, s’arrêtant aux deux côtes tendres. Il le coupait, en y laissant le foie suspendu et il le donnait à celui que le sort avait désigné pour le prendre.
Il parvenait à l’estomac, auquel il lassait deux côtes, de part et d’autre. Il le coupait, en y laissant la trachée, le cœur et les poumons suspendus et il le donnait à celui que le sort avait désigné pour le prendre.
Il allait ensuite vers le flanc gauche, auquel il laissait deux côtes tendres vers le haut et deux côtes tendres vers le bas. Il en faisait de même de l’autre côté, de sorte qu’il y avait, en tout, deux fois deux côtes en haut et deux fois deux côtes en bas. Il le coupait, alors que la colonne vertébrale s’y trouvait et la rate y était suspendue et il le donnait à celui que le sort avait désigné pour la prendre. Ce flanc gauche était le plus grand. Malgré cela, on qualifiait de grand le flanc droit, car le foie y était suspendu.
Il parvenait à l’arrière-train, le coupait en y laissant la queue, l’excroissance se trouvant au dessus du foie et les deux reins. Il le donnait à celui qui le sort avait désigné pour le prendre. Il prenait la patte postérieure gauche et il la donnait à celui que le sort avait désigné pour la prendre.
Dès lors, tous se tenaient en rang, tenant ces membres à la main. Le premier avait la tête et la patte postérieure, la tête dans sa main droite, avec le nez vers son bras et les cornes entre ses doigts, l’endroit de l’abattage vers le haut, recouvert de graisse et la patte postérieure droite dans sa main gauche, avec la peau tournée vers l’extérieur.
Le second tenait les deux pattes antérieures, la droite dans sa main droite et la gauche dans sa main gauche, leur peau étant tournée vers l’extérieur. Le troisième tenait l’arrière-train et la patte postérieure, l’arrière train dans sa main droite, la queue pendant entre ses doigts, accompagnée de l’excroissance se trouvant au dessus du foie et des deux reins, la patte postérieure gauche dans sa main gauche, avec sa peau tournée vers l’extérieur.
Le quatrième tenait la poitrine et l’estomac, la poitrine dans la main droite et l’estomac dans la main gauche, avec les côtes entre ses doigts. Le cinquième tenait les deux flancs, le flanc droit dans sa main droite et le flanc gauche dans sa main gauche, avec leur peau tournée vers l’extérieur.
Le sixième tenait les intestins dans une grande louche, recouverts par les pieds, sur le dessus. Le septième portait la farine. Le huitième portait les pains et le neuvième portait le vin.
Tous allaient et déposaient ce qu’ils portaient sur la moitié inférieure de la pente conduisant vers l’autel, à l’ouest et ils les recouvraient de sel. Puis, ils redescendaient et ils se rendaient dans l’office des Cohanim, afin d’y lire le Chema Israël.
À quelques jours du Shabbat dédié à la mémoire du Rabbi de Loubavitch, il convient de réfléchir à l’importance de cette figure spirituelle majeure pour le peuple juif. Que représente réellement ce leader religieux pour nous aujourd’hui, et comment son enseignement continue-t-il d’influencer notre quotidien ?
La métaphore du cerveau et du corps
Qu’est-ce qu’un Rabbi dans l’enseignement juif ? Il s’agit d’une figure spirituelle qui peut être comparée à la tête qui guide tout le corps d’Israël. Comme l’expliquent les textes, de la même manière que la tête contient et dirige toute la vitalité des différents membres du corps avant qu’elle ne soit répartie dans les différents organes, tout est d’abord inclus dans le cerveau.
Ainsi, le Rabbi peut être considéré comme le cerveau, la tête spirituelle de toutes les différentes communautés. Toutes les âmes sont, d’une certaine façon, attachées à ce cerveau qu’est le Rabbi de chaque génération. De la même manière que tout le corps reste connecté au cerveau, chaque membre du peuple demeure lié à son guide spirituel.
Une anecdote révélatrice
Pour illustrer cette idée, voici une anecdote touchante qui fut racontée :
Un professeur juif travaillait comme conférencier dans différentes facultés. Pour son travail, il partit vivre un certain temps en Tasmanie, cette petite île appartenant à l’Australie, loin de toute communauté juive organisée.
Un jour, la petite communauté locale, très réduite en nombre, vint le voir. Ils lui expliquèrent qu’ils avaient besoin d’un guide spirituel, quelqu’un qui pourrait diriger les services religieux. Bien qu’athée, le professeur, touché par leur humanisme, décida malgré tout de faire un effort pour les aider. Cependant, il se sentait perdu, ne sachant pas comment s’y prendre.
Il finit par contacter le Rabbi, lui expliquant la situation et demandant conseil. Peu de temps après, un jeune juif pratiquant arriva dans la région et put remplacer le professeur dans ce rôle.
Un lien intemporel
Cette histoire illustre parfaitement comment le Rabbi, tel un cerveau spirituel, reste connecté à chaque membre de sa communauté, où qu’il se trouve dans le monde. Chaque âme juive demeure liée à cette figure centrale qui est le Rabbi de sa génération.
Notre responsabilité aujourd’hui
Aujourd’hui, même après la disparition physique du Rabbi, son enseignement et sa présence spirituelle continuent de nous accompagner. Il nous incombe donc à tous de faire quelque chose qui puisse honorer son chemin et perpétuer son message.
Nous devons redoubler d’efforts dans l’étude de la Torah et l’accomplissement des mitzvot (commandements). Chaque action positive que nous accomplissons contribue à maintenir vivant l’héritage spirituel transmis par le Rabbi.
Conclusion
Le Rabbi de Loubavitch continue d’être présent parmi nous, priant toujours pour notre bien-être spirituel et matériel. À nous de répondre à cet amour en agissant de manière à honorer ses enseignements et à faire rayonner ses valeurs dans notre vie quotidienne.