Le Rabbi, Youd Chevat 5751:  « Sachez que lorsque vous serez en Alaska, au Brésil ou en Sibérie, j’y serais moi-même! »

Le Rabbi, Youd Chevat 5751: « Sachez que lorsque vous serez en Alaska, au Brésil ou en Sibérie, j’y serais moi-même! »

fr.chabad.org

Le matin de Chabbat 28 Janvier 1950, le sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Its’hak Schneerson, de mémoire bénie, quitta ce monde.

Le Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie, en fut accablé de douleur ; des mois durant, un torrent de larmes accompagnait la moindre de ses références à son beau-père. Bien qu’il ait été le candidat naturel pour la succession, il refusa fermement d’accepter la position de « Rabbi » pendant toute une année avant de céder aux supplications qui affluaient de tous les coins du globe et d’assumer officiellement la direction du mouvement ‘Habad-Loubavitch.

Toutefois, il était clair dès le début qu’il était déterminé à poursuivre l’œuvre de son beau-père consistant à tendre la main à tous les Juifs, quel que puisse être leur éloignement géographique ou spirituel de leur peuple.

Le 7 Février, à peine dix jours après le décès de Rabbi Yossef Its’hak, le Rabbi nomma le rav Michael Lipsker comme son émissaire – « chalia’h » – pour les Juifs du Maroc.

Cette institution d’envoyer des émissaires est sans doute l’apport le plus révolutionnaire du Rabbi à la vie juive d’aujourd’hui. Il n’est pas exagéré de dire qu’elle a transformé le visage du judaïsme dans la seconde moitié du 20ème siècle.

Le concept en est à la fois profond et simple. Le Rabbi voulait atteindre tous les Juifs du monde et les inspirer à accroître leur engagement dans le judaïsme. Mais atteindre chaque Juif est une tâche techniquement impossible à réaliser pour un être humain. Alors il leva une armée de jeunes hommes et de jeunes femmes, et il leur dit :

« Je vous nomme mes émissaires pour agir à ma place. Lorsque vous serez là-bas – dans le New Jersey ou en Alaska, à Belo Horizonte, au Brésil ou à Tcheliabinsk, en Sibérie –, ce sera comme si j’y étais moi-même, comme si je donnais moi-même ce cours, comme si je cachérisais moi-même cette cuisine ou conduisais moi-même ce Séder de Pessa’h ».

Un émissaire, un chalia’h, est un concept juridique dans la loi juive, par lequel une personne peut en désigner une autre pour effectuer une action à sa place. Le Rabbi a pris ce concept de la Torah et l’a transformé en un appel et un mode de vie pour des dizaines, puis des centaines, puis des milliers de jeunes familles.

Le Rabbi n’offrit pas à ses émissaires le confort d’une action basée sur une obéissance aveugle à ses consignes. Il insista au contraire sur le fait que les programmes et les activités menés par un émissaire devaient découler de ses capacités et de ses inclinations personnelles d’une part, et des besoins particuliers et de la situation de sa localité d’autre part. Tel était le leadership du Rabbi, à même de combiner cela avec le fait que chaque émissaire est pénétré de la conscience qu’il ou elle agit en tant qu’extension de la personne même du Rabbi – ce qui leur a permit de triompher de difficultés qui auraient été autrement insurmontables.

Le Rabbi avait un lien spécial avec ses émissaires. Lorsque son épouse, la Rabbanit, quitta ce monde en 1988, sa première demande fut « d’en informer [nos] enfants, les émissaires ». Avant de quitter le « 770 » le jour où il subit un accident vasculaire cérébral en mars 1992, il organisa son bureau – habituellement recouvert de piles de livres et de papiers – en laissant un seul objet dessus : l’album en trois volumes contenant les photos de ses émissaires.

Le 17 janvier 1951-10 Chevat 5711, le Rabbi accepta officiellement la direction de ‘Habad-Loubavitch en prononçant la traditionnelle dissertation ‘hassidique, le maamar, lors d’un rassemblement marquant le premier anniversaire du décès de son beau-père. À cette occasion, le Rabbi dit (traduction libre) :

« Ici, en Amérique les gens aiment entendre des choses exprimées sous la forme d’une « déclaration », de préférence une déclaration fracassante et provocatrice. Je ne sais pas si c’est la meilleure approche, mais comme nos Sages ont dit : « Quand on arrive dans une ville, on se conforme à la coutume locale.

Les trois amours – l’amour de D.ieu, l’amour de la Torah et l’amour de son prochain – ne font qu’un. On ne peut pas différencier entre eux, car ils sont d’une essence unique. Et comme ils sont d’une essence unique, chacun incarne tous les trois.

Ceci est notre « déclaration » : Si vous voyez une personne qui a l’amour de D.ieu mais manque d’amour de la Torah et d’amour de son prochain, il faut lui dire que son amour de D.ieu est incomplet. Et si vous voyez une personne qui a seulement l’amour de son prochain, vous devez vous efforcer de le ramener à l’amour de la Torah et à l’amour de D.ieu, de sorte que son amour envers ses semblables ne s’exprime pas seulement dans la fourniture de pain aux affamés et d’eau aux assoiffés, mais qu’il le rapproche également de la Torah et de D.ieu.

Lorsque nous aurons les trois amours ensemble, nous parviendrons à la Délivrance. En effet, tout comme ce dernier exil fut causé par un manque d’amour fraternel, de même la Délivrance définitive et immédiate sera atteinte par l’amour du prochain. »

Lors de ce rassemblement, le Rabbi établit également ce qui allait devenir le leitmotiv de ses enseignements et de ses activités :

« c’est notre génération qui a reçu la tâche de mener à terme le but même de la création, que l’enseignement ‘hassidique définit comme étant de « faire une demeure pour D.ieu dans le monde matériel . Notre génération est celle qui introduira l’ère de Machia’h – l’ère de bonté et de perfection qui est l’aboutissement de l’effort pluri-millénaire de l’humanité de révéler l’image de D.ieu dans laquelle elle a été créée ».

VIDEO.  «’Hassidim, nous avons un Rabbi !» : Comment le Rabbi accepta la direction du mouvement Loubavitch

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Le 10 Chevat 5711 (1951) marqua un tournant historique pour le mouvement Habad-Loubavitch. Après une année de supplications et de prières, le Ramach accepta enfin de devenir le septième Rabbi de Loubavitch. Retour sur les événements qui menèrent à cette acceptation tant attendue par les ‘Hassidim du monde entier.

 

 

 

L’arrivée du Rabbi précédent en Amérique

En 1940, le Rabbi précédent arriva à New York, échappant ainsi à l’enfer européen provoqué par le régime nazi. Lors de son arrivée miraculeuse, il fut accueilli par des centaines de ‘Hassidim, de Juifs américains et de personnalités communautaires et civiles. Après avoir posé le pied sur le sol américain, il déclara : « L’Amérique n’est pas différente », s’engageant ainsi à reproduire dans cette Amérique assimilatrice un judaïsme authentique et chaleureux, tel qu’il avait existé dans le Vieux Continent. Nombreux furent ceux qui se montrèrent sceptiques, voire inquiets, face à de telles déclarations. Mais l’avenir donnera raison au Rabbi Yossef Its’hak de Loubavitch.

L’arrivée du futur Rabbi aux côtés de son beau-père

Une année plus tard, le Rabbi précédent fut rejoint par son gendre, notre Rabbi, et sa fille, la Rabbanite Haya Mouchka. Le futur Rabbi prit alors la tête des institutions du mouvement Loubavitch, en particulier le Merkaz Leinyanei ‘Hinoukh et le Ma’hané Israël, chargés de renforcer l’éducation juive et la diffusion du judaïsme. Tout cela se réalisa alors qu’effectivement « l’Amérique n’est pas différente ».

Pendant les années passées outre-Atlantique avec son beau-père, le Rabbi, appelé alors le Ramach, fit éditer de nombreux ouvrages ‘hassidiques dans plusieurs langues, ainsi que des livres et des revues destinés à la jeunesse. Il dirigeait les réunions ‘hassidiques, et ceux qui avaient perçu sa grandeur, malgré sa discrétion extrême et la virtuosité qu’il mettait à la cacher, lui demandaient des conseils et même des bénédictions.

Le départ du Rabbi précédent et la question de la succession

Lorsqu’en 1950, le Chabbat Parachat Bo, le 10 Chevat 5710, le Rabbi précédent quitta ce monde physique, nombreux furent les regards qui se tournèrent vers le Ramach pour assurer la pérennité de la chaîne des Rabbanim de Habad.

Pourtant, la majorité des ‘Hassidim ne connaissaient pas la grandeur exceptionnelle du Ramach, qui avait tout fait pour la dissimuler. Mais ceux qui avaient réalisé sa connaissance encyclopédique de la Torah, sa maîtrise de tous les livres de ‘Hassidout et de Kabbale, sa sainteté particulière, ses pouvoirs surnaturels et sa maîtrise de tous les domaines de la connaissance universelle savaient que D.ieu, dans Sa bonté, avait prévu un successeur au Rabbi précédent.

Le Rabbi précédent fut enterré au cimetière Montefiore de Queens, le dimanche 11 Chevat 1950.

La mobilisation des anciens ‘Hassidim

Le lendemain, les anciens ‘Hassidim se réunirent en urgence pour réfléchir à la pérennité du mouvement Loubavitch. Étaient présents Rav Shmaryahou Gurary, Rav Simpson, Rav Jacobson, Rav Kazarnovski et bien d’autres. Ils furent unanimes pour convenir que le Ramach devait prendre la succession de son beau-père.

Ils contactèrent des ‘Hassidim et des Rabbanim. Les Rabbanim Habad d’Israël se réunirent alors dans la grande synagogue Habad Nachalat Binyamin de Tel-Aviv : Rav Kessler, Rav Moché Gurary, Rav Zeev Paris, Rav Chlomo Yossef Zevin et Rav Avraham Pariz.

Rav Avraham Pariz prit la parole et dit : « J’ai travaillé à New York près de dix ans avec le Ramach. Mon bureau était collé au sien. Je l’ai observé. Il cache sa grandeur, mais je vous dis que c’est notre Rabbi. » Cette intervention eut un grand retentissement et poussa les Rabbanim Habad de Terre Sainte à écrire une déclaration d’allégeance au Rabbi.

Les premières démarches pour convaincre le Ramach

Dès les premières semaines suivant le départ du Rabbi précédent, le Rav Simpson visitait régulièrement le Ramach dans son bureau et tentait de le convaincre d’accepter la présidence du ‘hassidisme Loubavitch.

De nombreux ‘Hassidim exprimèrent clairement leur détermination à considérer le Ramach comme leur Rabbi. L’un d’entre eux, Rav Moché Dubinski, appela le Ramach « Rabbi » et demanda à être reçu en Yé’hidout, en audience privée avec le Rabbi.

Petit à petit, le Ramach commença à accepter les demandes de bénédiction et à recevoir quelques ‘Hassidim en audience privée. Le premier d’entre eux fut le Rav Ashkenazi, le recteur et le Rav de la Yechiva de Shanghai. Il supplia le Ramach d’accepter la présidence du mouvement Loubavitch et de le recevoir en Yé’hidout.

Devant le refus du Ramach, il lui dit : « J’ai donné ma vie en Russie, à Shanghai, pour le judaïsme. D.ieu m’a miraculeusement permis de venir ici. Mais à quoi tout cela aurait-il servi si je n’ai pas de Rabbi ? » Le Ramach accepta alors de le recevoir en Yé’hidout.

Les lettres d’allégeance du monde entier

En Europe également, de nombreux ‘Hassidim de France, de Belgique et d’Angleterre envoyèrent des lettres d’allégeance au Rabbi.

À Jérusalem également, les Rabbanim Shmaryahou Nissane Gurary et d’autres écrivirent une lettre au Ramach lui demandant d’accepter de diriger les ‘Hassidim.

Le Ramach avait l’habitude de répondre aux demandes pressantes des anciens ‘Hassidim en prétextant qu’il n’avait pas d’instruction du Rabbi précédent. Un comité de ces anciens ‘Hassidim décida alors de se rendre sur la tombe du Rabbi Yossef Its’hak. Ils supplièrent leur Rabbi de donner des instructions à son gendre pour qu’il accepte la direction des ‘Hassidim. Depuis ce moment, cet argument ne fut plus avancé par le Ramach.

L’espoir grandissant d’une acceptation

Pendant l’été, des ‘Hassidim demandèrent au Ramach de dire un Maamar, un discours ‘hassidique, ce qui aurait confirmé son acceptation de devenir le Rabbi. Celui-ci répondit que cela constituerait un changement par rapport aux prérogatives qu’il avait du vivant de son beau-père.

Le Ramach cependant répondit une fois à cette même question en disant que ce n’était pas obligatoire que la récitation d’un Maamar ait lieu maintenant, mais qu’elle pourrait avoir lieu à un autre moment. L’espoir grandissait donc, malgré l’extrême humilité dont le Ramach faisait preuve à l’égard de son beau-père.

Les rêves prophétiques des anciens ‘Hassidim

Un soir, le Rav Simpson fit un rêve. Il se voyait à un Farbrenguen du Rabbi précédent. On se bousculait fort et le Rabbi leva la voix et demanda : « Pourquoi les gens sont-ils si tristes ? » Puis il ajouta : « Je leur ai pourtant laissé mon Mena’hem Mendel. » Il répéta cette phrase trois fois. Puis il prit en aparté le Rav Simpson et lui dit : « Appelle le Rav Mendel, je veux l’investir dans ses fonctions de Rabbi. »

Un autre ancien ‘Hassid, le Rav Chlomo Aharon Kazarnovski, fit également un rêve. Le Rabbi précédent lui demandait : « Pourquoi les ‘Hassidim sont-ils si tristes ? » Il répondit : « C’est parce que nous n’avons pas de Rabbi. » Le Rabbi précédent lui dit alors : « Va chez le Ramach et dis-lui de ma part : « Ma Tits’ak Elaï ? » (Pourquoi m’implores-tu ?) Dis aux enfants d’Israël d’aller de l’avant. »

Il raconta ce rêve au Ramach qui le remercia en souriant. Il était clair que petit à petit l’espoir grandissait que le Ramach finirait par accepter.

L’intervention décisive de la Rabbanite

C’est cependant sans aucun doute grâce à l’intervention de la Rabbanite Haya Mouchka que le Rabbi accepta finalement. Elle lui dit en substance : « Accepterais-tu de voir s’effondrer toute l’œuvre de mon père ? »

Les miracles attribués au Ramach avant même son acceptation

Alors que le Ramach refusait encore d’accepter officiellement la fonction de Rabbi, des miracles impressionnants lui étaient déjà attribués. Nombreux avaient remarqué l’intuition divine et prophétique du Ramach.

Un jour où le Rav Yaakov Yehouda Hecht et le Rav Shemaryahou Gurary, beau-frère du Rabbi, étaient en voyage et s’apprêtaient à prendre l’avion pour revenir avant Chabbat à New York, ce dernier dit au Rav Hecht : « Nous passerons certainement le Chabbat loin de New York, car le Ramach, mon beau-frère, m’a souhaité Chabbat Shalom avant notre départ. Pour moi, il est clair que nous ne serons pas à New York pour Chabbat, et le Ramach a anticipé ce Chabbat Shalom. » Effectivement, l’avion, après avoir décollé, fut pris dans une tempête et dut rebrousser chemin. Ils passèrent donc le Chabbat loin de New York.

Le fils d’un ‘Hassid fut atteint d’une forte fièvre. Les médecins préconisaient de l’opérer. Ce ‘Hassid consulta le Ramach qui lui répondit de ne pas accepter l’opération et que tout irait bien. La maladie s’aggrava et les médecins insistaient fortement pour pratiquer cette opération. Le Ramach, consulté à nouveau, confirma que tout irait bien sans opération. Le lendemain, ce jeune homme se sentit mieux et finit par guérir complètement. Les médecins ne purent cacher leur étonnement et leur émerveillement.

Une autre fois, le jeune Avraham Seins fut trouvé inanimé dans une rue de Boston avec un traumatisme crânien. Il resta trois jours dans le coma et Rav Yehuda Krinsky sollicita pour lui la bénédiction du Ramach. Ce dernier répondit de souffler dans l’oreille du jeune homme le nom du Ramach et celui de son père : Mena’hem Mendel ben Levi Its’hak. Le Rav Krinsky exécuta la consigne du Ramach. Le jeune homme se réveilla brusquement et reconnut son entourage, à la stupéfaction des médecins.

On disait déjà dans l’entourage du Ramach que les miracles traînaient sous les tables et que l’on ne se baissait plus pour les ramasser.

La dernière tentative avant l’acceptation

Le 24 Tevet, jour de la Hiloula de l’Admour Hazaken, le premier Rabbi de Habad, les ‘Hassidim rentrèrent chez le Ramach avec une demande pressante d’accepter la direction. Le Ramach se mit à pleurer et leur demanda de sortir en prétextant que tout cela n’était pas pour lui.

Le 26 Tevet 1951, la presse juive de New York annonça que les ‘Hassidim du monde entier avaient accepté la présidence du Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson à la tête des ‘Hassidim de Loubavitch, et que le 10 Chevat 1951, il accepterait de devenir le septième Rabbi de Habad.

Dès que le Ramach apprit cela, il demanda aussitôt à Rav Hodakov, son secrétaire, d’envoyer un démenti aux journaux concernés.

Affolé, le Rav Hodakov convoqua en urgence les anciens ‘Hassidim et leur fit part de la demande du Ramach. Immédiatement, le Rav Kazarnovski entra en larmes dans le bureau du Ramach en le suppliant de ne pas publier de démenti, car après tout, ce qui avait été écrit était véridique : tous les ‘Hassidim acceptent la présidence du Rabbi et espèrent son intronisation le jour de Youd Chevat.

Finalement, après énormément d’insistance et de supplications, le Ramach accepta de ne pas opposer de démenti, au grand soulagement de tous.

Le Youd Chevat 5711 : le jour de l’acceptation

Le premier anniversaire de la Hiloula du Rabbi Yossef Its’hak arriva : le 10 Chevat 5711 (1951).

Après la prière du matin, les ‘Hassidim écrivirent une lettre poignante au Ramach afin qu’il accepte de prendre la direction de tous les ‘Hassidim, lui souhaitant beaucoup de réussite. Cette lettre fut transmise au Ramach au Ohel de son beau-père, qui commença par la refuser, puis finalement il accepta de la lire en pleurant et en sanglotant.

Ce jour de Youd Chevat, le Rabbi rentra du Ohel quelques instants avant le coucher du soleil. Il pria Min’ha, puis on annonça qu’à 20 heures il y aurait un grand Farbrenguen dans le Beth Hamidrach du 770.

À 20 heures, la salle était comble. Une tension extrême régnait, palpable pour tous. Les yeux des ‘Hassidim étaient dirigés vers le ciel, en espérant que le Rabbi accepterait de réciter un Maamar et ainsi d’officialiser qu’il constituait le nouveau maillon de la chaîne des Rabbanim de Loubavitch.

Le premier Maamar du Rabbi

Le Ramach entra à 20 heures précises et prit la parole en expliquant l’importance des trois amours demandés à chaque ‘Hassid : l’amour de D.ieu, l’amour de la Torah et l’amour d’un autre Juif, et comment ces trois amours étaient intimement liés.

À 21h45, le ‘Hassid Rav Avraham Sender Nemetzov se leva et dit : « Le discours du Rabbi, très bien, mais nous voulons écouter un Maamar de ‘Hassidout. Que le Rabbi veuille bien dire un Maamar ! »

Un silence total régna dans la salle. La tension était à son comble et chacun retenait sa respiration.

Finalement, à 22h40, le Ramach prononça pour la première fois un Maamar commençant par « Bati Legani » (Je suis venu dans Mon jardin).

Après le Maamar, le Rav Nemetzov sauta sur la table et, remerciant le Tout-Puissant d’avoir un Rabbi, récita la bénédiction « Chéhé’héyanou », à laquelle tous répondirent Amen. Le Rabbi lui fit un sourire et lui fit signe de s’asseoir. Ce dernier s’exécuta après avoir béni le Rabbi au nom de tous les présents.

Le Rabbi avait récité le premier Maamar en trois séquences, entrecoupées des chants attribués aux Rabbéïm, depuis le chant affectionné par le Rabbi précédent jusqu’au chant de l’Admour Hazaken. Beaucoup de larmes d’émotion furent versées par le Rabbi et par tous les présents.

Le monde entier avait désormais un Rabbi qui allait transformer le monde juif et le préparer au dévoilement du Machia’h.

L’engagement du Rabbi envers les ‘Hassidim

Le Rabbi souligna à cette occasion qu’il acceptait d’être un Rabbi de Habad, c’est-à-dire que tous les ‘Hassidim devaient faire les efforts nécessaires dans leur service de D.ieu, et que lui serait là pour aider.

Lorsque le Rabbi quitta le Beth Hamidrach, tous les ‘Hassidim laissèrent exploser leur joie en dansant et en chantant jusqu’au matin.

Tous remarquèrent que l’année qu’ils vivaient, 5711, contenait les lettres du mot figurant dans le verset « Ki Tissa et Roch Bené Israël » (Quand tu élèveras la tête des enfants d’Israël). « Tissa » est constitué des mêmes lettres que Tav, Chin, Youd, Alef : 5711.

Les réactions du monde entier

Les ‘Hassidim du monde entier fêtèrent l’événement dans une grande allégresse et dépêchèrent des messages dans lesquels ils demandaient au Rabbi de leur donner toutes les instructions relatives à leurs institutions, s’engageant à les appliquer scrupuleusement.

Le Chabbat suivant, on appela le Rabbi pour la Haftara en le nommant « Adonénou Morénou Vérabénou » (Notre maître, notre guide et notre Rabbi).

Désormais, le Rabbi commença à recevoir tous les Juifs qui le désiraient en Yé’hidout et présida aux destinées de toutes les institutions du mouvement Loubavitch dans le monde.

La mission du Rabbi

Le Rabbi déclara en 5712 (1952) : « Ma mission dans ce monde est de faire progresser le judaïsme avec bonté et miséricorde. Je m’y appliquerai. Mon but est que vous soyez en joie et également de faire de vous des ‘Hassidim. »

Il ajouta : « Puisse D.ieu faire que les ‘Hassidim, le Rabbi précédent et moi-même méritions le dévoilement du Machia’h et de l’essence de D.ieu dans notre monde matériel. »

 

 

10 Chevat : Lorsque le Rabbi décida de changer le monde

10 Chevat : Lorsque le Rabbi décida de changer le monde

Le 10 Chevat 5710 – 1950 Rabbi Yossef Yits’hak , le Rabbi précédent, quitta ce monde (cette année le mercredi 5 janvier 2020).

Même s’il ne succéda officiellement à son beau-père qu’un an après son décès, le Rabbi, dès le 10 Chevat 5710-1950, devint, pour tous les ‘Hassidism, celui que l’on consultait pour poser une question ou solliciter une bénédiction.

Le monde était alors si différent. Malgré les bouleversements de l’après-guerre, le temps paraissait plus lent. Les Juifs étaient enfermés dans leur indicible douleur, survivants, étrangers à la vie.

Les ‘Hassidim regardaient cependant vers New-York. Là-bas était le plus ferme espoir, la permanence. Mais New York, en ce temps-là, était si loin, un mythe plus qu’une ville réelle pour les autres habitants de la vieille Europe.

1950, voici que commence le règne:
le Rabbi, comme un miraculeux surgissement, comme un jaillissement prodigieux d’énergie, donne une autre dimension au temps. Tout va désormais plus vite. Tout est urgence.

D’abord sont renforcées les institutions laissées par le Rabbi précédent. Très vite, une nouvelle dimension apparaît. « Oufaratsta » (« et tu te répandras »): les mots de la promesse faite à Yaakov (Genèse 28. 14) guident l’action. L’enseignement de la ‘Hassidout s’étend au plus loin de ses sources.

Et bientôt naissent les premiers « Beth ‘Habad » qu’on trouvera, vingt ans plus tard, jusque dans les contrées les plus reculées. Puis viennent les différentes campagnes, celle des Téfilines, celle des bougies de Chabbat…

Agir, agir toujours, rendre les Juifs à eux-mêmes, changer quelque chose de ce monde. Le temps tout entier s’accélère. Alors l’horizon rétrécit, les distances se font plus courtes. Les immenses réseaux de communication de la nouvelle modernité, avions à réactions, téléphones automatiques, fax, satellites s’entrecroisent à New-York et là, 770 Eastem Parkway Brooklyn, trouvent leur sens véritable. C’est un peuple innombrable qui peut, à présent, voir le Rabbi, l’entendre, lui parler.

Celui qui a eu le privilège de se rendre la-bas, à Brooklyn, se souvient en son cœur. Lui revient alors l’image du Rabbi dirigeant un chant d’un puissant mouvement du bras. L’histoire alors semble toute entière en mouvement comme lorsque furent pressentis les grands effondrements de l’Est et la libération des Juifs de la nuit soviétique.

Le Rabbi nous a aussi enseigné le mouvement, et même la vitesse. Non pas celle, vaine, qui n’a de sens qu’elle-même et irréaliste le monde, mais la vitesse comme mise en actes, d’une pensée de l’urgence, celle de l’ultime libération. Cette ligne d’arrivée là, bien que proche, n’est pas encore atteinte: plus que jamais, le Rabbi nous demande aujourd’hui de courir à sa rencontre. Loubavitch.fr

10 Chevat, jour propice pour les demandes de bénédictions au Rabbi

10 Chevat, jour propice pour les demandes de bénédictions au Rabbi

Le 10 Chevat 5710 – 1950 Rabbi Yossef Yits’hak , le Rabbi précédent, quitta ce monde (cette année le mercredi 12 janvier 2022).

Même s’il ne succéda officiellement à son beau-père qu’un an après son décès, le Rabbi, dès le 10 Chevat 5710-1950, devint, pour tous les ‘Hassidism, celui que l’on consultait pour poser une question ou solliciter une bénédiction.

DEMANDE DE BENEDICTION

 

Le “Ohel” est le lieu où le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, repose depuis le 3 Tamouz 5754 (le 12 Juin 1994), à côté de son beau-père, le sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Yts’hak Schneersohn.

Le terme “Ohel” (littéralement: “tente”) désigne la structure édifiée au-dessus du tombeau d’un Tsadik, d’un Juste.

Le Rabbi a toujours été à l’écoute de chacun, quels qu’aient été son degré d’éducation ou de pratique religieuses.

Ceux qui ont approché le Rabbi savent l’extrême attention qu’il portait à chaque situation. Ils ont trouvé un puissant réconfort dans ses conseils et ses bénédictions.

Aujourd’hui, rien n’a changé : des milliers d’hommes et de femmes se rendent au Ohel ou écrivent au Rabbi pour le prier d’intercéder en leur faveur auprès du Tout-Puissant. Elles en ressentent une inspiration et une vitalité renouvelées.

A défaut de se rendre personnellement au Ohel, on peut lui écrire des lettres, des fax ou des mails.

“Un Tsaddik, un Juste, qui quitte ce monde n’en disparaît pas. Il s’y trouve avec une intensité encore plus grande”, nous enseigne le Zohar. Le 3 Tamouz, jour où le Rabbi quitta matériellement ce monde, cette phrase, immanquablement, résonne dans l’esprit et dans l’âme de chacun.

Par conséquent,  avec le déroulement du temps, chacun constate à quel point la présence du Rabbi semble être encore plus sensible avec les années. Par ses enseignements, par les actions croissantes qu’il suscite aux quatre coins du monde, le Rabbi continue de guider. Il conduit, vivifie des centaines de milliers de personnes, diverses tant par leur origine que par leur mode de vie, leurs opinions ou leur situation géographique.

Le Rabbi recevait des centaines de lettres chaque jour. Des gens de tous les milieux lui écrivaient, quels qu’aient été leur origine sociale, leur âge, leur niveau de pratique religieuse, leur lieu de résidence.

Aujourd’hui encore, des milliers de personnes continuent d’écrire au Rabbi pour solliciter ses bénédictions et ses conseils.

 

 

24 Tevet : Hilloula de Rabbi Chneour Zalman de Lyadi, premier Rabbi de Loubavitch (1745-1812)

24 Tevet : Hilloula de Rabbi Chneour Zalman de Lyadi, premier Rabbi de Loubavitch (1745-1812)

Rabbi Chnéour Zalman Baroukhovitch, fils de Rabbi Baroukh et de la Rabbanit Rivka, naquit le 18 Eloul 5505 (1745). Descendant en droite ligne du Maharal de Prague, l’arbre généalogique de sa famille remonte au roi David.

 

Le Baal Chem Tov, par la bénédiction de qui cette naissance se produisit, indiqua aux parents de quelle façon il fallait éduquer l’enfant. Son âme, en effet, issue du monde spirituel d’Atsilout, descendait sur terre pour la première fois, avec la mission de traduire son propre enseignement dans les termes de la raison. À un an, l’enfant parlait déjà comme un adulte. Régulièrement, le Baal Chem Tov était, à sa demande, tenu informé de tout ce qui le concernait.

Très tôt, les qualités intellectuelles de Rabbi Chnéour Zalman furent reconnues. À deux ans, il témoignait d’une mémoire hors du commun et d’une intelligence fabuleuse. À trois ans, il fut conduit chez le Baal Chem Tov, qui lui coupa les cheveux pour la première fois et le bénit. Par la suite, il ne devait plus jamais le revoir. À cinq ans, sa connaissance de la Torah était immense. Il pouvait expliquer clairement le passage du Talmud le plus ardu. Déjà, lors de sa Bar Mitsva, les plus grands érudits le déclarèrent apte à discuter la Loi et lui décernèrent le titre de « Gaon ».

Il se maria, en 5520 (1760), avec la Rabbanit Shterna, fille de Rabbi Yéhouda Leïb Segal et de la Rabbanit Beïla. Le beau-père de Rabbi Chnéour Zalman, un important érudit de la communauté de Vitebsk, appartenait aux mitnagdim et fit souffrir son gendre, lorsqu’il devint un ‘hassid. Rabbi Chnéour Zalman s’installa dans la région de Vitebsk et fut conduit, dans un premier temps, à rechercher le bien-être de ses frères juifs, qu’il engagea à constituer des colonies agricoles. Là, ils pouvaient vivre à l’abri des souffrances que leur imposaient les non-juifs. De plus, ils pouvaient, de la sorte, être exemptés de certains impôts. Pour réaliser tout cela, il acheta des terres avec l’argent qu’il avait reçu pour son mariage. Là, il installa de nombreuses familles juives et nomma également des professeurs pour leur enseigner la Torah.

La philosophie ‘Habad

De 5518 à 5523 (1758 à 1763), Rabbi Chnéour Zalman mit au point les idées fondamentales de son système philosophique, basé sur l’amour et la crainte de D.ieu provoqués par une réflexion profonde. Son enseignement ensuite structuré à partir de la ‘Hassidout, sur l’ordre du Maguid qui, dans un premier temps, refusa de l’orienter dans le service de D.ieu et lui demanda de bâtir son propre système.En effet, il se rendit chez le Maguid de Mézéritch peu après, en 5524 (1764). Il hésita un moment entre Vilna et Mézéritch, puis, considérant qu’auprès du Gaon de Vilna, il se consacrait à l’étude, dans laquelle il était déjà versé, il décida d’aller chez le Maguid, afin d’apprendre à prier. Il devint aussitôt son ‘hassid. Son maître le nomma Maguid de Lyozna en 5527 (1767), puis le chargea, en 5730 (1770), de rédiger le Choul’hane Aroukh, dont il commença immédiatement la compilation.Après la disparition du Maguid, Rabbi Chnéour Zalman introduisit la ‘Hassidout ‘Habad et s’engagea dans la défense de l’enseignement du Baal Chem Tov, contesté par les mitnagdim. A ce titre, il fonda, en 5532 (1772), sa yéchiva à Lyozna. L’accès en était réservé à ceux qui avaient déjà accumulé d’énormes connaissances, aussi bien dans la partie législative de la Torah que dans la Kabbalah. Il se rendit, en 5534 (1774), en compagnie de Rabbi Mena’hem Mendel de Horodok, chez le Gaon de Vilna, qui refusa de les recevoir. Il sortit ensuite vainqueur de la grande confrontation de Minsk, en 5543 (1783), puis de celle de Chklov.Parallèlement, son enseignement reçut une diffusion de plus en plus large. Il rédigea le Choul’hane Aroukh, dont la première partie, les « Lois de l’étude de la Torah », fut publiée en 5554 (1794). Pour ce qui est de la ‘Hassidout, son système de pensée est exposé dans son œuvre monumentale, le Tanya, « Loi écrite de la ‘Hassidout », d’abord diffusée sous forme manuscrite, puis imprimée en 5557 (1797). En outre, une large compilation de ses commentaires se trouve dans deux importants volumes, « Torah Or » et « Likoutei Torah ». Le Tséma’h Tsédek, son petit fils, publia le « Torah Or » en 5597 (1837) et le « Likoutei Torah » en 5608 (1848)

Une ère nouvelle après le 19 Kislev

Il fit alors l’objet d’une dénonciation de la part de ses opposants. En effet, il était responsable, en Russie, de la collecte des fonds pour soutenir la communauté ’hassidique de Terre Sainte, dirigée par Rabbi Mena’hem Mendel de Vitebsk. Or, Erets Israël était alors sous domination turque et la Turquie était l’ennemi de la Russie. Il fut donc arrêté, en 5559 (1799), le lendemain de la fête de Souccot, puis emprisonné à Pétersbourg, dans la forteresse Pétropavlov. Son incarcération sema le désarroi parmi les ‘hassidim ‘Habad et sa première réaction fut de leur écrire une lettre pour leur interdire tout acte de vengeance. Il fut libéré le mardi 19 Kislev, date qui est devenue le Rosh Hachana de la ‘Hassidout, un jour où l’on ne dit pas les ta’hanoun. Par la suite, son enseignement se diffusa largement. Deux ans plus tard, il fut de nouveau convoqué à Pétersbourg, le lendemain de Souccot. Il fut libéré au milieu de la fête de ‘Hanouccah et quitta Pétersbourg le 11 Mena’hem Av 5561 (1801) pour s’installer à Lyadi.Rabbi Chnéour Zalman prit position contre l’invasion française de la Russie, conscient de l’influence néfaste qu’elle aurait sur les Juifs. Poursuivi par les armées de Napoléon Bonaparte, fortes de quarante mille hommes, il dut s’enfuir, sur le conseil du général Nébrowsky et quitter Lyadi, la veille du Chabbat qui bénit le mois d’Eloul 5572 (1812). Avec sa famille et de nombreux ‘hassidim, il erra d’une ville à l’autre et arriva, le 12 Tévet 5573 (1812) dans le village de Pyéna, près de Koursk. C’est là qu’il quitta ce monde, à l’issue du Chabbat, veille du dimanche 24 Tévet (le 26 décembre 1812). Il repose à Haditch près de Poltava.Rabbi Chnéour Zalman eut trois fils et trois filles

Ses trois fils furent
Rabbi Dov Ber, qui lui succéda,
Rabbi ‘Haïm Avraham
et Rabbi Moché.
Tous trois se consacrèrent en particulier à la diffusion des écrits de leur père.

Ses trois filles furent
la Rabbanit Freïda,
la Rabbanit Devorah Léa, mère du Tséma’h Tsédek, qui offrit sa vie en échange de celle de son père à la suite d’une accusation portée contre la ‘Hassidout auprès du tribunal céleste,
et la Rabbanit Ra’hel.

Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi est appelé de différentes manières

  • Les ‘Hassidim l’appellent l’Admour HaZakène en hébreu ou l’Alter Rebbe en yiddish, ce qui veut dire « le Vieux Rabbi », du fait qu’il fut le premier Rabbi de ‘Habad et le père de la dynastie des Rabbis de ‘Habad.
  • Il est appelé aussi Baal HaTanya vehaChoul’hane Aroukh, signifiant « l’Auteur du Tanya et du Choul’hane Aroukh », ou seulement Baal HaTanya.
  • Il est fait souvent référence à lui comme «le Rav», du fait de son extraordinaire génie en matière de loi juive. Ainsi, son Choul’hane Aroukh est souvent appelé «Choul’hane Aroukh HaRav» pour le distinguer du Choul’hane Aroukh de Rabbi Yossef Karo dont il est une synthèse magistrale.
  • Dans certains ouvrages de Halakha comme le Michna Broura, on l’appelle par l’acronyme «GRaZ», pour «le Gaon Rabbénou Zalman», ou «RaZ» pour «Rabbénou Zalman».
30 jours avant Youd Chevat : un commentaire lumineux du Rav Chmouel Pevzner

30 jours avant Youd Chevat : un commentaire lumineux du Rav Chmouel Pevzner

 

À l’approche du jour saint de Youd Chevat, le Rav Chmouel Pevzner propose une édition commentée du Maamar Bati Léguani de l’année 5726. Ce livret offre une explication claire et accessible de l’ensemble du discours, permettant à chacun d’approfondir cette étude fondamentale. Une initiative précieuse pour préparer dignement cette date majeure du calendrier hassidique.

 

 

L’importance de la préparation aux trente jours

Au fil des années, le Rabbi a encouragé une préparation adéquate en vue du grand et saint jour de Youd Chevat. Comme le Rabbi l’écrit dans son introduction au dernier Maamar de la série Bati Léguani, le jour du 2 Nissan comporte deux dimensions : la Hilloula du Rabbi Rachab et, ce qui nous concerne directement, le jour où a débuté la direction de notre génération.

Pour ce jour, le Maamar Bati Léguani a été donné afin d’être étudié. Chaque année, le Rabbi prononçait un Maamar sur un Ot spécifique, correspondant à l’Ot de cette année. Les discours relatifs au prochain Youd Chevat sont ceux des années 5726 et 5746, qui s’appuient sur le Ot 16 du Maamar original.

Une ferveur particulière autour de ces discours

Il règne une chaleur et un enthousiasme uniques autour des discours de Youd Chevat. C’est peut-être la seule période de l’année où tous les Hassidim et les Temimim étudient le même Maamar, s’y plongent avec ardeur et en débattent les différents points.

Afin de faciliter la tâche aux nombreuses personnes désireuses de comprendre le Maamar, un livret a été publié à nouveau cette année. Celui-ci contient le Ot 16 du Maamar original Bati Léguani, ainsi que le Bati Léguani de 5726 accompagné d’un commentaire intégré qui explique l’ensemble du discours dans un langage clair et accessible.

Un travail de commentaire en famille

Le commentaire a été rédigé par le Rav Chmouel Pevzner. Son père, le Rav Avraham Barouh Pevzner, Chaliah et Rav de la communauté Anash de Paris, en France, a relu l’intégralité du commentaire et y a apporté ses éclairages.

Un contenu enrichi pour une étude approfondie

Le livret comprend également le Maamar « Vayolekh Hachem », que le Rabbi a prononcé lors du Chabbat suivant Youd Chevat 5726, dans lequel plusieurs concepts du premier Maamar sont expliqués. Il présente aussi les enseignements de nos Rabbeim cités dans le Maamar. L’ensemble est publié avec l’autorisation des éditions Kehot Publication Society.

 

 

10 Chevat, jour propice pour les demandes de bénédictions au Rabbi

Le Rabbi : « La semaine du 5 Tevet, une période propice pour demander toutes les bénédictions à D.ieu »

La semaine du 5 Tevet est une période très propice pour les demandes de bénédictions. Le 6 Tévet 5747, le Rabbi avait alors demandé à chacun d’envoyer une demande de bénédictions et d’augmenter la Tsédaka.

Mercredi 6 Tévet 5747 à 14h15, le Rabbi prit la route pour le Ohel. Il rentra à 18h30 et pria Min’ha et Maariv dans la choule en haut.

A 18h40, après la prière, il se tourna soudainement vers l’assemblée qui remplissait la choule et prononça une Si’ha d’environ sept minutes.

Au milieu de la Si’ha, Rav Harélig entra et apporta un micro ; le Rabbi se tourna vers le micro et continua de sorte que même ceux qui étaient dehors purent écouter.
Un point de cette Si’ha :
« Concrètement : tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas encore donné la Tsedaka, avec leur nom et le nom de leur mère – s’empresseront de donner une somme spécifique à la Tsedaka (car là, ce n’est pas la quantité qui compte mais le fait même de s’associer à la Tsedaka) ce qui inclut aussi qu’il faut le faire avec le sourire. Il faut envoyer les noms avec les noms des mères avant le départ, demain, Bli Néder, au Ohel pour que leurs noms soient mentionnés.
Il serait souhaitable qu’ils donnent les noms et l’argent séparément (en même temps mais dans des enveloppes séparées) pour éviter le travail supplémentaire de séparer l’argent des lettres. Car certainement, il y en aura une grande quantité et encore plus une grande qualité.

Et comme il n’y aura pas le temps de lire toutes les lettres mais seulement la possibilité de les déposer sur le tombeau, chacun est libre d’écrire ce qu’il veut (sans honte) car c’est comme s’il écrivait au Saint Béni soit-Il par l’intermédiaire du Rabbi (précédent). On peut agir ainsi dans tout endroit où se trouve un cimetière juif où sont enterrés des Grands Hommes de notre peuple car, comme on le sait, tous les cimetières sont liés les uns aux autres. Et tous sont liés au Caveau des Patriarches à ‘Hévrone, par l’intermédiaire de « tunnels » comme il est rapporté dans certains livres ».

« Tout ceci s’applique aussi aux femmes et aux enfants – « avec nos jeunes et avec nos vieux, avec nos fils et avec nos filles » (faisant ainsi allusion aux paroles de Moché Rabénou (Moïse notre maître) au moment de la Sortie d’Égypte) ».

Extrait du Farbrenguen de Hé Tevet 5784 du Rav Mendel Azimov au Beth Haya Mouchka : « L’importance de la semaine du Hé Tevet »

 

DEMANDE DE BENEDICTION

Le 5 Tévet est un jour de fête, celui de la « victoire des livres »

En 1987, des livres précieux ont disparu de la bibliothèque du mouvement Loubavitch à New York, dont des manuscrits remontant au Baal Shem Tov. Ces documents avaient été rassemblés au prix de grandes difficultés par le précédent Rabbi, Rabbi Yossef Itshak Schneerson. Ils avaient une grande valeur spirituelle.

L’enquête a révélé que le responsable était un proche qui voulait les vendre pour en tirer profit. Le Rabbi a dénoncé publiquement cet acte grave qui détournait la bibliothèque de son but voulu.

Faute de solution, l’affaire est arrivée devant un tribunal new-yorkais. La question était de savoir si Rabbi Schneerson possédait ces livres à titre personnel ou dans un but plus large, auquel cas son intention devait être respectée.

La Rabbanite Haya Mushka Schneerson, interrogée comme témoin, a déclaré : « Le Rabbi et les livres appartiennent aux hassidim ».

Le juge a tranché que les livres volés devaient être restitués. Ils ont été ramenés dans la bibliothèque Loubavitch le 5 Tévet.

Depuis, le 5 Tévet est un jour de fête, celui de la « victoire des livres ». Le Rabbi a demandé que chaque année, chacun enrichisse sa bibliothèque en achetant de nouveaux livres.

Le “Ohel”

Le “Ohel” est le lieu où le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, repose depuis le 3 Tamouz 5754 (le 12 Juin 1994), à côté de son beau-père, le sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Yts’hak Schneersohn.

Le terme “Ohel” (littéralement: “tente”) désigne la structure édifiée au-dessus du tombeau d’un Tsadik, d’un Juste.

Le Rabbi a toujours été à l’écoute de chacun, quels qu’aient été son degré d’éducation ou de pratique religieuses.

Ceux qui ont approché le Rabbi savent l’extrême attention qu’il portait à chaque situation. Ils ont trouvé un puissant réconfort dans ses conseils et ses bénédictions.

Aujourd’hui, rien n’a changé : des milliers d’hommes et de femmes se rendent au Ohel ou écrivent au Rabbi pour le prier d’intercéder en leur faveur auprès du Tout-Puissant. Elles en ressentent une inspiration et une vitalité renouvelées.

A défaut de se rendre personnellement au Ohel, on peut lui écrire des lettres, des fax ou des mails.

“Un Tsaddik, un Juste, qui quitte ce monde n’en disparaît pas. Il s’y trouve avec une intensité encore plus grande”, nous enseigne le Zohar. Le 3 Tamouz, jour où le Rabbi quitta matériellement ce monde, cette phrase, immanquablement, résonne dans l’esprit et dans l’âme de chacun.

Par conséquent,  avec le déroulement du temps, chacun constate à quel point la présence du Rabbi semble être encore plus sensible avec les années. Par ses enseignements, par les actions croissantes qu’il suscite aux quatre coins du monde, le Rabbi continue de guider. Il conduit, vivifie des centaines de milliers de personnes, diverses tant par leur origine que par leur mode de vie, leurs opinions ou leur situation géographique.

Le Rabbi recevait des centaines de lettres chaque jour. Des gens de tous les milieux lui écrivaient, quels qu’aient été leur origine sociale, leur âge, leur niveau de pratique religieuse, leur lieu de résidence.

Aujourd’hui encore, des milliers de personnes continuent d’écrire au Rabbi pour solliciter ses bénédictions et ses conseils.

DEMANDE DE BENEDICTION

 

 

5 Tevet 5747 : Pour comprendre l’importance de ce jour

5 Tevet 5747 : Pour comprendre l’importance de ce jour

ה׳ טבת – דידן נצח
ans 35 תשמ״ז – תשפ״ב

A première vue, l’histoire de טבת ה׳ ne semble pas être un événement d’une très grande importance. Simplement, un vol de livres par un membre de la famille du Rabbi précédent qui a voulu les revendre pour gagner de l’argent.

La victoire du jugement est également, a priori, une victoire simple. On ne parle pas d’un cas de vie ou de mort comme כסלו י״ט, כסלו ’י ou תמוז ב”י. Rien ne semble attaquer le Rabbi de manière directe. Cela ne paraît être qu’une question d’héritage ou d’argent.

Mais, dès le 1er jour, le Rabbi a vu dans cela quelque chose de très grave. Le Rabbi l’a même comparé à l’histoire de l’Admour Hazaken, rejoignant l’accusation et la libération du 19 Kislev.

Comme le Rabbi l’a expliqué, le fond de l’argument était basé sur une question essentielle sur le sujet de la vie d’un Rabbi et son éternité.

L’argument de l’héritage venait du point de vue que :
Un Rabbi est comme une personne ordinaire, qu’il a une vie privée, des biens privés.
Depuis son départ de ce monde, il n’est plus là. Dans ce cas là, évidemment c’est la famille qui devrait hériter.

A cela, le Rabbi a expliqué que si on arrive à comprendre, même un peu, ce qu’est un Rabbi, ces arguments sont insignifiants.

Un Rabbi n’est pas une personne privée, qui a des biens privés; comme la Rabbanit Haya Mouchka l’a résumé en une phrase: “Les livres sont aux ‘Hassidim car mon père appartenait aux ‘Hassidim” Cela veut dire que les livres, ainsi que la maison du Rabbi précédent (le 770) etc. appartiennent à Agoudat Hassidei Habad.

Encore plus, le Rabbi a dit, la question d’héritage ne se pose même pas pour un Rabbi car sa vie est spirituelle et éternelle.

Un point supplémentaire: l’accusateur disait que Loubavitch n’est pas actif, les livres ne sont donc d’aucune utilité pour cette organisation. Cet argument était déjà une manière d’attaquer le Rabbi même.

Le Rabbi expliqua que cet argument est sans aucun fondement. Loubavitch n’avait jamais été aussi actif que maintenant (l’époque du Rabbi) avec des Chlou’him dans le monde entier qui font un travail extraordinaire de diffusion de la Hassidout.  Malgré cela, la Rabbi a dit que cet argument doit nous encourager à redoubler nos efforts dans ce domaine.

D’après les mots du Rabbi, il est clair que le jugement était une conséquence d’une accusation spirituelle sur le Rabbi et son travail. Tout comme ce fut le cas pour l’arrestation du Admour Hazaken.

Cela a causé au Rabbi beaucoup de peine. À chaque fois que le Rabbi parlait de ce sujet, on ressentait dans sa voix la grande peine qu’il avait.

Pendant les jours du procès, le Rabbi allait au Ohel tous les jours, jusqu’à tard le soir (cela signifie que le Rabbi ne mangeait pas, se tenait debout et priait toute la journée, pendant quelques semaines!).
[Une exception: durant cette période, à Paris, le Rav Shmouel Azimov a ressemblé les ‘Hassidim lors d’un Farbrenguen, en leur expliquant la gravité de la situation et a demandé que chacun prenne une bonne décision. Un compte rendu fut envoyé au Rabbi. Ce jour-là, le Rabbi, prêt à partir au Ohel, reçut le compte rendu du Farbrenguen et des bonnes décisions des participants. Il annonça alors que ce jour, il n’avait pas besoin d’aller au Ohel ! Cela nous montre la force et l’impact de chaque bonne décision et le mérite des ‘Hassidim de Paris.

Une fois le procès terminé, chacun attendait avec anxiété le verdict. Cela a duré presqu’un an.

Pendant cette période, les ‘Hassidim ont rajouté des bonnes décisions et chantaient le chant de Didan Natsa’h, « on a gagné » à chaque occasion, avec espoir et confiance que le Rabbi allait gagner.

Le jour du 5 Tevet 5747, le juge donna son verdict final : tous les livres appartiennent à l’organisation Agoudat Hassidei Habad, sans exception ,et doivent revenir à la bibliothèque du Rabbi.
Didan Natsa’h !

Quand la nouvelle est arrivée au 770, elle a déclenché une joie inimaginable chez les ‘Hassidim. D’un coup, toute l’angoisse, la crainte, le stress que les ‘Hassidim avaient vécu pendant cette longue période, ont été transformés en une joie extraordinaire.
Les ‘Hassidim ont dansé toute la nuit, et fêté pendant 7 jours d’affilée.

Le Rabbi, de son côté, a participé et encouragé la joie. Le jour du 5 Tevet, le Rabbi a prononcé une Si’ha spéciale sur l’événement. Les jours suivants, le Rabbi a continué à dire des Si’hot et a annoncé que c’est un moment très favorable pour envoyer des demandes de bénédictions.

Les années suivantes, le Rabbi a continué de marquer cette date en soulignant que ce jour est lié avec les livres, et doit s’exprimer en rajoutant dans l’étude de la Torah et l’achat de nouveaux livres.

Par tout cela, nous voyons l’importance de ce jour, comme pour le jour de 19 Kislev. Même un juge non juif a reconnu la vérité de ce qu’est un Rabbi. L’accusation sur le Rabbi et sur la septième génération avait été retirée. A partir de ce moment, le travail du Rabbi a été renforcé, multiplié.

À nous de continuer!

 

 

5 Tevet : Chronologie de la victoire des livres

5 Tevet : Chronologie de la victoire des livres

L’affaire éclata en 5747-1987 : des livres avaient disparus de la bibliothèque centrale du mouvement ‘Habad à New York, abritée dans la maison voisine du 770. La constatation en avait été faite : des ouvrages précieux, des manuscrits remontant jusqu’au Baal Chem Tov avaient été dérobés dans l’intention de les vendre à des collectionneurs.

par le Rav Chmouel Lubecki

En l’honneur de la journée très spéciale du 5 Tévet, le jour où a été obtenue la victoire dans le jugement des livres, le jour où il a été révélé aux yeux du monde entier que les livres et les manuscrits de nos saints Rébbéïm sont la propriété éternelle de la communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD, – nous avons la joie de présenter ici l’histoire complète de cet épisode central de la vie du Rabbi afin d’accroître l’attachement de chacun à la source de notre vie.

Ce fascicule a été constitué grâce à différents journaux personnels tenus par certains ‘Hassidim et qui ont été publiés au fil des années. Nous les avons présentés tels quels et nous dégageons toute responsabilité quant à leur contenu. Grâce à ces écrits, nous avons pu reconstituer  toute l’histoire.

De nombreuses parties du livre sont des traductions du livre « Despite all Odds » (« Malgré toutes les difficultés » – qui décrit l’histoire du mouvement Loubavitch). Ce livre a été publié après la victoire par l’écrivain Edouard Hoffman, à l’initiative de la communauté des ‘Hassidim HaBaD, bien entendu avec l’approbation du Rabbi. Ce livre a été écrit sous forme d’enquête d’investigation et la traduction en est assurée de façon indépendante. Nous avons aussi utilisé le livre « ‘Hechbono Chel Olam », les journaux Kfar ‘HaBaD qui parurent à l’époque et des journaux personnels ainsi que des témoignages qui sont publiés ici pour la première fois.

Le chapitre « Le cri du roi » est constitué par des discours prononcés à ce sujet par le Rabbi le 12 Tamouz, le 15 Tamouz et le Chabbat Pin’has de l’année 1985 ainsi que les récits de l’entrevue privée du 14 Tamouz 1985. Nous avons traduit de façon succinte et libre et nous déclinons toute responsabilité.

Le chapitre « Ajouts »  contient des notes du Rabbi datées du 5 Tévet 1929 et écrites à Riga ainsi que le Témoignage de la Rabbanit ‘Haya Mouchka de mémoire bénie : il avait été recueilli à son domicile à l’époque du procès des livres. A propos de son témoignage en général et d’une des phrases qu’elle avait prononcées, le Rabbi avait déclaré que c’était cela qui avait fait gagner le procès.

La première fois qu’un fascicule a été édité par les élèves de la Yechiva du 770 Eastern Parkway    à cette occasion était le 5 Tévet de l’année 1992. On y trouvait des discours du Rabbi sur le 5 Tévet depuis les années 1987 jusqu’à 1991.

Ce fascicule avait été remis dans le secrétariat du Rabbi avant la réunion ‘hassidique du 5 Tévet. Le secrétariat transmis ce fascicule au Rabbi, après la prière de Maariv (du soir), et le Rabbi écrivit sur le fascicule-même : « Que D.ieu fasse qu’il ait une action continue et favorable, dans son intégralité etc. Je le mentionnerai sur le tombeau (de mon saint beau père, le Rabbi précédent). »

Tout cette documentation a été rassemblée et compilée par Rav Chmouel Lubecki.

Nous remercions tous ceux qui ont aidé à la préparation de ce livre. Ils sont trop nombreux pour être tous cités mais nous tenons néanmoins à souligner la participation en particulier de Rav Lévi Yits’hak Azimov, Rav Avraham Greenberg, Rav Mena’hem Mendel Feller et Rav BenTsione Korf.

Nous espérons que ce fascicule obtiendra un accueil favorable parmi les ‘Hassidim et aura un effet bénéfique sur les lecteurs de sorte que cette victoire sera immédiatement suivie par la Délivrance véritable et complète, avec la venue de Machia’h, bientôt et de nos jours, maintenant véritablement.

Qu’est-ce que Hé Tévet ?

Au mois de Tamouz 1985, il se produisit un « tremblement de terre » dans la capitale de Loubavitch.

Quelques mois auparavant, en hiver, plusieurs caisses de livres avaient été dérobées par un inconnu, en cachette, de la bibliothèque de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD, située au 770 Eastern Parkway, à Brooklyn.

L’émotion fut encore plus grande quand on apprit l’identité du malfaiteur qui n’était autre qu’un proche parent du Rabbi, Barry Gourari, le fils de la sœur de la Rabbanit, donc le petit-fils du Rabbi précédent, Rabbi Yossef Yits’hak de mémoire bénie. Il désirait apparemment gagner de l’argent en revendant ces livres qui avaient une valeur inestimable.

Ce fut le début d’un chapitre long et mouvementé dans l’histoire de Loubavitch.

Le public l’apprit seulement lors de la réunion ‘hassidique (« Farbrenguen ») du 12 Tamouz 1985. Dans cette réunion puis dans l’entrevue privée qui suivit pour les invités le 14 Tamouz et lors du Farbrenguen  du 15 Tamouz, enfin dans les Farbrenguens Balak et Pin’has, le Rabbi évoqua publiquement le vol. A la suite de cela, Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD publia un communiqué appelant solennellement ceux qui avaient dérobé les livres à les rapporter immédiatement à la bibliothèque.

Pour bien comprendre ce qui se passait, revenons aux événements de l’hiver 1985.

Le vol

En hiver 1985, à New York, l’équipe en charge de la bibliothèque  Loubavitch s’aperçut soudain  que des livres rares et d’une valeur certaine – tant pour la ‘Hassidout que pour le judaïsme en général – avaient disparu des étagères : certains d’entre eux concernaient des commentaires rares de livres de Kabala, d’autres étaient des commentaires extraordinaires sur le Tana’h (la Bible).

Voici ce que raconte à ce sujet Rav Chalom Dov Ber Lévine, directeur de la bibliothèque :

« Le fils de Rabbi Chmariaou Gourari et de son épouse ‘Hanna leur rendait visite de temps à autre, parfois pour Chabbat. Il s’avère que durant l’hiver 1985, il prit plusieurs livres  du bureau dans lequel Rabbi Yossef Yits’hak recevait ses visiteurs en entrevue privée. A l’époque, nous n’avions pas encore accès à cet endroit. A la sortie de Chabbat, nous le voyions sortir avec des valises et s’engouffrer dans sa voiture mais nul ne pouvait s’imaginer ou se douter de ce qui se passait.

« A un moment donné, entre Pessa’h et Chavouot, Rav Yits’hak Wilhem qui est l’un des employés de la bibliothèque et responsable de la collection  de livres de Rabbi Yossef Yits’hak me confia qu’il lui semblait que des livres manquaient. Il ne pouvait l’affirmer avec certitude car, à l’époque, il n’existait pas de catalogue de tous ces livres. Nous avons convenu de certains signes que nous avons dispersés dans la bibliothèque et, au bout d’une semaine, nous avons pu constater sans l’ombre d’un doute que des livres disparaissaient. Nos efforts pour tenter d’identifier le voleur furent vains.

« Aux alentours de la fête de Pessa’h 1985, un ‘Hassid de Loubavitch, négociant en livres anciens en Israël, apprit que des livres en provenance de la bibliothèque  de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD étaient proposés à la vente. Il en informa immédiatement le secrétariat et, à la suite de cela, on se mit à surveiller plus étroitement ceux qui entraient dans la bibliothèque et qui étaient susceptibles de dérober des livres.

« Toutes les tentatives pour attraper en flagrant délit le voleur se révélèrent infructueuses…. jusqu’à ce que Rav Barou’h Halberstam, un des secrétaires fidèles de la maison du Rabbi – et qui était aussi responsable de la collection en question – installa une caméra cachée qui fonctionna déjà avant la fête de Chavouot.

« Durant la fête de Chavouot, la caméra ne révéla rien. Ce n’est que le 22 Sivan de cette année qu’elle signala l’entrée de Barry Gourari, le neveu de la Rabbanit, dans la cave de la bibliothèque, à une heure tardive : il en sortait un peu plus tard, portant des sacs pleins de livres.

« Immédiatement, Rav Halberstam informa la Rabbanit du vol manifeste. Quand elle entendit cela, elle déclara qu’elle ne pouvait pas comprendre pareille chose : « Elle semblait complètement bouleversée ! » raconta plus tard Rav Halberstam.

« Tout de suite après que la Rabbanit eût été informée, elle demanda au regretté Rav Chnéour Zalman Gourari de faire vérifier les Mezouzot de l’étage supérieur du 770 Eastern Parkway, là où habitait sa sœur, la mère de B.G.

« Les ‘Hassidim de Loubavitch savaient que, bien que B.G. fût le petit fils de Rabbi Yossef Yits’hak et le fils du directeur de toutes les Yechivot Tom’hé Tmimim du monde, il s’était depuis bien longtemps détaché du mouvement Loubavitch : il avait à peu près 60 ans, vivait dans le New Jersey et s’était même détaché de tout ce qui constitue le judaïsme orthodoxe. A part des visites à ses parents qui habitaient au 770 Eastern Parkway, il n’avait aucun lien avec le Rabbi ou quiconque était affilié à Loubavitch…

« Quand on lui demanda de rendre les livres, il refusa en prétextant que sa mère et sa tante (la regrettée  Rabbanit  ‘Haya Mouchka) lui avaient donné la permission de prendre tous les livres  qu’il désirait. Il insista que les livres – en tout cas une partie d’entre eux –  lui appartenaient et qu’il avait l’intention de les revendre à prix d’or. Quand on  demanda à la Rabbanit s’il était vrai qu’elle avait donné une quelconque autorisation dans ce sens, elle le nia complètement : B.G. était donc pris en flagrant délit de mensonge.

« En réponse à ces vols, on changea les serrures de la bibliothèque et l’alarme fut donnée.

« Pendant ce temps, on s’aperçut que B.G. avait commencé à revendre  les quelques 400 livres qu’il avait réussi à dérober. Des négociants en livres rares avaient montré beaucoup d’intérêt, aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis et en Israël : une Haggada de Pessa’h de l’année 5519 (1759 ) avait été vendue pour la somme de 69.000 dollars à un commerçant suisse. Celui-ci la revendit  à un marchand d’antiquités qui était prêt à payer  la somme de 150.000 dollars. Plus tard, les ‘Hassidim apprirent que B.G.  avait fait appel à une maison d’enchères publiques qui appartenait à l’Église de Manhattan mais les responsables s’étaient douté qu’il s’agissait de marchandise volée et refusèrent d’accepter une responsabilité quelconque dans l’achat ou la vente de ces livres.

« Comme B.G. refusait toujours de rapporter ces livres, malgré les supplications de son père, le Rabbi lui-même se saisit de cette affaire. Il s’ensuivit des négociations entre le Rabbi et son neveu, par l’intermédiaire du père, Rav Chmariaou Gourari. Le Rabbi lui demanda de régler cela à l’amiable et le plus vite possible puisque « les livres appartiennent à l’ensemble des ‘Hassidim et doivent certainement être rendus à leurs propriétaires légitimes ».

Il faut souligner que la façon dont le Rabbi traita cette affaire montre bien qu’il ne s’agissait pas d’un vol ordinaire mais qu’il s’agissait plutôt d’une accusation contre la succession du Rabbi précédent – que D.ieu nous en protège. Ceci était évident par le peine que cela causa au Rabbi et qui se manifesta publiquement comme nous le verrons plus loin .

Communiqué

Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD en Israël

On a appris dernièrement  que des objets de culte ainsi que des manuscrits – appartenant à la bibliothèque de Rabbi Yossef Yits’hak de mémoire bénie, qui se trouve dans sa maison à Brooklyn – sont actuellement dans la possession de certaines personnes : négociants en antiquités, collectionneurs etc.

Il est de notre devoir de rappeler – comme l’a fait le Rabbi Chlita dans plusieurs réunions ‘hassidiques dernièrement – qu’il est formellement interdit de faire sortir  quelque objet ou livre que ce soit de cette bibliothèque. C’est pourquoi il est non seulement interdit mais de plus, très dangereux – d’acheter ou de receler quelque objet  ou livre de cette collection.

Tout livre, objet ou manuscrit issu de la bibliothèque ou de la maison de Rabbi Yossef Yits’hak – que sa mémoire nous protège – doit se trouver uniquement dans sa maison, 770 Eastern Parkway, Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD – Ohel Yossef Yits’hak Loubavitch. Toute personne qui possèderait un de ces objets est instamment priée de le rapporter dans cette maison, la maison de Rabbi Yossef Yits’hak.

Nous supplions toute personne qui a en sa possession l’un de ces objets ou qui connaît quelqu’un dans ce cas de le rapporter immédiatement à sa place naturelle (en Israël, il est possible de les déposer dans Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD – Ohel Yossef Yits’hak Loubavitch à Kfar ‘HaBaD : de là, ils seront acheminés à leur place).

Nous sommes prêts à dédommager celui pour qui cette restitution causerait une perte financière pour la somme qu’il aurait déboursée afin d’acquérir ces objets en fonction des preuves qu’il apportera.

Nous sommes confiants que nos frères ne se rendront pas coupables et ne se mettront pas en danger en se rebellant contre la parole des Sages, de nos saints Rébbéim. Béni sera celui qui se conformera à ces paroles.

Nous signons avec peine et effroi au nom de l’honneur de Rabbi Yossef Yits’hak – de mémoire bénie

Le Direction

Chapitre 1

Le Rabbi s’implique

Une convocation soudaine

Une fois que les discussions avec le petit fils se soient prouvées vaines, les membres de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD furent convoqués dans le bureau du Rabbi, Roch ‘Hodech Tamouz 1985. Il s’agissait de Rav Biniamine Éliahou Gorodetzki, Rav ‘Haïm Morde’hai Eizik ‘Hodakov, Rav Morde’hai Mentlik, Rav Moché Pin’has Katz, Rav Chnéour Zalman Gourari, Rav Nissan Mindel – tous de mémoire bénie – et Rav David Raskin, qu’il vive longtemps.

Aucun de ceux qui avaient été convoqués ne savait que les autres l’avaient été aussi.

Le Rabbi s’exprima d’une façon tellement  allusive que nul ne comprit de quoi il s’agissait. Le Rabbi dit alors que si les choses ne s’arrangeaient pas à la suite de cette conversation jusqu’au 12 Tamouz, il  évoquerait le problème en public lors de la réunion ‘hassidique du 12 Tamouz. Comme nous l’avons dit, aucun des participants à cette réunion n’avait compris de quoi il s’agissait car ils n’avaient pas été mis au courant du secret.

Un rapport particulier de cette entrevue fut retranscrit immédiatement après et porta le titre de « Souvenir des paroles ». Voici ce qu’il contenait :

B.H.

Deuxième jour de Roch ‘Hodech Tamouz 1985

Aujourd’hui, jeudi 1er Tamouz 1985 – le mois de la délivrance – nous avons mérité d’entendre que nous (Rav Mentlik,Rav Gorodetski, Rav Raskin, Rav ‘Hodakov, Rav Mindel, Rav Katz, Rav Gourari) avons été convoqués dans le bureau du Rabbi Chlita à 8 heures du soir.

Le Rabbi a commencé ainsi : « Nous approchons du jour anniversaire et du jour de la délivrance de Rabbi Yossef Yits ‘hak et nous nous trouvons le jour de Roch ‘Hodech. Et bien que nous espérons, avec l’aide de D.ieu, dire tout cela au moment de la réunion ‘hassidique  du jour de la délivrance, il ne sera alors pas possible de donner des détails ; de plus il pourrait alors y avoir un intérêt mal placé. C’est pourquoi je vous le dis maintenant, à vous :

Cette maison de 770 est appelée au nom de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD. Ce nom n’a pas été donné pour échapper au fisc mais il en est effectivement ainsi : toute la maison, ses chambres et les pièces dans lesquelles on prie, on  étudie la Torah et on s’occupe de tout ce qui concerne la diffusion de la ‘hassidout car ce sont des activités spécifiques à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

En ce qui concerne l’héritage, la loi  stipule que si les héritiers partagent les biens, chacun procède à sa propre estimation et doit donner un « Kalbone ». Mais s’ils partagent, ils ne donnent pas le « Kalbone ».

Jusqu’à présent, il n’a pas été procédé au partage des biens de Rabbi Yossef Yits ‘hak donc tout appartient au légataire : aussi bien les livres, les fascicules, les manuscrits, les objets de culte et les ustensiles de maison appartiennent au légataire. De plus, de même que sa descendance est en vie, de même il est lui aussi en vie et il en sera ainsi pour l’éternité, sans qu’il soit procédé à l’héritage et il est évident que telle est la volonté du légataire.

Si quelqu’un venait à objecter à cela et si quelqu’un désirait le faire taire et désirait acheter un fascicule ou  un manuscrit pour me le donner en cadeau, je n’en voudrais sous aucune forme que ce soit et je ne le prendrai pas. Je l’interdis formellement. De plus on connaît la réponse du Maharam de Rotenberg qui interdisait de racheter les prisonniers pour des sommes au-dessus de leur valeur.

En ce qui concerne Eretz Israël, qu’on fasse une maison dans Kfar ‘HaBaD qui portera le nom de mon beau-père, le Rabbi et qui s’appellera : « Ohalé Yossef Yits’hak Loubavitch ». Ce sera un endroit de prière, d’étude de la Torah et de diffusion de la ‘hassidout. La somme nécessaire pour cela sera mise à la disposition : j’ai déjà l’argent nécessaire pour cela, D.ieu merci.

Je confie cette tâche à ceux qui ont été convoqués, qui ont un rapport avec Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD et souhaite qu’ils me soient associés dans cette entreprise ». Le Rabbi était décidé à ce sujet et nous avons tous accepté sa demande et sa proposition.

Nous sommes certains qu’il n’y aura pas de dispute à ce sujet de la part de qui que ce soit et que tout se passera selon sa sainte volonté, de façon bienveillante et avec pitié, de façon ouvertement bonne, ici, « plus bas que 10 Tefa’him ». Que se réveillent et se réjouissent ceux qui gisent sous terre – et lui, le Rabbi (précédent) à leur tête –  pour accueillir notre juste Machia’h, vraiment bientôt.

Cette réunion entre le Rabbi et ces ‘Hassidim dura environ une demi heure. Le Rabbi déclara entre autres  qu’il les avait choisis parce qu’ils étaient des ‘Hassidim du Rabbi précédent et que « de même que sa descendance est en vie, de même il est en vie » ;

Immédiatement après cette réunion commença à fonctionner la maison appelée Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD en Israël, à Kfar ‘HaBaD selon la volonté du Rabbi. Entre temps, une maison fut mise à la disposition provisoire par le Conseil du Kfar et, très peu de temps après compte tenu des conditions générales à l’époque, on construisit une maison exactement semblable à sa « jumelle » de New York, le 770 Eastern Parkway.

Le Rabbi évoque publiquement le méfait

Le 12 Tamouz, le Rabbi évoqua publiquement pour la première fois le vol des livres. (Il faut souligner le fait que, au début de la réunion ‘hassidique, qui était retransmise en direct à la télévision, le Rabbi ne parla pas du tout des livres et ce n’est qu’après le départ des caméramen que le Rabbi évoqua le sujet publiquement).

Le Rabbi déclara tout d’abord que les membres de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD s’étaient réunis et avaient pris les décisions suivantes :

1) Affirmer que le bâtiment du 770 Eastern Parkway appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD : « En ce qui concerne ce bâtiment, le Rabbi qui a été délivré ce jour-ci l’avait donné à l’avance à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD ; c’est pourquoi il n’a jamais payé les taxes foncières car cette organisation est exemptée de ces taxes par la loi du pays…

C’est pourquoi ils ont aussi décidé lors de cette réunion – et certainement chacun les aidera en cela – que cela sera publié bien que cela soit déjà de notoriété publique comme quoi ce bâtiment est la possession de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD. Telle était la volonté du Rabbi qui a été délivré ce jour, c’est ce qu’il a écrit et ce qu’il a ordonné : on doit enregistrer cela dans tous les documents de vente et d’achat – « Koufqué » comme on appelait cela en Russie – concernant cette maison. Il est aussi évident qu’il a voulu et qu’il a institué qu’on prie dans ce bâtiment et en particulier dans la partie du bâtiment qui lui servait de demeure privée, là où il dormait, mangeait et buvait.

2) Instituer que les jeunes gens qui étudient au Collel commencent à étudier dans l’appartement  de mon beau-père le Rabbi (précédent).

En fonction de cela, ils ont aussi décidé qu’on continuera à prier dans cet endroit…

Bien entendu, on s’efforcera de continuer à y prier et à y étudier la Torah et en particulier ses enseignements.

3) Faire inscrire sur le bâtiment dans lequel a habité mon beau père, le  Rabbi (précédent) l’inscription : « Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » avec le titre suivant « Ohalé Yossef Yits’hak ».

Il faut ajouter …qu’on appellera aussi ainsi cet étage « Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » : c’est une chose qu’on ne peut nier car c’est ce qu’a fixé le Rabbi qui a été délivré ce jour ; néanmoins, l’habitude du monde et celle de la Torah est qu’il faut donner un nom général et après cela, un second titre…

C’est pourquoi, en plus du nom « Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD »,  ce sera appelé à partir de maintenant –  nous en prenons la décision, une décision sur laquelle nul n’a le droit d’objecter – également avec le second titre : « Ohalé Yossef Yits’hak ».

Ensuite le Rabbi commença à raconter le méfait :

« Nous nous trouvons actuellement dans une période d’obscurité double et triple de l’exil au point qu’il est malheureusement arrivé un événement très grave que personne n’aurait pu imaginer !

Dernièrement, des individus se sont introduits dans la bibliothèque Loubavitch – une bibliothèque qui a été établie et enrichie par mon beau-père, le Rabbi (précédent), chef de notre génération – et ils ont pris des livres.

Ceux qui y sont entrés ont estimé qu’ils parviendraient à se cacher et que personne ne les remarquerait. Mais le Rabbi s’en est mêlé et voici le miracle : quand ils en sont sortis, on les a remarqués et des gens les ont vus !

Il y a encore quelqu’un qui n’a pas rapporté ce qu’il a pris et à l’heure actuelle, il n’a apparemment pas l’intention de le faire. De plus, il complote comment il pourrait dérober d’autres livres en prétextant qu’il a des droits sur une partie des livres en tant qu’héritier ».

Certains ‘Hassidim voulurent racheter les livres de B.G.  afin de les rapporter à la bibliothèque. Mais le Rabbi refusa absolument cette solution et déclara que ceux qui avaient déjà racheté des livres seraient indemnisés s’ils montraient les preuves d’achat.

« Ce que nous désirons ici alerter et clarifier, c’est qu’il se trouve des ‘Hassidim sots. Bien que le Rabbi, chef de notre génération ait déclaré qu’un ‘Hassid est intelligent, nous nous trouvons néanmoins dans une période d’exil double et triple et un ‘Hassid veut prouver qu’il est plus intelligent que le chef de notre génération : ceci est possible à cause de la sottise. Il s’imagine que puisque, une heure auparavant, on a fait sortir un livre ou quelque chose de semblable, il va se dévouer et il ira à l’encontre de cette interdiction explicite du chef de notre génération, il donnera de l’argent pour sauver le livre et le rapporter dans la possession du Rabbi qui a été délivré aujourd’hui.

C’est pourquoi je déclare encore une fois : il faut savoir que si on lui donne un seul centime – quelle que soit sa véritable intention par cela – on agit contre la volonté du Rabbi (précédent) et, à la suite de cela, on connaît la conséquence : « Cela ne réussira pas !» non seulement dans le monde futur mais cela ne réussira pas aussi dans ce monde-ci.

Cette personne sotte qui a déjà agi ainsi devra se dépêcher de tout rapporter, de montrer la preuve d’achat qu’il a reçue (non pas qu’il a pris mais qu’il a bel et bien acheté). Sans en faire la promesse, on lui rendra l’argent bien qu’il soit sot car on a bien pitié de lui….On lui rendra l’argent à condition qu’il produise la preuve de l’achat.

Que ceci soit annoncé dans les endroits où des gens sont susceptibles d’acheter des livres de mon beau père, ou des manuscrits ou ses Tefilines ou le Sidour du Baal Chem Tov etc. Qu’on sache que c’est non seulement l’opposé de la volonté du Rabbi (précédent), mais qu’il est en vie et que c’est contre sa volonté et cela n’apportera pas la réussite ».

A la suite de cette demande du Rabbi dans cette réunion ‘hassidique, il fut écrit sur le fronton du 770 Eastern Parkway – au deuxième étage – là où avait habité Rabbi Yossef Yits’hak de mémoire bénie – « Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » et, en deuxième ligne : « Ohalé Yossef Yits’hak ». Ceci fut aussi écrit dans le Collel.

L’entrevue générale pour les invités – le 15 Tamouz 1985 au soir

Lors de l’entrevue générale accordée aux invités venus spécialement passer la fête de la libération (du Rabbi précédent), le Rabbi prononça des mots très durs en ce qui concernait le vol des livres. Nul ne s’était imaginé que le Rabbi en parlerait pendant cette entrevue mais il semble que tout cela affectait grandement le Rabbi, de toutes les fibres de son être.

Au début de son discours, le Rabbi évoqua longuement le fait que le chef de la génération est l’égal de toute la génération comme le dit Rachi dans son célèbre commentaire (dans la Paracha ‘Houkat – Nombres 21 : 21 ; voir Bamidbar Rabbah 19 : 28 et le Midrach Tan’houma ‘Houkat 23). Puis le Rabbi répéta que le chef de la génération « est en vie » grâce au fait que « sa descendance est en vie ». Le Rabbi ajouta :

« Afin que ces paroles soient encore mieux comprises et que nous puissions les ressentir concrètement, il existe plusieurs objets pour lesquels le Rabbi qui a été libéré ces jours-ci a donné sa vie, en particulier ses livres qui sont vraiment vivants ».

Le Rabbi repoussa l’argument selon lequel, depuis le 10 Chevat 1950 (date de la disparition du Rabbi précédent), il n’existe plus la situation dans laquelle « il est en vie ». Au contraire, expliqua le Rabbi, après le 10 Chevat, toutes les limitations du corps desquelles  il était  dépendant ont disparu. Il est donc  présent maintenant plus que jamais :

« Il s’ensuit que cela fait 35 ans que, d’année en année, il est encore plus vivant et plus « actif » dans tous les domaines auxquels il était attaché durant sa vie dans ce monde physique. Combien plus en ce qui concerne ses livres, ses manuscrits, ses objets personnels etc. Dans son monde futur, il est encore plus vivant et plus attaché à eux ».

Le Rabbi émit  alors une proposition : « Nos Rébbéim ont toujours ardemment désiré obtenir une possession en Eretz Israël, comme cela s’était concrétisé avec le Rabbi Emtsaï qui avait acheté un terrain en Eretz Israël et avec le Rabbi Chalom Dov Ber de mémoire bénie ; il en avait été de même avec Rabbi Yossef Yits’hak qui avait acquis un terrain en Israël, en l’occurrence le village de Kfar ‘HaBaD ».

C’est pourquoi le Rabbi proposait  que dès ce 15 Tamouz,  (jour durant lequel la lune est complète et qui est aussi le jour de la Hiloula du Ohr Ha’haïm Hakadoch – qui  était en relation avec le saint Rabbi Baal Chem Tov, auquel avait succédé Rabbi Yossef Yits’hak), il convenait d’acquérir une maison qui porterait le nom du Rabbi précédent : « Ohalé Yossef Yits’hak – Loubavitch dans laquelle  les membres du Collel étudieraient les enseignements du Rabbi précédent ainsi que la portion quotidienne du Rambam. Le Rabbi précisa que de l’argent avait déjà été déposé dans la banque pour cela :

« Nous sommes le 15 Tamouz, le jour où la lune est pleine ; or la lune représente le Mazal du peuple juif (« qui est appelé à se renouveler comme elle dans l’avenir »)… Donc en ce jour, on achètera immédiatement un terrain sur lequel on pourra par la suite construire une vraie maison ; on lui donnera le nom de « Ohel Yossef Yits’hak – Loubavitch », justement dans Kfar ‘HaBad puisque c’est lui qui a fondé ce village, c’est lui qui s’est dévoué corps et âme pour lui afin que ce soit un endroit d’amour du prochain pour parvenir à l’unité du peuple juif, un endroit d’où jailliront les sources de la ‘hassidout qui se répandront dans tout Éretz Israël et, de là, même en dehors de cette terre.

« Déjà en ce jour du 15 Tamouz et en cette année, on achètera la maison et on y étudiera les enseignements du Rabbi qui a été délivré ces jours-ci. Puisque cette année les Juifs étudient le Rambam, nous étudierons la portion quotidienne du 15 Tamouz de cette année ».

Le Rabbi voulait que tous ceux qui avaient acheté par erreur les livres les rapportent immédiatement dans cette maison de Kfar ‘HaBaD : de là, ils seraient rapportés dans leur place normale et naturelle, la bibliothèque de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD :

« Il est certain que ceux qui ont acquis par erreur un de ces livres le rapporteront aussi vite que possible : celui qui se dépêche est digne de louanges. De là, on les rapportera dans la maison de mon beau père le Rabbi, celle qui se trouve à Kfar ‘HaBaD et ils seront rapportés ici, avec joie et enthousiasme. Celui qui les rapportera le fera également avec joie et enthousiasme ».

Là, le Rabbi évoqua un miracle évident qui s’était produit au moment du vol : les gens impliqués dans ce méfait avaient subi des problèmes de santé mais dès qu’ils avaient décidé – au moins par la pensée – de les rapporter, leur santé s’était améliorée. Il était certain que dès qu’ils les rapporteraient  effectivement, leur situation s’améliorerait encore davantage :

« Ils ont vu un miracle évident dans lequel il n’était pas nécessaire  de forcer mon beau père le Rabbi à s’occuper de ce genre de sujets : dès qu’ils ont touché ces objets, il leur est arrivé le contraire de la bonne santé, que D.ieu nous en préserve, à eux ou aux personnes de leur entourage. Ils ont constaté de leurs yeux que, dès qu’ils ont pris la décision de réparer cela, leur santé s’était améliorée et il est clair que cela s’améliorera considérablement quand ils auront effectivement rapporté ces livres ».

Le Rabbi souhaita encore une fois que les membres du Collel puissent étudier les enseignements du Rabbi (précédent) et la portion quotidienne du Rambam, de façon agréable et paisible, dans la demeure du Rabbi (précédent) :

« Qu’on permette également aux membres du Collel ici d’étudier ici la ‘Hassidout et la portion quotidienne du Rambam et tout le reste, aujourd’hui même, le 15 Tamouz, alors que la lune est compète. Puis ils y resteront aussi les jours de semaine et durant toute l’année ; que cela se passe de façon agréable et d’une manière apaisante…Il est certain qu’on n’aura pas besoin d’en arriver là mais que tout ceci se passera de façon respectable, de façon agréable et sereine.

« Que les membres du Collel se mettent  à étudier le plus rapidement possible, qu’ils entrent dans la demeure du chef de notre génération, là où il vit avec son âme qui n’est plus gênée par les limites du corps et qui est de plus en plus vivante chaque année comme il est dit (dans le Zohar – parachat Terouma  p. 128, dans le Tanya (chapitre 27), Likouté Torah – parachat Pikoudé et ‘Houkat et d’autres) et comme l’a expliqué le Rabbi qui a été délivré ces jours-ci dans les discours ‘hassidiques prononcés en cet honneur : le mot « Histalek » signifie qu’il se trouve encore plus vivant que jamais ».

A la fin de l’entrevue, le Rabbi souhaita qu’avec toutes les synagogues et maisons d’étude – et en particulier celles de Rabbi Yossef Yits’hak avec tout ce qui lui appartient, y compris sa bibliothèque, ses manuscrits et ses objets personnels – nous puissions accueillir notre juste Machia’h avec joie et avec un cœur débordant d’enthousiasme.

Dépôt de la plainte

De nombreuses personnalités, en particulier des personnes aisées et influentes de la communauté, tentèrent de faire pression sur B.G. afin qu’il parvienne à un compromis avec les ‘Hassidim mais il s’y refusa absolument. Il prétextait que les livres lui appartenaient mais, bien entendu, les ‘Hassidim ne pouvaient l’admettre car cela contredisait toute leur perception des liens entre le Rabbi et ses ‘Hassidim.

Il ne restait plus beaucoup de possibilités à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD pour parvenir à un résultat. Il s’agissait d’un homme qui  avait volé des livres pour les revendre et il serait très difficile de les récupérer une fois qu’ils auraient été vendus.

Les responsables de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD adressa un message à B.G. pour lui demander de se présenter devant un tribunal rabbinique  comme l’exige la loi juive mais il s’y refusa.

Le Rabbi désirait que Agoudat ‘Hassidé ‘HabaD obtienne une décision claire des Rabbanim selon laquelle la bibliothèque appartenait bien à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD. Rav Yehouda Kalman Marlow  et Rav Moché Bogomilsky posèrent la question à des Rabbanim – qui n’étaient pas Loubavitch ; ils écrivirent que les livres appartenaient bien – selon la loi de la Torah – à Agoudat ‘Hassidé HaBaD. Il semble que le Rabbi tenait à ce que même des Rabbanim qui n’étaient pas Loubavitch décident que telle était la conduite à tenir (et on ne pourrait pas prétendre que c’était normal de leur part puisqu’ils n’étaient pas liés naturellement au Rabbi).

Suite à cette décision, la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD déposa une plainte pour vol devant le tribunal municipal contre B.G. assortie d’une demande de geler toute possibilité de vente, avec l’espoir que cela persuaderait l’autre partie de faire marche arrière.

Ceci se passait en été et de nombreux juges se trouvaient en vacances. Rav Krinsky s’adressa donc au célèbre avocat Nathane Lévine de Washington D.C. Après que Rav Krinsky l’ait mis au courant des détails de la situation, M° Lévine estima qu’il était réaliste de saisir le tribunal  fédéral (« Eastern District » de Brooklyn) et d’exiger un arrêt suspensif immédiat.

Dès le lendemain, Rav Krinsky et M° Lévine  contactèrent le tribunal fédéral. L’affaire devait être jugée  dans ce tribunal et non dans un tribunal régional habituel parce que le voleur habitait le New Jersey – et non New York – et que les livres y avaient été transférés, donc en-dehors des limites de l’état. Rav Krinsky signa le dépôt de plainte en se qualité de secrétaire de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD tandis que le juge Gleizer – qui préside encore aujourd’hui le tribunal – signa l’ordre de geler la circulation des livres.

Le représentant du Tribunal se présenta au domicile de B.G. avec le papier signifiant la décision provisoire empêchant dorénavant toute vente de livres ; les livres restants devaient être entreposés dans une réserve sous l’autorité du tribunal.

Après cette première étape du gel de toute transaction  de ces livres, Rav Krinsky entra dans le bureau du Rabbi. Il raconte : «Immédiatement   après la prière de Min’ha, j’ai annoncé au Rabbi que l’ordre de geler toutes les transactions avait été transmis, que tous les livres avaient été saisis et placés sous séquestre dans un endroit sûr. Le Rabbi émit un soupir de soulagement. On pouvait clairement distinguer une certaine satisfaction sur son visage. Il me demanda de transmettre immédiatement ces développements à la Rabbanit et me donna d’autres instructions pour la suite ».

Avant le début du jugement, les membres de Agoudat ‘Hassidé ‘HabaD avaient demandé au décisionnaire Rav Israël Yits’hak Pikarski – de mémoire bénie – ce qu’il pensait du point de vue de la Hala’ha (loi juive) à propos d’une plainte déposée devant un tribunal civil dans ce cas-là. Il répondit que ce n’était pas seulement permis mais que c’était une obligation.

Quand ils se présentèrent devant le juge pour discuter de ce sujet avant même de déposer la plainte, le juge proposa à B.G. de se présenter plutôt devant un tribunal rabbinique mais il refusa. Il ne restait donc plus d’autre solution pour Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD que de présenter une plainte officielle devant le tribunal – malgré la peine et la honte que cela impliquait – afin de geler toutes transaction des livres.

Le 6 Éloul (23 août) 1985, B.G. présenta pour sa défense l’argument suivant lequel tous les livres lui appartenaient ; selon lui, puisqu’il était l’unique petit-fils du précédent Rabbi, il avait tout simplement le droit de récupérer l’héritage de son grand père.

Le 8 Tichri 1986, il joignit à sa demande l’appui de sa mère qui devenait donc la seconde plaignante.

Voici comment se passent ces procès, d’habitude, aux Etats-Unis : douze jurés sont choisis par tirage au sort. Ensuite, les deux parties doivent tenter de convaincre, sous l’arbitrage du juge, les jurés et c’est le représentant des jurés qui décide qui a tort et qui a raison. Selon cette décision, le juge fixe la peine et les dédommagements éventuels.

Si le procès s’était effectivement passé ainsi, B.G. aurait eu toutes les chances de son côté. En effet, comment de simples non Juifs, peu au courant des coutumes des ‘Hassidim, pourraient-ils comprendre le lien profond qui unit les ‘Hassidim au Rabbi ? C’est pourquoi la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD demanda au tribunal que, vu la singularité de ce procès, seul le juge serait habilité à se prononcer et non pas des  jurés non juifs choisis au hasard.

Le 17 Tichri, (2 octobre), B.G. exigea que le procès se déroule normalement, c’est-à-dire avec des jurés mais cette demande fut rejetée. Le 8 ‘Hechvane (23 octobre), la mère demanda elle aussi que le jugement soit déterminé par des jurés mais cette demande fut également rejetée.

La Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD fit appel à deux bureaux d’avocats : «  Miller Kassidi Leroka et Louine », de Washington, D.C. et « Chnirer Harrisson Ségal et Lewis » de Philadelphie pour la représenter devant le tribunal. Les avocats principaux étaient Nat (Nathane) Lévine de Washington et Jerry (Yossef) Schusstak de Philadelphie, l’associé de Nat Lévine. M° Schusstak avait déjà auparavant aidé la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD à récupérer en Pologne les livres de la Bibliothèque en 1969 ; un troisième bureau d’avocats aidait ces deux-là : il s’agissait de «Schloss, Stann et Douline » de New York.

Voici un extrait d’une lettre que le Rabbi adressa à l’avocat M° Yossef Schusstak (le 17 Iyar 1969 – traduction libre de l’anglais) suite à son aide efficace dans la libération des manuscrits des Rébbéim restés en Pologne, en ‘Hechvane 1968):

« Cette lettre parvient avec retard si on considère l’importance du sujet. De fait, c’est ce sujet lui-même  ou, pour être plus précis, la sensibilité de ce sujet  qui est la raison pour laquelle j’ai retardé la rédaction de cette lettre. En effet, il n’est pas facile d’exprimer par des mots – et encore moins facile d’exprimer par écrit – des sentiments personnels profonds. C’est la raison pour laquelle j’ai reporté l’écriture de cette lettre encore et encore, en espérant atteindre la sérénité nécessaire pour cela. Mais comme ces sentiments ne s’apaisent pas avec le temps, il ne sert à rien de reporter encore une fois cela.

« Bien entendu, je fais allusion à l’initiative chargée de sens selon le point de vue du judaïsme concernant le retour des manuscrits et des livres appartenant à la Bibliothèque de mon beau père, le Rabbi (précédent). Vous l’avez rendu possible grâce à vos amis et cela a déjà notablement porté ses fruits en ce qui concerne une grande partie de ces livres qui ont été réintégrés dans leur place normale, dans leur « maison ».

« Comme vous le savez, la bibliothèque Schneersohn comprend non seulement la collection des livres que mon beau-père avait acquise pour lui-même tout au long de sa vie mais aussi – et surtout –  les manuscrits et les livres qu’il avait reçus en héritage de ses saints ancêtres dans les générations précédentes. Certains d’entre eux datent aussi loin que de Rabbi Chnéour Zalman, fondateur du mouvement ‘HaBaD.

« Bien entendu, il n’est pas besoin de revenir longuement sur le sens  profond que ces manuscrits revêtaient pour mon beau-père, le Rabbi, comme pour tous les Rébbéim ‘HaBaD qui l’avaient précédé. Il avait avec eux un lien intime profond, bien au-delà de ce qu’il éprouvait pour d’autres livres et manuscrits qui n’avaient pas cette valeur sainte. Nombre de ces écrits représentent le cœur  et l’âme de la sainte littérature ‘Habad.

« C’est pourquoi vous pouvez aisément comprendre combien j’étais sensible à ce sujet – et je le serai toujours – et vous pouvez aussi comprendre les sentiments de tous les amis du mouvement Loubavitch. Vous avez agi grandement et noblement en consacrant votre temps, vos efforts et vos relations afin de ramener « à la maison » ces manuscrits et ces livres saints. C’est véritablement un cas de « délivrance de prisonniers » car ce n’est que lorsque ces trésors spirituels se trouvent dans leur maison qu’ils peuvent remplir leur fonction vitale, non seulement pour ceux qui sont directement attachés au mouvement Loubavitch ‘HaBaD mais aussi pour l’utilisation par tout le peuple juif : car c’est ainsi qu’est rendue possible la diffusion de la ‘Hassidout ‘HaBaD et la partie cachée de la Torah.

« Puisque « la récompense d’une Mitsva est la Mitsva elle-même », elle n’a pas besoin d’un « Merci beaucoup ! » d’un être de chair et de sang ; votre action noble  se situe certainement au-delà de toute expression de remerciement. Néanmoins je suis obligé d’exprimer – en mon nom personnel et au nom du mouvement à la tête duquel j’ai le privilège de me tenir et au nom de tous ceux qui profiteront effectivement ou au moins virtuellement de tout cela – notre satisfaction et nos remerciements du fond du cœur.

« Avec votre permission, en réfléchissant profondément au sujet en question, je souhaite ajouter encore un point qui est lui aussi basé sur la Torah de la ‘Hassidout HaBaD dont les vues sont une partie de notre Torah, la Torah de vérité et la Torah de vie. Pour cela, je voudrais d’abord expliquer brièvement :

« Un des principes fondamentaux de la ‘Hassidout ‘HaBaD, expliqué par Rabbi Chnéour Zalman dans « Chaar Hayi’houd Véaémouna » – qui est une partie de son important  livre, le Tanya –  (et dans d’autres endroits) est que toute chose, même un objet inanimé possède une âme ou – en d’autres mots – une graine spirituelle qui l’anime comme il est expliqué dans le premier chapitre de « Chaar Hayi’houd Véaémouna » mentionné plus haut : « Même dans ce qui est vraiment inanimé comme les pierres, la poussière et l’eau, il se trouve une âme et une vitalité spirituelle ».

« Bien entendu, il existe différents degrés dans cet aspect spirituel. Tout d’abord, il existe l’objet matériel simple qui ne contient une étincelle divine – qui le fait exister et vivre –  que par le fait qu’il a été créé. Un  degré plus haut est celui de l’objet dont on s’est servi dans un but profitable. Enfin un degré encore plus haut est celui de l’objet qu’on a utilisé pour accomplir une Mitsva. Il est expliqué dans l’enseignement de la ‘Hassidout ‘Habad que lorsqu’on utilise un objet simple pour une bonne cause, et en particulier pour une Mitsva, il passe par un processus de purification et de clarification jusqu’à devenir un objet saint (comme par exemple des Tefilines fabriqués à partir de peau et de parchemin).

« Nous pouvons appliquer cette idée au sujet qui nous préoccupe : nous avons évoqué des manuscrits et des livres qui ont une importance toute particulière, qui ont été écrits par des hommes qui ont consacré toute leur vie à la Torah et au peuple juif ; ils ont étudié la Torah de toutes les fibres de leur être et ainsi, ils ont enrichi et éclairé la vie du peuple d’Israël. Dans ce cas, il est certain et évident que même l’aspect « matériel » et « inanimé » de ces manuscrits est imprégné d’une lumière et d’une vie éternelles, d’un niveau des plus élevés. Mais quand ces manuscrits sont retirés de leur environnement naturel, de leur maison, ils sont en exil et prisonniers même si on les traite bien. Ils sont prisonniers au plein sens du terme, ils ne pourront jamais être véritablement heureux même si on leur fournit  tous leurs besoins matériels ou même spirituels car ils aspirent à retourner chez eux, à être réunis avec leur famille, leurs amis et à tout l’environnement auquel ils appartiennent. Pour cette raison, il s’agit là vraiment de « rachat des prisonniers » dans le sens habituel, une Mitsva qui est si importante. C’est pourquoi il est impossible de chiffrer la grandeur du mérite que vous-même et vos associés dans cette affaire de « rachat des prisonniers » de ces manuscrits avez acquis.

Je suis conscient du fait que certains estimeront qu’il s’agit là d’arguments mystiques et qu’ils n’entrent pas en ligne de compte. Il est inutile de préciser que je ne vous inclue évidemment pas, ni vous ni vos amis, dans cette catégorie. Mais il est possible que vous rencontriez une ou plusieurs personnes qui tenteront de réfuter ces arguments même si, au fond d’eux-mêmes, ils ne sont pas vraiment convaincus de ce qu’ils disent. De toute manière, à la lumière des épreuves que traverse le peuple juif en cette période – qui est remplie d’événements contradictoires, parfois lumineux mais parfois très loin de cela – je doute que quiconque puisse contredire en toute sincérité la vérité de ce qui a été dit plus haut sous le prétexte qu’ils ne sont pas concrets et qu’ils sont mystiques… »

Pendant ce temps, les ‘Hassidim avaient déjà réussi à racheter 120 livres vendus auparavant par B.G. et les avaient remis dans la Bibliothèque.

Le juge était Dr. Simptan qui avait compris qu’il ne s’agissait pas d’une dispute interne au mouvement Loubavitch (entre les ‘Hassidim d’un grand Rabbi disparu et un héritier naturel) mais plutôt d’une question fondamentale : les leaders spirituels du peuple juif sont-ils les seuls propriétaires de leurs biens personnels ou ceux-ci leur sont-ils seulement confiés pour qu’ils les administrent selon l’intérêt des ‘Hassidim, ce qui fait que le Rabbi et les ‘Hassidim ne forment plus qu’une entité qu’on ne peut partager.

Les ‘Hassidim n’avaient besoin d’aucune preuve pour connaître la réponse véritable. Ils savaient, sans l’ombre d’un doute, que le Rabbi précédent utilisait les livres en sachant qu’ils ne lui appartenaient pas personnellement, ni à lui ni à sa famille. Mais il était nécessaire de présenter des preuves qui convaincraient de cela un juge extérieur au mouvement. Les difficultés étaient que :

1) Comme le Rabbi précédent était mort depuis 35 ans, il fallait retrouver des documents prouvant que les livres appartenaient aux ‘Hassidim

2) Ce jugement n’avait pratiquement aucun précédent dans l’Histoire ; il était donc difficile de savoir comment un juge non juif tel que Simpton – qui ne connaissait ni les ‘Hassidim ni l’histoire de la ‘Hassidout  ‘HaBaD – comprendrait la structure et l’histoire du mouvement Loubavitch et comment il comprendrait les preuves qu’on lui présenterait.

Comme tout ceci n’était pas très connu du grand public, Reb Chalom Dov Ber Lévine décida d’écrire un article à ce sujet dans l’hebdomadaire Kfar ‘HaBaD (n° 200 – p. 22).

Avant de le faire imprimer, il en envoya la copie au Rabbi avec le message suivant : « Voici un article que j’ai écrit pour le journal Kfar ‘HaBaD ». Le Rabbi corrigea et ajouta sur le mot : « Un article » la lettre Alef, pour dire qu’il s’agissait d’un premier article qui serait suivi par d’autres.

A propos de ce qui se passait alors dans le monde ‘HaBaD et dans le monde juif en général, voici ce qui était écrit dans l’hebdomadaire Kfar ‘HaBaD (n° 206, à la date du 11 Éloul 1985) :

« Après que le juge fédéral eut interdit à l’homme qui avait pris les livres de s’approcher de la bibliothèque et l’eut forcé à remettre tous les volumes qui se trouvaient chez lui ».

Les livres rentreront à leur place

Le juge fédéral interdit à celui qui avait retiré les livres de s’approcher de la bibliothèque Loubavitch : puisque la bibliothèque avait été fondée par Rabbi Yossef Yits’hak – de mémoire bénie – elle appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD et il n’était pas correct qu’il y touche. De plus, il était obligé de rendre immédiatement tous les livres qu’il avait pris : ceux-ci lui avaient déjà été retirés et avaient provisoirement été confiés à la garde du tribunal, afin d’assurer leur retour final à leur place naturelle. Cela permettait aussi de savoir exactement quels livres avaient déjà été vendus etc.

Les meilleurs juristes des États-Unis, les cerveaux les plus brillants dans ce domaine, furent enrôlés pour que ce jugement  se passe de la façon la plus réussie, afin que Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD puisse conserver intégralement la bibliothèque qui constituait le centre international de la littérature juive et de la recherche bibliographique. L’équipe comprenait des avocats réputés de New York, de Washington et de Philadelphie dirigés par M° Nat Lévine de Washington, qui avait auparavant servi de conseiller juridique à l’ancien président Nixon et de M°Jerry (Yossef) Schustak de Philadelphie qui avait occupé à l’époque le poste d’ambassadeur des États-Unis auprès de la commission juridique de l’ONU à Genève. Il avait aussi été président de l’Union des Avocats des Etats-Unis. Ces avocats avaient aussi défendu les droits de communautés  juives dans différentes villes et avaient gagné ces procès haut la main. Il y avait encore un avocat de New York. A chacune de leurs interventions, ces juristes exprimaient leur admiration devant le mouvement Loubavitch, leur reconnaissance de son importance et de la valeur énorme de la bibliothèque entière afin d’augmenter la connaissance en général et celle du judaïsme en particulier.

Le juge fédéral lui-même exprima sa stupéfaction admirative du fait que les avocats les plus brillants des Etats-Unis s’étaient unis pour défendre la position et l’intégralité de la bibliothèque, celle-ci renfermant, comme on le sait, les livres les plus importants du judaïsme – et le fait qu’elle appartenait de façon exclusive à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD prit des précautions particulières pour assurer la protection des livres et celle de la bibliothèque à sa place ancestrale, dans le bâtiment de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD- Ohel Yossef Yits’hak, au 770 Eastern Parkway.

Entre temps, tout ceci attira l’attention des gens qui avaient été abusés et qui avaient acheté sans le savoir des livres appartenant à la bibliothèque de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD : on leur demandait avec insistance de rapporter les livres à leur adresse naturelle. La plupart de ces livres – et parmi eux, les plus rares et les plus chers – avaient déjà été rapportés et on espérait que très bientôt, tous les livres le seraient. Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD exprima sa grande satisfaction  de cela et, surtout, de la décision prise à ce sujet par le tribunal fédéral des Etats-Unis.

Ces nouvelles suscitèrent une vague de joie parmi tous ceux qui savaient apprécier la valeur de la littérature juive de par le monde. Ils exprimèrent leur satisfaction de savoir que la bibliothèque Loubavitch qui avait servi à tant de recherches bibliographiques pour tous ceux qui s’intéressaient à la civilisation juive soit enfin protégée de tout prédateur pour ainsi continuer à poursuivre sa fonction. Une joie particulière régnait chez les ‘Hassidim de Loubavitch dispersés dans le monde entier, heureux de savoir que les efforts fournis durant tant d’années par le regretté Rabbi Yossef Yits’hak, avec l’aide de ses ‘Hassidim et de ses admirateurs pour agrandir cette bibliothèque, n’avaient pas été  vains.

Comme on le sait, les nouvelles concernant les livres qui avaient été dérobés sans permission avaient attristé tous ceux qui étaient conscients de la valeur inestimable de cette bibliothèque, surtout les ‘Hassidim de Loubavitch. Cela avait suscité un grand scandale dans le public et le soulagement était à la mesure  de l’émotion.

Au moment du bouclage de l’hebdomadaire, on apprit que la mère de celui qui avait pris les livres avait fait appel, sous le prétexte que la bibliothèque appartenait aux filles du Rabbi précédent.

Cet argument devait faire croire que les livres étaient soi-disant la propriété privée de certaines personnes et donc que les ‘Hassidim de Loubavitch et tout le peuple juif n’en possédaient pas une seule page.

Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD repoussa immédiatement cet argument en affirmant que la meilleure preuve contre cela était le fait historique qu’à l’époque de Rabbi Yossef Yits’hak s’était développé la diffusion de la ‘Hassidout à l’extérieur : en cela, la bibliothèque  avait servi un rôle majeur.

Une preuve supplémentaire de la disposition de cette bibliothèque au public était le fait qu’elle contenait aussi des livres profanes, ce qui n’était évidemment pas nécessaire pour un cercle « restreint » et encore moins pour le Rabbi lui-même.

Mais les preuves les plus évidentes étaient les instructions et les lettres de Rabbi Yossef Yits’hak, par exemple celle publiée dans les Igrot Kodech (volume 9, p. 92), adressée au docteur Alexander  Marx, bibliothécaire bien connu, dans laquelle le Rabbi Yossef Yits’hak soulignait que la bibliothèque appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

Dans cette lettre, le Rabbi disait entre autres : « Ces livres constituent un trésor spirituel énorme ; c’est une possession du peuple, une possession historique et scientifique ».

On sait aussi que quand les autorités soviétiques avaient obligé le Rabbi précédent à quitter le pays, il avait insisté avec force pour obtenir la permission d’emporter avec lui la bibliothèque, bien que, par cela, il se mettait en danger. Ce n’était pas pour un bien personnel qu’il s’exposait : d’ailleurs il était prêt à abandonner ses biens personnels en Union Soviétique. La seule chose pour laquelle il insista et fut prêt à se mettre en danger fut les livres, ce qui prouve bien qu’il n’agissait pas ainsi pour un bien personnel mais pour une possession de tout le peuple juif tout comme il s’était continuellement consacré à tout le peuple juif. S’il n’avait pas été toujours concerné par le bien de la communauté, il ne se serait pas mis en danger ainsi pour les livres.

La préparation du procès

En été 1986, les avocats demandèrent aux responsables de la Bibliothèque de trouver des documents prouvant à qui appartenaient les livres. C’était une entreprise très difficile et tout à fait nouvelle pour Reb Chalom Dov Ber Lévine, en charge de la Bibliothèque. « Au début, dit-il, j’ai eu du mal à comprendre ce qu’on recherchait. Ce n’est qu’après avoir discuté avec les avocats que j’ai eu une image claire du problème et que j’ai compris ce qu’il fallait rechercher pour gagner le procès. Nous nous sommes immédiatement attelés à la tâche. »

Le Rabbi précédent avait écrit de nombreuses lettres, plus de cent mille durant les dernières quarante années de sa vie. Plus de la moitié d’entre elles étaient consignées dans des livres. Pourrait-on en trouver quelques unes qui évoqueraient ce problème de propriété des livres ?  Ce fut le premier réflexe de Reb Chalom Ber Lévine. Comme le Rabbi précédent avait eu des relations avec les autorités américaines lors de son transfert de la Pologne occupée par les Nazis aux Etats-Unis, les avocats suggérèrent de rechercher dans les archives du Congrès américain.

Durant l’automne, on découvrit effectivement des centaines de documents prouvant la justesse des arguments de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD et les avocats furent persuadés qu’ils possédaient là des preuves suffisantes. Dans ces documents des années 1920, 1930 et 1940, le Rabbi précédent demandaient à ses nombreux correspondants d’offrir des livres pour la Bibliothèque Loubavitch (et non pour sa propre collection). Ils trouvèrent également des documents prouvant que le Rabbi précédent avait acquis des livres pour la Bibliothèque avec l’argent du mouvement Loubavitch et non avec ses fonds propres. Ils trouvèrent également des preuves que des livres avaient été acquis pour la Bibliothèque après le décès du Rabbi précédent.

La preuve essentielle fut une lettre adressée par le Rabbi précédent à un important professeur, Dr. Marks de Yates. Dans cette lettre, le Rabbi affirmait sans l’ombre d’un doute que la Bibliothèque appartenait à la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBad. Voici le texte intégral de cette lettre :

B.H.
24 Adar Richone  5706 (1946)

Brooklyn

A l’attention du célèbre Professeur Dr. Marks, qu’il vive longtemps

Paix et bénédiction

Après la conquête de la Pologne par les Nazis en 1939, les bandits ont saisi plusieurs caisses remplies de manuscrits anciens et de livres de grande valeur qui étaient sous ma garde dans ma bibliothèque de la ville de Ottwotsk. Ces manuscrits et ces livres – sans compter ceux qui y avaient été rajoutés par la suite – se trouvaient dans la bibliothèque personnelle du célèbre bibliothécaire Chmouel Wiener, de qui je l’avais achetée à l’époque.

Les manuscrits : Trois grandes caisses pleines de manuscrits anciens qui, comme je l’ai dit, ont été saisis par les Nazis. Parmi ceux-ci se trouvait un manuscrit de Rabbi Chnéour Zalman, le Baal Hatanya, ainsi que des manuscrits des cinq Rabbis ‘HaBaD qui lui ont succédé sur une période de cent cinquante années environ. Ces manuscrits traitent de ‘Hassidout ainsi que des sujets de Hala’ha (loi juive), parmi eux des lettres et des échanges de correspondance qui représentent un trésor inestimable pour l’histoire de notre peuple en Russie durant les deux cent dernières années.

Ces manuscrits sont listés sous la propriété des Rabbanim membres de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD : Rav Israël Jacobson et son gendre, Rav Chlomo Zalman Hecht qui sont tous les deux des citoyens américains de naissance. Ils sont les propriétaires officiels de ce trésor.

Les livres : plusieurs milliers de livres ; nombre d’entre eux sont très anciens, de grande valeur et très rares. Ces livres sont la propriété de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD des Etats-unis et du Canada.

Avant que les Etats-Unis ne rentrent en guerre, le Département d’Etat avait mené des discussions avec Berlin pour récupérer ce trésor et le remettre à ses propriétaires qui sont des citoyens américains nés aux Etats-Unis. Les caisses ont été retenues par la police et gardées jusqu’à ce que le moment soit venu des les transférer aux Etats Unis. Cependant, après l’entrée en guerre des Etats-Unis, toute la négociation fut arrêtée et ne fut reprise qu’après la fin de la guerre (l’avocat qui représente les Rabbanim cités plus haut et la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD est nommé dans la marge de la lettre).

Pour que le Département d’Etat intensifie la recherche des ces manuscrits et les livres en question pour les remettre à leurs propriétaires légitimes, il faut faire comprendre à ses fonctionnaires qu’il s’agit de trésors spirituels de très grande valeur, la propriété de la nation qui a une valeur historique et scientifique inestimables.

C’est pourquoi je me tourne vers vous avec une requête du fond du cœur : en tant que spécialiste de ces questions, pourriez-vous envoyer au Département d’Etat une lettre attestant de la très grande valeur de ces manuscrits et de ces livres pour le peuple juif en général et, en particulier pour les Juifs des Etats-Unis à qui appartient ce très grand trésor ?

Après que l’équipe d’avocats eut consulté des centaines de documents dans les archives de la correspondance du Rabbi précédent, ils eurent l’occasion d’en discuter avec le Rabbi lui-même. C’était le 4 Tichri 5786 (1985), alors que le Rabbi venait d’arriver avec son Loulav (qui, comme on le sait, représente la victoire, ainsi que c’est rapporté dans un Midrach fréquemment cité dans les discours ‘hassidiques) dans la main. Durant cette entrevue qui eut lieu dans le corridor attenant au bureau de Rabbi (Gan Eden Hata’htone), durant deux heures, le Rabbi affirma que cette lettre au Dr. Marks constituait une preuve fondamentale qui montrait de façon irréfutable qui étaient les véritables propriétaires de la Bibliothèque. Le Rabbi suggéra d’en faire la pièce maîtresse de l’argumentation de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD.

L’avocat, Reb Nathan Lévine raconte :

« Durant la même entrevue, le Rabbi conseilla de présenter l’argument suivant : si B.G. prétendait être le propriétaire de la bibliothèque, pourquoi s’était-il emparé des livres comme un voleur en pleine nuit ? Il aurait dû présenter une plainte devant un Beth Din ou un tribunal ! Puisque les livres ont été dérobés en cachette, ils doivent tout d’abord être rendus à la Bibliothèque et ensuite, qu’il présente une plainte devant un tribunal ! Par ailleurs, le Rabbi n’évoqua pas de sujet spirituel ou quelque chose de ce genre mais uniquement des arguments légaux. »

De son côté, Rav Avraham Chem Tov décrit ainsi la relation du Rabbi envers l’avocat :

« La ligne de conduite que le Rabbi désirait que les avocats, représentants du mouvement Loubavitch, devaient   présenter dans le procès était claire : d’un côté, ils devaient agir selon leurs propres opinions (en tant qu’avocats) mais de l’autre côté, ils devaient réfléchir à la façon dont le Rabbi envisageait le procès (donc en tant que ‘Hassidim) ».

Au début du procès, (le 4 tichri 1986, comme signalé plus haut), quand les avocats entrèrent dans le bureau du Rabbi pour lui demander son opinion quant à la meilleure façon  de présenter leur arguments, le Rabbi répondit qu’à son avis, toute procédure doit être « habillée dans un récipient » selon la formule ‘hassidique, c’est-à-dire présentée de façon naturelle, légale, selon les critères acceptés dans les tribunaux.

A cette époque, les ‘Hassidim tentèrent de faire participer l’avocat Nathan Lévine à des réunions ‘hassidiques par exemple mais le Rabbi déclara qu’il ne fallait pas faire de lui un ‘Hassid mais un avocat…

De plus, tout au long du procès, le Rabbi donna des conseils dans les domaines les plus variés : par exemple, d’utiliser comme document la lettre que le Rabbi précédent avait adressée en 1946 au Dr. Marks qui spécifiait que la bibliothèque  était « la possession du peuple ». Une autre fois, le Rabbi demanda de baser l’argumentation sur une autre lettre dans laquelle le Rabbi précédent déclare en quelques lignes que la bibliothèque est la possession de « Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD ».

Après cette réunion, Nathan Lévine et ses associés mirent au point la stratégie de la plainte : qui seraient les témoins du côté de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » etc. Ils désiraient bâtir une argumentation solide qui ne pourrait être mise en doute selon laquelle, à l’intérieur du mouvement ‘hassidique en général et en particulier chez  Loubavitch, il est impensable que le Rabbi puisse utiliser l’argent de la communauté pour ses besoins personnels et surtout, qu’il puisse acheter des livres pour sa bibliothèque personnelle.

Parmi les témoins choisis, citons le Prix Nobel Élie Wiesel et les Rabbanim bien connus : Rav Emmanuel Cho’het de Toronto, Rav Ralbag du Tribunal Rabbinique de « Agoudat Harabbanim » et le Dr. Louis Jacobs de Londres (auteur d’un livre de référence sur la ‘hassidout et le Judaïsme).

Ils voulaient également prouver  qu’ « Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » avait déjà été fondé en 1930 : déjà à cette époque, les livres appartenaient  à « Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » et non au Rabbi précédent personnellement.

Le témoignage de la Rabbanit

Le juge demanda que la Rabbanit, étant la fille du Rabbi précédent (de la bibliothèque duquel les livres avaient été volés), apporte son témoignage. Il n’était pas possible de s’opposer à cette demande et le Rabbi lui-même estimait qu’il n’y avait pas lieu de s’y opposer car cela ne pouvait se révéler que profitable.

Le 28 Mar’Hechvane 1985, la Rabbanit témoigna dans sa maison en présence des avocats des deux parties. Elle avait demandé au Rav Krinsky de prendre place à côté d’elle à la table où elle s’apprêtait à répondre aux questions.

A la grande surprise de tous, avant qu’elle ne commence à parler, le plaignant et sa mère apparurent. Or, depuis que l’affaire avait éclaté, la sœur de la Rabbanit avait coupé tous les liens avec sa famille et s’était installée avec son fils dans le New Jersey, se séparant ainsi de son mari qui était complètement acquis à la position du Rabbi. Il était donc resté seul chez lui. Maintenant, ils réapparaissaient pour écouter le témoignage de la Rabbanit mais celle-ci ne leur accorda pas un seul regard.

Le témoignage fut filmé et la cassette vidéo fut transmise au juge.

Les avocats de la partie adverse posèrent différentes questions de différentes manières ; ils tentèrent de poser des questions pièges sur le fil du rasoir mais la Rabbanit répondit avec une clarté surprenante et avec une force qui stupéfia les avocats de la partie adverse qui espéraient lui soutirer au moins quelques mots en leur faveur, que D.ieu préserve, mais en vain. Une partie de la déposition de la Rabbanit se passa en Yiddish et fut traduite simultanément au juge en anglais. Voici quelques extraits significatifs de ce témoignage :

Question : Quand vous habitiez chez votre père, possédait-il une bibliothèque ?

Réponse : Oui, pas vraiment une bibliothèque mais il avait des livres.

Question : Pourquoi possédait-il des livres ? Et pourquoi collectionnait-il des livres ?

Réponse : C’était toute sa vie, sa passion. Il possédait des livres afin de répandre le judaïsme  en Russie soviétique.

Question : Pour quel but recevait-il et obtenait-il des livres ?

Réponse : J’ai déjà répondu – pour répandre le judaïsme  parmi les enfants juifs, pour les ‘Hadarim (classes clandestines d’enseignement de la Torah pour les enfants), pour les Yechivot (instituts talmudiques pour les adolescents). C’est pour cela qu’il gardait ces livres en Russie, à une époque où il était interdit d’étudier dans les livres de Torah. Il les confiait aux enfants et aux Yechivot, mais surtout aux ‘Hadarim.

Question : Il est important de savoir d’où vous savez que c’était la raison essentielle pour laquelle il collectionnait des livres.

Réponse : Je le sais très bien. C’était là toute sa personnalité ; c’est ainsi qu’il avait été éduqué et c’était sa raison de vivre.

Question : Expliquez ce que vous voulez dire.

Réponse : Il a été jeté pour cela en prison en Russie. Tous les deux ou trois jours, il y avait chez nous des perquisitions et on nous confisquait des objets parce qu’il était pratiquant et qu’il voulait maintenir le judaïsme  vivant en Russie, ce qui était interdit. Voici ce que je peux dire.

Question : Est-ce que l’étude et le développement de la Torah étaient-ils essentiels aux yeux de votre père ?

Réponse : Oui, à 100 % .

Question : Votre père était-il intéressé à recevoir des objets pour son usage personnel ?

Réponse : Non.

Question : Avez-vous connaissance d’objets qui lui appartenaient en propre ?

Réponse : Non, je ne me souviens pas qu’il ait possédé des objets personnels, à part ses vêtements, son Talit et ses Tefilines.

Question : Possédait-il des objets personnels quand il arriva aux Etats-Unis ?

Réponse : Je ne crois pas, non.

Question : Avait-il de l’argent pour s’acheter une maison ?

Réponse : Je ne crois pas.

Question : Votre père avait-il assez d’argent pour acheter lui-même le bâtiment du 770 Eastern Parkway ?

Réponse : Je ne sais pas, je ne crois pas.

Question : Savez-vous à qui appartenait le 770 Eastern Parkway à partir de l’année 1940 ?

Réponse : Je ne sais pas. Je ne crois pas que cela lui appartenait. Il n’avait pas d’argent pour l’acheter.

Question : Pour conclure, selon vous, les livres dont le Rabbi se servait dans son bureau et dans la cave du 770 lui appartenaient-ils ou étaient-ils la propriété des ‘Hassidim ?

Réponse : Ils appartenaient aux ‘Hassidim puisque mon père appartenait aux ‘Hassidim.

Quand la Rabbanit conclut avec ces mots, on put lire une grande déception sur le visage des avocats. Apparemment, ils avaient placé beaucoup d’espoir dans ce témoignage et ils comprirent immédiatement que celui-ci ne pouvait qu’aider les plaignants. Ils ne parvenaient même pas à cacher leur déception et, spontanément, à la fin de la dernière phrase de la Rabbanit, ils jetèrent nerveusement leurs stylos sur la table en constatant que leur combat était perdu.

Evoquant le témoignage général de la Rabbanit et plus particulièrement la dernière phrase, selon laquelle « Le Rabbi et les livres appartenaient aux ‘Hassidim », le Rabbi déclara dans un discours resté célèbre, dans sa maison, samedi soir de la Paracha Terouma 2 Adar 1988, que cela avait eu un impact énorme dans la suite du jugement au point que c’est cela qui avait amené à la victoire finale de « Didane Nétsa’h » :

« Parmi ses dernières actions (de la défunte Rabbanit) quand elle était dans ce monde, parmi celles qui étaient connues de tous – même des peuples du monde – il y eut cette réponse à propos de son père, notre Rabbi, mon beau père, chef de notre génération : « Mon père, le Rabbi, lui-même, avec ses livres et tout ce qui lui tenait à cœur, appartenait aux ‘Hassidim ! »

« Par cette réponse, la défunte exprima et déclara ouvertement que le leadership du chef de notre génération – de celui qui emplit les fonctions de nos saints Rebbéim jusqu’au Rabbi Chnéour Zalman, qui fonda la ‘Hassidout ‘HaBaD et jusqu’au Baal Chem Tov, qui fonda le mouvement ‘hassidique en général – est une chose éternelle, pour laquelle il n’y a pas d’interruption, que D.ieu préserve et ce – jusqu’à la venue de notre juste Machia’h.

« L’essentiel et la nouveauté que ceci introduisit même si cela était évident par ailleurs – est que ceci fut accepté par les « peuples du monde » et que, grâce à cette phrase, il fut décidé (à propos des livres etc…) qu’ « il en soit ainsi ! » dans la vie concrète.

« Car non seulement nous sommes en exil et nous nous conformons à la décision car « la loi du pays est la loi » mais de plus, ce jugement présente un aspect supplémentaire du fait qu’il a été émis par « les peuples du monde » – comme Rabbi Chnéour Zalman insiste dans le passage connu de « Iguéret Hakodech » à propos de la délivrance du 19 Kislev : « D.ieu a opéré des merveilles et a agi avec grandeur sur terre… aux yeux des princes et de tous les peuples qui se trouvent dans toutes les provinces du roi etc… »

« Et parmi les explications qui soulignent la grandeur du miracle de la fête de la délivrance (du 19 Kislev) – il y a le fait qu’elle est une préparation à la délivrance véritable et complète par notre juste Machia’h. Sa venue dépend  d’ailleurs de la dissémination des sources de la ‘Hassidout du Baal Chem Tov au dehors. Machia’h « arrangera le monde entier afin qu’uni, il serve D.ieu » comme il est dit : « Alors Je changerai les peuples de telle sorte  que tous parlent la même langue pour invoquer le Nom de D.ieu et Le servent d’une seule épaule ». Alors, « La Royauté appartiendra à D.ieu », c’est-à-dire que Sa royauté sera reconnue et répandue dans le monde entier.

« Il en va de même ici : – la déclaration (de la défunte Rabbanit) énoncée plus haut, à propos de la continuation et de l’éternité de l’enseignement de la ‘Hassidout et des Rébbéim jusqu’à la venue de notre juste Libérateur – a été acceptée et  été effective « aux yeux de tous les princes et de tous les peuples ».

(On trouvera l’intégralité du témoignage de la Rabbanit dans les appendices).

Le Rabbi souhaita visionner la vidéo du témoignage de la Rabbanit. Immédiatement, Reb ‘Haïm Barou’h Halberstamm apporta dans la maison du Rabbi les appareils nécessaires. Ce fut Rav Chalom Ber Guinzbourg qui actionna lui-même les appareils en présence du Rabbi.

Ce jour-là, les membres de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD se virent proposer un compromis : B.G. était prêt à rendre les livres qui avaient été volés à condition de pouvoir garder l’argent qui avait déjà été obtenu. La décision appartenait au Rabbi et, pour cela, les Rabbanim entrèrent dans le « Gan Eden Hata’htone », à côté du bureau du Rabbi pour lui soumettre cette proposition.

Rav Zalman Gourarie, de mémoire bénie, raconta :

« Le Rabbi parla avec beaucoup d’émotion, pendant longtemps et en exprimant une douleur intense au sujet des livres. Plusieurs fois, il frappa avec force de son poing sur le mur. Il affirma alors qu’il était prêt à se rendre au tribunal pour témoigner (que D.ieu préserve !) et que rien ne pourrait l’empêcher de le faire.

« Le Rabbi déclara alors, entre autres : « Comment peut-on envisager pareille chose ? ! »Le Rabbi dit alors qu’il était hors de question de rentrer dans ces considérations et d’accepter un quelconque compromis.

« Combien de Tehilim (Psaumes)…ont-ils été dits ? Combien d’argent a-t-on donné à la Tsedaka (Charité) ? Qu’en est-il du dévouement bien connu des ‘Hassidim ? Dire des Tehilim ! ». Le Rabbi apporta l’exemple des membres d’une certaine communauté qui avait décrété un jeûne à propos d’un certain sujet, ce qui prouvait combien le problème affronté leur tenait à cœur. Or ici, on ne voyait pas que cela affectait qui que ce soit ! (Concrètement, quand certains voulurent décréter un jeûne, le Rabbi s’y opposa en disant que ce n’était pas son habitude de décréter des jeûnes.)

Le Rabbi continua : « Il faut savoir qu’il s’agit d’une guerre contre tous les Rébbéim ! » et il nomma chacun d’entre eux « et on doit savoir que la guerre n’est pas pour les livres mais pour le trône (la fonction de Rabbi) et il montra du doigt la chaise (d’après un témoignage).

Le Rabbi dit encore : « C’est une guerre contre Rabbi Chnéour Zalman ! ». Par ailleurs, lors de cette entrevue, le Rabbi cita le verset : « Par tes cris, ceux qui sont rassemblés te sauveront-ils ? » (Isaïe 57). Il expliqua que même si, apparemment, le verset est à la forme interrogative, le fait est que quand des Juifs se rassemblent pour étudier la Torah, prier et donner ensemble de la Tsedaka, ils parviennent à faire venir la délivrance. Le Rabbi demanda « qu’on bouleverse le monde entier » en encourageant chacun à développer ces trois aspects fondamentaux de Torah, Tefila et Tsedaka. Et en prononçant ces paroles, le Rabbi frappa sur la porte de son bureau avec une telle force que même les personnes qui se tenaient à l’extérieur l’entendirent.

Les membres de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD comprirent que le Rabbi ne voulait à aucun prix accepter un compromis en ce qui concernait les livres.

A la suite des paroles du Rabbi, on créa un Minyane de Tehilim tous les matins au 770 Eastern Parkway. Dans le monde entier, les ‘Hassidim ajoutèrent à leur récitation quotidienne de Tehilim les Psaumes 20, 22 et 69. On rajouta également dans l’étude de la Torah et les dons à la Tsedaka, chacun selon ses possibilités.

« Le roi ne peut être appelé à témoigner »

La partie adverse exigea que le Rabbi lui-même vienne témoigner devant le tribunal, que D.ieu préserve. (On comprend bien le sens d’une telle démarche de leur part puisque les avocats auraient pu poser toutes sortes de questions avec audace et de façon discourtoise envers le Rabbi, à propos de sa nomination en tant que Rabbi etc.). Le juge devait statuer à ce propos le 13 Kislev, 26 novembre.

Ce jour-là, les membres du Kollel décidèrent d’en faire un jour de jeûne et de le consacrer à la récitation des Tehilim (Psaumes). Tôt le matin, le 770 Eastern Parkway était rempli de ‘Hassidim, jeunes et moins jeunes, qui récitaient des Tehilim sans interruption. L’atmosphère était terriblement tendue.

Quand le Rabbi arriva de sa maison à 10h 25, il avait un visage très sérieux et il ne fit pas signe de sa main pour qu’on augmente le chant.

Le Rabbi conseilla à l’avocat de plaider l’argument suivant ; puisque le Rabbi est le chef spirituel du mouvement Loubavitch et qu’il ne dépend pas de critères physiques, que par ailleurs ce jugement concerne une péripétie physique  concernant les biens du mouvement HaBaD, l’aspect spirituel du mouvement n’avait pas à être mêlé à cela. Il n’y avait pas de raison  que le témoignage d’un personnage spirituel aide à la clarification du problème.

L’un des témoins qui s’était énormément investi dans les démarches pour que le Rabbi ne soit pas appelé à témoigner devant le tribunal était le Dr. Weiss, qui n’était autre que le médecin personnel du Rabbi. Il expliqua devant le juge que puisque le Rabbi avait subi une grave crise cardiaque en 1977, il ne convenait pas de l’appeler à témoigner et à s’expliquer sur des sujets qui lui causaient de grands soucis.

On raconte qu’à propos du 13 Kislev, le Rabbi avait déclaré : « Il faut prendre en compte comment cela sera perçu par les étudiants de Yechiva ».

D.ieu merci, ses efforts portèrent leurs fruits et, dans l’après midi, le juge du tribunal fédéral statua que « le roi ne peut être appelé à témoigner », que le Rabbi n’a pas besoin de se rendre devant le tribunal en tant que témoin.

Quelques instants plus tard, la nouvelle se répandit dans le 770. On ne peut décrire la joie qui régna à ce moment-là, le soulagement des ‘Hassidim qui se mirent spontanément à chanter et à danser de toutes leurs forces.

Le soir-même, le ‘Hassid, Reb Avraham ChemTov organisa une réunion ‘hassidique dans la petite salle du 770 avec les élèves de la Yechivah. Durant de longues heures, on parla et on but, on sentait que déjà un premier pas avait été franchi en direction de la victoire finale.

Les ‘Hassidim entonnèrent spontanément une mélodie (composée par le défunt  Rav Israël Duchman) sur les paroles : « Tous les peuples de la terre sauront et reconnaîtront ce qui s’est passé le 13 Kislev ».

Le même jour, les avocats parlèrent avec le Rabbi dans le « Gan Eden inférieur » (le corridor attenant au bureau du Rabbi) durant environ deux heures. Le Rabbi déclara alors qu’en ce qui concerne le Rabbi Yossef Yits’hak, on ne peut parler d’héritage puisqu’il se trouve encore parmi nous. Les avocats demandèrent au Rabbi de qui il parlait quand il disait : « Le chef de notre génération » et le Rabbi pointa le doigt en direction de lui-même…puis le Rabbi leur dit qu’ils ne devaient pas agir comme des ‘Hassidim mais comme des avocats –« Comme il vous semble profitable pour l’affaire ». Le Rabbi rentra dans son bureau, en ressortit aussitôt et répéta       que tout devait se passer selon les critères naturels. Il ajouta : « Mais que ce soit de telle sorte que, selon vous, je gagne le procès ! ».

Résumé des preuves

La veille du procès, Rav Chalom Ber Lévine – responsable de la Bibliothèque Loubavitch et qui était chargé de préparer les documents nécessaires pour les avocats – écrivit  une lettre au Rabbi. Il y résumait l’ensemble des preuves qui seraient présentées au procès selon les instructions des avocats. Après avoir fourni tous les détails, il résumait ainsi sa lettre : « Avec tout ce matériau, les avocats sont absolument persuadés que ceci se terminera par une victoire éclatante et il est donc possible d’aller en avant avec un chant de marche de victoire ! » :

« B.H.

Pour le Rabbi

Plusieurs des responsables du dossier concernant les livres saints m’ont demandé de résumer devant le Rabbi l’ensemble des documents sur lesquels sont basées les preuves comme quoi  Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD est bel et bien propriétaire de la Bibliothèque. Depuis le milieu de la semaine dernière, l’avocat Maître Shustak me l’avait demandé et je m’efforce de le faire aujourd’hui, avec l’aide de D.ieu, au moins dans les grandes lignes :

1) Tout au long de l’existence  de la Bibliothèque, dans tous les documents sur lesquels est mentionnée la Bibliothèque, il est clairement mentionné qu’il s’agit de la Bibliothèque générale du mouvement ‘HaBaD ; depuis son arrivée sur le sol américain, c’est la propriété  de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD aux Etats-Unis.

2) Le début de la construction  de la Bibliothèque s’est fait en Russie, à une époque où il était interdit à toute communauté religieuse de posséder des biens. Il n’était donc  pas possible d’enregistrer la Bibliothèque comme une possession du mouvement ‘HaBaD : sinon, le gouvernement soviétique l’aurait immédiatement  confisquée.

3) Dès que le Rabbi eut  quitté la Russie, quand il reçut la visite du bibliothécaire, le Rabbi lui avait expliqué en détail comment construire la Bibliothèque : elle serait mise à la disposition des chercheurs. Pour cela, il fallait acquérir également des livres qui ne faisaient pas partie de la littérature rabbinique ainsi que des livres profanes et même des livres anti religieux.

4) A la même époque, quand la Bibliothèque fut érigée à Riga, on imprima du papier à lettres spécial à en-tête : « Collection de livres et de manuscrits Loubavitch ». A la ligne suivante apparaissait effectivement  les mots : « Du Rabbi Chlita » ce qui signifiait que c’était lui qui l’avait  constituée et instituée comme toutes les institutions qu’il dirigeait et qui lui appartenaient. Cependant le nom officiel montrait bien qu’il s’agissait de la Bibliothèque « de Loubavitch ».

5) Sur ces papiers et les cartes, l’adresse indiquée  est « Bibliothèque Loubavitch – Riga – Lituanie » sans aucune mention du  nom du Rabbi.

6) Le Rabbi avait demandé à tous les auteurs et éditeurs d’adresser leurs livres à « La Bibliothèque Loubavitch » et il les remerciait « au nom de la Bibliothèque ». Si les envois lui avaient été destinés personnellement, pourquoi aurait-il remercié au nom de la Bibliothèque ? Dans le même communiqué – que le Rabbi demandait qu’on publie dans la revue « Le Pardess » et d’autres, son nom n’est pas du tout mentionné (dans le texte qui est imprimé dans le livre « Igrot Kodech » ; cependant, dans le texte imprimé effectivement dans Le Pardess, il est écrit : « Bibliothèque Loubavitch du Rabbi de Loubavitch » : ici aussi, l’adresse indiquée est : « Bibliothèque Loubavitch » sans aucune mention du nom du Rabbi.

7) Quand le Rabbi écrivait des lettres en rapport  avec la Bibliothèque, il les écrivait sur le papier à en-tête de la Bibliothèque et non sur son papier personnel.

8) Même quand il écrivait pour demander qu’on lui envoie des livres, il le faisait « au nom de la collection  des livres et manuscrits de Loubavitch » et il signait : « Le directeur de la Collection des livres  et manuscrits de Loubavitch » et parfois même sans mentionner son propre nom. Quand la personne concernée envoyait effectivement le livre qui lui avait été demandé comme cadeau pour la Bibliothèque, il ne l’envoyait certainement pas au Rabbi personnellement et donc, une fois de plus, on ne pouvait pas considérer qu’il s’agissait d’un bien personnel.

9) Même quand le Rabbi demandait en son nom propre qu’on lui envoie des livres – sans préciser explicitement qu’il le faisait au nom de la Bibliothèque Loubavitch – il écrivait comme raison pour cela : « Ceux qui connaissent et apprécient le nom de Loubavitch : ils auront à cœur de m’honorer avec un bon cadeau de livres ». Il serait étrange de dire que  ces termes s’appliquent à un cadeau personnel. On peut donner comme exemple pour expliquer cela : imaginons que le Président des Etats-Unis publie un communiqué : quiconque apprécie la liberté qui règne aux Etats-Unis est invité à m’envoyer personnellement un cadeau. Il est évident que cela est inimaginable. Il est donc évident que lorsque le Rabbi  écrit : « M’honorer avec un cadeau », cela signifie qu’il s’agit d’un cadeau pour la Bibliothèque Loubavitch.

10) Tout ceci se passait en Europe. Là-bas, Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD n’était pas encore organisé et toute la Bibliothèque appartenait au mouvement Loubavitch dans son ensemble. Cependant, quand le noyau central du mouvement s’est déplacé aux États-Unis et que le mouvement est devenu officiellement Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD, toutes les possessions du mouvement ont été transférées à cette nouvelle association.

11) Ceci n’a pas commencé seulement à partir de l’année 1940 (date de l’arrivée de Rabbi Yossef Yits’hak à New York). Dès les années 1936, 1938, le Rabbi avait commencé à inscrire les possessions du mouvement sous le nom  de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD des Etats-Unis. Par exemple pour ce qui concernait la construction de la Yechiva et de l’appartement du Rabbi à Otwotsk : l’achat était – ou aurait dû être –  au nom de l’association Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD des Etats-Unis. Le secrétaire du Rabbi à l’époque, Rav Feïgin, avait écrit à ce sujet au Rav Jacobson que du fait que tout ce qui se passait en Europe à ce moment était peu stable, on avait toujours peur que les biens soient confisqués par le gouvernement. C’est pourquoi il avait été décidé de mettre toutes les possessions du mouvement sous le nom de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD des États-Unis. C’est aussi la raison pour laquelle on avait demandé à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD d’ajouter dans sa charte un paragraphe stipulant qu’elle était apte à acquérir des biens immobiliers en dehors des États-Unis.

12) Même les salaires des secrétaires furent dès ce moment payés par Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD des États-Unis : ainsi ils furent considérés comme des employés étrangers au service d’une organisation américaine.

13) A cette époque, ce n’était pas encore toutes les possessions du mouvement en Europe qui étaient passées sous la direction de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD des
États-Unis mais seulement ceux pour lesquels cela avait été spécifié explicitement. Cependant, une fois qu’il avait été décidé de  transférer depuis l’Europe vers les États-Unis tout ce qui appartenait au mouvement ‘HaBaD (aussi bien le Rabbi que les membres de sa famille, les secrétaires, la Yechiva etc.), il s’agissait  de tout transférer : ce n’était pas un « changement de propriétaire » mais juste un changement de nom. Cette décision fut prise par le Rabbi en hiver 1939. Cela avait été confirmé par écrit et en secret par le secrétaire Rav Feïgin  au Rav Lévitine et au Rav Jacobson. Ce n’était pas encore une décision définitive mais plutôt une décision technique afin de permettre l’établissement de papiers officiels  en cas de besoin. La décision définitive ne fut prise qu’avec l’arrivée du Rav Jacobson au début du mois  d’Éloul 1939 à Otwotsk. Lors d’une Ye’hidout (entrevue privée), le Rabbi lui avait alors longuement parlé et lui avait demandé d’arranger les papiers : d’ici six mois, le Rabbi envisageait d’immigrer avec sa famille, ses secrétaires et une partie de sa Yechiva aux États-Unis. C’est effectivement ce qui se passa : la préparation des  papiers prit six mois et, en hiver 1940, le Rabbi arriva aux États-Unis.

14) Le dernier paragraphe fut expliqué ainsi : quand le Rabbi se trouvait à Varsovie en hiver 1940, il affirma à l’ambassade américaine que les manuscrits lui avaient été prêtés par le Rav Jacobson et le Rav Chnéour Zalman Hecht lors de leur séjour à Otwotsk. De fait, comme la décision de transférer le mouvement aux États Unis avait déjà été prise, la Bibliothèque appartenait déjà à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD et les manuscrits n’avaient qu’été prêtés  au Rabbi.

15) Après l’arrivée du Rabbi aux États-Unis, il déclara officiellement aux autorités américaines que la Bibliothèque appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD : ceci est prouvé par plusieurs documents.

16) Par la suite, après la fin de la guerre, le Rabbi demanda au docteur Marxs de s’efforcer de sauver le reste de la Bibliothèque (qui était restée en Pologne) parce que celle-ci appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

17) Même si la Bibliothèque avait jusqu’à présent appartenu au Rabbi personnellement (bien qu’il ait été démontré que ce n’était pas le cas), cette demande en elle-même suffisait  à démontrer que le Rabbi l’avait fait acquérir par Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

18) Il était impossible de prétendre que le Rabbi désirait que la Bibliothèque demeure sa propriété privée et qu’il n’en avait transféré la possession que pour échapper aux confiscations : cela aurait constitué un ‘Hiloul Hachem, une profanation du Nom de D.ieu ; ce serait également une grave accusation contre le Rabbi, soupçonné d’une telle conduite, que D.ieu nous en préserve. Il est évident que, même si telle était son intention essentiellement – sauver la Bibliothèque de la confiscation – il n’en demeurait pas moins que par ces paroles, il transférait effectivement la propriété de la Bibliothèque à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD. Par sa signature sur les documents officiels, cette possession était officialisée même par les lois du pays car le gouvernement n’avait permis l’acheminement de cette Bibliothèque que parce qu’elle  constituait un bien communautaire.

19) La dernière partie de la Bibliothèque, celle qui était restée en Pologne, n’avait pu être sauvée en 1946. Mais par la suite, en 1949 et 1951, le gouvernement américain avait récupéré les livres juifs volés par les Nazis et les avait distribués parmi les bibliothèques communautaires juives aux Etats-Unis. La Bibliothèque Loubavitch avait elle aussi demandé et obtenu de pouvoir  récupérer certains livres en sa qualité de bibliothèque communautaire.

20) L’une des conditions pour obtenir ces livres avait été qu’il était interdit à ces bibliothèques de revendre ces livres qui devaient rester en leur possession.

21) Ceci avait impliqué des frais mineurs que la Bibliothèque devait couvrir par elle-même. Les factures avaient été payées par la caisse de  Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD aux Etats-Unis, ce qui prouvait bien que la Bibliothèque appartenait à cette organisation.

22) Tout ceci avait eu lieu en été 1950, donc après le décès du Rabbi. Il est évident que ces livres n’avaient pas été acquis pour le bénéfice de ses héritiers (pour que ceux-ci aient quelque chose à revendre) mais bien dans l’intention d’agrandir la Bibliothèque Loubavitch.

23) L’un des colis envoyés par la compagnie qui s’occupait de cette affaire portait l’indication suivante : « Ce paquet comprend des livres qui avaient appartenu à votre Yechiva, c’est pourquoi il est expédié maintenant à votre Bibliothèque ». C’était bien la preuve qu’il ne s’agissait pas de livres appartenant à un particulier, en l’occurrence aux héritiers du Rabbi.

24) En 1966 (environ), il y eut chez l’avocat M° Hecht une discussion à propos des frais de succession entre les héritiers du Rabbi. Le problème était de savoir s’il fallait inclure dans cet héritage les livres de la Bibliothèque. On avait d’ailleurs procédé à une évaluation approximative d’une petite partie  de cette bibliothèque (environ 5000 des 50.000 volumes). Finalement il avait été décidé de ne pas les inclure dans le calcul des impôts puisqu’ils appartenaient à la Bibliothèque et ne constituaient pas un bien personnel. C’est ce qu’affirma l’avocat, M° Hecht, et ceci fut prouvé par les documents officiels.

25) A partir de 1968,  Rav Halberstam devint le responsable de l’appartement situé au 770 Eastern Parkway, y compris de tout ce qui concernait la Bibliothèque. Par la suite et jusqu’à présent, les dépenses pour l’entretien  et le personnel (incluant le bibliothécaire) se sont élevées jusqu’à 100.000 dollars. Pas un centime n’a été demandé aux héritiers du Rabbi qui avaient déclaré officiellement que cela concernait la Bibliothèque et qu’ils n’étaient en rien concernés par ses dépenses. Tel est le témoignage de Rav Halberstam.

C’est ainsi que nous sommes arrivés à la conclusion que durant toute les années d’existence de la Bibliothèque, depuis 1928 jusqu’à  aujourd’hui, il était clair et prouvé dans les moindres détails que la Bibliothèque appartenait au mouvement ‘HaBaD en général et à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD en particulier.

Fort de tout cela, l’avocat n’a aucun doute que le jugement sera prononcé en notre faveur et que nous pouvons nous présenter au procès avec une marche de victoire.

N.B. Malgré cela, je n’ai évoqué ni les écrits qui sont transmis de Rabbi en Rabbi ni le sujet du « Maamad », à propos desquels j’ai déjà écrit vendredi.

Le Procès

Le 29 Mar’héchvane (13 novembre) 1985, le juge Simpson décida que le procès se tiendrait sans les jurés et qu’il commencerait le 19 Kislev (2 décembre), le jour où les ‘Hassidim célèbrent la libération (en 1798) du Admour Hazakène des prisons tsaristes, jour qui est considéré comme un jour faste dans le monde juif. Tous virent dans cette date un signe évident de la Providence divine et furent dès à présent persuadés de la victoire. Par contre B.G. demanda à repousser la date : cette faveur ne fut pas accordée par le juge.

L’audience des témoignages commença de fait le 20 Kislev.

Voici comment se passerait le jugement : à partir du 20 Kislev et jusqu’au 8 Tévet auraient lieu les auditions. Puis, à partir du 9 Tévet et jusqu’au 10 Chevat, aurait lieu un résumé présenté par les deux parties ainsi que les objections de chacune des deux parties contre l’autre.

Durant les 23 jours d’audience, des jeunes garçons de Yechiva et des ‘Hassidim assistèrent aux débats dans le tribunal. C’était un spectacle impressionnant ; chaque jour, un autobus plein de ‘Hassidim  arrivait devant le tribunal de Down Town à Brooklyn. Les ‘Hassidim emplissaient les tribunes réservées au public, priaient et récitaient des Tehilim (Psaumes). Parmi les ‘Hassidim, on remarquait particulièrement le regretté Rav Morde’hai Mentlick qui dirigeait la Yechiva principale du 770 Eastern Parkway : il portait la ceinture de prière. On vit aussi souvent d’autres Rabbanim et personnalités importantes de la communauté Loubavitch.

Voici la description que fit (dans son livre Despite All Odds) l’écrivain Édouard Hoffman de la salle d’audience du tribunal à cette époque :

« Durant le procès, on constata de nombreuses choses contradictoires   : d’un côté, on voyait le drapeau américain symbolisant la liberté, le fait de n’être soumis à aucune autorité mais de l’autre côté, on remarquait le groupe de Juifs orthodoxes qui se tenait comme dans une synagogue orthodoxe : les hommes et les femmes étaient séparés. La salle du tribunal était remplie de Juifs anxieux pour le sort réservé aux livres de la Bibliothèque ‘HaBaD qui avait été la préoccupation constante du Rabbi précédent : maintenant, à cause d’événements complètement extérieurs, ils dépendaient – de par la volonté de D.ieu – d’un non Juif, le juge Simpson ».

Une bonne partie des documents du Rabbi précédent étaient rédigés en hébreu ou en Yiddish. Il était donc nécessaire de les traduire et la traduction devait être la plus exacte possible. L’essentiel des discussions entre les deux parties porta justement sur les différences d’interprétation des traducteurs. Sur une table se trouvaient en permanence les volumes des Lettres du Rabbi Yossef Yits’hak (qui avaient été compilés par Rav Chalom Dov Ber Lévine) et chacun tentait de prouver la justesse de ses opinions  par les lettres qui y étaient recensées.

Chacune des deux parties amena des témoins à la barre afin de confirmer son explication des faits. Les ‘Hassidim savaient que la partie ne serait pas facile mais ils se rendaient compte aussi qu’il n’y avait jamais eu de précédent. Le juge resta impassible et garda le silence durant toute les audiences : il était impossible de deviner par l’expression de son visage vers quelle conclusion il penchait.

Pour mieux comprendre, voici le compte rendu de ce qui se passa au tribunal :

20 Kislev : la partie adverse demanda à ce que la date du jugement soit repoussée mais le juge refusa et demanda à ce que Reb Yehouda Krinsky commence à témoigner. La partie adverse demanda à ce que lors de sa déposition, Reb Chalom Dov Ber Lévine quitte les lieux mais le juge refusa à nouveau.

L’avocat de la partie adverse avança que cela faisait quarante ans que Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD n’avait pas fonctionné (il faut signaler que le Rabbi avait évoqué cet argument dans l’un de ses discours et en avait déduit qu’il fallait agir à ce propos avec encore plus d’énergie et d’enthousiasme). Reb Krinsky démontra combien cette accusation était dénuée de tout fondement.

21 Kislev : tout comme la veille, Reb Krinsky lut des lettres et la partie adverse posa des questions à leur sujet.

22 Kislev : ce jour-là, la partie adverse présenta une personne venue d’Angleterre pour témoigner en sa faveur. Tandis qu’il parlait, on lui demanda pourquoi il avait été renvoyé de sa synagogue. Il répondit que ce n’était pas  parce qu’il ne savait pas étudier mais parce qu’il n’agissait pas…

Par ailleurs, il y eut une discussion animée à propos de ce que signifie le concept « Beth ‘Hayénou ».

23 Kislev : Reb Krinsky continua son témoignage et on lui posa des questions quant à son travail exact au sein de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

26 Kislev : en sa qualité d’«expert du mouvement  Loubavitch », Rav Zalman Posner témoigna en faveur de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD. On lui posa des questions à propos du « Maamad » (la contribution volontaire des ‘Hassidim aux dépenses du Rabbi) et à propos de la fortune personnelle de Rabbi Yossef Yits’hak.

27 Kislev : ce fut le tour de Rav Chalom Dov Ber Lévine – principal responsable de la Bibliothèque de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD – de témoigner. Au début, les avocats de la partie adverse ne désiraient pas qu’il témoigne sous prétexte que tout ce qu’il allait dire avait déjà été dit auparavant et que ce serait une perte de temps. Le juge sortit alors pour quelques instants puis revint en annonçant que Rav Lévine pouvait parler. On lui posa alors toutes sortes de questions sur son travail : il répondit très bien et de façon très claire à chaque question.

Dans l’après midi, on projeta sur écran la déposition de la regrettée Rabbanit ‘Haya Mouchka : celle-ci avait été enregistrée dans sa maison (voir le chapitre : « Le témoignage de la Rabbanit »). Quand la Rabbanit déclara que le Rabbi et les livres appartiennent aux ‘Hassidim, on put remarquer que le juge appréciait cette réflexion même s’il ne dit rien.

Ce fut alors au tour du regretté Rav Chnéour Zalman Gurarie de plaider en faveur de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD puis le juge posa plusieurs questions à BG., entre autres quels livres lui avait donné son grand père : il répondit qu’il ne s’en souvenait pas.

28 Kislev : on fit témoigner un certain Professeur Mark Israël mais il fut bien vite évident qu’il n’avait pas le titre de professeur quand il déclara que, selon la Torah, il n’y avait aucune interdiction de mentir et que c’était pour cette raison que, lorsque Rabbi Yossef Yits’hak affirmait que la bibliothèque appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD, c’était un mensonge (que D.ieu nous en préserve !) afin d’échapper aux griffes des Nazis. On lui demanda alors l’explication du verset « D’une parole de mensonge, tu t’éloigneras », il répondit  qu’il s’agissait de « choses de mensonge » mais pas de paroles…

Veille de Roch ‘Hodech Tévet : on entendit la déposition d’un témoin de la partie adverse mais les avocats détruisirent ses arguments un à un. La partie adverse demanda alors au juge d’interdire aux ‘Hassidim d’assister aux débats sous prétexte qu’ils remplissaient toute la salle et ne laissaient pas de place aux autres. Le juge répliqua que ce n’était pas vrai et que, justement, ils se conduisaient de façon exemplaire.

4 Tévet : on entendit le témoignage de ‘H .L. et celui-ci prétendit que Rabbi Yossef Yits’hak avait menti (D.ieu préserve ! ) mais on lui fit remarquer qu’il était impliqué dans cette affaire puisqu’il mangeait tous les jours dans la famille de  B.G.

De plus, il avait brûlé des lettres du Rabbi Yossef Yits’hak et, en plus, le Chabbat ( !). Le juge lui demanda s’il était vrai qu’il avait détruit des documents etc. et il répondit qu’il avait agi ainsi parce qu’ils contenaient des éléments privés qui n’avait pas à être rendus publics. Le juge lui demanda pourquoi il ne l’avait fait que maintenant, soit plus de 35 ans après le décès du Rabbi…

5 Tévet : Rav Ralbag, membre du Tribunal Rabbinique de Agoudat Harabbanim témoigna en faveur de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

6 Tévet : on entendit un témoignage en faveur de la partie adverse mais il fut invalidé point par point : il démontra seulement son ignorance… De même, il fut démontré que, chez les Rebbéim, il n’y a aucune place pour un mensonge quel qu’il soit : en effet, lorsque Rabbi Chnéour Zalman avait été détenu en prison et qu’il aurait pu mentir car sa vie était en danger, il n’avait néanmoins proféré aucun mensonge.

Durant le procès, le Rabbi écrivit à Rav Aharone Dov Halperine – éditeur de l‘hebdomadaire Kfar ‘HaBaD – : Une continuation des livres en ce qui concerne la terre d’Israël – et le plus rapidement possible. Qu’il fasse précéder la guérison à … – pour la diffusion des sources de la ‘Hassidout et des sources du judaïsme etc. On ne presse que (ceux qui sont empressés – NDT). Qu’il en fasse un rapport immédiatement afin qu’il soit mentionné sur le tombeau (du Rabbi précédent NDT) »

Rav Halperine  raconta : « Au début je ne compris pas du tout de quoi il s’agissait. Rav Hodakov me demanda de lui téléphoner d’ici une heure. Ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai compris une partie de ce que cela signifiait : une semaine auparavant avait pris fin la partie des audiences du procès des livres… Maintenant, Rav ‘Hodakov m’expliquait que c’était de cela que parlait le Rabbi lorsqu’il écrivait « Une continuation des livres en ce qui concerne la terre d’Israël ».

Comme on s’en souvient, aux alentours du 12 Tamouz 1985, le Rabbi avait demandé d’ériger à Kfar ‘HaBaD un « Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » qui serait appelé comme son « jumeau » du 770 Eastern Parkway à New York. En attendant, cela fonctionnait dans un bâtiment qui avait été mis à  disposition par le Comité du Kfar. Rav ‘Hodakov me dit : « Vous devez écrire cette semaine dans le journal qu’à la suite de ce qui avait été écrit dans le numéro de la semaine précédente, dans un reportage sur votre visite à New York, à propos de l’action  et de la propriété  de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD, vous désirez y associer l’action de son jumeau israélien, Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD, avec son action en faveur de la communauté à Kfar ‘HaBaD.

Rav ‘Hodakov me recommanda également d’insister dans mon article sur les points suivants : des dizaines de jeunes gens y étudient continuellement  la Torah ; il s’y tient des dizaines de cours de Torah, aussi bien de Guemara que de ‘Hassidout ; on y trouve une grande bibliothèque qui s’enrichit régulièrement de nouveaux volumes, au service de toute la communauté et, en particulier, de ceux qui étudient la Tora en profondeur. On y prie et on s’y réunit pour des réunions ‘hassidiques en présence d’un nombreux public. Toute cette action communautaire sera transférée – avec l’immense bibliothèque –  dans le nouveau bâtiment de Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD à Kfar ‘HaBaD.

L’annonce de la victoire

Les premiers signes d’une victoire probable se remarquèrent déjà dans la réunion ‘hassidique du 19 Kislev 5747 (1986) : en effet, le Rabbi évoqua longuement le sujet de « Didane Notsa’h » (notre victoire). Ceci se confirma durant ‘Hanoucca quand le Rabbi dirigea une réunion ‘hassidique plus longue que d’habitude, à propos de la libération de Rabbi Chnéour Zalman. En particulier, le Rabbi précisa plusieurs fois que « Les ‘Hassidim vaincront ! ». Chabbat Miketz, qui était aussi le dernier jour de ‘Hanoucca, le Rabbi était particulièrement joyeux durant la réunion ‘hassidique et, à la fin, il déclara :

« Pour les Juifs, il y eut lumière, joie, allégresse et reconnaissance, qu’il en soit ainsi pour nous ! » Lumière, joie et allégresse, comme cela se comprend simplement et comme cela est expliqué dans les Midrachim de nos Sages, car on nous annoncera de bonnes nouvelles, et en particulier parce qu’on ajoutera dans la joie, encore plus que d’habitude ! »

Les ‘Hassidim comprirent déjà qu’il se passerait quelque chose, quelque chose de joyeux.

Et le mardi, le jour dont il est dit qu’il est écrit deux fois « qu’il était bon » (dans le récit de la création du monde), le 5 Tévet 5747, au matin, on avertit le secrétaire Reb Youdel Krinsky, que le jugement avait été tranché au tribunal et qu’il devait aller le chercher.

L’avocat, Maître Lévine, voulut prévenir le Rabbi ; pour cela, il téléphona à Reb Chnéour Zalman Gourarié et lui annonça qu’il y avait du neuf. Celui-ci prévint Reb Binyamine Klein, le secrétaire du Rabbi. Reb Klein pénétra dans le bureau du Rabbi et lui annonça « Didane Notsa’h ».

Le jugement s’étale sur 41 pages et décrit la nature des relations entre le Rabbi et les ‘Hassidim. A la fin, il était écrit :

« Après audition des témoignages lors du procès et après examen des nombreux documents apportés par les deux parties, je suis arrivé à la conclusion que la bibliothèque n’était pas un bien particulier de Rabbi Yossef Yits’hak Schneersohn au moment de son décès. En conséquence, l’argumentation contraire est réfutée et annulée. Comme la plainte n’est basée que sur une question d’héritage, le coupable n’a aucun droit sur la bibliothèque. L’ « Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » est reconnue comme seule propriétaire de droit et est donc en droit de demander la restitution des biens.

« Le coupable est dans l’obligation de restituer immédiatement les livres et autres objets en sa possession et qui ont été dérobés sans permission – à « Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD ».

« La restitution  des biens consiste en 456 livres qui ont été dérobés de la bibliothèque. 102 d’entre eux ont été vendus à des marchands de livres et des collectionneurs ; la plupart d’entre eux ont été rachetés un par un par « Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD ». Le reste des livres se trouve dans un dépôt d’objets sous séquestre dans le New Jersey, sur ordre du tribunal ».

Rav Krinsky entra dans le bureau et quand il  annonça au Rabbi  la bonne nouvelle, le visage de celui-ci s’éclaira : on voyait qu’il était très heureux.

Rav Krinsky demanda au Rabbi s’il célébrerait la victoire par une réunion ‘hassidique (Farbrenguen) mais le Rabbi répondit : « Il faut encore réfléchir à ce propos ». On pouvait voir que le Rabbi tentait de retenir toute manifestation extérieure de joie de sa part et c’est aussi ce que l’on ressentit du discours qu’il prononça après la prière de Min’ha. On aurait dit que le Rabbi savait que l’affaire n’était pas encore terminée (il semble que le Rabbi n’a voulu vraiment célébrer la fête de Didane Nétsa’h que l’année suivante, le 5 Tévet 1988).

Lors de la même occasion, quand Rav Krinsky était entré chez le Rabbi pour lui transmettre la nouvelle, le Rabbi lui demanda soudain des détails à propos d’une certaine personne pour laquelle il avait demandé une bénédiction le jour précédent. Puis le Rabbi lui donna plusieurs autres consignes, en particulier téléphoner aux avocats pour les remercier de leurs efforts mais aussi à la Rabbanit pour lui annoncer le verdict et lui demander quelque chose. Rav Krinsky raconte que, dès qu’il sortit du bureau, il appela la Rabbanit : de la conversation qu’il eut avec elle, il était évident qu’elle aussi avait déjà compris que l’affaire n’était pas terminée.

La nouvelle du verdict se répandit à la vitesse de l’éclair et de nombreux ‘Hassidim – aussi bien les ‘Hassidim de Loubavitch aux quatre coins du monde que toutes les personnes pour qui le souvenir des actions de Rabbi Yossef Yits’hak était important – ainsi que toutes les personnes éprises de vérité et de justice accueillirent avec une joie indescriptible  le verdict de la Cour Fédérale de New York établissant une fois pour toutes et de manière indiscutable l’appartenance de la grande bibliothèque à l’association internationale Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD. Il indiquait aussi que tout ce qui se trouvait dans les locaux du 770 Eastern Parkway de Brooklyn appartenait bien à la communauté des ‘Hassidim de Loubavitch, selon le vœu de Rabbi Yossef Yits’hak. Immédiatement une foule immense se rassembla devant le 770 et se mit à chanter, danser et trinquer « Le’haïm » avec un enthousiasme et une fougue impossibles à décrire.

La surprise fut grande quand le Rabbi fit annoncer que la prière de Min’ha se déroulerait en bas, dans la grande synagogue (ce n’était  que durant les fêtes de Tichri que le Rabbi y priait en semaine) au lieu de la petite synagogue en haut. Avant le début de la Amida, le Rabbi demanda qu’on lui apporte un ‘Houmach et, à la fin de la prière, le Rabbi prononça un discours particulier dont voici un extrait :

« Lorsque Rabbi Schnéour Zalman fut emprisonné puis délivré parce qu’il était accusé de répandre les enseignements ésotériques de la Torah, il comprit qu’il devait justement augmenter cet enseignement de ‘HaBaD de façon systématique.

« C’est ainsi qu’on comprend l’enseignement divin à propos des événements actuels : l’argument  prétendait que Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD n’est pas une organisation vivante et active. Nous devons donc en conclure un enseignement pour notre conduite actuelle : tout en manifestant la  joie la plus grande, il faut augmenter la diffusion des sources de la ‘Hassidout jusque dans les domaines extérieurs, sans aucune mesure avec ce qui a été fait jusqu’à présent… »

A la fin de ce discours, le Rabbi déclara :

« A la suite de ce qui s’est passé avant etc. nous avons eu : « Selon la peine est la récompense », pas seulement comme une  « récompense » mais aussi d’une façon de « trouvaille », c’est-à-dire quelque chose qui est au-delà de toute proportion par rapport à la récompense ».

Il semble que le sommet de cette joie fut atteint le Chabbat  qui suivit le 5 Tévet, Chabbat Vayigach quand le Rabbi s’écria :

« Il faut signaler et publier le fait que nous sommes à une époque et dans un endroit particuliers : il ne manque plus qu’une seule et unique chose et puisque l’homme doit parler dans les termes de son maître – selon l’expression de mon beau-père, le Rabbi (précédent) – «Tenez-vous tous prêts pour la construction du troisième Beth Hamikdach (le Temple) avec l’arrivée du fils du Roi David, le Machia’h.

« Il en résulte que chaque Juif doit accomplir la mission qui lui est confiée afin d’amener et dévoiler le Beth Hamlikdach qui est « construit et aménagé » dans le ciel ;  il suffit de le faire descendre se révéler ici bas, tout de suite et immédiatement, véritablement et concrètement !

« Ceci doit s’exprimer particulièrement danst ce qui a un lien avec le Beth Hamikdach :

Établir de « petits sanctuaires », des maisons d’étude, de prière et de bienfaisance, ce qui est la fonction et le but des Beth ‘Habad en tout endroit… »

Les ‘Hassidim comprirent par ces paroles que maintenant commençait pour le Rabbi une nouvelle époque, une ère nouvelle de dynamisme et de largesse.

« Tous ceux qui ont proclamé maintenant : « Notre victoire ! » pensaient certainement à la victoire de mon beau-père, le Rabbi (précédent), chef de notre génération. Ils doivent donc savoir que tout ce qui vient à la suite de « Notre victoire », c’est la victoire du chef de la génération ! C’est pourquoi, lorsqu’on agit, il n’est pas possible que ce soit une action personnelle, de sa propre initiative, c’est-à-dire de façon  indépendante et « que chacun agisse selon ce qui est droit (ou tordu !) à ses yeux » ! Mais ce doit être la Victoire du Rabbi de la génération qui vaincra certainement, de façon agréable et dans la  sérénité.

« On connaît le proverbe qu’a répété plusieurs fois le Rabbi (précédent) : Un ‘Hassid est intelligent ! Il n’attend donc pas et ne tente pas d’agir autrement mais se lance à priori sur les traces et dans la voie des nos Rébbéim : et dans notre génération, il s’agit de mon beau père, le Rabbi !

En ce qui nous concerne : il a déjà été raconté dans le Midrach l’histoire de « Notre victoire » et il n’est pas besoin d’être un grand érudit ; il suffit d’expliquer le sens simple du Midrach et on en voit immédiatement l’enseignement, comment doit s’exprimer la joie de « notre victoire ».

« Chacun d’entre nous possède deux âmes : l’âme divine  et l’âme animale, comme cela est expliqué dans le Tanya. L’âme divine est liée à la divinité tandis que l’âme animale est liée au mauvais penchant. Ces deux tendances règnent sur le Juif. L’esprit du bien, le penchant vers le bien lui dit qu’il faut accomplir les consignes du chef de la génération tandis que l’esprit du mal, le penchant vers le mal commence à l’emmêler dans des arguments etc. Et comme il est « doué pour son travail », il trouve toutes sortes de ruses et de preuves comme quoi telle n’était pas l’intention du Rabbi : pas dans cette période et pas dans cet endroit ! Telle chose, on ne l’exprime qu’à l’intérieur (de la communauté des ‘Hassidim) et telle autre chose signifie réellement autre chose etc., avec tous les détails que l’esprit du mal , le penchant vers le mal peut trouverainsi que les arguments » (comme il est connu dans les écrits des « Richonim » que le mot « Amtala » (argument) est formé des lettres « Émeth Lo », c’est-à-dire qu’il n’a aucune vérité).

« C’est pour cela que vient l’enseignement du Midrach : comment vaincre et annuler l’esprit du mal ? C’est en  rassemblant de nombreux Juifs dans le but de s’aider les uns les autres, chacun avec ses capacités et en chantant «Notre victoire, notre victoire ! ». Sans cela il n’est pas certain qu’on puisse vaincre l’esprit du mal. Malgré cela, par le fait qu’on déclare « Notre victoire, notre victoire » comme il convient, selon la volonté du chef de notre génération, on vainc l’esprit du mal et on l’annule complètement, jusqu’à ce qu’on voit une goutte de sang à la surface de l’eau, ce qui est une preuve  que la vitalité du mal, du penchant vers le mal a été annulée. De là nous apprenons que le critère pour cela, c’est de chasser l’esprit du mal, du penchant vers le mal jusqu’à l’annulation de sa vitalité et de son sang : alors on peut être sûr de « Notre victoire, notre victoire » !

14 Kislev : Anniversaire du mariage du Rabbi et de la Rebbetzin en 1928

14 Kislev : Anniversaire du mariage du Rabbi et de la Rebbetzin en 1928

En ce jour du 14 Kislev 5689 (1928), à Varsovie, se célébrait l’union du Rabbi Mena’hem Mendel et de la Rabbanite ‘Haya Mouchka, fille du Rabbi Précédent. Cet événement, qui rassembla les plus grands maîtres et ‘Hassidim de l’époque, marquait bien plus qu’une simple cérémonie nuptiale : c’était la naissance d’un couple dont l’œuvre allait révolutionner le monde juif pour les générations à venir. Retour sur les moments forts de cette journée historique où, sous la ‘Houpa dressée dans la cour de la Yechiva Tom’hei Temimim, se scellait l’avenir du mouvement Loubavitch.

 

 

Un événement historique dans l’histoire de Loubavitch

Le mariage du Rabbi et de la Rabbanite constitua, sans nul doute, un événement marquant dans l’histoire de Loubavitch. Organisé à Varsovie, il rassembla tous les ‘Hassidim et les amis de la maison du Rabbi ainsi que les maîtres, les sages et les justes de la ville et, plus largement, de toute la Pologne.

Avec le recul, on n’a guère de difficultés à percevoir toute l’importance de l’événement. Mais, même alors, ce fut là un sentiment partagé par tous bien que nul n’ait pu envisager qu’ici se mettait en place l’avenir de Loubavitch et des actions qui, bien des années plus tard, allaient révolutionner le monde juif.

Cette dimension historique venait aussi d’un autre fait. L’année 5689 (1928/29) fut une année de reconstruction de Loubavitch sous la direction du Rabbi Précédent, après toutes les tribulations vécues et tous les coups reçus, avec tous les Juifs d’URSS, de la Yevseksia, la section juive du parti communiste, acharnée à détruire l’héritage spirituel ancestral. Le Rabbi Précédent avait donc entrepris cette reconstruction, cette fois hors de Russie. Une des expressions les plus fortes de cette véritable renaissance était l’ouverture de la Yechiva Tom’hei Temimim à Varsovie et ce mariage renforçait encore le sentiment d’une joie et d’une liberté retrouvées. Du reste, c’est dans la cour de la Yechiva que le mariage proprement dit devait se dérouler.

Les Tenaïm à Riga

Les Tenaïm se déroulèrent à Riga la veille au soir du 6 Kislev 5689 (1928). La fiancée, la Rabbanite ‘Haya Mouchka, se trouvant déjà à Varsovie pour préparer le mariage, son père, le Rabbi Précédent, lui fit savoir par une lettre datée de ce même 6 Kislev dans la journée que la cérémonie avait eu lieu :

« …Mazal Tov à toi, ma chère fille, Mazal Tov. Hier soir, nous avons fait les Tenaïm en un moment bon et propice en présence de quelques personnes seulement. Que D.ieu béni soit-Il aide que cela soit avec Mazal dans tous les sens, matériellement et spirituellement, et que le mariage soit le jour fixé en un moment bon et de réussite avec beaucoup de bonheur et de satisfaction dans tous les détails, du bonheur en tout… »

La date et le lieu du mariage furent fixés seulement un mois environ avant la cérémonie, donc assez peu de temps auparavant. La raison en était l’espoir que les parents du Rabbi, Rav Lévi Its’hak et la Rabbanite ‘Hanna, réussiraient à obtenir des autorités soviétiques la permission de sortir du territoire pour assister au mariage de leur fils. On avait donc attendu leur réponse avant toute décision définitive. C’est devant le refus absolu qui avait été opposé à cette demande que la date avait finalement été choisie.

Les ‘Hassidim racontent que, dans la maison des Rabbis de Loubavitch, on avait l’habitude de poser trois conditions aux fiancés : ne pas dormir la nuit de jeudi à vendredi (la nuit précédant le Chabbat), ne pas dormir la nuit de Chabbat et ne pas avoir recours à des fausses dents. Pour le Rabbi, les deux premières conditions n’étaient pas une nouveauté, c’était ainsi que son père l’avait éduqué : étudier la Torah pendant ces nuits-là sans dormir.

Les invitations au mariage

À l’approche du mariage, le Rabbi Précédent envoya plusieurs types de cartes d’invitation, différentes par leur forme comme par leur contenu.

Une invitation, formulée de façon spéciale, fut envoyée aux ‘Hassidim qui se trouvaient encore en URSS. Ces derniers n’avaient aucune possibilité de sortir du territoire pour assister au mariage ni même d’envoyer un télégramme de Mazal Tov malgré toute leur volonté et leurs efforts.

À Riga, où demeurait le Rabbi Précédent, trois types d’invitation furent envoyés ; leur contenu était identique mais leur forme différait. Les ‘Hassidim mariés reçurent une carte imprimée, les anciens élèves de la Yechiva Tom’hei Temimim en reçurent une imprimée à partir d’un texte manuscrit du Rabbi Précédent avec le nom du destinataire sur l’enveloppe tandis que les vieux ‘Hassidim en reçurent une semblable mais le Rabbi Précédent y avait ajouté, de sa main, le nom du destinataire ainsi que sa signature.

La montée à la Torah du fiancé

La montée à la Torah du Rabbi avant son mariage eut lieu le 11 Kislev 5689 (1928), le Chabbat Parachat Vayétsé. Rav Eliahou ‘Haïm Althoiz raconta, dans une lettre adressée à sa famille restée en Russie, tout ce qu’il lui fut donné de voir :

« La montée à la Torah a eu lieu dans la maison du Rabbi avec largesse et abondance ainsi qu’avec beaucoup d’ordre. Après la prière du matin, vers une heure, à l’étage inférieur, la Rabbanite Chterna Sarah (la femme du Rabbi Rachab, grand-mère de la fiancée) avait préparé un grand Kidouch chez elle pour tous les présents, environ dix Minyanim.

En tête de table, était assis le Rabbi (Précédent) avec le fiancé. Tous les présents étaient assis sur les côtés de la table dans un grand silence avec des verres de vin pleins. Et chacun bénit le Rabbi (Précédent) avec un grand amour du profond du cœur. À ce moment, chacun fut béni par le Rabbi (Précédent) en particulier, également du plus profond de son cœur pur…

Après le Kidouch qui dura environ une heure et demie, uniquement dans des chants du cœur et avec une joie profonde, on fit la prière de Min’ha et les présents, joyeux et contents, montèrent à l’étage pour le repas de Chabbat. Là, dans la maison du Rabbi (Précédent), il y avait une table mise pour tous les invités au repas, environ sept Minyanim…

Au milieu du repas, entre le poisson et la viande, le Rabbi (Précédent) dit un Maamar « Ve’hol Banaï’h… – tous tes enfants seront les disciples de D.ieu », un discours extraordinaire, compréhension intellectuelle et service de D.ieu et la grandeur de la sainteté des lettres de la Torah Écrite comme elles sont… et c’est pour cela qu’on appelle le fiancé à la Torah le Chabbat avant son mariage…

Ce repas dans toute sa beauté devant le Rabbi (Précédent) et ses ‘Hassidim dura jusqu’à une heure avancée de la nuit. Seule l’obligation de se préparer pour le voyage du dimanche suivant à Varsovie conduisit à terminer avant minuit… »

Lorsque le fiancé monta à la Torah ce Chabbat-là et qu’ensuite on le bénit d’un « Mi Chébéra’h », à la demande de son père, Rav Lévi Its’hak, exprimée dans une lettre, on utilisa la formule particulière suivante : « …pour le fait que son père et sa mère ont donné la Tsedaka pour lui et ont ordonné de le bénir etc. Amen. »

Le Chabbat terminé, le Rabbi Précédent envoya un télégramme à Varsovie pour qu’on prépare un repas spécial le soir précédant le mariage pour les étudiants de la Yechiva.

De Riga à Varsovie

C’est le dimanche 12 Kislev à 13h que le Rabbi Précédent et son entourage quittèrent Riga, en Lettonie, pour Varsovie, en Pologne. Les journaux locaux ayant annoncé les horaires de départ et d’arrivée du Rabbi et de sa famille, c’est une foule très nombreuse qui se pressa à la gare de Riga pour le saluer à son départ. Dans le wagon où se trouvait le Rabbi Précédent voyageaient également le fiancé, la Rabbanite Chterna Sarah, le gendre du Rabbi Précédent, Rav Chmaryahou Gurary, avec sa femme et son fils, et la jeune fille du Rabbi, Cheina.

La femme du Rabbi et la fiancée les avaient précédés à Varsovie pour veiller aux préparatifs du mariage. Parmi les ‘Hassidim qui vivaient à Riga, seule une dizaine put se rendre à Varsovie. À cette époque, même une « petite » frontière comme celle entre la Lettonie et la Pologne était difficile à franchir et plusieurs ‘Hassidim se virent interdire son passage.

Le voyage déroula des instants d’émotion inoubliables à chacun de ses arrêts. C’est ainsi que, le train s’arrêtant à Dvinsk pour un court instant, une foule nombreuse y attendit le Rabbi. La frontière polonaise se trouvait à trois quarts d’heure de là, c’est à cet endroit que ceux qui n’avaient pas eu l’autorisation d’entrer en Pologne quittèrent le train. Celui-ci continua ensuite jusqu’à Vilna où l’importance de la foule venue bénir les voyageurs et recevoir les bénédictions du Rabbi fut telle qu’elle laissa une marque sur chacun.

Le train entra en gare de Varsovie le lundi 13 Kislev à sept heures du matin. Des milliers de personnes – hommes, femmes, enfants – avec les étudiants de la Yechiva étaient venus accueillir le Rabbi Précédent.

La foule était si grande et si pressante que les ‘Hassidim qui avaient voyagé dans ce train se trouvèrent dans l’impossibilité d’en sortir. Sur l’ordre du Rabbi Précédent, le fiancé vint trouver Rav Althoiz pour lui demander de l’aider à rejoindre son hôtel. Ensemble, ils parvinrent à fendre la foule en dissimulant l’identité du fiancé que tous recherchaient pour lui souhaiter Mazal Tov.

Les lettres de Rav Lévi Its’hak à son fils

Comme il a été déjà dit, le père du fiancé, Rav Lévi Its’hak ne pouvait être présent au mariage mais il écrivit à son fils à plusieurs reprises. Dans une première lettre, après avoir souligné la grandeur du mois de Kislev, du chiffre 14 – date du mariage – et de la Paracha lue cette semaine-là et en bénissant son fils, sa fiancée et le foyer qu’ils allaient fonder, il dit :

« …Donc mon fils, précieux au profond de mon cœur et de mon âme, je te donne ma bénédiction, la bénédiction d’un Juif en tous cas, qui sort de la vérité de mon cœur. N’aie pas de souci que nous, ton père et ta mère, ne soyons pas avec toi matériellement à ton mariage. Nous sommes avec toi dans notre cœur et notre âme. Aucun éloignement ne peut nous séparer. Nous sommes avec toi, ensemble vraiment. Et nous donnons notre bénédiction à toi et à la fiancée dont D.ieu t’a béni… Réjouissez-vous donc le jour de votre mariage pour un Mazal Tov, en une heure bonne et propice éternellement. Vos parents, ton père et ta mère, qui te sont attachés dans leur âme vraiment, verront tout cela et ils se réjouiront avec vous ici dans cette grande fête et dans cette grande joie… »

Puis, dans une nouvelle lettre, Rav Lévi Its’hak lui transmit des directives :

« …Le jour du mariage, trempe-toi au Mikvé avec attention et, tout de suite après le milieu de la journée, étudie le chapitre 25 du Tanya avec une très grande concentration (pas en approfondissant, seulement avec concentration etc.). Immédiatement après cela, fais la prière de Min’ha avec Al ‘Hèt avec la grande concentration nécessaire et celui qui pleure davantage en ce jeûne considéré comme Yom Kippour, c’est mieux.

Sous la ‘Houpa, mets un Kitel neuf sur le vêtement, un Sirtouk en soie… et, tout de suite après la ‘Houpa, si tu le désires, tu pourras mettre un autre vêtement. Te tenant sous la ‘Houpa, pense constamment à la crainte de D.ieu… et que tu aies des enfants qui craignent D.ieu, une génération de justes qui sera bénie, de ta fiancée dont D.ieu t’a béni. …Après le mariage, fais toutes les prières (ainsi que les bénédictions du matin) avec un Gartel. »

La journée du mariage : avant la cérémonie

Rav Eliahou ‘Haïm Althoiz, qui accompagnait le Rabbi en ce jour du mariage jusqu’au moment de la cérémonie, raconte comment il perçut ce dont il fut témoin en ces instants :

« …Le mardi, jour du mariage, le matin avant la prière, nous sommes allés au Mikvé. Après la prière, il étudie et je mange. Quand l’heure de la prière de l’après-midi arrive, le fiancé se lève pour faire le dernier Min’ha avant le mariage et dire ses fautes devant Celui Qui connaît tous les secrets, le grand Vidouï, avec une grande concentration et un épanchement de l’âme dans le silence. Cette vision et cette image bouleversantes et effrayantes, il n’y a personne que moi et lui, très, très loin l’un de l’autre, aussi loin que l’est de l’ouest, car ses pensées ne sont pas mes pensées…

Et je me suis dit dans mon cœur que je dois louer et remercier D.ieu pour ce que mes yeux voient.

Le passé et le présent me suffisent, devant moi se tient Mendel fils de Levik, connu de tous comme né et éduqué dans la pureté, la sainteté et que la crainte de D.ieu est sur lui tout le jour et, comme en ce jour, seule la crainte de D.ieu est son trésor.

J’ai recherché dans ses actes, à l’intérieur et à l’extérieur. Grâce à D.ieu, je n’ai trouvé aucune tache ni faille. Il est entier dans tous les degrés de son âme, il a son étude dans la main avec les actes de ses pères craignant D.ieu… »

Dans le même sens, Rav Leïb Raskin, qui habitait Varsovie à cette époque, retraça le déroulement de cette journée dans une lettre à son frère. Il souligne : « L’homme qui accompagnait le Rabbi en cette journée raconta qu’il avait essayé d’observer constamment ses comportements, son attention extraordinaire portée à l’accomplissement de chaque Mitsva. Mais lui se « dissimulait » de telle sorte qu’il ne laissa apparaître presque rien de « nouveau ». Pourtant, quand il observa la prière de Min’ha du Rabbi – qu’il fit seul à l’hôtel – et en particulier la prière de Al ‘Hèt, il eut la certitude que le fiancé ne pourrait pas se cacher des ‘Hassidim… Ils verraient tout de suite que c’était un homme au-dessus du commun. »

Rav Eliahou ‘Haïm Althoiz continue son récit : « Après avoir terminé de prier, il se retourna du mur vers moi. J’ai regardé son visage blanc comme de la chaux et son corps faible du fait du jeûne et de l’immense effort spirituel de la journée. J’ai éprouvé beaucoup de miséricorde pour lui et je lui ai demandé d’aller se reposer un peu. Mais il ne m’a rien répondu car, toute la journée, il ne m’avait pas dit ne serait-ce qu’un mot profane… Il ouvrit le livre Réchit ‘Ho’hma et se mit à étudier. »

Puis le téléphone sonna et on fit savoir que le moment était venu de se préparer. Le Rabbi alla s’habiller pour le mariage et, quelques instants plus tard, le premier gendre du Rabbi Précédent, Rav Chmaryahou Gurary, et son oncle, Rav Moché Orenstein, vinrent le chercher.

La Ketouba ne fut pas rédigée juste avant la cérémonie mais alors qu’il faisait encore jour.

La Kabbalat Panim

Devant la porte de la cour de la Yechiva, des policiers montaient la garde, chargés de filtrer les entrées. Seuls le pouvaient ceux qui étaient en possession d’une carte spéciale portant le tampon de la Yechiva.

La salle de la Yechiva était comble. On pouvait remarquer la présence de nombreux Rabbis ‘hassidiques, de Rabbanim et d’érudits de grand renom ainsi que de tous les responsables et les notables communautaires. Des correspondants de tous les journaux juifs, très lus à l’époque, étaient là pour rendre compte de l’événement.

C’est à six heures que le Rabbi Précédent fit son entrée, accompagné des Rabbis de Radzin, de Zlotpolna et de Novominsk ainsi que du Rav Zemba, du Rav de Pieterkov etc.

Un silence absolu se fit dans la salle. Ils s’installèrent derrière une table sur laquelle étaient disposées des bougies, une ‘Halla et une tarte mais, conformément à la tradition, personne n’y toucha. La nombreuse assistance chantait.

Subitement, le visage du Rabbi Précédent changea, devenant d’une blancheur totale tandis que de ses yeux, des étincelles de lumière semblaient s’échapper. Il prononça alors les mots suivants :

« On sait que, au moment de la joie d’un mariage, les âmes des ancêtres viennent du monde de vérité. Jusqu’à trois générations en arrière, c’est pour tous les Juifs et il y en a certains pour qui bien plus viennent ; il y a ici des degrés différents. En tant qu’invitation aux âmes des Justes, nos saints ancêtres et Rabbis qui vont venir au mariage et vont bénir le couple, on dira maintenant un discours ‘hassidique dont une partie est de l’Admour Hazakène, une partie de l’Admour Haèmtsaï, une partie du père de mon grand-père, une partie de mon grand-père, l’arrière-grand-père de la fiancée, une partie de l’arrière-arrière-grand-père du fiancé, une partie de mon père, le grand-père de la fiancée. Celui qui dit ce qu’il a entendu au nom de son auteur le verra comme s’il se tenait devant lui. »

Puis le Rabbi Précédent prononça le discours ‘hassidique introduit par la phrase « Lé’ha Dodi Likrat Kala » qui dura environ une demi-heure.

En 5713 (1953), le Rabbi souligna qu’il convient que, « dans tout mariage Loubavitch, de ceux qui y sont attachés et ont un rapport etc., avant la ‘Houpa, on répète le discours ‘hassidique « Lé’ha Dodi » où se trouve une partie de tous nos Rabbis, nos maîtres. »

Recouvrir le visage de la fiancée

Après le discours ‘hassidique, tous se levèrent et le fiancé, avec ses accompagnateurs, se dirigèrent vers la seconde salle où, entourée de toutes les femmes, la fiancée attendait.

En chemin, le Rabbi Précédent entra avec le fiancé dans une petite pièce, non loin du lieu où se tenait la fiancée. Il lui mit personnellement le Kitel qui avait été fait à partir d’une chemise du Rabbi Rachab ainsi que le Gartel de soie qu’il lui avait préparé. Avant de l’en ceindre, il lui dit : « En réalité, j’aurais voulu dire la bénédiction « Qui ceint Israël de force » mais, puisque je l’ai déjà dite aujourd’hui, je ne vais pas la répéter. » Puis il mit le Gartel au Rabbi et lui déclara : « Je t’attache à moi dans ce monde et dans l’autre. » Ensuite il lui donna la bénédiction d’un père à son enfant quand celui-ci va se marier. Tous les Rabbis qui étaient présents furent également invités par le Rabbi Précédent à venir bénir le fiancé. Ils se conformèrent à sa demande. Après toutes ces bénédictions, le fiancé et ses accompagnateurs entrèrent dans la salle de la fiancée et le Rabbi lui recouvrit le visage.

La ‘Houpa

Les accompagnateurs – le Rabbi Précédent et Rav Moché Orenstein – conduisirent alors le Rabbi sous la ‘Houpa tandis que, comme le veut la coutume, s’élevait le Nigoun de l’Admour Hazakène appelé « chant en quatre mouvements ». Laissant le fiancé sous la ‘Houpa, ils allèrent ensuite chercher la fiancée qui arriva accompagnée par sa mère et la femme de Rav Orenstein. Tous ensemble, avec la grand-mère de la fiancée, ils firent les sept tours traditionnels autour du fiancé.

C’est le Rabbi Précédent lui-même qui procéda au mariage et qui fit ensuite les sept bénédictions dans leur intégralité. Il les dit d’une voix forte mais en même temps si douce et si pleine d’une intense concentration, où s’entendait l’union absolue avec D.ieu, que cela émut profondément tous les présents. L’anneau qui fut utilisé pour le mariage était en or et le Rabbi Précédent avait veillé à ce qu’il soit parfaitement lisse, au point qu’il avait même demandé qu’on efface le poinçon qui s’y trouvait.

Après que les mariés aient goûté du verre sur lequel les bénédictions avaient été dites, on donna à une autre personne le soin de le finir et c’est ce même verre que le marié cassa sous la ‘Houpa.

Un grand tumulte éclata alors tant les souhaits de Mazal Tov qui montaient de la foule étaient nombreux. Puis la musique s’éleva et des danses enthousiastes commencèrent devant les jeunes mariés…

La pièce prévue pour l’isolement des jeunes mariés se trouvait dans une des chambres de la Yechiva tandis que la ‘Houpa avait été organisée dans la cour, à ciel ouvert.

Sur le seuil de cette pièce, une cuillère en argent avait été posée. L’ordre fut donné de ne pas la piétiner mais uniquement de l’enjamber. Bien que cette pièce soit dénommée « pièce d’isolement », les parents entrèrent également puis, sur les indications du Rabbi Précédent, ils en sortirent l’un après l’autre. Le Rabbi Précédent lui-même servit aux jeunes mariés un verre de thé à chacun pour casser le jeûne dans lequel ils se trouvaient puis il quitta la pièce à son tour.

Le banquet

Pendant ce temps, la foule qui avait assisté à la ‘Houpa se rendit à la salle où le banquet du mariage avait été préparé. Le Rabbi, les parents, les proches arrivèrent environ une heure plus tard. À son arrivée, le Rabbi Précédent demanda qu’on installe un siège pour son père, le Rabbi Rachab. Puis il fit le tour des nombreuses tables, distribuant à chacun un peu de Lé’haïm et donnant sa bénédiction. Lorsqu’il parvint à l’endroit où avaient été installés les élèves de la Yechiva, il ordonna au surveillant, Rav El’hanan Sim’hovitch, de distribuer à chaque élève du Lé’haïm. Il s’adressa alors directement à eux :

« Temimim ! …L’accomplissement de la Torah vient par l’effort, l’étude de la Torah vient par l’effort… Étudiez la Torah avec effort, également son aspect révélé. De même étudiez les enseignements ‘hassidiques et pas que cela reste de la compréhension intellectuelle seulement mais que cela se traduise concrètement… Alors je vous bénis que vous soyez sauvés dans tout ce qui vous est nécessaire et que vous ayez de longs jours et de longues années etc. »

Puis le Rabbi Précédent dansa avec les responsables de la Yechiva. Un peu plus tard, il s’assit et commença à dire le discours ‘hassidique introduit par la phrase « Acher Bara Sasson Vésim’ha » qu’il interrompit au milieu pour danser avec les Rabbis polonais présents, faisant une ronde à la manière polonaise.

Quand les différents Rabbis se rassirent pour se reposer, le Rabbi Précédent prit son gendre et dansa avec lui à la manière russe, la main sur l’épaule. Les Rabbis polonais partirent alors et le Rabbi Précédent s’assit, entouré par les ‘Hassidim qui chantèrent pendant une demi-heure. Puis il continua le discours ‘hassidique interrompu. Il n’avait pas encore fini quand arriva dans la salle le Rabbi de Mamchinov. Le Rabbi Précédent s’interrompit encore pour l’accueillir puis, s’excusant, il poursuivit et conclut le discours.

Tout cela se termina vers minuit, c’est seulement après que les invités allèrent se laver les mains pour le repas.

Au milieu du repas, le Rabbi Précédent dit à un des étudiants de la Yechiva de distribuer de sa part, à chacun des convives, un cadeau-souvenir particulier. Celui-ci était constitué d’une photocopie d’une lettre manuscrite de l’Admour Hazakène et de quelques mots de la main du Rabbi Précédent où il expliquait en particulier qu’il offrait cette lettre à l’occasion du mariage de sa fille.

La rencontre avec Rav Méir Shapira de Lublin

Nombreux furent les Rabbanim, les érudits et les maîtres du temps qui participèrent à la joie de ce mariage. Le Rabbi lui-même en parla à quelques reprises plus tard. C’est ainsi qu’il cita Rav Méir Shapira, le Rav de Lublin, qui lui offrit son livre « Or Haméir », indiquant que son beau-père l’aimait beaucoup et qu’il avait parlé de Torah avec lui. Le ‘Hassid, Rav Chmouel Zalmanov, alors jeune étudiant à la Yechiva, participa au mariage. Il raconte à ce sujet :

« J’ai eu le mérite de prendre part à la joie du mariage et, plus encore, j’ai eu le mérite d’être chargé de la responsabilité de la table d’honneur où étaient assis le jeune marié, son beau-père le Rabbi (Précédent) et, à leurs côtés, les Rabbis et les Rabbanim importants de Varsovie en ce temps-là.

En tant que jeune étudiant, il n’était pas poli que je reste près de la table. Mais, dans mes fonctions de responsable, je m’en suis approché plusieurs fois et j’ai pu voir comment le Rabbi (Précédent) a suggéré au célèbre érudit, Rav Méir Shapira, le Rav de Lublin, de parler de Torah avec le jeune marié. Rav Shapira s’est donc adressé au Rabbi et lui a dit : « Alors, dis quelque chose. »

Entretemps je me suis écarté de la table par politesse mais j’ai continué à regarder de loin ce qui se passait. Et j’ai vu comment, pendant une grande heure, le Rabbi a parlé à Rav Shapira. Le Rabbi parlait tranquillement et, tout ce temps, Rav Shapira écoutait avec attention…

À la fin, Rav Shapira s’est retourné vers le Rabbi (Précédent) et lui a dit : « Rabbi de Loubavitch, vous avez pris un jeune marié qui est un géant. »

Ensuite, Rav Shapira demanda encore au Rabbi de continuer et de lui faire entendre des nouvelles paroles de Torah. Mais le Rabbi refusa avec délicatesse en disant : « Jusqu’à présent, j’avais reçu un ordre et je l’exécutais mais, si je continue, ce sera de ma propre initiative… »

Le lendemain du mariage, j’avais été désigné pour accompagner le jeune marié et j’étais donc à l’hôtel où demeurait le Rabbi. J’ai été témoin de la visite de Rav Shapira qui vint apporter son livre « Or Haméir » en cadeau au Rabbi. Il demanda encore une fois à discuter avec le Rabbi et celui-ci ne refusa pas. Ils allèrent dans une pièce à part et y restèrent plusieurs heures. Quand Rav Shapira sortit, il n’essaya même pas de dissimuler son émerveillement… »

La fin du banquet et la fête à Yekatrinoslav

Le mariage se poursuivit dans la plus grande joie. Les ‘Hassidim chantèrent beaucoup, accompagnés par l’orchestre et le banquet continua jusqu’à sept heures du matin, au milieu des chants et des danses. Le Birkat Hamazon fut dit à haute voix par le Rabbi de Sokolov qui l’introduisit par « Avec l’autorisation de notre maître, notre guide et notre Rabbi » en référence au Rabbi Précédent.

Pendant ce temps, les parents du Rabbi, qui n’avaient pas pu quitter Yekatrinoslav, firent une fête en l’honneur du mariage et, malgré la distance, y participèrent de toute leur âme avec tous les Juifs présents auprès d’eux, le père encourageant son fils par-delà les kilomètres et les frontières :

« Ne te fais pas de souci que nous, ton père et ta mère, ne sommes pas avec toi à l’endroit matériel de ton mariage. Nous sommes avec toi dans notre cœur et notre âme. Aucun éloignement de l’espace ne peut séparer en cela. Nous sommes vraiment avec toi… »