2 Nissan : Hilloula du Rabbi Rachab (1860-1920)

2 Nissan : Hilloula du Rabbi Rachab (1860-1920)

Le Rabbi Rachab quitta ce monde à l’issue du Chabbat Vaykra, veille du dimanche 2 Nissan 1920, à trois heures et demie du matin.
A l’inssue du Chabbat vers 22 heures, le Rabbi Rayats se tenait près du lit de son père, lorsque le Rabbi Rachab s’adressa à lui d’une voix très claire:
« Je pars pour le ciel, mais je vous laisse mes manuscrits. » Tous les Juifs de Rostov participèrent à l’enterrement, qui eut lieu dans le vieux cimetière de la ville. En 5700-1940, les autorités voulurent le détruire et son tombeau fut transféré dans le nouveau cimetière.

 

Rabbi Shalom Dov Ber Schneersohn vit le jour à Loubavitch le 20 Mar’Hechvan 5621 (1860), un lundi de la Parasha ‘Hayé Sarah, à neuf heures du matin. Sa naissance avait été annoncée en rêve à sa mère quelques mois auparavant par l’Admour Haemtsahi et sa fille, la Rabbanit Sarah, qui lui conseillèrent de faire écrire un Séfer Thora pour cette occasion. Cet ouvrage fut achevé discrètement après Yom Kippour, et le Rabbi Rachab naquit peu après. Sur l’ordre de son père, le Rabbi Maharach, et sur conseil du Mohel, sa circoncision fut reportée au troisième jour de ‘Hanouccah, célébrée avec la même discrétion que l’achèvement du Sefer Thora.

Dès son plus jeune âge, tous remarquèrent sa profonde crainte de D.ieu et son ardeur exceptionnelle pour l’étude. Le décès de son grand-père, le Tséma’h Tsédek, l’affecta profondément, au point qu’il demanda à son professeur l’autorisation d’assister à la prière de son père pendant toute l’année de deuil. En 5634 (1874), il célébra sa Bar Mitsvah dans une atmosphère particulièrement joyeuse. À cette époque, il possédait déjà des connaissances remarquables en matière talmudique et hala’hique, ainsi que de solides notions de ‘Hassidout. Dès 5636 (1875), il reprenait lui-même les commentaires publics de son père.

Mariage et études intensives

Il épousa la Rabbanit Shterna Sarah, la plus jeune fille de son oncle, Rabbi Yossef Its’hak, le samedi soir 11 Elloul 5635 (1875). Le mariage eut lieu à Avroutch, ville de son beau-père, avant qu’il ne regagne Loubavitch le dimanche 19 Elloul. Pendant les cinq années suivantes, il se consacra intensivement à l’étude de la Thora.

Responsabilités communautaires

C’est en 5640 (1880) qu’il commença à assumer des responsabilités communautaires, devenant le confident de son père dans ce domaine. Son action fut aussi intense que variée. En 5625 (1892), il multiplia les démarches pour annuler l’expulsion des Juifs de Moscou, parvenant à retarder cette mesure jusqu’à l’été et collectant des fonds pour permettre aux expulsés de s’installer dans leurs nouvelles implantations. Dès 5653 (1893), il réactiva le comité des responsables communautaires de Pétersbourg, créé par son père.

En 5662 (1902), il obtint le concours des frères Yaakov et Eliezer Poliakov, philanthropes renommés, ainsi que l’aide matérielle de l’I.C.A pour fonder une usine de tissage et de filage de laine à Doubrovna, près de Mogilev, offrant ainsi des moyens de subsistance à deux mille Juifs. Son action pour mettre fin aux pogroms fut couronnée de succès et, en 5666 (1906), il réussit à apaiser les persécutions.

À l’instar de son père, il voyagea sans relâche pour résoudre les problèmes des communautés juives. Il se rendit ainsi en 5654 (1894) dans la région de ‘Herson, puis en 5658 (1898) à Kiev et à Odessa. Dépassant les frontières russes, il visita en 5661 (1901) l’Allemagne, la France et la Hollande. En 5668 (1908), il participa à la réunion des responsables communautaires tenue à Berlin.

Succession et leadership spirituel

Il prit la tête des ‘Hassidim ‘Habad en 5643 (1883). Profondément affecté par le décès de son père le Rabbi Maharach, il passa l’année de deuil dans la chambre de son père, se consacrant exclusivement à l’étude et à la prière, sans recevoir quiconque ni répondre aux questions. Par la suite, sa santé fragilisée l’obligea à séjourner dans des pays au climat plus clément, notamment à Paris, La Bourboule, Menton, ainsi qu’en Allemagne, Bohême, Autriche et Italie.

Ce n’est 10 ans plus tard, en 5654 (1894) qu’il succéda pleinement à son père, prenant sa place à la synagogue, recevant les ‘Hassidim, répondant à leurs questions et commentant publiquement la ‘Hassidout. En 5655 (1895), son fils, Rabbi Yossef Its’hak, devint son secrétaire particulier pour tous les problèmes communautaires.

Actions pendant les crises

Il se préoccupa activement du sort des soldats juifs combattant en Extrême-Orient et, en 5664-5665 (1904-1905), créa des comités chargés de leur envoyer des Matsot pour Pessa’h. Grâce à son intervention, 2382 responsables communautaires, Rabbanim, ‘Hazanim et Cho’hatim furent réformés en 5777 (1917).

Fondation d’institutions éducatives

Le dimanche 15 Elloul 5657 (1897), il fonda la Yeshiva Tom’heï Temimim, permettant que la Guemara et la ‘Hassidout puissent être étudiées en un seul et même lieu. Cette réalisation constitua l’œuvre majeure de sa vie. Plus tard, en 5671 (1911), il fonda dans le même esprit la Yéshiva Torat Emet à ‘Hevron, en Terre Sainte, dont il confia la direction à Rabbi Shlomo Leïb Eliezerov, déléguant Rabbi Chnéor Zalman Havlin pour superviser cette implantation. Durant l’été 5676 (1916), il étendit le réseau de la Yeshiva avec de nombreuses succursales en Géorgie, puis dans le Caucase.

« Maïmonide de la ‘Hassidout »

Son enseignement revêt une importance particulière dans l’histoire du mouvement. Il développa les idées de la ‘Hassidout en les présentant de manière structurée, ce qui lui valut le surnom de « Maïmonide de la ‘Hassidout ». Ses nombreux discours sont aujourd’hui en grande partie publiés.

En 5659 (1899), il affirma sans ambiguïté son opposition au sionisme dans une lettre largement diffusée. Il s’engagea également dans la lutte contre la Haskala (mouvement des Lumières juif). Il collabora avec des responsables d’autres communautés, notamment Rabbi Its’hak El’hanan Spector de Kovno, le baron Guinsbourg de Pétersbourg, et de nombreux autres rabbins influents de l’époque, ainsi qu’avec le docteur Tsadok Kahn, grand Rabbin de France, et le Rav Ritter, grand Rabbin de Hollande.

En 5667 (1907), il créa « l’union des Juifs observants », dotée d’un programme d’action détaillé dont il confia l’exécution au Rav Breur et au Rav Yaakov Rosenheim. Toutefois, lors de la réunion de Katowitch en 5669 (1909), il annonça officiellement son retrait d’Agoudat Israël, expliquant que cette organisation, initialement destinée à unir toutes les tendances du peuple juif pour défendre les valeurs de la Thora, s’orientait désormais vers des intérêts politiques étrangers à sa vocation première.

Dernières années

Il quitta Loubavitch avec toute sa famille le dimanche 16 Mar ‘Hechvan 5676 (1915) pour s’installer à Rostov sur le Don. De 5678 à 5780 (1918-1920), pendant que la Russie traversait la guerre civile, le Rabbi se consacra à mettre en ordre les manuscrits des précédents Rebbeïm.

À l’issue du Chabbat Vayikra, à l’aube du dimanche 2 Nissan 5680 (1920), à trois heures trente du matin, il quitta ce monde. Il est enterré à Rostov sur le Don. Dans les trente jours suivant son décès, un incendie détruisit la maison qu’il habitait à Loubavitch, avant son départ pour Rostov.

Son fils unique, Rabbi Yossef Its’hak, le Rabbi Rayats, lui succéda pour poursuivre son œuvre.

 

 

 

25 Adar : Anecdotes édifiantes au sujet de la Rebbetzin ‘Haya Mouchka

25 Adar : Anecdotes édifiantes au sujet de la Rebbetzin ‘Haya Mouchka

 

Figure légendaire du mouvement Loubavitch, la Rebbetzin ‘Haya Mouchka Schneerson (1901-1988) incarna l’abnégation et la dévotion silencieuse qui soutiennent les grandes œuvres. Épouse du Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson et fille du Rabbi précédent, elle consacra sa vie au service du peuple juif tout en restant dans l’ombre. À travers son humilité exemplaire et sa force intérieure, elle illustra parfaitement la maxime « La véritable grandeur réside dans l’effacement de soi ». Découvrez le parcours extraordinaire d’une femme dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui dans le monde entier.

 

Enfance et jeunesse

La Rabbanit ‘Haya Mouchka Schneerson est née à Babinovitch, à côté de la ville russe « Loubavitch », un Chabbat, le 25 du mois de Adar en 1901. Elle était la seconde des trois filles du sixième Rabbi de Loubavitch, le Rabbi Yossef Yts’hak et de son épouse la Rebbetztin Ne’hama Dina Schneerson.

Quand elle est née, son grand-père, le cinquième Rabbi de Loubavitch, le Rabbi Chalom Dov Ber, qui était à l’étranger, télégraphia au Rayats et lui demanda de nommer sa fille « ‘Haya Mouchka », sur le nom de la épouse du Tséma’h Tsedek.

Durant la première guerre mondiale, en automne 1915, la Rebbetztin et sa famille voyagèrent à Loubavitch et s’installèrent à Rostov.

Lorsqu’ils étaient à Rostov, le Rabbi Rachab tomba malade et, la Rebbetztin ‘Haya Mouchka, alors âgée de 19 ans, s’occupa de lui affectueusement et passa ses nuits à ses côtés. Avant sa Histalkout en 1920, le Rabbi Rachab la bénit.

Aux côtés de son père pendant la période soviétique

Durant les dures années du communisme, où son père le Rabbi Yossef Yts’hak menait une lutte héroïque, elle était toujours à ses côtés. D’ailleurs son père l’impliquait énormément dans son travail.

Jusqu’à Kastroma où il a été envoyé en exil, elle le suivi. Avant de quitter la Russie en 1927, elle s’engagea à épouser Rabbi Mena’hem Mendel Scheerson.

Missions périlleuses pour la communauté

L’épouse du Rabbi, la Rabbanit ‘Haya Mouchka eut plusieurs fois l’occasion d’accomplir de dangereuses missions.

Avant son mariage, son père, le précédent Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Its’hak l’envoya plusieurs fois à la Yechiva Novardok qui fonctionnait clandestinement à Rostov, afin d’y apporter de la nourriture cachère et des bougies. C’était juste après la Révolution d’Octobre, quand de féroces combats déchiraient la population civile et que les gens étaient abattus dans les rues sans autre forme de procès. Confiante dans la nécessité absolue de ravitailler des jeunes gens désireux d’étudier la Torah, la Rabbanit ‘Haya Mouchka n’hésita pas à mettre sa vie en danger et à acheminer la nourriture et les bougies à cette Yechiva.

Mariage et fuite de l’Europe

Elle se maria un an plus tard, le 14 Kislev 1928, à Varsovie. A propos de ce jour bénit le Rabbi dira 25 ans plus tard : « C’est ce jour que je me suis lié à vous (les hassidim) et vous à moi ».

Après leur mariage, ils vécurent à Berlin jusqu’en 1933, puis à Paris. En mai 1940, ils quittèrent Nice. Au cours d’un bombardement, elle poussa un juif à terre, lui sauvant ainsi la vie. Plus tard, en racontant cette histoire, elle dit : « C’est vrai que je lui ai sauvé la vie mais, pousser un autre juif nécessite une Téchouva ».

Après son mariage (en 1927), la Rabbanit s’installa avec le Rabbi à Berlin où il poursuivait ses études. Avec l’ascension des Nazis au pouvoir, tous deux s’enfuirent en France. Le frère du Rabbi, Rabbi Israël Arié Leib vivait également en France à cette époque et désirait s’établir en Terre Sainte, en Erets Israël qu’on appelait la Palestine. Pour cela, il avait besoin de certificats que seul le gouvernement allemand pouvait lui procurer. Le Rabbi voulut d’abord se rendre en Allemagne pour son frère mais sachant que les Nazis emprisonnaient à tour de bras tous les rabbins et notables juifs importants, la Rabbanit proposa de s’y rendre elle-même. Cela signifiait se jeter dans la gueule du lion mais elle n’hésita pas.

Quand elle arriva en Allemagne, les officiers nazis lui demandèrent de décliner son identité et celle des membres de sa famille. Quelle ne fut pas leur surprise quand elle déclara s’appeler Schneersohn, que son père aussi s’appelait Schneersohn (de fait, elle était une lointaine cousine de son mari) et même le nom de jeune fille de sa mère était Schneersohn. On la soupçonna de mentir (or, bien plus tard, la Rabbanit remarquait qu’elle n’avait jamais dit quelque chose qui ne soit pas vrai…). Les officiers nazis enregistrèrent sa déposition dans leurs dossiers tout en promettant que, dès qu’ils prendraient Paris (!), ils se mettraient à sa recherche ! Mais malgré leurs soupçons, elle réussit à obtenir les précieux documents…

Son rôle dans la succession de son père le Rabbi précédent

En 1950, à la mort du précédent Rabbi de Loubavitch, les ‘Hassidim supplièrent Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, son gendre, de lui succéder. Mais il refusa de prendre la tête du mouvement. Ce fut son épouse, la Rabbanit ‘Haya Mouchka qui le persuada d’accepter cette charge écrasante quand elle déclara : « Je ne peux permettre au sacrifice personnel de mon père durant trente ans de s’arrêter ainsi ! » Elle savait mieux que quiconque ce que cela signifiait pour sa vie privée mais elle fit don de son mari et de sa propre vie au peuple juif.

Après la Histalkout (le décès) de son père, Rabbi Yossef Its’hak, ce fut elle qui persuada le Rabbi son époux de prendre sa succession, sachant fort bien ce que cela impliquerait pour elle. Elle restait éveillée jusqu’à ce que le Rabbi rentre, le soir, tard, à la maison. Et elle se levait tôt le matin pour prendre avec lui une tasse de café. Par tous les moyens possibles, elle assurait au Rabbi un maximum de sérénité, en évitant de lui causer souci et peine.

Humilité et discrétion exemplaires

Quand elle faisait des courses, elle demandait à son secrétaire de l’emmener dans un centre commercial où personne ne la reconnaîtrait. C’est ainsi qu’un jour, elle se rendit dans un certain magasin pour acheter un manteau : or la Rabbanit de Satmar s’y trouvait justement elle aussi ! La dame accompagnant la Rabbanit de Satmar reconnut la Rabbanit ‘Haya Mouchka et en informa à voix basse la Rabbanit de Satmar. Aussitôt, celle-ci se précipita à la rencontre de l’illustre cliente, lui serra chaleureusement la main et entama avec elle une conversation animée et cordiale.

En quittant le magasin, la Rabbanit ‘Haya Mouchka déclara qu’elle ne se rendrait plus dans ce magasin où elle était maintenant reconnue. Une autre fois elle affirma : « Je ne peux pas faire mes courses dans des magasins où on me connaît parce que les gens se croiraient obligés de m’accorder une attention particulière, ce que je ne souhaite absolument pas ! »

De fait, nombreux étaient les gens qui habitaient durant des années dans son quartier et qui ne l’avaient jamais vue. Nombreux sont ceux qui n’ont connu son visage qu’après son départ de ce monde, quand on publia de rares photos d’elle.

Telle était la Rabbanit ‘Haya Mouchka : l’exemple même de la dignité, de l’humilité et de la royauté véritable.

Nous ne connaissons pas grand-chose de la Rabbanit ‘Haya Mouchka Schneerson. Elle tenait par dessus tout à ne pas se faire remarquer : quand elle allait au 770 Eastern Parkway, le quartier général du mouvement Loubavitch à Brooklyn, pour rendre visite à sa mère et sa sœur, elle veillait à ce que ce soit un moment où nul ne se trouvait alentour.

Pour elle, la discrétion était innée. C’est le propre de la fondation d’une maison : peu importe les apparences (d’ailleurs on ne les voit pas) mais sur elle repose tout le bâtiment…

Anecdotes illustrant son caractère

Le docteur de Floride

Un jour, un docteur arriva de Floride et sonna à la porte de la maison du Rabbi. Il apportait une corbeille de fruits et de fleurs pour le Rabbi, de son propre jardin.

Une femme lui ouvrit. Il lui tendit le panier en précisant : « C’est un panier pour le Rabbi en l’honneur de la fête de Pourim de la part de Docteur P. ». La femme le remercia et, pensant que c’était un livreur, partit chercher un billet de cinq dollars pour lui donner un pourboire.

– Non ! Je suis moi-même le Docteur P. et je n’ai pas besoin de pourboire ! s’écria-t-il. – Alors venez ! Entrez ! – Qui êtes-vous ? demanda-t-il, curieux. – Je suis la personne qui s’occupe de la maison, répondit-elle ; par ailleurs, je suis aussi la cousine du Rabbi.

Le Docteur se dit que c’était vraiment une très bonne idée que le Rabbi et la Rabbanit disposent d’une aide aussi agréable et d’aussi noble caractère, sans doute une femme d’origine russe à en juger par son accent…

Il lui raconta qu’il possédait un très beau jardin derrière sa maison et qu’il aurait tant voulu inviter le Rabbi et la Rabbanit chez lui. Ils jouiraient de tout le confort et d’une discrétion parfaite puisque le jardin était entouré d’arbres très serrés. De plus, en Floride, il fait chaud même en hiver etc… « Pourriez-vous transmettre cette proposition au Rabbi et à la Rabbanit ? »

Elle répondit avec beaucoup de naturel : « Je transmettrai vos paroles exactement. »

Ce docteur sortit, émerveillé : « Quelle femme remarquable. Quelle bénédiction que le Rabbi et la Rabbanit aient à leur disposition une femme aussi distinguée ! »

Il en parla à ses amis, les ‘Hassidim. Ceux-ci, suspicieux, l’écoutèrent et lui demandèrent plus de détails. Finalement l’un d’eux remarqua : « Ce devait être la Rabbanit elle-même ! »

– Pourquoi ne me l’a-t-elle pas dit ? protesta le Docteur P. Puis il réfléchit : « Elle m’a dit qu’elle s’occupe de la maison, et c’est vrai ; qu’elle était la cousine du Rabbi et c’est vrai aussi… »

La bibliothécaire

La Rabbanit se rendait souvent dans une bibliothèque à Manhattan. Un jour, alors qu’elle présentait sa carte de membre, l’employée remarqua son nom et lui demanda :

– Êtes-vous de la famille du célèbre Rabbi, à Brooklyn ? » – Oui. – De quelle façon ? insista la jeune femme. – C’est mon mari, avoua la Rabbanit.

L’employée se mit alors à se plaindre du Rabbi. Elle expliqua que, mariée depuis plusieurs années, elle n’avait pas d’enfant : « Sur le conseil de mes amis, j’ai fait l’effort d’aller voir le Rabbi ; il m’a bénie et m’a conseillé de m’engager à accomplir une Mitsva supplémentaire. En effet, me dit-il, la bénédiction agit comme la pluie qui peut rendre fertile un champ préparé et labouré. Je m’engageai à allumer les bougies de Chabbat le vendredi soir. Cela fait deux ans et nous n’avons toujours pas d’enfant ! »

La Rabbanit tenta de la calmer : « Moi non plus… »

Mais la bibliothécaire éclata en sanglots : « Je suis désolée pour vous mais moi, je suis une rescapée de la Shoa. J’ai survécu aux camps d’extermination et je suis la seule survivante de toute ma famille. C’est pourquoi il est si important pour moi d’avoir des enfants, afin que notre famille ne soit pas effacée ! »

La Rabbanit demanda : « Qu’est-ce que mon mari vous a dit, exactement ? » – Il m’a dit d’allumer les bougies de Chabbat ! – C’est bien ce que vous faites ? – Mais oui ! – Et comment le faites-vous ? continua la Rabbanit. – Chaque vendredi, quand mon mari revient du travail, j’allume les bougies vers 19h ou 20h.

Patiemment, la Rabbanit expliqua qu’il fallait allumer les bougies avant le coucher du soleil, en accord avec les horaires imprimés sur les calendriers hébraïques.

La bibliothécaire avait écouté attentivement : elle s’engagea à allumer les bougies à l’heure voulue. Dix mois plus tard, elle serrait son fils dans ses bras… Elle garda contact avec la Rabbanit et lui rendit même visite plusieurs fois.

Sa bénédiction aux jeunes mariés

Un jeune couple de Chlou’him (émissaires du Rabbi) eut le privilège de rendre visite à la Rabbanit avant son mariage.

Elle demanda au fiancé : « Êtes-vous le petit-fils du ‘Hassid, Reb… ? »

Il répondit par l’affirmative. Elle hocha la tête, joyeusement : « Dans ce cas, je suis sûre que vos enfants parleront le yiddish ! »

De nombreuses années passèrent. Le jeune couple n’avait toujours pas d’enfants mais ne désespérait pas : « Nous n’étions pas inquiets puisque la Rabbanit nous avait dit de parler yiddish à nos enfants : pour cela, il fallait bien que nous ayons des enfants ! Et nous étions sûrs que nous aurions plus qu’un enfant puisqu’elle avait parlé au pluriel : « Vos enfants ». Pas un instant nous n’avons perdu espoir puisque nous avions la bénédiction de la Rabbanit ! »

Après 14 ans de mariage, ce couple de Chlou’him mit au monde des jumeaux, un garçon et une fille. Ils les nommèrent Mena’hem Mendel et ‘Haya Mouchka.

Le pouvoir de ses bénédictions

Le premier mot de la bénédiction des Cohanim, « koh » (« ainsi », vous bénirez les enfants d’Israël1) s’écrit en hébreu avec les lettres kaf, hé, כ »ה, qui est aussi une manière de désigner le vingt-cinquième jour du mois.

Le 25 Adar 5736 (au printemps 1976), précisément le jour de son anniversaire, la Rebbetsin ‘Haya Moussia dînait avec le Rabbi dans leur appartement de Président Street, à New York, lorsqu’on sonna à l’entrée. Leur intendant, le Rav ‘Hessed Halberstam ouvrit la porte et réceptionna un beau bouquet offert à la Rebbetsin par l’organisation féminine « Néchei H’abad » ; ce bouquet était accompagné d’une lettre contenant des demandes de bénédictions.

Le Rav Halberstam donna les fleurs à la Rebbetsin et la lettre au Rabbi. Le Rabbi refusa de prendre la lettre en affirmant qu’elle était destinée à sa femme. Le Rav Halberstam insista alors en soulignant : « Cette lettre est pourtant bien pour le Rabbi, car elle contient des demandes de bénédictions » mais le Rabbi lui répondit : « Elle aussi peut bénir. »

Le Rav Halberstam remit donc la lettre dans les saintes mains de la Rebbetsin, pensant dans son for intérieur que, de toute façon, c’est par le zékhout du Rabbi, par son mérite, que la Rebbetsin peut donner des bénédictions. Le Rabbi, lisant dans ses pensées, lui rétorqua: « Mon épouse est capable de bénir par son propre mérite ».

Le Rav Halberstam se demanda : « Quelle est donc la différence entre la brakha du Rabbi et celle de la Rebbetsin ? ». Dès lors, s’engagea un dialogue :

Le Rabbi : « As-tu étudié Dérekh Mitsvotekha ? » Le Rav Halberstam : « Oui ». Le Rabbi : « Quel chapitre? » Le Rav Halberstam : « Celui concernant la Mitsva de la Téfilla ». Le Rabbi : « Tu dois sûrement savoir la différence qui existe entre le niveau immanent de D-ieu, « mémalei kol almine » et le niveau transcendant de « sovev kol almine ». Les bénédictions que je donne tirent leur origine du premier niveau « mémalei kol almine », ce qui signifie que la personne doit aussi agir par elle-même afin que la brakha se réalise. En revanche, lorsque la Rebbetsin gratifie un être de sa brakha, la brakha se réalise automatiquement, même s’il ne fait rien pour cela, car elle procède du second niveau « sovev kol almine ». »

Cette capacité de la Rebbetsin à prodiguer des bénédictions ne fut révélée qu’à une poignée de gens. Lors du dernier discours que nous avons eu le mérite d’entendre du Rabbi le jour du yahrzeit de la Rebbetsin, il associa sa disparition au verset : Par ton intermédiaire, Israël sera béni, une allusion directe au fait que la Rebbetsin Haya Moushka était elle-même une source de bénédictions.

Quelques jours plus tard, le Rabbi ajouta : « Le 25 du mois est relié à l’octroi de toutes formes de bénédictions pour les juifs. »

Sa dévotion et son abnégation lors de la maladie

Un jour, la Rabbanit tomba et se brisa une côte. Elle aurait dû être opérée immédiatement mais cela n’était pas possible, à cause d’un autre problème de santé. Hospitalisée, elle souffrait énormément et était très pâle. J’organisais pour elle un roulement de trois infirmières privées qui s’occupaient uniquement d’elle, huit heures par jour.

A la fin du jeûne du 9 Av, nous avons appris que le Rabbi allait se rendre à l’hôpital. Je dois préciser que, durant toutes ses hospitalisations, je n’ai jamais pénétré dans la chambre de la Rabbanit afin de respecter son besoin d’intimité. Je restais dans le couloir afin d’être disponible pour les infirmières.

Après avoir entendu que le Rabbi allait arriver, je vis l’infirmière sortir bouleversée de la chambre. Des larmes coulaient même sur ses joues tandis qu’elle m’expliqua : « Jamais je n’ai vu une femme aussi extraordinaire. Quand elle a appris que son mari – le Rabbi – allait arriver, elle m’a demandé de l’aider à mieux s’habiller et à se maquiller afin de masquer sa pâleur et ne pas lui causer de peine ! »

Même après qu’elle eut quitté l’hôpital, nous avons continué avec des infirmières privées qui se succédaient à son chevet toutes les huit heures. Ceci dura environ un an. C’est moi qui m’occupais de tout et je demandai à la présidente de cet organisme privé de ne proposer que des infirmières particulièrement courtoises et discrètes.

Je dois préciser que jamais la Rabbanit ne m’avait demandé quoi que ce soit. Elle ne supportait pas d’importuner les autres bien que tous se seraient fait une joie et un honneur de lui rendre service.

Cependant un dimanche particulièrement froid et pluvieux, elle me téléphona : « J’ai un très grand service à te demander, s’excusa-t-elle, mais il m’est pénible de te déranger ! »

– Rabbanit, m’empressais-je d’affirmer, c’est avec joie que je ferai pour vous tout mon possible ! C’est un grand privilège !

– Voilà ! Je me sens beaucoup mieux mais il est déjà huit heures vingt et l’infirmière suivante n’est pas encore arrivée. En ce qui me concerne, cela ne me dérange pas mais mon mari refuse de quitter la maison pour se rendre au « 770 » tant que je serai seule. Pourrais-tu téléphoner au bureau des infirmières pour t’informer de la raison de ce retard ?

Tout en l’écoutant, je me disais qu’à l’étage, le Rabbi disposait d’une pièce dans laquelle il pouvait travailler, avec des dizaines, des centaines de livres à sa disposition. Mais la Rabbanit savait que du travail important l’attendait au « 770 », qu’il avait peut-être besoin de ses secrétaires, que des gens cherchaient probablement à lui parler… Pour éviter de faire perdre son temps au Rabbi, la Rabbanit avait fait une entorse à ses principes et, contrairement à son habitude, elle m’avait demandé un service…

Bien sûr, j’ai immédiatement téléphoné à la compagnie afin d’obtenir qu’une infirmière se déplace dans les plus brefs délais : nous lui avons payé le taxi et l’avons généreusement rémunérée afin de rassurer le Rabbi et la Rabbanit.

 

22 Chevat : Anecdotes sur la Rebbetzin Haya Mouchka (épisode 3/5) – Rav Lévi Azimov

22 Chevat : Anecdotes sur la Rebbetzin Haya Mouchka (épisode 3/5) – Rav Lévi Azimov

 

 

Une fois que mes parents sont arrivés en France, la Rebbetzin est restée proche et en contact avec ma mère, d’abord par téléphone. Je ne sais pas si c’était très souvent, mais en tout cas elle était en contact avec elle par téléphone, et à chaque fois que ma mère voyageait chez le Rabbi, elle appelait la Rebbetzin à la maison et la Rebbetzin lui demandait de venir la visiter.

Au début, en effet, elle y allait avec mon père. Après le mariage général, elle allait seule. C’est là où, dans une des rencontres, la Rebbetzin lui a dit : « Nous avons labouré, nous avons semé, et vous devez juste récolter. » Cette phrase, ma mère l’a répétée assez souvent. Et en 1992, 20 ans plus tard, lorsque le Rabbi avait parlé un Chabbat entier sur l’importance du travail qui a été fait en France, ceux qui ont préparé la Siha ont ajouté dans les notes cette phrase que la Rebbetzin avait dite à ma mère.

Le Rabbi a validé, puisque le Rabbi corrigeait toutes les notes qui lui étaient soumises sur les Sihot. Et de là est venue cette fameuse phrase que le Rabbi et la Rebbetzin, en étant là ici à Paris, ils ont « labouré, ils ont semé », et il reste uniquement le travail de « récolter », de cueillir le travail qui a été déjà fait par leur présence ici à Paris.

À travers les années, elle s’est beaucoup renseignée et a encouragé tout ce qui était en train de se faire. Parmi les choses que ma mère nous a racontées, c’était que eux, ils sont arrivés là en 1968. Ma mère a donc appris le français, et 7-8 ans plus tard, le Rabbi a envoyé encore cinq familles en France : Lyon, Marseille, Toulouse, Nice, Cannes, Metz, Nancy. Ces familles sont venues s’installer ici. Les Chlou’him parlaient déjà français, mais opas toutes les Chlou’hot.

Et lorsque ma mère est partie visiter la Rebbetzin, elle lui a dit dans la maison que ce n’était pas évident pour tous ces jeunes couples qui sont venus maintenant s’installer en France et qui ne parlaient pas forcément la langue. Ils se trouvaient dans des endroits, ils ont quitté leur maison – c’était, si on peut dire, les premières années que le Rabbi envoyait des Chlou’him, il y a 50 ans en arrière.

Et c’est là où ma mère dit à la Rebbetzin : « Oui, mais c’est l’éducation que nous avons reçue dans notre jeune âge, d’être prêts à partir faire ce que le Rabbi nous demande. » La Rebbetzin lui a dit : « Oui, ton père qui était donc en Russie, qui était en Sibérie pendant 4 ans, oui, c’est ce que lui il a vécu, c’est ça l’éducation que lui il a donnée. Mais pas toutes celles qui sont venues maintenant s’installer ont eu cette éducation. Elles ont vécu avec un certain confort, et pour elles, faire ce choix et partir habiter dans un coin perdu où il n’y a rien, c’est un énorme effort. »

Et on voyait vraiment, si on peut dire, ce souci, cette inquiétude, comment leur venir en aide, comment les renforcer. Et ça rejoint que lorsque le Sefer Hashluchim, le livre de tous les Beth Habad, est sorti dans le monde avec les photos des familles, une des premières pages de ce livre il y a une photo d’elle y figure dans les premières pages, accompagnée d’un texte, validé par le Rabbi, témoignant de sa sollicitude permanente envers les émissaires.

22 Chevat : Anecdotes sur la Rebbetzin Haya Mouchka (épisode 3/5) – Rav Lévi Azimov

22 Chevat : Anecdotes sur la Rebbetzin Haya Mouchka (épisode 2/5) – Rav Lévi Azimov

 

 

Quelques anecdotes à propos du mariage de mes parents. Mes parents se sont fiancés à la fin du mois de Av. Ma mère a voyagé à New York. À cette époque, elle était à New York et son père, qui était l’envoyé du Rabbi, avait l’habitude de voyager dans plusieurs endroits pour parler et ramasser la tzedaka – c’était son activité. Il était censé voyager juste lorsque ma mère était revenue.

Elle a appelé la Rebbetzin pour lui annoncer qu’elle était devenue Kallah (fiancée). La Rebbetzin lui a donné toutes les brakhot (bénédictions) et lui a dit : « Je m’imagine que ton père va rester un petit peu avec toi maintenant, il ne va pas partir tout de suite comme prévu. »

En effet, mon grand-père est resté à New York. Ma mère racontait toujours : « Est-ce que c’était ce qui était prévu ? Elle ne sait pas, mais elle a compris que ça devait être une des choses que la Rebbetzin a organisées. » Lorsqu’elle est revenue et qu’elle venait de se fiancer, comme elle n’avait pas sa mère, son père a pu rester un petit peu avec elle pour la conseiller et partager avec elle cette joie et cette simcha (réjouissance). Cette idée montrait toujours l’attention que la Rebbetzin portait à chacun dans le moindre détail, comment la personne perçoit une simcha, comment la personne vit un moment de joie.

Une autre épisode intéressante : elle est entrée chez la Rebbetzin le jour du mariage pour recevoir sa brakha. La Rebbetzin l’a reçue et à un moment lui a dit : « Je suis toute la journée à la fenêtre pour voir s’il ne pleut pas. » Cela veut dire que ce n’était pas juste un mot gentil, mais vraiment elle se souciait que la ‘houpa se passe comme il faut. Elle lui disait que toute la journée, elle était à la fenêtre en train de regarder et de voir comment la ‘houpa allait se dérouler.

Après, ma mère m’a dit qu’on ne savait pas jusqu’à la dernière minute si le Rabbi allait faire le siddour kiddoushin ou pas. Finalement, il ne l’a pas fait, mais c’était aussi peut-être une allusion que la Rebbetzin lui faisait qu’il y avait des chances que le Rabbi vienne sous la ‘houpa.

Un autre point intéressant était que le mariage a eu lieu comme le Rabbi disait souvent qu’il voulait qu’un mariage hassidique soit toujours avec un farbrengen, comme c’était à l’époque. Donc le mariage de mes parents a continué avec un long farbrengen toute la nuit.

Ils sont rentrés un peu après le mariage, ils avaient amené avec eux des photos et une des choses que la Rebbetzin leur a dit : « J’ai entendu qu’il y avait un grand farbrengen après le mariage. » Elle avait l’air très très contente que ça ait été comme il le fallait – un vrai mariage comme on a toujours connu, un mariage hassidique accompagné d’un farbrengen.

En ce qui concerne les photos, mes parents avaient amené un petit album photo. La Rebbetzin a commencé à regarder les photos et une des choses intéressantes, c’est qu’elle a demandé si elle pouvait récupérer trois photos de cet album. Une des photos que ma mère me racontait toujours, c’était les photos montrant comment le ‘hatan (mon père) disait le maamar en kabbalat panim. Et le point qu’elle a retenu de ça, c’était que la Rebbetzin, peut-être en prenant cette photo, était en train de leur montrer qu’un des points importants dans un mariage, c’est le ‘hatan et le maamar.

 

 

22 Chevat : Etude des Michnayot pour la Rabbetsen Haya Mouchka

22 Chevat : Etude des Michnayot pour la Rabbetsen Haya Mouchka

Étude des Michnayot commençant par les lettres initiales du prénom de la Rabbanit, pour être étudié le jour de la Hilloula.

  (traduction en français lettre ‘Hét) אות ח מסכת שבת, פרק כ »ב 

א) חָבִית שֶׁנִּשְׁבְּרָה, מַצִּילִין הֵימֶנָּה מְזוֹן שָׁלשׁ סְעֻדּוֹת, וְאוֹמֵר לַאֲחֵרִים, בּוֹאוּ וְהַצִּילוּ לָכֶם, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִסְפֹּג. אֵין סוֹחֲטִין אֶת הַפֵּרוֹת לְהוֹצִיא מֵהֶן מַשְׁקִין, וְאִם יָצְאוּ מֵעַצְמָן, אֲסוּרִין. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, אִם לָאוֹכָלִין, הַיּוֹצֵא מֵהֶן מֻתָּר, וְאִם לְמַשְׁקִין, הַיּוֹצֵא מֵהֶן אָסוּר. חַלּוֹת דְּבַשׁ שֶׁרִסְּקָן מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְיָצְאוּ מֵעַצְמָן, אֲסוּרִין. וְרַבִּי אֶלִיעֶזֶר מַתִּיר

Michna 1 :Lorsqu’un tonneau se brise pendant le Chabbat, on peut en prélever la quantité de nourriture nécessaire pour trois repas et dire à d’autres personnes: « Venez, prélevez-en pour votre compte « , à condition de ne pas en éponger le contenu.
On ne presse pas les fruits pour en faire sortir le jus et, s’il sort de lui-même, celui-ci est interdit. Rabbi Yehouda dit: » Si les fruits sont préparés comme des aliments solides, ce qui en sort est permis. S’ils sont pris comme liquides, ce qui en sort est interdit « .

Si des pains de miel ont été liquéfiés à la veille du Chabbat et que le miel en a coulé de lui-même, celui-ci est interdit. Rabbi Eliézer le permet.

ב) כָּל שֶׁבָּא בַחַמִּין מֵעֶרֶב שַׁבָּת, שׁוֹרִין אוֹתוֹ בַחַמִּין בַּשַּׁבָּת, וְכָל שֶׁלֹּא בָא בְחַמִּין מֵעֶרֶב שַׁבָּת, מְדִיחִין אוֹתוֹ בַחַמִּין בַּשַּׁבָּת, חוּץ מִן הַמָּלִיחַ הַיָּשָׁן (וְדָגִים מְלוּחִים קְטַנִּים) וְקוּלְיַס הָאִסְפָּנִין, שֶׁהֲדָחָתָן זוֹ הִיא גְמַר מְלַאכְתָּן

Michna 2: Ce qui a été cuit, à la veille du Chabbat peut être trempé dans l’eau chaude, pendant le Chabbat. Ce qui n’a pas été cuit, à la veille du Chabbat, peut, néanmoins, être rincé à l’eau chaude, pendant le Chabbat, à l’exception d’un poisson ancien en saumure, de petits poissons salés ou encore d’un maquereau, car c’est en les rinçant que l’on achève leur préparation.

ג) שׁוֹבֵר אָדָם אֶת הֶחָבִית לֶאֱכֹל הֵימֶנָּה גְרוֹגְרוֹת, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוּן לַעֲשׂוֹת כֶּלִי. וְאֵין נוֹקְבִין מְגוּפָה שֶׁל חָבִית, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וַחֲכָמִים מַתִּירִין. וְלֹא יִקְּבֶנָּה מִצִּדָּהּ. וְאִם הָיְתָה נְקוּבָה, לֹא יִתֵּן עָלֶיהָ שַׁעֲוָה, מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְמָרֵחַ. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה, מַעֲשֶׂה בָא לִפְנֵי רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי בַּעֲרָב, וְאָמַר, חוֹשְׁשַׁנִי לוֹ מֵחַטָּאת

Michna 3: Il est permis de briser un tonneau afin de consommer les figues qui s’y trouvent, à la condition de ne pas avoir l’intention d’en faire un instrument.
On ne perce pas le bouchon du tonneau, selon les propos de Rabbi Yehouda, mais les Sages le permettent. On ne le perce pas non plus sur son flanc et, s’il est déjà percé, on ne bouche pas l’orifice avec de la cire, de peur de la gratter.

Rabbi Yehouda raconte: « Un cas similaire a été soumis à Rabban Yo’hanan Ben ZakaÏ dans la ville de Arav et il a dit: ‘J’ai bien peur que (ayant transgressé le Chabbat par inadvertance), il doive apporter un sacrifice de ‘Hatat’. »

ד) נוֹתְנִין תַּבְשִׁיל לְתוֹךְ הַבּוֹר בִּשְׁבִיל שֶׁיְּהֵא שָׁמוּר, וְאֶת הַמַּיִם הַיָּפִים בָּרָעִים בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּצַּנּוּ, וְאֶת הַצּוֹנֵן בַּחַמָה בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּחַמּוּ. מִי שֶׁנָּשְׁרוּ כֵלָיו בַּדֶּרֶךְ בַּמַּיִם, מְהַלֵּךְ בָּהֶן וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ. הִגִּיעַ לֶחָצֵר הַחִיצוֹנָה, שׁוֹטְחָן בַּחַמָּה, אֲבָל לֹא כְנֶגֶד הָעָם

Michna 4: Il est permis d’introduire un plat dans une fosse pour le protéger, de l’eau potable dans celle qui ne l’est pas pour la refroidir ou de l’eau froide dans la chaude pour la réchauffer.
Celui qui, avançant sur son chemin, perd ses vêtements dans l’eau, peut poursuivre sa route sans crainte. Puis, parvenu dans une cour extérieure, il.les étalera au soleil. Mais, il ne le fera pas en public.

ה) הָרוֹחֵץ בְּמֵי מְעָרָה וּבְמֵי טְבֶרְיָא וְנִסְתַּפַּג, אֲפִלּוּ בְעֶשֶׂר אֲלֻנְטִיאוֹת, לֹא יְבִיאֵם בְּיָדוֹ, אֲבָל עֲשָׂרָה בְנֵי אָדָם מִסְתַּפְּגִין בַּאֲלֻנְטִית אַחַת פְּנֵיהֶם יְדֵיהֶם וְרַגְלֵיהֶם, וּמְבִיאִין אוֹתָהּ בְּיָדָן

Michna 5: Celui qui se lave dans le bassin d’une grotte, ou bien dans les eaux de Tibériade, puis se sèche, même avec dix serviettes, ne pourra pas les déplacer dans sa main.
En revanche, dix hommes peuvent sécher leur visage, leurs mains et leurs pieds avec une seule serviette, puis la déplacer dans leurs mains.

ו) סָכִין וּמְמַשְׁמְשִׁין (בִּבְנֵי מֵעַיִם), אֲבָל לֹא מִתְעַמְּלִין וְלֹא מִתְגָּרְדִין. אֵין יוֹרְדִין לְקוֹרְדִּימָא, וְאֵין עוֹשִׂין אַפִּקְטְוִיזִין, וְאֵין מְעַצְּבִין אֶת הַקָּטָן, וְאֵין מַחֲזִירִין אֶת הַשֶּׁבֶר. מִי שֶׁנִּפְרְקָה יָדוֹ וְרַגְלוֹ, לֹא יִטְרְפֵם בְּצוֹנֵן, אֲבָל רוֹחֵץ הוּא כְדַרְכּוֹ, וְאִם נִתְרַפָּא נִתְרַפָּא

Michna 6: On s’enduit le corps et on le masse, mais on ne fait pas d’exercice physique et l’on ne se gratte pas. On ne descend pas dans un fleuve boueux et l’on ne prépare pas de vomitif.
On ne redresse pas un petit enfant et l’on ne corrige pas une fracture. Si quelqu’un s’est déboîté la main ou le pied, il ne les plongera pas dans l’eau froide. En revanche, il peut les laver comme il le fait d’habitude et s’ils guérissent, c’est tant mieux.

ח

מסכת שבת, פרק כ »ב

א  חבית שנשברה – מצילין ממנה, מזון שלוש סעודות, ואומר לאחרים, בואו והצילו לכם:  ובלבד שלא יספוג.  אין סוחטין את הפירות להוציא מהן משקין; יצאו מעצמן, אסורין.  רבי יהודה אומר, אם לאוכלין, היוצא מהן מותר; ואם למשקין, היוצא מהן אסור.  חלות דבש שריסקן מערב שבת–יצאו מעצמן, אסורין; רבי אלעזר מתיר.

ב  כל שבא בחמין מלפני השבת, שורין אותו בחמין בשבת; וכל שלא בא בחמיןמלפני השבת, מדיחין אותו בחמין בשבת – חוץ מן המליח הישן וקולייס האספנן, שהדחתן היא גמר מלאכתן.

ג  שובר אדם את החבית לאכול ממנה גרוגרות, ובלבד שלא יתכוון לעשותה כלי.  אין נוקבין מגופה של חבית, דברי רבי יהודה; ורבי יוסי מתיר.  לא ייקבנה מצידה.  אם הייתה נקובה–לא ייתן עליה שעווה, מפני שהוא ממרח; אמר רבי יהודה, מעשהבא לפני רבן יוחנן בן זכאי בערב; ואמר, חושש אני לו מחטאת.

ד  נותנין תבשיל לתוך הבור בשביל שיהא שמור, ואת המים היפים ברעים בשביל שייצנו, ואת הצונן בחמה בשביל שייחמו.  מי שנשרו כליו בדרך, מהלך בהן ואינוחושש; הגיע לחצר החיצונה–שוטחן בחמה, אבל לא כנגד העם.

ה  הרוחץ במערה או במי טבריה–מסתפג אפילו בעשר לונטייות, ולא יביאם בידו; אבל עשרה בני אדם מסתפגין בלונטית אחת, פניהם ידיהם ורגליהם, ומביאין אותהבידם.

ו  סכין ומתמשין, אבל לא מתעמלין ולא מתגרדין.  אין יורדין בפילומה, ואין עושין אפיקטפיזון בשבת.  אין מעצבין את הקטן, ואין מחזירין את השבר.  מי שנפרקה ידו או רגלו, לא יטרפם בצונן; אבל רוחץ כדרכו, ואם נתרפא, נתרפא.

י

מסכת ביכורים פרק א’

א יש מביאין ביכורים וקורין, מביאין ולא קורין; ויש שאינן מביאין. ואלו שאינן מביאין–הנוטע לתוך שלו והבריך לתוך של יחיד או לתוך של רבים, המבריך מתוך של יחיד לתוך שלו או מתוך של רבים לתוך שלו. הנוטע לתוך שלו והמבריך לתוך שלו, ודרך היחיד ודרך הרבים באמצע–הרי זה אינו מביא; רבי יהודה אומר, כזה מביא.

ב ומאיזה טעם אינו מביא–משום שנאמר « ראשית, ביכורי אדמתך, תביא » (שמות כג,יט; שמות לד,כו), עד שיהו כל הגידולין מאדמתך. האריסין והחכורות והסיקריקון והגזלן–אין מביאין מאותו הטעם, משום שנאמר « ראשית, ביכורי אדמתך ».

ג אין מביאין ביכורים חוץ משבעת המינים; לא מתמרים שבהרים, ולא מפירות שבעמקים, ולא מזיתי שמן שאינן מן המובחר. אין מביאין הביכורים קודם לעצרת. אנשי הר צבועים הביאו ביכוריהם קודם לעצרת, ולא קיבלו מהם, מפני הכתוב שבתורה « וחג הקציר ביכורי מעשיך, אשר תזרע בשדה » (שמות כג,טז).

ד אלו מביאין ולא קורין–הגר מביא ואינו קורא, שאינו יכול לומר « אשר נשבע ה’ לאבותינו לתת לנו » (דברים כו,ג); אם הייתה אימו מישראל, מביא וקורא. וכשהוא מתפלל בינו לבין עצמו, אומר אלוהי אבות ישראל; וכשהוא מתפלל בבית הכנסת, אומר אלוהי אבותיכם. ואם הייתה אימו מישראל, אומר אלוהי אבותינו.

ה רבי אליעזר בן יעקוב אומר, האישה בת גרים לא תינשא לכהונה, עד שתהא אימה מישראל; אחד גרים ואחד עבדים משוחררים, אפילו עד עשרה דורות, עד שתהא אימן מישראל. האפיטרופין העבד והשליח והאישה וטומטום ואנדרוגינוס–מביאין ולא קורין, שאינן יכולין לומר « אשר נתת לי, ה’ » (דברים כו,י).

ו הקונה שני אילנות בתוך של חברו, מביא ואינו קורא; רבי מאיר אומר, מביא וקורא. יבש המעיין, ונקצץ האילן–מביא ואינו קורא; רבי יהודה אומר, מביא וקורא. מהחג ועד חנוכה, מביא ואינו קורא; רבי יהודה בן בתירה אומר, מביא וקורא.

ז הפריש את ביכוריו, ומכר את שדהו–מביא ואינו קורא. השני–מאותו המין, אינו מביא; ממין אחר, מביא וקורא. רבי יהודה אומר, אף מאותו המין מביא וקורא.

ח המפריש את ביכוריו, נמקו, נבזזו, נגנבו, אבדו, או שנטמאו–מביא אחרים תחתיהן, ואינו קורא; והשניים, אין חייבין עליהן חומש. נטמאו בעזרה–נופץ, ואינו קורא.

ט ומניין שהוא חייב באחריותן, עד שיביאם להר הבית: שנאמר « ראשית, ביכורי אדמתך, תביא, בית ה’ אלוהיך » (שמות כג,יט; שמות לד,כו)–מלמד שהוא חייב באחריותן, עד שיביאם להר הבית. הרי שהביא ממין אחד וקרא, חזר והביא ממין אחר–הרי זה אינו קורא.

י ואלו מביאין וקורין, מהעצרת ועד החג–משבעת המינין, מפירות שבהרים, מתמרים שבעמקים, ומזיתי שמן שהן מעבר לירדן; רבי יוסי הגלילי אומר, אין מביאין ביכורים מעבר לירדן, שאינה ארץ זבת חלב ודבש.

יא הקונה שלושה אילנות בתוך של חברו, מביא וקורא; רבי מאיר אומר, אפילו שניים. קנה אילן וקרקעו, מביא וקורא; רבי יהודה אומר, אף בעלי האריסות והחכורות מביאין וקורין.

ה

מסכת ברכות פרק ב’

א היה קורא בתורה, והגיע זמן המקרא–אם כיוון את ליבו, יצא; ואם לאו, לא יצא. ובפרקים שואל מפני הכבוד ומשיב, ובאמצע שואל מפני היראה ומשיב, דברי רבי מאיר. רבי יהודה אומר, באמצע שואל מפני היראה ומשיב מפני הכבוד, ובפרקים שואל מפני הכבוד ומשיב שלום לכל אדם.

ב אלו הן בין הפרקים–בין ברכה ראשונה לשנייה, ובין שנייה ל »שמע » (דברים ו,ד), ובין « שמע » ל »והיה, אם שמוע » (דברים יא,יג), בין « והיה, אם שמוע » ל »ויאמר » (במדבר טו,לז), בין « ויאמר » לאמת ויציב. רבי יהודה אומר, בין « ויאמר » לאמת ויציב לא יפסיק. אמר רבי יהושוע בן קורחה, למה קדמה « שמע » ל »והיה, אם שמוע »–אלא כדי שיקבל עליו עול מלכות שמיים תחילה, ואחר כך יקבל עליו עול מצוות; « והיה, אם שמוע » ל »ויאמר »–ש »והיה, אם שמוע » נוהג ביום ובלילה, ו »ויאמר » אינו נוהג אלא ביום.

ג הקורא את שמע ולא השמיע לאוזנו, יצא; רבי יוסי אומר, לא יצא. קרא ולא דיקדק באותותיה, רבי יוסי אומר, יצא; רבי יהודה אומר, לא יצא. הקורא למפרע, לא יצא. קרא וטעה, יחזור למקום שטעה.

ד האומנין קורין בראש האילן או בראש הנדבך, מה שאינן רשאין לעשות כן בתפילה.

ה חתן פטור מקרית שמע בלילה הראשון ועד מוצאי שבת, אם לא עשה מעשה. מעשה ברבן גמליאל שנשא, וקרא בלילה הראשון שנשא. אמרו לו, לא לימדתנו שחתן פטור מקרית שמע בלילה הראשון. אמר להם, איני שומע לכם לבטל ממני מלכות שמיים אפילו שעה אחת.

ו רחץ בלילה הראשון שמתה אשתו. אמרו לו, לא לימדתנו שאביל אסור מלרחוץ. אמר להם, איני כשאר כל אדם, אסטניס אני.

ז וכשמת טבי עבדו, קיבל עליו תנחומין. אמרו לו, לא לימדתנו שאין מקבלין תנחומין על העבדים. אמר להם, אין טבי עבדי כשאר כל העבדים, כשר היה.

ח חתן–אם רצה לקרות את שמע בלילה הראשון, קורא. רבן שמעון בן גמליאל אומר, לא כל הרוצה ליטול את השם ייטול.

מ

מסכת שבת פרק י »ח

א  מפנין אפילו ארבע חמש קופות של תבן ושל תבואה, מפני האורחין ומפני ביטול בית המדרש; אבל לא את האוצר.  מפנין תרומה טהורה, ודמאי, ומעשר ראשון שניטלה תרומתו, ומעשר שני והקדש שנפדו; והתורמוס היבש, מפני שהוא מאכל לעיזים.  אבל לא את הטבל, ולא את מעשר ראשון שלא ניטלה תרומתו, ולא את מעשר שני והקדש שלא נפדו, ולא את הלוף, ולא את החרדל; רבן שמעון בן גמליאל מתיר בלוף, מפני שהוא מאכל לעורבים.

ב  חבילי קש וחבילי עצים וחבילי זרדים–אם התקינן למאכל בהמה, מטלטלין אותן; ואם לאו, אין מטלטלין אותן.  כופין סל לפני האפרוחים, שיעלו או שיירדו.  תרנגולת שברחה, דוחין אותה עד שתיכנס.  ומדדין עגלים וסייחים.  והאישה מדדה את בנה.  אמר רבי יהודה, אימתיי–בזמן שהוא נוטל אחת ומניח אחת; אבל אם היה גורר,אסור.

ג  אין מיילדין את הבהמה ביום טוב, אבל מסעדין.  ומיילדין את האישה בשבת, וקורין לה חכמה ממקום למקום, ומחללין עליה את השבת, וקושרין את הטבור; רבי יוסי אומר, אף חותכין.  וכל צורכי מילה עושין בשבת.

ו

מסכת מועד קטן פרק ג’

א  ואלו מגלחין במועד–הבא ממדינת הים, ומבית השביה, והיוצא מבית האסורים, והמנודה שהתירו לו חכמים, וכל מי שנשאל לחכם והותר, והנזיר, והמצורע, והיוצא מטומאתו לטהרתו.

ב  ואלו מכבסים במועד:  הבא ממדינת הים, ומבית השביה, והיוצא מבית האסורים, והמנודה שהתירו לו חכמים, וכל מי שנשאל לחכם והותר, מטפחות הידיים ומטפחותהספרים ומטפחות הספג, הזבים והזבות הנידות והיולדות, וכל העולים מטומאה לטהרה–הרי אלו מותרין.  ושאר כל אדם אסורין.

ג  ואלו כותבין במועד–קידושי נשים, וגיטין, ושוברים, דייתיקי, מתנה, ופרוזבולין, איגרות שום, איגרות מזון, שטרי חליצה ומיאונין ושטרי בירורין וגזירות בית דין, ואיגרות של רשות.

ד  אין כותבין שטרי חוב במועד; אם אינו מאמינו, או שאין לו מה יאכל–הרי זה יכתוב.  אין כותבין ספרים תפילין ומזוזות, במועד; ואין מגיהין אות אחת, אפילו בספר העזרה.  רבי יהודה אומר, כותב אדם תפילין ומזוזות לעצמו, וטווה על ירכו תכלת לציציתו.

ה  הקובר את מתו שלושה ימים קודם לרגל, בטלה ממנו גזירת שבעה; שמונה ימים, בטלה ממנו גזירת שלושים:  מפני שאמרו, השבת עולה, ואינה מפסקת; והרגליםמפסיקין, ואינן עולין.

ו  רבי אליעזר אומר, משחרב בית המקדש, עצרת כשבת; רבן גמליאל אומר, ראשהשנה ויום הכיפורים כרגלים.  וחכמים אומרין, לא כדברי זה ולא כדברי זה; אלא עצרת כרגלים, ראש השנה ויום הכיפורים כשבת.

ז  אין קורעין, ולא חולצין, ולא מברין, אלא קרוביו של מת.  ואין מברין אלא על המיטות הזקופות.  אין מוליכין לבית האבל לא בטבלה, ולא באסקוטלה, ולא בקנון,אלא בסלים.  ואין אומרין ברכת אבילים במועד; אבל עומדים בשורה, ומנחמים ופוטרין את הרבים.

ח  אין מניחין את המיטה ברחוב, שלא להרגיל את הספד; ולא של נשים לעולם, מפני הכבוד.  הנשים במועד מענות, אבל לא מטפחות; רבי ישמעאל אומר, הסמוכות למיטה, מטפחות.  [ט] בראשי חודשים, ובחנוכה ובפורים, מענות ומטפחות, בזה ובזה אבל לא מקוננות.  נקבר המת, לא מענות ולא מטפחות.  איזה הוא עינוי, שכולן עונות כאחת; קינה–שאחת אומרת וכולן עונות אחריה, שנאמר « ולמדנה בנותיכם נהי, ואישה רעותה קינה » (ירמיהו ט,יט).  אבל לעתיד לבוא, מה הוא אומר, « בילע המוות לנצח, ומחה ה’ אלוהים דמעה מעל כל פנים; וחרפת עמו, יסיר מעל כל הארץ–כי ה’, דיבר » (ישעיהו כה,ח).

ש

מסכת יומא פרק א’

א שבעת ימים קודם ליום הכיפורים, מפרישין כוהן גדול מביתו ללשכת פלהדרין; ומתקינין לו כוהן אחר תחתיו, שמא יארע בו פסול. רבי יהודה אומר, אף אישה אחרת מתקינין לו, שמא תמות אשתו: שנאמר « וכיפר בעדו, ובעד ביתו » (ויקרא טז,ו; ויקרא טז,יא; ויקרא טז,יז)–« ביתו », היא אשתו. אמרו חכמים, אם כן, אין לדבר סוף.

ב כל שבעת הימים זורק את הדם, ומקטיר את הקטורת, ומטיב את הנרות, ומקריב את הראש ואת הרגל. ושאר כל הימים–אם רצה להקריב, מקריב: שכוהן גדול מקריב חלק בראש, ונוטל חלק בראש.

ג מסרו לו זקנים מזקני בית דין, וקורים לפניו בסדר היום; ואומרין לו, אישי כוהן גדול, קרא אתה בפיך, שמא שכחת או שמא לא למדת. ערב יום הכיפורים בשחרית, מעמידין אותו בשערי המזרח ומעבירין לפניו פרים ואילים וכבשים, כדי שיהא מכיר ורגיל בעבודה.

ד כל שבעת הימים, לא היו מונעין ממנו מאכל ומשתה; ערב יום הכיפורים עם חשיכה, לא היו מניחין אותו לאכול הרבה, שהמאכל מביא את השינה.

ה מסרוהו זקני בית דין לזקני כהונה, והוליכוהו לעליית בית אבטינס; השביעוהו, ונפטרו והלכו להם. ואומרין לו, אישי כוהן גדול, אנו שלוחי בית דין, ואתה שלוחנו ושלוח בית דין; משביעין אנו עליך במי ששיכן את שמו בבית הזה, שלא תשנה דבר מכל מה שאמרנו לך. הוא פורש ובוכה, והן פורשין ובוכין.

ו אם חכם הוא, דורש; ואם תלמיד חכמים הוא, דורשין לפניו. אם רגיל לקרות, קורא; ואם לאו, קוראים לפניו. ובמה קוראים לפניו–באיוב, ובעזרא, ובדברי הימים; זכריה בן קבוטר אומר, פעמים הרבה קראתי לפניו בדנייאל.

ז ביקש להתנמנם, פרחי לוייה מכין לפניו באצבע צרדה, ואומרין לו, אישי כוהן גדול, עמוד והפג אחת על הרצפה; ומעסקין אותו, עד שמגיע זמן השחיטה.

ח בכל יום תורמין את המזבח מקריאת הגבר או סמוך לו, בין מלפניו בין מאחריו; ביום הכיפורים מחצות, וברגלים מאשמורת הראשונה. לא הייתה קריאת הגבר מגעת, עד שהייתה העזרה מלאה מישראל.

ק

מסכת זבחים פרק ו’

א  קודשי קודשים ששחטן בראש המזבח, רבי יוסי אומר, כאילו נשחטו בצפון.  רבי יוסי ברבי יהודה אומר, מחצי המזבח ולצפון, כצפון; מחצי המזבח ולדרום, כדרום. המנחות, היו נקמצות בכל מקום בעזרה; ונאכלות לפנים מן הקלעים לזכרי כהונה בכל מאכל, ליום ולילה עד חצות.

ב  חטאת העוף הייתה נעשית על קרן דרומית מערבית; ובכל מקום הייתה כשרה,אלא שזה היה מקומה.  ושלושה דברים הייתה אותה הקרן משמשת מלמטן, ושלושה מלמעלן:  מלמטן–חטאת העוף, וההגשות, ושיירי הדם; מלמעלן–ניסוך המים, והיין, ועולת העוף כשהיא רבה במזרח.

ג  כל העולין למזבח–עולין דרך ימין, ומקיפין, ויורדין דרך שמאל:  חוץ מן העולה לשלושה דברים אלו–שהיו עולין, וחוזרין לעקב.

ד  חטאת העוף, כיצד הייתה נעשית:  היה מולק את ראשה ממול עורפה, ואינומבדיל.  ומזה מדמה, על קיר המזבח; ושיירי הדם, היה מתמצה על היסוד.  אין למזבח אלא דמה, וכולה לכוהנים.

ה  עולת העוף, כיצד הייתה נעשית:  עלה לכב, ש, ופנה לסובב, בא לו לקרן דרומית מזרחית; היה מולק את ראשה ממול עורפה, ומבדיל.  ומיצה את דמה, על קירהמזבח.  ונטל את הראש, והקיף בית מליקתו למזבח; ספגו במלח, וזורקו על גבי האישים.  בא לו לגוף; והסיר את המוראה, ואת הנוצה, ואת בני מעיים היוצאין עימה, והשליכן לבית הדשן.  שיסע, ולא יבדיל; ואם הבדיל, כשר.  ספגו במלח, וזרקו על גבי האישים.

ו  לא הסיר לא את המוראה, ולא את הנוצה, ולא את בני מעיים היוצאין עימה, ולא ספגם במלח–כל ששינה בה מאחר שמיצה את דמה, כשרה.  הבדיל בחטאת, ולאהבדיל בעולה–פסל.  מיצה דם הראש, ולא מיצה דם הגוף–פסולה; דם הגוף, ולא מיצה דם הראש–כשרה.

ז  חטאת העוף שמלקה שלא לשמה, מיצה דמה שלא לשמה, או לשמה ושלא לשמה,או שלא לשמה ולשמה–פסולה; עולת העוף–כשרה, ובלבד שלא עלת לבעלים.  אחד חטאת העוף ואחד עולת העוף שמלקן ושמיצה את דמן לאכול דבר שדרכו לאכול, ולהקטיר דבר שדרכו להקטיר–חוץ למקומו–פסול, ואין בו כרת.  חוץ לזמנו–פיגול, וחייבין עליו כרת:  ובלבד, שיקרב המתיר כמצותו.  כיצד קרב המתיר כמצותו:  מלק בשתיקה ומיצה את הדם חוץ לזמנו, או שמלק חוץ לזמנו ומיצה את הדם בשתיקה, או שמלק ומיצה את הדם חוץ לזמנו–זה הוא שקרב המתיר כמצותו.  כיצד לא קרב המתיר כמצותו:  מלק חוץ למקומו ומיצה את הדם חוץ לזמנו, או שמלק חוץ לזמנו ומיצה הדם חוץ למקומו, או שמלק ומיצה הדם חוץ למקומו, חטאת העוף שמלקה שלא לשמה מיצה דמה חוץ לזמנה, או שמלקה חוץ לזמנה מיצה דמה שלא לשמה, או שמלק ומיצה דמה שלא לשמה–זה הוא שלא קרב המתיר כמצותו.  לאכול כזית בחוץכזית למחר, כזית למחר וכזית בחוץ, כחצי זית בחוץ וכחצי זית למחר, כחצי זית למחר וכחצי זית בחוץ–פסול, ואין בו כרת.  אמר רבי יהודה, זה הכלל:  אם מחשבת הזמן קדמה למחשבת המקום–פיגול, וחייבין עליו כרת; ואם מחשבת המקום קדמה למחשבת הזמן–פסול, ואין בו כרת.  וחכמים אומרין, זה וזה פסול, ואין בו כרת.  לאכול כחצי זית ולהקטיר כחצי זית–כשר, שאין אכילה והקטרה מצטרפין.

א

מסכת שבת פרק ט »ו

א  אלו קשרים שחייבין עליהן–קשר הגמלים, וקשר הספנים; כשם שהוא חייב על קושרן, כך הוא חייב על היתרן.  רבי מאיר אומר, כל קשר שהוא יכול להתירו באחתמידיו, אין חייבין עליו.

ב  יש לך קשרין שאין חייבין עליהן כקשר הגמלים וכקשר הספנים:  קושרת אישה מפתחי החלוק, וחוטי סבכה, של פסיקיה, ורצועות מנעל וסנדל, ונאדות יין ושמן,וקדירה של בשר.  רבי אליעזר בן יעקוב אומר, קושרין לפני בהמה, בשביל שלא תצא.  קושרין דלי בפסיקיה, אבל לא בחבל; רבי יהודה מתיר.  כלל אמר רבי יהודה, כל קשר שאינו של קיימה–אין חייבין עליו.

ג  מקפלין את הכלים ארבעה וחמישה פעמים, ומציעין את המיטות מלילי שבתלשבת; אבל לא משבת למוצאי שבת.  רבי ישמעאל אומר, מציעין את המיטות מיום הכיפורים לשבת, וחלבי שבת קרבין ביום הכיפורים; רבי עקיבה אומר, לא של שבת קרבין ביום הכיפורים, ולא של יום הכיפורים קרבין בשבת.

 

 

Youd Chevat 5785 : Ecrire un « Pidyon Nefesh », une demande de bénédiction au Rabbi

Youd Chevat 5785 : Ecrire un « Pidyon Nefesh », une demande de bénédiction au Rabbi

 

 

ECRIRE AU RABBI

Le 10 Chevat 5710 (1950) est le jour où le précédent et sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Its’hak Schneerson de mémoire bénie, quitta ce monde. C’est à cette même date, un an plus tard, que son gendre et cousin, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson lui succéda.

Même s’il ne succéda officiellement à son beau-père qu’un an après son décès, le Rabbi, dès le 10 Chevat 5710-1950, devint, pour tous les ‘Hassidism, celui que l’on consultait pour poser une question ou solliciter une bénédiction

Le monde était alors si différent. Malgré les bouleversements de l’après-guerre, le temps paraissait plus lent. Les Juifs étaient enfermés dans leur indicible douleur, survivants, étrangers à la vie.

Les ‘Hassidim regardaient cependant vers New-York. Là-bas était le plus ferme espoir, la permanence. Mais New York, en ce temps-là, était si loin, un mythe plus qu’une ville réelle pour les autres habitants de la vieille Europe.

le Rabbi, comme un miraculeux surgissement, comme un jaillissement prodigieux d’énergie, donne une autre dimension au temps. Tout va désormais plus vite. Tout est urgence.

D’abord sont renforcées les institutions laissées par le Rabbi précédent. Très vite, une nouvelle dimension apparaît. « Oufaratsta » (« et tu te répandras »): les mots de la promesse faite à Yaakov (Genèse 28. 14) guident l’action. L’enseignement de la ‘Hassidout s’étend au plus loin de ses sources.

Et bientôt naissent les premiers « Beth ‘Habad » qu’on trouvera, vingt ans plus tard, jusque dans les contrées les plus reculées. Puis viennent les différentes campagnes, celle des Téfilines, celle des bougies de Chabbat…

Agir, agir toujours, rendre les Juifs à eux-mêmes, changer quelque chose de ce monde. Le temps tout entier s’accélère. Alors l’horizon rétrécit, les distances se font plus courtes. Les immenses réseaux de communication de la nouvelle modernité, avions à réactions, téléphones automatiques, fax, satellites s’entrecroisent à New-York et là, 770 Eastem Parkway Brooklyn, trouvent leur sens véritable. C’est un peuple innombrable qui peut, à présent, voir le Rabbi, l’entendre, lui parler.

Celui qui a eu le privilège de se rendre la-bas, à Brooklyn, se souvient en son cœur. Lui revient alors l’image du Rabbi dirigeant un chant d’un puissant mouvement du bras. L’histoire alors semble toute entière en mouvement comme lorsque furent pressentis les grands effondrements de l’Est et la libération des Juifs de la nuit soviétique.

Le Rabbi nous a aussi enseigné le mouvement, et même la vitesse. Non pas celle, vaine, qui n’a de sens qu’elle-même et irréaliste le monde, mais la vitesse comme mise en actes, d’une pensée de l’urgence, celle de l’ultime libération. Cette ligne d’arrivée là, bien que proche, n’est pas encore atteinte: plus que jamais, le Rabbi nous demande aujourd’hui de courir à sa rencontre.

La Genèse du Nigoun « Didan Natsa’h » : Une page d’Histoire

La Genèse du Nigoun « Didan Natsa’h » : Une page d’Histoire

 

Le 5 Tevet 5747 (1987), les rues autour du 770 Eastern Parkway vibraient aux sons des danses joyeuses des ‘hassidim. Pendant des heures, la communauté célébrait la victoire juridique et spirituelle confirmant la propriété légitime des sefarim de la bibliothèque d’Agudat Chassidei Habad.

 

Cette mélodie hassidique existait déjà avant sa version avec paroles. Un moment notable de son histoire fut lors du farbrengen de Pourim 5731 (1971), quand le Rabbi commença à l’entonner après un maamar. Les ‘hassidim se joignirent à lui, reconnaissant la joie particulière de ce nigoun qui convenait parfaitement à la sim’ha du jour.

La Naissance des Paroles

Le Rav Berel Lazar, alors jeune Bahour d’origine italienne et aujourd’hui Grand Rabbin de Russie, raconte un événement marquant qui précéda l’ajout des paroles. Environ un mois avant la victoire, lors du Kinous Hachlouhim annuel, le Rabbi rencontra les chlou’him à l’étage du 770 pour les informer de l’avancement du procès. À la sortie de cette rencontre, devant le 770, un moment historique se produisit : le Rav Sholom Posner de Pittsburgh fut soulevé sur les épaules et commença à proclamer « Didan Natsa’h ! », une exclamation reprise par tous les chlou’him comme un cri de ralliement.

La Source Spirituelle

L’expression « Didan Natsa’h » trouve sa source dans le Midrash (Rabba et Tan’houma). Il y est relaté l’histoire d’un esprit bienveillant repoussant un esprit malfaisant qui nuisait aux Juifs près d’une rivière. Un sage du Talmud conseilla aux habitants de chasser l’esprit néfaste en proclamant « Notre côté est victorieux » (Didan Natsa’h en araméen). Une goutte de sang à la surface de la rivière signala leur triomphe.

La Création du Chant

Le tournant décisif eut lieu lors de Youd Kislev, Parshat Vayetzei. Le Rabbi parla de l’importance d’attirer la délivrance (yechoua) non par la tristesse mais par la joie, encourageant une sim’ha débordante. Après le farbrengen, les bo’hourim, dont le Rav Lazar, continuèrent à danser et chanter. C’est alors que, se rappelant la scène avec le Rav Posner, il commença à fredonner les mots « Didan Natsa’h » sur la mélodie. Les autres bo’hourim reprirent immédiatement, et le chant fut répété sans cesse.

L’Adoption par le Rabbi

Dès le Chabbat suivant, cette nouvelle version fut chantée devant le Rabbi pendant le farbrengen. Le Rabbi expliqua l’importance de proclamer une victoire publiquement, comparant cela aux défilés militaires célébrant un triomphe. Cette déclaration exprimait non seulement la victoire concernant les livres mais renforçait également la mission continue de Habad.

Une Autre Version

Il existe une seconde version du nigoun « Didan Natsa’h », une composition originale de Rav Sholom Bruchstat, baal menagen de longue date de Crown Heights. Cependant, le Rabbi semblant préférer la mélodie plus ancienne et plus énergique, c’est la version du Rav Lazar qui devint l’hymne officiel de cette célébration.

Le Nigoun Aujourd’hui

Ce nigoun continue de résonner lors des célébrations de Hei Tevet, portant en lui non seulement le souvenir de la victoire historique des sefarim, mais aussi l’esprit de persévérance et de joie qui caractérise le mouvement Habad-Lubavitch.

Hé Tevet : « Des livres délivrés » – Daniel Toledano

Hé Tevet : « Des livres délivrés » – Daniel Toledano

Le Hé Tévet, jour de célébration hassidique qui commémore la libération des livres de la bibliothèque Loubavitch, nous invite à une réflexion profonde sur la relation unique qu’entretient le judaïsme avec ses textes sacrés.
Au-delà d’une simple collection d’ouvrages, les livres sont considérés comme des entités vivantes, porteurs de l’essence même de leurs auteurs. Cette conception remonte à la Torah elle-même, où D.ieu investit Sa propre essence, créant ainsi un pont entre le fini et l’infini.
L’article explore comment cette fusion entre l’auteur et son œuvre se manifeste à travers l’histoire juive, depuis les grands maîtres jusqu’à chaque individu, dont la vie elle-même peut être considérée comme un livre en cours d’écriture. Une invitation à réfléchir sur la manière dont nous composons notre propre histoire.

 

Daniel Toledano
Auteur du livre « Cinq ans – Savoir étudier le commentaire de Rachi sur la Tora », publié aux éditions Kehot.fr

 

Le Hé Tévet, jour de fête dans le calendrier hassidique, célèbre la libération des livres. L’un des aspects les plus fascinants de cet évènement lumineux est probablement l’évocation des livres comme s’il s’agissait d’êtres humains. On parle à leur propos d’emprisonnement, de sauvetage, de libération et de délivrance. Il est vrai que dans le judaïsme, les livres se confondent souvent avec les auteurs. Un maître est couramment appelé par son œuvre, si bien que parfois on sait juste le désigner par sa composition, sans connaître précisément son nom. On pense par exemple au Baal Hatourim, au Hatam Sofer, au Tsémah Tsédek ou encore au Hafetz Haïm.

Cette vénération du livre est une constante très ancienne, et tout commence avec la Tora et son commentaire oral le Talmud. C’est ainsi qu’on danse avec les rouleaux de la Tora quand on célèbre la fin du cycle annuel de leur lecture. Ou encore lorsqu’on marque le terme de l’étude d’un traité talmudique, on déclare dans le cérémonial de clôture, comme envers un être cher et aimé : « Je reviendrai vers toi, traité untel. ».

Bien plus qu’une louable et touchante manifestation de respect, il y a en réalité ici l’existence d’une identité merveilleuse et parfaite entre une œuvre et son écrivain. Un phénomène qui prend son origine avec le premier des auteurs, D.ieu lui-même, et la Tora, son livre. Selon le Talmud (Chabat 105a), D.ieu investit son essence dans la Tora – Ana Nafchi Kétavite Yéhavite. Rajoutons que d’après le Midrach, Tanya Dévé Elyahou Raba (ch.18) et Yalkout Chimoni Ekha (§1034), à chaque fois qu’on étudie un passage de Tora, D.ieu en fait de même. Dans son œuvre centrale, le Tanya (ch. 5&37), R. Chnéor Zalman de Lyadi explique que par l’étude de la Tora, on fait venir D.ieu à soi, pour ainsi dire. Dès lors, l’étude devient une rencontre tout à fait unique en son genre, entre l’homme et le divin, le fini et l’infini. Il atteste même qu’il s’agit d’une union inouïe, sans égal dans le domaine physique.

Le même principe semble valoir à propos de nos maîtres et de leurs ouvrages, offrant un nouveau visage au passage entre un sage et son message, une fois quitté ce monde. C’est ainsi que le Rabbi Rachab déclarera dans ses derniers moments de vie : « Je m’en vais au Ciel, toutefois je vous laisse mes livres. », comme si désormais, il était toujours possible de retrouver le maître à travers ses écrits. Suivant le Talmud (Békhorot 31b), citer un sage a pour effet de déclencher en retour le remuement de ses lèvres, outre-tombe. Dans une perspective encore plus inattendue, une œuvre peut carrément compléter la vie physique de son auteur, tel à propos du Rambam. Bien qu’il existe une controverse sur l’année de sa date de naissance, selon plusieurs sources juives, Rambam vécut très exactement soixante-dix ans moins quatre-vingt-trois jours.

Le Rabbi (Torat Ménahem 5752, Chémot, note 83) suggère ingénieusement que les quatre-vingt-trois sections qui structurent son chef-d’œuvre, le Michné Tora, comblent les quatre-vingt-trois journées manquantes de sorte que l’on peut affirmer qu’il vécut soixante-dix années entières.

A ce propos, le Talmud enseigne (Roch Hachana 11a, Sota 13b, Kidouchin 38a) que les justes ressemblent à Moché Rabénou, ils vivent des années pleines, en ce qu’ils naissent un jour, et des années plus tard à cette même date, ils quittent ce monde, une règle qui doit s’appliquer d’une manière ou d’une autre, de façon physique ou spirituelle.

Soulignons du reste, le lien très fort entre les deux maîtres, comme stipulé sur la sépulture du Rambam à Tibériade : « De Moché à Moché, nul ne fut semblable à Moché ». Le Michné Tora est l’œuvre maîtresse du Rambam, la seule qu’il composa d’emblée dans la langue sainte, a contrario de ses autres livres. A l’introduction de cet ouvrage rédigé à une époque de grand danger pour le judaïsme, dans le but de perpétuer la transmission de la Tora aux générations suivantes, il explique de façon stupéfiante que cet écrit est une synthèse de toute la Tora orale, une affirmation sans équivalent chez ses pairs. C’est plus que toute autre composition, le chef-d’œuvre de sa vie, et davantage que les autres, l’on peut dire à son sujet qu’il y a mis toute son essence, toute son âme, au point d’incarner sa vie.

Enfin, en forme de parachèvement à ces lignes, le principe s’étend en réalité à tout un chacun, ainsi qu’il est rapporté dans la Genèse (5,1) : « Voici le livre des générations d’Adam », dont une lecture plus imagée, à l’invitation de la langue hébraïque, peut signifier que « l’histoire d’un homme est un livre – Zé séfer, tolédot adam ».

La vie est un livre qu’on écrit. Chaque moment qui passe est peut-être une ligne, une page, un chapitre, une section qui se rédige, tout dépend de l’intensité qu’on y dirige.

Alors, puissions-nous composer, chacun d’entre nous, le plus beau des livres. « Et la plume sera pour toi un ami », ainsi que le déclare l’Admour Hazaken.

Les jours suivants le 5 Tevet, « Jours Séguoula », le Rabbi invite tout le monde à écrire leurs noms avec des demandes de bénédictions

Les jours suivants le 5 Tevet, « Jours Séguoula », le Rabbi invite tout le monde à écrire leurs noms avec des demandes de bénédictions

Le 5 Tevet 5747, lorsque la Cour fédérale des États-Unis a décidé que la bibliothèque d’Agudas Chassidei Chabad appartenait aux ‘Hassidim, le Rabbi a proclamé cela comme un moment opportun et propice.

 

Marquant la date un an plus tard, le Rabbi a expliqué (Chabbat Parshas Vayigash, Hé Tevet 5748.):

«Chaque année, les mêmes événements qui ont eu lieu au cours de cette première année sont «rappelés» et ainsi «vécus» une fois de plus – établissant cette date comme un jour spécial «Yom Segula» et un moment favorable «Et Ratson» Dans toutes les questions relatives à la victoire des livres. » 

Un jour après la victoire, le 6 Tevet, le Rabbi a dit une courte Si’ha après Maariv, invita tout le monde à écrire leurs noms avec des demandes de bénédictions et à les envoyer au Rabbi, qu’il apporterait à l’Ohel du Rabbi précédent :

« Tout le monde peut demander ce qu’il veut », a déclaré le Rabbi. « Celles-ci seront remises directement à Hachem via le Rabbi, Nassi Doreinu … »

En effet, lorsque le Rabbi est parti pour l’Ohel le lendemain, la voiture du Rabbi était pleine à craquer avec des dizaines de sacs de lettres et de notes du monde entier. Des dizaines de milliers de personnes ont saisi l’occasion et envoyé leurs demandes de bénédictions.

Regardez la vidéo de la Si’ha du Rabbi et sa visite ultérieure à l’Ohel ci-dessous.

Conformément aux paroles du Rabbi déclarant le Hé Tevet comme un «jour spécial», quelque chose que nous revivons et expérimentons chaque année, le ‘Hassidim célèbrent ce jour avec une étude accrue de la Torah et des Farbrengens. Plus important encore, pour marquer la victoire des livres, le Rabbi a demandé que tout le monde achète de nouveaux livres ou réparent les anciens.

Saisissant l’occasion de cette journée propice, beaucoup feront des voyages à l’Ohel tout au long de la journée. Anash et Temimim sont encouragés à passer du temps en cette journée spéciale et favorable en présence du Rabbi, appréciant les bénédictions spéciaux pouvant être atteints ce jour-là.

ECRIRE AU RABBI

 

L’histoire complète du Hé Tévet, jour du « Didan Natsa’h, la victoire du procès des livres »

L’histoire complète du Hé Tévet, jour du « Didan Natsa’h, la victoire du procès des livres »

Introduction

En l’honneur de la journée très spéciale du 5 Tévet, le jour où a été obtenue la victoire dans le jugement des livres, le jour où il a été révélé aux yeux du monde entier que les livres et les manuscrits de nos saints Rébbéïm sont la propriété éternelle de la communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD, – nous avons la joie de présenter ici l’histoire complète de cet épisode central de la vie du Rabbi afin d’accroître l’attachement de chacun à la source de notre vie.

Ce fascicule a été constitué grâce à différents journaux personnels tenus par certains ‘Hassidim et qui ont été publiés au fil des années. Nous les avons présentés tels quels et nous dégageons toute responsabilité quant à leur contenu. Grâce à ces écrits, nous avons pu reconstituer toute l’histoire.

De nombreuses parties du livre sont des traductions du livre « Despite all Odds » (« Malgré toutes les difficultés » – qui décrit l’histoire du mouvement Loubavitch). Ce livre a été publié après la victoire par l’écrivain Edouard Hoffman, à l’initiative de la communauté des ‘Hassidim HaBaD, bien entendu avec l’approbation du Rabbi. Ce livre a été écrit sous forme d’enquête d’investigation et la traduction en est assurée de façon indépendante. Nous avons aussi utilisé le livre « ‘Hechbono Chel Olam », les journaux Kfar ‘HaBaD qui parurent à l’époque et des journaux personnels ainsi que des témoignages qui sont publiés ici pour la première fois.

Le chapitre « Le cri du roi » est constitué par des discours prononcés à ce sujet par le Rabbi le 12 Tamouz, le 15 Tamouz et le Chabbat Pin’has de l’année 1985 ainsi que les récits de l’entrevue privée du 14 Tamouz 1985. Nous avons traduit de façon succinte et libre et nous déclinons toute responsabilité.

Le chapitre « Ajouts » contient des notes du Rabbi datées du 5 Tévet 1929 et écrites à Riga ainsi que le Témoignage de la Rabbanit ‘Haya Mouchka de mémoire bénie : il avait été recueilli à son domicile à l’époque du procès des livres. A propos de son témoignage en général et d’une des phrases qu’elle avait prononcées, le Rabbi avait déclaré que c’était cela qui avait fait gagner le procès.

La première fois qu’un fascicule a été édité par les élèves de la Yechiva du 770 Eastern Parkway à cette occasion était le 5 Tévet de l’année 1992. On y trouvait des discours du Rabbi sur le 5 Tévet depuis les années 1987 jusqu’à 1991.

Ce fascicule avait été remis dans le secrétariat du Rabbi avant la réunion ‘hassidique du 5 Tévet. Le secrétariat transmit ce fascicule au Rabbi, après la prière de Maariv (du soir), et le Rabbi écrivit sur le fascicule-même : « Que D.ieu fasse qu’il ait une action continue et favorable, dans son intégralité etc. Je le mentionnerai sur le tombeau (de mon saint beau père, le Rabbi précédent). »

Toute cette documentation a été rassemblée et compilée par le Rav Chmouel Lubecki.

Nous remercions tous ceux qui ont aidé à la préparation de ce livre. Ils sont trop nombreux pour être tous cités mais nous tenons néanmoins à souligner la participation en particulier de Rav Lévi Yits’hak Azimov, Rav Avraham Greenberg, Rav Mena’hem Mendel Feller et Rav BenTsione Korf.

Nous espérons que ce fascicule obtiendra un accueil favorable parmi les ‘Hassidim et aura un effet bénéfique sur les lecteurs de sorte que cette victoire sera immédiatement suivie par la Délivrance véritable et complète, avec la venue de Machia’h, bientôt et de nos jours, maintenant véritablement.

 

* * * *

 

Au mois de Tamouz 1985, il se produisit un « tremblement de terre » dans la capitale de Loubavitch. Quelques mois auparavant, en hiver, plusieurs caisses de livres avaient été dérobées par un inconnu, en cachette, de la bibliothèque de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD, située au 770 Eastern Parkway, à Brooklyn.

L’émotion fut encore plus grande quand on apprit l’identité du malfaiteur qui n’était autre qu’un proche parent du Rabbi, Barry Gourari, le fils de la sœur de la Rabbanit, donc le petit-fils du Rabbi précédent, Rabbi Yossef Yits’hak de mémoire bénie. Il désirait apparemment gagner de l’argent en revendant ces livres qui avaient une valeur inestimable.

Ce fut le début d’un chapitre long et mouvementé dans l’histoire de Loubavitch.

Le public l’apprit seulement lors de la réunion ‘hassidique (« Farbrenguen ») du 12 Tamouz 1985. Dans cette réunion puis dans l’entrevue privée qui suivit pour les invités le 14 Tamouz et lors du Farbrenguen du 15 Tamouz, enfin dans les Farbrenguens Balak et Pin’has, le Rabbi évoqua publiquement le vol. A la suite de cela, Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD publia un communiqué appelant solennellement ceux qui avaient dérobé les livres à les rapporter immédiatement à la
bibliothèque.

Pour bien comprendre ce qui se passait, revenons aux événements de l’hiver 1985.

Le vol

En hiver 1985, à New York, l’équipe en charge de la bibliothèque Loubavitch s’aperçut soudain que des livres rares et d’une valeur certaine – tant pour la ‘Hassidout que pour le judaïsme en général – avaient disparu des étagères : certains d’entre eux concernaient des commentaires rares de livres de Kabala, d’autres étaient des commentaires extraordinaires sur le Tana’h (la Bible).

Voici ce que raconte à ce sujet Rav Chalom Dov Ber Lévine, directeur de la bibliothèque :
« Le fils de Rabbi Chmariaou Gourari et de son épouse ‘Hanna leur rendait visite de temps à autre, parfois pour Chabbat.

Il s’avère que durant l’hiver 1985, il prit plusieurs livres du bureau dans lequel Rabbi Yossef Yits’hak recevait ses visiteurs en entrevue privée. A l’époque, nous n’avions pas encore accès à cet endroit. A la sortie de Chabbat, nous le voyions sortir avec des valises et s’engouffrer dans sa voiture mais nul ne pouvait s’imaginer ou se douter de ce qui se passait.

« A un moment donné, entre Pessa’h et Chavouot, Rav Yits’hak Wilhem qui est l’un des employés de la bibliothèque et responsable de la collection de livres de Rabbi Yossef Yits’hak me confia qu’il lui semblait que des livres manquaient. Il ne pouvait l’affirmer avec certitude car, à l’époque, il n’existait pas de catalogue de tous ces livres. Nous avons convenu de certains signes que nous avons dispersés dans la bibliothèque et, au bout d’une semaine, nous avons pu constater sans l’ombre d’un doute que des livres disparaissaient. Nos efforts pour tenter d’identifier le voleur furent vains.

« Aux alentours de la fête de Pessa’h 1985, un ‘Hassid de Loubavitch, négociant en livres anciens en Israël, apprit que des livres en provenance de la bibliothèque de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD étaient proposés à la vente. Il en informa immédiatement le secrétariat et, à la suite de cela, on se mit à surveiller plus étroitement ceux qui entraient dans la bibliothèque et qui étaient susceptibles de dérober des livres.

« Toutes les tentatives pour attraper en flagrant délit le voleur se révélèrent infructueuses…. jusqu’à ce que Rav Barou’h Halberstam, un des secrétaires fidèles de la maison du Rabbi – et qui était aussi responsable de la collection en question – installa une caméra cachée qui fonctionna déjà avant la fête de Chavouot.

« Durant la fête de Chavouot, la caméra ne révéla rien. Ce n’est que le 22 Sivan de cette année qu’elle signala l’entrée de Barry Gourari, le neveu de la Rabbanit, dans la cave de la bibliothèque, à une heure tardive : il en sortait un peu plus tard, portant des sacs pleins de livres.

« Immédiatement, Rav Halberstam informa la Rabbanit du vol manifeste. Quand elle entendit cela, elle déclara qu’elle ne pouvait pas comprendre pareille chose : « Elle semblait complètement bouleversée ! » raconta plus tard Rav Halberstam.

« Tout de suite après que la Rabbanit eût été informée, elle demanda au regretté Rav Chnéour Zalman Gourari de faire vérifier les Mezouzot de l’étage supérieur du 770 Eastern Parkway, là où habitait sa sœur, la mère de Barry Gourari.

« Les ‘Hassidim de Loubavitch savaient que, bien que Barry Gourari. fût le petit fils de Rabbi Yossef Yits’hak et le fils du directeur de toutes les Yechivot Tom’hé Tmimim du monde, il s’était depuis bien longtemps détaché du mouvement Loubavitch : il avait à peu près 60 ans, vivait dans le New Jersey et s’était même détaché de tout ce qui constitue le judaïsme orthodoxe. A part des visites à ses parents qui habitaient au 770 Eastern Parkway, il n’avait aucun lien avec le Rabbi ou quiconque était affilié à Loubavitch…

« Quand on lui demanda de rendre les livres, il refusa en prétextant que sa mère et sa tante (la regrettée Rabbanit ‘Haya Mouchka) lui avaient donné la per-
mission de prendre tous les livres qu’il désirait. Il insista que les livres

– en tout cas une partie d’entre eux lui appartenaient et qu’il avait l’intention de les revendre à prix d’or. Quand on demanda à la Rabbanit s’il était vrai qu’elle avait donné une quelconque autorisation dans ce sens, elle le nia complètement : Barry Gourari. était donc pris en flagrant délit de mensonge.

« En réponse à ces vols, on changea les serrures de la bibliothèque et l’alarme fut donnée.

« Pendant ce temps, on s’aperçut que Barry Gourari. avait commencé à revendre les quelques 400 livres qu’il avait réussi à dérober. Des négociants en livres rares avaient montré beaucoup d’intérêt, aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis et en Israël : une Haggada de Pessa’h de l’année 5519 (1759 ) avait été vendue pour la somme de 69.000 dollars à un commerçant suisse. Celui-ci la revendit à un marchand d’antiquités qui était prêt à payer la somme de 150.000 dollars. Plus tard, les ‘Hassidim apprirent que Barry Gourari. avait fait appel à une maison d’enchères publiques qui appartenait à l’Église de Manhattan mais les responsables s’étaient douté qu’il s’agissait de marchandise volée et refusèrent d’accepter une responsabilité quelconque dans l’achat ou la vente de ces livres.

« Comme Barry Gourari. refusait toujours de rapporter ces livres, malgré les supplications de son père, le Rabbi lui-même se saisit de cette affaire. Il s’ensuivit des négociations entre le Rabbi et son neveu, par l’intermédiaire du père, Rav Chmariaou Gourari. Le Rabbi lui demanda de régler cela à l’amiable et le plus vite possible puisque « les livres appartiennent à l’ensemble des ‘Hassidim et doivent certainement être rendus à leurs propriétaires légitimes ».

Il faut souligner que la façon dont le Rabbi traita cette affaire montre bien qu’il ne s’agissait pas d’un vol ordinaire mais qu’il s’agissait plutôt d’une accusation contre la succession du Rabbi précédent – que D.ieu nous en protège. Ceci était évident par le peine que cela causa au Rabbi et qui se manifesta publiquement comme nous le verrons plus loin .

On a appris dernièrement que des objets de culte ainsi que des manuscrits – appartenant à la bibliothèque de Rabbi Yossef Yits’hak de mémoire bénie, qui se trouve dans sa maison à Brooklyn – sont actuellement dans la possession de certaines personnes : négociants en antiquités, collectionneurs etc.

Il est de notre devoir de rappeler – comme l’a fait le Rabbi Chlita dans plusieurs réunions ‘hassidiques dernièrement – qu’il est formellement interdit de faire sortir quelque objet ou livre que ce soit de cette bibliothèque. C’est pourquoi il est non seulement interdit mais de plus, très dangereux – d’acheter ou de receler quelque objet ou livre de cette collection.

Tout livre, objet ou manuscrit issu de la bibliothèque ou de la maison de Rabbi Yossef Yits’hak – que sa mémoire nous protège – doit se trouver uniquement dans sa maison, 770 Eastern Parkway, Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD – Ohel Yossef Yits’hak Loubavitch. Toute personne qui possèderait un de ces objets est instamment priée de le rapporter dans cette maison, la maison de Rabbi Yossef Yits’hak.

Nous supplions toute personne qui a en sa possession l’un de ces objets ou qui connaît quelqu’un dans ce cas de le rapporter immédiatement à sa place naturelle (en Israël, il est possible de les déposer dans Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD – Ohel Yossef Yits’hak Loubavitch à Kfar ‘HaBaD : de là, ils

Nous sommes prêts à dédommager celui pour qui cette restitution causerait une perte financière pour la somme qu’il aurait déboursée afin d’acquérir ces objets en fonction des preuves qu’il apportera.

Nous sommes confiants que nos frères ne se rendront pas coupables et ne se mettront pas en danger en se rebellant contre la parole des Sages, de nos saints Rébbéim. Béni sera celui qui se conformera à ces paroles.

Une fois que les discussions avec le petit fils se soient prouvées vaines, les membres de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD furent convoqués dans le bureau du Rabbi, Roch ‘Hodech Tamouz 1985. Il s’agissait de Rav Biniamine Éliahou Gorodetzki, Rav ‘Haïm Morde’hai Eizik ‘Hodakov, Rav Morde’hai Mentlik, Rav Moché Pin’has Katz, Rav Chnéour Zalman Gourari, Rav Nissan Mindel – tous de mémoire bénie – et Rav David Raskin, qu’il vive longtemps.

Aucun de ceux qui avaient été convoqués ne savait que les autres l’avaient été aussi.

Le Rabbi s’exprima d’une façon tellement allusive que nul ne comprit de quoi il s’agissait. Le Rabbi dit alors que si les choses ne s’arrangeaient pas à la suite de cette conversation jusqu’au 12 Tamouz, il évoquerait le problème en public lors de la réunion ‘hassidique du 12 Tamouz. Comme nous l’avons dit, aucun des participants à cette réunion n’avait compris de quoi il s’agissait car ils n’avaient pas été mis au courant du secret.

Un rapport particulier de cette entrevue fut retranscrit immédiatement après et porta le titre de « Souvenir des paroles ». Voici ce qu’il contenait :

B.H.
Deuxième jour de Roch ‘Hodech Tamouz 1985
Aujourd’hui, jeudi 1er Tamouz 1985 – le mois de la délivrance
– nous avons mérité d’entendre que nous (Rav Mentlik,Rav Gorodetski, Rav Raskin, Rav ‘Hodakov, Rav Mindel, Rav Katz, Rav Gourari) avons été convoqués dans le bureau du Rabbi Chlita à 8 heures du soir.
Le Rabbi a commencé ainsi : « Nous approchons du jour anniversaire et du jour de la délivrance de Rabbi Yossef Yits ‘hak et nous nous trouvons le jour de Roch ‘Hodech. Et bien que nous espérons, avec l’aide de D.ieu, dire tout cela au moment de la réunion ‘hassidique du jour de la délivrance, il ne sera alors pas possible de donner des détails ; de plus il pourrait alors y avoir un intérêt mal placé. C’est pourquoi je vous le dis maintenant, à vous :
Cette maison de 770 est appelée au nom de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD. Ce nom n’a pas été donné pour échapper au fisc
mais il en est effectivement ainsi : toute la maison, ses chambres et les pièces dans lesquelles on prie, on étudie la Torah et on s’occupe de tout ce qui concerne la diffusion de la ‘hassidout car ce sont des activités spécifiques à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.
En ce qui concerne l’héritage, la loi stipule que si les héritiers partagent les biens, chacun procède à sa propre estimation et doit donner un

Rav ‘Haïm Morde’hai Eizik ‘Hodakov

Jusqu’à présent, il n’a pas été procédé au partage des biens de Rabbi Yossef Yits ‘hak donc tout appartient au légataire : aussi bien les livres, les fascicules, les manuscrits, les objets de culte et les ustensiles de maison appartiennent au légataire. De plus, de même que sa descendance est en vie, de même il est lui aussi en vie et il en sera ainsi pour l’éternité, sans qu’il soit procédé à l’héritage et il est évident que telle est la volonté du légataire.

Si quelqu’un venait à objecter à cela et si quelqu’un désirait le faire taire et désirait acheter un fascicule ou un manuscrit pour me le donner en cadeau, je n’en voudrais sous aucune forme que ce soit et je ne le prendrai pas. Je l’interdis formellement. De plus on connaît la réponse du Maharam de Rotenberg qui interdisait de racheter les prisonniers pour des sommes au-dessus de leur valeur.

En ce qui concerne Eretz Israël, qu’on fasse une maison dans Kfar ‘HaBaD qui portera le nom de mon beau-père, le Rabbi et qui s’appellera : « Ohalé Yossef Yits’hak Loubavitch ». Ce sera un endroit de prière, d’étude de la Torah et de diffusion de la ‘hassidout. La somme nécessaire pour cela sera mise à la disposition : j’ai déjà l’argent nécessaire pour cela, D.ieu merci.

Je confie cette tâche à ceux qui ont été convoqués, qui ont un rapport avec Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD et souhaite qu’ils me soient associés dans cette entreprise ». Le Rabbi était décidé à ce sujet et nous avons tous accepté sa demande et sa proposition.

Nous sommes certains qu’il n’y aura pas de dispute à ce sujet de la part de qui que ce soit et que tout se passera selon sa sainte volonté, de façon bienveillante et avec pitié, de façon ouvertement bonne, ici, « plus bas que 10 Tefa’him ». Que se réveillent et se réjouissent ceux qui gisent sous terre – et lui, le Rabbi (précédent) à leur tête pour accueillir notre juste Machia’h, vraiment bientôt.

Cette réunion entre le Rabbi et ces ‘Hassidim dura environ une demi heure. Le Rabbi déclara entre autres qu’il les avait choisis parce qu’ils étaient des ‘Hassidim du Rabbi précédent et que « de même que sa descendance est en vie, de même il est en vie » ;

Immédiatement après cette réunion commença à fonctionner la maison appelée Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD en Israël, à Kfar ‘HaBaD selon la volonté du Rabbi. Entre temps, une maison fut mise à la disposition provisoire par le Conseil du Kfar et, très peu de temps après compte tenu des conditions générales à l’époque, on construisit une maison exactement semblable à sa « jumelle » de New York, le 770 Eastern Parkway.

Le Rabbi évoque publiquement le méfait

Le 12 Tamouz, le Rabbi évoqua publiquement pour la première fois le vol des livres. (Il faut souligner le fait que, au début de la réunion ‘hassidique, qui était retransmise en direct à la télévision, le Rabbi ne parla pas du tout des livres et ce n’est qu’après le départ des caméramen que le Rabbi évoqua le sujet publiquement).

Le Rabbi déclara tout d’abord que les membres de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD s’étaient réunis et avaient pris les décisions suivantes :

Affirmer que le bâtiment du 770 Eastern Parkway appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD : « En ce qui concerne ce bâtiment, le Rabbi qui a été délivré ce jour-ci l’avait donné à l’avance à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD ; c’est pourquoi il n’a jamais payé les taxes foncières car cette organisation est exemptée de ces taxes par la loi du pays…

C’est pourquoi ils ont aussi décidé lors de cette réunion:

– et certainement chacun les aidera en cela – que cela sera publié bien que cela soit déjà de notoriété publique comme quoi ce bâtiment est la possession de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD. Telle était la volonté du Rabbi qui a été délivré ce jour, c’est ce qu’il a écrit et ce qu’il a ordonné : on doit enregistrer cela dans tous les documents de vente et d’achat – « Koufqué » comme on appelait cela en Russie – concernant cette maison. Il est aussi évident qu’il a voulu et qu’il a institué qu’on prie dans ce bâtiment et en particulier dans la partie du bâtiment qui lui servait de demeure privée, là où il dormait, mangeait et buvait.

Instituer que les jeunes gens qui étudient au Collel commencent à étudier dans l’appartement de mon beaupère le Rabbi (précédent).

En fonction de cela, ils ont aussi décidé qu’on continuera à prier dans cet endroit…

Bien entendu, on s’efforcera de continuer à y prier et à y étudier la Torah et en particulier ses enseignements.

Faire inscrire sur le bâtiment dans lequel a habité mon beau père, le Rabbi (précédent) l’inscription : « Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » avec le titre suivant « Ohalé Yossef Yits’hak ».

Il faut ajouter …qu’on appellera aussi ainsi cet étage « Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » : c’est une chose qu’on ne peut nier car c’est ce qu’a fixé le Rabbi qui a été délivré ce jour ; néanmoins, l’habitude du monde et celle de la Torah est qu’il faut donner un nom général et après cela, un second titre…

C’est pourquoi, en plus du nom « Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD », ce sera appelé à partir de maintenant – nous en prenons la décision, une décision sur laquelle nul n’a le droit d’objecter – également avec le second titre : « Ohalé Yossef Yits’hak ».

Ensuite le Rabbi commença à raconter le méfait :

« Nous nous trouvons actuellement dans une période d’obscurité double et triple de l’exil au point qu’il est malheureusement arrivé un événement très grave que personne n’aurait pu imaginer !

Dernièrement, des individus se sont introduits dans la bibliothèque Loubavitch – une bibliothèque qui a été établie et enrichie par mon beau-père, le Rabbi (précédent), chef de notre génération – et ils ont pris des livres.

Ceux qui y sont entrés ont estimé qu’ils parviendraient à se cacher et que personne ne les remarquerait. Mais le Rabbi s’en est mêlé et voici le miracle : quand ils en sont sortis, on les a remarqués et des gens les ont vus !

Il y a encore quelqu’un qui n’a pas rapporté ce qu’il a pris et à l’heure actuelle, il n’a apparemment pas l’intention de le faire. De plus, il complote comment il pourrait dérober d’autres livres en prétextant qu’il a des droits sur une partie des livres en tant qu’héritier ».

Certains ‘Hassidim voulurent racheter les livres de Barry Gourari. afin de les rapporter à la bibliothèque. Mais le Rabbi refusa absolument cette solution et déclara que ceux qui avaient déjà racheté des livres seraient indemnisés s’ils montraient les preuves d’achat.

« Ce que nous désirons ici alerter et clarifier, c’est qu’il se trouve des ‘Hassidim sots. Bien que le Rabbi, chef de notre génération ait déclaré qu’un ‘Hassid est intelligent, nous nous trouvons néanmoins dans une période d’exil double et triple et un ‘Hassid veut prouver qu’il est plus intelligent que le chef de notre génération : ceci est possible à cause de la sottise. Il s’imagine que puisque, une heure auparavant, on a fait sortir un livre ou quelque chose de semblable, il va se dévouer et il ira à l’encontre de cette interdiction explicite du chef de notre génération, il donnera de l’argent pour sauver le livre et le rapporter dans la possession du Rabbi qui a été délivré aujourd’hui.

C’est pourquoi je déclare encore une fois : il faut savoir que si on lui donne un seul centime – quelle que soit sa véritable intention par cela – on agit contre la volonté du Rabbi (précédent) et, à la suite de cela, on connaît la conséquence :

« Cela ne réussira pas !» non seulement dans le monde futur mais cela ne réussira pas aussi dans ce monde-ci.
Cette personne sotte qui a déjà agi ainsi devra se dépêcher de tout rapporter, de montrer la preuve d’achat qu’il a reçue (non pas qu’il a pris mais qu’il a bel et bien acheté). Sans en faire la promesse, on lui rendra l’argent bien qu’il soit sot car on a bien pitié de lui….On lui rendra l’argent à condition qu’il produise la preuve de l’achat.

Que ceci soit annoncé dans les endroits où des gens sont susceptibles d’acheter des livres de mon beau père, ou des manuscrits ou ses Tefilines ou le Sidour du Baal Chem Tov etc. Qu’on sache que c’est non seulement l’opposé de la volonté du Rabbi (précédent), mais qu’il est en vie et que c’est contre sa volonté et cela n’apportera pas la réussite ».

A la suite de cette demande du Rabbi dans cette réunion ‘hassidique, il fut écrit sur le fronton du 770 Eastern Parkway – au deuxième étage – là où avait habité Rabbi Yossef Yits’hak de mémoire bénie – « Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » et, en deuxième ligne : « Ohalé Yossef Yits’hak ». Ceci fut aussi écrit dans le Collel.

L’entrevue générale pour les invités – le 15 Tamouz 1985 au soir

Lors de l’entrevue générale accordée aux invités venus spécialement passer la fête de la libération (du Rabbi précédent), le Rabbi prononça des mots très durs en ce qui concernait le vol des livres. Nul ne s’était imaginé que le Rabbi en parlerait pendant cette entrevue mais il semble que tout cela affectait grandement le Rabbi, de toutes les fibres de son être.

Au début de son discours, le Rabbi évoqua longuement le fait que le chef de la génération est l’égal de toute la génération comme le dit Rachi dans son célèbre commentaire (dans la Paracha ‘Houkat – Nombres 21 : 21 ; voir Bamidbar Rabbah 19 : 28 et le Midrach Tan’houma ‘Houkat 23). Puis le Rabbi répéta que le chef de la génération « est en vie » grâce au fait que « sa descendance est en vie ». Le Rabbi ajouta :

« Afin que ces paroles soient encore mieux comprises et que nous puissions les ressentir concrètement, il existe plusieurs objets pour lesquels le Rabbi qui a été libéré ces jours-ci a donné sa vie, en particulier ses livres qui sont vraiment vivants ».

Le Rabbi repoussa l’argument selon lequel, depuis le 10 Chevat 1950 (date de la disparition du Rabbi précédent), il n’existe plus la situation dans laquelle « il est en vie ». Au contraire, expliqua le Rabbi, après le 10 Chevat, toutes les limitations du corps desquelles il était dépendant ont disparu. Il est donc présent maintenant plus que jamais :
« Il s’ensuit que cela fait 35 ans que, d’année en année, il est encore plus vivant et plus « actif » dans tous les domaines auxquels il était attaché durant sa vie dans ce monde physique. Combien plus en ce qui concerne ses livres, ses manuscrits, ses objets personnels etc. Dans son monde futur, il est encore plus vivant et plus attaché à eux ».

Le Rabbi émit alors une proposition :

« Nos Rébbéim ont toujours ardemment désiré obtenir une possession en Eretz Israël, comme cela s’était concrétisé avec le Rabbi Emtsaï qui avait acheté un terrain en Eretz Israël et avec le Rabbi Chalom Dov Ber de mémoire bénie ; il en avait été de même avec Rabbi Yossef Yits’hak qui avait acquis un terrain en Israël, en l’occurrence le village de Kfar ‘HaBaD ».

C’est pourquoi le Rabbi proposait que dès ce 15 Tamouz, (jour durant lequel la lune est complète et qui est aussi le jour de la Hiloula du Ohr Ha’haïm Hakadoch – qui était en relation avec le saint Rabbi Baal Chem Tov, auquel avait succédé Rabbi Yossef Yits’hak), il convenait d’acquérir une maison qui porterait le nom du Rabbi précédent : « Ohalé Yossef Yits’hak – Loubavitch dans laquelle les membres du Collel étudieraient les enseignements du Rabbi précédent ainsi que la portion quotidienne du Rambam. Le Rabbi précisa que de l’argent avait déjà été déposé dans la banque pour cela :

«Nous sommes le 15 Tamouz, le jour où la lune est pleine ; or la lune représente le Mazal du peuple juif (« qui est appelé à se renouveler comme elle dans l’avenir»)… Donc en ce jour, on achètera immédiatement un terrain sur lequel on pourra par la suite construireunevraiemaison ; onluidonneralenomde« Ohel Yossef Yits’hak – Loubavitch », justement dans Kfar ‘HaBad puisque c’est lui qui a fondé ce village, c’est lui qui s’est dévoué corps et âme pour lui afin que ce soit un endroit d’amour du prochain pour parvenir à l’unité du peuple juif, un endroit d’où jailliront les sources de la ‘hassidout qui se répandront dans tout Éretz Israël et, de là, même en dehors de cette terre.

« Déjà en ce jour du 15 Tamouz et en cette année, on achètera la maison et on y étudiera les enseignements du Rabbi qui a été délivré ces jours-ci. Puisque cette année les Juifs étudient le Rambam, nous étudierons la portion quotidienne du 15 Tamouz de cette année ».

Le Rabbi voulait que tous ceux qui avaient acheté par erreur les livres les rapportent immédiatement dans cette maison de Kfar ‘HaBaD : de là, ils seraient rapportés dans leur place normale et naturelle, la bibliothèque de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD :

« Il est certain que ceux qui ont acquis par erreur un de ces livres le rapporteront aussi vite que possible : celui qui se dépêche est digne de louanges. De là, on les rapportera dans la maison de mon beau père le Rabbi, celle qui se trouve à Kfar ‘HaBaD et ils seront rapportés ici, avec joie et enthousiasme. Celui qui les rapportera le fera également avec joie et enthousiasme ».

Là, le Rabbi évoqua un miracle évident qui s’était produit au moment du vol : les gens impliqués dans ce méfait avaient subi des problèmes de santé mais dès qu’ils avaient décidé – au moins par la pensée – de les rapporter, leur santé s’était améliorée. Il était certain que dès qu’ils les rapporteraient effectivement, leur situation s’améliorerait encore davantage :

« Ils ont vu un miracle évident dans lequel il n’était pas nécessaire de forcer mon beau père le Rabbi à s’occuper de ce genre de sujets : dès qu’ils ont touché ces objets, il leur est arrivé le contraire de la bonne santé, que D.ieu nous en préserve, à eux ou aux personnes de leur entourage. Ils ont constaté de leurs yeux que, dès qu’ils ont pris la décision de réparer cela, leur santé s’était améliorée et il est clair que cela s’améliorera considérablement quand ils auront effectivement rapporté ces livres ».

Le Rabbi souhaita encore une fois que les membres du Collel puissent étudier les enseignements du Rabbi (précédent) et la portion quotidienne du Rambam, de façon agréable et paisible, dans la demeure du Rabbi (précédent) :

« Qu’on permette également aux membres du Collel ici d’étudier ici la ‘Hassidout et la portion quotidienne du Rambam et tout le reste, aujourd’hui même, le 15 Tamouz, alors que la lune est compète. Puis ils y resteront aussi les jours de semaine et durant toute l’année ; que cela se passe de façon agréable et d’une manière apaisante…Il est certain qu’on n’aura pas besoin d’en arriver là mais que tout ceci se passera de façon respectable, de façon agréable et sereine.

« Que les membres du Collel se mettent à étudier le plus rapidement possible, qu’ils entrent dans la demeure du chef de notre génération, là où il vit avec son âme qui n’est plus gênée par les limites du corps et qui est de plus en plus vivante chaque année comme il est dit (dans le Zohar – parachat Terouma p. 128, dans le Tanya (chapitre 27), Likouté Torah – parachat Pikoudé et ‘Houkat et d’autres) et comme l’a expliqué le Rabbi qui a été délivré ces jours-ci dans les discours ‘hassidiques prononcés en cet honneur : le mot « Histalek » signifie qu’il se trouve encore plus vivant que jamais ».

A la fin de l’entrevue, le Rabbi souhaita qu’avec toutes les synagogues et maisons d’étude – et en particulier celles de Rabbi Yossef Yits’hak avec tout ce qui lui appartient, y compris sa bibliothèque, ses manuscrits et ses objets personnels – nous puissions accueillir notre juste Machia’h avec joie et avec un cœur débordant d’enthousiasme.

Le procès

De nombreuses personnalités, en particulier des personnes aisées et influentes de la communauté, tentèrent de faire pression sur Barry Gourari. afin qu’il parvienne à un compromis avec les ‘Hassidim mais il s’y refusa absolument. Il prétextait que les livres lui appartenaient mais, bien entendu, les ‘Hassidim ne pouvaient l’admettre car cela contredisait toute leur perception des liens entre le Rabbi et ses ‘Hassidim.

Il ne restait plus beaucoup de possibilités à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD pour parvenir à un résultat. Il s’agissait d’un homme qui avait volé des livres pour les revendre et il serait très difficile de les récupérer une fois qu’ils auraient été vendus.

Les responsables de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD adressa un message à Barry Gourari. pour lui demander de se présenter devant un tribunal rabbinique comme l’exige la loi juive mais il s’y refusa.

Le Rabbi désirait que Agoudat ‘Hassidé ‘HabaD obtienne une décision claire des Rabbanim selon laquelle la bibliothèque appartenait bien à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD. Rav Yehouda Kalman Marlow et Rav Moché Bogomilsky posèrent la question à des Rabbanim – qui n’étaient pas Loubavitch ; ils écrivirent que les livres appartenaient bien – selon la loi de la Torah – à Agoudat ‘Hassidé HaBaD. Il semble que le Rabbi tenait
à ce que même des Rabbanim qui

Rav Yehouda Krinsky

n’étaient pas Loubavitch décident que telle était la conduite à tenir (et on ne pourrait pas prétendre que c’était normal de leur part puisqu’ils n’étaient pas liés naturellement au Rabbi).

Suite à cette décision, la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD déposa une plainte pour vol devant le tribunal municipal contre
Barry Gourari. assortie d’une demande de geler toute possibilité de vente, avec l’espoir que cela persuaderait l’autre partie de faire marche arrière.

Ceci se passait en été et de nombreux juges se trouvaient en vacances. Rav Krinsky s’adressa donc au célèbre avocat Nathane Lévine de Washington D.C. Après que Rav Krinsky l’ait mis au courant des détails de la situation, M° Lévine estima qu’il était réaliste de saisir le tribunal fédéral (« Eastern District » de Brooklyn) et d’exiger un arrêt suspensif immédiat.

Dès le lendemain, Rav Krinsky et M° Lévine contactèrent le tribunal fédéral. L’affaire devait être jugée dans ce tribunal et non dans un tribunal régional habituel parce que le voleur habitait le New Jersey – et non New York – et que les livres y avaient été transférés, donc en-dehors des limites de l’état. Rav Krinsky signa le dépôt de plainte en se qualité de secrétaire de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD tandis que le juge Gleizer – qui préside encore aujourd’hui le tribunal signa l’ordre de geler la circulation des livres.

Le représentant du Tribunal se présenta au domicile de Barry Gourari. avec le papier signifiant la décision provisoire empêchant dorénavant toute vente de livres ; les livres restants devaient être entreposés dans une réserve sous l’autorité du tribunal.

Après cette première étape du gel de toute transaction de ces livres, Rav Krinsky entra dans le bureau du Rabbi. Il raconte :

«Immédiatement après la prière de Min’ha, j’ai annoncé au Rabbi que l’ordre de geler toutes les transactions avait été transmis, que tous les livres avaient été saisis et placés sous séquestre dans un endroit sûr. Le Rabbi émit un soupir de soulagement. On pouvait clairement distinguer une certaine satisfaction sur son visage. Il me demanda de transmettre immédiatement ces développements à la Rabbanit et me donna d’autres instructions pour la suite ».

Avant le début du jugement, les membres de Agoudat ‘Hassidé ‘HabaD avaient demandé au décisionnaire Rav Israël Yits’hak Pikarski – de mémoire bénie – ce qu’il pensait du point de vue de la Hala’ha (loi juive) à propos d’une plainte déposée devant un tribunal civil dans ce cas-là. Il répondit que ce n’était pas seulement permis mais que c’était une obligation.

Quand ils se présentèrent devant le juge pour discuter de ce sujet avant même de déposer la plainte, le juge proposa à Barry Gourari. de se présenter plutôt devant un tribunal rabbinique mais il refusa. Il ne restait donc plus d’autre solution pour Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD que de présenter une plainte officielle devant le tribunal
– malgré la peine et la honte que cela impliquait – afin de geler toutes transaction des livres.

Le 6 Éloul (23 août) 1985, Barry Gourari. présenta pour sa défense l’ar-f gument suivant lequel tous les livres lui appartenaient ; selon lui, puisqu’il était l’unique petit-fils du précédent Rabbi, il avait tout simplement le droit de récupérer l’héritage de son grand père.

Le 8 Tichri 1986, il joignit à sa demande l’appui de sa mère qui devenait donc la seconde plaignante.

Voici comment se passent ces procès, d’habitude, aux EtatsUnis : douze jurés sont choisis par tirage au sort. Ensuite, les deux parties doivent tenter de convaincre, sous l’arbitrage du juge, les jurés et c’est le représentant des jurés qui décide qui a tort et qui a raison. Selon cette décision, le juge fixe la peine et les dédommagements éventuels.

Si le procès s’était effectivement passé ainsi, Barry Gourari. aurait eu toutes les chances de son côté. En effet, comment de simples non Juifs, peu au courant des coutumes des ‘Hassidim, pourraient-ils comprendre le lien profond qui unit les ‘Hassidim au Rabbi ? C’est pourquoi la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD demanda au tribunal que, vu la singularité de ce procès, seul le juge serait habilité à se prononcer et non pas des jurés non juifs choisis au hasard.

Le 17 Tichri, (2 octobre), Barry Gourari. exigea que le procès se déroule normalement, c’est-à-dire avec des jurés mais cette demande fut rejetée. Le 8 ‘Hechvane (23 octobre), la mère demanda elle aussi que le jugement soit déterminé par des jurés mais cette demande fut également rejetée.

La Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD fit appel à deux bureaux d’avocats : « Miller Kassidi Leroka et Louine », de Washington, D.C. et « Chnirer Harrisson Ségal et Lewis » de Philadelphie pour la représenter devant le tribunal. Les avocats principaux étaient Nat (Nathane) Lévine de Washington et Jerry (Yossef) Schusstak de Philadelphie, l’associé de Nat Lévine. M° Schusstak avait déjà auparavant aidé la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD à récupérer en Pologne les livres de la Bibliothèque en 1969 ; un troisième bureau d’avocats aidait ces deux-là : il s’agissait de «Schloss, Stann et Douline » de New York.

Voici un extrait d’une lettre que le Rabbi adressa à l’avocat M° Yossef Schusstak (le 17 Iyar 1969 – traduction libre de l’anglais) suite à son aide efficace dans la libération des manuscrits des Rébbéim restés en Pologne, en ‘Hechvane 1968):

« Cette lettre parvient avec retard si on considère l’importance du sujet. De fait, c’est ce sujet lui-même ou, pour être plus précis, la sensibilité de ce sujet qui est la raison pour laquelle j’ai retardé la rédaction de cette lettre. En effet, il n’est pas facile d’exprimer par des mots – et encore moins facile d’exprimer par écrit – des sentiments personnels profonds. C’est la raison pour laquelle j’ai reporté l’écriture de cette lettre encore et encore, en espérant atteindre la sérénité nécessaire pour cela. Mais comme ces sentiments ne s’apaisent pas avec le temps, il ne sert à rien de reporter encore une fois cela.

« Bien entendu, je fais allusion à l’initiative chargée de sens selon le point de vue du judaïsme concernant le retour des manuscrits et des livres appartenant à la Bibliothèque de mon beau père, le Rabbi (précédent). Vous l’avez rendu possible grâce à vos amis et cela a déjà notablement porté ses fruits en ce qui concerne une grande partie de ces livres qui ont été réintégrés dans leur place normale, dans leur « maison ».

« Comme vous le savez, la bibliothèque Schneersohn comprend non seulement la collection des livres que mon beau-père avait acquise pour lui-même tout au long de sa vie mais aussi – et surtout les manuscrits et les livres qu’il avait reçus en héritage de ses saints ancêtres dans les générations précédentes. Certains d’entre eux datent aussi loin que de Rabbi Chnéour Zalman, fondateur du mouvement ‘HaBaD.

« Bien entendu, il n’est pas besoin de revenir longuement sur le sens profond que ces manuscrits revêtaient pour mon beau-père, le Rabbi, comme pour tous les Rébbéim ‘HaBaD qui l’avaient précédé. Il avait avec eux un lien intime profond, bien au-delà de ce qu’il éprouvait pour d’autres livres et manuscrits qui n’avaient pas cette valeur sainte. Nombre de ces écrits représentent le cœur et l’âme de la sainte littérature ‘Habad.

« C’est pourquoi vous pouvez aisément comprendre combien j’étais sensible à ce sujet – et je le serai toujours – et vous pouvez aussi comprendre les sentiments de tous les amis du mouvement Loubavitch. Vous avez agi grandement et noblement en consacrant votre temps, vos efforts et vos relations afin de ramener
« à la maison » ces manuscrits et ces livres saints. C’est véritablement un cas de « délivrance de prisonniers » car ce n’est que lorsque ces trésors spirituels se trouvent dans leur maison qu’ils peuvent remplir leur fonction vitale, non seulement pour ceux qui sont directement attachés au mouvement Loubavitch ‘HaBaD mais aussi pour l’utilisation par tout le peuple juif : car c’est ainsi qu’est rendue possible la diffusion de la ‘Hassidout ‘HaBaD et la partie cachée de la Torah.

« Puisque « la récompense d’une Mitsva est la Mitsva ellemême », elle n’a pas besoin d’un « Merci beaucoup ! » d’un être de chair et de sang ; votre action noble se situe certainement au-delà de toute expression de remerciement. Néanmoins je suis obligé d’exprimer – en mon nom personnel et au nom du mouvement à la tête duquel j’ai le privilège de me tenir et au nom de tous ceux qui profiteront effectivement ou au moins virtuellement de tout cela – notre satisfaction et nos remerciements du fond du cœur.

« Avec votre permission, en réfléchissant profondément au sujet en question, je souhaite ajouter encore un point qui est lui aussi basé sur la Torah de la ‘Hassidout HaBaD dont les vues sont une partie de notre Torah, la Torah de vérité et la Torah de vie. Pour cela, je voudrais d’abord expliquer brièvement :

« Un des principes fondamentaux de la ‘Hassidout ‘HaBaD, expliqué par Rabbi Chnéour Zalman dans « Chaar Hayi’houd Véaémouna » qui est une partie de son important livre, le Tanya (et dans d’autres endroits) est que toute chose, même un objet inanimé possède une âme ou – en d’autres mots
– une graine spirituelle qui l’anime comme il est expliqué dans le premier chapitre de « Chaar Hayi’houd Véaémouna » mentionné plus haut : « Même dans ce qui est vraiment inanimé comme les pierres, la poussière et l’eau, il se trouve une âme et une vitalité spirituelle ».

« Bien entendu, il existe différents degrés dans cet aspect spirituel. Tout d’abord, il existe l’objet matériel simple qui ne

contient une étincelle divine qui le fait exister et vivre que par le fait qu’il a été créé. Un degré plus haut est celui de l’objet dont on s’est servi dans un but profitable. Enfin un degré encore plus haut est celui de l’objet qu’on a utilisé pour accomplir une Mitsva. Il est expliqué dans l’enseignement de la ‘Hassidout ‘Habad que lorsqu’on utilise un objet simple pour une bonne cause, et en particulier pour une Mitsva, il passe par un processus de purification et de clarification jusqu’à devenir un objet saint (comme par exemple des Tefilines fabriqués à partir de peau et de parchemin).

« Nous pouvons appliquer cette idée au sujet qui nous préoccupe : nous avons évoqué des manuscrits et des livres qui ont une importance toute particulière, qui ont été écrits par des hommes qui ont consacré toute leur vie à la Torah et au peuple juif ; ils ont étudié la Torah de toutes les fibres de leur être et ainsi, ils ont enrichi et éclairé la vie du peuple d’Israël. Dans ce cas, il est certain et évident que même l’aspect « matériel » et « inanimé » de ces manuscrits est imprégné d’une lumière et d’une vie éternelles, d’un niveau des plus élevés.

Mais quand ces manuscrits sont retirés de leur environnement naturel, de leur maison, ils sont en exil et prisonniers même si on les traite bien. Ils sont prisonniers au plein sens du terme, ils ne pourront jamais être véritablement heureux même si on leur fournit tous leurs besoins matériels ou même spirituels car ils aspirent à retourner chez eux, à être réunis avec leur famille, leurs amis et à tout l’environnement auquel ils appartiennent.

Pour cette raison, il s’agit là vraiment de « rachat des prisonniers » dans le sens habituel, une Mitsva qui est si importante. C’est pourquoi il est impossible de chiffrer la grandeur du mérite que vous-même et vos associés dans cette affaire de « rachat des prisonniers » de ces manuscrits avez acquis.

Je suis conscient du fait que certains estimeront qu’il s’agit là d’arguments mystiques et qu’ils n’entrent pas en ligne de compte. Il est inutile de préciser que je ne vous inclue évidemment pas, ni vous ni vos amis, dans cette catégorie. Mais il est possible que vous rencontriez une ou plusieurs personnes qui tenteront de réfuter ces arguments même si, au fond d’eux-mêmes, ils ne sont pas vraiment convaincus de ce qu’ils disent.

De toute manière, à la lumière des épreuves que traverse le peuple juif en cette période – qui est remplie d’événements contradictoires, parfois lumineux mais parfois très loin de cela – je doute que quiconque puisse contredire en toute sincérité la vérité de ce qui a été dit plus haut sous le prétexte qu’ils ne sont pas concrets et qu’ils sont mystiques… »

Pendant ce temps, les ‘Hassidim avaient déjà réussi à racheter 120 livres vendus auparavant par Barry Gourari. et les avaient remis dans la Bibliothèque.
Le juge était Dr. Simptan qui avait compris qu’il ne s’agissait pas d’une dispute interne au mouvement Loubavitch (entre les ‘Hassidim d’un grand Rabbi disparu et un héritier naturel) mais plutôt d’une question fondamentale : les leaders spirituels du peuple juif sont-ils les seuls propriétaires de leurs biens personnels ou ceux-ci leur sont-ils seulement confiés pour qu’ils les administrent selon l’intérêt des ‘Hassidim, ce qui fait que le Rabbi et les ‘Hassidim ne forment plus qu’une entité qu’on ne peut partager.

Les ‘Hassidim n’avaient besoin d’aucune preuve pour connaître la réponse véritable. Ils savaient, sans l’ombre d’un doute, que le Rabbi précédent utilisait les livres en sachant qu’ils ne lui appartenaient pas personnellement, ni à lui ni à sa famille. Mais il était nécessaire de présenter des preuves qui convaincraient de cela un juge extérieur au mouvement. Les difficultés étaient que : Comme le Rabbi précédent était décédé depuis 35 ans, il fallait retrouver des documents prouvant que les livres appartenaient aux ‘Hassidim.

Ce jugement n’avait pratiquement aucun précédent dans l’Histoire ; il était donc difficile de savoir comment un juge non juif tel que Simpton – qui ne connaissait ni les ‘Hassidim ni l’histoire de la ‘Hassidout ‘HaBaD comprendrait la structure et l’histoire du mouvement Loubavitch et comment il comprendrait les preuves qu’on lui présenterait.

Comme tout ceci n’était pas très connu du grand public, Reb Chalom Dov Ber Lévine décida d’écrire un article à ce sujet dans l’hebdomadaire Kfar ‘HaBaD (n° 200 – p. 22).

Avant de le faire imprimer, il en envoya la copie au Rabbi avec le message suivant : « Voici un article que j’ai écrit pour le journal Kfar ‘HaBaD ». Le Rabbi corrigea et ajouta sur le mot : « Un article » la lettre Alef, pour dire qu’il s’agissait d’un premier article qui serait suivi par d’autres.

A propos de ce qui se passait alors dans le monde ‘HaBaD et dans le monde juif en général, voici ce qui était écrit dans l’hebdomadaire Kfar ‘HaBaD (n° 206, à la date du 11 Éloul 1985) :

« Après que le juge fédéral eut interdit à l’homme qui avait pris les livres de s’approcher de la bibliothèque et l’eut forcé à remettre tous les volumes qui se trouvaient chez lui ».

Les livres rentreront à leur place

Le juge fédéral interdit à celui qui avait retiré les livres de s’approcher de la bibliothèque Loubavitch : puisque la bibliobthèque avait été fondée par Rabbi Yossef Yits’hak – de mémoire bénie – elle appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD et il n’était pas correct qu’il y touche. De plus, il était obligé de rendre immédiatement tous les livres qu’il avait pris : ceux-ci lui avaient déjà été retirés et avaient provisoirement été confiés à la garde du tribunal, afin d’assurer leur retour final à leur place naturelle. Cela permettait aussi de savoir exactement quels livres avaient déjà été vendus etc.

Les meilleurs juristes des États-Unis, les cerveaux les plus brillants dans ce domaine, furent enrôlés pour que ce jugement se passe de la façon la plus réussie, afin que Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD puisse conserver intégralement la bibliothèque qui constituait le centre international de la littérature juive et de la recherche bibliographique.

L’équipe comprenait des avocats réputés de New York, de Washington et de Philadelphie dirigés par M° Nat Lévine de Washington, qui avait auparavant servi de conseiller juridique à l’ancien président Nixon et de M°Jerry (Yossef) Schustak de Philadelphie qui avait occupé à l’époque le poste d’ambassadeur des États-Unis auprès de la commission juridique de l’ONU à Genève.

Il avait aussi été président de l’Union des Avocats des Etats-Unis. Ces avocats avaient aussi défendu les droits de communautés juives dans différentes villes et avaient gagné ces procès haut la main. Il y avait encore un avocat de New York.

A chacune de leurs interventions, ces juristes exprimaient leur admiration devant le mouvement Loubavitch, leur reconnaissance de son importance et de la valeur énorme de la bibliothèque entière afin d’augmenter la connaissance en général et celle du judaïsme en particulier.

Le juge fédéral lui-même exprima sa stupéfaction admirative du fait que les avocats les plus brillants des Etats-Unis s’étaient unis pour défendre la position et l’intégralité de la bibliothèque, celle-ci renfermant, comme on le sait, les livres les plus importants du judaïsme – et le fait qu’elle appartenait de façon exclusive à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD prit des précautions particulières pour assurer la protection des livres et celle de la bibliothèque à sa place ancestrale, dans le bâtiment de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaDOhel Yossef Yits’hak, au 770 Eastern Parkway.

Entre temps, tout ceci attira l’attention des gens qui avaient été abusés et qui avaient acheté sans le savoir des livres appartenant à la bibliothèque de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD : on leur demandait avec insistance de rapporter les livres à leur adresse naturelle. La plupart de ces livres – et parmi eux, les plus rares et les plus chers – avaient déjà été rapportés et on espérait que très bientôt, tous les livres le seraient. Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD exprima sa grande satisfaction de cela et, surtout, de la décision prise à ce sujet par le tribunal fédéral des Etats-Unis.

Ces nouvelles suscitèrent une vague de joie parmi tous ceux qui savaient apprécier la valeur de la littérature juive de par le monde. Ils exprimèrent leur satisfaction de savoir que la bibliothèque Loubavitch qui avait servi à tant de recherches bibliographiques pour tous ceux qui s’intéressaient à la civilisation juive soit enfin protégée de tout prédateur pour ainsi continuer à poursuivre sa fonction. Une joie particulière régnait chez les ‘Hassidim de Loubavitch dispersés dans le monde entier, heureux de savoir que les efforts fournis durant tant d’années par le regretté Rabbi Yossef Yits’hak, avec l’aide de ses ‘Hassidim et de ses admirateurs pour agrandir cette bibliothèque, n’avaient pas été vains.

Comme on le sait, les nouvelles concernant les livres qui avaient été dérobés sans permission avaient attristé tous ceux qui étaient conscients de la valeur inestimable de cette bibliothèque, surtout les ‘Hassidim de Loubavitch. Cela avait suscité un grand scandale dans le public et le soulagement était à la mesure de l’émotion.

Au moment du bouclage de l’hebdomadaire, on apprit que la mère de celui qui avait pris les livres avait fait appel, sous le prétexte que la bibliothèque appartenait aux filles du Rabbi précédent.

Cet argument devait faire croire que les livres étaient soi-disant la propriété privée de certaines personnes et donc que les ‘Hassidim de Loubavitch et tout le peuple juif n’en possédaient pas une seule page.

Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD repoussa immédiatement cet argument en affirmant que la meilleure preuve contre cela était le fait historique qu’à l’époque de Rabbi Yossef Yits’hak s’était développé la diffusion de la ‘Hassidout à l’extérieur : en cela, la bibliothèque avait servi un rôle majeur.

Une preuve supplémentaire de la disposition de cette bibliothèque au public était le fait qu’elle contenait aussi des livres profanes, ce qui n’était évidemment pas nécessaire pour un cercle « restreint » et encore moins pour le Rabbi lui-même.

Mais les preuves les plus évidentes étaient les instructions et les lettres de Rabbi Yossef Yits’hak, par exemple celle publiée dans les Igrot Kodech (volume 9, p. 92), adressée au docteur Alexander Marx, bibliothécaire bien connu, dans laquelle le Rabbi Yossef Yits’hak soulignait que la bibliothèque appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

Dans cette lettre, le Rabbi disait entre autres : « Ces livres constituent un trésor spirituel énorme ; c’est une possession du peuple, une possession historique et scientifique ».

On sait aussi que quand les autorités soviétiques avaient obligé le Rabbi précédent à quitter le pays, il avait insisté avec force pour obtenir la permission d’emporter avec lui la bibliothèque, bien que, par cela, il se mettait en danger.

Ce n’était pas pour un bien personnel qu’il s’exposait : d’ailleurs il était prêt à abandonner ses biens personnels en Union Soviétique. La seule chose pour laquelle il insista et fut prêt à se mettre en danger fut les livres, ce qui prouve bien qu’il n’agissait pas ainsi pour un bien personnel mais pour une possession de tout le peuple juif tout comme il s’était continuellement consacré à tout le peuple juif. S’il n’avait pas été toujours concerné par le bien de la communauté, il ne se serait pas mis en danger ainsi pour les livres.

La préparation du procès

En été 1986, les avocats demandèrent aux responsables de la Bibliothèque de trouver des documents prouvant à qui appartenaient les livres. C’était une entreprise très difficile et tout à fait nouvelle pour Reb Chalom Dov Ber Lévine, en charge de la Bibliothèque. « Au début, dit-il, j’ai eu du mal à comprendre ce qu’on

Ce n’est qu’après avoir discuté avec les avocats que j’ai eu une image claire du problème et que j’ai compris ce qu’il fallait rechercher pour gagner le procès. Nous nous sommes immédiatement attelés à la tâche. »

Le Rabbi précédent avait écrit de nombreuses lettres, plus de cent mille durant les dernières quarante années de sa vie. Plus de la moitié d’entre elles étaient consignées dans des livres. Pourrait-on en trouver quelques unes qui évoqueraient ce problème de propriété des livres ? Ce fut le premier réflexe de Reb Chalom Ber Lévine. Comme le Rabbi précédent avait eu des relations avec les autorités américaines lors de son transfert de la Pologne occupée par les Nazis aux Etats-Unis, les avocats suggérèrent de rechercher dans les archives du Congrès américain.

Durant l’automne, on découvrit effectivement des centaines de documents prouvant la justesse des arguments de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD et les avocats furent persuadés qu’ils possédaient là des preuves suffisantes. Dans ces documents des années 1920, 1930 et 1940, le Rabbi précédent demandaient à ses nombreux correspondants d’offrir des livres pour la Bibliothèque Loubavitch (et non pour sa propre collection).

Ils trouvèrent également des documents prouvant que le Rabbi précédent avait acquis des livres pour la Bibliothèque avec l’argent du mouvement Loubavitch et non avec ses fonds propres. Ils trouvèrent également des preuves que des livres avaient été acquis pour la Bibliothèque après le décès du Rabbi précédent.

La preuve essentielle fut une lettre adressée par le Rabbi précédent à un important professeur, Dr. Marks de Yates. Dans cette lettre, le Rabbi affirmait sans l’ombre d’un doute que la Bibliothèque appartenait à la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBad. Voici le texte intégral de cette lettre :

B.H.
24 Adar Richone 5706 (1946) Brooklyn
A l’attention du célèbre Professeur Dr. Marks, qu’il vive longtemps
Paix et bénédiction

Après la conquête de la Pologne par les Nazis en 1939, les bandits ont saisi plusieurs caisses remplies de manuscrits anciens et de livres de grande valeur qui étaient sous ma garde dans ma bibliothèque de la ville de Ottwotsk. Ces manuscrits et ces livres – sans compter ceux qui y avaient été rajoutés par la suite – se trouvaient dans la bibliothèque personnelle du célèbre bibliothécaire Chmouel Wiener, de qui je l’avais achetée à l’époque.

Les manuscrits : Trois grandes caisses pleines de manuscrits anciens qui, comme je l’ai dit, ont été saisis par les Nazis. Parmi ceux-ci se trouvait un manuscrit de Rabbi Chnéour Zalman, le Baal Hatanya, ainsi que des manuscrits des cinq Rabbis ‘HaBaD qui lui ont succédé sur une période de cent cinquante années environ.

Ces manuscrits traitent de ‘Hassidout ainsi que des sujets de Hala’ha (loi juive), parmi eux des lettres et des échanges de correspondance qui représentent un trésor inestimable pour l’histoire de notre peuple en Russie durant les deux cent dernières années.

Ces manuscrits sont listés sous la propriété des Rabbanim membres de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD : Rav Israël Jacobson et son gendre, Rav Chlomo Zalman Hecht qui sont tous les deux des citoyens américains de naissance. Ils sont les propriétaires officiels de ce trésor.

Les livres : plusieurs milliers de livres ; nombre d’entre eux sont très anciens, de grande valeur et très rares. Ces livres sont la propriété de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD des Etats-unis et du Canada.

Avant que les Etats-Unis ne rentrent en guerre, le Département d’Etat avait mené des discussions avec Berlin pour récupérer ce trésor et le remettre à ses propriétaires qui sont des citoyens américains nés aux Etats-Unis. Les caisses ont été retenues par la police et gardées jusqu’à ce que le moment soit venu des les transférer aux Etats Unis. Cependant, après l’entrée en guerre des Etats-Unis, toute la négociation fut arrêtée et ne fut reprise qu’après la fin de la guerre (l’avocat qui représente les Rabbanim cités plus haut et la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD est nommé dans la marge de la lettre).

Pour que le Département d’Etat intensifie la recherche des ces manuscrits et les livres en question pour les remettre à leurs propriétaires légitimes, il faut faire comprendre à ses fonctionnaires qu’il s’agit de trésors spirituels de très grande valeur, la propriété de la nation qui a une valeur historique et scientifique inestimables.
C’est pourquoi je me tourne vers vous avec une requête du fond du cœur : en tant que spécialiste de ces questions, pourriez-vous envoyer au Département d’Etat une lettre attestant de la très grande valeur de ces manuscrits et de ces livres pour le peuple juif en général et, en particulier pour les Juifs des Etats-Unis à qui appartient ce très grand trésor ?

Après que l’équipe d’avocats eut consulté des centaines de documents dans les archives de la correspondance du Rabbi précédent, ils eurent l’occasion d’en discuter avec le Rabbi luimême. C’était le 4 Tichri 5786 (1985), alors que le Rabbi venait d’arriver avec son Loulav (qui, comme on le sait, représente la victoire, ainsi que c’est rapporté dans un Midrach fréquemment cité dans les discours ‘hassidiques) dans la main. Durant cette entrevue qui eut lieu dans le corridor attenant au bureau de Rabbi (Gan Eden Hata’htone), durant deux heures, le Rabbi affirma que cette lettre au Dr. Marks constituait une preuve fondamentale qui montrait de façon irréfutable qui étaient les véritables propriétaires de la Bibliothèque. Le Rabbi suggéra d’en faire la pièce maîtresse de l’argumentation de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD.

L’avocat, Reb Nathan Lévine raconte :
« Durant la même entrevue, le Rabbi conseilla de présenter l’argument suivant : si Barry Gourari. prétendait être le propriétaire de la bibliothèque, pourquoi s’était-il emparé des livres comme un voleur en pleine nuit ? Il aurait dû présenter une plainte devant un Beth Din ou un tribunal ! Puisque les livres ont été dérobés en cachette, ils doivent tout d’abord être rendus à la Bibliothèque et ensuite, qu’il présente une plainte devant un tribunal ! Par ailleurs, le Rabbi n’évoqua pas de sujet spirituel ou quelque chose de ce genre mais uniquement des arguments légaux. »
De son côté, Rav Avraham Chem Tov décrit ainsi la relation du Rabbi envers l’avocat :

Rav Avraham Chem Tov

« La ligne de conduite que le Rabbi désirait que les avocats, représentants du mouvement Loubavitch, devaient présenter dans le procès était claire : d’un côté, ils devaient agir selon leurs propres opinions (en tant qu’avocats) mais de l’autre côté, ils devaient réfléchir à la façon dont le Rabbi envisageait le procès (donc en tant que ‘Hassidim) ».

Au début du procès, (le 4 tichri 1986, comme signalé plus haut), quand les avocats entrèrent dans le bureau du Rabbi pour lui demander son opinion quant à la meilleure façon de présenter leur arguments, le Rabbi répondit qu’à son avis, toute procédure doit être « habillée dans un récipient » selon la formule ‘hassidique, c’est-à-dire présentée de façon naturelle, légale, selon les critères acceptés dans les tribunaux.

A cette époque, les ‘Hassidim tentèrent de faire participer l’avocat Nathan Lévine à des réunions ‘hassidiques par exemple mais le Rabbi déclara qu’il ne fallait pas faire de lui un ‘Hassid mais un avocat…

De plus, tout au long du procès, le Rabbi donna des conseils

dans les domaines les plus variés : par exemple, d’utiliser comme document la lettre que le Rabbi précédent avait adressée en 1946 au Dr. Marks qui spécifiait que la bibliothèque était « la possession du peuple ». Une autre fois, le Rabbi demanda de baser l’argumentation sur une autre lettre dans laquelle le Rabbi précédent déclare en quelques lignes que la bibliothèque est la possession de « Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD ».

Après cette réunion, Nathan Lévine et ses associés mirent au point la stratégie de la plainte : qui seraient les témoins du côté de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » etc. Ils désiraient bâtir une argumentation solide qui ne pourrait être mise en doute selon laquelle, à l’intérieur du mouvement ‘hassidique en général et en particulier chez Loubavitch, il est impensable que le Rabbi puisse utiliser l’argent de la communauté pour ses besoins personnels et surtout, qu’il puisse acheter des livres pour sa bibliothèque personnelle.

Parmi les témoins choisis, citons le Prix Nobel Élie Wiesel et les Rabbanim bien connus : Rav Emmanuel Cho’het de Toronto, Rav Ralbag du Tribunal Rabbinique de « Agoudat Harabbanim » et le Dr. Louis Jacobs de Londres (auteur d’un livre de référence sur la ‘hassidout et le Judaïsme).

Ils voulaient également prouver qu’ « Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » avait déjà été fondé en 1930 : déjà à cette époque, les livres appartenaient à « Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » et non au Rabbi précédent personnellement.

Le témoignage de la Rabbanit

Le juge demanda que la Rabbanit, étant la fille du Rabbi précédent (de la bibliothèque duquel les livres avaient été volés), apporte son témoignage. Il n’était pas possible de s’opposer à cette demande et le Rabbi luimême estimait qu’il n’y avait pas lieu de s’y opposer car cela ne pouvait se révéler que profitable.
Le 28 Mar’Hechvane 1985, la Rabbanit témoigna dans sa maison en présence des avocats des deux parties. Elle avait demandé au Rav Krinsky de prendre place à côté d’elle à la table où elle s’apprêtait à répondre aux questions.

A la grande surprise de tous, avant qu’elle ne commence à parler, le plaignant et sa mère apparurent. Or, depuis que l’affaire avait éclaté, la sœur de la Rabbanit avait coupé tous les liens avec sa famille et s’était installée avec son fils dans le New Jersey, se séparant ainsi de son mari qui était complètement acquis à la position du Rabbi. Il était donc resté seul chez lui. Maintenant, ils réapparaissaient pour écouter le témoignage de la Rabbanit mais celle-ci ne leur accorda pas un seul regard.

Le témoignage fut filmé et la cassette vidéo fut transmise au juge.

Les avocats de la partie adverse posèrent différentes questions de différentes manières ; ils tentèrent de poser des questions pièges sur le fil du rasoir mais la Rabbanit répondit avec une clarté surprenante et avec une force qui stupéfia les avocats de la partie adverse qui espéraient lui soutirer au moins quelques mots en leur faveur, que D.ieu préserve, mais en vain. Une partie de la déposition de la Rabbanit se passa en Yiddish et fut traduite simultanément au juge en anglais. Voici quelques extraits significatifs de ce témoignage :

Quand vous habitiez chez votre père, possédait-il une bibliothèque ?
Oui, pas vraiment une bibliothèque mais il avait des livres.

Pourquoi possédait-il des livres ? Et pourquoi collectionnait-il des livres ?
C’était toute sa vie, sa passion. Il possédait des livres afin de répandre le judaïsme en Russie soviétique.

Pour quel but recevait-il et obtenait-il des livres ?
J’ai déjà répondu – pour répandre le judaïsme parmi les enfants juifs, pour les ‘Hadarim (classes clandestines d’enseignement de la Torah pour les enfants), pour les Yechivot (instituts talmudiques pour les adolescents). C’est pour cela qu’il gardait ces livres en Russie, à une époque où il était interdit d’étudier dans les livres de Torah. Il les confiait aux enfants et aux Yechivot, mais surtout aux ‘Hadarim.

Il est important de savoir d’où vous savez que c’était la raison essentielle pour laquelle il collectionnait des livres.
Je le sais très bien. C’était là toute sa personnalité ; c’est ainsi qu’il avait été éduqué et c’était sa raison de vivre.

Expliquez ce que vous voulez dire.
Il a été jeté pour cela en prison en Russie. Tous les deux ou trois jours, il y avait chez nous des perquisitions et on nous confisquait des objets parce qu’il était pratiquant et qu’il voulait maintenir le judaïsme vivant en Russie, ce qui était interdit. Voici ce que je peux dire.

Est-ce que l’étude et le développement de la Torah étaient-ils essentiels aux yeux de votre père ?
Oui, à 100 % .

Votre père était-il intéressé à recevoir des objets pour son usage personnel ?
Non.

Avez-vous connaissance d’objets qui lui appartenaient en propre ?
Non, je ne me souviens pas qu’il ait possédé des objets personnels, à part ses vêtements, son Talit et ses Tefilines.

Possédait-il des objets personnels quand il arriva aux Etats-Unis ?
Je ne crois pas, non.

Avait-il de l’argent pour s’acheter une maison ?
Je ne crois pas.

Votre père avait-il assez d’argent pour acheter luimême le bâtiment du 770 Eastern Parkway ?
Je ne sais pas, je ne crois pas.

Savez-vous à qui appartenait le 770 Eastern Parkway à partir de l’année 1940 ?
Je ne sais pas. Je ne crois pas que cela lui appartenait. Il n’avait pas d’argent pour l’acheter.

Pour conclure, selon vous, les livres dont le Rabbi se servait dans son bureau et dans la cave du 770 lui appartenaientils ou étaient-ils la propriété des ‘Hassidim ?
Ils appartenaient aux ‘Hassidim puisque mon père appartenait aux ‘Hassidim.

Quand la Rabbanit conclut avec ces mots, on put lire une grande déception sur le visage des avocats. Apparemment, ils avaient placé beaucoup d’espoir dans ce témoignage et ils comprirent immédiatement que celui-ci ne pouvait qu’aider les plaignants. Ils ne parvenaient même pas à cacher leur déception et, spontanément, à la fin de la dernière phrase de la Rabbanit, ils jetèrent nerveusement leurs stylos sur la table en constatant que leur combat était perdu.

Evoquant le témoignage général de la Rabbanit et plus particulièrement la dernière phrase, selon laquelle « Le Rabbi et les livres appartenaient aux ‘Hassidim », le Rabbi déclara dans un discours resté célèbre, dans sa maison, samedi soir de la Paracha Terouma 2 Adar 1988, que cela avait eu un impact énorme dans la suite du jugement au point que c’est cela qui avait amené à la victoire finale de « Didane Nétsa’h » :

« Parmi ses dernières actions (de la défunte Rabbanit) quand elle était dans ce monde, parmi celles qui étaient

Manuscrit du Rabbi concernant l’héritage de la Rabbanite, demandant de s’efforcer que tout devienne la propriété d’Agoudat ‘Hassidei ‘Habad connues de tous – même des peuples du monde – il y eut cette réponse à propos de son père, notre Rabbi, mon beau père, chef de notre génération : « Mon père, le Rabbi, lui-même, avec ses livres et tout ce qui lui tenait à cœur, appartenait aux ‘Hassidim ! »

« Par cette réponse, la défunte exprima et déclara ouvertement que le leadership du chef de notre génération – de celui qui emplit les fonctions de nos saints Rebbéim jusqu’au Rabbi Chnéour Zalman, qui fonda la ‘Hassidout ‘HaBaD et jusqu’au Baal Chem Tov, qui fonda le mouvement ‘hassidique en général – est une chose éternelle, pour laquelle il n’y a pas d’interruption, que D.ieu préserve et ce – jusqu’à la venue de notre juste Machia’h.

« L’essentiel et la nouveauté que ceci introduisit même si cela était évident par ailleurs – est que ceci fut accepté par les « peuples du monde » et que, grâce à cette phrase, il fut décidé (à propos des livres etc…) qu’ « il en soit ainsi ! » dans la vie concrète.

« Car non seulement nous sommes en exil et nous nous conformons à la décision car « la loi du pays est la loi » mais de plus, ce jugement présente un aspect supplémentaire du fait qu’il a été émis par « les peuples du monde » comme Rabbi Chnéour Zalman insiste dans le passage connu de « Iguéret Hakodech » à propos de la délivrance du 19 Kislev : « D.ieu a opéré des merveilles et a agi avec grandeur sur terre… aux yeux des princes et de tous les peuples qui se trouvent dans toutes les provinces du roi etc… »

« Et parmi les explications qui soulignent la grandeur du miracle de la fête de la délivrance (du 19 Kislev) – il y a le fait qu’elle est une préparation à la délivrance véritable et complète par notre juste Machia’h. Sa venue dépend d’ailleurs de la dissémination des sources de la ‘Hassidout du Baal Chem Tov au dehors. Machia’h « arrangera le monde entier afin qu’uni, il serve D.ieu » comme il est dit : « Alors Je changerai les peuples de telle sorte que tous parlent la même langue pour invoquer le Nom de D.ieu et Le servent d’une seule épaule ». Alors, « La Royauté appartiendra à D.ieu », c’est-à-dire que Sa royauté sera reconnue et répandue dans le monde entier.

« Il en va de même ici : la déclaration (de la défunte Rabbanit) énoncée plus haut, à propos de la continuation et de l’éternité de l’enseignement de la ‘Hassidout et des Rébbéim jusqu’à la venue de notre juste Libérateur – a été acceptée et été effective « aux yeux de tous les princes et de tous les peuples ».
(On trouvera l’intégralité du témoignage de la Rabbanit dans les appendices).

Le Rabbi souhaita visionner la vidéo du témoignage de la Rabbanit. Immédiatement, Reb ‘Haïm Barou’h Halberstamm apporta dans la maison du Rabbi les appareils nécessaires. Ce fut Rav Chalom Ber Guinzbourg qui actionna lui-même les appareils en présence du Rabbi.

Ce jour-là, les membres de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD se virent proposer un compromis : Barry Gourari. était prêt à rendre les livres qui avaient été volés à condition de pouvoir garder l’argent qui avait déjà été obtenu. La décision appartenait au Rabbi et, pour cela, les Rabbanim entrèrent dans le « Gan Eden Hata’htone », à côté du bureau du Rabbi pour lui soumettre cette proposition.

Rav Zalman Gourarie, de mémoire bénie, raconta :

« Le Rabbi parla avec beaucoup d’émotion, pendant longtemps et en exprimant une douleur intense au sujet des livres. Plusieurs fois, il frappa avec force de son poing sur le mur. Il affirma alors qu’il était prêt à se rendre au tribunal pour témoigner (que D.ieu préserve !) et que rien ne pourrait l’empêcher de le faire.

« Le Rabbi déclara alors, entre autres : « Comment peut-on envisager pareille chose ? ! »Le Rabbi dit alors qu’il était hors de question de rentrer dans ces considérations et d’accepter un quelconque compromis.

« Combien de Tehilim (Psaumes)…ont-ils été dits ? Combien d’argent a-t-on donné à la Tsedaka (Charité) ? Qu’en estil du dévouement bien connu des ‘Hassidim ? Dire des Tehilim ! ». Le Rabbi apporta l’exemple des membres d’une certaine

communauté qui avait décrété un jeûne à propos d’un certain sujet, ce qui prouvait combien le problème affronté leur tenait à cœur. Or ici, on ne voyait pas que cela affectait qui que ce soit ! (Concrètement, quand certains voulurent décréter un jeûne, le Rabbi s’y opposa en disant que ce n’était pas son habitude de décréter des jeûnes.)

Le Rabbi continua : « Il faut savoir qu’il s’agit d’une guerre contre tous les Rébbéim ! » et il nomma chacun d’entre eux « et on doit savoir que la guerre n’est pas pour les livres mais pour le trône (la fonction de Rabbi) et il montra du doigt la chaise (d’après un témoignage).

Le Rabbi dit encore : « C’est une guerre contre Rabbi Chnéour Zalman ! ». Par ailleurs, lors de cette entrevue, le Rabbi cita le verset : « Par tes cris, ceux qui sont rassemblés te sauveront-ils ? » (Isaïe 57). Il expliqua que même si, apparemment, le verset est à la forme interrogative, le fait est que quand des Juifs se rassemblent pour étudier la Torah, prier et donner ensemble de la Tsedaka, ils parviennent à faire venir la délivrance. Le Rabbi demanda « qu’on bouleverse le monde entier » en encourageant chacun à développer ces trois aspects fondamentaux de Torah, Tefila et Tsedaka. Et en prononçant ces paroles, le Rabbi frappa sur la porte de son bureau avec une telle force que même les personnes qui se tenaient à l’extérieur l’entendirent.

Les membres de la Communauté des ‘Hassidim ‘HaBaD comprirent que le Rabbi ne voulait à aucun prix accepter un compromis en ce qui concernait les livres.
A la suite des paroles du Rabbi, on créa un Minyane de Tehilim tous les matins au 770 Eastern Parkway. Dans le monde entier, les ‘Hassidim ajoutèrent à leur récitation quotidienne de Tehilim les Psaumes 20, 22 et 69. On rajouta également dans l’étude de la Torah et les dons à la Tsedaka, chacun selon ses possibilités.

« Le roi ne peut être appelé à témoigner »

La partie adverse exigea que le Rabbi lui-même vienne témoigner devant le tribunal, que D.ieu préserve. (On comprend bien le sens d’une telle démarche de leur part puisque les avocats auraient pu poser toutes sortes de questions avec audace et de façon discourtoise envers le Rabbi, à propos de sa nomination en tant que Rabbi etc.). Le juge devait statuer à ce propos le 13 Kislev, 26 novembre.

Ce jour-là, les membres du Kollel décidèrent d’en faire un jour de jeûne et de le consacrer à la récitation des Tehilim (Psaumes). Tôt le matin, le 770 Eastern Parkway était rempli de ‘Hassidim, jeunes et moins jeunes, qui récitaient des Tehilim sans interruption. L’atmosphère était terriblement tendue.

Quand le Rabbi arriva de sa maison à 10h 25, il avait un visage très sérieux et il ne fit pas signe de sa main pour qu’on augmente le chant.

Le Rabbi conseilla à l’avocat de plaider l’argument suivant ; puisque le Rabbi est le chef spirituel du mouvement Loubavitch et qu’il ne dépend pas de critères physiques, que par ailleurs ce jugement concerne une péripétie physique concernant les biens du mouvement HaBaD, l’aspect spirituel du mouvement n’avait pas à être mêlé à cela. Il n’y avait pas de raison que le témoignage d’un personnage spirituel aide à la clarification du problème.

L’un des témoins qui s’était énormément investi dans les démarches pour que le Rabbi ne soit pas appelé à témoigner devant

le tribunal était le Dr. Weiss, qui n’était autre que le médecin personnel du Rabbi. Il expliqua devant le juge que puisque le Rabbi avait subi une grave crise cardiaque en 1977, il ne convenait pas de l’appeler à témoigner et à s’expliquer sur des sujets qui lui causaient de grands soucis.

On raconte qu’à propos du 13 Kislev, le Rabbi avait déclaré : « Il faut prendre en compte comment cela sera perçu par les étudiants de Yechiva ».

D.ieu merci, ses efforts portèrent leurs fruits et, dans l’après midi, le juge du tribunal fédéral statua que « le roi ne peut être appelé à témoigner », que le Rabbi n’a pas besoin de se rendre devant le tribunal en tant que témoin.

Quelques instants plus tard, la nouvelle se répandit dans le 770. On ne peut décrire la joie qui régna à ce moment-là, le soulagement des ‘Hassidim qui se mirent spontanément à chanter et à danser de toutes leurs forces.

Le soir-même, le ‘Hassid, Reb Avraham ChemTov organisa une réunion ‘hassidique dans la petite salle du 770 avec les élèves de la Yechivah. Durant de longues heures, on parla et on but, on sentait que déjà un premier pas avait été franchi en direction de la victoire finale.

Les ‘Hassidim entonnèrent spontanément une mélodie (composée par le défunt Rav Israël Duchman) sur les paroles : « Tous les peuples de la terre sauront et reconnaîtront ce qui s’est passé le 13 Kislev ».

Le même jour, les avocats parlèrent avec le Rabbi dans le « Gan Eden inférieur » (le corridor attenant au bureau du Rabbi) durant environ deux heures. Le Rabbi déclara alors qu’en ce qui concerne le Rabbi Yossef Yits’hak, on ne peut parler d’héritage puisqu’il se trouve encore parmi nous. Les avocats demandèrent au Rabbi de qui il parlait quand il disait : « Le chef de notre génération » et le Rabbi pointa le doigt en direction de lui-même…puis le Rabbi leur dit qu’ils ne devaient pas agir comme des ‘Hassidim mais comme des avocats –« Comme il vous semble profitable pour l’affaire ». Le Rabbi rentra dans son bureau, en ressortit aussitôt et répéta que tout devait se passer selon les critères naturels. Il ajouta : « Mais que ce soit de telle sorte que, selon vous, je gagne le procès ! ».
Résumé des preuves

La veille du procès, Rav Chalom Ber Lévine – responsable de la Bibliothèque Loubavitch et qui était chargé de préparer les documents nécessaires pour les avocats écrivit une lettre au Rabbi. Il y résumait l’ensemble des preuves qui seraient présentées au procès selon les instructions des avocats.

Après avoir fourni tous les détails, il résumait ainsi sa lettre : « Avec tout ce matériau, les avocats sont absolument persuadés que ceci se terminera par une victoire éclatante et il est donc possible d’aller en avant avec un chant de marche de victoire ! » :

« B.H.
Pour le Rabbi
Plusieurs des responsables du dossier concernant les livres saints m’ont demandé de résumer devant le Rabbi l’ensemble des documents sur lesquels sont basées les preuves comme quoi Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD est bel et bien propriétaire de la Bibliothèque. Depuis le milieu de la semaine dernière, l’avocat Maître Shustak me l’avait demandé et je m’efforce de le faire aujourd’hui, avec l’aide de D.ieu, au moins dans les grandes lignes :

Tout au long de l’existence de la Bibliothèque, dans tous les documents sur lesquels est mentionnée la Bibliothèque, il est clairement mentionné qu’il s’agit de la Bibliothèque générale du mouvement ‘HaBaD ; depuis son arrivée sur le sol américain, c’est la propriété de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD aux Etats-Unis.

Le début de la construction de la Bibliothèque s’est fait en Russie, à une époque où il était interdit à toute communauté religieuse de posséder des biens. Il n’était donc pas possible d’enregistrer la Bibliothèque comme une possession du mouvement ‘HaBaD : sinon, le gouvernement soviétique l’aurait immédiatement confisquée.

Dès que le Rabbi eut quitté la Russie, quand il reçut la visite du bibliothécaire, le Rabbi lui avait expliqué en détail comment construire la Bibliothèque : elle serait mise à la disposition des chercheurs. Pour cela, il fallait acquérir également des livres qui ne faisaient pas partie de la littérature rabbinique ainsi que des livres profanes et même des livres anti religieux.

A la même époque, quand la Bibliothèque fut érigée à Riga, on imprima du papier à lettres spécial à en-tête : « Collection de livres et de manuscrits Loubavitch ».

A la ligne suivante apparaissait effectivement les mots : « Du Rabbi Chlita » ce qui signifiait que c’était lui qui l’avait constituée et instituée comme toutes les institutions qu’il dirigeait et qui lui appartenaient. Cependant le nom officiel montrait bien qu’il s’agissait de la Bibliothèque « de Loubavitch ».

Sur ces papiers et les cartes, l’adresse indiquée est « Bibliothèque Loubavitch – Riga Lituanie » sans aucune mention du nom du Rabbi.

Le Rabbi avait demandé à tous les auteurs et éditeurs d’adresser leurs livres à « La Bibliothèque Loubavitch » et il les remerciait « au nom de la Bibliothèque ». Si les envois lui avaient été destinés personnellement, pourquoi aurait-il remercié au nom de la Bibliothèque ?

Dans le même communiqué le Rabbi demandait qu’on publie dans la revue « Le Pardess » et d’autres, son nom n’est pas du tout mentionné (dans le texte qui est imprimé dans le livre « Igrot Kodech » ; cependant, dans le texte imprimé effectivement dans Le Pardess, il est écrit : « Bibliothèque Loubavitch du Rabbi de Loubavitch » : ici aussi, l’adresse indiquée est : « Bibliothèque Loubavitch » sans aucune mention du nom du Rabbi.

Quand le Rabbi écrivait des lettres en rapport avec la Bibliothèque, il les écrivait sur le papier à en-tête de la Bibliothèque et non sur son papier personnel.

Même quand il écrivait pour demander qu’on lui envoie des livres, il le faisait « au nom de la collection des livres et manuscrits de Loubavitch » et il signait : « Le directeur de la Collection des livres et manuscrits de Loubavitch » et parfois même sans mentionner son propre nom. Quand la personne concernée envoyait effectivement le livre qui lui avait été demandé comme cadeau pour la Bibliothèque, il ne l’envoyait certainement pas au Rabbi personnellement et donc, une fois de plus, on ne pouvait pas considérer qu’il s’agissait d’un bien personnel.

Même quand le Rabbi demandait en son nom propre qu’on lui envoie des livres – sans préciser explicitement qu’il le faisait au nom de la Bibliothèque Loubavitch – il écrivait comme raison pour cela : « Ceux qui connaissent et apprécient le nom de Loubavitch : ils auront à cœur de m’honorer avec un bon cadeau de livres ».

Il serait étrange de dire que ces termes s’appliquent à un cadeau personnel. On peut donner comme exemple pour expliquer cela : imaginons que le Président des Etats-Unis publie un communiqué : quiconque apprécie la liberté qui règne aux Etats-Unis est invité à m’envoyer personnellement un cadeau. Il est évident que cela est inimaginable. Il est donc évident que lorsque le Rabbi écrit : « M’honorer avec un cadeau », cela signifie qu’il s’agit d’un cadeau pour la Bibliothèque Loubavitch.

Tout ceci se passait en Europe. Là-bas, Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD n’était pas encore organisé et toute la Bibliothèque appartenait au mouvement Loubavitch dans son ensemble. Cependant, quand le noyau central du mouvement s’est déplacé aux États-Unis et que le mouvement est devenu officiellement Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD, toutes les possessions du mouvement ont été transférées à cette nouvelle association.

Ceci n’a pas commencé seulement à partir de l’année 1940 (date de l’arrivée de Rabbi Yossef Yits’hak à New York). Dès les années 1936, 1938, le Rabbi avait commencé à inscrire les possessions du mouvement sous le nom de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD des Etats-Unis. Par exemple pour ce qui concernait la construction de la Yechiva et de l’appartement du Rabbi à Otwotsk : l’achat était – ou aurait dû être au nom de l’association Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD des Etats-Unis.

Le secrétaire du Rabbi à l’époque, Rav Feïgin, avait écrit à ce sujet au Rav Jacobson que du fait que tout ce qui se passait en Europe à ce moment était peu stable, on avait toujours peur que les biens soient confisqués par le gouvernement. C’est pourquoi il avait été décidé de mettre toutes les possessions du mouvement sous le nom de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD des États-Unis. C’est aussi la raison pour laquelle on avait demandé à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD d’ajouter dans sa charte un paragraphe stipulant qu’elle était apte à acquérir des biens immobiliers en dehors des États-Unis.

Même les salaires des secrétaires furent dès ce moment payés par Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD des États-Unis : ainsi ils furent considérés comme des employés étrangers au service d’une organisation américaine.

A cette époque, ce n’était pas encore toutes les possessions du mouvement en Europe qui étaient passées sous la direction de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD des États-Unis mais seulement ceux pour lesquels cela avait été spécifié explicitement. Cependant, une fois qu’il avait été décidé de transférer depuis l’Europe vers les États-Unis tout ce qui appartenait au mouvement ‘HaBaD (aussi bien le Rabbi que les membres de sa famille, les secrétaires, la Yechiva etc.), il s’agissait de tout transférer : ce n’était pas un « changement de propriétaire » mais juste un changement de nom.

Cette décision fut prise par le Rabbi en hiver 1939. Cela avait été confirmé par écrit et en secret par le secrétaire Rav Feïgin au Rav Lévitine et au Rav Jacobson. Ce n’était pas encore une décision définitive mais plutôt une décision technique afin de permettre l’établissement de papiers officiels en cas de besoin.

La décision définitive ne fut prise qu’avec l’arrivée du Rav Jacobson au début du mois d’Éloul 1939 à Otwotsk. Lors d’une Ye’hidout (entrevue privée), le Rabbi lui avait alors longuement parlé et lui avait demandé d’arranger les papiers : d’ici six mois, le Rabbi envisageait d’immigrer avec sa famille, ses secrétaires et une partie de sa Yechiva aux États-Unis. C’est effectivement ce qui se passa : la préparation des papiers prit six mois et, en hiver 1940, le Rabbi arriva aux États-Unis.

Le dernier paragraphe fut expliqué ainsi : quand le Rabbi se trouvait à Varsovie en hiver 1940, il affirma à l’ambassade américaine que les manuscrits lui avaient été prêtés par le Rav Jacobson et le Rav Chnéour Zalman Hecht lors de leur séjour à Otwotsk. De fait, comme la décision de transférer le mouvement aux États Unis avait déjà été prise, la Bibliothèque appartenait déjà à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD et les manuscrits n’avaient qu’été prêtés au Rabbi.

Après l’arrivée du Rabbi aux États-Unis, il déclara officiellement aux autorités américaines que la Bibliothèque appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD : ceci est prouvé par plusieurs documents.

Par la suite, après la fin de la guerre, le Rabbi demanda au docteur Marxs de s’efforcer de sauver le reste de la Bibliothèque (qui était restée en Pologne) parce que celle-ci appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

Même si la Bibliothèque avait jusqu’à présent appartenu au Rabbi personnellement (bien qu’il ait été démontré que ce n’était pas le cas), cette demande en elle-même suffisait à démontrer que le Rabbi l’avait fait acquérir par Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

Il était impossible de prétendre que le Rabbi désirait que la Bibliothèque demeure sa propriété privée et qu’il n’en avait transféré la possession que pour échapper aux confiscations : cela aurait constitué un ‘Hiloul Hachem, une profanation du Nom de D.ieu ; ce serait également une grave accusation contre le Rabbi, soupçonné d’une telle conduite, que D.ieu nous en préserve. Il est évident que, même si telle était son intention essentiellement – sauver la Bibliothèque de la confiscation – il n’en demeurait pas moins que par ces paroles, il transférait effectivement la propriété de la Bibliothèque à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD. Par sa signature sur les documents officiels, cette possession était officialisée même par les lois du pays car le gouvernement n’avait permis l’acheminement de cette Bibliothèque que parce qu’elle constituait un bien communautaire.

La dernière partie de la Bibliothèque, celle qui était restée en Pologne, n’avait pu être sauvée en 1946. Mais par la suite, en 1949 et 1951, le gouvernement américain avait récupéré les livres juifs volés par les Nazis et les avait distribués parmi les bibliothèques communautaires juives aux Etats-Unis. La Bibliothèque Loubavitch avait elle aussi demandé et obtenu de pouvoir récupérer certains livres en sa qualité de bibliothèque communautaire.

L’une des conditions pour obtenir ces livres avait été qu’il était interdit à ces bibliothèques de revendre ces livres qui devaient rester en leur possession.

Ceci avait impliqué des frais mineurs que la Bibliothèque devait couvrir par elle-même. Les factures avaient été payées par la caisse de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD aux EtatsUnis, ce qui prouvait bien que la Bibliothèque appartenait à cette organisation.

Tout ceci avait eu lieu en été 1950, donc après le décès du Rabbi. Il est évident que ces livres n’avaient pas été acquis pour le bénéfice de ses héritiers (pour que ceux-ci aient quelque chose à revendre) mais bien dans l’intention d’agrandir la Bibliothèque Loubavitch.

L’un des colis envoyés par la compagnie qui s’occupait de cette affaire portait l’indication suivante : « Ce paquet comprend des livres qui avaient appartenu à votre Yechiva, c’est pourquoi il est expédié maintenant à votre Bibliothèque ». C’était bien la preuve qu’il ne s’agissait pas de livres appartenant à un particulier, en l’occurrence aux héritiers du Rabbi.

En 1966 (environ), il y eut chez l’avocat M° Hecht une discussion à propos des frais de succession entre les héritiers du Rabbi. Le problème était de
savoir s’il fallait inclure dans cet héritage les livres de la Bibliothèque. On avait d’ailleurs procédé à une évaluation approximative d’une petite partie de cette bibliothèque (environ 5000 des 50.000 volumes). Finalement il avait été décidé de ne pas les inclure dans le calcul des impôts puisqu’ils appartenaient à la Bibliothèque et ne constituaient pas un bien personnel. C’est ce qu’affirma l’avocat, M° Hecht, et ceci fut prouvé par les documents officiels.

A partir de 1968, Rav Halberstam devint le responsable de l’appartement situé au 770 Eastern Parkway, y compris de tout ce qui concernait la Bibliothèque. Par la suite et jusqu’à présent, les dépenses pour l’entretien et le personnel (incluant le bibliothécaire) se sont élevées jusqu’à 100.000 dollars. Pas un centime n’a été demandé aux héritiers du Rabbi qui avaient déclaré officiellement que cela concernait la Bibliothèque et qu’ils n’étaient en rien concernés par ses dépenses. Tel est le témoignage de Rav Halberstam.

C’est ainsi que nous sommes arrivés à la conclusion que durant toute les années d’existence de la Bibliothèque, depuis 1928 jusqu’à aujourd’hui, il était clair et prouvé dans les moindres détails que la Bibliothèque appartenait au mouvement ‘HaBaD en général et à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD en particulier.
Fort de tout cela, l’avocat n’a aucun doute que le jugement sera prononcé en notre faveur et que nous pouvons nous présenter au procès avec une marche de victoire.

N.B. Malgré cela, je n’ai évoqué ni les écrits qui sont transmis de Rabbi
en Rabbi ni le sujet du « Maamad », à propos desquels j’ai déjà écrit vendredi.

L’aspect spirituel du procès

Au moment du Kinous Hachlou’him (réunion internationale des émissaires du Rabbi) en 1985, le Rabbi demanda à Rav Yehouda Krinski de raconter à tous les Chlou’him ce qui se passait au procès en expliquant : « Cela les concerne matériellement et spirituellement ! ». Effectivement, Rav Krinsky s’adressa aux Chlou’him pour expliquer l’enjeu de ce procès et, en plein discours, éclata en sanglots. Les Chlou’him décidèrent d’augmenter la récitation de Tehilim et le don à la Tsedaka.
Lors du farbrenguen du 19 Kislev, le Rabbi évoqua longuement l’accusation qui avait causé l’emprisonnement de l’Admour Hazaken et qui avait pris fin le 19 Kislev. Les ‘Hassidim établirent immédiatement le lien avec le procès. Ce fut d’ailleurs le premier farbrenguen dans lequel le Rabbi cessa de prononcer un Maamar après le chant habituel. Les Barou’him présents racontèrent par la suite qu’ils avaient entendu le Rabbi lui-même chanter avec l’assemblée Didane Nétsah.

Le Rabbi se rendait au Ohel du Rabbi précédent pratiquement tous les jours durant le procès. On voyait sur son visage un sérieux et une concentration inhabituels.
Les ‘Hassidim de Paris décidèrent un jour de faire farbrenguen et de prendre des bonnes décisions pour causer du réconfort au Rabbi. Quand le compte-rendu arriva au secrétariat, le Rabbi était déjà en route vers le Mikvé avant de partir au Ohel (apparemment c’était le 17 tévet). Quand le Rabbi sortit du Mikvé, un des secrétaires lui tendit le compte-rendu du farbrenguen et le Rabbi décida de ne pas se rendre au Ohel et retourna au 770.

La veille du jeudi 29 Kislev, on alluma la 5ème bougie au 770 et ce fut la première fois qu’on y vit des enfants et des personnes âgées ensemble. Ces personnes âgées étaient les membres du Kolel Tiféret Lévi Yits’hak et les femmes de ‘Ho’mat Nachim. Les enfants faisaient partie de Tsivot Hachem : jusqu’à présent, on organisait toujours des réunions séparées, une pour les enfants et une pour les personnes âgées.

Le Rabbi demanda alors qu’on organise des réunions ‘hassidiques durant chacun des jours de ‘Hanoucca, avec des fêtes joyeuses en rappelant que l’obscurité augmentait dans le monde : la Sim’ha serait le meilleur moyen de briser toutes les limites de l’obscurité au point qu’il n’en resterait plus la moindre trace.
Cette demande particulière du Rabbi fut entendue et dans le monde entier, les Loubavitchs organisèrent très rapidement des réunions avec de nombreux participants. Mais ce n’était pas tout.

Vendredi après-midi, 6ème bougie de ‘Hanoucca, le secrétariat de Tsa’h en Israël reçut le message suivant directement du secrétariat du Rabbi : il fallait organiser, dans tout Israël, le samedi soir suivant, 8ème bougie de ‘Hanouca, de grandes réunions, grandes en quantité et en qualité, avec les Rabbanim locaux ainsi que les maires et députés. Ces réunions devaient se dérouler, selon l’expression utilisée « avec beaucoup de beauté et de goût et avec enthousiasme et publicité ». Le Rabbi demanda même un compte-rendu complet avec des photos.

Motsé Chabbat, à 21h30, le Rabbi lui-même convoqua un farbrenguen impromptu. Il déclara que puisqu’un des arguments déployés par l’autre partie était que, si on peut dire, Loubavitch n’était pas assez actif bien que cet argument était bien sûr archi-faux – il fallait briser cet argument et même imprimer un livre avec des photos, un très beau livre avec les allumages et les fêtes organisés par les Chlou’him dans le monde entier. Ce livre devait être édité très rapidement.

Après le farbrenguen, le Rabbi appela Rav Krinsky en lui demandant de transmettre aux Chlou’him le message suivant : il faut organiser les différentes campagnes et fêtes du dernier jour de ‘Hanoucca avec le plus grand retentissement possible puis envoyer les photos ici afin de les faire paraître dans un album spécial. Quant à ceux qui organisaient des allumages publics, il fallait aussi organiser un allumage le huitième soir, sans bénédiction bien sûr !

Chabbat Vayigach, le Rabbi expliqua que la raison de ce Farbrenguen était d’encourager les préparatifs de l’édition de cet album dès le 10 Tévet. Le Rabbi déclara aussi de façon très claire que l’affaire des Sfarim représentait une accusation semblable à celle qui avait amené l’Admour Hazakene en prison !

Le 10 Tévet, dans son discours de Divré Kivouchine (pendant le jeûne, pour éveiller l’assemblée à la Techouva), le Rabbi demanda que l’album soit prêt pour le 10 Chevat.

Effectivement, l’album parut pour le 10 Chevat, en anglais, sous le titre « Let there be light ! » (Que la lumière soit !). Il comprenait des centaines de pages très joliment illustrées, rendant compte de tout ce que le mouvement ‘Habad avait organisé durant ‘Hanoucca 1985.

Même le jour de la victoire, le 5 Tévet 1987, le Rabbi mentionna l’argument comme quoi le mouvement n’était pas assez actif et qu’il fallait en déduire qu’on devait augmenter la diffusion de la ‘Hassidout etc.

A cette période, les ‘Hassidim « collèrent » les mots Didane Nétsar à une vieille mélodie ‘habad et le Rabbi encouragea beaucoup ce chant.

Les membres du Kolel publièrent à cette époque un livre contenant de nombreux ‘Hidouché Torah sous le titre Didane Nétsar ; quand le Rabbi se rendit au Ohel, on put le voir feuilleter ce livre, page par page.

Le 10 Chevat 1986, le Rabbi prononça le discours Bati Legani (comme chaque année) et s’attarda surtout sur le paragraphe 15 ; ce fut la dernière fois que le Rabbi prononça ce Maamar le 10 Chevat ; il insista sur le passage évoquant « le gaspillage des trésors » par le roi afin d’assurer la victoire : ces trésors auxquels il n’avait pas touché pendant des années et qui étaient cachés de tous mais quand arrive le moment qui nécessite la qualité de Nétsar, on « gaspille » et le roi est même prêt à mettre sa vie en jeu (la longueur de cette intervention était particulièrement surprenante du fait que cet exemple appartenait aux paragraphes précédents (n° 11) et, dans ce paragraphe 15, il n’était mentionné qu’en résumé).

Il était clair pour les ‘Hassidim que le Rabbi faisait allusion au procès des livres qui était alors à son apogée, quand le roi jette sa vie dans la bataille pour assurer la victoire. Tout de suite après, l’assemblée éclata spontanément avec le chant Didane Nétsar et, au milieu du chant, le Rabbi se joignit à eux et chanta avec eux !

Rav Aharone Dov Halperine

Un autre fait remarquable : d’habitude, le Rabbi inclut dans ce Maamar Bati Legani des commentaires de tous les Rébbéim. La première année (1951), il n’avait mentionné qu’à partir du Admour Hazakène en basant sa conduite sur le discours qu’avait prononcé son beau-père lors de son mariage en ne mentionnant les Rébbéim qu’à partir du Admour Hazakène. Mais comme il désirait aussi mentionner le Baal Chem Tov et le Magguid de Mézéritch, il prononcerait un Maamar (« Hayochévet Baganim ») avec également des sujets qui étaient propres à ces deux Rébbéim. A partir de cette année-là, il mentionna à chaque fois également le Baal Chem Tov et le Magguid de Mézéritch.

Mais en 1986 – « le début rejoignit la fin » et, dans le Maamar du 10 Chevat, le Rabbi ne mentionna les Rébbéim qu’à partir du Admour Hazakène. Ce n’est que par la suite, Chabbat Bechala’h, que le Rabbi mentionna à nouveau le Baal Chem Tov et le Magguid de Mézéritch. De façon étonnante, il expliqua que le concept de « Ein Sof Lemaala Ad Ein Ketz » correspond à la conduite du Baal Chem Tov tandis que le concept de « Lemata Ad ein Ta’hlit » correspond à la conduite et l’enseignement du Magguid.

Rav Aharone Dov Halperine qui dirige l’hebdomadaire Kfar Habad raconte : « A cette époque, quand je me trouvais à New York, Rav Groner me dit que le Rabbi avait demandé si j’assistais au procès au tribunal. Cette semaine, s’achevait l’audition des témoignages, avant la présentation des documents et je reçus l’ordre d’écrire, dans la semaine, pour la première fois l’affaire du procès : je devais raconter ce qui s’était passé, décrire l’ambiance au tribunal et souligner l’optimisme et la confiance absolue dans la victoire.

Ce jour-là, j’étais supposé rentrer en Israël ; je dictais donc l’article au téléphone à mon ami, Rav Aharonov qui était le directeur du journal ; le titre était : « Optimisme et confiance absolue dans la juste victoire au sein des ‘Hassidim ‘habad dans le monde ».

Le Procès

Le 29 Mar’héchvane (13 novembre) 1985, le juge Simpson décida que le procès se tiendrait sans les jurés et qu’il commencerait le 19 Kislev (2 décembre), le jour où les ‘Hassidim célèbrent la libération (en 1798) du Admour Hazakène des prisons tsaristes, jour qui est considéré comme un jour faste dans le monde juif. Tous virent dans cette date un signe évident de la Providence divine et furent dès à présent persuadés de la victoire. Par contre Barry Gourari. demanda à repousser la date : cette faveur ne fut pas accordée par le juge.

L’audience des témoignages commença de fait le 20 Kislev.

Voici comment se passerait le jugement : à partir du 20 Kislev et jusqu’au 8 Tévet auraient lieu les auditions. Puis, à partir du 9 Tévet et jusqu’au 10 Chevat, aurait lieu un résumé présenté par les deux parties ainsi que les objections de chacune des deux parties contre l’autre.

Durant les 23 jours d’audience, des jeunes garçons de Yechiva et des ‘Hassidim assistèrent aux débats dans le tribunal. C’était un spectacle impressionnant ; chaque jour, un autobus plein de ‘Hassidim arrivait devant le tribunal de Down Town à Brooklyn. Les ‘Hassidim emplissaient les tribunes réservées au public, priaient et récitaient des Tehilim (Psaumes). Parmi les ‘Hassidim, on remarquait particulièrement le regretté Rav Morde’hai Mentlick qui dirigeait la Yechiva principale du 770 Eastern Parkway : il portait la ceinture de prière. On vit aussi souvent d’autres Rabbanim et personnalités importantes de la communauté Loubavitch.

Voici la description que fit (dans son livre Despite All Odds) l’écrivain Édouard Hoffman de la salle d’audience du tribunal à cette époque :

« Durant le procès, on constata de nombreuses choses contradictoires: d’un côté, on voyait le drapeau américain symbolisant la liberté, le fait de n’être soumis à aucune autorité mais de l’autre côté, on remarquait le groupe de Juifs orthodoxes qui se tenait comme dans une synagogue orthodoxe : les hommes et les femmes étaient séparés. La salle du tribunal était remplie de Juifs anxieux pour le sort réservé aux livres de la Bibliothèque ‘HaBaD qui avait été la préoccupation constante du Rabbi précédent : maintenant, à cause d’événements complètement extérieurs, ils dépendaient – de par la volonté de D.ieu – d’un non Juif, le juge Simpson ».
Une bonne partie des documents du Rabbi précédent étaient rédigés en hébreu ou en Yiddish. Il était donc nécessaire de les traduire et la traduction devait être la plus exacte possible. L’essentiel des discussions entre les deux parties porta justement sur les différences d’interprétation des traducteurs. Sur une table se trouvaient en permanence les volumes des Lettres du Rabbi Yossef Yits’hak (qui avaient été compilés par Rav Chalom Dov Ber Lévine) et chacun tentait de prouver la justesse de ses opinions par les lettres qui y étaient recensées.

Chacune des deux parties amena des témoins à la barre afin de confirmer son explication des faits. Les ‘Hassidim savaient que la partie ne serait pas facile mais ils se rendaient compte aussi qu’il n’y avait jamais eu de précédent. Le juge resta impassible et garda le silence durant toute les audiences : il était impossible de deviner par l’expression de son visage vers quelle conclusion il penchait.

Pour mieux comprendre, voici le compte rendu de ce qui se passa au tribunal :

20 Kislev : la partie adverse demanda à ce que la date du jugement soit repoussée mais le juge refusa et demanda à ce que Reb Yehouda Krinsky commence à témoigner. La partie adverse demanda à ce que lors de sa déposition, Reb Chalom

Dov Ber Lévine quitte les lieux mais le juge refusa à nouveau.

L’avocat de la partie adverse avança que cela faisait quarante ans que Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD n’avait pas fonctionné (il faut signaler que le Rabbi avait évoqué cet argument dans l’un de ses discours et en avait déduit qu’il fallait agir à ce propos avec encore plus d’énergie et d’enthousiasme). Reb Krinsky démontra combien cette accusation était dénuée de tout fondement.

21 Kislev : tout comme la veille, Reb Krinsky lut des lettres et la partie adverse posa des questions à leur sujet.

22 Kislev : ce jour-là, la partie adverse présenta une personne venue d’Angleterre pour témoigner en sa faveur. Tandis qu’il parlait, on lui demanda pourquoi il avait été renvoyé de sa synagogue. Il répondit que ce n’était pas parce qu’il ne savait pas étudier mais parce qu’il n’agissait pas…

Par ailleurs, il y eut une discussion animée à propos de ce que signifie le concept « Beth ‘Hayénou ».

23 Kislev : Reb Krinsky continua son témoignage et on lui posa des questions quant à son travail exact au sein de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

26 Kislev : en sa qualité d’«expert du mouvement Loubavitch », Rav Zalman Posner témoigna en faveur de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD. On lui posa des questions à propos du « Maamad » (la contribution volontaire des ‘Hassidim aux dépenses du Rabbi) et à propos de la fortune personnelle de Rabbi Yossef Yits’hak.

27 Kislev : ce fut le tour de Rav Chalom Dov Ber Lévine – principal responsable de la Bibliothèque de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD – de témoigner. Au début, les avocats de la partie adverse ne désiraient pas qu’il témoigne sous prétexte que tout ce qu’il allait dire avait déjà été dit auparavant et que ce serait une perte de temps. Le juge sortit alors pour quelques instants puis revint en annonçant que Rav Lévine pouvait parler. On lui posa alors toutes sortes de questions sur son travail: il répondit très bien et de façon très claire à chaque question.

Dans l’après midi, on projeta sur écran la déposition de la regrettée Rabbanit ‘Haya Mouchka : celle-ci avait été enregis-a trée dans sa maison (voir le chapitre : « Le témoignage de la Rabbanit »). Quand la Rabbanit déclara que le Rabbi et les livres appartiennent aux ‘Hassidim, on put remarquer que le juge appréciait cette réflexion même s’il ne dit rien.

Ce fut alors au tour du regretté Rav Chnéour Zalman Gurarie de plaider en faveur de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD puis le juge posa plusieurs questions à BG., entre autres quels livres lui avait donné son grand père : il répondit qu’il ne s’en souvenait pas.

28 Kislev : on fit témoigner un certain Professeur Mark Israël mais il fut bien vite évident qu’il n’avait pas le titre de professeur quand il déclara que, selon la Torah, il n’y avait aucune interdiction de mentir et que c’était pour cette raison que, lorsque Rabbi Yossef Yits’hak affirmait que la bibliothèque appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD, c’était un mensonge (que D.ieu nous en préserve !) afin d’échapper aux griffes des Nazis. On lui demanda alors l’explication du verset « D’une parole de mensonge, tu t’éloigneras », il répondit qu’il s’agissait de « choses de mensonge » mais pas de paroles…

Veille de Roch ‘Hodech Tévet : on entendit la déposition d’un témoin de la partie adverse mais les avocats détruisirent ses arguments un à un. La partie adverse demanda alors au juge d’interdire aux ‘Hassidim d’assister aux débats sous prétexte qu’ils remplissaient toute la salle et ne laissaient pas de place aux autres. Le juge répliqua que ce n’était pas vrai et que, justement, ils se conduisaient de façon exemplaire.

4 Tévet : on entendit le témoignage de ‘H .L. et celui-ci prétendit que Rabbi Yossef Yits’hak avait menti (D.ieu préserve !) mais on lui fit remarquer qu’il était impliqué dans cette affaire puisqu’il mangeait tous les jours dans la famille de Barry Gourari.

De plus, il avait brûlé des lettres du Rabbi Yossef Yits’hak et, en plus, le Chabbat ( !). Le juge lui demanda s’il était vrai qu’il avait détruit des documents etc. et il répondit qu’il avait agi ainsi parce qu’ils contenaient des éléments privés qui n’avait pas à être rendus publics. Le juge lui demanda pourquoi il ne l’avait fait que maintenant, soit plus de 35 ans après le décès du Rabbi…
5 Tévet : Rav Ralbag, membre du Tribunal Rabbinique de Agoudat Harabbanim témoigna en faveur de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

6 Tévet : on entendit un témoignage en faveur de la partie adverse mais il fut invalidé point par point : il démontra seulement son ignorance… De même, il fut démontré que, chez les Rebbéim, il n’y a aucune place pour un mensonge quel qu’il soit : en effet, lorsque Rabbi Chnéour Zalman avait été détenu en prison et qu’il aurait pu mentir car sa vie était en danger, il n’avait néanmoins proféré aucun mensonge.

Durant le procès, le Rabbi écrivit à Rav Aharone Dov Halperine – éditeur de l‘hebdomadaire Kfar ‘HaBaD : Une continuation des livres en ce qui concerne la terre d’Israël – et le plus rapidement possible. Qu’il fasse précéder la guérison à … pour la diffusion des sources de la ‘Hassidout et des sources du judaïsme etc. On ne presse que (ceux qui sont empressés – NDT). Qu’il en fasse un rapport immédiatement afin qu’il soit mentionné sur le tombeau (du Rabbi précédent NDT) »
Rav Halperine raconta : « Au début je ne compris pas du tout de quoi il s’agissait. Rav Hodakov me demanda de lui téléphoner d’ici une heure. Ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai compris une partie de ce que cela signifiait : une semaine auparavant avait pris fin la partie des audiences du procès des livres… Maintenant, Rav ‘Hodakov m’expliquait que c’était de cela que parlait le Rabbi lorsqu’il écrivait « Une continuation des livres en ce qui concerne la terre d’Israël ».

Comme on s’en souvient, aux alentours du 12 Tamouz 1985, le Rabbi avait demandé d’ériger à Kfar ‘HaBaD un « Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » qui serait appelé comme son « jumeau » du 770 Eastern Parkway à New York. En attendant, cela fonctionnait dans un bâtiment qui avait été mis à disposition par le Comité du Kfar. Rav ‘Hodakov me dit : « Vous devez écrire cette semaine dans le journal qu’à la suite de ce qui avait été écrit dans le numéro de la semaine précédente, dans un reportage sur votre visite à New York, à propos de l’action et de la propriété de Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD, vous désirez y associer l’action de son jumeau israélien, Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD, avec son action en faveur de la communauté à Kfar ‘HaBaD.

Rav ‘Hodakov me recommanda également d’insister dans mon article sur les points suivants : des dizaines de jeunes gens y étudient continuellement la Torah ; il s’y tient des dizaines de cours de Torah, aussi bien de Guemara que de ‘Hassidout ; on y trouve une grande bibliothèque qui s’enrichit régulièrement de nouveaux volumes, au service de toute la communauté et, en particulier, de ceux qui étudient la Tora en profondeur. On y prie et on s’y réunit pour des réunions ‘hassidiques en présence d’un nombreux public. Toute cette action communautaire sera transférée – avec l’immense bibliothèque dans le nouveau bâtiment de Beth Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD à Kfar ‘HaBaD.

La victoire

L’annonce de la victoire

Les premiers signes d’une victoire probable se remarquèrent déjà dans la réunion ‘hassidique du 19 Kislev 5747 (1986) : en effet, le Rabbi évoqua longuement le sujet de « Didane Notsa’h » (notre victoire). Ceci se confirma durant ‘Hanoucca quand le Rabbi dirigea une réunion ‘hassidique plus longue que d’habitude, à propos de la libération de Rabbi Chnéour Zalman. En particulier, le Rabbi précisa plusieurs fois que « Les ‘Hassidim vaincront ! ». Chabbat Miketz, qui était aussi le dernier jour de ‘Hanoucca, le Rabbi était particulièrement joyeux durant la réunion ‘hassidique et, à la fin, il déclara :
« Pour les Juifs, il y eut lumière, joie, allégresse et reconnaissance, qu’il en soit ainsi pour nous ! » Lumière, joie et allégresse, comme cela se comprend simplement et comme cela est expliqué dans les Midrachim de nos Sages, car on nous annoncera de bonnes nouvelles, et en particulier parce qu’on ajoutera dans la joie, encore plus que d’habitude ! »
Les ‘Hassidim comprirent déjà qu’il se passerait quelque

chose, quelque chose de joyeux.
Et le mardi, le jour dont il est dit qu’il est écrit deux fois « qu’il était bon » (dans le récit de la création du monde), le 5 Tévet 5747, au matin, on avertit le secrétaire Reb Youdel Krinsky, que le jugement avait été tranché au tribunal et qu’il devait aller le chercher.

L’avocat, Maître Lévine, voulut prévenir le Rabbi ; pour cela, il téléphona à Reb Chnéour Zalman Gourarié et lui annonça qu’il y avait du neuf. Celui-ci prévint Reb Binyamine Klein, le secrétaire du Rabbi. Reb Klein pénétra dans le bureau du Rabbi et lui annonça « Didane Notsa’h ».

Le jugement s’étale sur 41 pages et décrit la nature des relations entre le Rabbi et les ‘Hassidim. A la fin, il était écrit :

« Après audition des témoignages lors du procès et après examen des nombreux documents apportés par les deux parties, je suis arrivé à la conclusion que la bibliothèque n’était pas un bien particulier de Rabbi Yossef Yits’hak Schneersohn au moment de son décès. En conséquence, l’argumentation contraire est réfutée et annulée. Comme la plainte n’est basée que sur une question d’héritage, le coupable n’a aucun droit sur la bibliothèque. L’ « Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD » est reconnue comme seule propriétaire de droit et est donc en droit de demander la restitution des biens.

« Le coupable est dans l’obligation de restituer immédiatement les livres et autres objets en sa possession et qui ont été dérobés sans permission – à « Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD ».

« La restitution des biens consiste en 456 livres qui ont été dérobés de la bibliothèque. 102 d’entre eux ont été vendus à des marchands de livres et des collectionneurs ; la plupart d’entre eux ont été rachetés un par un par « Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD ». Le reste des livres se trouve dans un dépôt d’objets sous séquestre dans le New Jersey, sur ordre du tribunal ».

Rav Krinsky entra dans le bureau et quand il annonça au Rabbi la bonne nouvelle, le visage de celui-ci s’éclaira : on voyait qu’il était très heureux.

Rav Krinsky demanda au Rabbi s’il célébrerait la victoire par une réunion ‘hassidique (Farbrenguen) mais le Rabbi répondit : « Il faut encore réfléchir à ce propos ». On pouvait voir que le Rabbi tentait de retenir toute manifestation extérieure de joie de sa part et c’est aussi ce que l’on ressentit du discours qu’il prononça après la prière de Min’ha. On aurait dit que le Rabbi savait que l’affaire n’était pas encore terminée (il semble que le Rabbi n’a voulu vraiment célébrer la fête de Didane Nétsa’h que l’année suivante, le 5 Tévet 1988).

Lors de la même occasion, quand Rav Krinsky était entré chez le Rabbi pour lui transmettre la nouvelle, le Rabbi lui demanda soudain des détails à propos d’une certaine personne pour laquelle il avait demandé une bénédiction le jour précédent.

Puis le Rabbi lui donna plusieurs autres consignes, en particulier téléphoner aux avocats pour les remercier de leurs efforts mais aussi à la Rabbanit pour lui annoncer le verdict et lui demander quelque chose. Rav Krinsky raconte que, dès qu’il sortit du bureau, il appela la Rabbanit : de la conversation qu’il eut avec elle, il était évident qu’elle aussi avait déjà compris que l’affaire n’était pas terminée.

La nouvelle du verdict se répandit à la vitesse de l’éclair et de nombreux ‘Hassidim – aussi bien les ‘Hassidim de Loubavitch aux quatre coins du monde que toutes les personnes pour qui le souvenir des actions de Rabbi Yossef Yits’hak était important – ainsi que toutes les personnes éprises de vérité et de justice accueillirent avec une joie indescriptible le verdict de la Cour Fédérale de New York établissant une fois pour toutes et de manière indiscutable l’appartenance de la grande bibliothèque à l’association internationale Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD.

Il indiquait aussi que tout ce qui se trouvait dans les locaux du 770 Eastern Parkway de Brooklyn appartenait bien à la communauté des ‘Hassidim de Loubavitch, selon le vœu de Rabbi Yossef Yits’hak. Immédiatement une foule immense se rassembla devant le 770 et se mit à chanter, danser et trinquer « Le’haïm » avec un enthousiasme et une fougue impossibles à décrire.

La surprise fut grande quand le Rabbi fit annoncer que la prière de Min’ha se déroulerait en bas, dans la grande synagogue (ce n’était que durant les fêtes de Tichri que le Rabbi y priait en semaine) au lieu de la petite synagogue en haut. Avant le début de la Amida, le Rabbi demanda qu’on lui apporte un ‘Houmach et, à la fin de la prière, le Rabbi prononça un discours particulier dont voici un extrait :

« Lorsque Rabbi Schnéour Zalman fut emprisonné puis délivré parce qu’il était accusé de répandre les enseignements ésotériques de la Torah, il comprit qu’il devait justement augtmenter cet enseignement de ‘HaBaD de façon systématique.

« C’est ainsi qu’on comprend l’enseignement divin à propos des événements actuels : l’argument prétendait que Agoudat ‘Hassidé ‘HaBaD n’est pas une organisation vivante et active. Nous devons donc en conclure un enseignement pour notre conduite actuelle : tout en manifestant la joie la plus grande, il faut augmenter la diffusion des sources de la ‘Hassidout jusque dans les domaines extérieurs, sans aucune mesure avec ce qui a été fait jusqu’à présent… »

A la fin de ce discours, le Rabbi déclara :

« A la suite de ce qui s’est passé avant etc. nous avons eu : « Selon la peine est la récompense », pas seulement comme une « récompense » mais aussi d’une façon de « trouvaille », c’està-dire quelque chose qui est au-delà de toute proportion par rapport à la récompense ».

Il semble que le sommet de cette joie fut atteint le Chabbat qui suivit le 5 Tévet, Chabbat Vayigach quand le Rabbi s’écria : « Il faut signaler et publier le fait que nous sommes à une époque et dans un endroit particuliers : il ne manque plus qu’une seule et unique chose et puisque l’homme doit parler dans les termes de son maître – selon l’expression de mon beau-père, le Rabbi (précédent) – «Tenez-vous tous prêts pour la construction du troisième Beth Hamikdach (le Temple) avec l’arrivée du fils du Roi David, le Machia’h.

« Il en résulte que chaque Juif doit accomplir la mission qui lui est confiée afin d’amener et dévoiler le Beth Hamlikdach qui est « construit et aménagé » dans le ciel ; il suffit de le faire descendre se révéler ici bas, tout de suite et immédiatement, véritablement et concrètement !

« Ceci doit s’exprimer particulièrement danst ce qui a un lien avec le Beth Hamikdach : Établir de « petits sanctuaires », des maisons d’étude, de prière et de bienfaisance, ce qui est la fonction et le but des Beth ‘Habad en tout endroit… »

Les ‘Hassidim comprirent par ces paroles que maintenant commençait pour le Rabbi une nouvelle époque, une ère nouvelle de dynamisme et de largesse.
« Tous ceux qui ont proclamé maintenant : « Notre victoire ! » pensaient certainement à la victoire de mon beau-père, le Rabbi (précédent), chef de notre génération. Ils doivent donc savoir que tout ce qui vient à la suite de « Notre victoire », c’est la victoire du chef de la génération ! C’est pourquoi, lorsqu’on agit, il n’est pas possible que ce soit une action personnelle, de sa propre initiative, c’est-à-dire de façon indépendante et « que chacun agisse selon ce qui est droit (ou tordu !) à ses yeux » ! Mais ce doit être la Victoire du Rabbi de la génération qui vaincra certainement, de façon agréable et dans la sérénité.

« On connaît le proverbe qu’a répété plusieurs fois le Rabbi (précédent) : Un ‘Hassid est intelligent ! Il n’attend donc pas et ne tente pas d’agir autrement mais se lance à priori sur les traces et dans la voie des nos Rébbéim : et dans notre génération, il s’agit de mon beau père, le Rabbi !

En ce qui nous concerne : il a déjà été raconté dans le Midrach l’histoire de « Notre victoire » et il n’est pas besoin d’être un grand érudit ; il suffit d’expliquer le sens simple du Midrach et on en voit immédiatement l’enseignement, comment doit s’exprimer la joie de « notre victoire ».

« Chacun d’entre nous possède deux âmes : l’âme divine et l’âme animale, comme cela est expliqué dans le Tanya. L’âme divine est liée à la divinité tandis que l’âme animale est liée au mauvais penchant.

Ces deux tendances règnent sur le Juif. L’esprit du bien, le penchant vers le bien lui dit qu’il faut accomplir les consignes du chef de la génération tandis que l’esprit du mal, le penchant vers le mal commence à l’emmêler dans des arguments etc. Et comme il est « doué pour son travail », il trouve toutes sortes de ruses et de preuves comme quoi telle n’était pas l’intention du Rabbi : pas dans cette période et pas dans cet endroit ! Telle chose, on ne l’exprime qu’à l’intérieur (de la communauté des ‘Hassidim) et telle autre chose signifie réellement autre chose etc., avec tous les détails que l’esprit du mal , le penchant vers le mal peut trouverainsi que les arguments » (comme il est connu dans les écrits des « Richonim » que le mot « Amtala » (argument) est formé des lettres « Émeth Lo », c’est-à-dire qu’il n’a aucune vérité).

« C’est pour cela que vient l’enseignement du Midrach : comment vaincre et annuler l’esprit du mal ? C’est en rassemblant de nombreux Juifs dans le but de s’aider les uns les autres, chacun avec ses capacités et en chantant «Notre victoire, notre victoire ! ».

Sans cela il n’est pas certain qu’on puisse vaincre l’esprit du mal. Malgré cela, par le fait qu’on déclare « Notre victoire, notre victoire » comme il convient, selon la volonté du chef de notre génération, on vainc l’esprit du mal et on l’annule complètement, jusqu’à ce qu’on voit une goutte de sang à la surface de l’eau, ce qui est une preuve que la vitalité du mal, du penchant vers le mal a été annulée. De là nous apprenons que le critère pour cela, c’est de chasser l’esprit du mal, du penchant vers le mal jusqu’à l’annulation de sa vitalité et de son sang : alors on peut être sûr de « Notre victoire, notre victoire » !

« Celui qui n’a pas vu les sept jours du festin à Loubavitch… »

La joie continua même les jours suivants : pendant sept jours, le Rabbi nous gratifia de discours dans lesquels il expliquait les leçons de la victoire dans la Paracha de la semaine. Ces sept jours devinrent connus sous le nom de « Sept jours de festin suite à Didane Nétsar ».

Voici ce qu’expose dans son journal un des jeunes gens qui était alors au 770 :

« Il est évident qu’il est impossible de décrire ce qui s’est passé à ce moment dans la petite salle quand la bonne nouvelle arriva pour la première fois.
Tout de suite, les jeunes étudiants de Yechiva sortirent pour danser dans la cour du 770 et quelqu’un s’occupa d’apporter de la vodka. On procéda aux premières « culbutes » (comme le veut la coutume à Sim’hat Torah).

Bien vite la nouvelle se répandit dans toutes les institutions du quartier et les élèves se dirigèrent en foule vers le 770 ; au fur et à mesure que la nouvelle se répandait, les familles du quartier arrivaient aussi.

Le centre de communications ‘Habad fonctionna à plein régime et, en quelques minutes, la nouvelle se répandit dans tous les centres Loubavitch du monde.
Les rondes devant le 770 s’intensifièrent et on ramassait déjà de l’argent parmi les participants pour acheter de la vodka (un des donateurs s’engagea à donner une avance de mille dollars…). Au bout d’une demi-heure, Rav Krinsky arriva avec le compte rendu du procès de 45 pages, en anglais. Jusque-là, on n’avait pas de détails mais à partir de maintenant, on avait la preuve que le verdict avait été clair et net et que la victoire était totale.

« La ville de Crown Heights éclata de joie » pourrait-on dire pour paraphraser la Meguila. Les « tanks » tournaient dans les rues du quartier et diffusaient le chant joyeux de Didane Nétsar ; la chaussée devant le 770 était imprégnée de la vodka qui coulait à flots…on entendit quelqu’un réciter le Kidouch de Yom Tov et chacun essayait de faire partager ses sentiments aux autres, les ‘Hassidim s’embrassaient.

Rav Krinsky entra dans le bureau du Rabbi ; quand il en sortit, Rav Binyamine Klein entra. Même si on ne connait pas les détails, on remarqua qu’ils étaient évidemment très heureux du dénouement de cette affaire.

Les haut-parleurs du 770 diffusaient sans arrêt le chant Didane Nétsar ; l’orchestre des frères Piamenta arriva et se déchaîna avec Reb Lipsker jusqu’à 19h 30 le soir ! Un des ‘Hassidim monta sur une des barrières du 770 et cria d’une voix forte les bénédictions Hatov Vehamétivpuis Chéhé’héyanou avec le cri Yehi Adonénou ; tous répondirent Amen. Les danses augmentaient de tous les côtés, dans la synagogue et dans la rue, les gens se souhaitaient Mazal Tov et Gut Yom Tov. Tous les chants joués par l’orchestre étaient accompagnés des mots Didane Nétsar.

Le secrétariat annonça que la prière de Min’ha se tiendrait dans la grande synagogue en bas (et non dans la petite choule en haut, comme d’habitude en un jour de semaine) et on prépara en toute hâte l’estrade de Tichri.

A 15h 15, le Rabbi descendit pour Min’ha ; le 770 était plein à craquer et les ‘Hassidim chantaient Didane Nétsar à pleins poumons. L’officiant commença Achré avec l’air chanté habituellement par les enfants et toute la Tefila aussi. Après la Tefila, le Rabbi prit son Sidour et se tourna vers le second pupitre, avec le micro qui avait été apporté en toute hâte après la répétition de la Amida et prononça une Si’ha pendant une demi-heure.

La Si’ha fut corrigée par le Rabbi – en anglais.

Après la Si’ha, le Rabbi sourit vers un jeune homme qui avait crié très fort : « Ad Mataï ? »… puis le Rabbi remonta dans son bureau tandis que dehors, on continuait à danser.

Le Rabbi descendit pour la prière de Maariv à 17 h 20. Les avocats du procès firent leur apparition pour la prière. Après la Tefila, le Rabbi rentra chez lui. Entretemps, des dizaines de Chlou’him arrivèrent (Rav Chlomo Cunin était arrivé la veille au 770…). Devant le 784 Eastern Parkway, on accrocha une pancarte géante avec les
mots : « C’est le jour que D.ieu a fait, réjouissons-nous en lui – Didane Nétsar ! ».
Partout la joie était immense et impossible à décrire.

A Londres, les ‘Hassidim se réunirent au Beth Loubavitch autour de Rav Na’hman Soudak (Zal) et Rav Chmouël Lou toute la nuit et, au milieu des culbutes d’usage, nommèrent Rav Soudak leur émissaire pour les représenter chez le Rabbi.

A Paris, Rav Chmouël Azimov réunit les ‘Hassidim dans la choule où avait prié le Rabbi, le 17 rue des rosiers et expliqua la grandeur du moment et sa signification. Une grande délégation se proposa de passer le prochain Chabbat au 770 pour prendre part à la grande joie. Rav Azimov (zal) écrivit au Rabbi un compte rendu et mérita de recevoir une réponse à ce sujet.

Les jeunes garçons qui étudiaient à la Yechiva de Détroit (Michigan) se mirent immédiatement en route pour New York. Rav Guerchone Mendel Garélik arriva de Milan. De nombreux ‘Hassidim arrivèrent d’Australie avec à leur tête Reb Pin’has Feldman.

A Jérusalem, mercredi soir, une grande réunion ‘hassidique rassembla de nombreux participants dans la grande salle de la Yechiva Torat Emeth. Cette nouvelle se répandit rapidement dans toute la ville et bien vite, la salle fut pleine. L’émotion était intense et tous les participants exprimaient un profond attachement au Rabbi, vraiment du plus profond de leur cœur : les gens chantaient, criaient, récitaient le Hallel et tous dansèrent à en perdre haleine jusqu’au matin. Les orateurs étaient Rav Zeev Dov Slonim, Rav Zélig Feldman, Rav Chimone Eliatouv, Rav Yossef Ségal, Rav Pin’has Leibouch Hertzl, Rav Yits’hak Kogan, Rav Na’houm Rabinovitch, Rav ‘Hano’h Glitsenstein et Rav Ouri Méir.

A 21h 30 commença le farbrenguen dans la choule en bas sous l’impulsion du Vaad de Agoudat Hassidé ‘Habad. Des milliers de gens se pressaient dans la synagogue : habitants du quartier, garçons de la Yechiva mais aussi des milliers de gens qui avaient convergé vers New York de tous les États-Unis. La réunion fut présidée par Rav David Raskin d’une main de maître.

Le premier à prendre la parole fut Rav Krinsky qui s’était beaucoup investi dans le procès. Il en expliqua l’importance historique qui devrait être fixée pour les générations à venir. De fait, après la Si’ha de l’après-midi, le Rabbi lui avait demandé de contacter l’avocat et de lui répéter des paroles de la Si’ha et de le remercier. Les avocats – qui étaient en réunion – sortirent spécialement pour l’occasion pour l’entendre évoquer ce que le Rabbi avait dit à propos du passage de ‘Houmach du jour. Un d’entre eux demanda à transmettre en son nom au Rabbi une parole de Torah de son cru : « Son âme est liée à son âme » : il avait vu de ses propres yeux combien le Rabbi avait été affecté pendant tout le procès….

On chanta – Didane Nétsar bien sûr – et les gens se mirent à danser sur les tables avec une frénésie inimaginable !

Ensuite, Rav Avraham Chemtov raconta qu’au début du procès, les avocats avaient demandé au Rabbi ce qu’il pensait et il avait répondu qu’à son avis, tout devait être habillé de façon naturelle. Il avait aussi suggéré à un avocat de baser toute sa plaidoirie sur une lettre du Rabbi précédent à un certain Docteur Marx où il écrivait en quelques lignes que la bibliothèque appartenait à Agoudat ‘Hassidé ‘Habad : au début les avocats n’étaient pas convaincus de l’importance de cette lettre mais, par la suite, il s’avéra que ce choix était judicieux et balayait de nombreux arguments de la partie adverse.

Ensuite, ce fut le Roch Yechiva, Rav Morde’hai Mentlik qui parla et lia, à son habitude, ce qui s’était passé avec le Hayom Yom du jour et parla en termes enflammés du Chef de la génération en concluant avec une bénédiction de Didane Nétsar.

Puis les Rabbanim du quartier, Rav Marlow et Rav Chnéour Zalman Gourari parlèrent ainsi que Rav Berel Lévine, directeur de la bibliothèque et Rav Chlomo Cunine.

Rav Moché Hecht suggéra d’écrire une Meguila de Hé Tévet comme les ‘Hassidim l’avaient fait à l’époque de Youd Tet Kislev.

Entretemps les Rabbanim de plusieurs Yechivot se réunirent pour décider s’il fallait ou non laisser les jeunes gens se rendre au 770. Au cours de cette réunion, Rav Mentlik se leva, très bouleversé : « Si on s’imaginait que nous sommes maintenant en plein Youd Tet Kislev et que l’Admour Hazakène sort maintenant de prison, discuterait-on de savoir s’il faut laisser ou non les Barou’him aller à sa rencontre ? Nous devons savoir que nous sommes dans une période encore plus importante que Youd Tet Kislev et que nous devons donc donner la permission à tout Barou’h qui le demande ! »

Après les discours, on écarta les tables et les bancs pour laisser de la place aux danses. L’orchestre Piamenta travailla dur pendant toute la nuit, avec A. Lipske,r pour accompagner les danses qui durèrent toute la nuit avec le slogan : « La main des ‘Hassidim vaincra ! ».

Mercredi 6 Tévet

A 14 h 15, le Rabbi prit la route pour le Ohel.

Il rentra à 18 h 30 et pria Min’ha et Maariv dans la choule en haut. A 18 h 40, après la prière, il se tourna soudainement vers l’assemblée qui remplissait la choule et prononça une Si’had’environ sept minutes.

Au milieu de la Si’ha, Rav Harélig entra et apporta un micro ; le Rabbi se tourna vers le micro et continua de sorte que même ceux qui étaient dehors purent écouter.
Un point de cette Si’ha :

« Concrètement : tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas encore donné la Tsedaka, avec leur nom et le nom de leur mère – s’empresseront de donner une somme spécifique à la Tsedaka (car là, ce n’est pas la quantité qui compte mais le fait même de s’associer à la Tsedaka) ce qui inclut aussi qu’il faut le faire avec le sourire. Il faut envoyer les noms avec les noms des mères avant le départ, demain, Bli Néder, au Ohel pour que leurs noms soient mentionnés.
Il serait souhaitable qu’ils donnent les noms et l’argent séparément (en même temps mais dans des enveloppes séparées) pour éviter le travail supplémentaire de séparer l’argent des lettres. Car certainement, il y en aura une grande quantité et encore plus une grande qualité.

Et comme il n’y aura pas le temps de lire toutes les lettres mais seulement la possibilité de les déposer sur le tombeau, chacun est libre d’écrire ce qu’il veut (sans honte) car c’est comme s’il écrivait au Saint Béni soit-Il par l’intermédiaire du Rabbi (précédent). On peut agir ainsi dans tout endroit où se trouve un cimetière juif où sont enterrés des Grands Hommes de notre peuple car, comme on le sait, tous les cimetières sont liés les uns aux autres. Et tous sont liés au Caveau des Patriarches à ‘Hévrone, par l’intermédiaire de « tunnels » comme il est rapporté dans certains livres ».

Le Rabbi sortit de la Choule mais revint immédiatement et ajouta :

« Tout ceci s’applique aussi aux femmes et aux enfants – « avec nos jeunes et avec nos vieux, avec nos fils et avec nos filles » (faisant ainsi allusion aux paroles de Moché Rabénou (Moïse notre maître) au moment de la Sortie d’Égypte) ».

Quelques minutes plus tard, le Rabbi retourna chez lui.

A 21 h 30, les tables étaient déjà prêtes au 770 pour un autre farbrenguen qui se transforma bien vite en danses et chants joyeux. Comme la veille, on sortit les bancs et les tables pour pouvoir danser sur plus d’espace, toujours avec l’orchestre,

jusqu’au matin. Sur le visage des participants, on pouvait remarquer que depuis que la nouvelle était parvenue, la veille à midi, ils n’avaient pas fermé l’œil ! Au matin arrivèrent les premiers invités d’Israël avec, entre autres, le Grand Rabbin de Bné Brak, Rav Moché Landau.

Ce n’est qu’à 9 h 30 que l’orchestre plia bagage…

Jeudi 7 Tévet : un moment propice

Après la lecture de la Torah, une foule immense et variée arriva au 770 : toutes sortes de ‘Hassidim et d’autres communautés qui, le visage très sérieux, écrivaient leurs demandes de bénédictions qu’ils transmettaient au secrétariat. Les secrétaires travaillaient avec diligence. De fait, tout le monde au 770 était épuisé : chacun contactait ceux qu’il connaissait, que ce soit par l’intermédiaire des Mivtsaïm ou autre.

L’objet le plus demandé était une feuille de papier pour inscrire encore des noms et des noms…on inscrivit aussi les noms de 100 000 enfants enregistrés dans les archives de Tsivot Hachem. C’était vraiment une atmosphère surréaliste.

Dès 14 h, les gens se rassemblèrent près de la porte du bureau pour apercevoir le Rabbi quand il sortirait pour se rendre au Ohel. La tension augmentait de minute en minute, surtout quand Rav Hessed Halberstam apporta le micro. C’était les derniers moments et les gens jetaient d’on ne sait où encore des papiers avec des demandes de bénédiction que les secrétaires réussirent encore à introduire dans le bureau.

A 14 h 40, quatre membres du Kolel firent passer les sacs contenant l’argent ; deux des secrétaires sortirent en portant avec beaucoup d’efforts de lourds sacs contenant les demandes de bénédictions ; ils les déposèrent sur la banquette arrière de la voiture du Rabbi. Ils revinrent et rapportèrent encore d’autres sacs : il y en eut huit en tout. Puis le Rabbi sortit : il avait le visage rayonnant et tous étaient impressionnés et … impatients !

A 19 h 40, le Rabbi rentra du Ohel. Au bout d’un quart d’heure, il entra pour Min’ha et Maariv dans la grande Choule. Après Maariv le Rabbi s’approcha du micro et prononça une Si’hapendant une demi-heure. Il cita le verset : «Il envoya Yehouda devant lui…. » et en déduisit qu’il fallait changer chaque maison juive en maison de Torah, Tefila et Tsedaka.

A 22 heures, un grand repas de Seoudat Hodaa était organisé par Rav Meyer Harelig qui le présida. Ensuite Rav Hecht cita le dernier enseignement du Rabbi. Rav Landau évoqua la source du principe de « Repas de remerciement » et Rav Yoel Kahn donna une explication hassidique aux événements actuels : « Comme tout le monde le sait, le Rabbi a expliqué après Min’ha du 5 Tévet que, de même que la délivrance de Youd Tet Kislev faisait suite à une accusation et a entrainé une augmentation de la diffusion de la ‘hassidout, de même il devait en être maintenant ». J’ai entendu de la bouche de plusieurs ‘Hassidim que Hé Tévet avait encore plus d’importance que Youd Tet Kislev : l’accusation contre Rabbi Chnéour Zalman était contre la diffusion de la ‘hassidout, la lumière diffusée par la Source de lumière, le Nassi de la génération. La réponse devait donc être une augmentation et une révélation encore plus
grande de cette lumière. Mais ici, l’accusation ne portait pas sur la lumière de la ‘Hassidout mais sur leMaor lui-même : ce qu’on contestait, c’était la notion que le Nassi est tout et donc la réponse devait correspondre.

De plus : à propos des fêtes qui ont été rajoutées dans le calendrier juif par les Sages, on peut remarquer : la première, c’est Pourim où on fête la délivrance physique, donc du corps du Juif. Hanoucca, c’est la délivrance de l’âme car les Grecs ne voulaient pas tuer les Juifs mais seulement la pratique des mitsvot. La 4ème fête, Hé Tévet, c’est l’annulation de l’accusationcontre l’âme de l’âme du Juif, contre l’essence même du Luminaire.

La conséquence devait donc être non seulement une plus grande diffusion de la ‘Hassidout mais un attachement encore plus intense au Maor, pour que toute la génération ressente qu’elle appartient au Rabbi. Que D.ieu fasse que très bientôt, nous méritions d’assister au dévoilement complet de la vérité avec la venue de Machia’h, maintenant !

Rav Krinsky présente alors à l’assemblée le principal avocat, Nathane Lévine qui fut invité à s’adresser aux ‘Hassidim. Il déclara être très ému car, d’habitude, quand on gagne un procès, on est content un jour mais ici, les Loubavitch fêtent l’événement depuis déjà trois jours. Il effectua aussi un rapprochement avec la Sidra de la semaine.

Rav Chlomo Cunine, Chalia’h principal à Los Angelès qui raconta que dans l’avion qui avait transporté de nombreux ‘Hassidim de Los Angelès vers New York, on avait retransmis en direct la Si’ha du Rabbi…

On raconte aussi que dans les deux avions qui avaient transporté des ‘Hassidim depuis le Canada, le commandant de bord demanda qu’on arrête de danser ou au moins qu’on le fasse un peu moins énergiquement car cela pouvait poser un problème de sécurité…

A nouveau l’orchestre Piamenta et les gens qui dansent sur les tables. Sur le mur, on avait accroché une immense pancarte avec les mots : « C’est le jour du début de Tes œuvres, Hé Tévet, la fête des fêtes, le jour de la délivrance de Didane Nétsar, et son royaume s’étend sur tout ! »

Aux élèves de la Yechiva et aux habitants de Crown Heignts s’étaient rajoutés de nombreux invités : des Chlou’him des élèves des autres Yechivot et la choule était pleine à craquer. Quelqu’un fit remarquer que, quand l’Admour Hazakène était sorti de prison, les ‘Hassidim avaient dansé dans les rues de Petersbourg mais ici, la Sim’ha était encore plus grande, encore plus grande qu’à Sim’hat Beth Hachoéva !

Vendredi 8 Kislev

Des dizaines d’invités venus d’Israël accueillirent le Rabbi quand il arriva. Une petite fille souhaita Mazal Tov au Rabbi.
On prépara les tables dans la choule comme au mois de Tichri pour Chabbat.

Le Rabbi souhaita à la petite fille Gut Chabess, We Want Mochia’h now.

Chabbat Vayigach 9 Kislev

Quand le Rabbi arriva dans la grande choule en bas, il fit de grands signes du bras pour augmenter le chant «Vessama’hta » et encouragea le chant jusqu’à ce qu’il arrive à son fauteuil. On chanta Kel Adone sur l’air de Didane nétsar et le Rabbi encouragea le chant, bien plus que d’habitude.
Farbrenguen

Avant la première Si’ha, on chanta Didane Nétsar. Après les questions sur Rachi, le Zohar et le Rambam, la Rabbi distribua de la vodka. L’une des explications sur Rachi concernant les Baté Habad :

« Il faut faire de tout « Je résiderai parmi eux » comme le comprend un petit enfant : puisque D.ieu a créé cela, il faut en faire une « demeure pour Lui ici-bas » donc de son lit, de sa chaise, de sa cuillère etc. » un Beth Habad. Un enfant m’a écrit qu’il avait décidé de faire de sa chambre un Beth Habad : il y a accroché une affiche etc. et cela a éveillé l’étonnement autour de lui, on lui a posé des questions à ce sujet… C’est pourquoi on propose (qu’on appelle cela une trouvaille ou une nouvelle décision, comme on veut) que chacun qui rentrera chez lui organise un farbrenguen, dans ses Quatre Amot précisément, dans sa maison, afin d’en faire un Beth Habad ».

A la suite de l’étude du Rambam quotidien, le Rabbi rappela que les Juifs sont les Baalé Batimdu monde puisque D.ieu leur a confié, si on peut dire, tous les mondes jusqu’à ce monde-ci, matériel, pour en faire une demeure pour D.ieu, de façon à ce que nul ne puisse le contester.

Le Rabbi regarda la montre et rajouta en souriant qu’il faudrait s’allonger à ce propos mais on raterait aussi alors l’heure de Maariv… Puis il se tourna vers le ‘Hazane Moché Telichevski pour qu’il chante « rapidement », ce qu’il fit – rapidement !

Le Rabbi rappela qu’il fallait réciter la Bra’ha Ara’hona. Le farbrenguen se termina à 17 h 05.

On pria Mi’ha et Maariv et le jeune Y. Katsman annonça une réunion des Rabbanim ce soir à 21 h 30. On fit Havdalla et le Rabbi se tourna vers Rav Katz pour qu’il annonce le Melavé Malka pour le Kéren Hamaamad prévu pour Motsé Chabbat.

La Sim’ha se prolongea de 23 heures jusqu’à 7 h 30 du matin avec l’orchestre Piamenta, avec les mots Ad Mataï. On apprit que les Rabbanim avaient tranché un Psak Din qui gonfla le moral de tous les participants qui étaient vraiment persuadés qu’on célébrerait le 10 Tévet comme un jour de joie à Jérusalem !

Dimanche jeûne du 10 Tévet

Rav Marlow attendait le Rabbi devant son bureau et lui transmit le Psak Din décrété la veille par les Rabbanim comme quoi

Machia’h doit venir. Le Rabbi regarda le papier et dit : « Que le bon D.ieu accomplisse les désirs de leurs cœurs pour le bien, dans tous les domaines qui sont évoqués ici, dans les mots du Rambam, Amen, que ce soit La Volonté ! Et que cela se passe immédiatement, vraiment, surtout que nous sommes trente jours avant Youd Chevat. Qu’on entende de bonnes nouvelles, que ces jours soient changés en joie et en réjouissances et jours de fêtes ! ».

Le Rabbi descendit dans la grande Choule pour réciter les Seli’hot et la lecture de la Torah.

Après Min’ha, selon son habitude, le Rabbi prononça un discours de Divré Kivouchine. Il profita de l’occasion pour remercier tous ceux qui s’étaient associés à la Sim’ha pour qu’ils annoncent de bonnes nouvelles et reçoivent des bonnes nouvelles. Il souhaita que « celui qui a bon cœur trouve toujours l’occasion de faire un festin » en ajoutant que c’est parfois le festin toujours qui amène au bon cœur. Il souhaita qu’encore d’autres écrits et livres retrouvent leur place ainsi que d’autres Juifs – grâce à la construction d’autres Baté Habad pour augmenter les initiatives de Torah, Avoda et Guemilout Hassadim. Que toute maison juive devienne une maison digne de cette appellation !

Les danses se prolongèrent toute la nuit.

Si’ha Mardi 5 Tevet 5747 Après Min’ha

L’admour Hazaken délivra un enseignement qui fut ensuite transmis par tous nos maîtres, jusqu’a mon beau père le Rabbi, chef de notre génération. L’Admour Haemtsahi, en particulier, qui fut chargé de guider spirituelement les jeunes Hassidim de l’Admour Hazaken, le commenta. Son contenu est le suivant. Il est nécessaire de vivre avec la le temps c’est à dire de trouver sa vitalité dans la Paracha de la semaine. Nous sommes en l’occurrence un mardi troisième jour de la création lorsque deux fois fut dis le mot bon durant la création «Bon pour les cieux et bon pour la créatures». Ce jour souligne donc particulièrement la nécessité d’être bon à la fois pour les cieux et pour la créature bien plus, la portée véritable de cette affirmation est la suivante: il ne faut pas penser qu’il est une partie de la journée qui soit consacrée aux cieux et une autre aux créatures. C’est en fait chaque instant du jour qui présente ces deux aspects à la fois, dès lors qu’il appartient au mardi.

Expliquer la situation dans laquelle on se trouve.

Le premier versé de la Paracha de cette semaine souligne comme le montre l’Admour Hazaken qu’un juif se trouvant dans une situation négative est capable d’en expliquer aux autres la raison. Combien plus l’univers n’a-t-il pas le fait du hasard car il ne s’agit nullement de le laisser dans la peine
D. nous en garde.

Le récit de la Paracha, en l’occurrence, se passe avant le don de la Torah. Combien plus son enseignement étuverai après celui-ci lorsqu’est effective une affirmation selon laquelle «Israel, la Torah et D.ieu ne formant qu’une seule et même entité».

On peut donc envisager une situation dans laquelle on joue le rôle d’émissaire, en effet dit Yossef «ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici mais D.ieu». C’est l’idée que souligne le premier verset de ce passage. L’essentiel est l’action concrète. Chacun apportera la sienne au monde et prendre ainsi conscience qu’il est le mystère de D.ieu ici-bas.

Une élévation considérable

Certes, D.ieu aurait pu obtenir un même résultat par Son attribut de miséricorde. Pourquoi avoir eu recours à une situation négative posant le viole? C’est parce que la chute profonde qui en résulte aboutit à une élévation infiniment plus grande. Chaque juif doit savoir que, la où il se trouve, il est investi d’une mission. Il doit donc désirer l’accomplir concretement, souhaiter que chaque chose devienne lumineuse.

Chaque juif se dira donc qu’il est émissaire de D.ieu. Par son intermédiaire, la présence divine se révélera à l’évidence, au sein de la matière, même là où elle est par nature cachée.

«L’émissaire de quelqu’un s’identifie à celui-ci» et «D.ieu prépare les pas de l’homme» celui-ci parvient en chaque endroit pour y proclamer le nom de D.ieu, pour L’y faire résider, en hébreu Lechaken qui est la même racine que Michkan, le sanctuaire, qui évoque le temple.

L’enseignement de ‘Hanoucca

Un juif bâtira donc un temple tout d’abord dans ses quatre coudées personnelles puis «à la portée de sa maison vers l’extérieur» conformément à l’enseignement de Hanoucca dont le dernier jour était ce Chabbat qui a apporté la bénédiction à toute cette semaine et en particulier, à ce mardi, dernier des trois jours qui lui sont directement liés.

Il faut donc éclairer «à la porte de sa maison vers l’extérieur jusqu’à ce que disparaît les pas des Tarmodes». Les livres sacrés établissant une relation entre le peuple de Tarmodes et la révolte fermentée contre D.ieu dans le monde. Or, il dit que mêmes leurs pas disparaîtront. L’élévation qui en résultera sera considérable.
Nous avons expliqué lors d’une précédente occasion, que tel était la spécificité de Hanoucca, miracle commémoré par de l’huile qui imbibe toute chose.

Que conclure de la victoire?

L’Admour Hazaken expliqua que les accusations portées contre lui donnaient une indication sur l’activité qu’il devait intensifier après sa libération. De fait il ouvrit ainsi une voie nouvelles du service de D.ieu, formula un enseignement s’adressant à tous.
Le Baal Chem Tov et le Magid de Mezritch lui précisant alors que le temps était venu de diffuser la ‘Hassidout d’une façon encore plus large qu’auparavant. C’est pour obtenir un tel résultat qu’il devait passer parlà.

En apparence des réalisations grandioses et merveilleuses ont été obtenues en particulier depuis que le Rabbi chef de la génération est arrivé dans ce pays. Par sa diffusion de la ´Hassidout il transforma son environement extérieur dans lequel les sources ‘Hassidiques firent leur apparitions. Chacun peut s’attacher à D.ieu, prendre conscience qu’Il est la source de toute créature, vivifie chacun. Dés lors, comment la situation que l’on sait pût-elle se produire?

Déjà auparavant, d’immenses accomplissements avaient été obtenus. Bien plus mon beau-père avait expliqué qu’il ne restait plus qu’à faire briller les boutons pour la parade finale! La seule raison, l’unique explications que l’on puisse donner de l’effroyable situation que l’on connut, du doute qui se dit jour, est la suivante: Ce fut un moyen d’élargir la diffusion de la ‘Hassidout à l’extérieur, de façon considérable.

Certes, on a agi, on a été actif, mais tout cela restait insuffisant. On n’a pas assez utilisé les manuscrits et les livres de mon beau-père, le Rabbi précédent pour diffuser la ‘Hassidout. Dés lors, le doute surgit. Ces livres sont-il bien à leur place?

Utilité du bouton

En d’autre termes, il ne manquait rien, si ce n’est ces boutons. Nous avons déjà expliqué plusieurs fois qu’un bouton n’est pas une partie réellement indispensable du vêtement. Toutefois, en son absence, la pan droit du vêtement est séparé de son pan gauche, bien que tout deux recouvrent le corps de l’homme. Grâce au bouton, en revanche, le vêtement ne faisant qu’une seule pièce, ses deux moitiés s’unissent.

La coutume juive veut que le côté droit soit boutonné par dessus le côté gauche. Ce dernier n’est pas supprimé pour autant. Bien plus, c’est lui qui recouvre le corps de façon directe. Néanmoins, il reçoit pour cela l’aide du côté droit.

Le travaille de Yossef

Telle est donc l’analyse qui peut être faite de la situation présente et c’est là l’enseignement qu’il convient de tirer, de façon joyeuse, car la joie brise les limites et a une incidence sur l’action concrète.

Ce passage de la Torah, qui décrit la mission du juif, ce conclut par «et l’esprit de Yaakov leur père revécut», lorsqu’il prit connaissance de la situation de Yossef, bien qu’il se trouvait en Égypte, devait diriger le royaume, se consacrer aux préoccupations matérielles et aux nations du monde.

Il y eut un fait totalement nouveau par rapport à la vie de Yaakov et encore plus à celles d’Avraham et d’Its’hak. Les Sidrot que nous étudions pendant ces semaines montrent que les frères de Yossef étaient bergers. Il leur était en effet nécessaire de se séparer du monde pour servir D.ieu.

Yossef, lui, introduisit une démarche nouvelle. «Il vint à la maison pour y faire son travail», dit le verset. Et il s’agissait bien là du travail de Yossef, d’une tâche exécutée d’une manière particulièrement conscencieuse. Pour autant, celle-ci ne fit nullement obstacle au service de D.ieu. Yossef fut profondément attaché à Lui. Avraham, Its’hak et Yaakov Le servirent en tant que bergers.

Yossef, dans un premier temps, fut également berger. Mais ce ne fut pour lui qu’une préparation pour le moment où toute l’Egypte obéirait à ses ordres.
Il se consacra donc au travail de l’Egypte, Mitsraïm, qui se lit également Metsarim, barrières. Il servit D.ieu au sein des limites du Sacré et de ce qui en découle, c’est-à-dire les barrières et les contingences du monde. Mais il resta néanmoins parfaitement uni à D.ieu.

La génisse égorgée

C’est le sens du verset «voici les descendances de Yaakov: Yossef». C’est en Yossef que se dévoila la perfection la plus haute, celle des trois Patriarches et surtout celle de Yaakov, élu d’entre aux.

Ce fut le message des charrettes que Yossef envoya à son père. Rachi explique qu’elles faisaient allusion à la loi de
«la génisse égorgée». Pourquoi Yossef envoya-t-il ces charrettes? Pour que ces frères ne se mettent pas en colère, en restant chez eux, car elles faisaient référence à une étude de la Torah de Hala’ha portant sur la «génisse égorgée». Lorsque l’on découvrait un cadavre, en effet, il fallait mesurer les distances pour déterminer la ville la plus proche. Là, on faisait savoir que l’on avait trouver ce cadavre, dans le champ. Et l’on s’interrogeait alors. Qui en portait la responsabilité? La Torah établit ainsi qu’il est effectivement possible de trouver un cadavre dans un champ. Dès lors, «on en a connaissance, on prend peur et l’on n’en viendra pas à en faire de même». La Torah ayant précisé quel comportement devait être adopté, on peut en déduire comment il faut réagir lorsque l’on voit un cadavre dans le champ.

La descendance de Yaakov

C’est en ce sens qu’ Essav est appelé un «homme des champs», car il se dresse contre le sacré, ne peut supporter ceux qui sont «liés à l’Eternel dans la vie». Mais l’Admour Hazaken montre qu’un juif ne veut pas et ne peut pas être séparé de D.ieu. Lorsqu’il dit «je veux faire la Volonté de D.ieu», même si cet accord lui est arraché par la contrainte, même s’il est pénetré par le mal, il n’en n’exprime pas moins son désir profond et un sacrifice pourra même être offert «suivant votre volonté».

Ceci s’applique à chaque juif. Dès lors, «l’esprit de Yaakov leur père revécut» et la guémara explique que «tout comme sa descendance est en vie, il est lui même encore en vie». Ce verset conclut le passage du ‘Houmach que nous étudions ce jour. Il affirme que la vie de Yaakov depend de sa descendance, c’est-à-dire de chacun d’entre nous. Elle est possible par notre Torah et par les Mitsvot desquelles il est dit
«il vivra par elles».

Contenu de la mission

Ainsi la vie est possible, au sens le plus littéral parceque la descendance de Yaakov, dans ce monde, vit physiquement et accomplit les Mitsvot. C’est la ce qu’ enseigne ce passage. On doit donc se comporter, en tout endroit on se trouve comme un émissaire de D.ieu. Car on s’y rend uniquement pour mener à bien cette mission. Il faut en avoir la conscience permanente. Cette mission implique qu’aucun juif ne se trouve plus dans le champ, n’affaiblisse son lien avec la vie en étant exposé à tout ce que le champ implique.

C’est pour cela qu’on sera l’émissaire de D.ieu auprès d’un autre juif qui, jusqu’à maintenant n’a pas pris connaissance de tout cela. On le fera
«à la porte de sa maison vers l’extérieur» ici bas. On commencera par soi-même et par sa propre famille c’est-à-dire par les quatre coudées dans lequel on vit. Car on ne peut se contenter de ce qui a été accepté jusqu’à maintenant. Il faut développer la Torah, la prière et les Mitsvot, les bienfaits à autrui, la Tsedaka donc nous parlions, lors d’une précédente occasion.

Pour les nations du monde

Concrètement, nous sommes mardi lorsque par deux fois, fut dit le mot bon, lors de la création. Quand on étudie un tel passage de la Torah, il devient clair que l’on doit faire de sa maison un Beth Habad, comme nous l’avons expliqué, un foyer qui éclairera l’extérieur et dont la clarté parviendra à tous ceux qui se trouve dans le champ.

Il y avait lieu de penser que les charettes envoyées à Yaacov pour qu’il vienne en Égypte étaient offertes par le pharaon, mais Rachi, qui exprime le sens simple du verset, écarte cette éventualité et souligne que Yossef les envoya. Toutefois, le fait qu’il en aurait pu être ainsi établit l’importance de la participation des nations du monde.

C’est un Égyptien qui annonça à Yosef que «en dehors de toi, nul ne lèvera la main dans tout le pays de l’Égypte». On peut en conclure à quel point il est important que les descendants de Noa’h accomplissent leur sept Mitsvot et tout ceci hâte encore plus la réalisation la plus tangible de la promesse selon laquelle «il se réveilleront et se réjouiront ce qui gisent sous terre ».

Parmi eux se trouve Yaacov le chef de notre génération, le Yossef de notre époque, alors nous nous rendrons, dans la joie et l’enthousiasme en Terre Sainte, dans laquelle se réalisera la promesse selon laquelle «l’Eternel élargira ta frontière». Nous obtiendrons les territoires des Kini, Knizi et Kadmoni, non pas comme à l’époque de Yehochoua ni à celle des juges mais véritablement en une acquisition définitive.

C’est là le sens le plus simple de ce verset et c’est pour cela qu’il est cité par Rachi. Ce sera alors la délivrance véritable et complète par notre juste Machia’h avec nos jeunes et nos vieux, nos fils et nos filles.

De la meilleure façon

Alors se réaliseront les termes du verset «une grande assemblée retournera là-bas». Chacun connaîtra la largesse dans tous les domaines et tout d’abord les enfants, la santé la prospérité matérielle.

On cumulera alors une grande étude, une grande action, la mesure de cette époque des talons de Machia’h, celle de Vayigach, pendant laquelle il importe d’étudier, d’impliquer, au sens le plus littéral jusqu’à multiplier l’étude de la Torah et les Mitsvot, accomplir les préceptes «en tous tes voies connais le» et «tout tes actions seront pour le nom de D.ieu».

On fera le meilleur usage de ce jour pour lequel deux fois fut dit le mot «bon» lors de la création, en donnant de la Tsedaka, dans une boîte consacrée à cet effet. Cette Tsedaka consistera, en outre, à venir en aide à un autre Juif, de toutes les manières possibles .

On multipliera les accomplissements en ce sens de sorte que l’on contactera chaque Juif.

On commencera l’action en ce mardi, durant lequel deux fois fut dit le mot «bon». On assumera la mission d’être «bon pour les cieux et bon pour les créatures». On multipliera, tout d’abord, les Beth Habad.

On fera tout cela en ajoutant, en avançant et en éclairant, ici-bas,dans le monde. On achèvera ainsi tous les préparatifs. Cette situation négative fut passagère et on l’utilisera pour parvenir à la perfection la plus haute , permettant de bâtir un Sanctuaire pour D.ieu dans chaque domaine, ici-bas, en ces derniers instants de l’exil.

On ajoutera, on avancera et on éclairera, en accomplissant tout cela de la meilleure façon. On en a la force, puisque mon beau-père le Rabbi a dit « soyez tous prêts  » pour agir dans la joie et l’enthousiasme, avec plénitude et perfection.

Trouvailles

Tout ceci se traduira concrètement, la rétribution sera à la mesure de l’effort. Bien plus, ce sera une trouvaille, que l’on escomptait pas du tout, qui dépasse largement cet effort. “J’ai trouvé David mon serviteur”, la venue de notre juste Machia’h, au sens le plus simple, ici-bas et très prochainement, Amen Ken Yehi Ratson.

Si’ha – Veille du 7 Tevet 5747 – Après Arvit

Une proposition

Nous avons expliqué le verset ‘’et l’esprit de leur père Yaakov revécut’’ qui conclut le passage du ‘Houmach étudié hier. Nous avons dit que Yaakov était vivant dans la mesure où ‘’sa descendance est encore en vie’’. Nous trouvons la continuation de cette idée dans le passage étudié aujourd’hui, qui dit ‘’Je ferai de toi là-bas un grand peuple’’. Nous vivons maintenant les derniers instants de l’exil. C’est la raison pour laquelle je ne peux m’empêcher de formuler une proposition. Il est nécessaire d’accomplir les termes du verset ‘’tu seras un grand peuple’’, qui sera en Terre Sainte, dans laquelle ‘’l’Eternel élargira ta frontière’’, comme nous l’avons expliqué auparavant.

C’est la raison pour laquelle cette proposition sera faite ici. Tous ceux qui n’ont pas encore participé à la collecte lancée précédemment le feront maintenant. Je me rendrai demain, sans en faire le vœu, auprès du tombeau de mon beau-père, le Rabbi et j’y conduirai les noms qui auront été transmis.

Ecrire au chef de la génération

Il y aura aussi une grande liste de noms, en grande qualité et en grande quantité à la fois. On enverra les noms et l’argent séparément, afin que l’on ne perde pas de temps à les séparer. On aura alors la délivrance, on constituera une grande assemblée et ‘’Je ferai de toi là-bas un grand peuple’’, malgré l’intense obscurité de l’exil. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de conclure cet exil avec de la Tsedaka. Peu importe donc la quantité. Il faut seulement la donner avec bienveillance.
Je ne lirai pas moi-même ces lettres. Je ne ferai que les déposer sur le tombeau. Il n’y a donc aucune gêne à éprouver sur leur contenu et l’on peut écrire tout ce que l’on veut au chef de notre génération.

Pour les nations du monde

Ainsi se réalisera ‘’et l’esprit de Yaakov revécut’’ car tous sont inclus en Yaakov et en les douze tribus qu’il enfanta. Tous étaient présents, lors du don de la Torah. Le six cent mille âmes d’Israel étaient là et l’on peut donc mettre en évidence cette unité, au sens

le plus littéral. Il est dit que ‘’Il fixe les limites des peuples au nombre des enfants d’Israel’’ et ceci est lié à ‘’Yaakov, la corde de son héritage’’. Précisément, la famille de Yaakov comptait soixante-dix âmes, lorsqu’il s’installa en Egypte. De même, il y a soixante-dix nations dans le monde. C’est pour cela qu’est également nécessaire la campagne pour les sept Mitsvot des descendants de Noa’h, indispensable pour maintenir la civilisation du monde.

Pour les autres pays

On en fera de même dans les autres pays, là ou il y a un Juste, un Tsadik, un guide du peuple d’Israel, enterré dans le cimetière de l’endroit où l’on se trouve.
Puisse D. faire que le fait de parler de cela nous conduise à la révélation de la véritable maison de la vie, au sens littéral, dans laquelle nous la trouverons, âmes vêtues de corps.

Ce sera une maison de Torah, de prière, de Tsedaka, de bienfaits à autrui, dans laquelle les fils et les filles d’Israel, se consacreront à tout cela.

L’unité

Puisse D. faire que l’on constitue une grande communauté, en ces derniers instants de l’exil. Ce sera une ‘’grande assemblée’’, basée sur l’unité d’Israel.
C’est pour cela que, comme nous l’avons dit, ceux qui n’ont pas donné leur nom hier pourront le faire maintenant, jusqu’à demain, au moment où je partirai pour le tombeau. Ils peuvent aussi les apporter eux-mêmes près du tombeau de mon beau-père, le Rabbi ou dans le lieu qui se trouve à proximité de là où ils résident. Ceci hâtera la réalisation de la promesse selon laquelle ‘’ils se réveilleront et se réjouiront ceux qui gisent sous terre’’, avec Yaakov et avec mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération. Alors, nous nous rendrons avec nos jeunes et nos vieux, avec nos fils et nos filles, et avec ‘’une grande assemblée (qui) retournera là-bas’’, sur les nuages du ciel, vers la délivrance véritable et complète, ici-bas, dans la joie et l’enthousiasme, très bientôt de nos jours.

Les femmes également

Il faut souligner que ceci s’adresse à nos fils et nos filles, concerne donc les hommes et les femmes. Tous doivent être ensemble pour constituer une grande assemblée, conformément à la Volonté de D.

Si’ha – Veille du 12 Tevet 5747 –  Après Arvit

Didane Notsa’h

Rachi fait référence au traité Sanhedrin dans son commentaire du verset : ‘’celui qui a bon cœur connait le festin perpétuel’’. Point n’est donc besoin de développer plus largement ce qui constitue une évidence pour chacun et surtout pour ceux qui ont personnellement vécu l’évènement et ont crié ‘’Didane Notsa’h’’, c’est nous qui avons gagné. ‘’Nous’’ désigne ici mon beau père, le Rabbi, chef de notre génération. Cet évènement est la continuation de la victoire de mon beau père, le Rabbi. On ne peut imaginer que chacun interprète cette victoire comme bon lui semble. On ne peut imaginer n’importe quel agissement

inqualifiable et l’adopter sous prétexte que ‘’Didane Notsa’h’’. Il s’agit bien de la victoire de mon beau père, le Rabbi et il faut donc faire ce qu’il entend. Il faut suivre le chemin de nos maitres et, en tout point, rechercher le conseil de la Torah pour vaincre le mauvais penchant. Il est dit qu’un texte de la Torah complète l’autre. On peut trouver dans l’un les idées nécessaires à comprendre le second. Si on ne les trouve pas, on en sera le seul fautif. C’est que l’on aura mal cherché.

Un enseignement clair

On trouve donc à ce propos un enseignement clair de la Torah et point n’est besoin d’être un grand érudit pour le découvrir. Le Midrach Rabba raconte une histoire. Grace à celle-ci, le mauvais penchant n’osera plus parler, car il saura quelle est la décision de la Torah. Le Midrach Rabba, dans la Paracha de Kedochim, dit que chaque Juif désire mettre le mauvais penchant hors d’état de nuire et servir D.ieu de ses deux penchants à la fois. L’une de ses deux âmes se trouve avec le bon penchant et la seconde, avec le mauvais. Au sens le plus simple, une âme possède trois parties, Nechama, qui réside dans le cerveau, Roua’h, qui correspond aux sentiments du cœur et Néfech, qui se trouve dans le foie. Il faut donc rassembler ces trois parties et les mettre à la disposition du bon penchant pour accomplir la volonté du chef de notre génération et du Ramah. C’est là une décision tranchée. Mais la seconde âme se présente, sème le trouble et recherche des arguments : ‘’Pas maintenant, pas de cette façon, pas ici, pas avec sincérité’’

Une histoire

C’est donc pour cela que l’on nous raconte dans le Midrach Vayikra Rabba, à la Parachat Kedochim, une histoire qui délivre un enseignement très clair. Chacun pourra la consulter. Il y eut un sage de la Guemara qui fut visité par un esprit. Celui-ci lui expliqua qu’il était un bon esprit. Il en citait pour preuve sa présence dans cet endroit, grâce à laquelle les Juifs y avaient réalisé des accomplissements positifs. Mais on lui avait appris qu’un esprit allant à l’encontre du bien voulait venir et se rendre maître du lieu. Le Sage lui demanda donc ce qu’il attendait de lui. Il lui répondit qu’il devait regagner sa ville, y rassembler des hommes et, si ceux-ci apercevaient un esprit qui n’était pas bon, ils devraient frapper de tous les ustensiles qu’ils possédaient. Puis, à l’issue de ce vacarme, ils viendraient en cet endroit, afin d’y crier: ‘’Didan Notsa’h’’.

On retrouve également cette histoire dans le Midrach Tan’houma.

Un fait clair

Il est dit que ‘’Il t’enverra de l’aide du domaine Sacré’’. Il faut donc crier Didane Notsa’h, chasser le mauvais penchant, identifier le bon penchant. Néanmoins, on n’aura pas peur car on sera certain de la victoire, du renvoi du mauvais penchant. Le Midrach rapporte que l’on vit une goutte de sang emportée par les flots de la mer. Celle-ci symbolise la passion du mauvais esprit. Lorsqu’elle passa, l’eau redevint calme et il fut alors établi que Didane Notsa’h.

Ces faits parlent d’eux mêmes. Si l’on a besoin d’une affirmation intangible, elle se trouve là. Didane Notsa’h signifie qu’un Juif est sauvé du mauvais esprit, que celui-ci est renvoyé. C’est alors qu’il a accompli sa mission.

Comme un poisson

Nous concluront en évoquant le passage du ‘Houmach de ce lundi. Il y est dit ‘’et ils se multiplieront largement sur la terre’’. En ce sens, les Juifs seront bien comme des poissons. La vie d’un poisson se passe dans l’eau. De la même façon, la Torah est notre vie. On voit donc ce qu’il advient de celui qui sort de l’eau.

De la même façon, on demande à un Juif de bâtir pour D.ieu un Sanctuaire dans ce monde. Il le fera à le manière d’un poisson. Il ne se contentera pas de tout ce qui a été fait jusqu’à maintenant. De fait, une assurance a être donnée aux poissons que ce qui n’est pas bon ne les toucherait pas.

Voici donc l’enseignement de la Torah, qui permet de se multiplier ‘’largement’’ au point de faire de la Torah toute son existence.

Ce qui vient d’etre dit concerne ceux qui ont l’étude pour seule activité et ceux qui, ayant une activité professionnelle, appartiennent à la categorie de Zevouloun, au moins pendant le moment fixé pour l’étude. On dévoilera ainsi l’aspect profond de chaque chose.

C’est de cette facon que l’on peut conclure, en ce mardi au cours duquel deux fois fut dit le mot ‘’bon’’, lors de la création. Puis le Chlichi de notre Paracha se conclut par ‘’que j’ai pris de la main de l’Emori par mon glaive et par mon arc’’. Rachi, se basent sur le Targoum, interprète ainsi ces derniers mots : ‘’par ma sagesse (celle de la Torah) et par ma prière’’.

Nous avons longuement expliqué auparavant que ceci correspond aux trois domaines du service de D.ieu, Torah, prière et bienfaits à autrui.

Si’ha – Mardi 5 Tevet 5749 –  Après Arvit – Au retour du tombeau du Rabbi précédent

Un jour lié aux livres

Ce jour est lié aux livres sacrés. Il faut donc rappeler l’avis du Roch qui déduit la nécessité d’en posséder du Commandement positif d’écrire un Sefer Torah, l’une des dernières Mitsvot définies par la Torah. Or, l’ordre dans lequel la Torah est énoncée est important, en particulier en ce qui concerne son début et sa fin. D’après un avis, la Mitsva d’écrire un Séfer Torah est même la toute dernière de la Torah.

Tsédaka et achat de livres

Nous lierons tout cela à la Tsédaka et introduirons un point nouveau. Nous donnerons à chacun un dollar pour la Tsédaka, comme d’habitude, mais un fait nouveau s’ajoutera aujourd’hui. On donnera un second dollar pour acheter de nouveaux livres, réparer les anciens, ou donner cet argent à celui qui l’utilisera pour acheter des livres.

D’après différents avis, parmi nos décisionnaires, c’est là un commandement de la Torah. Même pour ceux qui y voient une institution rabbinique, on sait que « les paroles des Sages Me sont chères », et « les paroles des Sages sont impératives ».

Hommes, femmes et enfants

Nous sommes dans une année « intègre », qui a treize mois. Tout ce qui la caractérise fait suite à celle de Tissma’h, qui a rassemblé les hommes, les femmes et les enfants. De même, l’achat et l’étude de livres concernent les hommes, les femmes et les enfants. Tous tiennent à posséder leurs propres livres, de manière agréable mais de façon ferme. Chacun a besoin de « pain pour manger », d’ « habits pour se vêtir » mais aussi de livres. Il faut voir là un Commandement positif, de la Torah ou bien de nos Sages, ou même ayant les deux qualités à la fois.

Délivrance avec les livres

Puissions-nous accomplir toutes les Mitsvot « comme l’ordonne Ta Volonté ». Nous le ferons pleinement lors de la délivrance pleine et complète. Le monde atteindra alors sa perfection et l’on pourra écrire un Sefer Torah, avec tous les commentaires qu’il reçoit. Bien plus, il ne s’agira pas uniquement d’un Sefer Torah mais aussi de tous les autres livres.

On tirera donc une leçon de tout cela et l’on ajoutera à nos actions et à nos réalisations. Ce sera alors la délivrance véritable et complète, par notre juste Machia’h. Nous serons libérés « avec notre or et avec notre argent », avec également les livres et les manuscrits, qui sont aussi considérés comme des livres.

Livres de ‘Hassidout

Ceci concerne en particulier les livres de la partie profonde de la Torah, que l’on s’efforcera de posséder, manuscrits ou imprimés. Puissent ces propos se poursuivre en Erets Israel, vers laquelle toujours sont tournés les yeux de D.ieu du début de l’année à la fin de l’année. Nous retournerons avec nos jeunes et nos vieux, nos fils et nos filles, en Terre Sainte, à Yérouchalaim ville sainte, sur le mont du Temple, où se trouvent les Tables de la Loi, également liées aux livres. On y trouve également le Séfer Torah qui est, d’après un avis, à l’intérieur de l’arche sainte et d’après l’autre avis, sur le côté de celle-ci, comme on l’a expliqué plusieurs fois.

Nous révélerons donc tout cela en Terre Sainte, à Yérouchalaim, ville sainte, dans le Saint des Saints, avec les Tables de la Loi et le Séfer Torah et D.ieu ne nous retardera pas même le temps d’un clin d’œil en exil.

 

 

 

Dans les régions où dominait la Hassidout, les influences étrangères n’ont pas réussi à progresser

Dans les régions où dominait la Hassidout, les influences étrangères n’ont pas réussi à progresser

 

 

Le 19 Kislev est la fête de tout Juif, de tout cercle et de toute communauté • C’est la fête de tous ceux qui bénéficient de la lumière et de l’influence de l’enseignement hassidique

 

Rav Menahem Brod

Dans le monde entier, des milliers de Juifs se sont rassembles les 19-20 Kislev pour célébrer la fête de la libération de Rabbi Shneor Zalman de Liadi, auteur du Tanya et du Choul’han Arou’h. Cette fête est célébrée depuis plus de 220 ans et sa vitalité ne faiblit pas.

Elle est célébrée chaque année avec une joie renouvelée et un profond sentiment d’actualité. C’est peut-être l’une des caractéristiques d’une fête authentique et éternelle.

Après sa libération, le Alter Rebbe déclara : « Ce jour sera fixé comme une célébration permanente en Israël, où le grand nom sera magnifié et sanctifié, et des milliers de cœurs juifs s’éveilleront au repentir et au service du cœur. » En effet, les milliers de rassemblements de la fête de la libération, qui se tiennent dans le monde entier, témoignent de la réalisation de ses paroles sacrées.

La braise brûle

Le 19 Kislev n’est pas seulement la fête de la libération personnelle de Rabbi Shneur Zalman. Ce n’est pas non plus uniquement celle des Hassidim Habad, ni même du mouvement hassidique seul. C’est la fête de tout Juif, de tout cercle et de toute communauté. C’est la fête de tous ceux qui bénéficient de la lumière et de l’influence de l’enseignement hassidique – et personne n’échappe à sa lumière et son influence.

Aujourd’hui, il est facile de voir le renouveau que le hassidisme a apporté au judaïsme dans son ensemble. Il a rallumé de nos jours la flamme du lien aux sources dans le cœur de milliers de Juifs du monde entier. En effet, le feu du Baal Shem Tov réchauffe les cœurs et maintient la braise jusqu’à ce jour.

Les voies du hassidisme – perçues à l’époque comme une innovation et suscitant controverse et forte opposition – ont été adoptées dans toutes les couches du judaïsme. Il suffit de mentionner l’attachement aux Tsaddikim, la ferveur dans la prière, le chant et la joie, l’embellissement des Mitsvot, l’observance du Mikvé, et d’autres éléments devenus aujourd’hui patrimoine commun.

Ses conceptions fondamentales en matière de foi et de vision du monde juive ont également été intégrées à la pensée juive générale.

Avec amour et bienveillance, le hassidisme a réussi à guérir les blessures du peuple. Grâce à l’adoption de ses voies et de ses idées, le judaïsme fidèle a pu se remettre des coups durs portés par le mouvement des Lumières et les tendances réformistes. Dans les régions où dominait le hassidisme, ces tendances étrangères n’ont pas réussi à s’enraciner.

Réjouissons-nous et renforçons-nous

Le 19 Kislev est donc la fête de nous tous. Ce jour-là, le hassidisme a reçu le « feu vert » du Ciel pour se répandre. Ce jour-là a commencé à se réaliser la prophétie-instruction du Messie au Baal Shem Tov (lors de la célèbre élévation de l’âme) : « Tes sources se répandront au-dehors ».

La fête de la libération nous rappelle à tous que le hassidisme est la révélation d’une partie de la Torah, vitale pour nous tous. Tout comme vint le temps où furent révélés la Mishna et le Talmud, les livres des Rishonim et la Kabbale de l’Ari zal – ainsi est venu le temps où la lumière du Messie a commencé à briller, et nous avons reçu la possibilité de goûter aux trésors de la dimension intérieure de la Torah.

Le hassidisme est destiné à chacun et chacune. Aux gens simples comme aux grands érudits, aux étudiants de la Torah comme aux travailleurs. Il ravive l’âme ; nourrit l’esprit d’une compréhension profonde de la grandeur du Créateur et du sens profond de la Torah et des Mitsvot ; insuffle joie et enthousiasme dans le service divin. C’est la vitalité intérieure de la vie juive.

Réjouissons-nous tous en cette fête de la libération, rassemblons-nous dans l’amour et l’amitié, et souhaitons-nous les uns aux autres, selon la coutume hassidique : Pour une bonne année dans l’étude de la Hassidout et les voies hassidiques, soyez inscrits et scellés.

10 Kislev : Yortzaït de l’oncle du Rabbi, Rav Chmouel Schneerson

10 Kislev : Yortzaït de l’oncle du Rabbi, Rav Chmouel Schneerson

Il y avait un lien particulier entre le Rabbi et son «double oncle» (en effet, le frère de Rabbi Lévi Yits’hak avait épousé Myriam-Guittel, la sœur de la Rabbanit ‘Hanna : c’est le cas un peu particulier de deux frères qui épousent deux sœurs).

Les parents du Rabbi n’avaient pas reçu la permission de voyager pour assister au mariage de leur fils à Varsovie (Pologne). Ils avaient cependant organisé une grande réception à leur domicile à Yékatronislav (aujourd’hui Dniépopétrovsk) pour célébrer l’événement – même sans les mariés.

Le Rabbi avait écrit à son oncle, Rabbi Chmouël pour que celui-ci lui décrive les événements. Voici sa réponse :

« Tu me demandes par exemple de résumer les discours. D’abord ce n’est pas très intéressant. Si j’avais su que tu en as besoin pour préparer un discours, je t’en aurais peut-être rapporté le contenu mais, autant que je le sache, tu n’es pas intéressé à cela pour le moment et tu n’en as donc pas besoin – à mon avis.
Les paroles de Torah, les versets et paroles talmudiques cités ne constituent certainement pas des ‘Hidouchim (nouveautés) pour toi. Il est aussi inutile de répéter les paroles flatteuses (ou moins agréables) qui ont été prononcées.
 De plus, les discours étaient trop nombreux pour que je les cite tous. Ce qui a été dit oralement, on ne peut pas le mettre par écrit…. »

Ces quelques lignes suffisent à prouver le lien profond qui existait entre Rabbi Chmouël Schneerson et son neveu.

Les parents du Rabbi avaient quitté la ville de Nikolaïev en 1909, quand Rabbi Lévi Yits’hak avait été nommé Rav de la ville de Yékatronislav. Son frère, Rabbi Chmouël n’était pas encore marié et il vint vivre quelques temps à leur domicile car il travaillait comme professeur d’hébreu.

Nous avons retrouvé une lettre écrite par Rabbi Chmouël au Rabbi en 1928 alors que celui- ci habitait en Allemagne et avait apparemment besoin d’un document officiel pour ses études à l’université de Berlin :
« J’atteste – au mieux de mes connaissances et de celles d’autres personnes dignes de foi – que le jeune Mena’hem Mendel, fils de Rabbi Lévi Yits’hak Schneerson a réussi les examens à l’école de Yékatronislav en 1919 et a obtenu de très bonnes notes dans toutes les matières. Il a obtenu un diplôme qui a été perdu ».

Voici deux épisodes – rapporté par Rav Pin’has Althaus, Rav de la ville de ‘Holone en Israël, qui attestent de la proximité du Rabbi avec son oncle : durant la fête de Chavouot 1991, il se trouvait dans la synagogue du Rabbi à New York et transmit au secrétaire, Rav Binyamine Klein l’acte de naissance de sa tante, Mme Batchéva Althaus, la fille du ‘Hassid (et ami de la famille du Rabbi), Rav Éliahou ‘Haïm Althaus qui était née elle aussi à Nikolaïev.

Cet acte de naissance était écrit sur le papier à lettres de Rabbi Chmouël et signé de sa main. Voici ce que raconta ensuite Rav Klein :

« le Rabbi avait contemplé longtemps le papier en question et on voyait qu’il était heureux. Effectivement, Rav Althaus mérita une réponse de remerciement du Rabbi : « Il m’a occasionné une grande satisfaction pendant un long moment» ».

Dans la marge d’une lettre envoyée en 1978 au professeur Flaxsman qui habitait à Kiriat Gat, le Rabbi écrivit :

« Puisqu’il rappelle qu’il a séjourné en prison avec mon oncle le (défunt) Rav de Nikolaïev, je lui serais infiniment reconnaissant s’il pouvait m’envoyer des détails à ce propos. Je suggère, afin de ne pas trop le fatiguer, qu’il puisse facilement contacter des jeunes ‘Hassidim Habad de la ville de Kiriat Mala’hi qui seraient prêts à l’écouter raconter des détails et à me les rapporter par la suite. En effet, chaque détail m’est très, très précieux. D’avance je le remercie infiniment».

Rav de la ville

En 1930, Rabbi Chmouël retourna s’installer à Nikolaïev. L’année suivante, Roch ‘Hodech Eloul 1931, il épousa Myriam-Guittel, la fille du Rav de la ville, Rabbi Méir Chlomo Yanovsky et son épouse la Rabbanit Ra’hel – donc la sœur de la Rabbanit ‘Hanna qui était mariée avec son frère Rabbi Lévi Yits’hak.

Au début il fut seulement nommé Rav de la communauté ‘Habad et, en 1937, il devint le Grand Rabbin officiel de la ville. De par sa fonction à cette époque troublée, alors que régnait un gouvernement antireligieux, il dut faire preuve d’énormément de détermination malgré les nombreuses difficultés.

Dans une lettre adressée avant la fête de Pessa’h 1939 à son frère, il s’intéressa quant au moyen de cachériser des fours communautaires pour la cuisson des Matsot :

« Mon frère, je te demande de me répondre de toute urgence : comment cuit- on chez vous le « pain de misère » ? Y a-t-il un seul four ou plusieurs? Comment se procure-t-on de « l’eau qui a dormi » ? Avez-vous des machines réservées pour les Matsot ou d’autres machines ? Quel est le poids de la pâte pour chaque équipe de pétrisseurs ? Combien de surveillants ? Vas-tu surveiller toi aussi ? Comment vend-on les Matsots ? Ici, sur place ou dans des magasins spécialisés, enveloppées dans un papier ? Tous les ustensiles ont-ils été cachérisés ? Bref j’ai besoin de connaitre tous les détails et je te demande instamment de me répondre immédiatement. Voici ce qui se passe ici : après beaucoup d’efforts, j’ai discuté avec le responsable de la cuisson du pain mais il ne m’a pas répondu clairement pour les matsot. Seulement à Chouchane Pourim il me donnera sa réponse… ».

Rabbi Chmouël ne s’occupait pas uniquement des besoins religieux des Juifs de la ville mais aussi de leurs problèmes matériels. A cause de la très mauvaise gestion économique des communistes et, surtout quand avait éclaté la seconde Guerre mondiale, la situation sur place était désastreuse.

D’après les documents de son interrogatoire, on comprend qu’il se porta au secours de Juifs indigents, distribua des sommes que lui faisaient parvenir des organisations juives de l’étranger pour ce qui était sans doute une maison de retraite ou des hospices pour personnes handicapées. Il organisa aussi des distributions de repas cachères pour des familles pauvres.

Mais il ne s’occupa pas uniquement de sa communauté : il s’impliqua aussi pour le reste de la population.

Dernièrement, un livre intitulé « Citoyen de notre pays » a été publié par la municipalité de Nikolaïev: Mme Lavtchinsky et le chercheur M. Kouchine ont dépouillé de nombreux documents sur les familles Lavout, Yanovsky et Schneerson.  En effet, la ville de Nikolaiëv s’enorgueillit qu’un personnage né dans cette ville – le Rabbi – ait tellement influencé notre génération.

Pour cela, ces chercheurs ont fait appel au Rav de la ville, le Chalia’h Rav Chalom Gottlieb ainsi qu’à l’équipe de JEM à New York. « En 1921 et 1922, alors que la population souffrait de la famine, Rav Chmouël Schneerson fit construire une cuisine populaire qui put nourrir plus de 500 personnes, y compris des non-Juifs, grâce à des fonds que lui faisaient parvenir des organisations humanitaires juives de l’étranger, en particulier le JOINT avec lequel il entretenait des relations étroites.

Des centaines de gens ont pu survivre durant ces années terribles grâce à Rav Chmouël qui entretenait une correspondance suivie avec les directeurs de ces agences étrangères.

Grâce à lui, la ville put ouvrir un hôpital en 1929 : le matériel et l’argent pour entretenir cet hôpital venaient de l’étranger.

Lors de l’inauguration officielle, Rav Chmouël déclara :

« La clinique a effectivement été construite grâce à de l’argent de la communauté juive mais servira tous les citoyens, quelle que soit leur religion ».

Selon Rav Gottlieb, cet hôpital fonctionne encore aujourd’hui.

Un érudit hors-pair

Rabbi Chmouël Schneerson était un érudit dans tous les domaines de la Torah : Niglé, Kabala et ‘hassidout. C’est ce qu’on comprend quand on lit le chef d’accusation à son encontre. En effet, il fut arrêté par les autorités en 1941 et voici ce qu’on lui reprochait :

« Puisqu’il est le rabbin de la ville, il a entretenu des contacts avec des organisations juives à l’étranger et avait des liens familiaux avec des gens qui habitent en France, en Palestine et dans ce qui était la Pologne. A cause de sa religion, il dirige des activités antisoviétiques nationalistes parmi la population juive. Il tient chez lui des réunions illégales ».

Un autre document atteste qu’il possède une importante bibliothèque de livres de Torah désignés comme « la plupart sont des livres sur la Bible et la religion écrits dans la langue de la Bible ».

Les enquêteurs chargés de perquisitionner chez lui restèrent abasourdis devant l’importance de sa bibliothèque « qui comportait plus de 1500 volumes et qu’il était impossible d’emporter ». Ils décidèrent donc de stocker tous ses livres dans une pièce de sa maison qu’ils placèrent sous scellés. Sa belle-mère, la Rabbanit Ra’hel Yanovsky fut nommée responsable des scellés.

L’arrestation et l’emprisonnement

Ces activités et le respect que lui manifestait la population déplaisaient fortement aux autorités.

Le dimanche 4 Tamouz 1941, il fut arrêté à Nikolaiëv. Au bout de quelques jours, comme la guerre se rapprochait de la ville, il fut déporté dans un grand mouvement d’exode de toute la population vers l’intérieur de la Russie.

Il fut transféré dans la prison numéro 4, à Tomsk en Sibérie où on continua de l’interroger pendant plus d’une année. Finalement il fut condamné à trois ans de travaux forcés.

Cette terrible année le marqua profondément, il était devenu très faible. Son dossier médical atteste de sa très mauvaise condition physique mais cela n’empêcha pas ses bourreaux de le déclarer apte aux travaux « légers ».

Son dossier carcéral indique : « Après tous ces interrogatoire, il n’y a pas de preuves formelles contre lui » et tout le verdict repose sur une phrase prononcée par deux témoins qui auraient entendu le Rav dire ceci ou cela. « Il faut envoyer le citoyen Schneerson Chmouël Zalmanovitch dans un camp de travail pour dix ans ».

Cependant, du fait de sa santé chancelante, un second verdict diminua la peine de cinq années, peine commuée finalement à trois ans pour « agitation antisoviétique ».

Le verdict fut signé en Sivan 1942 et il fut envoyé aux travaux forcés. Mais déjà en Adar Aleph 1943, il fut libéré à cause de sa santé défaillante. Sa faiblesse était extrême ainsi que son état cardiaque.

Après sa libération, Rabbi Chmouël arriva dans la maison de son fils Mena’hem Mendel qui habitait alors à Tchedzov, à l’est du Turkménistan. Il y vécut un an et décéda le 10 Kislev 1943. Il fut enterré dans le cimetière juif.

 

9 Kislev :  Anniversaire de Rabbi Dov Ber, l’Admour Haemtsai, second Rabbi de la dynastie Loubavitch

9 Kislev : Anniversaire de Rabbi Dov Ber, l’Admour Haemtsai, second Rabbi de la dynastie Loubavitch

De 1813 à 1827, Rabbi Dov-Ber Schneerson transforma une modeste bourgade russe en capitale spirituelle du mouvement ‘Habad. Fils et successeur du fondateur du mouvement ‘hassidique ‘Habad, il modernisa l’éducation juive et créa les premières colonies agricoles juives en Russie, tout en enrichissant considérablement la littérature mystique et la musique ‘hassidique.

 

Rabbi Dov-Ber (1773-1827), connu sous le nom de « Mitteler Rebbe » (le Rabbi du milieu), fut une figure centrale dans l’établissement du mouvement ‘Habad-Loubavitch. Fils aîné et successeur de Rabbi Chnéour Zalman de Liady, il transforma la petite ville de Loubavitch en un centre spirituel qui rayonna pendant plus d’un siècle.

Une jeunesse marquée par l’excellence

Né le 9 Kislev 5534 (1773) à Liozna, il manifesta très tôt des capacités intellectuelles exceptionnelles. Son intelligence précoce et sa mémoire remarquable le distinguèrent dès ses premières années au ‘hédère, où il étudiait avec des élèves plus âgés. À seize ans, sa maîtrise du Talmud et des enseignements mystiques était telle que son père lui confia l’enseignement aux étudiants de sa Yéchivah.

L’établissement à Loubavitch

Après le décès de son père en 1813, Rabbi Dov-Ber, alors âgé de 39 ans, prit la direction du mouvement. Dans le contexte post-napoléonien, il choisit d’établir le centre du mouvement à Loubavitch, une décision qui allait façonner l’histoire du judaïsme ‘hassidique pour les cent années suivantes. Sous sa direction, Loubavitch devint un centre d’études et de spiritualité florissant.

Un leadership visionnaire

Rabbi Dov-Ber se distingua par une approche novatrice face aux défis de son époque. Face aux restrictions imposées aux Juifs sous le règne de Nicolas Ier, il lança plusieurs initiatives révolutionnaires :
– La création d’écoles professionnelles pour les jeunes Juifs
– L’établissement de colonies agricoles juives, notamment à Kherson
– L’encouragement à l’apprentissage des métiers manuels

L’héritage spirituel et culturel

Au-delà de son leadership communautaire, Rabbi Dov-Ber était un penseur profond et un écrivain prolifique. Il enrichit considérablement la littérature ‘hassidique avec une vingtaine d’ouvrages sur la ‘Hassidout et la Kabbalah. Musicien dans l’âme, il développa également la tradition musicale ‘hassidique, composant des nigounim (mélodies) et organisant des chœurs qui enrichirent la vie spirituelle de la communauté.

Son décès survint le jour même de son anniversaire, le 9 Kislev, bouclant symboliquement un cycle de 54 années consacrées au développement et à l’épanouissement du mouvement ‘Habad-Loubavitch. Son influence continue de résonner dans le judaïsme contemporain, témoignant de sa vision avant-gardiste et de son leadership exceptionnel.

 

 

Calendrier Hassidique : du 17 au 23 Elloul

Calendrier Hassidique : du 17 au 23 Elloul

 


17 Elloul


5503 : Mariage des parents de l’Admour Hazaken – le saint Rabbi Baruch et la Rebbetzin Rivka. La cérémonie du mariage eut lieu le vendredi 17 Elloul, mais l’une des conditions posées par le père du marié était que le festin de mariage se tienne le 18 Elloul.

5657 : Le Rabbi Rashab choisit les dix-huit premiers étudiants de la Yeshiva Tomchei Temimim et nomma le célèbre mashpia (mentor spirituel) Rabbi Shmuel Gronem Esterman comme leur guide.

5748 : Le Rabbi pose la première pierre pour l’agrandissement du bâtiment 770, projet lancé suite à ses instructions. Le Rabbi arriva sur les lieux depuis sa maison dans l’après-midi, vêtu d’un sirtuk (manteau long) de soie, monta sur une estrade spéciale érigée à l’extérieur du bâtiment, et commença immédiatement un discours qui dura environ dix minutes. Dans son discours, le Rabbi parla du sujet de la pose de la première pierre et dit : « Une telle maison dont le fondement est saint et qui est construite avec la conscience que la construction se fait par la force du Saint, béni soit-Il, mérite les bénédictions de D.ieu, qui devient, pour ainsi dire, partenaire dans la construction, et la construction sera un grand succès matériellement et spirituellement, et se fera rapidement, et s’accomplira en elle ‘Je résiderai parmi eux’ dans la joie et la bonté de cœur. »

Après avoir terminé son discours, le Rabbi demanda à M. David Chase – président du fonds de construction – de prononcer quelques mots en yiddish, et le beau-frère du Rabbi, Rabbi Shmaryahu Gurary, prononça également une courte bénédiction. Ensuite, le Rabbi descendit de l’estrade et s’approcha de l’endroit désigné pour la pose de la première pierre, prit une pelle dans ses mains, déplaça un peu la terre dans le trou, puis saisit la pierre à deux mains et la plaça dans le trou. Ensuite, le Rabbi prit la pelle dans sa main et couvrit la pierre d’un peu de sable. À la fin de l’événement, le Rabbi distribua un dollar pour la charité à tous les participants.


18 Elloul


5369 : Décès du Maharal de Prague, le grand génie descendant du roi David. Le Maharal est décédé à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans et a été enterré dans la ville de Prague. L’Admour Hazaken est un descendant à la huitième génération du Maharal, de père en fils.

5458 : Naissance de notre maître Rabbi Israël Baal Shem Tov. Son père, le saint Rabbi Eliezer, avait cent ans, et sa mère, la Rebbetzin Sarah, avait quatre-vingt-dix ans.

Le jour de son seizième anniversaire, le Baal Shem Tov partit en isolement, récita des Psaumes et s’engagea dans l’unification des Noms saints. Et alors, comme le décrivit le Baal Shem Tov lui-même : « Soudain, j’ai vu le prophète Élie avec un sourire sur ses lèvres, j’étais très étonné qu’étant seul, j’aie mérité la révélation du prophète Élie. C’était la première fois que je méritais de voir le prophète Élie seul, car avant cela, je l’avais vu quand j’étais avec les Tsaddikim cachés. »

Le jour de son vingt-sixième anniversaire, le prophète Ahiya le Shilonite se révéla au Baal Shem Tov, et pendant dix ans, il lui révéla et lui enseigna la lumière de la Torah telle qu’elle est étudiée au Gan Eden. Puis, le jour du trente-sixième anniversaire du Baal Shem Tov, Ahiya le Shilonite lui ordonna de se révéler au monde comme un faiseur de miracles et un révélateur de profondeurs.

5505 : Naissance de l’Admour Hazaken, dans la ville de Liozna en Russie Blanche, près de la ville de Vitebsk. Il fut nommé « Shneur Zalman », du nom de son grand-père, le père de Rabbi Baruch. Le nom de famille de l’Admour Hazaken était Baruchovitch, et avant cela, le nom de famille de ses parents était Posner.

La naissance de l’Admour Hazaken réalisa la promesse du Baal Shem Tov, qui, lors du repas d’anniversaire de l’année précédente, avait dit à Rabbi Baruch, le père de l’Admour Hazaken : « À cette même époque, vous embrasserez un fils. »

Le jour même de la naissance de l’Admour Hazaken, lorsque le Baal Shem Tov revint de son immersion dans le mikvé, il était d’humeur joyeuse et exaltée, ce qui étonna tous les disciples. Le Baal Shem Tov pria devant le pupitre, et tous furent surpris par les mélodies de fête joyeuses avec lesquelles il pria et par le fait qu’il ne dit pas la prière de supplication (Tahanun). Après la prière, le Baal Shem Tov invita ses disciples à un repas de mitsva et était dans une grande joie. Pendant le repas, il dit : « Le mercredi, les luminaires furent suspendus. Ce mercredi de la section ‘Lève-toi, resplendis’, une nouvelle âme est descendue dans le monde pour illuminer le monde avec la Torah révélée et le hassidisme, et elle aura un dévouement pour la voie du hassidisme et réussira jusqu’à la venue du Messie. »

Le jour du troisième anniversaire de l’Admour Hazaken, le Baal Shem Tov coupa ses cheveux, posa ses mains sur sa tête et le bénit de la bénédiction des prêtres.

Déjà lors de la célébration de la Bar Mitsva de l’Admour Hazaken, les génies de la génération le couronnèrent du titre de « Rav Tanna Hou Oupalig » (Il est un maître de la Mishna et se distingue).

5573 : L’Admour HaEmtzai (le Mitteler Rebbe) voyage de Kremenchug et arrive à Lubavitch, accompagné de milliers de hassidim.

Lubavitch était une petite ville où vivaient alors environ quatre cents familles, dont trois cents étaient juives. La ville était entourée de grandes forêts qui lui donnaient l’apparence d’un lieu isolé et procuraient à ses habitants un sentiment d’isolement, c’est pourquoi elle devint un centre d’attraction pour les gens qui voulaient se recueillir et se rapprocher de D.ieu et de Sa création.

Environ deux mois plus tard, l’Admour HaEmtzai s’installa de façon permanente à Lubavitch, et la ville devint la capitale du hassidisme Habad pour une période de cent deux ans et quatre générations de leaders Habad : l’Admour HaEmtzai, l’Admour Tsemah Tsedek, l’Admour Maharash et l’Admour Rashab, qui diffusèrent depuis Lubavitch l’enseignement du hassidisme et le service du cœur à travers le monde.

5657 : Début des études en Torah révélée et en hassidisme à la Yeshiva Tomchei Temimim à Lubavitch.


23 Elloul


5697 : Histalkout du Rav HaGaon HaHassid R’ Meir Shlomo Yanovsky, grand-père du Rabbi, père de sa mère la Rebbetzin Hanna. Le Rav Yanovsky était un grand génie en Torah révélée et en hassidisme. Après son mariage, le Rav Yanovsky étudia auprès de l’Admour Maharash pendant environ un an. Après le décès de son grand-père, le Rav HaGaon HaHassid R’ Avraham David Lavut, auteur du « Shaar HaKolel » et rabbin de la ville de Nikolayev, le Rav Yanovsky fut nommé selon son testament pour lui succéder.

Ce jour-là, le Rabbi récitait le Kaddish.

Radio-Hassidout Non-Stop : Spécial 20 Av, Hilloula du père du Rabbi, Rabbi Levi Itshak Schneerson (1878-1944)

Radio-Hassidout Non-Stop : Spécial 20 Av, Hilloula du père du Rabbi, Rabbi Levi Itshak Schneerson (1878-1944)

20 AV NON-STOP

 

Rabbi Lévy Yits’hak, le père du Rabbi, est né le 18 Nissan 5638 (1878) à Pédrovnah en Biélorussie. Fils de Rabbi Barou’h Schnéour et de la Rabbanit Zelda Ra’hel, il était l’arrière-arrière petit fils du troisième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel, le Tséma’h Tsédek.

En 1900, Rabbi Lévy-Yits’hak épouse la Rabbanit ‘Hannah Yanovsky dont le père Rabbi Méir Chlomo est alors le Rav de Nikolaïev, grande ville du sud de l’Ukraine. C’est là que naît en 1902 leur fils aîné, Mena’hem Mendel, le futur Rabbi de Loubavitch.

A l’âge de trente-deux ans et en dépit d’oppositions acharnées, Rabbi Lévy-Yist’hak est élu Rav, conjointement avec le Rav Gelman, par la communauté de Yékatrinoslav (aujourd’hui Dnipropetrovsk). Il prend ses fonctions dans un climat d’antisémitisme exacerbé qui se traduit par de nombreux pogroms.

1917: les bolchéviks s’emparent du pouvoir et la nouvelle URSS s’engage rapidement dans une politique d’éradication des religions. Dès les années 1919-1920, des mesures visent spécifiquement le judaïsme. Assumant seul la fonction de Rav avec le décès du Rav Gelman en 1921, Rabbi Lévy-Yits’hak ne plie pas. A visage découvert, il résiste.

C’est dans la nuit du 9 Nissan 5699 (1939) qu’il est finalement arrêté par les sbires du NKVD, la redoutable police politique stalinienne. Un de ses compagnons d’infortune, incarcéré comme lui à la prison de Kiev, le Rav Aharon Yaacov Diskin, a pu témoigner : « Le Rav Lévy-Yists’hak n’avoua rien! Il ne signa pas son acte d’inculpation. Avec une force extraordinaire, il subit les souffrances et ne se courba pas! ».

Rabbi-Lévy-Yts’hak est condamné à l’exil dans un village perdu du Kazahkstan infesté de moustiques où tout, jusqu’au sol des habitations est éternellement boueux, où il s’agit, jour après jour, de survivre au milieu des pires difficultés. Le 20 avril 1944, à la suite d’intenses démarches, il peut quitter cet enfer pour s’installer à Alma-Ata (aujourd’hui Almaty). Cette grande ville du Kazahkstan abrite alors une importante communauté juive qui l’accueille chaleureusement et au service de laquelle il se met immédiatement. Mais, c’est déjà trop tard. Rongé par tant d’épreuves, il quitte ce monde le 20 Av 5704 (1944).

 

Visite du Ohelde Rabbi Levi Itshak Schneerson à Almaty

« C’est l’histoire de Habad trente ans après » – Yossi Elitov

« C’est l’histoire de Habad trente ans après » – Yossi Elitov

 

Et ces larmes qui coulaient de mes yeux ce samedi soir du 3 Tamouz 5754, aux premières heures du matin sur les marches du pensionnat, qui jaillissaient d’une intense réflexion sur l’avenir de cette sainte congrégation, se transforment en larmes de joie | Le journaliste Habad Yossi Elitov dans une chronique spéciale de réflexions suite aux 30 ans du 3 Tamouz | La chronique a été publiée dans le journal « Mishpacha »

 

Yossi Elitov

Samedi soir, 3 Tamouz, il y a trente ans. Je me tiens sur Eastern Parkway. Il est 1h50 du matin, et les cris du 770 parviennent à mes oreilles. Shema Israël Hachem Elokeinou Hachem Ehad.

Un étranger ne pourra jamais comprendre le train de pensées qui défilait en moi à ces moments-là. En tant que jeune homme d’une vingtaine d’années, ayant grandi dans l’atmosphère de Habad, la pensée m’a traversé que tout, tout ce qui était devant nos yeux, tout ce sur quoi nous avions grandi – allait s’effondrer. Une cour hassidique fondée sur la figure du Rabbi. Il est le hassidisme, et le hassidisme est lui. Le départ, alors que le Rabbi n’avait pas laissé de descendants ou désigné de successeurs, a engendré une peur immense. Où se dirige cette grande congrégation ? Que lui arrivera-t-il en l’absence du Rabbi ?

Certes, des bastions de Torah et de service divin avaient été établis, un immense projet de mission, des institutions éducatives qui étaient une pépinière pour des Juifs de forme avec un engagement social et une générosité sensible. Tout allait bien, jusqu’à ce que le ciel se couvre de nuages épais. Jusqu’à ce que l’obscurité couvre la terre. Le leader, qui avait relevé le hassidisme de la poussière, est parti. Que va-t-il se passer ?

Je me suis assis sur les marches du pensionnat au 749 Eastern Parkway, et j’ai caché mon visage dans un flot de larmes de craintes et de peurs.

Trente ans se sont écoulés depuis ces moments de rupture, et avec les outils de mesure simplistes que nous avons, il est difficile de donner une explication au phénomène. Au cours des trente années qui se sont écoulées depuis le départ de Sa Sainteté le Rabbi de Loubavitch, que son mérite nous protège, Habad a multiplié son action, sans exagération, par trente. Tant en quantité qu’en qualité.

Des milliers d’émissaires dispersés dans chaque ville et continent, des centaines de yeshivot et de maisons d’étude, une production énorme de littérature riche et une génération de qualité d’érudits qui grandit sur tous les continents.

Habad est devenu une mosaïque mondiale, composée de milliers d’histoires de vie humaines, impressionnantes, de jeunes dans la vingtaine qui construisent des royaumes sans aucun compromis sur le moindre détail. Ils préservent une image juive-hassidique dans les endroits les plus reculés du monde, et agissent, avec une pure crainte de Dieu, en exploitant un réseau de salles d’urgence avancées pour l’ensemble du peuple juif. C’est un phénomène qui peut peut-être être quantifié en chiffres, mais l’histoire de chaque pierre posée dans cette immense entreprise est composée d’un seul chapitre : un émissaire qui atterrit avec son épouse dans un pays étranger, souvent sans une connaissance approfondie de la langue locale et sans outils de base, et pourtant, de rien, il fonde un centre juif local. Seul celui qui connaît de près l’œuvre des émissaires sait que chacun d’entre eux s’est roulé dans la poussière et a versé des larmes, a vécu des frustrations et est devenu familier des déceptions. Seul le mérite de son adhésion à la mission par la force de l’envoyeur l’a soutenu jusqu’à ce qu’il commence à voir les résultats.

Ils s’engagent dans la construction d’un tissu de vie juive, dans un tissage obstiné, point par point. Ce n’est qu’après quelques années de labeur et de sueur que les bourgeons apparaissent. La récolte réelle ne se révèle qu’après d’autres années d’activité quotidienne, 24 heures sur 24, dans l’emploi le plus complet que vous puissiez imaginer. C’est alors qu’apparaissent soudain les âmes juives qui se sont rassemblées des confins de terres lointaines et sont venues à la montagne de Dieu dans la maison Habad locale.

C’est l’histoire de Habad. Un hassidisme qui fonctionne sans un Rabbi vivant, dans un corps physique, mais dont la figure est la force motrice. Des femmes héroïques, des hommes qui partent en mission dans le désert de la désolation, de tous les projets d’éducation, de foi, de Torah et de bonté, à des échelles sans précédent. Outre l’immense entreprise de rapprochement qui a conduit à ce qu’une synagogue sur trois aux États-Unis soit Habad, chaque Juif peut se nourrir de nourriture casher dans chaque ville du monde, se tremper dans un mikvé et prier dans une synagogue.

Si nous examinons quelques concepts de Habad, nous pourrons peut-être comprendre le secret du carburant qui alimente cette immense révolution.

Avant de répandre cette idée dans tous les cercles, Habad a été pionnière dans la sortie du cadre restreint de la préoccupation uniquement pour ses propres membres. Les « nôtres » de Habad englobent tous les fils d’Abraham, Isaac et Jacob. Orthodoxe comme laïc, éloigné comme proche, riche comme pauvre, brisé ou philosophe, repenti ou celui qui, à Dieu ne plaise, s’est écarté du chemin. Habad a entraîné de nombreux cercles dans le judaïsme orthodoxe, qui ont compris qu’il ne suffisait pas de perpétuer le judaïsme dans des noms de rues et des centres communautaires ponctuels. Elle a établi des noyaux juifs pleins de vie dans chaque coin du globe. La torche de lumière de Habad illumine avec les tefillin et la bougie du Shabbat les âmes de ceux qui se sont éloignés du judaïsme, mais cherche aussi avec des lanternes leurs descendants qui se sont enfuis pour se chercher eux-mêmes sur des îles lointaines. La victoire de Habad réside dans le fait qu’elle n’est pas enfermée dans une conception qui sépare ou s’arrête à une pensée sectaire. Il n’y a pas de souci uniquement pour « les nôtres » (en traduction libre : les nôtres). Tout le peuple d’Israël est « les nôtres ».

Le Rabbi a élevé une génération de leaders. Chaque enfant de cinq ans, chaque adolescente au lycée ou directeur de kollel connaît sa mission dans le monde. Chacun d’entre eux est un leader avec un agenda qui a le pouvoir de changer le monde. Il doit seulement croire aux forces qui sont en lui, et aux marchandises qu’il a à offrir : « Goûtez et voyez que l’Éternel est bon ». Sans enthousiasme et sans crainte, sans s’émouvoir des perturbateurs ou des moqueurs. Courir avec le drapeau jusqu’au bout, même si ce sera difficile. Et ce sera difficile.

Le Rabbi croyait en des masses de gens, les a amenés à croire en eux-mêmes, et les a aidés à réaliser le potentiel qui était en eux. La génération de leaders que le Rabbi a élevée a créé la plus grande révolution positive qui soit arrivée au monde juif après la Shoah, et ces leaders élèvent des milliers de leaders qui à leur tour en élèvent des milliers d’autres. Ainsi s’est créée une chaîne de personnes qui croient en la graine cachée qui se trouve dans chaque personne, par la force du Rabbi qui leur a insufflé la foi simple qu’ils ont le pouvoir d’agir et de faire.

Le Rabbi a élevé une génération d’érudits, d’instructeurs et de directeurs de yeshiva. Le monde de la Torah de Habad est l’un des plus glorieux du judaïsme orthodoxe. Des milliers de connaisseurs du Talmud, des centaines de livres d’innovations de Torah sortent chaque année et des palais de Torah bouillonnants et pleins. Mais il n’y a pas de division entre ceux qui rapprochent et ceux qui étudient. Le Rabbi exigeait que ceux qui rapprochent soient des érudits merveilleux. Des géants en Torah et des génies dans l’amour d’Israël. Nous avons eu le mérite que ce narratif s’installe et se propage dans d’autres domaines, trente ans après que le Rabbi nous a quittés.

Prenez par exemple la capacité d’établir des centres de Torah et de prière qui ne sont pas catégorisés selon le niveau religieux ou le pays d’origine.

La synagogue de Habad est taillée sur mesure pour chaque Juif, de tout niveau ou communauté. Il y aura toujours à l’entrée l’émissaire qui embrassera, conduira le fidèle à une place assise, ouvrira le livre de prières devant lui, et si nécessaire, priera même avec lui.

La révolution de Habad a commencé par un amour infini pour chaque Juif. Le point de départ est : si tu aimes le Saint, béni soit-Il, tu dois donc aimer son fils. Et inversement, s’il te manque l’amour d’Israël, c’est qu’il y a un manque dans ton amour de Dieu. Cette Torah, dont la source est le saint Baal Shem Tov, est l’un des fondements qui ont été gravés dans le feu de la Torah du Rabbi.

Pendant quatre décennies, le Rabbi a été un mentor personnel pour des centaines de milliers de personnes. Il a écrit des centaines de milliers de lettres et prononcé des dizaines de milliers de discours. L’axe de sa vie s’est concentré sur l’implantation de la foi dans la capacité de chaque personne à lutter pour son judaïsme, pour son image divine. Il savait conduire chaque personne à l’endroit qui lui convenait, où, et précisément là, elle aurait la capacité de changer des vies, de bouleverser des mondes, sans céder ou s’user dans les vicissitudes de la vie. Se lever. Se battre. Croire. Vaincre.

L’une des conceptions les plus marquées du Rabbi était de transformer chaque crise en opportunité. D’élever la chute en élan. De comprendre que même si nous avons connu une certaine chute, elle est le prélude à une élévation encore plus haute que celle que nous avions atteinte auparavant. Telle était sa voie, et c’est ainsi qu’il a relevé des masses de chutes et de crises.

C’est peut-être l’histoire du hassidisme Habad au cours des trente dernières années, qui, d’une certaine manière, est beaucoup plus émouvante que les décennies qui les ont précédées, lorsque le Rabbi était présent et actif.

En fin de compte, la mise en mouvement de la roue sans sa présence physique est plusieurs fois plus étonnante. Quand Jacob notre père descend en Égypte, il désigne Manassé et Ephraïm, et s’exclame : « Ils sont à moi ». Précisément eux, les descendants qui n’ont pas grandi sous ses ailes dans la routine de la vie en Terre d’Israël, mais en Égypte, la nudité de la terre, dans une réalité de vie difficile. Les petits-enfants qui n’ont jamais vu Jacob de leur vie, n’ont pas entendu la Torah de sa bouche et n’ont pas connu la figure du grand-père, mais dont les principes ont été puisés dans le creuset de la vérité. Avec ces fondements, Manassé et Ephraïm ont réussi à garder l’image de Dieu au cœur de l’Égypte, exactement comme les petits-enfants qui ont grandi à Bnei Brak de ces jours-là, en Terre Sainte, à côté du Rabbi de cette génération, Jacob notre père. C’est pourquoi il se glorifie d’eux en s’exclamant : « Ephraïm et Manassé sont à moi ». Ma vérité, dit Jacob notre père, reste toujours ferme. Même quand la distance physique grandit.

Il ne fait aucun doute que partout où se trouve le Rabbi, que son mérite nous protège, dans les palais supérieurs, il peut se tenir debout et désigner des centaines de milliers de ses « Manassé et Ephraïm », dont le judaïsme a été créé au cours des trente dernières années par des émissaires qui n’ont même pas eu le mérite de le voir, et dire que tous ces éloignés qui se sont élevés et ont accédé à la proximité de Dieu, sont le résultat direct d’une conduite dans l’éloignement physique mais dans une proximité spirituelle infinie.

C’est le secret de la force de Habad à notre époque. C’est précisément à cause de la distance physique avec la figure du Rabbi qu’on peut comprendre à quel point sa figure influence encore, pénètre, entoure et motive tout le monde. La raison en est la connexion authentique, qui est fondée sur les piliers de la Torah, d’une manière qui ne fait pas de compromis et ne flatte pas. Déconnectée de motivations politiques, dépourvue de tout intérêt personnel, et proclamant exactement le contraire : notre affaire, c’est le peuple d’Israël. Ce narratif est ce qui a transformé Habad en une si grande puissance juive.

La conception idéologique du Rabbi était que le concept « aimer chaque Juif » n’est pas, à Dieu ne plaise, un produit à des fins de relations publiques, un emballage creux dont les composants contiennent des mots sans couverture. Avant cela, il doit y avoir un sentiment d’identification profonde qui réside dans le cœur. C’est-à-dire, une compréhension que le rocher de notre existence à tous dépend du judaïsme de toutes les diasporas d’Israël. C’est seulement ainsi qu’un jeune de 21 ans avec un hébreu un peu cassé et du feu dans les yeux peut se tenir debout et remplir une synagogue à Rishon LeZion avec mille fidèles. Une synagogue qui est devenue un noyau communautaire qui a produit un retour à la religion parmi des milliers de personnes.

Ce jeune a réussi, car il croit vraiment en chaque Juif. Les cœurs ont tendance à sentir quand on croit en eux et qu’on les aime. Les gens se connectent à leur point juif quand on les aime vraiment, pas seulement en apparence. C’est seulement alors qu’on peut entraîner des foules.

Dans les années 5720 (1960), le Rabbi entretenait un vaste réseau de relations qui incluait aussi des écrivains et des poètes de premier plan de l’État d’Israël. Cela dérangeait l’un des leaders les plus zélés de cette génération, et quand il est entré chez le Rabbi, il lui a demandé comment il pouvait être en contact avec ces méchants, il fallait s’en séparer.

Le Rabbi lui a demandé : « Si ton frère perdait la foi, s’égarait du chemin et cessait de pratiquer la Torah et les commandements, que ferais-tu ? » Ce leader zélé lui a répondu : « Je remuerais ciel et terre pour le ramener à la repentance ». Le Rabbi lui a répondu : « Dans ce cas, quelle est la différence entre toi et moi ? Que tu ferais cela pour ton frère.
« Moi », a poursuivi le Rabbi, « je marche dans la voie du Baal Shem Tov, et je vois en chaque Juif du peuple d’Israël mon frère. Même si nous n’avons pas de lien biologique. Et c’est pourquoi je remue ciel et terre pour rapprocher chaque Juif, car il est mon frère. Et c’est là que réside la différence entre nous. »

Il y a cinq mois, l’un de mes fils est parti en mission. Il est tout naturel que j’en aie été très ému. À cette époque, l’une des personnes les plus puissantes de l’économie m’a rencontré et m’a demandé : « Pourquoi cette grande émotion ? Ton fils est devenu l’émissaire d’un Rabbi qui est parti il y a trente ans, le salaire n’est pas grand-chose, les conditions certainement pas, pourquoi es-tu si heureux et ému ? »

Je lui ai répondu que l’armée la plus riche, la plus grande, la plus déterminée et celle qui nous conduira tous à la rédemption complète, c’est l’armée des émissaires. C’est la force de mission militaire qui n’est pas prête à renoncer à un seul Juif.

Ce monde ne viendra pas à sa réparation quand de grandes parties de notre peuple seront oubliées de nous et sombreront dans les abîmes du profane. La réparation de nous tous dépend du peuple d’Israël tout entier, chacun à sa place, dans les mondes où il vit et agit. Mais la voix de la Torah et de la prière doit se faire entendre dans toutes les parties du peuple. Pas seulement dans la rue orthodoxe ou dans l’action communautaire. Dans chaque point et dans chaque région du monde.

Le jour où ce monde sera donné de manière absolue sous l’autorité de « l’Unique du monde », à savoir le Saint, béni soit-Il, dont la présence puissante pourra résider dans tous les coins du monde, alors nous pourrons enfin mériter l’accomplissement de la prophétie « la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer », dans la rédemption véritable et complète.

« Mais jusque-là », ai-je expliqué à cette personnalité connue, « cette armée doit continuer à allumer la bougie dans le cœur de millions de Juifs dans le monde, qui sans la figure du Rabbi, qui sait où ils seraient. »

C’est l’histoire de Habad trente ans après le départ.

Et ces larmes qui coulaient de mes yeux ce samedi soir du 3 Tamouz 5754, aux premières heures du matin sur les marches du pensionnat, qui jaillissaient d’une intense réflexion sur l’avenir de cette sainte congrégation, se transforment en larmes de joie.

Des larmes, mêlées de nostalgie, pour les jours où nous pouvions nous approcher du Rabbi, recevoir une bénédiction, présenter un kvitel et entendre des paroles du Dieu vivant. Mais ce sont des larmes de bonheur et de gratitude pour la plus grande armée de la foi dans le monde, l’armée de la lumière, dont c’est un si grand privilège de faire partie. Heureux sommes-nous, quelle est bonne notre part.

• Cette chronique a été publiée cette semaine dans ‘Mishpacha’

L’explication du Rabbi sur la pratique de demander des bénédictions au Ohel

L’explication du Rabbi sur la pratique de demander des bénédictions au Ohel

Dans cette lettre, le Rabbi répond aux interrogations d’un ‘Hassid concernant la pratique demander des bénédictions et de mentionner des noms au tombeau des Justes. Avec patience et clarté, le Rabbi explique la signification profonde de cette coutume, abordant les questions de l’âme après la mort, de la relation entre le ‘Hassid et son Rabbi, et de l’intercession des Justes. 

 

Vous m’avez demandé de mentionner votre nom près du tombeau de mon beau-père, le Rabbi et c’est ce que je ferais. Mais, vous dites que vous ne comprenez pas cette pratique. Néanmoins, lorsque vous mangez, buvez ou dormez, je suppose que vous ne réfléchissez pas, au préalable, à l’effet que ceci peut avoir sur votre corps et sur votre âme. Or, vous faites ces actions, bien que vous ne les compreniez pas. Il peut donc en être de même, dans ce domaine.

Vous dites que cette manière d’agir s’apparente à une conversation avec les morts, ce qu’à D.ieu ne plaise, que l’on s’adresse alors à quelqu’un d’autre (que D.ieu ndt), que D.ieu nous en garde. Vous comprenez sans doute que ce n’est nullement le cas. Vous savez que Kalev, fils d’Ifouné, des Sages de la Michna et de la Guemara, des Justes de différentes époques ont agi de la sorte.

Je répondrai brièvement à votre question. Lorsque l’on venait demander une bénédiction au Rabbi (de son vivant ndt), on ne s’adressait pas à lui du fait de la supériorité de son corps, mais bien à cause de l’élévation de son âme. Or, la mort atteint uniquement le corps, car l’âme est éternelle. Celle du Juste, en particulier, ne peut connaître le Guehinom (le purgatoire des âmes) ou la fronde. Pour elle, la mort ne peut donc être qu’une élévation, qu’une ascension vers un stade plus élevé. Mais, ce Juste n’est pas un « mort », ce qu’à D.ieu ne plaise. C’est ce qu’explique le Zohar, tome 3, page 71.

Vous prétendez également que l’on s’adresse à quelqu’un d’autre (que D.ieu ndt). Je vous expliquerai brièvement que ce n’est nullement le cas. En effet,

A) On demande, au Juste, dans sa grande perfection, d’intercéder en faveur de celui qui le sollicite auprès du Roi, Roi des rois, le Saint béni soit-Il.

B) Il fait aussi introduire un autre point. Chaque ‘Hassid, attaché au Rabbi, possède une âme qui est une parcelle de celle du Juste, laquelle possède un caractère collectif, est comparée à la tête par rapport à toutes ces âmes individuelles, comme le dit le second chapitre du Tanya. Chaque membre du corps reçoit sa vitalité de l’âme. Mais, celle-ci se révèle tout d’abord dans le cerveau et dans la tête. C’est ensuite seulement qu’elle véhicule à chaque membre la vitalité dont il a besoin.

Or, il en est de même pour la relation entre un ‘Hassid et son Rabbi. La tête, qui est saine et forte, possède la vitalité qui convient à chaque membre du corps. Pour que ce dernier soit également sain, il doit s’attacher pleinement à la tête, c’est-à-dire avoir des nerfs qui fonctionnent bien. C’est alors qu’il peut recevoir la vitalité.

De façon générale, c’est en ces termes que l’on peut définir l’attachement d’un ‘Hassid à son Rabbi et c’est de cette manière que celui-ci obtient la satisfaction de tous ses besoins, matériels et spirituels.

Le temps ne me permet pas de développer cette analyse, mais j’ai bon espoir que ce qui a été dit sera suffisant. Si vous vous posez des questions sur ce qui vient d’être dit, vous me les communiquerez et, lorsque je disposerai de temps libre, je m’efforcerai d’y répondre.

Extrait d’une lettre du Rabbi du 17 Elloul 5710

 


Ecrire au Rabbi – Demande de bénédictions