22 Chevat : Anecdotes sur la Rabbanit Haya Mouchka à l’occasion de sa Hilloula, par le Rav Haïm Mellul

22 Chevat : Anecdotes sur la Rabbanit Haya Mouchka à l’occasion de sa Hilloula, par le Rav Haïm Mellul

 

À l’approche du 22 Chevat, date anniversaire du décès de la Rabbanit ‘Haya Mouchka, épouse du Rabbi de Loubavitch, il convient de méditer sur les enseignements profonds que sa vie nous transmet. Figure emblématique par sa discrétion exemplaire, elle incarne un modèle de dévouement et d’effacement volontaire au service d’une mission supérieure. Son existence nous rappelle que la véritable grandeur réside parfois dans l’humilité la plus absolue.

 

 

Rav Haïm Mellul

 

Le 22 Chevat est le jour où la Rabbanit ‘Haya Mouchka, l’épouse du Rabbi, a quitté ce monde. À maintes reprises, en évoquant sa mémoire, le Rabbi a cité le verset : «VeHa’haï Yiten El Libo» (et le vivant doit prendre cela à cœur). C’est pourquoi, en ces jours de préparation au 22 Chevat, date de son décès, il est bon de réfléchir ensemble à quelques enseignements délivrés par sa vie.

Une discrétion exemplaire

Lorsque l’on tente de cerner ce que fut la vie de la Rabbanit, le premier mot qui vient à l’esprit est la discrétion. C’était une grande dame qui a tout fait pour ne pas apparaître dans le domaine public, ce qui n’était pas systématiquement le cas dans les générations précédentes. Elle s’est toujours efforcée de s’effacer devant son mari, qui dirigeait le peuple juif.

Une destinée tracée dès la naissance

On raconte qu’à sa naissance, le Rabbi Précédent (le Rayats), qui savait par inspiration divine qu’il aurait trois enfants, souhaitait ardemment avoir un fils pour lui succéder. Après la naissance de deux filles, lorsque la Rabbanit (son troisième enfant) est née et qu’on lui annonça que c’était encore une fille, sa déception fut évidente, car il comprit que ses trois enfants seraient des filles. À ce moment-là, son père, le Rav Rachab (Rav Chalom Dovber), lui dit : « C’est vrai, c’est une fille, mais son mari sera quelqu’un d’exceptionnel ». On voit ainsi, depuis le début, comment la Rabbanit était vouée à un avenir particulier. C’est d’ailleurs lorsqu’elle était toute petite que le Rav Rachab dit à son fils, le Rabbi Précédent : « Il faut penser au fils de Rav Levi Its’hak », c’est-à-dire au futur Rabbi.

Le mariage et les années d’errance

Le Rabbi et la Rabbanit se sont mariés en 1928 à Varsovie (le repas eut lieu à Otwock). Un an auparavant, lors de Youd-Beth Tamouz, le père de la Rabbanit, le Rabbi Précédent, avait été libéré de prison. À cette époque, il habitait en Lettonie (qui était un état indépendant) et la Yechiva centrale de Tom’hei Tmimim Loubavitch se trouvait d’abord à Varsovie puis à Otwock. C’est là qu’eut lieu le mariage.

Par la suite, le Rabbi et la Rabbanit ne se sont pas installés dans les grands centres hassidiques. Au contraire, ils ont vécu dans des endroits plutôt éloignés de l’effervescence hassidique. Après leur mariage en 1928, ils ont habité en Allemagne (Berlin) jusqu’à l’avènement du Troisième Reich en 1933. À cette date, ils sont venus s’installer en France. Ils ont vécu à Paris de 1933 à 1940, puis de 1940 à 1942 dans le sud de la France (Vichy, Nice, avec un passage à Marseille). En 1942, ils ont pris le bateau pour s’installer définitivement aux États-Unis.

Les années parisiennes : une collaboration active

Concernant leur période parisienne — une époque sur laquelle nous avons aujourd’hui plus de détails grâce aux témoignages de personnes qui ne sont plus de ce monde — on voit comment la Rabbanit accompagnait le Rabbi dans ses actions. Elle était en contact avec son père et sa famille, et le Rabbi, depuis Paris, dirigeait certaines activités se déroulant encore en Pologne avec l’aide de son épouse.

La Rabbanit a suivi des cours à la Sorbonne, les mêmes études que le Rabbi. Le Rabbi a expliqué une fois : « Elle a fait les mêmes études que moi, cela m’a permis de savoir à chaque fois à côté de qui je m’asseyais ». Lors d’une audience, quelqu’un posa une question pointue au Rabbi, qui répondit : « Je poserai la question à mon épouse, car elle a un doctorat dans ce domaine, ce qui n’est pas mon cas ». On voit donc qu’elle avait peut-être un diplôme universitaire de plus que le Rabbi lui-même. Quoi qu’il en soit, elle fut dès le début le bras droit de son mari, le soutenant dans tout ce qu’il entreprenait.

Une confiance absolue

Une anecdote illustre leur relation et la confiance du Rabbi envers elle. Il y avait un restaurant à Paris où le Rabbi voulait prendre ses repas. Il demanda au restaurateur s’il y avait une surveillance rabbinique. L’homme répondit : « C’est la guerre, comment voulez-vous trouver une surveillance rabbinique ? ». Le Rabbi lui demanda alors : « De quelle manière cuisinez-vous sans surveillance ? ». Le restaurateur expliqua qu’il cuisinait exactement comme chez lui, à la maison. Le Rabbi lui dit alors : « Si mon épouse considère que ce qui se passe dans votre cuisine est acceptable, alors je viendrai prendre mes repas ici ». La Rabbanit est venue, a inspecté les cuisines, et c’est ainsi que le Rabbi a pu y manger. La décision de sa femme fut déterminante pour lui.

Une discrétion maintenue aux États-Unis

Cette attitude s’est poursuivie aux États-Unis. Là encore, la grande discrétion de la Rabbanit fut évidente. Par exemple, la mère du Rabbi, la Rabbanit ‘Hana, avait un fauteuil qui lui était réservé au 770 Eastern Parkway, dans la section des femmes. Il est raconté que le jour où elle quitta ce monde (un Chabbat), son fauteuil prit feu de manière inexplicable. À l’inverse, la Rabbanit ‘Haya Mouchka, l’épouse du Rabbi, n’a jamais eu de place réservée à la synagogue.

Au début, à Crown Heights, il y avait beaucoup d’autres communautés et synagogues de rites différents. La Rabbanit allait prier dans ces synagogues qui n’étaient pas celles des ‘Hassidim Habad. Par la suite, lorsque le quartier changea et que les synagogues devinrent toutes Habad, elle cessa d’aller à la synagogue et pria chez elle, à la maison. Cette discrétion absolue, maintenue de sa jeunesse jusqu’à la fin de sa vie, était manifestement un moyen de ne pas faire écran à la grandeur de son mari, afin que tous puissent reconnaître son rôle central et s’attacher à lui.

La reconnaissance de sa grandeur spirituelle

Néanmoins, le Rabbi était parfaitement conscient de la grandeur de son épouse. Une fois, à l’occasion de l’anniversaire de la Rabbanit (le 25 Adar), quelqu’un apporta à la maison un bouquet de fleurs de la part des femmes du quartier, accompagné d’une lettre sollicitant des bénédictions (Bra’hot) pour plusieurs personnes. La personne assurant le service à la maison crut bien faire en apportant les fleurs à la Rabbanit mais en transmettant la lettre de demande de bénédictions au Rabbi, pensant cela plus approprié. Le Rabbi réagit immédiatement : « Mais elle n’est pas adressée à moi ! Tu as vu ? C’est pour mon épouse ». L’homme expliqua sa démarche, et le Rabbi lui répondit : « Elle aussi peut bénir. Elle aussi a la force de donner une bénédiction. »

Le Rabbi attestait donc lui-même de la valeur et de la puissance des bénédictions de son épouse. à la rencontre de Machia’h.

La vie du Rabbi a été orientée vers la venue du Machia’h , vers la délivrance finale, et donc on peut penser qu’elle-même avait aussi cet objectif principal. On voit que, de fait, elle était profondément attachée à son mari.

L’attente commune du Machia’h

Par exemple, lorsqu’il y avait des Farbrenguen (rassemblements) de milieu de semaine qui étaient retransmis à la radio, la Rabbanit écoutait la retransmission chez elle. Les personnes qui ont pu être présentes chez elle à ce moment-là rapportent une phrase qu’elle répétait très souvent lorsqu’elle entendait son mari parler : « Il est convaincu que tout le monde attend le Machia’h avec autant d’intensité que lui. » Elle-même avait sans doute cette intensité, c’est pour cela qu’elle pouvait en parler.

Une relation au-delà des mots

On voit comment leur vie était au-delà des critères classiques, au-delà de ce que nous pouvons percevoir. Le Rav Gansbourg, qui faisait le service à la maison, a raconté une histoire. Il dit qu’en sa présence (en présence d’une tierce personne), le Rabbi et la Rabbanit ne se parlaient jamais directement. Lorsqu’ils avaient quelque chose à se dire, le Rabbi la regardait, et uniquement par un regard, la Rabbanit avait compris ce que le Rabbi voulait lui dire.

Il raconte en particulier une histoire qui transcende totalement notre perception. Un vendredi matin, un des vieux ‘Hassidim, très proche du Rabbi précédent, s’est foulé la cheville. Le vendredi soir, le Rav Gansbourg était chez le Rabbi et la Rabbanit pour faire le service du repas de Chabbat. Lorsqu’il arrive avec les assiettes de poisson, le Rabbi regarde la Rabbanit. La Rabbanit se tourne vers le Rav Gansbourg et lui dit : « Le Rabbi demande si tu as des nouvelles de ce ‘Hassid qui s’est fait mal ce matin. » Le Rav Gansbourg répond : « Non, je n’ai pas de nouvelles depuis ce matin. » À ce moment-là, le Rabbi regarde la Rabbanit, et la Rabbanit se tourne vers le Rav Gansbourg et lui dit : « Le Rabbi te demande d’aller prendre de ses nouvelles et de venir lui dire comment il va. »

Le Rav Gansbourg répond : « J’ai retiré la soupe du feu. Si j’y vais maintenant et que je reviens, ça va prendre un certain temps. Quand je reviendrai pour servir la soupe, elle sera complètement froide. Je propose de servir d’abord la soupe pendant qu’elle est chaude et j’irai prendre des nouvelles après. » À ce moment-là, le Rabbi regarde la Rabbanit, et la Rabbanit se tourne vers le Rav Gansbourg et lui dit : « Non. Le Rabbi veut que tu y ailles tout de suite. » On voit comment la relation entre le Rabbi et la Rabbanit n’était pas celle qu’on peut comprendre avec notre logique.

La pleine conscience du départ

Si on revient dans la perspective de la venue du Machia’h, on voit que le rôle de la Rabbanit est un rôle actif. Ce qui nous frappe dans l’histoire de la ‘Hassidout, c’est que toutes les Rabbaniot (épouses des Rabbis), au moment où elles ont quitté ce monde, l’ont quitté en pleine conscience. Aucune n’a eu une maladie qui a altéré sa perception des choses. Toutes ont quitté ce monde en ayant pleine conscience de ce qui se passait, et ça a été le cas également pour la Rabbanit.

Quand elle était hospitalisée la veille de son décès, tout le monde était convaincu qu’il s’agissait d’une affection bénigne dont elle allait se remettre. Cependant, on voit que la Rabbanit, elle, a souvent fait allusion au cours de son existence à son départ de ce monde. Elle a dit plusieurs fois : « Je demande à Dieu que quand ça se passera, que ça se passe le plus rapidement possible et que ce soit indolore. »

Même si son affection avait l’air bénigne, elle avait une parfaite conscience de ce qui se passait. Justement, elle a chargé le Rav Gansbourg de faire le tour des commerces du quartier pour vérifier qu’elle n’était pas en dette, qu’elle n’avait pas quelque part une facture qui n’était pas encore payée. Jamais au préalable elle n’avait formulé une telle requête. Cela veut dire qu’elle était pleinement consciente de ce qui se passait.

Le 22 Chevat : une étape vers la délivrance

Quand elle a quitté ce monde, le Rabbi a dit : « La date du 22 Chevat, date à laquelle la Rabbanit a quitté ce monde, est une étape supplémentaire dans la venue du Machia’h. Une étape supplémentaire par laquelle il fallait passer pour que la délivrance soit effective dans le monde. » Pourquoi fallait-il passer par cette étape difficile ? Difficile de donner une interprétation si le Rabbi lui-même ne l’a pas donnée. Mais on voit qu’en tout état de cause, il y a ici un processus voulu à l’avance par Dieu qui, même si nous ne le comprenons pas et qu’il échappe totalement à notre intellect, est une marche inexorable vers la venue du Machia’h.

De toute évidence, quand on revient à cette date du 22 Chevat, nous sommes encore un peu plus près de la venue du Machia’h. Nous pouvons formuler le vœu, tous ensemble, que ce 22 Chevat, le Machia’h soit déjà venu et que nous puissions voir de nos yeux le Rabbi et la Rabbanit.

 

 

 

22 Chevat 5748 : un enseignement du Rav Chmouel Azimov

22 Chevat 5748 : un enseignement du Rav Chmouel Azimov

Suite au décès de la Rabbanit Haya Mouchka le 22 Chevat 5748, le Rabbi de Loubavitch a appelé à organiser des Farbrenguen et à prendre de bonnes résolutions. Cet événement doit nous conduire immédiatement vers l’accomplissement de la prophétie « Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière » et la Résurrection des morts. Chaque membre du peuple juif est désormais appelé à sortir de ses limites et à agir concrètement pour accélérer la venue de Machiah.

 

 

Farbrenguen du Rav Chmouel Azimov lors des Chlochim de Rebbetzin Haya Mouchka

 

La demande du Rabbi : prendre de bonnes résolutions

Le Rabbi a demandé que l’on prenne une bonne résolution (Hahlata Tova). C’est ce que le Rabbi a dit : il faut organiser un rassemblement ‘hassidique (Farbrenguen) et prendre de bonnes décisions.

Le Rabbi a souligné un point essentiel : comme nous l’avons lu dans la section de la Torah (Paracha) d’aujourd’hui, il est question des secondes Tables de la Loi, données au peuple juif après la faute du Veau d’Or. C’est pour cette raison que vous voyez dans le télégramme l’expression « Kiflayim LeTushia » (une double sagesse/un double salut). Nous savons très bien qu’après l’histoire du Veau d’Or, au contraire, davantage de choses se sont ajoutées à la Torah. Les secondes Tables de la Loi étaient encore plus fortes ; nous avons reçu plus de Torah qu’avec les premières.

Le but ultime : la Résurrection des morts

Le Rabbi explique que ce qui est arrivé, le décès de la Rabbanit, a un but précis : parvenir immédiatement à l’accomplissement de la prophétie « Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière » (Hakitzou Veranenou Cho’hnei Afar). On ne peut pas dire que cet événement soit arrivé simplement pour rester en l’état. Le but ultime est d’atteindre un niveau supérieur, celui de la Résurrection des morts (Te’hiyat HaMetim).

Le Rabbi en a parlé même pendant la période de deuil (Chiva). Il a dit que les défunts sont en train de crier jusqu’à quand devront-ils attendre ? Eux aussi veulent déjà être réveillés. Le Rabbi a dit : « Ce n’est pas seulement les gens sur terre qui demandent quand Machia’h viendra ; ce sont eux, les défunts, qui sont en train de crier Ad Mataï (Jusqu’à quand ?) ».

Un événement qui n’aurait pas dû arriver

C’est là tout le sujet : il est arrivé une chose qui, normalement, n’aurait pas dû arriver. Comme le Rabbi l’a dit : puisqu’il s’est marié au mois de Kislev, que Kislev est lié à ‘Hanouka, et que ‘Hanouka est lié à la Délivrance et à la vie éternelle, cela aurait dû être une vie éternelle.

Comment se fait-il qu’une chose pareille soit arrivée ? Le Rabbi explique que c’est certainement pour que cela amène immédiatement le sujet de « Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière ». Le Rabbi a écrit cela dans le discours (Si’ha) du 7 Adar (Zayin Adar).

Notre devoir : sortir de nos limites

Notre devoir (Inyan) est désormais le suivant : chacun doit sortir de ses limites et commencer à accomplir ce que le Rabbi nous demande. C’est aussi simple que cela. Ce n’est pas à nous d’avoir le résultat tout de suite, ce n’est pas notre affaire. Notre affaire, c’est de bouger. Il faut que chacun d’entre nous bouge dans un sens profond.

On ne peut pas dire que l’on peut rester comme on était avant. Peut-être qu’avant le 22 Chevat (Hof Beis Chevat), c’était une époque, mais à partir du 22 Chevat, une nouvelle époque a commencé. C’est un événement qui touche la « Mère » de tout le Klal Israël (la communauté juive). Quand un moment incompréhensible arrive, la seule chose qu’on peut dire, comme le dit le Rabbi, c’est que le but est d’aboutir tout de suite à la résurrection.

Une année différente pour tout le peuple juif

C’est pourquoi, vivant à cette époque, nous ne pouvons pas rester passifs. Chaque personne sait que, D.ieu préserve, lorsque arrive le moment où l’on perd un proche, surtout un père ou une mère, c’est une année tout à fait différente. On se lève pour aller à la Synagogue (Shoul), on dit le Kaddich, on étudie des Michnayot. C’est une année différente, on se sent obligé de faire quelque chose pour le père ou la mère. C’est un sentiment, on le sait.

De la même façon, maintenant qu’une chose pareille est arrivée à tout le Klal Israël, c’est le moment où chacun d’entre nous doit faire quelque chose qui va accélérer la venue de la prophétie « Réveillez-vous et chantez ».

Agir concrètement après le 22 Chevat

C’est notre devoir : chacun doit ajouter dans l’étude de la Torah (dans un chapitre de Michnayot, etc.), ajouter dans les campagnes (Mivtsaïm), il faut faire quelque chose. Quand son âme (Nefech) lui demande : « Quel jour sommes-nous aujourd’hui ? Que veux-tu ? », il doit répondre très simplement : « Nous sommes après le 22 Chevat ».

Nous sommes obligés de faire quelque chose pour que cet événement se transforme tout de suite en positif, vers la Délivrance ultime. Combien de temps cela prendra-t-il ? Ce n’est pas notre problème. Notre problème, c’est d’agir.

Nouveaux témoignages inédits sur la Rabbanit Haya Mouchka

Nouveaux témoignages inédits sur la Rabbanit Haya Mouchka

 

Un recueil de nouvelles histoires sur la personnalité sainte et extraordinaire de la Rabbanit Haya Mouchka, à l’occasion ddu 22 Chevat 5785 | Présenté par le Rav Yossef Its’hak Grünberg, émissaire du Rabbi en Alaska et rédacteur en chef du livre ‘Yemei Bereshit’

 

À l’occasion de l’anniversaire de sa disparition, le 22 Chevat, nous présentons un recueil de nouvelles histoires sur la personnalité unique et extraordinaire de la Rabbanit, une femme d’exception, d’une stature bien au-dessus de la moyenne, des histoires spéciales qui expriment sa haute intelligence, sa sainteté, sa sagesse et sa perspicacité, ses nobles qualités, son dévouement pour le Rabbi, le hassidisme et les hassidim, son humilité et sa discrétion, sa sollicitude envers les émissaires et les hassidim comme une mère, ainsi que les bénédictions et miracles qu’elle accomplissait.

« Depuis le 10 Chevat, à part le Père, personne n’a d’autorité sur lui »

Le Rav Its’hak Wolf raconte, au nom du Rav Meir Plotkin, que durant la nuit de Chemini Atzeret 1977, lorsque le Rabbi subit une grave crise cardiaque au milieu des Hakafot, le secrétaire Rav Berel Junik courut à la maison du Rabbi pour informer la Rabbanit.

La Rabbanit arriva immédiatement au 770 et entra dans l’antichambre inférieure où se tenaient les secrétaires et les proches. Elle fit signe de la main pour que tous s’écartent et s’adressa à R. Zalman Gurary, ami de la maison du Rabbi, pour discuter de l’état de santé. R. Zalman lui demanda quel avait été l’emploi du temps du Rabbi ce jour-là, et elle répondit que le Rabbi avait pris quelque chose le matin et qu’après la prière de Chaharit, il était resté toute la journée près de la Souccah à distribuer du « lekach ». Juste avant Minha, le Rabbi était rentré à la maison et avait pris une légère collation. Lorsqu’elle voulut préparer le repas de Hochana Rabba pour le Rabbi, ce dernier répondit qu’il était déjà tard, que la voiture l’attendait et qu’il devait partir immédiatement pour Minha. Ainsi, le Rabbi n’avait pas pris un seul repas complet de toute la journée.

R. Zalman s’exclama avec stupéfaction : « Comment avez-vous pu le laisser quitter la maison sans manger un repas ? » La Rabbanit répondit : « Depuis le 10 Chevat, à part le Père (le Rabbi précédent), personne n’a d’autorité sur lui ! »

« Y a-t-il un petit Sefer Torah pour le Rabbi ? »

À ce sujet, il convient de mentionner le témoignage du secrétaire R. Mendel Notik sur les propos que lui tint la Rabbanit ce même jour de Hochana Rabba 1977 :

La veille de Chemini Atzeret, la Rabbanit lui demanda soudainement si, lorsque le Rashag (Rav Shmaryahu Gurary) dansait avec le Rabbi pendant les Hakafot, on lui donnait un petit Sefer Torah. Il répondit par l’affirmative. Elle poursuivit en demandant, comme en passant, s’il y avait également un petit Sefer Torah pour le Rabbi lors de sa propre Hakafa. Il répondit à nouveau que certainement, et que c’était la coutume depuis des années que le Rabbi danse avec un petit Sefer Torah.

Mais la Rabbanit n’était pas rassurée, et il se souvient qu’elle demanda à nouveau à Rav Groner de s’assurer que le Rabbi danserait bien avec un petit Sefer Torah…

« Il n’a pas dormi de toute la semaine, que voulez-vous de lui ? »

Le Rav Its’hak Wolf raconte au nom de son père qu’au début des années 1950 (vers 1956 ou 1957), il voyagea une fois de Montréal pour passer Tishrei avec le Rabbi. Comme c’était la coutume, après Simhat Torah, le Rabbi recevait tous les visiteurs en audiences privées pendant plusieurs nuits.

Lors de la deuxième nuit d’audiences après Simhat Torah, il attendait dans l’antichambre pour son tour, quand soudain la Rabbanit descendit du deuxième étage et dit : « Il n’a pas dormi depuis une semaine entière (comme on le sait, le Rabbi restait éveillé toutes les nuits de Souccot), que voulez-vous de lui ? Laissez-le tranquille. » Toute la foule qui attendait une audience quitta alors l’antichambre et rentra à la maison. (Il semble que ce fut un cas exceptionnel où le Rabbi ne se sentait pas bien cette année-là, et seule la Rabbanit le savait, car toutes les autres années, le Rabbi recevait en audience pendant six ou sept nuits après Simhat Torah, jusqu’à ce que tous les visiteurs aient eu leur audience).

« Elle maîtrise parfaitement le Choulhan Aroukh de l’Admour Hazaken »

La Chlou’ha Mme Bibi Deren raconte avoir entendu de son grand-père, le célèbre hassid Rav Shlomo Aharon Kazarnovsky, qu’il disait à sa famille à propos de la Rabbanit Tsadkanit Mme Chaya Mouchka : « Elle maîtrise parfaitement le Choulhan Aroukh de l’Admour Hazaken » (le code de loi juive compilé par le premier Rabbi de Loubavitch).

« Le Rabbi demande d’acheter une perruque dans le magasin luxueux où la Rabbanit achetait quand elle était à Paris »

En 1947, lorsque le Rabbi se rendit en France pour ramener sa mère, la Rabbanit Chana, il passa environ trois mois à Paris jusqu’à ce que tous les documents officiels soient arrangés. Pendant toute cette période, Mme Teibel Lipsker était celle qui cuisinait pour le Rabbi, et son mari, R. Yankel Lipsker, apportait la nourriture à l’hôtel et la déposait dans la chambre du Rabbi.

Une fois, lors d’une conversation entre le Rabbi et R. Yankel concernant l’état du judaïsme à Paris en général et celui des hassidim de Habad en particulier, le Rabbi lui dit qu’il serait bon d’acheter une belle perruque pour son épouse, Mme Lipsker, afin de montrer la voie aux femmes qui avaient honte de porter une couverture de tête dans un pays moderne comme la France, qu’il était possible de porter une belle perruque et ainsi couvrir les cheveux.

Le Rabbi lui donna l’adresse d’un magasin de perruques à Paris et dit : « L’endroit où ma femme allait », c’est-à-dire le magasin où la Rabbanit achetait ses perruques lors du séjour du Rabbi et de la Rabbanit à Paris dans les années 1940.

Le Rabbi ajouta que bien que ce soit un magasin luxueux et que les perruques y soient très chères, cela en valait vraiment la peine car les perruques y étaient très belles, et cela influencerait les femmes juives en France et aussi certaines des femmes de Habad, pour qui c’était devenu une grande épreuve de porter un foulard en arrivant dans un pays moderne comme la France, qu’elles seraient certainement heureuses de porter une belle perruque.

« La Rabbanit nous parlait de la fenêtre en portant un foulard qui couvrait tout son front jusqu’aux yeux »

Depuis la visite de 1947, la famille Lipsker était proche de la Rabbanit et eut le privilège de fréquenter sa maison. Le Chliah Rav Mendel (fils de R. Aharon) Lipsker raconte qu’à l’âge de 11 ans, il alla une fois avec sa sœur, sur la demande de son père, à la maison du Rabbi pour apporter quelque chose à la Rabbanit.

Ils frappèrent à la porte mais la Rabbanit ne répondit pas. Ils attendirent et frappèrent de nouveau à la porte, et elle ne répondit toujours pas. Soudain, ils entendirent la fenêtre s’ouvrir et virent la Rabbanit comme ils ne l’avaient jamais vue auparavant. La Rabbanit portait un foulard qui couvrait tout son front jusqu’aux yeux. La Rabbanit s’excusa et dit qu’elle n’était pas habillée pour recevoir des visiteurs et qu’ils devraient revenir dans environ une heure. Quand ils revinrent, la Rabbanit était habillée avec sa perruque comme à son habitude.

« On parle de bitoul, bitoul, mais quand il s’agit de soi-même, rien » – La Rabbanit réprimande les étudiants dans un style similaire à celui du Rabbi

Le Rav Yehuda Gurvitz raconte que jusqu’en 1971, le Rabbi et la Rabbanit célébraient le Seder de Pessah à l’étage supérieur du 770, dans l’appartement du Rabbi précédent.

À Pessah 1968 (ou 1969), il y eut de terribles bousculades. Les étudiants entrèrent au Seder sans permission, se poussant de tous côtés. Ils grimpèrent par les fenêtres, entrèrent par la cuisine, sautèrent sur les meubles et les cassèrent, créant un désordre énorme.

La Rabbanit s’approcha des étudiants et les réprimanda en disant : « On parle de bitoul, bitoul, mais quand il s’agit de soi-même, rien » (signifiant que l’étude de l’humilité et de l’abnégation dans les textes hassidiques ne se reflétait pas dans leur comportement).

Il convient de noter que ce style de réprimande de la Rabbanit ressemble étonnamment au style de réprimande du Rabbi dans sa lettre bien connue du 15 Menahem Av 1951, dans laquelle le Rabbi réprimande l’un des étudiants qui avait un problème médical et craignait beaucoup pour son sort, en lui écrivant :
« On étudie, on étudie – mais quand il s’agit de passer à l’action, où est la confiance ? »

« Même pendant l’année, vous n’étudiez pas si intensément »

Le Rav Noah Holtzman raconte que lors d’une visite chez la Rabbanit avec son frère, le Chliah Rav Its’hak Holtzman (en 1982 ou 1983), son frère dit à la Rabbanit qu’il était heureux que l’été approche et que tous allaient devenir moniteurs dans les colonies de vacances, ce qui leur permettrait de « se rafraîchir un peu ». À cela, la Rabbanit répondit : « Même pendant toute l’année, vous n’étudiez pas si intensément », suggérant qu’elle ne voyait pas vraiment la nécessité de « se rafraîchir ».

« J’ai entendu dire que le nigoun ‘Bekha Hashem Hassiti’ est particulièrement spécial »

Le célèbre hazzan Rav Moshe Teleshevsky raconte qu’après le farbrengen du 11 Nissan 1972, la Rabbanit Tsadkanit lui demanda le disque du nigoun ‘Bekha Hashem Hassiti’ qui avait été chanté lors du farbrengen, en disant « qu’elle avait entendu que c’était un nigoun particulièrement spécial… »

« Mon mari aime beaucoup de Skhakh »

Le Rav Leibel Turk raconte que lorsqu’il était étudiant, on lui demanda une fois, ainsi qu’à d’autres étudiants, d’aider à construire la Souccah du Rabbi et à placer le Skhakh sur le toit. Pendant qu’ils se tenaient sur l’échelle à l’extérieur de la Souccah pour disposer le Skhakh, la Rabbanit sortit avec un balai et entra dans la Souccah. Elle leva le balai de l’intérieur et, partout où elle voyait des espaces, elle leur indiquait d’ajouter plus de Skhakh, en disant : « Mon mari aime beaucoup de Skhakh ».

« Et elle en a détourné beaucoup du péché – le jeune garçon de Russie soviétique qui revint à la pratique et devint un hassid, grâce à la valise de la Rabbanit »

Hirshel Friedman raconte :
Ma grand-tante, Mme Leah (Elizabeth) Yehilovich (qui vécut longtemps et qui, en 2021, avait 96 ans), eut le privilège de travailler dans la maison du Rabbi et de la Rabbanit, ce qui créa un lien étroit entre eux.
La Rabbanit montra beaucoup d’empathie envers ma tante qui avait perdu toute sa famille dans la Shoah (comme on le sait, la Rabbanit avait également perdu sa sœur, la Rabbanit Sheina, dans la Shoah).

En 1987, lorsque les voyages vers l’Union soviétique devinrent un peu moins compliqués, notre tante voulait beaucoup nous rendre visite en Russie, dans la ville de Gomel (ou Homel en yiddish), après ne pas avoir vu mes parents et mes grands-parents pendant des décennies.

Lorsque ma tante parla à la Rabbanit de son projet de voyage en Russie, la Rabbanit lui proposa d’emporter des livres de judaïsme en Russie. Ma tante craignait naturellement d’emporter des livres juifs car c’était encore un peu dangereux, mais la Rabbanit lui dit que puisque son mari, le Rabbi, essayait toujours d’envoyer de la littérature juive aux Juifs en Russie, ce qui ne se faisait généralement pas de manière particulièrement légale, ici c’était une excellente occasion, car ma tante était une touriste légale et pouvait emporter tout ce qu’elle voulait et le donner à sa famille.

En tant qu’enfant de treize ans, j’étais très excité et attendais avec impatience l’arrivée de ma tante américaine, car dans mon esprit adolescent, je pensais qu’elle m’apporterait des baskets ou un jean américain, et je serais l’enfant le plus cool de mon école.

Le jour de son arrivée, nous sommes allés l’accueillir à l’aéroport et l’avons vue sortir avec des valises et encore des valises. Bien sûr, j’étais convaincu qu’elles étaient pleines de cadeaux pour moi, et que je serais sous les projecteurs parmi mes amis grâce à toutes ces bonnes choses américaines qu’elle m’avait apportées.

Quand nous sommes arrivés chez mes grands-parents, elle m’a effectivement remis une grande valise qu’elle avait apportée pour moi. Avec beaucoup d’excitation, j’ai ouvert la valise et j’ai été surpris d’y trouver des dizaines de livres saints. Il y avait le siddour Tehillat Hashem et la Haggadah de Pessah en russe, ainsi que de nombreuses brochures et magazines de F.R.E.E. sur la cacherout, les mezouzot et beaucoup d’autres sujets de judaïsme.

À vrai dire, ces livres ont suscité beaucoup d’intérêt chez moi, et j’ai vite oublié le jean et les baskets.

Bien que j’aie grandi dans un pays communiste où s’engager dans le judaïsme était dangereux, notre famille était très traditionnelle. Mon grand-père avait des siddourim et d’autres livres juifs chez lui, mais ils étaient tous en hébreu, donc je ne comprenais pas ce qui y était écrit. Maintenant, j’avais un siddour et d’autres livres juifs avec une traduction et des instructions en russe, ce qui me permettait d’apprécier la signification des mots que je disais et m’éclairait sur de nombreux domaines du judaïsme.

Cela a eu un impact énorme sur moi, car en fait, j’ai fait ma propre ‘éducation’ au judaïsme, car rien n’était accessible pour moi. Avec mon nouveau siddour, j’ai lu toutes les notes très sérieusement, dans quelles parties de la prière il fallait se tenir debout et où on pouvait s’asseoir. Et j’ai agi exactement comme indiqué dans les instructions. Avec le temps, j’ai appris et suis devenu assez familier avec le judaïsme.

Et en effet, grâce à cette valise de livres que la Rabbanit Tsadkanit avait persuadé ma tante de m’apporter, quand nous avons quitté la Russie et sommes arrivés à New York deux ans plus tard en 1989, j’ai eu envie d’aller étudier dans une yeshiva, et grâce aux livres que j’avais en Russie, je n’étais pas à un niveau trop bas par rapport à ma classe d’âge à la yeshiva Loubavitch d’Ocean Parkway. En conséquence, je me suis bien adapté à la yeshiva.

À ce stade, j’ai fait personnellement la connaissance des frères Okunov, qui m’ont beaucoup aidé, moi et ma famille, et je suis devenu un hassid ordinaire.

En effet, la Rabbanit Tsadkanit m’a atteint depuis une distance de dix mille miles, et le reste est de l’histoire !

Et elle en a détourné beaucoup du péché – l’histoire nous éclaire sur la vision à long terme de la Rabbanit qui a allumé l’étincelle juive d’un jeune garçon en Russie qui est devenu un hassid ordinaire seulement deux ans après le décès de la Rabbanit Tsadkanit, comme l’a dit le Rabbi à propos de la Rabbanit qui est dans l’état de ‘Tsaddik qui est parti’ mais qui continue à agir ici dans notre monde et d’une manière ‘plus grande que de son vivant’.

 

 

22 Chevat – Yortzait de la Rebbetzin Haya Mouchka : Ses accomplissements, ses qualités de coeur et ses enseignements

22 Chevat – Yortzait de la Rebbetzin Haya Mouchka : Ses accomplissements, ses qualités de coeur et ses enseignements

“A mon avis, toute éloge est trop pauvre pour exprimer sa valeur.
D.ieu seul sait à quel point elle est grande”
(Réponse du Rabbi a une personne qui fit les éloges de la Rebbetzin)

 

Quelques récits, pour la plupart inédits, qui préciseront l’image de la fille et de l’épouse d’un Rabbi, de ses accomplissements, de ses qualités de coeur et des enseignements qu’elle délivre ainsi à chacun de nous.

Elle s’appellera ‘Haya Moushka et elle sera en tout point identique à son arrière-grand-mère, la Rabbanit 

Je vous ai adressé un télégramme pour vous demander, si vous ne lui avaez pas encore donné de nom, de l’appeler ‘Haya Moushka. Il me semble qu’il doit effectivement en être ainsi.
Je vous adresse mes voeux de Mazal Tov pour le nom donné à notre petite-fille, votre fille, qui a été appelée ‘Haya Moushka.
Puisse D.ieu faire qu’elle ait de longs jours, des années bonnes et agréables, qu’elle craigne D.ieu sincèrement et qu’elle soit, en tout point, identique à son arrière grand-mère, la Rabbanit, dont elle porte le nom.

(Lettres de Rabbi Chalom Dov Ber, tome 3, pages 219, 227 et 237) (Lire la suite)

Sa fille ‘Haya Moushka resta réveillée toute la nuit

Le Echkavta de Rabbi décrit, en ces termes, les derniers jours dans ce monde de Rabbi Chalom Dov Ber: “Rabbi Yossef Its’hak et les membres de sa famille étaient allés dormir, à l’exception de sa fille, ‘Haya Moushka, qui resta réveillée toute la nuit.
Moi-même, je suis parti me coucher, dans l’une des chambres. Au milieu de la nuit, vers deux heures du matin, mon sommeil fut troublé par un bruit, dans la maison. Je me suis habillé et je suis sorti de la chambre. Moushka se déplaçait rapidement dans la maison, tenant à la main un verre de lait.
Je lui ai demandé ce qui se passait et pour qui était ce lait. Elle m’a répondu qu’il était destiné à son grand-père, Rabbi Chalom Dov Ber, lequel ne se sentait pas bien.

(Echkavta de Rabbi, page 13) 

En exil à Castroma 

En 5687 (1927), Rabbi Yossef Its’hak fut exilé à Castroma. C’est précisément à sa seconde fille, la Rabbanit, qu’il demanda de l’accompagner.
Dans l’une de ses lettres, Rabbi Yossef Its’hak décrit son départ pour Castroma en ces termes: “A huit heures, j’ai pris congé des membres de ma famille, à Leningrad. Une grande
foule s’était réunie à la gare et le voyage commença. Ma fille ‘Haya Moussya m’accompagna.” On raconte que Rabbi Yossef Its’hak expliqua, à l’époque, qu’elle seule était apte à le faire.

(Lettres de Rabbi Yossef Its’hak, tome 2, page 66)  

Visite au tombeau de Rabbi Chalom Dov Ber 

Un mois avant de quitter la Russie, le 15 Elloul 5687 (1927), Rabbi Yossef Its’hak visita le saint tombeau de son père, à Rostov. De fait, il s’y rendait pour la dernière fois. La seule qui ’accompagna, durant ce voyage, fut sa fille, la Rabbanit, vraisemblablement parce que, étant fiancée, elle se préparait alors à son mariage.
Le Rav Raphaël Na’hman Cohen, qui eut le mérite d’être, à l’époque, au service du Rabbi, raconte: “Sa fille, la Rabbanit Moussya, l’accompagna à Rostov, près du tombeau de Rabbi
Chalom Dov Ber. Dans chaque banquette de train, il y avait deux places assises. Rabbi Yossef Its’hak et sa fille se trouvaient alors sur la même banquette.
A l’époque, les ‘Hassidim se demandèrent pourquoi était-ce précisément la Rabbanit Moussya qui l’accompagnait. Ils expliquèrent que celle-ci se préparait à son mariage, pendant cette période. Quelques jours avant le décès de Rabbi Yossef Its’hak
Le mercredi 7 Chevat 5710 (1950), quelques jours avant son décès, le Rabbi dit à sa fille, la Rabbanit Moushka: “Le moment est venu de se retirer de l’action communautaire.”
Ou bien, selon une autre version: “Il convient de cesser l’action communautaire. Il faut se reposer.”
On raconte qu’elle fut très satisfaite de ses paroles. Elle pensa, en effet, que le Rabbi allait prendre un peu de repos.

(Yemeï Béréchit, page 82) 

Lorsque le Rabbi succéda à son beau-père 

Quand Rabbi Yossef Its’hak quitta ce monde, des ‘Hassidim demandèrent au Rabbi de lui succéder. Comme on le sait, le Rabbi émit tout d’abord un refus énergique. Celle qui, au final, exerça une influence déterminante, dans ce domaine, fut la Rabbanit. Elle lui dit: “Est-il concevable que l’abnégation dont mon père a fait preuve pendant trente ans
ait été inutile, ce qu’à D.ieu ne plaise?”

(Kfar ‘Habad n°748) 

On s’en remet à lui 

Pendant l’hiver 5711 (1950-1951), le Rabbi et la Rabbanit habitaient encore au 346 de la rue New York. L’un de ceux qui étaient proches d’eux raconta ce qui se passa, quand il leur rendit visite, un jour de l’hiver 5711 (1950-1951): “Je suis entré dans la maison et j’ai vu de nombreux livres, sur la table du salon. Quelques uns étaient ouverts, d’autres fermés. Il y avait aussi un grand nombre de lettres, sur cette table. La Rabbanit, me remarquant, se tourna vers moi et me dit: ‘Moi, je ne lis pas les lettres que l’on adresse à mon mari. On s’en remet à lui. Je ne veux pas savoir ce qu’ils lui écrivent’.”

(Yemeï Méle’h, tome 3, page 1263)

Les honneurs sont, pour moi, dénués de tout intérêt 

En tant que Rabbanit de Loubavitch, elle aurait pu recevoir des honneurs royaux, si elle avait accepté de paraître en public et de prendre part aux réunions des femmes et jeunes filles ‘Habad. Mais, il ne lui vint jamais à l’esprit de le faire.
Une fois, répondant à quelqu’un qui était venu lui rendre visite, elle dit: “Croyez-moi, je me passe des honneurs. Ils sont, pour moi, dénués de tout intérêt.”
Je le regarde et je sens que je suis liée à la famille Une fois, au cours d’une discussion, elle dit: “Nous possédons un plateau du Tséma’h Tsédek que Horenstein nous a fait cadeau.
Mais, je ne m’en suis jamais servi pour y placer les bougies avant de les allumer, à la veille du Chabbat. Comment moi, une simple femme, pourrais-je utiliser de tels objets?
En fait, je me contente de le regarder et, de la sorte, je sens que je suis liée à la famille”.

(Yemeï Méle’h, tome 3, page 1254) 

Le conseil qui sauva une vie 

La Rabbanit raconta: “Une fois, je me promenais au bord de la mer, à Nice. Soudain, une femme juive, épouse d’un Rav de Belgique, m’aborda. Je lui demandai: ‘Que faites-vous là?’
Elle me répondit qu’elle attendait son mari, lequel était aller se baigner. Il s’était éloigné de la plage centrale et avait déposé ses vêtements sur le côté.
Soudain, nous avons aperçu des Allemands qui se dirigeaient vers nous. A l’époque, ceux-ci n’avaient pas encore conquis la ville de Nice. Néanmoins, ils y inspiraient la crainte. En fait, c’était avant tout son mari qui courrait un danger, car le fait qu’il était juif apparaissait à l’évidence. Nous ne savions que faire. Soudain, j’ai eu une idée. J’ai été voir le maître nageur et lui ait dit, en français: ‘Ne voit-on pas une tête qui émerge, là-bas, au loin?’
Pendant qu’il observait, je lui indiquai, en allusion, qu’il était préférable que les Allemands ne voient pas cet homme. Le maître nageur comprit mon allusion, prit sa barque de sauveteur et partit “sauver” celui qui se “noyait”. Concrètement, il saisit ce Juif et le conduisit à bonne distance de la côte.
Entre temps, les Allemands s’approchèrent et observèrent ce qui se passait. Ils ne firent pas attention à moi, ni à l’autre femme. Peut-être ne recherchaient-ils pas de femmes. En revanche, ils s’aperçurent qu’il y avait un Juif avec le maître nageur, dans la barque, mais virent que celui-ci était déjà loin. Ils s’en allèrent donc.
Le maître nageur déposa le Rav dans un endroit éloigné, lui permit de mettre ses vêtements et lui fit regagner la côte, pendant la nuit. Par la suite, le Rav rentra chez lui et une nfant, l’une de leurs filles, vint me dire qu’il n’y avait plus lieu de s’inquiéter, car il se trouvait chez lui et tout allait bien. Néanmoins, je ne me trouvais pas à la maison, lorsqu’elle arriva, car j’étais alors partie chercher du lait surveillé.”

 

 

Techouva sur une faute datant de l’époque de la France 

Dans des circonstances exceptionnelles, la Rabbanit rapporta elle-même le récit suivant. Pendant les dix jours de Techouva, elle expliquait à un enfant la nécessité de se repentir, en cette période lorsque celui-ci la questionna, naïvement: “Rabbanit, vous-même n’avez sûrement nul besoin de la Techouva.”
La Rabbanit médita, durant quelques minutes, puis elle lui répondit qu’elle devait elle-même avoir recours à la Techouva. L’enfant s’en étonna et elle raconta alors: Une fois, à la veille du départ de Paris du Rabbi et de la Rabbanit, il y eut un grand bombardement et tous fuyaient donc, dans tous les sens, afin de se mettre à l’abri. Le Rabbi et la Rabbanit le firent également. De façon générale, chacun emportait avec lui un peu de nourriture. Le Rabbi, en revanche, prit son Talith, ses Tefilin et ses manuscrits.
En chemin, la Rabbanit observa un avion qui, les survolant, lâcha une bombe. Mais, un homme, se tenant près d’elle, poursuivit son chemin, sans voir ce qui se passait.
La Rabbanit se dit alors que, s’il ne se couchait pas aussitôt à terre, l’homme risquait d’être atteint par cette bombe ou par ses débris. Réagissant très rapidement, elle le poussa de côté, de toutes ses forces. Par la suite, il s’avéra qu’elle lui avait ainsi sauvé la vie.
Achevant son récit, la Rabbanit conclut, avec la grandeur d’âme qui la caractérisait: “Certes, ce Juif a été sauvé du bombardement, mais je l’ai poussé et, lorsque l’on
agit ainsi, on doit avoir recours à la Techouva.”

Mon père me l’a enseigné 

L’un de ceux qui était au service de la Rabbanit raconta: “Lors d’un déplacement avec la Rabbanit, nous sommes parvenus devant une artère fermée à la circulation. Un panneau indiquait un itinéraire détourné. Nous l’avons emprunté et là, nous avons vu, sur le coin de la rue, une voiture de police et un camion. Dans la cour, en face, il y avait des meubles et des affaires personnelles.
Nous avons poursuivi notre chemin, sur quelques dizaines de mètres, puis, la Rabbanit m’a demandé de faire demi-tour. Je lui en ai demandé la raison. Elle m’a considéré pendant quelques instants, puis m’a dit: ‘Mon père m’a enseigné que tout est effet de la divine Providence. Cette rue était fermée et nous avons donc fait un détour. Là, nous avons vu que quelque chose se passait. Nous devons savoir de quoi il s’agit.’
Nous avons donc rebroussé chemin et nous avons pu voir qu’un couple d’immigrants russes, ayant des enfants, habitait là. Depuis plusieurs mois, cette famille n’avait pas payé son loyer. Le propriétaire de la maison faisait donc exécuter l’ordre d’expulsion qui avait été prononcé par le tribunal. A notre arrivée, tous les membres de la famille se tenaient dans la cour et pleuraient.
La Rabbanit me demanda de rechercher auprès de l’huissier quel était le montant de la dette. J’ai posé la question et l’on m’a répondu qu’il s’agissait de quatre mois de loyer, c’est-à-dire d’une somme conséquente, de plusieurs milliers de dollars.
La Rabbanit prit son chéquier, établit aussitôt un chèque de ce montant, me demanda de le transmettre directement à l’huissier, sans que la famille n’en ait connaissance. Je le lui ai donné et aussitôt, la famille a pu regagner sa maison, sans comprendre pourquoi un changement soudain était intervenu dans leur situation.

Elle peut également donner une bénédiction 

Une fois, les femmes et jeunes filles ‘Habad adressèrent un bouquet de fleurs à la Rabbanit, à l’occasion de son anniversaire. Elles y joignirent une enveloppe, contenant les noms de personnes qui sollicitaient une bénédiction. Le Rav H. S. D. Halbershtam transmit le bouquet à la Rabbanit et l’enveloppe au Rabbi.
Le Rabbi observa l’enveloppe et, y voyant le nom de la Rabbanit, demanda pourquoi on lui apporté un courrier adressé à son épouse. Le Rav Halbershtam répondit qu’il s’agissait d’une liste de personnes sollicitant une bénédiction et le Rabbi, dont le visage devint alors très sérieux, dit: “Hé bien, elle peut également donner une bénédiction.”

(Yemeï Méle’h, tome 3, page 1267)

 

Vous êtes tous nos enfants 

Une famille vint rendre visite à la Rabbanit, à son domicile. Pendant que celle-ci, se trouvant près de la table, discutait avec les adultes, les enfants se déplaçaient dans la maison. Lorsqu’ils finirent de la visiter, l’un d’entre eux s’adressa naïvement à la Rabbanit et lui demanda: “Où sont vos enfants?” Puis, après un instant de réflexion, il ajouta encore: “Sans doute sont-ils déjà grands et ils ont donc quitté la maison.”
Entendant ces propos, la Rabbanit ne répondit pas immédiatement. Elle plaça d’abord les enfants tout autour de l’endroit où elle était assise. Ensuite, elle désigna de son doigt chacun d’entre eux, puis la fenêtre, donnant vers la rue et dit: “Voyez-vous, toi, toi et toi et tous ceux qui se trouvent là-bas, vous êtes tous nos enfants.”

Notre satisfaction est de savoir que vous êtes satisfait 

Un Rav qui, à l’époque, résidait encore à Paris, rendit visite à la Rabbanit. Il prit congé d’elle en exprimant ses bons voeux et lui dit: “Que le Rabbi soit en bonne santé et qu’il conçoive de nous beaucoup de satisfaction.” La Rabbanit lui répondit: “Notre satisfaction est de savoir que vous êtes satisfait.”

(Atéret Mal’hout) 

Elle avait une personnalité hors du commun 

Le docteur Meïr Chohetman était proche du Rabbi et de la Rabbanit, quand ceuxci se trouvaient à Paris. Il étudiait même la Guemara, chaque jour, avec le Rabbi. Il fit part, en ces termes, de la manière dont il fut impressionné par la Rabbanit: “La Rabbanit Haya Moushka passait la majeure partie de la journée à la maison.
Elle étudiait le français, sans toutefois le faire de manière systématique. Elle accueillait chacun chaleureusement. Elle avait véritablement une personnalité hors du commun. Quiconque lui rendait visite une fois ne ratait pas une occasion de revenir, par la suite.”

(Yemeï Méle’h, tome 1, page 382) 

On les envoie partout

La Rabbanit s’intéressait beaucoup aux accomplissements des émissaires de son mari. Elle éprouvait une profonde admiration pour eux, eu égard à l’abnégation dont ils font preuve pour diffuser le Judaïsme. A chaque occasion, elle évoquait avec ravissement leur esprit de sacrifice. Avec une satisfaction évidente, elle disait: “Ils abandonnent leur famille, s’en vont avec de petits enfants, en faisant don de leur propre personne. Ils se rendent dans les coins les plus isolés de la terre, car on les envoie partout.”

(Kfar ‘Habad n°748)

 

Ses larmes coulèrent 

Une femme rendit visite à la Rabbanit en 5744 (1984). La Rabbanit l’invita à assister à une projection vidéo, montrant l’activité des tanks de Mitsvot, en Terre Sainte.
La Rabbanit fut elle-même particulièrement émue en voyant les émissaires du Rabbi distribuer des bougies de ‘Hanouka et des beignets aux soldats, afin de les réjouir, malgré le froid rigoureux. Elle en fut si émue, si fière, que ses larmes coulèrent sur ses joues.

(Kfar ‘Habad n°748) 

Attachement au Rabbi 

L’un de ceux qui étaient proches de la Rabbanit raconta qu’en 5746 (1985), il se rendit, à la veille de Sim’hat Torah, dans le bâtiment de la bibliothèque, où elle se trouvait alors. Elle lui demanda comment s’était passée la réunion ‘hassidique, au cours de laquelle son mari venait de s’adresser aux ‘Hassidim. Il lui raconta qu’au cours de celle-ci, le Rabbi avait demandé que chacun dise Le’haïm, puis retourne son verre vide.
Sur la table près de laquelle la Rabbanit était assise, il y avait une bouteille. La Rabbanit la saisit aussitôt et la retourna.

(Yemeï Méle’h, tome 3, page 1266) 

Mon mari a de bonnes idées 

Une femme eut le mérite de rendre visite à la Rabbanit, à de nombreuses reprises. Elle raconta que, de façon générale, celle-ci évitait de parler du Rabbi et de sa grandeur. Pour autant, il était clair qu’elle était fière des initiatives qu’il avait prises dans le but de diffuser le Judaïsme et en fonction desquelles l’action était menée. Cette femme raconte:
“Je me souviens qu’elle m’a demandée, une fois, de quelle manière la création des Tsivot Hachem avait été accueillie, à Londres. Je lui ai répondu que cette initiative avait eu beaucoup de succès. Elle dit alors: ‘Mon mari a de bonnes idées, n’est-ce pas?’”

Une réunion ‘hassidique qui rassasie 

L’un de ceux qui étaient proches de la Rabbanit lui rendit visite après une réunion ‘hassidique qui s’était poursuivie jusqu’à une heure très tardive. La Rabbanit lui proposa de manger et il répondit qu’il n’avait pas faim. La Rabbanit dit aussitôt que cela n’était pas étonnant et elle expliqua: “Une réunion ‘hassidique rassasie.”

(Kfar ‘Habad n°748) 

Mon mari l’a dit 

Une fois, un événement exceptionnel se produisit. Le livreur posa une caisse de légumes devant la porte qui se trouve à l’avant de la maison du Rabbi alors qu’il la mettait, d’ordinaire, devant celle qui est à l’arrière de la maison.
Le soir, le Rabbi rentra à la maison en tenant cette caisse à la main. La Rabbanit s’en aperçut et dit: “Pourquoi la portes-tu toi-même? Natik est là pour cela.” Le Rabbi lui répondit:
“Natik est un Juif comme les autres.” Depuis lors, chaque fois que Natik voulait aider la Rabbanit de manière inhabituelle, la Rabbanit lui répondait: “Mon mari n’a-t-il pas dit que Natik est un Juif comme les autres?”
Une fois, Natik indiqua qu’il se “plaindrait” au Rabbi, car celui-ci, par cette phrase, avait réduit ses possibilités de venir en aide à la Rabbanit. Elle lui répondit par un large sourire mais, à partir de ce jour, elle cessa de lui rappeler les mots du Rabbi.

(Kfar ‘Habad n°748) 

Il faut parler Yiddish 

A différentes occasions, la Rabbanit encouragea plusieurs personnes à s’exprimer en Yiddish. Une fois, elle expliqua à quelqu’un qui venait lui rendre visite à quel point il était important que tous parlent cette langue.
Elle précisa que, durant la guerre, alors que tous fuyaient devant les Allemands, elle côtoya de nombreux Juifs, venant de tous les horizons et de tous les milieux. L’élément unificateur entre eux était alors la langue Yiddish.

Il n’ira pas au 770 

La Rabbanit fit une chute et se cassa le bras. Elle dut alors être plâtrée. Un soir, alors qu’elle souffrait beaucoup, elle appela l’une des femmes desquelles elle était proche et lui demanda d’appeler une infirmière. Mais, il était difficile de le faire, compte tenu de l’heure tardive.
Voyant qu’elle ne recevait pas de réponse, la Rabbanit rappela cette femme, dix minutes plus tard, pour savoir ce qu’il en était. Elle précisa: “Mon mari est près de moi et il dit qu’il n’ira pas au 770, Eastern Parkway, tant qu’une infirmière n’arrivera pas ici. Je sais à quel point il est important pour lui d’être avec les ‘Hassidim et pour les ‘Hassidim d’être avec lui. Je ne souhaite pas qu’il soit retenu ici un instant de plus.”

Il est important pour moi de ne pas lui faire de la peine 

Durant ses derniers jours, la Rabbanit souffrit des yeux. Une fois, je lui ai posé la question suivante: “Des Juifs du monde entier émettent le voeu de recevoir une bénédiction du Rabbi. Comment pouvez-vous ne pas lui en parler?” La réponse de la Rabbanit fut à la fois simple et surprenante: “Il est important pour moi de ne pas lui faire de la peine.”

(Atéret Mal’hout)

 

Vous m’avez fait revivre 

Quelques instants avant de quitter ce monde, elle demanda au Rav Chalom Gansburg de lui apporter un verre d’eau. Il le lui présenta. Elle récita la bénédiction et en but quelques gouttes. Elle dit ensuite: “Chalom, vous m’avez fait revivre. Que D.ieu en fasse de même pour vous.” Mon père le Rabbi, ses livres et tout ce qui lui appartient sont aux ‘Hassidim
L’une des dernières actions réalisées ici-bas par celle qui a quitté ce monde a fait l’objet d’une diffusion et a été connue de tous, y compris des autres nations. Il s’agit de la réponse qu’elle fit, à propos de son père, le Rabbi, mon beau-père, chef de notre génération. Elle dit: “Mon père, le Rabbi, ses livres et tout ce qui lui appartient sont aux ‘Hassidim.”
Par cette réponse, celle qui a quitté ce monde a exprimé, affirmé devant tous que le chef de notre génération, successeur de nos saints maîtres, depuis l’Admour Hazaken, fondateur de la ‘Hassidout ‘Habad et le Baal Chem Tov, fondateur de la ‘Hassidout générale, restera le Rabbi pour l’éternité, sans qu’aucune interruption ne soit envisageable, ce qu’à D.ieu ne plaise, jusqu’à la venue de notre juste libérateur.

Mais le fait véritablement nouveau est l’accueil réservé à cette réponse par les autres nations. En effet, c’est sur la base de celle-ci que le verdict a ét rendu, en particulier pour ce qui concerne les livres sacrés. Il a été décidé qu’il en serait effectivement ainsi.
On peut en conclure que le souvenir, nécessaire pour celui qui survit, doit essentiellement porter sur le renforcement et le développement, avec la plus grande ardeur, de cette éternité, de la pérennité de la ‘Hassidout générale, de la ‘Hassidout ‘Habad, de ses maîtres, à chaque époque, jusqu’à la venue de notre juste libérateur, d’une manière évidente pour tous, y compris pour les autres nations.

(Discours du Rabbi, à l’issue du Chabbat Terouma 5748-1988) 

Les enfants qui portent son nom 

Nous avons vu que le souvenir est nécessaire, pour celui qui survit. Chacun doit montrer que “sa descendance est encore en vie”, car, de la sorte, elle-même “est en vie”. Il faut aussi s’inspirer de son comportement et agir comme elle le faisait ellemême, avec abnégation.
Combien plus en est-il ainsi lorsque l’on donne son nom à un enfant. De la sorte, “sa descendance est encore en vie”, au sens le plus littéral, de sorte que elle-même “est en vie”. Et l’enfant qui s’appellera ‘Haya aura une longue vie, de longs jours et de bonnes années.

(Discours du Rabbi, Chabbat Yethro, 22 Chevat 5749-1989) 

Certaines ont eu le mérite que plusieurs filles juives portent leur nom. Et, ces filles donnent un bon exemple, ayant une âme saine dans un corps sain, sans aucune interruption. Elles reçoivent une éducation conforme à l’esprit de celle qui a quitté ce monde, en fonction de ses directives et du modèle qu’elle a elle-même fourni.
En effet, comme on l’a maintes fois souligné, elle a elle-même été éduquée par le chef de notre génération, mon beau-père, le Rabbi.

(Discours du Rabbi, veille du 22 Chevat 5752-1992) 

Une participation de sa part et de la mienne 

Le dimanche 24 Adar, veille de l’anniversaire de la naissance de la Rabbanit, fut posée la première pierre du campus ‘Haya Moushka, dédié à sa mémoire. A la fin de la cérémonie, qui fut particulièrement fastueuse, le Rabbi arriva, à la grande surprise de tous et il transmit au Rav Avraham Chem Tov un montant de quatre cent soixante dix dollars, correspondant à la valeur numérique du nom ‘Haya Moushka.
En lui transmettant ces dollars, le Rabbi dit: “Je me rends près du tombeau de mon beau-père, le Rabbi et j’irai également auprès d’elle. Ce soir, ce sera son anniversaire et ces quatre cent soixante dix dollars sont une participation de sa part et de la mienne. Puisse D.ieu faire que nous ayons de bonnes nouvelles.”

La campagne pour la célébration de l’anniversaire,lancée en l’honneur de la Rabbanit 

Dernièrement, nous avons évoqué, à différentes reprises, la nécessité de se souvenir incombant à celui qui survit. Pour cela, on doit systématiquement rechercher l’implication concrète, l’action, qui est essentielle. Il est donc certain que l’on peut profiter de son anniversaire, lorsque son Mazal est dominant, pour renforcer tout ce qui concerne le Judaïsme, la Torah et ses Mitsvot.
Un point préalable doit être précisé. Ce qui concerne un Juif, à titre personnel, exerce également son influence sur tout le peuple d’Israël et même sur le monde entier. De fait, nos Sages affirment que “chacun est tenu de considérer que le monde fut créé pour lui”. Or, ceci apparaît encore plus clairement pour ce qui concerne son anniversaire, qui est le 25 Adar.
Concrètement, il est donc proposé d’introduire une pratique positive qui, pour celui qui le désire, sera dédiée au mérite et à l’élévation de son âme. Celle-ci concerne le comportement que l’on doit adopter, lors de son anniversaire.
Mon beau-père, le Rabbi, a largement diffusé le comportement qu’il fallait avoir, à cette occasion et qui, dans les générations précédentes, n’était connu que d’une élite: “On doit évoquer ses souvenirs, y méditer, réparer ce qui doit l’être et introduire la Techouva chaque fois que cela est nécessaire”.
De même, on a alors coutume de donner de la Tsedaka, avant les prières de Cha’harit et de Min’ha. Si l’anniversaire est un Chabbat ou bien un jour de fête, on en donnera à la veille de ce jour. On aura aussi une étude de plus de la partie révélée de la Torah et de la ‘Hassidout.
En conséquence, il serait judicieux de diffuser encore plus largement ces pratiques parmi tous les Juifs, de leur demander, à l’occasion de leur anniversaire, de prévoir un ajout à l’étude de la Torah, à la prière et à la Tsedaka, qui sont les trois piliers sur lesquels reposent le monde, en général et, en premier lieu, le “petit monde” que constitue la personnalité humaine. Et, l’on prendra la bonne résolution d’intensifier, pendant l’année suivante, son engagement pour tout ce qui concerne la Torah et les Mitsvot.

(Discours du Rabbi, 25 Adar 5748-1988) 

Le fonds ‘Hamech 

Dans la nuit qui suivit l’enterrement de la Rabbanit, le Rabbi appela son secrétaire, le Rav Krinsky et lui demanda, en particulier, de créer au plus vite un fonds de Tsedaka qui porterait le nom de la Rabbanit. Celui-ci fut effectivement créé et nommé “fonds ‘Hamech”, initiales de ‘Haya Moushka Schneerson, dans le but de soutenir les campagnes pour l’allumage des bougies du Chabbat, pour la pureté familiale, pour l’aide au financement des mariages, pour la construction et le développement de bains rituels et pour favoriser l’éducation. Durant les années suivantes, le Rabbi distribua des montants importants, prélevés sur ce fonds, aux institutions ‘Habad, dans le monde entier.
Prenant la parole à l’issue des sept jours du deuil, le Rabbi dit: “Il faut préciser qu’un fonds spécifique a été institué, qui porte le nom de fonds
‘Hamech, d’après les initiales du nom de la défunte, ‘Haya Moushka Schneerson. Certes, le nom de famille semble secondaire. Néanmoins, on le fait apparaître sur différents
actes officiels et les témoins de ces actes, pour raffermir leur rôle, signent également en le mentionnant.
Combien plus doit-il être mentionné, en l’occurrence. Ce nom, en effet, introduit une claire allusion au fondateur de la famille, l’Admour Hazaken, qui s’appelait Chnéor, deux lumières, parce qu’il portait en lui celle de la partie révélée de la Torah et celle de son enseignement profond. De plus, son âme descendait ici-bas pour la première fois, comme le rapportent les notes et les causeries du père de la défunte.
Bien plus, ce nom de famille, mentionnant Chnéor, se termine, en outre, par “son”, le fils, établissant ainsi la filiation avec l’Admour Hazaken. Or, disent nos Sages, un père, dans cinq domaines, confère un mérite à son fils, dès l’instant de sa naissance et ce dernier peut, dès lors, hériter de tout ce que son père possède.”

(Discours du Rabbi, 29 Chevat 5748-1988, à l’issue des sept jours du deuil)

 

 

La force du père se révèle chez la fille plus que chez le fils 

Les condoléances et les bénédictions qui les accompagnent ont été présentées pour la fille du chef de notre génération. Or, disent nos Sages, “lorsque l’homme ensemence le premier, l’enfant qui naît est une fille”. Ainsi, la force du père se révèle chez la fille plus que chez le fils. En l’occurrence, le chef de notre génération est le successeur de tous ceux qui l’ont précédé, depuis l’Admour Hazaken et le Baal Chem Tov. Ainsi, aux bénédictions que le Saint béni soit-Il accorde et qui se révèlent grâce aux bons voeux signifiés lorsque l’on a consolé les endeuillés, s’ajoutent les mérites et les vertus spécifiques de la défunte, celle de la fille du chef de la génération et celle qu’elle s’est acquise par les bonnes actions qu’elle a elle-même réalisées.

(Discours du Rabbi, 29 Chevat 5748-1988, à l’issue des sept jours du deuil) 

Ajout à l’action concrète, à l’occasion de la Hilloula 

L’acte est essentiel, en particulier pour ce qui concerne la Hilloula. En effet, la coutume juive veut que l’on intensifie l’action concrète, à cette occasion, pour l’élévation de son âme, de sorte que celle-ci puisse également se révéler ici-bas.
Concrètement, à l’occasion de la Hilloula, il est bon d’augmenter et de développer les institutions dédiées à sa mémoire, au delà de celles qui existent déjà. Ces institutions seront plus particulièrement consacrées aux trois Mitsvot précédemment définies.
Par ailleurs, il est également judicieux de donner de la Tsedaka, à l’occasion de la Hilloula, de préférence un multiple de quatre cent soixante dix, valeur numérique du nom de la défunte, comme nous l’avons vu.
Quiconque multipliera ses réalisations en ce sens sera digne d’éloge. Et, l’on ne donnera pas seulement quatre cent soixante dix petites pièces, des pièces de bronze. Ce seront de grandes pièces, des pièces d’or.

(Discours du Rabbi, Chabbat Yethro, 22 Chevat 5750-1990) 

Depuis 5687, les ‘Hassidim n’ont pas connu une joie aussi intense 

A la veille de Roch ‘Hodech 5738-1977, lorsque le Rabbi rentra chez lui pour la première fois, après le malaise cardiaque qu’il avait subi, le Chemini Atséret de la même année, la Rabbanit, se trouvant au second étage du 770, Eastern Parkway, dans la maison de Rabbi Yossef Its’hak, observait son mari, alors qu’il quittait son bureau.
Considérant l’immense joie des ‘Hassidim, à cette occasion, elle dit: “Depuis la libération de mon père, le 12 Tamouz 5687-1927, les ‘Hassidim n’ont pas éprouvé une telle joie.”

(Kfar ‘Habad n°785) 

Une oeuvre réalisée avec abnégation 

Un enseignement peut être donné à propos de cette Hilloula. Il y a eu un “incendie” et l’âme, au sein de la flamme, s’est élevée jusqu’au point le plus élevé du ciel.
Mais, il s’agit, en l’occurrence, d’une femme Tsidkanit, bien plus de la fille de mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération et l’on connaît le lien spécifique d’une fille avec son père. Lorsque son âme se trouvait dans son corps, elle possédait donc le mérite de son père, en plus du sien propre. Elle servait D.ieu “comme l’ordonne Ta Volonté”. Bien plus, elle intensifiait régulièrement ce service, s’élevant ainsi d’une étape vers l’autre.
De fait, elle accomplit son oeuvre avec abnégation, comme on peut le déduire d’un récit décrivant l’éducation que mon beau-père, le Rabbi, prodigua à ses filles. En effet, leur professeur entendait privilégier l’approche intellectuelle, ne pas les effrayer en faisant appel au miracle ou au sacrifice physique. Mais, mon beau-père lui signifia que l’éducation d’un enfant juif commençait, bien au contraire, par des récits, relatant le don de soi. C’est là le message que cet enfant devait entendre.
Du reste, ce récit est spécifiquement lié à elle et l’on peut en conclure qu’il s’agissait, tout particulièrement, de lui donner une telle éducation, de lui faire profondément
intégrer cette abnégation.
Combien plus en est-il ainsi après son décès, alors que son âme a connu la plus haute élévation.

(Discours du Rabbi, Chabbat Yethro, 22 Chevat 5749-1989) 

22 Chevat : plus qu’un message

22 Chevat : plus qu’un message

Rav Haïm Nisenbaum

 

Les grandes dates interrogent toujours de la même façon : revenant d’année en année, offrent-elles d’autres perspectives que mémorielles et commémoratives ? Il est vrai que, bien souvent, elles sont seulement l’occasion de célébrations obligées, officielles et incontournables. Voici pourtant que, cette semaine, revient le 22 Chevat, l’anniversaire du décès de la Rabbanite ‘Haya Mouchka, la femme du Rabbi de Loubavitch. Elle quitta ce monde en 5748-1988 et l’événement retentit encore, non seulement dans le cœur de ceux qui la connurent mais, plus largement, comme instaurant un jour porteur d’enseignement, d’action et d’espoir.

Ce n’est évidemment pas par hasard que le 22 Chevat se tient à New York le congrès international des Chlou’hot, ces femmes envoyées dans tous les pays du monde avec leur mari et qui assument la tâche de transformer les endroits où elles vivent, à la fois enseignantes, directrices d’institutions etc. Chargées de tout cela par le Rabbi, elles savent conduire ceux qu’elles rencontrent vers un temps meilleur. Et si elles ont choisi cette date pour se retrouver chaque année, c’est qu’elle recèle une puissance particulière.

La vie de la Rabbanite en est une expression à valeur d’exemple. Elle connut les plus grands bouleversements de l’histoire : l’oppression stalinienne en URSS, les tragédies de la guerre et l’invasion allemande en France. Elle resta cependant fidèle à ce qu’elle était, sans jamais reculer ou renoncer. Son nom en porte témoignage : ‘Haya Mouchka. « ‘Haya » signifie « vivante », comme pour dire que cette vie est si intense et si profonde qu’elle ne connaît jamais d’interruption au-delà même de la disparition physique. « Mouchka », le musc, un parfum à la fois précieux et subtil. Le parfum, disent les commentateurs, a le pouvoir de réconforter l’âme malgré son caractère presque immatériel. Il s’attache à celui qui en est porteur.

« Vie » et « parfum », c’est en soi un programme, une manière de vivre. Nous vivons un temps où ces notions si essentielles manquent bien souvent. Perclus par la pesanteur des choses, l’homme en vient à oublier ce qui l’entraîne au-delà de lui-même et lui confère toute la noblesse de l’humain. La Rabbanite, par sa vie, nous montre le chemin. Tout est possible. Le monde peut changer et l’avenir retrouver ses couleurs. Demain chantera. A New York, les Chlou’hot réunies l’affirment. Plus qu’un message, le 22 Chevat est la date de naissance d’une action.

 

22 Chevat : Anecdotes sur la Rebbetzin Haya Mouchka (1/5) – Rav Lévi Azimov

22 Chevat : Anecdotes sur la Rebbetzin Haya Mouchka (1/5) – Rav Lévi Azimov

 

 

 

La Rebbetzin Haya Mouchka a accordé à ma mère le privilège d’être reçue plusieurs fois au fil des années, jusqu’à son départ de ce monde. C’était quelque chose dont on ne parlait pas, un grand secret, car la Rebbetzin était une personne très réservée. Nous savions que ce mérite devait rester confidentiel.

Après le décès de la Rebbetzin, le Rabbi a beaucoup parlé pendant une année entière. Chaque Shabbat, il commentait le verset enseignant que lorsqu’une personne quitte ce monde, les vivants doivent en tirer des leçons. Le Rabbi insistait constamment sur ce message.

La question s’est alors posée : devions-nous partager certaines histoires que mes parents et nous-mêmes avions vécues avec la Rebbetzin ? Cette interrogation est restée longtemps sans réponse claire.

Récemment, un ami de la famille, Monsieur Yoseph ben David Benamou, nous a quittés. À la demande de sa famille, nous allons raconter quelques anecdotes sur la Rebbetzin, pour son mérite et l’élévation de son âme, ainsi que pour la bonne santé de toute la famille.

Mon grand-père, Rav Bentsion Chemtov, était un ‘hassid du précédent Rabbi. En 1922, il faisait partie d’un groupe de dix disciples qui avaient juré au précédent Rabbi de consacrer leur vie à préserver le judaïsme en Russie. Il a accompli cette mission, connaissant l’exil avant de revenir. Il a eu le mérite d’être un des ‘hassidim proches du précédent Rabbi.

Après que le Rabbi actuel a pris ses fonctions en 1950, lors de ses voyages à New York, mon grand-père avait l’occasion de rendre visite à la Rebbetzin et de lui raconter son travail à Londres. Après avoir perdu son épouse en 1963, alors que ma mère avait 16 ans, il s’est installé à New York deux ans plus tard. Cela a permis à ma mère d’avoir aussi le privilège de rendre visite à la Rebbetzin au fil des années.

Après le mariage de mes parents, ils sont restés très proches de la Rebbetzin, que ce soit par téléphone ou lors de leurs visites à New York, où elle les invitait toujours à venir la voir. Nous allons maintenant partager quelques-unes de ces anecdotes que ma mère nous a racontées.

22 Chevat : Anecdotes sur la Rebbetzin Haya Mouchka (1/5) – Rav Lévi Azimov

22 Chevat : Anecdotes sur la Rebbetzin Haya Mouchka (épisode 3/5) – Rav Lévi Azimov

 

 

Une fois que mes parents sont arrivés en France, la Rebbetzin est restée proche et en contact avec ma mère, d’abord par téléphone. Je ne sais pas si c’était très souvent, mais en tout cas elle était en contact avec elle par téléphone, et à chaque fois que ma mère voyageait chez le Rabbi, elle appelait la Rebbetzin à la maison et la Rebbetzin lui demandait de venir la visiter.

Au début, en effet, elle y allait avec mon père. Après le mariage général, elle allait seule. C’est là où, dans une des rencontres, la Rebbetzin lui a dit : « Nous avons labouré, nous avons semé, et vous devez juste récolter. » Cette phrase, ma mère l’a répétée assez souvent. Et en 1992, 20 ans plus tard, lorsque le Rabbi avait parlé un Chabbat entier sur l’importance du travail qui a été fait en France, ceux qui ont préparé la Siha ont ajouté dans les notes cette phrase que la Rebbetzin avait dite à ma mère.

Le Rabbi a validé, puisque le Rabbi corrigeait toutes les notes qui lui étaient soumises sur les Sihot. Et de là est venue cette fameuse phrase que le Rabbi et la Rebbetzin, en étant là ici à Paris, ils ont « labouré, ils ont semé », et il reste uniquement le travail de « récolter », de cueillir le travail qui a été déjà fait par leur présence ici à Paris.

À travers les années, elle s’est beaucoup renseignée et a encouragé tout ce qui était en train de se faire. Parmi les choses que ma mère nous a racontées, c’était que eux, ils sont arrivés là en 1968. Ma mère a donc appris le français, et 7-8 ans plus tard, le Rabbi a envoyé encore cinq familles en France : Lyon, Marseille, Toulouse, Nice, Cannes, Metz, Nancy. Ces familles sont venues s’installer ici. Les Chlou’him parlaient déjà français, mais opas toutes les Chlou’hot.

Et lorsque ma mère est partie visiter la Rebbetzin, elle lui a dit dans la maison que ce n’était pas évident pour tous ces jeunes couples qui sont venus maintenant s’installer en France et qui ne parlaient pas forcément la langue. Ils se trouvaient dans des endroits, ils ont quitté leur maison – c’était, si on peut dire, les premières années que le Rabbi envoyait des Chlou’him, il y a 50 ans en arrière.

Et c’est là où ma mère dit à la Rebbetzin : « Oui, mais c’est l’éducation que nous avons reçue dans notre jeune âge, d’être prêts à partir faire ce que le Rabbi nous demande. » La Rebbetzin lui a dit : « Oui, ton père qui était donc en Russie, qui était en Sibérie pendant 4 ans, oui, c’est ce que lui il a vécu, c’est ça l’éducation que lui il a donnée. Mais pas toutes celles qui sont venues maintenant s’installer ont eu cette éducation. Elles ont vécu avec un certain confort, et pour elles, faire ce choix et partir habiter dans un coin perdu où il n’y a rien, c’est un énorme effort. »

Et on voyait vraiment, si on peut dire, ce souci, cette inquiétude, comment leur venir en aide, comment les renforcer. Et ça rejoint que lorsque le Sefer Hashluchim, le livre de tous les Beth Habad, est sorti dans le monde avec les photos des familles, une des premières pages de ce livre il y a une photo d’elle y figure dans les premières pages, accompagnée d’un texte, validé par le Rabbi, témoignant de sa sollicitude permanente envers les émissaires.

22 Chevat : Anecdotes sur la Rebbetzin Haya Mouchka (1/5) – Rav Lévi Azimov

22 Chevat : Anecdotes sur la Rebbetzin Haya Mouchka (épisode 2/5) – Rav Lévi Azimov

 

 

Quelques anecdotes à propos du mariage de mes parents. Mes parents se sont fiancés à la fin du mois de Av. Ma mère a voyagé à New York. À cette époque, elle était à New York et son père, qui était l’envoyé du Rabbi, avait l’habitude de voyager dans plusieurs endroits pour parler et ramasser la tzedaka – c’était son activité. Il était censé voyager juste lorsque ma mère était revenue.

Elle a appelé la Rebbetzin pour lui annoncer qu’elle était devenue Kallah (fiancée). La Rebbetzin lui a donné toutes les brakhot (bénédictions) et lui a dit : « Je m’imagine que ton père va rester un petit peu avec toi maintenant, il ne va pas partir tout de suite comme prévu. »

En effet, mon grand-père est resté à New York. Ma mère racontait toujours : « Est-ce que c’était ce qui était prévu ? Elle ne sait pas, mais elle a compris que ça devait être une des choses que la Rebbetzin a organisées. » Lorsqu’elle est revenue et qu’elle venait de se fiancer, comme elle n’avait pas sa mère, son père a pu rester un petit peu avec elle pour la conseiller et partager avec elle cette joie et cette simcha (réjouissance). Cette idée montrait toujours l’attention que la Rebbetzin portait à chacun dans le moindre détail, comment la personne perçoit une simcha, comment la personne vit un moment de joie.

Une autre épisode intéressante : elle est entrée chez la Rebbetzin le jour du mariage pour recevoir sa brakha. La Rebbetzin l’a reçue et à un moment lui a dit : « Je suis toute la journée à la fenêtre pour voir s’il ne pleut pas. » Cela veut dire que ce n’était pas juste un mot gentil, mais vraiment elle se souciait que la ‘houpa se passe comme il faut. Elle lui disait que toute la journée, elle était à la fenêtre en train de regarder et de voir comment la ‘houpa allait se dérouler.

Après, ma mère m’a dit qu’on ne savait pas jusqu’à la dernière minute si le Rabbi allait faire le siddour kiddoushin ou pas. Finalement, il ne l’a pas fait, mais c’était aussi peut-être une allusion que la Rebbetzin lui faisait qu’il y avait des chances que le Rabbi vienne sous la ‘houpa.

Un autre point intéressant était que le mariage a eu lieu comme le Rabbi disait souvent qu’il voulait qu’un mariage hassidique soit toujours avec un farbrengen, comme c’était à l’époque. Donc le mariage de mes parents a continué avec un long farbrengen toute la nuit.

Ils sont rentrés un peu après le mariage, ils avaient amené avec eux des photos et une des choses que la Rebbetzin leur a dit : « J’ai entendu qu’il y avait un grand farbrengen après le mariage. » Elle avait l’air très très contente que ça ait été comme il le fallait – un vrai mariage comme on a toujours connu, un mariage hassidique accompagné d’un farbrengen.

En ce qui concerne les photos, mes parents avaient amené un petit album photo. La Rebbetzin a commencé à regarder les photos et une des choses intéressantes, c’est qu’elle a demandé si elle pouvait récupérer trois photos de cet album. Une des photos que ma mère me racontait toujours, c’était les photos montrant comment le ‘hatan (mon père) disait le maamar en kabbalat panim. Et le point qu’elle a retenu de ça, c’était que la Rebbetzin, peut-être en prenant cette photo, était en train de leur montrer qu’un des points importants dans un mariage, c’est le ‘hatan et le maamar.

 

 

22 Chevat : Etude des Michnayot pour la Rabbetsen Haya Mouchka

22 Chevat : Etude des Michnayot pour la Rabbetsen Haya Mouchka

Étude des Michnayot commençant par les lettres initiales du prénom de la Rabbanit, pour être étudié le jour de la Hilloula.

  (traduction en français lettre ‘Hét) אות ח מסכת שבת, פרק כ »ב 

א) חָבִית שֶׁנִּשְׁבְּרָה, מַצִּילִין הֵימֶנָּה מְזוֹן שָׁלשׁ סְעֻדּוֹת, וְאוֹמֵר לַאֲחֵרִים, בּוֹאוּ וְהַצִּילוּ לָכֶם, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִסְפֹּג. אֵין סוֹחֲטִין אֶת הַפֵּרוֹת לְהוֹצִיא מֵהֶן מַשְׁקִין, וְאִם יָצְאוּ מֵעַצְמָן, אֲסוּרִין. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, אִם לָאוֹכָלִין, הַיּוֹצֵא מֵהֶן מֻתָּר, וְאִם לְמַשְׁקִין, הַיּוֹצֵא מֵהֶן אָסוּר. חַלּוֹת דְּבַשׁ שֶׁרִסְּקָן מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְיָצְאוּ מֵעַצְמָן, אֲסוּרִין. וְרַבִּי אֶלִיעֶזֶר מַתִּיר

Michna 1 :Lorsqu’un tonneau se brise pendant le Chabbat, on peut en prélever la quantité de nourriture nécessaire pour trois repas et dire à d’autres personnes: « Venez, prélevez-en pour votre compte « , à condition de ne pas en éponger le contenu.
On ne presse pas les fruits pour en faire sortir le jus et, s’il sort de lui-même, celui-ci est interdit. Rabbi Yehouda dit: » Si les fruits sont préparés comme des aliments solides, ce qui en sort est permis. S’ils sont pris comme liquides, ce qui en sort est interdit « .

Si des pains de miel ont été liquéfiés à la veille du Chabbat et que le miel en a coulé de lui-même, celui-ci est interdit. Rabbi Eliézer le permet.

ב) כָּל שֶׁבָּא בַחַמִּין מֵעֶרֶב שַׁבָּת, שׁוֹרִין אוֹתוֹ בַחַמִּין בַּשַּׁבָּת, וְכָל שֶׁלֹּא בָא בְחַמִּין מֵעֶרֶב שַׁבָּת, מְדִיחִין אוֹתוֹ בַחַמִּין בַּשַּׁבָּת, חוּץ מִן הַמָּלִיחַ הַיָּשָׁן (וְדָגִים מְלוּחִים קְטַנִּים) וְקוּלְיַס הָאִסְפָּנִין, שֶׁהֲדָחָתָן זוֹ הִיא גְמַר מְלַאכְתָּן

Michna 2: Ce qui a été cuit, à la veille du Chabbat peut être trempé dans l’eau chaude, pendant le Chabbat. Ce qui n’a pas été cuit, à la veille du Chabbat, peut, néanmoins, être rincé à l’eau chaude, pendant le Chabbat, à l’exception d’un poisson ancien en saumure, de petits poissons salés ou encore d’un maquereau, car c’est en les rinçant que l’on achève leur préparation.

ג) שׁוֹבֵר אָדָם אֶת הֶחָבִית לֶאֱכֹל הֵימֶנָּה גְרוֹגְרוֹת, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוּן לַעֲשׂוֹת כֶּלִי. וְאֵין נוֹקְבִין מְגוּפָה שֶׁל חָבִית, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וַחֲכָמִים מַתִּירִין. וְלֹא יִקְּבֶנָּה מִצִּדָּהּ. וְאִם הָיְתָה נְקוּבָה, לֹא יִתֵּן עָלֶיהָ שַׁעֲוָה, מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְמָרֵחַ. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה, מַעֲשֶׂה בָא לִפְנֵי רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי בַּעֲרָב, וְאָמַר, חוֹשְׁשַׁנִי לוֹ מֵחַטָּאת

Michna 3: Il est permis de briser un tonneau afin de consommer les figues qui s’y trouvent, à la condition de ne pas avoir l’intention d’en faire un instrument.
On ne perce pas le bouchon du tonneau, selon les propos de Rabbi Yehouda, mais les Sages le permettent. On ne le perce pas non plus sur son flanc et, s’il est déjà percé, on ne bouche pas l’orifice avec de la cire, de peur de la gratter.

Rabbi Yehouda raconte: « Un cas similaire a été soumis à Rabban Yo’hanan Ben ZakaÏ dans la ville de Arav et il a dit: ‘J’ai bien peur que (ayant transgressé le Chabbat par inadvertance), il doive apporter un sacrifice de ‘Hatat’. »

ד) נוֹתְנִין תַּבְשִׁיל לְתוֹךְ הַבּוֹר בִּשְׁבִיל שֶׁיְּהֵא שָׁמוּר, וְאֶת הַמַּיִם הַיָּפִים בָּרָעִים בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּצַּנּוּ, וְאֶת הַצּוֹנֵן בַּחַמָה בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּחַמּוּ. מִי שֶׁנָּשְׁרוּ כֵלָיו בַּדֶּרֶךְ בַּמַּיִם, מְהַלֵּךְ בָּהֶן וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ. הִגִּיעַ לֶחָצֵר הַחִיצוֹנָה, שׁוֹטְחָן בַּחַמָּה, אֲבָל לֹא כְנֶגֶד הָעָם

Michna 4: Il est permis d’introduire un plat dans une fosse pour le protéger, de l’eau potable dans celle qui ne l’est pas pour la refroidir ou de l’eau froide dans la chaude pour la réchauffer.
Celui qui, avançant sur son chemin, perd ses vêtements dans l’eau, peut poursuivre sa route sans crainte. Puis, parvenu dans une cour extérieure, il.les étalera au soleil. Mais, il ne le fera pas en public.

ה) הָרוֹחֵץ בְּמֵי מְעָרָה וּבְמֵי טְבֶרְיָא וְנִסְתַּפַּג, אֲפִלּוּ בְעֶשֶׂר אֲלֻנְטִיאוֹת, לֹא יְבִיאֵם בְּיָדוֹ, אֲבָל עֲשָׂרָה בְנֵי אָדָם מִסְתַּפְּגִין בַּאֲלֻנְטִית אַחַת פְּנֵיהֶם יְדֵיהֶם וְרַגְלֵיהֶם, וּמְבִיאִין אוֹתָהּ בְּיָדָן

Michna 5: Celui qui se lave dans le bassin d’une grotte, ou bien dans les eaux de Tibériade, puis se sèche, même avec dix serviettes, ne pourra pas les déplacer dans sa main.
En revanche, dix hommes peuvent sécher leur visage, leurs mains et leurs pieds avec une seule serviette, puis la déplacer dans leurs mains.

ו) סָכִין וּמְמַשְׁמְשִׁין (בִּבְנֵי מֵעַיִם), אֲבָל לֹא מִתְעַמְּלִין וְלֹא מִתְגָּרְדִין. אֵין יוֹרְדִין לְקוֹרְדִּימָא, וְאֵין עוֹשִׂין אַפִּקְטְוִיזִין, וְאֵין מְעַצְּבִין אֶת הַקָּטָן, וְאֵין מַחֲזִירִין אֶת הַשֶּׁבֶר. מִי שֶׁנִּפְרְקָה יָדוֹ וְרַגְלוֹ, לֹא יִטְרְפֵם בְּצוֹנֵן, אֲבָל רוֹחֵץ הוּא כְדַרְכּוֹ, וְאִם נִתְרַפָּא נִתְרַפָּא

Michna 6: On s’enduit le corps et on le masse, mais on ne fait pas d’exercice physique et l’on ne se gratte pas. On ne descend pas dans un fleuve boueux et l’on ne prépare pas de vomitif.
On ne redresse pas un petit enfant et l’on ne corrige pas une fracture. Si quelqu’un s’est déboîté la main ou le pied, il ne les plongera pas dans l’eau froide. En revanche, il peut les laver comme il le fait d’habitude et s’ils guérissent, c’est tant mieux.

ח

מסכת שבת, פרק כ »ב

א  חבית שנשברה – מצילין ממנה, מזון שלוש סעודות, ואומר לאחרים, בואו והצילו לכם:  ובלבד שלא יספוג.  אין סוחטין את הפירות להוציא מהן משקין; יצאו מעצמן, אסורין.  רבי יהודה אומר, אם לאוכלין, היוצא מהן מותר; ואם למשקין, היוצא מהן אסור.  חלות דבש שריסקן מערב שבת–יצאו מעצמן, אסורין; רבי אלעזר מתיר.

ב  כל שבא בחמין מלפני השבת, שורין אותו בחמין בשבת; וכל שלא בא בחמיןמלפני השבת, מדיחין אותו בחמין בשבת – חוץ מן המליח הישן וקולייס האספנן, שהדחתן היא גמר מלאכתן.

ג  שובר אדם את החבית לאכול ממנה גרוגרות, ובלבד שלא יתכוון לעשותה כלי.  אין נוקבין מגופה של חבית, דברי רבי יהודה; ורבי יוסי מתיר.  לא ייקבנה מצידה.  אם הייתה נקובה–לא ייתן עליה שעווה, מפני שהוא ממרח; אמר רבי יהודה, מעשהבא לפני רבן יוחנן בן זכאי בערב; ואמר, חושש אני לו מחטאת.

ד  נותנין תבשיל לתוך הבור בשביל שיהא שמור, ואת המים היפים ברעים בשביל שייצנו, ואת הצונן בחמה בשביל שייחמו.  מי שנשרו כליו בדרך, מהלך בהן ואינוחושש; הגיע לחצר החיצונה–שוטחן בחמה, אבל לא כנגד העם.

ה  הרוחץ במערה או במי טבריה–מסתפג אפילו בעשר לונטייות, ולא יביאם בידו; אבל עשרה בני אדם מסתפגין בלונטית אחת, פניהם ידיהם ורגליהם, ומביאין אותהבידם.

ו  סכין ומתמשין, אבל לא מתעמלין ולא מתגרדין.  אין יורדין בפילומה, ואין עושין אפיקטפיזון בשבת.  אין מעצבין את הקטן, ואין מחזירין את השבר.  מי שנפרקה ידו או רגלו, לא יטרפם בצונן; אבל רוחץ כדרכו, ואם נתרפא, נתרפא.

י

מסכת ביכורים פרק א’

א יש מביאין ביכורים וקורין, מביאין ולא קורין; ויש שאינן מביאין. ואלו שאינן מביאין–הנוטע לתוך שלו והבריך לתוך של יחיד או לתוך של רבים, המבריך מתוך של יחיד לתוך שלו או מתוך של רבים לתוך שלו. הנוטע לתוך שלו והמבריך לתוך שלו, ודרך היחיד ודרך הרבים באמצע–הרי זה אינו מביא; רבי יהודה אומר, כזה מביא.

ב ומאיזה טעם אינו מביא–משום שנאמר « ראשית, ביכורי אדמתך, תביא » (שמות כג,יט; שמות לד,כו), עד שיהו כל הגידולין מאדמתך. האריסין והחכורות והסיקריקון והגזלן–אין מביאין מאותו הטעם, משום שנאמר « ראשית, ביכורי אדמתך ».

ג אין מביאין ביכורים חוץ משבעת המינים; לא מתמרים שבהרים, ולא מפירות שבעמקים, ולא מזיתי שמן שאינן מן המובחר. אין מביאין הביכורים קודם לעצרת. אנשי הר צבועים הביאו ביכוריהם קודם לעצרת, ולא קיבלו מהם, מפני הכתוב שבתורה « וחג הקציר ביכורי מעשיך, אשר תזרע בשדה » (שמות כג,טז).

ד אלו מביאין ולא קורין–הגר מביא ואינו קורא, שאינו יכול לומר « אשר נשבע ה’ לאבותינו לתת לנו » (דברים כו,ג); אם הייתה אימו מישראל, מביא וקורא. וכשהוא מתפלל בינו לבין עצמו, אומר אלוהי אבות ישראל; וכשהוא מתפלל בבית הכנסת, אומר אלוהי אבותיכם. ואם הייתה אימו מישראל, אומר אלוהי אבותינו.

ה רבי אליעזר בן יעקוב אומר, האישה בת גרים לא תינשא לכהונה, עד שתהא אימה מישראל; אחד גרים ואחד עבדים משוחררים, אפילו עד עשרה דורות, עד שתהא אימן מישראל. האפיטרופין העבד והשליח והאישה וטומטום ואנדרוגינוס–מביאין ולא קורין, שאינן יכולין לומר « אשר נתת לי, ה’ » (דברים כו,י).

ו הקונה שני אילנות בתוך של חברו, מביא ואינו קורא; רבי מאיר אומר, מביא וקורא. יבש המעיין, ונקצץ האילן–מביא ואינו קורא; רבי יהודה אומר, מביא וקורא. מהחג ועד חנוכה, מביא ואינו קורא; רבי יהודה בן בתירה אומר, מביא וקורא.

ז הפריש את ביכוריו, ומכר את שדהו–מביא ואינו קורא. השני–מאותו המין, אינו מביא; ממין אחר, מביא וקורא. רבי יהודה אומר, אף מאותו המין מביא וקורא.

ח המפריש את ביכוריו, נמקו, נבזזו, נגנבו, אבדו, או שנטמאו–מביא אחרים תחתיהן, ואינו קורא; והשניים, אין חייבין עליהן חומש. נטמאו בעזרה–נופץ, ואינו קורא.

ט ומניין שהוא חייב באחריותן, עד שיביאם להר הבית: שנאמר « ראשית, ביכורי אדמתך, תביא, בית ה’ אלוהיך » (שמות כג,יט; שמות לד,כו)–מלמד שהוא חייב באחריותן, עד שיביאם להר הבית. הרי שהביא ממין אחד וקרא, חזר והביא ממין אחר–הרי זה אינו קורא.

י ואלו מביאין וקורין, מהעצרת ועד החג–משבעת המינין, מפירות שבהרים, מתמרים שבעמקים, ומזיתי שמן שהן מעבר לירדן; רבי יוסי הגלילי אומר, אין מביאין ביכורים מעבר לירדן, שאינה ארץ זבת חלב ודבש.

יא הקונה שלושה אילנות בתוך של חברו, מביא וקורא; רבי מאיר אומר, אפילו שניים. קנה אילן וקרקעו, מביא וקורא; רבי יהודה אומר, אף בעלי האריסות והחכורות מביאין וקורין.

ה

מסכת ברכות פרק ב’

א היה קורא בתורה, והגיע זמן המקרא–אם כיוון את ליבו, יצא; ואם לאו, לא יצא. ובפרקים שואל מפני הכבוד ומשיב, ובאמצע שואל מפני היראה ומשיב, דברי רבי מאיר. רבי יהודה אומר, באמצע שואל מפני היראה ומשיב מפני הכבוד, ובפרקים שואל מפני הכבוד ומשיב שלום לכל אדם.

ב אלו הן בין הפרקים–בין ברכה ראשונה לשנייה, ובין שנייה ל »שמע » (דברים ו,ד), ובין « שמע » ל »והיה, אם שמוע » (דברים יא,יג), בין « והיה, אם שמוע » ל »ויאמר » (במדבר טו,לז), בין « ויאמר » לאמת ויציב. רבי יהודה אומר, בין « ויאמר » לאמת ויציב לא יפסיק. אמר רבי יהושוע בן קורחה, למה קדמה « שמע » ל »והיה, אם שמוע »–אלא כדי שיקבל עליו עול מלכות שמיים תחילה, ואחר כך יקבל עליו עול מצוות; « והיה, אם שמוע » ל »ויאמר »–ש »והיה, אם שמוע » נוהג ביום ובלילה, ו »ויאמר » אינו נוהג אלא ביום.

ג הקורא את שמע ולא השמיע לאוזנו, יצא; רבי יוסי אומר, לא יצא. קרא ולא דיקדק באותותיה, רבי יוסי אומר, יצא; רבי יהודה אומר, לא יצא. הקורא למפרע, לא יצא. קרא וטעה, יחזור למקום שטעה.

ד האומנין קורין בראש האילן או בראש הנדבך, מה שאינן רשאין לעשות כן בתפילה.

ה חתן פטור מקרית שמע בלילה הראשון ועד מוצאי שבת, אם לא עשה מעשה. מעשה ברבן גמליאל שנשא, וקרא בלילה הראשון שנשא. אמרו לו, לא לימדתנו שחתן פטור מקרית שמע בלילה הראשון. אמר להם, איני שומע לכם לבטל ממני מלכות שמיים אפילו שעה אחת.

ו רחץ בלילה הראשון שמתה אשתו. אמרו לו, לא לימדתנו שאביל אסור מלרחוץ. אמר להם, איני כשאר כל אדם, אסטניס אני.

ז וכשמת טבי עבדו, קיבל עליו תנחומין. אמרו לו, לא לימדתנו שאין מקבלין תנחומין על העבדים. אמר להם, אין טבי עבדי כשאר כל העבדים, כשר היה.

ח חתן–אם רצה לקרות את שמע בלילה הראשון, קורא. רבן שמעון בן גמליאל אומר, לא כל הרוצה ליטול את השם ייטול.

מ

מסכת שבת פרק י »ח

א  מפנין אפילו ארבע חמש קופות של תבן ושל תבואה, מפני האורחין ומפני ביטול בית המדרש; אבל לא את האוצר.  מפנין תרומה טהורה, ודמאי, ומעשר ראשון שניטלה תרומתו, ומעשר שני והקדש שנפדו; והתורמוס היבש, מפני שהוא מאכל לעיזים.  אבל לא את הטבל, ולא את מעשר ראשון שלא ניטלה תרומתו, ולא את מעשר שני והקדש שלא נפדו, ולא את הלוף, ולא את החרדל; רבן שמעון בן גמליאל מתיר בלוף, מפני שהוא מאכל לעורבים.

ב  חבילי קש וחבילי עצים וחבילי זרדים–אם התקינן למאכל בהמה, מטלטלין אותן; ואם לאו, אין מטלטלין אותן.  כופין סל לפני האפרוחים, שיעלו או שיירדו.  תרנגולת שברחה, דוחין אותה עד שתיכנס.  ומדדין עגלים וסייחים.  והאישה מדדה את בנה.  אמר רבי יהודה, אימתיי–בזמן שהוא נוטל אחת ומניח אחת; אבל אם היה גורר,אסור.

ג  אין מיילדין את הבהמה ביום טוב, אבל מסעדין.  ומיילדין את האישה בשבת, וקורין לה חכמה ממקום למקום, ומחללין עליה את השבת, וקושרין את הטבור; רבי יוסי אומר, אף חותכין.  וכל צורכי מילה עושין בשבת.

ו

מסכת מועד קטן פרק ג’

א  ואלו מגלחין במועד–הבא ממדינת הים, ומבית השביה, והיוצא מבית האסורים, והמנודה שהתירו לו חכמים, וכל מי שנשאל לחכם והותר, והנזיר, והמצורע, והיוצא מטומאתו לטהרתו.

ב  ואלו מכבסים במועד:  הבא ממדינת הים, ומבית השביה, והיוצא מבית האסורים, והמנודה שהתירו לו חכמים, וכל מי שנשאל לחכם והותר, מטפחות הידיים ומטפחותהספרים ומטפחות הספג, הזבים והזבות הנידות והיולדות, וכל העולים מטומאה לטהרה–הרי אלו מותרין.  ושאר כל אדם אסורין.

ג  ואלו כותבין במועד–קידושי נשים, וגיטין, ושוברים, דייתיקי, מתנה, ופרוזבולין, איגרות שום, איגרות מזון, שטרי חליצה ומיאונין ושטרי בירורין וגזירות בית דין, ואיגרות של רשות.

ד  אין כותבין שטרי חוב במועד; אם אינו מאמינו, או שאין לו מה יאכל–הרי זה יכתוב.  אין כותבין ספרים תפילין ומזוזות, במועד; ואין מגיהין אות אחת, אפילו בספר העזרה.  רבי יהודה אומר, כותב אדם תפילין ומזוזות לעצמו, וטווה על ירכו תכלת לציציתו.

ה  הקובר את מתו שלושה ימים קודם לרגל, בטלה ממנו גזירת שבעה; שמונה ימים, בטלה ממנו גזירת שלושים:  מפני שאמרו, השבת עולה, ואינה מפסקת; והרגליםמפסיקין, ואינן עולין.

ו  רבי אליעזר אומר, משחרב בית המקדש, עצרת כשבת; רבן גמליאל אומר, ראשהשנה ויום הכיפורים כרגלים.  וחכמים אומרין, לא כדברי זה ולא כדברי זה; אלא עצרת כרגלים, ראש השנה ויום הכיפורים כשבת.

ז  אין קורעין, ולא חולצין, ולא מברין, אלא קרוביו של מת.  ואין מברין אלא על המיטות הזקופות.  אין מוליכין לבית האבל לא בטבלה, ולא באסקוטלה, ולא בקנון,אלא בסלים.  ואין אומרין ברכת אבילים במועד; אבל עומדים בשורה, ומנחמים ופוטרין את הרבים.

ח  אין מניחין את המיטה ברחוב, שלא להרגיל את הספד; ולא של נשים לעולם, מפני הכבוד.  הנשים במועד מענות, אבל לא מטפחות; רבי ישמעאל אומר, הסמוכות למיטה, מטפחות.  [ט] בראשי חודשים, ובחנוכה ובפורים, מענות ומטפחות, בזה ובזה אבל לא מקוננות.  נקבר המת, לא מענות ולא מטפחות.  איזה הוא עינוי, שכולן עונות כאחת; קינה–שאחת אומרת וכולן עונות אחריה, שנאמר « ולמדנה בנותיכם נהי, ואישה רעותה קינה » (ירמיהו ט,יט).  אבל לעתיד לבוא, מה הוא אומר, « בילע המוות לנצח, ומחה ה’ אלוהים דמעה מעל כל פנים; וחרפת עמו, יסיר מעל כל הארץ–כי ה’, דיבר » (ישעיהו כה,ח).

ש

מסכת יומא פרק א’

א שבעת ימים קודם ליום הכיפורים, מפרישין כוהן גדול מביתו ללשכת פלהדרין; ומתקינין לו כוהן אחר תחתיו, שמא יארע בו פסול. רבי יהודה אומר, אף אישה אחרת מתקינין לו, שמא תמות אשתו: שנאמר « וכיפר בעדו, ובעד ביתו » (ויקרא טז,ו; ויקרא טז,יא; ויקרא טז,יז)–« ביתו », היא אשתו. אמרו חכמים, אם כן, אין לדבר סוף.

ב כל שבעת הימים זורק את הדם, ומקטיר את הקטורת, ומטיב את הנרות, ומקריב את הראש ואת הרגל. ושאר כל הימים–אם רצה להקריב, מקריב: שכוהן גדול מקריב חלק בראש, ונוטל חלק בראש.

ג מסרו לו זקנים מזקני בית דין, וקורים לפניו בסדר היום; ואומרין לו, אישי כוהן גדול, קרא אתה בפיך, שמא שכחת או שמא לא למדת. ערב יום הכיפורים בשחרית, מעמידין אותו בשערי המזרח ומעבירין לפניו פרים ואילים וכבשים, כדי שיהא מכיר ורגיל בעבודה.

ד כל שבעת הימים, לא היו מונעין ממנו מאכל ומשתה; ערב יום הכיפורים עם חשיכה, לא היו מניחין אותו לאכול הרבה, שהמאכל מביא את השינה.

ה מסרוהו זקני בית דין לזקני כהונה, והוליכוהו לעליית בית אבטינס; השביעוהו, ונפטרו והלכו להם. ואומרין לו, אישי כוהן גדול, אנו שלוחי בית דין, ואתה שלוחנו ושלוח בית דין; משביעין אנו עליך במי ששיכן את שמו בבית הזה, שלא תשנה דבר מכל מה שאמרנו לך. הוא פורש ובוכה, והן פורשין ובוכין.

ו אם חכם הוא, דורש; ואם תלמיד חכמים הוא, דורשין לפניו. אם רגיל לקרות, קורא; ואם לאו, קוראים לפניו. ובמה קוראים לפניו–באיוב, ובעזרא, ובדברי הימים; זכריה בן קבוטר אומר, פעמים הרבה קראתי לפניו בדנייאל.

ז ביקש להתנמנם, פרחי לוייה מכין לפניו באצבע צרדה, ואומרין לו, אישי כוהן גדול, עמוד והפג אחת על הרצפה; ומעסקין אותו, עד שמגיע זמן השחיטה.

ח בכל יום תורמין את המזבח מקריאת הגבר או סמוך לו, בין מלפניו בין מאחריו; ביום הכיפורים מחצות, וברגלים מאשמורת הראשונה. לא הייתה קריאת הגבר מגעת, עד שהייתה העזרה מלאה מישראל.

ק

מסכת זבחים פרק ו’

א  קודשי קודשים ששחטן בראש המזבח, רבי יוסי אומר, כאילו נשחטו בצפון.  רבי יוסי ברבי יהודה אומר, מחצי המזבח ולצפון, כצפון; מחצי המזבח ולדרום, כדרום. המנחות, היו נקמצות בכל מקום בעזרה; ונאכלות לפנים מן הקלעים לזכרי כהונה בכל מאכל, ליום ולילה עד חצות.

ב  חטאת העוף הייתה נעשית על קרן דרומית מערבית; ובכל מקום הייתה כשרה,אלא שזה היה מקומה.  ושלושה דברים הייתה אותה הקרן משמשת מלמטן, ושלושה מלמעלן:  מלמטן–חטאת העוף, וההגשות, ושיירי הדם; מלמעלן–ניסוך המים, והיין, ועולת העוף כשהיא רבה במזרח.

ג  כל העולין למזבח–עולין דרך ימין, ומקיפין, ויורדין דרך שמאל:  חוץ מן העולה לשלושה דברים אלו–שהיו עולין, וחוזרין לעקב.

ד  חטאת העוף, כיצד הייתה נעשית:  היה מולק את ראשה ממול עורפה, ואינומבדיל.  ומזה מדמה, על קיר המזבח; ושיירי הדם, היה מתמצה על היסוד.  אין למזבח אלא דמה, וכולה לכוהנים.

ה  עולת העוף, כיצד הייתה נעשית:  עלה לכב, ש, ופנה לסובב, בא לו לקרן דרומית מזרחית; היה מולק את ראשה ממול עורפה, ומבדיל.  ומיצה את דמה, על קירהמזבח.  ונטל את הראש, והקיף בית מליקתו למזבח; ספגו במלח, וזורקו על גבי האישים.  בא לו לגוף; והסיר את המוראה, ואת הנוצה, ואת בני מעיים היוצאין עימה, והשליכן לבית הדשן.  שיסע, ולא יבדיל; ואם הבדיל, כשר.  ספגו במלח, וזרקו על גבי האישים.

ו  לא הסיר לא את המוראה, ולא את הנוצה, ולא את בני מעיים היוצאין עימה, ולא ספגם במלח–כל ששינה בה מאחר שמיצה את דמה, כשרה.  הבדיל בחטאת, ולאהבדיל בעולה–פסל.  מיצה דם הראש, ולא מיצה דם הגוף–פסולה; דם הגוף, ולא מיצה דם הראש–כשרה.

ז  חטאת העוף שמלקה שלא לשמה, מיצה דמה שלא לשמה, או לשמה ושלא לשמה,או שלא לשמה ולשמה–פסולה; עולת העוף–כשרה, ובלבד שלא עלת לבעלים.  אחד חטאת העוף ואחד עולת העוף שמלקן ושמיצה את דמן לאכול דבר שדרכו לאכול, ולהקטיר דבר שדרכו להקטיר–חוץ למקומו–פסול, ואין בו כרת.  חוץ לזמנו–פיגול, וחייבין עליו כרת:  ובלבד, שיקרב המתיר כמצותו.  כיצד קרב המתיר כמצותו:  מלק בשתיקה ומיצה את הדם חוץ לזמנו, או שמלק חוץ לזמנו ומיצה את הדם בשתיקה, או שמלק ומיצה את הדם חוץ לזמנו–זה הוא שקרב המתיר כמצותו.  כיצד לא קרב המתיר כמצותו:  מלק חוץ למקומו ומיצה את הדם חוץ לזמנו, או שמלק חוץ לזמנו ומיצה הדם חוץ למקומו, או שמלק ומיצה הדם חוץ למקומו, חטאת העוף שמלקה שלא לשמה מיצה דמה חוץ לזמנה, או שמלקה חוץ לזמנה מיצה דמה שלא לשמה, או שמלק ומיצה דמה שלא לשמה–זה הוא שלא קרב המתיר כמצותו.  לאכול כזית בחוץכזית למחר, כזית למחר וכזית בחוץ, כחצי זית בחוץ וכחצי זית למחר, כחצי זית למחר וכחצי זית בחוץ–פסול, ואין בו כרת.  אמר רבי יהודה, זה הכלל:  אם מחשבת הזמן קדמה למחשבת המקום–פיגול, וחייבין עליו כרת; ואם מחשבת המקום קדמה למחשבת הזמן–פסול, ואין בו כרת.  וחכמים אומרין, זה וזה פסול, ואין בו כרת.  לאכול כחצי זית ולהקטיר כחצי זית–כשר, שאין אכילה והקטרה מצטרפין.

א

מסכת שבת פרק ט »ו

א  אלו קשרים שחייבין עליהן–קשר הגמלים, וקשר הספנים; כשם שהוא חייב על קושרן, כך הוא חייב על היתרן.  רבי מאיר אומר, כל קשר שהוא יכול להתירו באחתמידיו, אין חייבין עליו.

ב  יש לך קשרין שאין חייבין עליהן כקשר הגמלים וכקשר הספנים:  קושרת אישה מפתחי החלוק, וחוטי סבכה, של פסיקיה, ורצועות מנעל וסנדל, ונאדות יין ושמן,וקדירה של בשר.  רבי אליעזר בן יעקוב אומר, קושרין לפני בהמה, בשביל שלא תצא.  קושרין דלי בפסיקיה, אבל לא בחבל; רבי יהודה מתיר.  כלל אמר רבי יהודה, כל קשר שאינו של קיימה–אין חייבין עליו.

ג  מקפלין את הכלים ארבעה וחמישה פעמים, ומציעין את המיטות מלילי שבתלשבת; אבל לא משבת למוצאי שבת.  רבי ישמעאל אומר, מציעין את המיטות מיום הכיפורים לשבת, וחלבי שבת קרבין ביום הכיפורים; רבי עקיבה אומר, לא של שבת קרבין ביום הכיפורים, ולא של יום הכיפורים קרבין בשבת.

 

 

Le Rav Levi Azimov raconte trois anecdotes édifiantes au sujet de la Rebbetsen ‘Haya Mouchka

Le Rav Levi Azimov raconte trois anecdotes édifiantes au sujet de la Rebbetsen ‘Haya Mouchka

En l’honneur du mois de Tichri, les Hassidim affrétèrent un avion-charter d’Erets Israël pour New-York, comme ils l’avaient déjà fait dans le passé.

Après Tichri, l’avion s’envola pour Erets Israël ; après un petit moment, le Rabbi demanda à son secrétariat : qu’est-il arrivé avec le charter ? Ils ne comprenaient pas ce que le Rabbi demandait, l’avion venait de décoller.

Quelques instants plus tard, la nouvelle est arrivée au 770 que l’un des moteurs de l’avion avait pris feu en plein vol, et qu’ils avaient pu retourner à New-York, sains et saufs.

Le Rabbi leur donna des instructions, en autres de réciter un maamar de Hassidout à l’aéroport, ils purent ainsi repartir le lendemain matin.

Ceci est la fameuse histoire du charter. Mais moins connue est la partie qui se cache derrière cette histoire. Mes parents Rav Chmouel et Bassie Azimov faisaient partie de ce voyage auquel ils s’étaient joints lors de son escale parisienne.

Le jour du départ, avant même que soit programmé le vol de retour, mes parents rendirent visite à la Rebbetsen, avec mon frère Mendel, bébé à cette époque, et mon grand-père Rav Bentzion Chemtov.

Durant leur conversation, la Rebbetzen demanda : ‘’Quand partez-vous ? ‘’ Mon père répondit :’’ce soir.’’

La Rebbetzen demanda encore, à deux reprises :’’Quand partez-vous ? Mon père répondit : ‘’ce soir’’.

Quand ils se séparèrent, mon père discuta avec son beau-père, Rav Bentsion Chemtov, et tous deux comprirent qu’il y aurait un problème avec ce voyage, peut-être devraient-ils y renoncer ?

Finalement, ils décidèrent de prendre ce vol et c’est là que le moteur prit feu.

Il y a plusieurs messages que l’on peut tirer de cette histoire. Le premier est évidemment le roua’h hakodech de la Rebbetzen. Mais à un niveau différent, peut-être plus profond, c’est une leçon sur la manière d’être un Hassid. Beaucoup, présents devant une telle situation auraient haussé les épaules, s’étonnant qu’elle ait posé la question trois fois. Qui aurait pu dire que cela avait une signification ?

Mais des Hassidim plus engagés savaient qu’il y avait là un sens plus profond.

Après le déroulement de l’histoire, le roua’h hakodech se révéla de manière flagrante, peu de temps après.

C’est ainsi que mon père nous racontait cette histoire, pour illustrer la façon dont on doit prendre en compte un mot de la Rebbetzen.

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Lors d’une visite chez la Rebbetzen, mes parents remarquèrent un certain cadeau que quelqu’un avait offert.

A leur départ, la Rebbetzen les accompagna à la porte et ma mère la complimenta sur le cadeau.

La Rebbetzen répondit :
’’ ce ne sont pas des cadeaux comme ceux-là dont nous avons besoin.’’

Ma mère saisit l’opportunité de demander :
’’ Quels sont les cadeaux qui pourraient satisfaire le Rabbi et la Rebbetzen ?’’

La Rebbetzen répondit : ‘
’un cours pour les jeunes, c’est cela qui nous procure de la satisfaction.’’

****

Roch Hodech Kislev 5748 (1987) fut un moment de grande joie pour Loubavitch. Le procès des livres était définitivement terminé et ma famille,  comme de nombreux Hassidim du monde entier, vinrent célébrer ce moment, avec le Rabbi.

Quand les livres arrivèrent, lundi 2 Kislev, ma mère se rendit immédiatement à une cabine téléphonique pour appeler la Rebbetzen et lui souhaiter Mazal Tov.

La Rebbetzen lui demanda immédiatement :
’’Qui est ici (de la famille) ? »

Ma mère lui dit que toute la famille était là et que même ma soeur Esthy avait voyagé de Paris.

La Rebbetzen lui dit :
’’ Vous pouvez venir demain.’’

C’était là quelque chose de très spécial, car nous n’avions jamais rendu visite, la famille au complet.

Du fait que la Rebbetzen avait demandé que chacun vienne, ma mère comprit que cela concernait la famille élargie, et Rav Nachman Sudak et son épouse (la soeur et le beau-frère de ma mère) vinrent donc avec nous.

Durant cette visite, mon père et Rav Sudak firent un compte-rendu de leurs activités, et la Rebbetzen parla peu à l’exception de quelques mots de temps en temps.

A un moment, elle dit :
‘’Vous devez savoir que nous sommes contents de vous.’’

Plus d’une fois lors de la conversation, la Rebbetzen remarqua :
’’Maintenant une nouvelle ère commence.’’

Quelques mois plus tard, ce fut ‘Haf Beth Chevat…

 

Article publié sans une brochure en souvenir du mariage de Tsion Tsemach & ‘Haya Mouchka Mimoun

Haf Beth Chevat : Quelques anecdotes édifiantes au sujet de la Rebbetzin ‘Haya Mouchka

Haf Beth Chevat : Quelques anecdotes édifiantes au sujet de la Rebbetzin ‘Haya Mouchka

L’épouse du Rabbi, la Rabbanit ‘Haya Mouchka eut plusieurs fois l’occasion d’accomplir de dangereuses missions.

 

♦ Avant le mariage de la Rabbanit, son père, le précédent Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Its’hak l’envoya plusieurs fois à la Yechiva Novardok qui fonctionnait clandestinement à Rostov, afin d’y apporter de la nourriture cachère et des bougies. C’était juste après la Révolution d’Octobre, quand de féroces combats déchiraient la population civile et que les gens étaient abattus dans les rues sans autre forme de procès. Confiante dans la nécessité absolue de ravitailler des jeunes gens désireux d’étudier la Torah, la Rabbanit ‘Haya Mouchka n’hésita pas à mettre sa vie en danger et à acheminer la nourriture et les bougies à cette Yechiva.

♦ Après son mariage (en 1927), la Rabbanit s’installa avec le Rabbi à Berlin où il poursuivait ses études. Avec l’ascension des Nazis au pouvoir, tous deux s’enfuirent en France. Le frère du Rabbi, Rabbi Israël Arié Leib vivait également en France à cette époque et désirait s’établir en Terre Sainte, en Erets Israël qu’on appelait la Palestine. Pour cela, il avait besoin de certificats que seul le gouvernement allemand pouvait lui procurer. Le Rabbi voulut d’abord se rendre en Allemagne pour son frère mais sachant que les Nazis emprisonnaient à tour de bras tous les rabbins et notables juifs importants, la Rabbanit proposa de s’y rendre elle-même. Cela signifiait se jeter dans la gueule du lion mais elle n’hésita pas.
Quand elle arriva en Allemagne, les officiers nazis lui demandèrent de décliner son identité et celle des membres de sa famille. Quelle ne fut pas leur surprise quand elle déclara s’appeler Schneersohn, que son père aussi s’appelait Schneersohn (de fait, elle était une lointaine cousine de son mari) et même le nom de jeune fille de sa mère était Schneersohn. On la soupçonna de mentir (or, bien plus tard, la Rabbanit remarquait qu’elle n’avait jamais dit quelque chose qui ne soit pas vrai…). Les officiers nazis enregistrèrent sa déposition dans leurs dossiers tout en promettant que, dès qu’ils prendraient Paris (!), ils se mettraient à sa recherche ! Mais malgré leurs soupçons, elle réussit à obtenir les précieux documents…

♦ Après la Histalkout (le décès) de son père, Rabbi Yossef Its’hak, ce fut elle qui persuada le Rabbi son époux de prendre sa succession, sachant fort bien ce que cela impliquerait pour elle. Elle restait éveillée jusqu’à ce que le Rabbi rentre, le soir, tard, à la maison. Et elle se levait tôt le matin pour prendre avec lui une tasse de café. Par tous les moyens possibles, elle assurait au Rabbi un maximum de sérénité, en évitant de lui causer souci et peine.

♦ Quand elle faisait des courses, elle demandait à son secrétaire de l’emmener dans un centre commercial où personne ne la reconnaîtrait. C’est ainsi qu’un jour, elle se rendit dans un certain magasin pour acheter un manteau : or la Rabbanit de Satmar s’y trouvait justement elle aussi ! La dame accompagnant la Rabbanit de Satmar reconnut la Rabbanit ‘Haya Mouchka et en informa à voix basse la Rabbanit de Satmar. Aussitôt, celle-ci se précipita à la rencontre de l’illustre cliente, lui serra chaleureusement la main et entama avec elle une conversation animée et cordiale.
En quittant le magasin, la Rabbanit ‘Haya Mouchka déclara qu’elle ne se rendrait plus dans ce magasin où elle était maintenant reconnue.
Une autre fois elle affirma : « Je ne peux pas faire mes courses dans des magasins où on me connaît parce que les gens se croiraient obligés de m’accorder une attention particulière, ce que je ne souhaite absolument pas ! »
De fait, nombreux étaient les gens qui habitaient durant des années dans son quartier et qui ne l’avaient jamais vue. Nombreux sont ceux qui n’ont connu son visage qu’après son départ de ce monde, quand on publia de rares photos d’elle.
Telle était la Rabbanit ‘Haya Mouchka : l’exemple même de la dignité, de l’humilité et de la royauté véritable.
Malka Schwartz – N’shei Chabad Newsletter

♦ Un jour, la Rabbanit tomba et se brisa une côte. Elle aurait dû être opérée immédiatement mais cela n’était pas possible, à cause d’un autre problème de santé. Hospitalisée, elle souffrait énormément et était très pâle. J’organisais pour elle un roulement de trois infirmières privées qui s’occupaient uniquement d’elle, huit heures par jour.
A la fin du jeûne du 9 Av, nous avons appris que le Rabbi allait se rendre à l’hôpital. Je dois préciser que, durant toutes ses hospitalisations, je n’ai jamais pénétré dans la chambre de la Rabbanit afin de respecter son besoin d’intimité. Je restais dans le couloir afin d’être disponible pour les infirmières.
Après avoir entendu que le Rabbi allait arriver, je vis l’infirmière sortir bouleversée de la chambre. Des larmes coulaient même sur ses joues tandis qu’elle m’expliqua : « Jamais je n’ai vu une femme aussi extraordinaire. Quand elle a appris que son mari – le Rabbi – allait arriver, elle m’a demandé de l’aider à mieux s’habiller et à se maquiller afin de masquer sa pâleur et ne pas lui causer de peine ! »
Même après qu’elle eut quitté l’hôpital, nous avons continué avec des infirmières privées qui se succédaient à son chevet toutes les huit heures. Ceci dura environ un an. C’est moi qui m’occupais de tout et je demandai à la présidente de cet organisme privé de ne proposer que des infirmières particulièrement courtoises et discrètes.

♦ Je dois préciser que jamais la Rabbanit ne m’avait demandé quoi que ce soit. Elle ne supportait pas d’importuner les autres bien que tous se seraient fait une joie et un honneur de lui rendre service.
Cependant un dimanche particulièrement froid et pluvieux, elle me téléphona : « J’ai un très grand service à te demander, s’excusa-t-elle, mais il m’est pénible de te déranger ! »
– Rabbanit, m’empressais-je d’affirmer, c’est avec joie que je ferai pour vous tout mon possible ! C’est un grand privilège !
– Voilà ! Je me sens beaucoup mieux mais il est déjà huit heures vingt et l’infirmière suivante n’est pas encore arrivée. En ce qui me concerne, cela ne me dérange pas mais mon mari refuse de quitter la maison pour se rendre au « 770 » tant que je serai seule. Pourrais-tu téléphoner au bureau des infirmières pour t’informer de la raison de ce retard ?
Tout en l’écoutant, je me disais qu’à l’étage, le Rabbi disposait d’une pièce dans laquelle il pouvait travailler, avec des dizaines, des centaines de livres à sa disposition. Mais la Rabbanit savait que du travail important l’attendait au « 770 », qu’il avait peut-être besoin de ses secrétaires, que des gens cherchaient probablement à lui parler… Pour éviter de faire perdre son temps au Rabbi, la Rabbanit avait fait une entorse à ses principes et, contrairement à son habitude, elle m’avait demandé un service…
Bien sûr, j’ai immédiatement téléphoné à la compagnie afin d’obtenir qu’une infirmière se déplace dans les plus brefs délais : nous lui avons payé le taxi et l’avons généreusement rémunérée afin de rassurer le Rabbi et la Rabbanit.

♦ Un jour, un docteur arriva de Floride et sonna à la porte de la maison du Rabbi. Il apportait une corbeille de fruits et de fleurs pour le Rabbi, de son propre jardin.
Une femme lui ouvrit. Il lui tendit le panier en précisant : « C’est un panier pour le Rabbi en l’honneur de la fête de Pourim de la part de Docteur P. ». La femme le remercia et, pensant que c’était un livreur, partit chercher un billet de cinq dollars pour lui donner un pourboire.
– Non ! Je suis moi-même le Docteur P. et je n’ai pas besoin de pourboire ! s’écria-t-il.
– Alors venez ! Entrez !
– Qui êtes-vous ? demanda-t-il, curieux.
– Je suis la personne qui s’occupe de la maison, répondit-elle ; par ailleurs, je suis aussi la cousine du Rabbi.
Le Docteur se dit que c’était vraiment une très bonne idée que le Rabbi et la Rabbanit disposent d’une aide aussi agréable et d’aussi noble caractère, sans doute une femme d’origine russe à en juger par son accent…
Il lui raconta qu’il possédait un très beau jardin derrière sa maison et qu’il aurait tant voulu inviter le Rabbi et la Rabbanit chez lui. Ils jouiraient de tout le confort et d’une discrétion parfaite puisque le jardin était entouré d’arbres très serrés. De plus, en Floride, il fait chaud même en hiver etc… « Pourriez-vous transmettre cette proposition au Rabbi et à la Rabbanit ? »
Elle répondit avec beaucoup de naturel : « Je transmettrai vos paroles exactement. »
Ce docteur sortit, émerveillé : « Quelle femme remarquable. Quelle bénédiction que le Rabbi et la Rabbanit aient à leur disposition une femme aussi distinguée ! »
Il en parla à ses amis, les ‘Hassidim. Ceux-ci, suspicieux, l’écoutèrent et lui demandèrent plus de détails. Finalement l’un d’eux remarqua : « Ce devait être la Rabbanit elle-même ! »
– Pourquoi ne me l’a-t-elle pas dit ? protesta le Docteur P. Puis il réfléchit : « Elle m’a dit qu’elle s’occupe de la maison, et c’est vrai ; qu’elle était la cousine du Rabbi et c’est vrai aussi… »

♦ Nous ne connaissons pas grand-chose de la Rabbanit ‘Haya Mouchka Schneerson, la défunte épouse du Rabbi de Loubavitch. Elle tenait par dessus tout à ne pas se faire remarquer : quand elle allait au 770 Eastern Parkway, le quartier général du mouvement Loubavitch à Brooklyn, pour rendre visite à sa mère et sa sœur, elle veillait à ce que ce soit un moment où nul ne se trouvait alentour.
Pour elle, la discrétion était innée. C’est le propre de la fondation d’une maison : peu importe les apparences (d’ailleurs on ne les voit pas) mais sur elle repose tout le bâtiment…

♦ En 1950, à la mort du précédent Rabbi de Loubavitch, les ‘Hassidim supplièrent Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, son gendre, de lui succéder. Mais il refusa de prendre la tête du mouvement. Ce fut son épouse, la Rabbanit ‘Haya Mouchka qui le persuada d’accepter cette charge écrasante quand elle déclara : « Je ne peux permettre au sacrifice personnel de mon père durant trente ans de s’arrêter ainsi ! » Elle savait mieux que quiconque ce que cela signifiait pour sa vie privée mais elle fit don de son mari et de sa propre vie au peuple juif.

♦ La Rabbanit se rendait souvent dans une bibliothèque à Manhattan. Un jour, alors qu’elle présentait sa carte de membre, l’employée remarqua son nom et lui demanda :
– Êtes-vous de la famille du célèbre Rabbi, à Brooklyn ? »
– Oui.
– De quelle façon ? insista la jeune femme.
– C’est mon mari, avoua la Rabbanit.
L’employée se mit alors à se plaindre du Rabbi. Elle expliqua que, mariée depuis plusieurs années, elle n’avait pas d’enfant : « Sur le conseil de mes amis, j’ai fait l’effort d’aller voir le Rabbi ; il m’a bénie et m’a conseillé de m’engager à accomplir une Mitsva supplémentaire. En effet, me dit-il, la bénédiction agit comme la pluie qui peut rendre fertile un champ préparé et labouré. Je m’engageai à allumer les bougies de Chabbat le vendredi soir. Cela fait deux ans et nous n’avons toujours pas d’enfant !
La Rabbanit tenta de la calmer : « Moi non plus… »
Mais la bibliothécaire éclata en sanglots : « Je suis désolée pour vous mais moi, je suis une rescapée de la Shoa. J’ai survécu aux camps d’extermination et je suis la seule survivante de toute ma famille. C’est pourquoi il est si important pour moi d’avoir des enfants, afin que notre famille ne soit pas effacée ! »
La Rabbanit demanda : « Qu’est-ce que mon mari vous a dit, exactement ? »
– Il m’a dit d’allumer les bougies de Chabbat !
– C’est bien ce que vous faites ?
– Mais oui !
– Et comment le faites-vous ? continua la Rabbanit.
– Chaque vendredi, quand mon mari revient du travail, j’allume les bougies vers 19h ou 20h.
Patiemment, la Rabbanit expliqua qu’il fallait allumer les bougies avant le coucher du soleil, en accord avec les horaires imprimés sur les calendriers hébraïques.
La bibliothécaire avait écouté attentivement : elle s’engagea à allumer les bougies à l’heure voulue.
Dix mois plus tard, elle serrait son fils dans ses bras… Elle garda contact avec la Rabbanit et lui rendit même visite plusieurs fois.

♦ Un jeune couple de Chlou’him (émissaires du Rabbi) eut le privilège de rendre visite à la Rabbanit avant son mariage.
Elle demanda au fiancé : « Êtes-vous le petit-fils du ‘Hassid, Reb… ? »
Il répondit par l’affirmative. Elle hocha la tête, joyeusement : « Dans ce cas, je suis sûre que vos enfants parleront le yiddish ! »
De nombreuses années passèrent. Le jeune couple n’avait toujours pas d’enfants mais ne désespérait pas : « Nous n’étions pas inquiets puisque la Rabbanit nous avait dit de parler yiddish à nos enfants : pour cela, il fallait bien que nous ayons des enfants ! Et nous étions sûrs que nous aurions plus qu’un enfant puisqu’elle avait parlé au pluriel : « Vos enfants ». Pas un instant nous n’avons perdu espoir puisque nous avions la bénédiction de la Rabbanit ! »
Après 14 ans de mariage, ce couple de Chlou’him mit au monde des jumeaux, un garçon et une fille. Ils les nommèrent Mena’hem Mendel et ‘Haya Mouchka.

Le Rav Yehouda Krinsky, secrétaire du Rabbi, raconte plusieurs anecdotes sur la Rebbetsen ‘Haya Mouchka

Le Rav Yehouda Krinsky, secrétaire du Rabbi, raconte plusieurs anecdotes sur la Rebbetsen ‘Haya Mouchka

Le Rav Haim Yehuda  Krinsky a occupé divers postes au sein du personnel administratif du mouvement Loubavitch depuis 1954, et comme secrétaire personnel du Rabbi (avec le Rav Yehuda Leib Groner et le Rav Binyomin Klein). Aujourd’hui, le Rav Krinsky est parmi les figures les plus influentes du mouvement Loubavitch.

La première fois que mon chemin croisa celui de la Rabbanit, c’était dans les années 5700 (1940).
Je suis arrivé de Boston à New York en 5706 (1946) afin de poursuivre mes études à la Yechiva Tom’hei Temimim, situé à l’angle de Bedford Avenue et
Dean Street, à Bedford Stuyvesant. A l’occasion des fêtes ‘hassidiques, tels que Youd Teth Kislev ou Youd-Beit Tamouz, le Rabbi précédent organisait
des farbrenguens au 770, dans la salle à manger du deuxième étage.

Environ une heure avant le farbrenguen, les adultes et les jeunes étudiants de Yechiva s’alignaient le long des deux escaliers menant à l’étage – nous les appelions « marches métalliques » et « marches en bois » – dans l’espoir de pénétrer dans la salle ou, tout au moins, pouvoir y jeter un coup d’oeil.
Arrivait le moment où les portes de la salle s’ouvraient, laissant le passage aux plus anciens des ‘Hassidim. Il y avait, autour de la table, une vingtaine de sièges et le reste de l’assistance demeurait debout.

Cependant, à un moment, la porte se refermait, car la climatisation n’existait pas à l’époque et il fallait éviter que l’atmosphère surchargée soit préjudiciable à la santé du Rabbi précédent.

Je n’avais aucun espoir d’entrer dans la salle, car j’étais un tout jeune garçon, à peine âgé de 14 ans. Néanmoins, étant un ba’hour en herbe, c’était précisément l’endroit où je souhaitais me trouver. Je restais donc derrière la porte donnant sur l’escalier métallique, espérant que peut-être – oulaï yera’hem, peut-être Il me prendra en pitié comme on dit dans la prière des jours de fête– je pourrais pénétrer à l’intérieur.

Soudain la porte s’ouvrit, et ce fut la Rabbanit ‘Haya Mouchka qui apparut. Elle jeta un regard sur moi et me dit : « Gueï arein – entre ! »
J’ai donc pu entrer. La scène qui s’offrit à mes yeux fut indescriptible. Le Rabbi précédent se trouvait à son siège, présidant la table, avec le schtreimel (chapeau en fourrure) sur la tête. Le Rabbi était assis à sa gauche et l’autre gendre, Rav Chmariaou Gourari (qu’on appelait le RaChaG) à sa droite. Apercevoir le Rabbi précédent équivalait pour moi à une incursion dans le Gan Eden. Ce fut une expérience totalement spirituelle.

Je suis à jamais reconnaissant à la Rabbanit de m’avoir permis de passer mon premier farbrenguen en présence de son père, le Rabbi précédent. Cet événement est gravé pour toujours dans mon coeur et dans mon esprit.

Un thé chaud pour un jour de chaleur
Le Youd-Beit Tamouz 5715 (1955) fut une journée de canicule. Comme d’habitude, je conduisis le Rabbi au Ohel. Dans les premières années, le Rabbi y passait une heure et demie, pas beaucoup plus. Nous rentrâmes à Crown Heights à quatre heures de l’après-midi environ. Le Rabbi pria Min’ha au 770, après quoi je le conduisis chez lui. A l’époque, le Rabbi et la Rabbanit habitaient au 346 New York Avenue, à l’angle de President Street, au troisième étage.

C’était peu de temps avant qu’ils n’emménagent dans leur maison au 1304 President Street. Quand le Rabbi entra dans l’immeuble, je réalisai que j’avais oublié de lui demander combien de temps il allait passer à la maison avant de retourner au 770 pour le farbrenguen. Le Rabbi ne m’avait pas dit combien de temps il allait rester, et je n’avais pas demandé s’il fallait que je reste pour attendre ou que je revienne le chercher plus tard.

Bien que ce fût contre ma nature, j’ai laissé la voiture et je suis monté à l’appartement du Rabbi pour poser la question. J’ai sonné et c’est la Rabbanit qui m’a ouvert. Avant même que j’ai pu prononcer un mot, elle m’a souhaité la bienvenue :
« Oh, Rav Krinsky, kumt arein, entrez donc, vous êtes probablement fatigué et n’avez rien mangé de la journée, c’est une telle canicule aujourd’hui… Prenez une tasse de thé ! »

Personne n’aurait pu décliner une invitation aussi gracieuse de la part de la Rabbanit et, n’ayant pas le choix, je suis entré dans l’appartement. Elle me
proposa un siège dans la cuisine et me servit une tasse de thé chaud. Quand je lui expliquai la raison de ma présence, elle me dit qu’elle demanderait au Rabbi quand il pensait retourner au 770.

Elle revint quelques instants plus tard, m’annonçant que le Rabbi allait retourner au 770 dans 10 minutes.

Cependant, j’avais la tasse de thé face à moi, et imaginez-moi, un ba’hour dans la maison du Rabbi, se demandant comment il allait pouvoir avaler ce thé bouillant. Je ne sais comment, mais je le fis.

Je ne me sentais pas à l’aise, j’avais le sentiment d’être un intrus et j’attendais impatiemment que les dix minutes s’écoulent. Le Rabbi fut bientôt prêt et il entra à la cuisine. Je le suivis dans l’ascenseur et nous repartîmes pour le 770.

Ce soir-là, dans l’une des si’hot lors du farbrenguen, le Rabbi raconta une histoire – en apparence hors du contexte – à propos du Rabbi précédent qui, une fois, dans sa jeunesse était rentré à la maison un jour de grande chaleur d’été et voulut boire quelque chose de frais, mais son père, le Rabbi Rashab le remarqua et lui dit de boire plutôt une tasse de thé chaud.

Je crois que personne d’autre présent à ce farbrenguen ne comprit réellement le contexte de ce que racontait le Rabbi…

BéDere’h HaYachar
Un jour, à l’époque de Youd-Teth Chevat, j’avais soulevé quelque chose de trop lourd et je me suis abîmé le dos. La douleur m’avait extrêmement affaibli et j’ai dû rester à la maison, étant à peine capable de marcher et n’étant pas en mesure de faire quoi que ce soit au bureau.

Ce soir-là, à l’heure du dîner, j’ai reçu un coup de fil de la Rabbanit. Je me doutais bien de la raison de son appel, mais je ne voulais tellement pas la charger de mes soucis. Cependant, rien qu’au son de ma voix, la Rabbanit avait toujours le don de sentir si quelque chose n’allait pas. A chaque fois, avec beaucoup de tact, elle m’amenait à lui révéler ce qui me préoccupait.

Cette fois encore, elle me demanda ce qui n’allait pas et, n’ayant pas le choix, je lui racontai ce qui m’était arrivé.

Après m’avoir patiemment écouté, elle me demanda : « Vous souvenez-vous comme vous m’avez emmené un jour voir un orthopédiste à l’hôpital de New Jersey ? Eh bien, maintenant je vous prendrai un rendez-vous avec ce même spécialiste, pour demain, et c’est moi qui vous y conduirai ».

Je répondis à la Rabbanit que je ne voulais pas la contredire mais, si elle n’y voyait pas d’inconvénient, je préférerais conduire moi-même. Je lui dis : « Si je suis capable de monter dans la voiture, je pourrai aussi la conduire… »

Elle consentit. Dès le lendemain, nous prîmes la route de l’hôpital, où le médecin m’administra diverses piqûres et je me sentis vite bien mieux. Avant de me donner congé, il me conseilla de marcher en me tenant bien droit.

Pendant tout le temps de la consultation, la Rabbanit était restée dans la salle d’attente. En sortant de chez le médecin, nous nous dirigeâmes vers Crown Heights. Je ramenai la Rabbanit chez elle, et je retournai au bureau au 770.

J’étais à peine arrivé, lorsque le Rabbi appela par interphone le secrétariat en me demandant de venir le voir.
Quand j’entrai, le Rabbi se tenait debout et me demanda avec un large sourire : « Comment vous sentez-vous et que vous a dit le médecin ? »

Je répondis que le docteur m’avait conseillé de marcher en me tenant bien droit.

En souriant, le Rabbi dit : « Ich zog shoin lang az m’darf gueyen b’derekh hayoshor » (J’avais depuis longtemps affirmé que l’on doit suivre le droit chemin!».

Visite-surprise
J’avais l’habitude de conduire la Rabbanit dans différents endroits à diverses occasions. Un jour, je l’avais conduite dans le Connecticut et je lui fis remarquer que notre chemin passait, à vingt minutes près, à côté de New Haven. Mon beau-frère Rav Moché Yits’hak Hecht et son épouse, ma soeur Rivkah, venaient d’y achever la construction d’un beau bâtiment flambant neuf pour leur école.

Je demandai à la Rabbanit si elle désirait le voir, et elle répondit que cela l’intéressait. Nous étions en été et j’avais calculé que nous arriverions après cinq heures de l’après-midi, de sorte qu’il n’y aurait pas grand monde dans les alentours. Mais, en approchant du bâtiment, je remarquai ma soeur et d’autres personnes circulant dans les parages.

Ma soeur aperçut ma voiture, me vit et reconnut ensuite la Rabbanit. Inutile de préciser qu’elle était extrêmement surprise, honorée et exaltée par cette visite impromptue, sans précédent. La visite se déroula très bien, la Rabbanit se promena dans tout le bâtiment, s’intéressant à l’avancement des travaux.
Pour la Rabbanit aussi, ce fut une grande joie de visiter une nouvelle école construite par des chlou’him (émissaires du Rabbi).
(A ce propos, quelque temps plus tard, mon beau-frère Rav Hecht entra en Ye’hidout et le Rabbi évoqua avoir entendu « un bon rapport » sur le nouveau bâtiment qui était réellement magnifique).

La Rabbanit veillait toujours…
Lorsque le Rabbi restait au 770 jusque tard dans la nuit, recevant des visiteurs en ye’hidout, je conduisais ensuite le Rabbi chez lui. La Rabbanit veillait toujours en l’attendant, parfois jusqu’au petit matin.

J’avais l’habitude d’appeler immédiatement la Rabbanit, après avoir ramené le Rabbi du Ohel, pour la prévenir que le Rabbi était de retour au 770.
Le Rabbi appartient aux ‘Hassidim Il est de notoriété publique que la Rabbanit joua un rôle déterminant dans le fameux procès des livres, au mois de Kislev 5746 (1985).

Nous avions préparé le dossier pendant trois mois, rassemblant documents et témoignages nécessaires pour le tribunal fédéral. Connaissant le stress que procure la procédure de déposition sous serment, je demandai au Rabbi s’il fallait essayer d’éviter à la Rabbanit de se soumettre à cet exercice. Ce ne serait pas une partie de plaisir,  particulièrement pour une personne âgée. Mais le Rabbi répondit que je ne devais pas m’en soucier et qu’elle réussirait haut la main.

La procédure de déposition fut organisée chez elle, dans sa salle à manger où elle était entourée de nos avocats, des avocats de la partie adverse et de toute une équipe d’assistants. Avant de commencer, elle me demanda de m’assoir à ses côtés.

Ce genre de procédures est en règle générale très stressant, les procureurs faisant tout pour confondre les témoins. Néanmoins, tout au long de cette séance, la Rabbanit garda une attitude d’une majestueuse dignité, calme et posée.

Les réponses de la Rabbanit furent extrêmement précises et concises : elle ne prononça pas un mot de trop. Il devint vite évident que les avocats de la partie adverse furent extrêmement frustrés de n’avoir pu influencer ou intimider ce témoin. Finalement, ils laissèrent tomber leurs stylos, dans un geste de dépit.

A la fin de la déposition, l’un d’eux demanda à brûle-pourpoint : « Madame Schneerson, à votre avis, à qui appartiennent les livres de la bibliothèque : à votre père ou à la communauté ? »

C’est à ce moment que surgit cette réponse qui devint la déclaration centrale dans ce procès : les sefarim  appartiennent aux ‘Hassidim, car « mon père et tout ce qui est à lui appartenaient aux ‘Hassidim ».

Le témoignage de la Rabbanit fut, de fait, crucial pour la victoire dans ce procès.

Seul un ‘Hassid en serait capable
S’il est un épisode qui illustre la véritable grandeur de la Rabbanit, c’est sa courageuse attitude pendant les événements dramatiques de Chemini Atseret 5738 (1977).

Ce matin-là, à cinq heures et demie, après une crise cardiaque qu’il avait subie la veille lors des hakafot, le rythme cardiaque du Rabbi devenait défaillant. La situation prenait de toute évidence des allures de pikoua’h nefesh, de danger de vie ou de …

Cependant, le Rabbi avait clairement exprimé son souhait de demeurer au 770, malgré l’insistance de nombreux médecins de le transporter à l’hôpital pour les soins. A ce moment, les docteurs déclarèrent qu’il n’y avait pas d’autre choix que d’emmener le Rabbi à l’hôpital de toute urgence. La situation était critique.

Il n’y avait pas de cardiologue dans les parages, ni médicaments ni équipement médical adéquat sous la main : procurer les soins au Rabbi dans son bureau était réellement inenvisageable, alors même que le Rabbi subissait de plein fouet une nouvelle crise cardiaque.

Nous étions justement en train de débattre la situation quand la Rabbanit descendit pour prendre des nouvelles. Les médecins l’informèrent des dernières évolutions et lui firent connaître leur décision de transporter le Rabbi à l’hôpital Mt. Sinai, même s’il s’y opposait.

La Rabbanit demanda : « Et que dit mon mari ? »

Les médecins lui répondirent que le Rabbi ne voulait pas aller à l’hôpital et désirait être soigné dans son bureau.
L’ultime décision revenait au membre de famille le plus proche, c’est à dire à la Rabbanit et les médecins ne pouvaient s’y opposer.

Sans hésiter, elle répondit : « Depuis toutes les années que je connais mon époux, il n’y eut jamais un seul instant où il n’était pas en pleine possession de ses moyens. Je ne peux vous autoriser à le transporter contre sa volonté ».

Faire preuve d’un tel courage et d’une telle confiance dans le Rabbi et prendre une telle décision – contre l’avis écrasant de tous les médecins, et dans une
situation critique de pikoua’h nefesh – il fallait être armé de sa profonde connaissance et de son extraordinaire bitoul à l’égard du Rabbi, bien au-delà
du niveau qu’aucun de nous pourrait imaginer.

Article publié sans une brochure en souvenir du mariage de Tsion Tsemach & ‘Haya Mouchka Mimoun