En l’an 5587 (1826), une machination ourdie par des adversaires de la ‘Hassidout conduisit à l’arrestation du Mitteler Rabbi, Rabbi Dovber de Loubavitch. Accusé à tort de trahison envers le tsar sur la base de documents falsifiés, il fut conduit de Loubavitch à Vitebsk pour y être interrogé. Son courage, sa sérénité et la Providence divine transformèrent cette épreuve en victoire éclatante, commémorée chaque année le 10 Kislev.
Récits adaptés du livre Otsar Sipouré Habad, volume 5, pages 253 et suivantes.
Une rumeur terrifiante à Souccot
Durant ‘Hol Hamoèd Souccot de l’année 5587 (1826), un groupe de ‘Hassidim tenait une réunion ‘hassidique à Vitebsk, capitale de cette région de Russie où se trouve le village de Loubavitch. Soudain, Reb Sim’ha Zelig, l’un des éminents ‘Hassidim de la ville, fit irruption dans la Soucca, le souffle court, porteur d’une nouvelle effroyable : il se trouvait dans les bureaux du gouvernement et avait appris que le Mitteler Rabbi allait être arrêté.
Personne ne voulut le croire. Comment cela serait-il possible ? Le Alter Rabbi, son père, avait contribué de manière décisive à la victoire du tsar contre Napoléon grâce à un réseau de ‘Hassidim qui avaient espionné l’armée française. En reconnaissance de ce service remarquable, le souverain lui avait accordé le titre héréditaire de « citoyen d’honneur ». Rabbi Dovber en avait hérité de plein droit ; cette distinction devait assurément le protéger de toute accusation.
Treize ans plus tôt, le Mitteler Rabbi avait quitté Krementchoug, où il séjournait depuis la Histalkout de son père, pour s’établir dans le village de Loubavitch. À cette occasion, le gouvernement de Saint-Pétersbourg avait ordonné à toutes les villes situées sur son itinéraire de préparer des délégations pour accueillir l’illustre voyageur et faciliter son périple. Comment un homme ainsi honoré pourrait-il être aujourd’hui arrêté ? Et pour quel motif ?
À Chemini Atséret, la rumeur était hélas confirmée. Le secrétaire du gouverneur régional reçut une délégation de ‘Hassidim et les informa que le jeudi suivant, le ministre de la Justice à Saint-Pétersbourg signerait un décret autorisant la police à arrêter et détenir le Mitteler Rabbi. De fait, le ministre ne se contenta pas de signer ce décret : il ordonna que le Rabbi soit transféré de Loubavitch à Vitebsk pour y être personnellement interrogé.
La dénonciation : une machination perfide
Les ‘Hassidim ignoraient encore les chefs d’accusation. Incapables de préparer une stratégie de défense, ils ne purent qu’exiger que le Rabbi ne soit pas transporté comme un vulgaire criminel. Accompagnés de propriétaires terriens non-juifs qui vénéraient le Mitteler Rabbi, ils obtinrent qu’il voyage dans un carrosse privé et que, compte tenu de sa santé fragile, le trajet s’étende sur trois jours au lieu de deux.
Le dimanche, une délégation officielle arriva à Loubavitch et perquisitionna le domicile du Rabbi. Les pièces du puzzle commencèrent à s’assembler. Lors de la fuite devant l’armée napoléonienne, le Alter Rabbi était décédé en chemin, laissant toutes les possessions de sa famille à Liadi, où elles furent pillées et les maisons juives incendiées jusqu’aux fondations.
Le Mitteler Rabbi s’était retrouvé démuni. Lorsqu’il accepta de s’installer à Loubavitch, les ‘Hassidim contribuèrent généreusement au Maamad – le fonds destiné aux dépenses du Rabbi et de sa famille – à chaque étape de son voyage. À son arrivée, il disposait de plusieurs milliers de roubles, qu’il décida de partager entre tous les membres de sa famille, tous frappés par une grande pauvreté. Il confia cette mission à Reb Pin’has Reizes et à Reb Chlomo Freides.
Quelques années plus tard, Reb Pin’has décéda sans descendance. Son neveu, un individu peu recommandable de Chklov, hérita de ses biens. Parmi les papiers de son oncle, il découvrit une lettre du Mitteler Rabbi concernant la répartition de l’argent récolté. Muni de ce document, il tenta d’exercer un odieux chantage : si le Rabbi ne lui remettait pas une partie du prétendu « magot », il le dénoncerait aux autorités. Le Mitteler Rabbi refusa avec indignation, affirmant qu’il n’y avait rien d’illégal dans sa démarche.
Dépité mais déterminé, le neveu chercha un allié. Il le trouva parmi les membres de la famille Ségal de Vitebsk, famille de la Rebbetsen Shterna, épouse du Alter Rabbi. Ces notables, farouchement opposés à la ‘Hassidout et nourrissant une rancune personnelle contre la famille du Rabbi qui avait refusé leurs propositions de mariage, entretenaient d’excellentes relations avec le gouverneur Chavansky. L’alliance était scellée.
Des accusations grotesques mais redoutables
Comment une lettre apparemment anodine pouvait-elle servir de base à une accusation ? Par une simple falsification : là où le Rabbi avait indiqué détenir trois ou quatre mille roubles (« guimel o daleth alafim »), les conspirateurs ajoutèrent un « kouf », transformant la somme en 103 000 ou 104 000 roubles – une fortune colossale !
Comment le Mitteler Rabbi aurait-il pu collecter une telle somme en si peu de temps ? Leur réponse était toute trouvée : il préparait certainement une révolution contre le tsar ! Le voyage n’était qu’un prétexte pour soulever les masses. De plus, insinuèrent-ils, le Rabbi envoyait de l’argent au sultan de Turquie, alors le pire ennemi de la Russie, soit pour financer une guerre, soit pour acheter sa protection. Donner de l’argent au sultan, c’était franchir une ligne rouge.
Comme « preuve » supplémentaire, aussi ridicule fût-elle, ils suggérèrent de mesurer la synagogue de Loubavitch : elle était, prétendirent-ils, bâtie aux dimensions exactes du Beth Hamikdach, ce qui démontrerait les intentions séditieuses du Rabbi…
Les préparatifs du départ
La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre : le Mitteler Rabbi serait conduit à Vitebsk pour interrogatoire. Avant même l’arrivée des officiers, des centaines de ‘Hassidim convergèrent vers Loubavitch pour le Chabbat. Le Rabbi, lui, ne modifia en rien ses habitudes : il prononça un discours ‘hassidique comme à l’accoutumée.
Toute la région était en effervescence. Juifs et non-juifs se préparaient à accueillir le Mitteler Rabbi et à escorter son carrosse. Il était manifeste pour les policiers qu’il ne s’agissait pas d’une affaire ordinaire : le Rabbi était une personnalité connue et respectée, même parmi les non-juifs de Russie blanche.
Les officiers arrivèrent à Loubavitch et se rendirent directement au domicile du Rabbi. Ils y demeurèrent environ une heure, s’adressant à lui avec courtoisie et déférence. Très poliment, ils lui demandèrent de les accompagner à Vitebsk ; il pourrait voyager par ses propres moyens et sans hâte, compte tenu de son état de santé. Après négociation avec la famille, l’itinéraire fut établi : Dobromisl le dimanche, Lyozna le lundi, Vitebsk le mardi.
Un départ dans la sérénité
Le Mitteler Rabbi quitta Loubavitch à onze heures. Tous étaient bouleversés ; les gens pleuraient, se lamentaient, criaient et priaient depuis la fin du Chabbat. Seul le Rabbi demeurait parfaitement calme. Il avait reçu des gens en Ye’hidout, rédigé des notes de ‘Hassidout et, tôt le matin, s’était entretenu durant deux heures avec son gendre, le Tséma’h Tsédek.
Lorsqu’il prit place dans le carrosse, son visage était presque souriant, comme amusé. Le cortège s’ébranla, accompagné de centaines de personnes en carrosse ou à pied. À Barzouvka, premier village sur la route, tous les habitants sortirent à sa rencontre. Le « maire » non-juif, Starasta, lui offrit du pain et du sel en signe de respect. Il en fut de même dans chaque village traversé.
À environ deux kilomètres de Dobromisl, les ‘Hassidim furent accueillis par l’ensemble des habitants non-juifs de la ville, conduits par leurs notables. Les officiers accompagnant le convoi étaient profondément impressionnés par l’immense respect et l’admiration dont jouissait le Mitteler Rabbi dans toute la région.
La situation se durcit
Les Mitnagdim constatèrent avec rage que ce qui devait être une arrestation humiliante s’était transformé en « parade victorieuse ». Ils insinuèrent auprès du ministre que les ‘Hassidim avaient certainement soudoyé les officiers. Comment, sinon, expliquer que le Rabbi soit traité en roi plutôt qu’en prisonnier ?
Furieux, le ministre envoya un messager porteur de nouvelles instructions : le Rabbi devait passer la nuit sous garde ; seuls son fils et trois personnes de son choix pourraient l’accompagner. Le voyage se poursuivrait dans le carrosse des officiers. Quiconque tenterait d’escorter le Rabbi serait sévèrement puni. Enfin, à Vitebsk, il ne serait pas hébergé dans une maison privée mais jeté en prison, dans une cellule commune.
Ces terribles nouvelles semèrent l’effroi parmi les ‘Hassidim. À Lyozna, le Mitteler Rabbi fut placé dans une maison privée sous garde armée. Nul n’était autorisé à entrer ni à sortir. Le lendemain, deux carrosses transportant des soldats lourdement armés arrivèrent silencieusement à Vitebsk.
La ‘Hassidout derrière les barreaux
Durant deux longues semaines, personne n’eut de nouvelles. Nul n’avait vu le Mitteler Rabbi et la police ne donnait aucune information. Deux fois par jour, les ‘Hassidim avaient la permission d’apporter de la nourriture devant le commissariat. L’un des trois ‘Hassidim apparaissait, accompagné d’un garde armé, prenait la nourriture et rendait la vaisselle des repas précédents. Aucune parole, aucun son n’était permis.
Grâce à l’intervention du Dr Heibenthal, ami du ministre, le Rabbi avait pu quitter sa cellule pour une chambre privée au commissariat central. Le médecin lui avait administré des médicaments contre la fièvre qu’il avait développée en route.
Le jeudi 16 ‘Hechvane, le Dr Heibenthal convoqua les ‘Hassidim les plus éminents. Lors d’une réception chez le ministre, deux princes de sa connaissance, Loubamirsky et Tzékret, avaient plaidé la cause du Rabbi, décrivant combien il était aimé de tous, Juifs et non-juifs, et soulignant sa sainteté. Le ministre, impressionné, accorda des allégements : vingt hommes seraient autorisés à entrer trois fois par jour pour les prières, et deux fois par semaine, le Rabbi pourrait discourir de ‘Hassidout devant cinquante personnes.
Dès le lendemain, les ‘Hassidim organisèrent un tirage au sort. Les heureux élus purent entrer pour Cha’harit, puis pour Min’ha, puis pour Maariv. Le Chabbat, cinquante personnes eurent le privilège d’écouter la ‘Hassidout de la bouche du Rabbi.
Le procès : la vérité éclate
Toute l’affaire reposait sur les papiers confisqués et la fameuse lettre falsifiée. Les Mitnagdim exigèrent que la traduction soit assurée par l’un des leurs, prétendant que tout ‘Hassid serait corrompu. Mais, par la grâce de D.ieu, la traduction fut rendue scrupuleusement : il s’agissait des comptes de l’argent transmis en Eretz Israël pour subvenir aux besoins des ‘Hassidim qui y résidaient. Bien que parfaitement légal, cela pouvait néanmoins paraître suspect, la Terre Sainte faisant partie de l’empire ottoman.
Le ministre eut d’abord un entretien privé avec le Mitteler Rabbi, qui expliqua que son père comptait de nombreux ‘Hassidim en Terre Sainte, désespérément pauvres, ne survivant que grâce aux fonds qu’il leur faisait parvenir. Quant à la lettre « kouf » ajoutée, le Rabbi reconnut avoir récolté une somme importante durant son voyage, mais certainement pas 104 000 roubles. La lettre avait été falsifiée.
Le ministre, très impressionné, demanda une confrontation avec les accusateurs. Le Mitteler Rabbi arriva au procès dans un carrosse royal, vêtu de blanc, portant ses habits de Chabbat : il avait l’apparence d’un ange. Loin de s’irriter de cette mise en scène majestueuse, le ministre lui offrit immédiatement un siège et s’adressa à lui avec le plus grand respect.
Lorsque le Mitnagued entra, le Rabbi passa immédiatement à l’offensive, l’accusant sans ménagement d’avoir fabriqué un faux par rancune personnelle. Au cours de l’échange, l’accusateur laissa échapper le mot « Rabbi » en s’adressant au Mitteler Rabbi. Celui-ci se tourna alors vers le ministre : « Vous voyez ? Il m’accuse d’être un menteur et un traître, mais il reconnaît néanmoins que je suis le Rabbi, car il connaît la vérité et sait pertinemment que toute cette accusation n’est qu’un mensonge ! »
L’accusateur, clairement déstabilisé, se mit à balbutier lamentablement, incapable de terminer ses phrases. Le ministre déclara d’un ton cassant qu’il avait parfaitement compris où se trouvait la vérité. Le Mitteler Rabbi quitta le tribunal la tête haute, auréolé du prestige de la victoire.
La libération : « Pada Bechalom Nafchi »
Le Chabbat 9 Kislev, tandis que le Mitteler Rabbi prononçait avec une profonde concentration le Maamar « Ata É’had », il s’interrompit soudain et déclara : « Laissez passer, mon père (le Alter Rabbi) est là ! »
Le lendemain, dimanche 10 Kislev, il envoya par l’intermédiaire de ses filles une lettre au gouverneur. Lorsqu’elles arrivèrent dans son bureau, elles éclatèrent en sanglots, suppliant qu’on mette fin à cette affaire et qu’on laisse leur père rentrer chez lui. Après avoir lu la lettre, le gouverneur leur demanda de se calmer : leur père serait libéré le jour même.
Quand elles retournèrent, les gardes avaient déjà reçu l’ordre de le libérer. On raconte que les messagers arrivèrent à la maison alors que le Rabbi prononçait le verset « Pada Bechalom Nafchi » (« Il a délivré mon âme dans la paix »), extrait de la portion quotidienne des Tehilim (Psaume 55, récité le 10 de chaque mois hébraïque).
Les gardes partis, la maison se remplit de ‘Hassidim. Le Mitteler Rabbi s’assit pour prononcer un Maamar en public – pour la première fois depuis des mois. Il quitta Vitebsk le jour même pour regagner Loubavitch, libre et triomphant.
La ville de Nikolaïev dont Rabbi Méir Chlomo fut le Rav.
Rabbi Méir Chlomo, le grand père du Rabbi, naquit (semble-t-il) entre les années 1850 et 1855, dans la ville de Nikolaïev.
La ville de Nikolaïev est située sur la rive de la Mer Noire : son port est central car il relie cette ville avec le reste du pays ainsi qu’à des ports situés à l’étranger.
A certaines époques, les Juifs n’eurent pas le droit d’y habiter, sauf un : Reb Sender Raphaélovitch. C’était un architecte réputé et comme il s’occupait des structures portuaires, les autorités lui avaient permis de résider dans la ville avec ses ouvriers.
Ce Juif au bon cœur utilisa cette permission pour faire figurer sur la liste de ses ouvriers de nombreux Juifs. Ce fut lui qui invita Rabbi Avraham Lavout, que son mérite nous protègele père de la mère de Rabbi Méir Chlomo à devenir le Rav de la ville. C’est ainsi que, sous la direction de Rabbi Avraham David, la communauté juive se développa à Nikolaïev au point que, par la suite, elle devint un bastion de la ‘Hassidout ‘HaBaD et elle vit grandir de nombreuses personnalités marquantes de ce mouvement, comme par exemple le Rachbatz et d’autres.
Durant près de cent ans, les ancêtres du Rabbi furent les Rabbanim et les décisionnaires de la ville de Nikolaïev, célèbre pour sa piété et c’est là que naquit celui qui devait par la suite devenir le chef de la génération, le Rabbi.
Ses ancêtres
Le premier Rav de la ville de Nikolaïev fut Rabbi Avraham David Lavout, que son mérite nous protège, auteur des livres « Kav Naki », « Chaar Hakolel », « Beth Aharone Vehossafot », « Netiv Ha’haïm », « Pisské Péri Méguadim » ainsi que de nombreux autres ouvrages importants et célèbres. Il fut nommé Rav de la ville aux environs de l’année 1850.
Une brève biographie a été écrite par le Rabbi (en introduction au livre « Kav Naki ») qui raconte entre autres :
« Il était le Rav du village de Romanovka. En 1844-1845, le Rabbi Tséma’h Tsédek y avait fondé un Kollel pour jeunes gens sous la direction de Rav Avraham David. A l’âge de 35 ans environ, il fut nommé Rav de la communauté de Nikolaïev, poste qu’il occupa durant quarante ans, jusqu’à son dernier jour… Rav Avraham David décéda le lundi 18 Adar 1890 dans la ville de Nikolaïev et c’est là qu’il est enterré ».
Rabbi Méir Chlomo – que son mérite nous protège – était le fils du Gaone, Rabbi Israël Leïb Yanovski qui était le directeur de la Yechiva de Romanovka et de la Rabbanit Beïla Rivka, la fille du ‘Hassid Rabbi Avraham David Lavout, le Rav de Nikolaïev.
Cette Yechiva de Romanovka était très connue ainsi que le signale le Rabbi dans son introduction du livre « Kav Naki » : « Les élèves y accourraient de près comme de loin ». Dernièrement on a découvert (comme c’est relaté dans les magazines Kfar ‘HaBaD n 948 et 956) des livres de questions et réponses hala’hiques de Rabbi Israël Arié Leïb Halévi de Romanovka, datées du 8 Éloul 1883, qui sont imprimées dans le fascicule « Yagdil Torah » n 9, alinéa 125 et qui furent édités dans la ville d’Odessa.
Le couple eut quatre fils :
L’aîné : Rav Méir Chlomo (auquel est consacré ce fascicule) Rav Mena’hem Mendel qui était Cho’het dans la ville de Krémentchoug Rav Eïzer qui était Rav de la ville de Krivoï Rog, dans la province de ‘Harsonne. Rav Moché qui était commerçant à ‘Harsonne
et six filles : Feiga ‘Hava Dina Moussia Odel Mindel
Le père, Rav Israël Leïb décéda apparemment en 1884 ou 1885.
Son éducation et sa position dans le ville de Loubavitch
Alors qu’il était encore très jeune, Rav Méir Chlomo fut élevé dans la maison de son grand père, Rav Avraham David Lavout qui l’éleva comme son propre fils. On suppose que c’est parce qu’il était devenu orphelin très jeune mais, dernièrement (Kfar ‘Habad n 956), on a appris, grâce au Rav Oberlander, que Rabbi Israël Arié Leïb – le père de Rabbi Méir Chlomo – assista à son mariage et mérita de connaître plusieurs de ses petites filles (qui naquirent avant ses petits fils qui portèrent son nom), comme la Rabbanit ‘Hanna. Il semble donc que si le grand père éleva Rabbi Méir Chlomo, ce soit dû au fait que Rabbi Israël Arié Leïb lui-même désira que son fils soit élevé et éduqué par son illustre grand père, Rabbi Avraham David.
Dans l’introduction de la biographie citée ci-dessus, le Rabbi écrit : « Rabbi Avraham David prit avec lui le fils aîné de sa fille Beïla Rivka, Rabbi Méir Chlomo, et l’éleva comme son propre fils dans sa maison. Avant sa mort, il laissa une lettre adressée aux notables de la ville de Nikolaïev leur enjoignant de nommer le fils de sa fille comme Rav de la ville car il était pour lui comme son propre fils. Effectivement, Rabbi Méir Chlomo se distingua par ses grandes connaissances talmudiques, sa piété et ses qualités remarquables. Comme son grand père, il aimait la paix et fuyait les honneurs ; les notables de la ville s’empressèrent de se conformer à cette dernière volonté ».
Rabbi Méir Chlomo était un ‘Hassid dévoué corps et âme à ses Rébbéim, Rabbi Chmouël et Rabbi Chalom Dov Ber de Loubavitch.
Dans de nombreuses Si’hot, le Rabbi rapporte qu’après son mariage, son grand père comptait parmi les « Yochevim », c’est-à-dire les jeunes gens mariés qui avaient le privilège de rester étudier plusieurs années auprès du Rabbi MaHaRaCh à Loubavitch. Pendant cette période, il ne s’occupait que d’étudier (Niglé et ‘Hassidout) et de prier. Rabbi Méir Chlomo resta environ sept mois (ou un an) à Loubavitch.
Dans d’autres occasions, le Rabbi raconta ce que lui avait rapporté son grand père, Rabbi Méir Chlomo sur ce qu’il avait remarqué chez le Rabbi MaHaRaCh.
Voici ce que raconta le Rabbi : « Mon grand père faisait partie des « Yochevim » auprès du Rabbi MaHaRaCh durant quelque temps puis il s’installa à Nikolaïev, une ville dont les habitants s’opposaient – au début de la prise de fonction du Rav – à tout ce qui concerne la ‘Hassidout.
« Quand il évoquait devant eux le Rabbi MahaRaCh et sa façon de se conduire, certains vinrent le voir avec un argument très précis : Comment se faisait-il que le Rabbi portait sur lui deux montres en or ? Comment se permettait-il d’utiliser de l’or ? Quand il écrivait ou signait, il utilisait une plume ou un crayon recouverts d’or ; sa boîte à tabac était également recouverte d’or !
« Nous nous trouvons en exil et on peut utiliser l’or et l’argent pour la Tsedaka mais comment peut-on se permettre un tel luxe et utiliser de l’or même pour des objets de tous les jours, pas même de Chabbat ?
« Mon grand père écouta tous ces arguments avec patience puis s’écria : « Sot ! Pour qui crois-tu que l’or et l’argent ont été créés : pour les non Juifs ? Ou peut-être – Lehavdil pour des Juifs comme toi et moi ? Le Saint Béni soit-Il a créé l’or dans le monde afin qu’un Juif Tsadik s’en serve ! Sinon, il n’y aurait aucune justification à l’existence de l’or ! »
A propos de son attachement au Rabbi MaHaRaCh, nous en trouvons mention dans la Si’ha de Rabbi Yossef Yits’hak dans laquelle il raconte (Séfer Hassi’hot – été 1942 p. 149) : « En hiver 1891, le Chabbat Parachat Terouma, mon père, le Rabbi prononça le discours ‘hassidique : « Ils me feront un sanctuaire et Je résiderai parmi eux ». Ce Chabbat là, Rabbi Méir Chlomo était venu de Nikolaïev… »
Dans le Séfer Hassi’hot (1943 – page 157), il est encore raconté : « Le Chabbat Parachat Chemot, étaient venus Rav Méir Chlomo avec Rav Achère Grossman de Nikolaïev… »
De même le Rabbi raconte (dans une Si’ha de Chabbat Vayéle’h, le 6 Tichri 1989 – Séfer Hassi’hot page 45) à propos des Maamarim du Rabbi MaHaRaCh qui étaient parvenus à son grand père, Rabbi Méir Chlomo : « La personne dont on célèbre le Yahrzeit – (la Rabbanit ‘Hanna – note de l’éditeur) dès son plus jeune âge, avant son mariage, alors qu’elle était dans la maison de son père Rabbi Méir Chlomo Halévi Yanovski, le Rav de Nikolaïev (une des villes importantes qui, à une certaine époque, était un bastion de la ‘Hassidout ‘HaBaD, s’occupait entre autres à recopier les Maamarim du Rabbi MaHaRaCh, de mémoire bénie. Elle le faisait soit par écrit, soir par oral grâce à un « ‘Hozère » (un ‘Hassid doué d’une très bonne mémoire qui pouvait répéter par cœur les Maamarim qu’il avait entendus). Elle agissait ainsi de sa propre initiative car elle désirait œuvrer pour la diffusion de la ‘Hassidout ».
Doué pour le chant ‘hassidique
Rabbi Méir Chlomo était également connu pour être un chanteur extraordinaire, doué d’une très grande intuition pour la mélodie. Quand il chantait, on était profondément pénétré au point que même un cœur de pierre aurait fondu en extase. On connaît particulièrement le chant appelé « Vollo’h » : un chant de bergers qui provient de la région orientale de Vollo’h et que Rabbi Méir Chlomo chantait fréquemment (voir le Séfer Hanigounim, 1ère partie, pages 19, chant n 203).
Le regretté Rav Yehouda Leïb Raskin raconta : « A Sim’hat Torah 1960, après que le Rabbi nous ait enseigné la mélodie Ra’hamana Déani, je suis entré chez la Rabbanit ‘Hanna, la mère du Rabbi, et elle me demanda quelle mélodie le Rabbi avait enseignée. Je répondis Ra’hamana Déani. Elle me demanda de le chanter encore et encore et je m’efforçai de le faire bien qu’il fût nouveau pour moi et que je ne le connaisse pas très bien. Cependant elle l’avait reconnu de suite et elle déclara, émue : « C’est le chant de mon père, Rabbi Méir Chlomo, de mémoire bénie ! »
Dans le livre racontant la biographie de Rabbi Lévi Yits’hak (1ère partie, page 72 et suivantes), il est raconté au nom de Rav Avraham David Yanovski : « Un jour, un émissaire particulier arriva chez Rabbi Méir Chlomo et lui raconta que son gendre, Rabbi Lévi Yits’hak, qui habitait à Yékatronislav, était cloué au lit à cause d’une forte inflammation des poumons. En entendant cela, Rabbi Méir Chlomo s’enflamma, mit son pied sur la chaise et se mit à chanter le fameux chant des bergers, Vollo’h, d’une façon particulièrement suave et enthousiaste. Quand il termina le chant, il déclara de façon très sérieuse : « Si, que D.ieu préserve, quelque chose avait été décrété contre lui, je désire prendre sa place ! »
Dans les « Rechimot » (fascicule 14 page 14), dans son journal du mois de Tichri 1933, le Rabbi évoque une mélodie du Rabbi MaharaCh et son origine et, entre autres, mentionne : « Je l’ai apprise de mon grand père, qu’il vive longtemps ».
Rav de la ville
De toutes les villes de la région, on s’adressait à Rabbi Méir Chlomo avec des questions variées, entre autres des problèmes commerciaux et des questions liées à la politique du gouvernement du Tsar de l’époque.
Dans le livre de Questions et Réponses « ‘Hazone Lamoëd » du Gaone Rav Morde’hai Dov Eidelberg qui était Rav dans le Beth Din de Rabbi Méir Chlomo à Nikolaïev, il rapporte plusieurs remarques de Rabbi Méir Chlomo : « Mon ami le Gaone Rav Méir Chlomo m’a fait remarquer que ce jugement est évoqué dans … » ou encore : « A ce propos, le Gaone Rav Méir Chlomo Yanovski apporte la preuve que… » ou encore : « Après quelque temps, mon ami le Gaone Rav Méir Chlomo Yanovski m’a montré dans le livre Chéélot Outechouvot… »
Dans le livre Kérem Israël (Piétrkov 1929), le Gaone, Rav Israël Halévi Borenstein, président du tribunal Rabbinique de Plounsk (et qui fut pendant un certain temps membre du Beth Din de Nikolaïev), dans le fascicule Mekorot Israël qu’il édita au début de son livre, raconte longuement les souffrances du peuple juif en Russie et écrit entre autres :
« Nous avons décidé – en 1929 – de quitter la ville et de nous installer à Nikolaïev. Nous avons subi de nombreux problèmes et de nombreux contretemps jusqu’à ce que nous ayons pu atteindre la ville, un vendredi. Après avoir résidé dans cette ville pendant trois mois, j’ai été élu membre du Comité de la communauté orthodoxe ; grâce à cela, j’ai été élu membre du Comité directeur à la tête duquel siégeait Rav Chmouël Schneersohn, gendre du Rav Méir Chlomo Yanovski. Ensemble, nous avons œuvré pour le développement religieux de la communauté, jusqu’à mon départ.
« La communauté m’octroyait un salaire grâce aux revenus de la Ché’hita (abattage rituel) comme pour le salaire des Rabbanim qui m’avaient précédé, Rav Méir Chlomo Yanovski et Rav Morde’hai Dov Eidelberg (auteur du livre « Hazone Lamoëd déjà mentionné). »
Plusieurs fois, le Rabbi le mentionne avec les titres : « Le Rav, le Gaone, le Rav, le Tsadik etc. Rav Méir Chlomo, qu’il repose en paix, que sa mémoire nous protège ». (Si’ha corrigée Parachat Véyéle’h 1989 ainsi que dans une note ajoutée à une lettre collective, imprimée dans le Séfer Hassi’hot 1991, seconde partie, p. 877).
La Rabbanit ‘Hanna, que son mérite nous protège, évoqua une fois son père devant Rav Dov Ber Younick ; elle souligna le fait que, à part son érudition en Torah et ‘Hassidout, il était aussi imprégné d’une profonde crainte de D.ieu et en donna un exemple : « Avant la fête de Souccot, mon père vendait des Éthroguim (pour compléter le petit salaire qu’il recevait de la communauté en tant que Rav). Quand un acheteur potentiel se présentait et avait déjà choisi son Éthrog, mon père lui suggérait de le vérifier encore une fois pour s’assurer qu’il était bien cachère et parfait, que le Pitom était entier etc. bien que cela signifiât qu’il lui resterait beaucoup de Éthroguim invendus. Cependant pour lui, l’essentiel était que ses clients possèdent les plus beaux Éthroguim ».
Dans de nombreuses lettres du Rabbi RaChaB et de Rabbi Yossef Yits’hak, nous trouvons des lettres adressées à Rabbi Méir Chlomo à propos de son action et de ses efforts en faveur du Kollel ‘HaBaD pour les nécessiteux de Éretz Israël puis, par la suite, pour la Yechiva Tom’hé Tmimim qui avait été construite entre-temps à Loubavitch.
Ses descendants
Rabbi Méir Chlomo eut trois filles et un fils :
La Rabbanit ‘Hanna qui épousa le Gaone, le Mekoubal Rabbi Lévi Yits’hak et qui devint la mère du Rabbi. Leurs biographies sont relatées dans les livres Toledot Rabbi Lévi Yits’hak (en trois volumes) et Em Beisraël ainsi que dans les livres Yemé Méle’h.
Myriam Guittel qui épousa, le 1er Éloul 1911, Rav Chmouël Schneersohn, frère de Rabbi Lévi Yits’hak : elle n’eut qu’un fils, appelé Mena’hem Mendel.
C’est à propos de cette union (deux frères avec deux sœurs) que le Rabbi RaChaB écrivit (p. 823) : « Si un Rav est d’accord, elle pourra accepter la suggestion. Il convient que les deux couples habitent dans des villes différentes. Que D.ieu fasse que cela se passe avec succès, matériellement et spirituellement ».
Dans une lettre datée du 13 Éloul 1949, le Rabbi écrivit : « Mon père, mon maître ainsi que mon oncle avaient épousé deux sœurs sur le conseil du Rabbi RaChaB, que son mérite nous protège, avec la recommandation qu’ils n’habitent pas dans la même ville…
Rabbi Chmouël, comme son beau père et le grand père de celui-ci devint Rav de Nikolaïev ainsi qu’en témoigne le Rabbi dans une lettre datée du 7 Kislev 1948 (dans le second volume) : « Le Rav, le Gaone Rav Chmouël Schneersohn, président du Tribunal Rabbinique de Nikolaïev ainsi que son épouse Mme Myriam Guittel ».
Nous avons mentionné plus haut les notes de Rav Israël Borenstein dans lesquelles il est mentionné que Rav Chmouël Schneersohn était à la tête du Comité de la communauté orthodoxe de Nikolaïev. Bien que ceci ne soit pas très clair, il semblerait d’après ces notes, que Rabbi Chmouël Schneersohn ait été le Rav de la ville de 1920 à 1928, sans doute à la mort de son beau père Rabbi Méir Chlomo.
Dans le livre « Toldot ‘HaBaD Beroussia Hassoviétit » est imprimée la liste des Rabbanim et des responsables communautaires qui participèrent au grand Congrès de Korastine qui se déroula en ‘Héchvane 1927 : il y est mentionné la participation de Rav Chmouël Schneersohn de Nikolaïev.
De même dans l’une des notes de Rabbi Yossef Yits’hak de l’année 1930 (imprimée dans Yemé Méle’h, 1ère partie, page 328) il est mentionné : « Une lettre à mon gendre, Rabbi Mena’hem Mendel -(le Rabbi – note de l’éditeur), à son père (Rabbi Lévi Yits’hak) et son oncle (Rabbi Chmouël) afin qu’ils agissent en harmonie avec Razine ». De là on comprend que les deux frères agissaient de concert pour tout ce qui concernait la diffusion de la Torah et Rabbi Yossef Yits’hak leur demandait par l’intermédiaire du Rabbi -d’agir avec le Dr. Razine, le célèbre responsable du Joint.
On a appris dernièrement, à propos du décès de la Rabbanit Myriam Guittel – par l’intermédiaire de sa belle fille, l’épouse de Rav Mena’hem Mendel, Madame Génia : « Elle décéda après une longue et douloureuse maladie le 20 Kislev 1940, du vivant de sa mère, la Rabbanit Ra’hel Yanovski, la grand-mère du Rabbi. A la mort de son épouse à un âge si jeune, Rav Chmouël était brisé et bouleversé ».
Leur fils, Rav Mena’hem Mendel reçut de nombreuses lettres de son cousin, le Rabbi. Dernièrement, on a découvert dans les Rechimot, la lettre qu’il lui envoya à l’occasion de sa Bar Mitsva :
« Le 28 Éloul – Riga
Mon cher cousin, le fils de mon frère Mena’hem Mendel,
A l’occasion de ton treizième anniversaire, du jour de ta Bar Mitsva, je désire bavarder un peu avec toi, comme si nous étions assis ensemble et que nous pouvions nous parler face à face. Jusqu’à ce que nous puissions nous revoir, je suis obligé de te transmettre mes paroles par écrit et j’espère que d’ici peu, après que tu aies étudié ce que je t’écris, tu me répondras par écrit ou par oral, tes commentaires sur ce que je t’écris, ainsi que tout ce que tu en penses et les idées que cela te donne… »
Et le Rabbi conclut sa lettre :
« Que D.ieu fasse qu’à partir du jour de ta Bar Mitsva, tu ailles en augmentant et en progressant. Sois fidèle à tout ce qui est saint pour nous, garde et protège tout ce qui nous est cher. Sois un exemple pour tous dans ta vie et dans tes voies, pour la gloire et l’honneur parmi nous et sois un Gaone dans notre famille.
Dans une note de l’éditeur : « Le fils de mon frère : comme il est écrit dans Yebamot (17 :2) : Comme Loth à propos duquel il est écrit : « Nous sommes des frères », car même le frère du père est appelé frère. Le corollaire est à remarquer à propos de la reine Esther : il est écrit explicitement qu’elle était la fille de son oncle ; or de nombreux commentateurs précisent qu’elle était la fille de son frère, que (Morde’hai) était donc son oncle ».
Rabbi Mena’hem Mendel et son épouse, Madame Génia se marièrent à Odessa le 13 Tévet 1941. Le Messader Kidouchine était le père du marié, Rabbi Chmouël Schneersohn, de mémoire bénie.
Après l’incarcération de Rabbi Lévi Yits’hak et son départ en exil au Kazakstan, son frère Rabbi Chmouël lui envoyait des colis de nourriture. Madame Génia se souvient encore aujourd’hui de son adresse en exil car c’était elle qui apportait les paquets à la poste.
Le ‘Hassid Rav Chmouël Schneerson fut également arrêté par les autorités soviétiques et, le 4 Tamouz 1941 fut condamné à trois ans d’exil dans la ville de Tomsk, en Sibérie. Au bout d’un an et demi, en Adar 1 de l’année 1943, il fut libéré de son exil à cause de sa faiblesse et de ses problèmes cardiaques. Après sa libération, Rabbi Chmouël arriva dans la maison de son fils, Mena’hem Mendel, qui habitait alors dans la ville de Tcherdzov en Turkménistan. Quand les Allemands s’étaient apprêtés à envahir l’Ukraine, Mena’hem Mendel et sa famille s’étaient enfuis là bas.
Éttil, épouse de Rav Zalman Mariachine. En 1942, elle s’enfuit devant l’avance allemande vers la ville de Offa, en Russie et c’est là qu’elle décéda.
Israël Leïb, de mémoire bénie. Il mourut très jeune du typhus à l’âge de 15 ans, en 1901, un an avant la naissance de son neveu, le Rabbi chef de notre génération. La mort de ce jeune homme causa une très grande peine à Rabbi Méir Chlomo et le Rabbi RaChaB lui envoya immédiatement une lettre de condoléances (imprimée dans le livre des Lettres du Rabbi RaChaB – 1ère partie page 252). Au début il écrit :
« Veille du Chabbat Kodech 9 Nissan 1901 – Worriassabène
A mon ami, le célèbre et honoré Rav, qui a la crainte de D.ieu etc.
Méir Chlomo, qu’il vive longtemps
J’ai entendu de notre ami commun, Rav Achère, (Cho’het Oubodeck) que vous souffrez et soupirez beaucoup, que D.ieu nous en préserve, au point que vous vous affaiblissez et que vous n’avez plus la force de vous occuper de quoi que ce soit… »
(Rav Achère Grossman de Nikolaïev est réputé pour certains de ses Nigounim (mélodies ‘hassidiques) mais aussi pour s’être tenu à la droite du Rabbi RaChaB quand celui-ci annota le Tanya et le Likouté Torah. Il était un ami proche de Rabbi Méir Chlomo (comme on peut le lire dans Toldot Rabbi Lévi Yits’hak, 1ère partie, p. 102 et suivantes).
Dans la lettre, Rabbi Chalom Dov Ber écrit longuement à propos de la façon dont il convient d’accepter les épreuves et la nécessité de s’éloigner de la tristesse etc. C’était alors juste avant la fête de Pessa’h et le Rabbi lui conseillait d’étudier durant les premiers jours tout le long « Hemchè’h Veka’ha » et ceci « avec son gendre » (Rabbi Lévi Yits’hak, le père du Rabbi).
Le mariage de Rabbi Lévi Yits’hak et de la Rabbanit ‘Hannah
C’est dans cette maison que naquit la Rabbanit ‘Hanna. Dans sa jeunesse, elle reçut une chaude éducation ‘hassidique par son père, le Rav Méir Chlomo et sa mère, la Rabbanit Ra’hel, ainsi que par son illustre grand père, Rabbi Avraham David qui décéda quand elle avait 10 ans, en 1890.
La Rabbanit ‘Hanna hérita de nombre des qualités extraordinaires de son père ainsi que de son ouverture d’esprit et de sa gentillesse.
Quand Rabbi Lévi Yits’hak eut l’âge de se marier, le Rabbi RaChaB proposa la Rabbanit ‘Hanna, la fille de Rabbi Méir Chlomo.
Après que la date du mariage eut été fixée au 13 Sivane 1900, la jeune fille tomba gravement malade et son père voulut retarder le mariage. Il envoya pour cela un émissaire au Rabbi RaChaB pour obtenir son accord pour le report. Mais le Rabbi RaChaB refusa et donna sa bénédiction pour que tout se passe pour le mieux, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Effectivement, le mariage se déroula à la date prévue, le 13 Sivane 1900, dans la maison d’un notable de la ville, M. Brichkovski, de mémoire bénie.
Trois mois auparavant, Roch ‘Hodech Adar Chéni, le Rabbi RaChaB avait envoyé une lettre au Rav Achère de Nikolaïev, l’ami de Rabbi Méir Chlomo, le père de la fiancée, dans laquelle il lui disait entre autres (Second volume des Lettres – p. 106) : « Je ne comprends pas qu’il ne mentionne rien au sujet de la fille de notre ami, Rav Méir Chlomo, et je lui serais reconnaissant qu’il me tienne au courant le plus rapidement possible ; que D.ieu lui envoie une prompte guérison, parmi tous les malades du peuple juif »
A l’approche du jour du mariage, le Rabbi RaChaB révéla à Rabbi Lévi Yits’hak, le fiancé, certaines préparations spirituelles en prévision du foyer éternel qu’il s’apprêtait à bâtir ainsi que l’écrivit Rabbi Lévi Yits’hak à son fils, le Rabbi avant le mariage de celui-ci (Lettres 3ème partie – page 106) : « Quand tu te tiendras sous la ‘Houppa (le dais nuptial), réfléchis tout le temps à la crainte de D.ieu. C’est ce que m’avait recommandé le Rabbi – de mémoire bénie, que son mérite nous protège, avant mon mariage ». (Likouté Lévi Yits’hak – Lettres).
En plus du télégramme que le Rabbi envoya avant le mariage, il envoya encore une lettre quelques semaines après le mariage au père du fiancé, Rabbi Barou’h Chnéour (Lettres – 3ème partie – page 136), à la date du mardi 6 tamouz 1900 :
« Du fond du cœur, je le félicite avec ma bénédiction de Mazal Tov pour le mariage de son fils Lévi Yits’hak, qu’il vive longtemps. Que D.ieu fasse que leur union dure longtemps et se déroule de façon agréable, matériellement et spirituellement, avec la réussite dans tous les détails, avec des enfants bénis de D.ieu selon la volonté de nos ancêtres, les saints Rébbéim, que leur mérite nous protège. Que le Rav obtienne d’eux une grande satisfaction selon son désir dans tous les domaines. Du fait de mes nombreuses occupations, cette lettre a été retardée jusqu’à maintenant mais vous avez certainement reçu le télégramme en temps voulu… »
Après le mariage, Rav Lévi Yits’hak resta auprès de son beau père, le Rav de Nikolaïev à peu près dix ans et il étudiait la Torah jour et nuit. (On raconte plusieurs histoires quant à sa conduite auprès de son beau père durant cette période dans les livres Toldot Lévi Yits’hak, Yemé Méle’h et d’autres).
Rav Chmouël Grossman raconte : « Rabbi Méir Chlomo étudiait avec moi à 5 heures du matin. Plus d’une fois, il me fit remarquer comment son gendre, Rabbi Lévi Yits’hak se préparait à aller dormir après qu’il ait étudié la Torah toute la nuit ».
Avec son petit-fils, le Rabbi
C’est pendant ces années où il habitait chez son beau père que naquit son fils aîné, le Rabbi, le 11 Nissane 1902.
La Brit Mila eut lieu le 18 Nissane, quatrième jour de ‘Hol Hamoëd Pessa’h (qui est également le jour de l’anniversaire de Rabbi Lévi Yits’hak). On raconte que le ‘Hassid, Rav Achère, le Cho’het de la ville de Nikolaïev était invité au repas. Cependant, comme il était particulièrement scrupuleux et – selon la tradition ‘hassidique – ne mangeait pas en dehors de chez lui, il ne goûta à rien. Rabbi Méir Chlomo le remarqua et en fut attristé mais il déclara : « De fait, je serais en droit d’être vexé et de vous en vouloir car, chez moi, vous pouvez manger sans crainte. Mais que puis-je faire ? Un jour, vous m’avez sauvé la vie ! »
Voilà ce qui s’était passé : un jour, Rabbi Méir Chlomo avait contracté la maladie du typhus – une maladie mortelle à l’époque, car on n’avait pas encore trouvé de remède efficace. Afin d’éviter la contamination d’autres personnes, les malades étaient envoyés de force par les autorités sanitaires dans des camps fermés, loin de la ville, sans médicaments. De fait, les malheureux souffraient terriblement jusqu’à leur mort inévitable dans ces conditions, que D.ieu nous en préserve. Seul le médecin était autorisé à leur rendre visite une fois par jour et à leur donner des médicaments qui ne faisaient qu’alléger un peu leurs douleurs. Personne d’autre n’avait le droit de les réconforter et de les aider dans leurs derniers moments sur terre tant était grande la crainte de la contagion.
Dès qu’on eut constaté son état, Rabbi Méir Chlomo fut lui aussi amené sans ménagements dans ce véritable mouroir, sans aucun espoir d’en sortir vivant.
Quand son plus proche ami, Rav Achère Grossman apprit la nouvelle, il se précipita en dehors de la ville avec un livre de Tanya sous le bras. Comme il n’était pas autorisé à entrer dans la chambre du malade ni même de se tenir à sa porte, il se tint debout non loin de sa fenêtre et se mit à lire à voix haute le Igrot Kodech 11 « Leaskilera Bina » dans lequel il est expliqué que rien de mauvais ne provient de D.ieu : l’homme doit se réjouir à chaque instant en plaçant sa confiance en D.ieu qui désire le combler de bienfaits à tout instant ; le croyant ne ressentira aucune souffrance car tout est pour le bien, véritablement et entièrement etc.
Après avoir achevé sa lecture, Rav Achère rentra chez lui sans avoir pu voir son ami mais il revint ainsi chaque jour, durant trente jours sans interruption, pour lire à voix haute ce chapitre.
Rabbi Méir Chlomo lui-même raconta par la suite que, dès la première lecture, il avait senti une petite amélioration de son état. Progressivement, il s’était renforcé et, au bout de trente jours dans cet enfer, il avait été déclaré guéri et avait pu en sortir, VIVANT !
On demanda un jour au Rabbi s’il avait eu un Pidione Habène (rachat du premier né) mais il s’avéra que cela n’avait pas été nécessaire puisque sa mère, la Rabbanit ‘Hanna, était une Bat Lévi !
Il y a plus de vingt ans, quelqu’un a fait remarquer qu’aucun des Rébbéim n’avait eu besoin de Pidione Habène, sauf Rabbi Chnéour Zalman et le Rabbi Tséma’h Tsédek. A propos de Rabbi Yossef Yits’hak, Reb Rephoël Cohen écrivit dans le livre Chemouot Vessipourim qu’il y avait un doute quant au fait qu’il soit un aîné (selon les paroles de la Rabbanit Sterna Sara qui, interrogée une fois par la fille aînée de Rabbi Yossef Yits’hak refusa de répondre à cette question).
(Cependant, sur la Matséva – pierre tombale – de la Rabbanit ‘Hanna, le nom de son père est mentionné mais sans aucune allusion au fait qu’il fût un Lévi… Ceci n’est pas non plus mentionné dans l’introduction du livre « Kav Naki »)
Il semble que, dans sa tendre enfance, le petit fils étudia et fut élevé en partie par son illustre grand père qui imprima sur lui son empreinte.
Même par la suite, quand Rabbi Lévi Yits’hak fut nommé Rav de Yékatronislav, le lien entre le petit fils et le grand père ne fut pas coupé. On connaît la note écrite par le Rabbi au début du « Hadrane » en l’honneur de sa grand-mère (Séfer Hassi’hot 1990 – 1ère partie) :
« 24 Tichri – jour du Yahrzeit de ma grand-mère – que D.ieu venge son sang, épouse du Rav, le Gaone etc. Rav Méir Chlomo Yanovski (Nikolaiëv). Quelques semaines avant la fin de l’été, durant plusieurs années je restai à Nikolaïev et elle s’occupait de moi etc ».
Cette note a été écrite par le Rabbi à propos de sa grand-mère, mais de là on comprend qu’il avait certainement davantage encore de contact avec le Rabbi Méir Chlomo. Même après le départ du Rabbi de Nikolaïev – aux environs de l’année 1909 – il continua de se rendre de temps en temps chez son illustre grand père dont il reçut une influence bénéfique.
Le mariage du Rabbi
Dans le livre Toldot Lévi Yits’hak (seconde partie – page 385) il est raconté au nom du regretté Rav Yits’hak Goldschmidt qui était Cho’het à Yékatronislav et qui se trouvait souvent dans la maison de Rabbi Lévi Yits’hak : « Dans la maison de Rabbi Lévi Yits’hak, on fêta ce soir-là (le 14 Kislev 1928) le mariage du Rabbi, dans les moindres détails – bien que le mariage se déroulât à Varsovie… Il y avait même des instruments de musique.
« Au moment du repas, après quelques verres de vodka…, Rabbi Lévi Yits’hak demanda à son beau père, Rabbi Méir Chlomo, de danser avec sa fille (la Rabbanit ‘Hanna) en guise de « Mitsva Tanz ». Rabbi Méir Chlomo refusa jusqu’à ce que Rabbi Lévi Yits’hak s’écria d’une voix forte : « Je vous l’ordonne ! ». Alors Rabbi Méir Chlomo s’exécuta et dansa avec sa fille ».
Cependant, dans Likouté Si’hot 34ème volume – page 291), en réponse à Rav Gavriel Tzinner (auteur des réponses hala’hiques Néta Gavriel) qui, après avoir lu cet épisode, avait demandé pourquoi chez Loubavitch on n’a pas l’habitude de faire Mitsva Tanz dans les mariages, le Rabbi écrit : « Je n’ai pas entendu parler de cela – mais celui qui voit concrètement à quoi aboutit cette habitude de nos jours dans certains mariagesen comprend la raison ».
Par la suite, on peut voir ce qu’en écrit la Rabbanit ‘Hanna elle-même à propos de cette soirée : « Le Rav (Rav Lévi Yits’hak) dansa avec son beau-père (Rabbi Méir Chlomo) et son frère pendant très longtemps et les gens les regardaient danser tandis que les larmes coulaient de tous les visages. Personne ne pouvait s’empêcher de pleurer. Telle était la joie qui régnait alors ».
Dans une lettre qu’écrivit le Rav, le ‘Hassid, Rav Chmouël Schneersohn à propos de son frère, en date du 17 Kislev, il décrit comment se déroula le mariage dans la maison de Rabbi Lévi Yits’hak et conclut : « Voici en bref comment se déroula la journée chez nous et nous allons encore célébrer les sept jours de festin et c’est pour cela que je suis resté jusqu’au lundi ainsi que mon beau père (Rabbi Méir Chlomo) et ma belle-mère (la Rabbanit Ra’hel) ».
Son décès
Rabbi Méir Chlomo décéda le 23 Éloul et fut enterré à Nikolaïev. Ce cimetière fut détruit par les Soviétiques – que leur nom soit effacé ! – et, à sa place, ils construisirent un parc, que D.ieu nous en préserve !
Dans le calendrier de l’année 1946, le Rabbi a noté la date du 23 Éloul comme « le jour de mon grand père, le Rav Méir Chlomo ».
Le Rabbi avait l’habitude tous les ans, de réciter le Kadich ce jour là mais les premières années, on ignorait pour qui c’était. Ce n’est qu’en 1986 que le Rabbi en révéla la raison et prononça même une Si’ha en cette occasion à propos de son grand père.
On estimait qu’il décéda en 1937 mais dernièrement on apprit que c’était en 1933 : dans les Rechimot (fascicule 14 page 14), dans le « journal » de Tichri 1933, le Rabbi écrit à propos d’une mélodie du Rabbi MaHaRaCh et de son origine. Il écrit alors la phrase suivante : « Je l’ai appris de mon grand père, qu’il vive longtemps ». Il était donc encore vivant à ce moment-là.
De même dans le numéro 834 du magazine Kfar ‘HaBaD (page 28), on trouve une lettre envoyée par Rabbi Méir Chlomo au Rabbi à la date du 24 Éloul 1930.
Finalement, on est obligé de trancher d’après une lettre écrite par Rabbi Chmouël Schneersohn, l’oncle du Rabbi et qui était aussi le gendre de Rabbi Méir Chlomo Yanovski : cette lettre a également été imprimée dans Kfar ‘HaBaD (718, page 112) et est datée de la veille de Yom Kipour 1933 : « J’ai subi une grande perte car mon beau père, le Gaone (Rav Méir Chlomo) est décédé la semaine précédant Roch Hachana. Quel malheur ! Ah, ceux qui partent et ne sont pas oubliés ! C’était un véritable Tsadik, que D.ieu nous console parmi tous les endeuillés de Tsione et de Yerouchalayim et qu’Il dise à nos souffrances : Suffit ! Que son mérite nous protège ! »
De là on apprit donc que Rabbi Méir Chlomo décéda en 1933.
Le Rabbi avait l’habitude de désigner de façon spéciale les dates dans les livres édités par Kehot. Dans le livre Atéret Roch qui fut imprimé en 1949 le Rabbi précise que la date d’impression est le 23 Éloul
Son épouse, la Rabbanit Ra’hel
La Rabbanit Ra’hel Yanovski était la fille du Rav Yits’hak Pushnitz, le Rav de Dobrinka (une ville proche de Nikolaïev).
Le Rabbi écrit à son sujet dans un manuscrit du début du Hadrane en l’honneur du Yahrzeit de sa grand-mère (Séfer Hassi’hot 1990 – 1ère partie) :
« Le 24 Tichri, jour du décès de ma grand-mère, la Rabbanit Ra’hel – que D.ieu venge son sang, l’épouse du Gaone, du Rav, Rabbi Méir Chlomo Yanovski (Nikolaïev)… »
Madame Génia Schneersohn raconte à propos de la Rabbanit Ra’hel :
« Quand les Allemands approchèrent de l’Ukraine, nous avons décidé de nous enfuir de Nikolaïev vers l’Asie lointaine. Nous avons voulu emmener avec nous la grand-mère de mon mari, la Rabbanit Ra’hel. Nos voisins non juifs ont vu que nous nous apprêtions à l’emmener pour un long voyage et nous ont proposé de la laisser chez eux : « C’est une femme âgée et les aléas du voyage seront trop pénibles pour elle. Laissez-la chez nous et nous la protègerons contre les Allemands ! ». C’est ce qu’ils promirent. En accord avec la grand-mère, les membres de sa famille décidèrent de la laisser dans la maison des voisins non juifs. Effectivement, les voisins tinrent leur promesse : quand les Allemands envahirent l’Ukraine, les voisins cachèrent la grand-mère Ra’hel dans leur maison et les Nazis n’eurent pas connaissance de son existence. Mais, pour son malheur, d’autres voisins, des bandits sans foi ni loi, avaient compris qu’elle se cachait dans cette maison. Quand les Nazis – que leur nom soit effacé rassemblèrent les Juifs de Nikolaïev pour les tuer, elle fut dénoncée et emmenée elle aussi de force par les Nazis avec les milliers d’autres Juifs qui furent assassinés Al Kidouch Hachem, que D.ieu venge leur sang !
En 1948, le vendredi 8 Adar, naquit une fille au foyer du regretté Rav Moché Hecht. Ce jour-là, le Rabbi lui téléphona et lui demanda une faveur : jusqu’à présent, aucune petite fille n’avait été nommée du nom de sa regrettée grand-mère, la Rabbanit Ra’hel, que D.ieu venge son sang. Pouvait-il donner à sa fille le prénom Ra’hel ? C’est ce qu’il fit.
Quand le Rabbi apprit que sa demande avait été exaucée, il envoya une lettre à Rav Hecht : « J’ai appris par son frère qu’il lui est née une fille et qu’il l’a appelée Ra’hel. Je le remercie du fond du cœur d’avoir accepté ma suggestion et je le bénis pour qu’il puisse l’élever dans la Torah, vers la ‘Houppa et pour les bonnes actions, dans la largesse, matériellement et spirituellement !
« Et pour conclure avec des paroles de Torah : son nom représente quelque chose de particulier comme il est écrit dans le livre Yonat Élème
– chapitre 5 : « Il y eut de la lumière » Guematria : Ra’hel. Et il faut expliquer d’après ce qui écrit dans Torah Ohr, au début du Maamar : « Vatossef Esther : l’assemblée d’Israël est appelée Ra’hel quand elle est dans une perspective dévoilée et il en est ainsi dans chaque Juif, dont la volonté est de s’annuler et de se fondre dans Sa Lumière céleste alors qu’Il est dévoilé et enthousiaste.
« Or voici : chez les Bné Israël, toute chose doit être grâce à un travail.
Et la lumière a un avantage justement par rapport à l’obscurité comme on le sait. C’est ainsi qu’on comprend ce que disent nos Sages : « Hachem et ce fut la lumière » en accord avec le livre de Chemot dans lequel les Bné Israël sont sortis de l’obscurité vers la lumière. Et ce n’est pas ici l’endroit pour s’approfondir sur tout cela.
« Avec ma bénédiction de Mazal Tov et mes souhaits pour un Pourim joyeux du fond du cœur
Harav Mena’hem Schneersohn
(inclus le reçu de 18 pièces en faveur de Ra’hel fille de Rivka Hecht pour la Tsedaka en son mérite).
Le regretté Rav Moché Hecht raconte : « La Rabbanit ‘Hanna – de mémoire bénie la mère du Rabbi fut très heureuse de cela et quand nous arrivâmes à New York et que nous lui avons rendu visite avec le bébé, elle nous dit que son fils lui avait déjà annoncé qu’elle portait le nom de sa mère et elle s’en montra enchantée. Depuis ce jour, chaque fois que nous allions lui rendre visite, elle nous recevait particulièrement chaleureusement ».
Rav Guerchone Mendel Garélik déclara que, lors de la première Ye’hidout (entretien privé) qu’il eut avec le Rabbi, celui-ci lui demanda d’ « apprendre les Hil’hot Birkot Hanéénine avec les explications de Dére’h Ha’haïm et du Netiv ‘Haïm de mon grand père ».
Traduit par Feiga Lubecki
Chants composés par le Rav Meir Chlomo HaLevy Yanovsky
Dans l’avancée qui, jour après jour, nous conduit aux grandes fêtes de Tichri, à Roch Hachana et à Yom Kippour, il existe des étapes. Il y a comme des jours différents qui, tout à coup, font apparaître une lumière nouvelle et relancent, de ce fait même, l’effort entrepris par chacun. Aujourd’hui, nous en rencontrons un : le 18 Elloul ou, pour reprendre la terminologie hébraïque, le «‘Haï Elloul – Elloul vivant».
Commençons par un peu d’histoire : c’est à cette date, respectivement en 1689 et en 1745, que naquirent le Baal Chem Tov, fondateur du ‘hassidisme, et Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, fondateur du ‘hassidisme ‘Habad. Cette seule constatation aurait suffi à faire du 18 Elloul une journée à part ; ne s’agit-il pas de deux de nos plus grands sages qui ont fondamentalement renouvelé notre manière de vivre le judaïsme ?
Cependant, la tradition va beaucoup plus loin quand elle les nomme «les deux grands luminaires». Car c’est bien de cela qu’il s’agit : comme un luminaire éclaire ce qui l’entoure, comme il révèle à tous ce qui, jusque là, avait été négligé, comme il crée un lieu de vie où tous se rassemblent, ainsi le Baal Chem Tov et Rabbi Chnéour Zalman furent ceux qui apportèrent au monde bien des éléments qui lui faisaient, en ce temps, si cruellement défaut et que l’histoire regroupa sous le nom de « ‘Hassidisme ».
On le sait aujourd’hui : une certaine connaissance des choses, une certaine vision et une certaine compréhension, clés du bonheur d’être juif, y étaient contenues.
Il a été souvent relevé que, entre le 18 Elloul et Roch Hachana s’écoulent exactement douze jours. Ce n’est, bien sûr, pas un hasard – en existe-t-il un ? Ces douze jours correspondent, nous dit-on, aux douze mois de l’année car la période est à la Techouva, au plus authentique des retours à D.ieu. Dès lors, ces douze jours sont une chance littéralement prodigieuse de réparer, au fil du temps, mois après mois de l’année écoulée. Une telle approche pourrait renvoyer à quelque forme de la désespérance ; chacun n’est-il pas conscient de ses propres insuffisances ? Le 18 Elloul se traduit donc, dans son appellation hébraïque, par « Elloul vivant » car il donne vie à toute l’œuvre spirituelle à accomplir.
En ces temps où nos efforts sont tendus dans la préparation intérieure à l’année nouvelle, ce jour est bien précieux, à la fois pour la leçon qu’il nous donne et pour la force dont il nous gratifie. Il faut savoir retenir l’une et l’autre afin que, demain, nous méritions que nous soit accordée la merveilleuse année dont rêvent tous les hommes.
C’est en ce jour que le Rabbi Rayats, Rabbi Yossef Itshak Schneerson, âgé de dix-sept ans, épousa la Rabbanit Né’hama Dina Schneerson, fille du saint Rav Avraham de Kichinev, à la veille du saint Chabbat Parchat Ki Tétsé. Leur mariage fut célébré à Loubavitch.
Quand le Rabbi Rayats fut en âge de se marier, il reçut de nombreuses propositions, dont certaines émanaient de familles aisées, qui proposaient des dots importantes. Ses parents, le Rabbi Rachab et la Rabbanit Shterna Sarah optaient pour une union avec la fille du saint Rav Avraham Schneersohn, alors que sa grand-mère, la Rabbanit Rivka, veuve du Rabbi Maharach, privilégiait d’autres propositions.
Ils décidèrent d’interroger le jeune homme, qui était encore très jeune. Ils lui firent part des propositions qui avaient été formulées et ils lui dirent que, tout comme il est écrit dans la Torah, à propos du mariage de Its’hak et Rivka : «nous lui demanderons son avis», ils le consultaient également, concernant les partis qui lui étaient proposés.
Le jeune homme répondit :
«Il est écrit, dans la même Paracha : ‘Tu prendras une épouse pour mon fils dans ma famille et dans la maison de mon père’.» (Yemeï ‘Habad, à la page 246)
Le Rabbi Rachab adressa à ses proches l’invitation suivante, pour le mariage de son fils : «D.ieu, béni soit-Il, m’a accordé le mérite de marier mon fils unique et exceptionnel, Yossef Its’hak, avec sa fiancée, fille de mon cousin, le ‘Hassid, Rav Avraham de Kichinev. Leur mariage a été fixé, avec Mazal Tov, au vendredi, veille du saint Chabbat 13 Elloul prochain, à Loubavitch. C’est la raison pour laquelle j’invite ceux que j’aime, en mon âme, afin qu’ils viennent prendre part à ma joie, avec mes amis. Que D.ieu béni soit-Il, vous accorde de vous réjouir avec les membres de votre famille. Recevez la vie, la paix et la bénédiction du Maître de la paix, de la part de votre grand ami, qui recherche votre bien, de tout son cœur et de toute son âme».
Le 12 Elloul 5689 (1929), le Rabbi précédent, Rabbi Yossef Its’hak Schneerson, le beau-père du Rabbi, effectua sa première visite aux Etats-Unis. Des milliers de Juifs américains se rassemblèrent au port de New York pour lui souhaiter la bienvenue. Quand il apparut, tous les présents chantèrent : «Barou’h Ha Ba (bienvenue)».
Après son voyage en Terre Sainte, il tourna son attention vers les États-Unis, arrivant à Manhattan le 17 septembre 1929 (12 Elul 5689) sur le paquebot français France. Le Rabbi précédent a été accueilli par quelque 600 personnes, la sécurité étant assurée par plus de 100 policiers de la ville de New York. « Que le Tout-Puissant bénisse ce grand pays qui a été un refuge pour notre peuple juif », a-t-il déclaré à son arrivée.
Le but de sa visite était d’évaluer l’état éducatif et religieux de la communauté juive américaine et de faire prendre conscience du sort des Juifs soviétiques. Salué comme « l’une des plus grandes personnalité juive de notre époque », il a été honoré lors d’un banquet le 28 octobre à Manhattan par des dirigeants juifs orthodoxes, conservateurs et réformés.
Aux États-Unis, le Rabbi précédent avait également voyagé (parmi des endroits autres que New York) à Philadelphie, Baltimore , Detroit , Boston, et Chicago.
Le 10 juillet, il a rencontré le président Herbert Hoover à la Maison Blanche. En tant que candidat présidentiel républicain, Hoover avait fait pression pour sa libération. Les partisans de Loubavitch en Amérique ont supplié leur Rabbi de quitter la Russie et de rester en Amérique, mais le Rabbi précédent a refusé. Il quitte les États-Unis pour retourner à Riga, en Lettonie, le 17 juillet 1930.
De 1934 jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale, il vécu à Varsovie, en Pologne. (Wikipédia)
Dans les annales du temps, se dessinent deux moments de transcendance, deux instants de métamorphose spirituelle pour la France. Le 19 Kislev a marqué le point de départ, l’éclat initial qui a éveillé les âmes à la lumière de la Torah. Puis, le 12 Tamouz est venu sceller cette transformation, libérant la nation de ses entraves spirituelles et lui ouvrant les portes d’une nouvelle destinée.
Rav Haïm Mellul
Le 15 Sivan 5687 (1927), commença l’incarcération bien connue du Rabbi Rayats. Au milieu de la nuit, il fut arrêté dans sa maison, à Leningrad et conduit à la prison Shpolerki, accusé d’avoir agi, avec abnégation, pour maintenir vivace la flamme du Judaïsme en Union soviétique.
Les autorités voulurent condamner le Rabbi Rayats à la peine capitale, mais, grâce à différentes démarches et à la bonté de D.ieu, celle-ci fut commuée d’abord en dix ans d’exil dans les îles slovaques, puis en trois ans d’exil à Kostroma.
Le 3 Tamouz, le Rabbi Rayats fut effectivement exilé à Kostroma, mais, peu après, le 12 Tamouz, sa libération définitive lui fut signifiée. Le 13 Tamouz, il quitta Kostroma pour rejoindre la cour de Loubavitch, à Leningrad. Quelques semaines après cette libération, au lendemain de la fête de Soukkot 5688 (1927), le Rabbi quitta la Russie et il parvint à Riga, en Lettonie.
La libération du Rabbi et son départ de Russie reçurent, par la suite, une signification plus importante et plus large, parce qu’une période nouvelle commença, grâce à cela, dans son œuvre et dans l’influence qu’il exerçait dans son entourage, y compris auprès des nations du monde et, notamment, en France.
Le Rabbi, chef de notre génération, évoqua cette importante signification, dans l’une de ses causeries, qu’il prononça à l’occasion de la fête de la libération, le 12 Tamouz 5749 (1989), qui était, cette année-là, le saint Chabbat Parchat ‘Houkat – Balak. Un important groupe d’invités de France, revenu à la pratique de la Torah et des Mitsvot grâce à ses émissaires, se trouvait alors chez le Rabbi.
Lors de cette réunion ‘hassidique, le Rabbi établit un lien entre l’arrivée de ces invités, venus de France et la libération du 12 Tamouz. Il développa, en particulier l’explication suivante(5) :
« On sait la relation que l’Admour Hazaken avait avec la Russie et la France. Quand ces deux pays étaient en guerre, il voulut la victoire de la Russie, contre la France, car la situation morale des enfants d’Israël, pour tout ce qui concerne leur crainte de D.ieu, serait meilleure sous l’autorité de la Russie que sous celle de la France ».
« On peut observer concrètement qu’en toutes les générations, depuis le Baal Chem Tov, jusqu’à mon beau-père et maître, le Rabbi, chef de notre génération, pendant les premières années de sa direction des ‘Hassidim, la révélation et la diffusion de l’enseignement de la ‘Hassidout se faisaient précisément en Russie ».
« Il en résulte que, même après la libération de l’Admour Hazaken, le 19 Kislev, lorsque : ‘l’Eternel a accompli des merveilles aux yeux des princes et de toutes les nations, dans toutes les provinces du Roi’, la transformation de la France n’avait pas encore été réalisée. Ce pays était et il restait dans une situation inférieure, par rapport à ce que doit être un comportement basé sur la crainte de D.ieu, selon la voie de la ‘Hassidout ».
« En la matière, un fait nouveau a été introduit par le chef de notre génération. Avant même de prendre la direction des ‘Hassidim, il a agi en France et il a transformé le pays. Quand il quitta la Russie, après la libération des 12 et 13 Tamouz, il envoya des émissaires et des manuscrits de ‘Hassidout, en France ».
« Par la suite, ce processus s’amplifia, jusqu’à ce jour et l’on peut observer concrètement, ces dernières années, la grande action de diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur, qui est réalisée en France. De nombreux Juifs s’y sont rapprochés de la Torah et du Judaïsme. Ils se sont attachés au chef de la génération, à celui dont nous célébrons la libération. Désormais, ils étudient son enseignement ».
« Ils sont ainsi devenus des « lumières pour éclairer », en se consacrant à la diffusion de la Torah et du Judaïsme, à la diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur, au point d’agir également sur les nations du monde qui se trouvent dans ce pays, afin qu’elles mettent en pratique les sept Mitsvot des descendants de Noa’h ».
« Cela veut dire que la libération du 12 Tamouz souligne l’action et l’influence exercée sur les nations du monde, y compris les plus basses, jusque dans le pays duquel l’Admour Hazaken craignait l’impact et l’autorité sur la situation morale des enfants d’Israël ».
« De cette façon, a été conduite à son terme la préparation de la délivrance véritable et complète, lorsque, d’une manière concrète et évidente, la Résidence de D.ieu, béni soit-Il, sera parmi les créatures inférieures, les plus inférieures qui soient »
Révélation de Celui Qui possède la vie éternelle dans les domaines du monde
A la suite de ces propos, le Rabbi établit un lien également entre la délivrance du Rabbi Rayats, le 12 Tamouz et l’arrivée de ces personnes qui avaient été rapprochées de la pratique juive en France. Le Rabbi dit ceci :
« Tout ce qui vient d’être exposé est encore plus clairement souligné parce que, dans cette réunion ‘hassidique en l’honneur de la fête de la libération du 12 Tamouz, dans les quatre coudées de celui dont nous célébrons la libération, se trouve un groupe de Juifs venus de France, qui ont été rapprochés de la Torah et des Mitsvot telles qu’elles sont pénétrées du luminaire de la Torah, l’enseignement de la ‘Hassidout, en conséquence du fait nouveau qui a été introduit par celui dont nous célébrons la libération, dans la diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur. »
« Il est donc judicieux de les honorer en leur demandant de dire Le’haïm et un chant joyeux, l’hymne de la France qui a été transformé en sainteté. On notera que cet honneur est, en outre, une forme d’hospitalité. Cependant, ils le feront, non pas en tant qu’invités, mais comme des maîtres de maison, qui, notamment, seront rejoints par tous les présents, qui chanteront avec eux ».
« On rappellera que ces jours-ci marquent le bicentenaire de la révolution française, dont l’Admour Hazaken craignait les conséquences. Et, ceci a également été transformé en sainteté. On obtient, de cette façon, la révolution française dans sa dimension positive, la diffusion de la Torah et du Judaïsme, la diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur, en France ».
« Ceci s’exprime aussi dans l’hymne de la France, un chant révolutionnaire, que l’on transforme en sainteté, ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’, comme c’est le cas pour la marche de Napoléon, que de nombreuses communautés des enfants d’Israël ont coutume de chanter à la fin et à la conclusion du jour sacré de Yom Kippour ».
« Et, l’on consultera, à ce propos, le Sefer Ha Si’hot 5703 selon lequel l’Admour Hazaken demanda qu’on lui fasse connaître la marche avec laquelle les Français avaient traversé la frontière russe. On le chanta donc devant lui et il constata que c’était une marche de victoire. Il resta alors profondément concentré, puis il conclut qu’au final, on emporterait la victoire ».
« Cette marche est chantée sur les mots : ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle… la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’. La signification de ces mots indique le dévoilement et la révélation de ‘Celui Qui possède la vie éternelle’ dans tous les domaines du monde, qui sont figurés par les vingt-deux lettres de l’alphabet, de l’Aleph jusqu’au Tav, par lesquelles le monde fut créé, ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle… la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’ ».
« Puisse D.ieu faire que ce qui vient d’être dit se renforce chez les membres de ce groupe, avec tous les participants à cette réunion ‘hassidique, au sein de tous les enfants d’Israël, où qu’ils se trouvent ».
« Et, que ceci se renforce encore plus quand ils rentreront chez eux. Ils étendront ainsi leur action au monde entier, depuis : ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’ jusqu’à : ‘la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’ ».
A l’issue de ces propos, le Rabbi s’adressa au groupe d’invités venus de France et il leur dit, en français :
« Que tous les invités venus de France pour la fête de la libération soient les bienvenus. Vous aurez l’honneur de chanter votre chant, ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’ jusqu’à : ‘ la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternell ».
« Lorsque vous rentrerez chez vous, vous diffuserez le message selon lequel : ‘‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’ jusqu’à : ‘la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’. Tout ceci sera dans la joie et dans l’enthousiasme, avec un bon Mazal, d’une manière fructueuse et bénie ».
Le Rabbi commença ensuite à chanter Ha Adéret Ve Ha Emouna. Concrètement, ces propos du Rabbi sur la signification de la libération du Rabbi Rayats, le 12 Tamouz 5687 (1927) et sur le lien qui peut être établi entre cette délivrance et l’action du Rabbi Rayats en France, permettent de comprendre plus profondément l’action importante qui fut menée par le Rabbi Rayats en France, pendant la décennie qui suivit sa libération.
Comme on le montrera ci-dessous, le Rabbi Rayats, pendant ces dix ans, se rendit en France, à Paris à de multiples reprises. Il mena une intense action auprès de personnalités et de dirigeants français. Il prit l’initiative d’organiser des réunions de Torah et de ‘Hassidout.
Le Rabbi Rayats diffusa lui-même la ‘Hassidout en France. Il intervint également par l’intermédiaire de son gendre, le Rabbi, chef de notre génération, de ses émissaires et de ses ‘Hassidim. De nombreuses actions furent menées de cette façon. Toutes furent, comme le souligna le Rabbi, une conséquence de sa libération du 12 Tamouz 5687 (1927).
Le Rav Haim Mellul, lors du Farbrenguen de Youd Beth Tamouz 5784 au Beth Habad de Flandre, nous a livré un enseignement profond sur l’importance des paroles du Rabbi de Loubavitch dans notre vie quotidienne. À travers le concept de « Hitvaadouiot Peiliot » (Farbrenguen actif), il nous a montré comment chaque rencontre, chaque étude, et chaque action peuvent être transformées en opportunités de croissance spirituelle et de préparation à la venue du Machia’h.
L’expression « Hitvaadouiot Peiliot » signifie qu’un Farbrenguen doit toujours être suivi d’une incidence sur l’action concrète. C’est-à-dire que le Rabbi nous montre en un seul terme comment il faut savoir évaluer la situation dans laquelle on se trouve.
L’étude de la Torah : Se décentrer de soi
L’étude de la Torah a pour objectif d’intégrer en soi ses enseignements. Pour y parvenir, il est nécessaire de faire abstraction de sa propre personne et de ne pas se focaliser sur soi-même. L’attention doit être entièrement portée sur l’idée étudiée. Cette approche permet une compréhension plus profonde et une assimilation véritable des concepts de la Torah.
L’importance de l’évaluation correcte des situations
L’objectif principal d’un Farbrenguen est d’apporter un changement concret dans l’action. Il est crucial de comprendre dans quel contexte une situation doit être abordée. Cependant, il faut éviter de déterminer à l’avance le cadre précis dans lequel on doit agir. Une telle approche rigide pourrait nous faire passer à côté du véritable but.
L’histoire du Hassid et de l’opération
Un jour, un Hassid tomba malade. Les médecins lui dirent : « Vous avez besoin d’être opéré. Il y a deux façons de procéder : la première et la seconde. » Le Hassid se dit alors : « Je vais demander au Rabbi quelle méthode choisir. » Il se rendit en Ye’hidout (il avait facilement accès au Rabbi) et exposa la situation : « Voilà, il y a deux façons de procéder. Dois-je choisir la première ou la seconde ? »
Le Rabbi lui répondit par une question : « Mais pourquoi ne me demandez-vous pas s’il faut faire l’opération ou non ? » À cet instant, le Hassid réalisa son erreur. Il comprit qu’il avait mal évalué la situation et ce que le Rabbi attendait de lui. Confus, il s’excusa : « Je suis désolé, je recommence. Dois-je faire l’opération ou pas ? » Le Rabbi lui répondit alors : « C’est trop tard. Vous êtes entré dans mon bureau avec l’idée que l’opération était indispensable. Je ne peux plus rien faire pour vous. »
Les conséquences d’une mauvaise évaluation
Une évaluation erronée d’une situation peut nous empêcher d’en tirer tous les bénéfices possibles. Le Farbrenguen a pour objectif principal d’engendrer un changement concret dans nos actions. Son efficacité dépend grandement de l’état d’esprit de chaque participant.
Lors d’un Farbrenguen, il est crucial de reconnaître que D.ieu nous offre une opportunité unique de réexaminer notre comportement et d’envisager des actions dont nous ne nous sentions pas capables auparavant. Cette prise de conscience transforme notre participation en une véritable responsabilité.
La question fondamentale du Farbrenguen
Assister à un Farbrenguen implique donc de se poser la question suivante : « Comment ce moment va-t-il me permettre de réévaluer et de transformer mon comportement ? » Cette réflexion nous incite à rester ouverts aux nouvelles perspectives, à remettre en question nos habitudes, et à saisir pleinement l’occasion de croissance spirituelle qui nous est offerte.
En adoptant cette attitude, nous maximisons le potentiel transformateur du Farbrenguen, permettant ainsi à ses enseignements de se traduire en changements tangibles dans notre vie quotidienne. Chaque Farbrenguen devient alors une opportunité précieuse de renouveau personnel et d’amélioration de nos actions concrètes.
L’enseignement de Tou B’Av : Nouvelles possibilités spirituelles
L’intensification de l’étude après Tou B’Av
La Guemara enseigne qu’à partir de Tou B’Av, on doit intensifier son étude de la Torah. La raison en est que, à partir de cette date, les nuits commencent à s’allonger. Comme le stipule la Guemara, la nuit a été créée spécifiquement pour l’étude de la Torah. Ainsi, l’allongement des nuits implique que nous devons consacrer plus de temps à l’étude.
La Guemara affirme que celui qui augmente son étude de la Torah à partir de Tou B’Av « ajoute de la vie à sa vie ». Cette déclaration soulève une question importante : comment interpréter ce conseil ?
Le paradoxe apparent
En effet, deux situations se présentent : Si une personne a la possibilité d’étudier davantage la Torah avant Tou B’Av, elle n’a aucune raison d’attendre cette date pour le faire. Si quelqu’un a déjà consacré chaque instant disponible à l’étude de la Torah jusqu’à Tou B’Av, il semble avoir déjà maximisé son temps d’étude.
Dès lors, une question se pose : qu’est-ce que Tou B’Av peut apporter de plus à ces personnes ? Comment peut-on comprendre cette injonction d’augmenter l’étude de la Torah à partir de cette date spécifique, et quel est le sens profond de « ajouter de la vie à sa vie » dans ce contexte ?
La révélation de nouvelles capacités
Le Rabbi nous enseigne que l’arrivée de Tou B’Av marque l’émergence d’une nouvelle possibilité, inexistante auparavant. Cette date révèle au monde une opportunité inédite accordée par D.ieu.
À partir de Tou B’Av, même celui qui a déjà optimisé chaque instant disponible pour l’étude de la Torah se voit offrir la capacité de faire davantage. Cette révélation s’applique même à ceux qui ont pleinement consacré leur temps à l’étude jusqu’à présent.
Ainsi, Tou B’Av ne représente pas simplement un changement dans le calendrier, mais une transformation spirituelle profonde. Cette date ouvre de nouvelles dimensions dans notre capacité d’étude et de croissance spirituelle. Elle nous invite à repousser nos limites et à découvrir des ressources intérieures insoupçonnées.
La Providence divine dans chaque Farbrenguen
L’enseignement du Baal Shem Tov
Un Farbrenguen représente un jalon important dans la vie d’un Juif. Le Baal Shem Tov enseigne que même pour une feuille morte, le nombre exact de rotations qu’elle effectue dans l’air avant de toucher le sol a nécessité une pensée spécifique de D.ieu durant les six jours de la Création. À plus forte raison, imaginez la pensée divine précise qui détermine la participation de chaque Juif à un Farbrenguen particulier.
Cette perspective nous invite à reconnaître le Doigt de la Providence divine dans les événements de notre vie. Ainsi, notre présence à un Farbrenguen n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une intention divine spécifique remontant à la Création. Cette prise de conscience confère une dimension unique à notre expérience du Farbrenguen.
La responsabilité qui en découle
Cette compréhension engendre une responsabilité pour chaque participant. Elle nous incite à analyser en profondeur notre comportement et à réfléchir sur la manière dont nous pouvons le modifier grâce aux forces que le Rabbi nous transmet.
Lors d’un Farbrenguen, nous pouvons être certains de la présence spirituelle du Rabbi parmi nous. Même si nous ne le voyons pas physiquement, sa présence est indubitable.
En somme, participer à un Farbrenguen, c’est répondre à un appel divin spécifique. C’est saisir une opportunité unique de croissance spirituelle, guidée par les enseignements du Rabbi et soutenue par sa présence spirituelle. Cette perspective transforme le Farbrenguen en un moment de connexion profonde avec le divin et d’introspection personnelle significative.
La continuité spirituelle : Le microphone et le haut-parleur
L’histoire symbolique
Lors de l’arrivée du Rabbi aux États-Unis, le Rabbi précédent, qui éprouvait des difficultés d’élocution, l’a immédiatement chargé de diriger les Farbrenguen. Durant ces rassemblements, un microphone relié à un haut-parleur était installé dans le bureau du Rabbi précédent.
Après la Histalkout du Rabbi précédent, lors de son premier Farbrenguen, le Rabbi a fait une déclaration importante : « N’imaginez surtout pas que le microphone a été retiré. Il est toujours là ; seul le haut-parleur est monté un peu plus haut. Le microphone et le haut-parleur sont toujours à leur place. »
La signification profonde
Cette déclaration symbolique souligne la continuité spirituelle et la présence constante du Rabbi parmi nous. Elle nous rappelle que le Rabbi est toujours avec nous, même si sa présence n’est plus physique.
Cette idée s’inscrit dans une perspective plus large : D.ieu, durant les six jours de la Création, a prévu que chaque Farbrenguen soit un moment propice à notre progression spirituelle. Si nous abordons le Farbrenguen avec cette conscience, en nous appuyant sur les forces que le Rabbi nous a transmises, nous pouvons être certains que chacun en sortira avec un élan renouvelé dans son service divin.
En résumé, chaque Farbrenguen est une opportunité unique, pensée par D.ieu et soutenue par la présence spirituelle du Rabbi. C’est un moment privilégié pour faire un pas en avant dans notre croissance personnelle et notre connexion au divin. En participant avec cette conscience, nous nous ouvrons à une transformation profonde et durable dans notre vie spirituelle.
Youd Beth Tamouz : La libération universelle
L’inclusion de toutes les âmes
On établit un lien profond entre l’action concrète et la pensée, particulièrement en ce qui concerne les âmes. J’ai récemment appris que la libération concerne même celui qu’Israël appelle « kinouil » (surnom). Un surnom ne décrit pas l’essence complète d’une personne ; ce n’est ni le nom donné lors de la circoncision, ni celui inscrit sur les documents officiels. Le Rabbi nous montre ainsi que même quelqu’un qui semble éloigné peut tirer bénéfice de Youd Beth Tamouz.
La prédiction sur l’effondrement du communisme
En réfléchissant ensemble à ce que Youd Beth Tamouz peut apporter à chacun, rappelons-nous l’histoire du Rabbi précédent. Après sa libération de prison, il quitta la Russie quelques mois plus tard. Le Rabbi précédent déclara alors que son départ de Russie entraînerait l’effondrement du communisme. Cette prédiction mit plus de 60 ans à se réaliser.
Ce long délai est remarquable, d’autant plus que pendant cette période, l’URSS est devenue ce que le Rabbi appelait une « super power », une superpuissance. Pour ceux qui ont vécu dans les années 60-70, quand l’URSS était comparable aux États-Unis en puissance, il était inimaginable que le communisme s’effondrerait.
Ainsi, Youd Beth Tamouz nous rappelle que chaque âme, même celle qui semble la plus éloignée, a le potentiel de se libérer et de s’élever. Il nous encourage à avoir une vision à long terme et à garder confiance dans les processus de transformation, même lorsqu’ils semblent impossibles à l’échelle humaine.
La réalisation des paroles du Rabbi
L’histoire du professeur Branover
La prédiction du Rabbi précédent concernant l’effondrement du communisme s’est pleinement réalisée, malgré les apparences contraires du monde à l’époque. Cela nous enseigne que les paroles essentielles d’un Rabbi se concrétisent littéralement, même si la réalité immédiate semble les contredire.
Au moment où le monde entier disait que le communisme allait se durcir, il y avait le professeur Branover qui s’occupait des quelques Russes qui étaient en Israël à l’époque. Il rentra en Ye’hidout, et le Rabbi lui dit que les Juifs allaient sortir en masse de Russie et qu’il fallait préparer en Israël un endroit où ils pourraient habiter, où ils pourraient trouver du travail.
Le professeur Branover a raconté par la suite qu’il avait vraiment un dilemme quand il est sorti du bureau du Rabbi. Il s’est dit : « Le monde entier dit que le communisme va devenir beaucoup plus fort, le monde entier dit que le rideau de fer va se renforcer. Moi, je vais arriver en Israël et je vais dire maintenant que des millions de Juifs vont sortir de Russie, ils vont venir en Israël. Si je dis cela, je vais être complètement ridicule. »
La confirmation miraculeuse
Après, on voit comment le communisme s’est effectivement effondré. Et par la suite, Gorbatchev est venu en visite en Israël, quand il n’était déjà plus président. Le professeur Branover l’a accueilli et lui a dit : « Vous savez, au moment où le monde entier parlait d’un durcissement du communisme, le Rabbi savait déjà que vous alliez mettre fin au communisme. » Gorbatchev a répondu : « Je ne comprends pas, à l’époque je n’avais pas encore décidé de mettre fin au communisme. »
C’est cela, on voit comment le Rabbi précédent a dit quelque chose et cela s’est réalisé pleinement. Cela veut dire que le moment où le Rabbi dit que c’est la génération de la délivrance, même si tout semble indiquer le contraire, malgré tout il faut avoir la conviction profonde que ce que le Rabbi a dit va se réaliser pleinement. C’est cela aussi Youd Beth Tamouz. Youd Beth Tamouz, c’est le moment où on a vu clairement comment ce que le Rabbi précédent a annoncé s’est réalisé dans le monde jusque dans le moindre détail.
La mission de rassurer les Juifs
Dans une période anxiogène
Cela veut dire qu’on vit dans une période anxiogène, et cela veut dire que c’est sûr et certain que le Rabbi confie à chacun la mission de rassurer les Juifs. C’est important de rassurer un Juif, qu’un Juif se sente bien. Il faut expliquer à tout le monde que le monde n’est pas fini, que chaque détail de ce qui se passe dans le monde est voulu par D.ieu et que D.ieu n’abandonne pas Israël.
La protection divine constante
Ce n’est pas parce qu’on va enlever la Mezouza de la porte ou qu’on va changer le nom que cela va changer quelque chose. Un Juif qui marche dans la rue a la protection de D.ieu. La protection de D.ieu est maintenant exactement identique à tout ce qu’elle était avant. Et cela, c’est important de l’expliquer aux gens.
La Mezouza est faite pour augmenter la protection, pas pour mettre un Juif en danger. Il faut expliquer à tout le monde qu’on a plus besoin qu’avant d’avoir une Mezouza à la porte. Il ne faut pas penser qu’en retirant la Mezouza, on protège qui que ce soit.
L’histoire des concierges
Je raconte souvent cette histoire parce que je pense que c’est une histoire importante. À la fin des années 60, quand on a commencé à faire ce qui ne s’appelait pas encore à l’époque « Mitzvah Tank », on rendait visite aux familles. À l’époque, il y avait dans chaque immeuble une concierge. Quand on allait voir la concierge, on lui disait : « Vous avez des Juifs dans l’immeuble ? » Et à chaque fois, elle disait : « 2ème gauche, 3ème droite ». Lorsqu’on allait voir les Juifs, à chaque fois ils disaient : « Mais ce n’est pas possible, personne ne sait que je suis Juif. Comment vous le savez ? » Cela veut dire que ce n’est pas en se cachant qu’on arrive à avoir une protection.
L’imminence du Machia’h
Le message fondamental
Il faut savoir que D.ieu protège chacun, que D.ieu est avec chacun, et qu’il se passe des choses dans le monde qu’on ne comprend pas parce que D.ieu ne donne pas de comptes, parce qu’il y a des choses qui dépassent la logique. Mais il faut savoir que ce que le Rabbi nous a dit, que le Machia’h arrive d’une seconde à l’autre, et que maintenant on a besoin de se préparer à l’arrivée du Machia’h, parce qu’une action concrète positive qu’on fait maintenant en plus permettra de percevoir le Machia’h beaucoup plus profondément. Cela, maintenant, c’est encore plus important de le dire dans un monde où on a l’impression que le monde est livré à lui-même.
Providence divine et libre arbitre
L’enseignement de la Hassidout
La Hassidout nous enseigne que le moindre détail de ce qui se passe dans le monde est voulu par D.ieu. Cela veut dire qu’un homme ne peut pas faire du mal à un autre homme si ce n’est pas décidé par D.ieu. Cela semble remettre en cause la notion de récompense et de punition.
La conciliation des concepts
On dit que quelqu’un qui prend lui-même la décision de faire du bien à un autre, alors le fait que c’est lui qui a pris la décision justifie qu’on lui donne une récompense. Si quelqu’un prend lui-même la décision de faire du mal à quelqu’un d’autre, alors sa décision personnelle justifie qu’il soit puni.
L’attitude recommandée
La Hassidout nous enseigne qu’un Juif devrait adopter l’attitude suivante : « S’il y a une bonne action à accomplir pour quelqu’un d’autre, je me porte volontaire pour la réaliser. En revanche, s’il s’agit de causer du tort à autrui, je refuse d’y participer. Si telle est vraiment la volonté de D.ieu, Il trouvera un autre moyen de l’accomplir. Mais je ne veux pas être l’instrument d’une action négative envers un autre Juif. »
Cette approche concilie effectivement la providence divine avec le libre arbitre et la responsabilité individuelle. Elle nous encourage à choisir activement le bien et à refuser d’être l’agent du mal, tout en reconnaissant la souveraineté ultime de D.ieu sur tous les événements.
La nature de la récompense et de la punition
Il est important de comprendre que la récompense d’un homme n’est pas basée sur l’action concrète qu’il a réalisée, car si ce n’était pas lui, quelqu’un d’autre l’aurait faite. Sa récompense vient plutôt de son désir que cette bonne action passe par lui. De même, la punition d’une personne qui fait du mal à une autre ne vient pas du mal lui-même, car celui-ci se serait produit de toute façon. La punition est liée à la pulsion négative, au désir que le mal passe par elle.
Le concept de « Raz Maï »
Notre nature divine
Rien dans ce monde ne se produit par hasard ou de manière autonome. Chaque événement, chaque détail de notre existence, est l’expression de la volonté divine. Cette compréhension fondamentale nous libère de toute crainte infondée.
Le concept de « Raz Maï », qui signifie « il me ressemble, il ressemble à mon père », nous rappelle notre nature divine. Nous sommes créés à l’image de D.ieu, porteurs d’une étincelle de Sa divinité. Cette ressemblance n’est pas seulement physique mais surtout spirituelle, nous conférant une dignité et une responsabilité uniques.
Source de réconfort et de force
En ces temps troublés, ce message revêt une importance capitale. Il est crucial de rappeler à chacun la présence constante et bienveillante de D.ieu. Il accompagne chaque Juif dans tous les aspects de sa vie, guidant ses pas et veillant sur lui.
Cette conscience profonde de la providence divine, associée à la compréhension de notre rôle dans le plan divin, constitue une source inépuisable de réconfort et de force. Elle nous permet d’aborder les moments difficiles avec sérénité et confiance, en sachant que rien n’échappe au contrôle de D.ieu. Chaque épreuve, aussi difficile soit-elle, a un sens et un but précis dans notre croissance spirituelle.
Double mission
En intériorisant ce message et en le partageant avec les autres, nous accomplissons une double mission :
Sur le plan personnel : Nous cultivons une paix intérieure qui nous soutient face aux défis de la vie. Cette paix n’est pas une simple absence de conflit, mais une confiance profonde en la bienveillance divine qui guide chacun de nos pas.
Sur le plan collectif : Nous devenons des phares de lumière et d’espoir pour notre entourage. En incarnant cette confiance et cette sérénité, nous inspirons les autres et les aidons à trouver leur propre force intérieure.
Ainsi, notre compréhension de la providence divine ne reste pas un concept abstrait, mais se transforme en une force active qui illumine notre vie et celle des autres. C’est en vivant pleinement cette vérité que nous contribuons à répandre la lumière divine dans le monde, préparant ainsi le terrain pour la rédemption finale.
La puissance de la confiance en le Rabbi
L’exemple de la maladie
Pour mieux comprendre cette idée, considérons la période où le Rabbi était malade et ne pouvait plus parler. Il répondait aux questions simplement en hochant la tête, par un signe oui ou non. Imaginons la situation suivante :
Une personne atteinte d’une maladie grave doit subir une opération risquée, dont l’issue est incertaine. Elle pose la question au Rabbi, qui répond par un simple hochement de tête affirmatif. Ce geste minimal, sans un mot prononcé, a un impact profond : la personne aborde l’opération avec sérénité, confiante d’avoir reçu la bénédiction du Rabbi.
L’application pratique
Cette anecdote illustre la puissance de la confiance en le Rabbi. Si un simple geste du Rabbi peut transformer l’état d’esprit d’une personne face à une situation critique, à plus forte raison devrions-nous être capables de modifier notre comportement en réponse aux enseignements que le Rabbi a répétés maintes fois.
Le Rabbi nous a constamment rappelé que le Machia’h peut arriver à tout moment, d’une seconde à l’autre. Cette affirmation ne doit pas être perçue comme une éventualité lointaine ou hypothétique. Au contraire, nous devons intégrer cette imminence dans notre vie quotidienne.
La distinction entre « Yira » et « Pa’had »
Deux types de sentiment
Dans la Hassidout, on établit une distinction importante entre deux concepts : « Yira » et « Pa’had ».
« Yira » peut être compris comme une crainte respectueuse ou une révérence. C’est un sentiment qui résulte d’un processus intellectuel, d’une réflexion approfondie. La personne, après avoir médité sur la grandeur de D.ieu ou sur l’importance d’un commandement, arrive à la conclusion qu’elle doit éprouver un certain sentiment de respect ou de crainte. Ce sentiment, bien qu’il puisse affecter le cœur, trouve son origine dans l’intellect.
« Pa’had », en revanche, représente une peur ou une anxiété plus immédiate et viscérale. C’est un sentiment qui naît directement dans le cœur, souvent en réponse à un danger perçu comme immédiat et tangible. Il ne nécessite pas de réflexion préalable ; c’est une réaction émotionnelle instinctive.
L’importance de cette distinction
Cette distinction nous enseigne que la façon dont nous vivons et ressentons les choses peut varier considérablement selon que l’expérience est principalement intellectuelle ou profondément émotionnelle. Une idée qui reste au niveau de l’intellect, même si elle est parfaitement comprise, n’aura pas le même impact sur nos actions et notre comportement qu’un sentiment ressenti profondément dans notre cœur.
Vivre avec le Machia’h
Transformation de perception
Le Rabbi a cherché à transformer notre perception du Machia’h, passant d’une hypothèse théorique de la Torah à une réalité vécue quotidiennement. Vivre avec le Machia’h signifie reconnaître que chaque action positive – qu’il s’agisse d’étudier la Torah plus intensément, de prier avec plus de ferveur, d’aider un Juif à mettre les Tefilines, ou de poser une Mezouza – contribue à approfondir la révélation du Machia’h dans notre monde.
L’achèvement de l’Avodat Habirourim
Le Rabbi nous a enseigné que l’« avodat Habirourim » (le travail de raffinage spirituel) est achevé. Selon la Hassidout, cet accomplissement devrait entraîner la venue immédiate du Machia’h. Pourtant, nous constatons que le Machia’h n’est pas encore révélé. Le Rabbi n’a pas fourni d’explication directe à cette apparente contradiction, mais ses enseignements nous offrent des indices pour comprendre cette situation.
Le rôle des Mitsvot
Toutes les Mitsvot impliquent l’utilisation d’objets matériels, car leur but est de transformer la matière du monde. Cette idée s’applique également à l’être humain, comparé dans les textes à un « âne sauvage » qui doit apprendre à se maîtriser. Le moyen d’y parvenir est de s’imposer une discipline, guidée par la Torah.
La Torah fournit des instructions pour chaque instant de notre vie, nous montrant comment vivre en harmonie avec la volonté divine. Ce cadre constant nous permet de raffiner notre personnalité et d’élever notre être tout entier.
Notre travail continu
Dans ce contexte, on peut comprendre que même si l’« avodat Habirourim » global est achevé, notre travail personnel de raffinement continue. Chaque Mitsva que nous accomplissons, chaque moment où nous choisissons de vivre selon les enseignements de la Torah, contribue à préparer le monde pour la révélation finale du Machia’h.
Ainsi, bien que le Machia’h puisse venir à tout moment, notre rôle reste crucial : continuer à vivre avec la conscience du Machia’h, transformer notre environnement par nos actions positives, et nous raffiner personnellement. C’est peut-être dans cette tension entre l’imminence de la rédemption et notre travail continu que réside la réponse implicite du Rabbi à la question de l’attente prolongée du Machia’h.
L’analogie de la compensation sensorielle
L’enseignement du Rabbi
Le Rabbi nous dit : on voit qu’un aveugle, c’est quelqu’un qui a une ouïe très développée… A priori, on voit que la vision et l’audition sont deux sens qui sont totalement indépendants l’un de l’autre. Il n’y a pas une raison logique de penser qu’un aveugle va mieux entendre que les autres. Alors qu’est-ce qu’on voit ? On voit que la déficience d’un sens entraîne une suractivité de l’autre sens.
Application spirituelle
Lorsque les Mitsvot ont terminé de raffiner la matière du monde, parce que la matière du monde a été entièrement raffinée. Cela veut dire que la seconde utilité des Mitsvot, le raffinement de la personnalité, devient beaucoup plus important. Le Rabbi nous dit : finalement, le retard du Machia’h – le Rabbi ne dit pas qu’il faut abuser même des bonnes choses – mais le fait que le Machia’h ne soit pas encore là bien que l’avoda soit terminée, c’est une chance qui est donnée à chacun pour que chacun puisse intérioriser plus profondément en lui le « Machia’h ».
Ce texte présente une analogie puissante entre la compensation sensorielle chez les aveugles et le processus spirituel lié à l’attente du Machia’h. Il souligne que la période actuelle, bien que l’avodat habirourim soit terminée, offre une opportunité unique d’approfondir notre connexion personnelle avec le concept de Machia’h et de raffiner davantage notre personnalité à travers les Mitsvot.
Le niveau de Daat et les différences futures
La révélation de l’essence divine
On explique que Daat c’est le plus haut niveau de connaissance qu’un homme peut atteindre. Cela veut dire que viendra l’essence de D.ieu qui sera dévoilée dans le monde, et chacun pourra percevoir l’essence de D.ieu d’une façon de « daat ». Et après la fin du passouk, c’est « les katanim et les gdolim ». Là, on ne comprend plus. Ce n’est pas possible. Si l’essence de D.ieu est dévoilée dans le monde, que chacun a la possibilité de recevoir l’essence de D.ieu d’une façon de « daat », alors sur quelle base peut-on faire une différence entre les katanim et les gdolim ?
L’importance du travail actuel
Le Rabbi nous dit : toute la différence, c’est maintenant. C’est le travail qu’on fait maintenant. Tout ce qu’on peut accomplir maintenant, c’est ce qui permet que la perception du Machia’h d’une façon de « katnut », on arrive à la transformer en une perception de « gadlut ». C’est cela le point important pour soi-même et dans le message qu’on peut apporter aux autres.
L’universalité des enseignements du Rabbi
L’exemple des perroquets
Le Rabbi nous a donné des enseignements clairs sur chaque situation. Vous voyez, quand on regarde les Igrot Kodesh, on voit que c’est inimaginable. Il n’y a pas un sujet que le Rabbi n’a pas traité. Il y a une lettre, j’ai vu une lettre qui a été publiée il n’y a pas longtemps. Un Juif de New York écrit au Rabbi. Il dit : « J’ai deux perroquets chez moi à la maison. À votre avis, qu’est-ce que je dois faire avec ? » N’importe quel rabbin du monde qui reçoit une lettre comme cela, il la met à la poubelle. Le Rabbi lui répond par une lettre de deux pages, et avec toute une Hassidout.
Le Rabbi lui dit : « Vous savez, les perroquets sont des animaux qui aiment bien la liberté, qui vivent beaucoup mieux en liberté. Et c’est dommage que vous les gardiez chez vous à la maison. Essayez de les mettre dans un zoo. Et ici à New York, il y a plusieurs zoos, et je suis sûr que vous arriverez à trouver un zoo qui voudra adopter vos perroquets. »
La connexion à la Torah
Imaginez-vous comment le Rabbi se met au niveau de chacun, comment même quelqu’un qui pose la question la plus improbable, le Rabbi arrive à lui donner une réponse. Une réponse du Rabbi, c’est une partie de la Torah. Cela veut dire que le Rabbi, de cette façon-là, il arrive à attacher ce Juif-là à la Torah.
Vivre au quotidien avec les enseignements
On a vu comment le Rabbi a tellement encouragé la publication des Iguerot Kodech. On voit comment dans les Si’hot, dans les Maamarim, dans tout ce que le Rabbi nous a donné, on voit comment on a la possibilité de vivre au quotidien avec les enseignements du Rabbi. Et si on prend ces enseignements et que chacun arrive à les intégrer pour que, quand on arrive devant une situation, la première question qu’on se pose est : « Dans cette situation, qu’est-ce que le Rabbi attend de moi ? »
L’interpellation du Rav Yoel Kahn
La rencontre au Kotel
Lors d’un Farbrenguen à New York, le Rav Yoel Kahn partagea une expérience marquante. Au cours d’un voyage en Israël, alors qu’il se trouvait au Kotel, il fit une rencontre inattendue. Un membre d’un kibboutz de l’Hachomer Hatsaïr, mouvement généralement éloigné des pratiques religieuses traditionnelles, s’approcha de lui et demanda : « Est-ce que je peux faire quelque chose pour aider le Rabbi ? »
La question provocante
Frappé par la sincérité de cette question venant d’une source si improbable, le Rav Kahn utilisa cette anecdote pour interpeller son auditoire lors du Farbrenguen. Il posa alors une question provocante à l’assemblée : « Quand est-ce la dernière fois que nous, qui sommes supposés être proches du Rabbi, nous sommes-nous posé cette même question : ‘Que puis-je faire pour aider le Rabbi ?’ »
L’attitude proactive dans la vie spirituelle
Les questions essentielles
Cette réflexion nous invite à adopter une attitude proactive dans notre vie spirituelle. Nous devrions constamment nous poser ces questions essentielles : « Qu’est-ce que le Rabbi attend de moi ? Comment le Rabbi voudrait-il que je perçoive cet événement ? »
Lorsqu’un événement survient dans notre vie, il est crucial de comprendre qu’il ne s’agit pas d’un hasard, mais d’une manifestation de la volonté divine. Dans cette optique, les enseignements du Rabbi deviennent un outil précieux pour décrypter cette volonté. Ils nous aident à interpréter les événements de notre vie à travers le prisme de la sagesse hassidique.
Transformation de chaque expérience
Ainsi, face à chaque situation, nous devrions nous demander : « Comment dois-je comprendre cet événement à la lumière des enseignements du Rabbi ? Quelle leçon spirituelle puis-je en tirer ? » Cette approche transforme chaque expérience, qu’elle soit positive ou difficile, en une opportunité de croissance spirituelle et de connexion plus profonde avec la volonté divine.
L’objectif de Youd Beth Tamouz
Au-delà de la commémoration
Youd Beth Tamouz nous enseigne également cette capacité à décrypter les situations les plus improbables. L’exemple du Rabbi prédisant la chute du communisme alors que l’URSS était au sommet de sa puissance illustre parfaitement ce point. Avec le recul d’une génération, nous constatons comment les paroles du Rabbi se sont pleinement réalisées.
Cependant, le but de Youd Beth Tamouz va au-delà de la simple commémoration ou de l’écoute passive des enseignements. Il s’agit d’une invitation à l’introspection et à l’action personnelle. Chacun est appelé à :
Examiner sa propre vie à la lumière des enseignements du Rabbi
Réfléchir sur la manière d’intégrer profondément ces enseignements dans notre quotidien
Chercher à vivre chaque instant en connexion avec le Rabbi et ses directives
Transformation personnelle et collective
L’objectif ultime est de transformer notre perception du monde et notre comportement, de sorte que chaque moment de notre vie soit vécu en harmonie avec les enseignements du Rabbi. Cette approche nous permet non seulement de nous élever spirituellement, mais aussi de contribuer activement à la réalisation de la vision du Rabbi pour un monde meilleur et plus divin.
En adoptant cette perspective, nous faisons de Youd Beth Tamouz non pas simplement une date du calendrier, mais un catalyseur pour une transformation personnelle et collective continue, alignée sur les idéaux et les aspirations que le Rabbi nous a transmis.
L’histoire du Hassid de Samarkand
Survivre spirituellement dans l’isolement
Un jour, des Hassidim se rendirent en Russie et arrivèrent dans une petite ville nommée Samarkand. Là, ils firent une rencontre surprenante : un Hassid à la barbe complète, habillé selon la tradition hassidique. Cette vision était difficile à croire dans ce contexte.
Les visiteurs se demandaient : « Comment est-il possible de vivre pendant 70 ans dans une ville où il n’y a pas de minyan, en étant le seul Hassid de toute la communauté ? Comment peut-on survivre spirituellement dans de telles conditions ? »
La force d’un seul Maamar
Le Hassid, percevant leur étonnement, se dirigea vers un placard et en sortit un papier jauni par le temps. Il leur expliqua : « Voici le Maamar (discours hassidique) que j’ai entendu du Rabbi Rachab lors du dernier Chabbat que j’ai passé à Lubavitch. Cela fait 70 ans que je vis avec ce Maamar. »
La nature des épreuves (Nissayon)
Définition d’une épreuve
Lorsque le monde semble donner une impression contraire à nos attentes ou à nos croyances, il faut comprendre que c’est une épreuve (nissayon). Le but d’une épreuve est de la surmonter. Dans la Hassidout, on parle souvent de « Emounah » (foi), et il est intéressant de noter que cette foi est souvent associée au concept de « nissayon » (épreuve).
La Hassidout nous offre une définition profonde de ce qu’est un nissayon : Une épreuve, c’est arriver à conserver un comportement normal dans une situation anormale.
L’exemple d’Abraham
Cette définition est particulièrement pertinente dans le contexte actuel. La situation du monde peut sembler folle, l’obscurité n’a jamais paru aussi profonde, et des événements terribles se produisent partout. C’est précisément dans ces conditions que nous sommes confrontés à l’épreuve telle que la Hassidout la définit.
Surmonter l’épreuve, c’est l’ignorer. La Hassidout illustre souvent ce concept avec l’exemple d’Abraham Avinou :
D.ieu dit à Abraham : « Va sacrifier ton fils sur telle montagne. » Abraham commence alors à avancer vers cette montagne. Sur son chemin, il rencontre un fleuve qui lui barre la route.
Une analyse rationnelle de la situation pourrait être : « D.ieu me demande d’aller vers cette montagne, mais ce n’est pas possible, il y a un fleuve… Je ne peux pas traverser le fleuve, donc je devrais abandonner et rentrer chez moi. »
Cependant, Abraham Avinou ne raisonne pas de cette façon. Puisque D.ieu lui a demandé d’aller vers cette montagne, il entre dans l’eau jusqu’au cou. À ce moment-là, le fleuve disparaît.
Cette histoire enseigne que le but de l’épreuve est de l’ignorer, de continuer à avancer malgré les obstacles apparents.
Avodat Habirourim vs Avodat Hanissionot
Deux types de travail spirituel
Quelle est la différence entre l’Avodat Habirourim (le travail de raffinement) et l’Avodat Hanissionot (le travail des épreuves) ?
L’Avodat Habirourim concerne une réalité concrète. Par exemple, dans un aliment posé dans l’assiette, il existe un « nitzotz » (étincelle divine) qui ne peut s’élever par lui-même. Il faut mener un combat intérieur tout au long du repas pour s’assurer de consommer cet aliment dans le but de servir D.ieu. L’aliment, le plat et le « nitzotz » qu’il contient ont une existence tangible.
En revanche, le « Nissayon » (l’épreuve) n’a pas d’existence concrète. C’est un mirage, un moyen de tester notre solidité et de révéler les forces profondes que nous possédons pour surmonter l’épreuve. Le « nissayon » n’a pas de réalité substantielle dans le monde physique.
La révélation du potentiel
Une fois que chacun surmonte ses épreuves et constate que celles-ci n’ont pas eu d’impact réel sur sa foi ou son service divin, on réalise que le « nissayon » n’avait pas d’existence véritable. Il n’était qu’un outil pour stimuler notre croissance spirituelle et révéler notre potentiel caché.
Cette distinction nous aide à comprendre comment aborder différemment les défis matériels et spirituels dans notre service de D.ieu.
L’enseignement sur la Shoah
Une déclaration courageuse
Le Rabbi écrit dans les Igrot Kodesh une déclaration qui demande une grande force morale :
« Beaucoup de gens disent qu’ils sont devenus non-pratiquants à cause de la Shoah. Je considère qu’il n’y a pas un seul Juif qui est devenu non-pratiquant à cause de la Shoah. Si quelqu’un était réellement pratiquant avant la Shoah, il est resté pratiquant après. Si quelqu’un prétend être devenu non-pratiquant à cause de la Shoah, cela signifie qu’avant la guerre, il cherchait déjà un prétexte pour abandonner sa pratique. S’il n’avait pas trouvé le prétexte de la Shoah, il en aurait trouvé un autre. »
La nature de la foi profonde
Cette déclaration puissante souligne que la « emounah » (foi) profonde ne peut être ébranlée par des événements extérieurs, aussi traumatisants soient-ils. Une personne ayant une foi authentique et enracinée ne l’abandonnera pas, même face aux pires épreuves.
Le but d’un « nissayon » (épreuve) est de réveiller en soi des forces profondes qu’on n’aurait pas découvertes autrement. C’est à travers ces défis que nous révélons notre véritable potentiel spirituel.
Cette perspective nous offre une grille de lecture pour comprendre la période actuelle. Les difficultés que nous traversons ne sont pas destinées à ébranler notre foi, mais à nous permettre de découvrir et de mobiliser des ressources intérieures insoupçonnées, renforçant ainsi notre connexion avec D.ieu et notre engagement dans la pratique du judaïsme.
Deux perspectives sur les difficultés actuelles
La perspective superficielle
On peut regarder les choses superficiellement : c’est une période très dure et l’anxiété est terrible et les gens ne supportent plus.
La perspective spirituelle
Et après, il y a une autre possibilité : c’est de dire que D.ieu veut que chacun puisse révéler les forces profondes qu’il a. Et c’est cela la raison pour laquelle on est confronté à de si grandes difficultés. Et une fois que chacun aura pleinement utilisé ses forces, on verra que l’épreuve a servi à tout ce qu’elle pouvait servir. Elle a permis à chacun de révéler pleinement son potentiel. À ce moment-là, l’épreuve disparaît.
Si on regarde de cette façon-là, avec la paire de lunettes que le Rabbi donne à chacun, on voit le monde d’une manière complètement différente.
L’histoire des 1000 dollars
Le défi progressif
Une fois, en 1957, lors de la vente des « aliyot » à la Torah avant les « hakafot » de Simhat Torah que l’on vendait aux enchères, un Israélien est rentré au 770. Il entend qu’on vend les « aliyot » aux enchères. Et alors il lance : « 1000 dollars! » Dans les années 50, 1000 dollars était une fortune. Après qu’il a dit cela, il se dit : « Je suis fou, qu’est-ce que je viens de dire ? D’où vais-je trouver tout cet argent? »
Puis, il s’est dit : « Bon, ce n’est pas tout de promettre quelque chose, mais quand on prend un engagement, il faut le tenir. » Il a commencé à chercher l’argent, il a emprunté à ses connaissances, jusqu’à ce que finalement il arrive aux 1000 dollars. Tout fier de lui, il va au secrétariat du Rabbi, il dépose l’argent. Et le lendemain, le Rav Groner l’appelle. Il se dit : « Le Rabbi veut me féliciter. » Et le Rav Groner lui dit : « Voilà, le Rabbi a dit que l’année prochaine, tu reviens et tu offres 2000 dollars. »
La révélation du potentiel
Il a senti que le sol s’ouvrait et qu’il s’enfonçait dans la terre. Ce n’est pas possible, 1000 dollars j’ai eu un mal fou à les trouver, comment je vais trouver 2000 dollars ? Et puis après il s’est dit : « Bon, je relève le défi. » Il a mis de l’argent de côté pendant toute l’année. Après, l’année suivante, il retourne au 770 et au moment des « aliyot », quand ils vendent les « aliyot », il dit : « 2000 dollars !. » Il apporte l’argent et le lendemain, le Rav Groner l’appelle. Il commence à trembler parce qu’il se demande ce qu’il va lui demander le Rabbi cette fois-ci. Et Le Rav Groner lui dit : « Le Rabbi a dit que tu peux venir reprendre les 2000 dollars. Il voulait juste te montrer que tu en étais capable! »
L’enseignement
Cela signifie que chacun possède un potentiel en lui et que le Rabbi souhaite que chacun puisse pleinement le révéler. Il est toujours difficile d’exposer ses enfants à des situations difficiles. Il est certain que le Rabbi n’approuve pas l’obscurité dans le monde. Vous pouvez être assuré que là-haut, le Rabbi fait tout ce qui est nécessaire pour que cela se termine le plus rapidement possible. En même temps, il est essentiel de ne pas perdre la capacité de développer le potentiel que chacun peut avoir en de telles périodes. Chacun peut découvrir des forces en lui qu’il n’aurait normalement pas eues.
L’analogie de la bête sauvage
L’exemple classique de la Hassidout
Dans la Hassidout, l’exemple classique utilisé pour illustrer le dévoilement du potentiel intérieur de chacun est celui-ci : si quelqu’un est poursuivi par une bête sauvage, il est capable de courir très vite. Si, en revanche, il n’est pas réellement poursuivi par une bête sauvage mais essaie simplement de se convaincre intellectuellement qu’il l’est, il ne pourra jamais courir aussi vite que lorsqu’il est réellement en danger.
Cet exemple met en lumière la notion que les situations difficiles ou les défis réels révèlent souvent des capacités extraordinaires chez une personne. C’est un enseignement qui souligne que notre potentiel véritable se manifeste souvent lorsque nous sommes confrontés à des circonstances qui exigent une réponse immédiate et authentique de notre part.
L’application actuelle
Alors voilà, actuellement le Rabbi nous place dans une situation où nous pouvons atteindre une performance similaire à celle lorsqu’on est poursuivi par une bête sauvage, même sans être effectivement dans cette situation extrême. Le Rabbi nous met face à une opportunité exceptionnelle où chacun peut révéler un potentiel profond. Cela signifie que lorsque ce potentiel nous est accordé, il est primordial de l’utiliser pleinement.
L’histoire du chapeau retourné
L’opportunité manquée
Une fois, lors d’un Farbrenguen, le Rabbi a déclaré au milieu de la réunion : « Ceux qui veulent devenir riches, qu’ils retournent leur chapeau. » Mais ce qui est moins souvent raconté dans cette histoire, c’est qu’après cette déclaration du Rabbi, lorsque les gens ont pensé que c’était peut-être une plaisanterie, très peu l’ont pris au sérieux. Trois ou quatre personnes seulement ont agi en conséquence. Il y en avait même un qui, entre parenthèses, hésitait sur le sérieux de la remarque, retournant son chapeau, le remettant, le retournant à nouveau… On dit que cela reflétait les hauts et les bas de sa fortune, tout comme il retournait son chapeau.
La déception du Rabbi
Ce qui est souvent négligé mais particulièrement significatif, c’est que les hassidim étaient présents juste à côté du Rabbi lorsqu’il a fait cette déclaration au Farbrenguen. Juste après ses paroles, le Rabbi avait un visage marqué par une profonde déception. Il a alors dit : « Chacun attend un moment opportun, mais lorsqu’il se présente, on ne le saisit pas. » Ce sont les mots exacts du Rabbi.
Cela signifie que le Rabbi, à travers tous ses enseignements, nous montre les capacités extraordinaires que nous pouvons développer en période opportune. Oui, il faut saisir ces opportunités… Le Rabbi peut élever les gens au-delà de toutes les lois de la nature. C’est quelque chose que l’on ne peut même pas imaginer…
Les miracles médicaux du Rabbi
L’histoire de la bouteille de vodka
Mais je me rappelle une fois, lors d’un Farbrenguen de Sim’hat Torah, j’étais debout derrière le Rabbi. Il y avait un Juif qui était assis juste devant moi, et ce Juif-là venait de sortir de Russie. C’était un médecin. Et le Rabbi lui a demandé de faire une clinique. Le Rabbi lui parlait en hébreu. À un moment, le Rabbi prend une bouteille de vodka et il lui donne. Juste à côté, je raconte ce que j’ai vu. Le Rabbi lui donne la bouteille, il lui dit en hébreu : « Et avec cette bouteille, tu vas arriver à guérir les malades. »
L’histoire du Dr Seligson
Une fois, un homme de France est venu chez le Rabbi avec une maladie particulière. Lors de sa rencontre en privé (Yechidout), le Rabbi lui a dit : « Le docteur Seligson vous dira que ce que vous avez n’est pas grave. » Plus tard, il est allé consulter le Dr Seligson qui, après avoir examiné ses analyses, a dit : « Vous savez, ce que vous avez est sérieux. » L’homme a répondu : « Mais le Rabbi m’a dit que vous alliez me dire que ce n’est pas grave. » Le Dr Seligson, contrarié, a répondu : « Pourquoi ne pas me l’avoir dit tout de suite ? Nous allons recommencer la consultation. » Après un nouvel examen, il a confirmé : « Non, ce n’est pas grave, comme je vous l’avais dit… »
Les instructions du Rabbi au Dr Seligson
Une autre fois, lors d’un Farbrenguen, le Rabbi a parlé avec le Dr Seligson et lui a dit : « Il y a des médecins, et il y a de grands médecins. » Il lui a dit : « Pour devenir un grand médecin, chaque fois que je dis quelque chose, tu dois dire la même chose que moi. » Le Dr Seligson a pris cette directive au pied de la lettre et l’a suivie toute sa vie, exactement comme le Rabbi l’avait dit.
Prendre les paroles du Rabbi au pied de la lettre
L’application pratique
Ce que le Dr Seligson a accompli dans le domaine de la médecine, chacun peut le réaliser dans sa vie quotidienne. C’est-à-dire prendre les paroles du Rabbi au pied de la lettre, les intégrer pleinement dans sa vie. Par exemple, on peut étudier un Maamar ou écouter une Si’ha, trouver cela intéressant, puis le ranger dans la bibliothèque en pensant avoir terminé.
La métaphore du livre relié
Cependant, le Rabbi a dit dans une Si’ha : « Si tu veux être sûr de ne jamais étudier ce Maamar à nouveau, il y a une bonne méthode : prends le livre et relie-le des deux côtés. Comme ça, tu es certain de ne plus jamais l’ouvrir. » Après avoir relié le livre des deux côtés, il reste une possibilité : se dire que quand le Rabbi a prononcé ce Maamar, il l’a fait pour moi personnellement.
Si on étudie un Maamar parce que le Rabbi a dit ce Maamar pour moi, c’est une étude qui est complètement différente. Ce n’est pas du tout la même étude.
L’histoire de l’opération du cœur
La consultation personnelle
Une fois, il y avait une femme qui est venue me voir au Beth Habad. Elle m’a dit : « Je dois avoir une opération à cœur ouvert. J’ai très peur, je ne sais pas comment faire. » Alors je lui ai dit : « Allez chez le Rabbi. » C’était l’époque où il y avait les yéhidouts Klaliot, et le Rabbi recevait les gens en groupe. Revenue à Paris, elle me dit : « Écoutez, j’étais là-bas. Il a parlé en yiddish, je n’ai pas compris un mot de ce que le Rabbi a dit. Et j’ai aussi peur qu’avant. »
La découverte remarquable
Je lui ai dit : « On va regarder ce que le Rabbi a dit lors de cette Yehidout. » On a étudié les derniers mots que le Rabbi a dit : « Servir D.ieu avec un cœur entier. » Il n’a pas répondu, il n’a pas donné la Bra’ha. Après cela, j’étais vraiment impressionné. Je suis rentré chez moi, j’ai fait une recherche dans toutes les Yehidout Klaliot à l’époque. Le Rabbi a employé l’expression « servir D.ieu avec un cœur entier ». C’était la première fois qu’il utilisait cette expression précise. La première fois que cette expression est utilisée, c’est qu’il y avait dans la salle une femme qui était venue le voir pour lui demander une Braha pour une opération du cœur.
La grandeur du Rabbi
Il y avait des yéhidouts privées, on était reçu par le Rabbi, on voyait bien comment le Rabbi s’adressait à chacun. Alors que maintenant on est en groupe.. Le Rabbi a répondu à l’époque : « ce qui se passe pendant la yéhidout clali, c’est beaucoup plus que ce qu’il y avait pendant la yéhidout pratit. » Peut-être on peut dire que la grandeur du Rabbi, c’est qu’il arrive à dire une Si’ha pour tout le monde. Et quand il arrive à dire une Si’ha pour tout le monde, alors il arrive à inclure chacun en particulier dans cette Si’ha. À tel point que chacun peut dire que les mots de la Si’ha, les mots du Maamar s’appliquent à lui en particulier.
L’histoire de Rav Bentsion Chemtov
Le miracle de la communication personnalisée
Je me rappelle, il y avait une fois un Farbrenguen ici à Paris de Rav Bentsion Chemtov. Et lui, il a rencontré dans ce Farbrenguen… L’histoire est imprimée partout, mais on l’a entendue vraiment de sa bouche. Il a dit qu’en 1947, le Rabbi était à l’hôtel Place de l’Opéra. Et une fois, il y avait trois hassidim, lui et deux autres, qui sont allés le visiter parce que le Rabbi voulait leur parler. Et ils sont allés le voir. Il les a reçus dans le lobby de l’hôtel en bas. Il y avait plusieurs petites salles. Ils sont entrés dans une petite salle. Et il a dit : lui est assis au milieu, il y avait les deux autres qui étaient de part et d’autre. Et il a dit qu’au début, le Rabbi a commencé à lui parler à lui. Et il a dit qu’au moment où le Rabbi lui parle à lui, les deux autres se sont endormis. Et lui, il s’est dit : « Ce n’est pas possible, on ne peut pas dormir devant le Rabbi. » Il a essayé d’envoyer des coups de coude, il a essayé de les réveiller, ils ne se sont pas réveillés. Le Rabbi lui a parlé, il lui a dit tout ce qu’il avait à lui dire.
Et après, quand il a fini de lui parler à lui, il s’est tourné vers celui qui était à gauche. Et à ce moment-là, il s’est réveillé en sursaut et le Rabbi a commencé à lui parler. Au moment où le Rabbi a commencé à parler à l’autre, Benoni a senti qu’il avait envie de dormir. Et Il nous a dit lui-même, il a dit : « Je me suis dit qu’il ne faut pas que je dorme. J’ai vu comment ce n’est pas bien de dormir devant le Rabbi, je ne peux pas faire cela. » Il a dit : « 10 secondes après, je dormais. »
L’enseignement sur la communication divine
Et Le Rabbi a parlé a donc parlé aux trois Hassidim. Il voulait dire ce qu’il avait à dire uniquement à cette personne-là. À chaque fois, il parlait à un des trois de telle façon que les deux autres dormaient.
Cela veut dire que le Rabbi dit une Si’ha pour tout le monde. On voit que le Rabbi n’était pas content quand il y avait des gens qui dormaient au Farbrenguen. C’est arrivé plusieurs fois. Cela veut dire que le Rabbi ne voulait pas qu’on dorme. Que le Rabbi lui-même dit comment la Si’ha concerne chacun.
La clé pour vivre avec le Rabbi
L’approche personnelle
Et cela veut dire qu’on peut étudier une Si’ha comme un exercice théorique de Hassidout. Et puis si on prend 30 secondes avant d’ouvrir le Maamar, et qu’on se dit : « Le Rabbi a dit ce Maamar pour moi, il s’est adressé à moi au moment où le Rabbi a dit ces mots ». On arrive à comprendre d’une façon complètement différente.
La richesse universelle
Cela, c’est la clé. C’est comment il faut vivre la période de maintenant. C’est le moyen de ressentir le Rabbi dans chaque chose qu’on fait. Et cela, c’est quelque chose qu’on ne peut pas garder uniquement pour soi. Il faut amener cette façon de vivre à d’autres Juifs. C’est une richesse pour soi-même, c’est une richesse pour les autres Juifs, c’est une richesse pour le monde entier.
En juin 1927, le Rabbi précédent (6e Rabbi de Loubavitch) fut arrêté par les autorités soviétiques pour avoir organisé secrètement un réseau de plus de 500 institutions juives clandestines en Russie bolchevique. Son emprisonnement dans la terrible prison Scholerque et sa libération miraculeuse les 12-13 Tamouz, après avoir fait preuve d’un courage extraordinaire face à ses tortionnaires, constituent un épisode légendaire de résistance spirituelle qui permit la préservation du judaïsme hassidique.
Contexte historique
Le Rabbi Rayatz (Rabbi Yossef Itshak, 6e Rabbi de Lubavitch) dirigeait secrètement un réseau de plus de 500 institutions juives clandestines en Russie soviétique
Face à la persécution bolchevique qui fermait synagogues, écoles et institutions juives, il organisait la résistance spirituelle
Les autorités soviétiques, via la GPU (ancêtre du KGB) et sa section juive (Yevsectia), le surveillaient étroitement
L’arrestation (15 Sivan 1927)
La nuit fatidique : Agents de la GPU font irruption chez le Rabbi pendant le dîner familial
Courage remarquable : Le Rabbi reste ferme et digne face aux intimidations, refuse de s’incliner devant l’autorité
Perquisition : Les agents fouillent l’appartement, ses filles répondent aussi avec courage
Transport en prison : Conduit à la terrible prison Scholerque (connue pour sa cruauté)
L’emprisonnement
Miracle providentiel : Se trompe de couloir par « erreur divine » – évite ainsi l’exécution immédiate
Grève de la faim de 60 heures pour obtenir ses tefilines
Refuse de se lever devant les autorités (battu 3 fois pour cela)
Continue à prier et enseigner en prison
Interrogatoires : Affronte courageusement ses accusateurs, leur parle avec fermeté
La libération (12-13 Tamouz)
Pressions internationales : Interventions diplomatiques font réduire la peine
Libération annoncée le 12 Tamouz, effective le 13 Tamouz (bureaux fermés)
Exil temporaire : Condamné d’abord à 3 ans d’exil à Castrama
Libération totale : Grâce aux pressions continues, libéré définitivement
Enseignements
Courage exemplaire : Démontre qu’on peut résister même face à l’oppression la plus brutale
Départ de Russie : Quitte définitivement l’URSS en 1927 pour la Pologne puis l’Amérique
Héritage : Son sacrifice permet la préservation du judaïsme hassidique
« America is not different » : Continue son œuvre éducative en Amérique avec la même détermination
Ce récit illustre un mesirout nefesh (sacrifice de soi) extraordinaire pour préserver l’éducation juive et le judaisme face à la persécution totalitaire. Le 12-13 Tamouz est célébré chaque année comme un jour de délivrance miraculeuse par les hassidim Habad.
Le 3 Tamouz marque une date emblématique dans l’histoire du mouvement Chabad-Loubavitch : c’est le jour du décès physique du Rabbi Menachem Mendel Schneerson en 1994. Pourtant, trente ans après cette date, les témoignages de fidèles du monde entier continuent d’affluer, attestant de l’influence spirituelle persistante du Rabbi dans leur vie quotidienne.
Pearl Hikuman, originaire de Haïfa en Israël et installée au Brésil, nous livre un de ces témoignages bouleversants qui illustrent comment l’âme du Rabbi continue de veiller sur ses fidèles. Son récit, empreint d’émotion et de spiritualité, nous transporte à travers quatre décennies d’une relation mystique avec une simple Matsa qui changera le cours de sa vie. Cette histoire extraordinaire nous rappelle que le 3 Tamouz n’a pas marqué une fin, mais plutôt une transformation : le passage d’une présence physique à une influence spirituelle encore plus puissante et universelle.
Les Origines : Une Découverte Spirituelle à Crown Heights
L’histoire commence en 1982, lorsque Sri Halikman, le fils aîné de Pearl, participe à un Shabbaton au célèbre 770 Eastern Parkway à Crown Heights. L’expérience spirituelle est si intense que le jeune homme refuse de rentrer chez lui et décide de poursuivre ses études à la Yeshiva. C’est ainsi que Pearl découvre le mouvement Chabad-Loubavitch.
Lors d’une visite à Crown Heights pour écouter le Rabbi donner un fabrengen (rassemblement spirituel) pendant Pessah, Sri assiste à un moment historique : le Rabbi mange la Matsa et boit le vin rituels. En quittant la table, le jeune homme remarque des morceaux de Matsa qui sont restés sur la table. Comprenant la sainteté de ces restes, il s’empresse de les récupérer précieusement.
Un Trésor Spirituel Confié à une Mère
De retour au Brésil pour rendre visite à sa famille, Sri confie à sa mère ce précieux cadeau : « Maman, garde-moi cela. C’est de la Matsa sainte du Rabbi. » Pearl, consciente de l’importance de cette relique spirituelle, accepte cette responsabilité avec dévotion.
La perte et le regret
Les années passent, et lors d’une visite ultérieure, Sri demande à sa mère de lui rendre la Matsa qu’il lui avait confiée. Pearl se souvient parfaitement de cette demande, mais malgré ses recherches acharnées dans toute la maison, elle ne parvient pas à la retrouver. Deux déménagements successifs ont probablement causé la perte de ce trésor spirituel. Le cœur brisé, elle doit avouer à son fils qu’elle a perdu la précieuse Matsa du Rabbi.
L’Épreuve : Un diagnostic terrifiant
En 2018, à l’âge de 79 ans, Pearl commence à perdre l’audition de son oreille gauche. Inquiète, elle consulte un spécialiste ORL qui, après examen, lui explique qu’il est inhabituel de perdre l’audition d’une seule oreille. Pour approfondir le diagnostic, il lui prescrit une IRM.
Les résultats sont terrifiants : Pearl a une tumeur au cerveau de la taille d’une orange. Le médecin est formel : sans intervention chirurgicale, elle mourra. Confrontée à cette terrible nouvelle, Pearl, alors âgée de 79 ans, demande au médecin si elle peut espérer vivre jusqu’à 80 ans sans opération. Face au silence du praticien, elle comprend la gravité de la situation.
Le refus et la souffrance
Malgré l’urgence médicale, Pearl refuse initialement l’intervention. Pendant deux longues années, elle souffre, fait des chutes répétées et voit sa santé se détériorer progressivement. Sa qualité de vie se dégrade considérablement, mais elle reste réticente à subir une opération à son âge avancé.
La Rencontre Providentielle
En 2020, Pearl assiste à une bar-mitsva dans une maison Chabad. Là, elle rencontre son ancien rabbin de Satellite Beach, Rabbi Konikov, qu’elle n’avait pas vu depuis plusieurs années. Visiblement ému de la revoir, le rabbin lui demande comment elle va.
« Pas bien, Rabbi », répond Pearl avec honnêteté. Lorsqu’elle lui explique sa situation médicale, le rabbin lui donne un conseil qui changera tout : « Rentrez chez vous et écrivez une lettre au Rabbi. »
La Lettre au Rabbi
Suivant le conseil du rabbin, Pearl rentre chez elle et rédige une lettre adressée au Rabbi de Loubavitch. Après l’avoir pliée, elle se demande où l’envoyer. Soudain, son regard se pose sur une photo du Rabbi qu’elle possède. Inspirée, elle décide de glisser la lettre derrière cette photo, symboliquement remise au Rabbi lui-même.
Le Miracle : La Redécouverte de la Matsa
Après avoir placé la lettre derrière la photo, Pearl s’apprête à quitter la pièce. Par une providence divine inexplicable, elle ouvre machinalement un tiroir. À sa grande stupéfaction, tout le contenu du tiroir s’éparpille au sol. En ramassant les objets, elle découvre un petit paquet sur lequel est inscrit de la main même de son fils : « Matsa ».
Pearl ouvre délicatement le paquet et découvre la Matsa du Rabbi, perdue depuis tant d’années. Elle en prend un petit morceau et le goûte. Miracle : après quarante ans, la Matsa est encore fraîche, croustillante, comme si elle venait d’être sortie de sa boîte. Aucune trace de moisissure ou de détérioration.
La Révélation et la guérison
À cet instant précis, Pearl comprend qu’elle vient de recevoir sa réponse. Cette redécouverte miraculeuse de la Matsa, dans un état de fraîcheur parfaite après quatre décennies, est un signe divin clair : elle doit subir l’opération et tout se passera bien.
Remplie d’une confiance nouvelle, Pearl contacte immédiatement son médecin et programme l’intervention chirurgicale pour juin 2020. L’opération se déroule parfaitement, et cinq ans plus tard, Pearl est complètement rétablie.
Un Témoignage de Foi
Aujourd’hui, Pearl partage son histoire pour témoigner que le Rabbi continue de veiller sur ses fidèles et de prendre soin de ses « enfants » qu’il aime. Son récit illustre de manière saisissante comment la foi, la providence divine et les bénédictions spirituelles peuvent transcender le temps et l’espace pour apporter réconfort et guérison à ceux qui en ont besoin.
Cette histoire extraordinaire nous rappelle que parfois, les réponses à nos prières arrivent de la manière la plus inattendue, et que la foi authentique peut littéralement déplacer des montagnes – ou dans ce cas, préserver miraculeusement une Matsa pendant quarante ans pour qu’elle accomplisse sa mission de guérison au moment voulu.
Par le Rav David Ofen, influent spirituel et Rav de la synagogue Habad de Beitar-Illit, dans une chronique spéciale à l’occasion du 31e anniversaire de la Hilloula du Rabbi. Première partie : sur la signification du jour lumineux du 3 Tamouz. Deuxième partie : souvenirs qu’il a écrits de l’année 5734 au 770, qui correspond au calendrier de cette année – le 2 Tamouz tombant un Chabbat.
Rav David Ofen
La Signification du 3 Tamouz
En ce jour du 3 Tamouz se sont produits trois événements liés entre eux, comme l’explique le Rabbi, dirigeant de notre génération (dans Likoutei Sihot volume 8, page 118) :
Premièrement : En ce jour eut lieu le miracle de Josué qui arrêta le soleil : « Soleil, arrête-toi sur Gabaon ».
Deuxièmement : Le jour de délivrance de Son Honneur mon maître le Rabbi de prison, pour avoir sacrifié sa vie pour la diffusion du judaïsme et du hassidisme dans ce pays.
Troisièmement : La disparition de Son Honneur le Rabbi dirigeant de notre génération aux yeux de chair dans le monde matériel.
L’Union des Supérieurs et des Inférieurs
On peut dire que dans ces trois événements s’exprime le concept d’union des supérieurs et des inférieurs. En préambule : il est connu ce qui est écrit dans le Midrash qu’au moment où Josué dit au soleil de s’arrêter, le soleil dit à Josué : « Et qui chantera les louanges de l’Éternel ?! » Josué répondit : « Tais-toi et moi je chanterai. »
L’explication est qu’il y a les louanges du soleil, qui sont des louanges à l’Éternel sur les affaires de la nature, et il y a les louanges des âmes, qui sont des louanges à l’Éternel sur les affaires qui sont au-dessus de la nature – louanges sur les miracles.
C’est le sens de « tais-toi et moi je chanterai » : par l’arrêt du soleil, il y aura un miracle et on verra que le soleil, qui est une affaire de nature, est soumis et annulé devant ce qui est au-dessus de la nature – l’affaire du miracle. Il y aura union de la nature avec ce qui est au-dessus de la nature, et c’est l’union des supérieurs et des inférieurs.
De même, la délivrance du Rabbi précédent était un miracle, mais cela était revêtu dans la nature, comme il est connu que le puissant royaume qui existait alors ne fut pas annulé, mais eux-mêmes dans toute leur force acceptèrent de le libérer – cela aussi est une union de miracle et nature.
La Disparition et la Continuité
Dans cette voie, l’affaire de la disparition de notre dirigeant de génération, qui est une affaire d’obscurité et de nature où l’on ne voit pas la révélation divine aux yeux de chair dans le monde matériel, et en même temps on voit concrètement que toutes les affaires de Son Honneur le Rabbi dirigeant de notre génération continuent avec toute la force et plus encore – cela est complètement au-dessus de la nature, et c’est véritablement l’affaire de l’union des inférieurs les plus bas avec les supérieurs les plus élevés.
Quand nous réfléchissons un peu, nous voyons que tout le service saint du Rabbi était d’unir les affaires qui sont au-dessus de la nature dans la nature :
Dans sa Torah : Le Rabbi expliquait les affaires les plus profondes expliquées dans le hassidisme et faisait descendre cela dans le sens simple du texte, de manière que chacun puisse comprendre.
Dans sa conduite : Par exemple, quand le Rabbi donnait une bénédiction, nous avons toujours vu que la bénédiction était au-dessus de la nature, et d’autre part il revêtait cela dans les voies de la nature – aller chez le médecin et semblables. Particulièrement dans les affaires générales que le Rabbi disait et bénissait, comme ce fut dans la guerre du Golfe où il y eut des miracles complètement au-dessus de la nature et en même temps cela était revêtu dans les affaires de la nature. Même maintenant nous voyons que toutes les paroles du Rabbi concernant la guerre du Golfe se réalisent aussi maintenant dans la guerre avec le royaume du mal de l’Iran que son nom soit effacé, où se révèlent de grands miracles et tout est revêtu dans la nature.
La Proximité du Machia’h
Il faut relier tout ce qui précède avec les discours que le Rabbi prononça en l’année 5752, que nous nous trouvons très près de la venue du Machia’h et « voici qu’il vient », et il dit aussi qu’avant la venue du Machia’h il y a un état de dissimulation et de voilement, et c’est l’affaire du sommeil à l’exemple de ce qui fut chez Adam le premier avec Ève, qu’avant qu’il y ait l’union parfaite – union de mâle et femelle, révélation de l’Infini – il y eut un état de sommeil et d’annulation.
Aussi maintenant que nous ne voyons pas ouvertement notre Rabbi et n’entendons pas sa Torah etc. – cela est obscurité et l’épreuve la plus grande – et par le fait que nous nous tiendrons dans l’annulation avec force dans toutes les directives du Rabbi dans l’étude de sa Torah et dans l’amour d’Israël et la diffusion la plus grande que « voici que le Machia’h vient », cette annulation et accomplissement de tout ce qui précède, c’est un réceptacle pour recevoir la révélation de l’Essence de l’Infini qui unit la nature avec ce qui est au-dessus de la nature.
C’est aussi l’affaire du Machia’h de révéler une Torah nouvelle, la dimension intérieure de la Torah de l’Infini, et en même temps il expliquera aussi aux gens simples. Puisse-t-il être volonté que bientôt nous méritions que Son Honneur le Rabbi dirigeant de notre génération, Machia’h de notre génération, se révèle aux yeux de tous dans la chair et nous délivre très prochainement.
Extrait du Journal de l’Année 5734
Nuit de Chabbat Parchat Korah, 2 Tamouz 5734
Le Rabbi entra pour la prière d’accueil du Chabbat comme d’habitude, environ une heure après l’heure d’allumage des bougies, soit vers 21 heures. Après la prière d’accueil du Chabbat, le Rabbi a coutume de monter dans sa chambre sainte pendant un certain temps – en hiver quelques heures et en été environ une heure – et après cela il va chez lui rue President pour faire le kiddouch et le repas de Chabbat avec la Rabbanit Haya Mouschka, que sa mémoire soit bénie.
Il a aussi coutume, quand il sort de sa chambre vers la rue le Chabbat en portant une redingote de soie, de mettre par-dessus la redingote un manteau de laine. À cette époque, si le Rabbi restait dans sa chambre sainte plus que le temps que j’ai écrit ci-dessus, c’était un signe probable qu’il y aurait un rassemblement le lendemain. (En ces années-là, le Rabbi ne se rassemblait pas chaque Chabbat) mais ce n’était pas encore certain.
Ce Chabbat-là, le Rabbi monta dans sa chambre comme d’habitude et resta longtemps. Une partie des étudiants resta dans la salle pour attendre que le Rabbi aille faire le kiddouch. Il arriva 23h30 et il n’était toujours pas sorti. Soudain vers 23h50 le Rabbi sortit ceint de sa ceinture par-dessus la redingote de soie sans le manteau de laine, et alla rapidement chez lui. Tout le long du chemin, il regarda fortement les tanks qui étaient garés dans la rue près du 770, que les membres de la communauté et les étudiants avaient utilisés le vendredi pour les campagnes.
Le Lendemain – Jour du Farbrenguen
Le lendemain, le Rabbi arriva au 770 vers 9h45 et à 10 heures descendit pour la prière du matin. Après la prière, le responsable a coutume d’annoncer toutes sortes d’événements qui se déroulent de la part de la synagogue, et si le Rabbi attend qu’il annonce la prière de l’après-midi, c’est signe qu’il n’y a pas de rassemblement. Mais s’immédiatement après l’annonce sur les événements, il commence à aller vers sa chambre sainte, c’est signe qu’il y a certainement un rassemblement à 13h30, c’est pourquoi il n’annonce pas quand sera la prière de l’après-midi, car la prière sera immédiatement après le rassemblement.
Et c’est ce qui fut : ils n’annoncèrent pas l’heure de la prière de l’après-midi et se préparèrent pour le rassemblement.
Le Rassemblement
Le Rabbi entra pour le rassemblement selon l’usage. Il fit la bénédiction sur le vin, et après cela le « répétiteur », le génie hassidique Rabbi Yoel Kahn, que sa mémoire soit bénie, commença la mélodie du chapitre du Rabbi sur « Et moi, la proximité de D.ieu » etc.
Après la mélodie, il commença à parler qu’apparemment comment organise-t-on un rassemblement et cause-t-on l’annulation de Torah à des dizaines de Juifs ?! À la rigueur le Chabbat des bénédictions, il y a une directive du Rabbi précédent : « même si on doit aller sur un pont de fer », mais ce Chabbat, le 2 Tamouz, il n’y a pas de raison pour un rassemblement, car ce n’est ni la néoménie ni le 3 Tamouz, jour de délivrance du Rabbi précédent.
Mais puisque j’ai commencé à parler de l’affaire des campagnes depuis quelques semaines et j’ai vu qu’une partie des hassidim s’en occupent avec ardeur et grand élan, « ils ont mérité un rassemblement » et peut-être que d’eux ils verront et feront de même.
À la fin du rassemblement, il se leva de toute sa stature et dansa, et fut dans une grande joie.
Conclusion
De tout ce qui précède, nous voyons que le Rabbi a une satisfaction spirituelle très grande de l’éveil d’en bas, et quand on fait des réceptacles par les actions du Rabbi, que ce soit dans l’étude de la Torah – discours et causeries etc. – et que ce soit dans toutes les campagnes, alors on attire lumière et abondance grande du Rabbi dans tous les domaines avec complétude totale.
Puisse-t-il être volonté que nous fassions satisfaction spirituelle au Rabbi dans tous les domaines précédents et que nous méritions que Son Honneur le Rabbi dirigeant de notre génération, Machia’h de notre génération, se révèle et nous conduise vers la délivrance complète et nous enseigne au sein de tout Israël une Torah nouvelle qui sortira de moi très prochainement.
Dimanche 3 Tamouz 5785, 29 juin 2025, 31e Hilloula du Rabbi de Loubavitch
La semaine de la Hilloula, qui coïncide avec le 3 Tamouz, est une période propice pour se lier au Rabbi.
C’est le moment idéal pour lui demander d’intercéder en notre faveur auprès du Tout-Puissant, afin de recevoir les bénédictions spirituelles et matérielles dont nous avons besoin.
Profitons de cette occasion pour prendre 3 bonnes décisions:
Dans les domaines de l’étude de la Torah et de la pratique des Mitsvot
de la prière
et de la Tsédaka, afin de recevoir ces bénédictions de la meilleure façon.
Extrait d’une lettre du Rabbi datée du 10 Nissan 5710 : « Quant à votre demande de poser des questions au Rabbi, il est important de comprendre que bien qu’il ne soit plus physiquement présent, si vous maintenez fermement votre attachement à lui et résistez aux tentations du mauvais penchant, il existe des moyens par lesquels le Rabbi peut vous répondre.
Une façon de le faire est d’envoyer une lettre au Ohel du Rabbi, en exprimant vos préoccupations et vos questions. Par la Providence Divine, le Rabbi peut trouver un moyen de vous répondre ».
On commence sa demande avec la phrase suivante : « אנא לעורר רחמים רבים » « Je vous en prie, d’éveillez de nombreuses miséricordes pour moi (votre prénom et le prénom de votre mère) »
Ensuite, veuillez indiquer les prénoms des membres de votre famille ou de vos proches, ainsi que les prénoms de leur mère
et la liste des demandes de bénédictions.
Le “Ohel” est le lieu où le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, repose depuis le 3 Tamouz 5754 (le 12 Juin 1994), à côté de son beau-père, le sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Yts’hak Schneersohn.
Le terme “Ohel” (littéralement: “tente”) désigne la structure édifiée au-dessus du tombeau d’un Tsadik, d’un Juste.
Le Rabbi a toujours été à l’écoute de chacun, quels qu’aient été son degré d’éducation ou de pratique religieuses.
Ceux qui ont approché le Rabbi savent l’extrême attention qu’il portait à chaque situation. Ils ont trouvé un puissant réconfort dans ses conseils et ses bénédictions.
Aujourd’hui, rien n’a changé : des milliers d’hommes et de femmes se rendent au Ohel ou écrivent au Rabbi pour le prier d’intercéder en leur faveur auprès du Tout-Puissant. Elles en ressentent une inspiration et une vitalité renouvelées.
A défaut de se rendre personnellement au Ohel, on peut lui écrire des lettres, des fax ou des mails.
“Un Tsaddik, un Juste, qui quitte ce monde n’en disparaît pas. Il s’y trouve avec une intensité encore plus grande”, nous enseigne le Zohar. Le 3 Tamouz, jour où le Rabbi quitta matériellement ce monde, cette phrase, immanquablement, résonne dans l’esprit et dans l’âme de chacun.
Par conséquent, avec le déroulement du temps, chacun constate à quel point la présence du Rabbi semble être encore plus sensible avec les années. Par ses enseignements, par les actions croissantes qu’il suscite aux quatre coins du monde, le Rabbi continue de guider. Il conduit, vivifie des centaines de milliers de personnes, diverses tant par leur origine que par leur mode de vie, leurs opinions ou leur situation géographique.
Le Rabbi recevait des centaines de lettres chaque jour. Des gens de tous les milieux lui écrivaient, quels qu’aient été leur origine sociale, leur âge, leur niveau de pratique religieuse, leur lieu de résidence.
Aujourd’hui encore, des milliers de personnes continuent d’écrire au Rabbi pour solliciter ses bénédictions et ses conseils.
Qu’est-ce qu’un Rabbi ?
Traduction libre d’une lettre écrite par le Rabbi plusieurs mois après le décès de son beau-père et prédécesseur, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn de Loubavitch. La lettre a été imprimée en introduction d’un livret de Maamarim du Rabbi précédent.
« La notion du Rabbi en tant que Nassi n’est pas une abstraction, mais bien une réalité palpable qui imprègne chaque aspect de nos vies. Il est la source de notre vitalité spirituelle, le guide qui nous conduit sur le chemin de la Torah et le pont qui nous relie à notre source divine. Il est le berger qui veille sur son troupeau, nourrissant chaque âme avec le soin et l’amour qui convient à sa nature unique. Il est le pilier de lumière dans la nuit qui nous guide à travers les ténèbres, et la fontaine d’eau vive qui désaltère notre soif spirituelle ».
« En lui, se trouve le pouvoir de nous élever au-dessus de nos propres limitations et de nous aider à atteindre des sommets que nous n’aurions jamais pu atteindre seuls. Par son dévouement infatigable et sa foi inébranlable en chacun de nous, il nous inspire à aspirer à plus, à chercher plus profondément en nous-mêmes, à révéler les étincelles divines qui résident en nos âmes ».
« Chacun de nous, quel que soit son niveau spirituel ou sa position dans la vie, peut trouver en lui un guide, un maître, un ami. Il est notre source de sagesse et d’inspiration, notre rocher dans les moments de doute, notre réconfort dans les moments de peine. Sa vie est un modèle de sainteté et de dévotion, une preuve vivante de ce qu’il est possible d’accomplir lorsque l’on sert D.ieu avec un amour pur et inconditionnel ».
« Chacun d’entre nous est appelé à faire de cette vérité une réalité vivante dans sa vie, à reconnaître le Rabbi comme notre Nassi, notre chef spirituel, et à rechercher son orientation et sa bénédiction dans tous les aspects de notre vie. C’est par notre lien avec lui que nous sommes capables de puiser dans les courants profonds de sainteté et de divinité qui coulent en nous, et c’est à travers lui que nous sommes capables de nous relier à notre source divine la plus élevée ».
« En fin de compte, le rôle du Rabbi est de nous aider à réaliser notre potentiel divin, de nous guider dans notre voyage spirituel et de nous aider à nous élever vers des hauteurs plus grandes. Il est notre guide, notre lumière, notre source d’inspiration et d’espoir. Il est, en effet, notre Nassi – le chef de notre peuple, le gardien de notre héritage, le berger de notre âme ».
Guimel Tamouz
Nous allons célébrer la journée singulière de Guimel Tamouz. Cette date, profondément ancrée dans l’esprit des Hassidim Lubavitch du monde entier, revêt une importance pour tous les Juifs et, véritablement, pour l’ensemble de la population mondiale.
Malgré l’absence visuelle du Rabbi depuis Guimel Tamouz, sa présence dans la vie de centaines de milliers de ses Hassidim et des millions de ses admirateurs est indéniable. Et l’engagement du Rabbi dans les milliers d’institutions qu’il a fondées, et la douzaine d’institutions établies depuis Guimel Tamouz, est tangible.
Guimel Tamouz correspond au troisième jour du mois hébreu de Tamouz. Le chiffre trois revêt une grande importance dans les enseignements juifs. Nos Sages nous disent que le monde repose sur trois piliers : l’étude de la Torah, la prière, et les actes de bienfaisance. Ils affirment également que le Tsadik est le socle du monde entier.
Quelle fut l’impulsion du Rabbi, ce pilier du monde, durant ses décennies de leadership ? Comme le savent bien nos lecteurs, depuis que le Rabbi a accepté le manteau de la direction, il a exprimé clairement que l’objectif de notre génération, la septième génération, est d’apporter la Rédemption.
Dans des centaines de discours publics, le Rabbi a exposé comment nous pouvons accomplir cela par une campagne tripartite : l’étude de la Torah, la prière, et les actes de bonté.
Notre étude de la Torah doit être renforcée dans tous les domaines de la connaissance juive en général, et de la Hassidout en particulier, en insistant sur les questions qui sont présentes partout dans l’enseignement juif qui traitent du Machia’h et de la Rédemption.
Nos prières doivent être imprégnées de requêtes sincères à D.ieu pour qu’il apporte la Rédemption, en criant « Combien de temps encore ? » et allant même jusqu’à exiger la Rédemption (comme l’explique le Hafets Haïm).
Enfin, à travers l’amour du prochain en général, et même par de simples actes de bonté et de bonnes actions, nous pouvons nous préparer à la Rédemption et en accélérer l’arrivée.
Puissions-nous être rapidement réunis avec notre Rabbi et être témoins de l’avènement de la Rédemption complète et éternelle.
Trente et un ans après son départ, l’influence du Rabbi de Loubavitch continue de grandir et d’inspirer des millions de personnes à travers le monde. Son approche révolutionnaire de l’enseignement de la Torah et de l’amour inconditionnel envers chaque Juif a créé un mouvement qui transcende les frontières traditionnelles du judaïsme. Les témoignages recueillis lors de cette journée spéciale de Guimel Tamouz révèlent l’ampleur extraordinaire de son impact spirituel et social.
Cette enquête explore l’héritage durable du Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, le septième Rabbi de Loubavitch, à travers les témoignages de personnalités influencées par ses enseignements. L’article examine son approche unique de l’éducation juive, sa vision messianique, sa philosophie de l’amour inconditionnel, son utilisation pionnière de la technologie, et l’impact continu de ses idées sur la société contemporaine. Il révèle comment ses « ordres de marche » continuent de guider des millions de personnes dans leur quête de transformation personnelle et sociale.
La maîtrise encyclopédique d’un visionnaire
Contrairement à l’image parfois réductrice d’un leader spirituel, le Rabbi de Loubavitch était reconnu par ses pairs comme l’un des plus grands érudits de sa génération. Rav Moshe Feinstein, autorité halakhique incontestée, parlait avec admiration de « l’incroyable connaissance de la Torah du Rabbi ».
« Le Rabbi était un phénomène extraordinaire », témoigne un érudit interrogé. « Non seulement en Kabbale et en ‘Hassidout, qui sont le domaine spécifique d’un Rabbi, mais aussi en Niglé, en Guemara, en Shakla veTarya – le Rabbi maîtrisait tous ces domaines. »
Cette érudition n’était pas compartimentée. Le Rabbi possédait cette capacité rare d’intégrer tous les domaines de la connaissance juive dans une vision cohérente. Ses discours, parsemés de notes de bas de page d’une précision chirurgicale, révélaient une connaissance qui s’étendait même à l’histoire et aux coutumes, « des choses qui ne figurent même pas dans la littérature Torah traditionnelle ».
L’héritage intellectuel du mouvement Habad
Cette approche intellectuelle s’enracine dans l’histoire même du mouvement Habad. Le Rabbi Shneur Zalman, fondateur de la dynastie et connu sous le nom d’Alter Rebbe, était surnommé « le Litvak » par ses contemporaires – une reconnaissance de son approche analytique de l’étude.
« Habad a toujours mis l’accent historiquement sur l’importance du Nigla, du Shas, des Poskkim », explique l’un des intervenants. « L’Alter Rebbe, ce grand kabbaliste, était aussi l’auteur du Shul’han Aroukh HaRav, qui est reconnu non seulement dans Habad mais dans tous les segments du judaïsme orthodoxe comme l’une des principales autorités halakhiques. »
Démocratiser la sagesse
L’innovation pédagogique la plus remarquable du Rabbi résidait dans sa capacité à rendre accessibles les concepts les plus abstraits. Là où d’autres réservaient les enseignements profonds à une élite, le Rabbi les partageait avec tous, y compris les enfants.
« La grandeur du Rabbi, c’est qu’il comprenait qu’ultimement, la Torah concerne la façon dont D.ieu veut que nous vivions dans le monde », analyse un spécialiste. « Comment créons-nous une relation avec Lui ? Par conséquent, toute la Kabbale, tout l’apprentissage, toute l’érudition doivent se transformer en une voie pratique de relation au Saint, béni soit-Il. »
Cette approche trouvait son fondement dans une compréhension profonde du but de la Torah. Si quelqu’un pouvait articuler toutes sortes de structures théoriques mais n’avait aucun pont pour les ramener dans le monde de l’action pratique, alors « par définition, il ne comprend pas vraiment ce que la Torah fait ici ».
La sagesse de Rav Salanter
Le Rabbi s’inspirait également de grands penseurs comme Rav Israel Salanter, qui avait des connexions avec Habad. Rav Salanter enseignait : « Si vous ne pouvez pas expliquer un concept de Torah à un enfant de 9 ans, vous ne le comprenez pas complètement. Vous devez le comprendre si bien que vous voyez son essence, sa quintessence. »
Cette philosophie se traduisait concrètement dans tous les discours du Rabbi. Même lorsqu’il développait des analyses longues et complexes de différentes sources talmudiques, en y intégrant la Kabbale, « cela se terminait toujours, culminait toujours en leçons pratiques ».
Une foi inébranlable dans l’humanité
L’optimisme du Rabbi constituait bien plus qu’un trait de caractère : c’était une philosophie de vie révolutionnaire. Cette attitude positive, enracinée dans sa foi profonde en D.ieu, se traduisait par une confiance absolue dans le potentiel de chaque être humain.
« Ce qui me touche personnellement le plus chez le Rabbi, c’est sa notion d’optimisme », confie un de ses disciples. « Il avait foi en Klal Israël. Il avait foi qu’on peut faire de bonnes choses dans le monde. Il n’abandonnait jamais. Il refusait de laisser le pessimisme prendre le dessus, même face à la maladie, aux luttes, aux défaites, aux dangers. »
Cette positivité n’était pas naïve. Elle s’ancrait dans une compréhension profonde que la Torah et la connexion au divin donnent à chacun le pouvoir de surmonter les obstacles. « Son message était toujours un message d’espoir ancré dans la réalité pratique », souligne un témoin.
Une réponse au désespoir contemporain
Dans une époque où « tant de personnes dans le monde des Yechivot et en dehors se sentent tristes, déprimées, impuissantes, incapables de prendre des décisions constructives dans leur vie », l’approche du Rabbi offre un antidote puissant.
Son message était simple mais transformateur : « Vous n’abandonnez pas. Vous avez un problème, vous le gérez, vous travaillez dessus, vous le surmontez, et vous aurez du succès. »
Au-delà des clivages sectaires
La vision du Rabbi de l’amour inconditionnel pour chaque Juif constituait peut-être son enseignement le plus révolutionnaire. Cette philosophie transcendait toutes les divisions sectaires, politiques ou sociales au sein du peuple juif.
« Je n’ai pas encore trouvé de hétaire pour que quelqu’un ne soit pas loubavitch quand il s’agit d’Ahavat Israël », déclare un responsable communautaire d’Efrat. « Si quelqu’un peut me montrer le contraire, qu’il me le fasse savoir. Je n’ai pas encore trouvé cela. »
Cette approche se base sur une compréhension profonde de l’unité fondamentale du peuple juif. Comme l’explique ce même responsable : « Vous n’auriez jamais consciemment, dans votre bon sens, l’idée de nuire et d’endommager votre propre corps. Cette même notion s’applique à ma relation avec Klal Israël, avec Am Israël. »
L’anatomie spirituelle de l’unité
Le Rabbi enseignait que la relation entre les Juifs ressemble à celle entre les membres d’un même corps. « Vous ne regarderiez jamais une partie de votre corps en commençant à en dire du mal. Alors comment permettons-nous de parler négativement d’une extension de notre corps, qui sont les autres personnes ? »
Cette métaphore n’était pas seulement poétique. Elle reflétait une réalité kabbalistique profonde : tous les Juifs partagent une âme collective, et blesser l’un revient à se blesser soi-même. « Si vous vous cognez l’orteil dans une porte, je devrais ressentir une certaine connexion à cela, une certaine sensation », explique-t-il.
Une leçon de sagesse relationnelle
L’une des histoires les plus emblématiques de l’approche du Rabbi concernait un scientifique qui lui avait écrit plusieurs lettres critiques, remettant en question l’autorité du judaïsme. Au lieu de répondre par des arguments théologiques, le Rabbi lui envoyait des objets rituels : d’abord un Siddur, puis des tefillin.
Le scientifique, frustré par ces réponses apparemment inappropriées, continuait à écrire des lettres de plus en plus critiques. Il questionnait la pertinence du Shabbat dans le monde moderne, puis s’attaquait aux fondements mêmes de la Torah et au problème de la souffrance des justes.
Des années plus tard, ce scientifique, devenu religieux entre-temps, se présenta devant le Rabbi lors de la distribution des dollars. Il demanda : « Rabbi, je ne comprends pas. Vous auriez pu répondre à toutes mes questions dès la première fois que je vous ai contacté. Pourquoi ai-je dû traverser des années supplémentaires d’errance et de recherche ? »
La réponse du Rabbi fut révélatrice : « Écoutez, vous avez raison. J’aurais gagné un argument, mais j’aurais certainement perdu un ami. »
La primauté de la relation humaine
Cette anecdote illustre une philosophie profonde de la relation humaine. « Souvent, quand il s’agit de discussions, d’arguments ou d’essayer de faire passer votre point de vue, nous sommes si pressés de nous assurer que vous sachiez ce que je pense », observe le narrateur.
« Mais est-il tout aussi important pour vous que nous devenions amis à travers cette interaction ? Si c’est le cas, les réponses vous parviendront quand elles auront besoin de vous parvenir. En ce moment, ce qui doit vous parvenir, c’est l’idée que vous et moi sommes dans la même équipe. »
Redéfinir l’attente messianique
Contrairement à l’approche traditionnelle qui considérait l’ère messianique comme un événement lointain et passif, le Rabbi en faisait un objectif concret et accessible. Sa vision du Messie se déclinait sur deux niveaux complémentaires.
Au niveau révélé, basé sur le Rambam, l’ère messianique représente « une révélation complète, un accomplissement complet de l’intégralité de la Torah ». Si aujourd’hui nous ne pouvons observer qu’un pourcentage limité des commandements, « quand le Messie viendra, nous pourrons accomplir l’intégralité de la Torah ».
Au niveau mystique, cette ère signifie « la révélation de la divinité dans ce monde ». Cette transformation permettra d’expérimenter en permanence cette proximité divine que nous ne ressentons qu’occasionnellement lors de moments de prière intense ou de connexion spirituelle profonde.
Transformer le quotidien en sacré
« Quand vous regardez un arbre, ne pensez pas seulement à l’arbre », enseigne un disciple du Rabbi. « Pensez à ce qui donne de l’énergie à l’arbre, ce qui rend l’arbre vivant, ce qui donne la verdure à l’arbre, la couleur brune, la texture. Et quand vous y réfléchissez et que vous vous connectez et apprenez la lumière de la Torah, vous reliez cela à Hashem. »
Cette pratique, qui commence « par de très petites doses, peut vraiment devenir une conscience et une façon de vivre ». Que vous soyez bloqué dans la circulation ou en file au supermarché, « vous pourriez essayer de penser à D.ieu et de faire l’expérience de D.ieu régulièrement ».
La mission démocratisée
Vers la fin de sa vie active (1988-1992), le Rabbi révolutionna la compréhension traditionnelle de la responsabilité messianique. Il déclara que chaque Juif était désormais un « Shlia’h » – un émissaire chargé de hâter la venue du Messie.
« Le Rabbi disait : ‘Je vous transmets la chose’ – cette chose étant d’essayer d’amener le Messie », explique un commentateur. « Chaque personne qui apprend la Torah en profondeur, quand elle lit cela, pense que le Rabbi s’adresse à elle personnellement. »
Cette démocratisation explique en partie pourquoi le mouvement Habad a continué de croître après la disparition du Rabbi. « Ce n’est pas seulement que le Rabbi est décédé et qu’il y a eu un vide. Le Rabbi a donné la mission à chaque personne individuelle. »
La révolution des communications
Bien avant l’ère d’Internet, le Rabbi avait compris le potentiel révolutionnaire des nouvelles technologies pour diffuser les enseignements de la Torah. Il fut l’un des premiers leaders religieux à utiliser la radio, expliquant que « chaque nouvelle technologie pouvait être utilisée positivement, et la raison principale de l’existence des technologies est à des fins positives ».
Cette vision s’étendait naturellement aux médias sociaux et à Internet. « La réalité messianique décrite même par le Rambam est une société unifiée, un monde unifié où tout le monde est impliqué, où tout le monde communique, où tout le monde a un objectif unifié unique : connaître Hashem », analyse un spécialiste.
Internet comme outil messianique
« Comment cela est-il censé se produire ? », interroge ce même expert. « Si vous viviez il y a 200 ans, tout le monde vivait dans ses propres poches isolées. Personne ne se parlait. Personne ne comprenait les cultures des autres. Comment êtes-vous censé créer une société unifiée autour d’une seule idée de connexion au divin ? »
La réponse du Rabbi était prophétique : « Les réseaux sociaux représentent cela à grande échelle. Nous avons la capacité de transférer des idées, des personnes, des cultures et des valeurs d’une personne à une autre dans le monde entier. »
L’équilibre nécessaire
Cependant, le Rabbi n’était pas naïf face aux dangers potentiels de ces technologies. « Chaque nouvelle technologie qui arrive dans le monde a une klipa, un aspect négatif », reconnaissait-il. Sa recommandation était claire : « Si vous apprenez beaucoup de Torah, si vous avez un Rabbi, si vous avez un guide spirituel, vous pouvez vraiment utiliser ces choses pour faire avancer la mission d’amener le Messie. »
Une approche contre-intuitive
Alors que l’assimilation constituait (et constitue toujours) l’une des menaces les plus sérieuses pour la continuité juive, le Rabbi maintenait un optimisme étonnant. Cette attitude reposait sur une conviction théologique profonde.
« Le Rabbi était optimiste concernant chaque vision que la Torah a et chaque principe que la Torah a, indépendamment du fait que la réalité sur le terrain semble la contredire », explique un de ses étudiants. « La raison en est que le Rabbi disait que les choses peuvent paraître mauvaises ou négatives en surface, mais D.ieu a créé le monde. Il l’a déclaré bon. »
La bonté intrinsèque de chaque Juif
Cette philosophie s’étendait particulièrement aux Juifs assimilés. « Il a déclaré que le peuple juif était bon. Il a déclaré que le peuple juif était Ses enfants. Rien ne change cette définition essentielle », poursuivait le Rabbi.
Selon cette vision, l’assimilation ne représente que des « couches externes » qui recouvrent la véritable nature de chaque Juif. « Tant que nous prenons la responsabilité d’essayer de percer toutes les couches externes, la vraie nature de la réalité, la vraie nature du peuple juif, la vraie nature d’un Juif individuel ou de tout être humain va vraiment ressortir. »
La stratégie de l’accès plutôt que de la persuasion
L’approche du Rabbi ne consistait pas à convaincre les Juifs éloignés, mais à leur donner accès à leur héritage. « Les Juifs sont en feu. Ils aiment Hashem. Ils aiment la Torah, mais ils n’ont pas nécessairement la capacité d’accéder à la Torah », analysait-il.
« C’est notre responsabilité d’aller là-bas, d’enlever les couches, de donner aux gens l’accès à la Torah. Et par eux-mêmes, ils vont vouloir se connecter à Am Israël, ils vont vouloir se connecter à D.ieu. »
Le défi de notre époque
L’un des défis majeurs de notre époque est la surcharge informationnelle. Avec Internet offrant « des centaines de milliers de pages de Torah en ligne, dont certaines valent la peine et d’autres non », plus « la pléthore de livres », le risque est réel « d’inculquer des habitudes de superficialité et de confusion ».
Le Rabbi avait anticipé ce problème, s’inspirant d’une maxime du Shaagas Aryeh : « Traitez les pauvres et les enfants des pauvres avec un grand respect, car des enfants des pauvres viendra la Torah. » Pourquoi ? « Parce qu’ils ne peuvent pas se permettre tant de livres et qu’ils doivent donc se concentrer sur l’essentiel. »
La nécessité d’un guide spirituel
Face à cette complexité, « nous avons besoin d’être connectés à un Rabbi, à un enseignant, pour séparer le bon grain de l’ivraie et aussi pour prendre le théorique et le transformer en pratique », explique un éducateur. « La plupart d’entre nous ne sont pas capables de faire ces sauts particuliers. »
Cette approche se justifie d’autant plus que « la Torah est éternelle et ne change jamais, mais la vie change tout le temps, chaque minute et chaque jour. Nous devons donc savoir comment appliquer la Torah immuable aux vicissitudes toujours changeantes de la vie. »
L’exemple des Yechivot avancées
Même dans l’environnement traditionnel des Yechivot, cette problématique existe. « Si un bachour ou un avrekh passe tout son temps à consulter ce commentaire-ci et ce commentaire-là au lieu de réviser le Rashi et les Tossafot encore et encore, il y aura un manque de clarté, une confusion. »
Le principe est universel : « Il y a un moment où vous devez être un peu sélectif pour vraiment intérioriser les messages. »
Un modèle négligé
Interrogé sur les enseignements du Rabbi que nous ne suivons pas suffisamment aujourd’hui dans nos institutions éducatives, un éducateur pointe vers un aspect fondamental souvent négligé : l’optimisme et la foi en chaque individu.
« Ce qui me touche personnellement le plus chez le Rabbi, c’est cette notion d’optimisme. Il avait foi en Klal Israël. Il avait foi qu’on peut faire de bonnes choses dans le monde », explique-t-il. « L’idée de cette positivité de vie est ultimement connectée à l’Emouna en Hashem, mais elle se traduit pratiquement en foi en soi-même et en sa capacité à faire de bonnes choses quand on se connecte à Hashem. »
Combattre la désespérance
Cette approche est particulièrement pertinente aujourd’hui : « Tant de personnes dans le monde des Yechivot et en dehors sont tristes, déprimées, se sentent impuissantes, incapables de prendre des décisions constructives dans leur vie. »
Le message du Rabbi offrait un antidote : « Vous n’abandonnez pas. Vous avez un problème, vous le gérez, vous travaillez dessus, vous le surmontez, et vous aurez du succès. »
L’apprentissage quotidien pour tous
Un autre enseignement crucial du Rabbi concernait la démocratisation de l’étude. « Le Rabbi a souligné que faire partie de la définition d’être un Juif observant de la Torah, c’est de réserver des temps quotidiens pour l’apprentissage de la Torah. »
Cette approche était réaliste et inclusive : « Le Rabbi comprenait qu’il était réaliste que tout le monde n’allait pas être en Yechiva ou au kollel avec 10 heures par jour pour apprendre. Mais ce n’est pas parce que vous ne pouvez pas apprendre 10 heures par jour que vous ne pouvez pas apprendre une heure par jour. »
Le principe du Rabbi était révolutionnaire dans sa simplicité : « Ne laissez pas le mieux être l’ennemi du bien. Si vous ne pouvez pas faire quelque chose parfaitement, vous ne vous embêtez pas à le faire du tout ? Le message du Rabbi est que c’est une erreur absolue. Un demi-pain vaut mieux qu’un pain entier, et un quart de pain vaut mieux que zéro pain. »
Les cicatrices de la division
L’un des enseignements les plus urgents du Rabbi concerne l’unité du peuple juif, particulièrement pertinent dans le contexte israélien contemporain. « La polarisation ici est très, très troublante », témoigne un résident d’Israël.
Paradoxalement, les événements tragiques du 7 octobre 2023 avaient initialement créé une unité remarquable : « Il y a eu beaucoup d’Ahdout, beaucoup d’unité, même entre les religieux et les laïcs. Les gens se rassemblaient. Les gens réalisaient que tout ce que nous avons, c’est Am Israël et nous-mêmes. »
Cependant, « les vieilles habitudes ont la vie dure, et alors que la guerre continue encore et encore, nous retournons en quelque sorte à nos vieilles habitudes désagréables. La sinat hinam et la polarisation relèvent leur vilaine tête de bien des manières. »
La vision du Rabbi pour l’unité
Le Rabbi enseignait que « Am Israël, nous devons être une nation unique. Si nous ne le sommes pas, toute notre connexion à la Torah est affaiblie, car l’unité elle-même est requise. » Cette unité n’impliquait pas l’uniformité d’opinion, mais « doit toujours être sur un fond d’amour, de respect et de validation ».
« Je peux être en désaccord avec vous, mais je vous aime. Je vous valide. Je vous légitime en tant que Juif qui est très précieux et très aimé par Hashem, et donc vous êtes aimé par moi », résumait-il.
L’exemple des soldats
Un témoignage particulièrement émouvant illustre cette unité potentielle. Un soldat revenant de Gaza expliquait : « J’aimerais que tout Am Israël vienne avec moi et mon équipe quand nous traversons la frontière de Gaza. Quand nous sommes dans notre équipement, aucun de nous n’a vraiment d’idée ou ne pense à quoi nous ressemblons en fonction d’où nous venons. Nous sommes entièrement engagés dans l’action, dans la bataille, dans la concentration, dans le but. Et quand nous traversons ces lignes vers Gaza, il y avait une unité absolue au sein de l’équipe. »
La question cruciale demeure : « Comment, quand vous sortez de Gaza, apportez-vous cela avec vous ? »
Le pouvoir de se sentir vu
Un responsable communautaire d’Efrat partage une anecdote personnelle révélatrice. À l’âge de six ans, dans un camp d’été, deux conseillers étaient venus chez lui le soir avec « du jus de raisin et des biscuits » en disant : « Bienvenue chez Hashem. »
« Je me suis senti vu à l’âge de 6 ans, et cela ne m’a jamais quitté », témoigne-t-il. « Ce sentiment que chaque personne qui traverse cette communauté et cette synagogue ne doit pas seulement être vue – c’est un niveau – mais doit savoir que nous comptons sur vous. »
La transformation par l’amour plutôt que par la prédication
Cette approche trouve son illustration la plus frappante dans l’histoire d’un Cohen qui était venu à contrecœur à la synagogue d’Efrat, traîné par un membre de sa famille. Cet homme, amer envers D.ieu à cause d’épreuves personnelles, avait décidé qu’il ne ferait pas la bénédiction sacerdotale.
« Il avait déjà décidé qu’il avait tant de plaintes, tant de récriminations contre D.ieu, et il sentait que sa vie était si amère qu’il estimait que ce serait mal de monter bénir le matin suivant », raconte le témoin.
Pourtant, le lendemain matin, ce même homme monta pour la bénédiction. Interrogé sur ce changement d’attitude, il expliqua : « Quand je suis venu prier avec vous et votre communauté vendredi soir, la joie, l’exubérance et l’amour étaient si apparents dans l’air. Ce que j’ai ressenti, c’est que j’étais entouré de beaucoup de personnes qui ont aussi beaucoup de questions, mais cela ne les empêche pas d’aimer. »
Cette révélation avait été transformatrice : « Je me suis dit que peut-être je pourrais aussi surmonter mes questions pendant quelques minutes et laisser l’amour entrer dans mon cœur, ce que j’ai fait. »
L’immortalité numérique
Cette présence technologique crée une forme d’immortalité unique. « Grâce à la technologie, vous pouvez même entendre sa voix et le voir parler », observe un commentateur. « Je dois admettre que bien que mon temps soit limité, l’un de mes plaisirs coupables est que je regarde souvent le Rabbi en vidéo, et j’apprécie particulièrement les distributions de dollars. »
Ces vidéos révèlent un aspect essentiel de la personnalité du Rabbi : « Quand vous voyez comment le Rabbi se rapporte à chaque personne individuelle – homme, femme, enfant, personnes simples – chaque personne reçoit l’attention du Rabbi, et c’est en soi une inspiration et un modèle que je peux essayer de suivre dans ma propre vie. »
L’humanité du guide spirituel
Lors d’un échange particulièrement intime, un disciple confie qu’il aimerait poser au Rabbi une question profondément personnelle : « Ma lutte personnelle est comment avoir une plus grande joie en Hashem. Parfois, comme on dit, nous traversons des périodes d’élévation et de descente, et la descente est une lutte que nous traversons tous. »
Cette vulnérabilité le mène à une interrogation touchante : « J’aimerais demander au Rabbi s’il a jamais été déprimé. J’aimerais le savoir parce qu’il était toujours si optimiste. D’un autre côté, le Rabbi était un peu une figure mystérieuse en ce sens que d’une part, il était la plus publique des personnes. D’autre part, même les gens qui lui étaient très, très proches disent qu’il y avait tant de choses chez lui qui étaient cachées. »
L’engagement total
Cette interrogation révèle l’ampleur extraordinaire de l’engagement du Rabbi. « Il ne prenait jamais de vacances. Il allait au Ohel voir son beau-père, et c’était sa sortie – je n’appellerais pas cela des vacances. Je pense qu’une fois il est allé dans un camp d’été dans les Catskills, mais le Rabbi ne prenait jamais de vacances. »
Cet engagement était « inouï même parmi les Gdolim. C’est inouï pour quelqu’un de ne jamais prendre de pause du tout. »
La question communautaire urgente
Au-delà des préoccupations personnelles, la question communautaire la plus pressante concernerait l’unité : « Comment guérissons-nous la fracture ? Comment rassemblons-nous Klal Israël ? Il y a tant de sinat hinam, tant de ressentiment ou au moins d’apathie. Chacun crée ses propres petits camps et ne pense pas à l’autre camp. »
Cette division préoccupante génère une frustration palpable : « Il y a moi et il y a eux, et tout est une situation de moi et eux. Comment guérissons-nous cela ? Que faisons-nous ? »
Une continuité extraordinaire
Trente et un ans après la disparition physique du Rabbi, le phénomène le plus remarquable reste la croissance continue du mouvement Habad. « On aurait pu penser que Habad était si lié à l’identité d’une seule personne que quand il est parti, c’est en quelque sorte la fin. C’est la fin de Habad », observe un commentateur.
« Pourtant, nous voyons l’inverse au cours des plus de 30 années qui se sont écoulées. Habad continue de croître. Les Beth Habad, différents programmes, nouvelles initiatives… Je vois une pléthore de commentaires et de traductions, que ce soit en anglais ou des traductions et commentaires sur le Tanya, les Likoutei Torah ou d’autres écrits du Rabbi. »
Cette expansion continue témoigne d’un phénomène unique : « Je pense qu’à bien des égards, c’est un témoignage formidable que son leadership, son influence et ses enseignements étaient si puissants qu’ils ont survécu à sa disparition physique. »
Les ordres de marche plutôt que l’héritage
La distinction établie par le Rabbin Krinsky après la disparition du Rabbi demeure éclairante : « Le Rabbi n’a pas laissé un héritage, le Rabbi a laissé des ordres de marche. » Cette formulation capture l’essence dynamique de l’influence continue du Rabbi.
« Guimel Tamouz n’est pas nécessairement un jour pour se connecter à la Neshama du Rabbi », explique un disciple qui ne s’identifie pas comme Habad. « Je ne visite pas le Ohel, je ne fais pas certaines des choses que font les vrais Habad. Mais j’essaie de réfléchir aux ordres de marche que le Rabbi nous a laissés et d’essayer de penser, à ma petite façon, comment puis-je les faire avancer pour aider à amener le Messie. »
« les Tsadikim, même dans leur mort, sont encore vivants »
La compréhension traditionnelle selon laquelle « les Tsadikim, même dans leur mort, sont encore vivants » trouve ici une illustration contemporaine frappante. « Le Rabbi est très vivant aujourd’hui dans ses enseignements », affirme un commentateur, « et bien sûr, grâce à la technologie, vous pouvez même entendre sa voix et le voir parler. »
Cette présence virtuelle crée une continuité unique entre les générations. Les vidéos du Rabbi distribuant des dollars révèlent « comment le Rabbi se rapporte à chaque personne individuelle – homme, femme, enfant, personnes simples – chaque personne reçoit l’attention du Rabbi. »
Au-delà de la performance et des résultats
L’un des enseignements les plus révolutionnaires du Rabbi pour notre époque concerne l’évaluation de la valeur personnelle. Dans un monde obsédé par la performance et les résultats, le Rabbi proposait une approche à deux niveaux.
« Nous devons nous voir avec deux perspectives distinctes », explique un étudiant. « Une perspective est que je suis orienté mission. Je dois accomplir. Je dois produire. Je dois changer le monde. Mais une seconde perspective est que, indépendamment de tout ce que vous faites, vous êtes une Neshama. Vous avez un morceau de divinité en vous. »
Cette dualité offre une résilience psychologique cruciale : « Cela vous donne une valeur intrinsèque inhérente, totalement indépendante de vos comportements et totalement indépendante de vos choix et totalement indépendante de votre succès selon tout baromètre externe. »
Une révolution dans les relations humaines
Cette philosophie transforme également notre perception des autres. « Quand vous pensez aux autres, pensez aux autres de cette façon. Vous pouvez apprécier les accomplissements des autres, mais même si la personne assise en face de vous ne peut compter aucun de ses accomplissements, elle reste une Neshama, un morceau de divinité dans ce monde. »
Cette approche « donne une valeur intrinsèque inhérente » à chaque être humain et constitue « une façon très pertinente d’éviter une partie du doute de soi, de l’anxiété concernant ‘est-ce que je fais quelque chose ? Ma vie a-t-elle un sens ?' »
Un attrait universel
L’influence du Rabbi dépasse largement les frontières du mouvement Habad, comme en témoigne l’expérience de nombreuses personnalités qui ne s’identifient pas comme Habad mais reconnaissent son impact transformateur.
« Non seulement je n’ai pas grandi Habad, mais je ne m’identifie toujours pas comme Habad », confie un auteur qui a écrit sur les enseignements du Rabbi. « Pour moi, quand je pense à Guimel Tamouz, je pense au commentaire du Rabbin Krinsky après la disparition du Rabbi. »
La rencontre avec les enseignements
Cette même personnalité décrit sa première rencontre avec l’univers du Rabbi : « Avant de rencontrer la Torah du Rabbi, j’ai rencontré le Rabbi lui-même. Et je ne veux pas dire personnellement. Je n’ai jamais eu le privilège d’avoir une audience ou même d’être en ligne pour les dollars. »
Ce qui l’avait frappé était « le monde entier étant bénéficiaire et admirateur de tout ce qu’est Habad. Qui est cet homme et quelle est sa Torah ? D’où tire-t-il cela ? Quel est le moteur qui le mène à avoir cette armée qui révolutionne et change le monde de manière extraordinaire ? »
L’universalité du message
Cette attraction universelle s’explique par la pertinence contemporaine des enseignements. Comme l’observe un commentateur : « Je n’ai pas encore trouvé de Hater pour que quelqu’un ne soit pas Loubavitch quand il s’agit d’Ahavat Israël. Si quelqu’un peut me montrer le contraire, qu’il me le fasse savoir. »
La clarification suit immédiatement : « Peut-être que je devrais dire plus clairement : je n’ai pas trouvé de Hater pour que quelqu’un ne soit pas disciple du Rabbi quand il s’agit d’être amoureux d’Am Israël. »
Dépasser les étiquettes
Un défi contemporain majeur réside dans la tendance à l’identification sectaire rigide. « Je pense que beaucoup de personnes aujourd’hui sont dans un besoin si désespéré d’autodéfinition, et tout ce qui vient menacer leur propre titre, leur propre description de qui ils sont, les perturbe un peu », observe un responsable communautaire.
« Mais je pense que le Rabbi ne se souciait pas du tout de la façon dont vous l’étiquetez, tant que cela relevait d’Am Israël. » Cette perspective libératrice permet de transcender les divisions artificielles.
L’exemple de la diversité dans l’unité
L’expérience contemporaine d’Efrat illustre cette philosophie. « Nous parlons maintenant d’Efrat. Nous sommes entre Hébron et Jérusalem, et je regarde ici et je vois tant de maisons différentes de voisins dont les maris ou les fils sont dans les réserves depuis plus de 500 jours. »
Cette réalité crée une unité authentique : « Quand nous traversons ces lignes vers Gaza, il y avait une unité absolue au sein de l’équipe. La question entière est : quand vous sortez de Gaza, comment apportez-vous cela avec vous ? »
Une traduction erronée
L’un des concepts les plus mal compris des enseignements du Rabbi concerne le Bitul, souvent traduit par « nullification » ou « effacement de soi. » Cette interprétation génère une approche « auto-dégradante » du terme.
« Je ne pense pas que ce soit une traduction appropriée », corrige un spécialiste. « Je pense que la meilleure traduction est peut-être l’effacement ou se penser comme faisant partie d’un tout plus grand, comme faisant partie de quelque chose de plus grand que soi. »
La métaphore du rayon de soleil
Le Tanya illustre ce concept par une métaphore éclairante : « Le Bitul est décrit comme se voir comme un rayon de soleil émergeant du soleil. Si vous retracez le rayon de soleil vers le soleil, le rayon de soleil n’a pas d’existence indépendante. C’est juste une partie du soleil. »
Cependant, une fois émergé, « vous représentez le soleil. Vous êtes indépendant. Vous éclairez une zone du monde qu’aucun autre rayon de lumière n’éclaire, mais vous êtes toujours profondément connecté au soleil. Vous exprimez quelque chose de beaucoup plus grand que vous. »
Applications pratiques
Cette compréhension transforme l’approche des difficultés personnelles. « Si je suis confronté à une décision, si je traverse une mauvaise journée, ce que j’essaie de faire, ce n’est pas seulement penser à moi, mais me penser comme faisant partie d’une unité plus large. »
Cette perspective élargie – « faisant partie d’une famille, d’une communauté, du peuple juif dans la terre d’Israël, de personnes qui apprennent la Torah, du monde » – génère une force transformatrice : « Plus vous vous voyez comme faisant partie de quelque chose de plus grand que vous, plus vous avez le Koach, plus vous avez le pouvoir et la force d’avancer. »
Une vision prophétique pour Israël
L’influence du Rabbi s’étendait bien au-delà du domaine purement spirituel. Sa vision géopolitique, particulièrement concernant Israël, s’avère d’une actualité saisissante. Le livre « Make Peace » de SIE présente « la stratégie sécuritaire du Rabbi pour Israël, des décennies en avance sur son temps. »
Cette influence perdure : le livre « a littéralement été aperçu sur le bureau de Benjamin Netanyahu après le 7 octobre », témoignant de la pertinence continue de ses analyses géostratégiques.
Le paradoxe de l’engagement à distance
Un aspect remarquable de l’approche du Rabbi concernait sa relation avec Eretz Israël. Bien qu’il n’ait jamais visité physiquement le pays après son installation à Crown Heights, son engagement envers Israël était total.
« Il est très facile pour quelqu’un de dire : ‘Oh, le Rabbi ne vivait pas en Israël, il n’était pas là.’ Non, non, non. Il était si Am Israël et il sentait que sa responsabilité était d’être avec les Juifs à Crown Heights », explique un observateur.
Cette apparente contradiction révèle une compréhension profonde : « Trente ans de vie ici effleurerait à peine la surface de l’ongle du Ahavat Israël avec lequel le Rabbi vivait chaque seconde. »
Le pèlerinage des dirigeants
Cette influence se manifestait concrètement : « Tous ceux qui venaient d’Israël sentaient que la première chose qu’ils devaient faire en quittant Israël était de venir voir le Rabbi, en particulier les gens du gouvernement, les gens de haut rang, qui venaient toujours chercher conseil auprès de celui qui aimait la terre plus que quiconque d’autre qui existait à l’époque. »
Une vision technologique prophétique
Si le Rabbi devait donner un discours aujourd’hui sur les médias sociaux, sa vision serait probablement cohérente avec son approche révolutionnaire des technologies de son époque. « Le Rabbi était l’une des premières personnes à mettre la Torah à la radio et il décrivait comment chaque nouvelle technologie pouvait être utilisée positivement », rappelle un commentateur.
Le potentiel messianique des réseaux
« La réalité messianique décrite même par le Rambam est une société unifiée, un monde unifié où tout le monde participe, où tout le monde communique, où tout le monde a un objectif unifié unique : connaître Hashem », analyse un spécialiste.
Cette vision trouve son accomplissement technologique contemporain : « Les médias sociaux représentent cela à grande échelle. Nous avons la capacité de transférer des idées, des personnes, des cultures et des valeurs d’une personne à une autre dans le monde entier. C’est une valeur extraordinaire des médias sociaux. »
L’équilibre nécessaire
Cependant, le Rabbi aurait également mis en garde contre les dangers : « Chaque nouvelle technologie qui arrive dans le monde a une Klipa, un aspect négatif. Plutôt que d’avoir peur et de dire qu’on ne peut pas s’engager du tout, le Rabbi dirait que si vous apprenez beaucoup de Torah, si vous avez un Rabbi, si vous avez un guide spirituel, vous pouvez vraiment utiliser ces choses pour faire avancer la mission d’amener le Messie. »
Un pèlerinage contemporain
Crown Heights demeure un lieu unique, « figé dans le temps, littéralement figé en 1995 », où « les gens ne s’arrêtent pas de suivre les ordres de marche. » Cette fidélité exceptionnelle interroge : « Qu’est-ce qui caractérise les qualités de leadership du Rabbi qui ont fait que ses gens, 31 ans plus tard, continuent de suivre ses directives ? »
La démocratisation du leadership
La réponse réside partiellement dans la révolution que le Rabbi opéra vers la fin de sa vie active. « L’un des messages clés de 1988 à 1992 est que chaque Juif est un Shlia’h. À mesure que nous nous rapprochons du Messie, les grandes missions d’aide pour amener le Messie se démocratisent. »
Cette transmission de responsabilité explique la continuité : « Le Rabbi disait : ‘Ce n’est plus seulement le travail du Rabbi d’essayer d’amener le Messie. Beaucoup du travail majeur a déjà été fait, et maintenant c’est à chaque individu d’apprendre la Torah, d’assimiler les valeurs et d’essayer de les pratiquer dans sa vie.' »
Une mission personnalisée
« Le Rabbi dit : ‘Je vous transmets la chose’ – cette chose étant d’essayer d’amener le Messie », explique un commentateur. « Chaque personne qui apprend la Torah en profondeur, quand elle lit cela, pense que le Rabbi s’adresse à elle. Le Rabbi transmet la mission d’amener le Messie non seulement à lui mais à chaque personne. »
Cette personnalisation crée un engagement unique : « Ce n’est pas seulement que le Rabbi est décédé et qu’il y a eu un vide. Le Rabbi a donné la mission à chaque personne individuelle. »
Si chaque Juif internalisait le message
La question ultime posée par l’héritage du Rabbi concerne l’impact potentiel de ses enseignements s’ils étaient universellement adoptés. « Si chaque Juif intériorisait ce message du Rabbi – que chacun de nous compte infiniment et que nous avons tous la responsabilité d’amener le Messie plus près – quel genre de monde verrions-nous demain ? »
Une révolution de la conscience
Cette transformation commencerait par un changement fondamental de perception. « Disons que vous vous réveillez le matin et que vous regardez un enfant. La première chose à laquelle vous pensez n’est pas ‘comment vais-je amener cet enfant à l’école à temps’ ou ‘comment vais-je inspirer cet enfant à préparer son propre déjeuner.' »
Au lieu de cela, « la première chose que vous voyez quand vous regardez un enfant, quand vous regardez tout autre être humain, c’est une étincelle de divinité. Vous figez cette image et vous prenez cette conscience, cette idée, puis vous l’utilisez pour essayer de les inspirer à faire leurs responsabilités. »
L’impact sociétal
Cette révolution de la conscience aurait des répercussions sociales profondes : « Quand vous regardez quelqu’un d’autre, la première chose que vous voyez est une Neshama, un morceau de D.ieu dans ce monde, quelque chose à quoi je peux me connecter pour vraiment me connecter à la source de tout sens. »
Cette approche « va vraiment changer la façon dont nous voyons les autres, et finalement, cela va changer toute la société. »
Conclusion : un héritage vivant
Trente et un ans après Guimel Tamouz, l’héritage du Rabbi de Loubavitch défie toutes les prédictions. Loin de s’estomper, son influence continue de croître, touchant des millions de personnes bien au-delà des frontières traditionnelles du mouvement Habad.
Sa révolution pédagogique – rendre accessible la sagesse la plus profonde – trouve un écho particulier à notre époque de démocratisation de l’information. Sa philosophie de l’amour inconditionnel offre un antidote puissant aux divisions sectaires qui fragmentent nos sociétés. Sa vision messianique pratique transforme l’attente passive en engagement actif pour un monde meilleur.
Mais peut-être que l’aspect le plus révolutionnaire de son héritage réside dans cette conviction inébranlable que chaque être humain porte en lui une étincelle divine, une mission unique, une capacité infinie de transformer le monde. Dans une époque de crise identitaire et de désespoir existentiel, ce message résonne avec une force particulière.
Les « ordres de marche » du Rabbi ne sont pas des reliques du passé, mais un programme d’action pour l’avenir. Chaque acte d’amour, chaque geste de bonté, chaque effort d’étude et de croissance spirituelle contribue à cette vision grandiose d’un monde transformé.
Comme l’enseigne la sagesse hassidique : « Un petit peu de lumière dissipe beaucoup d’obscurité. » L’héritage du Rabbi nous rappelle que nous avons tous, individuellement et collectivement, le pouvoir d’allumer cette lumière. Le défi qui nous reste est de transformer cette inspiration en action, cette vision en réalité, ces enseignements en mode de vie.
Trente et un ans après sa disparition physique, le Rabbi de Loubavitch continue de vivre à travers ceux qui portent ses enseignements dans le monde. Son véritable monument n’est pas de pierre, mais de chair et de sang : des millions d’âmes inspirées qui œuvrent, chacune à sa manière, à la réalisation de sa vision d’un monde meilleur.
À l’approche de Guimmel Tamouz, voici un discours du Hozere du Rabbi, Reb Yoël Kahn, prononcé lors du Kinouss Hatmimim Haolami de l’année 5771. Dans ce discours, il rappelle aux Bahourim d’aujourd’hui le privilège d’être des Hassidim du Rabbi et les encourage à vivre à la hauteur de la confiance que le Rabbi place en eux, particulièrement en ces temps difficiles.
Histoire d’introduction : Un fiancé pensait que le Rabbi signait ses lettres de bénédiction de façon mécanique. Le Rabbi a exceptionnellement dévié de ses habitudes pour lui dire personnellement qu’il avait signé sa lettre, prouvant son attention personnelle.
Enseignement principal : Comme D.ieu aime chaque Juif comme un enfant unique (selon le Baal Chem Tov), le Rabbi se consacre entièrement à chaque Hassid individuellement, malgré leur grand nombre.
Point central : Rien n’a changé depuis Guimmel Tamouz dans cette relation. Le Rabbi continue de penser à chaque Hassid et de se préoccuper de son bien-être.
Différence fondamentale : « Un orphelin se plaint, un enfant pleure » – nous ne sommes pas des orphelins spirituels car le Rabbi est notre père. Il faut s’adresser à lui comme un enfant à son père.
Responsabilité : Cette attention paternelle nous oblige à vivre à la hauteur de la confiance du Rabbi et accomplir notre mission spirituelle.
Outils donnés : Le Rabbi nous a fourni les enseignements les plus profonds de la Hassidout (comme un roi qui dépense ses trésors en temps de guerre) pour nous aider à amener la Géoulah.
Preuve concrète : Une lettre du Rabbi réfute l’idée fausse qu’il traiterait mieux un « étranger » qu’un Hassid – au contraire, il applique le principe talmudique de s’occuper d’abord des siens.
Conclusion : Réaliser cette relation personnelle continue doit renforcer notre attachement au Rabbi et nous motiver à accomplir notre mission avec détermination.
Discours de Reb Yoël Kahn au Kinouss Hatmimim Haolami 5771
Je souhaite commencer par une histoire que j’ai déjà racontée plusieurs fois. Je suis certain que nombreux d’entre vous s’en souviennent, mais je vais néanmoins la répéter.
Durant les dernières années, lorsque le Rabbi n’organisait plus de Yehidout (entrevues individuelles), un groupe de Hatanim (fiancés) défilait devant le Rabbi pour recevoir sa bénédiction pour leurs mariages respectifs. À chacun d’entre eux, le Rabbi distribuait un dollar accompagné de la formule habituelle « Braha Vehatsla’ha » (bénédiction et réussite). Soudainement, le Rabbi s’adressa particulièrement à l’un des Hatanim et lui demanda : « As-tu reçu ma lettre en l’honneur de ton mariage ? Je l’ai déjà signée. »
Un des témoins remarqua cet incident singulier et, incapable de contenir sa curiosité, décida de découvrir les raisons de cette attention particulière. Pourquoi le Rabbi avait-il distingué ce Hatane plutôt qu’un autre dans le groupe ?
Il interrogea donc le jeune homme concerné, qui lui répondit en relatant un incident survenu quelques semaines auparavant :
Plusieurs Bahourim étaient assis ensemble, discutant des lettres que le Rabbi envoyait à chacun des Hassidim pour leurs Smahot (joies familiales). De manière générale, chaque lettre avait un contenu similaire – quelques bénédictions pour l’occasion – avec pour seules différences la date et le nom du destinataire. Le Rabbi apposait ensuite sa sainte signature au bas de chaque lettre.
Il y avait plusieurs opinions parmi les Bahourim concernant le degré d’implication personnelle du Rabbi dans chacune de ces lettres.
Certains Bahourim affirmaient qu’en apposant sa signature, le Rabbi s’impliquait incontestablement dans chaque lettre de manière personnelle. Réfléchissez un instant : lorsque quelqu’un donne sa parole à autrui – même par le simple biais de l’écriture et de la signature d’une lettre – s’il est sincère, il pense vraiment ce qu’il dit. Plus il est sincère, plus ses paroles sont authentiques. Par conséquent, nous pouvons affirmer avec certitude que le Rabbi envoie réellement ses bénédictions avec chaque lettre qu’il poste. Bien que la même bénédiction soit nécessaire pour chaque Hatane et qu’il envoie une lettre identique à tous, cela ne diminue en rien l’attention personnelle du Rabbi portée à chaque lettre.
D’autres Bahourim suggéraient que puisque le contenu de chaque lettre était pratiquement identique, il était exagéré de croire que le Rabbi avait vraiment transmis une bénédiction issue des profondeurs de sa Néchama (âme) dans chaque lettre. Cependant, ils croyaient qu’une pensée et une bénédiction personnalisées avaient été incluses dans chaque envoi.
Un Bahour se montrait sceptique et s’opposait à ces deux opinions. Il pensait que le Rabbi avait simplement signé une pile de lettres se trouvant sur son bureau sans leur accorder de considération particulière, après quoi les Mazkirim (secrétaires) les avaient postées. « Qui peut affirmer que le Rabbi ait prêté attention au nom inscrit en haut de la lettre ? » prétendait-il.
« J’étais celui qui avait naïvement suggéré ce troisième point de vue », conclut ce Hatane avec regret. « Il semblerait que le Rabbi ait exceptionnellement dévié de ses habitudes pour me rassurer personnellement sur le fait qu’il avait signé ma lettre en toute conscience. »
J’ai personnellement entendu ce récit de la bouche du témoin curieux qui avait pris l’initiative de découvrir les détails de cette histoire.
Quelques années plus tard, après Guimmel Tamouz, j’ai répété cette histoire lors d’un Farbrengen, précisant que je l’avais entendue d’une personne de confiance et que je pouvais donc être certain de son authenticité.
Après le Farbrengen, un jeune homme s’approcha de moi : « Vous dites connaître l’exactitude de cette histoire car vous l’avez entendue d’une personne fiable ? Permettez-moi de vous dire que le naïf Hatane, c’était moi ! Il va sans dire qu’aujourd’hui, je regrette profondément cette attitude. »
Enseignements de cette histoire
Cette histoire contient plusieurs points remarquables à méditer.
Tout d’abord, nous pouvons être certains que le premier groupe de Bahourim avait la bonne compréhension : le Rabbi investit évidemment tout son être dans chaque bénédiction qu’il donne.
Mais il y a un concept plus profond que l’on discerne dans cette histoire : à quel point chaque Bahour est précieux aux yeux du Rabbi. Ce Hatane devait vraiment faire preuve de naïveté pour penser que le Rabbi ne lisait même pas les lettres qu’il signait. Malgré cela, le Rabbi a exceptionnellement dévié de ses habitudes pour lui démontrer que même lui mérite et reçoit l’attention du Rabbi, lui offrant ainsi « l’échelle » qui lui permettrait de s’élever et de sortir de son inconscience.
Comme un enfant unique
Cette idée s’enracine dans les célèbres paroles du Baal Chem Tov, qui affirmait que l’amour de D.ieu pour chaque Juif est infiniment plus grand que l’amour de parents âgés envers leur enfant unique né dans leur vieillesse.
On pourrait se demander comment cela est possible. Après tout, on ne peut qualifier chaque Juif d’enfant unique alors qu’il existe des millions de Juifs. Comment peut-on considérer chacun comme un enfant unique alors qu’en réalité il n’est pas le seul ?
Le concept réside dans le fait que, puisque Hachem est illimité, Il possède la capacité infinie d’aimer chacun sans limites, comme si chacun était véritablement un enfant unique.
En tant que simples mortels, nous ne pouvons concevoir une telle réalité : lorsque nous sommes complètement investis dans un sujet, nous sommes incapables de nous investir dans la même mesure ailleurs. Hachem, en revanche, n’est limité par aucune restriction et est capable d’aimer chaque Juif comme s’il était son enfant unique.
Dans le même esprit, le Tsadik dont il est écrit : « אנכי עומד בין ה’ וביניכם » (Je me tiens entre l’Éternel et vous), celui qui est notre « רועה נאמן » (berger fidèle), a la capacité de se consacrer entièrement à chaque Juif, et particulièrement à ceux qui se considèrent comme ses Hassidim.
La bienveillance continue du Rabbi
À la lumière de cette histoire, il est important pour nous de réaliser, comprendre et apprécier qu’à cet égard, rien n’a changé depuis Guimmel Tamouz.
Chacun d’entre nous doit savoir qu’il y a quelqu’un qui pense à nous, tient à nous et se préoccupe de notre bien-être.
Nous parlons souvent de renforcer notre Hitkachrout (attachement) au Rabbi. L’une des façons d’y parvenir est de réfléchir à la connexion profonde qu’il entretient avec chacun d’entre nous.
Dans le Tanya (chapitre 46), l’Admour Hazaken écrit :
« ויש דרך ישר לפני איש… לעורר ולהאיר אורה אהבה התקועה ומסותרת בלבו… למסור נפשו לה’… והוא כאשר ישים אל לבו מ »ש הכתוב כמים הפנים לפנים… »
Après avoir présenté dans les chapitres précédents les différentes méthodes pour éveiller un véritable amour pour Hachem, l’Admour Hazaken commence ce chapitre par ce qu’il appelle le « chemin simple et direct » pour éveiller un amour qui revivifiera la Néchama (l’âme), un amour qui élèvera la personne à un niveau si élevé qu’elle sera prête à donner sa vie pour Hachem. Ceci peut être atteint grâce au principe « כמים הפנים לפנים » (comme l’eau reflète un visage) : l’amour qu’Hachem éprouve pour nous influence un sentiment similaire de notre part en retour.
Nous devons méditer sur la bienveillance et l’intérêt que le Rabbi nous porte, même aujourd’hui. Lorsque quelqu’un se rend au Ohel (ou envoie une lettre au Rabbi), cela ne devrait pas être perçu comme une simple cérémonie, quelque chose que l’on fait parce que c’est ce que font les Hassidim.
Il faudrait plutôt s’arrêter un moment et y réfléchir : vous vous rendez maintenant chez le Rabbi, chez celui dont on dit « אנכי עומד בין ה’ וביניכם », celui qui nous relie à D.ieu. Et comme nous l’avons souligné, il n’est pas seulement présent pour le Klal Israël en général, mais il est là pour chacun d’entre nous individuellement.
Le Rabbi ressent un intérêt personnel pour le bien-être de tous ses Hassidim. Lorsque quelqu’un vient au Ohel et demande une bénédiction pour quelque chose qui le préoccupe, le Rabbi se sent concerné et fait tout ce qu’il peut pour l’aider et lui apporter le réconfort. Inversement, quand cette personne retourne au Ohel plus tard pour annoncer au Rabbi que tout va bien, cela procure au Rabbi une grande joie.
Les pleurs d’un enfant
Le Rabbi Précédent écrit dans une lettre : « א יתום קלאגט, א קינד וויינט » (un orphelin se plaint, un enfant pleure).
Un orphelin n’a malheureusement personne vers qui se tourner ; il n’a donc d’autre alternative que de se plaindre de sa situation. En revanche, un enfant qui a un père ne se plaint pas désespérément : il pleure vers son père pour qu’il l’aide.
On ne saurait trop insister sur ce point : chacun doit comprendre qu’il a un père. Le Rabbi est notre père et il se préoccupe de chacun personnellement.
Certes, le Rabbi est impliqué et aide chacun d’entre nous dans ce monde, œuvrant pour amener Machia’h, construire une Dira Betahtonim (demeure pour D.ieu ici-bas), et ainsi de suite. Mais simultanément, il se préoccupe de chaque individu et prend soin de nous comme un père prendrait soin de son fils. Il croit en nos capacités et sait que nous avons confiance en lui.
En même temps, cela nous oblige à demeurer fidèles à notre mission. Nous ne sommes pas libres de vagabonder selon notre bon plaisir. Nous avons un travail à accomplir et le Rabbi nous fait confiance pour mener cette mission à bien.
De précieux trésors à notre disposition
Un point supplémentaire : dans le célèbre discours hassidique Hemsheh Bati Legani, le Rabbi Précédent rapporte l’exemple du roi qui possède des trésors remplis de diamants et de pierres précieuses. Certaines de ces pierres ne seront jamais touchées, même dans les situations les plus désespérées, et pourtant elles ont toutes un objectif particulier. Par exemple, les perles et diamants sertis sur la couronne du roi ne seront peut-être jamais retirés ou utilisés à d’autres fins, néanmoins ils rehaussent la beauté de la couronne et symbolisent la majesté de son royaume.
Vient ensuite le trésor gardé caché. Non seulement il ne sert à rien de particulier, mais de plus, il n’est jamais vu par quiconque. Cependant, en temps de guerre, lorsque le roi a besoin de sortir vainqueur, il dépensera librement ce trésor si précieux (Bizbouz Haotsrot) afin de remporter la victoire.
La guerre, dans notre cas, c’est « מלחמת בית דוד » (la guerre de la maison de David), l’épreuve pour amener la Géoulah. Et pour que nous puissions gagner cette guerre, même les parties les plus profondes et les plus élevées de la Torah nous ont été données avec une ouverture extraordinaire.
Aucun des Rebbéim précédents n’a publié autant de Hassidout que notre Rabbi, au bénéfice du monde entier. Le Rabbi lui-même, dans ses Sihot et ses Maamarim, a rendu accessibles et clairs des sujets très profonds de Hassidout comme personne auparavant.
Et tout ceci nous a été donné afin que nous puissions continuer à nous battre et en finir avec cette Galout.
C’est entre nos mains. Nous savons que le Nitzahon (victoire) final de « Didane Notsah » (notre victoire) est sur le point de se produire ; à nous de le faire advenir encore plus rapidement. En accomplissant notre part, en nous imprégnant des paroles de Hassidout que le Rabbi nous a transmises et, naturellement, en les diffusant à l’extérieur, nous hâterons la Géoulah et le Rabbi nous sortira de cette Galout, Tehef Oumiyad Mamash – immédiatement, maintenant !
Témoignage de sollicitude personnelle
Comme mentionné précédemment, la bienveillance et l’intérêt du Rabbi pour chaque Hassid se manifestaient tout au long des années.
Dans la lettre suivante, le Rabbi réfute une théorie mal avisée entretenue par quelques Hassidim, selon laquelle le Rabbi (ou les Rebbéim en général) accorderait plus facilement une bénédiction à un « étranger » (qui n’est pas un Hassid du Rabbi) qu’à un Hassid :
« J’ai été surpris que vous ne mentionniez rien dans votre lettre concernant la santé de votre épouse תחי’. J’espère que lorsque vous recevrez cette lettre, sa situation se sera déjà améliorée, malgré la lettre que j’ai reçue de Rav Moshe Levertov à ce sujet.
Concernant ce qu’il écrit en votre nom, que ‘ce cas devrait être traité comme s’il s’agissait d’un étranger plutôt que de la façon dont on s’occuperait de l’un des nôtres’ : je n’arrive pas à comprendre la signification de cette phrase.
N’y a-t-il pas une décision bien connue de nos Sages concernant les besoins d’autrui : « עניי עירך קודמין » – les pauvres (c’est-à-dire ceux dans le besoin) de ta propre ville passent en priorité pour recevoir ton aide ?
Vous ne me soupçonneriez certainement pas d’être réticent à agir conformément à ce principe… »
Conclusion
Cette lettre du Rabbi démontre clairement son attention et sa sollicitude pour chaque Hassid individuellement. Le Rabbi réfute catégoriquement l’idée qu’il traiterait un « étranger » avec plus d’attention qu’un de ses propres Hassidim. Au contraire, il cite le principe talmudique selon lequel on doit d’abord s’occuper des besoins de ceux qui nous sont proches avant ceux des étrangers.
Le Rabbi exprime également sa surprise et son inquiétude quant au fait que le Hassid n’ait pas mentionné la santé de sa femme dans sa lettre, témoignant ainsi de son intérêt personnel pour le bien-être de chaque membre de la famille de ses Hassidim.
Cette lettre, comme l’ensemble du discours de Reb Yoël Kahn, souligne l’importance de comprendre et d’apprécier la relation personnelle et profonde que le Rabbi entretient avec chacun de ses Hassidim, même après Guimmel Tamouz. Elle encourage les Hassidim à renforcer leur Hitkachrout (attachement) au Rabbi en réalisant à quel point ils sont précieux à ses yeux, et à vivre à la hauteur de la confiance qu’il place en eux pour accomplir leur mission dans ce monde.
Le 29 juin 2025 marquera le 31e anniversaire de la Hilloula du Rabbi , figure emblématique du mouvement Habad. Les fidèles du monde entier s’apprêtent à observer les traditions établies par le Rabbi lui-même en 1951 pour honorer son prédécesseur. Ces pratiques spirituelles et communautaires visent à maintenir vivant l’héritage du leader hassidique et à renforcer les liens avec ses enseignements.
1 – On allumera une bougie de vingt-quatre heures depuis samedi soir 28 juin 2025.
2 – Pendant chacune des trois prières du jour, cinq bougies (de 24 heures( resteront allumées devant l’officiant.
3 – On donnera de la Tsedaka (pendant la semaine), au nom de chacun des membres de sa famille, pour une institution du Rabbi.
4 – On consacrera un moment dans la journée pour parler du Rabbi et de sa grande Ahavat Israël (amour du prochain) à sa famille et son entourage.
5 – On étudiera les chapitres de Michnayot correspondant aux lettres qui constituent le nom du Rabbi.
6 – On étudiera les enseignements du Rabbi.
On rédigera un « Pane », « Pidyone Néfech », (vendredi, dimanche et les jours proches de la date) une lettre de demande de bénédictions (en y précisant les prénoms et les prénoms des mamans de chacun) qui sera déposée sur le Ohel du Rabbi.
Le 3 Tamouz 5785 selon le calendrier hébraïque correspond au 31e anniversaire de la Hilloula du Rabbi . En 1951, ce dernier avait établi un protocole précis pour commémorer l’anniversaire de Hilloula de son beau-père, Rabbi Yossef Its’hak Schneerson. Ces directives, qui incluent des lectures de Torah, des études de textes sacrés, des actes de charité et des activités de diffusion de l’enseignement, sont aujourd’hui appliquées pour honorer sa propre mémoire. Les pratiques s’étendent sur 24 heures et impliquent l’ensemble de la communauté, hommes, femmes et enfants.
Des traditions établies par le Rabbi lui-même
En 1951, à l’approche du premier anniversaire de la Hilloula de son beau-père, le Rabbi publia une lettre détaillant les pratiques à observer. Dans ce document fondateur, il demandait à tous les membres du mouvement Habad de se rassembler dans les synagogues et les lieux d’étude de la Torah pour participer à une étude publique. « En ce jour, expliquait-il, le tsadik éveille la compassion céleste pour tous ceux qui se relient à lui, à son enseignement et à ses actions. »
Face aux interrogations de la communauté sur les modalités concrètes, le Rabbi envoya le même jour une seconde lettre contenant des directives claires et précises. Ces instructions, adaptées aujourd’hui au contexte actuel, constituent le cadre de référence pour commémorer sa propre Hilloula.
Rituels du Chabbat précédant la Hilloula
Les préparatifs commencent dès le Chabbat précédant le yahrtzeit. Selon les directives établies, tous les hommes s’efforcent d’être appelés à la Torah pour une aliya. En cas de nombre insuffisant d’aliyot disponibles, des lectures alternatives sont organisées dans d’autres salles, sans pour autant dépasser le nombre habituel de huit aliyot.
La lecture finale, appelée maftir, est réservée à la personne la plus respectée selon le choix de la majorité des fidèles. À défaut, un tirage au sort détermine l’heureux élu. La répartition des rôles s’étend également à la direction des prières du jour de la Hilloula, avec trois personnes désignées pour les offices du soir, du matin et de l’après-midi.
L’allumage des veilleuses et les lectures sacrées
La veille de la Hilloula, une veilleuse de 24 heures est allumée avant l’allumage des bougies de Chabbat si le yahrtzeit tombe un Chabbat. Idéalement en cire d’abeille, elle fait écho au verset hébraïque « Ceux qui reposent dans la poussière se lèveront et chanteront », dont les initiales forment le mot hébreu pour cire d’abeille.
Cinq veilleuses durables sont également allumées devant l’officiant. Après chaque prière, qui inclut la lecture quotidienne des Tehilim le matin, l’officiant complète son étude de chapitres spécifiques des traités de Michna Kélim et Mikvaot, suivie de récitations du Tanya et du Kaddich deRabbanane.
Étude collective et actes de charité
« Après la prière du soir, quelqu’un récite par cœur une partie du maamar publié pour le jour de la Hilloula », précisent les directives. Il s’agit originellement de Bati Legani 5710, remplacé pour la Hilloula du Rabbi par Véata Tetsavé 5741, dernier maamar qu’il donna à étudier avant son départ. Si personne ne peut le réciter par cœur, l’étude se fait collectivement.
L’aspect caritatif occupe une place centrale dans ces observances. Des dons sont effectués à des institutions liées au Rabbi, au nom de chaque participant et de sa famille. La tradition du pidyone néfech, lettre adressée au tsadik même après sa Hilloula, est maintenue. Cette missive, demandant l’éveil de la miséricorde céleste, est déposée entre les pages d’un enseignement du Rabbi puis envoyée au cimetière Montefiore de Queens par fax au (718) 723-4444 ou par courriel.
La diffusion de l’enseignement au cœur des pratiques
Durant ces 24 heures commémoratives, les fidèles visitent synagogues et lieux d’étude pour transmettre les enseignements du Rabbi. « Ils parleront de l’amour que le Rabbi portait à chaque Juif », souligne le protocole. Cette mission inclut la promotion des trois chiourim quotidiens institués : la récitation des Tehilim selon la répartition mensuelle, l’étude du ‘Houmach et celle du Tanya selon le cycle annuel, auxquelles s’ajoute l’étude quotidienne du Michné Torah de Maïmonide.
Les jeunes font l’objet d’une attention particulière. Les émissaires se rendent dans les lieux fréquentés par la jeunesse juive, pratiquante ou non, pour expliquer « combien le Rabbi aimait la jeunesse et combien il lui accordait une attention particulière en toutes circonstances ». L’objectif est de transmettre les espoirs et la confiance que le Rabbi plaçait en eux pour renforcer le judaïsme et diffuser la Torah.
Les campagnes de mitsvot et l’héritage spiritunel
Au-delà des rituels, la connexion au Rabbi passe par l’implication dans ses actions. Durant son leadership, il mit en place dix Campagnes de Mitsvot, véritable « trousse de départ pour chaque Juif ». Il sélectionna également douze versets fondamentaux de la Torah et d’enseignements des Sages que chaque enfant doit mémoriser.
Le Rabbi concluait ses directives par une prière prophétique : « Puisse D.ieu hâter la venue de Machia’h, et que ceux qui reposent dans la poussière se réveillent et chantent. Notre Rabbi sera parmi eux, et il nous révélera des merveilles, et nous guidera sur le chemin vers la Maison de D.ieu. »
Les modifications manuscrites du Rabbi sur un calendrier français pour l’année 5701-1941 ont été publiées dans le nouveau Kovetz du Vaad Hatmimim pour le 28 Sivan, célébrant cette année les quatre-vingts ans de l’arrivée du Rabbi et de Rebbetzin dans le monde libre.
En l’an 5700-1940, lorsque les nazis ont envahi la France, le Rabbi et la Rabbetzin, qui vivaient alors à Paris, ont été contraints de quitter la capitale pour un endroit exempt de persécution nazie.
Après avoir passé quelques mois dans la ville de Vichy, vers la fin de 1940, le Rabbi et Rebbezin déménagent à nouveau ; cette fois à Nice.
Les réfugiés de Nice ont publié un calendrier pour l’année 5701-1941. Le calendrier est un petit livret écrit à la main. Le Rabbi a ajouté des notes au calendrier à plusieurs endroits, en corrigeant ce que les éditeurs avaient écrit, et a ajouté les jeûnes » bahab » manquants – (un acronyme pour les jeûnes du lundi, jeudi, lundi des mois de Hechevan et Iyar) – le dernier jeûne « bahab » pour Hechevan, et tous les jeûnes « bahab » pour Iyar.
Ces documents ont été gracieusement fournis à Vaad Hatmimim par les archives du JEM – Early Years, dirigées par le rabbin Elkanah Shmotkin .
Le Kovetz comprend également : Un aperçu historique détaillé des déplacements du Rabbi et de la Rebbetzin, plein d’informations et de documents des événements du 28 Sivan avec le Rabbi au fil des ans.
Le sauvetage du Rabbi et de la Rabbanit de l’enfer européen
Traduit par le Rav Haïm Mellul – Editions du Beth Loubavitch
Leur départ pour les Etats Unis
(Cette note historique a été établie d’après les éléments figurant dans différents ouvrages, publiés par ‘Habad,
qui relatent le sauvetage et après examen des documents officiels se trouvant en la possession des avocats
de l’association des ‘Hassidim ‘Habad.)
Les premières informations
A la fin de 5699-1939, quand éclata la seconde guerre mondiale, l’association des ‘Hassidim ‘Habad aux Etats Unis, dirigée par le Rav Israël Jacobson et les frères Chnéor Zalman et Yekoutyael Sam Kremer, reçut les premières informations sur la domination des tortionnaires nazis, qui s’étendait à toute l’Europe. Aussitôt, cette association multiplia les démarches dans le but de sauver le précédent Rabbi, le Rayats, qui était toujours reclus à Varsovie, où il s’était installé en quittant Otvotsk, dans les faubourgs de la capitale polonaise, lieu d’implantation de la Yechiva Tom’heï Temimim Loubavitch.
Les informations concernant le précédent Rabbi furent alors, pour la plus large part, obtenues et transmises aux Etats Unis, par son gendre et sa fille, le Rabbi et la Rabbanit ‘Haya Mouchka, qui, à l’époque, résidaient à Paris, où ils avaient été informés de la situation par des rescapés, ayant pu échapper au siège de Varsovie.
A l’époque, eurent également lieu les premières tentatives pour sauver les autres membres de la famille du Rabbi. Afin qu’il soit plus aisé d’obtenir des visas d’immigration aux Etats Unis, les responsables de l’association des ‘Hassidim ‘Habad devaient avoir connaissance de différents détails personnels concernant ceux qui devaient être sauvés, en particulier les dates de naissance figurant sur les documents officiels. Tous ces éléments leur furent transmis, par le Rabbi, de Paris, dans une lettre datée du 28 Tichri.
Dans d’autres courriers, rédigés en ‘Hechvan et Kislev, le Rabbi exhorta ces responsables à faire tout ce qui était en leur pouvoir afin d’obtenir des autorisations d’entrée aux Etats Unis pour son beau-père et pour les membres de sa famille.
Ces autorisations furent difficiles à obtenir, malgré les multiples interventions des responsables de l’association ‘Habad, aux niveaux les plus élevés de l’administration américaine. Les efforts furent essentiellement concentrés sur un seul objectif, le sauvetage du précédent Rabbi qui courait un réel danger. C’est à l’avocat Max Rodd, dont la compétence était bien connue, que fut confié le suivi du dossier de ce sauvetage auprès des autorités de l’immigration, à Washington. Au cours de la période pendant laquelle il fallut attendre les différentes autorisations nécessaires pour que le précédent Rabbi quitte la Pologne occupée, le Rav Jacobson demanda à Rodd d’obtenir cette même autorisation pour le Rabbi.
A l’époque, Paris, où le Rabbi résidait encore, n’avait pas encore été conquis par les nazis. Il y avait donc bon espoir que le sauvetage du Rabbi soit plus aisé. Dans l’argumentaire accompagnant la demande du Rav Jacobson, il fut précisé que la présence, aux Etats Unis, du gendre, dont la capacité à diriger était clairement établie, rendrait plus aisé le sauvetage du beau-père, le précédent Rabbi. Cette demande, formulée à l’avocat Rodd, fut confirmée par une lettre que lui écrivit l’avocat Sam Kremer, le 21 ‘Hechvan 5700-1939.
En Kislev 5700-1939, furent concrètement engagées les démarches pour le sauvetage du Rabbi. Il fut décidé d’établir les documents nécessaires pour présenter une demande de visa d’installation aux Etats Unis. Meïr B. Harton, un homme, lui-même issu d’une famille ‘Habad, qui ressentait le devoir moral de participer au sauvetage de la famille du Rabbi, signa alors un engagement à prendre en charge financièrement le Rabbi et la Rabbanit, dès leur arrivée aux Etats Unis.
Dans cet engagement, il était également précisé que le Rabbi possédait un diplôme d’ingénieur en électricité, ce qui devait faciliter son installation aux Etats Unis et supprimer, pour les autorités, la crainte d’être dans l’obligation de lui attribuer une aide sociale. Le Rabbi et la Rabbanit, dès qu’ils furent en possession de ce document, se rendirent au consulat américain à Paris et y déposèrent, en tant que citoyens russes, une demande de visas ordinaires d’immigration aux Etats Unis.
De tels visas étaient, à l’époque, délivrés en nombre limité et l’on savait que la procédure devait durer environ six mois. Néanmoins, l’instabilité que l’Europe connaissait, durant cette période, ne permettait pas aux responsables de rester inactifs pendant tout ce temps. Ceux-ci s’efforcèrent donc d’activer les démarches.
Selon les informations qui parvenaient alors aux Etats Unis, on ne fut pas en mesure d’établir quelle suite le consul américain à Paris avait donné à ces démarches. L’avocat Rodd tenta d’entrer en contact avec le consul, mais il n’y parvint pas. Il demanda donc au Rav Jacobson, par lettre du 15 Tévet, d’adresser un télégramme au Rabbi pour lui demander de confirmer qu’il avait bien reçu l’engagement financier qui lui avait été adressé et de préciser quelle avait été la réponse apportée par le consul à sa demande.
Une demande de visas exceptionnels
A un certain stade de la procédure, les responsables, qui dirigeaient ce sauvetage, décidèrent, avec l’accord du Rabbi Rayats, de demander des visas exceptionnels, pour lui et pour tous ses proches. Cette requête fut justifiée en arguant du fait qu’il ne s’agissait pas de simples Rabbanim, mais de personnes possédant un rang élevé dans la hiérarchie rabbinique, de dirigeants d’une haute stature spirituelle, dont le sauvetage était une nécessité absolue pour le Judaïsme mondial. Grâce aux nombreuses interventions engagées par ces responsables, les représentants du Département d’état acceptèrent effectivement cette formulation.
En conséquence, une demande de visa de groupe, pour toutes les personnes concernées, fut présentée, à Riga. Parmi ces personnes, le Rabbi était, bien évidemment, mentionné. Il était précisé, à son propos, qu’il assumait des fonctions rabbiniques et qu’il avait dirigé différentes actions communautaires. En outre, il avait participé à la rédaction du périodique de Torah «Ha Tamim», qui était édité, à Varsovie, dans les années 5695-1935 à 5699-1939 et dont la parution avait été interrompue, du fait de la guerre. Dans ce document, le Rabbi était présenté comme un homme d’une exceptionnelle érudition, capable d’apporter une contribution décisive aux différentes disciplines du Judaïsme.
Le 25 Tévet, le secrétariat de l’association des ‘Hassidim ‘Habad reçut un télégramme du gendre du Rabbi Rayats, le Rav Chmaryahou Gurary, signifiant la demande pressente de son beau-père d’engager, au plus vite, la procédure afin d’obtenir des visas pour ses deux autres gendres: «Schneerson de Paris et Horenstein de Trieste». Ce dernier, néanmoins, allait périr, avec son épouse, tous deux victimes de la barbarie nazie, comme on allait l’apprendre à l’issue de la guerre.
Au milieu de Chevat, les responsables se concertèrent pour déterminer s’ils devaient agir immédiatement pour obtenir l’immigration du Rabbi ou bien s’il était préférable d’attendre, pour les raisons suivantes. D’une part, il était dit, dans la demande de visa ordinaire, que le Rabbi était ingénieur en électricité. Ainsi, la contradiction entre ce document et la demande de visa exceptionnel risquait de compromettre le sauvetage de tout le groupe, y compris celui du précédent Rabbi lui-même. De plus, on pouvait craindre qu’une confusion soit faite par les autorités, si elles autorisaient l’entrée dans le pays de quelqu’un qui avait pour nom de famille Schneerson. Il aurait donc pu en résulter un préjudice pour le Rabbi Rayats lui-même. Par ailleurs, depuis qu’ils avaient quitté la Russie, le Rabbi et la Rabbanit étaient apatrides, ce qui compliquait l’obtention de leurs visas.
A l’issue de cette concertation, et sur le conseil des avocats, il fut décidé de surseoir à la demande concernant le Rabbi, pendant quelques temps, jusqu’à ce que l’autorisation définitive soit obtenue pour le précédent Rabbi et qu’il puisse quitter Riga. Après cela, on pourrait multiplier les efforts pour sauver son gendre et sa fille, qui étaient encore à Paris.
Le 4 Adar Richon, le précédent Rabbi fit savoir, par télégramme, qu’il avait obtenu des visas d’immigration pour lui et pour tous ceux qui l’accompagnaient. En conséquence, on demanda à l’avocat Butler, qui avait remplacé Rodd, de solliciter, à Washington, un visa exceptionnel pour le Rabbi, dont le nom figurait également dans la liste du groupe.
Le 10 Adar Chéni, l’avocat Butler fit savoir aux responsables de l’association des ‘Hassidim ‘Habad qu’il n’était pas encore parvenu à déterminer la suite ayant été donnée à la demande qu’il avait présentée pour le Rabbi. Malgré cela, dix jours plus tard, le 20 Adar Chéni, il les informa de son intention de réitérer sa requête, auprès du Département d’état, afin d’obtenir des visas exceptionnels pour tous les membres du groupe qui se trouvaient encore en Europe, y compris pour le Rabbi.
Le sauvetage du Rabbi Rayats
Le Rabbi Rayats, une partie de sa famille et quelques ‘Hassidim, parmi les plus proches, après avoir été miraculeusement sauvés de l’enfer nazi, parvinrent à Riga, le dimanche 5 Tévet 5700-1940. Ils restèrent là près de trois mois, jusqu’au 24 Adar Richon. C’est à cette date qu’ils prirent place à bord du bateau «Le Dratinghalm», en partance pour les Etats Unis.
Se trouvant déjà sur ce bateau, le Rabbi Rayats envoya une lettre à un responsable communautaire de Jérusalem, lui demandant d’expédier de la Matsa Chemoura à Paris, pour son gendre, le Rabbi.
Parvenu à New York, le 9 Adar Chéni 5700-1940, le précédent Rabbi multiplia les démarches pour que l’on vienne au secours des Juifs qui se trouvaient encore en Europe. Il s’efforça, en particulier de sauver les autres membres de sa famille, ses deux filles et ses gendres.
A partir de cette date, l’action de sauvetage du Rabbi fut directement conduite par son beau-père, avec une abnégation qui ne connaissait aucune limite et un profond désir d’aboutir à une issue positive.
Le transfert des documents à Paris
Avant l’entrée des Nazis à Paris, au printemps 5700-1940, le Rabbi parvint à se procurer un document attestant qu’il était inscrit dans l’armée française. Celui-ci lui permit de circuler librement dans les rues. A différentes reprises, en effet, des policiers l’interpellèrent pour contrôler son identité. Ce certificat le préserva alors de recherches et de vérifications ultérieures, ou même d’une arrestation en tant que déserteur.
Le 25 Iyar 5700-1940, eut lieu, aux Etats Unis, une réunion entre l’avocat Butler et les représentants du Département d’état. Butler leur demanda de télégraphier au consul, à Paris, afin de déterminer si l’autorisation d’immigrer avait bien été accordée au Rabbi, en tant que membre du groupe auquel avait été délivré un visa exceptionnel.
Les représentants du Département d’état indiquèrent, au nom du consulat de Paris, que le dossier contenant les documents relatifs au visa exceptionnel du Rabbi, sollicité à Riga, avait été transféré à Bordeaux, ville à partir de laquelle il devait être ultérieurement envoyé à Paris.
Peu après, le secrétariat du Rabbi Rayats apprit que le dossier du Rabbi était effectivement parvenu à Paris, mais qu’un problème se posait encore pour lui délivrer un visa d’entrée aux Etats Unis. Butler demanda alors aux représentants du Département d’état de contacter, à ce sujet, le consul, à Paris.
Le 28 Iyar, le consul, pour la première fois, envoya un télégramme précisant sa position. Il disait ne pas être convaincu que celui qui sollicitait ce visa exerçait bien des fonctions rabbiniques. Il savait, en effet, qu’il possédait un diplôme d’ingénieur. L’avocat Butler demanda donc aux responsables de l’association des ‘Hassidim ‘Habad de lui fournir d’autres documents, justifiant que le Rabbi était bien en droit de solliciter un visa exceptionnel.
La fuite devant la tentacule nazie
Au début de Sivan, les Nazis prirent Paris et le Rabbi décida aussitôt de s’éloigner de cette ville. Un influent général de l’armée française lui proposa de le cacher dans sa maison, qui se trouvait dans les faubourgs de la capitale, jusqu’à ce que tout danger soit écarté. Ce général, qui était un ami, était, certes, animé d’une bonne intention, mais sa proposition dénotait surtout l’incapacité des Français, à l’époque, d’imaginer ce que pouvait être l’occupation nazie. Le Rabbi, pour sa part, anticipa le danger et déclina cette proposition. Il opta pour la fuite, franchit la frontière de la zone occupée et se rendit à Vichy.
Le Rabbi et la Rabbanit abandonnèrent Paris quelques jours avant la fête de Chavouot. Ils prirent place dans un des derniers trains qui quitta la ville. Après avoir traversé la frontière, au prix d’un immense danger, ils parvinrent à Vichy, à la veille de Chavouot.
Avant de quitter Paris, le Rabbi fit un discours, par lequel il prit congé de ses connaissances. Il encouragea ceux qui restaient, leur souligna à quel point il était indispensable de s’en remettre à D.ieu, de Le servir dans toutes les situations. De fait, aucune preuve n’était nécessaire pour établir qu’il était effectivement possible de remplir cette dernière condition. Il suffisait, pour s’en persuader, d’observer le comportement du Rabbi lui-même.
A l’époque, les Juifs de Paris parlaient d’ores et déjà des miracles du Rabbi. Tous connaissaient sa fierté d’être Juif, son attitude sans compromis, le don de sa propre personne dont il faisait preuve pour mettre les Mitsvot en pratique de la meilleure manière qui soit.
L’espoir en la venue prochaine du gendre du Rabbi aux Etats Unis était si fort que les statuts officiels de l’association des ‘Hassidim ‘Habad, ratifiés le 19 Tamouz 5700-1940, mentionnaient déjà son nom parmi les vingt membres de son conseil d’administration, placé sous la présidence du Rabbi Rayats.
L’accumulation des difficultés
Le Rabbi et la Rabbanit passèrent quelques mois à Vichy. Puis, le beau-frère du Rabbi, le Rav Chmaryahou Gurary, informa l’avocat Butler, le 26 Av, que le couple avait quitté cette ville et s’était installé à Nice, dans le sud de la France. Nice était alors sous la domination de l’Italie et de nombreux Juifs y étaient réfugiés, à l’époque.
Dans sa réponse au Rav Gurary, le 30 Av, Butler indiqua qu’il n’avait toujours pas obtenu l’accord du consul, à Paris et qu’il avait été demandé au Département d’état de transférer le dossier du Rabbi à Nice. Ce transfert fut effectivement réalisé.
Le 20 Elloul, les représentants du Département d’état déclarèrent avoir reçu un télégramme du consul à Nice, dont les frais d’envois avaient été acquittés par le Rabbi lui-même. Le consul y faisait part de son intention d’accorder au Rabbi et à la Rabbanit des visas exceptionnels. Néanmoins, il était alors difficile de sortir du territoire de la France.
Le 12 ‘Hechvan 5701-1940, ceux qui se consacraient à ce sauvetage apprirent que de nouvelles difficultés avaient surgi, pour l’obtention du visa d’entrée aux Etats Unis. En effet, les autorités américaines, après avoir obtenu la réponse du consul, à Nice, avaient procédé à un nouvel examen du dossier. Car, ce consul s’était aperçu que le Rabbi était ingénieur, qu’il possédait des connaissances de physique et qu’il était également «journaliste», du fait de sa contribution au périodique Ha Tamim. Il préconisait donc l’attribution d’un visa ordinaire et non exceptionnel, lequel était spécifiquement lié aux fonctions rabbiniques.
Par la suite, le consul américain à Nice fit des difficultés également pour accorder un visa ordinaire. En effet, il exigea un nouvel engagement financier, arguant que celui qui figurait dans le dossier n’émanait pas d’un membre de la famille et qu’il n’y était pas clairement dit pour combien de temps ce soutien financier était accordé au Rabbi.
En réponse à ces informations, l’avocat Butler fit savoir aux responsables de l’association des ‘Hassidim ‘Habad, le 14 ‘Hechvan, qu’il comptait poursuivre ses interventions, aux niveaux les plus élevés du Département d’état, afin que la position prise auparavant soit maintenue et qu’un accord soit donné pour que le Rabbi obtienne un visa exceptionnel, malgré les difficultés soulevées par le consul. Butler affirma de nouveau à ces responsables sont intention de procéder de la sorte, le 22, puis le 28 ‘Hechvan.
Parallèlement à l’action de l’avocat Butler, en coordination avec l’association des ‘Hassidim ‘Habad, le précédent Rabbi fit intervenir un autre responsable communautaire, dynamique avocat installé à Washington et fils d’un important ‘Hassid, qui s’appelait Acher Rabinovitch. Ce dernier, en effet, était intervenu, avec succès, pour son propre sauvetage.
Dans une lettre qu’il adressa à Rabinovitch, le 6 Kislev 5701-1940, le Rabbi Rayats écrivait: «Malheureusement, toutes les grandes promesses qui vous ont été faites, toutes les douces paroles qui ont été prononcées devant vous n’ont, pour l’heure, été d’aucun effet. J’en suis profondément meurtri et j’en conçois une immense peine». Dans la suite de ce courrier, il lui demande d’intervenir auprès du consul, à Nice, afin d’obtenir, pour le Rabbi, un visa d’immigration aux Etats Unis et d’apporter son aide pour que lui soit délivrée une autorisation de quitter la France.
Le 13 Kislev 5701-1940, l’association des ‘Hassidim ‘Habad adressa une lettre au consul, à Nice, à laquelle était joint un «certificat de fonction rabbinique», qui avait été établi pour le Rabbi. Le Rabbi Rayats, dans son intervention pour le sauvetage du Rabbi, était en liaison permanente avec lui, par des télégrammes qu’il adressait, à Nice. En les rédigeant, il inscrivait, comme nom du destinataire: «Avram».
Deux jours plus tard, le 15 Kislev, le Rabbi Rayats écrivit à Rabinovitch. Il fit référence à la lettre qui contenait le «certificat de fonction rabbinique» et lui demanda d’obtenir du Département d’état la promesse qu’il exercerait des pressions sur le consul, à Nice, afin que cette démarche soit couronnée de succès. Ce courrier se conclut par une bénédiction: «Puisse D.ieu faire que nous soyons sauvés, que nos filles et nos gendres arrivent, de la manière qui convient, avec succès, matériellement et spirituellement».
Dans une autre lettre, datée du même jour, le précédent Rabbi écrit encore: «Les difficultés s’accumulent, comme permet de l’établir le fait qu’il y a plusieurs mois déjà, on avait promis de délivrer une autorisation au Rav Mena’hem Schneerson et à son épouse. Or, tout cela n’a pas encore été obtenu, de manière positive».
Les visas d’entrée aux Etats Unis
Le 22 Kislev, Acher Rabinovitch vint, de Washington à New York, afin de rendre compte au Rabbi Rayats de ce qu’il avait fait pour sauver son gendre. Le lendemain, le précédent Rabbi précisa son sentiment sur la manière dont la procédure avançait, dans une lettre datée du 23 Kislev, dans laquelle il écrit: «Pour ma part, je ne suis pas encore tranquillisé».
C’est à peu près à la même période que le Rabbi demanda le transfert de son dossier d’immigration de Nice à Marseille. A l’époque, on ne connaissait pas, aux Etats Unis, la raison de cette demande et le Rabbi Rayats interrogea le Rabbi, à ce sujet, par un télégramme du 14 Tévet.
De fait, la raison de cette demande n’a pas encore pu être établie avec certitude. Néanmoins, la consultation d’ouvrages historiques ultérieures, décrivant la personnalité du consul des Etats Unis à Nice, permet d’établir que celui-ci était un antisémite, qui ne perdait pas une occasion de nuire aux Juifs. A l’opposé, le consul de Marseille était un ami des Juifs.
Cette dernière demande fut transmise à Washington par le Rav Chmaryahou Gurary, qui, à cet effet, se rendit personnellement dans cette ville, le 19 Chevat. L’avocat de l’association des ‘Hassidim ‘Habad, intervenant au niveau le plus haut, parvint à faire adresser tous les éléments du dossier à Marseille. Il en informa, par télégramme, le consul américain de cette ville.
Le 21 Chevat, l’avocat communiqua, par lettre au Rav Chmaryahou Gurary, l’information suivante. Le Département d’état avait précisé au consul de Marseille qu’il n’était pas nécessaire, dans le cas du Rabbi, d’exiger un engagement financier, après son immigration. En effet, il avait été établi que ce problème était réglé.
En pareil cas, précisa l’avocat, le consul s’en tient généralement à la position qui a été adoptée par le Département d’état. Malgré cela, l’ancien engagement financier avait également été envoyé à Marseille, mais le consul n’en avait pas été informé par télégramme, afin de ne pas ralentir la procédure, en l’attente de ce document.
Dans une lettre du 26 Adar 5701-1941, la Rabbanit fit savoir que le consul américain avait enfin promis d’accorder, à l’un et à l’autre, des autorisations d’immigration aux Etats Unis. Lorsqu’ils les recevraient, poursuivait-elle, ils feraient eux-mêmes les démarches qu’il fallait pour obtenir les documents nécessaires.
L’espoir revint alors et le Rabbi Rayats écrivit, dans une lettre du 9 Nissan: «Notre fille ‘Haya Mouchka et son mari, le Rav Mena’hem Mendel, se trouvent encore en France. Mais, nous avons bon espoir qu’après Pessa’h, ils arriveront enfin ici».
C’est effectivement le 2 Nissan que le Rabbi et la Rabbanit reçurent, à Marseille, leurs visas d’immigration pour les Etats Unis. Une grande partie de cette pénible action de sauvetage se trouvait ainsi couronnée de succès.
L’obtention des billets et le voyage en bateau
Le départ du Rabbi et de la Rabbanit pour les Etats Unis devait se faire par le Portugal. Les difficultés qui surgirent alors sont décrites dans une lettre du précédent Rabbi, datée du 8 Iyar 5701-1941, qui dit: «Mon gendre, grand érudit, le Rav Mena’hem Mendel Chlita Schneerson et ma fille, son épouse, Mouchka, se trouvent actuellement à Nice. D.ieu merci, ils ont réussi à obtenir des autorisations d’immigration dans ce pays. Le problème qui demeure est l’obtention de visas de transit portugais et de billets, en seconde classe d’un grand bateau, en partance à la première date». Les interventions du précédent Rabbi leur permirent de recevoir ces visas de transit et ces billets.
On raconte qu’après avoir obtenu des places sur un bateau qui devait être le dernier à faire ce voyage, ils reçurent soudain un télégramme urgent du précédent Rabbi, leur enjoignant, de manière surprenante, de ne pas monter à bord de ce bateau. Par la suite, on apprit que celui-ci avait été capturé par les Italiens.
Il fallait donc trouver d’autres billets et, dans les conditions de l’époque, cela était pratiquement impossible. Au final, il fut possible de les obtenir grâce à une intervention du Rav Morde’haï Bistritski, qui résidait aux Etats Unis. Celui-ci possédait, en effet, deux places pour un voyage en bateau, qu’il avait achetées pour ses beaux-parents, le Rav Lévi Lugwir et son épouse Ra’hama. Le couple Lugwir s’était enfui d’Anvers et était parvenu à Nice, mais les visas de transit par le Portugal leur avaient été refusés, de sorte que des billets ne leur étaient d’aucune utilité. Par la suite, ils furent tous deux assassinés dans le camp d’extermination d’Auschwitz.
Le gendre des Lugwir, observant la peine du Rabbi Rayats, qui n’avait pas les moyens d’acheter des billets pour sa fille et son gendre, accepta de donner ceux qu’il possédait pour le Rabbi et la Rabbanit. Par la suite, le précédent Rabbi lui demanda d’accepter qu’ils lui soient remboursés. En effet, il entendait les payer de son propre argent.
Le 17 Sivan, le Rabbi et la Rabbanit prirent place à bord du paquebot «Surpa Pinta» qui quittait Lisbonne, au Portugal, pour les Etats Unis. Ce voyage était particulièrement dangereux et c’est par miracle que le bateau échappa aux tirs nazis. Pendant le voyage, le Rabbi adressa un télégramme à son beau-père pour le prévenir qu’ils avaient quitté les eaux territoriales d’Europe.
Le 28 Sivan dans l’hémisphère inférieur
Le lundi 28 Sivan 5701-1941, à dix heures trente du matin, le bateau accosta dans le port de New York. L’état de santé du précédent Rabbi ne lui permit pas de venir lui-même accueillir sa fille et son gendre. Le Rabbi leur envoya, néanmoins, une éminente délégation, constituée de ‘Hassidim ‘Habad âgés et importants. Constatant que son action de sauvetage avait été couronnée de succès, sa joie n’avait pas de limite. Il la fit partager à ses proches en leur révélant, au moins partiellement, les qualités de son gendre. A sa demande, tous les élèves de la Yechiva sortirent accueillir le Rabbi et la Rabbanit, lorsqu’ils parvinrent devant l’édifice du «770, Eastern Parkway».
La rencontre du Rabbi Rayats, de son gendre, le Rabbi et de sa fille, la Rabbanit, fut particulièrement émouvante. Dans un premier temps, ils résidèrent dans le bâtiment du «770, Eastern Parkway».
Peu après, le jeudi soir 2 Tamouz, les ‘Hassidim, tenus informés de l’événement important qui venait de se passer dans la maison du Rabbi, organisèrent une réunion ‘hassidique, à l’occasion de cette arrivée et le Rabbi, à leur demande, accepta d’y participer. Pendant plus de six heures, les ‘Hassidim et les élèves de la Yechiva l’entourèrent, dans la maison d’étude. Ils se pénétrèrent de chacun de ses propos. Pour beaucoup, il était clair qu’une période de retrait et de distance, de la part du Rabbi, parvenait à son terme, en ce jour. Des jours nouveaux se profilaient et la diffusion de la ‘Hassidout, dans cet «hémisphère inférieur», allait connaître une mutation profonde.
La nouvelle de l’arrivée du «gendre du Rabbi» fut également publiée dans le périodique de Torah «Ha Pardes», en sa parution de Tamouz 5701-1941. L’annonce se concluait par: «Puisse sa venue apporter la bénédiction et la réussite, élever la corne de la Torah et la splendeur de ‘Habad».
De fait, l’arrivée du Rabbi insuffla une impulsion nouvelle à la diffusion de la Torah et du Judaïsme, d’abord aux Etats Unis, puis, par la suite, dans le monde entier. En effet, c’est alors que le précédent Rabbi fonda les institutions centrales du mouvement Loubavitch, en particulier le Ma’hané Israël, dont l’objectif déclaré était «le renforcement du Judaïsme, de la pratique effective de la Torah et des Mitsvot, en mettant en éveil les cœurs juifs, en les conduisant vers la Techouva, la Torah et les bonnes actions», avec le désir de «diffuser la vérité, le fait que la Techouva immédiate provoquera la délivrance immédiate et complète, par notre juste Machia’h».
Furent également fondés la maison d’édition Kehot, Karneï Hod Torah, «les cornes de la splendeur de la Torah», gérant la collection «Trésor des ‘Hassidim Loubavitch» et le Mela’h, Merkaz Le Inyaneï ‘Hinou’h, «centre d’action pour l’éducation», qui devait promouvoir l’éducation des enfants juifs dans l’esprit de la Tradition d’Israël. Le Rabbi fut chargé de diriger toutes ces institutions.
Néanmoins, la célébration de la date à laquelle intervint cette transformation fondamentale, grâce à l’arrivée du Rabbi, fut retardée. En effet, c’est en 5717-1957, que fut rédigée sa biographie officielle, qui apparaît dans l’introduction du Hayom Yom. Dans celle-ci, il fut indiqué, de manière laconique: «Sivan 5701: il parvint à New York». Par la suite, en 5643-1983, les lettres du précédent Rabbi annonçant l’arrivée de son gendre furent publiées. Celles-ci avaient été rédigées le 28 Sivan et c’est ainsi que l’on put déterminer la date précise de cette arrivée.
Trois ans plus tard, en 5646-1986, fut organisée, au «770, Eastern Parkway», une grande réunion ‘hassidique, à l’occasion de la date anniversaire de cette arrivée. Le Rabbi y apporta sa participation sous la forme d’une bouteille d’eau de vie». Depuis lors, les ‘Hassidim ‘Habad, dans le monde entier, célèbrent le 28 Sivan comme un jour de fête, propice pour tenir des réunions ‘hassidiques, prendre de bonnes résolutions, afin d’accroître la diffusion des sources de la ‘Hassidout, à l’extérieur.
Dans la première partie de cette lettre, rédigée en russe, la Rabbanit ‘Haya Mouchka annonce à son père, le Rabbi Rayats, que le consul américain, à Marseille, leur a donné l’assurance qu’il délivrerait des visas d’immigration aux Etats Unis, pour elle et pour son mari, le Rabbi. La date de cette lettre correspond au 26 Adar 5701-1941.
Dans la seconde partie de la lettre, le Rabbi souhaite, en russe également, une bonne fête de Pessa’h à son beau-père, le précédent Rabbi.
Voici la lettre de l’avocat de l’association des ‘Hassidim ‘Habad, faisant part de l’information qu’il avait obtenue du Département d’état, l’obtention de visas d’immigration pour le Rabbi et la Rabbanit, le 20 Nissan 5701-1941:
Cabinet d’avocats
Charles Henri Butler
Henri F. Butler
Gibbs L. Baker
Immeuble de l’Investissement
Washington D. C.
Le 1er mai 1941,
770, Eastern Parkway, Brooklyn, New York
Objet: Le Rabbin Mendel Schneerson et son épouse
Le Département d’état vient de me communiquer l’information suivante:
«Le Département a reçu une note télégraphique émanant du consul, à Marseille, qui lui indique que des visas ont été délivrés au Rabbin Schneerson et à son épouse, le 17 Avril».
Si vous obtenez du Rabbin Schneerson d’autres précisions sur la date de son arrivée aux Etats Unis et surtout sur son arrivée effective dans ce pays, je serais heureux d’en avoir connaissance, afin de pouvoir compléter mon dossier.
Si le Rabbin Schneerson n’est pas confronté à des difficultés imprévues, ceci devrait marquer l’issue positive de cette affaire.
Sincèrement vôtre,
Henri F. Butler,
Voici la lettre du précédent Rabbi, adressée au père de l’avocat Acher Rabinovitch, qui lui annonce la bonne nouvelle:
Par la grâce de D.ieu,
28 Sivan 5701, Brooklyn,
A mon cher ami, l’estimable grand Rav, bien connu et grand érudit, ‘Hassid qui craint D.ieu, le Rav D. M.
Je vous salue et vous bénis,
Je vous annonce, par la présente, que ma fille ‘Haya Mouchka et son mari, mon gendre, le grand Rav M. M. Schneerson sont bien arrivés ici, aujourd’hui même.
Je m’empresse de vous communiquer cette nouvelle, que vous voudrez bien transmettre à votre fils, mon ami Acher.
De la part de votre ami, qui souhaite votre bien et vous adresse sa bénédiction,
Yossef Its’hak Schneersohn,
Compte-rendu de la réunion ‘hassidique de bienvenue organisée pour le Rabbi, le jeudi soir 2 Tamouz 5701-1941, Parchat Kora’h
(Cette note est établie d’après le souvenir de quelques uns des présents. Bien évidemment, elle n’est nullement exhaustive.)
La réunion commença vers 21 heures. Plus de vingt personnes y participèrent, parmi lesquels des Rabbanim et des ‘Hassidim âgés. Le Rabbi arriva, tenant son Sidour à la main et il prit place près de la table. Dans un premier temps, il proposa aux présents de prendre la parole, mais tous refusèrent de le faire et lui demandèrent de parler.
Le Rabbi interrogea les présents, afin de savoir si l’un d’entre eux se posait des questions relatives à la ‘Hassidout. A certaines personnes, il demanda leur nom et le nom de leur mère. Plusieurs ‘Hassidim posèrent des questions et se présentèrent.
Le Rabbi traita d’abord des quatre cas dans lesquels on doit prononcer la bénédiction du Gomel, d’après le traité Bera’hot 54b, le Rambam, lois des bénédictions, chapitre 10, paragraphe 8, le Tour Choul’han Arou’h Ora’h ‘Haïm, chapitre 219, les lois des bénédictions de l’Admour Hazaken, chapitre 13, paragraphe 2. Le Rabbi analysa chacun de ces quatre cas, le commenta selon la partie révélée de la Torah, la Kabbala et la ‘Hassidout.
Dans son commentaire basé sur la ‘Hassidout, il cita le Dére’h ‘Haïm, de l’Admour Haémtsahi, porte de la prière, chapitre 36, qui établit un parallèle entre ces quatre cas et la descente de l’âme dans le corps, laquelle est également constituée de quatre étapes successives. On trouve une explication similaire à celle-ci dans les discours ‘hassidiques de la fête de la libération du 12 Tamouz. On consultera, à ce sujet, le Séfer Ha Maamarim 5687, page 208, le Séfer Ha Maamarim Kountrassim, tome 1, page 183a et le Likouteï Si’hot, tome 12, page 23.
Au cours de son propos, le Rabbi évoqua l’emprisonnement et la libération de son beau-père, le Rabbi Rayats. Il expliqua pour quelle raison celui-ci ne prononça pas la bénédiction du Gomel en quittant la prison, ni même après son exil de Kostrama, mais seulement après être rentré chez lui. En effet, les lois des bénédictions de l’Admour Hazaken, chapitre 13, paragraphe 5, précisent: «Jusqu’à ce que l’on soit totalement rétabli». Le précédent Rabbi rentra chez lui le vendredi 14 Tamouz 5687-1927. Puis, au cours du Chabbat Parchat Pin’has, il fut appelé à la Torah et récita le Gomel. Il prononça des discours ‘hassidiques intitulé «Béni soit Celui Qui fait du bien aux coupables» le 13 Tamouz et le Chabbat Parchat Pin’has.
Par la suite, le Rabbi établit un lien entre l’explication qu’il venait de donner et le nom de chacun des présents. A cette occasion, il répondit aux questions de ‘Hassidout qu’ils avaient posées. Il s’adressa ensuite à quelques élèves de la Yechiva appartenant aux groupes d’américains qui étaient venus à Otvotsk en 5699-1939. Il leur dit:
«Sur la base de ce qui vient d’être dit, nous poursuivrons maintenant la discussion que nous avons eue, lorsque nous nous sommes rencontrés, en France, à la gare ferroviaire, au cours de votre voyage pour Otvotsk.»
Ces élèves, en effet, avaient fait, au cours de leur voyage, une escale en France et le Rabbi, qui habitait alors à Paris, était venu les rencontrer à la gare. Là, il s’était entretenu avec eux pendant quelques heures, jusqu’à ce qu’ils repartent.
Puis, le Rabbi cessa de parler et il demanda encore une fois que les ‘Hassidim âgés prennent la parole. Ceux-ci refusèrent de le faire et le Rabbi poursuivit donc ses commentaires. Entre ses explications, il marquait une pause, pendant laquelle les présents chantaient des mélodies ‘hassidiques. Le Rabbi dit ensuite:
«On dit que les jeunes gens, en Amérique, connaissent bien le Likouteï Dibbourim.»
Il interrogea alors les élèves de la Yechiva sur ce recueil de causerie du précédent Rabbi.
La réunion ‘hassidique s’acheva vers trois heures du matin. Elle fit grande impression sur tous ceux qui y avaient participé. Certains d’entre eux, comme ils le rapportèrent eux-mêmes par la suite, entendaient pour la première fois des explications de la Torah formulées de cette façon.
* * *
Durant le Chabbat suivant, le Chabbat Parchat Kora’h, 3 Tamouz, il y eut une réunion ‘hassidique du précédent Rabbi, la première, aux Etats Unis, à laquelle le Rabbi participait.
Au milieu de cette réunion, le Rabbi Rayats demanda si quelqu’un connaissait la mélodie du Juste, Rabbi Mi’hel de Zlotchov, de la manière dont elle était chantée par le Rav Mi’haël Dvorkin. C’est alors le Rabbi qui commença à la chanter.
On consultera, à propos de cette mélodie, le Séfer Ha Si’hot 5701, page 96, le Séfer Ha Si’hot 5703, page 43 et le Séfer Ha Nigounim, tome 1, page 47.
Commentaires du Rabbi, à l’occasion du 9 Adar et du 28 Sivan, sur la manière de servir D.ieu dans l’hémisphère inférieur Chabbat Parchat Chela’h, 28 Sivan 5746, qui bénit le mois de Tamouz
Ce Chabbat apporte l’élévation au mois de Tamouz. Ceux qui sont ici présents n’ont nul besoin d’une longue explication sur le contenu de ce mois. Les Hassidim l’appellent le mois de la délivrance. Un verset pourrait laisser penser le contraire mais nos yeux virent ce qui se passa en 5687. Mon beau-père, le Rabbi, fut libéré le 12 Tamouz, date qui reçoit la bénédiction en ce jour. Par la suite, le Rabbi vint en cet hémisphère inférieur, dans lequel la diffusion de la Hassidout fut, dès lors, considérablement développée et élargie, comme on peut le constater concrètement.
Chacun des mots de l’expression “tes sources se diffuseront à l’extérieur”, qui est à l’origine de cette diffusion, renferme un monde entier. Il s’agit là d’un verset de la Torah, dont chaque terme est précis et véridique. “Se diffuseront” fait allusion à une influence considérable, à une large distribution, sans aucune limite.
“Tes sources” symbolise le bain purificateur le plus élevé, dont une seule goutte suffit. Certes, l’homme qui se purifie doit pouvoir y tremper tout son corps. Mais, du point de vue de la source, il suffit effectivement d’une seule goutte pour apporter la pureté et c’est donc là le niveau le plus haut, le plus infini qui puisse être.
“A l’extérieur” désigne le plus grand extérieur qui soit, un extérieur véritable. L’extérieur est également une créature de D.ieu et, en tant que tel, ne peut être présenté comme infini. Il n’est concevable que dans ce monde limité et l’on se demande de même, dans la Hassidout, s’il est envisageable dans le monde spirituel d’Atsilout, mais ce n’est pas ici le lieu de cette discussion.
En tout état de cause, ce Chabbat, qui bénit le 12 Tamouz, introduit une diffusion accrue de la source. Or, celle-ci se réalisa pleinement depuis que le Rabbi arriva dans cet hémisphère inférieur.
Il faut, en outre, tirer un enseignement des particularités de cette année. Certains points ne changent jamais. Ainsi, le mois de Tamouz est toujours béni pendant le dernier Chabbat de Sivan. La date de ce Chabbat, dans le mois, peut, par contre, changer. Au cours de celui-ci, est lue la Parchat Chela’h et il faut donc y trouver un enseignement qui ne concernera pas seulement cette année mais aussi toutes les autres, étant cependant plus particulièrement souligné cette fois-ci.
En l’occurrence, il nous faut donc découvrir un lien entre “tes sources se diffuseront à l’extérieur” et la Parchat Chela’h.
L’explication est la suivante. Le sens de cette Paracha est contenu, en allusion, dans son nom. Le sens de Chela’h est évident pour chacun. Le terme signifie “envoie”. Il faut donc “envoyer” à l’extérieur des quatre coudées non uniquement matérielles mais aussi spirituelles car la distance physique importe peu. Chela’h est une injonction de la Torah, précise et véridique.
Un tel envoi n’est pas machinal. Il doit présenter la perfection la plus haute. On doit envoyer en sorte que la diffusion soit la plus large possible. On connaît la parabole de mon beau-père, le Rabbi, suivant laquelle le roi, sentant la victoire arriver, est prêt à dilapider les trésors accumulés par ses ancêtres.
Par ailleurs, c’est bien la source elle-même qu’il convient d’envoyer. Envoyer une partie superficielle serait insuffisant. De plus, l’envoi devra parvenir jusqu’à l’extérieur véritable, le plus lointain qui se puisse imaginer.
Et tout ceci fut effectivement réalisé par mon beau-père, le Rabbi. Sa “source” fut Loubavitch, un village de la région Mohliv et de Vitebsk. Puis, il quitta ce lieu et, d’exil en exil, il partit pour Rostov. Il quitta la Russie après sa libération, en 5687, et il parvint enfin dans cet hémisphère inférieur.
Mais de fait, ces descentes successives lui apportèrent l’élévation tout comme l’exil de la Présence divine renforce Son dévoilement. C’est ce qu’accomplit mon beau-père, le Rabbi, en dévoilant la partie cachée de la Torah en chaque exil de façon intensifiée. Le dévoilement qui résulta de son installation dans cet hémisphère fut incomparable aux précédents. Lui-même reçut alors une élévation personnelle et les dix années qu’il passa ici lui apportèrent le calme et la largesse qui lui manquait tant auparavant.
Puis, le Rabbi confia à chacun cette mission de Chela’h. Il faut sortir de ses quatre coudées et diffuser la source, la “dilapider”, la porter à l’extérieur.
Le Rabbi ne se contenta pas de confier aux autres cette soumission. Il donna lui-même l’exemple en ce sens. Le Rabbi est le chef de notre génération et sa grandeur peut précisément être établie en considérant ceux dont il porte la responsabilité. Chacun est donc personnellement concerné par les événement qui lui arrivèrent.
Mon beau-père, le Rabbi, écrivit lui-même que sa libération était également celle d’un Juif pour qui le Judaïsme n’est qu’un surnom. Tel est le terme employé par la Langue Sacrée qui est vérité et non uniquement conventionnelle. Il peut donc effectivement regrouper tous les Juifs qui, sans aucune exception, furent libérés le 12 Tamouz, qu’ils le veuillent ou non. Cette situation n’est pas soumise à leur choix.
Pour mener à bien cette mission confiée à chacun, point n’est besoin d’étudier tout d’abord les parties cachée ou révélée de la Torah, de se préparer à cela. Le Rabbi, en effet, montra l’importance de sa libération non pas dans un discours hassidique, qu’il est nécessaire d’étudier, mais dans une lettre, qui s’adresse à chacun.
Un Hassid qui consultera la Hassidout y trouvera la différence entre une lettre et un livre. Cette précision se trouve, certes, dans d’autres livres également. Mais on sait que le Rav de Ragatchov, à qui l’on demandait la référence d’un verset de la Torah, indiqua l’endroit où il était cité dans le traité Sanhedrin. De la même façon, un Hassid consultera, avant tout, les ouvrages de la Hassidout.
En tout état de cause, une lettre a une valeur passagère, alors qu’un livre reste indéfiniment. La lettre est donc immédiatement accessible à tous. Plus encore, de même que l’emprisonnement du Rabbi lui conféra, par la suite, une immense élévation, le fait qu’une lettre soit passagère souligne son importance.
En conclusion, le Rabbi écrivit une lettre, qui s’adresse à chacun et il revient à tous de la mettre en pratique. Point n’est besoin pour cela de se tremper trois cent dix fois au bain rituel. Il y avait à Nikolayev, ville où j’ai grandi, un Juif qui se trempait chaque jour trois cent dix fois au Mikvé. Personne n’en faisait une affaire de première importance. On savait pourquoi il restait en ce lieu plus longtemps que les autres. Tout cela n’est pas nécessaire pour lire la lettre du Rabbi précédent. Il suffit de mettre en pratique son enseignement.
Tel est donc l’enseignement à tirer de ce qui vient d’être dit. Ce Chabbat bénit tout le mois de Tamouz et en particulier le 12. Le “portique” de la bénédiction est donc l’application scrupuleuse de la formule “tes sources se diffuseront à l’extérieur”, jusqu’à l’extérieur le plus large.
Il faudra pour cela recevoir l’enseignement du Rabbi, chef de notre génération et le comprendre par toutes les forces de son intellect. Selon les termes du Tséma’h Tsédek, la mission confiée consiste à “réaliser ici Erets Israël”. N’est-il pas miraculeux d’obtenir un tel résultat? Cela n’en est pas moins possible puisque telle est la volonté de D.ieu.
Tout ceci est expliqué de façon agréable dans la Paracha hassidique, le Likouteï Torah, qui conclut en soulignant que “l’acte est essentiel”. Cet acte sera précédé de l’étude de la Torah qui suscite la soumission. Toutes les forces sont donc données à un Juif pour qu’il s’acquitte de sa mission et le fasse dans la joie et l’enthousiasme.
Puissions-nous donc passer, en un seul instant, de la libération du 12 Tamouz à la délivrance véritable et complète et du fait de “réaliser ici Erets Israël” à la Terre Sainte “vers laquelle toujours sont tournés les yeux de D.ieu du début de l’année à la fin de l’année”, très bientôt et de nos jours.
Extrait des commentaires du Chabbat Parchat Chela’h 28 Sivan 5749, qui bénit le mois de Tamouz
1. Outre les nombreux points concernant ce Chabbat, (le jour sacré, la Paracha de Chela’h, la bénédiction du mois de Tamouz), un enseignement particulier peut être tiré d’une allusion que l’on découvre dans la date de ce jour, le 28 Sivan. «Vingt huit» est la valeur numérique du mot Koa’h, qui signifie la force.
On perçoit donc, en ce jour, la force de Sivan , le troisième mois de l’année, dont le contenu essentiel est le don de la Torah, “une lumière triple donnée à un peuple triple pendant le troisième mois”.
Le 28 Sivan souligne la force du don de la Torah. (Les explications de nos Sages des précédentes générations ne font pas recours à de telles allusions. Néanmoins, il s’agit ici de susciter la crainte de D.ieu.
En conséquence, il est permis, bon et judicieux d’introduire des allusions nouvelles. Le Rabbi Rachab donna une même explication à propos des commentaires du Tanya.
Bien plus, certains Grands de notre peuple firent effectivement de telles allusions et ils soulignèrent que celles-ci étaient nouvelles, ne figuraient pas dans les livres précédemment rédigés. Ils désiraient assurément que l’on adopte le même comportement et que l’on sache qu’il est permis de trouver une allusion dans un mot afin d’en tirer un enseignement pour le service de D.ieu.)
De plus, le mois est lié aux circonvolutions de la lune. Il concerne donc particulièrement le peuple d’Israël, qui base sur elle son calendrier, et qui lui est comparé. Bien plus, tout comme la lune, Israël connaîtra le renouvellement.
L’explication est ici la suivante. Le 28 Sivan est un des trois jours précédant Roch Hodech Tamouz. Or, une période de trois jours est considérée comme une entité unique, “une corde triple”. (En ce qui concerne le contraire de la pureté, trois jours sont considérés comme une période unique du temps.
Combien plus cela doit-il être le cas lorsqu’il s’agit de pureté et de sainteté. Il est effectivement possible de prononcer la Havdala jusqu’au mardi soir, de lire la Paracha avec le Targoum jusqu’à ce jour, si l’on n’a pas pu le faire auparavant.) Tamouz est le quatrième mois, qui se distingue donc du troisième. Ce dernier symbolise essentiellement le dévoilement d’en haut, le don de la Torah.
Le quatrième mois, en revanche, introduit l’effort réalisé ici-bas. Ainsi il est nécessaire d’augmenter la force du troisième mois, en ce 28, Koa’h, Sivan, de façon à préparer l’effort réalisé ici-bas, pendant le quatrième mois. (On trouve une allusion à tout cela dans les lettres Guimel, Dalet, trois et quatre. La Guemara souligne qu’elles sont les initiales des mots “Guemol Dalim”, fais du bien aux pauvres. Ainsi, le Guimel fait allusion à celui qui donne et le Dalet à celui qui reçoit.)
Bien plus, le 28 Sivan n’insuffle pas uniquement une force supplémentaire pour accomplir les Injonctions Divines énoncées lors du don de la Torah. Il apporte, en outre, un encouragement dans tous les domaines de la sainteté, y compris ceux que l’homme introduit par sa propre initiative, sans en avoir reçu l’Ordre de D.ieu.
Dès lors, une force considérable lui est accordée, largement supérieure à celle qui découle de l’Ordre Divin.
Ce qui vient d’être dit peut être lié à un verset de notre Paracha, “et maintenant que grandisse la Force de D.ieu”. La Guemara enseigne que “lorsque Moché monta là-haut (pour recevoir la Torah), il observa que D.ieu tressait des couronnes pour les lettres de l’alphabet. D.ieu lui dit: tu aurais du Me venir en aide. Moché lui répondit aussitôt: et maintenant que grandisse la Force de D.ieu, comme Tu l’as dit”.
Ainsi, grandir la Force de D.ieu est possible pour Moché lui-même, sans qu’une Injonction Divine n’ait été donnée à ce propos, “tu aurais dû Me venir en aide”. Toutefois, pour y parvenir, une force est donnée d’en haut, “comme Tu l’as dit”. Celle-ci permet de dépasser les limites dans tous les domaines du service de D.ieu que l’homme introduit de sa propre initiative. C’est ce que nous montrerons.
2. Pour comprendre tout cela, il faut tout d’abord expliquer le contenu de la Paracha de cette semaine, qui évoque l’envoi des éclaireurs. (Du reste, la Haftara, conclusion de la Paracha, traite du même sujet. Au sens le plus simple, le verset “et maintenant que grandisse la Force de D.ieu” fut dit à la suite des événements qui découlèrent de l’envoi des éclaireurs.) Le sujet décrit par notre Paracha soulève en apparence une profonde question.
Commentant le verset “envoie pour toi”, Rachi explique: “selon ton avis. Moi Je ne te donne pas d’Injonction. Si tu le désires, envoie-les. Les Juifs vinrent en effet et dirent: envoyons des hommes pour reconnaître le chemin. C’est ainsi qu’il est dit: vous vous êtes tous approchés de moi. Moché prit donc conseil auprès de D.ieu”.
On peut ici s’interroger. L’ordre établi dans les relations entre D.ieu et Moché supposait une Injonction Divine pour chaque accomplissement. Même pour ce qui découla de l’initiative du peuple juif, Moché prit conseil auprès de D.ieu, Qui lui indiquait le comportement qu’il convenait d’adopter. Ainsi, pour Pessa’h Cheni, D.ieu assura que ce sacrifice pourrait être apporté par ceux qui n’avaient pu le faire pendant le premier Pessa’h. A propos des sacrifices des chefs de tribu, D.ieu dit: “Accepte-les de leur part”, “un chef par jour”. (De même, Moché rajouta un jour de préparation au don de la Torah, de sa propre initiative et il est dit que D.ieu approuva sa décision. Ainsi, en atteste le verset “dis-leur de rentrer dans leurs tentes”.)
Pour ce qui concerne notre propos, en revanche, lorsque Moché sollicita le conseil de D.ieu, Il lui répondit “Moi, Je ne te donne pas d’Injonction” mais “envoie pour toi, selon avis. Si tu le désires, envoie-les”. Il y a là un comportement tout à fait inhabituel et qui mérite d’être remarqué. Il aurait fallu prendre conscience que quelque chose avait changé. Pourquoi, sans s’interroger, Moché décida-t-il d’envoyer ces explorateurs? Bien plus, on aurait pu considérer que l’envoi de ces explorateurs était inutile. En effet, D.ieu avait assuré que la terre d’Erets Israël était bonne. Les Juifs auraient donc dû y rentrer de façon immédiate. Dans un tel contexte, l’envoi des explorateurs était même négatif et susceptible de conduire à l’erreur. Du reste, c’est bien ce qui se passa concrètement.
La question se renforce lorsque l’on voit que Moché lui-même en redoutait les conséquences négatives. C’est la raison pour laquelle il changea le nom de Yochoua en disant “l’Eternel te sauvera du conseil des éclaireurs”. Ainsi, ceux-ci étaient des chefs de tribu, têtes du peuple juif, hommes de grande importance qui, à ce moment, étaient encore vertueux. Malgré cela, Moché les craignait au point de changer le nom de Yochoua et de prier pour lui. Dès lors, comment put-il, de sa propre initiative, décider de les envoyer?
La question est encore plus forte d’après ce que raconte la Haftara à propos de l’envoi des éclaireurs par Yochoua. Celui-ci fut précisément sauvé parce que Moché avait prié pour lui. Il avait vu les conséquences négatives de cet envoi. A cause de cela, une génération entière n’avait pu entrer en Erets Israël. Seule, la génération suivante, quarante ans plus tard, put le faire. Bien plus, ces quarante ans correspondaient aux quarante jours que dura l’envoi des éclaireurs.
Malgré tout cela, Yochoua lui-même envoya deux éclaireurs afin de reconnaître la terre, non que D.ieu le lui ait ordonné mais, de sa propre initiative, sans craindre les conséquences négatives, qui s’étaient déjà présentées une fois, lors du premier envoi d’éclaireurs auquel il participa lui-même. Alors, il ne fut sauvé que par la prière de Moché. (Le Likouteï Torah considère que Yochoua ne le fit pas de sa propre initiative, mais sur l’Ordre Divin. Toutefois, le commentaire de Rachi exprime le sens simple du verset. D’après celui-ci, il n’est nullement fait mention d’un Ordre Divin.)
3. L’explication de tout cela est la suivante. Lorsque D.ieu dit à Moché “envoie pour toi: selon ton avis, Moi Je ne te donne pas d’Injonction”, il introduisit pour lui une possibilité nouvelle. Ainsi, la Volonté Divine devait être accomplie par l’homme, non pas à la suite d’un Ordre Divin, mais de telle façon que D.ieu Lui-même en confie l’initiative à l’homme pour qu’il puisse, par sa propre réflexion, déterminer de quelle façon accomplir cette Volonté. (Bien plus, il ne s’agit pas uniquement de souhaiter cette action, comme ce fut le cas pour Pessa’h Cheni et pour les sacrifices des chefs de tribu, mais véritablement de l’accomplir concrètement.)
Il faut préciser que le service de D.ieu comprend, de façon générale, deux phases:
A) Il peut s’agir d’un Ordre de D.ieu, qui doit être mis en pratique et il convient, dès lors, de faire disparaître son propre avis pour accomplir Sa Volonté.
B) L’homme peut également introduire son propre effort afin que sa compréhension et son désir soient en accord avec la Volonté Divine, “fais que Sa Volonté soit la tienne”. Dès lors, la volonté de l’homme peut exprimer celle de D.ieu chaque fois qu’il n’y a pas d’Injonction Divine.
4. Bien évidemment, le service de D.ieu “selon ton avis”, grâce auquel la compréhension et la volonté de l’homme sont conformes à celle de D.ieu, rend nécessaire une force particulière que D.ieu accorde d’en haut, celle du libre arbitre.
Chaque homme a, en fait, la possibilité d’agir dans un sens ou dans l’autre, sans être induit dans son choix. C’est là un grand principe de la Torah et de la Mitsva, ainsi qu’il est dit “vois, J’ai placé devant toi aujourd’hui” les deux possibilités, comme le souligne le Rambam. (Le chapitre d’Avot que nous étudions ce Chabbat dit à ce propos “la permission est donnée”.)
Le libre choix de l’homme se marque encore plus clairement dans les domaines qui sont livrés à son jugement. Pour ce qui est des Injonctions de la Torah, la possibilité reste de les transgresser.
Néanmoins, la conscience du fait que telle est la Volonté de D.ieu, oblige l’homme à agir dans ce sens, si l’on peut ainsi s’exprimer, car, par nature, il désire mettre en pratique la Volonté de D.ieu.
Dans une telle situation, il n’y a pas deux possibilités s’offrant à l’homme de façon égale. En revanche, lorsque la Torah n’émet pas d’Injonction particulière, l’homme fait usage de son raisonnement et de sa volonté, sans contrainte extérieure. Il met alors clairement en évidence son libre choix, n’étant pas induit par un Commandement Divin.
De façon plus précise, la force donnée pour le libre arbitre de l’homme, “selon ton avis”, est double:
A) La possibilité du libre arbitre est un élément nouveau. En effet, l’homme appartient à D.ieu et il ne possède aucun pouvoir spécifique qui soit extérieur à la Volonté Divine. Mais D.ieu lui donne la possibilité de Lui ressembler et de faire un choix entre deux chemins. Il est clair que cet apport nouveau se marque plus spécifiquement lorsqu’il n’y a pas d’Injonction Divine. (Ainsi, le Rambam explique que rien dans le monde ne saurait être extérieur à la Volonté de D.ieu. Toutes les actions de l’homme sont sous Sa domination. Cependant, D.ieu créa l’homme à Son image. Il en fit une espèce unique au monde, sans équivalent, de sorte qu’à l’instar de son Créateur, l’homme peut réfléchir, penser, faire ce qu’il désire sans connaître d’obstacles. De la même façon, l’Admour Hazaken explique, dans le Likouteï Torah, que la source du libre arbitre est particulièrement élevée. Elle est comparable au libre choix que D.ieu fit d’Israël. En ce sens, elle ne concerne que le peuple juif. Le Or Hatorah distingue la connaissance du libre choix. C’est le sens de “selon ton avis. Moi, Je ne te donne pas d’Injonction”. En effet, D.ieu sait ce qui se passera dans le futur mais, pour autant, le libre choix de l’homme n’est pas remis en cause.)
B) La force donnée pour choisir le bien, ainsi qu’il est dit “et tu choisiras la vie” marque l’aspect nouveau de la personnalité humaine, la possibilité de faire un choix positif en allant à l’encontre de sa nature et de son habitude.
Tout ceci ne concerne pas les domaines dans lesquels existe une Injonction Divine. Lorsque D.ieu donne un ordre, il est clair que l’homme doit le mettre en pratique et le faire avec lune détermination transcendant toute limite, grâce à la force accordée par Celui qui est à l’origine de ce Commandement. L’aspect nouveau se marque donc essentiellement lorsque l’homme agit par sa propre initiative, sans Instruction de D.ieu et malgré les limites inhérentes à sa personnalité.
Dans un tel cas, il démontrera qu’il a la force de faire un choix positif, de sorte que sa compréhension et sa volonté soient conformes au souhait divin. (Il est dit, en effet, que les lettres constituant les mots “et tu choisiras la vie”, qui sont écrits dans la Torah, sont une aide qui est offerte à l’homme.)
5. En fonction de ce qui vient d’être dit, on pourra répondre à la question qui a été posée, à propos de l’envoi des éclaireurs.
Lorsque D.ieu dit à Moché “envoie pour toi, selon ton avis. Moi, Je ne te donne pas d’Injonction. Si tu le désires, envoie-les”, Moché ne redouta, en aucune façon, un événement malencontreux. Bien au contraire, il était heureux de l’apport nouveau découlant de cette Parole Divine. Désormais, le service de l’homme pourrait être basé uniquement sur le libre arbitre, sans contrainte de la part de D.ieu. La créature pourrait utiliser sa propre réflexion et sa volonté afin d’agir en conformité avec la Volonté de D.ieu.
On peut ainsi expliquer le sens du commentaire des mots de Rachi, “Moi, Je ne te donne pas d’Injonction”.
Dans son commentaire de la Torah, Rachi a pour habitude d’énoncer des affirmations positives, “envoie pour toi, selon ton avis, si tu le désires envoie-les”. Pourquoi ajoute-t-il ici un élément négatif, “Moi, Je ne te donne pas d’Injonction”? (De la même façon, Rachi a coutume de donner d’emblée la bonne explication, sans préciser auparavant ce que l’on aurait pu penser.)
On peut considérer que Rachi, par ces termes, fait allusion au fait qu’il y a également là une Injonction Divine. Ainsi, le fait d’agir “selon ton avis”, “si tu le désires, envoie-les”, bien que n’étant pas une Injonction Divine n’en n’est pas moins une Mitsva. D.ieu ordonne à l’homme d’utiliser sa réflexion, d’aboutir à une conclusion et de la mettre concrètement en pratique.
Par ailleurs, on peut penser que “Moi, Je ne te donne pas d’Injonction” fait allusion à la possibilité offerte à l’homme de ressembler à D.ieu et de choisir en fonction de sa volonté. Ainsi, D.ieu Lui-même accorde à l’homme la force de s’élever au dessus de toutes les limites. Il transmet la possibilité de Le servir au libre choix de l’homme. (Comme nous l’avons montré par ailleurs, Rachi cite ici l’interprétation que l’on aurait pu faire en première analyse afin d’indiquer ensuite que celle-ci n’est pas totalement écartée par la conclusion, même si elle en diverge. Il en va de même ici. Il y a bien là un Ordre Divin, qui consiste à “ne pas donner d’Injonction”. Dès lors, l’homme se doit d’agir “selon ton avis”.)
6. Ce qui vient d’être dit permettra de comprendre la raison de l’erreur commise par les éclaireurs. En effet, pourquoi l’enseignement concernant “selon ton avis” est-il donné précisément à propos de l’envoi de ces éclaireurs?
Cet envoi fut une préparation pour la conquête et l’entrée en Erets Israël. Grâce à cela, la finalité de la sortie d’Egypte et du don de la Torah fut obtenue et il devint possible de bâtir pour D.ieu une demeure ici-bas, jusque dans le monde le plus inférieur. Pour y parvenir, il fallait conquérir le pays de Canaan et nos Sages expliquent que les peuples d’Egypte et de Canaan étaient, à l’époque, les plus corrompus. C’est précisément le pays de Canaan qu’il fallait transformer en Erets Israël, en Terre Sainte, en un pays juif.
Dans le but de bâtir une demeure parfaite pour D.ieu, il faut Le faire résider précisément au sein de la matière et donc conquérir le pays en ayant recours aux voies de la nature. Il fallait donc faire la guerre et, en préambule, envoyer des éclaireurs. En effet, lorsque l’on part à la conquête d’un pays étranger, on délègue tout d’abord des éclaireurs qui repèrent les chemins et l’entrée des villes. A leur retour, ils rapportent ce qu’ils ont vu au chef de l’armée et il en fut de même ici, puisque ces hommes avaient pour mission de déterminer les chemins qu’il fallait emprunter et les villes qu’il fallait prendre. (La Torah, elle-même, donne une réponse à l’argument des nations, “vous êtes des voleurs et vous avez conquis le territoire de sept peuples” en bâtissant un raisonnement qui est également acceptable d’après la logique des autres nations.)
Tout comme l’action, ici-bas, se doit de passer par les voies de la nature, l’homme doit également agir par ses forces propres et non à la suite d’une Injonction Divine. Il doit introduire sa propre réflexion et sa volonté. C’est la raison pour laquelle l’envoi des éclaireurs devait être “selon ton avis”.
C’est à ce niveau qu’intervint l’erreur des éclaireurs. Ils pensèrent que “selon ton avis” devait s’appliquer non seulement à leur mission consistant à déterminer les chemins à emprunter pour conquérir le pays mais, également, sur le bien fondé de cette entrée dans le pays. Ils pensèrent que l’entrée en Erets Israël était soumise à leur jugement.
Du fait de leur erreur, ils modifièrent les termes de la mission confiée par Moché, qui ne leur avait demandé que de reconnaître la situation du pays. Il ne leur appartenait en aucune façon d’établir s’il était judicieux d’y entrer ou non. Cet ajout, aboutissant à une modification de leur mission, fut la cause des événements malencontreux qui suivirent. Dès lors, la mission fut annulée. (Ceci permet de répondre à une question évidente: en quoi les éclaireurs commirent-ils une faute lorsqu’ils constatèrent que les peuples étaient forts et que les villes étaient fortifiées? Leur mission ne consistait-elle pas à rechercher ces éléments? Ne devaient-ils pas raconter ce qu’ils avaient vu? L’explication est, en fait, la suivante. Leur faute fut d’ajouter une conclusion personnelle, qui ne leur était pas demandée, “nous ne pourrons pas y entrer”. Dès lors, ils changèrent les termes de la mission et l’annulèrent. Tel ne fut pas le cas de la mission confiée à Moché qui, à chaque instant, lui resta fidèle.)
Toutefois, lorsque les éclaireurs partirent, ils étaient encore vertueux, aptes à servir D.ieu “selon ton avis”. En effet, toutes les forces nécessaires leur avaient été données et “D.ieu leur venait en aide”. (Ce terme d’aide souligne que l’effort doit émaner essentiellement de l’homme, D.ieu n’y apportant qu’un complément.)
Certes, Moché changea le nom de Yochoua et il pria pour lui. Il éprouvait donc de la crainte face aux initiatives des éclaireurs. De plus, pourquoi pria-t-il uniquement pour Yochoua et non pour les autres éclaireurs?
En fait, la prière pour Yochoua constitua, pour lui, un apport supplémentaire, car il était son disciple le plus proche, qui ne quittait pas sa tente. Cette bénédiction était du devoir de Moché, eu égard au rang de son serviteur. Lorsque Moché lui dit: “que D.ieu te sauve du conseil des éclaireurs”, on peut considérer, selon les termes de nos Sages, que “il prophétisait sans le savoir”. En effet, s’il craignait l’action des éclaireurs, il aurait prié pour tous à la fois ou ne les aurait pas envoyés.
Plus profondément, on peut penser que la prière pour Yochoua, marque de prophétie non consciente de la part de Moché, concernait l’entrée en Erets Israël, qui devait effectivement être réalisée par Yochoua. La conquête du pays était partie intégrante de sa mission. C’est la raison pour laquelle il eut besoin d’une force particulière afin de ne pas être victime des mauvaises influences.
Tel ne fut pas le cas des autres éclaireurs, pas même de Calev. (Moché, en effet, avait lui-même déjà prophétisé qu’il n’entrerait pas en Erets Israël. C’est la raison pour laquelle, dans la bénédiction de Moché à Yochoua, le Nom Divin employé est Youd-Hé. Le Nom Avaya souligne que la Lumière Divine descend jusque dans la parole et l’action, auxquels font allusion le Vav et le Hé. Pour supprimer une influence négative, qui peut découler de cette application à l’action, la force donnée doit venir de plus haut. C’est le sens du Nom Divin Youd-Hé, Nom évoquant la perfection qui ne peut connaître la descente dans Vav-Hé.
Pour ce qui est de Moché, il resta dans le désert avec toute sa génération et il transcenda l’élévation de la matière du monde.
(Nos Sages disent que “le visage de Moché était comme le soleil et celui de Yochoua comme la lune”. Moché ne pouvait donc connaître le voile. En revanche, Yochoua avait, pour y parvenir, besoin d’une force particulière. Bien plus, étant dans ce mode matériel, Moché reçut son nom parce que “je l’ai tiré des eaux”. A tout instant, apparaissait à l’évidence sa source, le monde caché.)
D’après ce qui vient d’être dit, on peut comprendre le comportement de Yochoua qui, à son tour, envoya des éclaireurs, tant est élevé le service de D.ieu basé sur “ton avis”.
7. On peut ajouter que “selon ton avis” est souligné également par la fin de notre Paracha, qui parle des Tsitsits. En effet, “le début est lié à la fin et la fin au début”.
(Avant même cela, il est dit “lorsque vous arriverez dans votre pays de résidence, vous apporterez des sacrifices consécutifs à un vœu ou des offrandes”. Il ne s’agit pas là d’une obligation. Lorsque quelqu’un aura l’idée et la volonté d’offrir ce sacrifice, “selon ton avis”, il pourra le faire.)
La Mitsva des Tsitsits présente une qualité que l’on ne retrouve pas dans les autres Commandements: elle conduit à les accomplir, ainsi qu’il est dit “vous les verrez, vous vous souviendrez de toutes les Mitsvot de D.ieu et vous les accomplirez”, “ainsi, vous vous souviendrez et vous accomplirez tous Mes Commandements”. Le verset fait donc dépendre toutes les Mitsvot de celle-ci.
(De façon plus précise, on retrouve même ici toutes les catégories de Mitsvot, comme l’établit le Sidour.)
On peut s’interroger. Il s’agit là d’une Mitsva qui rappelle toutes les autres Mitsvot. Malgré cela, un homme n’est pas tenu de s’acheter un Talit et de le porter. Il peut ne pas mettre de vêtement à quatre coins et, dès lors, n’a pas besoin d’avoir des Tsitsits.
(Le Rambam l’établit dans les Lois des Tsitsits, mais précise qu’il ne convient pas à un homme vertueux de se dispenser de l’accomplissement de cette Mitsva. On s’efforcera donc toujours de porter un habit à quatre coins, afin d’avoir des Tsitsits.)
En fait, on peut voir ici le signe que cette Mitsva, conduisant à l’accomplissement de toutes les autres, doit être le fruit de la réflexion personnelle de l’homme, “selon ton avis”. C’est la raison pour laquelle un homme n’est pas tenu de s’acheter un Talit et d’y placer des Tsitsits. Il doit le décider par sa propre initiative.
(Bien plus, lorsqu’il met le Talit, la Torah ne lui demande pas de contempler les Tsitsits, afin de se souvenir des Mitsvot. Il est simplement précisé que c’est là un bon comportement et qu’un homme doit l’adopter, “selon ton avis”, par sa propre réflexion. Il le fera au moment où il met le Talit et, selon le Choul’han Arou’h de l’Admour Hazaken, lors de la lecture du verset “et vous les verrez”. Or, les Tsitsits sont portés toute la journée afin de se souvenir à chaque instant des Mitsvot.)
Ce qui vient d’être dit peut être lié à l’étude du Rambam de la veille de ce Chabbat, qui portait sur la fin des Lois des substitutions qui sont la conclusion du livre des sacrifices: “Bien que les Lois de la Torah sont des Décrets, comme nous l’avons expliqué à la fin des Lois de Méïla, il convient de méditer à leur propos et “tout ce que tu pourras expliquer devra l’être”. Les premiers Sages dirent, en effet, que le roi Chlomo avait compris le sens de tous les Décrets de la Torah. Ainsi, tous les Préceptes de la Torah, et non uniquement les plus logiques, doivent être intériorisés par la logique de l’homme. On retrouve ici l’application du principe “selon ton avis”.
(Le Rambam souligne également une idée opposée, l’importance de ces Décrets de la Torah, qui ne peuvent être expliqués. L’homme ne doit pas considérer avec légèreté ce qu’il ne comprend pas, souligne le Rambam. Ces Mitsvot ne peuvent être remises en cause et c’est la raison pour laquelle la Torah leur accorda la préséance. De plus, le Rambam cite le roi Chlomo, afin de montrer qu’une telle compréhension logique exista de façon concrète, au moins chez une personne. De la même façon, il est dit à la fin de la Paracha des Tsitsits “Je suis l’Eternel votre D.ieu”. Ainsi, D.ieu peut être “votre force et votre vitalité”, s’introduire dans les forces profondes de l’homme, son intellect et ses sentiments.)
Servir D.ieu “selon ton avis” s’exprime non uniquement dans les Mitsvot de la Torah, perceptibles à l’intellect de l’homme et qui n’en sont pas moins des Préceptes Divins, mais aussi dans les domaines permis. C’est à leur propos qu’il est nécessaire de mettre en pratique “toutes tes actions seront pour le Nom de D.ieu” et “en toutes tes voies, connais-Le”. Ce sont là des Injonctions de la Torah et, bien plus, il faut aussi agir sur ces domaines permis, même si la Torah ne l’ordonne pas expressément. On accomplira tout cela “selon ton avis”, en y méditant par son propre intellect. Ainsi, on déterminera la meilleure manière d’élever ces domaines permis et d’agir concrètement de manière conforme au Dessein divin. Il en fut de même pour l’envoi des éclaireurs, qui devait permettre la conquête du pays en en élevant la matière, grâce aux travaux permis, labourage, culture. D.ieu ne donna pas d’instructions sur la manière d’agir. Il demanda cependant de le faire, “envoie pour toi, selon ton avis”.
(Ainsi, dit le verset, “les pas de l’homme sont préparés par D.ieu et Il agrée sa voie”. “Sa voie” désigne non seulement la Voie Divine mais aussi celle de l’homme, qui lui appartient de façon propre, dans les domaines permis. C’est là qu’il doit se comporter selon la Volonté de D.ieu. Alors ce Dessein divin sera intériorisé par l’homme, qui, naturellement, servira D.ieu et se conformera à Sa Volonté.)
Il en va de même pour la manière d’agir dans la mission consistant à diffuser les sources de la Hassidout à l’extérieur. L’ordre donné s’applique à la définition de cette mission. En revanche, les détails d’application, la façon d’agir doivent être découverts “selon ton avis”, par la réflexion.
8. D’après ce qui vient d’être dit, on peut comprendre le lien entre la Paracha de Chela’h, “envoie pour toi, selon ton avis” et le 28 Sivan, force de Sivan.
Le 28 du troisième mois insuffle la force à tous les domaines du service de D.ieu par la Torah et les Mitsvot. Il indique de quelle manière on doit l’accomplir et apporte à l’homme la force de Le servir “selon ton avis”. Ainsi, l’intellect et la volonté de l’homme seront conformes au désir de D.ieu. Bien plus, agir de la sorte souligne clairement l’élévation du libre arbitre. La force qui en découle est d’autant plus considérable, permettant à l’homme ce libre choix et lui donnant les moyens de le rendre positif.
(On peut définir ici deux niveaux de libre arbitre. D’une part, le choix concerne l’accomplissement des Commandements de la Torah. D’autre part, une force est ajoutée pour que l’homme puisse choisir judicieusement lorsqu’il agit “selon ton avis”. De la même façon, on trouve deux interprétations du verset “et maintenant que soit grandie la force de D.ieu”. D’une part, cette grandeur consiste à dévoiler la plus haute lumière dans la source de l’enchaînement des mondes. D’autre part, la grandeur permet également de s’élever au dessus de cet enchaînement des mondes.)
Or, servir D.ieu “selon ton avis” se marque essentiellement dans les domaines permis. En conséquence, la force pour tout cela se révèle à la fin de ce troisième mois, après le don de la Torah, lorsque s’opère la transition vers le quatrième mois, qui souligne l’importance de l’effort des hommes.
C’est tout ceci qui est souligné en ce 28 du mois, qui apporte une force supplémentaire pour le service de D.ieu dans tous les domaines permis. Celui-ci sera “selon ton avis”. Il y a bien là une descente par rapport à ce qui existait auparavant mais c’est de cette façon que l’on parviendra à faire résider D.ieu ici-bas et à dévoiler la perfection.
C’est là la différence qui existe entre le «trois» et le «quatre». Le «trois» est celui qui donne alors que le «quatre» reçoit, ainsi qu’il est dit “fais du bien au pauvre”, comme nous l’avons précédemment expliqué.
(Tout ceci est particulièrement souligné, cette année, puisque le 28 Sivan est un Chabbat, lié au don de la Torah. En effet, comme le disent nos Sages, “tous s’accordent pour dire que la Torah fut donnée un Chabbat”. En l’occurrence, c’est le troisième Chabbat après le don de la Torah. C’est la raison pour laquelle nous étudions le troisième chapitre d’Avot, qui souligne encore plus clairement le lien entre tout ceci et “la lumière triple donnée pendant le troisième mois”. Toutefois, le 28 Sivan précède le 29, qui est à la veille de Roch Hodech et s’appelle donc “petit Yom Kippour”. Il n’en est pas moins lié au mois suivant. On retrouve l’équivalent de tout cela entre Moché et Yochoua. Yochoua était moins élevé que Moché et il devait recevoir de lui. Malgré cela, c’est précisément Yochoua qui accomplit la Volonté de D.ieu et fit entrer le peuple d’Israël en Terre Sainte.)
Ceci peut être compris d’après l’explication de la Guemara selon laquelle “le 29 Sivan, Moché envoya les éclaireurs”. Il s’agit bien là du lendemain du 28 Sivan, lorsque fut donnée une force particulière pour agir “selon ton avis”. Tout de suite après cela pouvait intervenir l’envoi des éclaireurs et le début de la conquête d’Erets Israël.
9. Une explication plus profonde peut être ajoutée.
La force de Sivan concerne les domaines permis, dans lesquels le libre choix se ressent avec encore plus de force. Bien plus, même si la décision “selon ton avis” était négative, allait à l’encontre de la Volonté de D.ieu, la force serait donnée de modifier cet aspect malencontreux et de le transformer en bien.
(Tout ceci est lié à l’étude du Rambam de la veille de ce Chabbat, le début du livre de la pureté. Celui-ci commence par une citation du verset “suscite en moi, Eternel, un cœur pur et renouvelle, dans ma personne, un esprit juste”. Puis, il est question de Lois exposant le contraire de la pureté, puisqu’il s’agit de l’impureté de la mort. Le début de ce livre souligne ainsi l’idée de la transformation.)
C’est également le sens du verset “et maintenant que grandisse la force de l’Eternel”, figurant dans la prière de Moché pour obtenir le pardon, après la faute des éclaireurs. On retrouve ici l’idée de la Techouva, qui souligne encore plus clairement la nécessité de l’effort personnel résultant de son libre choix. Le libre arbitre a été accordé à chaque homme, qui peut transformer son cœur et changer sa nature pour le bien.
Pour cela, il faut avoir recours à la Techouva qui transcende la Torah et les Mitsvot, souligne clairement l’importance de l’effort personnel. Dès lors, même celui qui a transgressé la volonté de D.ieu a la force et le pouvoir de réparer, de transformer cet élément négatif en y introduisant un niveau dépassant la Torah, tout comme il est dit “tu aurais dû Me venir en aide”.
(Le Likouteï Torah montre le lien entre ce verset et la Techouva qui consiste à transformer l’obscurité en lumière. C’est ainsi que la Lumière Divine se révèle ici-bas dans toute sa force.)
Ainsi, “que soit grandie la force de D.ieu” est également lié au 28 Sivan, force du don de la Torah. C’est en effet lors du don de la Torah que fut accordée la force de la Techouva. “Lorsque Moché monta là-haut… il dit: et maintenant que soit grandie la force de D.ieu, comme Tu l’as dit en ces termes”. Tout ceci se dévoila concrètement, dans le monde, après l’envoi des explorateurs, au lendemain du 28 Sivan avec tous les événements qui en découlèrent. Puis, la réparation fut réalisée par la Techouva, comme l’indique ce verset.
(Dans le verset “comme Tu l’as dit en ces termes”, on peut aussi voir une allusion à l’introduction du don de la Torah, “et l’Eternel parla à tout Israël en ces termes”.)
La Techouva est soulignée également dans la Paracha que nous lisons aujourd’hui à Min’ha, celle de Kora’h. Nos Sages expliquent, en effet, que ses fils accédèrent à la Techouva et, du Guehénom, ils chantèrent une mélodie, un Cantique pour D.ieu, ainsi qu’il est dit “Chant, Cantique des fils de Kora’h, au chef des Chantres”. La Techouva la plus parfaite se réalise dans la joie. Elle peut donc s’accompagner d’un chant joyeux, indiquant la victoire. Dès lors, tous les éléments négatifs sont vaincus, annulés et transformés en bien.
(Rachi explique, à propos de Kora’h, que: “il n’est pas présenté comme le fils de Yaacov, car celui-ci sollicita la pitié, afin que son nom ne soit pas associé à cette dispute”. Malgré cela, Rachi cite le nom de Yaacov, bien que de façon négative, et il ajoute un Commandement positif en rappelant que, dans les Chroniques, le nom de Kora’h est effectivement associé à celui de Yaacov, ainsi qu’il est dit “fils d’Aviassaf, fils de Kora’h, fils de Yitshar, fils de Kéhat, fils de Levi, fils d’Israël”. Il est, en effet, souligné ici que Kora’h connut également la Techouva. Ceci montre l’importance de la coutume, reçue du Baal Chem Tov, qui consiste à dire chaque jour le Psaume correspondant au nombre de ses années.)
Puis, dans les trois jours suivants celui-ci, nous parviendrons à Roch Hodech Tamouz, dont le nom même évoque l’idée de transformation. En effet, Tamouz est le nom d’une idole. Malgré cela, les enfants d’Israël appellent ainsi ce mois et l’inscrivent sur tous les actes officiels, comme le veut la Torah.
Autre point, qui est essentiel également, la destruction et l’exil qui découlèrent aussi de la mission rejetée par les éclaireurs, lorsqu’ils revinrent, le 9 Av et que D.ieu fit de cette date “une lamentation pour toutes les générations”, ont pour but d’être annulés et transformés en bien. Pour y parvenir, la Techouva est nécessaire. Grâce à elle, “ils seront libérés de façon immédiate”. Le Rambam tranche que “tous ces jeûnes disparaîtront lorsque viendra le Machia’h. Bien plus, ils seront des jours de fête, de joie et d’allégresse”.
Nos Sages disent également que “pour celui qui répond Amen Yéhé Chémeh Rabba de toutes ses forces, on annule un décret accusateur de soixante dix ans”. Ceci fait allusion à la suppression du premier exil, celui de Babel, qui fit suite aux conseils des éclaireurs. Il dura, en effet, soixante dix ans et ceci concerne également ce dernier exil. En servant D.ieu de toutes ses forces, on peut le supprimer et mettre en évidence son aspect positif.
(En effet, le mot Amen a la même valeur numérique que les deux Noms Divins Avaya et Ado-Naï. En outre, la Guemara parlant de Honi, le traceur de cercles, dit: “Tout au long de sa vie, ce Tsaddik se lamentait à propos de ce verset: Cantique des degrés, lorsque D.ieu fit revenir la captivité de Tsion. Alors, nous étions comme des rêveurs. Rachi explique que l’exil de Babel, qui dura soixante dix ans, fut comparable à un rêve. C’est à ce propos que Honi s’interrogeait: “quelqu’un peut-il rêver pendant soixante dix ans? ”. Puis, ceci lui arriva. Il dormit lui-même pendant soixante dix ans et il en résulte que l’exil, qui symbolise le rêve, se trouve aussi en allusion dans ces soixante dix ans, qui ne sont pas seulement ceux de Babel, mais concernent bien tous les exils.)
10. A tout ce qui vient d’être dit, s’ajoute un point de plus, concernant notre génération.
A notre époque, il a été révélé que le mois de Tamouz est celui de la délivrance, celle de mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération, qui fut libéré de prison les 12 et 13 Tamouz. Notre génération est la dernière de l’exil et la première de la délivrance. Il est donc possible d’y ressentir ce que sera la libération future, la transformation du quatrième mois en joie et en allégresse. En effet, avant même le jeûne du 17 Tamouz, vient la libération du 12 Tamouz, grâce à laquelle le mois entier se transforme en délivrance.
Ce qui vient d’être dit peut être lié au 28 Sivan, force supplémentaire qui est introduite dans ce mois, non seulement pour accomplir la Volonté de D.ieu mais aussi pour élever la matière du monde, afin d’y bâtir pour Lui une résidence. Pour cela, il faut conquérir le pays, y envoyer des éclaireurs, “envoie pour toi, selon ton avis”. Tout ceci se passe essentiellement en Tamouz, après le 28 Sivan.
L’un des aspects dominants de la délivrance du 12 et 13 Tamouz fut la possibilité qui en résulta pour mon beau-père le Rabbi, chef de notre génération, de venir s’installer dans l’hémisphère inférieur. C’est alors que la diffusion de la Torah, du Judaïsme et de la Hassidout à l’extérieur put se répandre dans le monde entier. Bien plus, cette diffusion commença ainsi dans cet hémisphère, duquel il est dit que le don de la Torah n’y eut pas lieu. C’est donc bien là la partie la plus inférieure du monde. Malgré cela, la Torah et la Hassidout s’y dévoilent. Bien plus, la lumière qui en émane illumine le monde entier.
On peut considérer que l’aspect nouveau, introduit par la diffusion de la Torah et de la Hassidout dans cet hémisphère inférieur est lié au 28 Sivan qui apporta une force supplémentaire, non seulement dans les domaines du don de la Torah mais également en ce qui concerne les initiatives introduites “selon ton avis”. En l’occurrence, il s’agissait de diffuser la Torah et la Hassidout jusque dans cet hémisphère inférieur, là où le don de la Torah n’eut pas lieu.
Tout ceci se révéla le 28 Sivan, de nombreuses années plus tard. (C’est le 28 Sivan 5701 que le Rabbi Chlita et la Rabbanit furent sauvés de l’enfer européen et parvinrent aux Etats-Unis – N.D.T) C’est alors que fut introduite une impulsion nouvelle pour renforcer et diffuser la Torah, le Judaïsme et la Hassidout. Mon beau-père le Rabbi, chef de notre génération, en prit l’initiative en créant les institutions «Ma’hané Israël», «Kehot» et «Merkaz Leïnyaneï Hinou’h». L’activité de ces institutions se poursuivit pendant les dix dernières années que vécut mon beau-père le Rabbi, dans ce monde. Puis, après son décès, elles se développent et s’agrandissent de plus en plus, car il est encore plus présent que de son vivant.
Quarante ans se sont écoulés depuis son décès et “D.ieu vous a donné un cœur pour comprendre, des yeux pour voir et des oreilles pour entendre”. C’est à l’issue de ce laps de temps que l’on peut, comme le soulignent nos Sages, percevoir profondément l’enseignement de son maître.
(Ceci peut être comparé aux quarante ans que les Juifs passèrent dans le désert après la faute des éclaireurs. Tout de suite après cela, notre Paracha annonce, du reste, que les Juifs rentreront, de façon effective, dans le pays, ainsi qu’il est dit “lorsque vous parviendrez dans la Terre”. Tout de suite après ce délai, les Juifs furent prêts à entrer en Erets Israël, “tous vivants, aujourd’hui”. Nous en connaissons actuellement l’équivalent. Toutes les dates limites de la délivrance sont déjà passées et, en cette quarantième année, tous sont prêts à entrer dans le pays, avec la délivrance véritable et complète, par notre juste Machia’h.)
11. Il découle de tout ce qui vient d’être dit un enseignement pour l’action concrète, car “l’acte est essentiel”.
(Ceci est encore plus clairement souligné lorsqu’il s’agit de réparer la faute des éclaireurs, qui ne voulurent pas descendre du monde de la pensée ou de celui de la parole, dans le monde de l’action.)
C’est aujourd’hui le Chabbat Chela’h, qui est en outre le 28 Sivan. De nombreux Juifs ont décidé d’organiser une réunion hassidique en ce jour et d’y prendre de bonnes décisions dans toutes les actions contribuant à la diffusion de la Torah, du Judaïsme et de la Hassidout à l’extérieur. Ils ont vu les conséquences positives de ces réunions dans l’action concrète, pendant plus de trois ans, qui constituent donc un fait établi. Nous vivons les trois jours qui nous séparent encore du Roch Hodech du mois de la délivrance. Il convient donc de se renforcer et d’ajouter avec encore plus de force à l’accomplissement de la mission que mon beau-père le Rabbi, chef de notre génération, a confié à chacun en particulier. Il faut diffuser la Torah, le Judaïsme et la Hassidout à l’extérieur. Il faut se consacrer à cette mission de toute sa force et même au delà de ses forces. Il en va de même pour l’influence que l’on exercera sur l’autre, “lorsque tu élèveras les lumières”, “jusqu’à ce que la flamme s’élève d’elle-même”. Nous avons longuement expliqué, le précédent Chabbat, l’enseignement qui découle de ce verset et la flamme qui s’élèvera d’elle-même sera également “selon ton avis”.
Cette mission est d’actualité. Elle le fut déjà, à l’époque du Ari Zal, lorsque l’on annonça qu’ “il est permis et nécessaire de dévoiler cette Sagesse”. Combien plus est-ce le cas après que la diffusion de la Hassidout ait commencé de façon effective, avec la libération de l’Admour Hazaken, le 19 Kislev, puis avec celle de mon beau-père le Rabbi, chef de notre génération, les 12 et 13 Tamouz.
C’est alors que l’on reçut encore plus de force pour diffuser la Torah, le Judaïsme et la Hassidout à l’extérieur, jusque dans l’hémisphère inférieur. On ne peut retarder l’accomplissement de tout cela, même pour un temps très bref. Il faut s’y consacrer immédiatement et chaque Juif s’y emploiera par lui-même, ne cherchera pas à déléguer un émissaire pour le faire.
Ceci concerne plus spécifiquement ce qui est d’actualité pendant les mois de l’été. Il faut utiliser la période des vacances, qui est d’usage dans de nombreuses institutions éducatives. Les enfants sont alors libérés des études profanes. Dès lors, même si la direction de l’école n’impose pas la scolarité, chaque élève décidera de venir à l’école et d’y apprendre, “selon ton avis”. De plus, on enverra les petits garçons et les petites filles dans des colonies de vacances cachères, basées sur les valeurs sacrées. Là, pendant une certaine période, ils vivront, jour et nuit, sans interruption, dans une atmosphère de Torah et de Judaïsme. Grâce à cela, l’action pourra se poursuivre pendant les jours suivants.
12. Puisse D.ieu faire que nos actions et nos réalisations dans tous ces domaines hâtent et réalisent encore plus rapidement les promesses de la Paracha de cette semaine.
“Nous monterons et nous en hériterons”. Outre l’élévation qui marqua la sortie d’Egypte, les Juifs auront également celle de l’entrée en Erets Israël, lors de la délivrance future.
Alors, toutes les six cent treize Mitsvot, auxquelles les Tsitsits font allusion, seront accomplies de façon parfaite. (Ce sera également le cas pour les Mitsvot dépendant d’Erets Israël, comme la Halla et les sacrifices offerts dans le Temple.) Les Tsitsits évoquent, en outre, le verset “Il me prit par les franges (Tsitsits) de ma tête”, termes figurant dans la prophétie de Ye’hezkel. Celui-ci dit ensuite “et le vent me transporta… Il me conduisit à Jérusalem, selon les visions divines”. Il en sera ainsi pour chaque Juif, ainsi qu’il est dit “Je déverserai Mon esprit sur toute chair. Ainsi, vos fils et vos filles prophétiseront”, lors de la délivrance véritable et complète, par notre juste Machia’h, et “comme aux jours de ta sortie d’Egypte, Je te montrerai des merveilles”. Alors, il y eut quatre termes de délivrance, tout comme il y a quatre Tsitsits. Ces quatre termes de délivrance furent énoncés à propos de la sortie d’Egypte, “Je vous ferai sortir… Je vous sauverai… Je vous libérerai… Je vous prendrai”.
Tout ceci se réalisera de telle sorte que l’on puisse “Le désigner du doigt en disant: Le voici”, voici notre juste Machia’h. Les Tsitsits évoquent précisément ce que l’on peut voir et le Machia’h est en l’occurrence tout proche.
Ainsi, on pourra désigner du doigt et dire “voici, c’est notre D.ieu”, “Je suis l’Eternel votre D.ieu”, votre force et votre vitalité. Ceci sera perceptible pour chacun car “ton Maître ne se cachera plus et tes yeux verront ton Maître”. Dès lors, “l’honneur de D.ieu se dévoilera et toute chair ensemble verra”.
Puisse-t-il en être ainsi pour nous. En ce Chabbat 28 Sivan, force et conclusion du troisième mois, avant même le quatrième mois, celui de la délivrance, nous aurons la délivrance véritable et complète, par David, le roi oint, quatrième pied du Char céleste. Alors, “D.ieu ne nous retiendra pas même le temps d’un clin d’œil en exil” et la délivrance sera tout à fait immédiate.
Extrait des commentaires de Chabbat Parchat Kora’h 5749
1. Comme on le sait, la conséquence de l’emprisonnement et de la libération de mon beau-père, le Rabbi, le 12 Tamouz 5687, fut la possibilité, qu’on lui accorda, de quitter ce pays en 5688. Puis, quelques années plus tard, en 5700, il parvint aux Etats-Unis, dans l’hémisphère inférieur. C’est là qu’il fixa sa résidence et œuvra, pendant les dix dernières années de sa vie, dans ce monde, jusqu’en 5710.
Tous ces points, d’autant qu’ils concernent en l’occurrence le chef de la génération, sont réglés par la Divine Providence. En conséquence, son arrivée dans l’hémisphère inférieur n’avait pas uniquement pour but de le sauver du danger qu’il encourait dans les pays de l’hémisphère supérieur mais surtout d’accomplir le Dessein divin, selon lequel il devait vivre ses dernières années et réaliser son œuvre dans cet hémisphère inférieur.
(Certes, après la guerre, la majorité numérique et structurelle du peuple juif s’installa aux Etats-Unis. Mais, c’est également là un effet de la Divine Providence.)
On peut ici s’interroger. L’endroit où nos maîtres accomplirent leur mission, depuis le Baal Chem Tov et le Maguid et jusqu’à l’ensemble des maîtres de ‘Habad, fut dans “ce pays-là”, en Russie et plus précisément à Loubavitch. C’est de là que la lumière émana pour le monde entier, que les sources se répandirent vers l’extérieur. Pourquoi D.ieu fit-Il que précisément mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération, quitte ce pays, vienne aux Etats-Unis, y installe sa résidence et y agisse? Bien plus, on sait à quel point il évitait auparavant de quitter ce pays-là. Or, depuis son arrivée, son action fut planifiée, ses sources furent diffusées dans le monde entier, à partir de ce continent, y compris dans son pays d’origine.
(Mon beau-père, le Rabbi, écrit dans ses mémoires que “l’histoire de ‘Habad est intimement liée à Loubavitch. ‘Habad et Loubavitch sont devenus les deux parties d’un seul et même nom.”)
La question est encore plus forte si l’on rappelle le proverbe selon lequel “la Torah ne fut pas donnée dans l’hémisphère inférieur mais chez nous, dans l’hémisphère supérieur”. (Cette expression figure dans une lettre de mon beau-père, le Rabbi, et le Rachab l’emploie également.) Pourquoi D.ieu réalisa-t-Il une descente aussi considérable, au point de le déraciner de son lieu de résidence qui se trouvait dans l’hémisphère supérieur et de le fixer dans l’hémisphère inférieur? Mon beau-père, le Rabbi, dit lui-même que “Loubavitch connut dix exils”, le dernier et le plus âpre étant son arrivée en Amérique. Pourquoi ne pas avoir choisi un autre endroit de l’hémisphère supérieur?
2. Nous comprendrons tout cela en expliquant le lien entre la délivrance du 12-13 Tamouz et ce mois. Bien plus, de nombreux Juifs ont pris la coutume d’appeler «Tamouz» dans son ensemble, le mois de la délivrance.
Nous avons déjà expliqué plusieurs fois que le contenu de «Tamouz», dont nous vivons le premier Chabbat, figure en allusion dans son nom, tel qu’il est énoncé dans la Loi Ecrite, “le quatrième mois”. Il est en effet, le quatrième après Nissan.
(Et c’est en ce Chabbat que reçoivent leur élévation tous les jours de la semaine venant de s’écouler, y compris les deux jours de Roch ‘Hodech Tamouz, qui englobent en eux la totalité de ce mois. Du reste, lorsque Roch ‘Hodech dure deux jours, tout ce qui le concerne reçoit encore plus de force et le service de D.ieu est alors “double pour la sagesse”.)
Le quatrième mois fait suite au troisième, celui de Sivan, lorsque la Torah fut donnée, “une lumière triple en un mois triple”. Une différence fondamentale les sépare. Le don de la Torah, pendant le troisième mois, fut une révélation accordée par D.ieu aux enfants d’Israël. Il apparut du haut des cieux afin de guider chaque Juif, de lui indiquer de quelle manière il devait se comporter dans son existence quotidienne. A l’opposé, le quatrième mois souligne l’effort nécessaire pour recevoir la Torah. Il implique un travail de la part des Juifs, par leur force propre. C’est ainsi que l’homme peut recevoir la révélation, dans le monde, en accomplissant la Torah et les Mitsvot de façon effective, en fonction des instructions précédemment reçues, lors du don de la Torah.
Cette différence apparaît également dans le nom de ces mois, le troisième et le quatrième. La Guemara souligne que les lettres «Guimel» et «Dalet», dont la valeur numérique est trois et quatre, sont les initiales de “Guemol Dalim”, “fais du bien aux pauvres”. Ainsi, le «Guimel» fait allusion à l’influence donnée d’en haut et le «Dalet» à celui qui la reçoit. De la même façon, le chiffre «trois» correspond à un dévoilement céleste. Lorsque ce niveau est reçu ici-bas, il correspond au chiffre «quatre». Ce schéma décrit tout l’enchaînement des mondes, les trois mondes supérieurs d’Atsilout, Brya et Yetsira, puis le quatrième monde d’Assya, celui qui reçoit.
Telle est également la différence entre le troisième et le quatrième mois. Le don de la Torah du troisième mois est un cadeau céleste. Le quatrième mois, en revanche, présente le Juif comme un “pauvre”, recevant l’influence du troisième mois, conformément aux enseignements de la Torah.
(De plus, le chapitre d’Avot étudié ce Chabbat est le quatrième. Il commence par quatre qualificatifs, sage, vigoureux, riche et honoré. Ces quatre termes correspondent aux quatre mondes, Atsilout, Brya, Yetsira, Assya, ainsi qu’aux quatre lettres du Nom Divin «Avaya».)
Certes, l’effort des Juifs dans le monde pendant ce quatrième mois constitue une descente par rapport au dévoilement d’en haut du troisième mois. Malgré cela, la perfection du don d’en haut se manifeste précisément ici-bas, lorsqu’elle s’introduit en celui qui la reçoit. Plus encore, c’est grâce à cette descente dans le monde, que se réalise, de la façon la plus parfaite, la finalité de la création, le désir divin de résider au sein de la matière. Dès lors, le don de la Torah est parfait car celle-ci peut être intériorisée par l’homme, puis par le monde entier.
Il en va de même dans les mondes. Celui d’Assya est le plus bas et il est séparé de tous les autres. Malgré cela, la perfection des mondes supérieurs se révèle précisément en lui, bien qu’il soit le plus matériel et le plus bas. C’est précisément là que D.ieu souhaita résider.
3. Le contenu de ce troisième mois, l’effort réalisé dans le monde, est plus précisément souligné par le jour dont il est fait mention dans la Loi Ecrite, “le jeûne du quatrième mois”, celui du 17 Tamouz. Sa portée est générale et c’est la raison pour laquelle il porte ce nom, “jeûne du quatrième mois”.
Cinq événements malencontreux se produisirent à cette date et c’est la raison pour laquelle il est nécessaire de jeûner. Tout d’abord, les Tables de la Loi furent brisées, quarante jours après le don de la Torah. Plus tard, la muraille de Jérusalem se fendit, lors du siège de la ville. C’est ainsi que commença la destruction du Temple et l’exil qui nous conduisit à la présente situation, après la destruction du second Temple. La descente au sein de la matière est donc particulièrement évidente, en ce quatrième mois.
Ainsi, outre la descente intrinsèque qu’impose ce quatrième mois par rapport au troisième, l’introduction dans le monde matériel est soulignée par ce jeûne du quatrième mois, descente faisant suite à une descente, jusqu’à cet exil, le plus bas qui soit.
La finalité ultime de tout cela est la mise en évidence de l’effort d’un Juif, réalisé au sein de la matière, qui peut supprimer les causes d’une telle descente et donc le jeûne qui en résulta. Pour cela, il faut intensifier son service de D.ieu basé sur la Torah et les Mitsvot, qui furent données en ce troisième mois. Il faut affaiblir puis supprimer complètement nos fautes, qui conduisirent à l’exil. Il est donc nécessaire de renforcer le sentiment d’Ahavat Israël, un amour du prochain sans contrepartie, qui fera disparaître l’exil et le jeûne.
Bien plus, dès lors, “ces jours se transformeront en joie, en allégresse et en fête”. Tel est précisément le but des jeûnes, qui doivent apporter encore plus de bien. C’est là leur contenu profond. Ils permettent d’exprimer le grand amour que D.ieu éprouve pour les Juifs, comme un roi grand et redoutable qui laverait lui-même la souillure de son fils unique, parce qu’il éprouve pour lui un immense amour. Tout ceci se révélera très bientôt et de nos jours. Ce jeûne deviendra, de façon effective, un jour de joie, d’allégresse et de fête.
(Il en va de même pour le nom du mois de Tamouz, qui est celui d’une idole. Par leurs efforts, les enfants d’Israël le transforment. Dès lors, il devient un mois du calendrier juif, reconnu comme tel par la Hala’ha. Ainsi, il révèle la supériorité de la lumière qui fait suite à l’obscurité et c’est précisément en Tamouz que la chaleur est considérable. Alors, éclaire “le soleil de D.ieu”. C’est en ce mois que se révèle, de la plus haute façon, le Nom Divin «Avaya».
Ainsi, le jeûne du quatrième mois constitue, au sens le plus simple, une descente vertigineuse. Malgré cela, il provoque l’ajout dans le service de D.ieu d’un Juif. En effet, lorsque la Torah et les Mitsvot, données le troisième mois, sont attirées ici-bas, il est possible de supprimer et de transformer nos fautes dans tous les domaines négatifs. Le don de la Torah du troisième mois se révèle, dès lors, dans toute sa perfection. Celle-ci est reçue ici-bas, d’une façon beaucoup plus profonde. Le jeûne peut ainsi se transformer en joie, en allégresse et en fête. Le bien qui en résultera sera beaucoup plus considérable que celui du troisième mois.
(C’est précisément le 17 Tamouz, quarante jours après le don de la Torah, que Moché descendit de la montagne, avec les Tables de la Loi. En effet, c’est en ce quatrième mois que la Torah doit être reçue par l’effort de l’homme. Ces quarante jours, pendant lesquels Moché étudia la Torah par la force de son intellect, préparèrent ce dévoilement ici-bas. D.ieu, de Son point de vue, donna, lors du don de la Torah, la totalité de ces enseignements. Telle est la perfection qui caractérise le troisième mois. Mais il y eut le veau d’or, les Tables de la Loi furent brisées et ce jour devint un jeûne. En effet, le dévoilement d’en haut, pendant le troisième mois, laissait la place à une telle cassure. C’est précisément l’effort de l’homme, après la Techouva de ceux qui devaient recevoir la Torah, qui permit aux dernières Tables de la Loi de se maintenir. Celles-ci seront éternelles.)
4. L’élévation de ce quatrième mois s’est dévoilée de façon encore plus précise, en ces dernières générations, grâce à la libération de mon beau-père, le Rabbi, les 12 et 13 Tamouz, après la première étape que fut le 3 Tamouz.
(Les 12 et 13 Tamouz reçoivent leur bénédiction de ce Chabbat, au même titre que tous les jours de la semaine qui vient. Le 3 Tamouz, par ailleurs, parvient à la perfection, en ce Chabbat, d’autant qu’il était cette année un jeudi, jour qui permet de préparer le Chabbat. Grâce à cette libération, le mois entier fut transformé. Non seulement, le Rabbi quitta sa prison, mais, bien plus, il connut un avancement et, un peu plus tard, la suite des événements révéla que la finalité de tout cela était l’élévation qui devait en découler.)
La libération et le sacrifice que le Rabbi, dont nous célébrons la délivrance, fit de lui-même, au point d’être emprisonné, donna les moyens à chaque Juif, recevant la Torah et les Mitsvot, de les accomplir plus facilement. La libération apporta à chacun la détermination pour tout ce qui concerne la Torah et les Mitsvot. Dès lors, il devient possible de les accomplir dans le monde, sans affronter aucun obstacle.
(Ceci est vrai même au niveau le plus bas, dans le pays qu’il quitta, comme l’explique le Rabbi dans la lettre qu’il écrivit à propos de la première célébration de sa libération: “ce jour-là, il fut établi, de façon évidente, pour tous, que l’œuvre importante que j’avais réalisée afin de diffuser la Torah et de renforcer la foi était autorisée par la législation du pays”. En revanche, le dévoilement d’en haut qui a lieu pendant le troisième mois laisse la place au voile et à l’emprisonnement. Bien plus, celui-ci commença le 15 Sivan, jour de la pleine lune de ce mois.)
Le Rabbi, dont nous célébrons la libération, écrivit que “ce n’est pas seulement moi que D.ieu libéra, le 12 Tamouz, mais tous ceux qui chérissent notre Sainte Torah, qui respectent la Mitsva et même ceux pour qui Israël n’est qu’un surnom”. On retrouve ici toutes les catégories du peuple juif.
(De plus, cette libération fut un miracle qui, en l’occurrence, ne concerna pas un seul individu, à titre personnel, mais survint au chef de la génération. Or, disent nos Sages, “le chef est tout”. Il peut donc en résulter une élévation pour tous les Juifs de cette génération. Outre les miracles qui se révèlent dans le comportement d’un Juif, en particulier pendant le temps de l’exil, chacun atteint une hauteur supplémentaire grâce à la libération du 12 et 13 Tamouz.)
Tout d’abord, la libération facilita la tâche des Juifs. Au sens le plus simple, il fut plus aisé de diffuser la Torah et de renforcer la foi. On peut constater concrètement qu’après la libération du Rabbi, son œuvre se renforça et s’élargit, atteignant une dimension qu’elle ne possédait en aucune façon auparavant. La Torah fut diffusée, le Judaïsme et les sources de la Hassidout furent répandus dans le monde entier. Et cette action se poursuit, de sorte que l’on ajoute et l’on avance.
Bien plus, la génération du Rabbi, dont nous célébrons la libération, est la dernière de l’exil et la première de la délivrance. Sa libération fut donc la dernière étape préparant la délivrance véritable et complète. Car, toutes les libérations sont liées à la venue du Machia’h. Combien plus est-ce le cas lorsqu’il s’agit de celle d’un chef du peuple juif, qui s’employa à diffuser la Torah, à répandre le Judaïsme et la Hassidout, permettant de hâter la délivrance.
De façon générale, dans cette génération et plus particulièrement après cette libération, on commence à “goûter” la délivrance future. On peut ressentir la profondeur de la chute et le jeûne du quatrième mois conduit à une élévation considérable, préfigurant le dévoilement du monde futur, lorsque ce jeûne sera joie et allégresse. C’est la raison pour laquelle, juste avant le 17 Tamouz, vient la fête de la délivrance qui transforme ce mois en un mois de libération.
5. En fonction de ce qui vient d’être dit, on peut comprendre pour quelle raison D.ieu conduisit le Rabbi, dont nous célébrons la libération, dans l’hémisphère inférieur afin d’y poursuivre son œuvre. Tout comme le quatrième introduit une dimension de plus par rapport au troisième, le lieu doit également être élevé. On sait en effet que le temps et l’espace sont liés. Ceci fut établi lors du don de la Torah, car les Juifs introduisirent leur propre effort lorsqu’ils s’éloignèrent du troisième mois et du lieu de ce don, le mont Sinaï. En revanche, tant qu’ils étaient à proximité de cet endroit, ils demeuraient sous son influence, “comme un seul homme, avec un seul cœur”.
On retrouve une telle distinction chez le Rabbi, dont nous célébrons la délivrance. A la suite de son emprisonnement et de sa libération, il parvint, après quelques étapes, en cet hémisphère inférieur, là où le don de la Torah n’eut pas lieu. Les épreuves imposées par l’exil d’Amérique étaient considérables et, pendant de nombreuses années, les Juifs admettaient qu’“en Amérique, c’est différent”. Il arriva donc sur ce continent pour en faire un lieu de Torah, pour y apporter le don de la Torah, comme celle-ci le demande elle-même. En effet, tout ce que les Juifs éprouvèrent lors du don de la Torah peut encore être ressenti pendant l’étude. C’est ainsi que le don de la Torah du troisième mois fut parfait et qu’il pénétra jusque dans l’hémisphère inférieur. Son influence fut perçue au plus bas et reçue par les hommes, de sorte que ce continent devint un lieu de Torah.
Ainsi, la venue de mon beau-père, le Rabbi, dans cet hémisphère inférieur était un exil à l’intérieur de l’exil, faisant suite à tous les autres exils connus par Loubavitch, de Loubavitch à Rostov, de Rostov à Petersbourg, de Petersbourg en Lettonie, de Lettonie en Pologne et ainsi de suite jusqu’en Amérique. On comprend à quel point l’exil était intense et qu’il en résultait des difficultés considérables pour le service de D.ieu, y compris lorsqu’il s’agissait de mettre en pratique la mission confiée par mon beau-père, le Rabbi, chef du peuple juif. Malgré cela, c’est précisément ici que la Torah fut apportée et révélée jusqu’au point le plus bas, afin de bâtir pour D.ieu une demeure en ce monde.
La raison de tout cela est la suivante. Lorsque l’on s’approche de la délivrance future, il est nécessaire d’élever la matière, afin qu’elle soit apte à ce que la Divinité y réside. Tout ceci se révélera de façon parfaite, avec la venue du Machia’h.
C’est ainsi que, dans l’histoire du peuple juif, tous résidaient d’abord dans un endroit unique, en Erets Israël, puis la Torah et les Mitsvot se diffusèrent dans le monde entier. (Adam, le premier homme et le roi Chlomo diffusèrent cette lumière dans le monde entier, permettant aux parcelles de Divinité qui se trouvaient dans la matière d’être attirées par la grande torche qui était ainsi allumée.) Il y eut ensuite l’exil de Babel et surtout celui d’Edom. Dès lors, les Juifs se dispersèrent, chacun se rendant dans un autre pays. D’une génération à l’autre, cette dispersion se poursuit afin d’élever chaque endroit du monde. Néanmoins, tout ceci se limitait encore à l’hémisphère supérieur. Puis, l’on se rapprocha de la délivrance et de grandes communautés juives s’installèrent dans l’hémisphère inférieur. Alors, le Rabbi, dont nous célébrons la délivrance, y arriva également, afin d’élever la matière de ce continent, de sorte que le don de la Torah puisse se révéler dans toute sa perfection.
6. Bien plus, non seulement la perfection de l’influence du troisième mois peut apparaître dans le quatrième, dans l’hémisphère inférieur, de sorte qu’elle soit intériorisée par celui qui la reçoit, mais, plus encore, grâce à l’effort ainsi réalisé, celui qui accorde l’influence reçoit lui-même quelque chose de plus et le don de la Torah, tel qu’il eut lieu lors du troisième mois, prend un aspect nouveau.
Il en va de même dans l’ensemble des mondes. Non seulement l’influence divine qui s’y trouve peut se révéler jusque dans Assya, le monde le plus bas qui soit, mais bien plus, c’est ainsi que tous les mondes supérieurs reçoivent une élévation considérable qu’ils ne pourraient, en aucune façon, obtenir autrement.
Ainsi, on parvient à la perfection du dévoilement, qui sera effective dans le monde futur. Alors, “l’élément féminin dominera l’élément masculin” et c’est précisément ici-bas que sera bâtie une demeure pour l’Essence de D.ieu.
7. Ce qui vient d’être dit concerne également le choix du domicile du Rabbi, dont nous célébrons la délivrance, dans cet hémisphère inférieur.
De façon générale, il convient de bâtir pour D.ieu une demeure ici-bas. Dès lors, l’élévation se révèle dans tous les mondes supérieurs et dans ce monde matériel. La perfection peut ainsi apparaître jusque dans l’hémisphère inférieur.
Notre génération, celle du Rabbi, dont nous célébrons la délivrance, connaît maintenant la fin de l’exil. Nous approchons de la délivrance, que chacun peut désormais goûter. C’est la raison pour laquelle D.ieu fit que le Rabbi, dont nous célébrons la délivrance, quitte le lieu où résidaient ses ancêtres, afin de parvenir en cet hémisphère inférieur. C’est là qu’il fixa son domicile et réalisa son œuvre, pendant les dix dernières années qu’il vécut dans ce monde. (C’est ainsi qu’il apporta la perfection à tout ce qu’il accomplit pendant son existence et son décès, dans cet hémisphère inférieur permit de dévoiler toute l’action et l’enseignement qui caractérisa sa vie, de sorte “qu’il réalise des merveilles jusqu’au fin fond de la terre”, jusque dans les niveaux les plus bas. C’est précisément dans cet hémisphère inférieur, qu’à partir de l’année 5700 et jusqu’à la fin de l’exil, se trouve la source de la Hassidout. A partir de ce lieu, se fait sa diffusion à l’extérieur, dans le monde entier, y compris dans l’hémisphère supérieur. Un tel processus est l’inverse de celui qui avait été adopté par nos maîtres qui influençaient le monde à partir de l’hémisphère supérieur.
On peut constater concrètement, et chacun peut le désigner du doigt, que la venue du Rabbi, dont nous célébrons la délivrance, en cet hémisphère, fut un exil considérable par rapport à sa résidence à Loubavitch.
Néanmoins, c’est précisément grâce à cette venue et à son installation en ce lieu que son œuvre put atteindre une dimension sans aucune commune mesure avec celle qu’elle était auparavant. L’œuvre de Loubavitch, la diffusion du Judaïsme et des sources à l’extérieur et en particulier celle d’Ahavat Israël et de l’unité du peuple juif, connut une période nouvelle par rapport à ce qu’avait été la façon d’agir de nos précédents maîtres dans l’hémisphère supérieur et plus précisément dans la ville de Loubavitch. (Certes, nous ne pouvons mesurer la grandeur des œuvres réalisées par nos maîtres, surtout dans un domaine aussi essentiel que la diffusion d’Ahavat Israël et de la Hassidout à l’extérieur. Malgré cela, l’apport de mon beau-père, le Rabbi, en cet hémisphère inférieur est perceptible aux yeux de chacun. Il se révèle dans l’action concrète qui est essentielle.
Du reste, le Rabbi écrit dans ses mémoires que “Loubavitch est construite sur l’amour. Loubavitch est le canal diffusant l’amour et l’amitié hassidiques”.)
Ainsi, c’est précisément à partir de cet hémisphère inférieur que les sources se répandent à l’extérieur, dans le monde entier, y compris dans l’hémisphère supérieur, ainsi qu’il est dit “et tu te répandras à l’est, à l’ouest, au nord et au sud”. (Les Hassidim expliquent, et mon beau-père, le Rabbi accepta cette précision, que “Paratsta”, «tu te répandras» a pour valeur numérique 770, adresse de ce bâtiment, synagogue, maison d’étude et lieu d’habitation de mon beau-père, le Rabbi. C’est précisément ici qu’il résida, en cet hémisphère inférieur.
De plus, 770 est un multiple de sept qui fait allusion aux sept branches du Chandelier, diffusant sa lumière dans le monde entier. Ceci fait allusion à “la bougie de D.ieu (qui) est l’âme de l’homme”, de chaque Juif, appartenant à l’une de ces sept catégories. Ainsi, est réalisée Ahavat Israël et l’unité du peuple juif dans le monde entier, dans lequel on retrouve également ces sept catégories.) La largesse ainsi obtenue fut bien plus grande que celle que l’on connaissait auparavant.
A partir de 5700, le Rabbi, dont nous célébrons la délivrance, arriva ici, puis, pendant dix ans, jusqu’en 5710, il réalisa son œuvre et celle-ci se poursuit encore, de sorte que l’on ajoute, on avance et l’on éclaire, par l’intermédiaire de ses disciples et de ses émissaires. Bien plus, c’est d’ores et déjà la quarantième année après 5710 et “D.ieu vous a donné un cœur pour comprendre, des yeux pour voir et des oreilles pour entendre”. Dès lors, un disciple peut percevoir de plus en plus profondément l’enseignement de son maître.
8. Ce qui vient d’être dit peut être lié à notre Paracha, car les fêtes de l’année ont un rapport avec la Paracha qui est alors lue. Cette semaine, nous lisons celle de Kora’h et la Hassidout explique, de la façon suivante, l’objection de Kora’h, “toute l’assemblée est sainte et D.ieu y réside. Pourquoi donc voulez-vous vous élever au-dessus de l’assemblée de D.ieu?”. D’une certaine façon, l’affirmation de Kora’h était exacte. Il sut mesurer l’élévation de l’homme qui se trouve ici-bas et reçoit, même par rapport à celui qui donne, l’importance du chiffre «quatre», comparé au chiffre «trois». Il perçut que D.ieu désirait résider ici-bas, mais son erreur fut la suivante. Il ne comprit pas qu’une telle élévation ne se marquerait que dans le monde futur, après l’effort réalisé ici-bas par les hommes. Pour cela, celui qui reçoit la Torah se doit, tout d’abord, d’élever la matière.
Telle est l’explication profonde du premier commentaire de Rachi, dans notre Paracha: “cette Paracha est bien expliquée dans le Midrach de Rabbi Tan’houma”. Le Midrach révèle donc l’aspect positif de la Paracha de Kora’h à la différence du Pchat, du sens simple, selon lequel l’action de Kora’h n’est en aucune façon positive.
Le Midrach, à l’opposé, montre que Kora’h perçut ce qui se adviendrait lors de la délivrance future. C’est alors qu’aurait lieu la consolation, Ne’hama, qui est de la même étymologie que Tan’houma.
(Le Midrach renferme également des commentaires basés sur le Pchat. C’est la raison pour laquelle Rachi le cite souvent. Ici, par contre, Rachi précise qu’il s’agit bien d’un Midrach.)
En d’autres termes, cette Paracha, telle qu’elle se trouve dans le Midrach de Rabbi Tan’houma, fait allusion à la délivrance future. Dès lors, elle est positive et elle apporte la perfection du bien. Au sens simple, par contre, elle décrit ce qui se passe dans ce monde, quand l’action est encore nécessaire, car la perfection du monde futur n’est pas atteinte. Pour l’obtenir, la matière doit tout d’abord être élevée.
Toutefois, on peut obtenir, pendant le temps de l’exil, un avant-goût du service de D.ieu du monde futur. Ce fut le cas pour le Rabbi, dont nous célébrons la délivrance, qui, après l’œuvre considérable réalisée par nos maîtres dans l’hémisphère supérieur, put servir D.ieu du bas vers le haut et influencer cet hémisphère supérieur à partir de l’hémisphère inférieur, comme nous l’avons montré.
9. De façon générale, le service de D.ieu inscrit dans le temps doit être organisé tout d’abord du haut vers le bas, puis du bas vers le haut. Il en va de même pour l’effort qui est réalisé ici-bas, dans le monde. Pour mener à bien cette mission, des instructions doivent être données par le Cohen, mon beau-père, le Rabbi, qui influence chaque Juif et lui enseigne la façon de diffuser le Judaïsme et la Hassidout à l’extérieur, jusque dans l’hémisphère inférieur.
Par ailleurs, le contenu général de cette Paracha apporte également ce même enseignement, puisqu’il y est question de la remise en cause de la prêtrise par Kora’h et son assemblée. Du fait de la chute qui en découla, une élévation considérable fut obtenue, grâce aux miracles qui furent alors réalisés. Ainsi, “le bâton d’Aharon fleurit” et fut “conservé comme signe”, établissant de manière indubitable, le choix que D.ieu fit d’Aharon. Ensuite, la Paracha définit les vingt quatre offrandes faites au Cohen de manière éternelle et établissant ainsi leur prêtrise, après que celle-ci ait été contestée par Kora’h.
Il en fut de même pour la libération du 12 et 13 Tamouz. L’emprisonnement fut une contestation et la libération apporta la certitude que son œuvre de diffusion de la Torah et de la foi avait scellé “une alliance de paix”, beaucoup plus solide que ce qui avait pu être fait auparavant. Tout ceci se révéla à l’évidence, lors de son arrivée en cet hémisphère inférieur et se marqua plus particulièrement par Ahavat Israël et l’unité du peuple juif.
C’est dans ce domaine qu’intervient le rôle du Cohen, homme de bonté, ainsi qu’il est dit “sois un disciple d’Aharon, aime la paix et recherche la paix, aime les créatures et rapproche-les de la Torah”. Plus précisément, la remise en cause de la prêtrise d’Aharon par Kora’h avait surtout pour but de contester l’influence exercée par Aharon sur les Juifs. En effet, la Hassidout explique que par l’intermédiaire des sept lumières du Chandelier, Aharon pouvait élever tous les Juifs vers son niveau. Kora’h s’exclama: “Pourquoi vous élevez-vous au dessus de l’assemblée de D.ieu?”. Ainsi, les Cohanim sont élevés au-dessus des contingences du monde et cette même élévation se retrouve chez tous les Juifs qui, au même titre que les Cohanim, peuvent s’élever au-dessus de la matière.
Bien plus, ils peuvent transformer les objets matériels en réceptacle de la Divinité. Telle est même la mission qui leur est confiée, réaliser pour D.ieu une demeure ici-bas. Kora’h se demanda donc pour quelles raisons les Cohanim devaient s’élever au-dessus de tous les autres Juifs.
Il commit cependant une erreur. Certes, une différence existe entre le Cohen Gadol et les autres Juifs, mais celui-ci doit exercer son influence sur eux. Lorsqu’il parvient à la perfection de cette manière d’agir, l’élévation de celui qui reçoit est établie et celle-ci se révélera, de façon parfaite, dans le monde futur.
De plus, la Torah explique que “le bâton d’Aharon fleurit”. Chaque chef de tribu apporta un bâton et Aharon déposa également le sien, afin que soit établie sa prêtrise. Mais, le verset précise que “le bâton d’Aharon était à l’intérieur de leurs bâtons”. Ainsi, tous les Juifs, pouvaient avoir conscience de la qualité d’Aharon car il était “à l’intérieur de leurs bâtons”, lié à eux. C’est ainsi que peut se réaliser “Je résiderai parmi vous”, à l’intérieur de chacun.
On peut ainsi comprendre la suite de ces versets. Lorsque les Juifs virent que le bâton d’Aharon avait fleuri, chacun prit son propre bâton et l’emporta. En apparence, de quelle utilité leur était-il? En fait, après l’action du bâton d’Aharon dans tous les autres bâtons, chaque tribu pouvait recevoir de lui, en fonction de la mission spécifique qui lui était confiée. C’est la raison pour laquelle chaque chef de tribu reprit son propre bâton.
10. Il découle de tout ceci un enseignement pour chacun. La mission à réaliser dans l’hémisphère inférieur fut une dimension nouvelle introduite par le Rabbi, dont nous célébrons la libération, par rapport aux maîtres qui le précédèrent. Il la confia cependant à tous les Juifs de la génération. Etant son chef, il en est le plus élevé et se trouve donc “à l’intérieur de leurs bâtons”, à l’intérieur de chacun, de sorte que tout Juif puisse emporter chez lui son bâton et se consacrer à la mission spécifique qui lui est confiée.
Chacun, en cette génération, reçoit la force du chef, mon beau-père, le Rabbi, pour diffuser le Judaïsme et la Hassidout à l’extérieur, de la façon la plus forte et la plus large. Il en est ainsi jusque dans l’hémisphère inférieur et bien plus, celui-ci influence le monde entier y compris l’hémisphère supérieur.
11. Il est de coutume de lier toute idée à l’action concrète. En l’occurrence, nous sommes dans la quarantième année après 5710, la cinquantième après 5700, lorsque mon beau-père, le Rabbi, arriva en cet hémisphère inférieur. Il est donc judicieux de lier cette célébration à une action. Bien plus, celle-ci soulignera l’aspect nouveau que le Rabbi introduisit dans cet hémisphère inférieur.
Le service de D.ieu d’un Juif comprend deux catégories. Certains domaines sont particulièrement élevés et comparables à l’hémisphère supérieur. Il s’agit de l’étude de la Torah et de la pratique des Mitsvot. D’autres domaines sont plus bas et comparables à l’hémisphère inférieur. C’est l’action basée sur les principes “toutes tes actions seront pour le nom de D.ieu” et “en toutes tes voies reconnais-Le”.
Les besoins de l’homme s’inscrivent dans trois catégories, nourriture, habillement et maison. Or, cette dernière est la plus fixe qui se trouve dans l’existence de l’homme, tout comme le Rabbi précédent vint s’installer dans l’hémisphère inférieur. La finalité d’une maison doit être le service de D.ieu. Elle doit devenir un Sanctuaire et une résidence pour Lui, de sorte qu’Il puisse dire “Je résiderai parmi eux”.
C’est l’une des raisons pour laquelle cette année a été désignée comme celle de la construction. Il convient donc de bâtir des édifices nouveaux, en tout endroit, maisons de Torah, de prière et de Tsédaka. On bâtira également des maisons particulières, constructions nouvelles ou ajout d’une nouvelle pièce. Tout au moins, on fixera qu’une partie de la maison soit consacrée à la Torah et aux Mitsvot. Chacun peut le faire, homme, femme ou enfant, en y plaçant un Houmach, un livre de prières ou une boîte de Tsédaka. Grâce à cela, la chambre deviendra un lieu de Torah, de prière et de Tsédaka.
Une proposition est donc faite, liée à ce mois de la délivrance, pendant lequel le Rabbi, dont nous célébrons la délivrance, arriva en cet hémisphère inférieur et y fixa son lieu de résidence. Chacun, homme, femme ou enfant, ajoutera encore plus aux domaines précédemment décrits, durant l’année de la construction, qui sera marquée par l’une des façons précédemment décrites.
Le chef de notre génération, dont le bâton figure à l’intérieur de tous les autres bâtons, participera à cela par une somme de cent dollars. (On connaît en effet l’élévation des cent bénédictions quotidiennes qui représentent la totalité des bénédictions possibles.) Dans d’autres pays, on donnera la contre-valeur de cette somme. Cette contribution sera accordée à tous ceux qui feront savoir qu’ils construisent des édifices et des institutions de Torah et d’éducation ou même des maisons particulières, y compris s’il s’agit uniquement d’y rajouter une pièce, à condition que cette nouvelle maison, cette nouvelle pièce, soient, de façon évidente, un lieu de Torah, de prière et de Tsédaka.
Pour le bon ordre, on fera savoir cela par lettre séparée, sans mentionner d’autres points, même les plus positifs. On notera sur l’enveloppe le mot «Binyan», construction, ou bien la lettre «Beth» qui est son initiale, de sorte que l’on puisse déterminer de quoi il s’agit.
En outre, une partie de cette somme sera consacrée à la Tsédaka et le reste sera une participation à la construction.
Il sera bon de diffuser tout cela.
12. Puisse D.ieu faire que cet ajout à nos actions et à nos réalisations complète tous ceux qu’ont réalisés nos maîtres pendant les précédentes générations, dans l’hémisphère supérieur. Ceci s’ajoutera aussi à ce qu’a réalisé mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération, dans cet hémisphère inférieur. Alors, de façon immédiate, ce sera concrètement la délivrance, en ce quatrième mois de l’année 5749, à l’extérieur d’Erets Israël et dans l’hémisphère inférieur.
Grâce à l’élévation de ce quatrième mois et à ce qui a été réalisé dans cet hémisphère, on peut percevoir à quel point sera intense la perfection de la délivrance véritable et complète.
Ainsi, la Paracha de Kora’h est “bien expliquée par le Midrach de Rabbi Tan’houma” et l’on voit là la qualité de Kora’h qui s’employa à décrire la grandeur de celui qui reçoit. Ceci s’ajoute au sens simple de ces versets, décrivant ce monde-ci et l’action concrète qui y est réalisée. Or, d’après la Torah, l’acte est essentiel et il faut donc construire, encore une synagogue, une maison d’étude, une Yechiva, un Talmud Torah.
Bien plus, après les grandes réalisations de l’exil, l’action se poursuit en cet hémisphère inférieur, afin de proclamer l’importance de celui qui reçoit, la perfection véritable n’étant pas encore atteinte.
Certes, de nombreux points préfigurent déjà la délivrance. C’est le cas de la Tsédaka, qui fait revivre l’âme du pauvre, de la prière et de nombreuses pratiques de la Torah et des Mitsvot. (En effet, chaque âme juive peut quitter l’exil et l’emprisonnement, de façon passagère, au moment de la prière) Nos Sages disent qu’ “un moment de Techouva et de bonnes actions dans ce monde vaut mieux que tout le monde futur”. C’est ainsi que l’on dévoilera l’Essence de D.ieu, le plaisir du Créateur, surtout en diffusant les sources de la Hassidout à l’extérieur, en cet hémisphère inférieur.
Un Juif rétorquera que cette belle explication n’est, somme toute, qu’un Midrach, que la libération qui en découle est uniquement spirituelle. Or, nous attendons chaque jour la délivrance, au sens le plus concret, ici-bas, dans ce monde de l’action.
(En effet, le plaisir de la créature ne sera effectif que dans le monde futur, lorsque l’Essence de D.ieu se révélera ici-bas.)
Un Juif criera donc “Ad Mataï”, jusqu’à quand durera l’exil? Son cri sera sincère et, par nature, le Père sera enclin à accéder à sa requête.
On connaît l’histoire d’un Grand de notre peuple qui affirma que, lorsqu’il retournerait là-haut, après cent vingt ans, il exigerait de D.ieu que la délivrance soit immédiate. Et il était capable de le faire. Mais après qu’il ait quitté ce monde, la délivrance ne vint pas. Un autre Grand du peuple juif en conclut que le premier avait reçu une élévation considérable au point d’oublier sa promesse.
Le Machia’h n’est pas encore venu et D.ieu a sans doute trouvé une réponse pour le second également.
La solution pourrait donc être la suivante. Il faut faire un vœu public. La Hala’ha précise que, dans un tel cas, on ne peut être délié de sa promesse sans consulter l’ensemble du public. Ainsi, même si quelques personnes se laissent convaincre, cela ne sera d’aucun effet, car la Loi, tranchée par la Torah de D.ieu, fixe qu’un vœu public conserve toujours sa valeur.
La conclusion de tout ce qui vient d’être dit est la suivante. De façon tout à fait immédiate, viendra la délivrance véritable et complète, par notre juste Machia’h. Tous les enfants d’Israël, avec leurs maisons, édifices de Torah, de prière et de Tsédaka, rentreront alors en Terre Sainte, à Jérusalem, ville sainte, dans le troisième Temple et dans le Saint des Saints. Là-bas, se révélera le bâton d’Aharon, qui y est conservé. En effet, “le Juste fleurira, en son époque” et, pendant la période du Machia’h, la prêtrise sera définitivement installée. Alors, à nouveau, le bâton d’Aharon refleurira. Dès lors, Moché et Aharon seront présents.
Extrait des commentaires de la veille du mardi
de la Parchat Tetsavé, 9 Adar 5750
1. Le 9 Adar est la date à laquelle le centre de la Hassidout ‘Habad fut transféré en cet hémisphère inférieur. C’est alors que mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération, vint s’y installer de façon définitive, comme cela a été maintes fois exposé. Dix ans plus tôt, il avait fait une visite dans ce pays, qui prépara son installation fixe et la conduisit à la perfection. Ceci peut être comparé au verset “et il envoya Yéhouda devant lui à Gochen”.
Bien plus, le 9 Adar est, cette année, encore plus important, puisque cinquante ans se sont écoulés depuis l’arrivée aux Etats Unis de mon beau-père, le Rabbi, (9 Adar 5700 – 9 Adar 5750).
Par ailleurs, l’élévation de cette année, dans son ensemble, s’exprime également en cette date du 9 Adar, comme nous le montrerons.
2. L’explication de tout cela est la suivante. Un proverbe bien connu dit que le don de la Torah n’eut pas lieu, de façon évidente, dans l’hémisphère inférieur. On peut donc mesurer l’importance de l’événement qui conduisit mon beau-père, le Rabbi, aux Etats Unis. C’est ici, en cet hémisphère inférieur, que fut implanté le centre de la Hassidout ‘Habad, partie profonde, âme de la Torah.
Cette partie profonde de la Torah est particulièrement liée à la Révélation du Sinaï.
Il a été maintes fois expliqué que, lors du don de la Torah, c’est essentiellement sa partie profonde qui fut donnée. Ainsi, dit le Midrach, les Juifs eurent alors la vision du Char céleste et les deux premiers Commandements furent “Je suis l’Eternel ton D.ieu” et “tu n’auras pas d’autres dieux que Moi”. Il s’agit bien là de la perception de D.ieu, qui fait précisément l’objet de cette partie profonde de la Torah.
De plus, le premier Commandement fut: “Je suis l’Eternel ton D.ieu, qui t’ai fait sortir du pays de l’Egypte”.
“Je suis l’Eternel ton D.ieu” correspond à trois niveaux du Divin, “Je”, “l’Eternel” et “ton D.ieu”.
“Qui t’ai fait sortir du pays de l’Egypte” fait allusion au dévoilement le plus haut, celui de Kéter, la couronne qui surplombe l’enchaînement des mondes et même de l’Essence de D.ieu.
La sortie d’Egypte fut possible précisément parce que l’Essence de D.ieu se dévoila dans le monde et, selon les termes de nos Sages, “le Roi, Roi des rois, le Saint béni soit-Il, se dévoila à eux, dans toute Son Essence, et les libéra”. Le Rabbi Rachab explique que l’expression utilisée par ce verset désigne l’Essence de D.ieu telle qu’Elle se révéla ici-bas, jusque dans le pays de l’Egypte, au sein de la nation la plus corrompue. Bien plus, cette Révélation fut perceptible “jusqu’au fin fond de la terre”. La capitale de l’Egypte était en effet “emplie d’idoles”. C’est la raison pour laquelle Moché, lorsqu’il désirait s’adresser à D.ieu, devait sortir de la ville. Or, c’est précisément là que “le Roi, Roi des rois, le Saint béni soit-Il, se dévoila à eux et les délivra”.
On comprend donc l’importance du transfert du centre de la Hassidout ‘Habad dans l’hémisphère inférieur.
C’est précisément là que la Torah ne fut pas donnée de façon évidente. Or, ce lieu devint un centre de révélation et de diffusion de sa partie profonde, but essentiel de la Révélation du Mont Sinaï.
3. En d’autres termes, le transfert, en ce pays, du centre de la Hassidout Habad, constitua une descente vers un lieu où la Torah n’avait pas été révélée à l’évidence. En revanche, un principe général établit que l’élévation obtenue est à la mesure de la descente qui la précède. Ainsi, c’est précisément en descendant jusque dans l’hémisphère inférieur que la Hassidout put parvenir à la plus haute perfection, celle qui la conduira à la délivrance véritable et complète. C’est alors que le don de la Torah parviendra à sa plénitude, ainsi qu’il est dit “une Torah nouvelle émanera de Moi”.
(La Méguilat Taanit dit qu’un jeûne est fixé le 9 Adar car, pour la première fois à cette date, une controverse opposa Beth Chamaï à Beth Hillel. Ceci est, en apparence, un événement malencontreux et c’est la raison pour laquelle nos Sages instituèrent un jeûne pour le commémorer. Néanmoins, c’est précisément cette descente qui développa considérablement la Torah. Car, disent nos Sages: “il m’a fait résider dans l’obscurité: il s’agit là du Talmud Babli”. En ce 9 Adar, fut révélée la mission essentielle de notre génération, l’intensification de la révélation et de la diffusion de cette partie profonde de la Torah jusque dans l’hémisphère inférieur.)
Cette élévation caractéristique de la délivrance véritable et complète est spécifiquement liée à la Hassidout ‘Habad, qui permet d’unifier la partie profonde et la partie révélée de la Torah de sorte qu’elles constituent “une Torah unique”. La Hassidout ‘Habad est la Ye’hida, partie la plus élevée de l’âme de la Torah, liée à la Ye’hida particulière de chaque Juif et à la Ye’hida collective de tout Israël, notre juste Machia’h. C’est lui qui révèlera parfaitement l’Unique du monde, dans tout l’univers. Ceci apparaîtra à l’évidence lors de la délivrance véritable et complète.
Ceci caractérise en particulier l’œuvre de mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération, dont le premier prénom était Yossef, du verset “D.ieu m’ajoute un autre fils”. Ainsi, il convient d’agir auprès de celui qui n’est qu’un “autre” et même de transformer le monde entier, de sorte que la Lumière divine l’illumine à l’évidence, jusque dans son hémisphère inférieur. Tout ceci apparaîtra à l’évidence lors de la délivrance véritable et complète, à laquelle fait également allusion son nom, Yossef, que l’on retrouve dans le verset “Ce jour-là, D.ieu étendra (Yossef) encore une fois Sa main”.
4. “Ces jours sont commémorés et revécus chaque année”.
Lorsque survient le 9 Adar, l’événement se déroule à nouveau et la partie profonde de la Torah s’introduit jusque dans l’hémisphère inférieur. Bien plus, un aspect tout à fait nouveau s’ajoute à cette révélation.
En conséquence, il convient, chaque année, de ressentir, le 9 Adar, une élévation que l’on ne possédait pas, les années passées. Ainsi, le 9 Adar de cette année sera beaucoup plus élevé que celui de l’année dernière, bien qu’elle fut 5749, “Tu retireras Ta main” et même que l’année d’avant, 5748, “tu te réjouiras et tu réjouiras les autres”.
Ceci correspond, en outre, à l’élévation spécifique de cette année 5750. Selon l’explication qui se répand de plus en plus, les initiales constituant son chiffre, forment la phrase “ce sera une année de miracles”. On obtiendra, en particulier, le miracle de la délivrance véritable et complète, d’autant que son premier jour fut un Chabbat, lié au “jour qui sera entièrement Chabbat et repos pour l’éternité”.
(Ainsi, tous les domaines de la Torah seront renforcés. En effet, les coutumes adoptées par l’ensemble du peuple juif reçoivent la force d’un Commandement positif et d’un Interdit de la Torah.)
Une autre qualité de cette année est le fait que le 9 Adar est un mardi, lorsque deux fois fut dit le mot «bon», lors de la création, comme l’explique la Loi Ecrite, “bon pour les cieux et bon pour les créatures”. Ce double aspect positif est directement lié à la délivrance véritable et complète, qui sera également “double pour la sagesse”.
5. Autre point, essentiel également, cinquante ans sont désormais écoulés depuis le dévoilement de la partie profonde de la Torah en cet hémisphère inférieur.
Un tel laps de temps constitue une période que la Torah appelle “éternité” et “monde entier”. On y retrouve donc tout le monde, tous les mondes en général, toutes les formes du service de D.ieu, avec le caractère immuable qui peut être le leur.
Il en va de même pour notre propos. Ces cinquante ans étant passés, l’œuvre de dévoilement de la partie profonde de la Torah, jusque dans l’hémisphère inférieur, est désormais réalisée et celle-ci s’y trouve de façon fixe et immuable. Il en sera de même pour la délivrance, également qualifiée d’éternelle. Elle ne sera suivie d’aucun exil et sera offerte au peuple éternel, qui dévoilera la perfection de la Torah éternelle, partie révélée et partie profonde, ne formant qu’une Torah unique, grâce au dévoilement de la Ye’hida exprimée dans cette Torah, comme nous l’avons montré.
6. L’importance de la révélation de cette partie profonde de la Torah en cet hémisphère inférieur, de façon fixe et immuable, peut être perçue également en cette date, le 9 Adar. Il convient, tout d’abord, d’expliquer l’élévation de ce mois en général. (Lorsque l’année n’a que douze mois, comme c’est le cas cette fois-ci, la perfection d’Adar apparaît encore plus clairement. En effet, on réalise alors en un seul mois ce qui est fait en deux mois, lorsque l’année en a treize. L’élévation qui en résulte est qualitative et quantitative à la fois, chaque jour s’emplissant de son contenu spécifique. Dès lors, D.ieu accorde des forces accrues de Sa main pleine, ouverte, sainte et large.)
L’aspect essentiel d’Adar est la fête de Pourim. C’est alors qu’ “ils acceptèrent de façon délibérée ce qu’ils avaient auparavant reçu”. Le don de la Torah fut confirmé et il reçut les caractères de fixité et d’éternité. (Du reste, le Yerouchalmi indique que l’on peut lire la Méguila pendant tout le mois d’Adar, lorsque la lecture ne peut être faite à la date normale. En effet, souligne la Guemara, ce mois, dans son ensemble, fut transformé.)
Bien plus, la fixité et l’éternité sont précisément les caractéristiques de Pourim, plus que tout autre fête, ainsi qu’il est dit “ces jours de Pourim ne disparaîtront pas parmi les Juifs et leur souvenir ne s’effacera pas de leur descendance”.
La même idée apparaît dans le nom de ce mois, Adar. La Guemara dit, en effet, que “celui qui désire conforter l’assise de ses biens y introduira Adar, ainsi qu’il est dit “D.ieu est puissant (Adir) dans les cieux”. Ainsi, Adar est synonyme de puissance et ceci explique le nom de ce mois. (Nos Sages expliquent par ailleurs que D.ieu Lui-même est appelé Adir, Puissant, et offre cette même qualité aux enfants d’Israël appelés Adirim, les puissants.
Cette puissance se reflète en particulier dans la Torah. La mission confiée à Israël est de révéler cette Torah “jusqu’au fin fond de la terre”, dans cet hémisphère inférieur. Pour y parvenir, une force particulière est nécessaire, qui peut être tirée du don de soi. A l’intérieur même de la Torah, c’est dans sa partie profonde que cette puissance apparaît encore plus clairement.)
Il en va de même pour la joie caractéristique du mois d’Adar, ainsi qu’il est dit “dès que commence Adar, on multiplie sa joie”.
La joie de Pourim est encore plus grande que celle des autres fêtes qui sont pourtant “des festivités pour la joie”. C’est le cas des fêtes de Tichri, de Nissan, de Sivan. A chacune de ces occasions, le tribunal déléguait des gardes pour limiter la joie et vérifier qu’il n’en découle pas de conséquences malencontreuses. A Pourim, en revanche, la joie dépasse toutes les limites, “jusqu’à ne plus savoir”.
Il en va de même pour la joie de ce mois d’Adar, qui, de façon générale, s’élève au dessus de toutes les limites.
Ce qui vient d’être dit concerne donc, plus particulièrement, la joie du mois d’Adar. Celle-ci ne connaît pas la limite. De plus, elle introduit et prépare la joie de Pourim, lorsqu’il est particulièrement nécessaire de faire abstraction de toute limite. C’est ainsi que cette joie peut être la plus parfaite. Pour cela, elle doit quitter toute proportion, toute mesure. Elle peut ainsi devenir la joie de la délivrance véritable et complète, une délivrance éternelle. Dès lors, la joie sera elle-même éternelle.
7. A l’intérieur même de ce mois d’Adar, nous somme le neuvième jour du mois.
(La Méguilat Taanit indique que le 9 Adar était un jour de joie, après que les Juifs aient vu satisfaite leur demande de recevoir la pluie. Nos Sages indiquent, en outre, que la pluie fait allusion à la Torah. Il en résulte que c’est précisément le 9 Adar que fut exaucée la requête d’introduire la partie profonde de la Torah jusque dans l’hémisphère inférieur.)
Tout d’abord, Pourim commence depuis le début d’Adar car “dès que commence Adar, on intensifie sa joie”, “on peut lire la Méguila pendant tout le mois, ainsi qu’il est dit: le mois qui fut transformé pour eux… en joie”. A l’intérieur même d’Adar, tout ce qui concerne Pourim s’intensifie, de jour en en jour.
Bien plus, dès lors qu’est passé le premier Chabbat d’Adar, on y introduit également la joie, ainsi qu’il est dit “le jour de votre joie: c’est le Chabbat”. On retrouve ici l’idée du don de la Torah puisque c’est à Pourim que les Juifs acceptèrent, de manière délibérée, ce qui leur avait auparavant été imposé. Or, disent nos Sages, “tous s’accordent pour dire que la Torah fut donnée un Chabbat”. A tout ceci, s’ajoute une dimension de plus, le 9 Adar.
Cette date fait suite à la perfection des huit premiers jours du mois. (Celle-ci inclut également un Chabbat puisque, dans chaque période de sept jours, il y en a au moins un.) On connaît l’importance du chiffe huit, que l’on retrouve dans Hanouka. Cette fête, en effet, a huit jours et, de ce point de vue, dépasse Pessa’h et Soukkot qui n’en ont que sept et, bien évidemment, Chavouot qui ne dure qu’un seul jour. Par ailleurs, le chiffre huit est lié à la délivrance véritable et complète, car on aura alors la harpe à huit cordes. Ainsi, le neuvième jour du mois introduit une élévation encore plus considérable et il prépare la perfection du chiffre dix, la harpe à dix cordes, ainsi qu’il est dit “le dixième sera sacré”. (Du reste, Hanouka et Pourim sont liés, étant deux fêtes introduites par nos Sages. Plusieurs Lois s’appliquent indistinctement à ces deux fêtes. Le Rambam les présente dans un même chapitre de son livre. Pour toutes deux, il s’agit d’élever la matière la plus inférieure et de transformer l’obscurité en lumière.)
En conséquence, il apparaît clairement que le 9 Adar est un temps propice pour dévoiler la partie profonde de la Torah jusque dans l’hémisphère inférieur. Bien plus, celle-ci s’y trouvera de façon fixe et éternelle, d’autant que cinquante ans sont désormais écoulés. En effet, la totalité de ce mois est liée à Pourim et y introduit, en outre, la force du don de la Torah. De plus, le neuvième jour d’Adar est lui-même lié à la délivrance future, lorsque la Torah sera donnée dans toute sa perfection.
8. Un autre point peut être ajouté, qui décrit l’importance du 9 Adar, cette année.
Cela fait cinquante ans que mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération, introduisit un fait nouveau en venant s’installer dans l’hémisphère inférieur. Or, cette date survient à proximité de la quarantième année après sa Hilloula, qui eut lieu ce 10 Chevat, dixième jour du onzième mois. A partir de cette date, “un homme parvient à la compréhension de son maître”.
Ce qui vient d’être dit apporte une preuve de plus de l’élévation de ce 9 Adar, qui fait suite à la perfection du 10 Chevat. La sienne propre s’en trouve donc, bien évidemment, accrue.
9. Ce qui vient d’être dit peut être lié à la Paracha de la semaine, Tetsavé.
Au début de celle-ci, il est dit: “et toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël et ils prendront pour toi de l’huile d’olive pure, d’allumer la flamme perpétuelle… du soir au matin… Précepte éternel pour toutes vos générations”.
Ceci peut être appliqué au service de D.ieu. On connaît l’explication de mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération, selon laquelle “et toi” fait allusion à l’essence de Moché, directement liée à l’Essence de D.ieu. Par son intermédiaire, celle-ci peut s’unifier à chaque Juif.
Le verset parle ensuite d’“allumer la flamme éternelle… du soir au matin”. On retrouve ici deux phases opposées du service de D.ieu. La lumière éternelle fait allusion au dévoilement qui ne connaît pas de modification. En revanche, “du soir au matin” introduit la possibilité du changement. Lorsque ces deux aspects se rejoignent, une force émanant de l’Essence divine doit se révéler pour les unir. Dès lors, le niveau ainsi obtenu transcende la distinction pouvant être faite entre ce qui est élevé et ce qui est bas et l’élévation la plus considérable devient accessible, ici-bas, dans le monde.
Tout ceci peut être obtenu en étudiant la Torah, directement liée à Moché notre maître, “dont elle porte le nom”. Etant la Parole du D.ieu véritable, elle permet de mettre en évidence Son Unité ici-bas.
Ce verset se conclut par un “Précepte éternel pour toutes vos générations”, qui doit donc être gravé à l’intérieur de chacun. En effet, la Hassidout explique la qualité des lettres gravées, qui deviennent partie intégrante de la pierre. Dès lors, elles sont fixes et éternelles, “un Précepte éternel pour toutes vos générations”. (Le passage du Houmach étudié ce jour se conclut précisément par “Précepte éternel pour lui et pour sa descendance après lui”.)
Ce qui vient d’être dit est directement lié au 9 Adar. C’est à cette date que la partie profonde de la Torah se révéla jusque dans l’hémisphère inférieur, de façon fixe et éternelle. Ceci peut être comparé à l’œuvre que Moché réalisa (et qui trouve son équivalent chez le Moché de chaque génération, y compris mon beau-père, le Rabbi, pour la nôtre). Grâce à la Torah et en particulier à sa partie profonde, il est possible d’obtenir, ici-bas, un dévoilement perpétuel, de façon fixe et éternelle.
10. L’acte est essentiel.
Il convient donc d’utiliser ces jours propices et ceux qui les suivront, en particulier le Chabbat, puis Pourim. En effet, la Hassidout est désormais installée, depuis cinquante ans, dans l’hémisphère inférieur. Il est donc possible de diffuser la Torah en général et la Hassidout en particulier, avec encore plus de force, en chaque endroit et dans le monde entier.
Pour commencer, on organisera des réunions hassidiques en tout endroit, à l’occasion du 9 Adar. On le fera avant tout dans la “capitale” de mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération, ici, à Brooklyn. C’est là qu’il élut domicile, pendant les dix dernières années qu’il vécut dans ce monde. (Celles-ci furent la conclusion de son œuvre. Or, “tout va d’après la conclusion”.)
En effet, “la Sainteté ne quitte pas sa place”. Bien plus, elle s’intensifie, d’année en année. Combien plus en est-il ainsi lorsqu’elle est déjà fixée en cet endroit depuis cinquante ans. (Ceci s’ajoute à l’élévation conférée par la quarantième année de sa Hilloula. A partir de ce moment, en effet, il est possible “d’accéder à la compréhension du maître”.)
11. Puisse D.ieu faire que ces paroles et la prise de bonnes décisions dans ces domaines hâtent encore plus la rétribution véritable, qui sera la délivrance véritable et complète, par notre juste Machia’h. Alors, D.ieu ne nous retiendra pas même le temps d’un clin d’œil en exil et, de façon tout à fait immédiate, au début de ces vingt quatre heures du 9 Adar, nous accéderons à la délivrance. Bien plus, nous venons de prier Arvit, prière qui se conclut par “Ainsi, les Justes loueront Ton Nom. Les Droits percevront Ta Face”.
Puisse-t-il donc en être ainsi pour nous, de façon tout à fait immédiate. Avant même le Chema Israël du coucher, avant même de poursuivre cette réunion, nous assisterons à la réalisation de la promesse selon laquelle “les Droits percevront Ta Face”, dans le troisième Temple. Là-bas, “on verra le Cohen, à Tsion” (selon les termes de la bénédiction qui s’est répandue, parmi les enfants d’Israël). Aharon, le Cohen, sera présent et allumera “la flamme éternelle… du soir au matin… Précepte éternel pour toutes vos générations”.
Grâce, en particulier à l’ajout à la Mitsva de la Tsédaka, puisqu’il est de coutume en pareille occasion de conclure en confiant à chacun une mission de Tsédaka, nous hâterons la libération et ce sera la délivrance véritable et complète, par notre juste Machia’h, pour tous les enfants d’Israël de toutes les générations. En effet, “ils se réveilleront et se réjouiront ceux qui reposent sous terre” et mon beau-père, le Rabbi, chef de notre génération, sera à leur tête.
Autre point, qui est essentiel, tout ceci sera absolument immédiat.
Reb Israël Arié Leïb est né le 21 iyar 1909 à Nikolaïev, troisième fils du Rabbi Levi Its’hak et de la Rabbanit Hanna Schneerson. Son nom lui vient de son oncle Israël et de son arrière-grand-père Israël Arié Janowski.
Doué d’une intelligence exceptionnelle dès son plus jeune âge, il consacrait l’essentiel de son temps à l’étude de la Guemara, du Rachi et de la Kabbale. Sa mère devait souvent l’interrompre pour qu’il mange ou dorme. Son père remarquait qu’il « avait le cerveau du Rabbi Tsema’h Tsedek ». Après des études au Talmud Torah, il poursuivit avec un professeur particulier à domicile, s’imprégnant de l’atmosphère hassidique familiale.
En 1924, il se rendit à Léningrad où résidait le Rabbi précédent. Le Rabbi Yosef Its’hak avait une affection particulière pour lui. À la synagogue, il répondait naturellement à toutes sortes de questions sur la Guemara et recevait des enseignements réguliers sur la Torah. Durant cette période, il étudia également à l’université.
Par la suite, il dut changer son nom pour Gourarié. En 1930, il quitta l’URSS pour Berlin où il vécut avec son frère, le futur Rabbi. Ils échangeaient régulièrement avec leur père sur des sujets d’étude de la Torah.
En 1934, il immigra en Terre sainte et s’installa à Tel-Aviv, travaillant comme bibliothécaire municipal. En 1939, il se fiança avec Mademoiselle Genia, alors que son père était exilé au Kazakhstan. Ni ses parents ni ses frères ne purent assister à son mariage.
Malgré les difficultés, il maintint le contact avec son frère et les hassidim en Israël. Passionné par la hassidout, il passait de longues nuits à en discuter avec ses amis. Quand son frère s’installa aux États-Unis en 1941, ils reprirent contact fréquemment. Il fut impressionné par les publications envoyées par son frère, reconnaissant sa profondeur intellectuelle.
En 1948, il reçut une proposition pour parfaire ses connaissances en Angleterre. Avec la bénédiction du Rabbi Yossef Its’hak, il partit pour Liverpool en 1950 où il poursuivit ses études scientifiques, particulièrement en mathématiques. Il enseigna et publia plusieurs articles innovants dans ce domaine.
Le 13 iyar 1952, il décéda à l’âge de 48 ans. Sa dépouille fut transportée jusqu’en Israël et enterrée au cimetière de Safed. Le Rabbi, ne voulant pas retarder l’enterrement, ne put y assister. Pour protéger sa mère, le Rabbi ne lui révéla jamais le décès de son fils, allant jusqu’à imiter son écriture pour lui envoyer des lettres fictives.
Sa femme Genia et leur fille unique Dalia eurent deux fils : Arielle (nommé d’après son grand-père) et Daniel, qui occupèrent des postes scientifiques prestigieux en Israël.
En 1991, le Rabbi commenta les prénoms de son frère selon la hassidout : Israël (les lettres forment les initiales des mots liés aux 600 000 âmes du peuple juif), Arié (le lion, symbolisant force et courage dans le service divin), et Leïb (traduction yiddish de « lion », soulignant l’importance de servir Dieu même dans le domaine matériel).
Le 11 Nissan est l’anniversaire du Rabbi. La semaine où tombe le 11 Nissan, est un moment propice pour s’attacher au Rabbi, lui demander d’intercéder auprès du Tout Puissant pour recevoir les bénédictions spirituelles et matérielles dont nous avons besoin et aussi de prendre de bonnes décisions (dans les domaines de l’étude de la Torah et de la pratique des Mitsvot, de la Tefila et enfin de la Tsédaka) afin de pouvoir recevoir ces bénédictions de la meilleure façon.
Un anniversaire est bien plus qu’une simple occasion de festoyer. C’est un jour où Mazalo Gover, où la source spirituelle de son âme brille d’une force particulière. Or, « la source spirituelle de son âme » désigne quelque chose bien au-delà de nos capacités conscientes. Nous avons nos pensées et nos sentiments. Et puis nous avons notre essence spirituelle tout au fond de nous, de laquelle jaillissent nos pensées et nos sentiments. Cette essence spirituelle est le Mazal qui brille si fort un jour d’anniversaire.
Un Rabbi est une âme collective dont l’existence est vécue en conscience permanente des autres et dont les efforts sont dédiés à resserrer les liens qui existent entre eux. Ainsi, l’anniversaire du Rabbi est un évènement qui a un effet sur chacun d’entre nous, que nous en ayons conscience ou pas.
Le “Ohel” est le lieu où le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, repose depuis le 3 Tamouz 5754 (le 12 Juin 1994), à côté de son beau-père, le sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Yts’hak Schneersohn.
Le terme “Ohel” (littéralement: “tente”) désigne la structure édifiée au-dessus du tombeau d’un Tsadik, d’un Juste.
Le Rabbi a toujours été à l’écoute de chacun, quels qu’aient été son degré d’éducation ou de pratique religieuses.
Ceux qui ont approché le Rabbi savent l’extrême attention qu’il portait à chaque situation. Ils ont trouvé un puissant réconfort dans ses conseils et ses bénédictions.
Aujourd’hui, rien n’a changé : des milliers d’hommes et de femmes se rendent au Ohel ou écrivent au Rabbi pour le prier d’intercéder en leur faveur auprès du Tout-Puissant. Elles en ressentent une inspiration et une vitalité renouvelées.
A défaut de se rendre personnellement au Ohel, on peut lui écrire des lettres, des fax ou des mails.
“Un Tsaddik, un Juste, qui quitte ce monde n’en disparaît pas. Il s’y trouve avec une intensité encore plus grande”, nous enseigne le Zohar. Le 3 Tamouz, jour où le Rabbi quitta matériellement ce monde, cette phrase, immanquablement, résonne dans l’esprit et dans l’âme de chacun.
Par conséquent, avec le déroulement du temps, chacun constate à quel point la présence du Rabbi semble être encore plus sensible avec les années. Par ses enseignements, par les actions croissantes qu’il suscite aux quatre coins du monde, le Rabbi continue de guider. Il conduit, vivifie des centaines de milliers de personnes, diverses tant par leur origine que par leur mode de vie, leurs opinions ou leur situation géographique.
Le Rabbi recevait des centaines de lettres chaque jour. Des gens de tous les milieux lui écrivaient, quels qu’aient été leur origine sociale, leur âge, leur niveau de pratique religieuse, leur lieu de résidence.
Aujourd’hui encore, des milliers de personnes continuent d’écrire au Rabbi pour solliciter ses bénédictions et ses conseils.