En 1933, fuyant l’Allemagne nazie, le Rabbi s’installe à Paris où il vivra jusqu’en 1940. Son parcours dramatique à travers la France occupée, puis son sauvetage miraculeux vers l’Amérique le 28 Sivan 1941, marquent le début d’une mission spirituelle qui transformera le judaïsme mondial. Cette date historique, célébrée aujourd’hui encore, symbolise la renaissance du mouvement Habad après les persécutions européennes.
De l’installation parisienne en 1933 à l’arrivée providentielle à New York en 1941, le futur Rabbi de Loubavitch traverse une période déterminante de l’Histoire. Son parcours d’exil et de sauvetage illustre la résilience juive face aux persécutions nazies. Le 28 Sivan 1941 demeure une date emblématique pour des millions de fidèles à travers le monde, marquant le début d’une révolution spirituelle sans précédent.
Paris, refuge temporaire face à la montée nazie
En 1933, l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne contraint le Rabbi Menachem Mendel Schneerson et son épouse, la Rebbetzin, à quitter Berlin précipitamment. Ils trouvent refuge à Paris, s’installant initialement rue Blomet dans le 15ème arrondissement, avant de s’établir définitivement à l’Hôtel Max, 9 rue Boulard dans le 14ème.
Cette installation hôtelière n’est pas un choix mais une nécessité : les étrangers non citoyens français rencontrent alors d’immenses difficultés pour obtenir un logement à leur nom. L’Hôtel Max devient ainsi le foyer parisien du futur leader spirituel pendant cinq années cruciales, de 1933 à 1938.
Malgré les conditions précaires, le Rabbi maintient un rythme d’étude intense. Il consacre de longues heures à l’étude de la Torah tout en supervisant les écrits du Rabbi précédent qui lui parviennent pour correction. Ces années parisiennes forgent sa personnalité de leader spirituel, alliant rigueur intellectuelle et proximité humaine.
Une vie spirituelle intense dans la capitale française
Les témoignages de cette époque révèlent un homme d’une générosité exceptionnelle. Dans la cour étroite de l’hôtel, il construit une petite souccah ne pouvant accueillir que deux chaises. Pourtant, il n’hésite pas à céder sa place pour permettre à un fidèle de célébrer la fête dans de meilleures conditions.
Rue des Rosiers, au cœur du Marais juif parisien, il dispense régulièrement des cours de Torah dans les synagogues du 17 et du 25 de la rue. Un épisode particulièrement marquant illustre son dévouement : par une soirée de forte pluie, malgré les conseils de reporter l’enseignement, il déclare fermement : « Je ne serai pas celui qui provoquera une interruption de Torah. » Il brave ainsi les intempéries pour honorer son engagement envers un seul participant.
Cette détermination face aux éléments préfigure sa future résistance face aux épreuves bien plus graves qui l’attendent. Son attachement indéfectible à la transmission du savoir juif devient déjà légendaire parmi la communauté parisienne.
L’occupation allemande bouleverse le destin
Juin 1940 marque un tournant dramatique. L’arrivée des nazis à Paris et le début de l’occupation allemande transforment la capitale française en piège mortel pour les Juifs. Face aux bombardements et à la menace grandissante, le Rabbi prend la décision déchirante de quitter Paris pour rejoindre son beau-père, le Rabbi précédent.
Quelques jours avant Chabbat, accompagné de la Rebbetzin, il abandonne leur appartement du 15ème arrondissement. Leurs biens se résument à quelques affaires personnelles et, surtout, aux précieux cahiers et classeurs contenant les écrits du Rabbi précédent qu’il transporte toujours avec lui.
Cette fuite précipitée s’inscrit dans l’exode massif des populations juives européennes. Mais contrairement à beaucoup d’autres, le Rabbi emporte avec lui un trésor spirituel inestimable qui participera à la renaissance du judaïsme après-guerre.
L’errance en zone libre : de Vichy à Nice
Le périple se poursuit vers Vichy, dans la zone libre contrôlée par le gouvernement de Pétain. Là-bas, il poursuit ses activités religieuses et apporte son soutien aux nombreux réfugiés juifs qui affluent dans la région. Un témoignage émouvant rapporte la rencontre fortuite d’un jeune garçon avec le Rabbi dans les rues de Vichy, frappé par sa simplicité et sa bienveillance naturelle.
En août 1940, le Rabbi et la Rebbetzin gagnent Nice, dans la zone sous domination italienne considérée comme plus sûre. Ils s’installent à l’Hôtel Rochambeau et fréquentent la synagogue locale. Même dans cette situation d’exil et d’incertitude, il continue d’enseigner et d’apporter son aide à la communauté juive locale.
Ces mois d’errance en territoire français révèlent sa capacité extraordinaire à maintenir une vie spirituelle intense malgré l’adversité. Chaque lieu de passage devient une opportunité d’enseignement et de rapprochement avec les fidèles.
La course contre la montre vers l’Amérique
Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, une mobilisation sans précédent s’organise. Le Rabbi précédent, arrivé en Amérique en 1940, et les fidèles (hassidim) déploient des efforts considérables pour obtenir les visas américains nécessaires au sauvetage.
Les démarches administratives s’avèrent complexes et périlleuses. Les papiers transitent entre différents consulats, de Nice à Marseille, nécessitant de nombreux allers-retours bureaucratiques. Chaque jour compte dans cette course contre la montre où la vie du futur leader spirituel se joue dans les méandres administratifs.
Vers le mois de Nissan 1941, les nouvelles tant attendues arrivent enfin : l’autorisation d’entrer en Amérique est accordée. Cette victoire administrative représente bien plus qu’une simple formalité ; elle ouvre la voie au sauvetage et à la future mission spirituelle.
Le voyage périlleux vers la liberté
Un dernier obstacle demeure : trouver une place sur un navire au départ du Portugal vers l’Amérique. Le Rabbi et la Rebbetzin se rendent à Lisbonne mais se heurtent à la pénurie de places disponibles. La situation semble désespérée quand la Providence intervient sous la forme d’une famille juive disposant de billets mais dépourvue des papiers nécessaires.
Cette famille accepte généreusement de céder ses places, permettant ainsi au couple de poursuivre son voyage vers la liberté. Mais un nouvel élément dramatique survient : le Rabbi précédent, par télégramme, demande instamment au Rabbi de ne pas embarquer sur le prochain bateau prévu.
Cette intervention providentielle se révèle salvatrice : le navire en question est effectivement intercepté par les forces ennemies, et ses passagers sont retenus prisonniers sur une île jusqu’à la fin de la guerre. Cette décision de dernière minute illustre la dimension quasi-miraculeuse du sauvetage.
28 Sivan 1941 : l’arrivée historique à New York
Le lundi 28 Sivan 1941, correspondant au 23 juin selon le calendrier grégorien, à 10h30 précises, le bateau Serpa Pinto accoste au port de New York en provenance de Lisbonne. Sur le quai, trois fidèles envoyés par le Rabbi précédent attendent l’arrivée du Rabbi et de la Rebbetzin.
Cette scène d’apparence banale marque en réalité un tournant historique pour le mouvement Loubavitch et, plus largement, pour le judaïsme mondial. Le Rabbi précédent saisit immédiatement la portée de cet événement en écrivant dans une lettre : « Aujourd’hui, 28 Sivan, c’est le jour où le Rabbi et la Rebbetzin sont arrivés ici en Amérique. »
L’émotion de ces retrouvailles après tant d’épreuves et d’incertitudes se mêle à la conscience d’un nouveau chapitre qui s’ouvre. L’Amérique devient le théâtre d’une renaissance spirituelle qui rayonnera bientôt sur le monde entier.
La naissance d’une mission universelle
Cette date du 28 Sivan transcende le simple sauvetage personnel pour devenir le point de départ d’une révolution spirituelle. C’est à partir de ce moment que la vision du Rabbi de transformer le monde en une demeure pour le divin commence à prendre forme concrète.
Les années suivantes voient naître un réseau mondial sans précédent : l’établissement des centres Habad aux quatre coins de la planète permet d’envoyer des milliers d’émissaires (shlou’him) pour toucher chaque Juif, où qu’il se trouve. Cette expansion géographique s’accompagne d’une révolution pédagogique et spirituelle.
Les enseignements du Rabbi, forgés durant les épreuves européennes et mûris en Amérique, touchent progressivement toutes les couches de la société juive. Sa philosophie de proximité et d’ouverture, déjà manifestée dans les rues de Paris et de Vichy, trouve son plein épanouissement sur le continent américain.
Un héritage qui traverse les générations
Aujourd’hui, plus de huit décennies après ces événements dramatiques, le 28 Sivan continue d’être célébré dans le monde entier comme un jour de reconnaissance envers D.ieu pour ce miracle. Cette commémoration dépasse le cadre strictement religieux pour toucher tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la résistance spirituelle face à l’oppression.
Chaque année, cette date devient l’occasion d’un renouvellement de l’engagement envers les enseignements du Rabbi et d’un redoublement d’efforts dans la diffusion de la Torah et l’accomplissement des mitsvot. Les communautés Habad du monde entier organisent des événements spéciaux, des études approfondies et des moments de recueillement.
Pour les fidèles, le 28 Sivan représente également le jour où commença la mission du Rabbi de préparer le monde à la venue du Machia’h. Cette dimension messianique confère à la date une portée eschatologique qui dépasse le simple cadre historique pour s’inscrire dans une perspective de rédemption universelle.
L’histoire du 28 Sivan 1941 illustre parfaitement comment les épreuves les plus dramatiques peuvent devenir le terreau des plus grandes réalisations spirituelles. Du jeune homme contraint à l’exil dans les rues de Paris au leader mondial qui transformera le judaïsme contemporain, le parcours du Rabbi de Loubavitch témoigne de la capacité humaine à transformer l’adversité en source de lumière pour l’humanité.















