Rabbi Levi Its’hak et la Rabbanit ‘Hanna eurent trois fils, Rabbi Mena’hem Mendel, le Rabbi de Loubavitch,  Rav Dov Ber, et Rav Israel Arié Leib. Tous trois avaient une ardeur considérable à l’étude et une profonde concentration. Plus d’une fois, leur mère devait les contraindre à s’interrompre pour prendre leur repas.
Rav Dov Ber se distingua par son soucis de venir en aide à tous ceux qui étaient dans le besoin. Pendant la guerre il fut assassiné par les nazis, à Igrène, avec tous les juifs de la ville.
Rav Israel Arié Leib habita un certain temps à Leningrad et là, il fut le guide de nombreux jeunes ‘hassidim. Dans les années 30, il s’installa à Tel Aviv et se maria. Les dernières années de sa vie, il vécut à Liverpool en Angleterre pour poursuivre des études scientifiques.
Il quitta ce monde le 13 Iyar 5712 – 1952, des suites d’une crise cardiaque et, à la demande du Rabbi, fut enterré à Tsfat (seule ville sainte d’Erets Israel accessible aux juifs à l’époque).

TEXTE DES MICHNAYOT

 

Rav Israël Arié Leïb Schneersohn était le troisième fils de Rabbi Lévi Yits’hak et de la Rabbanit ‘Hannah Schneersohn. Né le 21 Iyar 1909 à Nikolaïev, il reçut apparemment les noms de son oncle (frère de sa mère) Israël Leïb Halévi (qui mourut jeune) et du père de son grand père, Israël Leïb Yanovski, qui avait dirigé la Yechiva de Romanovka, dans la région de ‘Harsone.

Dès son plus jeune âge, on comprit qu’il était particulièrement doué : par nature, il était intelligent et même surdoué. Il savait approfondir ce qu’il apprenait ; son esprit analytique et sa force de concentration lui permirent d’apprendre une somme considérable aussi bien dans la Guemara que dans la ‘Hassidout et la Kabbala. Etant le fils du Rav de la ville, il grandissait de façon remarquable dans l’étude et son nom se murmurait avec respect dans toute la région. Il fut aussi connu, lui avec ses frères – le Rabbi et Reb Dov Ber, que D.ieu venge son sang – sous le nom de FRERE car tous les trois avaient donné une certaine somme d’argent pour les élèves de la Yechiva Tom’hé Tmimim.

A l’âge de trois ans, il répétait par cœur des Michnayot. Un jour, en 1912, son père – Rabbi Lévi Yits’hak – invita le Rav Na’houm Goralnik, qui était alors un jeune homme, à la maison en lui disant : « Je vais vous présenter mon fils ! ». Quand Rav Na’houm arriva, le fils aîné de Rabbi Lévi Yits’hak ne se trouvait pas à la maison. Alors qu’il s’apprêtait à sortir, il remarqua, face à lui, de l’autre côté de la table, un jeune enfant qui se tenait la tête entre les bras et qui était absorbé par la lecture d’un livre. Durant toute la durée de la visite, l’enfant n’avait pas bougé de sa position et n’avait prêté aucune attention à ce qui se passait autour de lui. Reb Na’houm était très impressionné par le sérieux de l’enfant et en fit la remarque à Rabbi Lévi Yits’hak en déclarant que c’était la première fois qu’il voyait un enfant jouer à un jeu aussi étrange.
« Un jeu ? » répondit Rabbi Lévi Yits’hak qui se pencha et prit des mains de l’enfant le livre qu’il lisait : c’était un livre de Michnayot.
« Explique-moi ce que tu as appris ! ». L’enfant se mit à expliquer la Michna…

Son application à l’étude était phénoménale. Sa mère, la Rabbanit ‘Hanna était obligée de l’interrompre de force pour le faire manger ou dormir.

En 1915, le nom de Rav Israël Arié Leïb fut même mentionné à la table de Rabbi Chalom Dov Ber. Son grand père, le Rabbi Barou’h Chneor mentionna que Rabbi Lévi Yits’hak avait un jeune fils qui deviendrait un génie car il connaissait déjà la Guemara et le Midrach, et il les connaissait très bien. Rabbi Chalom Dov Ber demanda : « Quel âge a-t-il ? ». Le Rabbi Barou’h Chneor répondit : « Avec l’aide de D.ieu, il aura d’ici Chavouot neuf ans ! »

Il était doué d’une mémoire phénoménale. Dès qu’il voyait quelque chose, ne serait-ce qu’une seule fois, cela restait gravé dans son esprit et il ne l’oubliait pas.

De nature, il s’approfondissait et analysait chaque détail qu’il étudiait au point que son père, le Rav, remarqua un jour à son propos : « Il a le cerveau du Rabbi Tséma’h Tsédek ! »

Au début, il étudia au Talmud Torah de la ville avec d’autres enfants. Par la suite, Rabbi Lévi Yits’hak embaucha un professeur particulier pour ses trois fils.

Il passa la plupart de ses années d’enfance dans la maison de son père, le Rav. C’est dans cette maison qu’il s’imprégna de l’atmosphère ‘hassidique et qu’il acquit ses connaissances extraordinaires dans tous les domaines de la Torah.

Rav Sim’ha Gorodetski, qui séjourna un certain temps dans cette maison écrivit : « J’ai habité chez Rav Lévi Yits’hak pendant la période des Neuf Jours. J’ai vu comment ce jeune homme est resté debout toute la nuit pour terminer l’étude d’un traité de la Guemara. Une nuit, la Rabbanit m’a appelé pour que je constate combien son fils restait assis durant des heures à étudier sans rien remarquer de ce qui se passait autour de lui : elle entra dans sa chambre (chaque enfant avait sa propre chambre) et l’appela par son nom. Leïbl ne répondit pas. Elle l’appela encore deux fois mais il ne répondait toujours pas. Elle fut obligée de s’approcher de lui, de le tirer par sa manche mais même alors il ne bougea pas. Il était vraiment plongé dans son étude. Il n’entendait pas et ne ressentait rien : « Vous voyez combien mon Leïbl est plongé dans son étude ! » dit-elle avec une certaine fierté ».

Par la suite, elle raconta : « Un jour, un vif débat éclata entre mon mari, le Rav, mon fils aîné (le Rabbi) et son jeune frère, Leïbl. C’était à propos d’un passage de ‘Hassidout, au sujet de Ma et Bane. Chacun défendait son point de vue, cassait les arguments de l’autre et apportait les preuves de son argument. Le débat dura plusieurs semaines et, à chaque occasion – pendant les repas etc. – le débat reprenait. Au bout de plusieurs semaines, Leïbl remarqua : « Tout ce dont nous avons parlé jusqu’à présent ne concernait que l’aspect externe de ce sujet. Mais quelle est la définition propre, essentielle de Ma et de Bane ? ». La Rabbanit ‘Hanna conclut : « Mon fils aîné avait expliqué selon le système de pensée ‘hassidique tandis que mon fils cadet l’avait exprimé d’après le système de ‘hakira, (recherche théologique) ».

« Il faut du discernement ! »

En été 1924, il arriva à Léningrad où venait de s’installer le Rabbi précédent. Il mangeait à la table du Rabbi, entrait librement dans sa maison et y habita pendant un certain temps. Puis il habita durant une certaine période dans le même appartement que son frère aîné.

Le ‘Hassid, Rav Dov Ber ‘Hène – de mémoire bénie – raconta : « Plus d’une fois, quand j’entrais dans la synagogue attenante à la demeure du Rabbi, j’apercevais Rav Israël Arié Leïb (que le Rabbi aimait beaucoup et auquel il manifestait une attention particulière). Autour de lui se pressaient de nombreux ‘Hassidim remarquables avec lesquels il discutait de Hala’ha ou de ‘Hassidout. On lui posait toutes sortes de questions, en Guemara et en ‘Hassidout : il écoutait, répondait, posait des questions, expliquait de façon toute naturelle comme si cela coulait de source. Les étudiants de la Yechiva de la ville avaient coutume de dire qu’il connaissait dans tous les sens « Same’h Vav » c’est-à-dire tous les Maamarim (discours ‘hassidiques) très profonds de l’année 1906.

Il entrait régulièrement chez Rabbi Yossef Yits’hak pour entendre de sa bouche des explications sur les sujets qui lui posaient problème en ‘Hassidout. Un jour, le Rabbi lui dit qu’il ne répondrait pas à l’une de ses questions car Reb Israël Arié Leïb n’était pas « un récipient capable d’absorber cela ». Il en ressortit complètement brisé et pleura. Quelques jours plus tard, il présenta une autre question au Rabbi qui répondit alors à la question de la fois précédente. Par la suite, Reb Israël Arié Leïb affirma : « Apparemment, le fait que j’ai pleuré toute la nuit a fait de moi un « récipient », m’a rendu apte à comprendre la réponse » – (d’après une histoire rapportée par un témoin digne de confiance).

A une autre occasion, le Rabbi déclara à propos des deux frères : « Combien vous devez être tristes que votre père n’a pas le bonheur de vous voir ! »

A cette période, Rav Israël Arié Leïb fut inscrit à l’Université où ses études l’occupèrent un certain temps.

Rav Moché Doubinski raconta : « Un Chabbat, le Rabbi prononça un Maamar (discours ‘hassidique) entièrement consacré à la connaissance rhétorique pure et profonde de la ‘Hassidout. Tous ceux qui écoutaient étaient stupéfaits et, à vrai dire, ne comprenaient pas grand-chose. Mais le visage de Rav Israël Arié Leïb restait impassible. Le Chabbat suivant, le Rabbi prononça un Maamar « normal » : Rav Israël Arié Leïb en fut si impressionné qu’il déclara qu’après un tel Maamar, « il fallait boire de la vodka ! ». Après Chabbat, les ‘Hassidim organisèrent un « Farbrenguene » (réunion ‘hassidique) et Rav Israël Arié Leïb but, pleura et ne dit pas un mot. On l’entendait seulement de temps en temps soupirer et s’exclamer comme pour lui-même : « Et pourtant il faut du discernement ! ».

Un génie discret

Le ‘Hassid, Rav Ouri Ben Cha’har, qui étudia dans la Yechiva « A’heï Tmimim » à Tel Aviv, raconte un épisode qu’il n’oubliera pas : « C’était le jour où nous fêtions la délivrance de Rabbi (Yossef Yits‘hak Schneersohn) en 1939 ou 1940, dans la synagogue Loubavitch de Tel Aviv qui se trouvait à l’époque dans la rue Montéfiore. Après le « farbrenguene » officiel, quelques ‘Hassidim restèrent pour une réunion plus intime. Je me souviens de la présence de Rav M. Gourarié, Rav Na’houm Goldschmidt, Rav Pin’hass Althaus et aussi, Rav Israël Arié Leïb. Le Rav Goldschmidt, qui était un ami proche de « Leïbl » était assis à côté de lui. Après que tous les deux aient bu une quantité appréciable de vodka, Rav Goldschmidt exigea quelque chose de « Leïbl » qui lui aussi exigea quelque chose de Na‘houm.

Certaines choses, ils les demandaient, mais d’autres, apparemment, ils les exigeaient. Mais l’essentiel était le spectacle qu’ils offraient, comment ils se parlaient avec des paroles qui sortaient du cœur et des larmes qui coulaient de leurs yeux comme de l’eau, comme d’une source qui ne tarit pas.

Je n’étais alors qu’un jeune garçon et je ne comprenais pas de quoi ils parlaient mais je garde un souvenir ineffaçable de cette rencontre, avec tous ses détails, comme si cela se passait aujourd’hui ».

Les jours de Sim’hat Torah et Youd Teth Kislev (le 19 Kislev, anniversaire de la libération de Rabbi Schnéour Zalman des prisons tsaristes), il avait aussi l’habitude de boire beaucoup de vodka pendant les « farbrenguens ».

Un jour, Rav Israël Arié Leïb se retrouva dans la Yechiva « Tom’hé Tmimim » en Pologne. Comme il était le fils de Rabbi Lévi Yits’hak, il se retrouva bien vite entouré par les étudiants. Il discutait avec le Rav Yehouda Héber, le Roch Yechiva (directeur) qui se mit à exposer un texte profond et difficile.

Rav Leïbl se taisait, ce qui laissait aux gens présents l’impression qu’il ne comprenait pas de quoi on parlait tant le sujet était ardu. Ce n’est que quand Rav Yehouda eut terminé que, soudain, Reb Leïbl se mit à parler sans s’arrêter, à la grande stupéfaction des participants qui étaient ébahis par la profondeur de ses paroles sur ce passage difficile.

Au cours des années, Reb Leïbl fut obligé de changer de nom et on ne l’appela plus que Gourarié. Même ses amis l’appelaient ainsi.

Aux côtés de son grand frère

En 1930, il fut obligé de s’enfuir de Russie. Il arriva en Europe et s’installa à Berlin.

Dans cette ville habitait déjà son frère, le Rabbi. Ensemble, ils écrivaient régulièrement à leur père avec lequel ils échangeaient des ‘Hidouchim (nouvelles explications de Torah), aussi bien de Guemara que de ‘Hassidout. De temps en temps, alors que le père leur envoyait ses ‘Hidouchim sous forme de fascicules, les fils répondaient avec des annotations et des remarques extraordinaires.

Dans le livre « Likouté Lévi Yits’hak » (p. 258 à 267), nous lisons les lettres que leur envoyait leur père à la date du 24 Tévet 1932, 19 Kislev et 9 Adar Chéni 1932. Voici quelques extraits de ces lettres : la lettre datée du Motsé Chabbat Chemot, 1932, jour de la Hiloula (anniversaire du décès) de Rabbi Schnéour Zalman, que son mérite nous protège, commence ainsi :
« Mes fils chéris, mes trésors de valeur, qu’ils vivent… » et se termine : « Selon la volonté de votre père qui espère que la Miséricorde divine lui permettra de vous revoir en vie, en paix et avec tout le bien ».

D’autres lettres :
« B.H.
Veille du 19 Chevat 1932
Mes (fils) chéris, mes trésors, puissiez-vous vivre,
…Puis-je vous demander, par faveur, de m’envoyer (aussi des remarques sur) les lettres que je vous ai envoyées le 11 Kislev de l’année dernière et du 24 Tévet de
cette année…(J’espère que) vous écrirez des remarques sur tous les sujets qui y sont évoqués…
Je vous ai envoyé en cadeau un grand fascicule, en express, le jeudi avant Pourim, en guise de Michloa’h Manot (cadeau de Pourim).Vous l’avez certainement reçu. Je vous en prie, confirmez-moi que vous l’avez reçu et consultez-le attentivement…
Votre père qui vous aime de tout son cœur et de toute son âme, qui demande et espère de D.ieu, qu’Il aura une grande pitié pour que vous
grandissiez et que vous réussissiez dans (l’étude de) la Torah, dévoilée et secrète, de plus en plus haut, pour que vous marchiez dans Ses voies et ses chemins, pour votre bien.
Lévi Yits’hak CH. S.

« B.H.
Veille du jeudi 9 Adar Chéni, 1932
Mes fils chéris, mes trésors, puissiez-vous vivre de longues années en bonne santé
Afin d’accomplir la Mitsva de Pourim d’envoyer des cadeaux l’un à l’autre – (et le sens ici est d’un père à ses fils, ce qui est le secret du concept de père tandis que le « prochain », c’est le secret de « Z.O »). Inclus ici est un fascicule pour vous deux, le grand avec le petit ensemble…et que cette portion vous soit (aussi chère que) si elle était double.
Quand vous l’étudierez attentivement et que vous vous fatiguerez à son sujet, je suppose que cela vous sera agréable. Il serait normal que je vous envoie aussi des Michloa’h Manot réelles mais, pour le moment, je suis obligé de me contenter de vous envoyer un cadeau de Torah, par lequel se termine la Meguila (rouleau d’Esther) : « Il parlait de paix pour tous ses descendants ». J’espère qu’avec l’aide de D.ieu, cela vous arrivera à temps pour le repas de Pourim et ce serait vraiment très gentil de votre part de me le confirmer immédiatement.
Il serait juste que je vous écrive plus souvent mais – mes trésors – le fait d’écrire m’est très difficile. Cela me prend deux jours pour écrire. Que D.ieu nous aide afin que, l’année prochaine, nous puissions accomplir effectivement la Mitsva de Michloa’h Manot et nous réjouir ensemble durant le repas de Pourim, avec tout le bien révélé, pour nous aussi, Sélah ».

L’immigration en Erets Israël

En été 1933, il ne lui fut plus possible de rester en Allemagne et il décida de monter en Erets Israël. Pour cela, il avait besoin de toute urgence de documents restés en Allemagne nazie et cette démarche était très dangereuse.

Malgré le danger, le Rabbi proposa de prendre le risque lui-même et de voyager depuis Paris – où il s’était installé depuis – en Allemagne, afin d’aider son frère à se sauver.

Mais sa belle sœur, la Rabbanit ‘Haya Mouchka – que son mérite nous protège – craignant pour la vie de son mari, s’engagea à remplir elle-même cette mission. Ce fut elle qui se rendit dans les bureaux du gouvernement nazi au cœur même de l’Allemagne et qui, grâce à son courage, réussit à mener à bien cette mission.

(De fait, pendant son séjour là-bas, elle dut également répondre à des questions personnelles. Les fonctionnaires allemands qui étaient chargés de remplir les papiers étaient très étonnés que tous les noms de famille – le sien, celui de son mari et les noms de leurs parents et même de la mère de son père – étaient tous des Schneersohn. Ceci éveilla la curiosité de l’administration qui soupçonna l’existence de faux papiers. Même quand les fonctionnaires furent obligés de recon- naître qu’il en était effectivement ainsi, ils lui dirent que quand ils allaient – bientôt – conquérir la France et qu’ils entreraient à Paris, ils sauraient la retrouver, elle et son mari : ils sauraient les interroger et les faire parler ! Mais, D.ieu merci, par des miracles évidents, le Rabbi et la Rabbanit parvinrent à fuir Paris avant leur arrivée…)

En 1934, après que tous les papiers nécessaires eurent été fournis, Rav Israël Arié Leïb put monter en Erets Israël et il s’installa à Tel Aviv.
Il travailla comme fonctionnaire-bibliothécaire dans la Biblio- thèque municipale de Tel Aviv.

Le mariage

En été 1939, il se fiança avec Melle Génia.

A cette époque, son père était déjà en exil, dans les profondeurs de la Russie, au Kazakhstan, en Asie centrale. Son épouse, la Rabbanit ‘Hanna l’y avait rejoint.

De fait, nulle personne de sa famille ne put participer à ce mariage.

« Un jour », raconta par la suite sa mère dans ses souvenirs de cette période d’exil, « Rabbi Lévi Yits’hak arriva à la maison, le visage éclatant de bonheur : « Nous avons une bonne nouvelle, Mazal Tov ! ». Sa bonne humeur et son visage rayonnant m’avaient étonnée car depuis longtemps je ne l’avais vu aussi content. Il me montra une lettre qu’il venait de recevoir de M. Ittkine, de Krivoï-Rog qui annonçait qu’il venait de recevoir une nouvelle en provenance d’Erets Israël : notre fils Leïbl venait de se marier ! ». Cette nouvelle était pour nous doublement une bonne nouvelle : c’était le premier signe de vie de notre fils depuis longtemps et, de plus, il se mariait ! Ce fut pour nous une étincelle de lumière qui éclaira l’obscurité de notre exil et cela nous encouragea et nous stimula pour la suite ».

Malgré les difficultés de cette période, Rav Israël Arié Leïb fournit d’énormes efforts pour rester en contact avec le Rabbi et avec les ‘Hassidim qui se trouvaient en Terre Sainte. Il s’installa dans un quartier peuplé de ‘Hassidim et il se rendait souvent dans les « Sim’hot » et les « Farbrenguen » (réunions ‘hassidiques).

Il aimait s’approfondir dans les Maamarim (discours ‘hassidiques) et, en particulier, avec le Rav Na’houm Goldschmidt (que son souvenir soit béni), un ami d’enfance avec lequel il étudiait régulièrement la ‘Hassidout. Il passa de longues nuits avec cet ami ainsi qu’avec Rav Moché Doubinski à discuter de ‘Hassidout. Il savait très bien expliquer dans des mots simples des concepts profonds, avec une clarté remarquable.

Un jour, Reb Na’houm raconta comment il expliquait la ‘Hassidout : « Il parlait avec des mots très simples et apportait des exemples concrets. Une fois, alors qu’il citait les « mots » de la Kabbala, il soupira et dit : « Le fait que je suis obligé d’employer des mots pareils prouve que je n’ai pas encore vraiment compris ce dont il s’agit ! »
J’ai toujours su qu’il avait une bonne tête mais à ce point…

L’amitié entre Rav Israël Arié Leïb et Reb Na’houm se prolongea bien après qu’ils eurent étudié ensemble à l’école. Leurs relations se transformèrent en une amitié profonde, surtout à partir de l’année 1934, quand Rav Israël Arié Leïb arriva en Erets Israël, suivi de peu par Reb Na’houm.

Ils se rencontraient souvent. Le plus souvent, c’était Reb Na’houm qui lui rendait visite sur son lieu de travail, dans la Bibliothèque municipale de Tel Aviv. C’est là qu’ils discutaient avec passion de ‘Hassidout et d’autres sujets.

En 1941, après que son frère – le Rabbi – fut arrivé aux Etats-Unis, ils reprirent contact. Très souvent, le Rabbi lui envoyait depuis New- York des livres et des fascicules qu’il publiait par l’intermédiaire de la Maison d’Edition KeHoT. Plus d’une fois, il fut le premier en Terre sainte qui possédait les dernières parutions et il en faisait profiter les ‘Hassidim autour de lui.
Quand parut pour la première fois le calendrier « Hayom Yom » en 1943, le Rabbi l’envoya à son frère qui, en le recevant, fut enthousiasmé et s’exclama : « Mon frère m’a envoyé son premier manuscrit ! ». Après un certain temps, il se reprit et déclara avec tristesse : « Quel dommage que les gens ne savent pas et ne voient pas ce qui est caché dans ce livre ! »
Par la suite, après avoir lu un certain passage de ce livre, il s’exclama avec stupéfaction : « J’ai toujours su que mon frère avait une bonne tête mais à ce point là, je ne m’en doutais pas ! »

En 1945, le 20 Mar’hechvane, leur première et seule fille naquit. Elle s’appelle Dalia.

Les dernières années de sa vie

A part ses vastes connaissances en Torah, il était très doué pour les langues et pour diverses sciences. En 1948, il reçut une proposition unique de partir compléter ses connaissances en Angleterre. Rav Israël Arié Leïb se tourna vers Rabbi Yossef Yits’hak – de mémoire bénie – et reçut sa bénédiction.

Voici la lettre que lui écrivit Rabbi Yossef Yits’hak :
B.H. 17 Kislev 5708 (1948) Brooklyn –
Mon ami, qui fait partie de la belle famille, honoré et
doué de grandes capacités
M. Leïb, qu’il vive longtemps
Paix et bénédiction
En réponse à la lettre qu’il m’a envoyée le 26 Mar’hechvane dernier, à propos du fait qu’il a décidé de partir en Grande Bretagne pour son travail ;

Ce qui m’intéresse, c’est de faire entrer – avec l’aide de D.ieu – la beauté de Chem dans les tentes de Yéfet, de montrer à la jeunesse juive qui admire et aspire à connaître
les sciences profanes, qu’elles sont nulles par rapport à la profondeur de la sagesse de la Torah.
Je suggère que lors de son voyage, il fasse connaissance avec les grands savants et ceux qui connaissent différentes langues, qu’il s’occupe de faire traduire les livres de la ‘Hassidout ‘HaBaD – en commençant par le livre du Tanya en Anglais, une traduction libre avec des notes fournies qui faciliteront la compréhension des concepts évoqués et leur contenu.
Je suis intéressé (à ce qu’il fasse traduire) les biographies des différents Baal Chem, depuis Rabbi Adam jusqu’à notre maître le Baal Chem Tov et ses élèves, le Magguid de Mézéritch avec ses élèves et les livres qu’ils ont édités avec des histoires à leur propos…

En 1950, dans le cadre de son travail et de ses études, il accepta la proposition et partit s’établir en Angleterre, à Liverpool. Il continua là-bas ses études scientifiques, en particulier dans le domaine des mathématiques tout en donnant des cours et en rédigeant plusieurs communications sur ces sujets. Plusieurs de ces articles ont par la suite été publiés. On y découvre de nombreuses innovations en mathématiques.

Son décès

Le 13 Iyar 1952, Rav Israël Arié Leïb mourut. Après la levée de corps à Liverpool, son cercueil fut acheminé à Londres où eut lieu une autre cérémonie. De là, le cercueil fut transporté par bateau vers Paris puis en Israël.

On se demandait si le Rabbi se rendrait à l’enterrement mais, dans un télégramme qu’il envoya à Reb BenTsione ChemTov (qui s’occupa énormément de tout ce qui concernait cette inhumation), le Rabbi écrivit qu’il n’y avait pas assez de temps pour obtenir « un passeport et un visa » et qu’il ne convenait donc pas de retarder l’enterrement.

Selon les directives du Rabbi durant tout le temps du voyage en bateau, le cercueil fut inséré dans un autre cercueil.

Rav Israël Arié Leïb fut enterré dans le cimetière de Tsfat (Safed) et sur sa pierre tombale, on grava une inscription à la mémoire de son frère, Reb Dov Ber – que son sang soit vengé – qui avait été assassiné par les Nazis – que leur nom soit effacé – durant la Shoah et qui fut enterré dans une fosse commune.

Voici le texte inscrit sur la pierre tombale :
Ici est enterré
Le ‘Hassid doué de qualités Israël Arié Leîb
Frère du ‘Hassid doué de qualités, Dov Ber – que son nom soit vengé – Fils du Rav et Gaone, du Rav et ‘Hassid et Kabbaliste, qui agit énormément pour la Torah et les Mitsvot
Qui ramena de nombreuses personnes pour qu’elles ne fautent pas Lévi Yits’hak
Descendant à la quatrième génération du Rabbi Tséma’h Tsédek
Décédé le 13 Iyar 5712
Que son âme soit reliée au fil de la vie.
Le Rabbi se tint informé du bon déroulement du voyage et de l’enterrement, de la façon dont tenait la pierre tombale etc. Après l’enterrement, le Rabbi s’occupa de la nouvelle résidence de sa belle- sœur et de sa fille.

Vingt cinq ans après le décès, un de ses amis d’enfance entra en Ye’hidout (entrevue privée) chez le Rabbi qui lui dit : « Vous avez bien connu mon frère, racontez-moi quelque chose sur lui». L’homme raconta ce qu’il raconta et le Rabbi lui dit : « Il avait une bonne tête, une bonne mémoire mais il est parti si jeune… Quel dommage ! »

Le deuil

Reb Dov Ber Younik, de mémoire bénie, fidèle de la maison du Rabbi, raconta ce qui se passa alors quand le Rabbi apprit le décès de son frère ainsi que le déroulement de la semaine de deuil :
« Le matin du 13 Iyar 1952, je reçus un coup de téléphone de la regrettée Rabbanit ‘Haya Mouchka : je devais me rendre dans la maison du Rabbi (qui habitait alors au 346 Rue New York, au coin de la Rue Président, au quatrième étage).
« Elle m’annonça alors que la santé de son beau frère, Rav Israël Arié Leïb, le frère du Rabbi, n’était pas bonne : « Il ne va pas bien » puis elle ajouta immédiatement qu’elle ne savait pas comment sa belle mère, la regrettée Rabbanit ‘Hanna accueillerait la nouvelle. Elle craignait qu’elle ne supporte pas la nouvelle.
« De fait, au début je n’ai pas compris la gravité de la situation et je pensais qu’il s’agissait d’une crise cardiaque ou quelque chose de ce genre.
« Après quelques minutes de réflexion, la Rabbanit me demanda d’appeler Rav Chmouël Lévitine. Je l’amenais immédiatement. Elle parla avec lui pendant à peu près une demi-heure et ce n’est qu’après cela qu’elle m’informa de la triste vérité.
« Tôt le matin, la Rabbanit s’était rendue dans le magasin de friandises, Rue Nostrand. C’est là qu’elle téléphona à la famille de son beau frère à Londres. On lui avait appris qu’il avait rendu l’âme à son Créateur. A son retour à la maison, le Rabbi ne s’y trouvait déjà plus car il était parti au 770.

« Après la prière, Rav Chmouël Lévitine était entré dans le bureau du Rabbi et lui avait appris la mort de son frère. Il procéda également à la cérémonie de Kria (déchirer le haut du vêtement en signe de deuil) : il commença et le Rabbi continua la déchirure. Rav Leïb Groner l’aida. Puis le Rabbi écrivit une lettre – de sa main – à sa belle sœur, je suppose que c’était une lettre de consolation et de réconfort et m’a demandé de l’envoyer par la poste.
« Le Rabbi resta durant la semaine de deuil (« Chiva ») dans son bureau, au 770. Ce fut Rav ‘Hodakov qui fut le ‘Hazane pour chacune des prières qui se déroulaient en présence d’une assemblée volontairement restreinte. A la fin des sept jours de deuil, ce fut le regretté Rav Chnéour Zalman Dou’hman qui assuma le rôle de ‘Hazane (officiant) jusqu’au jour de l’anniversaire de deuil compris.
« Le fait de ne réunir qu’un Minyane restreint faisait partie du plan préparé par le Rabbi afin que sa mère, la regrettée Rabbanit ‘Hanna ne soit pas mise au courant de la disparition de son fils car cela aurait nui à sa santé ».

Il convient ici de mentionner quelques uns des moyens employés par le Rabbi pour cacher le triste événement à sa mère :
« Depuis que sa mère était arrivée aux Etats-Unis en 1947, le Rabbi avait pris l’habitude de lui rendre visite chez elle (elle habitait au 1418 Avenue President) chaque jour, le soir vers 19 – 20 heures. Afin qu’elle ne se doute de rien, le Rabbi maintint cette coutume même pendant les sept jours de « Chiva ». Pour qu’elle ne lui pose pas de questions sur le fait qu’il portait des chaussures en toile – qu’un trait blanc entourait – j’ai utilisé du cirage noir pour cacher ce fil blanc.
« Le premier soir, j’ai accompagné le Rabbi jusqu’au coin de l’Avenue Président puis je suis revenu sur mes pas et je suis entré dans un magasin. De là, j’ai appelé la maison de la Rabbanit ‘Hanna. Quand le Rabbi entendit la sonnerie du téléphone, il dit à sa mère qu’elle devait répondre au téléphone et lui souhaita : « Bonne conversation ! » et il sortit de la maison. C’est ainsi que j’ai trouvé toutes sortes d’astuces, en changeant chaque soir de prétexte, tout cela pour que le Rabbi ne soit pas obligé de rester trop longtemps dans sa maison et qu’elle ne remarque pas qu’il respectait les lois du deuil, que D.ieu nous en préserve…
« De même le Rabbi m’a dit à l’époque qu’il fallait éviter que des gens envoient des lettres de condoléance et me demanda de lui apporter le courrier de sa mère. Il vérifiait puis me demandait d’apporter les lettres qui convenaient dans sa boîte aux lettres. Cela dura plusieurs mois.
« Sa belle fille et sa petite fille lui envoyaient des lettres et écrivaient que leur mari et père était très occupé avec ses études, ce qui faisait qu’il n’avait pas le temps d’écrire. Au bout de quelques mois, la Rabbanit confia à Reb Younik qu’elle s’inquiétait car elle ne recevait plus de lettres de son fils de Londres et que cela lui faisait de la peine. Et elle ajouta : « En parler à mon fils (le Rabbi) , je ne le veux pas : il a suffisamment de soucis en dehors de cela. D’ailleurs, en général, j’essaie de ne lui raconter que des choses qui lui feront plaisir ».
Reb Berel Younik expliqua à la Rabbanit ‘Haya Mouchka que sa belle mère commençait à se douter que quelque chose, à Londres, ne se passait par comme il convient…Une semaine plus tard, le Rabbi lui confia une lettre que sa belle sœur adressait à sa belle mère – la Rabbanit ‘Hanna : dans la marge, le Rabbi avait ajouté quelques lignes, comme si elles avaient été écrites par son frère. Reb Younik la déposa dans la boîte aux lettres.
Ce soir-là, la Rabbanit ‘Hanna annonça, toute joyeuse, à Reb Younik qu’elle avait – enfin ! – reçu une lettre de son fils de Londres…
« Quelques jours avant Chavouot, le Rabbi attira mon attention sur le fait qu’il fallait organiser un système pour que la Rabbanit reçoive un télégramme au nom de son fils et de sa famille en l’honneur de la fête. Apparemment, telle était l’habitude de Rav Israël Arié Leïb : envoyer un télégramme à sa mère avant chaque fête. C’est pourquoi il fallait trouver un moyen d’envoyer un télégramme afin que la Rabbanit ne s’inquiète pas si elle ne recevait pas de télégramme…
« J’ignorais comment il serait possible de « falsifier » un télé- gramme – continue Reb Younik – mais la Rabbanit (‘Haya Mouchka) me dit de me rendre au secrétariat du Rabbi, d’en prendre un télé- gramme quelconque qui serait arrivé ce jour-là et qu’elle me montre- rait comment faire. J’ai apporté un télégramme ; elle prit une bouil- loire, y fit bouillir de l’eau puis me montra comment utiliser la vapeur. Quand j’eus terminé, Reb Chalom Mendel Simpson écrivit un texte et le même jour, nous avons donc pu envoyer un télégramme à la Rab- banit ‘Hanna…
« A propos des efforts que j’ai fournis à ce moment-là, le Rabbi m’a dit (il me semble que c’était à la fin de l’année de deuil) : « Je vous ai chargé d’une mission qui semble ne pas correspondre aux recommandations du Choul’hane Arou’h. Que D.ieu fasse que, grâce à cela, vous soyez quitte ! »
« Nous avons agi ainsi, selon le vœu émis par le Rabbi et la Rabbanit (‘Haya Mouchka) pour chaque fête jusqu’au décès de la Rabbanit en 1964. Ils veillèrent jusqu’au bout à ce que la triste nouvelle ne parvienne pas aux oreilles de la Rabbanit ‘Hanna.
Le fait est que la Rabbanit ‘Hanna ne sut jamais la vérité comme en atteste l’histoire suivante, rapportée par Reb Yé’hezkel Besser : « Après le décès du frère du Rabbi, j’ai une fois rendu visite à la Rabbanit ‘Hanna (je lui rendais souvent visite car j’avais été très proche de son fils, Leïbl). La Rabbanit me demanda un jour quand je devais voyager en Europe. Je répondis : « La semaine prochaine ».
Elle me demanda si je devais faire une escale à Londres, je répondis que oui. Alors elle me demanda : « Pouvez-vous rendre visite à Leïbl ? ». Je compris tout à coup qu’elle n’était pas au courant de la triste vérité… »

Sa famille

Son épouse, Génia de mémoire bénie ;
sa fille unique, Dalia, puisse-t-elle vivre longtemps, et les fils de celle-ci : Ariel et Daniel.

La Brit Mila du fils aîné eut lieu à Washington et la Rabbanit envoya non seulement tout le repas de fête mais aussi dix hommes qui participèrent à la cérémonie. Rav Yé’hezkel Besser était le « Sandek » (celui qui tient le bébé sur ses genoux).
Il raconta que Dalia proposa de demander au Rabbi quel nom donner à l’enfant.
Rav Yé’hezkel en discuta avec la Rabbanit et, au bout d’un quart d’heure, celle-ci téléphona et déclara :
«C’est au père et à la mère de décider du nom ! »
« Mais ils vous demandent ce que le Rabbi en dit ! »
« C’est à eux de décider ! »
« C’est le Rabbi qui a dit que c’est à eux de décider ? »
Elle rit et dit : « Voulez-vous que je ne vous donne que mon opinion ? »
« Non, je suis sûr que vous me rapportez les paroles du Rabbi ! »
En riant, elle remarqua : « Cela, ce n’est pas moi qui l’ai dit ! »
Après cela, ils demandèrent aussi conseil quant à l’endroit où effectuer la Brit Mila et, finalement, elle eut lieu à Washington.
L’enfant fut appelé Ariel d’après son grand père, Israël Arié Leïb.
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