En 1947, le futur Rabbi de Loubavitch effectue un séjour mémorable de trois mois à Paris pour accompagner sa mère vers l’Amérique. Cette visite marque un tournant dans l’histoire de la communauté Habad française. Le 28 Sivan, date de l’arrivée de la Rabbanit Hanna en Amérique, demeure gravé dans les mémoires comme l’aboutissement de ce voyage exceptionnel.
De la fin du mois d’Adar au 21 Sivan 1947, le Rabbi effectue un séjour prolongé à Paris pour accompagner sa mère, la Rabbanit Hanna, dans sa préparation au voyage vers les États-Unis. Cette visite de trois mois transforme la petite communauté Habad parisienne par les enseignements prodigués et les liens tissés. Le Rabbi organise de nombreuses réunions, célèbre Pessa’h selon la tradition, et laisse une empreinte durable avant de partir le 21 Sivan, permettant à sa mère d’atteindre l’Amérique le 28 Sivan 1947.
L’exode dramatique de Russie
Après la Seconde Guerre mondiale, la Russie permet discrètement aux citoyens polonais de retourner dans leur pays, fermant les yeux sur la falsification massive de documents d’identité. Les Hassidim de Habad saisissent cette opportunité pour fuir vers les pays libres, avec la bénédiction de l’Admour Rayats.
La Rabbanit Hanna, mère du Rabbi, fait partie de ces fugitifs. Elle s’échappe avec les faux papiers de ‘Mouma Sarah’, l’une des organisatrices de l’évasion qui lui sacrifie sa propre identité falsifiée. Cette femme courageuse reste en Russie, sachant que le KGB la recherche, et y trouve la mort.
Après avoir quitté Lvov, la Rabbanit séjourne dans le camp de réfugiés de Pocking avant d’arriver à Paris à la fin de l’hiver 1947. Elle s’installe chez un parent, le Gaon Rav Shnieur Zalman Schneierson.
La première rencontre après vingt années
Vers Pourim 1947, le Rabbi arrive à Paris par avion – la seule et unique fois qu’il utilisera ce moyen de transport. Les Hassidim de Habad souhaitent l’accueillir à l’aéroport, mais pendant leur attente, ils reçoivent un télégramme de l’Admour Rayats : « Béni sois-tu à ton arrivée ». Ils comprennent que le Rabbi est déjà là.
Effectivement, quelques minutes plus tard, le Rabbi arrive en taxi à la maison où réside sa mère. Celle-ci était sortie faire des courses. Le Rabbi se rend alors à la synagogue du deuxième étage chez Rav Schneierson, prie, puis descend retrouver sa mère. Après leur première rencontre en vingt ans, ils s’isolent dans une pièce adjacente.
Plus tard, le Rabbi rejoint les Hassidim pour une réunion. Il évoque alors Yossef qui n’avait pas vu son père pendant vingt-deux années, et fond en larmes devant l’assemblée émue.
Le quotidien parisien du Rabbi
Le Rabbi s’installe dans une chambre d’un hôtel luxueux du centre de Paris, où il passe la majeure partie de ses journées. Rav Yaakov Lipsker s’occupe de lui apporter quotidiennement ses repas.
Chaque jour, le Rabbi rend visite deux fois à sa mère et dîne avec elle le soir. Les Chabatot et jours de fête, il effectue le long trajet à pied pour respecter les prescriptions religieuses.
Les Chabatot, le Rabbi prie dans la synagogue du deuxième étage chez Rav Schneierson. Chaque semaine, on lui fait l’honneur d’une montée à la Torah en troisième ou comme Maftir, et il fait un don de 300 francs.
Les réunions mémorables
Tout au long de son séjour, le Rabbi organise plusieurs réunions avec la communauté Habad locale, principalement les Chabatot et les jours de fête. Ces rassemblements se prolongent souvent jusqu’à l’aube.
Pour le 2 Nissan, le Rabbi tient une réunion chez Rav Schneierson, commençant par un nigoun qu’il présente comme l’une des innovations de l’Admour Rachab. Durant ce séjour, la Rabbanit Hanna révèle aux Hassidim que le 11 Nissan est l’anniversaire de son fils. Les Hassidim demandent au Rabbi une réunion spéciale, organisée cette fois à l’étage supérieur, où il parle de la signification spirituelle des anniversaires.
Le Pessa’h Chéni, le Rabbi organise une réunion plus courte, se terminant à l’heure habituelle de sa visite du soir chez sa mère. Pour Lag BaOmer, il anime deux réunions distinctes : une avec un groupe d’anciens qui ont réussi à quitter la Russie après Pessa’h et séjournent à l’hôtel ‘Prima’, et une autre à la synagogue du ‘Plétzel’ où il exprime avec émotion combien ses prédécesseurs avaient des Hassidim exceptionnels immergés dans l’étude et la prière, tandis que son beau-père doit s’occuper d’enseigner l’alphabet aux jeunes enfants.
Des préparatifs minutieux
Pour Pessa’h, le Rabbi demande à Rav Lipsker de se procurer des raisins frais pour préparer du vin, refusant de se contenter de vin de raisins secs. Il apporte lui-même les matsot de New York.
Le Rabbi exige l’achat de vaisselle neuve pour la fête, un ustensile différent pour chaque aliment, et ordonne à Rav Lipsker de tout faire personnellement sans accepter d’aide. Le Rabbi procède lui-même à l’immersion rituelle de la nouvelle vaisselle.
Les cérémonies de Pessa’h se déroulent chez Rav Schneierson, dans sa grande maison de trois étages : le rez-de-chaussée servant d’entrepôt, l’étage intermédiaire accueillant les réunions – là où se tient le Séder – avec une bibliothèque, le bureau de Rav Schneierson, des salles de classe et une cuisine, et l’étage supérieur comprenant deux appartements et une synagogue.
L’enseignement public
Bien que le Rabbi reste la plupart du temps dans sa chambre d’hôtel, il répond plusieurs fois aux supplications de la communauté locale pour enseigner à la synagogue du quartier du ‘Plétzel’, où il priait durant son séjour parisien de 1933 à 1940.
Lors de sa première intervention, il s’enquiert des habitudes d’étude entre Min’ha et Arvit, puis enseigne pendant deux heures sur la Halakha et le pilpoul autour des paroles de nos Sages dans ‘Ein Yaakov’, suscitant l’émerveillement de tous les auditeurs. L’assemblée demande à l’entendre à nouveau après Arvit, et le Rabbi poursuit son enseignement sur les cours réguliers étudiés après la prière du soir, reliant finalement les trois sujets.
L’action dans la rue
Lors d’une autre occasion, le Rabbi exhorte les membres de la communauté à s’engager dans la diffusion du judaïsme. Face aux objections sur les difficultés, le Rabbi sort dans la rue, monte sur une caisse et agite un mouchoir jusqu’à attirer des Juifs autour de lui. Il commence alors à discuter avec eux de sujets juifs, puis propose d’entrer dans une synagogue proche pour prier Min’ha. Nombreux sont ceux qui suivent le Rabbi dans la synagogue et prient avec émotion.
Des présents chargés de sens
Avant son départ, le Rabbi offre des cadeaux d’adieu aux familles Schneierson et Botman qui l’ont hébergé et servi, lui et sa mère, pendant ces trois mois parisiens.
À Rav Botman, il remet un sidour Torah Or avec le ma’hzor, des fascicules du Hatamim et plusieurs articles et opuscules imprimés en Pologne. Aux femmes, il offre un service luxueux d’assiettes en porcelaine. À la petite Léa Botman, il donne un album de timbres, à l’enfant Shalom Dov Ber Schneierson, cinq Houmachim reliés en un volume et les quatre parties du Choul’han Arouch édition Horev, à l’enfant Shalom Dov Ber Botman, il offre le livre des Ma’amarim en yiddish, à la petite Léa Cohen un album de timbres, au jeune Samuel Men’hem Mendel Botman une bicyclette, et à la petite Myriam Botman une grande toupie.
Plusieurs membres de la communauté reçoivent également des fascicules et opuscules de l’Admour Rayats. À Taïbel Lipsker, le Rabbi envoie par l’intermédiaire de son mari des opuscules de ‘Likoutei Diburim’, et à la petite Ra’hel Donin, il apporte un sidour.
La dernière réunion inoubliable
Le dernier Chabat avant son départ, le Rabbi apporte le journal de détention de l’Admour Rayats, dactylographié sur des pages format folio. Les membres de la communauté se partagent les pages, chacun lisant sa part avant de la transmettre au suivant.
Le dimanche 20 Sivan, dernière nuit avant son voyage avec sa mère par bateau, le Rabbi organise une réunion d’adieu qui dure toute la nuit, plus de onze heures, se terminant vers huit heures du matin. Il sort alors danser avec les enfants de l’école talmudique voisine, venus pour leur nouvelle journée d’étude.
Les moments les plus intenses de cette réunion surviennent quand le Rabbi circule parmi les participants, expliquant à chacun la signification de son prénom selon la dimension révélée et cachée de la Torah, et comment ce nom correspond à ses traits de caractère et à sa mission dans le monde.
Le départ vers l’Amérique : 28 Sivan, une date historique
Le lendemain, lundi 21 Sivan, le Rabbi part à 11h00 du matin en train vers le port. De là, il embarque avec sa mère la Rabbanit sur le navire ‘Mauritania’ en direction des États-Unis.
Le 28 Sivan 1947 marque l’arrivée de la Rabbanit Hanna en Amérique, couronnant ce voyage exceptionnel. Cette date reste gravée dans l’histoire comme l’aboutissement d’un périple qui aura transformé non seulement la vie de la mère du Rabbi, mais aussi celle de la communauté Habad parisienne.
Les transformations profondes
Cette visite de trois mois laisse des traces indélébiles. La petite communauté Habad de Paris sort transformée de cette expérience. Les enseignements prodigués, les liens personnels tissés et l’exemple donné par le Rabbi marquent profondément tous ceux qui ont eu le privilège de le côtoyer.
Les dons en argent collectés, la rédemption d’objets ayant appartenu aux dirigeants précédents du mouvement, l’établissement de branches d’institutions Habad et surtout l’attachement personnel au Rabbi constituent l’héritage durable de ces trois mois parisiens.
Le 28 Sivan demeure ainsi une date charnière, symbolisant non seulement l’arrivée de la Rabbanit Hanna sur le sol américain, mais aussi l’achèvement d’une période fondatrice pour le judaïsme hassidique en France. Cette visite historique de 1947 pose les jalons de ce qui deviendra plus tard un réseau mondial d’institutions et de communautés Habad.














