Rare Si’ha de Chavouot 5751 du Rabbi, sur un commentaire de Morde’hai Leifer de Nadvorna, l’auteur du « Maamar Morde’haï »

Rare Si’ha de Chavouot 5751 du Rabbi, sur un commentaire de Morde’hai Leifer de Nadvorna, l’auteur du « Maamar Morde’haï »

Comme on le sait, chaque année, à la fin du premier jour de la fête de Chavouot, des milliers de hassidim de Loubavitch partaient  en ‘Tahalou’ha’ pour se réjouir dans des centaines de synagogues et de maisons d’études à travers New York, conformément à volonté du Rabbi. Lors de leur retour au 770, le Rabbi  les accueillait et leur adressait une Si’ha spéciale.

Lors de la fête de Chavouot 5751, c’était la dernière fois que nous avons entendu les paroles sacrées du Rabbi à l’occasion de la fête de Chavouot. Dans son discours, le Rabbi a mentionné les enseignements de Rabbi Morde’hai Leifer de Nadvorna, l’auteur du Maamar Morde’haï, sur le sujet de la fête de Chavouot, et a expliqué cela en profondeur :

En ce qui concerne la fête de Chavouot, nos Sages ont déclaré qu’il est universellement admis que la célébration de la fête devrait également nous apporter une satisfaction matérielle. Les Rebbeim polonais (Rabbi Morde’haï de Nadborna) ont fait remarquer que les mots hébreux qui véhiculent ce concept, נמי לכם, sont numériquement équivalents au mot « Kets », la fin des Temps, qui fait référence au temps fixé pour la venue du Machia’h.

Il existe un lien intrinsèque entre ces concepts et la fête de Chavouot. Chavouot marque le yahrzeit du roi David et ainsi, comme les yahrzeit de tous les tsaddikim, « apporte le salut dans les profondeurs de la terre », une expression qui, dans un sens ultime, fait référence à la Rédemption future. Chavouot marque également le yahrzeit du Baal Shem Tov et est également lié à Moché Rabénou, car « Moché a reçu la Torah du Sinaï ».

Puissions-nous mériter la venue du Kets dans un avenir immédiat et ainsi, nous continuerons la célébration de la fête de Chavouot en Erets Israël, étant immédiatement rassemblés sur notre Terre Sainte avec tous les exilés d’Israël d’une manière convenant à une année où « Je vais vous montrer des merveilles. » « Avec nos jeunes et avec nos aînés… avec nos fils et avec nos filles », nous irons à Jérusalem et au Beth Hamikdach.

Et là, nous vous offrirons nos sacrifices que nous sommes tenus d’apporter: les holocaustes quotidiens selon leur ordre et les offrandes de Moussaf selon leur règle. » Cela inclura les sacrifices que nous apporterons le deuxième jour de Chavouot à l’ère de la rédemption. (La nature exacte de ces sacrifices est inconnue. Cependant, des sacrifices seront apportés ce jour-là.)

Ensuite, nous continuerons notre vie ensemble en Terre Sainte, à Jérusalem, et dans le Beth Hamikdach dans lequel se trouve le Saint des Saints, qui contiendra l’Arche où seront placées les Tablettes des Dix Commandements (pas seulement les Deuxièmes Tables, mais aussi les Premières).

Puissions-nous nous rendre immédiatement en Erets Israël. (De manière significative, מיד), l’hébreu pour « immédiatement », est un acronyme pour les noms des trois dirigeants juifs mentionnés précédemment Moché, Israël (Baal Chem Tov) et David ( משה, ישראל, דוד). Et puissions-nous mériter le Kets avec la venue de la Rédemption ultime, par le Machia’h.

C’est un fait très étonnant que les paroles brèves et condensées de Morde’hai Leifer de Nadvorna, qui sont au-delà de la compréhension humaine, ont été élargies et expliquées par le Rabbi pour apporter les points de la Torah du Baal Shem Tov et de la Hassidout en générale avec compréhension et passion, de manière à « connaître le Seigneur ».

Il est intéressant de noter que le Rabbi a répété l’enseignement du Morde’hai Leifer de Nadvorna à deux autres occasions : en privé pour les invités après la fête de Chavouot – le 10 Sivan 5751, et dans le cours de la semaine de la Parasha Nasso le 12 Sivan, ce qui témoigne de l’importance particulière de ces paroles.

À cette fin, nous présentons le texte en hébreu, qui incluent les principes de la Hassidout en général et de la Hassidout Habad en particulier, et le lien entre la fête du Don de la Torah et la rédemption de l’ensemble d’Israël.

Il est possible de télécharger le fichier et de le diffuser.

 


Rabbi Morde’haï Leifer de Nadvorna (né le 10 mai 1824 à Nadvorna, Royaume de Galicie et décédé le 15 octobre 1894 à Bushtyno, Royaume de Hongrie) était le deuxième Grand Rabbi de la dynastie hassidique de Nadvorna et un descendant de Rabbi Meir le Grand de Premishlan, le fondateur de la dynastie.

Né à Nadvorna, il était le fils du premier Rabbi de Nadvorna, Rabbi Yisachar Bertzi, et de son épouse Rachel, la fille du Rabbi Abraham Leib Bloch. Son parrain était son oncle maternel, Rabbi Meir de Premishlan, qui a dit de lui que son âme provenait de celle de Morde’haï Hayéhoudi, d’où son nom.

Il a épousé Haya, la fille de Rabbi Chmouel Shmelke Taubes de Yash, le fils de Rabbi Aaron Moshe Taubes. Après le décès de Haya le 8 Tishrei 1892, il a épousé Freida, la veuve de Rabbi Gershon de Oliyinov.

Les grands rabbins de son époque, y compris Rabbi Avraham Yehuda Schwartz, l’auteur du She’elot u’Teshuvot Kol Aryeh, l’ont loué même lorsqu’il était un jeune homme. Rabbi Israël de Vizhnitz a déclaré : « Rabbi Morde’haï est au-dessus du temps et de l’esprit », tandis que Rabbi Israël de Ruzhin et Rabbi Haïm Halberstam de Tsanz l’ont respecté et aimé alors qu’il était encore un jeune homme.

Après son mariage, il a déménagé à Nadvorna, où il a servi comme Rabbi à la suite de son père. Puisqu’il avait un frère qui était aussi Rabbi à Nadvorna, il a déménagé en Hongrie, où il a servi comme Rabbi dans divers endroits, dont Kibyushod et Hust. De Hust, il a déménagé à Bushtyno, où il est devenu l’un des plus grands rabbins de son époque, reconnu comme un Tsaddik et un faiseur de miracles. Des milliers de personnes ont afflué de toute l’Europe pour le rencontrer, jusqu’à sa mort.

Sur sa tombe, un édifice pour les visiteurs, une synagogue et un mikve (bain rituel) ont été construits. Des milliers de personnes visitent sa tombe tout au long de l’année, en particulier pendant les neuf jours entre le 1er et le 9 Av, où il a promis le salut à ceux qui visitent sa tombe.

Ses élèves les plus célèbres étaient Rabbi Yeshaya Steiner (connu sous le nom de Reb Yeshayale de Kerestir) et le Rabbi Moshe Greenwald.

Les enfants de Rabbi Morde’haï Leifer de Nadvorna étaient :

  • Rabbi Its’hak Leifer de Stanislav
  • Rabbi Yissachar Ber Leifer de Satmar (1835 – 22 Elul 1906)
  • Rabbi Meir Rosenbaum de Kretshnif (1838 – 30 Sivan 1908)
  • Rabbi Israël Yaakov Leifer de Hust (Décédé le 9 Adar II 1929)
  • Rabbi Aharon Moshe Leifer (1836 – 7 Heshvan 1925)
  • Rabbi Yossef Leifer de Debrezin et Nirehaz

Il avait également deux filles:

  • Bina, l’épouse de Rabbi Abraham Joseph Igra de Zholin, Kishinev et Cracovie (Décédée le 24 Elul 1878).
  • Yocheved, qui est décédée jeune.

La pierre tombale de Yocheved, la fille de Rabbi Morde’haï, existe toujours.

Netilat Yadaïm du matin, pourquoi deux fois? – Rav Yossef Itshak Havlin

Netilat Yadaïm du matin, pourquoi deux fois? – Rav Yossef Itshak Havlin

Ce texte explique la signification profonde de la coutume ‘Habad de se laver les mains deux fois le matin au réveil. Le premier lavage vise à éliminer l’impureté spirituelle qui s’attache aux mains pendant le sommeil, tandis que le second lavage, accompagné d’une bénédiction, sanctifie la personne et élève ses traits de caractère. L’eau utilisée représente la sagesse et l’abnégation, permettant de transformer les traits négatifs en traits positifs et saints.

 

Il y a deux lavages des mains, comme le veut la coutume ‘Habad : d’abord on se lave les mains près du lit, en veillant bien à ce que ce soit près du lit. Puis, après être allé aux toilettes et s’être habillé, on se lave à nouveau les mains. On prend donc une serviette, on se lave les mains, puis on commence les bénédictions du matin – Al Netilat Yadayim, Asher Yatsar, etc.

Il y a deux raisons à ces lavages des mains :

Lorsque le corps monte durant la nuit, la kelipa (force impure) et l’esprit impur viennent s’attacher au corps. Car le jour, quand l’âme est présente, ils n’ont pas le pouvoir de s’attacher. L’âme sainte ne les laisse pas s’habiller sur elle. Mais quand elle se retire, ils trouvent l’opportunité d’entrer. Et quand l’âme redescend, ils restent accrochés aux extrémités des doigts, au bout des mains. C’est pourquoi on se lave les mains, car cette impureté est là durant la nuit. C’est une première raison.

La deuxième raison est qu’il est écrit dans le Shaarei Orah que de même qu’un Cohen qui se sanctifie doit se laver les mains et faire une immersion avant le service, nous aussi, avant d’aller servir D.ieu, ce qui est comme les sacrifices, nous devons nous laver les mains. Comme le Cohen le fait avant son service dans le Temple.

D’abord, on doit se laver les mains. C’était la première ablution. Puis il y a le second lavage des mains. [Le premier] juste après s’être réveillé, avant même de descendre du lit. Et [le second] avant de commencer les bénédictions du matin, on se lave à nouveau les mains correctement.

Soit dit en passant, le Rabbi insistait beaucoup sur le fait que cela devait être près du lit. Et dans le livre que nous avons publié il y a un an, « Mena’hem Tzion », il est écrit que le Rabbi plaçait non pas un seul récipient, mais deux ou trois récipients, car s’il se réveillait au milieu de la nuit, il se lavait les mains à chaque fois, pas seulement une fois à la fin. Nous savons que celui qui servait le Rabbi, lui préparait le lavage des mains. Une nuit, il a vu le Rabbi descendre du deuxième étage au premier pour aller chercher de l’eau dans un récipient, car le Rabbi veillait scrupuleusement à ce que l’eau du lavage des mains ne provienne pas de la salle de bain ou des toilettes, mais de l’extérieur. Le Rabbi insistait beaucoup pour que l’eau ne provienne pas de la salle de bain. Depuis, [le secrétaire] mettait deux ou trois récipients pour le Rabbi afin qu’il n’ait pas besoin de redescendre chercher de l’eau.

Durant tout le sommeil, le corps est impur, et lorsque l’âme revient, il redevient pur mais l’impureté reste sur le bout des ongles des mains seulement. Cette impureté est retirée par le lavage des mains à l’eau.

Pourquoi l’esprit impur s’attache-t-il spécifiquement au corps d’un Juif ? J’ai vu une parabole quelque part : c’est comme les voleurs, où vont-ils voler ? Ils ne vont pas cambrioler des maisons vides, mais des maisons de riches. Pourquoi ? Car c’est là qu’il y a quelque chose à voler.

Il en va de même ici : l’esprit impur s’attache à un endroit de sainteté, là où il y a de la sainteté. C’est pourquoi les non-Juifs ont toujours cherché à installer leurs monastères sur des lieux saints – sur le Mont du Temple où ils ont mis la mosquée, également à Hébron au Caveau des Patriarches. Simplement, la kelipa s’attache aux endroits où il y a de la sainteté.

Alors qu’un non-Juif, il n’y a aucune raison que [l’impureté] s’y attache. Il faut comprendre pourquoi les ongles restent impurs bien que tout le corps redevienne pur avec le retour de l’âme. Pourquoi les ongles ne sont-ils pas purifiés avec tout le corps ?

Lorsque l’homme se lève, si l’esprit impur le quitte, pourquoi reste-t-il sur les ongles, au bout des doigts ? C’est ce que nous savons maintenant. Il y a un maamar du Rabbi Rashab qui l’explique :

Les mains représentent les midot (traits de caractère) – la main droite représente la bonté et la main gauche la rigueur. Ce sont des midot saintes, mais au bout se trouvent les ongles, qui symbolisent le mal pouvant découler des bonnes midot.

Par exemple, quand on réprimande son prochain pour l’améliorer, c’est fondamentalement une critique positive, comme le dit le dicton ‘hassidique : « Aime la critique car elle t’élèvera réellement ». La critique est une bonne chose, la Torah dit aussi « Hokhea’h Tokhi’ah », il faut réprimander.

Mais parfois la réprimande est accompagnée d’ongles qui griffent. Réprimander est une bonne chose, avec l’amour d’Israël, c’est important, mais parfois on peut y introduire aussi du mal. La réprimande elle-même est bonne et souhaitable, mais cela dépend de la façon dont elle est faite. Si elle est faite de façon exagérée et extrême au point de blesser et peiner l’auditeur, c’est cela le sens de l’impureté accrochée aux ongles même quand tout le corps est pur et saint.

La main droite c’est le ‘Hessed, la main gauche la Guevoura. D’un côté c’est la sainteté, c’est tout bon, mais il y a une certaine aspiration des forces extérieures, « les ongles » qui sont le mal de cette Midah.

Un autre exemple de midot négatives émergeant de midot positives se trouve dans les paroles de nos Sages. Il est écrit qu’Abraham était la Midah de ‘Hessed mais Ismaël est issu de lui. D’Isaac, Ésaü est issu. Sur Jacob il est dit que « sa couche était complète », que tout était parfait. Mais pour Abraham il est écrit qu’Ismaël en est issu, et d’Isaac qu’Ésaü en est issu.

D’Abraham notre patriarche qui était un homme de bonté, aimant D.ieu et Ses créatures, Ismaël est issu, qui représente le ‘Hessed de la kelipa. Et d’Isaac qui servait D.ieu avec la Midah de Guevoura, craignant Isaac, Ésaü est issu, qui représente la Guevoura de la kelipa.

C’est-à-dire qu’il y a toujours une certaine influence de la sainteté vers la kelipa. Même dans le service divin, il y a une possibilité qu’à partir d’une pensée de sainteté vienne un ‘Hessed de kelipa.

Un Juif prie avec une grande ferveur et un grand amour de D.ieu, son âme s’échauffe de la chaleur de la sainteté, se rapproche du Saint béni soit-Il, et c’est bien sûr un phénomène tout à fait positif. Mais parfois, cette ferveur peut faire qu’après la prière, lorsqu’il s’assied pour manger, il se jette sur la nourriture avec ferveur, car cette ferveur a pris une autre direction. La ferveur qu’il avait dans la prière s’est transposée  aux désirs de ce monde. De l’amour de D.ieu a découlé l’amour de ce monde.

Il en va de même pour la Midah de Guevoura. Un Juif prie D.ieu, médite sur Sa grandeur jusqu’à atteindre une compréhension profonde et un sentiment réel que D.ieu est présent et proche.

C’est-à-dire que cette méditation amène à la crainte, pas à l’amour. C’est la crainte du Saint béni soit-Il « qui est là et voit tout ce qu’il fait, pour voir si Son serviteur agit correctement ». C’est un phénomène tout à fait positif qu’une personne craigne D.ieu.

Mais de cela peut découler un état de contraction de l’âme, où la personne s’isole et se replie sur elle-même. Et bien que cette contraction pendant la prière soit positive et vienne du côté de la sainteté, si après la prière le Juif poursuit son chemin avec un mouvement de contraction et de crainte, sa conduite sera faite de tension, de nervosité, d’impatience envers son entourage, une conduite avec la Midah de Guevoura de la kelipa, qui finit par s’exprimer dans la colère et le manque d’égard pour autrui. C’est-à-dire qu’une personne qui entre dans un tel sérieux, dans une telle crainte de D.ieu, cela peut rester chez lui sous forme de nervosité, d’exigence. Qu’est-ce que la nervosité et l’exigence ? C’est la force de Guevoura, la force d’être exigeant sur chaque chose. Il y a donc la sainteté dans son service de D.ieu, mais ensuite cela peut aussi affecter les choses matérielles, ce qui n’est pas bon.

Le Rabbi explique pourquoi deux lavages des mains sont nécessaires.

Il dit que la réparation des mauvais traits de caractère est similaire à la médecine physique, comme pour soigner des dents. Par exemple, tant que la dent fait mal et est infectée, on ne peut pas faire un traitement de fond. D’abord, il faut apporter les premiers soins, soulager la douleur et guérir l’infection. Ce n’est qu’ensuite qu’on peut faire un traitement de la racine et transformer une dent malade en dent saine.
C’est-à-dire qu’il y a d’abord la nécessité d’éliminer le mal, on ne peut pas réparer le trait de caractère d’un coup. Il faut d’abord apporter les « premiers soins ».

Il en va de même pour la guérison des mauvais traits de caractère. Dans un premier temps, il faut surmonter l’intensité du trait de caractère et le neutraliser. Dans un second temps, une fois le trait de caractère apaisé, il faut le traiter en profondeur, en méditant sur la nature du trait existant et sur celle du trait souhaité. L’objectif final du traitement est de le transformer en un bon trait de caractère.

Maïmonide aussi, lorsqu’il parle de la façon de s’éloigner des mauvais traits de caractère, dit qu’il faut d’abord aller dans la direction opposée, comme on dit « fuir ». Après la période où la personne fuit dans la direction opposée, elle peut revenir à la voie médiane. C’est-à-dire qu’elle peut alors réparer le trait pour qu’il soit équilibré. Mais au début, quand il est « malade », il faut simplement le fuir.

L’homme peut passer d’une expérience émotionnelle authentique et spirituelle à une expérience émotionnelle matérielle et superficielle. La méditation permet de faire comprendre que l’essentiel n’est pas l’expérience émotionnelle mais son but : accomplir la Torah et les Mitsvot dans une vie conforme à la loi juive. Quand la vérité illumine l’expérience émotionnelle, alors le trait de caractère attire la personne vers l’amour de D.ieu.

Donc la première chose à faire, c’est le premier lavage des mains. On commence à réfléchir à ce qu’il faut vraiment faire avec ce trait de caractère, à quoi il doit conduire. Il doit mener à un plus de sainteté, d’amour et à la crainte de D.ieu.

C’est à cela que servent les deux lavages des mains le matin. Le premier est destiné à enlever l’impureté, c’est-à-dire à se détacher du mauvais trait. Le second sanctifie la personne, et on y soulève les mains avec la bénédiction, car il élève le mauvais trait et le transforme en un trait saint. C’est pourquoi il y a deux lavages des mains.

C’est la coutume ‘Habad. D’abord on place un récipient d’eau et on se lave les mains près du lit, sans même poser les pieds par terre.

Le Rabbi était très strict sur le fait de ne pas prendre d’eau des toilettes. Une fois, le Rabbi a visité la Yeshiva pour voir le dortoir, voir comment les choses se passaient. Il voit un étudiant sortir des toilettes après s’être lavé les mains dans les toilettes. Le Rabbi demande à l’étudiant : « Pourquoi n’as-tu pas fait la bénédiction à l’intérieur ? » Donc il ne pouvait pas non plus se laver les mains à l’intérieur. Le Rabbi a vraiment insisté là-dessus.

La sanctification des traits de caractère se fait par le déversement d’eau. Qu’est-ce que l’eau ? Comment l’eau en quelque sorte élimine cette impureté des ongles ?

L’eau fait allusion à la sagesse, dont l’essence est l’abnégation. Lorsque l’on verse l’eau, la sagesse, sur les ongles, on opère l’abnégation et la transformation des traits de caractère en traits saints.

Dans le langage ‘hassidique, « le cerveau domine le cœur ». L’eau, c’est l’abnégation . Sa nature est de descendre dans les niveaux les plus bas. L’eau, c’est le fondement de l’abnégation. On introduit l’abnégation afin d’annuler les mauvais traits.

 

 

  • Le Rav Yossef Its’hak Havlin est né en 1951 à Jérusalem. Son père était Dov Eliezer Havlin, fils du Rav Shlomo Zalman Havlin, et sa mère était Elka, une descendante du Rav Yossef Haïm Zonnenfeld.
  •  Dans sa jeunesse, il a étudié à la Yeshiva Mir de Jérusalem et a été éduqué par le Rav Nahum Partzovitch. Après s’être rapproché du hassidisme Habad, il est passé étudier à la Yeshiva Tomchei Tmimim Lubavitch centrale d’Israël.
  •  En 1972, il s’est rendu étudier quelques mois à la Yeshiva Tomchei Tmimim centrale au 770 à New York. À la fin de cette année, il a épousé Adina, la fille du superviseur de la Yeshiva de Kamenitz, le Rav Moshe Aharon Stern.
  •  Pendant des années, il a servi comme Rosh Metivta (directeur d’études) à la Yeshiva Torat Emet à Jérusalem.
  •  En 1996, lorsque le quartier de Ramat Shlomo a été établi, il y a déménagé avec sa famille et a été nommé Rav de la communauté Habad locale.
  •  En 1988, après le décès de la Rabbanit Chaya Mushka, le Rav Havlin a fondé avec le philanthrope Yossef Its’hak Gutnick la « Bibliothèque Loubavitch « Institut Heichal Mena’hem ».
  •  En 1997, le Rav Havlin a fondé le séminaire « Shoshanat Yerushalayim », destiné aux filles des émissaires Habad à travers le monde.
  •  En 2001, à son initiative, la construction de la « Synagogue 770 » a commencé dans le quartier de Ramat Shlomo.
  • En 2003, la synagogue a été inaugurée en présence de Ravs et de personnalités publiques.
  •  Un projet spécial dans lequel le Rav Havlin a investi pour la construction de la synagogue est une réplique exacte de la pièce du Rabbi de Loubavitch, telle qu’elle apparaît dans sa synagogue à New York.
  •  En 2016, il a établi une maison d’études (Beit Midrash) adjacente à la synagogue.
  • En 2020, il a fondé le Beit Midrash « Iyun Hala’ha » qui sert d’institut d’ordination Ravique.
  • Le Rav Yossef Its’hak Havlin est une figure importante du mouvement Habad en Israël, connu pour son travail éducatif, communautaire et dans la diffusion du hassidisme à travers ses institutions.

 

Guide pratique : le repas lacté  de Chavouot par Gérard Touaty a’h

Guide pratique : le repas lacté de Chavouot par Gérard Touaty a’h

 Par Gérard Touaty

Nous avons l’usage, le premier jour de Chavouot, de consommer des plats à base de produits lactés. Dans la pratique, comment procède t-on? 

Le problème est de pouvoir concilier cette coutume avec l’obligation de consommer de la viande pour la « sim’hath Yom tov » (la joie du jour de fête). L’usage le plus répandu est le suivant :
– On fait kiddouch puis l’on consomme au moins 30 grammes de mézonoth avec des produits lactés comme du lait, du fromage blanc ou du beurre.
– A l’issue de ce repas, on dira les bénédictions finales de « Al hami’hya » et de « Boré néfachoth ».
– Celui qui a fait kiddouch mentionnera dans sa bénédiction finale « Al haguéfène » pour le vin du kiddouch.

– Certains attendent une heure pour prendre le repas de Yom tov avec de la viande (C’est notamment le cas chez ’Habad).  On l’introduira par « Motsi » sur deux ’halloth, le Kiddouch ayant déjà été dit.

Les Séfaradim, dans leur majorité, n’ont pas l’usage d’attendre une heure pour consommer de la viande après du lait. Il leur suffit de se rincer la bouche ou de manger un aliment neutre entre le lait et la viande. De toute façon, le temps d’une heure passera vite, compte tenu du fait qu’il faut débarrasser la table de lait, puis dresser la table de viande, consommer les entrées avant d’arriver à la viande et dire quelques paroles de Thora.

– Il faudra veiller à ne pas consommer de fromages durs qui nécessitent un intervalle plus long avant de consommer de la viande.

Ajoutons deux points. Dans le monde séfarade, certains attendent quand même une heure avant de consommer de la viande après du lait. De plus, il n’est pas interdit, si on le souhaite, de faire deux repas (un de lait et un de viande) accompagné de pain. Mais il faudra veiller à bien différencier ces repas. Ainsi on devra dire un Birkath hamazone pour le repas de lait et un Birkath hamazone pour le repas de viande, ce qui veut dire qu’il sera interdit d’associer lait et viande dans un même repas même si l’on sépare bien les deux aliments.

« Les problèmes nous quitteront » par le Rav Haïm Chalom Deutsch

« Les problèmes nous quitteront » par le Rav Haïm Chalom Deutsch

Le secret du sandwich dans l’étui du Talit. Le témoignage d’un disciple du Baal Shem Tov dans sa vieillesse. Que fait un Juif en pyjama le Chabbat après-midi, et que m’a dit un garçon plus âgé sur le balcon de la synagogue ?

 

Il est fascinant de constater la diversité des éléments qui peuvent éveiller un individu à la spiritualité et à la sainteté. De nombreux exemples de Baalei Techouva (personnes revenues à la religion) démontrent que l’adoption d’une alimentation saine peut constituer une première étape vers un rapprochement avec la religion. Ce phénomène, loin d’être anecdotique, trouve d’ailleurs un écho dans la littérature religieuse qui affirme que la Techouva (repentance) doit d’abord s’opérer dans le corps avant de toucher l’âme.

Deux explications principales peuvent être avancées pour éclairer le lien entre la Techouva du corps et celle de l’âme.

Premièrement, cette relation s’enracine dans la différence fondamentale entre le matériel et le spirituel. La perspective matérialiste se focalise sur l’instant présent, tandis que la dimension spirituelle invite à se projeter vers l’avenir. Comme le soulignent les Écritures : « Et vous ne vous égarerez pas à la suite de vos cœurs et de vos yeux, après lesquels vous vous vendez » (Nombres 15:39). La déviance réside dans l’attachement excessif à l’immédiateté, à l’ici et maintenant. À l’inverse, la sagesse spirituelle enseigne à cultiver une vision à long terme, comme l’exprime l’adage talmudique : « Qui est sage ? Celui qui prévoit l’avenir » (Tamid 32a). Ainsi, le simple fait d’adopter une alimentation saine témoigne d’une projection dans le futur et ouvre la voie à une plus grande réceptivité au spirituel, et potentiellement, à une Techouva complète.

Deuxièmement, l’un des principaux obstacles à la Techouva réside dans l’incapacité de l’individu à s’extraire du tourbillon de la vie quotidienne pour se livrer à l’introspection. Le mauvais penchant, conscient que la réflexion conduirait à sa perte en neutralisant le pouvoir des tentations, investit toute son énergie pour maintenir l’homme dans un état d’inattention. Comme le dit le dicton populaire, la principale punition divine après 120 ans ne sera pas tant pour les transgressions commises que pour l’absence de repentir. Or, l’attention portée à son alimentation, en obligeant à marquer une pause avant chaque bouchée, développe progressivement la capacité à réfléchir sur ses actes. Elle réduit ainsi la fréquence des chutes spirituelles et, le cas échéant, favorise la réparation des erreurs commises.

L’adoption d’une alimentation saine enclenche un processus de réflexion qui s’étend bien au-delà de la sphère nutritionnelle. L’individu est amené à s’interroger sur la nature et les effets de chaque aliment : « Qu’est-ce qui est bénéfique pour ma santé ? Qu’est-ce qui peut m’être dommageable ? Qu’ai-je déjà consommé aujourd’hui ? ». Cette démarche analytique requiert une pause consciente avant chaque bouchée, un temps d’arrêt propice à la prise de recul. Or, c’est précisément dans ces moments de lucidité que le mauvais penchant perd de son emprise, laissant place à une réflexion plus profonde.

De cette expérience, nous pouvons tirer un principe de vie essentiel : ne jamais agir sans réfléchir. Bien souvent, pris dans le tourbillon du quotidien, nous réagissons de manière impulsive aux stimuli extérieurs, sans même prendre le temps de peser nos mots ou nos actes. Un simple commentaire peut déclencher une réaction en chaîne sur laquelle nous n’avons plus aucun contrôle. Pourtant, si nous prenions seulement quelques minutes pour réfléchir avant d’agir, la plupart des problèmes pourraient être évités.

La tradition hassidique enseigne l’importance de se prémunir contre les affres de la faim. En effet, lorsque le mauvais penchant assaille une personne affamée, celle-ci tend à réagir de manière impulsive et irréfléchie. À l’inverse, celui qui a pris soin de satisfaire ses besoins alimentaires conserve la liberté d’esprit nécessaire pour évaluer la situation avec discernement et agir en conséquence.

À cet égard, l’histoire de ce Juif qui avait pris l’habitude de glisser quotidiennement un sandwich dans l’étui de son Talit et de le consommer à l’issue de la prière est particulièrement édifiante. Loin d’être anecdotique, cette pratique témoignait d’un engagement sans faille envers la Mitsva. Interrogé sur les raisons de ce rituel, il expliqua avec sagesse : « C’est le ‘pain de la paix du foyer’. Si j’arrive à la maison affamé, une dispute éclate immanquablement. C’est pourquoi je mange ici, afin de retrouver ensuite les miens dans un état d’esprit serein. »

Cette anecdote illustre de manière éloquente le principe selon lequel les actions apparemment triviales peuvent revêtir une signification profonde. Aux yeux d’un observateur extérieur, le comportement de cet homme pourrait sembler futile, voire indigne. Pourtant, en réalité, il témoigne d’une grande élévation spirituelle. Conscient que la faim risquait de compromettre la qualité de ses relations avec son entourage, il a su trouver un moyen simple et efficace de préserver l’harmonie familiale.

Il est crucial de garder à l’esprit que le mauvais penchant se manifeste dans tous les aspects de l’existence. Une anecdote éclairante à ce sujet nous est rapportée au sujet de Rabbi Levi Yitzhak de Berditchev. Alors qu’il s’apprêtait à réciter les versets des Hakafot lors de Simhat Torah, on le vit s’approcher de l’estrade puis hésiter, avançant et reculant à plusieurs reprises avant de finalement prononcer les paroles sacrées.

Intrigués par ce comportement inhabituel, ses disciples l’interrogèrent. Le maître leur expliqua alors que lors de son approche initiale, le mauvais penchant était venu le trouver, cherchant à s’associer à sa récitation. Pris au dépourvu, Rabbi Levi Yitzhak s’était exclamé : « Quoi, toi ici, le mauvais penchant ! ». Mais ce dernier avait répliqué avec aplomb : « Lorsque tu étudiais la Torah, j’étais également à tes côtés. Pourquoi ne mériterais-je pas de t’accompagner en cet instant ? ».

Cette parabole illustre de manière saisissante l’omniprésence du mauvais penchant et sa propension à s’immiscer dans les moindres recoins de notre vie. Tel un individu dénué de tout trait distinctif mais qui parvient néanmoins à s’insinuer en tout lieu, on le voit constamment se faufiler, guettant la moindre occasion d’exercer son influence.

L’insidiosité du mauvais penchant se manifeste dans sa capacité à détourner subrepticement même nos intentions les plus louables. Prenons l’exemple d’une personne qui entreprend d’adopter une alimentation saine. Au début, sa motivation est pure : il s’agit avant tout de préserver sa santé, de prendre soin de ce corps qui lui a été confié. Mais voilà qu’au détour de ce cheminement vertueux, le mauvais penchant se glisse, insinuant d’abord une pensée en apparence anodine : « C’est sain, certes, mais c’est aussi savoureux ! ».

Insensiblement, le focus se déplace. Le plaisir gustatif, d’abord simple bonus, devient peu à peu le critère principal. « Puisque c’est savoureux, pourquoi ne pas en reprendre un peu ? », suggère la petite voix intérieure. Et ainsi, de fil en aiguille, la personne se laisse entraîner sur une pente glissante qui la mène bien loin de ses intentions de départ.

Nos Sages, dans leur sagesse, ont souligné que certains aspects positifs de l’existence ne seraient pas à notre portée sans l’intervention du mauvais penchant. Toutefois, ils nous mettent en garde : il est crucial de toujours distinguer clairement entre ce qui est de l’ordre du moyen et ce qui relève de la finalité.

Prenons l’exemple de l’appétit, dont le Saint béni soit-Il nous a dotés dans un but essentiellement salutaire : nous maintenir en bonne santé. En effet, si nous n’éprouvions nul désir de manger, notre penchant pour la paresse est si puissant que nous risquerions fort de dépérir, faute de trouver la force de quitter notre couche… C’est donc pour prévenir cette dérive que le Créateur a jugé bon d’introduire en nous cette pulsion vitale.

Il en va de même pour tous nos désirs : à l’origine, ils nous ont été donnés pour servir un dessein constructif. Le problème survient lorsque nous perdons de vue cette hiérarchie essentielle, lorsque nous laissons ce qui n’était qu’un moyen nécessaire se muer insensiblement en but ultime.

À l’origine, le désir avait même vocation à s’élever au rang du sacré. Prenons l’acte de manger : lorsqu’il est accompli dans le but de permettre au Juif de se maintenir en bonne santé pour servir son Créateur, il accède à une dimension de sainteté. L’énergie vitale ainsi générée est sublimée, mise au service d’une cause qui la transcende.

Mais il suffit d’un infime glissement pour que cette dynamique vertueuse s’inverse. Dès lors que la personne se laisse gagner par une recherche effrénée de saveurs, dès lors que le plaisir gustatif devient une fin en soi, le processus s’enraye. Insensiblement, l’individu se retrouve pris au piège d’un cercle vicieux : plus il s’adonne à son penchant, plus celui-ci s’intensifie, exigeant d’être assouvi avec une fréquence et une intensité croissantes.

C’est ainsi que le désir, originellement porteur d’un potentiel d’élévation, se mue en instrument de déchéance. Tel un fermoir implacable, il maintient l’homme enchainé au royaume des trois écorces impures, ces forces qui entravent son ascension spirituelle et occultent en lui la spark divine.

Le mauvais penchant qui habite le cœur du Juif est désigné dans la tradition kabbalistique sous le nom de ‘Klipa Noga’. Cette entité spirituelle présente une particularité remarquable : elle est éminemment malléable, susceptible aussi bien de nous élever que de nous abaisser. Tout dépend de l’usage que nous en faisons.

Lorsque nous parvenons à canaliser cette énergie pour servir des desseins positifs, lorsque nous la sublimons en la mettant au service du bien, nous lui conférons une dimension sacrée. Elle devient alors un puissant moteur d’élévation, nous propulsant vers les cimes de la spiritualité.

Mais malheur à nous si nous laissons cette force s’autonomiser, si nous lui permettons de dicter sa loi au détriment de notre discernement ! Tel un perfide yoyo, elle nous entraînera alors dans une danse infernale, nous faisant alternativement goûter l’ivresse des hauteurs et l’amertume des abîmes. Sans vergogne, elle se jouera de nous, se riant de nos efforts pour lui imposer un cadre.

En cela, le mauvais penchant s’apparente à un importun particulièrement retors. À peine l’a-t-on chassé par la porte qu’il s’empresse de revenir par la fenêtre, arborant l’air innocent de celui qui n’a rien à se reprocher. Infatigable, il revient sans cesse à la charge, guettant la moindre faille dans notre vigilance.

Triompher des oscillations du mauvais penchant est une tâche de tous les instants, qui ne souffre aucun relâchement. À cet égard, l’anecdote rapportée au sujet de Rabbi Michel de Zlotchov, éminent disciple du Baal Shem Tov, est particulièrement édifiante.

Un jour, on surprit le vénérable sage en train de livrer une bataille acharnée contre une tentation insidieuse. Étonnés de le voir déployer une telle énergie à son âge avancé, ses disciples l’interpellèrent : « Maître, vous voilà parvenu au crépuscule de votre vie. Pourquoi donc redouter encore les assauts du mauvais penchant avec une telle intensité ? ».

La réponse de Rabbi Michel les laissa pantois : « Mes chers amis, vous ne pouvez concevoir l’ampleur du défi. Voilà des décennies que je lutte sans relâche pour juguler cette force, et pourtant, jusqu’à ce jour, elle s’ingénie à me faire miroiter les tentations les plus abjectes. J’ai beau la repousser avec une détermination renouvelée, elle revient inlassablement à la charge, toujours plus retorse et créative dans ses stratagèmes ».

Cette confession, dans sa désarmante sincérité, nous offre un éclairage précieux sur la nature profonde de notre combat spirituel. Elle nous rappelle que l’adversaire auquel nous sommes confrontés ne connaît ni fatigue, ni découragement. Quels que soient nos progrès, quelle que soit notre expérience, il adaptera ses tactiques, redoublera d’inventivité pour trouver la faille dans notre armure.

Il existe une manifestation de la Klipa Noga qui se caractérise par une alternance perpétuelle entre des états de grâce et des périodes de relâchement, nous faisant osciller sans cesse entre les sommets de la ferveur et les abîmes de la tiédeur. Mais il est une autre forme, plus insidieuse encore, qui mérite toute notre vigilance : celle du ‘moitié-moitié’, cet équilibre précaire où le bien et le mal semblent coexister en proportions égales.

Je me souviens de ce Juif qui m’avait fait le récit de son Chabbat, illustration parfaite de cette ambivalence. Sa journée commence sous les meilleurs auspices : lever aux aurores, immersion purificatrice au Mikvé, étude assidue des enseignements ‘Hassidiques, prière fervente et participation à une ‘Hitvadout, ces rassemblements informels où les ‘Hassidim se retrouvent pour chanter et partager des paroles de Torah. De retour chez lui, il préside un repas de Chabbat empreint de sainteté, ponctué de mélodies ‘Hassidiques qui élèvent l’âme. En somme, une matinée qui semble tout droit sortie d’un manuel du parfait ‘Hassid.

Mais passé ce point d’orgue, le tableau se fissure. Notre homme se retire dans sa chambre, enfile son pyjama et s’abandonne à la lecture des journaux jusqu’à sombrer dans un sommeil dont il n’émergera qu’à l’heure de la prière de Min’ha. Et le plus troublant, c’est que cette seconde partie du programme ne semble lui causer nul remords. Après tout, il a pris soin d’acheter ces journaux avant l’entrée de Chabbat, se donnant ainsi l’illusion d’une caution à priori…

La question se pose alors : quel est le ressort profond de ce comportement ambivalent ? La réponse tient en un mot : l’ego. Pour cet homme, l’idée d’une bonté sans mélange représente un défi trop exigeant, une ascèse trop radicale. Mais dans le même temps, assumer pleinement la posture du pécheur lui est insupportable, tant elle heurte l’image qu’il a de lui-même. Alors, il opte pour une solution de facilité : celle du Juif ‘moitié-moitié’, mi-ange mi-bête, un pied dans la sainteté et l’autre dans la mondanité.

Mais c’est précisément là que réside le danger de cette Klipa. Car en s’installant dans ce confort du compromis, en s’habituant à ce grand écart permanent entre aspirations spirituelles et concessions matérielles, il risque de s’enliser durablement dans cette posture. Imperceptiblement, il en vient à donner à ce mode de vie une forme de ‘Cacheroute’, une caution religieuse qui lui permet de s’absoudre à bon compte.

Et c’est bien là, à mon sens, la Klipa dominante de notre époque : celle du ‘moitié-moitié’, cette tentation du compromis qui nous fait miroiter la possibilité d’une spiritualité sans effort, d’une élévation sans renoncement. Dans un monde où l’injonction à la performance côtoie l’appel des plaisirs faciles, où l’impératif de réussite se heurte à la peur du dépassement de soi, cette voie médiane peut sembler séduisante, voire raisonnable.

À un degré de raffinement spirituel supérieur, il est possible de discerner, au sein même du service divin, une ligne de démarcation subtile entre deux approches diamétralement opposées : celle qui émane de l’ego, et celle qui procède de l »annulation’ de soi.

Je me souviens de l’époque où, jeune homme, j’affectionnais tout particulièrement de me tenir sur le balcon de notre synagogue lors de l’accueil du Chabbat. Là, je mettais un point d’honneur à entonner le « Lekhou Neranena » avec une ferveur toute particulière, savourant intérieurement les délices de cette élévation. Jusqu’au jour où un aîné s’est approché de moi et m’a lancé cette apostrophe qui allait bouleverser ma perception : « Toi, tu n’es qu’un homme de désir ! ».

Sur le moment, cette accusation m’a paru incongrue, presque offensante. Moi, un homme de désir ? Alors que je n’aspirais qu’à prier pour l’honneur du Tout-Puissant ? Mais en y réfléchissant, en sondant honnêtement les tréfonds de mon cœur, j’ai dû me rendre à l’évidence : mon détracteur avait vu juste. Derrière ma piété apparente se cachait une subtile complaisance, une délectation égoïste de ces instants où, sous le regard admiratif de l’assemblée, je me drapais dans les atours du fervent.

Près d’un demi-siècle s’est écoulé depuis cette révélation, mais son souvenir reste gravé en moi avec une acuité intacte. C’est que la remarque de cet homme, dans sa fulgurante simplicité, avait agi comme un véritable électrochoc, une douche froide salvatrice qui avait instantanément dissipé les brumes de mon autosatisfaction.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une distinction on ne peut plus ténue, mais lourde de conséquences, entre une prière jaillie des profondeurs d’un cœur épuré et celle qui, subrepticement, se nourrit de la satisfaction de l’orant. Distinction si subtile qu’elle peut aisément passer inaperçue, nous laissant dans l’illusion réconfortante d’une piété sans ombres. Mais distinction essentielle, car ce qui est en jeu, c’est la nature même de notre relation au divin.

En effet, tant que notre service reste entaché, fût-ce de manière infime, par la recherche d’une gratification égoïste, il porte en lui les germes de sa propre limite. Prisonnier des rets du moi, il ne peut prétendre à cette pureté d’intention qui seule ouvre les portes de la vraie dévotion. Pire, il risque de déteindre sur l’ensemble de nos actions, nous faisant aborder les autres pans de notre vie avec ce même mélange d’ostentation et d’autosatisfaction.

Ainsi, le défi qui nous est lancé est celui d’une perpétuelle vigilance, d’une interrogation constante sur les ressorts profonds de nos élans spirituels. Il nous faut traquer sans relâche ces poches de complaisance nichées au cœur même de nos plus belles aspirations, débusquer l’ego jusque dans ses retranchements les plus secrets. Ce n’est qu’au prix de cette lucidité impitoyable, de cet effort soutenu pour extirper en nous les racines de l’égoïsme, que nous pourrons espérer accéder à cette prière véritablement épurée, ce service divin qui n’a d’autre fin que la gloire du Très-Haut.

Le Guide 2024-5784 de la Fête de Chavouot, édité par le Beth Loubavitch

Le Guide 2024-5784 de la Fête de Chavouot, édité par le Beth Loubavitch

À l’approche de la fête de Chavouot qui commémore la révélation de la Torah au mont Sinaï, le Beth Loubavitch vient d’éditer un guide pratique à l’usage des fidèles. Ce fascicule richement illustré détaille les traditions et coutumes à observer durant les deux jours de Chavouot, du 11 au 13 juin cette année.

 

Parmi les points essentiels mis en avant, le guide de Chavouot 2024 rappelle l’importance pour chaque Juif de participer à la lecture publique des Dix Commandements dans la synagogue, comme ce fut le cas lors de leur révélation originelle. « Donnons aussi ce privilège à nos enfants, même les plus jeunes et y compris les bébés ! », est-il souligné.

La nuit de la fête, les fidèles sont invités à « aller vers l’éveil » en restant éveillés pour étudier la Torah jusqu’au matin, en préparation à sa réception renouvelée. Une tradition séculaire veut également que l’on consomme des laitages ce jour-là, en souvenir des lois alimentaires révélées au Sinaï que les Hébreux n’avaient alors pas encore les ustensiles pour appliquer pleinement.

Le guide comporte aussi un mémo pratique des principaux rituels, tels que les bénédictions sur les bougies de Yom Tov, la lecture du Yzkor à la synagogue en mémoire des défunts, ainsi que le programme détaillé heure par heure des offices et célébrations sur les deux jours.

« Se souvenir que malgré les difficultés rencontrées alors par les Juifs pour mettre en œuvre les lois alimentaires, ils se sont empressés de respecter la Torah le grand jour, doit nous inspirer un dévouement sans faille ».

De son côté, le Rav Mendel Azimov salue cette nouvelle édition: « Un outil d’une grande utilité pour bien vivre Chavouot dans la joie et l’unité, comme il se doit pour cette fête qui célèbre l’union du peuple juif avec la Torah divine. »

Le guide est disponible gratuitement dans les synagogues loubavitch et téléchargeable en ligne sur la page www.loubavitch.fr/chavouot

 

La mère d’un des otages libérés raconte : « Ils ont développé ensemble leur propre langage, ils n’ont pas perdu espoir »

La mère d’un des otages libérés raconte : « Ils ont développé ensemble leur propre langage, ils n’ont pas perdu espoir »

Orit, la mère d’Almog Meïr a raconté que lui, Shlomi Ziv et Andrey Kozlov ont été détenus ensemble pendant plus de six mois – et que le lien entre eux les a aidés à survivre: « Ils ont développé des signes, Almog a appris l’arabe et le russe. » D’une voix brisée par les larmes, elle a également décrit comment son fils a vu sur Al-Jazeera ses photos brandies lors d’un rassemblement de protestation: « Pendant 8 mois, il n’avait pas d’identité. » Elle a promis de se battre pour les 120 autres captifs.

 

Deux jours après l’opération de sauvetage dramatique, la mère d’Almog Meïr – l’un des quatre captifs secourus lors de l’audacieuse opération à Nuseirat – s’est présentée devant les caméras des médias à l’hôpital Sheba, et a révélé certaines des expériences difficiles de son fils en captivité. La mère, Orit, a raconté le lien profond développé entre Almog et les deux autres captifs avec lesquels il a été détenu dans le même appartement, Shlomi Ziv et Andrey Kozlov, un lien qui, selon elle, les a renforcés et les a aidés à faire face à l’horreur.

Lors de la conférence de presse, la mère a exprimé une grande joie pour la libération de son fils et a déclaré qu’elle n’avait pas arrêté de sourire depuis. Dans le même temps, elle a promis de continuer à se battre pour les 120 autres captifs restants.

En parallèle, Shlomi Ziv, qui a également été libéré lors de l’opération de sauvetage et a été détenu avec Almog et Andrey dans le même appartement, a quitté aujourd’hui l’hôpital Sheba. Noa Argaman, qui a été secourue d’une maison voisine lors de l’opération héroïque de samedi, quittera l’hôpital Ichilov demain ou à la fin de Chavouot.

« Hier était mon anniversaire et mon vœu s’est réalisé », a déclaré Orit Almog au début de son allocution cet après-midi. Elle a d’abord parlé en anglais pour les médias internationaux et a raconté: « Je n’ai pas arrêté de sourire depuis qu’Almog est revenu vers moi. Tout ce que je peux faire maintenant, c’est le serrer dans mes bras. La nuit dernière, j’ai eu ma première nuit de sommeil complet après huit mois. »

« Mon vœu d’anniversaire est que toutes les familles des captifs ressentent la même chose, je suis l’une des chanceuses. Il y a 120 familles de captifs qui attendent, sans pouvoir dormir, sans cesser de penser à leurs proches à Gaza. »

En parlant encore en anglais, elle a raconté l’appel téléphonique du samedi où on lui a annoncé la libération d’Almog : « J’ai demandé encore et encore s’il était libéré et vivant ? Elle a dit oui. J’ai crié et nous avons tous commencé à dire ‘Am Yisrael Chai’ (le peuple d’Israël est vivant). C’était tellement beau. »

 

Interrogée sur les expériences d’Almog en captivité, Orit a déclaré :

« Almog a été en captivité pendant huit mois. C’est très long. Il a vécu toutes sortes d’expériences mais ce que je peux dire c’est que son lien avec les autres captifs a beaucoup aidé à renforcer leur esprit, leur espoir et leur foi. La connexion et le lien qui se sont formés leur ont donné beaucoup de force, et c’est ce qui les a renforcés. Ils n’ont pas perdu espoir jusqu’à ce qu’ils soient secourus. Ils avaient toujours le sentiment que ce jour viendrait où ils reviendraient. Almog est fort et il doit traverser cela, ce n’est pas simple, imaginez que pendant ces huit mois, c’était comme s’il n’avait pas d’identité. On lui a pris sa liberté. »

Elle a noté que son fils a été un peu exposé aux médias pendant sa captivité, via le réseau Al-Jazeera. « Ils ont capté beaucoup de choses. Il a appris la langue arabe. Et le russe – car Andrey parlait russe. Ils avaient beaucoup de temps pour discuter entre eux. Le lien était fort », a-t-elle dit – soulignant qu’Almog, Andrey et Shlomi ont été détenus ensemble pendant plus de six mois et ont développé leur propre langage : « Ils avaient leurs propres surnoms, leurs propres signes. » Selon elle, son fils a également vu le 11 mai un rassemblement pour les captifs qui s’est tenu ce samedi soir. « Il a vu ses photos sur scène lors du rassemblement », a-t-elle noté.

D’une voix brisée par les larmes, elle a ajouté qu’elle non plus n’avait pas perdu l’espoir que son fils lui reviendrait : « Je disais tout le temps ‘il revient, il me revient' ». Elle a ensuite souligné à nouveau la nécessité d’agir pour faire avancer un accord, en faisant pression sur le Hamas : « L’urgence ici est très élevée », a-t-elle déclaré. « C’est le moment de ramener les captifs à la maison. Certains pour les funérailles et d’autres pour la réadaptation. Ils doivent être ici maintenant. »

À la fin de la déclaration, l’oncle Aviram a promis de continuer à travailler avec le quartier général des familles, et la mère Orit a souligné : « On n’abandonne pas jusqu’à ce que tout le monde revienne ».

Elle a noté qu' »il y a beaucoup d’informations » que son fils et les autres captifs secourus devront compléter, et qu’une partie sera difficile à digérer pour eux. Le père d’Almog, Yossi Jan, est décédé quelques heures avant son sauvetage d’un arrêt cardiaque – et Orit a noté : « Nous avons vécu un événement difficile, qu’il faut aussi digérer. Mon fils est en deuil. »

L’oncle Aviram a noté que l’état d’Almog est bon : « Il est toujours en examens et en traitements. Il a été examiné et nous sommes heureux qu’il soit arrivé comme il est arrivé. Nous nous attendions à pire. »

Quelques heures seulement après l' »Opération Arnon », nommée d’après le lieutenant-colonel Arnon Zamora qui est tombé au combat pendant son déroulement, les membres de la famille ont tenu une conférence de presse au cours de laquelle Orit, la mère d’Almog, a également pris la parole – et a transmis dans ses propos un premier message de son fils : « Nous avons un peuple fort. J’encourage les soldats, je souhaite à tous les captifs de rentrer chez eux sains et saufs », a-t-elle dit en son nom.

 

Le grand secret du mariage

Le grand secret du mariage

Comment expliquer à un Cohen qui veut épouser une convertie que ce mariage n’est pas bon pour eux deux ? Quelle est la différence dramatique entre l’approche de la Torah sur la vie conjugale et l’approche courante dans le monde ? Et des traits de caractère opposés entre les conjoints sont-ils une recette pour des problèmes ou un grand potentiel ?

 

C’était il y a de nombreuses années, au milieu des danses joyeuses de Simhat Torah au Beth Habad d’Anvers, quand l’atmosphère était particulièrement élevée et joyeuse. La foule chantait et dansait avec ferveur, et tous les visages rayonnaient de la joie de la Torah. Soudain, un jeune homme aux cheveux longs et coiffé d’une petite kippa est entré et s’est tenu sur le côté. Inutile de dire qu’après un instant ou deux, il s’est retrouvé dans le cercle de danse…

À un moment donné, nous nous sommes mis sur le côté et avons un peu discuté, alors que j’essayais de le sonder. La conversation a révélé qu’il avait grandi dans une maison éloignée de l’observance des Mitsvot, avait fréquenté une école laïque et n’avait pas la moindre idée de sa judéité. Il a également mentionné que dans sa profession, il était avocat et réussissait bien dans ce domaine.

Nous avons convenu d’étudier, et après la fête, nous avons commencé à apprendre ensemble. Dès le début de notre étude, j’ai été impressionné par la vivacité d’esprit du jeune homme et nous avons progressé ensemble. Tout s’est déroulé sans heurts et il semblait vraiment apprécier l’étude en partenariat, jusqu’à ce qu’un jour, au milieu d’une conversation, j’ai innocemment mentionné que selon la Hala’ha, un Cohen n’a pas le droit d’épouser une convertie…

En entendant cela, il s’est tu et son visage est devenu blanc comme un linge. Après un long moment de silence, il a raconté : « il y a quelque temps, j’ai été invité à m’occuper d’une affaire juridique particulière aux États-Unis, où l’on m’a proposé une entrevue avec une jeune femme juive locale. Nous nous sommes rencontrés et j’étais déjà convaincu qu’elle était destinée par le Ciel à être mon épouse, mais elle a prétendu qu’il y avait un grand fossé entre nous en termes d’observance des Mitsvot ». « Je suis observante », m’a-t-elle dit, alors que tu ne sais presque rien du judaïsme. Si tu es prêt à apprendre les exigences de la Hala’ha juive et décides qu’il te convient de vivre un mode de vie religieux, nous pourrons établir notre foyer ensemble. »

« C’est en fait la raison pour laquelle je suis venu au Beth Habad », a partagé mon partenaire d’étude, « ma motivation pour apprendre et progresser dans l’observance des Mitsvot est mon désir de l’épouser, sauf que… je suis un Cohen et elle est une convertie ! »

Sa détresse était grande et j’ai suggéré que nous allions ensemble voir des rabbins pour examiner la question. Il est vite devenu clair qu’il n’y avait pas de « faille » qui leur permettrait de se marier l’un à l’autre et il était brisé et déprimé. Je lui ai suggéré d’écrire une lettre au Rabbi, et il était heureux de cette idée et m’a demandé de l’aider à la rédiger. Nous nous sommes assis et avons écrit une longue lettre détaillée relatant toute la suite des événements, et nous l’avons envoyée au Rabbi.

Quelque temps plus tard, une réponse est arrivée. Nous avons lu la lettre ensemble et j’ai vu que le jeune homme était très ému. Les larmes aux yeux, il s’est levé, m’a serré dans ses bras et a dit : « J’ai bien compris, je laisse tomber ! »

La réponse du Rabbi lui a donné une nouvelle compréhension de ce qu’est le mariage et lui a offert une perspective différente sur sa situation. Mais avant de parler de la réponse du Rabbi, faisons d’abord une introduction sur la vision juive du mariage, une vision qui peut changer la vie conjugale, en lien avec le mariage d’Isaac et de Rebecca – le premier mariage juif de l’histoire.

« Des Cieux »

Lorsqu’Abraham notre père ordonna à Eliézer, son fidèle serviteur, de chercher une femme pour son fils Isaac, il lui fit prêter serment : « Et je te ferai jurer par l’Éternel, le D.ieu des cieux et le D.ieu de la terre, que tu ne prendras pas une femme pour mon fils parmi les filles des Cananéens au milieu desquels je demeure », mais tu devras aller à Haran et y chercher l’âme sœur.

Ibn Ezra explique qu’Abraham a détaillé son serment et a dit : « le D.ieu des cieux et le D.ieu de la terre » car « la fille d’Untel est destinée à Untel sur terre – depuis les cieux ». Et Ibn Ezra conclut – « Et c’est un secret ».

Rabbenou Bahya explique son intention : Dans le Talmud Sota, Rav Yehouda dit au nom de Rav : « Quarante jours avant la formation du fœtus, une voix céleste proclame : la fille d’Untel est destinée à Untel ». Les shiddou’him (entrevues) ne sont pas déterminés au moment où l’on cherche un Shidou’h, à la Bar Mitsva ou à la naissance, mais avant la formation du fœtus ! C’est pourquoi Abraham a dit à Eliézer, cherche le Shidou’h qui a été déterminé dans les cieux et qui doit se réaliser sur terre.

Ce passage talmudique est certes bien connu, mais il semble y avoir une profondeur supplémentaire à laquelle Ibn Ezra fait allusion en écrivant : « Et c’est un secret », comme nous allons l’expliquer.

Je suis un jour allé présenter mes condoléances à Anvers, dans une famille riche et éloignée du judaïsme. Quelques jeunes couples d’amis et de parents étaient assis là à discuter. Peu à peu, la conversation entre nous est devenue de plus en plus ouverte et ils ont commencé à me poser des questions sur la vie de famille, le cadre du mariage, etc. et m’ont demandé d’entendre la vision de la Torah sur la vie conjugale.

Je leur ai dit ceci:

« Dans la perception dominante du vaste monde, les gens se marient pour divers intérêts étranges, alors que la perspective de la Torah est complètement différente. La Torah considère le mariage comme quelque chose d’ancré dans l’essence de l’homme, dans son âme même, et non comme un moyen d’atteindre un intérêt quelconque ou de répondre à un besoin quelconque ».

« Par exemple, lorsque le Saint, béni soit-Il, a créé les animaux, Il les a créés de manière à ce que chaque « créature vivante selon son espèce » – mâle et femelle séparément. En revanche, lorsqu’Il a créé l’homme, il est dit : « Il les créa mâle et femelle » ; « Il les créa mâle et femelle, les bénit et les appela du nom d’Adam le jour où ils furent créés ». Ils sont nés pour devenir une seule et même entité ».

« Le Zohar et les écrits de l’Ari expliquent que le premier homme comprenait toutes les âmes, celles des hommes et des femmes (puisqu’il était uni à sa femme Ève). Il s’ensuit que tous les couples qui ont existé et existeront au fil des générations étaient déjà liés l’un à l’autre avant leur mariage, avant la séparation d’Adam et Ève, et c’est pourquoi il est dit : « C’est pourquoi l’homme quittera… et ils deviendront une seule chair ». Pourquoi nous marions-nous alors ? Parce qu’en fait, nous étions déjà une seule entité, et D.ieu nous a séparés – entre les deux parties d’une seule âme – afin que nous nous réunissions à nouveau ».

« Il s’avère donc que le mariage n’est pas l’union de deux entités distinctes qui sont liées par tel ou tel désir ou intérêt, mais plutôt l’union de deux âmes qui se complètent et sont unies depuis l’origine dans leur essence ».

Et maintenant, revenons à l’histoire par laquelle nous avons commencé :

Voici ce que le Rabbi a écrit au jeune homme qui était Cohen et voulait épouser la convertie qu’il avait rencontrée :

« Il est écrit que quarante jours avant la formation du fœtus, il est proclamé « la fille d’Untel est destinée à Untel », ce qui implique que l’homme et la femme ne font qu’un. Par conséquent, si elle est ton âme sœur, si elle fait partie de ton âme, D.ieu aurait fait l’une de ces deux choses : soit elle serait née juive, soit tu ne serais pas né Cohen ! Mais puisque tu es un Cohen et qu’elle est une convertie, ce qui ne vous permet pas de vous marier selon la Torah, c’est un signe qu’elle n’est pas ton âme sœur ».

La réponse du Rabbi lui a ouvert les portes de la compréhension et lui a ouvert les yeux. Les larmes qu’il a versées et la décision de faire le bon choix l’ont amené à se marier peu après avec sa véritable âme sœur et à fonder une merveilleuse famille.

Quand il y a un « Shouv, retour », il y a un « Ratso, aller »

Pourquoi en effet le Saint, béni soit-Il, a-t-il séparé Adam et Ève, distinguant ainsi les deux moitiés d’âme de l’homme et de la femme à travers les générations ?

L’explication est qu’un lien véritable et intime existe précisément entre des parties d’une même âme qui ont été séparées. C’est justement quand il y a aussi une possibilité de désaccord. Car telle est la voie du monde : comme il y a un coucher de soleil, nous apprécions de voir le renouveau du lever du soleil. Quand il y a des jours de tempête, nous apprécions les jours de calme. Et quand il y a séparation, il y a aussi place pour la proximité. Et dans le langage de la Kabbale : quand il y a un « Shouv, retour », il y a aussi un « Ratso, aller ».

Cependant, après tout, on peut se demander – « et alors quoi ? » Pourquoi ce point que l’homme et la femme sont en réalité une seule chose est-il si important ?

Mais la vérité est que la réponse est simple et claire :

Quand une personne souffre de migraines ou de fièvre, elle comprend qu’elle doit trouver un moyen de résoudre le problème. Ce n’est pas un problème extérieur – de quelqu’un d’autre – mais son propre problème. De même, lorsqu’une difficulté surgit dans la vie conjugale, si la personne comprend que leur lien est un lien d’âme, elle ne se précipite pas pour rejeter la responsabilité sur l’autre, car en réalité il n’y a pas deux côtés, mais l’autre côté fait partie d’elle-même.

Lorsque telle est la pensée de la personne, elle comprend qu’elle doit faire des efforts et trouver un moyen de résoudre la difficulté qui s’est créée entre les deux parties d’une même âme… De plus, même lorsqu’il y a entre eux amour, fraternité, paix et amitié, s’ils reconnaissent que leur lien n’est pas seulement basé sur la similitude de leurs traits de caractère et autres, mais qu’il est beaucoup plus profond et commence par le lien essentiel entre leurs âmes, leur lien devient alors plus intime et plus solide.

Avant tout, « Hatan Vékalla, marié et mariée »

Dans les sept bénédictions, nous bénissons « Celui qui a créé la joie et l’allégresse, le marié et la mariée, la gaieté, la jubilation, le plaisir et le ravissement, l’amour et la fraternité, la paix et l’amitié. » D’abord nous disons « Qui a créé… Hatan Vékalla,  le marié et la mariée », et seulement ensuite nous ajoutons « la gaieté, la jubilation… l’amour et la fraternité ». Cela t’enseigne que le marié et la mariée sont liés l’un à l’autre avant même toutes les choses suivantes qui décrivent leur vie commune.

Les gens ont tendance à penser que l’homme et la femme sont deux entités, avec une éducation, une nature et une personnalité différentes, et que ce qui les relie sont des choses extérieures. En conséquence, divers problèmes peuvent surgir lorsque les choses extérieures perdent de leur valeur et que le lien commence naturellement à s’estomper.

C’est pourquoi la sainte Torah vient dire : Non ! Dieu a créé l’homme et la femme ensemble. Ils sont essentiellement un, au point que le Talmud dit que « tout homme qui n’a pas de femme n’est pas un homme », et comme preuve, il cite le verset : « Il les créa mâle et femelle et les appela du nom d’Adam », c’est-à-dire que tous deux ensemble sont appelés Adam.

C’est ce qu’écrit Ibn Ezra, que la femme sur terre vient des cieux « et c’est un secret ». Abraham ordonne à Eliézer, lorsqu’il va chercher une femme pour son fils, de chercher la femme qui lui est liée là-haut. Celle qui est vraiment l’âme sœur de son fils, et pas seulement celle qui lui plaira.

Il est clair qu’il y a une certaine importance aux détails extérieurs, comme le disent les Sages à ce sujet, mais en même temps, il faut savoir que le lien entre l’homme et la femme est plus profond. Le mariage est la valeur suprême, et les sentiments viennent pour créer et renforcer le mariage.

C’est ce que veut dire Ibn Ezra par « secret ». Le secret consiste à descendre à la racine du mariage, à la proclamation « quarante jours avant la formation du fœtus », à ce lien d’âme.

La vraie perfection

Le mariage d’Isaac et Rebecca enseigne un autre point important sur la vie conjugale :

Certains sont réticents face aux différences entre les conjoints et les considèrent comme quelque chose qui conduira nécessairement à des frictions et à un affaiblissement du lien conjugal, mais la vérité est à l’opposé.

Lorsqu’Eliézer voulut tester si Rebecca était la jeune fille destinée à Isaac, il la testa sur sa bonté et lui demanda : « Laisse-moi boire un peu d’eau de ta cruche ». Isaac, comme on le sait, était dans l’attribut de la Guevoura (rigueur), comme il est écrit « Et la crainte d’Isaac » – l’attribut de la crainte et de la rigueur. Et c’est précisément pour cette raison que Rebecca, qui excellait dans l’attribut opposé – la Hessed (bonté) et la gentillesse – était « celle qui lui convenait ».

Nous trouvons quelque chose de similaire chez les parents d’Isaac – Abraham et Sarah. Abraham, comme on le sait, excellait dans l’attribut de la Hessed, comme il est écrit « Hessed à Abraham ». Il a fondé un lieu d’accueil à Beer Sheva, a hébergé de nombreux invités et a pris soin de tous leurs besoins. Chez Sarah, en revanche, c’est l’attribut de Guevoura qui était plus dominant, comme l’ont dit nos Sages, que l’œil de Sarah « était étroit envers les invités ».

Cela nous enseigne, dit le Hatam Sofer, que ce sont précisément les traits opposés qui peuvent conduire à la perfection. Celui qui est doté uniquement de Hessed ou uniquement de Guevoura n’est pas complet. Parfois, la conduite doit être celle de la Hessed et « la droite qui rapproche », mais parfois la Guevoura et « la gauche qui repousse » sont nécessaires, ou un mélange approprié des deux.

De même, l’Admour Hazaken explique les paroles de D.ieu : « Je lui ferai une Ezer kénekdo, une aide contre lui » – alors qu’apparemment la femme peut être l’une des deux, soit une « aide » pour le mari, soit « contre lui », que signifie « une aide contre lui » ?

C’est que lorsque chaque conjoint complète ce qui manque à l’autre et lui donne de ses capacités et de ses traits de caractère, il en bénéficie lui-même et trouve sa perfection. Ainsi, le sens de « aide contre lui » est que « l’aide » et la perfection se trouvent précisément dans la partie « contre lui ». C’est précisément ce qui semble défectueux chez l’autre qui t’apportera la plus grande « aide » si tu agis avec la douceur de la Torah pour le compléter.

Puissions-nous bientôt mériter « d’entendre dans les montagnes de Judée et dans les rues de Jérusalem une voix de joie et une voix d’allégresse, la voix du marié et la voix de la mariée », avec la venue de Machia’h notre juste très prochainement, de nos jours, Amen.

 

Afrique : Le Rav Shlomo Bentolila et le Rav Yaacov Habib lancent une nouvelle certification casher

Afrique : Le Rav Shlomo Bentolila et le Rav Yaacov Habib lancent une nouvelle certification casher

 

 

Un nouveau système de certification casher a été lancé dans le cadre d’un nouveau partenariat au profit des émissaires et de l’ensemble des Juifs d’Afrique, ainsi que pour l’exportation vers les communautés juives du monde entier. À l’origine de cette initiative se trouvent le Rav Shlomo Bentolila, Grand Rabbin du Congo et émissaire en chef pour les pays d’Afrique centrale, et le Rav Yaakov Haviv, Av Beth Din de Yi’houd Harabanim de France.

 

L’Union des communautés juives d’Afrique centrale, dirigée par le Rav Shlomo Bentolila, Grand Rabbin du Congo et émissaire en chef pour les pays d’Afrique centrale, œuvre en tant qu’émissaire du Rabbi depuis 32 ans. Au fil des années, il a engendré une révolution du judaïsme en Afrique centrale avec 13 émissaires, chacun responsable d’un pays mais tous agissant également dans les pays voisins, couvrant ensemble 25 pays entre l’Éthiopie en Afrique de l’Est et la Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest.

La certification casher dans ces pays est un sujet important et vital, non seulement pour les Juifs locaux et les touristes qui visitent les pays africains, mais aussi pour l’exportation depuis l’Afrique vers les communautés juives du monde entier.

Le Beth Din de l’Union des Rabbins de France, dirigé par son Av Beth Din le Rav Yaakov Haviv, qui aide et assiste tous les émissaires des pays africains sur les questions de religion et de judaïsme depuis plusieurs années, connaît bien le sujet. Avec le temps, le besoin d’une coopération entre l’Union des communautés africaines dirigée par le Rav Bentolila et le Beth Din de l’Union des Rabbins de France dirigé par le Rav Haviv s’est fait sentir.

Le système commun a été développé sur une longue période. Cette semaine, lors de la rencontre des Rabbins Haviv et Bentolila en Côte d’Ivoire, lieu d’émissariat du Rav Yerahmiel Bensaid, gendre du Rav Bentolila qui a également participé à l’établissement de la coopération entre l’Afrique et la France.

Le nouveau système de certification casher est lancé dans le cadre d’un nouveau partenariat qui, avec l’aide de D.ieu, sera fructueux pour les émissaires et l’ensemble des Juifs d’Afrique, ainsi que pour l’exportation vers les communautés juives du monde entier. L’activité commune de certification casher opérera dans de nombreux pays d’Afrique et comprendra la gestion d’abattoirs, des visites dans des laiteries et des usines qui produisent et exportent du poisson, du café, du cacao, des fruits secs, et bien plus encore.

La bonne nouvelle : dans les prochains jours déjà, il sera possible de se procurer des produits portant la certification casher commune et stricte du Beth Din de l’Union des Rabbins et de l’Union des Rabbins d’Afrique.

Le Rav Haviv et le Rav Bentolila soulignent que les produits sont casher de la plus haute qualité (Mehadrin min haMehadrin) et que chaque émissaire, Hassid et Juif craignant le Ciel peut acheter ces produits, et « les humbles mangeront et seront rassasiés ».