Du 1er au 15 Av 5786 :  Siyoum en direct vers 14h05 sur « Radio J »

Du 1er au 15 Av 5786 : Siyoum en direct vers 14h05 sur « Radio J »

ECOUTER RADIO J

 


Mercredi 8 Av 5786
Rav M. M. Azimov
Traité
Meguila


La conclusion du traité Meguila met en lumière un principe fondamental institué par Moché : étudier les lois de chaque fête en son temps. Derrière cette règle halakhique se cache un enseignement profond sur la lumière singulière que porte chaque période de l’année.

 

 

Le verset de clôture

Le traité Meguila s’achève sur un verset tiré du livre de Vayikra : « Vayédaber Moché ète mo’adei Hachem el bné Israël », que l’on traduit par « Moché enseigna les fêtes de D.ieu aux enfants d’Israël ». Ce choix n’a rien d’anodin, car il place l’ensemble du cycle des fêtes au cœur même de la conclusion du traité, comme pour rappeler que le temps sacré demeure la trame profonde de l’étude.

L’institution de Moché

Nos Sages enseignent que Moché instaura à cette occasion une règle essentielle : celle d’étudier et d’approfondir les lois propres à chaque fête au moment même où elle survient, selon le principe de l’Inyano chel yom, « le sujet du jour ». Ainsi étudie-t-on les lois de Pessa’h durant Pessa’h, les lois de Chavouot, également appelée Atséret, durant Chavouot, et les lois de Soukot durant ‘Hag, la fête par excellence. Cette discipline confère à l’étude sa pleine résonance, en l’accordant au temps qu’elle vient éclairer.

L’enseignement spirituel du moment

Au-delà de sa dimension purement halakhique, cette règle recèle un enseignement bien plus profond. Chaque période de l’année porte en elle une lumière particulière, une énergie spirituelle qui lui est propre et qui ne se dévoile qu’en son temps. En consacrant son étude à la fête que l’on traverse, on ne se contente pas d’en connaître les lois : on se relie pleinement à l’essence du moment et l’on puise directement dans la clarté qu’il diffuse.

La formule traditionnelle du Hadran

Fidèle à l’usage qui accompagne l’achèvement de tout traité, ce Siyoum se conclut par la formule du Hadran : « Hadran alakh Bné Ha’ir, vé slika lakh masékhet Meguila », c’est-à-dire « Nous reviendrons vers toi, chapitre Bné Ha’ir, et tu ne nous quitteras pas, traité Meguila ». Ces mots expriment une vérité chère à la tradition juive : l’étude ne s’interrompt jamais véritablement, et l’on revient sans cesse vers les textes que l’on croyait avoir refermés, dans un mouvement qui ne connaît pas de fin.

Un appel à la Tsedaka

Comme il est de coutume en pareille occasion, ce Siyoum s’accompagne d’un appel à renforcer la Tsedaka en cette période. À ce vœu s’ajoute celui d’un bon jeûne pour ceux qui l’observent, ainsi que l’attente ardente de la délivrance finale, la Guéoula, que nous espérons voir se dévoiler très prochainement.

 


Mardi 7 Av 5786
Rav Meir Lachkar
Traité
Haguiga 


Au terme du traité ‘Haguiga, les Sages du Talmud dévoilent une vérité aussi surprenante que réconfortante : le feu du Guéhinnom n’a d’emprise ni sur les érudits de la Torah, ni même sur les Juifs qui se laissent parfois aller à fauter.

 

Le traité ‘Haguiga se compose de trois chapitres, et c’est à la toute fin du troisième et dernier d’entre eux que la Guemara vient poser une conclusion d’une portée exceptionnelle.

La montée au Beth Hamikdach et la pureté des ustensiles

Ce dernier chapitre traite de la montée du peuple juif vers Jérusalem lors des trois fêtes de pèlerinage, Pessa’h, Chavouot et Souccot, et de la proximité des pèlerins avec les ustensiles sacrés du Beth Hamikdach, le Temple de Jérusalem. La foule immense qui affluait alors soulevait une difficulté : ces ustensiles, côtoyés par tout un chacun, avaient pu contracter une impureté. La Guemara s’interroge donc sur la manière de les purifier à nouveau, avant de conclure par un enseignement qui dépasse de loin la seule question rituelle.

Le feu du Guéhinnom sans emprise sur les Sages

« Amar Rabbi Abbahou, amar Rabbi Eléazar », rapporte le Talmud : les Talmidei ‘Hakhamim, les Sages, « ein our chel Guéhinnom choletet bahen », le feu du Guéhinnom ne saurait avoir d’emprise sur eux. Les Sages établissent cette affirmation par un raisonnement a fortiori, un Kal Va’homer, tiré d’un être aussi étonnant que la salamandre.

La salamandre, un enseignement tiré de la nature

La salamandre, explique Rachi, est un petit animal qui naît dans un foyer entretenu sans interruption durant sept années : à force d’y raviver les flammes et d’y accumuler la cendre, cet être voit le jour au cœur du brasier, y demeure et ne redoute nullement le feu. Or, celui qui s’enduirait du sang de cet animal deviendrait lui-même insensible aux flammes. À plus forte raison, enseignent les Sages, en va-t-il de ceux dont le corps tout entier est comparable au feu.

La Torah, semblable au feu

Pourquoi les Sages sont-ils comparés au feu ? Parce qu’ils étudient la Torah, et que la Torah elle-même est appelée Ech, le feu. Ainsi qu’il est écrit : « Halo kho devari… ka’ech », « Mes paroles ne sont-elles pas comme le feu ? », déclare le Saint béni soit-Il, HaKadoch Baroukh Hou. Puisque les paroles de D.ieu et celles de la Torah sont de la nature du feu, à plus forte raison (Kal Va’homer) les Sages qui en sont revêtus de la tête aux pieds ne sauraient-ils subir l’atteinte du feu du Guéhinnom.

L’enseignement de Réche Lakich sur les Pochéi Yisraël

Un autre maître, Réche Lakich, pousse cet enseignement plus loin encore : « Ein our chel Guéhinnom choletet bePochéi Yisraël », le feu du Guéhinnom n’a pas même d’emprise sur les Juifs que l’on ne qualifie pourtant pas de Sages, mais de Pochéi Yisraël, ceux qui peuvent parfois se laisser aller à fauter. Là encore, la démonstration procède d’un a fortiori, tiré cette fois du petit autel du Temple.

Le miracle du petit autel recouvert d’or

Ce petit autel, sur lequel on faisait brûler les encens dans le Hékhal, mesurait environ un mètre de hauteur sur cinquante centimètres de côté. Il était fait de bois recouvert d’une couche d’or extrêmement fine. Pourtant, matin et soir, l’on y consumait la kétoret sans que le feu n’entame jamais le bois qu’une si mince pellicule d’or protégeait. Rachi souligne qu’il s’agissait là d’un véritable miracle.

Emplis de Mitsvot comme la grenade de ses grains

De ce miracle, la Guemara tire sa conclusion : « Pochéi Yisraël meleim Mitsvot ka-rimon », les Juifs qui se laissent parfois aller à fauter sont malgré tout emplis de Mitsvot comme la grenade est emplie de ses grains. Ainsi qu’il est écrit : « Kefela’h ha-rimon rakatekh ». N’y lis pas rakatekh, « tes tempes », mais rekanin chebakhem, « les plus vides d’entre eux ». Telle une tranche de grenade sont les deux côtés du crâne de tout Juif : même ceux qui, hélas, se trouvent parfois vides de Torah demeurent emplis de Mitsvot. Et puisqu’ils débordent ainsi de Mitsvot, à plus forte raison (Kal Va’homer) nul mal ne saurait les atteindre.

Ainsi s’achève le traité ‘Haguiga, sur cette parole d’espérance : le feu qui consume ne peut rien contre l’âme du Juif, protégée par la Torah et par les Mitsvot dont elle est comblée.

 


Lundi 6 AV 5786
Rav Menahem Mendel Nisenbaum
Traité Makkot
(24a–24b)


Devant les ruines fumantes du Temple, quatre des plus grands sages d’Israël contemplent un spectacle déchirant : un renard sortant de l’endroit même du Saint des Saints. Trois d’entre eux fondent en larmes, mais Rabbi Akiva, lui, éclate de rire. Ce récit bouleversant du Talmud, lu et médité durant la période des Trois Semaines, révèle le secret d’un regard capable de percevoir, au cœur même de la destruction, la certitude absolue de la Guéoula.

 

Le Talmud, à la fin du traité Makot, rapporte l’un des épisodes les plus saisissants de la littérature de nos sages. Rabban Gamliel, Rabbi Eléazar ben Azarya, Rabbi Yehochoua et Rabbi Akiva montent ensemble à Jérusalem. Parvenus au mont du Temple, ils aperçoivent un renard qui sort de l’endroit où se trouvait le Saint des Saints, ce lieu d’une sainteté si redoutable que seul le Cohen Gadol, le Souverain Sacrificateur, pouvait y pénétrer, et uniquement le jour de Kippour.

Le contraste des réactions

Face à cette vision, la profanation atteint son comble : là où résidait la Présence divine dans toute son intensité, un animal sauvage rôde désormais parmi les décombres. Rabban Gamliel, Rabbi Eléazar ben Azarya et Rabbi Yehochoua ne peuvent retenir leurs larmes. Ils pleurent la perte, l’exil de la Chekhina, l’abaissement inouï du lieu le plus saint du monde.

Mais Rabbi Akiva, lui, rit.

Stupéfaits, ses compagnons l’interrogent : « Akiva, pourquoi ris-tu ? » Et lui de leur retourner la question : « Et vous, pourquoi pleurez-vous ? » Ils lui répondent que devant un tel spectacle, comment ne pas pleurer ? C’est alors que Rabbi Akiva dévoile la profondeur de son regard.

Le lien prophétique entre destruction et renaissance

Rabbi Akiva explique sa logique en associant deux prophéties que l’Écriture elle-même a liées l’une à l’autre. La première est celle d’Ourya, annonçant la destruction : « Sion sera labourée comme un champ », parole rapportée par le prophète Mikha et reprise dans le livre de Yirmiyahou. La seconde est celle de Zekharia, annonçant la renaissance : « Des vieillards et des femmes âgées s’assiéront encore dans les rues de Jérusalem », vision d’une ville rendue à la vie, à la paix et à la longévité de ses habitants.

Le verset d’Yechayahou associe explicitement ces deux témoins : « Je pris pour moi des témoins fidèles, Ourya le Cohen et Zekharia ». Or, plusieurs générations séparent ces deux prophètes. Pourquoi la Torah les unit-elle ? C’est que le destin de leurs deux prophéties est indissociablement lié : l’accomplissement de l’une garantit l’accomplissement de l’autre.

La certitude de la Rédemption

Pour Rabbi Akiva, le raisonnement est lumineux. Tant que la prophétie de la destruction ne s’était pas entièrement réalisée, un doute pouvait subsister quant à l’accomplissement de celle de la reconstruction. Mais dès lors que la parole d’Ourya s’est accomplie au mot près, jusqu’à ce renard sortant du Saint des Saints comme d’un champ abandonné, la preuve est faite que la parole divine ne revient jamais en arrière. La promesse de Zekharia se réalisera donc tout aussi sûrement, dans ses moindres détails.

Là où ses compagnons voyaient l’aboutissement d’une catastrophe, Rabbi Akiva percevait le commencement d’une promesse. Le renard n’était pas pour lui le signe de l’abandon, mais le sceau de la fidélité divine : si D.ieu a tenu Sa parole dans la rigueur, à combien plus forte raison la tiendra-t-Il dans la bonté.

« Akiva, tu nous as consolés ! »

Entendant ces paroles, les sages lui répondirent : « Akiva, tu nous as consolés ! Akiva, tu nous as consolés ! » Par ces mots répétés deux fois, les sages ne se contentent pas de saluer une belle idée : ils valident la vision de Rabbi Akiva, cette capacité de regarder au-delà de l’épreuve présente pour y apercevoir la lumière future.

Ce récit prend toute sa dimension durant la période des Trois Semaines, entre le 17 Tamouz et le 9 Av, où le peuple juif porte le deuil de la destruction du Beth Hamikdach. Le rire de Rabbi Akiva nous enseigne que le deuil lui-même est porteur d’espérance : chaque larme versée sur la destruction est en réalité un témoignage de foi en la reconstruction. Car celui qui pleure le Temple mérite de voir sa joie, comme l’affirment nos sages : « Quiconque prend le deuil de Jérusalem méritera de voir sa joie ».

Puissions-nous très bientôt voir de nos yeux l’accomplissement de la prophétie de Zekharia, avec la venue de Machia’h et la reconstruction du troisième Beth Hamikdach, rapidement et de nos jours. 


Dimanche 5 AV 5786
Rav Menahem Mendel Shapira
Traité Ketouvot


Le traité Ketoubot s’achève sur des images bouleversantes de l’amour que portaient nos Sages à la Terre d’Israël, embrassant ses rochers et se roulant dans sa poussière. Mais la Guémara ne s’arrête pas là : elle dévoile une promesse extraordinaire réservée aux temps de Machia’h, où même les arbres qui n’ont jamais rien produit donneront des fruits en abondance.

 

 

L’amour des Sages pour la Terre d’Israël

À la fin du traité Ketoubot, la Guémara nous raconte l’amour immense que témoignaient nos Sages envers la Terre d’Israël, chacun l’exprimant à sa manière, avec une intensité qui traverse les générations.

Lorsque Rabbi Abba arriva en Eretz Israël, il embrassa les rochers de la ville d’Aco, tant son attachement à cette terre était profond. Rabbi ‘Hanina, quant à lui, se consacra à aménager les routes qui menaient vers la Terre d’Israël, afin de faciliter le chemin de tous ceux qui souhaitaient s’y rendre.

Rabbi Ami et Rabbi Assi, lorsqu’ils dispensaient leurs cours de Torah, veillaient à se déplacer des endroits chauds vers les endroits plus frais, et inversement, des lieux froids vers les lieux chauds. Tout cela dans un seul but : ne jamais laisser échapper la moindre plainte sur le climat de la Terre d’Israël et manifester ainsi l’amour qu’ils lui portaient. Quant à Rabbi ‘Hiya bar Gamda, lorsqu’il parvint en Eretz Israël, il se roula dans sa poussière pour exprimer son amour et son attachement indéfectible à cette terre.

Une conclusion sur une note positive

La Guémara évoque ensuite les difficultés que connaîtront les Sages juste avant la venue de Machia’h. Mais fidèle à la tradition de conclure sur une note positive, c’est par une promesse lumineuse que s’achève le traité Ketoubot.

Rabbi ‘Hiya bar Achi enseigne au nom de Rav : dans les temps futurs, tous les arbres stériles de la Terre d’Israël donneront des fruits lorsque Machia’h viendra. D’où le savons-nous ? La Guémara apporte une preuve tirée du prophète Yoël, ainsi qu’il est écrit : « Car l’arbre donnera son fruit », et immédiatement après : « Le figuier et la vigne donneront leur richesse ».

Le raisonnement est le suivant : puisque le verset précise déjà que les vignes et les figuiers produiront leurs fruits en abondance, de quels arbres parle-t-il donc lorsqu’il dit simplement « l’arbre donnera son fruit » ? Il s’agit nécessairement des arbres qui n’ont jamais porté de fruits. Lorsque Machia’h viendra, tous les arbres donneront des fruits, même les arbres stériles.

Le Siyoum selon la demande du Rabbi

Hadran alakh Chnei Dayanei Guezeirot vesalika lah Massekhet Ketoubot : ainsi se conclut le traité Ketoubot.

Et conformément à la demande du Rabbi, qui souhaitait que l’on associe toujours la conclusion d’un traité, un Siyoum, aux deux Mitsvot de Ahavat Israël et de Tsedaka, ce moment d’étude s’achève par l’amour du prochain et par le don d’une pièce à la Tsedaka. Chavoua tov !

 


Vendredi 3 AV 5786
Rav Its’hak Sitruck
Traité Er’hin


 

 

Le traité ‘Erkhin : offrir au Temple la valeur d’une personne ou d’un bien

Le traité ‘Erkhin traite principalement, comme son nom l’indique, des « évaluations » : il s’agit du cas d’une personne qui décide d’offrir au Temple la valeur d’une personne ou d’un bien. La Torah fixe les règles précises de ces engagements, leur montant et les modalités de leur acquittement. Mais c’est sur un tout autre sujet que le traité s’achève, et c’est à ces dernières lignes que le Rav Sitruck a consacré son enseignement.

Le champ du Cohen face à l’année du Yovel

Dans les dernières lignes du traité, la Guemara cherche à établir si un champ offert en cadeau à un Cohen possède le même statut qu’un champ faisant partie du patrimoine familial de ce Cohen. Un principe est en effet clairement établi : un champ appartenant au patrimoine de la famille du Cohen peut être racheté à tout moment, et même lorsque survient la cinquantième année, l’année du Yovel, le Cohen conserve toujours le droit de récupérer son bien. La question est alors la suivante : un champ qui a été offert en cadeau à un Cohen bénéficie-t-il de ce même avantage ? Son propriétaire peut-il toujours le racheter, bien que la cinquantième année soit arrivée ?

La Guemara cite à l’appui le verset selon lequel les biens des Cohanim ont le statut de « possession éternelle », a’houzat olam. A priori, les Cohanim pourraient donc toujours racheter leurs biens. Peut-être faudrait-il alors considérer qu’un champ qui ne fait pas partie du patrimoine familial, mais qu’un Cohen a reçu en cadeau de la part d’un autre Juif, entre lui aussi dans le cadre de cet héritage éternel, et pourrait dès lors être racheté même après le passage de la cinquantième année.

La réponse de la Guemara : l’héritage familial seul est éternel

La Guemara conclut en tranchant la question. Lorsqu’il s’agit d’un champ qui fait partie du patrimoine familial de la famille du Cohen, celui-ci peut effectivement le racheter, même si l’année du Yovel est arrivée. En revanche, lorsqu’il s’agit d’un bien reçu en cadeau, le Cohen ne bénéficie pas de cet avantage : si le champ n’a pas été racheté avant la cinquantième année, il sera alors trop tard, et le bien sera réparti entre les Cohanim de la garde en fonction au début de cette année du Yovel. C’est sur cet enseignement que s’achève le traité, scellé par la formule traditionnelle du Hadran : « Nous reviendrons vers toi, traité ‘Erkhin ».

Un don à la Tsedaka pour s’associer à la joie du Sioum

Fidèle à la coutume qui associe l’étude à la générosité, le Rav Its’hak Sitruck a invité les auditeurs à joindre un don à la Tsedaka à ce Sioum, afin de prolonger la joie de la Torah par un acte de bonté concret. C’est par un chaleureux « Chabbat Chalom à tous » qu’il a conclu cette émission, transformant ainsi, l’espace de quelques minutes, les jours les plus sombres du calendrier en un moment de fête et d’élévation.

 


Jeudi 2 AV 5786
Rav Menahem Mendel Azimov
T
raité Sota


L’étude du traité Sota par le Rav Menahem Mendel Azimov, se conclu sur l’un des enseignements les plus saisissants du Talmud, consacré à la disparition apparente de la modestie et de la crainte de D.ieu après la mort de Rabbi Yehouda HaNassi. Deux Sages, Rav Yossef et Rav Na’hman, viennent pourtant témoigner que ces qualités demeurent bien vivantes parmi le peuple juif. Une conclusion qui s’achève par la formule traditionnelle du Hadrane et par un appel à renforcer la Tsedaka, qui rapproche la Délivrance finale.

 

Les derniers mots du traité Sota

Le traité Sota se conclut par ces mots de la Michna : « Michémet Rabbi, batla anava veyirat ‘het » – « Depuis la mort de Rabbi, ont cessé la modestie et la crainte de fauter ». La Guémara rapporte alors deux réponses étonnantes. Rav Yossef dit au récitateur de la Michna : « N’enseigne pas que la modestie a disparu, car moi, je suis là. » Et Rav Na’hman ajoute : « N’enseigne pas que la crainte de fauter a disparu, car moi, je suis là. »

Ainsi, la Guémara nous enseigne que le dernier maître réunissant pleinement les qualités de modestie et de crainte de D.ieu fut Rabbi Yehouda HaNassi, le rédacteur de la Michna, et que depuis son départ de ce monde, ces vertus se sont faites rares. Cependant, Rav Yossef affirme que la modestie existe encore, et Rav Na’hman témoigne que la crainte de D.ieu demeure toujours présente.

Un héritage qui ne s’éteint jamais

Loin d’être une manifestation d’orgueil, ces déclarations recèlent une leçon profonde : les qualités d’un véritable maître ne disparaissent pas avec lui. Elles se transmettent à ses disciples et continuent de vivre au sein du peuple juif, de génération en génération. L’enseignement de Rabbi Yehouda HaNassi n’a donc pas pris fin après sa mort : il demeure vivant parmi nous, et chacun peut, à son échelle, dire à son tour « je suis là » et incarner la modestie et la crainte du Ciel dans sa propre vie.

Le Hadrane, promesse de retour

L’étude s’achève par la formule consacrée : « Hadrane lakh Egla Aroufa ousslik lakh Massé’het Sota » – « Nous reviendrons vers toi, chapitre de « la génisse à la nuque brisée », et le traité Sota est achevé ». Cette formule traditionnelle, prononcée à la conclusion de chaque traité du Talmud, n’est pas un simple adieu : elle exprime l’espoir et l’engagement de revenir à cette étude dans l’avenir, car la Torah n’est jamais « terminée » – elle est un puits inépuisable auquel on revient sans cesse puiser.

La Tsedaka qui rapproche la Guéoula

Enfin, il convient de rappeler qu’il est essentiel de renforcer notre engagement dans la Mitsva de la Tsedaka. Comme l’enseignent nos Sages, « grande est la Tsedaka, car elle rapproche la Délivrance ». Chaque pièce donnée, chaque geste de bonté, hâte la venue de Machia’h et la Guéoula véritable et complète, très prochainement.

Participer chaque jour à un Siyoum vers 14h10 en direct sur Radio J
jusqu’au 15 Av

Un « Siyoum » est une fête qu’on organise lorsqu’on a achevé l’étude d’un traité talmudique.

Le Rabbi avait demandé qu’on organise un Siyoum pendant chacun des «neuf jours» et jusqu’au 15 Av puisqu’une telle joie sainte est permise durant cette période.

On peut participer à un Siyoum en direct sur hassidout.org ou en écoutant chaque jour (jusqu’au 15 Av) sur la radio juive (94.8 FM) une personne qui achève l’étude d’un traité.

 

ECOUTER RADIO J

Les usages Habad pour la lecture d’Ei’ha et les Kriot de Tich’a BeAv, par le Rav Avraham Barou’h Pevzner

Les usages Habad pour la lecture d’Ei’ha et les Kriot de Tich’a BeAv, par le Rav Avraham Barou’h Pevzner

 

À l’approche de Tich’a BeAv, jour où le peuple juif pleure la destruction des deux Temples, les usages du Minhag Habad confèrent à la lecture des Lamentations une sobriété toute particulière. Loin des parchemins et des bénédictions, la Meguilat Eikha se lit dans le recueillement d’un simple livre imprimé, chacun murmurant les versets pour son propre compte. Un éclairage sur ces coutumes, ainsi que sur la règle qui permet de lire les Kriot du jour dès que trois jeûneurs sont réunis.

 

 

Une lecture sans bénédiction

Selon le Minhag Habad, on ne récite jamais de Bera’ha avant la lecture d’Eikha, le Livre des Lamentations que le prophète Jérémie composa sur la destruction du premier Beth Hamikdach. Cette abstention demeure la règle en toutes circonstances : même lorsque la lecture se déroule en présence d’un Minyan, et même dans le cas où l’on disposerait d’un parchemin parfaitement cachère. Le principe est ferme et ne souffre pas d’exception, alors que dans certaines autres communautés l’officiant qui lit sur un rouleau prononce, lui, la bénédiction avant de commencer.

Cette réserve s’explique par un fondement bien établi de la Halakha, selon lequel on ne récite pas de bénédiction sur un simple usage. La lecture des Lamentations n’ayant pas le statut d’une obligation formelle assortie d’une Bera’ha, l’usage Habad choisit le silence liturgique, en parfaite cohérence avec l’atmosphère de deuil qui enveloppe cette nuit-là.

Le livre imprimé plutôt que le parchemin

Dans le prolongement de cette même sobriété, la coutume Habad veut que l’on lise Eikha dans un livre imprimé, qu’il s’agisse d’un recueil de Kinot ou d’un ‘Houmach, et non sur un parchemin. Cet usage rejoint une explication rapportée au nom du Levouch : les scribes n’avaient pas coutume de rédiger de tels parchemins, tant les rouleaux d’Eikha demeuraient rares. On y voit volontiers le signe d’une espérance, celle de voir le Neuf Av transformé en jour de joie et de fête avec la venue de la Guéoula, de sorte que ces parchemins de tristesse n’aient plus lieu d’être.

À cette première coutume s’en ajoute une seconde, qui touche à la manière même de dire les versets. L’usage veut que chacun lise Eikha pour son propre compte, à voix basse, et non que seul le Chalia’h Tsibour en fasse la lecture à voix haute pour l’ensemble de l’assemblée. Ainsi, tandis que l’officiant entonne les Lamentations sur une mélodie plaintive, chaque fidèle accompagne la lecture en murmurant les mots, comme pour épouser personnellement le deuil de la nation tout entière.

Trois jeûneurs suffisent pour les Kriot du jour

Le Minhag Habad se distingue également par une règle concernant la lecture de la Torah propre au jour de jeûne. Il suffit en effet que se trouvent dans l’assistance trois personnes accomplissant le Taanit pour que l’on puisse procéder aux Kriot réservées à cette journée. Cette condition allégée permet de préserver la lecture publique de la Torah même lorsque l’assemblée compte peu de jeûneurs.

Ces Kriot sont au nombre de deux, chacune à son office. Le matin, on lit le passage de Ki Tolid, où Moché évoque l’exil et le retour vers D.ieu ; l’après-midi, à Min’ha, on lit Vaye’hal, ce moment où Moché implore la miséricorde divine et où sont proclamés les treize attributs de clémence. Ainsi, du matin au soir, la journée de deuil demeure traversée par la parole de la Torah et par l’appel constant au pardon.

Dans la demeure du ‘Hozer : un Farbrenguen à l’occasion du Yahrtzeit du Rav Yoel Kahn a’h

Dans la demeure du ‘Hozer : un Farbrenguen à l’occasion du Yahrtzeit du Rav Yoel Kahn a’h

 

À l’occasion du yahrtzeit du Rav Yoel Kahn a’h, le 6 Av, un Farbrenguen s’est tenu dans sa demeure de la rue Montgomery, à Crown Heights. Celui qui fut durant des décennies le ‘Hozer attitré du Rabbi y avait enseigné la ‘Hassidout à des milliers d’élèves et rapproché d’innombrables Juifs de l’enseignement du Rabbi. Les jeunes gens de la Kvoutsa, venus de la Yechiva centrale où il officiait comme Machpia, se sont rassemblés pour honorer sa mémoire.

 

 

Un rassemblement dans la demeure de la rue Montgomery

C’est dans la maison qui fut la sienne, rue Montgomery, au cœur de Crown Heights, que s’est tenue cette rencontre empreinte d’émotion. Les participants, pour l’essentiel des élèves de la Kvoutsa — ce groupe de jeunes gens venus étudier auprès de la Yechiva centrale — s’y sont réunis pour marquer le jour du yahrtzeit de leur maître, le 6 Av. Chaque soir, dans le petit Zal de la Yechiva, le Rav Yoel Kahn dispensait à leur intention des cours qui ont façonné toute une génération d’étudiants, et c’est tout naturellement que ces mêmes disciples se sont retrouvés pour se souvenir de lui et poursuivre l’étude qu’il leur avait transmise.

Le ‘Hozer du Rabbi

Le Rav Yoel Kahn occupa durant des décennies une fonction singulière auprès du Rabbi : celle de ‘Hozer, chargé de mémoriser puis de restituer fidèlement les paroles prononcées lors des Farbrenguen. Doté d’une mémoire prodigieuse, il retenait les Si’hot et les Maamarim du Rabbi — souvent délivrés un Chabbat ou un jour de fête, lorsqu’aucun enregistrement n’était permis — pour les répéter ensuite, lors d’une séance de ‘hazara, et les consigner par écrit. En sa qualité de maniah, il préparait pour l’impression les discours édités du Rabbi ainsi que des passages du Likoutei Si’hot. Dès le tout premier Farbrenguen du Rabbi, il s’attela à cette tâche, s’imposant comme le gardien scrupuleux d’un enseignement qui, sans lui, aurait pu se perdre.

Un maître qui a rapproché des milliers d’âmes

Bien au-delà de ce rôle, le Rav Yoel Kahn fut l’un des plus grands penseurs de la ‘Hassidout de sa génération. À la tête de la Yechiva centrale Tom’hei Temimim, à 770, il enseigna comme Machpia à des milliers d’élèves et rapprocha d’innombrables Juifs, à l’intérieur comme à l’extérieur du monde de la Yechiva, de la ‘Hassidout et de l’enseignement du Rabbi. On lui doit notamment le Sefer HaErkim, vaste encyclopédie et analyse des concepts de la ‘Hassidout, ainsi que le recueil Chemouot VeSipourim, compilation de récits et de traditions transmis par les ‘hassidim des générations passées.

Un parcours au service du Rabbi

Né le 16 Chevat 5690 (1930) en Union soviétique, dans une famille attachée à la Yechiva Tom’hei Temimim de la ville de Loubavitch, le Rav Yoel Kahn gagna la Terre sainte avec les siens, puis rejoignit New York en 5710 (1950) afin de poursuivre son étude au siège du mouvement, à 770 Eastern Parkway. Il y consacra plus de sept décennies à absorber, transcrire et diffuser à travers le monde les enseignements du Rabbi. Il s’est éteint le 6 Menahem Av 5781 (2021), à l’âge de quatre-vingt-onze ans, laissant derrière lui une œuvre immense et le souvenir d’un serviteur fidèle dont la parole continue de résonner dans les salles d’étude.

 

 

 

Des jours de deuil aux jours de joie : le message du Rabbi pour les Neuf Jours

Des jours de deuil aux jours de joie : le message du Rabbi pour les Neuf Jours

Écrite le 1er Av 5743 (1983), cette lettre du Rabbi de Loubavitch s’adresse à l’ensemble du peuple juif à l’aube des Neuf Jours, cette période de deuil qui culmine le 9 Av. S’appuyant sur les enseignements hassidiques, le Rabbi y dévoile le sens profond de ces journées et invite à convertir la tristesse en actes lumineux. Il place au cœur de son message l’amour gratuit, l’étude de la Torah et la Tsedaka, ces leviers capables de hâter la Rédemption véritable et de muer les jours de deuil en jours de fête.

 

B »H, Roch ‘Hodech Mena’hem Av,
jour du rappel du départ d’Aharon le Grand Prêtre, 5743 (1983)
Brooklyn, New York

Aux fils et aux filles d’Israël,
que D.ieu les garde et les bénisse,
Paix et bénédiction !

Les enseignements qui éclairent notre service divin

On connaît l’enseignement du Baal Chem Tov selon lequel, dans chaque chose que l’homme voit ou entend, se cache une instruction pour son service divin. On connaît également l’enseignement du Maguid et de l’Admour Hazaken sur la maxime de nos Sages, « Sache ce qui est au-dessus de toi » : sache que tout ce qui se déploie dans les mondes supérieurs prend sa source en toi. Et l’on connaît enfin l’enseignement de l’Admour Haemtsaï, que l’on retrouve aussi tout simplement dans les livres de la Kabbale, selon lequel D.ieu est l’essence même du bien, et que la nature du bien est de faire le bien.

Le sens des jours de deuil

De tout cela se dégage également la signification de cette période, les jours situés entre les détroits, le Bein HaMetsarim, et en leur sein les Neuf Jours, dont le point culminant est le 9 Av, ces jours de deuil. Comme l’explique le Rambam dans son recueil de lois, le deuil s’inscrit parmi les voies du repentir : il convient d’examiner ses actes et de revenir vers D.ieu par la Téchouva. Cela vaut plus encore lorsque s’y ajoutent les jeûnes du 17 Tamouz et du 9 Av, qui comptent eux aussi parmi les chemins de la Téchouva.

À la mémoire d’Aharon le Grand Prêtre

Le commencement des Neuf Jours coïncide avec le premier jour du cinquième mois, qui rappelle, selon le verset, qu’Aharon « mourut là, le premier jour du cinquième mois ». Le but d’un tel souvenir, d’autant plus qu’il s’agit d’un souvenir inscrit et gravé dans notre Torah, Torah de vie et enseignement éternel, est que ces jours soient « commémorés et accomplis ». La Téchouva née de la méditation sur le contenu de ces journées doit conduire à de belles actions qui en découlent, en ces jours-là comme de façon durable par la suite, ces actions mêmes qu’a enseignées Aharon le prêtre.

Sur les traces d’Aharon, aimer et rapprocher

Les qualités d’Aharon le Grand Prêtre et ses actes sont exposés en de nombreux endroits de la Torah écrite et de la Torah orale. Parmi eux, nos Sages ont établi dans la Michna ce précepte lumineux : « Sois des disciples d’Aharon, aimant la paix et poursuivant la paix, aimant les créatures et les rapprochant de la Torah. » Ce message entretient un lien tout particulier avec ces jours, où l’on médite sur la destruction, sur l’exil et sur leur cause.

De la haine gratuite à l’amour gratuit

Cette cause, c’est la haine gratuite, la sinat ‘hinam ; et le remède réside dans l’amour d’Israël porté jusqu’à l’amour gratuit, l’ahavat ‘hinam, seul capable de racheter et d’annuler l’exil. Il passe aussi par un surcroît d’étude de la Torah et par la Tsedaka, ainsi que l’annonce la prophétie de Yéchayahou : « Sion sera rachetée par la justice, et ses captifs par la Tsedaka. » De là découle une raison supplémentaire d’appeler et d’inviter chacun à organiser un Siyoum de traité durant les Neuf Jours, et si possible chaque jour, le 9 Av étant consacré à l’étude de la Torah devant de nombreux auditeurs, en rappelant à chaque fois l’amour d’Israël et la charité.

Vers la Rédemption véritable et complète

Le départ d’Aharon le Grand Prêtre, lui qui aimait toute la maison d’Israël, chaque Juif de chaque génération, lui et ses fils bénissant les enfants d’Israël par les mots « Que l’Éternel te bénisse, fasse briller sur toi Sa face, la lève vers toi et t’accorde la paix », suscite des délivrances au sein de la terre, jusqu’à la délivrance générale et véritable, la Rédemption complète par notre juste Machia’h. Alors s’accomplira la promesse : « Tu hériteras, D.ieu, de toutes les nations. » Et la Tsedaka rapproche plus encore cette Rédemption, de manière hâtive, « voici, avec les nuées du ciel ».

Avec respect et bénédiction de réussite en tout cela, et que bientôt, de nos jours, ces journées deviennent des jours de fête, de joie et d’allégresse.

Signature du Rabbi

Le Rabbi : « Continuer les Siyoumim même après les trois semaines »

Le Rabbi : « Continuer les Siyoumim même après les trois semaines »

Instructions du Rabbi pour les jours suivant Ticha BeAv : poursuivre les « Siyoumim » jusqu’au quinze Av inclus, emporter une boîte de Tsedaka en voyage, prendre avec soi des paroles de Torah adaptées au jour que l’on peut réciter par cœur dans un langage approprié aux auditeurs.

 

 

 

En général : « Les bonnes actions de Torah et de Mitsvot accomplies durant les trois semaines doivent être poursuivies même après Ticha BeAv, afin d’accélérer la Délivrance. »

Le Rabbi dans sa résidence, 5749 (1989) – 11 Av

Le Rabbi a déclaré : « Si le Machia’h tarde, D.ieu nous en préserve, dans les jours à venir, continuez à organiser des ‘Siyoumim’ même dans les jours qui suivent, jusqu’au quinze Av inclus. Et associer le ‘Siyoum’ (dans le ‘jugement’ – la Halakha) également avec un don à la Tsedaka. Et dans un lieu approprié – associer le ‘Siyoum’ – « jour propice pour les Rabbanim » – également avec un repas et une assemblée. « Et il faut le publier partout où c’est possible, tant dans les lieux qui l’ont déjà pratiqué les jours précédents – qu’ils continuent avec plus de vitalité et de renforcement, et à plus forte raison dans les lieux où la publication n’est pas parvenue – qu’on s’y rende et qu’on agisse pour faire des ‘Siyoumim’ là aussi, et ajouter dans le ‘jugement’ et dans la ‘Tsedaka’ en général. »

Instructions pour les voyageurs après Ticha BeAv

Ceux qui voyagent vers différents endroits après Ticha BeAv afin de parler avec des Juifs au sujet du judaïsme en général et au sujet de Ticha BeAv en particulier – qu’ils emportent avec eux une boîte de Tsedaka (au lieu de s’étendre en discours pour encourager le don de Tsedaka) qui rappelle et éveille au don effectif de Tsedaka. Et de même qu’ils « emportent » avec eux des paroles de Torah adaptées au sujet du jour que l’on peut dire par cœur dans un langage approprié aux auditeurs (sans créer l’impression qu’on vient leur raconter quelque chose qu’ils ne savent pas, et à plus forte raison qu’on ne vient pas les éveiller à corriger leur conduite), avec douceur et dans les voies de la paix.

La continuation des bonnes actions pour accélérer la Délivrance

Le Rabbi a dit une fois : « Les bonnes actions (de Torah et de Mitsvot, etc.) accomplies durant les trois semaines – il faut les continuer même après Ticha BeAv, afin d’accélérer la Délivrance etc. Et grand est le mérite du mois de Mena’hem-Av, comme période propice (signe du Lion) pour un ajout dans le service de D.ieu. »
Deux voiles pour une seule coudée : le mystère du Saint des Saints

Deux voiles pour une seule coudée : le mystère du Saint des Saints

 

Entre le premier et le second Beth Hamikdash, une simple coudée souleva l’un des doutes les plus profonds de toute l’histoire du Temple. Là où le premier abritait un mur massif dressé entre le Saint et le Saint des Saints, le second dut se contenter de deux voiles tendus de part et d’autre d’un vide énigmatique. Derrière cette apparente difficulté d’architecte se dissimule une vérité vertigineuse sur une sainteté qui, elle, ne s’est jamais déplacée.

 

 

Rav Chmouel Rabinovitch

 

 

Le mur du premier Temple selon le Rambam

Dans ses Hilkhot Beth Habé’hira, les lois relatives au Temple, le Rambam enseigne, au quatrième chapitre et à la seconde halakha, que le premier Beth Hamikdash comportait un mur qui séparait le Kodech, le Saint, du Kodech Hakodachim, le Saint des Saints. Ce mur possédait une épaisseur d’exactement une coudée. D’un côté se déployait le Saint, où étaient disposés la table, le Choul’han, l’autel d’or, le Mizbéa’h, et le chandelier, la Ménora ; de l’autre s’ouvrait le Saint des Saints, qui abritait l’Arche, l’Aron, et les objets les plus sacrés du sanctuaire. Trois espaces distincts se succédaient donc avant même de pénétrer au cœur du lieu.

Pourquoi le second sanctuaire renonça au mur

Le Rambam met en lumière une différence décisive entre les deux édifices. Le premier Temple possédait ce mur, bâti à l’époque de Salomon, qui tranchait nettement entre le Saint et le Saint des Saints ; le second, lui, n’en fut jamais pourvu. La raison en est d’abord structurelle. Le Hékhal du premier Temple s’élevait à une hauteur bien moindre, tandis que celui du second atteignait cent coudées. Un mur d’une seule coudée d’épaisseur ne pouvait raisonnablement soutenir une telle élévation ; il aurait fallu l’épaissir considérablement, ce que la disposition des lieux interdisait. On renonça donc à le construire. Mais en supprimant ce mur d’une coudée, on se retrouva soudain avec une coudée « en trop », dont nul ne savait plus si elle appartenait à la mesure du Saint ou à celle du Saint des Saints.

La solution des deux voiles

Voici, dans les termes mêmes du Rambam, la manière dont on résolut la difficulté. On fixa le Saint des Saints à vingt coudées de large et le Saint à quarante coudées ; entre les deux, on laissa subsister une coudée intermédiaire, en souvenir du mur du premier Temple. Au lieu d’y bâtir une paroi, on tendit deux voiles, deux Paro’hot : l’une du côté du Saint des Saints, l’autre du côté du Saint, la coudée demeurant suspendue entre elles, là précisément où s’était dressé le mur salomonien. Dans le premier Temple, au contraire, un seul voile suffisait, ainsi qu’il est écrit : « Le voile vous séparera. » Toute la difficulté du second sanctuaire tenait à cet agrandissement des dimensions, qui rendit incertaine l’appartenance de la fameuse coudée, et c’est pour lever ce doute que l’on dressa non pas un, mais deux voiles.

Le doute des Sages et le témoignage des prophètes

La Guemara énonce ce même enseignement dans le traité Yoma. La Michna rapporte que le Cohen Gadol cheminait à travers le Hékhal, le sanctuaire, jusqu’à parvenir entre les deux voiles qui séparaient le Saint du Saint des Saints, une coudée les séparant. Rabbi Yossi, pour sa part, soutient qu’il n’y avait là qu’un seul voile, comme il est écrit : « Le voile vous séparera entre le Saint et le Saint des Saints. » Ce doute ne surgit pas de nulle part. Lorsque les exilés remontèrent de Babylone pour édifier le second Temple, tant de traditions s’étaient perdues durant les soixante-dix années d’exil que l’on dut recourir au témoignage de prophètes : l’un pour attester de l’emplacement exact de l’autel, un autre de ses mesures et de ses proportions, un troisième pour établir que l’on pouvait offrir des sacrifices même en l’absence de l’édifice achevé. La mémoire d’Israël, en ces temps, portait de larges lacunes.

Ce qui est écrit de la main d’en haut

À ce oubli s’ajoutait une contrainte plus profonde encore. Rachi rappelle que ce mur portait le nom d’amat teraksin et qu’il fut érigé dans le premier Temple, mais non dans le second, précisément parce que sa faible épaisseur ne lui permettait plus de supporter une telle hauteur. Or, on ne pouvait davantage y suppléer à sa guise : toute la structure du Temple, enseigne Rachi, procède de ce qui fut inscrit de la main d’en haut, ainsi que le décrit le prophète Yé’hezkel. Nul n’a le pouvoir d’y introduire une innovation ; ce qui est écrit, et cela seul, devait être accompli. Les bâtisseurs du second sanctuaire n’agissaient donc pas librement, mais dans le cadre étroit d’un modèle révélé qu’ils ne parvenaient plus à lire entièrement.

La question des Tossafot : voile ou construction

Les Tossafot, au même endroit, s’interrogent : pourquoi deux voiles, alors qu’un seul, d’une coudée d’épaisseur, aurait pu tenir lieu de séparation ? Leur réponse s’appuie sur la lecture littérale du verset. Il est écrit : « Le voile vous séparera entre le Saint », ce qui signifie que la face extérieure du voile relève encore du Saint, tandis que, dès l’amorce de son épaisseur, tout appartient déjà au Saint des Saints ; un voile unique n’aurait donc pu épouser à lui seul cette double appartenance. On pourrait encore demander pourquoi l’on ne combina pas une paroi et un voile, en bâtissant un mur bas semblable à celui du premier Temple et en le prolongeant vers le haut par une tenture. Les Tossafot répondent, au nom de ce qui est enseigné dans le traité concerné, que la séparation devait être ou bien entièrement de voile, ou bien entièrement de construction, sans qu’il fût permis d’en faire une moitié de chacun.

Un doute qui n’est pas seulement de pierre

Ainsi se dessine le contraste entre les deux Temples. Dans le premier, tout fut accompli selon la parole divine : là où il fallait un mur, on dressa un mur ; là où il fallait un voile, on tendit un voile. Dans le second, en revanche, on édifia une part du sanctuaire à la manière du Temple futur, en l’élevant bien davantage, si bien que l’on ne sut plus situer avec certitude l’emplacement du voile. Le voile appartient-il au Saint, dont il constitue alors la limite, ou bien se rattache-t-il au Saint des Saints, dont il marque l’entrée ? Telle est la question. Là où, dans le Temple, tout devait procéder de la main d’en haut, on en fut réduit, pour cette coudée, à trancher par le doute et à tendre un second voile faute de savoir. Si l’on n’avait dressé qu’une seule tenture, nulle interrogation ne se serait élevée ; ce sont les deux voiles qui, révélant l’hésitation, firent surgir toute la question.

La sainteté au-delà de toute mesure

Ce doute, pourtant, n’est pas seulement une affaire d’architecte. Dans le second Temple, l’Arche avait disparu du Saint des Saints. Et cependant, ce lieu conservait une sainteté si redoutable que le Cohen Gadol seul y pénétrait, une seule fois l’an, au jour de Kippour ; le reste de l’année, l’accès en était absolument interdit. Comment comprendre une telle intensité, alors même que l’Aron n’y demeurait plus ? C’est que la sainteté du Saint des Saints ne procédait pas de la seule présence de l’Arche. Le Saint béni soit-Il s’y révélait, ainsi qu’il est écrit : « Car dans la nuée Je Me montrerai sur la Kaporet », le propitiatoire de l’Arche étant le lieu même de cette manifestation. Là où le Saint béni soit-Il Se dévoile, c’est l’infini qui se déploie.

L’Aron, de la mesure et hors de la mesure

Nos Sages enseignent une merveille à propos de l’Arche : elle était « de la mesure et hors de la mesure ». Le Saint des Saints s’étendait sur vingt coudées de large, et l’Arche mesurait deux coudées et demie ; or, de l’un des flancs de l’Arche jusqu’au mur, on comptait dix coudées, et dix coudées encore de l’autre flanc jusqu’à la paroi opposée, soit vingt coudées d’un bout à l’autre, comme si l’Arche elle-même n’occupait aucun espace. Voilà le sens de cette formule paradoxale : l’Arche est hors de la mesure parce qu’en ce lieu réside la force de l’infini, du bli gvoul, tandis que le Saint, où règnent la table, l’autel et la Ménora, relève de la force de la limite, du gvoul. Le Saint des Saints porte en lui le principe même de ce qui n’a pas de borne. Et parce que deux saintetés de nature différente se côtoyaient, l’une de la limite et l’autre de l’illimité, il fallait nécessairement les séparer, afin que demeurât visible la frontière entre le lieu de la mesure et le lieu qui la transcende.

Le péril du lieu très saint

On mesure la puissance de cette révélation à un usage rapporté du second Temple. En ces temps, la charge de Cohen Gadol était souvent acquise à prix d’argent, et l’on vit se succéder nombre de prêtres indignes. Aussi attachait-on une corde à celui qui entrait au Saint des Saints, afin de pouvoir l’en retirer s’il venait à y périr. Et pourtant, ce même prêtre servait chaque jour dans le Saint sans qu’aucun mal ne l’atteignît ; c’est seulement au franchissement du Saint des Saints que tant d’entre eux trouvèrent la mort. Preuve éclatante que l’infini rayonnait bien au cœur de ce lieu, d’une lumière que nul homme impur ne pouvait soutenir.

D’en haut vers le bas, d’en bas vers le haut

Telle est encore la différence entre les deux sanctuaires. Le premier Temple procédait tout entier d’en haut vers le bas : le feu descendait sur l’autel, une forme de lion s’y dessinait, le pectoral, le ‘Hochen, s’exprimait et désignait les réponses du Ciel. Le second Temple, lui, s’élevait d’en bas vers le haut, et ces manifestations n’y avaient plus cours. Certaines demeuraient pourtant perceptibles, comme la fumée de la Ketoret, l’encens, qui montait droite et sans dévier, signe que l’illimité affleurait encore. Mais c’est au Saint des Saints que l’infini rayonnait dans toute sa force. Et parce que la Torah avait fixé chaque mesure, les bâtisseurs redoutèrent de ne dresser qu’un seul voile : ils sentaient qu’il s’agissait là d’une sainteté d’une tout autre nature, non celle que l’on connaît et que l’on peut circonscrire, mais celle que le Saint béni soit-Il n’avait permis d’approcher qu’une fois l’an.

Une sainteté qui ne se déplace jamais

Le Rambam relie enfin cette question à un principe fondamental. La sainteté de la Terre d’Israël, sanctifiée par les montants d’Égypte puis par les montants de Babylone, s’effaça lors de l’exil, au point qu’il fallut la consacrer une seconde fois. Mais celle de Jérusalem et du lieu du Temple demeura intacte, sans jamais s’interrompre. Si l’on comprend que le Saint des Saints, même privé de l’Arche, continuait d’abriter une sainteté située au-dessus de toute mesure et de toute limite, l’énigme s’éclaire. C’est là que rayonne la sainteté de l’infini ; et une telle sainteté, comme l’enseignent nos Maîtres, ne se déplace pas de son lieu. La sainteté que l’homme d’Israël confère peut se retirer, mais celle que le Saint béni soit-Il institue Lui-même demeure à jamais. Le doute même des bâtisseurs, hésitant sur l’emplacement d’un voile devant une coudée insaisissable, témoigne en dernier ressort de cette vérité : au cœur du sanctuaire brûle une présence que ni l’exil ni la destruction n’ont jamais pu chasser de sa demeure.

«Pourquoi avons-nous besoin de la ‘Hassidout?» — un entretien mémorable avec le Rav Yoel Kahn a’h

«Pourquoi avons-nous besoin de la ‘Hassidout?» — un entretien mémorable avec le Rav Yoel Kahn a’h

Photo de couverture : Marko Dashev – www.markodashev.com

 

Dans un entretien rare et précieux, le légendaire machpia et ‘hozer Rav Yoel Kahn aborde les questions qui touchent au cœur même de la ‘Hassidout : qui en a réellement besoin, ce qu’elle vient accomplir, et comment elle peut transformer le regard de l’homme ordinaire sur l’existence. Recueilli en 2013, ce dialogue d’une clarté saisissante nous plonge dans la pensée de celui qui fut, quarante années durant, le fidèle transmetteur de la Torah du Rabbi. Nous le publions à l’occasion de son cinquième Yertzeit le 6 Av.

 

 

 

Pourquoi étudier la ‘Hassidout ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord considérer la nature de l’enseignement de la Torah en général. Lorsque la Torah nous enseigne une conduite, son but n’est pas seulement de nous prescrire un comportement, mais de nous révéler la vérité de la chose.

Je parlais un jour avec un Juif qui s’intéressait à la ‘Hassidout, mais à ses questions, je compris qu’il en avait une tout autre idée. Pour lui, les voies des ‘hassidim n’étaient rien de plus qu’une somme de conseils sur la manière dont l’homme doit se comporter, quoique d’une manière plus élevée que d’ordinaire.

Je lui dis : le fait que 2 + 2 = 4 entraîne quantité de décisions et de résolutions. Diriez-vous pour autant que ce principe est une instruction sur la façon dont nous devons penser ? Supposez qu’il n’y ait plus personne sur terre : ce principe resterait-il vrai ? Bien sûr que oui ! — parce que telle est la nature véritable que D.ieu a instaurée dans notre monde. Il en va de même pour le service de D.ieu : les vertus qu’enseigne la Torah sont vraies et découlent d’une compréhension plus profonde du monde.

Autrement dit, le premier principe à saisir, c’est que la ‘Hassidout n’est pas un simple manuel de développement personnel. La ‘Hassidout nous apprend à comprendre que le monde ne commence ni ne s’achève en nous-mêmes. La vérité nous dépasse et existe indépendamment de nous.

Pour l’expliquer concrètement : la Torah ordonne à l’homme de ne pas suivre les désirs de son cœur, à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’un interdit explicite. Sans la ‘Hassidout, c’est un combat immense. Sous ses yeux, il voit toutes les tentations de ce monde et, quoiqu’il désire en jouir, il est contraint de s’en abstenir. Il use de divers stratagèmes pour contrer sa tentation : il se plongera dans la Torah, se rappellera la récompense qui l’attend au Gan Eden ou le châtiment de la Guéhinom, ou pèsera les conséquences néfastes qui s’ensuivraient s’il cédait.

À l’opposé de cette approche, la ‘Hassidout révèle la nature véritable des choses et annule le conflit dès sa racine. Lorsqu’on étudie la ‘Hassidout, on en vient à reconnaître que cet objet même que l’on convoite n’est finalement pas si désirable. Quand on comprend que le plaisir de cette chose n’est essentiellement qu’une expression d’énergie divine, sous une forme profondément voilée, on est naturellement porté à rechercher ce qui est animé d’une énergie divine plus intense que cette tentation matérielle dérisoire.

La ‘Hassidout explique en outre que tout, dans le monde, a été créé en vue de la Torah et des Juifs. Il est donc impossible qu’existe une chose qui les contredise. Cela vaut aussi bien pour les choses permises que pour les choses interdites.

Pour les choses permises, l’objectif est qu’elles servent au service divin, qu’elles soient élevées vers D.ieu, à la manière d’un korban. Les choses interdites, elles, n’ont été créées que pour que nous surmontions notre tentation et nous en abstenions. Elles suscitent en nous un amour de D.ieu plus grand qu’il ne l’eût été sans ce défi — tel un fleuve qui se précipite après l’ouverture d’un barrage.

Lorsqu’on reconnaît qu’un objet séduisant a été créé pour nous permettre de servir D.ieu — soit en l’utilisant pour une Mitsva, soit, s’il est interdit, en s’en abstenant —, la tentation en est bien affaiblie, car cet objet a perdu son attrait.

En d’autres termes, la ‘Hassidout exprime la vérité et la réalité des ordres de la Torah. Certes, on peut et l’on doit accomplir les Mitsvot même sans compréhension profonde, mais il ne fait aucun doute que cette compréhension rend le tout bien plus aisé et bien plus réel.

L’importance des croyances justes

Bien. Nous connaissons beaucoup de ‘hassidim des générations passées dont la vie incarnait pleinement les idéaux de la ‘Hassidout. Aujourd’hui, soyons honnêtes, à cause de yeridat hadorot, le déclin des générations, de tels ‘hassidim sont rares. Quel est alors l’intérêt d’une étude approfondie de la ‘Hassidout pour l’homme moyen, si elle ne produira de toute façon pas un ‘hassid véritable ? Ne vaudrait-il pas mieux, semble-t-il, lire simplement des passages inspirants et recevoir des conseils pratiques ?

En vérité, avoir des croyances justes est en soi une nécessité. On ne peut pas dire : « Du moment que j’observe toutes les Mitsvot, qu’importe que je croie ou non aux treize principes de la foi ? » Il nous faut la compréhension juste.

Pour l’illustrer, je vais vous rapporter une histoire, mais je dois d’abord préciser une chose :

Lorsque le Rabbi précédent arriva pour la première fois en Amérique, il proclama : « America is nisht andersh ! » — l’Amérique n’est pas différente : ce même mode de vie de Torah qui existait en Europe devait désormais y fleurir. Il œuvra sans relâche ; pourtant, quinze ans plus tard, subsistait encore une trace de cette vision américaine selon laquelle il faudrait tenir compte des exigences du monde moderne. Cette croyance s’était même infiltrée, sous une forme plus subtile, dans certaines familles de ‘hassidim.

Ainsi, au ‘Heder en Europe, on n’enseignait aux enfants aucune matière profane, pas même les rudiments du calcul. Le jeune enfant ne connaissait rien d’autre que D.ieu et sa Torah, le ‘Houmach ou la Guémara qu’il étudiait. Mais en Amérique, afin d’attirer les enfants d’autres foyers, on ajoutait, à la marge, un peu d’études profanes.

Le Rabbi parla à plusieurs reprises de ces jeunes enfants, « souffles sans péché », qui ne devaient être plongés que dans la sainteté, dans l’étude de la Torah de D.ieu. À ceux qui prétendaient qu’il fallait leur enseigner un métier, le Rabbi répondait que cela pourrait leur être enseigné bien plus tard, à l’approche de ce temps.

Dans une Si’ha ardente de Sim’hat Torah 5715 (1954), le Rabbi dit que la seule raison d’admettre des matières profanes était d’attirer les autres ; mais pour leurs propres enfants, les ‘hassidim devaient vouloir le plus haut degré de kedoucha possible et ne leur faire étudier que des matières saintes.

Je me souviens qu’après ce Farbrenguen, plusieurs parents se rassemblèrent pour débattre de la question. Un ‘hassid s’exclama que tout ce qui avait été fait jusque-là était une erreur, et qu’il fallait désormais engager sans délai un melamed pour n’enseigner à leurs enfants que les limoudei kodech, les études saintes.

Un autre parent objecta : « Sur le fond, je suis d’accord avec toi. Cependant, les enfants doivent tout de même apprendre un peu de calcul, de géographie, d’histoire, et ainsi de suite. Ils ne peuvent pas ignorer totalement le monde. » Le premier répliqua que les enfants pourraient apprendre toutes ces matières plus tard et, du reste, qu’il ne serait pas si grave qu’ils les ignorent tout à fait. Il argua : « Puisque, en vérité, la seule réalité est D.ieu, quelle valeur ont ces choses ? En dehors de la Torah et des Mitsvot, il n’est rien que les enfants aient besoin de savoir ! »

Entendant cela, le second parent rétorqua : « Tu parles de si haut, comme si tu étais au niveau de Rav Binyamin Kletzker, qui passa sa vie entière dans la conscience de l’unité de D.ieu ! »

Le premier ‘hassid lança à son interlocuteur : « Tu es un apikoress ! »

Son ami, décontenancé, s’étonna : « Si je ne suis pas Rav Binyamin Kletzker, alors je suis un apikoross ?! »

Le premier ‘hassid répondit : « Assurément ! Dans la croyance, je ne diffère en rien de Rav Binyamin Kletzker. Au vrai, si je percevais l’unité de D.ieu ne serait-ce que d’un iota autrement que lui, cela relèverait déjà de la kefira. La différence entre nous tient au ressenti : ce que Rav Binyamin Kletzker croyait dans son esprit, il le ressentait dans son cœur, tandis que moi, je lutte contre les taavot du yetser hara.

« Mais lorsqu’il s’agit de mes enfants, je n’ai pas de yetser hara. Tout parent veut pour son enfant le meilleur qu’il puisse concevoir. Dès lors, si l’idée d’éduquer ton enfant aux matières mondaines te vient, c’est qu’elle procède d’une croyance qu’il existe une réalité en dehors de D.ieu. Voilà le problème grave. Je te le dis donc : si tu ne parviens pas à servir D.ieu comme Rav Binyamin, cela se comprend. Mais si tu es en désaccord avec lui — et cela se manifeste dès que tu t’écartes de lui dans tes décisions objectives —, alors, oui, ta vision procède de la kefira. »

Il en va de même de la ‘Hassidout en général. Même si elle ne transforme pas l’homme tout entier, la reconnaissance de Elokout, la divinité, laissera à coup sûr son empreinte au moment des grandes décisions. La vérité objective l’obligera à prendre le juste chemin dans l’éducation de ses enfants, dans les fondements de son foyer, et ainsi de suite.

Une portée concrète, même à notre génération

Cela signifie-t-il que, à notre génération, les notions de la ‘Hassidout sont purement théoriques, sans incidence pratique sur notre vie quotidienne ? Le but ultime de l’étude de la ‘Hassidout n’est-il pas d’affiner le caractère de l’homme ?

Pas du tout ! Ce n’était nullement mon intention. Même l’individu ordinaire de notre temps est transformé par une compréhension de la ‘Hassidout, car ce qu’il reconnaît dans son esprit aura un effet direct sur ses actes.

Commençons par l’impact de la ‘Hassidout sur les trois éléments centraux de la création : D.ieu, les Juifs et la Torah. Dans chacun de ces domaines, la ‘Hassidout a transformé le regard du Juif à un point tel qu’elle modifie sa conduite de tous les jours. Cela est vrai, à des degrés divers, pour quiconque étudie la ‘Hassidout.

Quand il s’agit de la qualité du service de D.ieu, la moindre différence ouvre un monde entièrement nouveau. Un tant soit peu de reconnaissance et d’émotion authentiques est infiniment supérieur à une croyance superficielle où l’on ne fait que répéter des mots ou des pensées.

Notons que, si chacun peut tirer profit de la vision du monde de la ‘Hassidout, le degré auquel elle est essentielle à son service varie. De même que la ‘Hassidout fut révélée aux dernières générations pour combattre l’obscurité de l’exil, toujours plus éprouvante en ces temps ultimes, alors qu’aux générations précédentes elle n’était pas nécessaire au même degré — de même, au sein de chaque génération, les hommes diffèrent par la mesure dont leur nechama rayonne dans leur vie, et donc par la mesure dont ils ont besoin de la ‘Hassidout.

Chacun grandira par l’étude de la ‘Hassidout ; pour les uns, elle est bénéfique, pour les autres, elle est vitale.

D.ieu

La ‘Hassidout explique que l’unité de D.ieu ne signifie pas seulement qu’il n’existe aucune autre divinité en dehors de Lui, mais qu’il n’existe absolument aucune autre existence véritable. Tout ce que nous voyons est constamment maintenu à l’existence par D.ieu, et s’Il retirait un seul instant Son énergie créatrice, tout retournerait au néant. Ce n’est pas là une simple possibilité théorique : cela prouve que, dès à présent, le monde n’a pas d’existence propre.

Bien que cela puisse paraître une croyance abstraite, comprendre et intérioriser cette notion offre au Juif un regard neuf sur bien des événements de sa vie.

Imaginez les scénarios suivants.

Réouven est un Juif pieux et craignant D.ieu, qui passe le plus clair de sa journée dans les affaires. Un jour, il rencontre un riche entrepreneur qui, impressionné par lui, conclut avec lui un accord fort lucratif.

De retour chez lui, Réouven partage avec son épouse sa joie de cette belle réussite. « J’ai toujours su que j’avais un talent particulier, dit-il aux siens ; mais aujourd’hui, mon sens des affaires m’a vraiment bien servi. Avec les mots justes, j’ai su gagner la confiance de l’entrepreneur. Bien sûr, c’était siyata dichmaya, l’aide du Ciel, et nous devons remercier D.ieu. »

Exactement le même scénario se produit avec Chimon. Lui aussi est un homme d’affaires prospère. Rentrant le soir et racontant son histoire, il conclut : « J’ai toujours su que D.ieu gouverne le monde, mais je ne l’avais jamais vu aussi clairement qu’aujourd’hui. C’était une hachga’ha pratit toute particulière que je rencontre cet homme d’affaires ; mais le plus grand miracle fut les paroles qui sortirent de ma bouche. D.ieu, littéralement, a mis ces mots dans ma bouche. »

Ces deux Juifs ont mentionné l’aide d’en Haut, et tous deux ont parlé d’une affaire dans le monde naturel ; pourtant, la différence est nette. Pour Réouven, l’impression est qu’il a réussi grâce à ses propres capacités. Certes, il ne le dira pas ouvertement — car à D.ieu ne plaise qu’un Juif parle ainsi… Au contraire, il évoque le siyata dichmaya et le reste. Mais la question est : que ressent-il au fond de lui ? Dans son esprit et son cœur, il est fier de sa réussite. Pour Chimon, en revanche, le sentiment naturel est que D.ieu le guide à chaque instant.

Sans la vision de la ‘Hassidout, prier D.ieu et mentionner Son aide peuvent devenir un rite que l’on est tenu d’accomplir ; la ‘Hassidout, elle, en fait la réalité même de la vie.

Les Juifs

Considérée superficiellement, la valeur d’un Juif semblerait dépendre de son observance de la Torah et des Mitsvot. Un Juif qui n’observe pas toutes les Mitsvot vaudrait donc moins que celui qui les observe. La ‘Hassidout enseigne qu’il n’en est rien. L’Admour Hazakène explique dans le Tanya que l’essence du Juif est sa nechama, qui est une part réelle de D.ieu. Aussi, quelle que soit sa conduite, un Juif est saint à cause de la nechama qui est en lui.

Voilà pourquoi le Baal Chem Tov rapprochait de lui les Juifs simples, quoique ignorants en Torah, car chacun d’eux possédait une nechama exactement semblable à celle qui habitait le plus grand de ses élèves.

Il est écrit à propos de Bnei Israël : « Vous êtes des enfants pour l’Éternel, votre D.ieu. » L’amour d’un parent pour son enfant est un amour essentiel, qui ne dépend pas des qualités de l’enfant. Quand un homme en aime un autre, c’est en raison de ses qualités particulières ; c’est pourquoi, avec le temps, cet amour peut s’estomper. Et même lorsqu’il perdure, il reste extérieur : les sentiments de l’un sont attirés par les qualités de l’autre, non par sa personne même. À l’inverse, le lien du parent et de l’enfant procède de l’essence du parent vers l’essence de l’enfant.

De même, l’amour de D.ieu pour les Juifs est comparé, dans le passouk cité, à l’amour d’un parent pour son enfant. D.ieu aime chaque Juif, non pour sa conduite, mais pour son essence.

Cette conscience change la façon dont nous considérons les Juifs éloignés du judaïsme, et par conséquent la manière dont nous nous comportons à leur égard. Si la valeur d’un Juif dépendait de son observance des Mitsvot, alors celui qui n’est pas pratiquant compterait peu aux yeux de D.ieu, et il serait vain de le convaincre d’accomplir une Mitsva. Ce n’est qu’après avoir étudié la ‘Hassidout que l’on mesure la valeur de chaque Juif pour D.ieu et le prix de ses Mitsvot.

C’est pourquoi l’étude de la ‘Hassidout est essentielle à la pratique des Mivtsaïm, les campagnes de Mitsvot. Sans cette compréhension, on ne peut mener les Mivtsaïm avec un dévouement et un soin entiers.

Cette perspective vaut aussi pour le regard que nous portons sur nous-mêmes. Si, à D.ieu ne plaise, nous trébuchons dans notre service, nous risquons de nous sentir éloignés de D.ieu et indignes, ce qui risque de nous en écarter davantage encore. En reconnaissant notre valeur essentielle de Juif, nous sommes portés à nous rapprocher, quel que soit l’état où nous nous trouvons.

La Torah

En apparence, la Torah pourrait sembler une suite de notions que D.ieu a partagées avec les Juifs. Dans cette optique, ces notions seraient une sagesse comme une autre, plus avancée seulement parce que D.ieu est, bien entendu, l’Être le plus sage…

La ‘Hassidout révèle que la Torah n’est pas seulement une sagesse venue de D.ieu, mais une sagesse divine. Bien plus, D.ieu S’est investi Lui-même dans la Torah, de sorte que, lorsqu’un Juif étudie un passage, en quelque partie de la Torah que ce soit, il se relie à l’essence de D.ieu. Une telle compréhension modifie, on le conçoit, l’enthousiasme et le dévouement que l’on met à l’étude.

Il en va de même pour les Mitsvot.

À première vue, les Mitsvot sont des actions positives que D.ieu nous a commandé d’accomplir, et les avérot, des conduites négatives dont on nous a dit de nous détourner. Et comme, par nous-mêmes, nous ignorons quelles actions sont bonnes et lesquelles sont mauvaises, D.ieu nous les a révélées.

La ‘Hassidout explique l’inverse : les Mitsvot et les avérot n’ont en elles-mêmes ni bien ni mal intrinsèque. D.ieu, par Sa Volonté pure et sans limite, a choisi ces actions ; voilà pourquoi elles agissent désormais sur l’homme de la manière évoquée.

Nous comprenons ainsi la portée de ce qui advient lorsqu’un Juif non pratiquant accomplit ne serait-ce qu’une seule Mitsva.

Si une Mitsva était l’expression d’un état élevé de l’homme, alors un Juif qui n’a pas atteint cette élévation n’accomplirait rien par une Mitsva rapide et isolée. Il faudrait d’abord lui faire apprécier l’acte. (Telle était d’ailleurs l’erreur de ceux qui s’opposaient aux campagnes des Mivtsaïm.) Mais parce qu’une Mitsva consiste à accomplir la volonté de D.ieu, au-delà de la raison et de tout accomplissement humain, toute Mitsva réalisée selon la Halakha est efficace.

La vie quotidienne

Jusqu’ici, nous avons évoqué l’impact de la ‘Hassidout dans le domaine de la Torah et des Mitsvot.

Or, même à l’égard de nos midot, nos traits de caractère, la ‘Hassidout garde une portée à notre génération. Si nous ne pouvons plus transformer entièrement nos mauvaises midot comme on le pouvait aux générations passées, une juste compréhension de la ‘Hassidout nous permet néanmoins de les affaiblir sensiblement.

On peut l’expliquer par une parabole qui, bien que peu ragoûtante, met le message en pleine lumière.

Le tout-petit et l’adulte évacuent tous deux les déchets de leur corps, mais avec une différence. Quand l’adulte doit se soulager, il entre dans un lieu privé et fait ce qu’il a à faire à l’écart. Il comprend qu’il s’agit d’un fait de la vie, gênant, qu’on tient caché. Le petit enfant, lui, satisfait ses besoins en public, et même avec allégresse. Il ne se rend pas compte qu’il y ait là de quoi être gêné.

De même, nous avons tous des « déchets » spirituels. C’est un fait de la vie pour quiconque n’est pas un tsadik. La question est de savoir comment nous les considérons : en avons-nous honte et cherchons-nous à les recouvrir, ou les exposons-nous publiquement avec fierté ?

Prenons la situation suivante.

Yankel est un Juif estimable, membre respecté de sa communauté. Un jour, Berl, un personnage moins recommandable, l’insulte en public ; Yankel en est furieux. Le lendemain, il se réveille, se souvient de l’affront et, quoique moins en colère que la veille, il est désormais plus convaincu du tort de Berl et ressent même de la haine à son égard. Le temps passant, il s’échauffe moins, mais se sent d’autant plus justifié dans sa haine.

Supposons à présent que Yankel soit un Juif qui étudie la ‘Hassidout chaque jour et consacre même du temps à méditer et à intérioriser la vérité de ce qu’il a appris. À l’instant où Berl l’insulte, il sera tout aussi bouleversé, brûlant de colère devant l’affront patent. Mais à mesure qu’il se remet de sa rage et reconsidère l’événement, il en percevra la vanité.

En étudiant la ‘Hassidout et en y réfléchissant les jours suivants, il mesurera combien la chose est dérisoire au regard de la vérité de la création. Il sera troublé de s’être mis en colère pour un incident si mince, et pourra même se donner du mal pour rendre service à celui qui l’a offensé.

La ‘Hassidout n’a pas débarrassé Yankel de sa réaction instinctive ; mais elle a transformé sa perception, de sorte qu’il puisse faire ensuite les bons choix. Souvent, l’homme éprouve le désir d’accomplir un acte d’apparence sainte, alors qu’en vérité c’est une ruse du yetser hara au service d’une cause négative. La ‘Hassidout lui donne la clarté d’esprit qui distingue ce qui provient de la nefech ha’élokit, l’âme divine — et qui est donc pour D.ieu — de ce qui provient de la nefech habahamit, l’âme animale — et qui vise son intérêt personnel. Il ne se persuadera plus qu’il savoure de fins mets uniquement pour les élever, ni qu’il se trouve mêlé à une ma’hloket, une querelle, seulement lechem Chamayim, pour l’honneur du Ciel…

Ressentir la ‘Hassidout comme une réalité

Connaître ces notions suffit-il à changer la conduite d’un homme ? Pourquoi rencontre-t-on tant de personnes qui connaissent ces idées sans paraître en être affectées ?

Pour que la ‘Hassidout opère un changement en l’homme, elle doit devenir sa réalité, et non demeurer une simple idée théorique.

Pour éclairer ce que nous entendons par « ressentir la ‘Hassidout comme une réalité », laissez-moi partager l’épisode suivant.

Rav ‘Haïm Moché Alperovitz, un simple tamim de Loubavitch, vivait à Tel-Aviv et travaillait comme ouvrier ordinaire. À cause de son emploi, il était contraint de travailler durant ‘Hol HaMoed Souccot ; pourtant, chaque nuit de ‘Hol HaMoed, il tenait un Farbrenguen jusqu’au matin. Il répétait un enseignement entendu de Rav Groïnem [Esterman], le légendaire machpia de Loubavitch : qu’à Sim’hat Beit HaChoéva se produit une révélation de « Pnimiyout Atik ».

Je me souviens qu’un jour, alors qu’il était plus d’une heure du matin, l’un des présents se leva pour partir : il avait mal à la tête et voulait aller dormir. Rav ‘Haïm Moché ne le comprenait pas. « Je crois que tu agis sottement », lui dit-il, et il s’expliqua par une parabole :

« Suppose qu’on t’offre un million de dollars à condition de lui verser un centime : hésiterais-tu ? Il en va de même ici : Rav Groïnem a dit qu’à Sim’hat Beit HaChoéva il y a une révélation de « Pnimiyout Atik« , et tu voudrais y renoncer à cause d’un mal de tête ?! » L’assemblée s’esclaffa, mais il insista : « Vous ne me croyez pas ? Je l’ai entendu moi-même de Groïnem ! »

Cette parole est un degré modeste de « Elokout bipchitout » — pour Rav ‘Haïm Moché, la vérité de Elokout était une réalité. Bien sûr, nous ne pouvons pas attendre de nous-mêmes d’atteindre le niveau de perception qui était le sien ; mais en comprenant correctement la ‘Hassidout, nous pouvons tous parvenir à un certain degré où le monde se voit à travers la réalité de la ‘Hassidout.

En certains domaines, nous voyons comment le Rabbi a éduqué le monde à reconnaître la réalité de D.ieu.

Autrefois, lorsqu’un cambriolage survenait dans une maison, on incriminait les serrures défaillantes ou les fenêtres mal fermées. Le Rabbi citait un passage bien connu du Choul’han Aroukh : la Mezouza protège la maison et ceux qui y demeurent ; et si la sécurité du foyer se trouvait compromise, c’est le signe que les Mezouzot sont défectueuses.

Le Rabbi n’enseignait pas là une segoula ni un mérite particulier ; il nous enseignait que la vérité de la Torah est la réalité même. La Torah dit qu’avec une Mezouza, D.ieu veille sur la maison : il en est donc ainsi.

Aujourd’hui, il est devenu courant de faire vérifier ses Mezouzot pour la protection qu’elles assurent. Il existe un certain degré de reconnaissance du fait que la hachga’ha pratit est une réalité.

Qu’est-ce que la hitbonenout ?

Vous dites que l’homme se transformera en « comprenant correctement la ‘Hassidout ». Pouvez-vous préciser ce que cela signifie ? La hitbonenout n’est-elle pas réservée aux étudiants avancés de la ‘Hassidout ?

Pour que la ‘Hassidout qu’un homme étudie l’atteigne, il doit l’intérioriser. Cela s’accomplit en y réfléchissant, ce que l’on nomme communément hitbonenout. Le sens de la hitbonenout est simplement de comprendre et d’intérioriser ce que l’on a appris.

Prenons l’exemple de quelqu’un qui étudie la hachga’ha pratit. La première étape est de comprendre la chose : ce qu’elle signifie, comment elle se peut, où elle s’applique, pourquoi il en est ainsi, et ainsi de suite. On la comprend exactement comme on comprendrait toute autre notion entendue d’autrui. On ne peut développer un sentiment véritable de kabalat ol malkhout chamayim, l’acceptation du joug de la royauté céleste, par la seule récitation des mots du début du chapitre quarante et un du Tanya.

Réciter les mots saints du Tanya est une chose merveilleuse, bénéfique pour purifier l’environnement ; mais pour changer notre perception, il faut comprendre ce que nous étudions.

L’étape suivante est de l’intérioriser. Car on peut parfaitement comprendre la notion de hachga’ha pratit sans croire réellement que D.ieu guide chaque détail de sa vie personnelle. La hachga’ha pratit n’est pas un phénomène naturel qui ferait converger les événements de façon merveilleuse ; c’est que Quelqu’un orchestre effectivement tous ces événements. Cette manière de penser diffère de la précédente, et l’une comme l’autre sont nécessaires.

Celui qui étudie sans réfléchir à ce qu’il apprend en sera assurément marqué ; mais il ne tire pas la pleine valeur de son étude. Il passe à côté de l’expérience véritable de la ‘Hassidout.

Quels domaines de la ‘Hassidout étudier ?

Quels domaines de la ‘Hassidout convient-il d’étudier pour acquérir cette perception ?

Étudier la ‘Hassidout ne signifie pas seulement, comme certains le croient, étudier des maamarim profonds. La ‘Hassidout comprend aussi les Si’hot du Rabbi sur la Torah, les Mitsvot, D.ieu et les Juifs.

En vérité, étudier la ‘Hassidout à ces sources présente un avantage sur les maamarim les plus profonds. Puisque le but de l’étude est de l’intérioriser, l’étude de maamarim ardus peut parfois se révéler improductive. Il faut étudier des notions concrètes de la ‘Hassidout auxquelles on peut réellement se rapporter.

Une femme m’appela un jour pour me demander de donner un chiour de ‘Hassidout à un groupe d’étude féminin, et j’acceptai volontiers. Curieux, je lui demandai ce qu’elles étudiaient d’ordinaire. Sa réponse me stupéfia : l’un des maamarim les plus profonds du Rabbi médian, le Mitteler Ravbe !

Les femmes sont certes tenues d’avoir une vision du monde juste et un sentiment d’amour pour D.ieu, et c’est pour cela que le Rabbi les a encouragées à étudier et à apprécier les notions de la ‘Hassidout. Mais de tels maamarim dépassent de loin le ‘hassid moyen et ne correspondent manifestement pas à ce que le Rabbi avait en vue.

Nous devons toujours garder à l’esprit notre but lorsque nous étudions la ‘Hassidout : imprégner notre conscience d’un regard neuf sur la vie et d’un sentiment d’amour pour D.ieu. Pour y parvenir, il vaut mieux étudier des chapitres choisis du Tanya, ainsi que des maamarim et des Si’hot qui traitent du sens du judaïsme et de la vie. Ce n’est qu’après les avoir intériorisés que l’on peut aborder des maamarim plus avancés.

La hitkachrout

Quel est le but de la hitkachrout ? Comment y parvient-on de nos jours ?

Nous sommes témoins, aujourd’hui, du dévouement admirable de ‘hassidim prompts à suivre les instructions du Rabbi, quand bien même cela exige de voyager vers une destination lointaine, sans espoir d’argent ni de gloire.

Mais cela ne suffit pas. La ‘Hassidout de Habad exige du ‘hassid qu’il reconnaisse et apprécie les valeurs de son Rabbi d’une manière réelle et intellectuelle. Pour cela, il faut étudier les maamarim et les Si’hot du Rabbi, intérioriser la vision que le Rabbi a du monde.

Un ba’hour me confia un jour son programme d’étude de la ‘Hassidout : pour la haskala, la compréhension des notions, il étudiait un maamar du Rabbi Rachab ; pour la avoda, la sensibilité émotionnelle, un maamar du Rabbi précédent ; et pour la hitkachrout, un maamar du Rabbi. Je lui demandai : si ton esprit pense comme le Rabbi Rachab, et si ton cœur s’abreuve à l’enseignement du Rabbi précédent, qu’offres-tu donc au Rabbi… ?

(Bien entendu, cela ne signifie pas qu’au nom de la hitkachrout on ne devrait pas étudier les maamarim des Rabbis précédents ; cela ne fut dit que pour montrer la compréhension erronée de la hitkachrout qu’avait ce ba’hour.)

La hitkachrout consiste à imprégner notre esprit de la compréhension qu’a le Rabbi de D.ieu et du monde. Ceci ne peut s’atteindre que par une étude approfondie de la Torah du Rabbi, et par une réflexion qui la fera entrer dans notre réalité.

La ‘Hassidout, une révélation divine

Une remarque importante s’impose toutefois.

Si une hitkachrout juste élève l’homme vers une compréhension supérieure de D.ieu et du monde, on aurait tort de croire que l’on peut atteindre cette compréhension par soi-même.

La ‘Hassidout n’est pas ce qu’elle peut paraître — une intelligence logique de l’essence intérieure de la Torah, telle qu’un Rabbi éclairé la comprendrait. La ‘Hassidout est une révélation de la divinité, telle qu’un tsadik l’éprouve et la « voit ».

De fait, bien qu’au fil des générations d’éminents ‘hassidim aient composé des écrits de ‘Hassidout, les ‘hassidim ont toujours tenu à étudier la ‘Hassidout à sa source originelle, n’usant des écrits des ‘hassidim que pour l’explication.

On peut l’éclairer par cette parabole : lorsqu’un artiste dessine un portrait, il trace deux cercles pour les yeux, une ligne courbe pour le nez, et ainsi de suite. Or un non-artiste peut faire exactement de même, et ce ne sera pourtant pas identique. Pourquoi cette différence ?

C’est que, chez le non-artiste, les cercles et la courbe ne sont que les symboles de ce qui devrait réellement figurer là ; le dessin est mort, sans vie. L’artiste, lui, a été doué de la capacité de saisir l’image dans son esprit et de la transposer sur la toile, créant un portrait vivant.

Il en va de même de la ‘Hassidout.

Les Rabbis comme leurs ‘hassidim s’occupaient de comprendre et d’enseigner Elokout, la divinité ; et pourtant, ils étaient loin d’être semblables. Le ‘hassid comprenait la notion avec son esprit, chacun selon son degré, et l’expliquait en conséquence. Le Rabbi, lui, « voyait » la notion — et c’est cela qu’il transmettait.

Voilà ce que nous éprouvons lorsque nous entendons le Rabbi ou étudions ses écrits. Nous recueillons un témoignage direct de l’existence de D.ieu et de Son intervention en ce monde. C’est quelque chose que nous ne pourrons jamais atteindre par nous-mêmes. Et c’est pour cela que D.ieu nous a envoyé les tsadikim : pour nous ouvrir les yeux.

Cela est particulièrement vrai de la ‘Hassidout de notre Rabbi.

Dans ses maamarim et ses Si’hot, le Rabbi applique les vérités de la ‘Hassidout aux sujets les plus terrestres, si bien qu’aucun domaine de la vie n’est vide de Elokout. Quiconque étudie les Si’hot du Rabbi en vient à reconnaître combien même les événements les plus ordinaires ont une signification spirituelle immense.

Même une Si’ha qui traite de l’« actualité » — la question de Mihou Yehoudi, « qui est juif », ou un instant de silence — exprime le message du Rabbi : la reconnaissance de l’unité de D.ieu dans le monde.

Un certain Rav, venu pour la première fois à un Farbrenguen du Rabbi, me confia son étonnement devant le nombre de fois où le Rabbi mentionna Der Eibershter, le Très-Haut, au cours du Farbrenguen.

Voilà en quoi consiste la hitkachrout véritable : que nous aussi, dans une certaine mesure, soyons élevés à reconnaître D.ieu en toute chose.

 

Le quartier de Rehavia endeuillé : au cœur des décombres, le Beth Habad se mobilise

Le quartier de Rehavia endeuillé : au cœur des décombres, le Beth Habad se mobilise

 

Un terrible drame a frappé, lundi,  le quartier de Rehavia à Jérusalem, où l’effondrement d’un balcon rue du KKL a coûté la vie à Binyamin Levit et blessé son épouse ainsi que plusieurs personnes. Bouleversé, le Rav Israël Goldberg, Chalia’h du Rabbi dans le quartier, a appelé à s’unir dans une prière pour le rétablissement des blessés. Dès le lendemain matin, il a dressé sur les lieux du drame un stand de Mitsvot et de réconfort.

 

 

Le drame de la rue du KKL

Binyamin Levit, quatre-vingts ans, a été extrait des décombres sans signe de vie après l’effondrement d’un balcon sur une boulangerie de la rue du KKL, dans le quartier de Rehavia à Jérusalem. Les forces de secours, pompiers, police, Magen David Adom et organisations de sauvetage, ont été dépêchées en urgence sur les lieux afin de dégager les personnes prises au piège et de prendre en charge les blessés.

Il s’agit d’un immeuble d’habitation de trois étages, dont le balcon du deuxième niveau s’est effondré sur une boulangerie situé au rez-de-chaussée. La chute a causé d’importants dégâts, tant au bâtiment lui-même qu’au commerce.

Les premières conclusions de l’enquête

Les circonstances du drame font l’objet d’une enquête menée par la police. Selon les informations rapportées par Liran Tamari, les premiers éléments de l’investigation révèlent qu’un ingénieur avait précisément été appelé sur place ce jour-là, à la suite de défauts constatés sur le balcon.

D’après ces premières conclusions, l’ingénieur avait ordonné l’installation d’échafaudages ainsi que le lancement immédiat de travaux destinés à remédier au danger.

L’appel à la prière du Chalia’h

Le Rav Israël Goldberg, Chalia’h du Rabbi dans le quartier, a réagi avec une profonde émotion : « Nous sommes sous le choc, bouleversés par cette lourde catastrophe qui a frappé Rehavia, tout entière plongée dans la douleur et le deuil à la suite de l’effondrement du balcon de la rue du KKL. J’appelle chaque homme et chaque femme, les habitants du quartier comme l’ensemble de la maison d’Israël, à s’unir dans une prière déchirante pour le rétablissement complet des blessés. »

 

Une lumière dans la brisure

Les habitants de Rehavia tentaient encore d’assimiler le drame survenu la veille, au cours duquel Binyamin Levit, de regrettée mémoire, a trouvé la mort dans l’effondrement du balcon, tandis que son épouse et d’autres personnes étaient blessées. Le désarroi régnait parmi les proches et les voisins, saisis par un profond sentiment de sidération.

C’est au matin, du sein même de cette brisure et de cette douleur, que le Chalia’h du Rabbi dans le quartier, le Rav Israël Goldberg, s’est rendu sur place pour y dresser un stand particulier de Mitsvot et de renforcement spirituel, à l’endroit précis où le drame s’était produit.

Téfilines, bougies et étude au pied des décombres

Ce stand fut érigé pour l’élévation de l’âme du défunt ainsi que pour la guérison rapide de son épouse et des autres blessés. Passants, voisins et connaissances s’arrêtaient auprès du stand, les yeux emplis de larmes, posaient les Téfilines et recevaient des coffrets de bougies de Chabbat.

Des feuillets de Michnayot furent également distribués sur place, en vue d’une étude commune dédiée à l’élévation de l’âme du défunt, Binyamin ben Tsvi HaLévi, aux côtés de feuillets de Tehilim destinés à une prière en faveur du rétablissement complet de son épouse et de tous les autres blessés.

L’union d’Israël dans l’épreuve

Cette initiative bouleversante a touché les cœurs en profondeur et a rencontré un large écho auprès des passants et des voisins, qui se sont arrêtés au stand pour prendre part à l’étude et à la prière. La scène qui se déroulait sur les lieux a démontré que c’est précisément dans les instants les plus éprouvants, du sein même de la grande brisure, que le peuple d’Israël sait s’unir, se soutenir mutuellement et multiplier la lumière et les bonnes actions, pour l’élévation de l’âme du défunt et la guérison des blessés.

« Nous adressons nos condoléances sincères, du plus profond du cœur, à la famille Levit endeuillée, et nous prions pour le rétablissement complet et rapide de l’épouse et de tous les autres blessés », a déclaré le Rav Goldberg. « Avec foi et confiance dans le Saint béni soit-Il, nous espérons que ces jours de Bein Hametsarim se transformeront bientôt en allégresse et en joie, et que nous mériterons la Guéoula complète avec la venue de Machia’h Tsidkénou, très prochainement et de nos jours. »

 

À Tsfat, un nouveau Mikvé, à la mémoire de Raphi et Yehoudit Atias et leurs six enfants, transforme un deuil en source de vie

À Tsfat, un nouveau Mikvé, à la mémoire de Raphi et Yehoudit Atias et leurs six enfants, transforme un deuil en source de vie

 

Le jour de la hilloula du saint Ari, la ville de Tsfat a inauguré un nouveau Mikvé baptisé « Or Atias », dédié à l’élévation de l’âme de Raphi et Yehoudit Atias ainsi que de leurs six enfants, disparus voici quatorze ans dans un tragique accident de la route. Longtemps demeuré inachevé, l’édifice se dresse désormais comme un lieu de pureté d’un raffinement remarquable, au service de toute une région. Fruit de l’engagement de leur fille survivante, Ra’hel Atias, de Rabbanim Habad et du Chalia’h Chnéor Lipsker, adjoint au maire de la ville, ce Mikvé incarne le passage bouleversant de la douleur à la sainteté.

 

 

 

Un cercle qui se referme après vingt-cinq ans

Inauguré dans le quartier de Kna’an, ce nouveau Mikvé symbolise une émouvante fermeture de boucle. Durant près de vingt-cinq années, le bâtiment n’avait été qu’une structure abandonnée, un squelette de béton laissé inachevé. Aujourd’hui, sa construction est enfin menée à son terme : il s’élève comme un Mikvé somptueux, conçu selon des standards modernes dignes d’un espace de bien-être, destiné à servir les habitants de la ville et de toute la région environnante. Au-delà de sa vocation rituelle, il perpétue, dans une voie de sainteté et de continuité, la mémoire de la famille Atias.

Une tragédie qui bouleversa tout le pays

Le drame remonte à la nuit du 22 mai 2012 (5772). Cette nuit-là, la famille Atias regagnait son domicile du village de Bar Yo’haï, en Haute-Galilée, après avoir pris part à une cérémonie d’inauguration d’un Sefer Torah à Migdal HaEmek. Sur la route en descente menant vers Tibériade, la voiture perdit ses freins et échappa à tout contrôle : avant un virage abrupt, elle franchit la glissière de sécurité, bascula dans un ravin et s’embrasa. Le père, Raphi Atias, âgé de quarante-deux ans et directeur de l’école « Miftan » de Tsfat, son épouse Yehoudit, du même âge, ainsi que six de leurs enfants trouvèrent la mort sur les lieux : Aviya, dix-sept ans, élève d’Oulpana à Méron, les jumelles Neria et Elichiv, seize ans, Chira, Taïr et la petite Noa, benjamine de la fratrie.

Près de deux mille personnes accompagnèrent les défunts lors de leurs obsèques à Tsfat, dans une émotion qui étreignit le pays tout entier.

 


Raphi et Yehoudit Atias ainsi que de leurs six enfants, disparus dans un tragique accident de la route

 

Ra’hel, l’unique rescapée

De cette famille de huit âmes, seule Ra’hel Atias, alors âgée de sept ans, survécut à l’accident. N’étant pas attachée, elle parvint à ouvrir une portière et à s’extraire du véhicule en flammes, avant d’être évacuée vers le centre hospitalier Rambam de ‘Haïfa. C’est à son réveil, entourée de ses proches et de son éducatrice, qu’elle apprit l’ampleur de la catastrophe qui venait de la priver de ses parents, de ses frères et de ses sœurs. Devenue le dernier maillon vivant des siens, c’est elle qui, des années plus tard, fit un don considérable pour engager la construction du Mikvé aujourd’hui érigé à leur mémoire.

Une œuvre collective portée par le Chalia’h Chnéour Lipsker

L’achèvement du projet a été rendu possible grâce à l’action considérable de l’adjoint au maire et représentant de Habad au sein de la municipalité, le Chalia’h Chnéour Lipsker, qui s’est dévoué sans relâche pour faire aboutir ce chantier prestigieux. Ce succès est également le fruit d’une étroite collaboration avec le ministère des Services religieux, le Conseil religieux de Tsfat, la municipalité de la ville et plusieurs autres partenaires.

Une cérémonie en présence des grandes figures du judaïsme

L’inauguration s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités du monde rabbinique. Y prenaient part le Grand Rabbin d’Israël, le Gaon Rav Kalman Meïr Bar, ainsi que l’Admour Sidna, Rav Baroukh Abou’hatséra. Étaient également présents le Rav de la ville de Tsfat, le Gaon Rav Chemouel Eliyahou, le maire Yossi Kakon, le président du Conseil religieux Rav Nehorai La’hiani, le directeur du centre de pureté Rav Moti Krimlovsky, le Mara Déatra de la communauté Habad Rav Mordekhaï Bistritsky, ainsi que le Mara Déatra de la communauté Habad de Rehovot et secrétaire adjoint du tribunal rabbinique de Habad, Rav Mena’hem Mendel Gloukhovsky, et le Rav Dov Kaplan. À leurs côtés se pressaient de nombreux Rabbanim, personnalités publiques, membres de la famille Atias et fidèles venus en grand nombre.

 

La plus belle des perpétuations

Dans les allocutions de bénédiction, il fut souligné que la plus digne des perpétuations réside dans l’édification d’un lieu où l’on pourra accomplir la Mitsva de la pureté familiale, ajoutant ainsi vie, sainteté et bénédiction au sein du peuple d’Israël. La cérémonie s’est achevée par la pose des Mezouzot, la coupure du ruban et une visite du nouveau Mikvé.

 

 

 

L’autisme, un lien secret avec D.ieu : le regard du Rabbi sur les enfants « spéciaux »

L’autisme, un lien secret avec D.ieu : le regard du Rabbi sur les enfants « spéciaux »

 

Dans un podcast de Kol ‘Haï Music, le Rav Levi Brook a choisi d’aborder de front un sujet que l’on préfère trop souvent taire : le monde intérieur des enfants « spéciaux », et tout particulièrement des enfants autistes. Son Invité, le Rav Eli Wolf, auteur du recueil « Mes généraux » consacré aux lettres et aux enseignements du Rabbi de Loubavitch sur ces âmes hors du commun, y déploie un regard qui bouleverse les évidences. Là où le monde voit un handicap, le Rabbi voit des « généraux », des soldats d’élite dotés d’un lien avec D.ieu plus élevé que tout ce que l’œil peut percevoir.

 

 

Rav Eli Wolf, est l’auteur d’un ouvrage singulier intitulé « Mes généraux », un leikut, un recueil de lettres et d’enseignements du Rabbi consacrés aux enfants aux besoins particuliers. Le titre lui-même est une invitation à voir le bien enfoui au-dedans. Rav Wolf dirige par ailleurs, en Terre sainte, l’antenne d’une belle organisation, « Les enfants des Chlou’him du Rabbi », qui accompagne les familles d’émissaires de Habad portant une double Chli’hout : celle de leur poste, et celle, plus intime encore, d’un foyer où grandit un enfant différent.

Du raisin au vin : ne pas s’arrêter à l’écorce

Pour introduire ce regard renouvelé, Rav Wolf remonte à la source du deuil de Ticha BeAv. Ce jour ne fut pas d’abord marqué par la destruction des deux Temples, mais bien avant, au désert, lorsque Moché Rabbénou envoya les explorateurs en Terre promise et qu’ils en revinrent précisément le neuf du mois. Devant leurs larmes injustifiées, D.ieu déclara que ce serait là une ahavat ‘hinam inversée, une pleurée sans cause qui entraînerait la ruine du premier et du second Sanctuaire.

Le symbole de ces explorateurs, ce sont les grappes de raisin qu’ils rapportèrent sur leurs épaules. Et le raisin, souligne Rav Wolf, peut se regarder de deux façons. On peut n’y voir qu’un fruit, son enveloppe extérieure, tel que le rapportèrent les explorateurs. Ou l’on peut chercher ce qu’il renferme au-dedans. La première sortie d’exil de toute la Torah, celle de Yossef en prison, éclaire ce point : lorsque le maître échanson raconte son rêve, il se voit pressant des grappes dans la coupe de Pharaon, et Yossef y lit aussitôt l’annonce de sa libération. Ce que Yossef discerne, c’est l’homme qui presse le raisin pour en extraire le vin. On peut s’arrêter à la forme extérieure du raisin, ou l’on peut regarder ce qu’il y a à l’intérieur et le presser jusqu’à en faire du vin.

Ce n’est pas un hasard, ajoute-t-il, si la Torah, louant la Terre d’Israël, la nomme « terre de froment, d’orge et de vigne », sans dire « et de raisins » : le regard ne doit pas se poser sur le raisin, mais sur la vigne qui l’habite. Le raisin, tant qu’il reste raisin, se bénit comme un fruit ordinaire ; devenu vin, il change de nature. Les explorateurs, eux, n’ont vu que l’écorce de la Terre, « un pays qui dévore ses habitants », sans percevoir le vin caché à l’intérieur, sans deviner ce que D.ieu préparait pour les y conduire. Voilà toute l’histoire de Ticha BeAv, et voilà le vin, c’est-à-dire la Guéoula qui délivre de l’exil.

Appliqué au sujet de l’émission, le message est limpide. On peut regarder ces enfants de l’extérieur, à travers leurs difficultés et leurs épreuves, comme on regarde un raisin. Ou l’on peut, à la manière du recueil de Rav Wolf, entièrement tissé des paroles du Rabbi, contempler le vin qui les habite, la profondeur intérieure de cette écorce, et le chemin de délivrance auquel il ouvre.

 

« Ils sont reliés à D.ieu » : ce que le Rabbi dit de l’autisme

Le premier témoignage touche directement à l’autisme. Un célèbre ‘hazane, Yossef Malovani, se présenta un dimanche devant le Rabbi lors de la distribution des dollars pour la Tsedaka, quand le Rabbi fait de chacun un émissaire pour donner à la charité. Il confia au Rabbi qu’il avait un fils autiste, hospitalisé en Angleterre. Le Rabbi lui répondit alors que les personnes autistes ne sont nullement dépourvues de lien : elles entretiennent un lien avec le Saint béni soit-Il, et c’est précisément parce qu’elles sont absorbées dans cette relation avec D.ieu qu’elles paraissent moins reliées aux hommes.

Saisi par cette formule, Malovani raconta au Rabbi que le jour où l’on apporta à son fils des Tsitsit, ces quatre coins de vêtement, alors même qu’il ne parlait ni ne communiquait d’ordinaire, l’enfant les avait saisis avec enthousiasme et avait récité la bénédiction. La preuve, en somme, que leur connexion spirituelle demeure bien plus haute que ce que laisse paraître le dehors.

 

 

« Tu atteindras la profondeur de ta sœur »

Autre récit, autre lien à l’autisme. L’un des Chlou’him de Rochester, Rav Na’houm, grandit en Angleterre et entrait toujours en ye’hidout, en entrevue privée, accompagné de ses parents. À seize ans, pour la première fois seul à New York durant le mois de Tichri, il écrivit enfin au Rabbi ce qu’il portait au cœur : il avait une sœur autiste et demandait ce qu’il pouvait faire pour elle, persuadé, lui l’aîné qui réussissait, de devoir tirer vers le haut celle qu’il croyait « en dessous ».

Il s’attendait à recevoir quelques chapitres de Tehilim à réciter, des pages de Guemara à étudier, une ségoula à accomplir en sa faveur. Le Rabbi lui répondit tout autrement. Mieux encore : au sortir de l’entrevue, le jeune homme rédigea la teneur de l’échange et la transmit au Rabbi par l’intermédiaire du secrétariat, et le Rabbi corrigea le texte de sa main, si bien que ces paroles ne relèvent pas seulement de la tradition orale mais aussi de l’écrit. Parmi ses mots, le Rabbi lui dit en substance : tu es élève à la Yechiva, accomplis ce qui t’incombe, étudie avec assiduité et profondeur, et lorsque tu approfondiras véritablement la Torah, tu atteindras la profondeur de ta sœur. D’un coup, le tableau se renversait : le Rabbi la plaçait plus haut que lui.

« Ce sont mes généraux »

Vint un matin, à 770, un Juif des États-Unis nommé David Meïr, dont le premier enfant était né trisomique. Son épouse se tenait au premier rang, l’enfant dans les bras, lorsque le Rabbi passa et glissa dans la petite main une pièce pour la Tsedaka. Le tonus musculaire de l’enfant étant faible, la pièce lui échappa et roula à terre. Avant que quiconque n’ait esquissé un geste, le Rabbi se pencha, ramassa la pièce, la replaça dans la main de l’enfant et referma lui-même ses doigts pour qu’il la tienne comme il faut. La mère, désemparée, vit le Rabbi lui tendre une seconde pièce et lui dire, dans un sourire, en anglais : « Ce sont mes généraux. »

Un enfant incapable même de refermer la main, et le Rabbi le nomme « général ». Ce ne sont pas des mots jetés pour apaiser une mère, insiste Rav Wolf : il y a là un sens d’une grande profondeur. Au ‘hazane Malovani, il dit qu’ils sont plus reliés à D.ieu que les autres ; à Na’houm, que sa sœur le dépasse ; à cette mère, que son fils est un général. Autant de manières de dire une perception radicalement autre que celle du regard commun.

Le renversement du regard face à l’habitude

Car le réflexe ordinaire, même dans un public pratiquant et scrupuleux des Mitsvot, consiste à accorder d’emblée à l’enfant différent une sorte de « rabais » : il ne serait pas concerné, il ne s’y prêterait pas, à quoi bon investir, à quoi bon se fatiguer. Le Rabbi voit exactement l’inverse. Il perçoit en eux un tout autre lieu. Avant même de trancher ce que cela implique concrètement, sur le plan de la Halakha et de la pratique, il s’agit d’abord de comprendre où ils se tiennent : ne pas regarder le raisin, mais voir le vin qui y repose.

Une épreuve devenue source de bien

Comment Rav Wolf en est-il venu à ce thème ? Comme pour toutes les belles choses, répond-il, D.ieu confie l’épreuve, et c’est à l’homme d’en faire quelque chose. Il évoque Rabbi Akiva et son épouse Ra’hel, fille de Kalba Savoua, chassée de la maison de son père, l’un des hommes fortunés de Jérusalem. Réduits à la plus grande pauvreté, couchant sur la paille, ils reçoivent la visite d’Eliyahou HaNavi déguisé en pauvre venu quémander un peu de paille pour son nouveau-né. De ce dénuement même, symbolisé par la paille, ils tirent de quoi secourir un autre. D.ieu t’a donné une épreuve, enseigne ce récit : ne t’y effondre pas, saisis-la et, avec elle, relève autrui.

C’est très exactement son histoire, confie Rav Wolf. Voilà vingt-cinq ans, son épouse et lui reçurent en cadeau un enfant aux besoins particuliers, aujourd’hui âgé de vingt-cinq ans. Cette épreuve a engendré un bien considérable pour de nombreuses familles. Le recueil en est un exemple ; l’organisation « Les enfants des Chlou’him du Rabbi » en est un autre. Sans cet enfant né chez lui, ces dizaines de familles d’émissaires portant le même fardeau n’auraient jamais trouvé ce soutien. Toujours, dit-il, la difficulté est ce qui doit donner la force d’avancer, et plus encore d’en faire une couronne, d’en tirer un bienfait.

L’ombre aussi sert la gloire du Créateur

Rav Wolf rapporte à ce propos une lettre remarquable du Rabbi à l’artiste Yaakov Agam. Pour l’anniversaire du Rabbi, l’artiste lui avait envoyé un album de ses œuvres, accompagné d’une bénédiction qu’il n’avait pas écrite en toutes lettres, mais en jeux d’ombres : il ne traçait pas la lettre elle-même, mais son ombre, d’où naissait la lettre. Le Rabbi lui répondit que tout ce que D.ieu a créé en ce monde a une finalité, car rien ne fut créé sinon pour Sa gloire. L’ombre elle-même, faite en apparence pour dissimuler, a été créée pour la gloire du Créateur, et l’artiste, par son écriture, montre précisément comment l’on peut se servir de l’ombre, autrement que de la lumière, pour dire un sens.

Chaque être humain, poursuit le Rabbi, traverse dans sa vie des périodes d’ombre, des temps gris et difficiles, tout comme le peuple d’Israël en tant que nation. Ces ombres aussi existent pour la gloire de D.ieu. Les épreuves et les difficultés ne sont pas faites pour qu’on s’y enlise, mais pour qu’on les retourne en gloire du Ciel. C’est de là, dit Rav Wolf, que lui est venu tout ce cheminement.

Mettre les Téfilines : un combat mené jour après jour

Le Rabbi voit la hauteur de ces enfants et les appelle « généraux » ; il affirme leur lien privilégié avec D.ieu. Rav Wolf en donne l’illustration à travers son propre fils. Plusieurs défis se conjuguaient chez lui, qu’il détaille avec pédagogie. Le franchissement de la ligne médiane, d’abord : là où un enfant traverse spontanément la ligne imaginaire du corps pour saisir de la main droite un objet posé à gauche, certains enfants ne peuvent la franchir. La conscience du schéma corporel, ensuite : savoir où commence et finit son corps sans le voir, se glisser sous une table, s’asseoir sans hésiter. La planification du mouvement, encore : disposer cinq assiettes avec ordre plutôt que dans le désordre. Et le dénombrement réel, enfin : compter ce qui est effectivement là, et non réciter des chiffres sans lien avec la réalité.

Que l’on réunisse ces quatre difficultés, et que l’on tente alors de poser les Téfilines : amener la main droite au-delà de la ligne médiane, enrouler avec justesse les lanières sur le bras, savoir qu’on en a bien compté sept, poser ensuite les Téfilines de la tête en repérant où celle-ci commence et s’achève. La chose devient tout bonnement impossible. Or, six mois avant sa Bar Mitsva, son fils décida qu’il devait, malgré tout, essayer de poser les Téfilines. Chaque jour, il tentait, transpirait, s’épuisait, s’exaspérait. C’était éprouvant à voir. Mois après mois, il revenait de son institution, essayait, échouait, échouait encore, jusqu’à ce qu’il brise l’obstacle et y parvienne. Aujourd’hui, il accomplit ce geste comme chacun. Un autre, même adulte, aurait depuis longtemps renoncé devant l’impossible. Là où l’on ne voyait qu’un raisin, il y avait un vin profond : une connexion bien plus haute que ce que révèle le dehors.

Des « invalides de Tsahal » aux « excellents de Tsahal »

D’où le Rabbi tire-t-il ces définitions ? Il l’a lui-même dévoilé. Durant l’été 5736 (1976), une délégation de soldats invalides de Tsahal, en tournée aux États-Unis, fut reçue au 770. On retira tous les bancs de la synagogue pour laisser entrer les fauteuils roulants. Fait rarissime, le Rabbi leur adressa une Si’ha en hébreu, puis descendit de son estrade pour serrer la main de chacun et lui remettre un billet d’un dollar. L’accueil fut d’une émotion rare.

Le cœur de son propos tenait en ceci : pour le peuple d’Israël, l’accent porte sur le spirituel plus que sur le matériel, sur la qualité plus que sur la quantité. Qu’est-ce qui unit des Juifs venus d’Israël et d’ailleurs, sinon leur essence intérieure ? Nous ne regardons pas la forme extérieure, mais l’âme divine qui nous fait tous un. Et cette qualité se transmet de génération en génération depuis le don de la Torah. Dès lors, poursuivit le Rabbi, quand bien même un homme siège dans un fauteuil roulant et se trouve défini comme « invalide », son corps affaibli n’est pas ce que l’on regarde : c’est sa qualité. Il est clair qu’un homme à qui D.ieu a confié une telle épreuve a reçu aussi une capacité spirituelle plus grande, une force plus haute pour la surmonter, et cela parfois dans la joie.

Le Rabbi ajouta qu’il n’aimait pas l’expression « invalide de Tsahal », qui définit l’homme par le manque, comme s’il était en deçà des autres. Puisque le regard authentique est intérieur, et que leur qualité est plus élevée, il proposa de les nommer non pas « invalides de Tsahal » mais « excellents de Tsahal ». Ce n’était pas un simple habillage de courtoisie, mais l’énoncé d’une vérité : « excellent » au double sens de distingué et de marqué, celui qui porte un signe le rendant différent, et surtout celui qui se situe au-delà. Affronter la difficulté signifie que D.ieu a octroyé des forces bien plus grandes.

L’enseignement du Tsema’h Tsedek : les soldats d’élite du Roi

Le Chabbat suivant, un Chabbat Mevarekhim du mois d’Elloul, un Farbrenguen se tint au 770. Le Rabbi y revint sur ses paroles de la semaine et en dévoila le fondement. Il s’appuya sur un maamar, un discours ‘hassidique de l’Admour Tsema’h Tsedek, petit-fils du Baal HaTanya, tiré de son ouvrage « Dere’h Mitsvotékha », qui expose le sens intérieur des Mitsvot au-delà de leur seul aspect pratique et halakhique.

Le Tsema’h Tsedek y interroge une loi : un Cohen atteint d’un défaut corporel ne peut servir au Beth Hamikdach, qui exige la perfection, et pourtant la Torah l’autorise à consommer des offrandes sacrées, dont la consommation par les Cohanim procure l’expiation au propriétaire du sacrifice, à l’instar de l’autel. Comment celui qui ne peut servir peut-il, par sa consommation, expier ? Le Tsema’h Tsedek répond en puisant dans le Zohar de Rachbi. Il existe des âmes créées au temps où la lune est diminuée. La lune symbolise Israël : D.ieu est le soleil qui rayonne, et nous sommes la lune qui reçoit sa lumière, tantôt pleine, tantôt amoindrie. Les âmes créées au temps de la diminution de la lune se retrouvent dans un corps affaibli et traversent la souffrance tout au long du chemin. Mais lorsque viendra la plénitude de la lune, à l’heure de la Guéoula complète que nous attendons en ces jours, quand sa lumière égalera celle du soleil au septuple, tout reviendra à sa perfection première. Et de ces âmes-là, D.ieu se réjouira bien davantage que des autres.

Pour rendre l’idée accessible, le Tsema’h Tsedek recourt à une parabole, celle qui donne au recueil son titre. Un roi envoie ses soldats affronter l’ennemi. Face à un adversaire visible, chaque soldat connaît sa mission. Mais il est des ennemis, hélas familiers ces dernières années, qui se terrent dans des tunnels et des recoins qu’un soldat ordinaire ne peut atteindre. Le roi mande alors une unité spéciale, des soldats d’élite qui pénètrent ces lieux pour en déloger l’ennemi. Ceux-là paient un lourd tribut : ils sont blessés, certains tombent au combat, car le terrain n’a rien d’ordinaire. Mais ils accomplissent pour le roi ce que nul autre ne pourrait, et quand vient la victoire parfaite, c’est d’eux que le roi se réjouit le plus.

Ainsi, explique le Tsema’h Tsedek, tout Israël descend en ce monde pour livrer bataille. L’ennemi déclaré, c’est le côté de la kelipa ; la mission ordinaire, ce sont les six cent treize Mitsvot, claires et connues : prendre une peau et en faire des Téfilines, saisir un Etrog et bénir sur le Loulav, travailler, gagner sa vie et en prélever la Tsedaka. Mais il est des étincelles de sainteté enfouies là où la kelipa ne les libère pas, car elles sont sa source de vie. Le Roi n’a d’autre choix que d’y envoyer des soldats singuliers, qui descendent dans ces lieux au prix fort, dont le corps et l’apparence portent la marque du combat, et qui, par une voie que nous ne saisissons pas, parviennent à en extraire ces étincelles. Voilà pourquoi le Roi se réjouira d’eux plus que de tous. Tel est, conclut le Rabbi, le fondement de ce qu’il avait dit aux « excellents de Tsahal ». Et lorsqu’il déclare à une mère, de son nourrisson, « ce sont mes généraux », le mot prend soudain toute sa densité : un général se tient plus haut que le simple soldat. Ces enfants ne portent pas la Chli’hout de tous ; la leur est autre, plus élevée. Chaque parent interrogera son Rav sur ce qui est permis et requis, mais notre regard, lui, doit changer.

Quand les parents aussi sont des généraux

Les parents de ces généraux portent eux-mêmes une mission, souligne Rav Wolf, car ils font partie des âmes ayant reçu l’épreuve. Il en donne pour preuve une histoire saisissante. Un Chalia’h de Habad, autrefois émissaire en Russie, avait un fils autiste au fonctionnement très difficile, qu’il ne pouvait garder à la maison et avait placé dans un cadre adapté, seul disponible, mais où l’on ne posait pas les Téfilines chaque jour. Installé désormais en Israël, cet homme vint le trouver : dans un mois ou deux se tiendrait la Bar Mitsva de ce premier enfant, et le rêve de tout père est de lui acheter ses Téfilines. Mais à quoi bon, s’interrogeait-il, puisque l’enfant, vivant loin du foyer, ne les poserait pas quotidiennement, et qu’il n’était même pas certain qu’il en soit capable ?

Rav Wolf lui répondit par un autre récit. Un de ses fils, le soir de sa propre Bar Mitsva, participait à une pyramide humaine formée par ses camarades. Au sommet, quand l’un des enfants bougea, la pyramide s’effondra ; il chuta et se brisa le bras, et la fête s’acheva aux urgences. Opéré des deux os de l’avant-bras, plâtré de l’épaule à la main, ce garçon devait poser les Téfilines pour la première fois le lendemain, sans le pouvoir. Rav Wolf parcourut alors le service en proposant aux patients de poser les Téfilines au mérite de l’enfant, et aucun ne se déroba. De là son conseil au père : puisque tu as réuni une somme pour les Téfilines de ton fils, va vers une famille dont l’enfant souhaite les poser mais n’en a pas les moyens, et qu’un autre les mette à son mérite.

L’homme suivit ce conseil et se rendit chez le Rav de l’endroit, qui manqua de défaillir. Trois ou quatre heures plus tôt, une mère de famille en grande difficulté financière était venue le supplier de l’aider à offrir des Téfilines à son troisième fils, bientôt Bar Mitsva ; le Rav avait consigné la demande sans savoir comment y répondre. Voici qu’arrivait l’enveloppe. Il put appeler cette mère et lui annoncer que son enfant aurait ses Téfilines. Ce ne sont pas des soldats ordinaires, redit Rav Wolf : leur mission est d’un autre ordre, plus haute. Et lorsque viendra la Guéoula, quand brillera « la lumière de la lune comme celle du soleil » et que nous pourrons enfin dire « le’haïm » sur le yayin hameshoumar, ce vin préservé réservé aux justes avec le Chor HaBar et le Léviathan à la venue de Machia’h, alors nous comprendrons pourquoi eux, et pourquoi nous, leurs parents.

Une rencontre qui ramène à D.ieu

Rav Wolf refuse de s’attarder sur le vaste chapitre des enfants autistes qui s’expriment par la frappe au clavier, dont on rapporte des paroles bouleversantes : cela n’est pour lui qu’une petite lucarne ouverte sur une réalité plus haute qu’il n’y paraît. Il préfère un récit vécu. Un Juif de sa communauté, issu d’un foyer religieux, s’était perdu à Tel-Aviv, sans kippa, désorienté. Un vendredi, il y a une trentaine d’années, un chant ‘hassidique se répétait sans fin depuis une maison voisine. Excédé, il vint frapper à la porte pour faire cesser ce vacarme. On l’invita à entrer, et il découvrit là un enfant autiste, un enfant spécial. De cette rencontre, de ces mots échangés et écrits qu’il ne s’explique toujours pas, naquit son retour. Aujourd’hui, cet homme observe la Torah et les Mitsvot, garde le Chabbat et pose les Téfilines. Une rencontre directe avec un général juif, capable de relever ce qu’aucun autre soldat n’aurait pu soulever.

Ce sont des âmes particulières, conclut Rav Wolf, dont on ne sait pas toujours rendre compte, mais qui reposent sur un principe : tout Juif possède une âme divine, quand bien même toutes les apparences sembleraient prouver le contraire. Venir à ces enfants avec cette conscience, voir dans l’enfant croisé dans la rue non pas un « enfant handicapé » mais un être d’un niveau bien plus élevé qu’il n’y paraît, ouvre une autre direction et permet de voir le bien.

Le nom dit l’essence : « spéciaux », et non « handicapés »

Le Baal Chem Tov enseigne que le nom exprime l’essence de la chose. La sagesse d’Adam HaRichon, supérieure à celle des anges, fut de savoir nommer chaque créature, car dans la lachon hakodech, la langue sainte, un nom n’est pas une convention arbitraire mais la source de vie et la racine de ce qu’il désigne. Rav Wolf en tire une comparaison éclairante, nourrie de son expérience russe. En Israël comme dans le monde anglophone, on parle d’enfants « spéciaux », « à besoins particuliers », une appellation qui dit leur singularité, et le Rabbi lui-même préférait « excellents » à « handicapés ».

Mais l’inverse est tout aussi parlant. En Israël, où vivent près de dix millions d’habitants, il est impossible de sortir deux jours sans croiser un tel enfant : ils sont partie intégrante de la vie et de la cité. En Russie, pourtant, dans un Moscou de douze à quinze millions d’âmes, Rav Wolf n’en aperçut peut-être qu’une seule fois en plusieurs années. La raison tient au nom : là-bas, tout ce champ se nomme « défectologie ». Quand le titre est celui du défaut, tel est aussi le regard, et ces enfants disparaissent de l’espace public. Lors d’un Farbrenguen auquel il assista, le Rabbi releva précisément que plus l’on approche de la Guéoula, plus la lumière véritable de chaque chose se révèle, jusque dans la langue des nations : l’anglais dit « special children », et c’est là l’expression juste, car ils sont réellement spéciaux, différents, plus élevés.

Le Rabbi employa même l’expression que nos Sages réservent à l’aveugle, sagui nahor, « celui qui a beaucoup de lumière ». L’aveugle n’est pas privé de lumière : au contraire, il en aurait tant que le vase de l’œil ne peut la contenir, de même qu’un projecteur trop intense empêche l’œil ordinaire de voir. Il en va ainsi de ces enfants : leur corps ne parvient pas à contenir l’intensité de leur âme, et c’est pourquoi ils apparaissent tels qu’ils sont. La forme visible est matérielle, mais la profondeur, elle, est bien plus haute. Rav Wolf y ajoute une observation née du confinement : ce qui ressemble à une absence de communication en est parfois l’exact contraire, une communication renversée, infiniment plus élevée.

Chaque âme, sa mission

Le chapitre central du recueil rassemble des correspondances du Rabbi avec des particuliers et des institutions. Rav Wolf s’arrête sur l’une d’elles. Dans les années 5739 (1979), un travailleur social juif des États-Unis se trouvait tiraillé par une question alors brûlante : le logement communautaire, qui consiste à intégrer des enfants dans des appartements au sein de la cité. Les craintes étaient vives, sur le voisinage, la valeur des logements, l’adaptation des uns et des autres. Ayant sollicité plusieurs grandes autorités, il ne reçut qu’une réponse, celle du Rabbi, qui ouvrit une correspondance de deux ans et demi, de 5739 (1979) à 5742 (1982). Le Rabbi paraissait attendre qu’on lui ouvre ce sujet pour y verser tout ce qu’il avait à en dire, s’adressant non pas à un ‘hassid mais à un travailleur social américain, dans sa langue. Dès la première lettre, il posa les principes, ce qu’il faut faire et éviter, l’attitude de l’accompagnant, le regard à porter sur l’enfant, l’espérance à lui offrir sans excès pour ne pas nourrir la déception, et la conviction que sa situation n’a rien de figé et qu’il pourra toujours progresser.

À une mère qui lui demandait pourquoi, si notre mission en ce monde est d’accomplir la Torah et les Mitsvot, l’âme d’un enfant incapable de les accomplir était descendue ici-bas, le Rabbi répondit par une image accessible. Chacun doit apporter sa part à l’harmonie du monde. Qui contribue davantage à l’humanité, demandait-il, le paysan qui plante ses pommes de terre du matin au soir, ou le savant qui, à l’université, conçoit les machines capables de les récolter ? Nul ne saurait le dire : chacun donne sa part, et c’est ensemble que le monde devient habitable, comme le Cohen, le Lévi et le Israël ont chacun leur rôle. Il en va de même pour ces enfants : ce dont tu es capable, tu le feras ; ce dont tu n’es pas capable, nul ne l’attend de toi. Les généraux ont un rôle différent de celui des simples soldats.

N’oubliez pas la mère

Pour conclure, Rav Wolf insiste sur ceux qui entourent l’enfant. L’épouse d’un Admour d’Israël, mère d’enfants à besoins particuliers, s’était rendue à New York pour recevoir une bénédiction lors de la distribution des dollars. Le Rabbi ne prêta guère d’attention particulière à l’enfant, lui remit un dollar comme à tous, puis en tendit un second à la mère en lui souhaitant « une année de réussite ». Décontenancée, elle confia sa déception à ses hôtes, jusqu’à ce que l’un d’eux, découvrant sur son passeport que c’était le jour de son anniversaire, comprenne : le Rabbi, par roua’h hakodech, avait prononcé la formule d’usage pour un anniversaire. Mais Rav Wolf y lit plus profond encore. L’état de l’enfant, trisomique, ne se transformera pas soudain ; il ne deviendra pas Chimchon HaGibor. Celle qui, ici, avait besoin de force, c’était la mère, la source où l’enfant puise la sienne. C’est sur elle que le Rabbi avait porté le regard.

La même vérité affleure dans le lien qu’une autre mère entretint avec la Rabbanit ‘Haya Mouchka. Alors que tout l’entourage, famille et médecins, s’enquérait de l’enfant trisomique et de son développement, la Rabbanit ne l’interrogeait jamais sur la fillette, mais toujours sur elle : « Comment tiens-tu ? As-tu des forces ? » Naturellement, on se concentre sur celui qui a besoin d’aide, l’enfant. Mais celle qui se vide et perd ses forces, c’est la mère, et la Rabbanit avait placé sur elle toute son attention.

Rav Wolf achève par un dernier récit. Une mère avait mené sa fille autiste vers une certaine autonomie, à une époque où l’on comprenait encore mal ce dont il s’agissait. Reçue un jour par un grand professeur, elle s’entendit dire, d’un ton méprisant, d’oublier cette enfant qui ne serait jamais indépendante et de renoncer à tout espoir. Anéantie, elle n’eut qu’une pensée en sortant : rencontrer le Rabbi pour puiser de la force. Entrée en ye’hidout, elle pleura sans pouvoir prononcer un mot. Puis le Rabbi lui demanda des nouvelles de ses autres enfants, de leur école, de leurs progrès. « D’un coup, raconte-t-elle, il a renversé mon regard. Je ne suis pas seulement la mère d’un seul enfant. J’ai, grâce à D.ieu, d’autres enfants ; les autres ne doivent pas souffrir de cela. » Elle ressortit femme et mère différente : oui, il y a l’épreuve et l’on s’y investit, mais il y a aussi, en parallèle, les parts belles et ordinaires de la famille, qui réclament une mère ordinaire, et l’on ne doit négliger ni l’une ni les autres.

Puisse D.ieu, conclut Rav Wolf, nous conduire à la Guéoula complète, au temps de la pleine lune où ces âmes seront dans leur plénitude, où le Saint béni soit-Il se réjouira de tout Israël, et singulièrement de ces âmes et des familles qui les ont élevées. Rav Levi Brook referme l’émission d’un « Amen » reconnaissant, adressé à Rav Eli Wolf et à tous ceux qui portent, dans le foyer, cette mission d’exception, jusqu’à la délivrance véritable et prochaine.