Le ‘Hessed Habad s’étend : « Kolel Market » arrive à Tibériade

Le ‘Hessed Habad s’étend : « Kolel Market » arrive à Tibériade

 

Le réseau de supermarchés sociaux « Kolel Market », qui opère sous l’égide de l’empire de bienfaisance du Kolel Habad, s’apprête à ouvrir une succursale phare dans la ville sainte de Tibériade. Après le succès phénoménal du magasin de Tsfat, qui a permis à chaque foyer d’économiser des milliers de shekels, le modèle ‘hassidique qui triomphe de la cherté de la vie vient offrir une bouffée d’oxygène aux habitants de la ville voisine. Les produits de base y seront vendus à prix coûtant, sans aucune marge bénéficiaire.

 

 

 

Une grande nouvelle pour les habitants de Tibériade

C’est une annonce majeure pour les habitants de la ville de Tibériade et de ses environs : le réseau de supermarchés sociaux à succès « Kolel Market », qui opère sous l’égide de l’empire de bienfaisance du Kolel Habad, se trouve actuellement en phase avancée de préparation et de construction en vue de l’ouverture d’une nouvelle et magnifique succursale phare dans la ville sainte de Tibériade.

Cette initiative fait suite au succès phénoménal de la succursale mère de Tsfat, qui a véritablement révolutionné le panier de consommation familial et prouvé qu’il est possible de lutter contre la cherté de la vie de manière directe, efficace et digne.

L’ouverture de la succursale de Tibériade constitue une étape supplémentaire dans la réalisation de la vision du Kolel : étendre le filet de sécurité alimentaire et économique à d’autres communautés ‘hassidiques à travers le pays.

Un modèle révolutionnaire : des produits à prix coûtant

La singularité du réseau « Kolel Market » réside dans son modèle de fonctionnement révolutionnaire, dans lequel les produits sont vendus véritablement à prix coûtant, sans aucun objectif de profit.

La nouvelle succursale de Tibériade proposera un immense choix de produits de base, de produits secs, de produits d’entretien, de viandes, de volailles et de produits surgelés, le tout sous une Cacherout des plus rigoureuses, et à des prix sans précédent, bien inférieurs aux prix habituels du marché.

Au-delà de l’énorme économie financière, le réseau « Kolel Market » a inscrit sur son étendard la valeur du respect de la dignité humaine : l’expérience d’achat sur place est conçue comme celle d’un supermarché moderne, spacieux, propre et accueillant, permettant aux familles d’effectuer leurs courses de la manière la plus digne qui soit.

« Le Rabbi a toujours exigé de nous de veiller aux besoins matériels de chaque Juif »

Dans un entretien spécial à l’occasion des préparatifs de l’ouverture, le directeur du Kolel Habad, le Rav Chalom Dou’hman, a expliqué la conception qui sous-tend cette initiative : « Le Rabbi a toujours exigé de nous de veiller aux besoins matériels de chaque Juif avec un visage rayonnant et de la manière la plus respectueuse. Notre objectif au « Kolel Market » n’est pas seulement d’apporter une aide, mais de donner aux familles la capacité de subvenir aux besoins de leur foyer dans la dignité et l’aisance.

« Notre expérience réussie à Tsfat a démontré qu’une telle succursale transforme complètement l’équilibre économique du foyer. Nous considérons comme un mérite et un devoir sacré d’apporter cette bonne nouvelle également à Tibériade, afin qu’aucune famille ne soit contrainte de se restreindre sur les produits de première nécessité ou de faire des compromis sur la qualité de l’alimentation de ses enfants. »

Tsfat, le modèle qui a fait ses preuves

Le « Kolel Market » de Tsfat, rattaché au Kolel Habad de la ville pour la Tsedaka de Rabbi Méïr Baal Haness, opère depuis une dizaine d’années dans la zone industrielle de la cité des Kabbalistes. Devant l’affluence croissante, le magasin historique a récemment déménagé dans un vaste hangar de plusieurs centaines de mètres carrés, acquis grâce à la générosité du Rav Yossi Popack et entièrement rénové, permettant d’élargir considérablement le stock de produits et les services offerts aux familles.

Le principe y est simple et redoutablement efficace : réduire au strict minimum les écarts d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur. Les habitués le résument d’une formule devenue célèbre : « Ici, il n’y a pas de promotions, car tout le magasin est une promotion ! » On y trouve un large assortiment de produits surgelés, de viandes, de produits laitiers et de fruits et légumes, sous les meilleures certifications de Cacherout. L’expérience de Tsfat a démontré qu’une famille qui y fait régulièrement ses courses économise plusieurs centaines de shekels à chaque passage en caisse, dans un cadre respectueux, sans aucune pression commerciale, où chacun n’achète que ce dont il a réellement besoin.

Le Kolel Habad, la plus ancienne œuvre de bienfaisance de Terre Sainte

Le « Kolel Market » n’est qu’une facette d’une institution hors du commun. Fondé en 5548 (1788) par l’Admour Hazaken, Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, fondateur du mouvement Habad-Loubavitch, le Kolel Habad est la plus ancienne organisation caritative en activité continue en Terre d’Israël. Dès ses débuts, l’œuvre soutenait les Juifs démunis établis dans les quatre villes saintes : Jérusalem, Tibériade, Tsfat et Hébron, ce qui confère à l’ouverture du nouveau magasin de Tibériade une résonance historique toute particulière.

Dirigée sous la présidence des Rabbis de Loubavitch de génération en génération, et guidée dans son développement moderne par le Rabbi, l’organisation déploie aujourd’hui des dizaines de programmes à travers tout le pays : un réseau de plus de vingt restaurants gratuits ouverts toute l’année, des livraisons mensuelles de colis alimentaires à plus de dix mille foyers, des distributions de fêtes à plus de vingt mille familles, des soins dentaires pour les plus démunis, des prêts sans intérêt, des crèches pour les enfants de mères qui travaillent, un accompagnement global des veuves et des orphelins, ainsi que des célébrations collectives de Bar et Bat Mitsva pour les enfants orphelins.

Depuis 5777 (2017), le Kolel Habad a été choisi par le ministère israélien des Affaires sociales pour piloter le programme national de sécurité alimentaire, une reconnaissance officielle de son expertise et de son intégrité. Fidèle à sa mission d’origine, l’organisation vient en aide à tous, sans distinction d’âge, d’origine ou de niveau de pratique religieuse, avec un principe inébranlable : aider sans jamais porter atteinte à la dignité de celui qui reçoit.

Une équipe dévouée à la tête du projet

Celui qui a été choisi pour mener cette opération complexe, diriger le chantier d’installation et coordonner l’ensemble des détails sur le terrain est l’homme d’action énergique, le Rav Yoram Meoda, directeur du Kolel à Tsfat, aux côtés du président et Chalia’h, le Rav Yossef Its’hak ‘Hitrik. Ces dernières semaines, le Rav Meoda œuvre jour et nuit pour garantir les conditions optimales à l’ouverture du lieu, dont la réalisation a été rendue possible grâce aux dons de la famille Renner de Floride et de la famille Feldman du New Hampshire.

Parmi les habitants de Tibériade, on ressent une effervescence considérable et une immense émotion à l’approche de l’ouverture des portes, qui offrira une bouffée d’oxygène à des milliers de foyers, tout particulièrement durant les périodes de veilles de fêtes et les jours de forte affluence.luence.

La Paracha de Vaét’hanan intégrale : la prière refusée qui a tout donné à Israël

La Paracha de Vaét’hanan intégrale : la prière refusée qui a tout donné à Israël

 

Cinq cent quinze fois, Moché supplia D.ieu de le laisser fouler la Terre promise, jusqu’à ce que le Ciel lui réponde : « Assez ! Ne continue plus à Me parler de cela. » Et pourtant, de ce refus déchirant jaillissent les trésors les plus lumineux de la Torah : la répétition des Dix Commandements et la proclamation éternelle du Chema Israël. Lue le Chabbat Na’hamou, la Paracha de Vaét’hanan s’achève sur la promesse d’Yechayahou, « Consolez, consolez Mon peuple », qui ouvre les sept semaines de consolation menant de Ticha BeAv à Roch Hachana.

 

 

L’homme qui ne demandait qu’un cadeau

Il y a, au seuil de cette Paracha, un mot qui contient tout un monde : Vaét’hanan, « j’implorai ». Rachi s’y arrête longuement, car ce verbe n’est pas anodin. Il ne désigne, en tout endroit de l’Écriture, qu’une demande de don gratuit. Moché, l’homme le plus grand de l’histoire, celui qui avait fait sortir Israël d’Égypte et reçu la Torah face à face, aurait pu se prévaloir de ses mérites. Il ne le fit pas. Car telle est la voie des justes : bien qu’ils puissent invoquer leurs bonnes actions, ils ne demandent à D.ieu qu’un cadeau gracieux. Le Sifri ajoute que ce mot est l’une des dix expressions par lesquelles la prière est désignée, comme si la langue sainte elle-même voulait enseigner que prier, c’est d’abord se présenter les mains vides.

Le moment choisi par Moché n’était pas fortuit. Il venait de conquérir les royaumes de Si’hon et de Og, ces deux géants qui verrouillaient l’accès à la Terre promise. Peut-être, se dit-il, le décret était-il levé ; peut-être la porte entrouverte par ces victoires annonçait-elle un pardon. Et il osa. Il osa dire à D.ieu, selon le Sifri, ce qu’il ne dit qu’en trois occasions de sa vie : « Je ne Te laisserai pas avant que Tu me fasses savoir si Tu accèdes à ma demande ou non. »

Sa supplique est un chef-d’œuvre d’audace et d’humilité mêlées. « Seigneur, Éternel, Toi qui as commencé à montrer à Ton serviteur Ta grandeur et Ta main puissante… » Rachi y entend un argument d’une finesse bouleversante : c’est Toi, dit Moché, qui m’as ouvert la porte de la prière. Lors de la faute du Veau d’or, Tu m’as dit « laisse-Moi » — et est-ce que je Te retenais ? Tu voulais simplement me faire comprendre que tout dépendait de ma prière. J’ai appris de Toi qu’aucun décret n’est définitif tant qu’un homme se tient debout et supplie. C’est cette leçon que je viens Te retourner aujourd’hui. Et Moché d’ajouter cet argument que seul un familier du Roi pouvait se permettre : Tu ne ressembles pas à un souverain de chair et de sang, entouré de conseillers qui protestent lorsqu’il veut faire grâce ; Toi, nul ne T’empêchera de me pardonner.

Ce qu’il demandait tient en un souffle : « Que je passe, de grâce, et que je voie le bon pays au-delà du Jourdain, cette bonne montagne et le Levanon. » Rachi lève le voile sur ces mots : la bonne montagne, c’est Jérusalem ; le Levanon, c’est le Beth Hamikdach. Moché ne rêvait ni de repos ni de conquête. Il voulait voir le lieu où la Présence divine résiderait parmi les hommes.

Le refus qui cachait une promesse

La réponse tomba, abrupte : « Assez ! Ne continue plus à Me parler de cela. » L’Éternel s’était irrité — « à cause de vous », précise Moché en se tournant vers le peuple, car c’est l’épisode des eaux de Meriva qui avait scellé son sort. Mais Rachi refuse de laisser ce « Assez ! » résonner comme une simple rebuffade. Il y découvre une double tendresse. D.ieu ne voulait pas que l’on dise : « Combien le Maître est sévère, et combien le disciple insiste en vain. » Et surtout, dans ce rav lakh, « c’est assez pour toi », les Sages entendent : bien davantage que cela t’est réservé — un bien immense demeure caché pour toi dans le monde futur. Le refus n’était pas une fermeture, mais l’annonce d’une récompense que nul œil n’a vue.

D.ieu accorda cependant à Son serviteur une consolation à la mesure de sa demande. « Monte au sommet du Pisga, lève les yeux vers l’ouest, le nord, le sud et l’est. » Tu M’as demandé de voir le bon pays, lui dit-Il en substance : Je te le montrerai tout entier, d’un seul regard, comme aucun conquérant ne le verra jamais. Et puisque Moché ne franchirait pas le fleuve, il lui restait une dernière mission : transmettre. « Donne des ordres à Yehochoua, fortifie-le et encourage-le. » Rachi décrit avec un réalisme saisissant ce que signifie diriger Israël : le préparer aux peines, aux fardeaux et aux querelles. Et il fallait surtout rassurer le disciple, afin que son cœur ne défaille pas à l’idée que son maître lui-même avait trébuché à cause de ce peuple. Je le lui promets, dit D.ieu : c’est lui qui passera, et c’est lui qui fera hériter. À condition, souligne Rachi, qu’il marche à leur tête et non derrière eux — leçon que Yehochoua paiera cher devant Aï, le jour où il enverra ses hommes au combat en demeurant au camp.

Puis Moché accomplit un geste qui dit tout de lui. Sachant qu’il n’entrerait pas en Terre Sainte, il sépara néanmoins trois villes de refuge sur la rive orientale du Jourdain, destinées à accueillir le meurtrier involontaire. Elles ne fonctionneraient pas avant que les trois villes de Canaan ne fussent désignées, bien après sa mort. Qu’importe. « Une Mitsva qu’il m’est possible d’accomplir, dit-il, je l’accomplirai. » L’homme à qui l’on venait de refuser son rêve le plus cher trouvait encore la force de saisir la moindre parcelle de bien à sa portée.

Face à face, une seconde fois

Alors Moché convoqua tout Israël, et le Sinaï revécut dans les plaines de Moav. « Ce n’est pas avec nos pères seulement que l’Éternel a conclu cette alliance, mais avec nous, nous qui sommes ici aujourd’hui, tous vivants. » Chaque génération, enseigne ce verset, se tient au pied de la montagne embrasée. « Face à face, l’Éternel vous a parlé. » Rabbi Berekhia prête à Moché cette image d’une audace admirable : ne croyez pas que je vous vante une marchandise comme le courtier qui s’interpose entre le vendeur et l’acheteur — le Vendeur Lui-même vous a parlé.

Et les Dix Commandements retentirent une seconde fois. « Je suis l’Éternel ton D.ieu… Tu n’auras pas d’autres dieux devant Ma face » — en tout lieu où Je suis, commente Rachi, c’est-à-dire dans le monde entier, et aussi longtemps que J’existe, c’est-à-dire toujours. Une variante, pourtant, distingue cette seconde version de la première : au Sinaï, D.ieu avait dit « souviens-toi » du jour du Chabbat ; ici, Moché dit « observe ». Rachi tranche par l’un des enseignements les plus célèbres de la tradition : zakhor et chamor, le souvenir et l’observance, la dimension positive et l’interdit, furent prononcés en une seule parole, en un seul mot, et entendus en une seule audition — prodige dont aucune bouche humaine n’est capable, et qui dit l’unité profonde de la Torah.

La voix qui porta ces paroles ne ressemblait à aucune autre. « Une voix puissante qui ne cessa point » : l’homme de chair, explique Rachi, ne peut prononcer toutes ses paroles d’un seul souffle ; le Saint béni soit-Il, Lui, ne S’interrompait pas, car Sa voix est puissante et subsiste à jamais. Le peuple, terrassé, supplia Moché de servir désormais d’intermédiaire : « Approche-toi, toi, et écoute… et toi, tu nous parleras. » Et Moché de confier, des années plus tard, la blessure que lui laissa cette requête : vous avez affaibli ma force, car j’ai vu que vous n’étiez pas empressés de vous approcher de Lui par amour. N’aurait-il pas été plus beau d’apprendre de la bouche du Tout-Puissant que d’apprendre de moi ? D.ieu, pourtant, approuva le peuple — « tout ce qu’ils ont dit est bien » — et laissa échapper ce soupir divin qui traverse les siècles : « Puissent-ils garder ce même cœur pour Me craindre tous les jours ! »

Chema Israël : six mots pour l’éternité

Puis viennent les six mots que tout Juif emporte du berceau jusqu’à son dernier souffle : « Écoute, Israël, l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est Un. » Rachi y lit bien plus qu’une profession de foi : une prophétie. L’Éternel, qui est notre D.ieu maintenant et non encore celui des nations, sera dans l’avenir « l’Éternel Un », lorsque, selon la parole de Tsephania, tous les peuples invoqueront Son Nom d’un langage pur, et que s’accomplira la vision de Zekharia : « En ce jour, l’Éternel sera Un et Son Nom sera Un. » Dire le Chema, c’est déjà hâter ce jour.

Et aussitôt : « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. » Rachi déploie chaque mot comme on ouvre un écrin. De tout ton cœur : avec tes deux penchants, le bon comme le mauvais, car même la part obscure de l’homme peut être enrôlée au service du Créateur. De toute ton âme : même s’Il prend ta vie. De tout ton pouvoir : de tous tes biens — car il est des hommes dont la fortune leur est plus chère que leur propre corps — mais aussi, dans un jeu de mots des Sages, quelle que soit la mesure qu’Il te mesure, dans le bien comme dans l’épreuve, remercie-Le, à l’image de David qui bénissait D.ieu aussi bien sur la coupe des délivrances que dans la détresse et l’affliction.

Comment naît un tel amour ? Par « ces paroles qui seront sur ton cœur », répond Rachi : c’est par l’étude de la Torah que l’homme reconnaît le Saint béni soit-Il et s’attache à Ses voies. Encore faut-il qu’elles restent neuves : qu’elles ne soient pas à tes yeux comme un vieil édit royal dont nul ne fait plus cas, mais comme un décret publié ce matin, vers lequel tous accourent. Puis la Torah trace le programme de la transmission juive : « Tu les inculqueras à tes fils » — un verbe d’aiguisement, précise Rachi, car les paroles de la Torah doivent être si affûtées dans la bouche du maître que, si on l’interroge, il réponde sans balbutier ; et les « fils » dont parle le verset, ce sont aussi les disciples, car en tout endroit les élèves sont appelés fils et le maître est appelé père. Enfin viennent les signes tangibles de cette alliance : les Téfilines du bras et de la tête, et la Mezouza sur les portes de la maison — jusqu’aux portes des cours, des provinces et des villes.

La suite de la lecture prémunit Israël contre le danger le plus insidieux : l’abondance. Des villes que tu n’as pas bâties, des maisons remplies de tout bien, des vignes que tu n’as pas plantées — « garde-toi d’oublier l’Éternel qui t’a fait sortir du pays d’Égypte ». Et lorsque, un jour lointain, ton fils t’interrogera sur le sens de toutes ces lois, tu ne lui répondras pas par un traité de philosophie, mais par un récit : « Nous étions esclaves de Pharaon en Égypte, et l’Éternel nous a fait sortir à main forte. » La foi juive se transmet comme une mémoire vivante, de bouche de père à oreille d’enfant.

Le plus petit des peuples, le plus aimé

La dernière lecture dévoile le secret de l’élection d’Israël, et ce secret confond toutes les logiques humaines. « Ce n’est pas parce que vous êtes plus nombreux que tous les peuples que l’Éternel s’est épris de vous, car vous êtes le plus petit de tous les peuples. » Le Midrach, cité par Rachi, retourne le verset comme un gant : vous êtes ceux qui se font petits. Lorsque Je vous comble de bien, vous ne vous enorgueillissez pas. Avraham disait : « Je ne suis que poussière et cendre » ; Moché et Aharon murmuraient : « Que sommes-nous ? » Face à eux se dressent les géants de l’arrogance — Nabuchodonosor qui voulait « ressembler au Très-Haut », San’hériv qui défiait tous les dieux des nations, ‘Hiram qui se proclamait divin. C’est l’humilité, et elle seule, qui a séduit le Créateur : « C’est parce que l’Éternel vous aime et parce qu’Il garde le serment juré à vos pères. » L’amour ne s’explique pas ; il se souvient.

De cet amour découle une exigence : la fidélité. « Tu sauras que l’Éternel ton D.ieu est le D.ieu fidèle, qui garde l’alliance et la bonté à ceux qui L’aiment et gardent Ses Mitsvot, jusqu’à la millième génération. » Rachi y relève une nuance d’orfèvre : pour ceux qui servent par crainte, la bonté s’étend à mille générations ; pour ceux qui servent par amour, à des milliers. L’amour démultiplie tout, jusqu’à la récompense. Quant aux impies, D.ieu leur paie leur salaire en ce monde même, afin de les faire disparaître du monde futur — tandis que le juste accomplit les Mitsvot « aujourd’hui », sachant que « demain », dans le monde à venir, l’attend leur véritable récompense. Le Maftir reprend ces trois derniers versets, comme pour graver une ultime fois cette équation dans le cœur des fidèles.

Na’hamou : la consolation au double visage

Ce Chabbat porte le nom de sa Haftara, et sa Haftara porte le poids de deux mille ans d’espérance. « Consolez, consolez Mon peuple, dira votre D.ieu » : à partir de ce chapitre 40 d’Yechayahou et jusqu’à la fin du livre, note Rachi, il n’y a plus que des paroles de consolation. Le prophète s’adresse à ses pairs — consolez, vous Mes prophètes, consolez Mon peuple — comme si une seule voix ne suffisait pas à panser une telle blessure. Le redoublement du mot répond au redoublement de la peine : « elle a reçu de la main de l’Éternel le double pour toutes ses fautes », et c’est pourquoi la consolation, elle aussi, sera double.

Alors le prophète déroule la plus grandiose des visions. Une voix proclame de frayer dans le désert le chemin de l’Éternel — le chemin de Jérusalem, précise Rachi, pour que ses exilés y retournent. Les vallées se relèveront, les montagnes s’abaisseront, les sentiers tortueux deviendront plaine : rien n’entravera plus le retour. Et lorsqu’une voix demande « que proclamerai-je ? », la réponse tombe comme une sentence sur toutes les puissances de l’histoire : « Toute chair est herbe. » L’homme meurt et ses promesses meurent avec lui, commente Rachi ; il est comme la fleur des champs qui se fane au premier souffle. « Mais la parole de notre D.ieu subsiste à jamais » — car Lui est vivant et éternel, et il est en Son pouvoir d’accomplir. C’est pourquoi la messagère de Sion peut monter sur la haute montagne et crier sans crainte aux villes de Yehouda : « Voici votre D.ieu ! » La promesse vient de la bouche du Vivant à jamais.

La fin de la Haftara est un vertige. Qui a mesuré les océans dans le creux de Sa main, toisé les cieux à l’empan, pesé les montagnes à la balance ? Celui qui a pu créer tout cela, enseigne Rachi, peut à plus forte raison tenir Ses promesses. Devant Lui, les nations sont une goutte au fond d’un seau, les princes un néant qu’un souffle dessèche et qu’un ouragan emporte comme le chaume. « Levez les yeux vers les hauteurs et voyez : qui a créé cela ? » Celui qui fait sortir chaque soir l’armée des étoiles et les appelle toutes par leur nom — et pas une seule ne manque à l’appel. Ainsi en va-t-il, conclut la tradition, du peuple d’Israël, ces étoiles innombrables promises à Avraham : dans le grand rassemblement des exilés que le Machia’h conduira vers Jérusalem, pas un seul ne fera défaut.

Le 20 juillet 1969,  Neil Armstrong posait le pied sur la lune : l’enseignement du Rabbi de Loubavitch

Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong posait le pied sur la lune : l’enseignement du Rabbi de Loubavitch

 

Le Chabbat Vayigach 7 Tevet 5729 (28 décembre 1968), un Farbrenguen historique se tint au 770 Eastern Parkway, au lendemain du retour sur Terre de la mission Apollo 8. Le Rabbi saisit l’occasion pour délivrer un enseignement d’une portée universelle sur la responsabilité de chaque individu envers la Création tout entière. S’appuyant sur les détails mêmes de l’exploit spatial, il répondit à une question fondamentale qui traversait les esprits de toute une génération : la Torah a-t-elle le droit de s’immiscer dans la vie privée de chacun ?

 

 

Un événement sans précédent dans les annales de l’humanité

La veille de ce Farbrenguen, le monde entier avait les yeux rivés sur les écrans de télévision. La mission spatiale Apollo 8 venait de s’achever après une semaine en orbite lunaire — la première fois dans l’histoire que des êtres humains voyaient de leurs propres yeux la face cachée de la Lune. Après s’être placé en orbite terrestre, le vaisseau avait effectué le transfert vers l’orbite lunaire, photographiant la face éclairée et la face obscure de l’astre, avant de ramener ses trois astronautes sains et saufs sur Terre, au moment et à l’endroit précis qui avaient été programmés. Sept mois plus tard, le 20 juillet 1969, la mission Apollo 11 franchit une nouvelle étape : Neil Armstrong fut le premier homme à poser le pied sur la Lune, prononçant cette phrase aussitôt entrée dans la légende : « Un petit pas pour l’homme, un pas de géant pour l’humanité. »

Ce soir-là, le Rabbi prit la parole en ces termes : « Hier a eu lieu un événement unique dans les annales de l’Histoire. Un vaisseau spatial avec trois hommes à bord s’est approché de la Lune, tournant autour d’elle à plusieurs reprises, photographiant sa partie éclairée et sa partie cachée, puis ils sont revenus sains et saufs sur Terre, au moment et à l’endroit précis qui avait été programmé. »

La question qui troublait une génération

Vingt-quatre heures avant la fin de ce voyage spatial, une conférence organisée par le mouvement Habad avait été le cadre d’un échange qui allait trouver une réponse inattendue. Un participant avait posé cette question, d’une franchise désarmante : « Je ne comprends pas pourquoi, d’après la Loi de la Torah, un homme qui mange un aliment non cacher devrait être puni de 39 coups de bâton. À mon sens, s’il ne veut pas manger cacher, c’est son affaire personnelle, cela n’engage que lui. La Loi juive ne devrait interdire que les actes qui portent préjudice à autrui ou à la société. Elle ne devrait pas intervenir lorsque le préjudice est strictement personnel. »

Le Rav qui présidait le débat se trouva dans une position délicate. Comment expliquer, à une salle remplie de jeunes Américains nourris aux valeurs de la liberté individuelle, qu’une loi religieuse puisse ordonner de punir quelqu’un de 39 coups de bâton pour avoir accompli un acte en apparence aussi anodin que de manger un aliment non cacher ? Il s’en tira par une réponse technique : l’exécution d’un tel châtiment exigeait la présence de deux témoins, un avertissement préalable, et la transgression devait être commise dans les instants qui suivaient cet avertissement. Autant de conditions qui rendaient la sanction pratiquement inapplicable. Cette peine était avant tout un marqueur de la gravité morale de la transgression, non une sentence systématique.

La réponse était exacte, mais elle ne répondait pas au fond de la question. Même si ce châtiment n’était appliqué qu’une fois par siècle, la question demeurait entière : pourquoi la Loi juive s’immisce-t-elle dans la vie privée de chacun ?

Chaque homme, un monde entier

Nos Sages nous ont enseigné que chaque être humain doit se considérer comme si le monde avait été créé pour lui seul. Le Rambam précise cette pensée : « L’homme doit se considérer comme étant à moitié méritant et à moitié coupable. Il en va de même pour le monde entier. Une seule transgression peut faire pencher la balance et entraîner l’homme — et le monde entier — du mauvais côté. Une seule Mitsva, en revanche, peut faire pencher la balance du côté du mérite et conduire ainsi le monde vers la délivrance. »

C’est à la lumière de cet enseignement que la réponse se dévoile. Manger un aliment non cacher n’est pas un acte anodin, et n’est pas davantage un acte strictement privé. Toute la Création est tributaire de chacune de nos pensées, de nos paroles et de nos actes — pour le meilleur ou, que D.ieu nous en préserve, pour le pire. Quel crime serait plus grand que celui d’un homme qui, sciemment, nuit à son entourage, à sa famille, à la société tout entière, pour la simple raison qu’il préfère manger un morceau de viande non cacher ?

L’enseignement que la Providence nous offre

Le Baal Chem Tov nous enseigne que « l’homme doit tirer un enseignement dans le service de D.ieu de chaque événement dont il est témoin ». Et voici que la Providence Divine nous a offert, précisément en ces jours, un exemple vivant et saisissant.

Trois hommes adultes ont reçu pour mission de mettre de côté toute considération personnelle — même les plus intimes — et de suivre ensemble, dans les moindres détails, les directives qui leur étaient dictées. On leur a dit exactement quoi manger et en quelle quantité, combien de temps dormir, dans quelles positions se maintenir, et jusqu’aux chaussures qu’ils devaient porter.

Si l’un d’entre eux avait été tenté de s’y soustraire, on lui aurait rappelé que cette mission avait coûté plus d’un milliard de dollars — une somme qui inspire un respect immédiat. Et il ne s’agissait pas de leur argent, mais de celui du gouvernement américain. Lorsqu’on dit à quelqu’un que son comportement engage une telle somme, il obéit sans discuter, acceptant sans résistance cette « intrusion » dans sa vie privée, même s’il ignore tout des raisons profondes qui motivent les instructions des scientifiques.

Et que dire si l’enjeu n’était pas un milliard de dollars, mais la Création tout entière ?

Un petit pas, un pas de géant

Ainsi se conclut l’extraordinaire enseignement que le Rabbi tira de cet événement. Accomplir une Mitsva, c’est un petit pas pour l’homme — mais un pas de géant pour l’humanité. Chaque geste, chaque acte, chaque pensée porte en lui le poids du monde. Telle est la grandeur vertigineuse de la responsabilité humaine selon la Torah : non pas l’oppression de la liberté individuelle, mais la conscience que chaque individu est, en lui-même, un univers dont les actes résonnent jusqu’aux confins de la Création.manité!

 

6 Av : Yortzaït  du Rav Yoel Kahn a’h, le ‘Hozer du Rabbi  (1930-2021)

6 Av : Yortzaït du Rav Yoel Kahn a’h, le ‘Hozer du Rabbi (1930-2021)

 

Pendant plus de quarante ans, le Rav Yoel Kahn se tint devant le Rabbi pour graver dans sa mémoire prodigieuse chacune de ses paroles, avant de les restituer au monde entier. Né dans la clandestinité soviétique et façonné par l’exil, il devint le ‘hozer en chef du Rabbi. Il s’est éteint le jeudi 6 Av 5781 (2021), à l’âge de quatre-vingt-onze ans, laissant derrière lui une bibliothèque entière née de sa seule fidélité.

 

 

Une enfance forgée dans la clandestinité soviétique

Le Rav Yoel Kahn, que tous appelaient simplement Reb Yoel, naquit à Moscou, en Union soviétique, le 16 Chevat 5690 (1930), benjamin des quatre enfants de Raphaël Na’hman, surnommé « Folleh », et de Rivka Kahn. Ses parents appartenaient au réseau clandestin des ‘Hassidim de Habad qui, au péril de leur vie, s’efforçaient de maintenir la flamme de la vie juive derrière le rideau de fer. Durant les trois premières années de son existence, le petit Yoel ne vit jamais son père, emprisonné par le régime pour « activités contre-révolutionnaires » et pour le crime d’avoir conservé un lien avec le Rabbi précédent. Écrivain fécond, Raphaël Na’hman consignerait plus tard son expérience des geôles soviétiques et composerait plusieurs ouvrages qui font aujourd’hui encore autorité, parmi lesquels Loubavitch VéHayaléha, qui rassemble les récits des anciens élèves de la Yechiva Tom’hei Temimim de la bourgade de Loubavitch, et Chmouot VéSippourim, une compilation de traditions ‘hassidiques transmises de génération en génération.

En 1935, la famille parvint à quitter la Russie pour la Pologne, empruntant un itinéraire qui la fit passer par l’Autriche. C’est au sanatorium de Purkersdorf, près de Vienne, que le jeune Yoel rencontra pour la première fois le Rabbi précédent, Rabbi Yossef Its’hak, ainsi que son gendre, le futur Rabbi. Sur le quai de la gare de Vienne, alors que la famille attendait son train, elle eut la surprise de voir arriver ce même gendre, venu tout exprès la saluer et distribuer du chocolat aux enfants. De l’Europe, les Kahn gagnèrent la Terre d’Israël, où Yoel fut inscrit à la toute jeune Yechiva Habad de Tel-Aviv, alors dirigée par le célèbre Machpia, le Rav ‘Haïm Chaoul Brook. Doué d’une intelligence hors du commun, il compta parmi ses compagnons d’étude le Rav Chlomo Berman, qui deviendrait plus tard l’un des dirigeants de la Yechiva de Ponievège à Bné-Brak. Durant son adolescence, il étudia aussi en privé avec le Rav Moché Gourarié et fut profondément marqué par la personnalité du Rav Na’houm Goldschmidt, ainsi que, dans une moindre mesure, par celle du Rav Chlomo ‘Haïm Kesselman.

Un bateau vers New York et la rencontre décisive

Le 11 Chevat 5710 (1950), Rav Yoel se trouvait à bord d’un navire faisant route vers New York, où il comptait poursuivre ses études à la Yechiva centrale du 770, ignorant encore que le Rabbi précédent venait de quitter ce monde. Il avait embarqué au port de Haïfa dans l’espoir de se former à la lumière de ce maître dont il étudiait les enseignements depuis l’enfance ; lorsque son bateau accosta enfin, douze jours plus tard, la nouvelle l’attendait : Rabbi Yossef Its’hak s’était éteint. Demeuré à New York, le jeune homme s’attacha sans tarder au gendre du disparu, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, et rejoignit le cercle de ‘Hassidim qui œuvrèrent à convaincre celui-ci d’accepter la direction du mouvement Loubavitch. Ses lettres à ses parents, durant cette période, témoignent de l’admiration et de l’espérance immenses que la personnalité du nouveau Rabbi suscitait en lui.

Dès son arrivée en 770, les dons singuliers de Rav Yoel furent reconnus, et il se mit aussitôt à retranscrire les hana’hot, les Maamarim et les Si’hot du Rabbi. Les anciens ‘Hassidim, qui avaient eux-mêmes été les ‘Hozrim du Rabbi Rachab, s’émerveillaient de sa faculté de compréhension et de sa mémoire proprement exceptionnelles.

La mission d’une vie : porter la parole du Rabbi

Le jour du premier anniversaire de la disparition du Rabbi précédent, le Rabbi consentit enfin à assumer la charge de son beau-père et prononça, ce soir-là, son premier discours ‘hassidique. Là où, jusqu’alors, les ‘Hassidim recevaient dans les jours suivant un farbrenguen une version écrite du discours, rien de tel ne vint désormais. Lors d’une yé’hidout privée, une semaine plus tard, Rav Yoel comprit que, absorbé par un emploi du temps déjà saturé, le Rabbi ne rédigerait pas lui-même ses discours oraux : il attendait du ‘hozer et de son équipe qu’ils lui remettent des notes qu’il corrigerait ensuite. Telle serait la vocation de toute une vie.

Pendant plus de quatre décennies, Rav Yoel se tint devant le Rabbi et mémorisa des milliers d’heures d’enseignements d’une complexité vertigineuse. Doté d’une mémoire phénoménale, il conduisait aussi les chants lors des farbrenguen, puis dirigeait la ‘hazara, cette répétition qui suivait le rassemblement et au cours de laquelle les paroles du Rabbi étaient redites puis transcrites, car nombre de ces discours étaient prononcés le Chabbat ou un Yom Tov, jours où aucun enregistrement n’est permis. Il n’y eut qu’une poignée d’occasions où Rav Yoel ne fut pas présent pour recueillir ces paroles. Une année, à Chavouot, le Rabbi arriva à l’aube pour délivrer un discours inattendu et attendit que Rav Yoel fût là pour commencer ; l’année suivante, échaudé, le ‘hozer se tenait déjà prêt à sa place habituelle lorsque le Rabbi parut. Le chapeau incliné en arrière au-dessus de son large front, la barbe fournie en perpétuel désordre, une cigarette entre les doigts qu’il troquerait dans ses vieux jours contre un éternel verre de thé, il demeura jusqu’à la fin un maître au verbe mesuré, relevé d’éclairs d’esprit et d’humour.

Le Machpia qui forma des générations d’étudiants

Le 15 Elloul 5714 (1954), Rav Yoel épousa Léa, fille du Rav Chnéour Zalman Butman, le Rabbi lui-même officiant à la cérémonie des Kidouchin. Le couple s’établit dans le quartier de Crown Heights, où Rav Yoel fut nommé Machpia, guide et mentor spirituel, dans l’une des branches de la Yechiva Habad, avant de devenir le Machpia en chef de la Yechiva centrale Tom’hei Temimim du 770. Pédagogue exceptionnel, il possédait l’art rare de rendre limpides les concepts les plus abstraits de la ‘Hassidout, traduisant en raisonnements clairs et enchaînés ce qui, d’ordinaire, demeure du seul domaine de la foi. Pour les étudiants venus d’autres horizons du monde juif, il était souvent le premier interlocuteur, un guide savant et bienveillant vers l’univers spirituel de Habad. Des années 1950 jusqu’aux ultimes années de sa vie, des milliers d’élèves se formèrent à ses côtés, tandis qu’il parcourait le monde pour donner des cours approfondis de ‘Hassidout et animer des farbrenguen.

Une œuvre monumentale au service des enseignements

Sous la direction attentive de Rav Yoel, des équipes de ‘Hozrim couchèrent par écrit les enseignements du Rabbi en plusieurs langues et sous des formes diverses. Le Rabbi, qui rédigeait rarement lui-même, consacrait pourtant des heures innombrables au travail de correction, allant parfois jusqu’à retoucher un texte si abondamment qu’il lui eût été plus simple de l’écrire d’emblée ; c’est ainsi qu’il enseignait à son ‘hozer et à son équipe l’art d’ordonner la parole vive en une prose limpide et rigoureuse. De ce labeur patient, mené des jours et des nuits durant, naquirent le Likoutei Si’hot, l’ensemble en trente-neuf volumes des discours corrigés du Rabbi, les six volumes des Maamarim Melouktim, ainsi que la vaste série du Torat Mena’hem, qui restitue en hébreu l’intégralité des farbrenguen du Rabbi dans leur forme complète.

Son entreprise la plus imposante demeure toutefois le Sefer Ha’Erkin Habad, une encyclopédie et une analyse méthodique des concepts de la ‘Hassidout, dont le Rabbi lui-même avait confié la conception à Rav Yoel. Le premier volume parut en 1970, accompagné en appendice d’un traité rédigé par le Rabbi sur l’essence même de la ‘Hassidout ; le neuvième volume vit le jour en 2019, et Rav Yoel y travaillait encore dans ses derniers jours. L’ampleur du projet est telle que ces neuf tomes ne couvrent qu’une fraction des entrées commençant par la seule première lettre de l’alphabet hébraïque. Ce chantier n’aurait été possible pour personne, pas même pour lui, si le Rabbi n’en avait posé les fondations par la compilation méticuleuse, dès les années 1940, des index de l’immense corpus ‘hassidique de Habad.

Un patriarche et un héritage vivant

Après la disparition du Rabbi, en 1994, Rav Yoel demeura, jusqu’à son dernier souffle, un pilier de la sagesse ‘hassidique authentique et une figure vénérée, à jamais enraciné dans les enseignements du maître dont il ne s’était jamais séparé. Sa science et son discernement, fruits d’une vie entière passée auprès du Rabbi, étaient recherchés par des Rabbanim et des dirigeants de tout le monde juif ; lorsqu’il se rendait en Terre sainte, dans ses dernières années, il y était accueilli avec chaleur par de grands maîtres ‘hassidiques et par des directeurs de Yechivot réputés. Ses enregistrements et ses livres continuent d’irriguer l’étude de dizaines de milliers de personnes à travers le monde. Le Rav Yoel Kahn s’est éteint le 6 Av 5781 (2021), à l’âge de quatre-vingt-onze ans, laissant son épouse, Léa Kahn, et une multitude de disciples dont la vie fut transformée par les trésors qu’il leur transmit.

 

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De Moscou à New York : les Bahourim qui ont stupéfait le Rav Reouven Feinstein et l’Admour de Bobov

De Moscou à New York : les Bahourim qui ont stupéfait le Rav Reouven Feinstein et l’Admour de Bobov

 

D’éminents Rabbanim et Roché Yéchiva américains, parmi lesquels le Rav Reouven Feinstein et l’Admour de Bobov-45, ont été émerveillés par le niveau d’étude des élèves de la Yéchiva Ketana centrale de Moscou. Venus à New York après une année d’étude intensive couronnée d’examens rigoureux, ces jeunes Temimim ont démontré l’ampleur de la renaissance de la Torah dans la Russie d’aujourd’hui. Un périple historique qui fait écho, cinquante-cinq ans plus tard, à la visite des Bahourim envoyés par le Rabbi auprès du Rav Moché Feinstein.

 

 

 

Avec la clôture de l’année académique dans les Yéchivot Tom’hei Temimim, alors que les journées d’été offrent une pause dans la routine quotidienne des bancs d’étude, les élèves de la Yéchiva Ketana centrale de Moscou ont récolté les fruits de leur labeur. Après de longs mois d’une campagne d’étude intensive et de préparation spirituelle, et après avoir passé avec succès des examens particulièrement exigeants, les élèves les plus brillants ont mérité de réaliser leur aspiration ultime : un voyage exaltant auprès du Rabbi.

Une Yéchiva d’été aux abords du Ohel

Dès leur arrivée à New York, les élèves ont intégré un programme unique de Yéchivat Kaïts, une Yéchiva d’été établie à proximité du saint Ohel, dans le quartier du Queens. Les sessions d’étude se sont ouvertes par un cours approfondi et captivant du Roch Yéchiva, le Rav Moché Lerman, qui a accompagné le voyage avec un dévouement exemplaire. S’en est suivie une prière de Cha’harit pleine d’élévation, au cours de laquelle le Grand Rabbin de Migdal HaEmek, le Rav Its’hak David Grossman, a officié en tant que Chalia’h Tsibour, avant de prodiguer aux Temimim des paroles d’encouragement enflammées. Tout au long des dix jours de leur séjour aux États-Unis, les élèves ont maintenu leur assiduité et leur dévouement, participant chaque jour à des cours de Torah dispensés par d’éminents Rabbanim et Machpiim.

L’initiative du Grand Rabbin de Russie

En amont du voyage, le fondateur de la Yéchiva, le Grand Rabbin de Russie, le Rav Berel Lazar, avait suggéré d’y intégrer des visites exceptionnelles aux demeures d’Admourim et de Rabbanim à travers les États-Unis. L’objectif était double : encourager les Temimim à poursuivre leurs études assidues et à récolter les fruits de leurs efforts, mais aussi montrer aux grands Maîtres de la Torah l’ampleur extraordinaire de la révolution juive qui s’opère actuellement en Russie.

La boucle bouclée, cinquante-cinq ans plus tard

Cette initiative a constitué un moment historique où la boucle s’est bouclée, faisant écho à la célèbre visite d’il y a cinquante-cinq ans, lorsque le Rabbi avait envoyé un groupe de Bahourim ayant quitté la Russie se faire examiner par le Rav Moché Feinstein, de mémoire bénie. Et voici que des décennies plus tard, ce lundi, les élèves de la Yéchiva de Moscou ont été accueillis au domicile de son petit-fils, le Roch Yéchiva de Tifereth Jérusalem, le Rav Reouven Feinstein. Le Roch Yéchiva fut profondément ému de voir ces jeunes érudits répondre avec précision sur les traités Chabbat et Baba Batra, et impressionné de constater qu’ils perpétuent fièrement l’héritage de Messirout Néfech pour la Torah légué par leurs aînés.

Qui est le Rav Reouven Feinstein ?

Le Rav Chalom Reouven Feinstein est né le 1er août 1937 aux États-Unis, benjamin des quatre enfants du Rav Moché Feinstein, le plus grand décisionnaire halakhique de l’Amérique d’après-guerre, et le seul à être né sur le sol américain. Sa famille avait fui quelques mois plus tôt la ville de Liouban, en Russie soviétique, où son père officiait comme Rav, sous la pression croissante du régime stalinien qui persécutait les Rabbanim — un parcours qui fait singulièrement écho à celui des élèves de Moscou venus se présenter devant lui. Après avoir étudié à la Yéchiva Tifereth Jérusalem du Lower East Side, dirigée par son père, il poursuivit sa formation à la Yéchiva de Telshe, dans l’Ohio, puis à Lakewood auprès du Rav Aharon Kotler. En 5726 (1966), il fonda aux côtés de son père la Yéchiva de Staten Island, branche de Tifereth Jérusalem, qu’il dirige depuis lors en qualité de Roch Yéchiva, s’efforçant d’y allier, selon ses propres termes, la rigueur de Telshe et la flamme d’étude de Lakewood. Son frère aîné, le Rav David Feinstein, dirigea quant à lui la Yéchiva mère de Manhattan jusqu’à son décès en 5781 (2020).

Chez l’Admour de Bobov-45 et le Rav Gavriel Zinner

Le mardi, ce prestigieux périple de Torah s’est poursuivi dans le quartier de Boro Park, où l’Admour de Bobov-45 a chaleureusement reçu les élèves dans son bureau privé, au sein de son grand Beth Midrach. L’Admour a interrogé les Temimim, exprimé sa grande admiration pour la finesse de leur caractère et leur assiduité manifeste, et accordé avec chaleur une bénédiction personnelle à chacun d’entre eux.

 

Qui est l’Admour de Bobov-45 ?

L’Admour de Bobov-45, le Rav Morde’haï David Unger, est né en 1954 à New York, fils du Rav Yaakov Its’hak Unger, Admour de Dombrov en Amérique, descendant d’une illustre dynastie ‘hassidique polonaise fondée au début du XIXe siècle. Il est le gendre du Rav Naftali Tsvi Halberstam, quatrième Admour de Bobov, lui-même fils du Rav Chlomo Halberstam qui reconstruisit la ‘hassidout de Bobov en Amérique après la Choah. Au décès de son beau-père, le 12 Adar 5765 (23 mars 2005), qui ne laissait pas de fils, une partie importante des ‘hassidim de Bobov le choisit comme Admour, tandis qu’une autre partie suivit le demi-frère du défunt, le Rav Ben Tsion Aryeh Leibich Halberstam. Sa communauté prit alors le nom de « Bobov-45 », en référence à la 45e rue de Boro Park, à Brooklyn, où se trouve le centre de sa communauté, et son beau-frère, le Rav Yehochoua Rubin, y exerce la fonction de Rav et Dayan. L’Admour de Bobov-45 dirige aujourd’hui une communauté florissante comptant plusieurs milliers de familles, avec ses institutions d’éducation, ses Yéchivot et son Beth Midrach, et il est l’auteur de l’ouvrage Cheira D’bei Rav.

Le lendemain, les élèves, accompagnés de leur dévouée équipe éducative, ont été reçus à la résidence du Rav Gavriel Zinner, auteur de la célèbre série halakhique Nitei Gavriel. Durant deux heures entières, les élèves furent interrogés sur leurs études talmudiques, suscitant une profonde considération pour l’étendue de leurs connaissances et leur labeur dans la Torah au sein de la Yéchiva de Moscou.

Les élèves, qui sont les fils de Rabbanim et de Chlou’him de Russie et des pays voisins, ont été présentés aux grands Maîtres de la Torah par les membres de l’équipe éducative accompagnant ces visites, conduite par le Machpia de la Yéchiva, le Rav Mena’hem Mendel Wilansky, et son directeur, le Rav ‘Haïm Moché Weber.

Un ressourcement spirituel avant le retour à Moscou

Ce voyage historique vers les parvis de sainteté et ces rencontres exceptionnelles avec les grands Maîtres de la Torah d’Amérique, rendus possibles grâce au soutien de la fondation 770 Russia dirigée par le Rav Yehouda Davidov, ont couronné une année académique dense et enrichissante. Les expériences spirituelles, les Farbrenguen prolongés jusque tard dans la nuit, ainsi que les longues heures d’étude et de prière auprès du Ohel, ont procuré aux élèves un formidable renforcement spirituel. Nul doute qu’avec l’aide de D.ieu, ils reviendront à Moscou pour la prochaine année académique fortifiés et animés d’un sens de la mission et d’une fierté ‘hassidique, afin de poursuivre leurs études assidues qui mènent à l’action.

Photographies : Itzik Roitman

 

Le président de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, confie à Habad une mission nationale inédite

Le président de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, confie à Habad une mission nationale inédite

 

Dans une décision sans précédent, le président de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, a choisi le centre juif de la ville de Bobruisk, dirigé par le Chalia’h du Rabbi et Rav de la ville, le Rav Chaoul Hababou, pour mener un programme national destiné à faire connaître le judaïsme, son héritage et ses valeurs à l’ensemble des citoyens du pays. Cette reconnaissance exceptionnelle de l’activité juive à Bobruisk s’accompagne de l’ouverture d’une exposition muséale retraçant six siècles de présence juive en Biélorussie. Elle marque un nouveau chapitre dans la renaissance de la vie juive dans ce pays où elle semblait avoir presque disparu.

 

 

 

Une reconnaissance officielle de l’activité juive à Bobruisk

À l’initiative particulière du président de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, , le centre juif de la ville de Bobruisk, placé sous la direction du Chalia’h Habad et Rav de la ville, le Rav Chaoul Hababou, a été choisi pour conduire un programme novateur. Ce projet d’envergure nationale a pour objectif de rendre accessible le monde du judaïsme, son héritage et ses valeurs à l’ensemble des citoyens du pays, à travers l’étude, la découverte et l’approfondissement.

Une exposition retraçant six cents ans d’histoire juive

Dans le cadre de ce projet, une impressionnante exposition muséale intitulée « Le centre spirituel juif de Biélorussie » a été inaugurée dans la synagogue historique de la ville. Elle présente la glorieuse histoire du judaïsme biélorusse sur une période d’environ six cents ans. Les visiteurs y découvrent la riche histoire de la communauté juive, sa tradition, sa culture, ainsi que la contribution des Juifs de la région au fil des générations.

Parallèlement à cette nouvelle exposition, un espace baptisé « La cour juive » a également été aménagé. Il s’intègre harmonieusement à la synagogue historique et forme avec elle un complexe judéo-culturel unique en son genre. Le lieu constitue désormais un pôle d’activités éducatives, touristiques et spirituelles, et accueille de nombreux visiteurs désireux de découvrir de près l’héritage juif et l’action de Habad dans la ville.

 

Un témoignage de confiance envers le Rav Chaoul Hababou et sa communauté

Le choix du centre juif de Bobruisk pour piloter cette initiative d’État représente une marque de confiance significative envers l’activité foisonnante du Rav Chaoul Hababou et des membres de sa communauté. Ceux-ci œuvrent depuis des années avec dévouement au renforcement de la vie juive dans la ville et à la diffusion de la lumière du judaïsme auprès de chaque Juif, où qu’il se trouve.

Un nouveau chapitre dans la renaissance de la vie juive en Biélorussie

Cette nouvelle initiative symbolise une étape supplémentaire dans la renaissance de la vie juive en Biélorussie. Le centre juif de Bobruisk devient ainsi un pont de découverte, d’étude et de dialogue, et illustre de manière éclatante comment la Chli’hout de Habad continue de rayonner, y compris dans les lieux où la vie juive semblait avoir presque entièrement disparu.

 

L’aube du Temple : quand le service recommençait avant le jour

L’aube du Temple : quand le service recommençait avant le jour

 

Bien avant que ne pointe l’aube sur Jérusalem, le préposé aux tirages au sort frappait déjà à la porte de l’enceinte, et tout un peuple de Cohanim s’apprêtait à faire renaître le service. Des cendres de l’autel au chant des Lévites, de l’agneau du sacrifice quotidien aux deux pains de Chavouot, chaque geste obéissait à un ordre transmis depuis le Sinaï. Voici, restitué dans son déroulement, le grand rituel des offrandes permanentes et supplémentaires tel que le codifie le Rambam.

 

 

Basé sur les Lois relatives aux sacrifices quotidiens et supplémentaires du Rambam
Chapitres 6, 7 et 8

 

Avant le lever de l’aube

Peu avant que ne pointe l’aube, le préposé chargé des tirages au sort se présentait devant l’enceinte du Temple et frappait à la porte. On lui ouvrait, et l’on parcourait l’ensemble du parvis afin de vérifier que chaque ustensile sacré se trouvait bien à sa place. Déjà, ceux qui devaient préparer les ‘havitine du grand prêtre étaient installés à leur poste. Tous les Cohanim présents s’étaient immergés au bain rituel avant l’arrivée du préposé et avaient revêtu les habits de la prêtrise ; ils venaient alors se tenir dans la Loge de pierre de taille, où l’on procédait au premier puis au second tirage au sort, chacun recevant ainsi la charge du service qui lui revenait de droit.

Le feu, les cendres et les tirages au sort

Celui qui avait obtenu le déblaiement des cendres ouvrait le service en les retirant de l’autel. Il disposait ensuite le grand bûcher, puis le second, avant de monter deux bûches qu’il posait sur le grand bûcher pour aviver le feu. Les Cohanim pénétraient alors dans la Loge des ustensiles et en sortaient tout ce qui serait nécessaire à la journée entière. On donnait à boire à l’agneau destiné au sacrifice quotidien, afin de faciliter son dépeçage, puis celui à qui revenait l’abattage le conduisait vers l’abattoir, suivi de ceux qui avaient mérité de monter les membres sur l’autel.

L’agneau du sacrifice quotidien

Tous attendaient l’instant où s’ouvrirait le grand portail du Heikhal : au moment même où la porte pivotait sur ses gonds, on abattait le sacrifice quotidien. Deux Cohanim entraient alors dans le sanctuaire, l’un pour retirer les cendres de l’autel intérieur, l’autre pour nettoyer le candélabre. Le sang recueilli était aspergé sur l’autel, après quoi l’on dépeçait l’animal et l’on montait chaque membre par la rampe, en le déposant sur sa moitié inférieure, du côté de l’ouest pour le sacrifice quotidien et du côté de l’est pour l’offrande supplémentaire. Le sel ne manquait jamais : on en versait sur la rampe, même le Chabbat, pour que les Cohanim ne glissent pas en apportant le bois du bûcher, et parce que cette montée, n’étant pas à proprement parler un service, ne souffrait pas de la séparation ainsi créée entre leurs pieds et la pierre.

L’encens, le candélabre et la bénédiction des Cohanim

Une fois les membres disposés sur l’autel, tous se rassemblaient de nouveau dans la Loge de pierre de taille, où le préposé les invitait à réciter la bénédiction. Ils enchaînaient alors la bénédiction d’un amour éternel, les Dix Commandements, le Chéma et ses paragraphes, puis les formules d’agrément et de paix ; le Chabbat, les membres du corps de garde qui quittaient leur service adressaient à ceux qui entraient une parole d’amour, de fraternité, de paix et d’amitié. Venaient ensuite le troisième et le quatrième tirage au sort : l’un pénétrait dans le Heikhal pour y brûler l’encens, tandis qu’un autre achevait d’arranger les deux dernières lampes du candélabre. Lorsque le Cohen s’avançait entre le Oulam et l’autel, on lançait la broche dont le fracas retentissait dans tout le Temple : ce signal appelait les Cohanim à se prosterner, avertissait les Lévites que l’heure de leur chant approchait, et rappelait au chef du corps de garde de rassembler à la porte de l’Est ceux qui n’avaient pas encore apporté leur expiation, afin que nul ne les soupçonnât de tarder par mépris. Alors seulement les Cohanim, debout sur les marches du Oulam, récitaient la bénédiction sacerdotale avec le Nom explicite, tel qu’il se lisait.

Le chant des Lévites et les libations

On montait ensuite la fine fleur de farine des libations, on brûlait les ‘havitine, puis l’on offrait le vin. À cet instant, les Lévites entamaient leur chant et les musiciens du Temple faisaient résonner lyres, flûtes, cithares, trompettes et cymbales, ponctuant le chant de neuf sonneries réparties selon ses différentes sections. Deux Cohanim se tenaient sur la table des graisses, trompettes en main, tandis que le suppléant du grand prêtre, dressé sur la corne de l’autel, agitait ses drapeaux. À son signal, l’un frappait les cymbales, les autres sonnaient une tékia, une teroua et une tékia, et, chaque fois que le chant atteignait l’une de ses sections, toute l’assemblée réunie dans l’enceinte se prosternait. Ce chant n’accompagnait toutefois que les holocaustes communautaires et les sacrifices de paix mentionnés dans la Torah, et non les offrandes volontaires ni les libations offertes séparément.

Le chant propre à chaque jour

À chaque jour de la semaine correspondait son psaume. Le dimanche, les Lévites proclamaient que la terre et tout ce qu’elle renferme appartiennent à l’Éternel ; le lundi, ils célébraient la grandeur du Tout-Puissant dans la ville de notre D.ieu ; le mardi, ils rappelaient qu’Il se tient dans l’assemblée divine pour y rendre la justice ; le mercredi, ils invoquaient le D.ieu des vindictes ; le jeudi, ils appelaient à acclamer le D.ieu de Jacob ; le vendredi, ils chantaient la royauté de l’Éternel revêtu de majesté ; et le Chabbat, ils entonnaient le cantique consacré à ce jour. Pour les offrandes supplémentaires, ils récitaient le cantique de Haazinou, partagé en six sections lues l’une après l’autre au fil de six Chabbat successifs, avant de reprendre depuis le début. À la Min’ha du Chabbat retentissait le cantique de Moïse ; et à Roch Hachana, un psaume propre à la solennité du jour. Lorsque le premier du mois tombait un Chabbat, le chant du nouveau mois l’emportait sur celui du Chabbat, afin que nul n’ignore que ce jour-là inaugurait un mois nouveau.

Le sacrifice supplémentaire du nouveau mois

Au jour de Roch Hodech, après le sacrifice quotidien du matin, on offrait le sacrifice supplémentaire du nouveau mois : deux taureaux, un bélier et sept agneaux, tous en holocaustes, ainsi qu’un bouc en sacrifice expiatoire. La cérémonie des holocaustes reprenait celle du sacrifice quotidien, et celle des expiatoires du nouveau mois et des fêtes suivait le rite des sacrifices consommés. Pour distinguer ce jour entre tous, on posait le sacrifice du premier du mois tout en haut de l’autel, entre les cornes, à l’endroit même où marchaient les Cohanim, comme pour annoncer à la vue de chacun l’entrée dans un mois nouveau.

Pessa’h et l’offrande du Omer

Durant les sept jours de Pessa’h, on offrait chaque jour un sacrifice supplémentaire semblable à celui du nouveau mois. Mais le second jour, le seize Nissan, on ajoutait au sacrifice supplémentaire un agneau en holocauste accompagnant le omer du balancement, oblation communautaire dont le temps est fixé et qui, à ce titre, repousse aussi bien le Chabbat que l’impureté. Cette offrande ne pouvait provenir que de la terre d’Israël, ainsi qu’il est prescrit d’apporter les prémices de la moisson au Cohen ; la mitsva voulait qu’elle fût tirée d’un champ proche de Jérusalem, à défaut de tout autre lieu du pays. Il était de règle de la moissonner de nuit, dans de la récolte encore sur pied et de préférence humide, et l’usage la faisait provenir des champs du Sud, cultivés une année sur deux en alternance.

La moisson nocturne et la réplique aux sceptiques

La veille de la fête, les délégués du tribunal rabbinique sortaient enrouler et attacher les épis d’orge afin d’en faciliter la coupe, et les habitants des villes voisines accouraient pour que la moisson se déroulât en grand apparat. Trois hommes moissonnaient trois dixièmes de eifa, avec trois faucilles et dans trois paniers. À la tombée de la nuit, chaque moissonneur interrogeait solennellement l’assistance : le soleil s’est-il couché, cette faucille, ce panier, est-ce Chabbat, dois-je moissonner ? Et par trois fois on lui répondait. Toute cette mise en scène répondait à ceux qui s’étaient égarés, les Boéthusiens et les Sadducéens, séparés du peuple juif à l’époque du second Temple, qui prétendaient que « le lendemain du Chabbat » désignait le Chabbat lui-même. Or, par tradition orale, les sages avaient reçu qu’il s’agissait du lendemain du jour de fête, et c’est ainsi que les prophètes et le Sanhédrine balançaient le omer le seize Nissan, quel que fût le jour de la semaine. On battait alors l’orge, on la vannait, on la triait, on grillait les grains au feu dans un tube percé, puis on les moulait et on les tamisait treize fois pour en tirer un issarone de fine fleur de farine, que l’on mélangeait à un log d’huile avec une poignée d’oliban. Après l’avoir balancé aux quatre directions, vers le haut et vers le bas, on en brûlait une poignée, le reste revenant aux Cohanim, et tant que ce omer n’avait pas été offert, il demeurait interdit de moissonner en terre d’Israël l’une des cinq espèces de céréales.

Le compte des sept semaines

De l’offrande du omer partait un commandement positif : compter sept semaines entières, en énonçant à la fois les jours et les semaines, ainsi qu’il est dit de compter cinquante jours. Le compte s’ouvrait la nuit, dès le soir du seize Nissan, car le jour commence à la tombée de la nuit ; celui qui l’avait oublié le soir pouvait encore compter dans la journée. On le récitait debout, précédé chaque nuit d’une bénédiction remerciant l’Éternel de nous avoir prescrit le compte du omer, et celui qui avait compté sans bénir s’acquittait néanmoins de son devoir. Ce commandement incombe à chaque homme juif, en tout lieu et en tout temps, les femmes et les esclaves en étant dispensés.

Chavouot, les deux pains et les deux agneaux

Le cinquantième jour du compte est la fête de Chavouot, que l’on nomme aussi Atséret. On y offrait un sacrifice supplémentaire semblable à celui du nouveau mois, auquel s’ajoutait, avec les deux pains, une offrande nouvelle : un taureau, deux béliers et sept agneaux en holocaustes, un bouc en expiation et deux agneaux en sacrifice de paix. En ce jour montaient ainsi à l’autel vingt animaux en holocaustes, tandis que les deux boucs et les deux agneaux de paix étaient consommés. Les deux pains ne pouvaient être faits que du blé nouveau de la terre d’Israël ; explicitement levés selon la Torah, rectangulaires, longs de sept téfa’him, larges de quatre et hauts de quatre doigts, ils se pétrissaient et se cuisaient séparément. On balançait les deux agneaux alors qu’ils étaient encore vivants, puis, après les avoir égorgés et dépecés, on posait leur poitrine et leur jambe auprès des pains pour balancer le tout ensemble, à l’orient, à l’endroit consacré à tous les balancements. Les pains étaient consommés le jour même et jusqu’à la moitié de la nuit, comme la chair des offrandes de sainteté éminente. Pains et agneaux se répondaient l’un l’autre : si l’on ne trouvait pas d’agneaux, on balançait les deux pains seuls, puis on les laissait devenir notar avant de les brûler, de crainte que l’année suivante on n’offre encore les pains sans les agneaux. Car telle est la règle de toute offrande communautaire : lorsque son temps est passé, elle s’annule ; et si l’on ne trouve qu’un petit nombre d’agneaux, on offre ce que l’on a, sans reporter le reste au lendemain.

5 Av : Une Si’ha du Rabbi sur le Arizal

5 Av : Une Si’ha du Rabbi sur le Arizal

Lors des obsèques du Ramak (Rabbi Moché Kordovero), le Arizal lui rendit un hommage qui fut retranscrit par différents maîtres et notamment Rabbi Yehonatan Aybéchitz, le ‘Hida et le Chlah Hakadoch.

En 1981 Chabbat Paracha Matot le Rabbi prononça un discours durant lequel il commenta cet hommage rendu par le Arizal. Ce discours fut corrigé par le Rabbi en 1983 (Likoutei Si’hot Vol 24 page 132) ; en voici quelques extraits :

 

L’hommage rendu par le Arizal est partie intégrante de la Torah orale, laquelle est un enseignement pour chacun d’entre nous. Même celui qui n’a pas atteint le niveau spirituel du Arizal et du Ramak peut en tirer une leçon dans le service Divin.

Voici les paroles que prononça le Arizal (relaté dans le Yéarot Hadevach de Rabbi Yehonatan Aybéchitz) : «Quand un homme fautif sera coupable de la peine capitale». Ce verset peut se traduire différemment : quand on ne peut pas condamner un homme (‘Hèt qui signifie la faute a également pour sens le manque) à la mort, car il n’a point de fautes, «et que tu l’auras attaché au gibet» – c’est-à dire qu’il mourra à cause du pêché de l’arbre de la connaissance avec Adam et Eve. La mort fut alors décrétée par D.ieu de Son initiative et selon la raison pour laquelle Il créa le monde.

Selon le Rabbi, l’enseignement du Arizal reprend celui de nos Sages (traité Chabbat 52b, Baba Batra 17a) : «quatre personnes sont décédées à cause du serpent ». Ces quatre personnes n’ont pas commis de pêchés et ne sont mortes qu’à cause du serpent et la faute de l’arbre de la connaissance (qui se déroula par le conseil du serpent) : alors «la mort fut décrété sur tous les descendants d’Adam Harichone ». Il en est de même pour Rabbi Moché Kordovero dont la mort fut rendue possible uniquement à cause de l’arbre de la connaissance.

Il faut distinguer les deux expressions :

  1. «le conseil du serpent»
  2.  «l’arbre de la connaissance».

«Le conseil du serpent» est une incitation à commettre la faute.

«L’arbre de la connaissance » est un arbre dans lequel il n’y point de manquement. Bien au contraire, selon le sens littéral du verset – comme l’explique Rachi, il s’agit du figuier qui est une des espèces par lesquelles la terre d’Israël est louée ; quant à l’arbre lui-même, il permet d’atteindre la sagesse (sauf si on le consomme avant l’heure).

Cela signifie que « le conseil du serpent » tel que la Guémara (la partie révélé de la Torah) le relate, traite de la mort concrète.

Par contre la mort qui survient par « l’arbre de la connaissance », tel que le Arizal l’enseigna à propos du Ramak, est différente. Ces deux sommités eurent tous deux un rôle majeur dans le développement des secrets de la Torah.

En effet, selon les explications profondes de la Torah, il s’agit ici de l’épreuve de l’arbre de la connaissance devant laquelle D.ieu place l’homme, de Son initiative et pour qu’il accomplisse sa mission, c’est-à-dire le but pour lequel D.ieu créa le monde.

Bien que nous puissions nous demander : « Qui sommes-nous pour prétendre être en mesure d’évaluer les niveaux sublimes de Rabbi Moché Kordovero et du Arizal ? », malgré tout, chacun est capable d’en comprendre et d’en saisir ne serait-ce qu’« un petit bout ».

Le pêché originel n’a pas entaché l’essence de l’âme !

Le Rabbi tire de cela un enseignement extraordinaire : « Par le conseil du serpent » : lorsqu’un homme ne possède pas de défaut hormis le fait qu’il ne s’est pas encore entièrement défait de la « souillure du serpent ». Cette poussière ne peut en réalité salir que le niveau inférieur de l’âme, relatif à l’homme et à ses capacités externes, dans lesquelles la perfection n’est possible que chez certains individus particuliers.

Par contre : « La faute qui porte préjudice pour la peine capitale… (en réalité) il est impossible de rendre l’homme coupable », puisque la faute ne peut atteindre les profondeurs de l’âme du Juif. En chacun – peu importe son niveau et sa situation – l’âme ne saurait être atteinte par aucune souillure. Ce phénomène se traduit même dans le domaine de la Halakha en ce qui concerne la volonté de l’homme.

De plus, le Rabbi ajoute : « Le conseil du serpent » a pu entraîner chez le Juste un certain manque, qui cause par la suite la mort. Celle-ci n’est en aucun cas la conséquence des actes du Tsadik mais uniquement le résultat de la faute du serpent.

Certes, cette tache atteint la partie inférieure du Juif mais certainement pas son intégrité. C’est la raison pour laquelle, lorsque l’âme rayonne en lui et l’éclaire totalement, il ne connaît pas le conseil du serpent.

C’est en cela que consiste l’enseignement du Arizal : « Tu le feras dépendre de l’arbre » signifie que la mort survient seulement par la volonté du Tout-Puissant (par l’arbre de la connaissance).

À présent, la notion de la mort prend une toute autre dimension chez le Tsadik. Lorsqu’elle est causée par le serpent, elle n’est pas positive. Par contre, lorsqu’elle survient uniquement par la volonté Divine, elle apporte au Tsadik une élévation incomparable par rapport à son propre niveau.

Tout ceci est en lien avec Rabbi Moché Kordovero et le Arizal qui ont révélé les profondeurs de la Torah, lesquelles sont étroitement liées aux tréfonds de l’âme, nettement supérieurs au conseil du serpent, puisqu’il est bien connu que la partie ésotérique de la Torah représente l’arbre de vie, supérieur à l’arbre de la connaissance. Le Arizal a ainsi tranché pour lui-même.

Edition : Meïr lubecki – Beth Habad Paris 3eme
Traduction : Feiga Lubecki Adaptation : Levi Benech

5 Av : Hilloula du Arizal, Rabbi Its’hak Ashkenazi Louria  (1534-1572)

5 Av : Hilloula du Arizal, Rabbi Its’hak Ashkenazi Louria (1534-1572)

Il n’a presque rien écrit de sa main, et pourtant nul n’a marqué la pensée juive avec autant de force. En moins de trois années passées à Safed, Rabbi Its’hak Louria, le saint Ari, a donné à la Kabbale un langage nouveau qui irrigue jusqu’à aujourd’hui l’étude de la ‘Hassidout. Retour sur la vie brève et fulgurante d’un maître que ses contemporains vénéraient comme un saint.

 

 

 

On le connaît sous le nom de Ari, acrostiche de « Elohi (le divin) Rabbi Its’hak » ou « Achkenazi Rabbi Its’hak ». Mais Ari signifie aussi « lion » en hébreu, d’où les appellations Ari zal (Ari, que sa mémoire soit une bénédiction) et Ari haKadoch (le saint Ari). Considéré comme le penseur le plus profond du mysticisme juif et le fondateur de l’école kabbalistique de Safed, il fut même identifié par certains Sages au Machia’h ben Yossef.

De Jérusalem à l’Égypte, l’enfance d’un prodige

Rabbi Its’hak Louria naît à Jérusalem en 5294 (1534), d’un père achkénaze venu d’Europe centrale, Rabbi Chlomo, et d’une mère séfarade. Son père s’éteint alors qu’il n’a que huit ans, et sa mère l’emmène en Égypte, auprès de son oncle Mordekhaï Frances, riche négociant du Caire, qui prend en charge son éducation. Le jeune Its’hak étudie d’abord sous la direction du Grand Rabbin d’Égypte, Rabbi David ben Zimra, connu sous l’acronyme de Radbaz, puis de Rabbi Betsalel Achkenazi, auteur de la Chita Mekoubetset. Il s’y révèle un élève exceptionnel, maîtrisant le Talmud très jeune, et subvient à ses besoins par le commerce. À quinze ans, il épouse la fille de son oncle et, à l’abri du besoin, peut se consacrer pleinement à l’étude.

Sept années de solitude au bord du Nil

L’âme profonde et introspective du jeune homme ne se satisfait pas de la seule Halakha. Vers l’âge de vingt-deux ans, il se plonge dans le Zohar, l’ouvrage central de la Kabbale que l’imprimerie vient tout juste de diffuser, et choisit la voie de la retraite. Durant près de sept années, il se retire dans une demeure isolée au bord du Nil, se vouant tout entier à la méditation, au jeûne et à la prière, ne rejoignant sa famille que pour le Chabbat. Même alors, il ne prononçait que le strict nécessaire, et uniquement en hébreu. La tradition rapporte qu’au cours de cette solitude, il reçut la révélation du prophète Eliyahou et pénétra les secrets les plus cachés de la Torah.

L’ascension à Safed et la rencontre avec le Ramak

En 5330 (1570), répondant à un appel intérieur, il monte en Terre sainte. Après un bref séjour à Jérusalem, où sa nouvelle approche rencontre peu d’écho, il s’établit à Safed, devenue le grand foyer de la Kabbale sous l’impulsion de Rabbi Moché Cordovero, le Ramak. Le Ari étudie quelque temps auprès de lui, mais lorsque le Ramak s’éteint, le 23 Tamouz 5330 (1570), la communauté des mystiques de Safed, privée de son maître, se tourne vers le jeune arrivant, qui prend bientôt sa place. Non loin de là repose Rabbi Chimon bar Yo’haï, l’auteur du Zohar, auquel le Ari se sentait lié d’une proximité toute particulière.

Deux cercles de disciples

Autour du Ari se forment rapidement deux cercles. Aux novices, il enseigne les rudiments de la Kabbale ; à un cercle plus restreint d’initiés, il confie ses doctrines secrètes et les intentions profondes de la prière. Le plus illustre de ces initiés est Rabbi ‘Haïm Vital, dont le maître disait que son âme n’avait pas été souillée par la faute d’Adam. Ensemble, guidés selon la tradition par le prophète Eliyahou, ils se recueillaient sur les tombes oubliées des Sages d’autrefois.

La vie sainte à Safed

Le Ari organisa la vie de ses disciples, qui s’établirent dans un quartier retiré de la ville. Le vendredi soir, à l’entrée du Chabbat, il conduisait des processions dans les champs voisins pour y accueillir la reine du Chabbat, puis exposait à ses disciples les développements de sa doctrine. Vêtu de blanc, il revêtait un habit à quatre pans évoquant les quatre lettres du Nom divin. Ses disciples lui prêtaient de nombreux miracles et le vénéraient comme un saint : l’épithète elohi, « divin », qui entre dans son surnom, n’est en réalité attribuée qu’à lui seul dans toute la tradition juive.

Une doctrine née de l’exil et de la souffrance

La pensée du Ari est profondément marquée par les épreuves de son temps. La communauté juive, traumatisée par l’expulsion d’Espagne et les persécutions de l’Inquisition, cherche un sens à ses souffrances. À cette attente, le Ari répond par une vision cohérente et bouleversante : la mort physique n’est qu’une étape, et l’existence de chacun poursuit un but précis. Les fautes des hommes, enseigne-t-il, retardent la venue du Machia’h, tandis qu’un travail de purification peut la hâter, de sorte que le destin du peuple d’Israël se joue dans une œuvre de réparation. Sa doctrine entrevoit ainsi la fin des souffrances d’Israël, ce qui explique le succès foudroyant de ses thèses et la vitesse à laquelle elles se répandirent.

Les trois piliers de la pensée lourianique

Trois concepts majeurs structurent sa doctrine. Le Tsimtsoum, ou contraction : D.ieu se retire d’une part du monde pour laisser place à un vide, où un rayon de lumière viendra alimenter dix réceptacles, les Sefirot, sources de toute vie et de toute création. La Chevirat haKelim, ou brisure des vases : à cette création parfaite fut ajouté un rayon appelé « homme primordial », que les réceptacles de la lumière divine, trop intense, ne purent contenir ; ils se brisèrent alors, libérant des étincelles dispersées à travers le monde. Enfin le Tikoun, la réparation : il revient à l’homme de faire le tri en lui-même, de rassembler ces étincelles et de restaurer l’harmonie brisée. Chaque commandement de la Torah devient ainsi un acte de réparation cosmique, conférant à la moindre Mitsva une portée insoupçonnée.

Une œuvre transmise par ses disciples

Le Ari lui-même n’a pratiquement rien écrit, hormis quelques poèmes en araméen. Toute sa doctrine nous est parvenue par la plume de ses disciples, au premier rang desquels Rabbi ‘Haïm Vital, qui consigna et ordonna l’enseignement de son maître, ainsi que Rabbi Yossef Ibn Taboul. De ces notes naquirent les grands recueils de la Kabbale lourianique, au premier chef l’Etz ‘Haïm (l’Arbre de Vie) et les Chemonah Chéarim (les Huit Portes), parmi lesquelles le Cha’ar haGilgoulim, consacré à la transmigration des âmes. Longtemps, ces manuscrits circulèrent sous le sceau du secret, chaque disciple s’engageant à n’en laisser sortir aucune copie, avant que l’œuvre ne se répande dans toute la diaspora, du Moyen-Orient à l’Europe.

Les chants du Chabbat

Parmi les rares textes issus directement du Ari figurent les hymnes qu’il composa pour la table du Chabbat, et où son nom se devine en acrostiche. Azamer Bichva’hin accompagne le repas du vendredi soir, Asader Lisouata celui du jour, et Bnei Heikhala la troisième réunion, la Seouda Chlichit. Chantés jusque dans les foyers Loubavitch, ces piyoutim perpétuent, semaine après semaine, la présence du maître de Safed.

Du Ari au Baal Chem Tov, les racines de la ‘Hassidout

L’influence du Ari déborde largement le cercle des kabbalistes. Deux siècles plus tard, le Baal Chem Tov fonde le mouvement ‘hassidique en s’appuyant précisément sur la Kabbale lourianique, dont il rend les trésors accessibles au Juif le plus simple, à travers l’amour de D.ieu, l’amour du prochain et la ferveur de la prière. La ‘Hassidout enseigne d’ailleurs que la voie du Ari, celle du monde du Tikoun, représente le degré ultime de la vérité kabbalistique, là où les maîtres qui l’ont précédé, tel le Ramak, s’en tenaient encore aux mondes antérieurs. À Safed, la proximité des tombes du Ari et de Rabbi Yossef Karo, auteur du Choul’han Aroukh, symbolise cette union parfaite entre la Torah révélée et sa dimension cachée.

Le Ari s’éteignit à Safed le 5 du mois de Mena’hem Av 5332 (1572), à trente-huit ans à peine, emporté par une épidémie, et fut inhumé dans l’ancien cimetière de la ville, où sa tombe demeure aujourd’hui encore un lieu de pèlerinage. Ainsi, quatre siècles et demi après sa disparition, la lumière du lion de Safed continue d’éclairer l’étude et la prière du peuple juif.

5 Av : Yortsaït du Rav Binyamin Gorodetsky

5 Av : Yortsaït du Rav Binyamin Gorodetsky

 

À l’occasion du Yortsaït de Rav Binyamin Gorodetsky, fondé de pouvoir du Rabbi pour l’Europe, Israël et l’Afrique du Nord, le Bureau Loubavitch Européen présente un article inédit. Publié dans The Jewish Forum en décembre 1953, ce reportage rappelle son action désintéressée au service du judaïsme d’après-guerre. Il salue le dévouement et l’efficacité d’un homme qui, loin des projecteurs, replanta les graines de l’éducation juive de Paris jusqu’au Maroc.

 

 

 

Par Charles Raddock

 

Un projet social sans équivalent

C’est une initiative pratiquement unique dans l’histoire juive. Un groupe étrange d’âmes humbles et dévouées, celles que j’ai découvertes à l’étranger, un groupe calme et discret de missionnaires juifs, est engagé sans fanfare dans un projet social singulier et de portée mondiale, avec Paris pour centre d’activités. Ce projet s’étend en longueur et en largeur, de la France à l’Espagne, de l’Afrique du Nord à l’Australie.

C’est absolument sans précédent, à l’exception peut-être de ces premières missions que menaient, en dehors de leurs heures d’étude si l’on peut dire, les disciples de Rabbi Israël Baal Chem Tov il y a près de trois siècles, et en particulier le courageux Rabbi Chnéour Zalman de Liadi, fondateur du mouvement Habad-Loubavitch.

L’écho d’une épopée vieille de trois siècles

À cette époque, nous raconte l’histoire juive, l’infatigable apôtre de Liadi interrompit ses travaux d’érudition, quitta soudain sa tour d’ivoire pour sillonner les steppes de Russie et rejoindre des centaines de réfugiés venus de la terrible Pologne. Il leur donna vêtements et logement, éduqua leurs enfants et alluma la flamme brillante du ‘Hassidisme dans leurs cœurs troublés. Cette scène, telle que j’en ai été témoin à l’étranger, se rejoue aujourd’hui à Paris, Madrid, Barcelone, Casablanca et Melbourne, cette fois par les partisans du successeur du Rabbi de Liadi, sept générations plus tard. Leurs succès sont si extraordinaires qu’à mon retour en Amérique, j’ai été stupéfait de n’en trouver aucune mention dans la presse juive.

Une œuvre méconnue à l’œuvre depuis 1946

Presque inconnus du public juif américain, ces missionnaires volontaires accomplissent leur travail social sacré depuis 1946, comme je devais le découvrir plus tard. Lorsque j’ai visité leur petit bureau qui ne paie pas de mine à Paris, que j’ai grimpé les escaliers mal éclairés du quartier juif, quand je les ai entendus évoquer calmement leurs futures conquêtes géographiques, mon imagination s’est éveillée. Ils accomplissent tant avec si peu de moyens. Je me suis demandé : imaginez ce que ces travailleurs sociaux si dévoués pourraient réaliser s’ils disposaient de toutes les facilités dont regorgent les agences américaines.

Des entreprises humanitaires de cette nature ne sont pas nouvelles dans la vie juive, surtout depuis le début de la catastrophe européenne qui a submergé notre peuple. Ce qui rend pourtant leur dévouement unique, c’est le but éducatif qui guide leur mission sociale.

Une mission tournée vers les siens

Comme on le sait, les Juifs n’ont jamais cherché à faire du prosélytisme parmi les non-Juifs. De fait, nous avons toujours découragé les candidats non juifs désireux d’entrer dans l’Alliance d’Abraham. Contrairement aux Chrétiens ou aux Mahométans du Moyen Âge, nous n’avons jamais imposé nos convictions religieuses aux masses, et nous n’avons certainement jamais tenté, même aux époques où nous jouissions de l’autorité ou de la liberté de mouvement, de convaincre des incroyants d’adopter le judaïsme, de gré ou par le truchement de missionnaires. Cette interdiction, bien sûr, ne s’est jamais appliquée à notre propre peuple lorsqu’il se dispersait au fil des siècles cruels. Nous avons toujours tenu pour une responsabilité individuelle et collective le fait de ramener au bercail les brebis égarées. Aucune loi de notre religion n’interdit les activités missionnaires parmi les nôtres.

Un zèle à la mesure de notre époque

Nul ne peut nier que s’il a jamais existé une période de notre histoire ayant eu besoin d’un zèle missionnaire à l’échelle mondiale, c’est bien la nôtre. Notre peuple s’est éloigné du droit chemin comme jamais auparavant, car le judaïsme est devenu le pantin inarticulé, victime de la mauvaise interprétation, de la distorsion et du commercialisme. Le judaïsme de bon sens est pratiquement absent, sinon éteint, parmi des Juifs de bonne foi, mal guidés et innocents. L’enseignement que nous avons tenté de transmettre de loin en loin est demeuré, semble-t-il, infructueux. Nous avons apparemment élevé aux États-Unis une génération d’intellectuels qui tiennent un roman de Cholom Alé’hem, de Péretz ou de Mendele Mo’her Sforim pour l’œuvre par excellence du judaïsme ; ou bien des « Histoires de la Bible » rédigées par un non-Juif pour la quintessence de la « culture juive » ; ou encore les considérations pseudo-christiques de Martin Buber pour « la philosophie juive ». Telles étaient mes réflexions en observant à l’œuvre ces volontaires alertes et bénévoles, de l’Europe jusqu’au Maroc.

De Brunoy à Marrakech, une moisson de réussites

Leur esprit spontané de dévouement est contagieux. Leurs succès sont indéniables à l’échelle mondiale, et leurs initiatives vont d’un programme européen à un projet nord-africain, d’une académie talmudique à Brunoy à une école agricole en Catalogne, d’un centre éducatif pour les enfants de tisseurs de tapis juifs à Marrakech à une école juive élémentaire pour filles sur la Rive gauche de Paris. Plus remarquables encore sont les réalisations des partisans du mouvement Habad-Loubavitch auprès des jeunes universitaires de la Sorbonne, de l’Université de Madrid, de celle de Barcelone, de l’Université de Kairouan de Fès et d’ailleurs.

Sous la direction de Rav Gorodetsky

Sous la direction de Rav Binyamin Gorodetsky, directeur Habad de ce programme européen et africain, le judaïsme a repris un nouveau pari sur l’avenir dans ces régions du monde jusque-là négligées. S’il existe aujourd’hui la moindre trace de judaïsme créatif en France, on peut l’attribuer à l’activité, loin des projecteurs, du Rav à la barbe rousse, Rav Gorodetsky, guidé par Rabbi Mena’hem M. Schneersohn, le Rabbi de Loubavitch. Comme me l’a précisé le Dr Nissan Mindel, éditeur des publications anglaises du mouvement Loubavitch, ce programme international fut lancé à la fin de la Seconde Guerre mondiale par le regretté Rabbi Yossef-Its’hak, prédécesseur de l’actuel chef spirituel du mouvement Habad, déjà devenu une légende de son vivant.

La question des moyens

Lorsque j’ai posé des questions à propos de l’argent, Rav Gorodetsky et le Dr Mindel m’ont appris que le travail spirituel et humanitaire des travailleurs sociaux de Habad aurait été pratiquement impossible sans l’aide accordée à Loubavitch par l’American Joint Distribution Committee. Des amis en poste au siège européen de l’AJDC à Paris me l’ont confirmé. L’aide de ce comité va des abris pour les indigents jusqu’à des subsides qui, sans couvrir apparemment l’ensemble du budget de Habad, permettent néanmoins aux volontaires de poursuivre leur œuvre sociale. Voilà pour le côté pratique. Qu’en est-il de la méthode et de la philosophie qui la sous-tend ?

La méthode d’un pionnier

J’étais naturellement curieux de savoir comment Rav Gorodetsky et ses partisans s’y prennent pour établir une tête de pont dans des terrains jusque-là impénétrables, en particulier chez les Juifs sefarad, qui ont toujours regardé les Israélites achkénaz avec méfiance. « Très simple », m’a-t-il répondu avec l’humilité propre aux Loubavitch. Il jette son dévolu sur une ville, sans publicité préalable bien entendu, loue une chambre dans un hôtel de deuxième ou de troisième classe, son budget lui interdisant le premier rang, et ses bagages suivent. Ces bagages consistent en un chargement généreux de médicaments, de livres de prières, de Téfilines, d’Arba Kanfot (Talétim) et d’autres objets de culte ou de soins. Il les distribue gratuitement aux nécessiteux.

De là commence une série de visites exploratoires dans les foyers juifs, avec la coopération du Rav local ou du représentant de l’Alliance israélite, l’équivalent français du Joint. Sceptique au début, l’Alliance comprend vite que ce « missionnaire » ne représente aucun groupe politique et se rallie peu à peu à l’initiative de ce ‘Hassid courageux et entreprenant. Ainsi s’établit progressivement un ‘héder, puis une cuisine cachère gratuite et une clinique en kit. Les parents, souvent d’humbles artisans juifs, apprennent à accorder leur confiance à cet étrange visiteur du monde Habad-Loubavitch, qui ne leur demande rien sinon d’accepter le peu de biens matériels qu’il a à offrir. C’est ainsi qu’il agit presque partout, de la baie de Biscaye jusqu’à l’Afrique du Nord. C’est ainsi qu’il a agi en Espagne il y a deux ans, quand le Généralissime Franco décida pour la première fois d’autoriser l’exercice public du culte juif. D’autres ont depuis prétendu que la situation avait évolué grâce à leurs propres efforts ; j’ai pourtant de bonnes raisons de savoir que c’est Habad-Loubavitch, par l’entremise de Rav Gorodetsky, qui a rouvert l’Espagne au judaïsme traditionnel après tant de siècles. J’en veux pour preuve ce que j’ai moi-même constaté il y a deux ans, lors d’une escale à Barcelone sur la route d’Israël.

Les safaris spirituels d’un homme seul

Si de tels safaris spirituels vous semblent romantiques, essayez de vous imaginer à quatre mille kilomètres de chez vous, à Madrid ou à Alger, marchant dans les rues assommées par le soleil d’un après-midi subtropical, tandis que des tisseurs de laine musulmans vous observent d’un côté de la rue en se demandant si vous êtes un « sioniste », et que des tanneurs juifs sefarad vous jaugent d’un air soupçonneux de l’autre. Notez que Rav Gorodetsky revient de loin, ayant déjà accompli des tâches bien plus rudes, année après année, depuis 1946, lorsque le précédent Rabbi de Loubavitch, de mémoire bénie, le désigna comme pionnier de cette grande mission de renaissance spirituelle en des lieux reculés, si loin de toute civilisation juive. J’ajouterai que Rav Gorodetsky, tel le « Juif errant » proverbial, ne voit sa famille qu’une fois l’an, sa femme et ses enfants vivant à New York dans des conditions modestes.

Je pourrais rapporter encore quelques épisodes dramatiques qu’il m’a décrits ; ce sera peut-être pour plus tard. Sans jamais se mettre en avant, ce pionnier voyageur attribue tout le mérite à son maître, l’actuel Rabbi de Loubavitch, qui valide chaque activité future et fixe les itinéraires et les stratégies de tous les projets, sur les territoires européens comme sefarad.

La philosophie du Rabbi

Le Rabbi de Loubavitch mériterait, bien sûr, un article à lui seul. Pour l’heure, je me contente de rapporter ce qu’il m’a confié quant à la philosophie qui inspire les programmes sociaux de Habad. C’est un homme remarquable, extraordinairement organisé au sens le plus moderne du terme : diplômé de la Sorbonne, polyglotte, profondément versé dans les sciences physiques et la philosophie profane. Voici ce qu’il m’a dit, en anglais, et je le cite mot pour mot.

« L’essentiel de l’attitude et de la manière d’agir de Loubavitch n’est pas de se contenter d’une tactique de défense. Il ne faut pas attendre qu’une position juive soit attaquée pour voler à son secours. Telle a été l’attitude erronée du judaïsme orthodoxe américain, comme de certains Juifs européens. L’attitude juste consiste à employer des méthodes offensives et préventives, en diffusant le plus largement possible les idéaux de l’orthodoxie classique. La conséquence logique en est que nous ne pouvons nous contenter de nous occuper des nôtres et de notre cercle immédiat : la promotion d’un judaïsme véritablement orthodoxe doit toucher toutes les strates du peuple juif.

« De plus, poursuivit le Rabbi, il est empiriquement établi qu’en matière de Torah et de Mitsvot, tous les Juifs, si éloignés soient-ils, réagissent en général de façon positive. Tel sera davantage attiré par telle Mitsva ou telle idée, tel autre par une autre. Tout tient à la façon de présenter ou d’expliquer. Mais lorsque l’approche est juste, aucun Juif ne reste sans réaction, car aucun Juif n’est totalement vidé de toute trace de judaïsme. »

Après avoir développé sa théorie selon les lignes idéologiques de la philosophie Habad, le Rabbi reprit sur un ton plus léger : « Même quand un Juif ne réagit pas vraiment à ce traitement et que le succès n’est que partiel, chaque effort est amplement justifié. Cette doctrine a été formulée par le Baal Chem Tov, et souvent répétée par mon beau-père de mémoire bénie : une Nechama, une âme, descend ici-bas pour soixante-dix ou quatre-vingts ans, parfois dans le seul but de rendre un unique service à un Juif, dans le domaine matériel ou spirituel. »

Bâtir une nouvelle génération

En résumé, bien que Habad soit essentiellement un mouvement ‘hassidique, son programme social met l’accent sur le judaïsme dans son ensemble. Loubavitch ne s’aventure pas seulement pour faire du prosélytisme en sa propre faveur. Son intention est de présenter le judaïsme élémentaire à chacun, en particulier à ceux qui n’y ont jamais été initiés et qui ont été privés des formes les plus simples de la connaissance. Nul ne saurait contester le bien-fondé d’une telle approche, et il n’est pas besoin d’être ‘Hassid pour l’approuver sans réserve. Voilà pourquoi Loubavitch a conquis le cœur des illettrés comme celui des intellectuels, de Paris jusqu’au Maroc. Le mouvement n’a pas confiné sa mission historique à une élite. Là où d’autres dynasties ‘hassidiques hibernent dans un milieu hermétiquement clos, à l’abri de tout, comme le Rabbi de Satmar, Habad n’a jamais repoussé de nouveaux venus marqués par les idées et les mœurs modernes. Aucun Juif n’est étranger à Habad, si loin qu’il ait pu s’égarer. Même les Juifs sefarad de Meknès, de Barcelone ou de Zaviat-Sidi-Rahal, qui regardent les Juifs achkénaz avec suspicion, se trouvent en lien avec Loubavitch. Cela explique le succès de ses missionnaires, où qu’ils s’aventurent en territoire vierge, envoyés par le Rabbi de Loubavitch.

Il n’y a là aucun doute : Habad est en train de bâtir une nouvelle génération de Juifs, hommes et femmes, dynamiques, riches de savoir, inspirés par la Torah. Ils combleront le fossé entre l’Est et l’Ouest et, comme jamais peut-être, uniront sur le plan spirituel les restes dispersés d’Israël. Aussi, quand vous vous trouverez à l’étranger, quelque part entre la rivière Yerres dans la banlieue parisienne, les abords du Sahara ou la mélancolique Catalogne, et que vous apercevrez un Juif barbu se hâtant vers quelque mission mystérieuse, vous pourrez être certain qu’il s’agit d’un émissaire du Rabbi de Loubavitch, apportant du réconfort aux enfants éloignés d’Israël.

Une Ye’hidout filmée, document rare

Une vidéo très rare montre comment se déroulait une Ye’hidout avec Rav Binyamin Gorodetsky. Alors que ces entrevues se tenaient d’ordinaire dans le bureau du Rabbi, la caméra a saisi cet instant particulier dans la grande synagogue du 770. Après avoir reçu de nombreux visiteurs en Ye’hidout Klalit, l’entrevue générale, le Rabbi s’entretint avec Rav Gorodetsky durant quarante-cinq minutes. La conversation portait sur les très nombreuses tâches dont Rav Gorodetsky s’acquittait au nom du Rabbi. On y remarque des gestes des mains singuliers, rares, que l’on n’avait pas coutume de voir chez le Rabbi lorsqu’il s’exprimait en public.