Dans son dernier cours consacré aux parachiot Matot-Massé, le Rav Yossi Amar met en lumière une question qui touche au cœur de la condition humaine : sommes-nous des « partants », prisonniers de la nostalgie, ou des « arrivants », tournés vers ce qui reste à bâtir ? À travers l’énigme des tribus installées hors des frontières d’Israël, il dévoile la différence essentielle entre fuir une difficulté et l’investir d’une mission divine. Une leçon lumineuse qui invite chacun à devenir l’artisan de sa propre existence.
Deux mentalités face à la vie
Le Rav Yossi Amar ouvre son propos en opposant deux attitudes que l’existence nous impose de choisir au quotidien. Il y a d’abord les partants, ces nostalgiques dont le regard demeure obstinément tourné vers le passé. Persuadés que leurs plus belles années sont derrière eux, ils se lamentent sur « l’époque où tout était rose » et vivent chaque épreuve, chaque avancée en âge, comme une chute inexorable. À l’opposé se tiennent les arrivants, les bâtisseurs, qui refusent de pleurer sur le lait renversé. Loin de renier le passé, ils en tirent des leçons pour édifier un avenir meilleur, convaincus que les plus belles opportunités restent à venir.
L’énigme des tribus établies hors d’Israël
Pour illustrer cette dualité, la Torah nous plonge dans un récit saisissant. À la veille de l’entrée en Terre promise, les tribus de Gad et de Réouven, à la tête d’immenses troupeaux, sollicitent de Moché l’autorisation de s’établir hors des frontières d’Israël, en Transjordanie, séduites par la fertilité de ces pâturages. Moché y consent, mais à une condition : qu’ils franchissent d’abord le Jourdain pour combattre aux côtés de leurs frères et prendre part à la conquête du pays.
Les Sages n’en adressent pas moins une critique sévère à Gad et Réouven. Leur reproche ? Avoir privilégié le confort matériel au détriment de l’idéal spirituel, au point de mentionner les enclos de leur bétail avant même les villes destinées à leurs enfants. Ce choix précipité fit d’eux des partants : ils fuyaient l’effort de la conquête et se détachaient de la communauté pour servir des intérêts personnels.
C’est ici que surgit une contradiction apparente. Car Moché impose de son propre chef à une troisième tribu, la moitié de celle de Menaché, de s’installer elle aussi hors d’Israël. Comment ce qui était blâmable pour les deux premières tribus peut-il devenir une mission positive pour Menaché ?
Menaché, un pont vers l’avenir messianique
Toute la différence tient à l’intention et au regard. Contrairement à Gad et Réouven, Menaché n’a rien réclamé. Cette tribu était profondément attachée à la Terre d’Israël, à l’image des filles de Tsélof’had, issues d’elle, qui s’étaient battues pour obtenir leur part d’héritage. En partageant Menaché en deux, une moitié en Israël, l’autre au-delà du Jourdain, Moché ne crée pas une déchirure mais un pont. La vocation de cette tribu n’est pas de fuir Israël, mais d’en rayonner la sainteté au dehors. Ses membres agissent en arrivants : dès l’époque de Moché, ils sèment les graines de l’expansion future des frontières d’Israël, qui s’accomplira pleinement à l’ère messianique, celle de la Guéoula.
Chaque fondement du judaïsme, qu’il s’agisse de la Torah, de la Terre sainte ou de la délivrance ultime, trouve son origine en Moché. En établissant Menaché en Transjordanie, celui-ci anticipe l’avenir et enseigne qu’un lieu en apparence profane ou lointain peut lui aussi être sanctifié, dès lors que l’intention procède du service de D.ieu.
Devenir l’artisan de sa propre existence
Le Rav Yossi Amar referme son enseignement sur une leçon de vie qui résonne pour chacun : ce n’est pas notre situation qui décide de tout, mais le regard que nous portons sur elle. Si nous nous laissons envahir par la nostalgie de nos facilités passées ou par l’attachement exclusif au confort matériel, nous devenons des partants, et notre quotidien se vide de son sens. Mais si nous comprenons que la Providence divine nous place précisément là où une mission unique nous attend, alors nous devenons des arrivants.
Que nous soyons géographiquement isolés, aux prises avec des défis professionnels ou éprouvés par le poids des années, chaque obstacle devient l’occasion de révéler une lumière nouvelle. Nous appartenons à cette génération qui se dresse sur les épaules des géants d’hier ; il nous revient d’achever leur œuvre avec ferveur, l’œil résolument tourné vers l’avenir.
Les émissaires du Rabbi aux Pays-Bas se sont retrouvés pour une journée d’étude approfondie consacrée à la Halakha appliquée, au cœur des défis quotidiens de la Chli’hout. Sous la direction du Dayan Rav Haïm Hillel Raskin, venu spécialement de Terre Sainte, les Chlou’him ont exploré des sujets aussi concrets que les lois de Chabbat, les Érouvin et les règles du Yi’houd. La visite surprise du Rav Mendel Kotlarsky, directeur du Congrès mondial des Chlou’him, a couronné cette initiative saluée comme un modèle pour les réseaux de Chlou’him à travers le monde.
C’est une image qui en dit long sur la vitalité du réseau Habad-Loubavitch aux Pays-Bas : des dizaines de Chlou’him, venus des quatre coins du pays, réunis autour des textes, du Talmud aux décisionnaires, pour trancher des questions qui se posent à eux chaque semaine sur le terrain. Cette journée d’étude en « Halakha lemaassé » — la loi juive dans son application pratique — a été entièrement pensée autour des réalités du travail de Chli’hout.
Trois grandes thématiques ont structuré la journée : les lois relatives à la demande adressée à un non-juif pendant Chabbat (« Amira Lenokhri »), une problématique récurrente dans les Beth Habad qui accueillent un large public le jour saint ; l’approche spécifique de l’Admour Hazaken, Rabbi Chnéor Zalman de Lyadi, auteur du Choul’han Aroukh HaRav, concernant les Érouvé ‘Hatsérot, qui permettent de porter d’un domaine à l’autre pendant Chabbat ; et enfin les lois du Yi’houd — l’interdiction de l’isolement entre un homme et une femme — appliquées au cas si fréquent des visites aux personnes âgées, une activité centrale de nombreux Chlou’him.
Un Dayan venu spécialement de Terre Sainte
La journée d’étude a été dirigée par le Dayan Rav Haïm Hillel Raskin, Rav de la communauté Habad du centre de Péta’h Tikva, juge au tribunal rabbinique Habad en Terre Sainte et directeur d’un Kollel destiné aux Chlou’him, opérant sous l’égide du Merkos L’Inyonei Chinuch, le bras éducatif du mouvement Habad-Loubavitch. Le Rav Raskin a fait spécialement le déplacement depuis la Terre Sainte pour guider les Chlou’him dans un apprentissage rigoureux, remontant des sources talmudiques jusqu’à la décision halakhique concrète.
Cette méthode — partir des fondements pour aboutir à la pratique — a permis aux participants de ne pas se contenter de réponses toutes faites, mais de comprendre en profondeur la logique des décisionnaires, et notamment celle de l’Admour Hazaken, dont les Chlou’him suivent les décisions halakhiques.
Invité d’honneur de la journée, le Rav Menahem Hadad, Chalia’h et Grand Rabbin de Bruxelles, a partagé avec les Chlou’him sa vaste expertise dans le domaine de la cacherout. Fort de décennies d’expérience à la tête d’une des grandes communautés d’Europe occidentale, il a offert des perspectives éminemment pratiques pour l’action quotidienne des émissaires : supervision alimentaire, cachérisation de cuisines, accompagnement des familles dans leur progression religieuse.
La visite providentielle du Rav Mendel Kotlarsky
Par Providence divine, le Rav Mendel Kotlarsky, directeur du Kinous Hachlou’him — le Congrès mondial des émissaires du Rabbi qui réunit chaque année des milliers de Chlou’him à New York — se trouvait justement dans la ville au moment de l’événement. Il a tenu à adresser aux participants des paroles de bénédiction chaleureuses, saluant cette initiative bénie de Chlou’him qui se réunissent pour étudier la Halakha dans sa dimension pratique.
Dans son intervention, le Rav Kotlarsky a rapporté un enseignement de son père, le regretté Rav Moshé Kotlarsky, qui fut pendant des décennies la figure paternelle des Chlou’him du monde entier : l’importance pour chaque émissaire d’être un véritable érudit, capable d’étudier « aliba dehil’heta » — en vue de la conclusion halakhique. Car la responsabilité d’un Chalia’h, a-t-il souligné, est de savoir trancher et guider concrètement les membres de sa communauté, avec compétence et assurance.
Habad aux Pays-Bas : un réseau en pleine expansion
Cette journée d’étude, organisée par les Chlou’him eux-mêmes sous les auspices de Habad Nederland – Centre, illustre la maturité d’un réseau qui n’a cessé de croître. Les Pays-Bas comptent aujourd’hui environ 43 000 Juifs sur une population de quelque 18 millions d’habitants, et plus de 30 couples de Chlou’him y animent une quinzaine de Beth Habad répartis à travers le pays, d’Amsterdam à La Haye, en passant par Rotterdam, Utrecht, Almere ou Maastricht.
L’histoire du judaïsme néerlandais porte les cicatrices de la Shoah : la communauté comptait environ 140 000 âmes avant la guerre, et près de 100 000 Juifs de Hollande furent assassinés. Le lien de Habad avec ce pays remonte précisément à cette période tragique : au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le précédent Rabbi, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, œuvra au sauvetage des enfants juifs cachés pendant la guerre dans des familles non-juives de Hollande, afin de les restituer à des foyers juifs.
Aujourd’hui, les Beth Habad néerlandais offrent une infrastructure juive complète : offices de Chabbat et des fêtes, cours de Torah, Talmud Torah pour les enfants, vérification de Tefilines et de Mezouzot, repas cachères pour les résidents comme pour les nombreux voyageurs israéliens de passage à Amsterdam. Des initiatives comme cette journée d’étude halakhique témoignent d’une nouvelle étape : au-delà de l’action de terrain, les Chlou’him investissent dans leur propre élévation en Torah, conformément à la volonté du Rabbi que chaque émissaire soit à la fois un homme d’action et un érudit.
Puisse cette union autour de la Torah et de la Halakha hâter la venue de Machia’h et la Rédemption véritable et complète !
L’Europe traverse l’une des vagues de chaleur les plus intenses de ces dernières années. En France, un bilan tragique et une réalité singulière refont surface : seuls 24 % des foyers sont équipés d’air conditionné. Entre contraintes patrimoniales, choc climatique et dilemme écologique, plongée au cœur d’un pays qui cherche encore comment se rafraîchir.
L’été européen est devenu synonyme de danger. Alors que le mercure affole les thermomètres, des millions de résidents en France découvrent, parfois à leurs dépens, la difficulté de survivre dans des espaces non climatisés. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : à peine un quart des ménages français (24 %) possède un système de climatisation. Dans le secteur public, la situation est encore plus critique. Seulement 7 % des établissements scolaires sont climatisés, obligeant des milliers d’écoles à fermer temporairement leurs portes pour protéger les élèves.
Un bilan humain très lourd et une exception européenne
La chaleur tue. Les autorités sanitaires françaises ont récemment rapporté que lors d’une des dernières vagues de chaleur, plus de 2 000 décès excédentaires ont été enregistrés en moins d’une semaine, frappant majoritairement les personnes âgées et les populations vulnérables. Ce bilan tragique, qui ravive le traumatisme de la canicule de 2003 (ayant fait près de 15 000 morts), relance un débat de société : la France doit-elle abandonner sa méfiance historique envers la climatisation ?
Bien que la France soit au centre de l’attention, elle n’est pas une exception sur le continent. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) :
* États-Unis et Japon : Plus de 90 % des foyers sont climatisés.
* Europe (moyenne) : Moins de 10 % des foyers sont équipés.
* Allemagne et Royaume-Uni : Le taux d’équipement chute entre 3 % et 5 %.
Face à cette réalité, la panique s’empare parfois des consommateurs. À Paris, les enseignes d’électroménager sont prises d’assaut. Des files d’attente interminables se forment, les ruptures de stock se multiplient, et l’on rapporte même des altercations entre clients pour s’arracher les derniers climatiseurs mobiles disponibles.
Le paradoxe français : Pourquoi si peu de climatiseurs ?
Si la demande explose aujourd’hui, le sous-équipement chronique de la France s’explique par une combinaison de facteurs historiques, architecturaux et administratifs.
1. Le mythe du climat tempéré et l’architecture traditionnelle
Pendant des décennies, la climatisation était perçue comme un luxe superflu. Le climat parisien et nord-français était globalement doux, reléguant les fortes chaleurs à de rares journées dans l’année. Les bâtiments anciens étaient conçus pour réguler la température naturellement : des murs en pierre de taille très épais, une ventilation transversale et l’utilisation rigoureuse de volets extérieurs suffisaient à garder les intérieurs frais. Aujourd’hui, avec le dérèglement climatique, cette défense passive ne suffit plus.
2. Le cauchemar bureaucratique et la préservation du patrimoine
C’est le principal frein à l’installation. Dans des villes comme Paris, une immense majorité des bâtiments sont classés ou situés dans des zones de préservation du patrimoine (sous l’œil vigilant des Architectes des Bâtiments de France).
*Il est strictement interdit de modifier l’esthétique des façades. Installer l’unité extérieure (le compresseur) d’un climatiseur nécessite l’accord de la copropriété et de la mairie.*
Ce processus bureaucratique est complexe, coûteux, peut durer des années, et se solde le plus souvent par un refus.
3. Le dilemme écologique (Information complémentaire)
La France cultive une forte conscience écologique. La climatisation est souvent critiquée car elle contribue au réchauffement climatique : elle consomme énormément d’électricité, utilise des gaz réfrigérants polluants, et surtout, rejette de l’air chaud à l’extérieur. Dans les grandes villes, cela aggrave le phénomène des « îlots de chaleur urbains », augmentant la température des rues de plusieurs degrés.
Le défi du terrain : Le cas des institutions communautaires et des « Chlouhim »
Cette impossibilité d’adapter les bâtiments touche de plein fouet le secteur associatif et religieux. Les *Chlouhim* (les émissaires du mouvement Habad) opérant à Paris et dans ses environs témoignent de la complexité de la situation.
Lors d’entretiens récents, plusieurs d’entre eux ont souligné que le besoin de froid est devenu un enjeu majeur, particulièrement lors des pics de canicule. Si de nombreux particuliers ont fait le choix des climatiseurs mobiles (qui ne nécessitent pas d’installation murale externe), le véritable défi réside dans les institutions publiques, les centres communautaires et les synagogues.
Dans ces grands volumes, souvent situés dans des bâtiments anciens, l’installation d’une climatisation centrale est tout bonnement impossible. *« Ce n’est pas chaque été que nous ressentons cela avec une telle intensité »*, confie un émissaire. *« Mais le mois dernier, la chaleur est devenue littéralement insupportable. Certains jours, il devient extrêmement difficile de maintenir nos activités normales sans moyens de refroidissement adéquats. »*
Vers une adaptation inévitable ?
Alors que les prévisions météorologiques annoncent des étés de plus en plus chauds, la France se trouve à la croisée des chemins. Ne pouvant pas « climatiser » ses villes historiques comme le ferait une métropole américaine, le pays tente de trouver des alternatives : végétalisation massive des toits et des rues, création de « parcours de fraîcheur » et horaires aménagés. Toutefois, comme le prouve la ruée vers les magasins d’électroménager, face à l’urgence de la survie, la demande pour le froid artificiel n’a jamais été aussi forte.
Le Rav du Kotel se tient seul dans les profondeurs d’un tunnel obscur sous le Mont du Temple, pistolet au poing, face à une foule en colère armée de barres de fer, de gourdins et d’outils de terrassement. Un instant de plus, et l’affrontement risque de dégénérer. Ainsi s’est achevée, en plein cœur de Jérusalem, l’une des tentatives les plus fascinantes jamais entreprises pour localiser l’Arche d’Alliance.
De la Tunisie à la libération de Jérusalem
Pour comprendre l’intensité de cet instant dramatique, il faut se pencher sur l’homme qu’était le Rav Meïr Yehouda Guez. Né en 1924 en Tunisie, il y acquiert une solide formation rabbinique avant de monter en Israël avec sa famille en 1949. D’abord installé en Galilée, il incarne l’idéal du pionnier, travaillant à la fois comme rabbin de communauté, agriculteur et officier dans l’armée israélienne.
Mais c’est une immense tragédie personnelle qui va sceller son destin et son lien mystique absolu avec le Mur Occidental (le Kotel). Pendant la Guerre des Six Jours en 1967, son fils Avner, un parachutiste, tombe au combat lors de la bataille pour la libération de la Vieille Ville.
Poussé par le souvenir de son fils, le Rav Guez s’installe dans le Quartier Juif. En 1968, il est officiellement nommé Rav du Mur Occidental et des Lieux Saints d’Israël. Dès lors, il ne quittera presque plus ce lieu, se considérant comme le gardien infatigable de la Maison de Dieu.
Le Kabbaliste et la « Porte des Cohanim »
Le Rav Guez n’était pas seulement un administrateur ; il était l’un des plus grands kabbalistes de sa génération et dirigeait la célèbre Yéchiva Beit El. Vêtu de blanc, symbole de pureté, il passait ses nuits à réciter le *Tikoun ‘Hatsot* (la prière pleurant la destruction du Temple) dans la pénombre des tunnels souterrains.
Après la guerre, de vastes fouilles débutent le long du Mur Occidental. L’une des découvertes les plus fascinantes est une grande porte de pierre, entièrement murée. Cette découverte bouleverse l’univers du Rav. Après d’innombrables heures passées à étudier la structure du Mont du Temple et les sources de nos Sages, une conclusion s’impose à lui : cette porte est la « Porte des Cohanim ».
Mieux encore, d’après ses calculs, au-delà de cette porte se dissimule le réseau de galeries souterraines dans lequel le roi Yochiyahou (Josias) aurait caché l’Arche d’Alliance à la veille de la destruction du premier Temple.
Le dilemme spirituel et l’avertissement du Rabbi
Une lourde question se pose alors : même s’il a percé le plus ancien mystère du peuple juif, est-il permis de pénétrer dans cet espace d’une sainteté absolue ?
Le Rav Guez décide de soumettre la question au Rabbi de Loubavitch. Dans une lettre détaillée, il décrit ses découvertes et son projet de percer la porte. La réponse du Rabbi est catégorique : il s’oppose fermement à l’idée, espérant « que soit annulé le projet de creuser sous le Beth Hamikdach […] et même d’en douter ». Le Rabbi souligne qu’il ne faut toucher à aucun endroit sur lequel pèse le moindre doute quant à sa sainteté.
Malgré sa déception, le Rav Guez s’incline. Il range son projet et ne tente pas de percer la porte.
L’effondrement inattendu et l’eau révélatrice
Dix ans plus tard, le 20 Tamouz 5741 (1981), le destin s’en mêle. Au cours de travaux d’entretien banals, l’un des murs proches de la porte de Warren s’effondre soudainement. Derrière les gravats apparaît un espace immense, rempli d’eau et de boue, jusqu’alors totalement inconnu.
Appelé en urgence, le Rav Guez peine à dissimuler son bouleversement. Dans son journal, il raconte s’être assis une longue heure dans la boue, en pleurs, avant de rassembler son courage pour s’enfoncer dans le tunnel et y réciter le *Tikoun ‘Hatsot*.
Pour explorer plus loin, il faut pomper d’énormes quantités d’eau. Mais le temps joue contre lui : la rumeur enfle et la presse s’en fait l’écho.
Seul face aux émeutiers : Le dénouement
La réaction ne se fait pas attendre. Des foules commencent à affluer vers le Mont du Temple. À une heure tardive, le Rav Guez est alerté qu’un groupe a réussi à s’introduire dans le tunnel par une ouverture supérieure.
En arrivant sur place, le Rav Guez, homme connu pour sa douceur et sa quête de paix, découvre des dizaines d’émeutiers avançant vers lui, armés. C’est ici que se fige cette image incroyable : seul dans les profondeurs de la terre, il dégaine son arme de poing et leur ordonne de s’arrêter. Ce geste désespéré visait à protéger à la fois sa vie et le plus grand sanctuaire spirituel de son peuple.
Des élèves de Yechiva et les forces de sécurité finissent par arriver, mais la bataille est perdue. Sous les yeux impuissants du Rav, les émeutiers colmatent le passage avec des parpaings et coulent un épais mur de béton. Par crainte de troubles majeurs, le gouvernement israélien décide lui aussi de sceller définitivement le tunnel de son côté.
Un héritage spirituel gravé dans la pierre
Ainsi s’est achevée l’une des tentatives les plus dramatiques pour atteindre l’Arche d’Alliance. Bien que la voie ait semblé s’ouvrir d’elle-même, aucune fouille ne fut finalement menée sous le Mont du Temple. La volonté du Rabbi de Loubavitch, qui avait exigé des années plus tôt de ne pas creuser en ce lieu saint, fut respectée à la lettre, presque par la force des événements.
Le Rav Guez a continué de veiller sur le Kotel jusqu’à son décès en 1995. Aujourd’hui, au cœur des Tunnels du Mur, exactement face à l’endroit le plus proche de l’antique Saint des Saints, se trouve une magnifique salle de prière souterraine : la Synagogue du Rav Guez. Elle se dresse en silence, perpétuant le souvenir de ce père endeuillé, de ce grand kabbaliste, et du secret millénaire qu’il a failli effleurer.
Le Rabbi a demandé d’étudier, durant les Trois Semaines, les lois de la « Maison d’élection », le Beth HaMikdach. Cette pratique n’est pas une simple coutume : elle repose sur un fondement majeur, un Midrach Tan’houma de la paracha Tsav, pierre angulaire de l’étude des sujets du Temple au temps de l’exil. Ce Midrach révèle un dialogue saisissant entre le prophète Yé’hezkiel et le Saint béni soit-Il, dont la conclusion bouleverse notre regard sur l’étude elle-même.
Lire, répéter, s’investir
Le Midrach enseigne au nom de Rav Chemouel bar Abba : « Le Saint béni soit-Il a dit à Israël : bien que le Beth HaMikdach soit destiné à être détruit et que les sacrifices soient abolis, ne vous oubliez pas d’ordonner les sacrifices ; veillez à les lire et à les répéter. Et si vous vous y investissez, Je vous le compterai comme si vous étiez occupés à offrir les sacrifices eux-mêmes. »
Avant même la destruction, le Saint béni soit-Il s’adresse à Israël et l’avertit : lorsque Le Temple sera détruit, qu’ils n’oublient pas d’ordonner les sacrifices. Les paroles du Midrach distinguent trois degrés : lire, répéter, et au-delà encore, s’investir. Or c’est précisément sur ce troisième degré que porte la promesse divine.
Qu’est-ce que « s’investir » ? C’est toute la différence entre l’ouvrier et le patron d’une affaire. L’ouvrier termine sa journée de travail et rentre chez lui. Le patron, lui, même après avoir fermé sa boutique, y garde la tête plongée : que fera-t-il demain, et comment le fera-t-il ?
Le débat entre Yé’hezkiel et le Saint béni soit-Il
Le Saint béni soit-Il montre au prophète Yé’hezkiel la forme du Temple et lui ordonne : « Décris à la maison d’Israël ce Temple, afin qu’ils rougissent de leurs fautes, et qu’ils en mesurent le plan » (Yé’hezkiel 43, 10). C’est sur cette prophétie que s’est appuyée la construction pour les générations, comme l’écrit le Rambam : les hommes du Second Temple « le bâtirent selon la construction de Chelomo, et en s’inspirant des éléments explicités dans Yé’hezkiel ».
Mais Yé’hezkiel n’accepte pas la mission avec simplicité : « Maître du monde, nous sommes encore plongés dans l’exil, sur la terre de nos ennemis, et Tu me dis d’aller annoncer à Israël la forme du Temple ? Peuvent-ils donc la construire ? Laisse-les, jusqu’à ce qu’ils remontent de l’exil ! »
Et le Saint béni soit-Il de répondre : « Et parce que Mes enfants sont en exil, la construction de Ma Maison devrait-elle être suspendue ? Sa lecture dans la Torah est aussi grande que sa construction. Va leur dire de s’investir dans la lecture de la forme du Temple dans la Torah, et en récompense de cette lecture dans laquelle ils s’investiront, Je leur compterai comme s’ils étaient occupés à la construction du Temple. »
Là où se trouve la pensée de l’homme
À première vue, on pourrait comprendre cette réponse comme des paroles d’encouragement. Le Baal Chem Tov enseigne que là où se trouve la pensée de l’homme, là il se trouve tout entier. On avait coutume de le dire avec humour sur le verset « Ceux-ci s’appuient sur les chars, ceux-là sur les chevaux, mais nous, c’est le Nom de l’Éternel notre D.ieu que nous invoquons » : ceux-ci se trouvent dans les chars et ceux-là sur les chevaux, mais nous, dès l’instant où nous nous occupons des choses du Ciel, nous nous trouvons « dans le Nom de l’Éternel », dans un tout autre lieu.
Selon cette lecture, le Saint béni soit-Il dirait à Yé’hezkiel : va leur insuffler de la vitalité, dis-leur que bientôt le Beth HaMikdach se dressera sur son emplacement, et que la situation difficile n’est que passagère.
Tout est provisoire
On raconte qu’un notable de communauté confia à son Rav : « J’ai l’habitude de recevoir la sixième montée à la Torah, et si on ne me la donne pas, je m’emplis de colère et d’orgueil. » Le Rav ordonna au responsable de la synagogue de ne lui donner, le Chabbat suivant, que le simple enroulement du Sefer Torah, la guelila. Le responsable, mort de peur, l’en avertit à l’avance. L’homme monta sereinement et accomplit la guelila. Il expliqua ensuite : « Puisque je savais que le Rav se tenait derrière cette décision, je savais que tout cela était provisoire. » Le Rav lui répondit : « C’est exactement cela : dès lors qu’un homme sait qu’une chose est provisoire, rien ne l’ébranle. »
C’est dans le même esprit que le ‘Hafets ‘Haïm répondit à un visiteur qui lui demandait où étaient ses meubles : « Moi aussi, je ne fais que passer ici. Chez moi aussi, tout est provisoire. »
Non pas un encouragement, mais une construction
Mais tel n’est pas le sens véritable. Le Saint béni soit-Il ne dit pas : « Dis-leur qu’ensuite tout ira bien. » Il dit tout autre chose : l’étude de la forme du Temple, maintenant, est considérée devant Lui comme s’ils construisaient maintenant le Beth HaMikdach. La lecture elle-même est la construction. Selon les termes du verset : qu’ils délaissent la préoccupation de leurs fautes et commencent à mesurer le plan.
C’est comparable à un architecte assis devant le plan d’un édifice, qui y travaille des semaines durant. Pour l’architecte, le bâtiment est déjà construit : il le voit à l’intérieur du plan. Celui qui vit le plan se trouve déjà à l’intérieur du bâtiment.
Le vingtième siècle a brisé pour toujours l’illusion selon laquelle la culture et la raison suffiraient à rendre l’homme moral, puisque la nation la plus savante d’Europe a conçu et exécuté l’extermination de masse avec une rigueur toute scientifique. La pensée hassidique, et en particulier le Tanya de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, avait pourtant identifié depuis longtemps le maillon manquant de cette chaîne tragique : le Da’at, cette faculté qui transforme la connaissance abstraite en attachement vivant. À la lumière des enseignements du Rabbi de Loubavitch, cette analyse révèle pourquoi l’intellect livré à lui-même peut tout justifier, et comment seule la conscience intériorisée fait de l’homme un être véritablement humain.
La limite de la raison pure
L’histoire de la pensée humaine a longtemps postulé que l’élévation de l’intellect et la sophistication de la culture suffisaient à garantir le progrès moral. Or le vingtième siècle, culminant avec la tragédie de la Shoah, a fait voler en éclats cette illusion. L’idéologie nazie a tragiquement démontré qu’une nation hautement cultivée pouvait rationaliser, industrialiser et justifier l’extermination de masse. Ce paradoxe soulève une interrogation fondamentale sur la nature même de notre architecture cognitive : comment l’esprit peut-il concevoir le mal absolu avec une telle précision logique sans être arrêté par la conscience ?
L’aphorisme de Rabelais, « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », trouve son explication métaphysique et psychologique la plus aboutie dans la structure intellectuelle de la Kabbale et de la philosophie hassidique, qui divise le processus cognitif en trois étapes : Ho’hma (l’intuition), Bina (la compréhension analytique) et Da’at (la conscience intériorisée). C’est précisément cette troisième dimension, souvent négligée par la pensée occidentale, qui détient la clé du mystère.
La mécanique de la pensée et l’illusion d’une Bina autosuffisante
Le processus intellectuel s’amorce par Ho’hma, l’étincelle originelle, l’éclair de perception, l’idée encore non structurée qui frappe l’esprit. Elle est relayée par Bina, la capacité analytique et synthétique qui développe, catégorise et articule cette idée pour la rendre intelligible. Dans le langage de la Kabbale, Ho’hma et Bina ne sont pas seulement des Sefirot : ce sont des Partsoufim, des « visages », c’est-à-dire des structures complètes englobant chacune l’ensemble des facultés de l’âme. Elles constituent l’édifice majestueux de la pensée humaine.
Cependant, une intelligence qui s’arrête à Bina fonctionne comme un processeur mécanique. Elle traite l’information, construit des théories et articule des concepts complexes tout en restant parfaitement extérieure à son sujet. C’est l’image du lecteur parfait qui déchiffre une lettre tragique sans en ressentir le moindre émoi : la compréhension logique y est totale, mais la résonance intérieure est nulle. Le drame survient lorsque l’être humain est réduit à cette simple mécanique cognitive. L’intellect, livré à sa seule capacité d’analyse, est un outil amoral. Il peut tout justifier, y compris sa propre monstruosité, par des arguments logiques, scientifiques ou biologiques.
Connaître, c’est s’unir : la définition du Da’at dans le Tanya
C’est ici qu’intervient l’apport décisif du Tanya, l’œuvre fondatrice de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, publiée en 5557 (1796). Dans le troisième chapitre, l’auteur définit le Da’at à partir du verset « Et l’homme connut (yada) Ève, son épouse » (Beréchit 4, 1). Le terme hébraïque de la connaissance exprime donc, dans son sens le plus profond, l’union et l’attachement. Partout où la Torah emploie la racine da’at, elle implique un lien : « Car Je l’ai connu (yedativ), afin qu’il ordonne à ses enfants et à sa maison après lui » (Beréchit 18, 19), verset sur lequel Rachi explique que le mot connote l’affection, comme dans « Noémi avait un parent (moda) de son mari » (Ruth 2, 1), c’est-à-dire quelqu’un qui n’était pas un étranger. De même, D.ieu dit à Moché : « Tu as trouvé grâce à Mes yeux et Je t’ai connu (véèda’akha) par ton nom » (Chemot 33, 17).
Le Da’at n’est donc pas une faculté intellectuelle au sens strict, mais le pont entre l’esprit et les émotions. Il relie le concept perçu par Ho’hma et compris par Bina aux attributs émotionnels de l’âme, les Midot. Contrairement à Ho’hma et Bina, le Da’at n’est pas un Partsouf complet : c’est un attribut auxiliaire, un connecteur. Mais son rôle est décisif, car c’est lui qui détermine dans quelle mesure la conscience née dans Ho’hma et élaborée dans Bina affecte réellement l’âme. Ce qui est perçu et compris n’est véritablement acquis que par le Da’at. Le Midrach l’exprime avec une concision saisissante : « Si tu as acquis la connaissance, que te manque-t-il ? Et si la connaissance te manque, qu’as-tu acquis ? » (Vayikra Rabba 1, 6).
L’attachement constant de la pensée
Le Tanya précise le mode opératoire de cette faculté : l’homme « lie sa connaissance d’un lien extrêmement fort et puissant, et fixe fermement sa pensée » dans la contemplation de la grandeur du Ein Sof, béni soit-Il. Car même celui qui est sage et intelligent dans la compréhension de la grandeur divine n’engendrera dans son âme ni amour ni crainte véritables s’il ne lie pas sa connaissance et ne fixe pas sa pensée de manière constante ; il ne produira que de vaines illusions. Le Da’at forge le sentiment que « cela me parle, cela me concerne ». Cette connexion doit être permanente : si l’homme détourne son attention du concept, sa compréhension demeure intacte, mais le lien de son âme avec cette vérité se dissipe, et son intellect cesse de générer en lui amour ou crainte.
C’est également le Da’at qui possède la fonction active de tirer des conclusions. Ho’hma et Bina éveillent la conscience de ce qui existe, mais seul le Da’at confère un sens à cette conscience, la transforme en réaction émotionnelle et en ligne de conduite. Un homme peut être extraordinairement intelligent et doué de raisonnement déductif : s’il manque de Da’at, il sera incapable d’appliquer ses intuitions de manière personnelle. Le Da’at nourrit et vivifie les attributs émotionnels de l’âme, englobant la bonté et la rigueur, c’est-à-dire l’amour et ses ramifications, la crainte et ses ramifications. Il est, en un sens, la racine de toute la vie affective et morale de l’homme, car c’est lui qui façonne ce que l’homme aime et déteste, ses idéaux et ses répulsions.
Le pont entre l’esprit, le cœur et l’action
Dans l’enseignement du Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, le Da’at n’est pas simplement la « connaissance » au sens académique, mais l’attachement, l’empathie et la fusion avec la vérité comprise. Le Rabbi enseignait que le Da’at est la clé de voûte de l’être humain, car il est l’interface indispensable qui permet à la théorie intellectuelle de descendre dans les émotions pour finalement se traduire en action concrète (Maassé).
Le Rabbi soulignait souvent que l’intellect humain, aussi brillant soit-il, est intrinsèquement limité par sa propre subjectivité. Si l’homme ne s’appuie que sur sa raison, il peut la corrompre pour qu’elle s’accorde avec ses désirs les plus sombres. Le Da’at est l’effort conscient de lier l’intellect à une vérité supérieure et absolue, ancrant ainsi l’idée dans la chair et dans la morale. C’est le Da’at qui provoque le bouleversement face à la tragédie ; c’est cette conscience qui arrache l’individu à sa condition de simple machine traitant des données pour le rendre pleinement humain.
Le nazisme et la faillite de l’humanisme sans D.ieu
La Shoah représente l’apogée destructrice d’une Bina hypertrophiée et totalement dépourvue de Da’at. L’Allemagne des années 1930 était l’épicentre de la philosophie, des sciences et des arts. Le Rabbi de Loubavitch a souvent abordé ce point précis pour détruire le mythe selon lequel l’éducation laïque et la culture suffisent à élever moralement l’homme. Il enseignait que la Shoah a prouvé de manière irréfutable que la raison humaine, déconnectée d’un impératif moral absolu émanant de D.ieu, est non seulement faillible, mais mortellement dangereuse. Les nazis n’ont pas abandonné la logique : ils l’ont utilisée. L’extermination fut intellectuellement justifiée et mécaniquement exécutée, et les êtres humains furent dépouillés de leur statut spirituel pour être traités comme de la matière première industrielle.
Face à cette tentative de réduire l’homme à un rouage broyé par le système, la résistance spirituelle, illustrée notamment par les travaux de penseurs comme Viktor Frankl qui ont théorisé la survie psychologique dans les camps, a consisté à préserver cet espace inviolable du sens et de la dignité. Cette quête de sens au cœur des ténèbres est la manifestation même du Da’at : le refus absolu de dissocier l’esprit de l’empathie et de la conscience. Là où le bourreau incarnait la Bina désincarnée, le déporté qui préservait sa dignité intérieure incarnait le triomphe du Da’at.
L’intelligence ne sauve pas l’âme, seule la conscience le peut
L’articulation parfaite d’une idée, si elle se cantonne aux sphères de Ho’hma et Bina, n’est qu’un exercice de mécanique linguistique et intellectuelle. L’exemple historique du totalitarisme nazi rappelle avec effroi que la science sans conscience engendre la barbarie la plus sophistiquée. La leçon du Tanya rejoint ici celle de l’histoire : la connaissance qui n’est pas liée, fixée et intériorisée ne produit que des illusions vaines, incapables d’engendrer l’amour du bien et la crainte du mal.
Selon les enseignements du Rabbi de Loubavitch, la véritable expression de l’humanité ne réside pas dans la capacité à produire des concepts complexes, mais dans l’aptitude à utiliser le Da’at pour intérioriser ces vérités, forgeant ainsi un rempart moral inviolable où la connaissance engendre la responsabilité éthique et l’action juste. Connaître, au sens de la Torah, c’est s’unir à ce que l’on sait, jusqu’à ce que la vérité devienne le tissu même de l’être. L’intelligence ne sauve pas l’âme ; seule l’intégration de la conscience le peut.
À l’occasion de la Bar Mitsva de Mendel Brami, un enregistrement musical d’exception a été réalisé en son honneur. Son père, Yossef Brami, au piano, accompagné de Chemouel Rotsztein à la flûte de pan, a interprété le célèbre Nigoun Rostov du Rabbi Rachab. Cette mélodie chargée d’histoire et de profondeur spirituelle est traditionnellement chantée avant que le jeune Bar Mitsva ne récite son Maamar ‘hassidique.
Un hommage musical d’un père à son fils
C’est un cadeau d’une rare délicatesse que Yossef Brami a offert à son fils Mendel à l’occasion de sa Bar Mitsva. Le papa s’est installé au piano pour enregistrer, avec le concours de Chemouel Rotsztein à la flûte de pan, l’un des joyaux du répertoire musical de la ‘Hassidout Habad : le Nigoun Rostov.
Le mariage des deux instruments confère à cette interprétation une couleur singulière. Le piano déploie la structure méditative de la mélodie, tandis que la flûte de pan, avec son timbre aérien et presque vocal, en exprime toute la dimension d’élévation. Loin d’être un simple morceau de musique, cet enregistrement s’inscrit dans la plus pure tradition Loubavitch, où le chant constitue une préparation de l’âme avant l’étude et la prière.
Le Nigoun du Rabbi Rachab, une mélodie née à Rostov
Le Nigoun Rostov est intimement lié à la figure du cinquième Rabbi de Habad, Rabbi Chalom DovBer Schneersohn, connu sous l’acronyme de Rabbi Rachab. Surnommé le « Rambam de la ‘Hassidout » pour sa capacité inégalée à structurer et organiser les concepts de la ‘Hassidout Habad, il fonda en 5657 (1897) la Yechiva Tom’hei Temimim, dont les branches se déploient aujourd’hui aux quatre coins du monde.
Durant la Première Guerre mondiale, le Rabbi Rachab quitta la bourgade de Loubavitch pour s’établir à Rostov, dans le sud de la Russie, où il résida jusqu’à son départ de ce monde, le 2 Nissan 5680 (1920). C’est dans cette ville qu’il chantait fréquemment cette mélodie, qui porte depuis lors le nom de Nigoun Rostov.
Il s’agit de l’un des chants les plus graves et les plus profonds du répertoire Habad, caractérisé par une intensité intérieure et une introspection saisissantes. La tradition rapporte que cette mélodie aide l’âme à se libérer des limites du corps afin de se préparer à recevoir la Divinité contenue dans la Torah. C’est pourquoi elle était chantée avant que le Rabbi ne prononce un Maamar, un discours ‘hassidique.
Une mélodie qui précède le Maamar de la Bar Mitsva
Selon la coutume en vigueur chez les ‘Hassidim Habad, le jeune garçon qui célèbre sa Bar Mitsva récite par cœur un Maamar ‘hassidique, marquant ainsi son entrée dans le monde du service divin en tant qu’adulte. Et c’est précisément le Nigoun Rostov qui est entonné juste avant cette récitation, comme pour ouvrir les cœurs et préparer les âmes de l’assemblée à recevoir les paroles de la ‘Hassidout.
En enregistrant cette mélodie en l’honneur de son fils, Yossef Brami perpétue ainsi une chaîne de transmission qui remonte au Rabbi Rachab lui-même. Le jeune Mendel, en s’apprêtant à réciter son Maamar précédé de ce chant centenaire, s’inscrit dans la lignée des générations de ‘Hassidim pour lesquelles la musique n’est pas un ornement, mais la porte d’entrée vers les profondeurs de la Torah.
Puisse cette Bar Mitsva être pour Mendel Brami le début d’une vie riche en Torah, en Mitsvot et en ‘Hassidout, pour la plus grande fierté de ses parents et de toute sa famille, jusqu’à la venue imminente du Machia’h.
Depuis vingt ans, le Rav Yossef Its’hak Bistritzky dirige le Beth Habad de Lehavim, dans le sud d’Israël. Il décrit la polarité vertigineuse qui définit la vie de tout Chalia’h, appelé à demeurer au sommet spirituel dans l’endroit le plus matériel qui soit. Il lance aussi un appel : que chaque membre de la communauté « adopte » un Chalia’h et devienne une force auxiliaire dans la Chlihout du Rabbi.
Lehavim est une localité de deux mille familles, à proximité de Beer Chéva, caractérisée par une population aisée et homogène. C’est là que le Rav Yossef Its’hak Bistritzky œuvre depuis deux décennies. Avec une modestie singulière, dans le calme qui le caractérise, il accomplit un travail de rapprochement des cœurs, fait de respect, d’amour fraternel et d’attention à chacun.
Une polarité de l’ordre de l’impossible
Pour le Rav Bistritzky, l’aspect le plus exigeant de la Chlihout est la polarité. Le jeune homme ‘hassidique qui fonde un foyer connaît déjà, selon la Si’ha du Rabbi sur le verset « Ki yipol hanofel », une forme de descente : surgissent les tracas matériels, les « eaux nombreuses », et le combat pour faire pénétrer dans le quotidien l’univers spirituel de la Yechiva.
Mais la polarité du Chalia’h est d’un autre ordre : « l’impossible des impossibles ». D’un côté, il doit se maintenir à une hauteur spirituelle élevée, vivant la ‘Hassidout et le Rabbi avec toute la flamme, tout le « brenn », sans pouvoir s’appuyer uniquement sur le « carburant » de la Yechiva ; car celui qui le regarde doit percevoir qu’il vit dans un autre monde. De l’autre, il évolue dans un lieu spirituellement bas, sans communauté ni Farbrenguen, confronté à la matérialité et aux tracas de la subsistance, dans un environnement dont la nature même « l’attire » dans la direction opposée.
L’unification de ces deux pôles, qui engendre une stature nouvelle et puissante, n’est possible que grâce aux forces du Rabbi. Seul le Rabbi, souligne-t-il, qui à la fois donne la force et exige, peut projeter des hommes dans de tels endroits et attendre autant d’eux. Et de fait, dans les lieux les plus reculés, des Chlou’him tissent des liens profonds tout en préservant une véritable flamme ‘hassidique.
Un profond travail intérieur
La force est donnée d’en haut, mais le Chalia’h doit encore façonner le réceptacle, ce qui exige un investissement considérable dans son monde intérieur. S’y ajoute l’écart immense qui sépare celui qui a grandi aux sources de la Torah et des Mitsvot de celui qui n’a jamais vécu dans un monde de Torah. La « table » que voit un Juif vivant de Torah, note-t-il, n’est pas la même que celle qu’aperçoit un autre : les mots, les connotations, la vision du monde, tout diffère. D’où la nécessité, pour le Chalia’h, de parler la langue la plus simple et la plus claire, sans présupposés.
Que le professeur comprenne
Combler cet écart suppose de comprendre véritablement, en profondeur, le sujet que l’on enseigne. Bien souvent, explique-t-il, nous croyons maîtriser une notion ; mais dès qu’il faut l’exposer dans ses moindres détails à quelqu’un qui ignore tout de la question, la langue bafouille. Il donne l’exemple de Olam HaAtsilout, le monde de l’Émanation : tout jeune homme d’étude le connaît « en gros », mais l’expliquer simplement à un professeur d’université sans notion de Kabbale suppose de le comprendre soi-même à la perfection. Là réside, selon lui, un immense cadeau de la Chlihout : contraints d’intérioriser la Torah et la ‘Hassidout pour l’enseigner, les Chlou’him voient bien des choses leur devenir limpides.
Reconnaître un enfant de Chalia’h
Les Chlou’him connaissent de nombreuses difficultés, mais le Rav Bistritzky insiste sur les cadeaux du Rabbi. Ainsi, dit-il, on reconnaît un enfant de Chalia’h : grandissant seul, sans camarades du ‘Héder, auprès d’un père qui dirige un Beth Habad, il développe très tôt une conscience de sa responsabilité et une maturité singulière. De même, la profondeur que confère l’obligation de transmettre la Torah étudiée appartient à ces cadeaux très concrets.
Adoptez un Chalia’h
Le Rav Bistritzky lance alors un appel. Tout ‘Hassid n’est pas destiné à partir en Chlihout, mais tous gagneraient à entretenir un lien avec des Chlou’him : un tel lien confère une part dans la Chlihout tout en apportant une contribution réelle à l’émissaire. Car le Chalia’h, au fond, demeure seul dans son monde intérieur. Sur le plan organisationnel, il affronte d’innombrables tâches — planification, budget, levée de fonds, logistique —, auxquelles s’ajoutent les problèmes de paix conjugale ou de discipline qu’on lui confie. Dans ces trois dimensions, intérieure, financière et organisationnelle, le ‘Hassid vivant en communauté peut réellement aider.
« Adopter » un Chalia’h prend des formes diverses : venir étudier à date fixe, participer à un Farbrenguen, mettre en place un virement permanent, ou simplement proposer un coup de main à chaque événement. Une telle démarche, conclut-il, élève à la fois la famille du ‘Hassid et celle du Chalia’h.
La fierté d’une maman
À Lehavim, le Rav Bistritzky a poursuivi la Chlihout entamée par la famille du Rav Naftali Marinovski, aux côtés aujourd’hui de la famille Blinov. Le travail s’y fait dans le calme : visage avenant, amour, amitié personnelle. Ces dernières années, l’accent a été mis sur des structures éducatives permanentes. Plusieurs gan Habad ont ouvert, et un quatrième verra le jour prochainement ; leur influence rayonne sur les parents, les grands-parents, parfois les arrière-grands-parents.
Il raconte l’histoire d’une famille éloignée du judaïsme qui inscrivit sa fille, atteinte d’un trouble du développement, au gan Habad. L’enfant s’y transforma au point d’en être méconnaissable. Peu après, des jeunes filles loubavitch proposèrent à la maman des bougies de Chabbat. Elle se dit : ma fille étudie dans un gan Habad, et moi je refuserais cette bougie ? Elle la prit, et la lumière entra dans la maison. Son mari se mit à fréquenter l’office de Kabbalat Chabbat, et la fillette apporte désormais à la table les chants appris au gan.
Une Chlihout héritée de la maison paternelle
Le Rav Bistritzky est le fils du Rav Levi Bistritzky, de mémoire bénie, Grand Rabbin de Safed et membre du tribunal rabbinique de Habad. Dans leur maison, le Rabbi était présent de la manière la plus tangible ; son père le vivait jour après jour, regardant sa photo aux repas de Chabbat en parlant de lui. Son épouse vient elle aussi d’une maison de Chlihout : son père, le Rav Morde’haï Kastel, dirige la Chlihout de Re’hovot. Pour eux, la Chlihout n’a jamais été « quelque chose en plus » : elle a toujours été la vie elle-même.
Le secret de son père, qui touche encore tant de gens des années après son départ ? Une conscience constante : considérer chacun avec attention et visage avenant, sans jamais transiger sur sa propre vérité intérieure. Comme tout homme, conclut le Rav Bistritzky, le Chalia’h connaît des défis ; mais la capacité de « compter » sur le Saint béni soit-Il fonctionne de manière extraordinaire. Prier D.ieu, écrire au Rabbi, s’appuyer sur les forces qu’il confère : il y a là un don de force tout particulier.lier. »
Le mouvement Loubavitch possède sa propre tradition de prononciation dans la prière, transmise fidèlement de génération en génération. Pourtant, à maintes reprises, le Rabbi a rappelé que l’essentiel se situait ailleurs que dans la forme exacte des mots prononcés. À travers plusieurs réponses adressées à des ‘Hassidim, se dessine une approche à la fois ferme et nuancée, où l’unité communautaire et la sérénité intérieure priment sur toute querelle de dialecte.
Une tradition propre au mouvement
Au sein du monde juif, la manière de prononcer les mots de la prière n’a jamais été uniforme. Les communautés achkénazes, séfarades et yéménites ont chacune conservé, au fil des siècles, leur propre articulation des voyelles et des consonnes, leur propre musicalité. Le mouvement Loubavitch ne fait pas exception : il a développé et transmis une prononciation qui lui est propre, reconnaissable entre toutes, façonnée par les générations successives de Rabbanim et de ‘Hassidim et intimement liée à la manière dont la prière fut récitée dans la cour de nos maîtres.
Cette tradition n’est pas un détail anodin. Elle porte en elle une part de l’identité du mouvement, un héritage sonore qui relie celui qui prie aujourd’hui à la longue chaîne de ceux qui l’ont précédé. On aurait donc pu s’attendre à ce que le Rabbi défende cette prononciation avec intransigeance, au nom de la fidélité au passé. La réalité de son enseignement se révèle bien plus subtile.
La prononciation à l’école : la réponse à Rav Chmouel Gurevitch
La question se posa concrètement lorsque Rav Chmouel Gurevitch de la Yéchiva de Lod, interrogea le Rabbi, lors d’une Ye’hidout, au sujet de la prononciation qu’il convenait d’adopter dans son établissement scolaire. Fallait-il enseigner aux élèves selon la prononciation achkénaze, conforme à la tradition du mouvement, ou pouvait-on tolérer l’emploi de la prononciation séfarade, largement répandue en Terre sainte ?
La réponse du Rabbi surprit par sa modération. « Il n’y a aucune raison de mener une guerre sainte contre l’enseignement dans une prononciation séfarade, déclara-t-il, puisqu’en Eretz Israël il existe des institutions Habad qui l’emploient. » Loin d’imposer une règle rigide, le Rabbi reconnaissait la réalité du terrain et refusait d’en faire un motif de combat.
Il ajouta toutefois une précision essentielle : « Bien entendu, si tous les facteurs sont égaux, il est certainement préférable d’enseigner dans la prononciation achkénaze. Néanmoins, si cela devait engendrer une ma’hloket, ou conduire certains à retirer leurs filles de l’établissement, cela n’en vaut pas la peine. » Ainsi, la préférence pour la tradition du mouvement demeure entière ; mais dès lors que cette préférence risque de provoquer discorde et division, elle doit s’effacer devant un impératif supérieur : la paix et la cohésion de la communauté.
Chaque prononciation puise à une source élevée
Cette même sagesse transparaît dans un autre échange. Rav ‘Haïm Noa’h Maatouf fit remarquer au Rabbi qu’un certain Beth haKnesset Habad récitait la prière selon l’accent yéménite, s’écartant ainsi de l’usage habituel du mouvement. On aurait pu croire qu’une telle observation appellerait une correction.
Le Rabbi répondit au contraire par une parole d’une grande profondeur : « Chaque prononciation possède une source élevée dans les mondes supérieurs, et il importe peu de savoir laquelle est employée pour la prière. L’essentiel est de conserver une prononciation uniforme et de ne pas en changer. »
Cette réponse dépasse la simple tolérance. Elle affirme que chaque manière de prononcer les mots sacrés puise à une racine spirituelle authentique, enracinée dans les mondes d’en haut. Aucune n’est illégitime, aucune n’est dépourvue de valeur. Ce qui compte véritablement, ce n’est pas le dialecte choisi, mais la constance et l’unité dans son emploi.
L’uniformité au service de la concentration
Pourquoi le Rabbi insistait-il tant sur la nécessité de ne pas changer de prononciation ? La raison qu’il en donnait touche au cœur même du service de la prière. Conserver la prononciation à laquelle on est habitué permet à celui qui prie de se concentrer pleinement sur le sens de ses paroles et sur son élévation intérieure. À l’inverse, modifier sans cesse sa manière de prononcer les mots introduit le trouble et la confusion, détournant l’esprit de l’essentiel.
La prière n’est pas un exercice de diction, mais un mouvement de l’âme vers son Créateur. Toute préoccupation excessive pour la forme risque de faire perdre de vue le fond. En recommandant la stabilité, le Rabbi ne défendait pas une prononciation contre une autre : il protégeait la capacité du fidèle à s’abandonner sereinement à sa prière, sans que son attention ne soit happée par des considérations secondaires.
Lorsqu’il convient de changer
Ce principe de stabilité n’était cependant pas absolu. Lorsqu’une raison valable le justifiait, le Rabbi encourageait au contraire le changement. Le cas de Rav ‘Haïm Meloul, de France, l’illustre avec clarté. Alors qu’il était ‘hatan, sur le point de se marier, il demanda au Rabbi s’il pouvait modifier sa prononciation, sa kalla étant issue d’un milieu achkénaze.
Le Rabbi l’y encouragea sans hésiter : « Puisque la ‘Hassidout, le Choul’han Aroukh et la Torah affirment qu’il n’y a aucun inconvénient à changer de prononciation, tu devrais le faire, afin de ne pas créer de confusion pour les enfants. »
Ici, l’objectif d’unité et de clarté, précisément celui qui commandait ailleurs de ne pas changer, imposait au contraire d’adapter sa prononciation. Dans un foyer où les époux venaient de traditions différentes, l’harmonie de la future famille et l’éducation cohérente des enfants justifiaient pleinement cet ajustement. Le principe demeure donc constant, même si son application peut conduire à des conclusions opposées : ce qui prime en toute circonstance, c’est la paix du foyer, l’unité de la communauté et la sérénité de celui qui prie.
C’est là toute la finesse de l’enseignement du Rabbi. Attaché à la tradition du mouvement, il refusait pourtant d’en faire une idole. La prononciation Loubavitch mérite d’être préservée et chérie ; mais elle ne saurait justifier ni la discorde, ni la confusion, ni le trouble de l’âme en prière. Derrière chaque réponse se lit une même hiérarchie des valeurs, où l’essentiel ne se confond jamais avec l’accessoire.
Propositions de titres alternatifs :
La prononciation Loubavitch a-t-elle une importance ? Prière : quand le Rabbi relativisait la question de l’accent « Chaque prononciation puise à une source élevée » : l’enseignement du Rabbi L’accent dans la prière : entre fidélité à la tradition et paix de la communauté Achkénaze, séfarade ou yéménite : ce que le Rabbi enseignait sur la prononciation Ce qui compte vraiment dans la prière, selon le Rabbi Uniformité, sérénité, unité : la sagesse du Rabbi sur la prononciation Faut-il défendre à tout prix la prononciation Loubavitch ?
Après cinq années à la tête de la représentation israélienne à Stockholm, l’ambassadeur d’Israël en Suède, Ziv Nevo Kulman, achève son mandat et s’apprête à rentrer en Israël. Le Rav ‘Haïm Greisman, Chalia’h principal du Rabbi dans le royaume scandinave, l’a rencontré afin de le remercier, au nom de la communauté juive et des Israéliens du pays, pour son action durant ces années. À cette occasion, il lui a offert un ouvrage porteur du message universel du judaïsme, écrit avec le Rav Eli Schlanger, assassiné lors de l’attentat de Bondi Beach.
Une rencontre placée sous le signe de la reconnaissance
Le Rav ‘Haïm Greisman, qui dirige depuis plus de deux décennies le Beth Habad de Stockholm aux côtés de son épouse Mina, a reçu l’ambassadeur Ziv Nevo Kulman pour lui exprimer la gratitude de la communauté juive de Suède. Établi dans la capitale suédoise au tout début des années 2000, le couple Greisman y a peu à peu tissé un réseau d’activités qui font aujourd’hui partie intégrante de la vie juive locale, en étroite collaboration avec les autres institutions de la communauté.
« J’ai eu le plaisir de rencontrer l’ambassadeur Ziv Nevo Kulman », a confié le Rav Greisman. « Je l’ai remercié pour cinq années passées à représenter Israël en Suède. »
Cinq années au service d’Israël dans un contexte éprouvant
Diplomate de carrière né à Tel-Aviv en 1969, Ziv Nevo Kulman occupait le poste d’ambassadeur d’Israël en Suède depuis le mois d’août 2021. Son mandat aura coïncidé avec l’une des périodes les plus délicates de l’histoire des relations entre Jérusalem et Stockholm. Depuis le 7 octobre 2023, la représentation israélienne a fonctionné dans des conditions extrêmes, visée à plusieurs reprises, tandis que l’ambassadeur lui-même vivait sous une protection permanente en raison des menaces qui pesaient sur lui.
C’est dans ce climat que le Chalia’h du Rabbi a tenu à saluer son engagement. « Ce ne fut pas une mission aisée, mais il l’a accomplie avec courage, avec dévouement et avec grâce », a souligné le Rav Greisman. « Nous lui souhaitons beaucoup de réussite dans la poursuite de son action en faveur du peuple d’Israël, cette fois-ci depuis Israël. »
Un livre en mémoire du Rav Eli Schlanger
En signe d’adieu, le Rav Greisman a offert à l’ambassadeur un exemplaire de l’ouvrage récemment paru « Conversations avec mon Rav » (Conversations With My Rabbi: Timeless Teachings for a Fractured World), écrit par la journaliste Nikki Goldstein et le Rav Eli Schlanger. Rav adjoint du Beth Habad de Bondi, à Sydney, formé à la Yéchiva Tom’hei Tmimim de Brunoy, en France, puis à Crown Heights, le Rav Schlanger a été assassiné le 14 décembre 2025, premier soir de Hanouka 5786, lors de l’attaque terroriste perpétrée sur la plage de Bondi. Il présidait alors la fête « Hanouka au bord de la mer » qu’il organisait depuis dix-huit ans lorsque deux terroristes ont ouvert le feu sur la foule, faisant quinze morts. Il laisse son épouse ‘Haya et leurs cinq enfants.
Né d’une amitié improbable entre le Rav et une journaliste éloignée de la tradition, qu’il avait accompagnée par la prière lors d’une grave maladie, le livre déploie le message universel du judaïsme à travers les sept commandements que la tradition nomme Cheva Mitsvot Bné Noa’h, les lois noa’hides adressées à l’humanité tout entière. Le Rav Schlanger, disparu quelques semaines seulement avant d’en achever le dernier chapitre, en demeure la voix et l’âme.
« Ce livre transmet le message universel du judaïsme à l’humanité tout entière », a conclu le Chalia’h. « J’espère que nous nous retrouverons lors d’occasions joyeuses à l’avenir. »