Le Baal Chem Tov enseignait que de tout ce que l’on voit ou entend, il faut tirer une leçon dans le service de D.ieu, et le Rabbi a maintes fois répété cette parole. Lors d’une yé’hidout accordée à un couple, il s’inspira d’un ordinateur de son époque pour en dégager deux enseignements. D’une machine née du génie humain, le Rabbi tira une leçon éternelle sur la fidélité du Juif à la volonté divine.
L’un des enseignements que le Rabbi répétait le plus souvent était cette parole du Baal Chem Tov : de tout ce que l’homme voit ou entend, il doit tirer une leçon dans le service de Hachem. C’est ainsi que, lors d’une yé’hidout accordée à un couple, le Rabbi tira deux leçons d’un ordinateur tel qu’il en existait à l’époque.
Deux observations sur l’ordinateur
En premier lieu, fit remarquer le Rabbi, un ordinateur accomplit en peu de temps des tâches qui exigeraient ordinairement le travail de nombreuses personnes.
En second lieu, il produit des résultats exacts alors même qu’il est dépourvu d’intelligence et de compréhension. Cela ne vaut pas seulement pour les opérations simples, telles que deux fois deux, mais aussi pour des calculs portant sur des centaines et des milliers. Et pourtant, il résout tous ces calculs sans comprendre ni réfléchir.
Les leçons pour le service divin
Le Rabbi expliqua alors les enseignements qu’il convient d’en tirer.
« Premièrement, un Juif est tenu d’accomplir l’ensemble des six cent treize Mitsvot, et il ne saurait prétendre que, parce qu’il est occupé à une Mitsva, il lui serait impossible d’en accomplir une autre. Puisqu’elles lui ont toutes été données, il peut et doit les accomplir toutes par lui-même. »
« Deuxièmement, nous devons accomplir tout ce qui est inscrit dans le Choul’han Aroukh — l’ordinateur de Hachem — même sans en saisir le lien ou la raison. »
Le Rabbi sourit et ajouta : « Dans un ordinateur, des erreurs surviennent parfois, mais dans « l’ordinateur de Hachem », il n’y a jamais d’erreur. »
À l’occasion de Youd Beth Tamouz, Rav Elie Zekri, de Lyon, partage un souvenir précieux : la lettre que lui adressa personnellement le Rabbi il y a exactement 48 ans, accompagnée du Kountrass commémorant le cinquantième anniversaire de la délivrance du Rabbi précédent. Ce témoignage, offert lors d’un Farbrenguen, éclaire la profondeur du lien entre le Rabbi et ses ‘Hassidim, ainsi que l’importance des Ma’amarim fondateurs que le Rabbi souhaitait voir étudiés et transmis de génération en génération.
Un récit personnel partagé sur les conseils de Rav Mendel Azimov
Sur les conseils de Rav Mendel Azimov, Rav Elie Zekri a partagé un petit récit qui nous concerne directement. En 1978, il y a exactement 48 ans, le Rav Elie Zekri avait écrit au Rabbi pour lui demander des bénédictions. Le Rabbi lui répondit par une lettre, juste avant Youd Beth Tamouz. Cette lettre, qu’il a présentée à l’assemblée, lui était bien personnellement adressée. Elle était accompagnée d’un Kountrass intitulé Kountrass ‘Hag HaGueula Youd Beth – Youd Guimel Tamouz.
Le contexte historique : le cinquantième anniversaire de la délivrance
Si le Rabbi lui avait envoyé ce Kountrass, c’est parce que l’on commémorait alors les cinquante ans du miracle de la délivrance. L’année qui avait suivi ce miracle, en 1928, le Rabbi précédent avait prononcé deux Ma’amarim et rédigé une lettre. Le Rabbi décida donc de rassembler ces deux Ma’amarim en un Kountrass et de l’envoyer à certains ‘Hassidim. Rav Elie Zekri eut le mérite de le recevoir.
Le premier Ma’amar : l’importance du rassemblement pour l’étude et la prière
Dans ce Kountrass, le premier Ma’amar s’intitule Assara sheyoshvim ve’oskim baTorah. Il s’agit d’un Ma’amar extraordinaire et fondamental, consacré à l’importance de réunir des Juifs pour étudier la Torah et pour prier ensemble. Son enseignement demeure d’une actualité saisissante.
Le deuxième Ma’amar : un texte étudié chaque année
L’autre Ma’amar de ce Kountrass est tout aussi extraordinaire, et Rav Elie Zekri l’étudie d’ailleurs en ce moment même. Chaque année, à cette période, il relit la lettre du Rabbi et réapprend ce Ma’amar avec des amis. Dans sa lettre, le Rabbi lui conseillait en effet d’enseigner ce texte à des proches qui seraient touchés et influencés par son étude. Ce deuxième Ma’amar s’ouvre sur les mots : Zeh Hayom Asah Hachem Nagila Venism’cha Bo. Ana Hachem Hochi’a Na, Ana Hachem Hatsli’cha Na. Ces deux Ma’amarim renferment des secrets et des vérités profondes, de véritables fondamentaux de la pensée ‘hassidique. C’est pourquoi Rav Elie Zekri les étudie chaque année sans exception.
La grâce d’avoir reçu cette lettre
Rav Elie Zekri a ainsi eu le mérite de recevoir cette lettre, comme plusieurs autres ‘Hassidim en leur temps. En partageant ce souvenir avec l’assemblée, il a adressé à chacun et à chacune ses vœux chaleureux : Gut Chabbat, Gut Yom Tov, avec joie et allégresse, besimc’ha.
La lettre du 12 Tamouz 5688 : un appel à la responsabilité des Chlou’him
La lettre est envoyée le 12 Tamouz 5688 (1928) et s’adresse aux membres des cercles d’étude, aux enseignants de Torah et aux Chlou’him. Son ton est à la fois intime et solennel.
Le Rabbi Yossef Its’hak écrit que ce jour — le 12 Tamouz — est un jour de joie et de délivrance pour Israël tout entier. Il y a de cela deux ans, lui-même fut emprisonné et libéré, et ce souvenir demeure gravé dans sa mémoire comme un signe de la Providence divine. Mais la délivrance personnelle ne suffit pas : elle doit se transformer en élan collectif, en effort renouvelé pour diffuser la Torah et la lumière du ‘hassidisme parmi tous les Juifs.
Le Rabbi rappelle à ses correspondants que leur mission de Chalia’h — d’émissaire — est d’une importance capitale. Ce n’est pas simplement une fonction : c’est une responsabilité spirituelle engageant leur âme entière. Celui qui a reçu la charge de répandre la Torah dans sa communauté doit le faire avec toute la vigueur de son être, sans se décourager face aux obstacles, sans se laisser séduire par la facilité ou le confort. La diffusion de la Torah est l’œuvre de D.ieu elle-même.
Il souligne également la nécessité de la Tsedaka : non seulement comme aumône matérielle, mais comme acte de justice fondamental liant les membres d’une communauté les uns aux autres. La générosité envers les pauvres et le soutien des institutions d’étude sont, dit-il, les piliers sur lesquels repose la pérennité du peuple juif.
La lettre se conclut par l’envoi du Sefer HaMa’amarim, accompagné de la bénédiction que l’étude de ces Ma’amarim — ces discours intérieurs — illumine l’âme des lecteurs et les fortifie dans leur service de D.ieu.
Le Ma’amar « Assara Yoshvim » : dix personnes assises et la Chekhina parmi elles
Le Ma’amar s’ouvre sur une citation de la Michna (Avot, chapitre III) : « Dix personnes qui s’assoient et s’occupent de Torah — la Chekhina (la Présence divine) repose parmi elles. » Cette affirmation, apparemment simple, ouvre une profondeur infinie que le Rabbi explore avec toute la rigueur de la pensée ‘hassidique.
Pourquoi dix ? Parce que dix représente la complétude des dix Sefirot, les dix attributs divins à travers lesquels D.ieu Se révèle dans le monde. Lorsque dix Juifs se réunissent pour étudier, ils deviennent en quelque sorte l’image vivante de cette plénitude. Leur assemblée crée un espace spirituel où la Chekhina peut véritablement s’installer, non comme une métaphore mais comme une réalité ontologique.
Le Rabbi distingue ensuite entre les différents nombres évoqués dans la Michna : un, deux, trois, cinq, dix. Chaque nombre correspond à un niveau différent de révélation divine. Quand un seul individu étudie la Torah, D.ieu est présent — mais d’une manière plus intérieure, plus cachée. Quand deux étudient ensemble, la révélation grandit. Quand dix sont réunis, on atteint un niveau qualitatif distinct : la Chekhina ne se contente plus d’accompagner l’étude, elle y réside pleinement.
Cette gradation n’est pas anodine. Elle enseigne que la Torah n’est pas une affaire purement individuelle. L’étude en groupe possède une dimension supplémentaire que l’étude solitaire ne peut atteindre. Le lien entre les âmes, la responsabilité mutuelle, l’effort partagé — tout cela crée un vase spirituel d’une capacité supérieure, capable d’accueillir une lumière divine plus haute.
La Torah comme pont entre le fini et l’infini
Le Rabbi approfondit ensuite une question fondamentale : comment la Torah — qui est la Sagesse de D.ieu, infinie et transcendante — peut-elle être reçue et comprise par des êtres finis que nous sommes ? C’est le mystère central de la Révélation.
La réponse ‘hassidique est que la Torah est précisément le lieu où le Fini et l’Infini se rejoignent. D.ieu, dans Son désir de créer un monde et d’entrer en relation avec Ses créatures, a « condensé » Sa Sagesse dans les lettres et les mots de la Torah. Cette condensation — appelée en termes kabbalistiques Tsimtsoum — ne diminue pas la Torah : elle en fait le pont par lequel l’homme peut atteindre D.ieu, et D.ieu peut Se révéler à l’homme.
Ainsi, lorsque dix personnes étudient ensemble, elles ne font pas que s’instruire mutuellement : elles ouvrent un canal particulièrement large pour cette révélation divine. L’union de leurs âmes, toutes tournées vers le même but, amplifie la lumière de la Torah et fait descendre la Chekhina avec une intensité incomparable.
L’étude de la Torah comme service de D.ieu : dimension intérieure et dimension extérieure
Le Ma’amar distingue deux dimensions dans l’étude de la Torah. La première est la dimension extérieure — Niglé — qui concerne l’intelligence, la logique, le raisonnement halakhique. C’est l’étude du Talmud, des codes juridiques, des responsa. Cette dimension est indispensable : sans elle, le Juif ne saurait pas comment vivre sa vie conformément à la volonté divine.
Mais il existe une dimension intérieure — Pnimiyout HaTorah — qui est l’âme de la Torah, son cœur caché. C’est la ‘Hassidout, la Kabbale, la sagesse mystique qui dévoile le sens intérieur des commandements et des récits scripturaires. Cette dimension n’est pas un luxe réservé aux initiés : c’est une nécessité vitale pour l’âme. Sans elle, l’observance des Mitsvot risque de devenir mécanique, routinière, privée de son élan spirituel.
Le Rabbi insiste : l’étude de la Pnimiyout HaTorah est particulièrement urgente en ces générations. Car la nuit est longue, les difficultés de l’exil s’accumulent, et l’âme juive a besoin d’une nourriture particulièrement forte pour maintenir sa lumière intacte. La ‘Hassidout est cette nourriture.
Les dix disciples et la responsabilité de transmettre
Vers la fin du Ma’amar, le Rabbi revient à l’image des dix personnes assises. Il explique que cette assemblée n’est pas passive : elle a une mission. Ceux qui ont reçu la lumière de la Torah — et surtout ceux qui ont eu le privilège d’étudier la ‘Hassidout — portent la responsabilité de la transmettre.
La Chekhina qui repose parmi eux n’est pas un trésor à garder jalousement : c’est une lumière qui doit rayonner vers l’extérieur. Chaque cercle d’étude, chaque groupe de dix, est appelé à devenir un foyer d’où la Torah et le ‘hassidisme se répandent dans tout l’entourage — dans la famille, dans la communauté, dans la ville.
C’est en ce sens que le Rabbi comprend la mission des Chlou’him : ils ne sont pas simplement des émissaires administratifs. Ils sont des porteurs de Chekhina, des hommes et des femmes qui transportent avec eux la présence divine et l’installent dans les lieux les plus éloignés, les plus obscurs, les plus oubliés.
Note sur le texte et le contexte historique
Le Sefer HaMa’amarim Tarpah (5688 / 1927-1928) fut composé et diffusé dans une période particulièrement difficile pour les communautés juives d’Europe orientale et de Russie soviétique. Le Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn venait d’être arrêté par la Guépéou soviétique, accusé de « contre-révolution » pour son activité de diffusion de la Torah. Sa libération le 12-13 Tamouz 5687 (1927) avait été vécue comme un miracle. Le recueil de Ma’amarim portant la date de l’année suivante, 5688 (1928), s’inscrit donc dans ce contexte de renaissance et de résistance spirituelle.
Les textes présentés ici — la lettre d’introduction et le Ma’amar « Assara Yoshvim » — témoignent de la volonté du Rabbi de transformer son expérience personnelle en message universel : la délivrance individuelle doit engendrer une délivrance collective, et l’étude de la Torah en groupe est l’un des chemins royaux vers cette délivrance.
Traduction de la lettre :
La lettre est rédigée sur le papier à en-tête officiel du Rabbi Mena’hem M. Schneerson, Loubavitch, 770 Eastern Parkway, Brooklyn, N.Y. 11213. Elle est datée du début du mois de Tamouz, de l’année 5748 (1988), et est adressée depuis Brooklyn, New York.
Avec l’aide de D-ieu, début du mois de Tamouz, [5]738, Brooklyn, N.Y.
À l’homme distingué, etc., Élie, qu’il vive longtemps.
Paix et bénédiction !
J’accuse réception de la lettre…
À l’occasion du jubilé d’années depuis la publication du discours de hassidisme intitulé « Dix qui sont assis et qui s’occupent de Torah, la Présence Divine réside parmi eux », avec la lettre qui y est jointe.
— De notre saint maître, mon beau-père le Rabbi, « qu’il envoya pour la première célébration du 12 Tamouz – en l’an 5688 », qui a été publié à nouveau — accompagné de son discours hassidique « Voici le jour qu’a fait l’Éternel, réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse en lui », qu’il prononça « lors du festin d’action de grâces, le 12 Tamouz 5688. »
Ci-joint — et il est certain que le fascicule produira son effet, que l’étudieront tous ceux à qui il parviendra ainsi que ceux qui dépendent d’eux — qu’ils vivent longtemps — et l’étude conduira à l’action concrète, et en particulier dans les matières dont il est question dans la lettre susmentionnée.
Et que le Saint béni soit-Il accomplisse les bénédictions du juste, notre saint maître mon beau-père le Rabbi, telles qu’elles sont détaillées dans la lettre, jusqu’à sa conclusion et son sceau : « et notre affaire est dans le renforcement de la corne de la Torah, la corne d’Israël », et s’accomplisse la promesse que D-ieu, qui fait des merveilles, élèvera la corne de son Oint — dans la rédemption véritable et complète par notre juste Maschiah.
Avec la bénédiction du succès dans ce qui précède, et avec la bénédiction de la fête de la Délivrance.
[Signature]
Dix qui siègent ensemble et s’occupent de la Torah
le Ma’amar de תרפ »ח (1927-1928) TRADUCTION INTEGRALE
Tiré du Sefer HaMa’amarim תרפ »ח (1927-1928) du Rabbi Précédent, Rabbi Yossef Its’hak Schneerson, ce Ma’amar expose la profondeur mystique du verset « Dix qui siègent et s’occupent de la Torah — la Présence divine repose parmi eux ». Il déploie une méditation à plusieurs niveaux sur la relation entre l’étude de la Torah, la prière, et la révélation de la lumière divine dans ce monde. Le texte s’ouvre sur une bénédiction adressée aux ‘hassidim qui participent à ce Farbrenguen et s’achève par une vision eschatologique de la Délivrance.
Préambule et bénédiction aux ‘hassidim
Pour le mérite du plus grand nombre — et il est évident que cela concerne également chaque maison de réunion, car il ne s’agit pas d’une affaire particulière de certains ‘hassidim pris isolément.
À plus forte raison parce que leurs bénédictions se renforcent mutuellement à la source des bénédictions, en tout ce qui est bon pour l’âme et pour le corps.
Ce Ma’amar est envoyé à l’ensemble des communautés, avec notre prière que nous puissions les voir en face et les regarder, et que se réalise parmi eux l’élévation du Keren HaTorah et du Keren Israël.
Que nous méritions de voir la lumière, car D.ieu est bon.
Je souhaite à mes amis force et santé, du bien et de la réussite pour leur maison, qu’ils sèment et que leur descendance soit vivante sur la terre.
Celui qui les bénit.
(Lieu du sceau)
Le verset fondateur : dix qui siègent et s’occupent de la Torah
Bs »d. Pour l’étude de beaucoup, le 12 Tamouz (juillet 1928).
Dix qui siègent et s’occupent de la Torah — la Présence divine repose parmi eux, ainsi qu’il est dit : « D.ieu se tient dans l’assemblée divine » (Psaumes 82:1).
Et même si cinq seulement — ainsi qu’il est dit : « Il a établi sur la terre son assemblée » (Amos 9:6). Et même trois — ainsi qu’il est dit : « Il juge parmi les juges » (ibid.).
Et même deux — ainsi qu’il est dit : « Alors ceux qui craignent D.ieu se sont parlé l’un à l’autre, et D.ieu a écouté et entendu » (Malachie 3:16).
Et même un seul — et à plus forte raison, car D.ieu se souvient de lui en pensée pour lui rappeler son nom, ainsi qu’il est dit : « En tout lieu où je ferai mention de mon nom, je viendrai à toi et je te bénirai » (Exode 20:24).
Si c’est seulement une personne qui siège et s’occupe de la Torah, c’est comme si les nombreux Rabbanim qui la perpétuent représentaient un niveau plus élevé que la prière de beaucoup. Car la prière du grand nombre ne rejoint pas, à vrai dire, le niveau des ‘hassidim qui la prolongent, comme par exemple la prière d’un seul grand ‘hassid — ce n’est pas comparable.
Les Rabbanim nombreux ne se prolongent pas dans la prière avec la même élévation, ainsi qu’il appert de ce que dit Rabbi Chim’on bar Yo’haï : par le mérite de la Torah, une communauté de ‘hassidim atteint en treize mesures ce que les Rabbanim atteignent à l’aide de trente-deux mesures.
La Torah révèle par en haut la lumière des Torah, et la mesure par laquelle la Torah est enseignée à de nouveaux niveaux — ainsi apprend-on de nouvelles choses dans la Torah qui illuminent des niveaux de plus en plus élevés.
Comme le dit la source première, c’est lui l’origine d’un niveau nouveau dans la Torah, car la Torah ouvre des portes sur de nouveaux sujets à l’intérieur d’elle-même, révélant ainsi toujours davantage la lumière de la Torah et sa saveur. C’est donc contre les treize mesures de la Miséricorde que la Torah est enseignée.
Comme le dit le Maguid de Mezeritch (dans l’introduction), que la rose de la Knesset Israël — ce qu’est cette rose, qu’elle soit elle-même libérée de tout ce qui l’accable — telle est notre responsabilité, car c’est par l’étude de la Torah que cela devient réalité.
L’étude de la Torah en général et en particulier — fondement essentiel
L’étude de la Torah en général et en particulier est l’essentiel de ce que la Torah accomplit par l’étude. C’est l’essentiel de ce que la Torah accomplit, et voilà le point central : le sujet de la prière est une élévation selon le niveau de l’élévation, qui est en soi le niveau de l’élévation de l’élévation.
La prière des nombreux Rabbanim est ce que les ‘hassidim atteignent par l’élévation de leurs propres prières. Voilà l’élévation que le « Moi » d’en haut leur communique — et la prière des Rabbanim est cette élévation qui n’est pas encore véritablement de l’ordre de l’élévation, ainsi que le dit ce maître.
Selon l’avis de certains, cela n’est pas dit ainsi. Ce n’est pas parce que cela ne correspond pas en valeur à l’élévation que cela serait communiqué du « Moi » d’en haut — non — car c’est l’élévation du « Moi » d’en haut par le biais de l’élévation de l’élévation.
C’est pourquoi il est juste que les ‘hassidim se réunissent et prient en leur propre nom dans l’ensemble de l’année, et de même les nombreux Rabbanim prient au nom de l’élévation de l’élévation.
C’est aussi ce que contient la Torah dans l’ensemble, à savoir la mesure de l’élévation vers le bas — c’est-à-dire ce qui n’est pas l’élévation vers le bas mais qui est quand même une élévation vers le haut.
Les ‘hassidim sont dans l’obligation de prier, car même si toute la Torah m’est étrangère, il faut que l’on s’occupe aussi de la prière, et l’essentiel est que l’on s’occupe de la Torah. Il faut que la Torah soit précisément la chose qui amène à la prière.
D’autant plus si l’élévation parvient précisément à cela — ce qui est dans la nature de l’être est bien le plus grand des niveaux d’élévation, et comme le dit ce maître en cent fois, car le travail de l’âme est le début du travail de l’élévation, et la raison du travail de l’âme est que ce soit fait par l’étude de la Torah.
Le Saint Béni Soit-Il a désiré avoir une demeure dans les mondes inférieurs
Le Saint Béni Soit-Il a désiré avoir une demeure dans les mondes inférieurs — ainsi que l’enseignent nos maîtres (Midrach Tan’houma) sur le verset d’Exode 25.
Ce monde a été ébranlé dès ses six jours de création, depuis les fondements jusqu’au ciel, et D.ieu a posé les piliers de la création depuis le commencement. Comme il est écrit : « Au commencement, D.ieu créa » — au commencement, c’est pour Israël qui est appelé commencement, et pour la Torah qui est appelée commencement.
C’est dans le but d’Israël que D.ieu créa les fondements du monde, afin qu’Israël puisse apprendre la Torah selon ce que D.ieu avait planifié. C’est donc la Torah qui est le fondement de la création du monde, et la Torah est ainsi l’ensemble des affaires du monde.
Comme notre maître a dit (Likouti Si’hot) : D.ieu a planifié d’apporter une Torah aux Nations au moment où Il a planifié que les enfants d’Israël recevraient la Torah en premier. Si Israël et les Nations la reçoivent mutuellement, la Torah serait alors pour eux l’ensemble de la lumière du monde.
Comme il est dit dans la Michée : « Car c’est de Sion que sortira la Torah, et la parole de D.ieu de Jérusalem. »
C’est pourquoi la lumière de la Mitsva se tient et protège de tout. Car c’est seulement par l’intellect que l’on voit cela d’un regard superficiel, et certains estiment — comme les Tsitsit et la Mezouza, et de même les autres Mitsvot — qu’il n’y a pas de différence entre elles, car en réalité les Mitsvot requièrent toutes d’être accomplies.
L’essentiel est que les Mitsvot soient accomplies par l’étude de la Torah, pour que l’on puisse reconnaître les hommes qui agissent au niveau exact de la pratique de la prière, qui ignorent les détails des lois en question et n’accordent pas foi aux détails des lois.
Il faut donc la purification des mains et les questions importantes de l’observance du Chabbat et autres lois similaires, et il faut étudier pour reconnaître ce que la Torah prescrit selon les lois divines.
C’est là l’essentiel de l’étude de la Torah dans l’ensemble et en particulier, qui se révèle par les nombreux Rabbanim et est la lumière de l’élévation en haut, qui transforme les habitudes naturelles et les instincts — et c’est ainsi que l’on acquiert de bonnes qualités.
Quand l’homme contemple la finalité de l’âme
Quand l’homme contemple et porte en son cœur que la finalité est que l’âme descende dans le corps en vue d’accomplir les Mitsvot et d’étudier la Torah, cette descente est au bénéfice de la montée supérieure.
C’est pourquoi elle est plus forte que toutes les entraves et les obstacles. Lorsqu’une seule chose amène à cela, c’est l’essentiel du dessein de D.ieu dans la plénitude de la Torah — c’est alors que l’homme s’éveille à la grande aspiration à s’approcher de D.ieu et à accomplir ses commandements par la Torah et les Mitsvot.
Il accomplit les Mitsvot intérieurement et la Torah est alors l’action réelle. Car la vérité est que la Torah est la mesure qui fait passer de la séparation entre l’étude de la Torah et l’étude de la Torah à quelque chose de plus élevé encore.
Voilà pourquoi il y a une séparation entre les nombreux Rabbanim et ceux qui s’occupent entre eux de la Torah — la Présence divine repose entre eux — même si cinq seulement. Car la prière des Rabbanim ne serait pas supérieure à la prière sans élévation en tous les jours de l’année, et de même, la Torah dans son ensemble doit s’occuper du service d’en haut pour les ‘hassidim.
Voilà ce que la Torah peut pour eux, car la mesure de l’élévation d’en haut est que la Torah leur soit donnée dans leur capacité — et c’est ce que D.ieu dit à Moïse, que tous les enfants d’Israël ont entendu de la bouche de D.ieu : « Je suis D.ieu ton D.ieu. »
Que l’on donne à Israël la Torah ainsi, de sorte que la Torah soit comme le trésor de chacun, car D.ieu dit à tous en termes généraux. Il y a seulement une distinction entre les nombreux Rabbanim et ceux qui siègent et s’occupent de la Torah entre eux — la Présence divine repose entre eux — même si un seul.
C’est lui qui s’occupe principalement de la Torah, et il a même mérité par lui-même de s’élever et de mériter mille fois ce mérite-là. Il est la source des bénédictions qui stimule les treize mesures de la Miséricorde, dont la Torah révèle par l’étude de ses niveaux que les Rabbanim la rendent apparente dans le bien en gros comme en détail.
Et qui influencera la bonne santé visible et cachée dans les enfants, la vie et la nourriture en abondance.
À l’occasion du 32e anniversaire du Guimel Tamouz, Paris a été le théâtre d’une soirée d’hommage exceptionnelle réunissant près de 80 Beth Habad de la capitale et de sa banlieue. Quelque 800 participants se sont rassemblés dans un élan d’unité, d’inspiration et de gratitude pour l’œuvre immense accomplie par le Rabbi à travers le monde. La soirée, organisée par le Bureau d’aide aux Chlou’him de France, a tenu toutes ses promesses, mêlant témoignages bouleversants, chants hassidiques et prises de bonnes résolutions.
Une soirée d’unité portée par 800 participants
À l’initiative des Chlou’him de Paris et de sa région, les émissaires du Rabbi ont convié leurs proches et les membres de leurs communautés à une soirée sans précédent. Réunis sous un même toit, près de 800 personnes ont partagé un moment de communion rare, célébrant ensemble la mémoire et l’héritage du Rabbi de Loubavitch.
Les convives ont été accueillis par un dîner de grande qualité, servi par l’un des traiteurs les plus réputés de France, dans une atmosphère chaleureuse et festive. La soirée a ensuite déployé un programme riche, varié et profondément inspirant, qui a su incarner l’esprit de la Chéli’hout et l’influence durable du Rabbi sur le monde juif.
Une ouverture solennelle et des discours marquants
La soirée a été ouverte par le maître de cérémonie, le Rav Mena’hem Mendel Samma, Chalia’h du Rabbi à Strasbourg, qui a entonné les chapitres de Psaumes récités par le Rabbi et la Rabbanite.
Le discours principal a ensuite été prononcé par le Rav Mena’hem Mendel Sabag, Chalia’h du Rabbi à Juan-les-Pins, sur la Riviera française. Dans son allocution, le Rav Sabag a partagé avec l’assemblée des expériences saisissantes tirées de son travail d’émissaire dans cette ville balnéaire, où le Beth Habad local sert une communauté active et accueille chaque année des milliers de visiteurs juifs. Il a souligné avec force la présence tangible du Rabbi — le Mécha’léa’h — qui se fait ressentir dans chaque Beth Habad à travers le monde.
Des témoignages vidéo sur la révolution spirituelle en France
Au fil de la soirée, des extraits vidéo soigneusement sélectionnés ont retracé la révolution spirituelle opérée par le Rabbi en France. On y découvrait des récits touchants de jeunes gens qui, grâce à l’activité des Beth Habad, s’étaient rapprochés de la Torah et des Mitsvot, avant de devenir eux-mêmes des Chlou’him du Rabbi.
L’un des moments forts de la soirée fut la montée sur scène de deux médecins, qui ont raconté comment ils avaient découvert le Rabbi et le ‘Hassidisme par l’intermédiaire des émissaires. Aujourd’hui, parallèlement à leur exercice médical, ils font poser les Téfilines à de nombreux Juifs et proposent systématiquement à chaque patient juif qui franchit la porte de leur cabinet de s’acquitter de cette Mitsva.
Le témoignage d’Eliya Cohen, survivant des tunnels de Gaza
L’apogée émouvant de la soirée fut le témoignage personnel d’Eliya Cohen, venu spécialement pour partager avec l’assemblée son récit bouleversant de captivité à Gaza. Durant 505 jours passés dans les tunnels du Hamas, cet homme a puisé dans des ressources insoupçonnées. Ses paroles ont offert au public une leçon de foi, d’espérance, de résilience et de force spirituelle face aux épreuves les plus extrêmes.
Une note musicale avec Abraham Fried et Moché Louk
La dimension musicale de la soirée a été assurée par le ‘Hazzan Avraham Fried et le ‘Hazzan Moché Louk, qui ont interprété des Nigunim hassidiques dans toute leur splendeur, accompagnés par l’orchestre de Yossef Brami. Leurs chants ont porté l’assistance vers des sommets d’élévation spirituelle et de joie profonde.
Plus de 2 200 bonnes résolutions prises en hommage au Rabbi
À l’approche de la clôture de la soirée, les participants ont été invités à prendre de bonnes résolutions en l’honneur du jour du Hilloula du Rabbi. La réponse fut remarquable : plus de 2 200 engagements ont été recueillis, témoignant d’un élan collectif de renouveau intérieur, d’inspiration et du désir sincère d’accroître les bonnes actions.
À la sortie de la salle, chaque participant s’est vu remettre l’exemplaire du best-seller Penser bon, vraiment bon du Rav Mendel Kalmenson, traduit spécialement en français pour l’occasion.
Un événement à l’image du Rabbi
Cette soirée a magnifiquement reflété la vision et l’âme du Rabbi : amour du prochain, unité, rapprochement des cœurs et élargissement des cercles d’influence. Les participants ont quitté les lieux portés par un sentiment d’élévation, d’émotion et d’énergie renouvelée pour poursuivre leur engagement personnel et communautaire.
L’événement a été organisé par le Bureau d’aide aux Chlou’him de France. France.
Ce récit constitue un témoignage saisissant de la répression religieuse menée par les autorités soviétiques dans les années 1920-1930. Le narrateur, qui semble être le rabbin Schneersohn, relate une tentative d’arrestation arbitraire dans un hôtel moscovite, orchestrée par Kratov, membre de la Yevsectsia – cette section juive du parti communiste bolchevique chargée de lutter contre la religion et les traditions juives.
Extrait du « Journal d’un combat en Russie Soviétique »
Rav Haim Mellul
Le document révèle les méthodes brutales employées contre les leaders religieux : intimidation, fouilles illégales, menaces de mort et d’emprisonnement. Il illustre également l’arbitraire qui régnait, où de jeunes militants zélés outrepassaient leurs prérogatives, terrorisant les populations au nom de l’idéologie révolutionnaire.
Le récit prend une tournure dramatique avec l’intervention providentielle de Bachkov, personnage mystérieux dont l’autorité supérieure fait immédiatement reculer les agresseurs. Ce retournement de situation, perçu par le narrateur comme une manifestation de la Providence divine, souligne la complexité des rapports de force dans l’appareil soviétique.
Au-delà de son intérêt historique, ce témoignage offre un éclairage précieux sur la résistance spirituelle face à l’oppression et sur la foi qui permet de surmonter l’épreuve de la persécution.
L’arrestation
L’irruption de Kratov
Tout à coup, la porte s’ouvrit et l’employé Kratov, accompagné de trois autres jeunes gens, fit irruption dans ma chambre. L’un d’entre eux portait l’uniforme de la police. Tous, à l’exception de Kratov, tenaient un revolver à la main. Kratov s’écria avec colère :
« Camarade Schneersohn, tu es prisonnier. Ne bouge pas. Si tu quittes ta place, nous tirerons et tu seras responsable de ta mort. Où sont tes affaires ? Nous allons les fouiller ! »
Bachkov observait la scène. Son visage devint plus rouge que le sang, mais il ne souffla mot. Moi, j’étais déjà habitué aux fouilles et aux propos menaçants de ceux qui venaient les faire. Je restai assis calmement et répondis :
« Mon petit sac est là et le grand est près de mon lit, derrière le rideau qui sépare le salon de la chambre à coucher. »
Les récits cruels de Kratov
Kratov ordonna à ses acolytes de chercher. Il prit lui-même place sur l’une des chaises et raconta comment il avait frappé des rabbins et des professeurs, cassé leurs dents, crevé leurs yeux. Dans sa ville natale, Amtsislav, dans la région de Mohliv, il y avait deux rabbins. L’un âgé de soixante-quinze ou quatre-vingts ans et le second d’une cinquantaine d’années. Ils avaient tous deux été attelés à la charrette qui transportait le fumier depuis l’étable de Kozma, le cordonnier. Le vieux rabbin ne pouvait tirer la charrette. Il s’arrêta, tomba à terre, se cassa le bras et le pied, et mourut le jour même. Le second tira la charrette jusqu’à ce que ses entrailles se détachent de lui. Il tomba à terre et reçut un coup de pied dans le ventre. Il se roula de douleur et mourut également deux jours plus tard.
La fouille et les menaces
Ses acolytes répandaient mes vêtements, fouillaient les poches, feuilletaient mes livres. Ils posèrent mes écrits sur la table. Kratov me demanda de me lever. Il fouilla les poches de mes vêtements et déposa ce qu’il trouva sur la table. Il dit :
« Nous, les jeunes athées, et nos amis, les jeunes communistes, nous détruirons les Juifs fanatiques, les rabbins et les enseignants. Nous les déracinerons et les ferons disparaître. Tel sera également ton sort, camarade Schneersohn. Deux voies s’offrent à toi. Tu seras mis au pied du mur et exécuté. Ou bien l’on t’enverra dans le désert de Salavki, dans lequel tu pourriras. »
L’intervention de Bachkov
Lorsque Kratov acheva de vérifier mes poches, il se tourna vers Bachkov et lui dit: « Et maintenant, camarade, debout. Nous te fouillerons également. Peut-être, et même sans doute, es-tu un émissaire du camarade Schneersohn pour construire des bains rituels, fonder des Hadarim, soutenir la contre-révolution, les rabbins, les enseignants et tout ce qui ressemble à cela. »
La leçon de droit de Bachkov
Bachkov répondit avec calme et froideur : « Camarades, il me semble que le camarade Schneersohn ne connaît pas les lois du pays, mais cela ne devrait pas être votre cas. » Il indiqua les références précises de la loi. « Celui qui vient établir une fouille ou une recherche, qu’il soit mandaté par la police ou par le K.G.B., doit présenter sa carte avec sa photo, attestant de sa qualité. Il doit également présenter son mandat de perquisition précisant le nom et l’adresse de celui qui doit être fouillé. S’il s’avère, à l’issue de cela, qu’il faut emprisonner quelqu’un, cela est possible, mais le mandat doit être rédigé en ce sens et signé par l’organisme mandant. En conséquence, montrez-moi votre carte et je saurai qui vous êtes. »
La colère de Kratov
Kratov s’emporta et se mit à hurler : « Je suis un membre de la Yevsectsia nommé par » – il donna le nom d’une certaine organisation dont je ne me souviens plus – « pour surveiller cet hôtel, ses employés, ses domestiques, ses locataires, ses visiteurs. En l’occurrence, un goinfre est arrivé » – il désigna sur la table les restes des fruits que j’avais mangés – « et ce chien » – il désigna Bachkov – « me demande encore mes papiers. Mets-toi debout et laisse-moi vérifier tes poches. Sinon, ma main ira abîmer ton visage crasseux, porc, fils de chien ! Camarades, au travail, nous venons de pêcher un gros poisson. »
Il mit la main sur l’épaule de Bachkov et dit : « Pour toi également, nous trouverons une place dans l’une des caves de l’hôpital de la rue Loubyanka. »
Bachkov dit alors : « Je demande le respect de la loi. »
Le retournement de situation
Kratov et ses amis rirent de bon cœur et s’approchèrent de Bachkov. L’un tendit la main pour le fouiller. Bachkov se leva alors avec colère. Il retira son chapeau de sa tête, prononça à haute voix un mot dont je ne savais pas le sens, puis il sortit sa carte. Le visage de Kratov devint blanc comme un linge. Ils reculèrent et se tinrent comme des blocs de bois, comme frappés par la foudre.
Bachkov jeta à Kratov : « Viens ici. Présente-moi ta carte. »
Kratov, avec une voix tremblante : « Ma carte est sur la table de la réception.
— Va la chercher. »
Il demanda aux autres également de venir lui présenter leur carte. Il nota leur nom dans son carnet. Il demanda le mandat de perquisition. Ils répondirent qu’ils n’en avaient pas. Celui-ci devait sans doute se trouver chez le camarade Kratov. Bachkov leur dit qu’ils pouvaient partir. Le lendemain matin, ils devraient se présenter au juge Yermalov, dans les bureaux du K.G.B.
L’humiliation de Kratov
Kratov présenta sa carte. Bachkov lui demanda :
« Où est le mandat de perquisition ?
— Je n’en ai pas. J’ai pris l’initiative de ceci car je dois surveiller les locataires et je soupçonne le camarade Schneersohn d’être un contre-révolutionnaire. J’ai donc le droit de faire cette recherche.
— Très bien, demain matin tu te présenteras au juge Yermalov, dans les bureaux du K.G.B. Il t’expliquera les lois d’une perquisition et l’on t’apprendra à parler aux gens. »
Kratov implora, mais Bachkov le coupa :
« Je désire achever ma conversation avec le camarade Schneersohn. Ne me retarde pas car je dois partir dans quelques instants. »
Les excuses de Bachkov
Bachkov me présenta des excuses pour ce qui s’était passé. Il m’expliqua que tout cela venait de jeunes irresponsables et inconscients. Il m’assura que pareille chose ne se reproduirait plus.
« Ce n’est pas ainsi que la situation s’améliorera, dis-je. Nous savons que toutes les poursuites viennent de la Yevsectsia, essentiellement composée de jeunes inconscients.
— Si pareille chose vous arrive encore une fois, faites-le-moi savoir à mon domicile ou à cette adresse. »
Il me tendit une adresse et partit. Je fermai la porte de ma chambre et priai Arvit. Je méditai sur la Divine Providence. Je venais de voir de mes yeux un véritable dévoilement de Dieu. Je me souvins du rêve que j’avais fait samedi soir, lorsque j’étais venu à Moscou.
Les tentatives de Kratov
Par deux fois, j’entendis frapper à la porte de ma chambre et ne répondis point. J’étais sûr que Kratov ou l’un de ses amis me demanderait d’intervenir en leur faveur et je ne désirais pas les voir. Puis le téléphone sonna. Je ne répondis pas tout d’abord, mais, à la quatrième sonnerie, je décrochai le combiné.
« Qui est-ce ?
— Kratov. J’ai frappé à votre porte et vous n’avez pas répondu. Je voudrais vous parler quelques instants.
— Je suis maintenant très occupé. Je dois partir très bientôt. Je reviendrai à une heure tardive.
— Seulement quelques instants.
— Je m’excuse, c’est impossible. »
Je raccrochai le téléphone. Je me préparai et allai à la réunion fixée à onze heures.
La supplication dans le couloir
Dans le couloir, Kratov m’attendait et me supplia de plaider en sa faveur. Il s’engageait à me protéger à partir de maintenant. Il me ferait savoir tout ce qui était dit au bureau de la Yevsectsia afin que je prenne garde. Il avait un groupe d’amis soumis à son autorité et tous s’emploieraient à me faire du bien. Il me fallait savoir ce que complotait la Yevsectsia et lui et ses amis pouvaient m’être très utiles maintenant. Il m’assurait, si je plaidais en sa faveur, que lui et ses amis me tireraient de nombreux tracas.
« Je ne veux pas me mêler de tout cela.
— Vous tomberez dans le filet des pièges que vous tendra la Yevsectsia.
— Il est impossible de fuir devant les ennuis. Si Dieu le veut, Il trouvera le moyen de me sauver. En tout état de cause, je ne ferai pas, pour cela, ce qui est le contraire de la vérité, de la justice et de mes propres idées.
— Vous vous réjouissez de mon malheur.
— Je ne me réjouis pas, mais je ne suis ni triste ni soucieux. »
La réunion au Kremlin
Encore sous l’effet de l’événement que Dieu venait de me faire vivre, par Sa Providence, je me dirigeai vers la place du Kremlin. Je vis qu’il ne restait que dix minutes pour l’heure fixée. Je pris une voiture et me rendis au rendez-vous.
En arrivant, je trouvai tous les membres. Le Rav Z…, avec sa grande précision, avait déjà écrit un compte-rendu détaillé qui fut accepté en une demi-heure. Les membres du comité pensent repartir demain, mercredi. Le Rav Z… pense rester jusqu’à dimanche. Avec l’aide de Dieu, je partirai dans la nuit de mercredi à jeudi. Nous nous dîmes au revoir. Les rabbins M…, K…, G…, M… et Z… partirent séparément, l’un après l’autre. N.G… et moi partîmes les derniers, nous nous saluâmes et nous nous quittâmes.
La promenade nocturne
L’heure était tardive mais j’étais ému. J’avais mal à la tête. Je me dis que l’air frais et la clarté de la lune me calmeraient. Je décidai de me promener. Je trouvai une bonne voiture. Je me rendis à la forêt Sakolniki et, une demi-heure plus tard, je revenais à mon hôtel, à St Warwarskaya.
Le concept de dévouement absolu (mesirout nefesh) est souvent perçu comme héroïque et exceptionnel. Cependant, l’enseignement hassidique nous révèle sa pertinence dans notre vie de tous les jours. Explorons comment ce principe fondamental peut transformer notre approche du judaïsme au quotidien.
Le concept de dévouement absolu
Le concept de dévouement absolu semble être quelque chose de très élevé lorsque nous en parlons. Le dévouement absolu, le sacrifice de soi, fait partie intégrante de l’histoire du peuple juif. À travers les générations, les Juifs ont donné leur vie pour sanctifier le nom de D.ieu, résistant à de dures épreuves lors de l’Inquisition, en Russie soviétique, et à diverses époques de l’histoire. Ils ont pratiqué ce dévouement pour préserver la braise juive, protéger le judaïsme et la foi.
Le dévouement absolu aujourd’hui
Mais aujourd’hui, pouvons-nous aussi vivre ce dévouement absolu ? Qu’est-ce exactement que le dévouement absolu dans le monde où nous vivons aujourd’hui ? Certes, si nous regardons les soldats qui sont en guerre et qui risquent leur corps et leur âme pour le peuple d’Israël, nous voyons des Juifs qui donnent vraiment leur vie pour notre nation, qui sacrifient leur vie pour sauver d’autres Juifs. Ce que nous avons vu ces derniers mois révèle des phénomènes extraordinaires de dévouement absolu.
Au-delà des moments extrêmes
Cependant, la question se pose : le dévouement absolu ne concerne-t-il que ces moments extrêmes ? N’existe-t-il que dans les moments où l’on donne son corps, sa vie ? En réalité, la doctrine hassidique nous enseigne un nouveau type de dévouement absolu : le dévouement absolu dans la vie quotidienne. Un dévouement qui vient de l’intérieur, même dans les moments calmes, en temps de repos, dans la vie de tous les jours.
L’exemple du Rabbi précédent
C’est ce que nous découvrons à travers l’exemple du Rabbi précédent, dont nous célébrons la libération les 12-13 Tamouz. Le Rabbi précédent, né un Chabbat 12 Tamouz en 5640 (1880), fut également libéré de sa célèbre incarcération le 12 Tamouz 5687 (1927), jour de son 47ème anniversaire. Il avait été emprisonné en Russie soviétique pour avoir maintenu avec un dévouement absolu la braise du judaïsme pendant ces années difficiles où l’étude de la Torah était interdite, où l’ouverture de yeshivot, d’écoles, de heders pour enfants et de mikvés était prohibée. Il se tint seul, sans péché et sans peur, face à un gouvernement puissant, jusqu’à son arrestation avec la menace d’une condamnation à mort.
Le grand miracle du 12 Tamouz, qui devint la fête de la Délivrance, symbolise plus que tout le dévouement absolu incarné par le Rabbi précédent. Plus tard, après avoir quitté la Russie, il continua avec un dévouement absolu jusqu’en Amérique. À cette époque, l’Amérique était un désert spirituel du point de vue juif, où il était presque impossible de mener une vie juive normale. Là aussi, il fonda et construisit des institutions éducatives et de Torah, d’abord en Amérique, puis dans le monde entier.
L’histoire fondatrice : la ligature d’Isaac
Pour comprendre comment traduire ce concept dans la vie quotidienne aujourd’hui, le Rabbi précédent nous raconte une histoire fondatrice de sa propre vie. À l’âge de 15 ans, en 5655 (1895), le 12 Tamouz, son père le Rabbi Rachab l’emmena visiter la tombe sacrée du Tsema’h Tsedek et du Rabbi Maarach à Lubavitch. Dans la petite synagogue près de la tombe, le Rabbi Rachab ouvrit l’Arche Sainte et, avec des larmes chaudes dans les yeux, expliqua à son fils qu’il l’emmenait à « la ligature d’Isaac » – le moment où Abraham amena son fils Isaac au niveau de dévouement absolu, donnant au peuple juif le pouvoir du sacrifice.
L’enseignement du Tanya : « Elle se ceint de force »
Le Rabbi Rachab étudia alors avec son fils une partie du Tanya sur « Elle se ceint de force », expliquant que les reins, qui soutiennent tout le corps, symbolisent chez un Juif le dévouement absolu. Cette force soutient tout le corps spirituel d’un Juif : la Torah, les commandements, la foi. Puis il enseigna à son fils la définition essentielle du dévouement absolu en yiddish : ** »Azoy un nit andersh »** (Ainsi et pas autrement). Cette expression signifie qu’il n’y a pas de place pour autre chose, il ne peut en être autrement.
« Ainsi et pas autrement » : la signification profonde
À partir de ce moment, une nouvelle ère commença dans la vie du Rabbi précédent – l’ère du dévouement absolu, ainsi qu’il vécut jusqu’à son dernier jour. Mais que signifie concrètement « ainsi et pas autrement » ? Cela révèle qu’un Juif a un lien intérieur avec le Saint, béni soit-Il, qui dépasse les connections pratiques, émotionnelles ou intellectuelles. Au-delà du lien pratique (accomplir les commandements), du lien émotionnel (aimer D.ieu, avoir la crainte du Ciel) et du lien intellectuel (étudier la Torah, comprendre la grandeur divine), il existe un lien essentiel où « Israël et le Saint, béni soit-Il, sont un ».
Le lien essentiel indestructible
Dans ce lien essentiel, mon âme est vraiment une partie de D.ieu d’en haut. Si le Saint, béni soit-Il, est ma réalité véritable, alors il ne peut en être autrement. Les connexions basées uniquement sur l’intellect, l’émotion ou l’action peuvent faiblir lors d’épreuves – quand je ne comprends pas, quand je ne ressens pas, quand les choses deviennent difficiles, quand la vie ne va pas comme je le veux. Mais la connexion essentielle demeure inébranlable.
L’enseignement de l’Admour Hazaken
L’Admour Hazaken exprima cette force par son célèbre adage : « Un Juif ne veut pas et ne peut pas être séparé du Saint, béni soit-Il. » Cette séparation est impossible car c’est une seule essence. Comme une personne ne peut se séparer de sa propre vie, le Juif ne peut se séparer de D.ieu. Il n’y a pas besoin d’explications – c’est ainsi, c’est la vie même.
Le choix mutuel et éternel
Le verset dit : « Heureux le peuple pour qui il en est ainsi, heureux le peuple dont l’Éternel est le D.ieu. » Ce « ainsi » représente cette connexion, cette force, cette obstination juive – « ainsi et il ne peut en être autrement ». Le choix que le Saint, béni soit-Il, a fait du peuple d’Israël n’est pas basé sur la raison ou les mérites, mais c’est un choix essentiel, où D.ieu dit : « Les remplacer par une autre nation est impossible, Je ne peux pas. » Ce lien est éternel, essentiel, inconditionnel et inchangeable.
La mise en pratique quotidienne
De même, nous choisissons le Saint, béni soit-Il, de la même manière – avec cette profondeur qui dit : « C’est ainsi et il ne peut en être autrement. » Ce mouvement, ce sentiment de dévouement absolu doit s’enraciner en nous à chaque instant, à chaque moment de notre vie. Le dévouement absolu n’est pas seulement pour les moments extrêmes, mais une réalité intérieure constante qui guide notre existence quotidienne, même dans les lieux de confort et les moments calmes.
Le Rav Asher Perkash est né en 1971 à Jérusalem. Son père, le Rav Yekutiel Farkash, est l’un des grands rabbins ‘Habad de la ville. Sa famille descend du Rav Amram Blau, l’un des leaders des Natorei Karta, et au fil des années s’est rapprochée du ‘hassidisme ‘Habad. Il a étudié à la yechiva Torat Emet puis à la yechiva Toumkhei Temimimim de Montréal où il était proche du machpia (guide spirituel) Rav Mena’hem Zev Greenglass. Entre 1990 et 1992, il faisait partie des étudiants envoyés à la yechiva Toumkhei Temimim de Melbourne en Australie. En été 1992, il est retourné étudier à la yechiva centrale Toumkhei Temimim au 770. Après son mariage en 1994 avec Reina, la fille du philanthrope et activiste ‘hassidique Rav Eliezer ‘Haim Lapidot, il a été nommé Machpia principal à la grande yechiva de Buenos Aires, où il a formé des centaines d’élèves fidèles. Le Rav Asher Farkash est un Machpia éminent dont beaucoup affluent pour écouter ses cours limpides et ses réunions ‘hassidiques inspirantes partout où il passe. En 2022, une chaîne YouTube a été lancée où sont publiés ses nombreux cours de ‘Hassidout. En 2023, le Rav Asher Farkash a commencé à donner un cours hebdomadaire en hébreu qui confère un sens intérieur et une vitalité à la Torah et aux mitsvot, dans un style accessible à tous. Parmi ses cours les plus célèbres figurent les cours sur les maamarim (discours ‘hassidiques) « Bati LeGani » qui sont étudiés pendant la période du 10 Chevat dans les communautés Habad et les yechivot Habad.
Avi Piamenta est l’un des musiciens hassidiques les plus emblématiques de ces dernières décennies. Ce virtuose de la flûte traversière, qui avait eu l’honneur de jouer à de nombreuses reprises devant le Rabbi, s’est éteint vendredi soir à l’âge de 69 ans. Sa mort brutale survient une semaine après avoir participé aux commémorations du Guimel Tamouz dans les cours saintes de Crown Heights.
Avi Piamenta, musicien hassidique de renom international, est décédé subitement le vendredi 8 Tamouz 5785 à l’âge de 69 ans. Né à Jérusalem dans une famille traditionnelle, il avait fondé avec son frère Yossi le célèbre « Groupe Piamenta » après la guerre de Yom Kippour. Devenu progressivement un hassid Habad, il avait développé une relation privilégiée avec le Rabbi et s’était produit pendant des années lors des grandes célébrations hassidiques à Crown Heights et au 770. Après avoir vécu à New York, il s’était installé à Kfar Habad en Israël où il résidait jusqu’à sa mort.
Des débuts musicaux à Jérusalem
Né le 27 Chevat 5716 (1956) à Jérusalem au sein d’une famille jérusalémite traditionnelle, Avi Piamenta grandit dans un environnement éloigné de l’observance religieuse stricte. Dès son plus jeune âge, il manifeste un talent exceptionnel pour la musique, apprenant le piano et la flûte traversière qui deviendra sa signature artistique.
À l’âge de 17 ans, le jeune prodige rejoint son frère aîné Yossi Piamenta, guitariste déjà reconnu, pour former un duo musical prometteur. Ensemble, ils commencent à se produire dans différents concerts, posant les bases de ce qui deviendra l’une des formations musicales juives les plus influentes de leur génération.
L’émergence du phénomène Piamenta
Une année après la guerre de Yom Kippour, les frères Piamenta créent officiellement le « Groupe Piamenta », une formation qui connaîtra rapidement un succès retentissant dans le monde de la musique juive. Leur style unique, mêlant mélodies traditionnelles hassidiques et arrangements modernes, séduit un public de plus en plus large.
« Le groupe Piamenta a révolutionné la musique hassidique en y apportant une dimension contemporaine sans trahir l’essence spirituelle », témoigne un proche de la famille. Cette approche novatrice leur vaut une popularité considérable et ouvre la voie à une nouvelle génération de musiciens juifs.
Le chemin vers la spiritualité
Au fil des années, Avi Piamenta développe un lien de plus en plus profond avec la spiritualité hassidique. Sa progression vers l’observance religieuse l’amène naturellement vers le mouvement Habad, où il trouve l’équilibre parfait entre sa passion musicale et sa quête spirituelle.
Son frère Yossi suit ses traces dans cette démarche de techouva, et progressivement, la majeure partie de leur famille adopte le mode de vie hassidique. Cette transformation spirituelle collective conduit la famille Piamenta à s’installer dans le quartier emblématique de Crown Heights, cœur battant du mouvement Habad mondial.
Une relation privilégiée avec le Rabbi
La rencontre entre Avi Piamenta et le Rabbi marque un tournant décisif dans sa carrière artistique. Au-delà de la simple admiration mutuelle, se développe une véritable relation de guidance spirituelle, le Rabbi prodiguant au musicien des conseils précieux concernant son travail et sa mission.
Cette proximité avec le dirigeant spirituel de Habad confère à Rav Piamenta une légitimité particulière dans le monde hassidique. Ses performances deviennent des moments de communion spirituelle, transformant chaque concert en expérience mystique partagée.
Les années de gloire à Crown Heights
Pendant de nombreuses années, les frères Piamenta deviennent les musiciens attitrés des grandes célébrations hassidiques de Crown Heights. Leurs prestations lors des festivités de Sim’hat Beth Hachoéva marquent les esprits et établissent leur réputation de virtuoses capables d’élever les âmes par leur art.
Régulièrement, ils se produisent au célèbre 770, siège mondial du mouvement Habad, lors des défilés de Lag BaOmer et d’autres occasions festives. L’une de leurs performances les plus mémorables a lieu le 5 Tevet 5747, lors de l’annonce d’une nouvelle particulièrement joyeuse pour la communauté.
Le retour aux sources en Terre Sainte
En 5751 (1991), un changement majeur s’opère dans la trajectoire des frères Piamenta. Yossi décide de retourner en Israël pour y poursuivre sa carrière musicale, tandis que Avi choisit initialement de demeurer à New York, où il s’est construit une vie et une carrière florissantes.
Quelque temps plus tard, l’appel de la Terre Sainte se fait également sentir pour Avi, qui prend la décision de s’installer à Kfar Habad. Ce village emblématique, fondé par les premiers émissaires du Rabbi en Israël, devient son nouveau foyer et le cadre de ses dernières années de création artistique.
Une fin soudaine après un pèlerinage spirituel
La semaine précédant sa disparition revêt une dimension particulièrement symbolique. Commencée le jour du Guimel Tamouz, date anniversaire du décès du Rabbi, cette période voit Rav Piamenta effectuer un véritable pèlerinage spirituel dans les lieux saints de Crown Heights.
Dimanche, il participe encore activement à un rassemblement d’enfants au 770, où sa flûte enchante une dernière fois son public. « Il était rayonnant et plein d’énergie », se souvient un témoin de cette ultime performance. Vendredi soir, de manière totalement inattendue, son cœur s’arrête, emportant avec lui l’une des voix musicales les plus pures du monde hassidique.
Un héritage musical et spirituel
Avi Piamenta laisse derrière lui son épouse Yehoudit, que D.ieu la préserve, ainsi qu’une nombreuse descendance : ses enfants Yehouda de Crown Heights, Génia Sved du Mexique, Rivka Eichler de New Haven, Mouchka de Monsey, ‘Hanna Atar du Nicaragua, Mendy de New Haven, Dovi de New Haven, et de nombreux petits-enfants qui perpétueront son héritage.
Au-delà de sa famille, c’est toute la communauté hassidique mondiale qui perd en Avi Piamenta un artiste exceptionnel, capable de transformer chaque mélodie en prière et chaque concert en moment de transcendance spirituelle.
Le 15 Sivan 5687 (1927), commença l’incarcération bien connue du Rabbi Rayats. Au milieu de la nuit, il fut arrêté dans sa maison, à Leningrad et conduit à la prison Shpolerki, accusé d’avoir agi, avec abnégation, pour maintenir vivace la flamme du Judaïsme en Union soviétique.
Par le Rav Haim Mellul
Les autorités voulurent condamner le Rabbi Rayats à la peine capitale, mais, grâce à différentes démarches et à la bonté de D.ieu, celle-ci fut commuée d’abord en dix ans d’exil dans les îles slovaques, puis en trois ans d’exil à Kostroma.
Le 3 Tamouz, le Rabbi Rayats fut effectivement exilé à Kostroma, mais, peu après, le 12 Tamouz, sa libération définitive lui fut signifiée. Le 13 Tamouz, il quitta Kostroma pour rejoindre la cour de Loubavitch, à Leningrad. Quelques semaines après cette libération, au lendemain de la fête de Soukkot 5688 (1927), le Rabbi quitta la Russie et il parvint à Riga, en Lettonie.
La libération du Rabbi et son départ de Russie reçurent, par la suite, une signification plus importante et plus large, parce qu’une période nouvelle commença, grâce à cela, dans son œuvre et dans l’influence qu’il exerçait dans son entourage, y compris auprès des nations du monde et, notamment, en France.
Le Rabbi, chef de notre génération, évoqua cette importante signification, dans l’une de ses causeries, qu’il prononça à l’occasion de la fête de la libération, le 12 Tamouz 5749 (1989), qui était, cette année-là, le saint Chabbat Parchat ‘Houkat – Balak. Un important groupe d’invités de France, revenu à la pratique de la Torah et des Mitsvot grâce à ses émissaires, se trouvait alors chez le Rabbi.
Lors de cette réunion ‘hassidique, le Rabbi établit un lien entre l’arrivée de ces invités, venus de France et la libération du 12 Tamouz. Il développa, en particulier l’explication suivante(5) :
« On sait la relation que l’Admour Hazaken avait avec la Russie et la France. Quand ces deux pays étaient en guerre, il voulut la victoire de la Russie, contre la France, car la situation morale des enfants d’Israël, pour tout ce qui concerne leur crainte de D.ieu, serait meilleure sous l’autorité de la Russie que sous celle de la France.
On peut observer concrètement qu’en toutes les générations, depuis le Baal Chem Tov, jusqu’à mon beau-père et maître, le Rabbi, chef de notre génération, pendant les premières années de sa direction des ‘Hassidim, la révélation et la diffusion de l’enseignement de la ‘Hassidout se faisaient précisément en Russie.
Il en résulte que, même après la libération de l’Admour Hazaken, le 19 Kislev, lorsque : ‘l’Eternel a accompli des merveilles aux yeux des princes et de toutes les nations, dans toutes les provinces du Roi’, la transformation de la France n’avait pas encore été réalisée. Ce pays était et il restait dans une situation inférieure, par rapport à ce que doit être un comportement basé sur la crainte de D.ieu, selon la voie de la ‘Hassidout.
En la matière, un fait nouveau a été introduit par le chef de notre génération. Avant même de prendre la direction des ‘Hassidim, il a agi en France et il a transformé le pays. Quand il quitta la Russie, après la libération des 12 et 13 Tamouz, il envoya des émissaires et des manuscrits de ‘Hassidout, en France.
Par la suite, ce processus s’amplifia, jusqu’à ce jour et l’on peut observer concrètement, ces dernières années, la grande action de diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur, qui est réalisée en France. De nombreux Juifs s’y sont rapprochés de la Torah et du Judaïsme. Ils se sont attachés au chef de la génération, à celui dont nous célébrons la libération. Désormais, ils étudient son enseignement.
Ils sont ainsi devenus des « lumières pour éclairer », en se consacrant à la diffusion de la Torah et du Judaïsme, à la diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur, au point d’agir également sur les nations du monde qui se trouvent dans ce pays, afin qu’elles mettent en pratique les sept Mitsvot des descendants de Noa’h.
Cela veut dire que la libération du 12 Tamouz souligne l’action et l’influence exercée sur les nations du monde, y compris les plus basses, jusque dans le pays duquel l’Admour Hazaken craignait l’impact et l’autorité sur la situation morale des enfants d’Israël.
De cette façon, a été conduite à son terme la préparation de la délivrance véritable et complète, lorsque, d’une manière concrète et évidente, la Résidence de D.ieu, béni soit-Il, sera parmi les créatures inférieures, les plus inférieures qui soient. »
Révélation de Celui Qui possède la vie éternelle dans les domaines du monde
A la suite de ces propos, le Rabbi établit un lien également entre la délivrance du Rabbi Rayats, le 12 Tamouz et l’arrivée de ces personnes qui avaient été rapprochées de la pratique juive en France. Le Rabbi dit ceci :
« Tout ce qui vient d’être exposé est encore plus clairement souligné parce que, dans cette réunion ‘hassidique en l’honneur de la fête de la libération du 12 Tamouz, dans les quatre coudées de celui dont nous célébrons la libération, se trouve un groupe de Juifs venus de France, qui ont été rapprochés de la Torah et des Mitsvot telles qu’elles sont pénétrées du luminaire de la Torah, l’enseignement de la ‘Hassidout, en conséquence du fait nouveau qui a été introduit par celui dont nous célébrons la libération, dans la diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur.
Il est donc judicieux de les honorer en leur demandant de dire Le’haïm et un chant joyeux, l’hymne de la France qui a été transformé en sainteté. On notera que cet honneur est, en outre, une forme d’hospitalité. Cependant, ils le feront, non pas en tant qu’invités, mais comme des maîtres de maison, qui, notamment, seront rejoints par tous les présents, qui chanteront avec eux.
On rappellera que ces jours-ci marquent le bicentenaire de la révolution française, dont l’Admour Hazaken craignait les conséquences. Et, ceci a également été transformé en sainteté. On obtient, de cette façon, la révolution française dans sa dimension positive, la diffusion de la Torah et du Judaïsme, la diffusion des sources de la ‘Hassidout à l’extérieur, en France.
Ceci s’exprime aussi dans l’hymne de la France, un chant révolutionnaire, que l’on transforme en sainteté, ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’, comme c’est le cas pour la marche de Napoléon, que de nombreuses communautés des enfants d’Israël ont coutume de chanter à la fin et à la conclusion du jour sacré de Yom Kippour.
Et, l’on consultera, à ce propos, le Sefer Ha Si’hot 5703 selon lequel l’Admour Hazaken demanda qu’on lui fasse connaître la marche avec laquelle les Français avaient traversé la frontière russe. On le chanta donc devant lui et il constata que c’était une marche de victoire. Il resta alors profondément concentré, puis il conclut qu’au final, on emporterait la victoire.
Cette marche est chantée sur les mots : ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle… la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’. La signification de ces mots indique le dévoilement et la révélation de ‘Celui Qui possède la vie éternelle’ dans tous les domaines du monde, qui sont figurés par les vingt-deux lettres de l’alphabet, de l’Aleph jusqu’au Tav, par lesquelles le monde fut créé, ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle… la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’.
Puisse D.ieu faire que ce qui vient d’être dit se renforce chez les membres de ce groupe, avec tous les participants à cette réunion ‘hassidique, au sein de tous les enfants d’Israël, où qu’ils se trouvent.
Et, que ceci se renforce encore plus quand ils rentreront chez eux. Ils étendront ainsi leur action au monde entier, depuis : ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’ jusqu’à : ‘la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’. »
A l’issue de ces propos, le Rabbi s’adressa au groupe d’invités venus de France et il leur dit, en français :
« Que tous les invités venus de France pour la fête de la libération soient les bienvenus. Vous aurez l’honneur de chanter votre chant, ‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’ jusqu’à : ‘ la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’.
Lorsque vous rentrerez chez vous, vous diffuserez le message selon lequel : ‘‘le pouvoir et la fidélité appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’ jusqu’à : ‘la louange et la gloire appartiennent à Celui Qui possède la vie éternelle’. Tout ceci sera dans la joie et dans l’enthousiasme, avec un bon Mazal, d’une manière fructueuse et bénie. »
Le Rabbi commença ensuite à chanter Ha Adéret Ve Ha Emouna. Concrètement, ces propos du Rabbi sur la signification de la libération du Rabbi Rayats, le 12 Tamouz 5687 (1927) et sur le lien qui peut être établi entre cette délivrance et l’action du Rabbi Rayats en France, permettent de comprendre plus profondément l’action importante qui fut menée par le Rabbi Rayats en France, pendant la décennie qui suivit sa libération.
Comme on le montrera ci-dessous, le Rabbi Rayats, pendant ces dix ans, se rendit en France, à Paris à de multiples reprises. Il mena une intense action auprès de personnalités et de dirigeants français. Il prit l’initiative d’organiser des réunions de Torah et de ‘Hassidout.
Le Rabbi Rayats diffusa lui-même la ‘Hassidout en France. Il intervint également par l’intermédiaire de son gendre, le Rabbi, chef de notre génération, de ses émissaires et de ses ‘Hassidim. De nombreuses actions furent menées de cette façon. Toutes furent, comme le souligna le Rabbi, une conséquence de sa libération du 12 Tamouz 5687 (1927).
Par Israël Goldberg Extrait de Prince d’Israël – Le journal de Rabbi Yosseph Yits’hak Schneerson de Loubavitch (L’Harmattan, 2009).
Le Rabbi affronte l’interrogatoire de haut1 :
– C’est la première fois que je pénètre en un lieu où on ne se lève pas à mon entrée.
– Où te crois-tu ?!
– Dans une bâtisse sans Mezouzah. Chez nous, ce sont les latrines ou les étables.
– Enlève ton châle de prière.
– Si vous y touchez, l’interrogatoire est clos. Je ne répondrai plus rien. Plus tard, il exige à nouveau son talith et ses Tephilines.
– Ils ont fini à la poubelle.
– Vermine !
– Tu seras fusillé dans les vingt-quatre heures.
– D.ieu aidera…
Deuxième interrogatoire, cette fois, dans sa cellule. Sommé de se lever, il refuse. Interrogé en Russe, il ne répond qu’en yiddish. Les coups pleuvent, sans résultat.
Entrée d’un deuxième groupe. Averti de la séance qui l’attend, il se contente de hausser les épaules.
La troisième fois, les guépéistes cèdent.
– Levez-vous, Rebbe. Sinon, ils vous frapperont tellement qu’en fin de compte vous y serez contraint.
Loulov, sans s’en rendre compte, a parlé en yiddish. Mais le Rabbi ne répond plus.
Pendant ce temps, les Hassidim s’activent. Au matin de l’arrestation, une assemblée s’est réunie avec tous les responsables communautaires de Leningrad. Le choix est apparemment simple : alerter l’opinion mondiale ou agir seulement à l’intérieur de l’URSS ? En réalité, rien n’est évident : la crise entre la Russie et l’Occident est ouverte. L’Angleterre vient de rompre les relations diplomatiques. Au sommet de l’appareil, Staline souhaite une radicalisation qui lui servirait de prétexte à éliminer les restes de son opposition interne. Une psychose de guerre est orchestrée, encore intensifiée par l’assassinat du plénipotentiaire soviétique en Pologne, qui dénonce l’imminence d’une croisade capitaliste… La vague d’exécutions dans les lieux pénitentiaires ne fait que s’insérer dans un processus global.
L’Assemblée de Leningrad renonce aux pressions étrangères.2
Le jeudi 16 juin, Shmaryahou Gourarié, gendre du Rabbi, gagne Moscou, Ambiance lourde. Sitôt exclue l’option de l’appel à l’étranger, un nouveau dilemme a surgi : agir au plus haut niveau de l’État soviétique ou te contenter de contacter des individuels de la Guépéou ?… La Guépéou a la réputation d’anticiper les exécutions pour devancer les pressions… Nul n’est prêt à assumer ce risque.
La deuxième ligne est adoptée : des individuels modérés de la police politique seront contactés secrètement.
Mais le samedi 18 juin – quatrième jour de l’arrestation –, le Bureau est informé que l’exécution n’est qu’une question de jours…
Toute retenue s’avère dès lors vaine.
Le soir même, le Bureau rabbinique déclenche une campagne nationale. Des pétitions circulent dans toutes les communautés et des dizaines de télégrammes affluent sur les bureaux de Kalinine du chef de la Guépéou, Majanski. Majanski et Rykov sont aussi contactés personnellement, mais refusent de recevoir la délégation. Celle-ci se tourne alors vers Catherine Pechkova, la présidente de la Croix Rouge soviétique. Épouse divorcée de l’écrivain Maxime Gorki, lui-même connu pour son philosémitisme, c’est une humaniste engagée dans la défense des détenus politiques. Elle promet d’intervenir et contacte Majanski.
La nouvelle a aussi filtré à l’étranger. Aux États-Unis, le sénateur Borah, chef de la commission des affaires étrangères, interpelle le congrès. Les grands Rabbins d’Angleterre, d’Allemagne, de Palestine expédient des télégrammes. Dans les synagogues d’URSS, on organise des jeûnes publics et des lectures collectives de psaumes.
La communauté juive d’Allemagne est la plus active : les deux grands rabbins de Berlin, le réformé Léo Bock et l’orthodoxe Hidelsheimer contactent Oskar Kohn, député socialiste, proche des milieux sionistes de gauche, ancien compagnon de Lénine. Kohn interpelle Stresemann, alors ministre des Affaires étrangères, qui convoque Krestinski, l’ambassadeur soviétique…
Catherine Pechkova, de son côté, est reçue par Majanski et obtient in extremis la commutation de la peine de mort en dix ans de déportation.
Pour les Hassidim, c’est le sursis.
Dans la cellule de la Shpolerka, les conditions de détention évoluent également. Après 24 heures de grève de la faim, le Rabbi a retrouvé ses Tephilines. Il conserve la même stratégie et se montre absolument rétif à toutes les normes pénitentiaires : refus de travailler, de dormir en temps voulu, de participer aux promenades, de boire tant qu’il n’est pas sûr que le récipient soit « casher », d’effectuer sa part de corvée… Il passe par contre des heures à prier et à chanter, donne des leçons de Hassidisme à ses codétenus, rédige mémoires et impressions sur du papier à cigarette – malgré l’interdiction d’écrire.
Curieusement, les gardiens laissent faire.
Lors de l’ultime interrogatoire, c’est lui qui accuse Nahmanson et Loulov de propager l’antisémitisme et les avertit solennellement que celui-ci finira par les emporter. Loulov ricane ; Nahmanson se tait…
À l’inculpation pour crimes contre-révolutionnaires, il oppose sa campagne en faveur des colonies, « célèbre dans le monde entier », et dénonce une nouvelle affaire Beilis « qui ne réussira pas plus que la première ».
Il a aussi obtenu qu’on lui livre ses habits de fête…
Le départ en déportation est fixé au 29 juin, 19 heures. Une foule se rassemble à l’heure dite devant la porte de la Shpolerna. Mais le Rabbi ne sort pas. Il a été extrait de la liste des condamnés une heure avant le départ du convoi pour Solovki.3 Catherine Pechkova a encore obtenu la grâce.
Au moment où le convoi s’ébranle, il est appelé à la direction. Loulov lui montre la sentence. La peine de mort est rayée de rouge ; la sentence de déportation est suivie d’un « Niet ».
En dessous, souligné : trois ans de relégation à Kostrama, dans l’Oural.
– Reconnaissez le Congrès national et vous êtes libre, propose Loulov.
Refus.
Messing, le chef de la Guépéou de Leningrad, et Loulov ont exprès fixé le départ au jour du Shabbat.
Le Rabbi refuse alors de sortir de la Shpolerna. Une ultime intervention de « la Pechkova » auprès de Majanski sauve encore la situation : le départ est repoussé au dimanche.
Le dimanche 3 juillet, troisième jour du mois de Tamouz, après dix-huit jours d’incarcération, il est autorisé à visiter sa famille. Le train partira à 20 heures. La Guépéou ferme les guichets pour empêcher les Hassidim de le prendre d’assaut. Ils sont néanmoins des centaines à attendre sous le hall de la gare. Escorté d’une garde armée, le Rabbi s’installe dans son compartiment accompagné de son gendre, de sa fille cadette et d’un Hassid.
Sur le marchepied, il gronde encore :
« Ce n’est pas de notre propre gré que nous avons été exilés de la terre d’Israël. Ce n’est pas par nos forces que nous y reviendrons… Sachez seulement, peuples du monde, que seuls nos corps sont soumis à l’exil. Nos âmes, elles, sont restées libres. Nous devons proclamer haut et fort que pour tout ce qui est de notre spiritualité, ses lois et ses coutumes, nul ne nous imposera ses vues et nul pouvoir au monde ne pourra nous asservir…
Il est de notoriété publique que la loi autorise la transmission du judaïsme. C’est seulement une haine perverse qui nous mène aux prisons et aux bagnes…
Mais nous devons garder en mémoire que les prisons et les camps ne sont que temporaires. La spiritualité… demeure, elle, éternellement… »
Le voyage dure 24 heures. Kostrama, à l’extérieur de l’ancienne zone de résidence, ne possède qu’une petite communauté. Le Rabbi y organise d’emblée une classe pour les enfants et y fait restaurer le bain rituel…
Neuf jours plus tard, le 12 juillet, il se rend au poste de police pour le pointage hebdomadaire. C’est également, cette année-là, le douzième jour du mois de Tamouz, son quarante-septième anniversaire – un jour qui, traditionnellement, porte chance…
Le guépéiste l’accueille en souriant :
– Vous êtes totalement innocenté. Un télégramme vient d’arriver, signé de Vishinsky4 en personne. Il vous présente en outre ses excuses pour ce qui n’a été qu’une erreur judiciaire.
Le douzième jour du mois de Tamouz, cette année-là, est férié. Le Rabbi sera officiellement libre le lendemain. Les geôliers le supplient de bien vouloir l’annoter.
Le 14 juillet, il rentre à Moscou, accompagné d’une délégation de la communauté de Kostrama.
Pour son premier Shabbat d’homme libre, il prononce plusieurs commentaires, récite la prière des « miraculés », offre un « festin de reconnaissance ».
Il tente ensuite de regagner Leningrad, mais la Guépéou déclenche une campagne de presse exigeant sa réincarcération.
Il se réfugie à Malakhovka, une banlieue de Moscou où il passe quelques durs moments…
Il lui faut maintenant se résoudre à quitter l’URSS. Mais comment ? Aux yeux des Hassidim, il ressemble à un homme brisé. Les sévices l’ont affaibli physiquement et moralement. Pendant les six semaines qu’il passe à Malakhovka – « La Guépéou de Leningrad m’a arrêté, celle de Moscou m’a libéré : retournons du côté de Moscou », a-t-il expliqué – il refuse de recevoir quiconque, lui qui, auparavant, accordait des audiences des nuits entières… Il a également interrompu toute correspondance, mis à part quelques messages codés pour préparer l’émigration.
À la veille du Nouvel An, il se rend à Rostov, sur la tombe de son père. Et c’est la métamorphose : lorsqu’il en revient, il est un lion. Il est redevenu lui-même.
La sortie d’URSS reste loin d’être acquise. Catherine Pechkova promet à nouveau son aide. Surtout, deux parlementaires occidentaux, Oskar Kohn, le socialiste allemand et Mordehaï Dubine, élu du parlement letton, gagnent Moscou munis de requêtes officielles de leurs communautés appelant simultanément le Rabbi à assumer leur charge rabbinique. Moscou refuse,
Mordehaï Dubine, le député letton, contacte alors Dubronitski, commissaire adjoint aux affaires extérieures, et met dans la balance la perspective d’un traité de commerce soviéto-letton en voie de finalisation. À la troisième tentative, le commissariat s’incline ; mais seul le Rabbi pourra sortir. Sa famille et ses biens resteront en URSS.
Le Rabbi refuse.
Dubine et Kohn se concertent et feignent la concurrence. Une dernière fois, Dubine menace d’annuler le contrat.5 L’URSS, de plus en plus esseulée sur la scène internationale, ne peut en assumer le risque.
Le 28 septembre 1927, deuxième jour de Roch Hachanah, une séance réunit à Moscou le commissaire aux affaires étrangères, Tchitcherine, son futur successeur Livitnov, Dubronitski, un autre haut fonctionnaire nommé Rotstein et les deux ambassadeurs soviétiques en poste à Berlin et à Riga. Hormis Tchitcherine, tous sont juifs. L’intervention des ambassadeurs fait pencher la balance. Le Rabbi est autorisé à quitter l’URSS avec sa famille, ses biens et une demi-douzaine de disciples.
Le départ de sa bibliothèque, plusieurs milliers de volumes, dont certains de grande valeur, nécessite un aval supplémentaire du service du Livre de Leningrad. Dubine s’y rend à cet effet. Au vu du nombre d’exemplaires précieux, le fonctionnaire de la section du Livre, lui-même filleul d’un grand rabbin, refuse son autorisation. Il n’a en outre pas reçu l’accord de Moscou de laisser le Rabbi quitter l’URSS. Dubine le convainc de téléphoner et réalise que l’accord de Moscou est resté bloqué dans un tiroir par la négligence d’un subalterne. Il obtient le remplacement du préposé aux livres par un fonctionnaire moins regardant, non-juif de surcroît et qui, ignorant de la valeur des ouvrages, octroie le certificat de sortie.
Le Rabbi passe les fêtes à Leningrad. Le dernier jour de Soucot, lors de la célébration de « la Joie de la Torah » où l’on danse toute la nuit avec les rouleaux sacrés, il fait ses adieux aux Hassidim.
Au dernier moment, il se désigne lui-même :
– Sachez que cette apparence-là n’est qu’une âme du monde suprême qui a pris gîte dans un corps. Elle n’a pas de relation à la matérialité. Elle ne discerne que le Bien.
Le lendemain, accompagné de sa femme, son gendre, ses trois filles et un groupe de six Hassidim, le Rabbi s’installe dans le train de Riga. Quatre wagons ont été retenus pour transporter sa bibliothèque. Plusieurs centaines de Hassidim l’accompagnent jusqu’à la frontière. D’autres montent dans le train en cours de route…
Dans son compartiment, il rédige une longue lettre.
– D’ordinaire, dira-t-il, la main écrit ce que le cœur dicte. Cette fois, mon cœur a écrit seul.
En gare de Riga, il déclarera :
– Si l’on m’offrait un million de dollars pour revivre un seul instant de mes souffrances, je le refuserai. Et si l’on m’offrait un million pour m’en ôter l’acquis, je le refuserai aussi.
La libération a été acquise. Mais pour les Hassidim, est-ce bien suffisant ? Le Rabbi n’a-t-il vraiment été sauvé que par une série de conjonctures favorables ?… Ce serait mésestimer les voies du Ciel. L’emprisonnement est autrement signifiant… Comment expliquer, en outre ses attitudes en prison, ses rebellions systématiques, ses postures outrancières, sa permanente révolte ?
Pourquoi une telle obstination à ne pas se lever lors des interrogatoires même au prix de représailles physiques qui laisseront longtemps leurs traces ? Pourquoi cette morgue souveraine ? Cette façon de narguer ses geôliers…
Le salut aurait pu venir par d’autres voies, en adoptant un profil plus humble… Pourquoi s’est-il ainsi obstiné? À prendre l’ennemi « de haut», au mépris de sa propre vie. Et de celle de ses disciples.
Si le Hassidisme est questionnement, il sait aussi porter réponse.
Celle-ci s’ancre dans les messages de la Kabbale, qui affirment qu’une grande âme s’incarne en chaque temps, qui porte le monde en elle. Et que ce qui l’affecte affecte l’univers. Bien au-delà des circonvolutions soumises à l’égide du temps. Les événements politiques ne sont que ses prétextes. Le vrai enjeu se situe ailleurs. Là où s’enracine le feu des âmes.
Lui est l’Absolu, Son essence dans un corps. Il est le mystère céleste incarné dans l’humain. Il est la vie, il est la mort ; il est la Vie des Vies, l’arc-en-ciel des lendemains, le soleil à son zénith, la gloire et l’aube de tous les amours. En lui, en sa personne, se joue le destin des hommes. De tous, sans exception.
L’avenir de l’humanité s’est joué sur sa seule âme. Sur un destin unique. Le sien. Puisqu’il est l’âme collective, à travers laquelle toutes existent, transfigurées, images pures avant de s’altérer, de s’incarner dans les destins privés des êtres…
Ce qu’il a affronté, en ce carrefour des siècles, ce sont les ténèbres de l’infini. Ceux qui, depuis l’aube des jours, dissimulaient la cachette secrète. Celle du Messie. Le sauveur qui gît en chacun et que chacun doit dévoiler.
Et toute lumière ne naît qu’enveloppée de nuit ; la nuit est son écrin, son cocon protecteur. « L’écorce » qui protège le fruit, selon les Kabbalistes. Ce fruit de mort et de vie auquel Adam, le premier homme, a succombé. Et Adam lui aussi était l’âme de tous les hommes. Et le Rabbi, aujourd’hui, est venu pour réparer. En lui s’est joué le drame, le carrefour des destins. Le vrai nœud ne se situait pas dans le tribunal des hommes. Mais dans celui du Ciel. Là où chaque jour sont jugés les morts et les vivants. Et il y a été décidé que l’aube de l’humanité s’approche. Et qu’un homme seul avait reçu le pouvoir de tout faire basculer. Que s’il triomphait, s’avérait capable d’illuminer les ombres mortifères de la nuit, toutes les âmes en lui recevraient le suc du ciel. Toutes, en lui, seraient bénies.
S’il vainquait ses tortionnaires, s’il prouvait à D.ieu et aux hommes que la détermination d’un seul pouvait faire reculer l’empire, il donnait la force à toutes les âmes de recréer le même destin à leur échelle individuelle. Au peuple juif de s’affranchir de toutes les dominations passées, de toutes les souffrances des devenirs. L’ère messianique déroulerait ses ailes ; les berges du salut sont proches. L’histoire va y accoster. Des cascades de bénédiction s’apprêteront à pleuvoir sur l’homme. À une condition : il devait triompher.
Pour cela, ne pas s’incliner. Jamais. Devant personne. Face à l’enjeu, il ne pouvait pas perdre. Et tous les fantômes de l’histoire, toutes les âmes perdues attendaient la résurrection, l’instant crucial où il saurait dire :
– Je n’obéirai pas.
– Je ne me tairai pas.
– Je ne me lèverai pas.
Il fallait seulement qu’il fraie la voie.
Et c’est ce qui lui fera écrire, un an plus tard, pour le premier anniversaire de sa libération, le 3 juin 19286 :
« Ce n’est pas seulement moi que D.ieu a libéré, le douzième jour du mois de Tamouz. Ce sont tous les amants de notre Torah et de sa Loi ; tous ceux qui chérissent le judaïsme. Et même ceux qui ne sont juifs que de nom, ceux dont seul le nom est Israël. Eux aussi, avec moi, ont été libérés. »7
Nous sommes quarante années plus tard ; près d’un demi-siècle s’est écoulé. Nous sommes le douzième jour du mois de Tamouz, dans la grande synagogue de Brooklyn. Le gendre de Rabbi Yosseph Yits’hak, son successeur, au milieu des Hassidim, célèbre l’événement. L’anniversaire de la libération de son beau-père. Du sixième rabbi de Loubavitch. Car ce jour, depuis, est resté jour de grâce. Un jour chargé de senteurs célestes. De parfum de fée d’une nouvelle ère.
Mais ce douzième jour de Tamouz-là – le 20 juillet 1967 –, le peuple juif entier célèbre un autre miracle. Celui qui, en six jours, vient de le sauver encore. En six journées, du 5 au 11 juin 1967, quarante ans après, presque jour pour jour, la libération de Rabbi Yosseph Yits’hak, Israël a retrouvé les murailles de Jérusalem, de Hébron et de Bethlehem, les rivages du Jourdain, de Judée et de Samarie ; l’antique berceau de la Terre Promise vient de revenir au peuple juif au terme de deux mille ans d’exil
Le successeur, auquel Rabbi Yosseph Yits’hak a légué sa vision et ses pouvoirs, interprète l’événement pour les Hassidim. Il en restitue le sens secret, délivre la clef de son mystère ; lui qui, au-delà des apparences, sait discerner la raison enfouie. Le signifiant qui échappe aux hommes et que le Ciel réserve aux Maîtres.
« Il y a quarante ans, presque jour pour jour quand le Rabbi nous avait écrit : “Ce n’est pas seulement moi qui ai été libéré… Ce sont tous les amants du Livre. Même ceux qui ne sont juifs que de nom. Même ceux dont seul le nom est Israël”, personne ne l’avait compris. Parce que le Talmud est formel : “Il faut quarante ans au disciple pour pénétrer le message du maître.” »
Et quarante ans se sont écoulés. Entre temps, un pays, un État sont nés ; et ce petit pays, cet État des bouts du monde n’a pas combattu pour se tailler un empire ; il ne l’a pas fait par soif de conquête ni par esprit d’hégémonie. Seulement pour se défendre, pour vaincre l’étau mortel ; les prémices d’un nouveau massacre. Vingt ans après la Shoah, ce peuple a résisté. Il a usé pour y arriver, des voies tracées, quarante ans auparavant ; il n’a pas eu peur, ne s’est pas incliné. Il a fait preuve de la même audace, de la même témérité ; au nom d’une cause également juste. Celui qui sauve une vie ne sauve-t-il pas le monde ?
Ce petit pays restera pacifique. Il réclame seulement sa reconnaissance. Par ses ennemis de toujours, et les autres. Et l’alliance a été passée, le sceau du Ciel a été apposé au bas de toutes les sentences humaines ; sur tous les parchemins où, désormais, s’inscrira l’Histoire : que ce peuple ne s’inclinera plus. Que l’âge noir est révolu. Ceux qui brandissent l’étendard de la mort ont cessé d’être les vainqueurs. Le peuple du Livre a droit de retrouver sa terre. Parce qu’un nouveau temps est né où le faible saura tenir tête ; parce que le Seigneur l’a fortifié. Parce qu’il n‘a pas baissé le regard. A refusé de s’incliner. Lui dont la spiritualité reste matrice des autres. Il demande juste à être reconnu. Sans prétention dominatrice. Et c’est pour cela qu’il a droit au pardon. Et même s’il n’est « juif que de nom » ; si « seul son nom est Israël ». Les péchés ont été absous au creux d’une nouvelle innocence. Un nouvel arc-en-ciel se lève qui saura iriser le temps. Car le signe est offert à tous. La grande âme a vaincu. Il faut seulement écouter. Entendre le murmure qui n’a pas fauté. Et qui est prêt à se porter à ceux qui voudront l’accueillir… pour forger de nouveaux cieux et une nouvelle terre. Celle annoncée par les prophètes. Et dont la victoire est le signe.
NOTES
1. In Arest ound Bafrayoung foun der Lubavitcher Rebbe et Die Tsoures foun der Lubavitcher Rebbe in Sovietisher Russland – Riga, 1930.
2. Dans L’Archipel du Goulag, Alexandre Soljénitsyne dépeint ainsi « le tournant » de 1927 : « … Ce fut une année tendue, secouée de convulsions par les éclats de journaux, une année qui fut ressentie chez nous, que l’on nous fit ressentir comme une veillée d’armes avant la guerre pour la révolution mondiale. L’assassinat du plénipotentiaire soviétique à Varsovie inonda des pages entières de journaux au mois de juin… Aussi, à Moscou, entreprend-on le ratissage systématique de la ville quartier après quartier… Le slogan : “Nous donnerons un tel coup de poing sur table que le monde entier en tressaillira de peur !” Vers la Loubianka, vers les Boutyrki (équivalents moscovites de la Shpolerna… I. G.) convergent, même de jour, paniers à salades, automobiles, camions fermes, fiacres découverts… On n’arrive pas à décharger et à écrouer tous ceux qui ont été arrêtés. Même scène en d’autres villes… Ce travail d’assainissement démarra à plein dès 1927… »
3. Le voyage eût été sans retour. En 1928, le finlandais Boris Cederholm, emprisonné à la Shpolerna durant la même période décrivait ainsi dans La Revue des deux mondes son arrivée dans l’archipel, au terme d’un périple de trois jours : « Plus loin s’apercevait le grouillement d’une foule en haillons… J’en reconnus plusieurs pour les avoir vus pendant la promenade à la prison de la Shpolerna :… Déguenillés, crasseux, chaussés de sandales d’écorce tressée attachées par des bouts de cordes, ce n’étaient plus des hommes, mais des squelettes tendus de peau… » Le reste de son témoignage décrit un système fort comparable à celui des futurs camps de concentration allemands. Il fut libéré quelques semaines plus tard sur l’intervention de son gouvernement. Dès le début des années trente, les nazis éditèrent un rapport secret sur les techniques de déshumanisation des camps sibériens dont ils devaient largement s’inspirer…
4. Procureur de l’État soviétique.
5. Dubine, député du parti agrarien à Riga, pouvait convaincre les milieux politiques de voter contre le traité.
7. Dans la pensée kabbalistique, la libération de la Grande Âme, qui porte toutes les autres en elle, revêt une signification générale : si le Rabbi a été disculpé par le tribunal des hommes, c’est qu’il l’a d’abord été par celui du Ciel. Son attitude en prison s’explique par sa volonté de faire entrer le peuple juif, toutes les âmes qu’il porte en lui, dans une dimension pré-messianique. Ceci en accord avec le principe qui veut qu’à la veille des temps futurs, D.ieu en octroie à son peuple l’avant-goût : en l’occurrence, la fin de la soumission aux nations. Cette nouvelle ère, le Rabbi devait l’incarner dans sa vie propre avant de la léguer à l’ensemble du peuple juif. Sa libération résonne comme un écho du verdict céleste qui a avalisé l’avènement de cette nouvelle ère.
En juin 1967, son successeur, le septième Rabbi, fera remarquer que si quarante ans exactement s’étaient écoulés entre la libération de Rabbi Yosseph Yits’hak et le retour d’Israël sur sa terre, lors de la guerre des Six Jours de juin 1967. ce n’était pas le fruit du hasard, mais la vérification du principe talmudique : « Il faut quarante ans au disciple pour accéder à la compréhension de son maître. » Maxime elle-même fondée sur la harangue biblique de Moïse aux Hébreux à la veille de l’entrée en Terre Promise, leur faisant constater qu’il leur avait fallu ce temps – les 40 années du désert – pour obtenir « des yeux qui voient, des oreilles pour entendre et un cœur pour ressentir… » (Deutéronome. 29, 3.)
Les quarante années écoulées entre la libération de la Grande Âme et le retour du peuple juif sur sa terre, dans un contexte également tourmenté – Israël seul contre tous, défiant victorieusement ses ennemis comme le Rabbi quarante ans auparavant – correspondirent à un temps d’intériorisation où le verdict du tribunal céleste, prononcé en 1927, se matérialisa progressivement, jusqu’à son dénouement final. En d’autres termes, la miraculeuse victoire des six jours fut le fruit de la libération du Juste intervenue quarante ans avant.
Lettres du ‘Hassid, Rav Elyahou ‘Haïm Althaus, puisse D.ieu venger son sang versé, relatives à l’emprisonnement et à la libération du Rabbi Rayats, dont l’âme est en Eden, 12 – 13 Tamouz
Traduit par le Rav ‘Haim Mellul
Par la grâce de D.ieu,
jeudi de la Parchat Matot,
21 Tamouz 5687, Moscou,
A mes très chers amis, le grand Rav, d’une immense élévation,
distingué ‘Hassid qui craint D.ieu, le Rav M. M. Lokshen et les
‘Hassidim ‘Habad des Etats-Unis et du Canada,
J’espère que vous allez tous bien. Je remercie D.ieu pour Son grand bienfait, car nous avons reçu, aujourd’hui, une bonne nouvelle. Ce sont donc des jours de festin et de joie. En effet, ce mardi, troisième jour de la semaine, lorsque, deux fois, fut dit le mot bon, lors de la création, 12 Tamouz, le serviteur de D.ieu, couronne et gloire de notre tête, le Rabbi Chlita a été libéré, dans la paix. C’est le jour que D.ieu a fait, pour toutes les générations, jusqu’à la venue du juste libérateur, afin que l’on y soit heureux et joyeux. Il évoque le premier 19 Kislev et il est peut-être même plus fort, plus puissant, car ce dernier miracle est plus grand que le premier, puisque, dans ce dernier cas, étaient impliqués des hommes doués du libre-arbitre, possédant la connaissance et sachant particulièrement bien choisir le bon moment.
Ils ont voulu tout déraciner, non seulement l’enseignement du Baal Chem Tov, mais aussi toute la Torah de D.ieu, en général, dans son intégralité, éteindre définitivement la lumière d’Israël, que D.ieu nous en garde et qu’Il nous en préserve, qu’il n’en soit jamais ainsi. Mais, D.ieu a été avec Yossef, le Tsaddik. Il a libéré son âme et celles de tout Israël, qu’il nourrit et qu’il conduit à l’existence, du terrible filet qu’ils ont gratuitement tendu devant lui. Que se taisent donc les lèvres mensongères, qui étendent leurs propos contre le Juste ! Qu’ils se couvrent d’opprobre et qu’ils soient humiliés, ceux qui en voulaient à sa vie !
Il est né et il a révélé sa lumière cachée, le 12 Tamouz 5640. Or, le même jour, le 12 Tamouz 5687, le soleil a brillé pour nous dans toute sa force. Une lumière beaucoup plus raffinée et pure que celle du matin nous a éclairés. Qui contera les hauts fait de l’Eternel et prononcera Sa louange ? Un homme limité, soumis aux voies de la nature, est-il capable de décrire, par sa plume, avec de l’encre sur un parchemin, celui qui n’est pas une personne comme nous, un homme dont le comportement, ici-bas, transcende totalement les voies de la nature et les limites ? Nous autres ‘Hassidim avons observé, concrètement, de nos propres yeux, des miracles évidents et des merveilles. Nous avions vu et nous savions le grand et terrible danger qu’encouraient, malheureusement, le domaine de la sainteté, en particulier et nous tous, peuple d’Israël, en général.
Je ne veux pas dissimuler tout cela à mes amis et je relaterai au moins un millième de ce que nous avons vu et entendu. Voici les faits. Au début de cette année, nous tous, ‘Hassidim les plus proches, vivant à l’ombre de sa sainteté, nous avons eu très peur, car, en des moments de révélation habituelle, à Sim’hat Torah, le 19 Kislev, à Pourim, nous avions entendu de sa sainte bouche des propos très effrayants, particulièrement inquiétants, qu’aucune oreille n’avait entendus depuis que nous nous trouvons sur cette terre.
Il a, par exemple, dit ceci :
«Je brûle comme une bougie. N’ayez pas pitié de mon corps, mais seulement de ma tête.»
Il a demandé une abnégation effective de la part de chacun d’entre nous :
«Faites attention que les enfants étudient dans un ‘Héder. Eduquez vos enfants sur la voie de vos parents, car, si vous ne le faites pas, ce qu’à D.ieu ne plaise et qu’Il nous en préserve… Il m’est difficile d’exprimer, par ma bouche, des paroles qui brûlent comme une torche enflammée. Juifs qui espérez la venue du Machia’h, ‘Hassidim, lisez des Tehilim !».
Il a beaucoup pleuré et, en versant des larmes, il a prononcé des mots terribles, qui transpercent comme un glaive, au point que notre vieil ami, le Rav Moché Anchel de Nevel, a dû le supplier :
«Rabbi, nous ne voulons pas entendre tout cela. Nous voulons que le Rabbi reste ici.»
La Rabbanit mère, à laquelle D.ieu accordera de longs jours et de bonnes années, a dû le convaincre d’interrompre ces propos terribles.
Toute l’année, jusqu’à maintenant et encore à l’heure actuelle, nous avons lu des Tehilim, d’une manière systématique, après la prière, dans toutes les synagogues ‘hassidiques, en tout endroit. Nous avons eu peur et nous avons craint le pire. Puis, à la veille du mercredi de la Parchat Chela’h, 16 Sivan, à deux heures du matin, il a été arrêté et conduit dans la pire des prisons, la plus sévère. Dès lors, l’arche sainte nous a été dissimulée. Nous ne savions pas où il était, ce qui lui était arrivé. Pendant quatorze jours, nous ne savions pas à qui parler, qui demander. Nous allions, tous les jours, perdus et malheureux. Notre vie était en suspens, à chaque instant. Nous ne savions pas du tout si Yossef était encore vivant. Nous avons instauré des jeûnes, en tout endroit. Nous avons lu des Tehilim tout au long de la journée, sans interruption.
Dix-huit jours et demi plus tard, le dimanche de la Parchat Balak, 3 Tamouz, une grande lumière nous a soudain été révélée et elle est apparue à l’évidence. Pour notre grande peine et pour la souffrance de notre âme, il ne nous a pas été possible de recevoir sa lumière, son éclat et sa splendeur. Ce jour-là, le soleil a été séparé de nous et, quelques heures plus tard, il a été obligé de se rendre, conformément au verdict, dans une ville de refuge, où il a été exilé et envoyé pour trois ans. Pendant ces quelques heures, nous avons eu connaissance de l’accusation qui avait été portée, des fautes et des délits pour lesquels il avait été condamné. Il y a, en l’occurrence, quatre chefs d’accusation essentiels pour lesquels son sang a été versé, à proprement parler, comme de l’eau :
A) il est le dirigeant de la communauté des ‘Hassidim se trouvant dans le pays,
B) il est le fondateur de ‘Héders, de Yechivot et de toutes les institutions religieuses de notre pays,
C) il est une autorité nationale chez les orthodoxes, l’intelligentsia et également chez les bourgeois, ici comme ailleurs,
D) ses capacités et ses activités lui ont permis d’obtenir des sommes importantes, venues de l’étranger, pour la Torah et pour ceux qui l’étudient. Et, il y a encore beaucoup d’autres détails, qu’il n’est pas nécessaire d’énumérer.
Pour tout cela, le D.ieu du pardon lui a conféré une grande sagesse et il a pu apporter une réponse à chaque question, avec toute la vérité qu’il porte en lui. L’Eternel a été avec lui, car c’est Yossef qui distribue la subsistance. Voici les premières paroles qu’il a prononcées et que nous avons eu le mérite d’entendre de sa bouche sainte et pure :
«Je viens d’observer de mes propres yeux que Tu es l’Eternel. Tous les récits que l’on a relatés à propos de l’Admour Hazaken, je les ai vus concrètement. Il n’y a pas eu un quart d’heure en lequel je n’ai vu mon père. Désormais, de nombreuses images nouvelles s’ajouteront aux notions les plus profondes de la ‘Hassidout. Si je savais qu’il en résulterait une action concrète, que, grâce à cela, on pourrait étudier ouvertement la Torah, j’aurais pardonné toutes mes souffrances.»
Il y a eu d’autres paroles encore, que la bouche ne peut pas répéter.
Pendant dix-huit jours et demi, il a jeûné et il a intercalé, chaque jour, la prière : «exauce-nous». Il a eu, concrètement, beaucoup d’abnégation, jusqu’à ce qu’on lui rende son Talith et ses Tefillin, le troisième jour, mais ce point ne sera pas évoqué ici. Il a dit et écrit beaucoup de ‘Hassidout, là-bas. Pour l’heure, nous n’en connaissons que deux discours ‘hassidiques. Le premier est intitulé : «J’ai invoqué D.ieu dans l’étroitesse» et le second : «Que D.ieu soit avec moi, pour ceux qui me viennent en aide et je verrai». Nous reviendrons sur tous les autres.
Nous sommes arrivés dans sa ville de refuge, le lundi, veille du mardi de la Parchat Balak. Dès ce mardi, nous nous sommes rendus à l’enregistrement, qui est une obligation légale, une fois par semaine. Nous l’avons fait. Les Juifs de la ville nous ont accueillis avec beaucoup d’honneur, comme il convient, D.ieu merci. Puis, le mardi de la Parchat Pin’has, 12 Tamouz, nous sommes retournés en cet endroit et, dès notre arrivée, on nous a annoncé qu’il était libéré, délivré, qu’il était libre de se rendre aux quatre points cardinaux.
Le lendemain, mercredi, il a reçu les documents et le jeudi, au matin, nous sommes rentrés chez nous, en un bon moment. D.ieu merci, nous sommes bien arrivés, avant le saint Chabbat et : «pour les Juifs, ce fut lumière et joie», la lumière de la Torah nous a éclairés et la joie de la Mitsva a ouvert nos cœurs. Puisse D.ieu faire que nous ne connaissions plus la crainte, que la bougie d’Israël ne s’éteigne pas et que ses sources se diffusent à l’extérieur.
Mes amis, vous que j’aime, après ce que nous avons vu, nous-mêmes, nous nous devons, nous sommes obligés d’avoir à cœur le grand principe de nos maîtres, dont le souvenir est une bénédiction, car des miracles ne surviennent pas chaque jour et il ne faut pas s’en remettre au miracle. Mes amis, nous ne connaissons pas encore le repos et notre esprit ne vit pas encore dans la quiétude. Notre joie n’est pas entière. La tristesse est encore cachée, enfouie, profondément dissimulée en notre cœur. Nous ne savons pas d’où sont soudain arrivés le salut et la délivrance, d’ici ou de là-bas. Pour quelle raison la situation s’est-elle transformée, favorablement ?
Aussi, la grande peur du passé, que D.ieu nous en garde, nous saisit-elle encore et elle nous fait trembler, pour les jours qui viennent. Qui sait ce que l’avenir réserve ? Qui sait quel vent soufflera ? Vers quelle direction du monde politique faudra-t-il se tourner, alors qu’en réalité, il n’a aucun rapport, aucune relation avec lui ? Car, rien ne le concerne, en dehors des quatre coudées de la Torah et de la prière.
Mais, ils ont appris qui est ce grand homme, ils ont vu son immense valeur et sa grâce, aux yeux du peuple d’Israël, disséminé dans le monde entier. Tous tremblent devant son nom et son souvenir, redoutent que le mauvais œil se saisisse de lui, ce qu’à D.ieu ne plaise. On peut donc craindre qu’ils l’utilisent comme un ballon, comme un moyen d’obtenir un autre acquis, qui serait sans rapport, que D.ieu nous en préserve.
Nous avons, de ce fait, l’obligation sacrée, avec nos frères et nos amis, liés et attachés à nous, de mettre en pratique l’enseignement de nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction, selon lequel un disciple des Sages doit être protégé et il ne doit pas avancer seul dans l’obscurité.
Restez donc vigilants. Recherchez en permanence de ses nouvelles et sachez ce qui lui arrive. Ne vous détournez pas un seul instant de la couronne et de la gloire de notre tête, de la satisfaction de notre cœur. Soyez constamment en relation avec la maison de notre vie, en particulier et avec tous les ‘Hassidim, en tout endroit, en général. Le mérite de ses ancêtres, nos saints maîtres, le protègera afin qu’aucune accusation, qu’aucun complot ne soit mené contre lui, pour qu’on ne le suspecte pas sans fondement, pour que tous les vents du monde ne puissent pas le déplacer, ce qu’à D.ieu ne plaise.
Votre ami, qui vous aime sincèrement, qui recherche votre bien toujours et tous les jours,
Elyahou ‘Haïm Althaus,
Rav Elyahou ‘Haïm Althaus (1860 – 1942) était l’un des Hassidim les plus proches et les plus liés au Rabbi précédent. Il était dévoué à lui et à sa famille, de tout son cœur et de toute son âme.
Rav Althaus est né en 1860 à son père, Rav Pinhas Althaus, dans la ville de Nikolaev. Dans sa jeunesse, il a étudié à la Yeshiva Tom’hei Tmimim Loubavitch.
En 1918, il est envoyé par le Rabbi Rashab à la ville de Podubranka afin de diffuser le judaïsme. Durant son séjour dans la ville, en 1920, le décès du Rabbi Rashab a lieu et, à la nouvelle de cela, il s’évanouit.
En 1923, il se rend chez le Rabbi précédent à Leningrad et, depuis lors, il travaille aux côtés de Rabbi précédent et aide dans toutes ses activités pour propager le judaïsme et pour le bien des Juifs de Russie qui restent derrière le rideau de fer.
Il a dirigé le réseau clandestin de « chambres ». Lors de la célébration de Pourim en 1927, le Rabbi précédent s’adresse à lui en pleurs, lui donnant des instructions pour continuer le travail. Rabbi Eli déroule les événements dans un journal spécial qui a depuis été découvert et publié.
Sa proximité avec la famille du Rabbi précédent était rare et unique, et il a eu le privilège de devenir l’entremetteur qui a organisé le mariage du Rabbi avec la fille du Rabbi précédent, la Rabbanit Haya Mouchka.
Quand le Rabbi précédent a été arrêté le 15 Sivan 1927, c’est lui qui a couru pour informer le secrétaire Rav Haïm Liberman, le Rashag et le Rabbi.
Lorsque le Rabbi précédent est allé à Kostrama, il a pris avec lui Elyahou ‘Haïm Althaus. Peu de temps après le départ du Rabbi précédent de Russie, Elyahou ‘Haïm Althaus a réussi à sortir lui aussi, et a établi sa résidence près du Rabbi précédent à Riga, où il est resté jusqu’à l’Holocauste.
Il est mort en martyr pendant l’Holocauste le 10 Kislev 1942, avec Rav Its’hak Horowitz, Rav Yechezkel Feigin, Rav Raphael Cohen, Rav Hillel Horowitz, Rav Zalman Its’hak Vashonok, et Rav Ishaiah Hanukkah Berkhahan.
Ses séjours avec le Rabbi précédent sont enregistrés dans des journaux personnels qui contiennent des descriptions de moments historiques dans l’histoire du Hassidisme Habad comme la célébration qui a eu lieu à Pourim en 1927, l’arrestation et la libération du Rabbi précédent, le mariage du Rabbi, le séjour de la congrégation des Hassidim à Riga sans le Rabbi précédent en 1930, lorsqu’il est resté aux États-Unis, et plus encore.
Sa famille
Son fils, Rav Pin’has Althaus – l’un des directeurs de « Tiferet Bachurim », a été assassiné par les autorités soviétiques.
Nigun de Reb Elyahou Haim Althaus, chanté par Rav Mendel Amar