A quatre-vingt-dix-neuf ans, la cousine du Rabbi se souvient

A quatre-vingt-dix-neuf ans, la cousine du Rabbi se souvient

 

À quatre-vingt-dix-neuf ans, Hadassa Schneerson Carlebach porte en elle un siècle d’histoire juive, de la Russie soviétique aux maisons d’enfants de la France occupée. Cousine au second degré du Rabbi de Loubavitch, fille d’un homme qui consacra son existence au Rabbi précédent, elle a connu la peur, l’exil et la perte bien avant d’avoir atteint l’âge adulte. Dans un entretien d’une rare émotion, elle livre les leçons d’une vie tout entière placée sous le signe du courage et du don de soi.

 

 

 

Il est des existences qui épousent le cours de l’Histoire. Celle de Hadassa Schneerson Carlebach en est une. À quatre-vingt-dix-neuf ans, cette femme à la mémoire vive et au regard encore malicieux a traversé le vingtième siècle dans ce qu’il eut de plus sombre — la Russie soviétique, l’exil, la guerre — sans jamais perdre ni sa foi ni son sourire. Reçue au micro de l’émission « Ordinary People with Extraordinary Stories », animée par Chana Weisberg, elle s’est livrée avec une simplicité bouleversante.

Naître dans la Russie soviétique

Hadassa voit le jour à Leningrad, le 10 Chevat 5687 (1927), à l’époque où le Rabbi précédent, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, réside encore dans la ville. « C’était une période extrêmement dangereuse pour les Juifs », se souvient-elle. La Russie communiste persécute toutes les religions, mais traque les Juifs avec une cruauté particulière. Le gouvernement va jusqu’à créer une section spéciale chargée de cette persécution, et le tragique de l’époque tient à ceci : elle est tenue par des Juifs, des Juifs qui persécutent les leurs.

« Ne croyez pas qu’il s’agissait d’étrangers à toute religion, précise-t-elle. Certains venaient de familles pratiquantes. C’est là le drame de ce temps : tant de jeunes gens trouvaient le communisme merveilleux, ils étaient idéalistes, et ils se sont acharnés contre leur propre peuple. » Dans un tel climat, il n’y avait place ni pour l’amitié ni pour la confiance. « Non seulement nous ne pouvions avoir d’amis, nous ne pouvions même pas parler. Chaque mot pouvait être déformé, retourné contre nous. » Très tôt, les enfants apprenaient à se taire, à écouter sans jamais répondre.

Un père au service du Rabbi précédent

Hadassa doit son existence même à une bénédiction. Ses parents étaient mariés depuis six ans sans enfant lorsque son père conduisit son épouse auprès du Rabbi précédent. « Selon ses propres mots, il ne parvenait même pas à parler, raconte-t-elle. Mais le Rabbi comprit ce qu’il demandait. Il donna sa bénédiction, et je suis née cette année-là. » Elle naît un 10 Chevat — cette date qui deviendra plus tard la Hilloula du Rabbi précédent.

Son père travaillait pour le Rabbi. Ses fonctions étaient diverses, mais elles consistaient surtout à assurer la communication entre les ‘Hassidim et à distribuer l’argent qui arrivait, le plus souvent des États-Unis — une partie acheminée légalement, l’autre sous le manteau. Car le Rabbi précédent avait exigé que chaque ville conserve sa Yechiva, que l’étude ne s’éteigne jamais. « Quand le Rabbi dit une chose, elle se fait, quel que soit le danger. Chacun mettait sa propre vie en jeu. » Les Yechivot survivaient donc littéralement dans la clandestinité, dans des caves. Mais les enseignants devaient être rémunérés, et l’argent devait parvenir en chaque lieu. C’était la tâche du père de Hadassa.

Les voyages étaient incessants et périlleux. Il fallait des permis pour passer d’une ville à l’autre, et transporter des devises étrangères constituait le pire des crimes. Pour détourner les soupçons, le père emmenait sa petite fille : ainsi, le voyage prenait des allures de vacances. Hadassa ignorait alors la véritable nature de ces déplacements. On n’ouvrait pas la valise d’une fillette accompagnant son père. Elle se souvient d’une parade restée légendaire dans la famille : sommé d’ouvrir une valise dont il prétendait ne pas avoir la clé, l’on répondait « Je l’ai volée », et l’affaire en restait là — car le vol passait, mais non la détention de monnaie étrangère.

Une enfance sous la menace

Hadassa ne fréquenta jamais l’école. Son père s’arrangea pour qu’elle reçoive son instruction à la maison, afin de la soustraire au problème du Chabbat. Elle eut des précepteurs. Sa maîtresse de matières profanes, une Russe, était immense et imposante ; gauchère, l’enfant qu’elle était se vit contraindre à écrire de la main droite, comme on le faisait alors, et n’apprit jamais grand-chose avec elle. En revanche, son maître d’études juives était un Rav merveilleux. Le jour où il découvrit qu’elle ignorait tout du calcul — la Paracha traitait justement de l’arche de Noé et des dimensions précises que D.ieu lui avait fixées —, il lui enseigna en une seule journée l’addition, la soustraction et la multiplication, puisqu’il fallait bien savoir compter pour comprendre la Torah.

La maison familiale, près de Moscou, servait de refuge. Les ‘Hassidim traqués, dénoncés parfois par les leurs, changeaient de papiers, de noms, de lieux ; ils s’y cachaient en attendant de trouver un autre abri. Il y avait toujours, dans la demeure, quelqu’un en situation illégale. Un soir d’hiver, son père lui annonça qu’ils dormiraient dehors, sur la table de la véranda. « Il fait si froid, comment veux-tu ? » s’étonna l’enfant. « Nous ferons en sorte d’avoir chaud, lui répondit-il. Nous mettrons une couverture, nous regarderons les étoiles, je te raconterai tout sur elles. » Elle comprit plus tard qu’il avait disposé la table contre la porte d’entrée : si quelqu’un venait vérifier qui se trouvait dans la maison, le temps de déplacer le meuble laisserait aux clandestins une chance de fuir par l’arrière. Cela se reproduisit plusieurs fois.

Son père fut arrêté treize fois. Souvent, lorsqu’il rentrait, les agents l’attendaient déjà ; sa mère, les voyant venir, confiait la fillette à la garde de son frère aîné et courait intercepter son époux pour l’empêcher de revenir. Doué d’une parole vive, drôle et habile, il parvenait chaque fois à se tirer d’affaire. Jusqu’au jour où cela ne suffit plus — d’abord à cause de ses propres activités, mais aussi à cause de son seul nom : Schneersohn, le nom même du Rabbi.

Quitter la Russie

Arrêté en 1927, le Rabbi précédent avait été condamné à mort, puis libéré sous la pression du monde entier, à la condition expresse de quitter la Russie sans délai. Pour la famille de Hadassa, l’exil devint lui aussi inévitable. Obtenir des papiers relevait de l’épreuve. « Petite fille, je me demandais sans cesse : s’ils ne veulent pas de nous, pourquoi ne nous laissent-ils pas partir ? » Aujourd’hui encore, dit-elle en riant, elle ne le comprend pas.

Même avec des appuis, les autorités n’accordaient une autorisation que pour un seul motif : se rendre en Palestine prier sur les tombes des patriarches. Aucune émigration vers les États-Unis n’était permise. Ce fut le docteur Rosen, qui travaillait pour le Joint aux États-Unis et disposait de relations politiques en Russie, qui obtint pour eux les visas. La famille partit donc pour la Palestine, tous les quatre réunis. Soixante jours plus tard, le père s’en allait à son tour, muni d’un visa pour l’Amérique. Sa femme et ses enfants demeureraient encore plus d’un an avant qu’il ne les fasse venir.

Paris, les soupes populaires et les maisons d’enfants

Le père de Hadassa n’atteindra jamais les États-Unis. En route, après avoir quitté la Palestine, il rendit visite au Rabbi précédent, en 1935 — il ne l’avait pas revu depuis 1927 —, puis traversa l’Europe pour rejoindre l’Atlantique et y embarquer. Mais il s’arrêta à Paris. Militant dans l’âme, partout où il percevait un manque, il se disait : « Je vais m’en charger. » À cette époque, de nombreux réfugiés fuyant l’Allemagne nazie affluaient déjà dans la capitale, et la France leur ouvrait grand ses portes. Il y avait là, pour lui, tant à accomplir. Il renonça à l’Amérique.

Il ouvrit une soupe populaire, des Talmud Torah, des Yechivot, sans attendre. Puis il fit venir les siens. « Pourquoi n’a-t-il pas voulu gagner les États-Unis ? Parce qu’il était nécessaire ici, répond-elle simplement. Là où il se trouvait, c’était toujours là qu’on avait besoin de lui. » Bientôt, il organisa une maison d’enfants, et la famille se déplaça avec elle d’un lieu à l’autre, à travers la France.

Douze ans, et déjà responsable

« En 1939, quand la guerre éclata, j’avais douze ans. J’ai dû grandir très, très vite. » Dès avant l’entrée de Hitler dans Paris, alors que les parents craignaient déjà les bombardements, Hadassa participa à l’évacuation des enfants de la capitale vers le sud. Un jour, sur un quai de gare, un garçon plus âgé, chargé du groupe, s’obstina à prendre un mauvais train — un convoi filant vers le nord, vers les nazis. La fillette protesta : ce n’était pas le bon quai. Il n’en démordit pas. À la première station, il comprit son erreur. « À partir de là, c’est moi qui ai pris la responsabilité du groupe. J’avais douze, treize ans. »

En Russie, dit-elle, elle n’avait guère eu peur ; en France, elle prit davantage conscience du danger. Désormais seule à la tête d’un groupe de fillettes et de petits garçons, elle dut prendre des décisions vitales. Il fallait parfois fuir au cœur de la nuit, lorsque leur refuge avait été découvert — une ferme, dans les hautes Alpes. Une nuit, la peur la submergea. Ils marchaient sous la lune, dans la neige, sur une petite route, et de chaque ferme jaillissaient des aboiements de chiens. Hadassa, terrifiée par les chiens, ne sachant s’ils étaient ou non attachés, finit par s’immobiliser, paralysée — et tous les enfants avec elle. C’est une fillette de six ans, particulièrement remarquable, qui la tira de là : « Pensons à Hachem, dit-elle, et marchons. » L’enfant lui fit honte, et le groupe repartit. « Parfois, reconnaît-elle, la peur prenait le dessus. »

De la Choa qui se déroulait alors, elle ne savait rien. « Personne ne savait. Nous n’avions pas de radio. Nous savions seulement que nous étions, nous, en danger. »

« Fais-le, et fais-le avec le sourire »

Un jour, Hadassa confia à son père qu’elle avait peur. Il lui répondit ces mots qui allaient l’accompagner toute sa vie : « C’est normal d’avoir peur. Tu as le droit d’avoir peur, mais tu dois le faire malgré tout. » Plus tard, il ajouta : « Et fais-le avec le sourire. » C’est, explique-t-elle, ce que la tradition nomme Kabbalat Ol, l’acceptation du joug du Ciel : accomplir ce qui doit l’être, même à contrecœur, fût-ce pour une chose minime — rendre visite à quelqu’un qui en a besoin, alors même qu’on ne l’apprécie guère.

Elle se souvient d’un échec, juste avant Pessa’h. Au lendemain de la guerre, son père avait organisé, pour la première fois, la cuisson des Matsot destinées à de nombreuses familles de Paris. La distribution se faisait chez eux. Debout, Hadassa remettait les Matsot, mais la file n’en finissait pas, l’après-midi s’avançait, l’heure d’allumer les bougies de fête approchait. Elle perdit son sourire. « Il faut que je me prépare, dit-elle, l’allumage est dans un quart d’heure. » Son père répliqua : « Les Juifs ont besoin de Matsa pour Pessa’h. » Sous-entendu : et tu voudrais retourner à ta toilette ? « Il attendait davantage de moi. »

C’est cette leçon qu’elle transmet à ses petits-enfants. Faire ce qui est juste, le faire avec le sourire — et, leur promet-elle, ils en éprouveront à la fin une joie véritable. « Même lorsqu’on agit pour de mauvaises raisons, ajoute-t-elle citant l’enseignement du Rabbi, on finit par accomplir le bien pour la bonne raison. »

L’Amérique, la tristesse et le chant retrouvé

Hadassa avait tout juste vingt ans lorsqu’elle gagna l’Amérique. « J’étais très déprimée. Je ne comprenais pas. » Quelques années à peine après la guerre, une question la rongeait : pourquoi avait-elle été sauvée, et non les autres ? Il lui fallait travailler ; elle se mit à enseigner, car c’était ce qui se présentait. En grande partie autodidacte — elle avait étudié un peu de Guemara avec son père —, elle ne brillait pourtant pas. Durant la guerre, ses groupes ne lui avaient jamais posé de problème de discipline : les enfants savaient que l’heure n’était pas à la légèreté. Mais devant ses élèves américains, elle peinait. Elle finit par comprendre : elle apportait en classe toute sa tristesse.

Elle décida que cela ne pouvait durer. Elle se mit à chanter — des niggounim, ces mélodies qu’elle aimait —, et avec ses tout-petits élèves. « Cela leur fit plus de bien qu’à moi-même. » Sa vie en fut transformée. Elle se réveillait désormais le matin, récitait le Modé Ani — cette première prière du réveil — avec un sourire, et même un pas de danse. « J’entends ce que je dis : c’est si merveilleux, ce que je prononce. Comment ne pas sourire en remerciant D.ieu ? Il n’a que faire d’un visage maussade. » Aujourd’hui encore, dit-elle, le meilleur cadeau qu’on puisse se faire au réveil est de sourire en remerciant Hachem. En ce temps-là, nul ne confiait à autrui ses tourments. Elle eut la chance, ajoute-t-elle, d’épouser un homme patient et merveilleux, qui supportait ses humeurs avec une infinie douceur.

Les chemins croisés avec le Rabbi

Pendant la guerre, leurs routes se croisèrent. Le futur Rabbi fuyait Paris, comme eux ; ils se retrouvèrent à Vichy, dans le même restaurant. Hadassa y vit la fille du Rabbi précédent — la future Rabbanit — et son époux, qui n’était pas encore le Rabbi. « Cela fit sur moi une grande impression : je restais là, bouche bée, à les fixer. » Son père lui glissa une nouvelle leçon : « Cesse de les dévisager. Mange. Ce sont des personnes discrètes, qui ont droit à leur intimité. » Bien plus tard, elle mesura combien le Rabbi avait sacrifié sa vie privée. Le Rabbi et la Rabbanit, dit-elle, étaient l’un et l’autre des êtres profondément réservés. Quant à son propre lien avec le Rabbi, elle le résume ainsi : « Je crois être sa cousine au second degré. »

La Rabbanit ‘Haya Moussia

La Rabbanit ‘Haya Moussia, en quelque sorte, l’adopta. Elle se souvenait d’elle depuis Leningrad : à six mois, ses parents l’avaient amenée saluer le couple au moment où le Rabbi précédent dut quitter la ville. « Elle me disait que j’étais un beau bébé. Je n’étais pas un beau bébé », sourit-elle.

Lorsque la famille gagna l’Amérique, le père vint d’abord, accompagné de sa fille ; la mère demeura un temps en France. Il avait contracté de lourdes dettes pour sauver les enfants, empruntant pour ce qui manquait, persuadé qu’en Amérique — la « Medina dorée », le pays pavé d’or — il pourrait rembourser chacun. Naïvement, ils ignoraient alors que l’on ne donne pas pour le passé, pour ce qui a été accompli, mais pour des projets à venir. Il finit néanmoins par tout rembourser, grâce aux indemnités versées par l’Allemagne pour les beaux meubles que les nazis lui avaient pris à Paris.

Avant son mariage, la Rabbanit l’entoura de conseils et d’affection, s’enquérant ensuite de savoir si tout allait bien. Hadassa fut invitée plusieurs fois à dîner chez elle. « C’était une intellectuelle. Attentive, mais sans jamais étouffer ; elle laissait toujours de l’espace. » Elle comprenait Hadassa, comprenait sa situation, et possédait une philosophie bien à elle. Un jour, remarquant un bracelet bosselé, Hadassa, qui exerçait alors dans la bijouterie, lui proposa de le réparer aisément. La Rabbanit la regarda et répondit : « Réparer la bosse ? À quoi bon ? » Comme si la vie elle-même était pleine de bosses, et qu’il fallait l’accepter ainsi. Très discrète, elle préférait recevoir chacun séparément, pour offrir à tous une attention individuelle.

Le secret d’une jeunesse à quatre-vingt-dix-neuf ans

Chaque Chabbat après-midi, sa famille se réunit chez elle. Elle s’est remise à confectionner des ‘Hallot pour ses arrière-petits-enfants, prépare quelques sauces, achète des fruits en abondance ; ceux qui ne viennent pas pour les ‘Hallot reviennent pour les fruits, et tous trouvent un lieu où s’asseoir et se reposer. Quel est donc son secret, à quatre-vingt-dix-neuf ans, pour demeurer si vive et si active ?

« D’abord, le Rabbi nous a enseigné qu’on ne prend jamais sa retraite. » Et puis, dit-elle, elle est curieuse de nature, avide de comprendre comment et pourquoi les choses fonctionnent — la semaine passée encore, son fils tentait de lui expliquer la différence entre un conducteur et un semi-conducteur en électricité, parce qu’elle l’avait lu quelque part. Mais surtout, elle aime sa famille. « Enfant, je n’ai pas eu de famille. Je n’ai pas vu de cousin adulte avant l’âge de vingt-cinq ans, quand l’un d’eux est venu du Canada. » La famille lui a tant manqué qu’aujourd’hui, dit-elle, elle chérit chacun des siens. Deux de ses filles habitent au bout de la rue.

Un message pour les générations

À la jeune génération qui l’écoute, Hadassa adresse ce message : « Vous serez bien plus heureux si vous vous souciez des autres avant de penser à vous-mêmes. Oubliez-vous un peu, demandez-vous ce dont les autres ont besoin, ce dont vous pouvez leur être utile, ce qui peut faire une différence. » Et D.ieu, assure-t-elle, vous aidera personnellement, plus encore que vous n’aurez aidé autrui. « Levez-vous le matin avec le sourire et remerciez Hachem. » Quand un problème vous accable, conseille-t-elle, mettez-le de côté un instant, pensez à quelqu’un d’autre — et D.ieu vous viendra en aide. « Continuez à chercher, à apprendre, à réfléchir. La Torah a les réponses. Il suffit de chercher, d’étudier, et vous trouverez votre propre réponse. »

Ce dont elle est la plus fière, c’est d’avoir sauvé la synagogue familiale de Manhattan. Après le décès de son beau-père, le frère jumeau de son mari, sans cesse en voyage à travers le monde, l’avait délaissée, et l’établissement, en grande difficulté financière, frôlait l’expulsion. Hadassa disposait d’un peu d’argent, immobilisé alors dans des actions. Plutôt que de le donner sans plus s’en mêler — « il n’y avait personne pour gérer, cela n’aurait servi à rien » —, elle s’engagea. La synagogue accueillait des Juifs en quête, pas nécessairement pratiquants, mais en recherche. « J’aimais cela : nous pouvions chercher ensemble, travailler ensemble. » Elle se mit à préparer des ‘Hallot pour attirer les gens. « Les Français, je crois, disent qu’on touche les cœurs par l’estomac. » Et cela fonctionna. Aujourd’hui encore, ceux qu’elle a connus en ce temps-là, désormais installés en Israël, lui envoient sans cesse des messages. Une fois de plus, comme dans sa jeunesse, elle avait dû renoncer à son intimité parce qu’on avait besoin d’elle.

Au terme de cet entretien, l’animatrice ne cache pas son émotion. Ce qui la frappe, dit-elle, c’est l’esprit de sacrifice de toute une génération : ne pas songer à ses propres besoins, mais à ce qui était nécessaire. Et cette leçon, transmise par un père à sa fille — « C’est normal d’avoir peur, mais fais-le quand même, et fais-le avec le sourire » —, vaut pour tous les temps. Comme ce sourire que Hadassa choisit chaque matin, depuis tant d’années, en récitant le Modé Ani : non pas l’effacement d’une douleur, mais la décision, renouvelée jour après jour, de regarder la vie et d’y répondre par la joie. À quatre-vingt-dix-neuf ans, elle en est la preuve vivante.

 

 

 

Son mari, le Rav Eli Haim Carlebach, le frère jumeau du chanteur compositeur Rav Shlomo Carlebach

 

Shlomo Carlebach

 

A  gauche : Sa fille, mariée à Yitzi Hurwitz, un Chalia’h en Californie, atteint de la maladie de Lou Gehrig, la sclérose latérale amyotrophique

 

 

 

Entretien avec Mme Hadassa Shneerson-Carlebach, dont le père avait sauvé la vie de centaines d’enfants juifs en France pendant la Shoah

« J’ai eu ce mérite » : le dollar du Rabbi qui a bouleversé Boaz Golan en plein direct sur C14

« J’ai eu ce mérite » : le dollar du Rabbi qui a bouleversé Boaz Golan en plein direct sur C14

 

Un moment d’une rare émotion s’est invité sur le plateau de la Chaîne 14 lorsque le présentateur Boaz Golan a reçu entre les mains un dollar du Rabbi de Loubavitch. Surpris par ce geste auquel il ne s’attendait pas, le journaliste a confié à l’antenne le souvenir bouleversant d’une visite qu’il avait jadis rendue au Rabbi. « Il rayonnait », a-t-il murmuré, peinant à traduire en mots la puissance de cet instant.

 

 

 

C’est au cours de l’émission « Le Studio ouvert », diffusée ce dimanche, que la scène s’est déroulée. Le reporter Mendy Rizel a pris de court le présentateur des informations de la Chaîne 14, Boaz Golan, en lui présentant un dollar authentique remis par le Rabbi de Loubavitch en 1985, soigneusement conservé dans une pochette transparente. « Je ne sais pas si tu t’en souviens, mais moi je m’en souviens », lui a-t-il lancé, rappelant que lors de son dernier passage sur le plateau, il avait promis de lui apporter un dollar du Rabbi. « Quand je promets, je tiens parole. »

Un dollar rare, transmis par un Chalia’h de Sdérot

Aux côtés du billet, Golan s’est vu offrir un cadre doré destiné à recevoir une photographie du Rabbi. Rizel a expliqué que ce dollar lui avait été confié, à l’intention de Golan, par son beau-père, le Rav Moché Zeev Pizem, Chalia’h de Habad à Sdérot. Une courte vidéo du Rav Pizem a ensuite été projetée, dans laquelle il s’adressait directement au présentateur : « C’est avec joie que j’ai donné l’un des dollars que j’ai reçus du Rabbi. J’apprécie énormément le travail que tu accomplis : tu fais connaître la vérité. »

Rizel a tenu à préciser toute la singularité de ce présent. Le dollar remis à Golan avait en effet été donné à son beau-père en 1985, soit une année avant que le Rabbi n’inaugure la distribution traditionnelle qui allait devenir si célèbre. « C’est un objet rare », a-t-il insisté.

« Il rayonnait » : le souvenir d’une visite inoubliable

Visiblement ému par ce geste, Golan a partagé un souvenir personnel remontant à 1992. « J’étais auprès du Rabbi alors qu’il était souffrant. Je l’ai aperçu à la fenêtre, par la petite ouverture qu’il avait entrebâillée. Il rayonnait. C’est véritablement une chose impossible à expliquer. Seul celui qui l’a vu de ses propres yeux peut saisir ce que fut cet instant. Et j’ai eu ce mérite. »

Le dollar qui sauve : le récit bouleversant d’un élu de Beer-Chéva

Chimon Touboul, adjoint au maire de Beer-Chéva, qui se trouvait sur le plateau, possède lui aussi un dollar du Rabbi. Il a livré à son tour un témoignage à couper le souffle, tiré de sa période de réserve dans la bande de Gaza. « Nous étions aux abords de Jabaliya. On a tiré sur nous un RPG qui nous a manqués d’un millimètre. Ce dollar, c’est lui qui nous a sauvés. » Toubol a ajouté avoir ensuite remis ce même dollar à un autre soldat qui s’engageait dans les combats à Beit Hanoun ; lui aussi en réchappa, par des « miracles manifestes ».

Récit extraordinaire : Le « bonjour » qui sauve une vie

Récit extraordinaire : Le « bonjour » qui sauve une vie

 

Au cœur d’une usine endormie, un homme se retrouve un soir prisonnier d’une chambre froide dont nulle main ne peut le délivrer, et la mort s’installe lentement entre les parois de givre. Pendant cinq heures, il lutte, il appelle, il s’éteint, jusqu’à ce qu’une porte s’ouvre là où aucune ne devait s’ouvrir. Ce qui l’a sauvé, il ne le découvrira qu’après, et il en restera bouleversé pour le reste de ses jours.

 

 

 

Il s’appelait Reb Avraham, et depuis tant d’années qu’il ne les comptait plus, il était Machguia’h, superviseur de cacherout dans une vaste usine de conditionnement de viande, à la lisière de la ville. Chaque matin, bien avant que le ciel ne pâlisse, il franchissait les grilles de l’établissement, son chapeau enfoncé jusqu’aux sourcils, un livre de Tehilim glissé dans la poche intérieure de son manteau. Le monde dans lequel il évoluait n’avait rien de tendre : les sols de béton lavés à grande eau, le cliquetis incessant des machines, l’odeur âcre de la viande et le froid qui suintait des murs. Mais lui y apportait, sans même y songer, une douceur qui détonnait.

Un homme et son rituel du matin

Il y avait, à l’entrée de l’usine, une petite guérite vitrée où veillait le gardien. C’était un homme massif, taciturne, que les années de service avaient rendu presque invisible aux yeux de tous. Les employés passaient devant lui par centaines, pressés, le regard ailleurs, sans jamais lui accorder un signe. Pour eux, il faisait partie du décor, au même titre que la barrière qu’il levait et abaissait toute la journée.

Tous, sauf un. Chaque matin, Reb Avraham ralentissait le pas en arrivant à sa hauteur. Il tournait la tête, croisait son regard, et lui adressait un sourire franc accompagné d’un « Bonjour ! » sonore et sincère. Et chaque soir, en repartant, il s’arrêtait de nouveau : « Au revoir, et bonne soirée à vous ! » Rien de plus. Un mot, un sourire, un instant volé à la course du temps. Il n’y voyait aucune prouesse, aucune grandeur ; c’était pour lui aussi naturel que de respirer. Il ignorait que, de l’autre côté de la vitre, ce geste minuscule était devenu pour le gardien le seul rayon de chaleur de sa journée.

La porte qui se referme

Ce soir-là fut un soir comme les autres, jusqu’à ce qu’il cessât de l’être. La journée s’achevait, les couloirs se vidaient, et Reb Avraham, fidèle à sa rigueur, voulut accomplir une dernière vérification dans l’immense chambre froide où reposait la marchandise. Il poussa la lourde porte et pénétra dans cet univers de givre, où l’air mordait le visage et où le souffle se transformait aussitôt en buée. Le ronronnement sourd des compresseurs l’enveloppait, familier, presque rassurant. Il avança entre les rangées, accomplissant les gestes de toujours.

Et puis, derrière lui, un bruit sec. La porte s’était refermée. Il se retourna, le cœur soudain serré, posa la main sur la poignée, tira de toutes ses forces. Rien. Le mécanisme s’était bloqué. Il était enfermé, seul, dans une boîte de glace dont nul ne pouvait soupçonner qu’elle venait de devenir un piège.

Les heures où la vie s’enfuit

Il frappa contre la porte, d’abord avec mesure, puis avec une énergie désespérée. Il cria, appela, hurla son nom et au secours, jusqu’à ce que sa voix se brisât. Mais les parois étaient épaisses, conçues précisément pour ne rien laisser passer, ni le froid au-dehors ni les cris au-dedans. Au-delà de ces murs, l’usine fermait ses portes. Les derniers employés rejoignaient leurs foyers, leurs familles, leurs dîners chauds, sans se douter qu’un homme luttait pour son existence à quelques mètres d’eux.

Les heures s’écoulèrent, et avec elles s’enfuit peu à peu la chaleur de son corps. Le froid s’insinua dans ses doigts, remonta le long de ses bras, engourdit ses jambes. Ses pensées elles-mêmes ralentissaient, se voilaient, se mêlaient aux versets de Tehilim qu’il murmurait encore d’une bouche tremblante. Il songea à sa femme qui l’attendait, à ses enfants, à tout ce qu’il n’aurait pas le temps de leur dire. Au bout de cinq heures, à la limite de l’hypothermie, à demi inconscient, il avait cessé de frapper. Il n’attendait plus rien, sinon que tout s’achevât en douceur.

La porte qui s’ouvre

C’est alors qu’un grincement déchira le silence. La lourde porte pivota sur ses gonds, et un flot de lumière et d’air tiède envahit la chambre glacée. Sur le seuil se dressait la silhouette massive du gardien. En un instant, l’homme fut sur lui, le souleva, l’arracha au froid et le porta vers la chaleur, vers la vie. Il avait été retrouvé. Il avait été sauvé.

Plus tard, enveloppé dans des couvertures, les mains serrées autour d’un gobelet brûlant, encore secoué de frissons, Reb Avraham releva enfin les yeux vers son sauveur. Une question le tourmentait, plus pressante que le froid lui-même. « Dis-moi, demanda-t-il d’une voix rauque, pourquoi as-tu ouvert cette porte ? Jamais tu ne vérifies l’intérieur des chambres froides à une heure pareille. Comment as-tu su ? »

La réponse du gardien

Le gardien le regarda longuement, et un sourire d’une douceur inattendue éclaira son visage rude. « Voilà plus de dix ans que je veille à l’entrée de cette usine, dit-il lentement. Des centaines d’hommes et de femmes passent devant moi chaque jour. Aucun ne me voit. Aucun ne me parle. Pour eux, je n’existe pas. »

Il marqua une pause, puis reprit : « Vous, vous êtes le seul. Le seul qui, chaque matin, tourne la tête vers moi, me sourit et me dit « Bonjour ». Le seul qui, chaque soir, s’arrête un instant pour me souhaiter une bonne soirée. Ce matin, comme toujours, j’ai entendu votre « Bonjour ». Mais ce soir, lorsque l’usine s’est vidée et que je m’apprêtais à fermer, je me suis rendu compte d’une chose : votre « Au revoir » n’était pas venu. Et j’ai compris, là, au fond de moi, que quelque chose n’allait pas, que vous deviez encore vous trouver quelque part dans ces murs. Alors j’ai cherché. Partout. Jusqu’à ce que je vous trouve. »

Reb Avraham demeura sans voix. Ce n’était ni le hasard, ni la chance, ni le protocole qui l’avaient sauvé. C’était l’absence d’un mot. Le silence laissé par un salut qui ne s’était pas fait entendre, et qu’un homme oublié de tous avait, sans qu’il le sache, appris à attendre comme on attend le lever du jour.

Le secret d’un visage souriant

Cette histoire éclaire d’une lumière bouleversante un enseignement transmis dans les Pirké Avot, les Maximes des Pères (1, 15) : « Accueille chaque personne avec un visage souriant. »

Nous croyons volontiers qu’un « Bonjour » ou un « Bonsoir » ne sont que des formules vides, des automatismes que l’on prononce sans y penser. Cette histoire en révèle la profondeur cachée. Saluer son prochain, c’est reconnaître son existence ; c’est lui dire, en quelques mots, qu’il compte, qu’il est vu, qu’il n’est pas seul. Reb Avraham ignorait que ses salutations quotidiennes, offertes sans calcul ni arrière-pensée, tissaient jour après jour un lien invisible. Et c’est précisément ce lien, ténu comme un fil de soie, qui se révéla plus solide que l’acier des portes et plus chaud que le gel des murs.

Car un sourire sincère et un mot bienveillant ne se perdent jamais tout à fait. Ils s’inscrivent dans le cœur de celui qui les reçoit, ils y demeurent en silence, et il arrive qu’un soir d’hiver, au fond d’une usine déserte, ils reviennent frapper à la porte pour arracher un homme au froid, à l’oubli, et à la mort.

 

 

Barouh Dayan Haemet : Yaacov Agam, 98 ans, l’un des plus grands artistes israéliens, a quitté ce monde le 6 Tamouz 5786

Barouh Dayan Haemet : Yaacov Agam, 98 ans, l’un des plus grands artistes israéliens, a quitté ce monde le 6 Tamouz 5786

 

C’est avec une profonde tristesse que le monde juif a appris le rappel à D.ieu de Yaacov Agam, 98 ans, l’un des plus grands artistes israéliens, survenu le dimanche 6 Tamouz 5786 (21 juin 2026). Pionnier mondial de l’art cinétique, il fut aussi un fils fidèle de la Torah, dont l’œuvre tout entière puisait aux sources de la Kabbale et de la pensée hassidique. Lié au Rabbi de Loubavitch par une profonde affinité spirituelle, il laisse le souvenir d’un homme qui sut porter la sagesse juive jusqu’au cœur de la modernité.

 

 

 

 

Barou’h Dayan Haémet. Figure majeure de l’art mondial et fils fidèle de la tradition juive, Yaacov Agam laisse une œuvre immense et le souvenir d’un homme qui aura su faire dialoguer l’avant-garde la plus audacieuse et la fidélité la plus scrupuleuse à la Torah. Que son âme soit liée au faisceau de la vie.

Un artiste né dans la tradition

Yaacov Agam, né Yaacov Gipstein le 11 mai 1928 à Rishon LeZion, est l’un des artistes israéliens les plus célèbres et les plus reconnus au monde. Pionnier de l’art cinétique et de l’art optique, il a bouleversé les codes de la peinture en y introduisant le mouvement, le temps et la participation active du spectateur.

Mais derrière l’innovateur de génie se cache un homme profondément enraciné dans le judaïsme. Agam est le fils du Rav Yehochoua Gipstein, Rav et kabbaliste de Rishon LeZion. Il grandit dans un foyer imprégné de Torah, de prière et de pensée mystique. Cette éducation religieuse ne sera jamais pour lui un héritage à dépasser, mais au contraire la matrice spirituelle de toute son œuvre. Le patronyme qu’il choisit, Agam (אגם, « lac » ou « étang » en hébreu), évoque déjà une surface vivante, mobile, changeante au gré de la lumière et du vent.

La naissance d’un langage artistique nouveau

Après des études à l’Académie Bezalel de Jérusalem, Agam poursuit sa formation à Zurich, où il est marqué par l’enseignement de Johannes Itten et par la rencontre avec l’art concret de Max Bill. En 1951, il s’installe à Paris, alors capitale mondiale de l’avant-garde.

Sa première exposition personnelle, à la galerie Craven en 1953, est souvent considérée comme l’une des toutes premières manifestations d’un art entièrement cinétique. Agam refuse l’image figée. Il conçoit des œuvres qui se transforment selon la position et le déplacement du spectateur : les fameux « Agamographes », ces tableaux à reliefs verticaux qui révèlent plusieurs compositions différentes selon l’angle de vision.

Pour Agam, le tableau n’est plus un objet statique mais un événement dans le temps. Le spectateur, en marchant, devient co-créateur de l’œuvre. Il introduit ainsi ce qu’il appelle la « quatrième dimension » — le temps — dans les arts plastiques.

Son rayonnement devient international. On lui doit, entre autres, le Salon Agam au Palais de l’Élysée, commandé par le président Georges Pompidou, la fontaine monumentale de La Défense à Paris, la fontaine Feu et Eau de la place Dizengoff à Tel-Aviv, ainsi que de nombreuses œuvres publiques en Israël, en Europe, aux États-Unis et en Asie. En 2018 s’ouvre à Rishon LeZion, sa ville natale, le Yaacov Agam Museum of Art, premier musée au monde entièrement consacré, du vivant de l’artiste, à un maître de l’art cinétique.

L’aniconisme juif comme source de création

Ce qui distingue Agam de la plupart des artistes de l’abstraction, c’est qu’il revendique explicitement une source juive à sa démarche.

Le judaïsme, rappelle-t-il souvent, interdit la représentation figurée du divin : « Tu ne feras pas d’image taillée » (Exode 20). Là où d’autres ont vu une limitation, Agam voit une libération et une orientation profonde. Si l’on ne peut représenter D.ieu par une image fixe, c’est que la réalité divine échappe à toute fixité. Elle n’est pas de l’ordre de l’être figé mais du devenir permanent.

Son art entend traduire cette intuition : une réalité jamais immobile, en renouvellement constant. On peut y entendre un écho de la notion hassidique de hit’hadchout, le renouvellement continuel de la Création — l’idée, centrale dans la Kabbale et le hassidisme, que D.ieu fait exister le monde à chaque instant, et non une fois pour toutes. Le monde n’est pas un objet achevé : il est recréé en permanence.

De même, la multiplicité des images contenues dans une seule de ses œuvres — visibles tour à tour selon le point de vue — évoque l’unité dynamique de la pensée juive : une seule réalité, infiniment riche, dont aucune perspective humaine ne saurait épuiser la profondeur. L’unité du Chéma Israël n’est pas pour Agam une uniformité statique, mais une unité vivante qui embrasse l’infinité des points de vue.

 

La rencontre avec le Rabbi de Loubavitch

C’est dans ce contexte spirituel que s’inscrit la relation d’Agam avec Habad-Loubavitch et, plus particulièrement, avec le Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson.

Dans de nombreux entretiens, Agam a évoqué avec émotion ses rencontres avec le Rabbi. Il a raconté combien il avait été frappé de constater que le Rabbi, loin de voir dans son art une démarche étrangère à la tradition, en avait immédiatement saisi la dimension juive profonde. Selon le témoignage de l’artiste, le Rabbi comprit que cet art du mouvement, du devenir et de l’irreprésentable rejoignait des intuitions essentielles de la pensée juive sur D.ieu, la Création et le temps.

Agam a confié à plusieurs reprises que peu de personnes avaient compris aussi pleinement la portée spirituelle de son œuvre, et que cette compréhension du Rabbi l’avait profondément encouragé et conforté dans sa voie. Loin d’opposer modernité artistique et fidélité à la Torah, le Rabbi voyait dans le talent d’Agam un moyen de sanctifier le monde par la beauté et d’exprimer, dans le langage de l’art contemporain, des vérités juives intemporelles.

Cette rencontre illustre une dimension caractéristique de la démarche du Rabbi : la conviction que chaque talent, chaque domaine de la créativité humaine — y compris l’art le plus avant-gardiste — peut et doit être mis au service du divin, participant à la mission de faire de ce monde matériel une « demeure pour D.ieu dans les mondes inférieurs » (dira betah’tonim).

 

 

La plus grande Ménora du monde

Le lien le plus visible entre Yaacov Agam et le mouvement Habad-Loubavitch se dresse, chaque année, en plein cœur de Manhattan. C’est en effet Agam qui a conçu la plus grande Ménora de Hanouka au monde, érigée à l’angle de la Cinquième Avenue et de la 59e Rue, face à Central Park et au Plaza Hotel, et allumée publiquement durant toute la fête par Habad-Loubavitch.

Reconnue par le Guinness World Records comme la plus grande au monde, cette Ménora monumentale s’élève à environ 32 pieds (près de 10 mètres) et pèse quelque deux tonnes d’acier doré. Chaque soir de Hanouka, son allumage rassemble une foule nombreuse et constitue l’un des grands rendez-vous publics de la fête des Lumières à New York.

Au-delà de ses dimensions, l’œuvre porte une signification halakhique profonde. Agam lui a donné des branches droites et obliques, et non arrondies. Ce choix n’a rien d’esthétique : il épouse la position du Rambam (Maïmonide) et de Rachi, selon laquelle les branches de la Ménora du Temple s’élevaient en lignes droites en diagonale — l’opinion même que le Rabbi de Loubavitch enseignait et encourageait à représenter. La grande Ménora de Manhattan unit ainsi, dans un même geste, l’audace plastique de l’art cinétique et la fidélité scrupuleuse à la tradition.

Un art au service de l’identité juive

L’attachement d’Agam au judaïsme ne s’est pas limité à la philosophie de son œuvre. Il s’est aussi traduit par des créations explicitement juives : objets de culte, étoiles de David, Mezouzot, œuvres inspirées des fêtes, des lettres hébraïques et des thèmes bibliques.

Tout au long de sa carrière, Agam est resté un Juif pratiquant et un porte-parole assumé de l’idée que l’art le plus universel peut naître de racines parfaitement juives. Il aime à rappeler que ses innovations les plus saluées par la critique mondiale plongent leurs racines dans la Torah et dans la Kabbale apprises dans la maison de son père.

Une postérité spirituelle

L’histoire de Yaacov Agam et de sa relation avec Habad dépasse l’anecdote biographique. Elle dit quelque chose d’essentiel sur le rapport du judaïsme à la création et à la beauté.

Là où l’on oppose souvent tradition et modernité, religion et art d’avant-garde, la rencontre entre l’un des plus grands artistes contemporains et le Rabbi de Loubavitch montre un tout autre chemin : celui d’un dialogue fécond, où la pensée hassidique éclaire l’art moderne et où l’art moderne, à son tour, rend visible — par le mouvement, la couleur et la lumière — quelque chose de l’inépuisable profondeur de la sagesse juive.

L’œuvre d’Agam demeure ainsi comme un témoignage en mouvement : la preuve, offerte au regard, qu’un Juif fidèle à la Torah peut parler au monde entier sans jamais cesser de puiser à la source de ses pères.

LaLévaya et les Chiva

Le cercueil sera déposé sur le parvis du Musée Agam, à Rishon LeZion, le lundi 22 juin 2026, entre 14h00 et 16h00. La Levaya  partira du parvis au cimetière militaire de Re’hovot le lundi 22 juin 2026 à 17h00.

La Chiva se tiendra au Musée Agam, rue Mish’ar 1, à Rishon LeZion : du mardi au vendredi, de 10h00 à 13h00, ainsi que les mardi et mercredi, de 16h00 à 20h00.

 

Guimel Tamouz 5786 : un afflux sans précédent au Ohel, des fidèles venus des quatre coins du monde

Guimel Tamouz 5786 : un afflux sans précédent au Ohel, des fidèles venus des quatre coins du monde

 

En ce jour de Guimel Tamouz, jour de la Hiloula du Rabbi, une affluence sans précédent se presse vers le Ohel. Des membres de la communauté (Anash), des Chlou’him, des Temimim et des visiteurs venus des quatre coins de la terre se recueillent sur la sépulture sainte du Rabbi. Tous viennent prier et renouveler leur attachement au Nassi de notre génération.

 

 

En ce jour de Guimel Tamouz, Hiloula du Rabbi, le Ohel a connu une affluence sans précédent. Depuis les premières heures, des milliers de fidèles se sont succédé sans interruption sur le lieu de recueillement le plus sacré. Des membres de la communauté, les Anash, des Chlou’him établis aux quatre coins du globe, des Temimim ainsi que de simples visiteurs ont convergé vers la sépulture sainte du Rabbi, faisant de cette journée un rassemblement d’une ampleur exceptionnelle.

Prière et attachement au Nassi de notre génération

Sur le saint Tsion, chacun est venu déposer ses prières et ses supplications, dans un climat d’intense recueillement. Au-delà du seul hommage, cet afflux témoigne de l’attachement profond et toujours vivant qui unit le peuple de toutes provenances au Rabbi, chef et guide de notre génération. À travers la prière comme par le lien renouvelé à son enseignement, les fidèles ont exprimé la force ininterrompue de cette hitkachrout, par-delà les distances et les frontières.

צילום: שמואל בצלאל דהן

Barouh Dayan Haemet : Rav Its’hak Meïr a’h Hertz, 88 ans,  pilier du développement de Loubavitch en Angleterre, a quitté ce monde le 4 Tamouz 5786

Barouh Dayan Haemet : Rav Its’hak Meïr a’h Hertz, 88 ans, pilier du développement de Loubavitch en Angleterre, a quitté ce monde le 4 Tamouz 5786

 

Barouh Dayan Haemet. Le Rav Its’hak Meïr Hertz, qui fut durant de longues années le Roch Yéchiva Guedola de Loubavitch à Londres, s’est éteint ce vendredi 4 Tamouz 5786 (19 juin 2026). Figure marquante de la ‘Hassidout, il joua un rôle central dans l’essor de Habad en Angleterre. Il était âgé de 88 ans.

 

 

Le Rav Its’hak Meïr Hertz, Rav de Habad et Roch Yéchiva durant de nombreuses années à Londres, s’est éteint ce vendredi 4 Tamouz 5786 (19 juin 2026), à l’âge de 88 ans.

Une enfance entre Gour et Loubavitch

Né en Eretz Israël en 5698 (1938), le Rav Hertz était le fils du Rav Guedalia Hertz, qui servit comme Roch Yéchiva de la Yéchiva de Gour « ‘Hidouché HaRim », et de la Rabbanit ‘Hana Perel, à Tel-Aviv. Bien que son père fût issu d’un milieu attaché à la cour de Gour, il entretenait un lien étroit avec Loubavitch et avec le Rabbi précédent, une relation qui marqua profondément l’éducation de son fils.

Enfant, le Rav Hertz accompagnait son père aux Farbrenguen de Youd-Tet Kislev (19 Kislev) à la Yéchiva Loubavitch de Tel-Aviv, des expériences qui laissèrent en lui une empreinte durable et éveillèrent son attachement à la ‘Hassidout Habad.

De Sydney à la cour du Rabbi

En 1955, la famille Hertz s’installa à Sydney, en Australie, où le Rav Guedalia Hertz devint le Rav de la communauté de la Yéchiva nouvellement fondée. Jeune ba’hour, le Rav Hertz fut envoyé étudier près de Melbourne, où il développa un lien profond avec Habad, sous l’influence de Reb Zalman Serebransky et de Reb Chemouel Betsalel Althaus.

Son aspiration à se rapprocher du Rabbi le conduisit au 770 en 1956. Il devait évoquer plus tard son tout premier Farbrenguen en présence du Rabbi et l’impression profonde qu’il en avait gardée. Durant ses années de ba’hour, il eut le mérite de nombreuses ye’hidouyot et d’échanges personnels avec le Rabbi, qui le guida tant dans son étude que dans son développement personnel.

Préparé pour une mission

Avant son mariage, le Rav Hertz sollicita les conseils du Rabbi quant à son avenir. Le Rabbi lui prescrivit un programme rigoureux d’étude de la Torah et l’encouragea à compter parmi les premiers membres d’un futur Kollel Loubavitch. Il enseigna par la suite à la Mesivta de Gour, à Crown Heights, tout en poursuivant son étude.

En 1961, il épousa Rivka Wilhelm, de Jérusalem, et enseigna durant quelques années à Crown Heights.

L’envoi en Chli’hout à Londres

En 1965, avec la bénédiction et les encouragements du Rabbi, le Rav Hertz et sa famille partirent en Chli’hout à Londres. À cette époque, la Chli’hout demeurait encore peu répandue, et le Rav Mordekhaï Aïzik Hodakov exprima que cette mission reflétait la confiance du Rabbi en ses capacités et en son dévouement à la diffusion des sources de la ‘Hassidout.

Au cours des décennies suivantes, le Rav Hertz joua un rôle central dans le développement de la vie éducative et communautaire de Loubavitch au Royaume-Uni. Il forma des générations de ba’hourim et fut un acteur déterminant de l’établissement et de l’expansion du réseau des Yéchivot Loubavitch à Londres, jusqu’à la création d’une Yéchiva Guedola florissante.

Une synagogue ouverte à chaque Juif

Il fonda également la première synagogue Loubavitch dans le quartier de Hampstead Garden Suburb. Suivant la directive du Rabbi selon laquelle la synagogue devait accueillir chaleureusement chaque Juif, elle fut nommée Beth Hamidrach Kingsley Way, plutôt que de porter un nom spécifiquement Loubavitch. Sous la direction du Rav Hertz, elle devint un centre chaleureux et vivant, qui forma d’innombrables baalé techouva et mekouravim.

Tout au long de ses années à Londres, le Rav Hertz reçut de nombreuses propositions pour occuper des postes rabbiniques prestigieux ailleurs, mais à chaque fois le Rabbi lui demanda de demeurer à Londres et d’y poursuivre son œuvre. Il resta fidèle à sa communauté, à ses élèves et à sa mission de diffusion de la Torah et de la ‘Hassidout.

Un ‘hassid, un éducateur, un Chalia’h

On se souviendra de lui comme d’un ‘hassid dévoué, d’un éducateur, d’un Rav et d’un Chalia’h qui consacra sa vie à renforcer le judaïsme et à bâtir les institutions qui continuent de prospérer aujourd’hui.

Il laisse derrière lui son épouse Rivka ainsi que ses enfants : le Rav Avrohom Hertz, de Bensonhurst (Brooklyn) ; Mme Feigy Lieberman, d’Edgware (Royaume-Uni) ; le Rav Barouh Hertz, de Chicago ; le Rav Mena’hem Hertz, d’Edegem (Belgique) ; et Mme ‘Haya Rosenbluh, de Monsey (New York) ; ainsi que ses petits-enfants et arrière-petits-enfants.

Il laisse également ses sœurs, Mme Tsipora Lieber, la Rabbanit Rivka Silman et Mme Chochana Figa.

Les funérailles auront lieu en Eretz Israël.

Barouh Dayan Haemet.

Farbrenguen central en l’honneur de Guimel Tamouz 5786 au Beth Haya Mouchka

Farbrenguen central en l’honneur de Guimel Tamouz 5786 au Beth Haya Mouchka

 

Le Beth Loubavitch de Paris ouvre ses portes pour célébrer Guimel Tamouz 5786 (2026), Hilloula du Rabbi. Un grand Farbrenguen est organisé en son honneur, en ce jour où les ‘hassidim du monde entier se rassemblent pour raviver le lien avec leur maître. La soirée réunira la communauté autour d’une projection vidéo et d’une fervente assemblée spirituelle, animée par le Rav Mendel Azimov.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur le Maamar ‘Ve ata tetsave’. Moshé, Morde’hai, le Rabbi Rayats et le Rabbi

Sur le Maamar ‘Ve ata tetsave’. Moshé, Morde’hai, le Rabbi Rayats et le Rabbi

Au croisement de la foi instinctive et de l’intellect éclairé, la ‘Hassidout trace une voie singulière vers D.ieu — exigeante, profonde, et seule capable de transformer l’être dans son entièreté. À travers des images bibliques et talmudiques d’une rare force, ce cours dévoile comment l’enseignement du Baal Chem Tov a redonné vie à l’âme juive épuisée par l’exil. Car c’est précisément du cœur brisé que jaillit la lumière la plus pure, celle qui prépare la délivrance finale.

 

 

 

Le miracle divin et la part de l’homme

Lorsque Josué arrêta la course du soleil pour achever sa bataille, il ne s’agissait pas d’un simple prodige tombé du ciel sans que l’homme y fût pour rien. Le Rav souligne que lorsque D.ieu initie un miracle au sein même de la nature, Il ouvre à l’homme la possibilité d’y participer. Le surnaturel n’écrase pas l’humain — il l’invite. C’est l’union parfaite entre l’œuvre divine et l’effort, le travail, l’innovation de l’homme : la main de D.ieu et la main de l’homme agissant de concert, chacune amplifiant l’autre.

Le rôle salvateur de la ‘Hassidout

Le Baal Chem Tov a révélé les enseignements de la ‘Hassidout à une époque où le peuple juif était profondément accablé, persécuté, épuisé dans sa chair comme dans son âme. L’image qu’emploie le cours est saisissante : tel un parfum puissant que l’on fait respirer à une personne évanouie, la ‘Hassidout a insufflé une vitalité nouvelle à l’âme juive pour la sortir de sa léthargie spirituelle. Ce n’était pas un enseignement parmi d’autres — c’était un acte de réanimation, une réponse d’urgence à une détresse collective, qui a rouvert l’accès aux sources les plus profondes de la foi.

Le chemin long mais court : la voie de ‘Habad

Une célèbre histoire talmudique met en scène Rabbi Yehocha’hou à la croisée des chemins, hésitant entre deux routes menant à la ville : l’une courte en apparence, l’autre longue. Mais le chemin « court » se révèle impraticable, tandis que le chemin « long » mène réellement à destination. C’est par cette image que le cours illustre deux approches fondamentalement différentes du service divin.

Le chemin « court mais long » représente une foi instinctive, une Émouna naturelle et un don de soi spontané. Cette approche s’éveille rapidement, mais elle demeure superficielle : elle ne transforme pas l’intellect, elle ne pénètre pas jusqu’aux racines de l’être. On arrive vite aux portes de la ville — mais on ne peut pas y entrer.

Le chemin « long mais court », en revanche, est celui que prône la Torah de ‘Habad. Il exige davantage de temps et d’effort intellectuel. Il demande que l’on travaille sa pensée, ses paroles, ses actes — que l’on intègre la foi dans chaque couche de la personnalité. Mais au terme de ce chemin, l’être est véritablement transformé. On entre dans la ville. On y habite.

Les trois niveaux de l’âme juive

Le cours distingue trois niveaux de l’âme, symbolisés par trois noms portés par le patriarche : Yaakov désigne l’âme telle qu’elle est habillée dans le corps, ancrée dans le monde matériel ; Israël représente la racine de l’âme, celle qui perçoit le divin d’en haut avec clarté et sérénité ; Yechouroun désigne l’essence de l’âme, enracinée dans l’essence même de D.ieu, au-delà de toute représentation.

De grands leaders de chaque génération — Moïse, Mardochée, et le Rabbi Rayatz — ont permis de révéler des niveaux de foi toujours plus profonds, adaptés aux besoins de leur époque et à l’intensité de l’obscurité qu’ils avaient à traverser.

L’huile de l’olive concassée : la lumière née de la brisure

La Torah demande d’apporter pour la Ménora « de l’huile pure d’olive concassée » — katit, littéralement broyée, écrasée. Le Rav tire de ce verset une leçon spirituelle d’une profonde beauté : tout comme l’olive doit être brisée pour livrer son huile la plus pure, c’est le cœur meurtri par la douleur de l’exil qui permet au Juif d’extraire l’essence la plus profonde de son âme. La souffrance, lorsqu’elle est traversée avec foi, ne détruit pas — elle révèle. Elle fait jaillir une lumière que nulle autre condition ne pourrait produire, une lumière capable d’éclairer le monde entier.

Vers la délivrance finale

Le message central de cet enseignement est un appel pressant : s’imprégner de ces Si’hot, laisser la ‘Hassidout transformer non seulement les actes mais la nature même de celui qui l’étudie. Car c’est en faisant pénétrer une lumière divine illimitée dans les limites de notre monde quotidien — par l’effort de l’intellect, par la foi intériorisée, par le cœur brisé et relevé — que l’on prépare et que l’on hâte la Guéoula, la délivrance finale.

La vitalité éternelle du Tsadik et le sens de la 32e Hilloula du Rabbi  (Si’ha du 10 Chevat 5742)

La vitalité éternelle du Tsadik et le sens de la 32e Hilloula du Rabbi (Si’ha du 10 Chevat 5742)

 

Chaque année, la commémoration du Hilloula du Rabbi précédent rassemble un nombre croissant de Juifs autour de son héritage spirituel, témoignant que l’influence d’un juste ne s’éteint pas avec sa disparition physique mais grandit de génération en génération. Le chiffre trente-deux, qui marque cette année le nombre d’années écoulées depuis le 10 Chevat 5710 (1950), n’est pas un simple repère chronologique : il porte en lui la valeur numérique du lev — le cœur — symbole de la vie intérieure qui anime l’ensemble du corps d’Israël. Cette Si’ha explore la signification profonde du Hilloula, la nature de la vitalité véritable, le sens de l’unité d’Israël et l’imminence de la Rédemption complète par notre juste Machia’h.

 

 

Si’ha du 10 Chevat 5742

 

La question récurrente des Farbrenguen et sa réponse

Une question revient souvent lors des Farbrenguen rassemblant de nombreux participants : quel est l’intérêt de se retrouver ensemble, alors que l’occasion elle-même remonte à un événement passé depuis de nombreuses années ?

Il est certes incontestable qu’un grand mérite s’attache au fait que de nombreux Juifs se réunissent en un lieu saint — une synagogue où l’on prie D.ieu, une maison d’étude où sont dispensés des cours de Torah — car par ce biais, la Torah, le Peuple d’Israël et D.ieu Béni soit-Il ne font qu’un, selon le principe : « La Torah, Israël et le Saint Béni soit-Il sont une même unité » (Koulâ Hâd). Lorsque de nombreux Juifs se rassemblent d’une manière aussi glorieuse, à la façon du « grand nombre d’un peuple est la gloire d’un roi » — cela représente incontestablement une élévation immense.

Néanmoins, les Farbrenguen ordinaires, tels qu’ils pourraient se tenir chaque jour et à toute heure (car on peut acquérir cette dimension à tout moment), ne revêtent pas la même grandeur que ces rassemblements à des moments particuliers — précisément parce qu’en ceux-ci se rassemblent de très nombreux Juifs d’Israël, à la façon du « grand nombre d’un peuple est la gloire d’un roi ».

Ce qui est dit ici est que chaque Farbroenguen lié à un moment particulier est associé à un événement spécifique qui correspond à ce moment. En ce qui concerne le Farbrenguen d’aujourd’hui, il est lié au jour du Hilloula de notre maître le Rabbi de sainte mémoire.

La particularité de cette trente-deuxième année

Les trente-deux dernières années ont été riches en événements et en moments particuliers — des événements qui se produisent habituellement sur des périodes ordinaires et qui auraient dû se déployer sur plus de trente-deux ans.

Comme on peut le constater concrètement, les événements et les changements survenus en ces trente-deux années comprennent des changements positifs et des changements inverses — ainsi que cela a déjà été mentionné. Une courte durée de trente-deux ans a contenu des événements et des changements qui nécessitent ordinairement beaucoup plus de temps pour se manifester.

De plus, la distance qui nous sépare du jour du Hilloula de notre maître le Rabbi de sainte mémoire — le 10 Chevat 5710 — représente plus de qualité que de quantité, car les trente-deux années écoulées contiennent des événements et des enseignements qui dépassent en valeur le nombre des années.

Néanmoins, on constate en acte que de nombreux Juifs se rassemblent chaque année autour de cet événement, avec sagesse et connaissance, en parfaite conscience de l’événement non plus simplement comme d’un fait passé, mais comme d’un sujet appartenant au présent — ils se réunissent spontanément et de bon cœur, sans que nul n’ait à les y contraindre.

De plus, le nombre de participants au Farbrenguen augmente d’année en année — ce qui s’explique simplement par le fait que lorsque le nombre de Juifs augmente (en quantité), cela ajoute également en qualité.

La croissance continue comme preuve de vie

Le fait même que le nombre de participants à ce rassemblement augmente chaque année constitue la preuve vivante que l’événement n’appartient pas seulement au passé mais touche au présent et à l’avenir.

Car il existe des sujets qui, d’année en année, ne s’affaiblissent pas — bien au contraire, ils s’élèvent de façon croissante, à l’instar du vin vieux dont nos Sages disent qu’il « repose l’esprit des anciens » (Sanhédrin 76b). Lorsqu’on veut savoir si le passage du temps affaiblit ou fortifie un sujet, cela dépend de la nature même du sujet et de la nature des personnes qui s’y rattachent.

En ce qui nous concerne : lorsque l’on parle du jour du Hilloula d’un juste, de sa mission, de son rôle de Chalia’h et de sa conduite — qui avaient pour but d’ajouter de la vitalité à chaque Juif, tant spirituelle que physique, et cela de façon à accomplir ses actes jusqu’à offrir sa vie entière lorsque cela s’avérait nécessaire — les sujets liés au Hilloula sont éternels dans leur présence même. Bien plus : de temps à autre s’ajoutent des disciples, des disciples de disciples, des fruits et des fruits de fruits.

Et concrètement : tout ce qui était lié au Hilloula durant l’année écoulée jusqu’à aujourd’hui — depuis le dernier Hilloula — a encore été enrichi de nombreux fruits supplémentaires.

La promesse d’une croissance sans fin

Cette réalité ne promet pas seulement que les sujets liés au Hilloula existeront à l’avenir — ceux qui se rattachent à ce temps présent — mais plus encore : des fruits supplémentaires s’ajouteront à l’avenir, à la façon de « ils iront de force en force » (yélekhoun méh’ayil el h’ayil).

Il y a aussi un lien à établir avec le quinze Chevat — le Roch Hachana des arbres — qui tombe quelques jours après le Hilloula. Chaque être humain, et particulièrement le Juif, est comparé à un arbre des champs : « car l’homme est un arbre des champs » (Deutéronome 20, 19) — et les arbres portent eux aussi l’ensemble du phénomène de croissance, de fructification et de fruits de fruits.

Le quinze Chevat est le Roch Hachana des arbres : c’est à partir de là que l’arbre commence à se nourrir de la vitalité de l’année nouvelle, et que cette vitalité produit de nouveaux fruits en quantité et en qualité.

La signification profonde du chiffre trente-deux : le Lev

Le nombre trente-deux fait allusion au lev — le cœur — car « trente-deux est le nombre qui gouverne » (talt’in ouch’tayin chalitin). L’intériorité de la vie réside dans le cœur, plus que dans le cerveau — et ce sujet s’exprime également dans la loi pratique.

Ainsi qu’il est expliqué dans l’épître sainte (Igguereth Hakodech, section 31) : « La maladie et la santé ont pour cause le mouvement et le flux de la vitalité depuis le cœur vers tous les membres, et depuis les membres vers le cœur… et si la circulation de la vitalité fonctionne normalement, l’être humain est alors en bonne santé. »

Le cœur, qui fait ainsi circuler la vitalité dans tous les membres, permet à tous de s’assembler et de recevoir la vie qui leur appartient, comme le dit le Rambam (Lois des Rois, ch. 3, § 6) : le roi est « le cœur de toute la congrégation d’Israël ».

Selon l’enseignement du Baal Chem Tov dont le nom en langue sainte lui a été attribué, le contenu du sujet — le nom du roi qui est appelé « le cœur de toute la congrégation d’Israël » — vient du fait que sa mission et son rôle est d’être semblable au cœur dans le corps humain, duquel se déverse la vitalité vers tous les membres du corps.

En ce trente-deuxième Hilloula, le lev est donc mis en évidence dans ce qu’il représente de plus essentiel : l’attachement au leader d’Israël, « le cœur de toute la congrégation d’Israël », duquel se déverse la vitalité à l’ensemble du Peuple d’Israël, à la façon dont la vitalité du cœur se déverse vers tous les membres du corps.

La Torah comme cœur vivant de la création

Tous les sujets matériels « prennent leur source » dans les sujets spirituels, comme l’indique le verset : « car la Torah est notre vie et la longueur de nos jours ». Et il est ainsi mis en évidence dans la Torah le sujet du lev :

Il est connu le principe général que « leur fin est encastrée dans leur commencement et leur commencement dans leur fin ». Lorsqu’on achève la lecture de la Torah avec les mots « lé’eynei kol Israël » — devant les yeux de tout Israël — on recommence immédiatement avec « Berechit bara Elokim ». Les deux lettres en jeu — le lamed final de « Israël » et le bet initial de « Berechit » — forment le mot lev — le cœur.

Le sujet de la Torah est donc analogue à celui du roi (« le cœur de toute la congrégation d’Israël ») — comme nos Sages le disent : « Qui sont les rois ? Les maîtres de la Torah (rabbanan) » — car leur mission est d’enseigner les directions de la Torah, et ils sont donc appelés « rois ». Chaque Juif est tenu et obligé de suivre les directions de la Torah.

Et ce qui est fondamental encore : nos Sages enseignent qu’il « contempla la Torah et créa le monde » — ce qui signifie que l’existence de la création entière passe par la Torah, à la façon des membres du corps qui reçoivent leur vitalité du cœur.

L’acquisition d’une lettre dans un Sefer Torah

Il est ici opportun d’évoquer à nouveau un sujet important lié au temps — celui de l’écriture d’un Sefer Torah général qui « vivifie » (meh’ayé) tous les Juifs, par laquelle chaque Juif acquiert une lettre dans un Sefer Torah.

En particulier, en ces derniers jours, on a achevé l’écriture du premier Sefer Torah avec la lettre lamed du mot « Israël » et on a commencé l’écriture du second Sefer Torah avec la lettre bet de « Berechit ».

Il est dit dans la Torah qu’il y a soixante lettres de ribo (six cent mille) dans « Israël ». Et comme la Torah est analogue au cœur — puisqu’elle détient en elle la vitalité qui se déverse à chaque Juif — il ressort des paroles du Hilloula dans un Maamar de l’année 5706 (page 46) que chaque Juif possède une lettre dans la Torah dont dépend sa vitalité. Cette lettre lui est donnée avec la force de s’élever, et elle le protège de tout ce qui empêche ou entrave l’étude de la Torah. Et sur cela, la Bénédiction suprême lui parvient pour tout ce qui est bien.

Chaque Juif doit donc s’efforcer d’avoir une lettre dans un Sefer Torah — et il lui en coûte sa vie (h’ayav benafsho). Et en supplément : agir pour que ces Juifs qui n’ont pas encore acquis une lettre dans un Sefer Torah en acquièrent une.

Comme il est expliqué, chaque Juif peut acquérir une lettre dans un Sefer Torah selon sa façon — en écriture ashkénaze ou séfarade (ainsi que le Ari’zal l’explique dans ses écrits concernant les raisons des Mitsvot).

L’unité d’Israël par la Torah

Lorsque chaque Juif acquiert une lettre dans un Sefer Torah, il s’unit à tous les Juifs par les lettres qu’ils ont acquises dans ce Sefer Torah — puis dans un autre Sefer Torah, et ainsi de suite — et tous leurs Sefarim Torah constituent un seul sujet, unis et rassemblés autour du premier Sefer Torah qu’écrivit notre maître Moché lors de l’accomplissement du commandement : « Et maintenant, écrivez pour vous ce cantique. »

Cette unité englobe aussi les Juifs qui se trouvent « derrière le rideau de fer » — car selon la Torah, « même une partition de fer ne sépare pas entre Israël et leur Père céleste ».

Et plus particulièrement lorsque l’on associe cela à quelque chose de concret — acquérir une lettre écrite dans un Sefer Torah matériellement, avec de l’encre physique, sur un parchemin physique, par un scribe physique dans un corps habité d’une âme — cela touche au concret le plus tangible.

Et comme l’unité ainsi créée passe par la Torah — « Torah de vérité, Torah éternelle » — cette unité est donc vraie et éternelle, « une vérité et sa vérité » (émeth léamitho).

Vers la Rédemption :  » Vekhol baney Israël  » »

Que l’on mérite ainsi de partir bientôt avec les Sefarim Torah vers notre Terre Sainte, pour entendre la Torah de la bouche du Machia’h.

Comme il est écrit dans Daniel (12, 1-2) concernant l’ensemble du sujet de « la fin des jours » : « En ce temps-là, ton peuple sera délivré, tous ceux qui se trouvent inscrits dans le Livre » — et cela fait également allusion au Sefer Torah — « ceux qui ont une lettre dans le Sefer Torah seront délivrés, car la Torah protège et préserve ». Et l’ange Mikhaël qui se lèvera dans ce moment — qui enseigne la défense pour les enfants de ton peuple — viendra protéger et sauver chaque Juif.

Tous les Juifs sortiront de la galout, avec notre juste Machia’h en tête, y compris la sortie de la Chekhina de l’exil — comme nos Sages disent que lorsqu’il est dit « Hachem retournera ta captivité » (Deutéronome 30, 3), il ne faut pas lire « il retournera » mais « il retournera lui-même avec » (véchav), signifiant que D.ieu lui-même marche avec chaque Juif, qu’il faut, pour ainsi dire, tenir la main de chaque Juif — et vous serez rassemblés un à un, fils d’Israël (Rachi, Nitsavim, v. 3) — dans la Rédemption véritable et complète, bientôt en nos jours.

Et tout cela dans la plénitude de la Torah, la plénitude du Peuple, « en nos jeunes et en nos vieux, en nos fils et en nos filles » — tous unis d’un seul cœur — allant ensemble vers notre Terre Sainte, « la terre que l’Éternel ton D.ieu te regarde continuellement depuis le début de l’année jusqu’à la fin de l’année » — la plénitude de la terre.

La joie, colonne vertébrale de tout le service divin

Il est bien connu que les discours de l’Admour Maharach développent abondamment l’importance de la joie dans l’ensemble du service divin :

L’ensemble du service humain envers son Créateur se divise en trois sujets : la Torah, le Service (la prière), et les actes de bonté — comme le disent nos Sages (Avoth, début du ch. 1) : « Sur trois choses le monde repose » — c’est le monde en son sens large, et aussi « le monde en miniature qu’est l’être humain » — « sur la Torah, sur le Service, et sur la bonté ».

L’ensemble du service doit s’accomplir dans la joie — comme le montrent des preuves tirées de versets et des paroles de nos Sages : depuis le verset « Ivdou eth Hachem besimh’a » — « Servez l’Éternel dans la joie ». Ce verset s’applique en particulier au service de la prière — « quelle est l’offrande qui vient du cœur ? La prière » — mais en général il s’applique à l’ensemble du service de l’être humain : « moi, je fus créé pour servir mon Créateur » — et ce service doit s’accomplir dans la joie, en « servant l’Éternel dans la joie ».

Concernant l’étude de la Torah — comme il est expliqué dans le Talmud (Chabbat 30b) : « la Chekhina ne repose pas au milieu de la tristesse, ni au milieu de la paresse, mais seulement au milieu de la joie d’une Mitsva. »

Concernant les actes de bonté — comme il est expliqué chez le Rambam et dans le Choul’han Aroukh : s’acquitter de la Tsedaka ne consiste pas seulement à ne pas se conduire de façon contraire, mais la donation doit s’effectuer avec un visage souriant. Et on trouve une expression étonnante dans la Michna : « Accueille chaque être humain avec un visage souriant » (Avoth 1, 15, selon Chamaï) — ce qui montre combien ce principe du visage souriant est fondamental.

La joie brise toutes les limites

Ainsi, comme la joie « brise toutes les barrières », il est compréhensible qu’elle porte le service jusqu’à la perfection absolue.

L’explication en est la suivante :

Il serait concevable que le service s’accomplisse de façon mesurée et limitée — dans les limites imposées par l’intellect — comme en témoigne ce principe : « il suffit ce qui lui manque » (dai mah’soro asher yeh’sar lo), mais sans l’enrichir — car « suffit » est sa prétention, et il n’est pas obligé de l’enrichir.

Mais la perfection et l’achèvement du service consistent à ce que le service s’accomplisse « de toute ta grandeur » (bekhol méodekha) — c’est-à-dire non seulement dans les dix facultés internes, mais aussi dans les facultés englobantes de l’âme — la volonté et le délice.

Et cela est lié à l’ensemble du service d’amour de D.ieu : « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu » (veahavta eth Hachem Elokékha) — l’amour qui est le sommet du service, et dont le Rambam explique l’élévation dans le dixième chapitre des Lois de la Techouva — l’amour à ne pas confondre avec un amour intéressé.

Car lorsqu’on constate en acte que le service procède de l’amour de D.ieu, il n’est plus question de calculs — ceux-ci sont contraires à la conduite d’un service fondé sur l’amour. Le service est alors au-delà de toute mesure et de toute limitation.

Et a fortiori en ce qui concerne les choses spirituelles : lorsqu’un être humain possède cent, il en veut deux cents, et lorsqu’il en a deux cents, il en veut quatre cents — combien plus alors pour les sujets spirituels : l’étude assidu de la Torah, le service de la prière, les actes de bonté — et en général toutes les bonnes actions.

Et lorsque son service s’accomplit « de toute ta grandeur », au-delà de toute mesure et de toute limitation — grâce au service par les facultés englobantes de l’âme, la volonté et le délice — la perfection est alors accomplie aussi dans les dix facultés internes, puisqu’elles sont pénétrées par les facultés englobantes.

C’est pourquoi la grandeur et l’élévation du service dans la joie est compréhensible — car la joie brise toutes les barrières, et le service est alors au-delà de toute mesure et de toute limitation.

Et lorsque l’être humain sert dans la joie et au-delà de toute mesure et limitation, on suscite et on attire d’en-haut des influx qui eux aussi dépassent toute mesure et toute limitation — et d’une façon de joie manifeste (besimh’a dégiloyé) : les h’assadim cachés se manifestent et se révèlent de façon apparente et visible, car lorsqu’on reçoit les bénédictions d’une façon visible et manifeste, cela suscite la joie.

Le Cantique des cantiques de la Rédemption

Que l’on mérite bientôt de chanter le dixième cantique — comme il est expliqué dans les Midrach : jusqu’à présent, depuis le Cantique de la Mer de Moché jusqu’à nos jours, neuf cantiques ont été chantés, et à l’avenir, à l’arrivée de notre juste Machia’h dans la Rédemption véritable et complète, le dixième cantique sera chanté avec le nombre de Juifs.

Et comme tous les révélations à venir dépendent de nos actes et de notre service durant l’exil, il est compréhensible que l’ensemble du service accompli dans la joie durant le temps de l’exil constitue la préparation à la joie future de la Rédemption — « la joie du monde sur leur tête ».

Et l’ensemble du service au-delà de toute mesure et toute limitation opère la descente de la bénédiction de D.ieu d’une façon d’ampleur, de fils de vie, jusqu’à la vraie vitalité — « ma coupe déborde » (kosi révaya) — et depuis ce cantique on ne dit de cantique que sur le vin, sur la coupe du roi Machia’h.

L’interprétation de l’Admour Hazaken : « Vers Lui »

Il a été question plus haut dans le Maamar de l’explication de l’Admour Hazaken concernant les mots « bekhol asher tikreou eilav » — « dans tout ce par quoi vous l’appelez, vers Lui » — sans qu’il ne cite ensuite l’explication du Paradès (de la Kabbale) ni celle du Baal Chem Tov, mais qu’il les précède et ajoute ensuite que l’interprétation simple est d’un autre ordre.

L’explication simple (qui porte sur l’Essence et la Substance) est naturellement et simplement compréhensible et accessible à tout Juif d’Israël — grâce à une foi simple.

Et cela peut sembler étonnant : car on connaît la relation de l’Admour Hazaken tant envers le Pardès que le Baal Chem Tov, et pourtant, non seulement l’Admour Hazaken n’explique pas dans un sens différent du Pardès et du Baal Chem Tov — mais plus encore : il cite d’abord le Pardès et l’explication du Baal Chem Tov, et c’est ensuite qu’il déclare que l’interprétation simple est d’une autre nature.

L’explication : l’interprétation simple (qui porte sur l’Essence et la Substance) est naturellement accessible à chaque Juif d’Israël — car lorsqu’un Juif simple prie D.ieu, il n’a aucune connaissance des kavvanoth liées aux Séfiroth. Sa prière est donc dirigée vers l’Essence et la Substance — « Eilav ».

Et même lorsqu’il s’agit d’une personne d’exception qui sait diriger ses kavvanoth vers les Séfiroth — un grand d’Israël a dit : « je prie comme un enfant » — ce qui signifie que la plénitude et l’authenticité de la prière résident dans cette direction vers l’Essence et la Substance — « Eilav ».

Et cette interprétation simple s’applique à chaque Juif d’Israël — comme il est dit — car le sujet traité est lié au Pardès, au Drach, au Remez ou au Sod, et selon le verset que tout enfant de cinq ans apprend déjà en Parach (aussi des adultes qui ne sont pas encore au stade du Drach ou du Sod ont leur étude dans la section du Péchat) — mais concernant le Péchat (l’interprétation simple) : il s’applique à chaque Juif.

Et le service de la prière est donc à la façon d’un serviteur devant son maître : car lorsque les membres d’un royaume se tiennent devant le roi, il n’y a de différence ni entre grand ni entre petit, et toutes les élévations des membres du royaume ne comptent plus — ils n’occupent plus de place et ne sont rien — devant la grandeur et l’acceptation de la royauté du roi.

La primauté de l’acte sur la kavvana

Dans la généralité de l’enseignement des Mitsvot, il y a deux aspects : l’acte de la Mitsva en acte concret, et la kavvana de la Mitsva. Et bien que « une Mitsva sans kavvana est comme un corps sans âme » — ce qui signifie que l’acte de la Mitsva est comme le corps et la kavvana comme l’âme — et que la valeur de l’âme sur le corps est immense — néanmoins : « l’acte est ce qui est primordial » (véhama’assé hou ha’iqar).

Comme il est expliqué dans le Tanya (ch. 38) : si quelqu’un accomplit tous les kavanoth avec la plus haute intention mais n’accomplit pas la Mitsva en acte concret, il n’a pas acquitté son obligation de la Mitsva. Inversement, lorsqu’il accomplit la Mitsva en acte concret, même si la kavvana lui a manqué, il a acquitté son obligation de la Mitsva.

Ce qui montre combien est grande la primauté de l’accomplissement de la Mitsva en acte concret — « l’acte est ce qui est primordial ». Et comme « une Mitsva entraîne une Mitsva » : l’accomplissement de la Mitsva en acte concret entraîne l’accomplissement d’une autre Mitsva, et avec le temps viendra aussi la kavana de la Mitsva — mais « l’acte est ce qui est primordial ».

Ce sujet est mis en évidence dans le Maamar du jour du Hilloula, où il est question de l’ensemble du service dans le Michkan et le Mikdach :

D.ieu commanda aux Juifs de lui faire une demeure — « qu’ils me fassent une demeure et je résiderai en eux » — et de lui apporter : « de l’or, de l’argent et du cuivre » etc. Les Juifs prirent des choses matérielles — car on se trouve dans ce monde bas et matériel — et c’est précisément par des matériaux matériels que fut construit le Michkan — et c’est ainsi que fut accompli « qu’ils me fassent un sanctuaire, pour moi » — la résidence de l’Essence et de la Substance en-bas.

Et concernant la construction du Michkan, il est dit : « Regarde et fais selon le modèle » — D.ieu avait montré à Moché le modèle de la Ménorah de feu, car avant que le Michkan matériel soit construit, tous les sujets du Michkan existaient sous forme spirituelle, « la Ménorah de feu ».

Et il a été demandé : si tous ces éléments existent déjà sous forme spirituelle — pourquoi avait-on besoin de construire un Michkan matériel avec une Ménorah matérielle ? La réponse est que précisément par les matériaux concrets et matériels — « pour moi, pour mon nom » (Rachi) — c’est là que s’accomplit l’inhabitation de l’Essence et de la Substance en-bas.

Et cela est lié à l’ensemble du service de l’être humain en ce monde : « moi je fus créé pour servir mon Créateur » — dont le service s’accomplit en choses matérielles et concrètes — « que toutes tes actions soient pour le Nom des cieux », « dans toutes tes voies connais-Le ». Et ce n’est pas en-haut que la Torah est — car l’enseignement de la Torah s’applique précisément à ceux qui sont en-bas (Bava Metsia 59b).

L’alliance de la Terre d’Israël et de l’unité du peuple

Ce sujet est aussi lié à la Terre d’Israël — qui a été donnée aux Juifs par D.ieu d’une façon éternelle : « héritage de l’éternité » (nah’alat olam), car D.ieu est Éternel.

L’amour du Peuple d’Israël entraîne l’amour de la Terre d’Israël, et l’unité des Juifs entraîne la plénitude et l’intégrité de la Terre d’Israël.

Particulièrement en nos jours, malgré les ténèbres de la galout — et même les ténèbres redoublées de la période précédant immédiatement l’ère messianique — il y a des territoires en Terre d’Israël qui ont été donnés aux Juifs d’une façon miraculeuse manifeste : la Judée, la Samarie, le Golan — et tous les territoires qui se trouvent actuellement sous l’autorité d’Israël ont été donnés aux Juifs par des miracles manifestes, jusqu’à ce que même les nations du monde déclarent : « c’est le doigt de D.ieu » — sans que les Juifs portent attention à ce fait, semblables à la brebis solitaire au milieu de soixante-dix loups.

Il convient de ne pas prendre en compte le fait qu’il existe des territoires qui ne sont pas encore sous l’autorité d’Israël, et d’attendre la Rédemption véritable et complète par notre juste Machia’h (et non agir avec la force de ses poings). En ce qui concerne les territoires qui se trouvent entre les mains d’Israël, il existe dans la Torah un enseignement clair — dans le Choul’han Aroukh (lois de Chabbat, ch. 329) — que lorsque quelque chose est lié au danger de vie des Juifs — et c’est a fortiori notre sujet qui concerne une certitude, pas un doute — c’est une chose interdite, et il est évident qu’il est interdit de donner aux non-Juifs même un seul territoire que D.ieu a donné aux Juifs, car la chose est liée à un danger pour la vie — « de peur que l’ennemi prenne la ville et que le pays soit ouvert devant eux ».

En particulier en ce qui concerne les territoires donnés aux Juifs d’une façon miraculeuse manifeste — il est certainement interdit selon la Torah de mépriser les dons de D.ieu, et d’autant plus qu’il existe dans la Torah un enseignement clair sur la façon d’agir en pareille matière, qui concerne un danger pour la vie.

Et comme c’est une décision finale dans la Torah — et que la Torah est la maîtresse de la réalité du monde — il est compréhensible que la Torah a le pouvoir de modifier la réalité du monde — et a fortiori de maintenir les territoires qui se trouvent déjà entre les mains d’Israël, mains puissantes — lorsqu’on avance dans la voie de la Torah avec force et détermination.

Et voilà la seule voie pour parvenir à une paix véritable : en marchant selon la voie de la Torah d’Émet (qui est donnée par D.ieu qui est le D.ieu de la Vérité — Lui qui a le pouvoir de concéder la vérité) — et il est compréhensible que dans l’affaire de la vérité, on ne peut faire de « compromis », concéder la moitié ou un tiers ou un quart — car même un léger écart de la vérité équivaut déjà à la négation de la vérité.

Et la Torah d’Émet dit que la Terre d’Israël a été donnée aux Juifs par une alliance — « entre les parts » — de façon d’éternité : « avec un Dieu d’éternité, de peuple en peuple, à jamais » — et il est donc interdit de donner aux non-Juifs même un seul territoire donné aux Juifs par D.ieu.

Et lorsqu’on se conduit selon la voie de la Torah et de la Mitsva, on mérite à la paix véritable et réelle, et on n’a plus besoin d’armes — ils sortent avec de simples vêtements, jusqu’à ce que se réalise la prophétie : « et tous les peuples de la terre verront que le nom de l’Éternel est proclamé sur toi, et ils te craindront ».

Vers la Rédemption : la Dixième Chanson

Ainsi, la conduite générale de marcher dans la voie de la Torah — « un seul peuple dans la terre » — est la voie qui mène à la paix véritable : « car la Torah a été donnée pour faire la paix dans le monde ».

Et en marchant dans la joie, avec la plénitude du Peuple, de la Torah et de la Terre — on va vers la Rédemption véritable et complète, bientôt en nos jours, par notre juste Machia’h.

On mérite « bientôt, immédiatement » — pour réaliser la prophétie — « réveillez-vous et chantez, vous qui habitez dans la poussière » — avec le Baal de la Guéoula en leur sein — et on mérite à la Rédemption véritable et complète par notre juste Machia’h, bientôt en nos jours.

Et on ordonna de chanter le Maamar : «Bati Legani A’hoti Kalla,  Je suis entré dans mon jardin, ma sœur ma fiancée. »

Conclusion : s’engager avec force et avec joie

Étant donné qu’il a été dit plus haut que l’écriture d’un Sefer Torah est certainement en cours — on doit terminer ce Farbrenguen avec encore plus de force et avec la joie d’une Mitsva de Torah. Que l’on parte dans la joie et la paix, et que la volonté divine soit que l’on ne réalise pas D.ieu ne nous préserve pas la parole « vous partirez dans la joie » — mais au contraire, que cette joie soit maintenue tout au long de l’année, depuis le début jusqu’à la fin.

Et que l’on mérite bientôt à la Rédemption véritable et complète, bientôt en nos jours, avec notre juste Machia’h.