Grand rassemblement « Vaharikoti » : des milliers de personnes réunis à Jérusalem pour préparer Guimel Tamouz

Grand rassemblement « Vaharikoti » : des milliers de personnes réunis à Jérusalem pour préparer Guimel Tamouz

 

Des milliers de hassidim, de Chlou’him et de proches ont rempli le Palais des Congrès de Jérusalem pour le grand rassemblement «Vaharikoti». Pendant plusieurs heures, Nigounim et Hitkachrout au Rabbi se sont enchaînés à l’approche de Guimel Tamouz. Retour en images sur une soirée d’une rare intensité, organisée par les Tseiré Agoudat Habad.

 

 

 

 

Une semaine avant Guimel Tamouz

Une semaine avant Guimel Tamouz, des milliers de hassidim de Habad, Chlou’him du Rabbi et proches du mouvement se sont rassemblés dans la nuit du vendredi pour le rassemblement « Vaharikoti », l’événement de préparation à Guimel Tamouz, conjugué à l’accomplissement de la directive du Rabbi de remercier et de louer D.ieu pour les miracles. L’initiative revient aux Tseiré Agoudat Habad.

Le rassemblement s’est tenu au Palais des congrès de Jérusalem (Binyené Haouma). Il s’est ouvert par une longue heure consacrée à des expositions exceptionnelles retraçant la vie, la personnalité et l’œuvre du Rabbi de Loubavitch, ainsi que les nombreux ouvrages parus à partir de son enseignement.

Le Rabbi et le Mur occidental, un lien dévoilé

Une exposition particulière a traité d’un sujet jusqu’ici peu exploré : le lien entre le Rabbi et le Kotel, le Mur occidental, avec des révélations inédites. Un espace interactif spécial, accompagné d’un quiz sur le thème « Le Rabbi et le Kotel », a été aménagé dans une salle attenante. Les participants ont reçu un album somptueux édité par la Fondation pour le patrimoine du Mur occidental, consacré au lien entre le Rabbi et l’activité du hassidisme Habad au Kotel.

Un accueil pour les Chlou’him dans les tunnels du Kotel

Avant même l’ouverture des festivités au Palais des congrès, une cérémonie de bienvenue s’est tenue dans les tunnels du Kotel en l’honneur de dizaines de Chlou’him de Habad venus du monde entier pour une visite particulière en Terre sainte — pour le rassemblement « Vaharikoti », mais aussi pour des visites de renforcement et des Farbrenguen dans les institutions Habad et les communautés à travers le pays.

Organisée par les Tseiré Agoudat Habad, sous la direction du Rav Yossef Its’hak Aharonov, cette cérémonie s’est déroulée dans la salle prestigieuse des tunnels du Mur occidental, à proximité de l’emplacement du Saint des Saints, en présence du Richon Letsion et Grand Rabbin de Jérusalem, le Rav Chlomo Moché Amar, du Grand Rabbin Rav Kalman Bar, du Rav du Kotel et des Lieux saints le Rav Chemouel Rabinovitch, du député Meïr Porouch et d’invités de marque.

Le plus grand « Séder Nigounim » au monde

Après des visites approfondies des expositions, qui comprenaient de spectaculaires productions multimédias, la nombreuse assistance a commencé à gagner la salle centrale du Palais des congrès, où s’est tenu « le plus grand Séder Nigounim au monde » : des interprétations authentiques de Nigounim de Habad, tantôt émouvants au point de toucher l’âme elle-même, tantôt joyeux au point d’élever l’homme au-dessus de la terre.

Le programme musical a été arrangé par Rafi Biton, qui s’est produit aux côtés de la chorale de Habad, des chorales Kolot Min Hachamayim et d’un orchestre élargi. Pendant deux heures et demie, des dizaines de chants ont été parcourus, puisés dans le vaste répertoire des Nigounim hassidiques de Habad, avec plus de cent voix et musiciens réunis sur une même scène.

Les allocutions des personnalités

Au début du Séder Nigounim, une vidéo de bénédiction a été diffusée, envoyée par le ministre Ami’haï Chikli, dont le ministère de la Diaspora a parrainé l’événement. Le ministre Chikli a évoqué son lien avec le hassidisme Habad et salué l’activité bénie des Chlou’him à travers le monde.

Le député Meïr Porouch a prononcé des paroles de bénédiction, qualifiant ce rassemblement d’« expression vivante du « calame de l’âme » — cette expression profonde que l’Admour Hazaken nous a enseignée sur la force du Nigoun. La capacité de chacun des présents, en tout lieu et en toute situation, à sanctifier la réalité, à y ajouter de la lumière et à rayonner plus loin. Les milliers de Chlou’him de Habad de par le monde accomplissent le Midrach : ils donnent leur âme pour réussir dans leur Chéli’hout. »

Le Rav du Kotel et des Lieux saints, le Rav Chemouel Rabinovitch, a pris la parole et raconté notamment le lien profond entre le Rabbi, Habad et le Mur occidental, ainsi qu’un récit émouvant sur l’œuvre du Rabbi après Guimel Tamouz : comment il a influencé un juif de quatre-vingts ans qui cherchait, à un âge aussi avancé, à entamer une nouvelle carrière.

Guimel Tamouz, un jour d’hitkachrout

Le président des Tseiré Agoudat Habad, le Rav Yossef Its’hak Aharonov, a déclaré dans son discours : « Nous nous tenons ici aujourd’hui à l’approche du jour saint de Guimel Tamouz. C’est un jour où le cœur hassidique manque un battement, un jour où les larmes et la nostalgie du Rabbi remontent et débordent. Mais les hassidim ne s’arrêtent pas là ; Guimel Tamouz est un jour d’Hitkachrout intérieure, un jour d’examen de conscience et d’exigence envers soi-même : où nous situons-nous par rapport à la volonté du Rabbi ? C’est précisément à partir de l’effacement total devant le Rabbi que l’on peut ouvrir le canal de la plus grande des bénédictions — une bénédiction entièrement au-dessus de la nature. »

« Chez les hassidim, il est connu que ce qu’un Farbrenguen hassidique est capable d’accomplir, même l’ange Mikhaël ne peut l’accomplir. Et tout particulièrement à Guimel Tamouz, lorsque nous nous réunissons en Farbrenguen, en famille de hassidim de Habad, dans l’unité et l’amour fraternel, la force de ce Farbrenguen se multiplie par deux, par trois. Ici, parmi les hassidim et les Chlou’him, nous renforçons le réceptacle et faisons descendre les bénédictions du Rabbi dans le réceptacle de l’action concrète — des enfants, la vie et une subsistance en abondance, et tout cela dans l’abondance. »

« En même temps, le Rabbi a exigé de nous de ne pas en rester à l’émotion et à la nostalgie, mais de tout traduire en actes. En cette période, où nous voyons de plus en plus combien l’appel du Rabbi retentit de toutes parts — agir par tous les moyens dans l’amour d’Israël et le rapprochement des cœurs — nous devons nous consacrer plus encore à la Chéli’hout et à la responsabilité que le Rabbi a confiées à chacun d’entre nous. »

La clôture au Mur occidental

À l’issue du spectacle, de nombreux participants se sont rendus pour la suite du rassemblement sur l’esplanade du Mur occidental — vestige de notre Beth Hamikdach — pour une cérémonie de prière et un Séder Nigounim.

Le Rav Aharonov conclut : « Ce fut un événement sans pareil, de longues heures d’Hitkachrout au Rabbi à l’approche du grand et saint jour de Guimel Tamouz, conjuguées à l’accomplissement de la directive du Rabbi, tirée de la célèbre Si’ha du 26 Nissan 5751 (1991), de remercier et de louer D.ieu pour les miracles, jusqu’à sortir effectivement danser. De là, nous poursuivrons avec des forces renouvelées l’application de la directive du Rabbi : faire tout ce qui est en notre pouvoir pour hâter la venue des temps de Machia’h. »

Photo : ‘Haïm Touitou

 

Gaagouim : une interprétation nouvelle et bouleversante du Niggoun du Rav Yehouda Eber, hy »d

Gaagouim : une interprétation nouvelle et bouleversante du Niggoun du Rav Yehouda Eber, hy »d

 

Le projet « Gaagouim – Niggouné Habad » dévoile le premier extrait de son dixième album, dont la parution est imminente. Ce single fait revivre le Niggoun du Rav Yehouda Eber, hy »d, transmis par son élève, le Machpia Rav Moché Roubin, de mémoire bénie, et consigné dans le cinquième volume de l’Otzar HaNiggounim sous le numéro 359. Une mélodie qui ravive le souvenir d’un grand maître de la musique ‘hassidique, dont l’œuvre continue de résonner au cœur des communautés Habad.

 

 

 

 

Un nouveau single avant un dixième album

Le projet « Gaagouim – Niggouné Habad » vient de publier le premier extrait de son dixième album, appelé à paraître prochainement. Ce nouvel opus s’ouvre sur un Niggoun chargé d’histoire : celui du Rav Yehouda Eber, hy »d, recueilli de la bouche de son élève, le Machpia Rav Moché Roubin, de mémoire bénie. La mélodie est conservée dans le cinquième volume de l’Otzar HaNiggounim, où elle figure sous le numéro 359.

Le Rav Yehouda Eber, maître du Niggoun ‘hassidique

Le Rav Yehouda Eber, hy »d, fut à la tête des Yechivot Tom’hei Temimim en Pologne. Doté d’un sens musical hors du commun, il faisait preuve d’une grande exactitude dans la notation des Niggounim et composa lui-même de nouvelles mélodies. En 5698 (1938), sur l’instruction du Rabbi précédent, Rabbi Yossef Its’hak — le Rayatz —, il commença à enseigner les Niggounim de Habad à ses élèves.

L’institut Gaagouim

L’institut « Gaagouim – Niggouné Habad » rassemble un ensemble de Niggounim interprétés de manière authentique par le Rav Mena’hem Mendel Amar, rav du centre « Or Mena’hem » et « Meorot » à Ashdod.

Ce Niggoun est dédié pour le mérite du ‘Hatan, le Rav Yossef Its’hak Amar, et de la Kala, Madame ‘Haya Mouchka Akrish, à l’occasion de leurs fiançailles conclues en une heure propice et réussie.

Le vice-président J.D. Vance ouvre les portes de la Maison-Blanche aux émissaires du Rabbi

Le vice-président J.D. Vance ouvre les portes de la Maison-Blanche aux émissaires du Rabbi

De gauche à droite : Mendy Rogatsky (directeur, Resolution), M. Eliyahu Kholodenko (directeur, Questrade), le Rav Yehouda Shemtov (comté de Bucks, Pennsylvanie), vice-président, le Rav Levi Shemtov (vice-président exécutif, American Friends of Lubavitch-Chabad), le Rav Zalman Levertov (émissaire en chef en Arizona) et le Rav Avi Weinstein (directeur des opérations, Chabad on Campus International).

À l’issue de la conférence internationale Living Legacy, organisée à Washington en préparation de Guimel Tamouz, le vice-président des États-Unis J.D. Vance a reçu dans son bureau de la Maison-Blanche une délégation du mouvement Habad-Loubavitch. Conduite par le Rav Levi Shemtov, doyen des Chlou’him de la capitale fédérale, la rencontre s’est prolongée près d’une heure et fut décrite comme « importante, substantielle et chargée de sens ». Elle est venue clore un rassemblement tout entier consacré à l’enseignement et à l’héritage du Rabbi, dont l’influence ne cesse de rayonner de par le monde.

 

 

 

Une rencontre au cœur de la Maison-Blanche

C’est dans son propre bureau, au sein de la Maison-Blanche, que le vice-président des États-Unis J.D. Vance a accueilli mercredi une délégation restreinte du mouvement Habad-Loubavitch. Venus refermer la conférence internationale Living Legacy qui se tenait alors à Washington, six Chlou’him et soutiens de l’organisation American Friends of Lubavitch-Chabad ont ainsi été conviés à cet entretien, sous la conduite du Rav Levi Shemtov, doyen des émissaires de la capitale fédérale et vice-président exécutif de l’organisation.

Selon l’un des participants, l’échange s’est étendu sur près d’une heure et fut qualifié d’« important, substantiel et chargé de sens ». Au-delà de la simple courtoisie protocolaire, ces mots disent l’attention portée par la seconde personnalité de l’État américain à un mouvement dont l’action éducative, sociale et spirituelle se déploie aujourd’hui dans la quasi-totalité des États de l’Union et bien au-delà des frontières des États-Unis.

Les visages de la délégation

Autour du Rav Levi Shemtov se tenaient plusieurs figures de premier plan du mouvement. On comptait parmi elles le Rav Zalman Levertov, Chalia’h principal de l’Arizona, ainsi que le Rav Yehouda Shemtov, à la tête de l’activité du mouvement dans le comté de Bucks, en Pennsylvanie. Le Rav Avi Weinstein, directeur des opérations de Habad on Campus International, qui coordonne la présence du mouvement sur les campus universitaires à travers le monde, complétait la représentation rabbinique de la délégation.

À leurs côtés avaient pris place deux personnalités du monde des affaires, fidèles soutiens de l’œuvre des émissaires : Eliyahou Kholodenko, président-directeur général de Questrade, première plateforme canadienne de courtage en ligne, et Mendel Rogatsky, président-directeur général de Resolution, cabinet de conseil et de gestion. Leur présence illustre le lien étroit qui unit, dans le sillage du Rabbi, l’engagement spirituel et le soutien concret apporté aux innombrables institutions du mouvement.

Dans le sillage de la conférence Living Legacy

Cette rencontre constituait l’ultime moment de la conférence internationale Living Legacy, rendez-vous périodique organisé par l’organisation American Friends of Lubavitch-Chabad. Étalé sur plusieurs jours, ce rassemblement réunit régulièrement à Washington des centaines de personnalités — législateurs, diplomates et Rabbanim venus des cinquante États américains comme des quatre coins de la planète — autour de l’enseignement et de l’œuvre du Rabbi.

Au fil de ses éditions successives, la conférence a donné lieu à des événements tenus dans les lieux les plus emblématiques de la vie politique américaine, du Capitole à la Bibliothèque du Congrès, en passant par la Maison-Blanche elle-même. Elle s’inscrit dans la continuité de la distinction exceptionnelle décernée au Rabbi, Rabbi Menahem Mendel Schneerson, à qui le Congrès des États-Unis attribua en 5754 (1994) la médaille d’or du Congrès, la plus haute distinction civile américaine, en hommage à son action en faveur de l’éducation, de la morale et de la bienfaisance.

Un héritage qui rayonne à l’approche de Guimel Tamouz

La conférence se tenait cette année en préparation de Guimel Tamouz, jour de la Hiloula du Rabbi. Tout entier tourné vers la transmission de son enseignement et de son héritage, ce moment met en lumière l’ampleur des efforts déployés, à l’échelle nationale comme mondiale, par le mouvement Habad-Loubavitch.

Au lendemain du départ du Rabbi, en 5754 (1994), nombre d’observateurs, sociologues et spécialistes du fait religieux annonçaient le déclin, voire la dissolution prochaine du mouvement. L’histoire a démenti ces pronostics de la manière la plus éclatante : loin de s’éteindre, l’œuvre des Chlou’him s’est étendue à des milliers de communautés, et son rayonnement auprès des Juifs comme des non-Juifs n’a jamais été aussi fort. À l’approche de Guimel Tamouz, l’accueil réservé par le vice-président des États-Unis à une délégation du mouvement vient en porter un témoignage supplémentaire, au plus haut sommet de l’État.

Jour et nuit dans la Torah du Rabbi : témoignage du Rav Avraham Barou’h Pevzner

Jour et nuit dans la Torah du Rabbi : témoignage du Rav Avraham Barou’h Pevzner

 

Trente-deux ans depuis le Guimel Tamouz 5754, la lumière du Rabbi de Loubavitch ne cesse de croître et les sources de sa Torah continuent de jaillir à travers le monde entier. Le Rav Avraham Barou’h Pevzner, Rav de la communauté Habad de Paris et éditeur des séries «’Hidouchim ouBiourim baChas» et «Hadranim al haChas», évoque les instants sublimes vécus au 770. Au fil de l’entretien, il partage des anecdotes personnelles dans l’intimité des géants de la génération et dépeint l’immersion prodigieuse du Rabbi dans la Torah, étudiée pour lui-même et diffusée aux multitudes durant toute une génération.

 

 

Ki Karov

 

 

Nous voici à l’approche du jour grand et saint, la trente-deuxième Hilloula du Rabbi. Trois décennies après son départ, la grande lumière du Rabbi ne fait que croître et resplendir, et les sources de sa Torah continuent de jaillir de toute leur force, tant vers l’extérieur que vers l’intérieur. Chaque année, des centaines de nouveaux Chlou’him partent consacrer leur vie à la réparation du monde sous le règne de D.ieu, dans le cadre de la grande œuvre de diffusion de la Torah et du judaïsme qu’a fondée le Rabbi ; parallèlement, l’étude de son enseignement torahnique foisonnant devient, d’année en année, le patrimoine de tous.

À l’approche de la Hilloula, nous nous sommes adressés au Rav Avraham Barou’h Pevzner chlita, Rav de la communauté Habad de Paris, capitale de la France, et l’un des premiers à s’être consacré à l’édition torahnique des ouvrages du Rabbi, en le priant de présenter aux lecteurs de «Ki Karov» les grandes lignes de la Torah du Rabbi, qui a laissé après lui une bénédiction.

Le Rav Pevzner est le fils du Gaon Harav Hillel Pevzner zatsal, l’un des grands Rabbanim d’Europe de la dernière génération et l’un des bâtisseurs d’un monde de Torah et de ‘Hassidout en France. Il a eu le mérite d’éditer la série «’Hidouchim ouBiourim baChas», ainsi que d’autres ouvrages tirés de la Torah du Rabbi. Dans notre entretien, il décrit dans son langage si particulier des instants sublimes vécus auprès du Rabbi, détaille les manières dont celui-ci exposait sa Torah selon les époques, et dévoile des aspects de l’enseignement du Rabbi tant dans le domaine révélé, le Nigleh, que dans la ‘Hassidout.

Là où se trouve la pensée de l’homme, là il est lui-même

Vous avez la charge de l’édition de plusieurs ouvrages réunissant les nouveautés et les exposés torahniques prononcés par le Rabbi. Nous serions heureux d’entendre parler des occasions où vous avez eu le mérite d’entendre ces paroles de la bouche même du Rabbi ; et peut-être commencerons-nous par demander : quand avez-vous commencé à étudier et à approfondir la Torah du Rabbi dans toute sa profondeur ?

Déjà lorsque j’étais assis sur les bancs de la vénérable Yéchiva Habad de Brunoy, en banlieue parisienne, j’étudiais avec mes camarades, en grande profondeur, les paroles de Torah du Rabbi qui paraissaient en ce temps-là — il y a plus de cinquante ans — et qui nous parvenaient. Nous nous plongions dans les Si’hot et investissions un temps considérable à comprendre et à clarifier chaque cheminement et chaque étape du raisonnement : sur quoi repose la question, quelle était l’hypothèse de départ et quelle nouveauté apportait la conclusion ; et c’est ainsi, par tout un processus, que nous découvrions la profondeur prodigieuse de la Torah du Rabbi.

Plus tard, je suis parti étudier de manière permanente à la Yéchiva centrale «Tom’hei Temimim» de la cour de Loubavitch, et j’ai eu le mérite de participer moi-même aux Farbrenguen du Rabbi, durant les années 5733 à 5736 (1973-1976). Ce fut une expérience absolument unique. Les Farbrenguen duraient plusieurs heures, et au cours de celles-ci, aux côtés de paroles d’éveil et d’explications selon la voie de la ‘Hassidout Habad, le Rabbi développait des raisonnements profonds et étendus, des pilpoulim. Nous, les jeunes gens et les jeunes hommes mariés, écoutions les paroles du Rabbi debout, nous efforçant d’entendre, de saisir et de ne pas perdre un seul mot. Au-delà de l’effort physique de la station debout et de l’effort intellectuel pour comprendre les Si’hot, qui embrassaient un vaste éventail de sujets, c’était aussi une expérience spirituelle profonde dans laquelle toutes nos forces étaient concentrées ; aussi, après chaque Farbrenguen, étions-nous totalement épuisés et avions-nous besoin de repos.

Les paroles que prononçait le Rabbi lors de ces Farbrenguen pénétraient en nous, les auditeurs, jusque dans les recoins de l’esprit et les profondeurs de l’âme. Non seulement les paroles d’éveil ; même lorsque le Rabbi traitait de lamdout, d’explications et de nouveautés dans toutes les parties de la Torah, les paroles étaient dites dans un esprit particulier, et tendaient toujours aussi vers un enseignement dans le service de l’homme envers son Créateur, ce qui faisait que ces paroles nous influençaient profondément.

Il y avait, lors de ces moments, des instants où l’on percevait à quel point les voies du Rabbi étaient élevées par rapport aux nôtres. Je me souviens par exemple de l’explication que le Rabbi donna à ‘Hag haChavouot 5734 (1974), au sujet de la distinction entre la définition de la Torah et celle de la prophétie et de la supériorité propre à chacune, telle qu’elle ressort avec précision du langage du Rambam (Likoutei Si’hot, vol. XIX, Choftim 3).

Le Chabbat suivant, le Rabbi poursuivit en développant ce sujet, et expliqua qu’un Juif qui avait entendu lui-même les commandements de la bouche de Moché Rabbenou portait aussi le statut de «transgresseur des paroles d’un prophète», en plus de la transgression même des paroles de la Torah.

À la fin de ces propos, le visage du Rabbi devint extrêmement grave, et il dit : la Torah est éternelle, alors quelle conséquence pratique y a-t-il à toute cette question, dès lors que «ce qui fut, fut» ? Et il expliqua, sur le fondement de l’enseignement du Baal Chem Tov «là où se trouve la pensée de l’homme, là il est lui-même», qu’un Juif peut s’élever à un niveau tel que son étude de la Torah devient à la manière d’une prophétie de la bouche de Moché Rabbenou ! Lorsque le Rabbi prononça ces paroles, tous virent comment son saint visage se transformait, comme s’il se trouvait dans un autre monde.

En règle générale, durant le Farbrenguen, le Rabbi était assis sur sa chaise, penché vers l’assistance, et ses saintes mains demeuraient constamment dissimulées sous la nappe qui recouvrait sa table, à la différence d’autres occasions. Le Rabbi accompagnait ses paroles de nombreux mouvements des mains, mais veillait à les garder sous la nappe, de sorte que l’assistance ne les voyait pas.

Durant une certaine période, ma place lors des Farbrenguen se situait au sommet de l’une des «pyramides», les parentches, sur les côtés du Beth Hamidrach, et de la hauteur où je me trouvais, sur le côté, je pouvais voir comment le Rabbi agitait les mains lorsqu’il posait une question difficile ou proposait un raisonnement.

Je me souviens comment, au Farbrenguen du Chabbat Ki Tissa 5735 (1975), le Rabbi prononça une Si’ha profonde expliquant la version de Rachi sur le ‘Houmach, dans la controverse des Tannaïm sur la manière dont on préparait l’huile d’onction : «Rabbi Meïr dit : on y a fait bouillir les racines ; Rabbi Yehouda lui dit : mais cela ne suffirait même pas à les enduire ! C’est plutôt qu’on les a fait tremper dans l’eau afin qu’elles n’absorbent pas l’huile, puis on a versé l’huile par-dessus jusqu’à ce qu’elle ait capté le parfum, et on a retiré l’huile de dessus les racines.» Le point essentiel était que le fondement de la controverse entre Rabbi Meïr et Rabbi Yehouda réside dans la question de savoir si c’est l’état présent qui est déterminant ou l’état futur ; et sur cette base, le Rabbi expliqua leurs controverses en d’autres endroits du Chas (voir Otsar Likoutei Si’hot — Ki Tissa, II : «leChitataïhou — le présent face au futur»).

Je me souviens comment le saint visage du Rabbi s’illumina, et il déclara : «pour renforcer davantage encore ce point, le Saint béni soit-Il vient en aide, et nous trouvons une autre controverse où ils suivent chacun sa propre opinion.» Soudain, tout en parlant, ses mains s’élevèrent au-dessus de la table, et toute l’assemblée vit comment le Rabbi expliquait les choses en accompagnant ses paroles de mouvements de mains enthousiastes. Ce fut la seule fois où j’eus le mérite de voir un spectacle aussi saisissant.

Ils faisaient du Talmud une balle

Vous décrivez des Si’hot riches de directions multiples : ainsi, à partir d’une explication selon le sens simple du verset dans les paroles de Rachi sur la Paracha, le Rabbi en venait à expliquer la controverse de Rabbi Meïr et Rabbi Yehouda «selon leur méthode» dans le Chas, et à partir d’une précision de langage chez le Rambam, il dévoilait jusqu’où un Juif peut s’élever dans l’étude de la Torah. Pouvez-vous donner des repères dans les manières dont le Rabbi exposait sa Torah, et y a-t-il eu en cela des époques différentes ?

La Guemara dit, à propos de Rabbi Akiva et de Rabban Yo’hanan ben Zakaï, que les périodes durant lesquelles ils s’occupèrent de Torah se divisèrent en deux : «quarante ans il étudia et quarante ans il enseigna». Or, à première vue, lorsque Rabban Yo’hanan ben Zakaï «enseignait», n’étudiait-il pas aussi pour lui-même ? De même, durant la période où il «étudiait», il n’est pas vraisemblable qu’il ait gardé sa Torah pour lui seul ; il s’occupait assurément aussi de la diffuser aux autres. Il apparaît donc que l’intention est de savoir à quoi il se consacrait principalement à un moment donné — c’est en cela qu’il y a lieu de distinguer une période d’une autre.

Si l’on nous permet de le dire, avec naturellement la prudence qui s’impose, il semble qu’il en aille de même à l’égard du Rabbi, qui s’adonna à l’étude approfondie de la Torah depuis qu’il atteignit l’âge de raison, durant toute sa vie. Mais ce qu’il écrivit, prononça et publia peut se répartir de façon générale en ces deux parties — «il étudia» et «il enseigna».

Avant d’accepter sur lui le joug de la direction, le Rabbi s’occupait de l’étude de la Torah principalement pour lui-même. Même les fois où il prit la parole en public, après que les directives de son beau-père, le Rabbi précédent, s’imposèrent à lui, les paroles de Torah qu’il prononçait étaient le plus souvent d’ordre analytique. Ces occasions étaient, entre autres, les Farbrenguen de Sim’hat Beth haChoéva destinés aux élèves des Yéchivot — un usage qu’il avait commencé alors qu’il était encore sur le sol européen.

Or, dans ces Farbrenguen, le Rabbi expliquait abondamment les subtilités des sujets de la Guemara en grande profondeur, selon la dimension intérieure de la Torah et les exposés de ‘Hassidout. Telle était aussi sa manière dans les lettres qu’il envoyait à cette époque, où il consignait par écrit ses nouveautés, ainsi que dans les notes qu’il rédigeait pour lui-même en ces jours, retrouvées dans le tiroir de son bureau après son départ ; mais même alors, le style des propos était analytique, et il s’attachait à traiter de sujets élevés au sommet du monde, que ce fût par des raisonnements profonds ou par le Drouch et la Aggada.

Toutefois, même durant la période évoquée, le Rabbi s’employa avec énergie — parallèlement à sa propre étude assidue — à de vastes actions de diffusion du judaïsme.

Après avoir échappé aux griffes des nazis et être arrivé aux États-Unis durant l’été 5701 (1941), son beau-père lui confia la direction du «Merkaz LeInyonei Chinoukh» qu’il avait fondé, ainsi que d’autres institutions ; dans ce cadre, le Rabbi s’occupa de l’édition et de la diffusion de programmes d’étude et d’une abondante littérature juive destinée à l’ensemble du peuple d’Israël, à tous les âges et en de multiples langues, et en particulier aux Juifs des États-Unis dont l’état spirituel, en raison des bouleversements de la génération, était extraordinairement déclinant.

Parallèlement, le Rabbi s’occupa de l’édition et de la publication d’écrits de ‘Hassidout profonds : il fit alors passer sous la presse des Maamarim de ‘Hassidout de l’Admour Maharach, les ouvrages de l’Admour Rachab, ainsi que les Maamarim et Si’hot de son beau-père l’Admour Rayatz. De même, il édita la série de Responsa «Tsema’h Tsedek» et le «Sdei ‘Hemed», et, entre-temps, répondait à ceux qui le consultaient en matière de Hala’ha et de Aggada.

Beaucoup de ceux qui s’approchèrent de la lumière du Rabbi à cette époque et découvrirent un aperçu de sa grandeur en Torah savaient qu’on pouvait le consulter dans toutes les domaines de la Torah.

Voici un récit que j’ai entendu moi-même du Rav ‘Haïm Zimmerman zatsal, sur ses liens avec le Rabbi en ce temps-là. Rav ‘Haïm était le neveu et le disciple de Rav Barou’h Ber Leibowitz, l’auteur du «Birkat Chmouel», à la Yéchiva de Kamenitz. C’était un génie prodigieux qui maîtrisait toutes les parties de la Torah, et il composa aussi plusieurs ouvrages : «Binyan Hala’ha» sur le Rambam, «Heʼarot ‘Haïm» sur le Ma’hane Efraïm, «Agan haSahar» sur la ligne de changement de date, et d’autres.

Avant que le Rabbi ne commençât à prendre la place de son beau-père, Rav ‘Haïm avait coutume de se rendre fréquemment au Beth Hamidrach de Loubavitch, d’entrer dans le bureau du Rabbi, qui se trouvait à proximité, et d’engager avec lui une discussion torahnique qui durait parfois sept et huit heures !

Je lui demandai un jour comment commençaient ces discussions. Il me raconta qu’il avait toujours coutume de débuter par une question de Tossafot ou du Rachba sur divers sujets, et de là, la discussion roulait déjà à travers tout le Chas.

L’un des amis du Rav ‘Haïm Zimmerman était le Rav Eliyahou ‘Hazan, l’un des dirigeants de la Yéchiva voisine «Torah veDaat». Rav ‘Haïm dit un jour au Rav ‘Hazan : si tu désires une heure de contentement en ce monde, viens avec moi au 770 pour discuter avec le Ramach (ainsi appelait-on le Rabbi avant la direction). Le Rav Eliyahou ‘Hazan se joignit à lui, et après deux heures de discussion il se tourna vers le Rabbi et Rav ‘Haïm Zimmerman et leur dit : je vous prie de m’excuser, mais je ne suis plus capable de tenir le rythme de l’ampleur et de l’érudition qui règnent ici. Il quitta la discussion, tandis que le Rabbi et le Rav ‘Haïm continuèrent encore plusieurs heures leurs échanges.

Quelque temps après que le Rabbi eut accepté sur lui le joug de la direction, le Rav ‘Haïm Zimmerman vint comme à son habitude au 770 pour échanger avec lui des paroles de Torah, mais le Rabbi n’était déjà plus libre de le recevoir comme auparavant, en raison des besoins de la collectivité qui pesaient sur ses épaules. Rav ‘Haïm se rendit donc au bureau du Rav ‘Haïm Hodakov, secrétaire du Rabbi, et lui demanda de l’introduire auprès du Rabbi pour s’entretenir avec lui. Le Rav Hodakov répondit que le Rabbi était très occupé, mais qu’il pouvait lui fixer un rendez-vous. Rav ‘Haïm, habitué à venir échanger avec le Rabbi en matière d’étude chaque fois qu’il le souhaitait, s’écria : qu’est-ce que cela ? On a pris un « Gaon Olam » et on en a fait un Rabbi ?

À ce propos, j’ai entendu du Rav ‘Haïm Zimmerman une histoire intéressante :

« Un jour, le téléphone sonna chez lui aux petites heures de la nuit («le Rabbi savait que j’étudie la nuit», dit le Rav Zimmerman avec un sourire). « Au bout du fil se trouvait le Rav Hodakov, qui me dit que le Rabbi demandait qu’il réponde à la question suivante : la définition du pikoua’h nefech englobe-t-elle uniquement le souci qu’un Juif demeure en vie, ou bien le fait de ressusciter les morts est-il aussi considéré comme du pikoua’h nefech ? J’ai répondu aussitôt qu’il s’agit d’un Tossafot explicite dans le traité Baba Metsia. Les Tossafot (114b) demandent comment il fut permis à Eliyahou, qui était Cohen, de se rendre impur pour le fils de la Chounamite, et ils répondent : il faut dire qu’il lui était clair qu’il le ferait revivre, c’est pourquoi cela lui était permis au titre du pikoua’h nefech ».

« Le lendemain, le Rav Hodakov me rappela et me dit que le Rabbi me transmettait ses remerciements et ses salutations pour la réponse. »

Nul d’entre nous ne sait tout, mais à mes yeux cette histoire n’est pas du tout simple. Il m’est évident que le Rabbi connaissait les paroles de Tossafot bien avant que le Gaon Rav ‘Haïm ne les énonçât. Mon cœur me dit qu’à la lumière des récits de prodiges immenses qui se produisirent par le mérite et la bénédiction du Rabbi, connus de tous, peut-être n’est-ce rien d’autre que le fait que le Rabbi voulait accomplir un «prodige» et ressusciter un mort, et qu’il avait besoin pour cela d’une caution et d’une décision halakhique d’un Rav — à la manière de ce qui est rapporté de plusieurs grands et justes.

Le tournant du jour où il accepta la direction

Quoi qu’il en soit, ceux qui connurent le Rabbi à cette époque antérieure à la direction témoignèrent que, malgré sa grande activité au service de la collectivité, le Rabbi demeurait encore, de manière générale, comme un homme tourné vers lui-même dans son service de son Créateur et son étude de la Torah. Aussi peut-on tout à fait affirmer qu’une nouvelle période commença dans son cheminement à partir du jour où il accepta sur lui la direction.

Durant la première décennie de sa direction — si l’on veut donner des repères, avec la prudence évoquée — le Rabbi se consacra aux actions de diffusion de la Torah et des Mitsvot. On voyait clairement qu’il ressentait une responsabilité immense de veiller sur l’ensemble d’Israël et sur chaque Juif où qu’il fût, et il s’assujettit pour ainsi dire entièrement au fardeau du peuple et cessa d’être un homme privé ; cela s’exprima dans le contenu de ses paroles publiques.

Le Rabbi se mit à éveiller son auditoire à redoubler de courage dans le combat pour une éducation cachère aux États-Unis, y compris la lutte contre l’influence du mouvement réformé et de tous ses dérivés, en particulier sur l’installation de séparations conformes à la loi dans les synagogues des États-Unis, ou même la séparation lors des mariages — choses qui n’allaient pas de soi en ces jours.

De même, il exigeait sans relâche de se consacrer à la diffusion du judaïsme et de la Torah de la ‘Hassidout et de s’occuper de rapprocher les Juifs de la Torah. Le Rabbi insista longuement sur l’exigence de ne pas négliger l’étude de la Hala’ha pratique, guida sur la manière de préserver jusqu’au moindre détail, le «petit trait du youd», et développa beaucoup le thème «qu’il n’ait pas honte devant les railleurs».

Les exposés de ‘Hassidout eux aussi, dans lesquels le Rabbi innovait des profondeurs merveilleuses, traitaient fréquemment de sujets touchant au service de D.ieu personnel de chaque Juif et à l’exigence intransigeante de se consacrer pleinement au service du Créateur, et non pas seulement aux explications profondes de la Torah Habad pour elles-mêmes.

On percevait que le Rabbi ressentait profondément la signification contraignante de son statut de dirigeant en Israël, et c’est pourquoi il agissait sans relâche dans une multitude de domaines et de sujets publics.

Outre le changement notable dans le contenu des Farbrenguen, le temps du Rabbi au cours de la semaine — hormis les moments qu’il consacrait à l’étude de la Torah pour lui-même, selon son habitude de toujours — fut de plus en plus dédié aux besoins de la collectivité.

Il commença à recevoir des personnes privées en «Ye’hidout» et à les guider chacune selon ses besoins, que ce fût en matière de service de D.ieu ou de besoins matériels. Une longue file commença à s’étirer à l’entrée de son bureau, et avec le temps s’établit l’ordre selon lequel la réception du public se tenait trois nuits par semaine, depuis les heures du soir jusqu’à l’aube, et parfois jusqu’au matin même.

De même, la quantité de lettres qui arrivaient chaque jour, avec des questions dans tous les domaines de la vie, de toutes sortes de gens et de tous les courants, allait grandissant pour atteindre des centaines et des milliers.

Dans la série «Igrot Kodech», qui continue de paraître, ont été publiées jusqu’à présent moins de la moitié des dizaines de milliers de lettres que le Rabbi écrivit durant ces années. Le Rabbi envoya aussi, de sa propre initiative, des lettres à des Rabbanim importants et à des dirigeants de communautés sur divers sujets publics d’actualité, et exploita tout moyen d’influence pour ramener encore et encore des Juifs au camp d’Israël.

Hadran ‘alakh vehadrakh ‘alan

En même temps, durant les premières années de sa direction également, le Rabbi ne cessa de publier ses nouveautés, que ce fût dans des lettres à des particuliers ou dans des notes analytiques qu’il ajoutait en marge des fascicules de ses Si’hot, bien qu’il semble que le contenu général des propos qu’il tenait en public se concentrât surtout sur des paroles de renforcement et d’éveil et sur des sujets publics d’actualité.

On peut l’illustrer par le sujet des Hadranim. Selon ce qu’écrivit l’Admour haZaken dans une lettre imprimée à la fin du Sefer haTanya — «achever le Chas chaque année, dans chaque ville, en répartissant les traités par tirage au sort ou selon le désir» —, les communautés Habad avaient coutume depuis toujours de procéder à une répartition des traités du Chas le 19 Kislev, jour de la délivrance de l’Admour haZaken, et à différentes époques on déplaça l’observance de cette coutume au jour de sa Hilloula, le 24 Tevet.

Pendant des années, avant de prendre sur lui le joug de la direction, le Rabbi avait coutume d’organiser chaque année, le 24 Tevet, un «Siyoum» sur le Chas et sur le traité Nida, et de prononcer un raisonnement profond en Nigleh et en ‘Hassidout. Le contenu de ce qu’il prononça ne s’est conservé que pour de rares années, mais pour la plupart nous savons la tenue de cet événement par les comptes rendus parus dans le recueil torahnique «haPardès» et autres semblables.

La dernière fois où le Rabbi prononça un raisonnement de ce style fut en l’an 5712 (1952). Nous disposons d’un enregistrement de ce Farbrenguen, et l’on peut entendre comment le Rabbi exposait en phrases mesurées les détails des controverses de Beth Chammaï et Beth Hillel, de Reich Lakich et Rabbi Yo’hanan dans la Guemara, puis expliquait les raisons de leurs controverses dans tout le Chas — selon que l’on suit le «potentiel» (be-koa’h) ou l’«acte» (be-foal) (Otsar Likoutei Si’hot — Metsora, VI ; et voir Otsar Likoutei Si’hot — leChitataïhou, Beth Chammaï et Beth Hillel).

À partir de là, durant la décennie qui suivit, le Rabbi expliquait au Farbrenguen du 19 Kislev la maxime «celui qui étudie des Halakhot chaque jour» qui figure à la fin du Chas, dans la voie du service de D.ieu et d’autres manières semblables, mais sans explication selon le Nigleh avec une structure de pilpoul, de questions et de réponses.

Cependant, au début de la décennie suivante, nous trouvons que lors du Siyoum du traité Erouvin que le Rabbi organisa au Farbrenguen du 20 Mena’hem-Av 5722 (1962), jour anniversaire du décès de son père, le saint Mekoubal Rabbi Lévi Its’hak zatsal, il prononça un développement sur le rapport, dans le raisonnement, entre les paroles de Rabbi Chimon concernant la loi de celui qui surprend l’obscurité hors des limites et ses paroles concernant la loi du fil qui s’est rompu, rapportées à la fin du traité (Otsar Likoutei Si’hot — Bechala’h, VI) ; et de cette manière il poursuivit aussi les années suivantes.

Nul d’entre nous ne sait au juste, mais peut-être était-ce parce que le Rabbi ressentait que les fondements de la diffusion du judaïsme et du service de D.ieu qu’il avait posés durant les premières années avaient déjà suffisamment imprégné les cœurs de ses disciples et auditeurs ; ou peut-être parce qu’il souhaitait que les paroles de ‘Hassidout atteignent les cercles des étudiants en Torah.

De fait, à partir de cette époque, nous trouvons chez le Rabbi de nombreux Hadranim qu’il prononça en public sur divers traités, dans lesquels il développait largement la partie révélée de la Torah et expliquait aussi les choses, à sa manière, selon la voie de la ‘Hassidout et du service de l’homme, et exposait le lien entre le début du traité et sa fin.

Outre les dates susmentionnées, le Rabbi commença à organiser des Siyoumim de traités en public également le 6 Tichri, jour anniversaire du décès de sa mère, paix à son âme, qui s’éteignit en l’an 5725 (1965), et plusieurs fois même au Farbrenguen de son anniversaire, le 11 Nissan, et en d’autres occasions.

À ce propos, lors de l’une de ces occasions, le Rabbi expliqua qu’il veillait à organiser un Siyoum de traité aux jours anniversaires du décès de ses parents, car il redoute la coutume rapportée par les décisionnaires de jeûner le jour de l’anniversaire, et par le moyen d’un repas de Mitsva on est dispensé du jeûne.

Quoi qu’il en soit, nous-mêmes, des Siyoumim fréquents de traités, nous apprenons combien le Rabbi s’adonna à l’étude de la Torah pour lui-même, même à l’époque où le fardeau de la génération reposait sur ses épaules dans des proportions immenses.

Un fait digne d’être noté est que, durant l’année de deuil après sa mère la Rabbanit, le Rabbi organisa un Hadran à chaque Farbrenguen qui se tint en jour de semaine, y compris le 19 Kislev et même à ‘Hag Pourim, et il précisait au préalable que «pour une raison personnelle» il devait achever un traité.

La raison en était apparemment que le Rabbi redoutait de participer à un Farbrenguen pendant une année de deuil sans qu’il fût considéré comme un «repas de Mitsva», bien qu’il existât de nombreuses permissions sur lesquelles il aurait pu s’appuyer d’emblée pour s’attabler avec l’assistance.

Une référence qui éclaira les paroles du Yerouchalmi et du Gaon de Rogatchov

Au fil de l’entretien, le Rav Pevzner évoqua une occasion où il soumit au Rabbi une question sur l’une de ses Si’hot, et où, en quelques mots, le Rabbi apporta une réponse qui jeta une lumière nouvelle sur la compréhension du Gaon de Rogatchov dans les paroles du Yerouchalmi. À notre demande, le Rav Pevzner reprit le récit de l’affaire.

Il s’agissait du Hadran sur les traités Tamid et Midot, prononcé par le Rabbi au Farbrenguen du 10 Chevat 5732 (1972), et paru en l’an 5734 (1974) après qu’il l’eut édité et corrigé de sa main. Dans ce Hadran, le Rabbi développa longuement la controverse du Rambam et du Ramban sur la question de savoir si les ustensiles du Temple constituent un détail du commandement de bâtir le Temple ou s’ils sont un commandement à part entière.

Dans l’une des notes, le Rabbi renvoya aux paroles du «Kli ‘Hemda» (Terouma, alinéa 3) et du «Tsofnat Panéa’h» (sur le Sefer haMitsvot, commandement positif 20), qui écrivent que l’opinion du Rambam est conforme à l’avis de Rabbi Meïr dans le Yerouchalmi Chekalim (ch. 4, Hala’ha 2), selon lequel «la table, la Menora, les autels et le rideau sont indispensables aux sacrifices» ; et puisqu’ils sont indispensables au sacrifice, nécessairement ils font tous partie du Temple, lequel englobe le bâtiment et les ustensiles à la fois.

Ces mêmes Geonim écrivirent encore que le Rambam adopta comme Hala’ha la distinction susmentionnée du Yerouchalmi selon l’avis de Rabbi Meïr, à savoir que les ustensiles n’empêchent pas tous les services, mais «ici dans les services accomplis à l’intérieur, là dans les services accomplis à l’extérieur».

Dans cette même note, le Rabbi souleva plusieurs questions sur ces propos, dont l’une à partir du fait que le Rambam tranche dans la Hala’ha (Hilkhot Temidin ouMoussafin, ch. 3, Hala’ha 2) que si l’autel d’or a été déraciné, on doit faire fumer l’encens à sa place, sur le sol du Heikhal — sans écrire qu’il s’agit d’une loi propre à l’encens, alors que les autres services intérieurs ne peuvent être accomplis en l’absence d’autel ; il en ressort que, selon lui, dans le service intérieur lui aussi, les ustensiles ne sont pas indispensables.

Après la parution de ces propos, je les examinai et constatai qu’à première vue cette question ne se pose que sur les paroles du «Kli ‘Hemda» : tous les commentateurs du Yerouchalmi ont expliqué l’intention de la Guemara, à savoir que, selon ces avis, les ustensiles ne sont indispensables que pour les services accomplis à l’intérieur du Heikhal, comme l’encens et l’allumage de la Menora, mais non pour les services accomplis à l’extérieur, c’est-à-dire l’offrande des sacrifices — et c’est ainsi que le «Kli ‘Hemda» a expliqué l’opinion du Rambam. Mais dans le «Tsofnat Panéa’h», à cet endroit, l’explication est inverse : selon le Rambam, les ustensiles ne sont indispensables que pour les services extérieurs, alors que pour le service intérieur ils ne sont pas indispensables !

J’écrivis à ce sujet au Rabbi, et je reçus une réponse prodigieuse : le Rabbi convint qu’en effet cette question ne porte que sur le «Kli ‘Hemda», et ajouta que non seulement cette question ne se pose pas selon le «Tsofnat Panéa’h», mais qu’«il y a lieu de dire que, au contraire, c’est là l’un des fondements de l’explication novatrice du Rogatchover, à la différence de tous les commentateurs du Yerouchalmi, selon laquelle ils ne sont pas indispensables dans le service intérieur, comme l’encens, et sont indispensables à l’extérieur, comme le sang — Zeva’him 59a».

Autrement dit, le fait que le Rambam écrive que l’on fait fumer l’encens même lorsque l’autel d’or n’est plus là, sans préciser qu’il s’agit d’une loi propre à l’encens — voilà l’une des raisons pour lesquelles le «Tsofnat Panéa’h» a expliqué que les ustensiles ne sont pas indispensables dans le service intérieur ; et de fait, ce n’est pas une loi propre à l’encens, mais tous les services intérieurs peuvent être accomplis même sans autel.

Mais le Rabbi ne se contenta pas de cela et ajouta une explication merveilleuse : quelle est la définition de l’«intérieur» et de l’«extérieur» selon l’explication du «Tsofnat Panéa’h» ; et sur la base de cette définition s’éclaire aussi la raison pour laquelle les ustensiles ne sont en effet indispensables que dans le service extérieur. L’intention n’est pas le lieu où le service est effectivement accompli, mais la définition même du service. L’encens, qui ressortit essentiellement à l’autel intérieur, est considéré comme un service intérieur, tandis que l’aspersion du sang, qui ressortit essentiellement à l’autel extérieur, est considérée comme un service extérieur — y compris s’agissant de l’aspersion du sang à Yom Kippour sur l’autel intérieur !

Et le Rabbi indiqua que la source de son explication se trouve dans les paroles de la Guemara dans Zeva’him (59a), qui sont la source de la loi selon laquelle on peut faire fumer même lorsque l’autel a été déraciné. Là il est expliqué que, concernant l’aspersion du sang, tous s’accordent à dire qu’elle doit avoir lieu sur l’autel ; sur cette base le Rabbi innova que, selon l’explication du «Tsofnat Panéa’h», c’est là la définition du «service extérieur».

Le Rav Pevzner décrit que, lorsqu’il reçut la réponse du Rabbi et l’examina, il fut saisi d’étonnement devant le génie prodigieux du Rabbi : comment, par un simple renvoi aux paroles de la Guemara, il conféra une compréhension nouvelle aux propos obscurs du «Tsofnat Panéa’h». (La réponse du Rabbi est imprimée en marge de la Si’ha publiée — Likoutei Si’hot, vol. XI, Terouma II.)

Bien des années plus tard, j’eus le mérite d’éditer deux volumes de «Hadranim al haChas», comprenant les Hadranim que le Rabbi prononça en public et qu’il corrigea aussi après coup, en y ajoutant des notes et des références.

«Un sage m’a fait remarquer»

Outre les Hadranim, le Rabbi s’occupait de toutes les parties de la Torah et y exposait régulièrement des nouveautés et des explications. Quel était l’ordre selon lequel il prononçait ces paroles lors des Farbrenguen ?

En l’an 5725 (1965), à la mémoire de sa mère, le Rabbi commença à enseigner au Farbrenguen, chaque Chabbat, des passages du commentaire de Rachi sur la Paracha selon sa méthode d’étude renommée. À partir de là, à chaque Farbrenguen, le Rabbi expliquait un ou plusieurs «Dibour haMat’hil» du commentaire de Rachi sur la Paracha de la semaine, en soulevant de nombreuses questions dans ses propos, et parfois aussi en proposant des échanges avec les divers commentateurs de Rachi.

Outre les explications sur le commentaire de Rachi et les Siyoumim de traités susmentionnés, le Rabbi avait coutume, à chacune des trois fêtes de pèlerinage, de prononcer un raisonnement en Nigleh en tant que participation au «Kinous Torah» qui se tient dans sa cour à chaque «Issrou ‘Hag», l’explication se prolongeant parfois aussi dans les Farbrenguen des Chabbatot suivants.

Au fil des années se forma une sorte de structure pour les Farbrenguen du Rabbi : une ou deux Si’hot au début du Farbrenguen étaient consacrées aux sujets du jour, à l’explication de la grandeur du jour et de l’enseignement à tirer de la date et de la Paracha de la semaine dans le service de D.ieu, sur le fondement des exposés de ‘Hassidout de nos Rabbanim.

Ensuite, le Rabbi prononçait un Maamar de ‘Hassidout, puis traitait des sujets fixes : le commentaire de Rachi sur la Paracha ; une explication dans les paroles de son père, le saint Rabbi Lévi Its’hak, dans ses écrits sur le Zohar de la Paracha de la semaine ; et après qu’il eut institué l’étude quotidienne du Rambam, il ajouta une analyse et un échange sur l’une des Halakhot du passage étudié ce jour-là. Et durant les Chabbatot de l’été, de Pessa’h à Roch Hachana, une explication sur l’une des Michnayot du chapitre hebdomadaire des Pirkei Avot.

Un groupe d’érudits, sous la direction du célèbre «’hozer», le Gaon ‘hassidique Rabbi Yoel Kahn zatsal, répétait ces propos ensemble à l’issue du Chabbat et les couchait par écrit.

La plupart de ces notes ne passèrent pas par la correction du Rabbi, sauf lorsqu’il s’agissait de propos d’une importance exceptionnelle, de directives pratiques pour l’ensemble d’Israël, de raisonnements qui parurent dans des tribunes torahniques considérées aux États-Unis, comme les recueils «haPardès» et «haMaor», ou d’une position de la Torah sur les sujets de l’heure ; ces Si’hot, le Rabbi avait coutume de les corriger une et deux fois, et y ajoutait même des références et de nombreuses notes analytiques.

En outre, bien des années durant, on éditait chaque semaine une explication que le Rabbi avait prononcée par le passé, que ce fût sur Rachi sur la Torah, sur le Rambam ou sur les sujets du Chas, et on la rédigeait sous forme d’exposé torahnique ordonné. Ces Si’hot, qui paraissaient en fascicules chaque semaine, le Rabbi les corrigeait avec une attention minutieuse, et au fil des années elles furent rassemblées dans la célèbre série «Likoutei Si’hot».

Échanger avec le Rabbi sur ses propres paroles

Dans le cadre de votre travail d’édition des Si’hot, que ce fût avant leur énoncé par le Rabbi ou plus tard lors de la préparation de ses ouvrages pour l’impression, vous est-il arrivé, à vous et à vos collègues, d’avoir un échange avec le Rabbi lui-même sur les choses qu’il avait dites ?

Les «’hozrim» officiels, ainsi que le secrétaire le Rav Yehouda Leib Gruner, paix à son âme, interrogeaient le Rabbi et vérifiaient auprès de lui certains détails régulièrement. Mais nous, sachant combien le temps du Rabbi était précieux et compté à chaque instant, nous nous efforcions au plus haut point de ne pas perturber l’ordre de sa journée ni de soulever des difficultés sur des choses déjà dites. Lorsque nous nous heurtions à un détail qui nous paraissait problématique, nous peinions à comprendre ce qui avait été dit, et c’est seulement dans les cas où nous n’y parvenions pas même après plusieurs heures de réflexion et d’étude, que nous soumettions la question au Rabbi par l’intermédiaire de l’un des secrétaires.

Je me souviens comment nous travaillâmes à l’édition du Hadran sur le traité Ketoubot que le Rabbi prononça aux Farbrenguen du mois de Nissan 5733 (1973), où il développa longuement l’opinion du Rambam sur la question de savoir s’il y aura, dans l’avenir, un changement dans l’ordre naturel du monde — le Rambam estimant qu’il y aura deux périodes aux jours du Machia’h (Otsar Likoutei Si’hot — Be’houkotaï, V).

Nous avions du mal à comprendre l’une des questions soulevées par le Rabbi au cours de l’échange, dans la conciliation des Guemarot contradictoires et la réponse du Radbaz à l’objection du Raavad. C’était un Farbrenguen tenu un jour de semaine ; nous écoutâmes l’enregistrement des propos à de nombreuses reprises, jusqu’à saisir soudain la question à laquelle le Rabbi voulait en venir, et c’est seulement après cela que nous soumîmes la note de la Si’ha à sa correction.

Il y eut aussi une autre Si’ha, expliquant le commandement du guid hanaché, prononcée au Farbrenguen de la veille de ‘Hag haChavouot 5746 (1986) avec une grande concision, et difficile à comprendre. Je consacrai plusieurs jours à écouter la Si’ha encore et encore, et finalement se réalisa en moi la promesse de nos Sages «tu as peiné et tu as trouvé» — je réussis à comprendre le cheminement des propos et à les éditer comme il se doit (Otsar Likoutei Si’hot — Vayichla’h, IV).

Il y eut bien sûr des cas où nous ne réussissions pas à comprendre par nous-mêmes les saintes paroles du Rabbi, et nous eûmes le mérite de recevoir de lui des réponses et de brèves explications qu’il inscrivait sur la feuille de questions que nous lui soumettions. L’une des fois où le Rabbi répondit à une question que moi, l’humble, avais posée, ce fut précisément après que la Si’ha eut été éditée et publiée, et sa réponse géniale à ma question fut intégrée plus tard dans le recueil des Si’hot.

En une autre occasion, j’eus le mérite que le Rabbi mentionnât publiquement une remarque que j’avais transmise par l’intermédiaire de l’un des secrétaires. C’était à propos de l’usage constant du Rabbi de proclamer, à la fin de chaque Farbrenguen, que les présents n’oublient pas de réciter la bénédiction finale, sur les aliments et le vin qu’ils avaient eus devant eux.

Vers la fin de l’un des Farbrenguen de l’an 5737 (1977), le Rabbi développa au sujet de cet usage et raconta qu’il se fonde sur ce qui est rapporté dans l’introduction au livre «Lev haIvri», à savoir que le Rama avait coutume, à l’issue de Pourim, de passer parmi les maisons et de rappeler aux Juifs de prier l’office du soir (le Rabbi ajouta avec un sourire que la chose se déduit a fortiori : s’il en allait ainsi à Cracovie, qui était à cette époque «une métropole en Israël» emplie d’érudits, et que malgré cela le Rama parcourait lui-même les maisons de la ville sans envoyer quelqu’un d’autre, à plus forte raison de nos jours faut-il éveiller sur cette question).

Après le Farbrenguen, je trouvai un usage semblable, explicite cette fois à propos de la bénédiction après le repas, dans le livre «Cheïlat Chalom» sur les Cheïltot. J’envoyai la chose au Rabbi, et au Farbrenguen de Lag BaOmer de cette même année, le Rabbi mentionna ces propos en ces termes : «Un sage m’a fait remarquer» que la chose est rapportée dans le livre «Cheïlat Chalom», «et il mérite un grand merci».

La requête sur la couverture, et la bénédiction qui ne tarda pas à venir

Vous êtes ensuite venu en Terre Sainte, où vous avez édité, à partir des paroles du Rabbi, la série «’Hidouchim ouBiourim baChas». Qu’est-ce qui vous a poussé à monter en Terre d’Israël ? À quoi étaient destinés les ouvrages «’Hidouchim ouBiourim», et bénéficièrent-ils d’une attention particulière de la part du Rabbi ?

En effet, cette série fut éditée avec des directives directes du Rabbi, et son édition s’accompagna aussi d’un «prodige» personnel qui se produisit pour moi par sa bénédiction ; mais n’anticipons pas.

Durant les années 5736 à 5738 (1976-1978), le Rabbi envoya plusieurs groupes, composés principalement de jeunes hommes mariés du Kollel de sa cour aux côtés de quelques jeunes gens encore célibataires, pour une mission spéciale en Terre Sainte. Le but de leur voyage était de renforcer les habitants de la Terre Sainte et de s’occuper de sa construction et de son développement, matériellement et spirituellement.

Bien vite, les Chlou’him occupèrent des positions-clés : certains furent nommés Rabbanim de villes, d’autres fondèrent des Yéchivot, et d’autres encore devinrent directeurs d’institutions ou Chlou’him à travers le pays. J’eus le mérite, alors que je n’étais pas encore marié, de faire partie du premier groupe de Chlou’him, et durant la première période nous établîmes notre lieu au Kollel «Tsema’h Tsedek» dans la Vieille Ville de Jérusalem.

Au début de l’an 5737 (1977), l’idée vint à quelques-uns des Chlou’him de préparer pour l’impression les nouveautés du Rabbi selon l’ordre du Chas. Le besoin en était clair : lorsqu’on avait commencé à éditer les raisonnements du Rabbi dans le cadre des fascicules hebdomadaires «Likoutei Si’hot» qui furent ensuite reliés en une série d’ouvrages, les explications avaient été rédigées en lien avec un verset ou une maxime de nos Sages se rapportant à la Paracha de la semaine, la nouveauté des propos se trouvant parfois noyée à l’intérieur de l’échange local lié à la Paracha ou dans la longueur de l’explication selon les voies du service de D.ieu.

C’est pourquoi nous vîmes la nécessité de «trier» pour ainsi dire, au sein de l’ensemble des propos, la part de nouveauté et de raisonnement torahnique, et de la présenter à l’étudiant. Ainsi par exemple, la nouveauté du Rabbi sur la loi de la combustion des graisses et des membres jusqu’à minuit selon l’avis du Rambam ne fut imprimée qu’en yiddish, noyée entre d’autres Si’hot qui la précèdent et la suivent (Likoutei Si’hot, vol. III, Tsav ; Otsar Likoutei Si’hot — Tsav, III), la majeure partie de la Si’ha publiée traitant de l’enseignement, dans le service de D.ieu, tiré de cette loi, et non du raisonnement torahnique en lui-même.

Moi-même, avec mon ami Rav Yossef Its’hak Gourevitch chlita, qui exerce aujourd’hui comme machpia à la Yéchiva Habad de Migdal haEmek, nous nous attelâmes au travail d’édition. Bien que nous n’eussions d’emblée intégré dans cet ouvrage que les propos déjà corrigés par le Rabbi, en nous efforçant de préserver le langage original, le travail demeurait lourd de responsabilité : une partie des propos fut traduite par nous en langue sainte, nous retranchâmes les parties qui ne se rattachaient pas directement aux nouveautés des sujets, et nous réorganisâmes les choses afin qu’elles se présentent selon l’ordre du Chas. En outre, comme le Rabbi avait coutume de multiplier les références et les notes d’échange concises en marge, nous reportâmes au bas de la page le texte des ouvrages auxquels le Rabbi renvoyait, afin que l’on pût aisément saisir son intention dans ces notes.

Pour garantir l’exactitude des propos, nous mîmes en place un comité consultatif et de relecture composé des Geonim ‘hassidiques, hommes de Jérusalem, Rav Zelig Feldman et Rav ‘Hananya Yossef Eizenbach zatsal, et — qu’il soit distingué pour une longue vie — Rav ‘Haïm Chalom Deutsch chlita. Leur rôle était de trancher chaque question et chaque doute et de corriger les propos que nous éditions.

Lorsque nous rendîmes compte au Rabbi du début du travail d’édition et du rôle des Rabbanim responsables, nous reçûmes une réponse avec des paroles de bénédiction ainsi qu’une directive : que l’ouvrage soit soumis à la relecture de «quelqu’un qui n’est pas ‘hassid». Il était clair que le Rabbi craignait que nous nous sentions liés à ses propos et présentions parfois des choses qui peut-être ne seraient pas pleinement compréhensibles pour le public. Avec cette réponse, nous retournâmes vers les Rabbanim que nous avions choisis. Ils pesèrent la chose et dirent que l’homme le plus apte à cette mission était le Gaon Harav Chlomo Fisher zatsal, Roch Yéchiva d’«Itri». C’était un esprit pénétrant et un érudit immense, doté d’un sens critique manifeste qui ne reculait pas devant l’expression directe de son opinion.

Au début, le Gaon Harav Chlomo ne désirait pas s’occuper de la relecture de l’ouvrage. Il craignait que ses remarques ne fussent interprétées par nous comme une atteinte à l’honneur du Rabbi et de la ‘Hassidout. De notre côté, nous lui fîmes savoir que c’était là l’exigence du Rabbi lui-même, que ce soit précisément quelqu’un qui n’est pas ‘hassid qui critique l’ouvrage, et nous ajoutâmes même que paraissent chaque jour des recueils de «Hé’arot» publiés par les Yéchivot Habad, où figurent régulièrement des questions et des échanges sur les Si’hot, tant à partir de la Guemara que du raisonnement, et que le Rabbi lui-même avait demandé à plusieurs reprises que l’on fasse des remarques sur ses propos et qu’on en débatte, selon la voie de la Torah. À l’entente de ces paroles, le Gaon Harav Chlomo accepta de se mettre à l’œuvre.

En pratique, l’essentiel des remarques du Gaon Harav Chlomo consistait en des références à d’autres endroits où les sujets avaient été traités, ou en des questions déjà soulevées sur les ouvrages qui avaient discuté ces matières dans les générations précédentes, mais nous n’eûmes pas besoin de modifier quoi que ce soit dans le corps même des propos en conséquence.

Lorsque le travail d’édition fut achevé et que nous approchâmes de l’impression, cela faisait déjà plusieurs années après mon mariage, et nous n’avions pas encore eu le mérite d’être bénis d’un enfant. À cette époque, nous envoyâmes au Rabbi deux exemplaires reliés avec soin, et j’ajoutai une sorte de dédicace au Rabbi sur la couverture arrière, y signant mon nom et celui de mon épouse avec les noms de nos mères, mon intention étant que le Rabbi nous bénisse d’une descendance vivante et durable.

J’appris ensuite du secrétaire ce qui se passa lorsqu’il présenta l’ouvrage au Rabbi : le Rabbi regarda la couverture du livre, le visage rayonnant. Puis, avant même d’ouvrir le livre lui-même, il le retourna et examina la couverture arrière, où j’avais inscrit la dédicace avec les noms. Le secrétaire me raconta que jamais il n’avait vu le Rabbi retourner un livre qui lui parvenait pour en regarder la couverture arrière avant d’en consulter d’abord le contenu. Il était clair que c’était là un regard intentionnel sur les noms que j’avais inscrits ; et de fait, quelques mois plus tard naquit notre fils aîné.

Dans l’intimité des géants d’Israël

Dans le cadre de la mission en Terre Sainte, vous faisiez partie du groupe qui s’installa d’abord à Jérusalem, où vous eûtes le mérite de rencontrer et de nouer des liens avec plusieurs des Geonim de la Torah et des géants d’Israël de la ville, et notamment d’entendre de leur bouche leur estime et leur admiration pour le Rabbi et sa Torah. Nous serions heureux d’entendre un peu parler des géants d’Israël avec lesquels vous avez eu un lien particulier.

Nous, les Chlou’him, avions un lien tout à fait singulier avec le Gaon Av Beth Din de la ‘Edah ha’Harédit, notre maître le Gaon Harav Its’hak Yaakov Weiss zatsoukal, l’auteur du «Min’hat Its’hak». Il y eut des périodes où nous étions presque comme des familiers de sa maison. Nous nous entretînmes avec lui à de nombreuses reprises de la Torah du Rabbi, et il était manifeste qu’il vénérait de toute son âme le Rabbi ; dans ses Responsa également, il rapporta plusieurs fois l’avis du Rabbi.

Les douze Psoukim et le miracle d’Entebbe

L’une des premières fois où nous rencontrâmes le «Min’hat Its’hak», ce fut à propos du détournement d’Entebbe. Peu après notre arrivée au pays, un avion qui volait du pays vers Paris fut détourné par des terroristes, et les nombreux passagers juifs qui s’y trouvaient furent retenus par eux comme otages à Entebbe, en Ouganda. La ‘Edah ha’Harédit décréta un jeûne de quelques heures en raison de la situation, ainsi qu’un rassemblement de prière spécial des enfants des écoles.

Cette année-là, le Rabbi avait choisi douze Psoukim et maximes particulières de nos Sages pour les enfants d’Israël, et il appela à les proclamer dans chaque rassemblement d’enfants comme une vertu particulière — «par la bouche des enfants et des nourrissons Tu as fondé la force, pour faire taire l’ennemi et le vindicatif». Nous pensâmes donc qu’il n’y avait rien de plus approprié que les enfants proclament, lors de ce rassemblement, ces versets précisément que le Rabbi avait choisis à cette fin.

Quelques Chlou’him, moi parmi eux, nous nous rendîmes à la demeure de l’Av Beth Din, qui nous reçut avec bienveillance malgré son emploi du temps chargé et le fait que nous n’avions pas fixé le rendez-vous au préalable.

Lorsque nous présentâmes la feuille avec les douze Psoukim et expliquâmes le contexte, l’Av Beth Din écouta nos propos avec grand intérêt et, à la fin, demanda : quelle est la «définition» des douze Psoukim — le Rabbi entendait-il que ces versets précisément possèdent une vertu particulière de protection et de salut, ou bien sont-ils comme les autres versets et paroles de Torah, le Rabbi ayant seulement choisi des versets et des maximes de nos Sages au contenu particulier de foi et d’éducation ? Nous fûmes décontenancés par la question, et l’un d’entre nous prit son courage et répondit que ces versets possèdent assurément une vertu particulière — sinon par leur contenu, du moins par le fait même qu’ils ont été choisis par le Rabbi.

Aussitôt l’Av Beth Din appela le greffier du tribunal, le Gaon Harav A. M. Breitstein, paix à son âme, et lui ordonna de convoquer le célèbre Gaon ‘hassidique Rabbi Moché Weber zatsal, l’un des notables des ‘hassidim Habad de la ville sainte. Ensemble ils se réunirent pour délibérer, tandis que nous demeurions à attendre dans l’antichambre ; et finalement le Gaon Harav A. Breitstein sortit nous annoncer que l’affaire était réglée. De fait, lors du rassemblement de prière, l’officiant récita avec toute l’assistance les douze Psoukim.

Quelques jours après le rassemblement eut lieu la célèbre «opération Entebbe», et les soldats réussirent à libérer sains et saufs la plupart des otages. Ce jour-là, nous nous rendîmes de nouveau chez le «Min’hat Its’hak», pour le remercier d’avoir introduit les versets dans le cadre de la prière ; et il s’entretint avec nous, d’humeur très exaltée, de la grandeur du miracle survenu, ainsi que de la satisfaction qu’il éprouvait du fait que, par son mérite, les versets avaient été récités. À cela il ajouta et nous pria d’envoyer au Rabbi, en son nom, la question qu’il avait soulevée quant à la définition des versets.

Nous envoyâmes la question au Rabbi le jour même. À notre grande émotion, environ une semaine plus tard, au Farbrenguen du 12 Tamouz 5737, le Rabbi consacra trois longues Si’hot à expliquer pourquoi chacun de ces versets, à lui seul, est apte à la protection et au salut de l’ensemble d’Israël et de chaque Juif. Lorsque nous rapportâmes ces propos au «Min’hat Its’hak», il s’en réjouit beaucoup et eut grand plaisir de ce que le Rabbi eût répondu à sa question de manière développée.

Le Rav Zolti et les territoires de la Terre Sainte

De même, nous eûmes le mérite d’une affection particulière de la part du Rav de Jérusalem, le Gaon Harav Betsalel Zolti zatsal. Outre sa fonction de Rav de la ville, le Gaon Harav Betsalel Zolti exerçait comme président de la Yéchiva «Yad Aharon». C’était un érudit immense, et l’on peut apercevoir un peu de sa grandeur dans les ouvrages «Michnat Yaabets» qu’il rédigea. Quelques mois après notre arrivée au pays, le Rabbi lança un appel solennel à s’occuper, durant les jours de «Bein haMetsarim», de l’étude des lois du Temple, et les Chlou’him de Jérusalem organisèrent un rassemblement avec des cours d’analyse sur le sujet. Moi-même, avec le Rav Chalom Ber Lebkowski chlita, qui dirige aujourd’hui le Kollel des Avrékhim de Kfar Habad, nous allâmes inviter le Rav Zolti à ce rassemblement.

D’une manière générale, la grandeur du Rav Zolti ne résidait pas seulement dans sa haute fonction, mais dans le fait même d’être un «Juif de Torah», à laquelle il était attaché par toutes les fibres de son âme. Plus tard, j’entendis parler de la rencontre du Rav Zolti avec le Rabbi. Ce fut lorsque le Rav Zolti se rendit aux États-Unis en l’an 5742 (1982) et rencontra le Rabbi dans son bureau.

Le secrétaire du Rav Zolti entra avec lui chez le Rabbi, et raconta que le Rabbi s’entretint avec le Rav Zolti de deux sujets : l’importance de l’étude selon la Hala’ha pratique dans le monde des Yéchivot, et il lui parla aussi de cœur à cœur sur le fait d’utiliser son influence sur les personnalités publiques pour empêcher la restitution de portions de la Terre Sainte aux mains des Arabes.

Le Rav Zolti dit au Rabbi qu’il estimait qu’il ne fallait pas céder les territoires sauf en cas de pikoua’h nefech, et il commença à débattre avec le Rabbi de la définition halakhique de la situation au pays. Le secrétaire décrivit que le Rav Zolti se mit à discuter de la question avec l’ardeur de la Torah, tandis que le Rabbi demeurait serein et apportait encore et encore des sources des décisionnaires à l’appui de ses propos, jusqu’à ce qu’à la fin de la discussion le Rav Zolti déclarât qu’il était d’accord avec ce qui avait été dit.

Il me semble que, dans ce récit aussi, nous voyons comment le Rabbi mettait de côté son génie immense et se concentrait sur son souci extraordinaire de l’ensemble d’Israël. Au lieu de s’entretenir avec le Rav Zolti de sujets plus analytiques, le Rabbi préféra l’éveiller à utiliser son influence afin d’empêcher la restitution de portions de la Terre d’Israël. Lorsque le Rav Zolti sortit du cabinet du Rabbi, il dit à son secrétaire : Rav Moché — c’est-à-dire le Gaon Harav Moché Feinstein zatsal — est le décisionnaire de la génération, et le Rabbi de Loubavitch est le dirigeant de la génération.

«Plus que ce que je vous ai lu, il y a d’écrit ici»

Pour conclure, puisque nous nous sommes réunis pour traiter de la Torah du Rabbi, on peut tout à fait dire que «plus que ce que je vous ai lu, il y a d’écrit ici», et donne au sage et il deviendra plus sage encore. Grâce à D.ieu, nous nous trouvons à une époque particulière où l’on perçoit à découvert comment se réalisent les paroles du saint Zohar «le juste qui s’en va se trouve présent dans tous les mondes plus que de son vivant», et comme l’expliqua l’Admour haZaken dans l’Igeret haKodech du Sefer haTanya, que «même dans ce monde de l’action il se trouve davantage».

L’étude et l’approfondissement de la Torah du Rabbi vont croissant — «ces paroles de Torah fructifient et se multiplient» —, et sa conduite sainte, dans un souci immense de l’ensemble d’Israël et un dévouement à chaque Juif où qu’il soit, continue d’éclairer notre chemin telle la colonne de feu qui précède le camp, jusqu’à ce que nous ayons le mérite de la délivrance véritable et complète, bientôt et de nos jours.

 

 

Rapport entre le discours du Rabbi ‘Ve ata tetsave’ et la Parachat Kora’h

Rapport entre le discours du Rabbi ‘Ve ata tetsave’ et la Parachat Kora’h

 

Le 3 Tamouz, la tradition rappelle le jour où D.ieu suspendit la course du soleil afin que Josué puisse achever sa victoire. Derrière ce prodige se dissimule un enseignement profond sur la manière dont le miracle peut épouser la nature plutôt que la briser. Cette date devient ainsi l’occasion de méditer sur l’essence de l’âme juive, sur le rôle du Rabbi et sur l’action que chacun est appelé à accomplir pour hâter la délivrance.

 

 

Le verset des Psaumes proclame : « Tous mes os diront Ta louange. » La prière véritable n’engage pas seulement les lèvres, mais l’être tout entier. Les os, qui forment l’armature et le fondement du corps, symbolisent l’essence la plus intime de l’individu : c’est cette essence-là, et non la seule parole, qui doit se tourner vers D.ieu. Prier pleinement, c’est donc mobiliser jusqu’au socle le plus profond de soi, afin que l’élan vers le Ciel ne demeure pas en surface mais jaillisse du cœur même de l’existence.

Guimel Tamouz : les miracles qui s’habillent dans la nature

La date de Guimel Tamouz évoque le miracle biblique au cours duquel D.ieu arrêta la course du soleil pour permettre à Josué de remporter la guerre. Deux ordres de miracles se distinguent alors. Les premiers brisent ouvertement les lois de la nature, à l’image de l’ouverture de la mer Rouge, où l’ordre du monde cède devant la volonté divine. Les seconds, au contraire, s’habillent dans la nature et se glissent au cœur de l’ordinaire, comme dans le récit de Pourim, où la main de D.ieu se cache derrière l’enchaînement apparemment naturel des événements. Le soleil immobilisé relève précisément de cette seconde catégorie : loin d’être contrainte de l’extérieur, la nature elle-même consent au prodige et s’y associe, comme si l’ordre créé reconnaissait en lui sa propre vérité la plus haute.

L’exil et la révélation de l’essence de l’âme

En s’appuyant sur un Maamar, un discours du Rabbi, l’enseignement file la métaphore de l’olive concassée, le Catit. De même qu’il faut briser et presser l’olive pour en extraire l’huile pure, celle qui servira à allumer le candélabre, c’est souvent à travers la brisure et les épreuves de l’exil que le peuple juif dévoile l’essence la plus profonde de son âme. Ce qui apparaît d’abord comme un broiement se révèle ainsi la condition même d’une lumière insoupçonnée : l’âme ne livre son huile la plus limpide qu’au prix de l’écrasement, et c’est dans l’obscurité de l’exil que se manifeste sa clarté la plus pure.

Le rôle du Rabbi et l’unité du peuple juif

Le Rabbi a pour mission de dévoiler cette essence enfouie chez chaque Juif. Ce faisant, il unit l’ensemble du peuple d’Israël, car à ce niveau essentiel toutes les âmes puisent à une seule et même source divine. C’est là que prend toute sa portée l’Ahavat Israël, l’amour du prochain, qui ne saurait demeurer abstrait : il commande d’aimer et de respecter l’autre dans son entièreté, corps et âme, jusqu’à reconnaître en lui ce point unique où tous les enfants d’Israël ne forment plus qu’un.

La Emouna et l’action personnelle pour le Machia’h

Une distinction se dégage entre une Emouna superficielle, qui descend d’en haut et nous est offerte, et une foi profonde, qui s’intègre véritablement en nous par le travail que nous accomplissons nous-mêmes. Le point décisif de l’enseignement tient en ceci : le Rabbi donne l’impulsion miraculeuse, mais c’est à chacun qu’il revient d’accomplir le travail concret. Tout comme D.ieu arrêta le soleil tout en laissant Josué mener la bataille, le Rabbi octroie les forces nécessaires mais attend de ses fidèles des actions réelles pour amener la rédemption et la venue du Machia’h. Nourrie par les échanges avec l’auditoire, la conclusion rappelle qu’il faut se préparer activement à la délivrance et la résume d’une formule frappante : « Une seule action vaut mieux que mille plaintes. »

 

 

Les Etats-Unis ont réduit au silence les réseaux iraniens

Les Etats-Unis ont réduit au silence les réseaux iraniens

 

Le commandement central américain a confirmé avoir mené une nouvelle vague de frappes massives au cœur du territoire iranien, anéantissant systèmes de surveillance, infrastructures de communication et batteries de défense aérienne. Présentée comme une riposte directe et létale à l’agression de Téhéran, l’opération a plongé le golfe Persique dans un état d’alerte maximale. Tandis que la Maison-Blanche brandit la menace d’une escalade fulgurante, des responsables iraniens auraient supplié le président américain de cesser sans délai les bombardements.

 

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Une seconde vague de frappes en pleine nuit

Le commandement central de l’armée des États-Unis a diffusé cette nuit, entre mercredi et jeudi, un communiqué officiel confirmant que ses forces ont achevé la veille une série de frappes de légitime défense d’une puissance redoutable à travers tout l’Iran. Le Pentagone qualifie ces frappes de réponse directe et meurtrière à l’agression persistante et injustifiée de Téhéran, en particulier après que l’hélicoptère Apache de l’armée américaine eut été abattu plus tôt dans la semaine.

L’opération actuelle, qui constitue la deuxième vague de frappes consécutive, a fait basculer le golfe Persique en état d’alerte suprême. Elle s’accompagne d’avertissements cinglants de la Maison-Blanche et du Pentagone, qui ne laissent planer aucun doute : les forces américaines sont prêtes à une escalade immédiate si Téhéran refuse de signer un accord mettant fin à la crise.

Des cibles stratégiques réduites en cendres

Selon le rapport du commandement central, des forces combinées du corps des Marines, de l’armée de l’air et de la marine américaine ont fait usage de munitions de précision contre de multiples cibles militaires en territoire iranien. L’opération a porté un coup sévère aux capacités opérationnelles des Gardiens de la révolution et à leur faculté de surveillance dans les espaces aérien et maritime.

Parmi les objectifs majeurs détruits au cours de cette vague figurent les capacités de surveillance militaire et les systèmes radar, ces installations de détection et d’observation qui permettaient à l’Iran de suivre les forces occidentales ; les systèmes de communication, c’est-à-dire les infrastructures de liaison et de coordination de l’armée iranienne ; ainsi que les sites de défense aérienne, batteries de missiles et dispositifs d’interception qui représentaient une menace directe pour les forces américaines comme pour les navires marchands internationaux sillonnant les eaux régionales.

Quarante-neuf missiles Tomahawk et un avertissement glaçant

D’après les informations transmises par le président Donald Trump à la chaîne Fox News, l’opération combinée a comporté le tir massif de quarante-neuf missiles Tomahawk, conjugué à l’engagement d’avions de chasse. Les frappes ont martelé avec une violence extrême des actifs stratégiques situés à environ soixante-cinq kilomètres de la capitale Téhéran, ainsi que le long du littoral sud-ouest de l’Iran bordant le golfe Persique.

Trump a décrit ces frappes comme particulièrement « brutales » et « violentes », et a adressé une mise en garde tranchante aux échelons politique et militaire iraniens : il a promis de leur infliger un déluge de feu dès le lendemain si le régime ne se hâtait pas de signer un accord.

La riposte revendiquée par les Gardiens de la révolution

Dans le même temps, les Gardiens de la révolution affirment avoir lancé de lourds tirs de barrage de missiles balistiques et des essaims de drones suicides en direction de dix-huit cibles militaires et actifs navals américains déployés à travers le Moyen-Orient. Selon les médias d’État de Téhéran, ces frappes de représailles auraient visé, entre autres, les bases aériennes d’Ali al-Salem et d’Ahmed al-Jaber au Koweït, le quartier général de la cinquième flotte américaine et l’aéroport de Cheikh Issa à Bahreïn, ainsi qu’une frappe ciblée de missiles contre la base aérienne américaine de Mouaffaq al-Salti à Azraq, en Jordanie, où opèrent des forces du Pentagone. Des explosions auraient retenti au Koweït et à Bahreïn, où les sirènes ont même été déclenchées.

Le Centcom dément la propagande de Téhéran

Parallèlement aux annonces de frappes, le communiqué du Centcom s’attache à réfuter la campagne de propagande et de fausses nouvelles orchestrée par les médias d’État iraniens. Le régime de Téhéran avait prétendu que ses forces navales s’étaient directement affrontées aux forces américaines et avaient même touché un navire de guerre des États-Unis dans le détroit d’Ormuz. Le commandement central américain a opposé un démenti catégorique et sans équivoque sur le réseau social X, affirmant qu’aucun navire de guerre américain n’avait été touché.

Par ailleurs, des responsables américains et le Centcom ont rejeté d’emblée la déclaration du commandement conjoint des opérations iranien et des Gardiens de la révolution selon laquelle le détroit d’Ormuz aurait été totalement fermé au passage des pétroliers et des navires marchands. Le Centcom a précisé qu’il s’agissait d’allégations mensongères, présentant des données démontrant que le trafic commercial dans cette voie maritime stratégique se poursuivait normalement, sans la moindre entrave : les navires marchands continuaient d’entrer et de sortir du détroit d’Ormuz au cours de cette nuit-là. Le Pentagone a insisté sur le fait que la marine américaine n’avait livré aucun combat ni connu aucune confrontation navale avec le bras maritime des Gardiens de la révolution.

Une « diplomatie coercitive » assumée

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a clairement indiqué que cette vague de frappes agressives avait été soigneusement planifiée afin de dicter à Téhéran les conditions du cessez-le-feu ou du futur accord de paix depuis une position de force absolue, en pleine coordination avec la Maison-Blanche et l’équipe de négociation.

Hegseth a présenté cette manœuvre comme un volet d’une « diplomatie coercitive » destinée à arracher à l’Iran des concessions sur son programme nucléaire et sur sa conduite régionale. Il a souligné que l’Iran s’était révélé impuissant face à l’opération américaine « Projet Liberté », qui a récemment permis le passage sécurisé de millions de barils de pétrole dans le détroit d’Ormuz, à la faveur de l’obscurité et sous protection américaine. Il a ajouté sa propre menace, affirmant que le commandement avait su exploiter le cessez-le-feu avec habileté et efficacité pour affiner son renseignement et enrichir sa banque de cibles, bien au-delà des prémices d’une colère redoutable.

Les appels paniqués de Téhéran

Cette pression militaire massive produit des effets immédiats. Le grand reporter international de Fox News, Trey Yingst, a rapporté que le président Trump avait révélé que des responsables iraniens, au plus haut niveau de l’État, étaient entrés en contact téléphonique direct et inhabituel avec lui. Au cours de cet échange confidentiel, les dignitaires de Téhéran auraient imploré le président américain d’arrêter sur-le-champ les pilonnages de l’armée de l’air et de la marine sur leur pays — un instant critique qui illustre la profondeur de la crise et la panique s’emparant de la direction iranienne face à la puissance de feu américaine.

Alertes à Bahreïn et mise en garde en Irak

Dans le même temps, des sirènes d’alerte aérienne ont retenti cette nuit à travers Bahreïn, peu après que le commandement central de l’armée américaine eut déclenché une vaste et puissante vague de bombardements à l’intérieur du territoire iranien, tandis que de lourds bombardiers américains B-2 étaient aperçus dans le ciel de Bahreïn en route vers leurs objectifs. Les Gardiens de la révolution ont annoncé avoir frappé des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Sur fond d’escalade, l’ambassade des États-Unis en Irak a diffusé un avertissement exceptionnel à l’adresse de ses ressortissants, les appelant à maintenir un niveau de vigilance élevé et à suivre attentivement l’évolution de la situation régionale. L’ambassade a mis en garde contre des perturbations de vols, voire l’éventualité d’une fermeture de l’espace aérien à brève échéance, soulignant que l’avis aux voyageurs concernant l’Irak demeurait au niveau 4, le plus élevé.

Téhéran promet de ne pas céder

Face à cette offensive, la direction iranienne continue de diffuser des messages de défi. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré que toute agression serait suivie d’une riposte immédiate, tandis que le président Massoud Pezeshkian a affirmé que l’Iran « ne se rendra pas » s’il venait à être attaqué.

Rav Lévi Its’hak Raskin : l’œuvre d’une vie au cœur du Siddour aux mille secrets

Rav Lévi Its’hak Raskin : l’œuvre d’une vie au cœur du Siddour aux mille secrets

 

Londres, l’une des grandes forteresses de la Torah et de la ‘Hassidout en Europe, abrite l’œuvre d’une vie : la série monumentale du Rav Lévi Its’hak Raskin sur le Siddour de l’Admour Hazaken, l’auteur du Tanya. Dans une interview accordée à ‘Ki Karov’, le Rav Raskin dévoile les secrets d’un Siddour où chaque mot est mesuré, raconte comment la grammaire hassidique fut forgée en réponse à la Haskala, et révèle les défis halakhiques inattendus qui surgissent dans le champ de la Chli’hout. Un voyage fascinant dans les profondeurs du noussa’h hassidique.

 

 

 

 

L’une des plus grandes forteresses de la Torah et de la ‘Hassidout sur le continent européen se trouve à Londres, capitale de l’Angleterre. Parmi les grands de la Torah qui guident les dizaines de milliers de Juifs de la ville figure le Rav Lévi Its’hak Raskin, Rav de la communauté Habad, dayan et moré tsédek au beth horaa des communautés orthodoxes, et l’un des fondateurs du Centre rabbinique d’Europe. Le Siddour de Rabbeinou Hazaken est une œuvre à la fois halakhique et analytique, qui descend au plus profond de chaque mot et de chaque lettre du noussa’h du Siddour et de ses décisions, et qui en éclaire les sources et les intentions avec une grande rigueur. Dans une interview, le Rav Raskin dévoile l’œuvre de sa vie consacrée à l’étude du noussa’h de la prière hassidique, illustre les découvertes et les éclairages issus de la précision des propos de Rabbeinou Hazaken dans son Siddour, et raconte les défis singuliers auxquels il se trouve souvent confronté en tant qu’adresse centrale pour les questions halakhiques que lui adressent les Chlou’him du Rabbi de Loubavitch à tRavers le monde.

L’ordre dans le Siddour

Comment avez-vous commencé à vous occuper de Halakha et d’enseignement, et qu’est-ce qui vous a amené à élucider le Siddour de l’auteur du Tanya ?

Déjà à l’époque de mes études à la Yéchiva, mon âme était attirée par la partie halakhique de la Torah, et j’étudiais sans relâche le Choul’han Aroukh de l’Admour Hazaken, section Ora’h ‘Hayim, entre les sedarim de la Yéchiva. L’un de nos proches parents était le Gaon le Rav Zalman Chimon Dvorkin, le « Rav de la cour » du Rabbi de Loubavitch. Il avait d’ailleurs adopté ma mère dans son enfance, après que la plupart des membres de sa famille périrent dans la terrible famine lors du siège nazi de Léningrad, en 5702 (1942). Naturellement, chaque fois que j’arrivais à la cour du Rabbi à New York, j’allais lui rendre visite et demeurer en sa compagnie ; j’avais alors le sentiment que je disposais désormais de quelqu’un à qui poser toute question halakhique, mais que viendrait un jour où je n’aurais plus personne à interroger, et que pour cette raison je devais étudier en profondeur et clarifier les questions de Halakha par mes propres forces.

Dans ma jeunesse, je vins en Terre Sainte pour étudier à la grande Yéchiva de Kfar Habad. À mon arrivée, je découvris la littérature toranique imprimée ici durant ces années-là, qui n’était guère répandue en Europe. Je vis comment de nombreux ouvrages de nos maîtres Richonim et A’haronim paraissaient enrichis de notes et de références éclairant l’intention des propos et leurs sources. Je ressentais cruellement ce manque dans le Choul’han Aroukh de l’Admour Hazaken que j’étudiais, lequel demeurait comme un livre scellé pour celui qui s’y penche. Certes, le Choul’han Aroukh lui-même comportait au moins des renvois à des sources générales que l’on pouvait consulter, et des ouvrages de marei mekomot avaient déjà paru sur lui. Mais à la fin du Choul’han Aroukh étaient imprimés les Piskei HaSiddour, les décisions halakhiques de Rabbeinou Hazaken intégrées au noussa’h de la prière qu’il avait institué et considérées comme ses décisions ultimes et les plus élaborées ; or sur celles-ci ne figurait aucun renvoi ni aucune source permettant de comprendre son intention et l’origine de ses ‘hidouchim.

En ces jours-là, en 5739 (1979), j’écrivis un article sur un ‘hidouch de Rabbeinou Hazaken dans le Siddour : lorsque le vêtement des tsitsit se plie et se froisse, il perd la mesure requise, et il faut donc y prendre garde. Mes propos furent publiés dans le recueil ‘Yagdil Torah’, qui constituait alors une tribune centrale pour les ‘hidouchim de Torah. J’avais alors dix-huit ans, mais en raison du respect dû à la revue où écrivaient de grands talmidei ‘hakhamim, on inscrivit auprès de mon nom le titre de « Rav ». Lorsque je rédigeai cet article, je cherchai en vain un endroit où les propos de Rabbeinou seraient expliqués ; je photographiai donc pour moi-même les Piskei HaSiddour et entrepris d’y inscrire diverses notes et références. Au fil des années suivantes, j’imprimai mes notes sur les lois de tsitsit et de téfilines du Siddour, car ces lois recèlent des ‘hidouchim et des dispositions particulières qu’il fallait bien élucider. Ainsi, il existe une loi dans le Choul’han Aroukh selon laquelle on doit veiller à ce que « le tsitsit retombe sur le coin », mais beaucoup ne sont pas vigilants dans l’accomplissement de cette Halakha ; Rabbeinou s’employa longuement à y remédier et institua que l’on perce un trou supplémentaire au bord du talith afin de respecter cette précision. De même, dans les lois de téfilines, il innova que les téfilines de la tête doivent se trouver exactement au milieu de la tête, et il existe encore de nombreux autres ‘hidouchim de ce genre.

Des années plus tard, en 5753 (1993), nous reçûmes la visite à Londres du Rav Nissan Mangel, Rav de la synagogue ‘Ktav Sofer’ à Brooklyn, qui fut le premier à composer un ouvrage de marei mekomot sur le Choul’han Aroukh HaRav. Il raconta que le Rabbi lui avait confié cette mission alors qu’il était encore jeune homme. Il étudiait au Canada, et lorsqu’il se rendait à New York de temps à autre, il apportait au Rabbi les parties qu’il avait déjà achevées. Dans ce cadre, il prépara aussi les sources des lois de netilat yadayim du Siddour HaRav ; lorsqu’il les remit au Rabbi, celui-ci lui répondit : « Pour cela, comme pour le seder des birkot hanéhénin, tu n’avais pas besoin de préparer, car il existe un petit-fils du Tséma’h Tsédek qui l’a déjà fait ; mais puisque tu l’as déjà préparé, il faut l’insérer dans l’ouvrage de marei mekomot. » En ces jours-là circulait une rumeur répandue selon laquelle le Rabbi détenait des notes manuscrites sacrées comportant des remarques sur tout le Siddour ; ceux qui entendirent l’histoire pensèrent donc que le Rabbi se désignait lui-même, étant le « petit-fils du Tséma’h Tsédek » qui avait préparé des notes sur ces lois du Siddour.

À cette même époque, un élève de la Yéchiva de Londres s’adressa à moi au sujet des propos de Rabbeinou Hazaken dans le Siddour, selon lesquels il faut arrondir l’un des coins d’une couverture afin de la dispenser des tsitsit, et il me demanda pourquoi l’on n’y veillait pas. Pour lui répondre, je relus ce que j’avais écrit plus d’une décennie aupaRavant sur ces lois, et je m’aperçus que mes propos ne correspondaient pas à l’intention de Rabbeinou telle que je la comprends aujourd’hui. Je me demandai si quelqu’un avait déjà rédigé un commentaire sur les propos de Rabbeinou à ce sujet, et je me souvins aussitôt du récit du Rav Mangel concernant les notes du « petit-fils du Tséma’h Tsédek ». Je m’assis et rédigeai une lettre détaillée au Rabbi, lui demandant l’autorisation de publier ses notes sur le Siddour. En ces jours-là, en raison de l’état de santé du Rabbi, les gabaïm avaient coutume de lui lire les lettres, et le Rabbi inclinait la tête en signe d’acquiescement ou de refus. Le secrétaire, Rav Leibel Groner de mémoire bénie, lut ma demande devant le Rabbi, qui fit signe que non. Rav Leibel ajouta : « Raskin poursuivra-t-il ses propres notes sur le Siddour ? » et le Rabbi acquiesça. Je n’avais nullement formulé une telle demande et ne songeais pas à poursuivre l’écriture de notes sur l’ensemble du Siddour, mais le secrétaire posa cette question de sa propre initiative. C’est ainsi que je commençai à écrire sur le Siddour de Rabbeinou Hazaken.

Quelques années plus tard furent découvertes et publiées les notes du Gaon Rabbi Mordekhaï Chnéour Zalman Chnéersohn de Jitomir, petit-fils du Tséma’h Tsédek, dans un livre intitulé ‘Chem HaGdolim’, portant sur le seder des birkot hanéhénin et le seder de netilat yadayim pour le repas ; l’on comprit alors que telle était l’intention du Rabbi. Parallèlement furent publiées les notes du Rabbi lui-même, comportant de nombreuses remarques sur le noussa’h de la prière dans le Siddour, et j’eus moi aussi le mérite de m’en occuper dans mon ouvrage.

L’alliance  Achkenaz et Sefarad

Qu’est-ce que le Siddour de Rabbeinou Hazaken ? Quel besoin a-t-il comblé, et qu’a-t-il de si particulier ?

Ce Siddour est en réalité le tout premier Siddour hassidique jamais imprimé. À l’époque du grand Maguid de Mézéritch, il y avait chez les grands de la ‘Hassidout une aspiration et un éveil à prier selon le noussa’h Sefarad, en raison de sa conformité aux kavanot de l’Arizal et aux commentaires de la prière selon la voie de la Kabbale. On raconte qu’à la fin de la vie du Maguid, le Maguid de Kozhnitz vint à lui ; on témoigna de ce dernier qu’avant son arrivée à la cour du Maguid il maîtrisait déjà huit cents ouvrages de Kabbale, et que lorsqu’il parvint auprès du Maguid, il constata qu’il « n’avait encore rien commencé à apprendre ». Lorsque le Maguid de Kozhnitz entra pour la première fois auprès de son maître, son élève Rabbeinou, l’auteur du Tanya, se tenait là et le servait ; le Maguid lui dit alors : « Grâce à D.ieu qui m’a envoyé un jeune homme pour corriger le Siddour de l’Ari Zal que je possède en manuscrit. » Le Maguid de Kozhnitz demeura ensuite à la cour du Maguid et en corrigea le Siddour durant plusieurs mois.

Nous avons eu le mérite que ce Siddour lui-même soit conservé et transmis de génération en génération parmi les Admourim de Rouzhin, descendants du Maguid, jusqu’à notre époque. Sur ce Siddour apparaissent de nombreuses gloses de la main sacrée du Maguid de Kozhnitz, mais aussi d’une autre main que beaucoup supposent être celle de Rabbeinou Hazaken. Autrement dit, déjà dans sa jeunesse, en tant qu’élève du Maguid, Rabbeinou s’occupait de la correction et de l’établissement du noussa’h de la prière hassidique ; il se trouve effectivement dans ce Siddour certains détails que l’on ne retrouve que dans le Siddour de Rabbeinou Hazaken. On peut en donner pour exemple les versets que l’on récite avant la sonnerie du chofar : dans tous les Siddourim figure le verset « Koli chamaata al ta’lem oznekha », tandis que dans le Siddour du Maguid et dans celui de Rabbeinou Hazaken figure un autre verset, « Koli chim’a ke’hasdekha Hachem ».

Ainsi, Rabbeinou commença à s’occuper du Siddour dès sa jeunesse. Comme l’a écrit l’Admour HaRachab de Loubavitch, il établit le noussa’h de la prière pendant vingt années, en rédigeant chaque année un noussa’h différent, jusqu’à ce que, la vingtième fois, en sortît un noussa’h épuré ; et ce n’est qu’après de longues années que le Siddour fut imprimé. Cela appelle en soi une explication : quel était ce grand défi qui exigea de lui tant d’années ? Il semble que l’une des principales raisons fut la nécessité de concilier et d’harmoniser le noussa’h de la prière achkenaze, en usage dans les générations passées, avant l’époque de la ‘Hassidout, avec les modifications requises pour adapter la prière au noussa’h Sefarad selon la Kabbale de l’Arizal.

En pratique, une part importante de mon tRavail dans l’élucidation du Siddour fut de mettre en évidence les modifications et les ‘hidouchim de Rabbeinou dans ce domaine, lui qui sut assembler les noussa’ot de manière complète et limpide. Ainsi, dans le noussa’h Achkenaz, on ne dit pas le ‘Pitoum HaKetoret’ le matin, mais selon la coutume des ‘hassidim on le récite ; toutefois, après la récitation de tous les korbanot, lorsqu’on dit « Ribon HaOlamim, ata tsivitanou lehakriv korban hatamid bemo’ado », la récitation du ketoret n’est mentionnée ni dans la plupart des Siddourim hassidiques ni dans les Siddourim de l’Arizal, et cela parce que cette prière est tirée du noussa’h Achkenaz. Rabbeinou Hazaken innova en ajoutant dans cette prière « ata tsivitanou… lehaktir haketoret bizmana ». À chaque pas, ce sont ainsi de nombreuses décisions qu’il dut prendre : que fallait-il modifier, et où pouvait-on conserver le noussa’h en usage dans les pays d’Achkenaz.

La grammaire hassidique

Outre l’assemblage du noussa’h, le Siddour se distingue aussi par sa grande rigueur dans le choix des mots et dans la vocalisation.

Pour comprendre les objectifs de Rabbeinou dans la grammaire du Siddour, il convient de rappeler brièvement l’histoire de la question. Il y a environ quatre cents ans vivait en Pologne un élève du ‘Levouch’, nommé Rabbi Chabtaï Sofer de Przemysl. Il imprima un Siddour d’une grammaire remarquable à la demande des Rabbanim du Conseil des Quatre Pays, chargé de la direction des communautés de Pologne, parmi lesquels le Ba’h et le Maharcha. Ceux-ci décrétèrent même que chaque communauté devait acquérir au moins un tel Siddour, que quiconque en possédait un devait corriger le sien d’après lui, et ils interdirent de publier tout autre Siddour qui ne fût pas conforme à sa grammaire. Après lui se levèrent d’autres grammairiens qui poursuivirent la clarification du noussa’h de la prière et des règles de vocalisation. Dans la génération qui précéda Rabbeinou, deux adversaires s’occupèrent abondamment de la grammaire de la prière et polémiquèrent entre eux : Rabbi Zalman Hena, qui innova grandement dans cette discipline, et Rabbi Yaakov Emden, le Yaavetz, qui s’opposa vivement à ses ‘hidouchim. Tous deux publièrent des Siddourim selon leur méthode.

On raconte de Rabbeinou Hazaken qu’il avait devant lui « soixante Siddourim », ou « trente-deux Siddourim », parmi lesquels il choisit et établit le noussa’h de la prière. Cela ne signifie évidemment pas qu’il rassembla de simples Siddourim quelconques, mais qu’il s’agissait de Siddourim de ce type : des Siddourim porteurs d’une méthode propre dans le noussa’h ou dans la grammaire, qui se trouvaient sous ses yeux lorsqu’il composa le sien. J’ai tenté pendant de nombreuses années de retracer le chemin emprunté par Rabbeinou et de comprendre comment, concrètement, il tranchait les questions de grammaire ; aussi ai-je rassemblé les Siddourim que je me représentais avoir été devant lui et j’en ai comparé les divers détails. Il est passionnant de constater que, de manière constante, Rabbeinou s’efforce que le noussa’h final convienne et corresponde à l’ensemble des avis, autant que faire se peut.

C’est là, en somme, une tendance caractéristique de sa voie halakhique en général, comme dans la forme du nœud des téfilines de la main qu’il institua, où la lanière passe à l’intérieur du nœud du youd, de sorte que, chaque fois que l’on met les téfilines, on noue en un certain sens à nouveau le nœud. Nous ne pourrons évidemment pas développer ici comme nous l’avons fait dans le livre, mais par cela Rabbeinou résolut une grande controverse entre les Baalei HaTossefot dans le traité Mena’hot quant à la manière d’accomplir la mitsva d’attacher les téfilines : Rabbeinou Eliyahou de Londres estimait que « l’homme doit attacher ses téfilines chaque jour », tandis que Rabbeinou Tam estimait qu’il n’était pas nécessaire de renouveler le nœud quotidiennement. Ainsi, en ouvrant et en refermant la lanière des téfilines de la main qui passe à l’intérieur du nœud, on accomplit la mitsva d’attacher même selon l’avis de Rabbi Eliyahou, sans pour autant encourir les réserves halakhiques soulevées par Rabbeinou Tam. Il en va de même dans le noussa’h du ktav STaM de Rabbeinou Hazaken, qui veilla à ce que la forme des lettres convienne aux divers avis des décisionnaires et des kabbalistes, et ainsi dans bien d’autres domaines.

À mon sens, outre la volonté d’écrire un noussa’h dont la grammaire convienne à toutes les méthodes autant que possible, Rabbeinou poursuivait un but éducatif manifeste en créant la grammaire hassidique. À son époque, le mouvement de la Haskala commençait à se répandre parmi les Juifs d’Europe, et l’un des domaines de prédilection des maskilim était l’étude de la langue sacrée et de sa grammaire ; en conséquence, ils proposèrent des « corrections » et des modifications prétendument progressistes dans le noussa’h de la prière. L’un des plus marquants d’entre eux fut Yitzchak Satanov, qui imprima un Siddour complet intitulé « VaYe’tar Yitzchak », au noussa’h nettement haskilique, en 5545 (1785), et qui parvint parfois à abuser des Juifs craignant D.ieu et intègres. Au fil des générations, les grands d’Israël affrontèrent les maskilim par divers moyens, dont celui de composer des ouvrages rendant superflu le recours à leurs propres œuvres, où se dissimulaient des propos d’hérésie. C’est ainsi qu’agit plus tard le Malbim en rédigeant son grand commentaire sur le Tanakh, afin d’offrir un commentaire complet dans l’esprit du judaïsme authentique, sans avoir à puiser à une source étrangère.

Il semble que Rabbeinou Hazaken agit lui aussi dans cet esprit et créa la grammaire hassidique pour arracher les épines plantées par les grammairiens maskilim. Cela concorde avec un récit savoureux que rapporte le Rabbi Rayatz de Loubavitch au sujet d’un maskil nommé Chimon (« Chimon l’hérétique »), qui se rendit dans les communautés des ‘hassidim et à la cour de Rabbeinou, dans la bourgade de Liozna, afin de tenter de rallier des adeptes à sa voie. Le Rabbi Rayatz décrit comment ce Chimon louait et vantait le Siddour de la prière de Rabbeinou — qui n’était pas encore imprimé mais s’était déjà répandu en manuscrit parmi les ‘hassidim — et avait coutume de dire que, quant au noussa’h et à son ordonnance, il ne pouvait rien affirmer, n’ayant pas affaire aux secrets de la Torah, mais qu’en matière de grammaire il pouvait affirmer pleinement qu’il n’existait rien d’aussi précis. Lorsqu’il entra en ye’hidout auprès de Rabbeinou Hazaken, il lui raconta qu’il était précepteur d’enfants et sollicitait la recommandation du Rabbi pour enseigner le Tanakh par la voie de la grammaire et des langues. Rabbeinou perça aussitôt sa nature et lui dit : « Dans l’académie céleste, il existe des palais distincts pour chaque étude, et entre les deux palais de la science de la grammaire et de la science de la langue se trouve un palais réservé à ceux qui dévoilent dans la Torah des faces contraires à la Halakha » ; et il le réprimanda vivement pour son dessein de détourner et d’égarer les enfants d’Israël.

Des découvertes merveilleuses

Pourriez-vous partager avec les lecteurs quelques-unes des découvertes faites au cours de votre étude du Siddour de Rabbeinou ?

Il est des ‘hidouchim merveilleux à chaque pas, tant dans les finesses de la langue que dans les innovations halakhiques des Piskei HaSiddour. Ainsi, une loi intéressante du Siddour concerne la prière de Moussaf de Chemini Atséret, où l’on commence à dire « Machiv haroua’h oumorid haguéchem », le gabaï ayant coutume de l’annoncer avant la prière. Rabbeinou écrit à ce sujet qu’il ne suffit pas d’annoncer « Machiv haroua’h », mais qu’il faut dire aussi « Morid haguéchem ». Au début, je n’en saisissais pas le sens : que nous importent les mots exacts annoncés par le gabaï, puisque tout le monde en comprend l’intention ? Mais en examinant les sources, je découvris que Rabbeinou écrivit cela conformément à sa méthode, exprimée ailleurs dans son commentaire des propos du Talmud de Jérusalem, selon laquelle il est interdit à un individu de mentionner la pluie avant que ne la mentionne le ‘hazan : il est ainsi interdit à tous les fidèles de dire « Machiv haroua’h oumorid haguéchem » avant que le ‘hazan ou le gabaï ne l’ait annoncé à voix haute. Dès lors, on comprend qu’il faut annoncer aussi les derniers mots, afin que le public puisse les dire dans la prière.

Le Siddour est, d’une part, bâti avec un génie et une rigueur hors du commun, et d’autre part ordonné de manière « égale pour toute âme » : on n’y a introduit ni kavanot kabbalistiques ni propos qui ne conviendraient pas à l’ordre de la prière dans sa simplicité. On peut le remarquer jusque dans de menus détails. Ainsi, dans la prière ‘Ana Bekhoa’h’, la première impression du Siddour faisait apparaître des points entre chaque paire de mots (Ana bekhoa’h. Guedoulat yeminekha. Et ainsi de suite). Cela tenait à ce qui est expliqué dans les écrits de l’Arizal : chaque ligne de cette prière est composée de six mots correspondant aux six ailes des anges, et il faut donc les séparer deux par deux, à l’image de ces ailes. Mais dans l’édition suivante, tous ces points furent supprimés — à mon avis intentionnellement — car ils ne s’accordaient pas avec le sens simple, égal pour toute âme.

Une autre conclusion à laquelle je suis parvenu après une longue recherche est que Rabbeinou fut le premier à composer un noussa’h des « six souvenirs » (chech zekhirot) à réciter chaque jour : six sujets que la Torah nous a ordonné de nous rappeler et qui, selon Rabbeinou, constituent une obligation permanente, quotidienne — la sortie d’Égypte, la station du mont Sinaï, la guerre d’Amalek, l’épisode du Veau, l’épisode de Miriam et la mitsva du Chabbat. Rabbeinou disposa les termes des versets concernés en un noussa’h à réciter chaque jour après la prière, n’en apportant parfois que des fragments, malgré la règle halakhique voulant que tout verset que Moché Rabbeinou n’a pas séparé, il nous soit interdit de n’en dire qu’une partie. En pratique, toutefois, de nombreux fragments de versets se trouvent dans diverses prières, et j’ai rassemblé plus de dix explications différentes rédigées sur la question par les grands décisionnaires : certains distinguent entre la mention d’un verset à des fins de récitation et sa mention pour évoquer une idée ou un thème, d’autres tiennent qu’il est permis de dire un verset partiel dans le cadre d’une prière ou d’une supplication.

Lorsqu’on compare de manière systématique les divers noussa’ot de la prière, on accède parfois à une compréhension nouvelle du sens des mots, et l’on saisit comment un changement de noussa’h emporte un changement de sens. Dans la plupart des Siddourim répandus, on dit dans le Birkat HaMazon : « HaMélekh hatov vehametiv lakol, chebekhol yom vayom Hou hetiv lanou, Hou metiv lanou, Hou yetiv lanou. » Le problème est que ces mots ne s’agencent pas bien : comment dire « chebekhol yom vayom Hou hetiv » au passé ? De fait, dans le Siddour séfarade imprimé à Venise en 5284 (1524) — celui que Rabbi ‘Hayim Vital établit comme Siddour fondamental et auquel il ajouta des gloses de son maître l’Ari — figure un noussa’h plus clair : « chebekhol yom vayom Hou metiv lanou, Hou hetiv lanou, Hou yetiv lanou. » Mais Rabbeinou résolut la question au moyen d’une légère modification qui préserva le noussa’h Achkenaz tel quel : « HaMélekh hatov vehametiv lakol bekhol yom vayom, Hou hetiv lanou. »

Des sentiers dans le champ de la Chli’hout

Vous êtes l’adresse de questions halakhiques particulièrement délicates qui surgissent dans les communautés juives du monde entier, de nombreux Chlou’him du Rabbi venant vous consulter au sujet de leur communauté. Vos trois volumes de questions-réponses, intitulés « Netivim BeSdeh HaChli’hout », rassemblent d’ailleurs un large éventail de sujets halakhiques inhabituels de ce genre.

J’éprouve un élan particulier à aider les Rabbanim Chlou’him par un bon conseil et une décision halakhique, car j’ai moi-même « manqué » l’occasion d’une Chli’hout pour la diffusion du judaïsme. Après mon mariage, je résidais à Londres et souhaitais étudier dans un kollel d’avrekhim, selon l’usage ; j’écrivis à ce sujet au Rabbi et reçus une lettre : « En réponse à sa question, qu’il étudie dans le kollel qui convient à sa ville, ce qui présente aussi l’avantage qu’il pourra poursuivre le tRavail sacré dans les institutions Habad de sa ville ; je le mentionnerai au tsion. » Quelques années plus tard, on me demanda d’occuper le poste de dayan dans la communauté et d’assister mon beau-père, le Gaon hassidique le Rav Na’hman Soudak de mémoire bénie, qui était à la tête de la communauté Habad et de ses institutions en Grande-Bretagne. Mais la nomination fut retardée, et à un certain moment je reçus une proposition de partir en Chli’hout du Rabbi vers l’Estonie ; nous étions même déjà partis pour Tallinn, sa capitale, lorsqu’on me demanda de revenir à Londres pour y exercer le rabbinat. Pourtant, ma conscience me pousse à aider les Chlou’him autant qu’il m’est possible.

Ces ‘hassidim et hommes d’action, partis avec un grand dévouement vers des contrées reculées pour rapprocher les Juifs de notre Père céleste, se heurtent à de nombreuses questions inédites, jamais soulevées dans la littérature toranique, car la situation actuelle dans le monde de la Chli’hout diffère de toutes les conventions du passé. Durant la plupart des générations, il existait deux cas de figure : des Juifs observant les mitsvot selon la loi, ou des Juifs qui s’étaient éloignés de la voie, que D.ieu préserve. À notre époque, en revanche, après l’immense déclin spirituel des dernières générations, le Rabbi suscita un mouvement inverse : ramener les Juifs à leur source. Les Chlou’him sont ainsi en contact quotidien avec de nombreux Juifs qui n’observent pas encore pleinement la Torah et les mitsvot, mais dans le cœur desquels s’est déjà ouverte une brèche « comme la pointe d’une aiguille », et plus encore.

L’approche du Rabbi consistait à tout faire pour rapprocher ces Juifs et élargir cette ouverture du cœur, sans pour autant renoncer, à D.ieu ne plaise, aux Halakhot tranchées. Cela exige une décision halakhique à la fois fine et complexe, car il est très facile d’interdire et de se montrer rigoureux dans tout cas de doute ; mais lorsqu’un tel Juif sait que le Rav répond toujours par l’interdit, il cesse bien vite de poser des questions. Le but est de trouver, dans toute la mesure du possible, des solutions halakhiques qui aident les Juifs à cheminer davantage dans la voie de la Halakha.

L’une des questions principales est une question de principe qui touche presque tous les domaines : comment se comporter face à un Juif qui commet une transgression, que D.ieu préserve ? Un Juif arrive à la synagogue le Chabbat, et nous avons de bonnes raisons de penser qu’il est venu en voiture ; n’accomplirons-nous pas à son égard la mitsva de « Tu réprimanderas certes » (Hokhéa’h tokhia’h) ?

Cette question nous ramène précisément au Siddour. Il s’y trouve un recueil de lois intitulé « Seder Hakhnassat Chabbat », dans lequel Rabbeinou Hazaken avertit qu’il faut veiller à allumer les bougies de Chabbat avant le coucher du soleil et à n’accomplir aucune mélakha, car en ces jours-là il était d’usage de suivre l’avis de Rabbeinou Tam, pour qui la sortie des étoiles est très tardive ; aussi considérait-on le temps suivant le coucher du soleil comme un « supplément de Chabbat » (toussefet Chabbat), où l’on se relâchait parfois. Dans ses propos, Rabbeinou traite également de la question de savoir quand réprimander celui qui accomplit une mélakha, car on dit parfois qu’« il vaut mieux qu’ils transgressent par inadvertance que sciemment ». Dans mon livre, j’ai développé ce sujet et expliqué qu’il existe en réalité une controverse entre les Richonim : la mitsva de tokha’ha consiste-t-elle dans l’acte même de signaler à autrui qu’il transgresse un interdit, ou bien à réussir à l’influencer pour qu’il ne transgresse pas ? Il semble que Rabbeinou Hazaken parvint à la conclusion que la tokha’ha réside dans la nécessité d’amener l’homme à changer effectivement de voie, et qu’il ne s’agit pas d’une mitsva que l’on accomplirait par la seule parole. Mon beau-père, de mémoire bénie, disait que la répétition de l’expression « Hokhéa’h tokhia’h » ne relève pas seulement du langage de la réprimande (tokha’ha), mais aussi du langage de la démonstration (hokha’ha) : il faut apporter des preuves et convaincre l’homme de changer.

Telle est, au fond, l’approche générale du rapprochement des Juifs : comprendre que notre désir d’accomplir envers eux la mitsva de tokha’ha comme il se doit ne peut se réaliser que si nous les influençons d’une manière qui les rapproche, quitte à nous abstenir parfois de leur signaler les transgressions qu’ils commettent, car c’est précisément ainsi que nous parviendrons finalement à les amener à la Torah et aux mitsvot dans leur plénitude. Récemment est décédé le Rav Chraga Feivich Vogel de mémoire bénie, Chalia’h du Rabbi en Angleterre pendant plus de soixante ans, qui avait coutume de dire : « Il n’existe pas de chose telle qu’une fois pour toutes » ; il faut influencer avec patience, et c’est ainsi que l’on parvient à susciter un véritable changement.

Il existe en Halakha une notion appelée « selon ce que voient les yeux du sage » (kefi reout einei ha’hakham) : tantôt une approche plus douce est requise, tantôt une approche différente. Dans notre ville résidait un de mes parents, le Rav Moché Katzenelbogen, qui vivait en Russie et observait les mitsvot au péril de sa vie, jusqu’à ce qu’il en sortît pour Londres en 5731 (1971). En ces jours-là, il se rendit auprès du Rabbi et entra en ye’hidout ; le Rabbi lui dit : « On dit de toi que tu maîtrises les quatre parties du Choul’han Aroukh. » — « C’est une exagération », répondit-il avec modestie. Et le Rabbi de répliquer : « À cette table, on ne dit pas de paroles exagérées. » Une fois, il était assis en compagnie du Gaon Rabbi Yehouda Boutrachvili (Rabbi Yehouda de Koulachi), qui fut Rav de la communauté Habad de Moscou et, plus tard, Grand Rabbin des Juifs de Géorgie en Terre Sainte. Un couple se présenta devant lui avec une question : est-il permis de procéder à un pidyon haben sans brit ? Le Rav répondit : en aucun cas. Lorsqu’ils sortirent, le Rav Moché lui demanda pourquoi il avait tranché ainsi, puisqu’il s’agit de deux mitsvot indépendantes l’une de l’autre. « Ainsi ils feront aussi le brit », lui répondit Rabbi Yehouda, en homme connaissant l’âme du troupeau de son pâturage. Tout est selon ce que voient les yeux du sage.

Les questions émanant des Chlou’him sont nombreuses et variées ; je n’en apporterai que quelques exemples. Un Chalia’h actif dans l’une des universités m’interrogea au sujet d’un étudiant juif qui s’était engagé à mettre les téfilines chaque jour, mais qui n’observe pas encore le Chabbat. Un vendredi, l’étudiant lui téléphona : « Rabbi, je pars ce soir aux Pays-Bas pour dix jours ; dois-je emporter les téfilines, car là-bas je n’aurai aucun moyen de m’en procurer ? » Il est intéressant de noter que le ‘Hafets ‘Hayim traita de ce sujet dans un ouvrage qu’il composa pour les soldats juifs, intitulé ‘Ma’hané Israël’ ; mais il y est question de soldats contraints, de toute façon, de transporter avec eux des objets indispensables au titre du pikoua’h néfech, la question étant alors d’y adjoindre le transport des téfilines. Ici, en revanche, il s’agit d’un voyage constituant une profanation totale du Chabbat : comment dès lors pourrait-il transporter les téfilines ? J’ai tranché qu’il ne devait pas les emporter, afin qu’il ne perçoive aucune approbation ni aucun assentiment à son voyage du Chabbat, à D.ieu ne plaise. Mais sur le fond, il y aurait matière à débattre dans un sens comme dans l’autre.

Certaines questions, extrêmement complexes, se révèlent difficiles à trancher à partir de la littérature toranique. On me soumit le cas d’une jeune Juive ayant épousé un non-Juif chrétien, que D.ieu préserve, et dont naquit un fils ; elle voulait circoncire l’enfant, et le père y consentait à une seule condition : qu’à la fin du mois ils l’emmènent à l’église pour le baptiser, afin que « chaque partie reçoive le sien », faute de quoi ils ne feraient ni brit ni baptême. De même, à la période récente, de nombreux Juifs furent contraints de fuir l’Ukraine à cause de la guerre et d’errer dans diverses villes d’Europe ; je reçus la question de l’un des Rabbanim des communautés, qui devait loger quelques centaines de réfugiés sans disposer de place pour eux, alors qu’un local approprié se trouvait à proximité, avec un seul « petit » problème : ce local appartenait à une église.

Une question intéressante me parvint d’un Rav de communauté en France, qui œuvre selon une méthode de rapprochement originale. Il a coutume d’emmener des Juifs fins gourmets dans des restaurants cachères afin de leur démontrer qu’une nourriture cachère peut être des plus savoureuses. Lors de ces visites, ils commandent aussi des vins prestigieux, comme il est d’usage dans ces établissements ; or les fins palais ne boivent pas de vins cuits (mevouchal), qu’ils ne tiennent pas pour des vins de qualité suffisante, et ils commandent donc des vins non cuits. La coutume répandue, lorsqu’on boit du vin, est de trinquer les verres l’un contre l’autre ; mais ces Juifs profanent encore le Chabbat pour l’heure. Le Rav me demande donc : même si je veille à leur ouvrir la bouteille et à me servir d’abord du vin dans mon verre, lorsqu’ils trinqueront ils feront bouger mon vin ; pourrai-je le boire ensuite ? À cette question, j’ai tranché qu’il y a lieu d’être indulgent à l’égard d’un Juif, mais non à l’égard d’un non-Juif.

On pourrait dénombrer ainsi bien d’autres questions parmi celles qui affluent dans les lettres que je reçois, et notamment des interrogations plus courantes : faut-il inviter des personnes aux prières et aux repas du Chabbat et des fêtes lorsque cela risque d’entraîner une profanation du Chabbat ou de la fête ? Il faut toujours examiner les choses selon la voie de la Torah et chercher une solution dans la mesure du possible, celle-ci se trouvant parfois dans la « cinquième partie du Choul’han Aroukh » : la sagesse de la vie, qui permet de contourner les difficultés par des voies de douceur. Cela aussi fait partie du rôle d’un Rav et d’un dirigeant de communauté en Israël.

Un Siddour en trois volumes

L’œuvre monumentale du Rav Lévi Its’hak Raskin sur le Siddour de l’Admour Hazaken, l’auteur du Tanya, réunit plusieurs ouvrages. Le premier, ‘Guilyonei HaSiddour’, rassemble pour la première fois en un seul lieu les gloses et les commentaires des Admourim de Habad, au fil des générations, sur le noussa’h de la prière et les Piskei HaSiddour. Le second, ‘Iyounei HaSiddour’, comprend un immense recueil de sources et de comparaisons entre tous les noussa’ot de la prière, ainsi que des discussions sur chaque détail halakhique et grammatical ; l’auteur n’a pas laissé dans son livre une pierre qu’il n’ait retournée.

La troisième partie offre une vaste rubrique de compléments (milouïm), dans laquelle l’auteur élucide en profondeur, et de toute sa stature halakhique, quelque soixante sujets liés aux prières et aux Piskei HaSiddour : une discussion sur les dizaines d’explications de la littérature toranique concernant la mention, dans les prières, de demi-versets, contrairement à la règle voulant que « tout verset que Moché n’a pas séparé, nous ne le séparons pas » ; les lois et les moments de la récitation de la Tefilat HaDérekh ; la mitsva de tokha’ha envers celui qui n’observe pas la Torah et les mitsvot ; la manière de bénir le riz, et bien d’autres encore.

Pour les plus avertis, signalons qu’il y a plus de vingt ans parut une première édition de ce Siddour en un seul volume ; mais cette nouvelle parution présente un visage entièrement renouvelé et un enrichissement considérable, à l’image de l’ouvrage ‘Guilyonei HaSiddour’ évoqué plus haut, entièrement refondu, ainsi que des références et des sources pour de nombreuses prières absentes du Siddour de Rabbeinou Hazaken mais en usage parmi les ‘hassidim de Habad, une comparaison approfondie avec les anciens noussa’ot d’Achkenaz et de Sefarad, et des études comparatives portant sur les éditions anciennes du Siddour de Rabbeinou.

Perdu depuis 1881, un manuscrit du Rachbam, petit-fils de Rachi, resurgit des archives de Moscou

Perdu depuis 1881, un manuscrit du Rachbam, petit-fils de Rachi, resurgit des archives de Moscou

 

 

Un manuscrit rare du commentaire du Rachbam sur la Torah, considéré comme perdu depuis plus d’un siècle, vient d’être retrouvé dans les archives de la Bibliothèque d’État de Russie à Moscou. Égaré après avoir servi à la première édition imprimée de 1881, ce trésor avait disparu et était classé à tort comme un commentaire de Rachi. Sa redécouverte suscite une vive émotion parmi les Rabbanim et les Chlou’him de Russie.

 

 

 

Une découverte au cœur des archives de Moscou

C’est en travaillant sur la collection Gintsburg, conservée à la Bibliothèque d’État de Russie, que le chercheur Yisraël Doubitsky a réalisé cette découverte. Le manuscrit contient un commentaire sur la Torah de Rabbeinou Chemouel ben Meïr, connu sous le nom de Rachbam, petit-fils de Rachi et l’un des grands Richonim. Son commentaire est réputé pour son attachement au sens simple des versets, le pchat, ainsi qu’aux règles de la grammaire et de la syntaxe hébraïques.

Un manuscrit disparu depuis 1881

Référencé par les chercheurs sous le nom de Manuscrit n° 103 du Séminaire théologique juif de Breslau, ce document avait servi de base principale à la première édition imprimée du commentaire du Rachbam, en 1881. Après la parution de cette édition, le manuscrit s’était volatilisé et fut considéré pendant des décennies comme définitivement perdu.

Égaré puis dissimulé pendant de longues années

Selon les chercheurs, le manuscrit serait parvenu en territoire soviétique après la Seconde Guerre mondiale, avant d’être absorbé dans les archives. Pendant de nombreuses années, il fut catalogué par erreur comme un commentaire de Rachi, vraisemblablement parce que sa page de titre manquait et que le texte débutait au milieu du Sefer Berechit.

Un petit-fils de Rachi parmi les plus grands Tossafistes

Né aux environs de Troyes vers 1085, Rabbeinou Chemouel ben Meïr était le fils du Rav Meïr ben Chemouel et de Yo’heved, fille de Rachi. Frère aîné de Rabbeinou Tam et d’Its’hak ben Meïr, le Rivam, il compta parmi les plus grands Tossafistes de France et fut, à l’image de son grand-père maternel, à la fois commentateur de la Torah et talmudiste. Il étudia auprès de Rachi lui-même ainsi qu’auprès du Rav Its’hak ben Acher haLévi, le Riva. Réputé pour sa piété et sa modestie — la tradition rapporte qu’il marchait toujours les yeux baissés —, il gagnait sa vie en élevant du bétail et en cultivant la vigne, selon la tradition familiale, et n’hésitait pas à défendre la foi juive lors des disputes publiques organisées par le clergé.

Vers 1150, le Rachbam enseigna à Rouen, dans une Yechiva dont les vestiges furent mis au jour en 1976, et y côtoya vraisemblablement le grand savant espagnol Avraham Ibn Ezra. Aux alentours de 1160, il présida à Troyes un synode tenu dans le cadre des Takanot Choum, aux côtés de son frère Rabbeinou Tam et du Rav Eliézer ben Nathan, le Ra’avan ; plus de deux cent cinquante Rabbanim venus de toute la France y prirent part, et plusieurs décrets communautaires y furent promulgués.

Un commentaire fidèle au sens littéral du texte

À la différence de son grand-père, le Rachbam développa une méthode résolument tournée vers le sens littéral, le pchat, qu’il privilégiait à l’interprétation homilétique et traditionnelle. Cette approche le conduisit parfois à des positions audacieuses : ainsi, sur le premier chapitre du Sefer Berechit, il soutenait que le jour commence à l’aube et non au coucher du soleil de la veille. Le Rachbam rapporte lui-même avoir débattu de sa démarche avec Rachi, son grand-père reconnaissant qu’il aurait révisé ses propres commentaires s’il en avait eu le temps. Ses notes sur le texte biblique se distinguent par leur concision, et l’on conserve également des fragments de son commentaire sur le Talmud, notamment sur les traités Bava Batra et Pessa’him.

Un texte longtemps demeuré dans l’ombre

Plusieurs spécialistes estiment que c’est précisément l’audace de certaines de ses remarques — au sujet du moment où débute le jour — qui explique que son commentaire sur le Sefer Berechit soit demeuré absent durant des siècles et n’ait été pleinement retrouvé qu’à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui encore, toutes les éditions du Mikraot Guedolot ne reproduisent pas un Rachbam complet. À cette lumière, la réapparition du manuscrit de Moscou revêt une dimension d’autant plus saisissante.

Un trésor pour l’étude des Richonim

Cette découverte a suscité un vif intérêt parmi les Rabbanim et les Chlou’him de toute la Russie, où les institutions Habad œuvrent sous la direction du Grand Rabbin de Russie, le Rav Berel Lazar. Le manuscrit est considéré comme une trouvaille majeure pour l’étude du commentaire de la Torah au Moyen Âge et pour la transmission des écrits des Richonim.

L’émotion du Grand Rabbin Berel Lazar

En apprenant la nouvelle, le Rav Lazar a déclaré que « dans une génération comme la nôtre, nous voyons soudain se révéler une telle lumière, une lumière qui enrichit la compréhension de la Torah et nous donne la force de vivre avec elle, une Torah de vie et une Torah de lumière qui illumine notre existence ». « Lo alman Yisraël », Israël n’est pas abandonné, a-t-il ajouté. « D’En Haut, il nous est accordé une lumière particulière pour nous encourager et nous donner la force de poursuivre notre travail et de diffuser la Torah en tout lieu et auprès de chaque Juif. »

La réaction du Rav Barou’h Gorin

Le Rav Barou’h Gorin, président du Musée juif de Moscou et directeur de la maison d’édition Le’haïm, a qualifié cette découverte de révélation spectaculaire pour l’ensemble du peuple juif. « Nous suivons cela avec impatience et curiosité, dans l’attente d’examiner les trouvailles de près », a-t-il confié. « Chaque lettre issue des paroles de nos grands Richonim qui revient à la lumière est une source d’émotion ; nous attendons les détails complets du chercheur afin de mesurer l’ampleur du trésor qui nous est parvenu. »

La Torah n’est jamais oubliée du peuple juif

Dans les communautés juives de Russie, cette découverte est perçue comme un rappel puissant : la Torah n’est jamais oubliée du peuple juif. Même après des décennies passées à l’abri des regards, au fond des archives, les paroles des Richonim continuent de resurgir et d’éclairer le monde de la Torah.

Brunoy : Plus de 70 jeunes réunis pour un Chabbat Ahdout historique à la Yéchiva Tom’hei Temimim Loubavitch

Brunoy : Plus de 70 jeunes réunis pour un Chabbat Ahdout historique à la Yéchiva Tom’hei Temimim Loubavitch

 

Plus de 70 jeunes venus de toute la France se sont réunis à la Yéchiva Tomchei Tmimim Loubavitch de Brunoy pour un Chabbat Ahdout d’une intensité rare. Né il y a une dizaine d’années avec à peine quelques participants, ce rassemblement est aujourd’hui l’un des rendez-vous les plus attendus de la jeunesse juive francophone. Étude, chants, témoignages bouleversants et un billet pour le Rabbi tiré au sort : retour sur un week-end hors du commun.

 

 

 

C’est devenu au fil des années l’un des rendez-vous les plus attendus de la jeunesse juive francophone. Une nouvelle fois, la Yéchiva Tomchei Tmimim Loubavitch de Brunoy a accueilli son désormais traditionnel Chabbat Ahdout, réunissant cette année plus de 70 jeunes venus de toute la France pour vivre un Chabbat d’inspiration, d’étude, de joie et d’attachement à la Torah et à la Hassidout.

Un projet né dans la discrétion

L’histoire de ce projet est en elle-même remarquable. Il y a un peu plus de dix ans, les premiers Chabbats des jeunes rassemblaient difficilement deux à cinq participants. Il fallait alors redoubler d’efforts pour convaincre quelques-uns de venir découvrir l’atmosphère unique d’un Chabbat au sein de la Yéchiva.

Année après année, grâce à l’investissement des organisateurs, des Chlou’him, des Bahourim et au soutien constant de la Yéchiva, ce projet n’a cessé de grandir.

Une affluence sans précédent

Depuis environ cinq ans, l’événement connaît un développement spectaculaire. Cette année, l’engouement a atteint un niveau sans précédent : à peine 48 heures après l’ouverture des inscriptions, toutes les places disponibles étaient déjà réservées. Malgré les efforts déployés pour accueillir le plus grand nombre, près de 35 jeunes n’ont malheureusement pas pu être acceptés faute de places.

Les participants, âgés de 15 à 24 ans, avaient fait le déplacement depuis de nombreuses régions de France : Paris et l’Île-de-France bien sûr, mais également Strasbourg, Toulouse, Marseille et de nombreuses autres villes, témoignant du rayonnement national de cette initiative.

Ce développement remarquable s’inscrit dans le soutien constant apporté par la direction de la Yéchiva, avec le Rav Mendi Gourevitch, le Rav Its’hak Nemanov et le Roch Yéchiva, le Rav Yehiel Mena’hem Mendel Kalmenson, qui accompagnent et encouragent depuis de nombreuses années cette initiative devenue incontournable pour la jeunesse juive francophone.

Un accueil chaleureux à l’entrée du Chabbat

Dès leur arrivée vendredi après-midi, les participants furent chaleureusement accueillis autour d’une collation avant de découvrir les différents bâtiments de la Yéchiva. Ils purent ensuite se préparer à l’entrée du Chabbat par une immersion au Mikvé, avant de se réunir pour une grande photo de groupe qui immortalisa ce rassemblement exceptionnel.

Un Maamar récité en français

L’un des moments les plus marquants de cette veille de Chabbat fut sans doute le Seder Nigounim organisé autour d’un Maamar de Hassidout. De manière exceptionnelle, afin de permettre à chacun d’en saisir pleinement la profondeur, le Maamar fut récité en français et non en yiddish comme le veut habituellement l’usage. Dans une atmosphère particulièrement intense et émouvante, les jeunes purent ressentir la force des enseignements de la Hassidout d’une manière nouvelle et accessible.

Le Nigoun de Poltova

Comme chaque année, l’un des objectifs de ce Chabbat est également de transmettre un Nigoun hassidique aux participants. Cette année, le choix s’est porté sur le célèbre Nigoun de Poltova.

Tout au long du Chabbat, les jeunes l’ont appris, répété et chanté à maintes reprises. Très rapidement, ce Nigoun est devenu l’un des symboles du week-end, au point d’impressionner de nombreux Bahourim étrangers de la Yéchiva, étonnés de voir des jeunes qui ne sont pas issus de ce milieu reprendre ensemble chaque note avec une telle force et une telle conviction.

Le message porté par ce Nigoun est lui-même particulièrement saisissant. Il exprime la puissance de la Techouva ainsi que le lien indéfectible qui unit chaque âme juive à son Créateur, quelles que soient les circonstances ou la distance apparente qui pourrait exister.

Une Kabalat Chabbat débordante de joie

Cette préparation spirituelle laissa ensuite place à une Kabalat Chabbat d’une joie exceptionnelle. Les chants, l’enthousiasme et l’énergie communicative des participants donnèrent immédiatement le ton de ce Chabbat hors du commun.

Le repas de vendredi soir se prolongea durant plusieurs heures. Entre les Nigounim, les paroles inspirantes prononcées par les Chlou’him, les Rabbanim ainsi que plusieurs jeunes présents depuis de nombreuses années à ce rendez-vous, chacun put ressentir la chaleur particulière qui caractérise ce Chabbat.

Une table de plus de 150 convives

La présence des Bahourim français de la Yéchiva Guedola contribua largement à cette atmosphère unique. Ensemble, Bahourim et étudiants formaient une immense table de Chabbat regroupant plus de 150 personnes, offrant une image saisissante de l’unité de la jeunesse juive autour de la Torah et de la Hassidout.

Étude et Téfila du Chabbat matin

Le lendemain matin, malgré un programme particulièrement chargé, l’ensemble des jeunes se leva pour participer au Seder Hassidout. Certains étudièrent en binômes avec des Bahourim, tandis que d’autres assistèrent au cours dispensé par le Rav Berel Nemanov, membre de l’équipe rabbinique de la classe de Tiferet Mena’hem.

La Téfila de Chabbat se déroula ensuite dans une atmosphère particulièrement inspirante. À cette occasion, le Rav Nahum Pinson prononça une Dracha fondée sur une Si’ha du Rabbi. Les jeunes suivirent chaque mot avec une attention remarquable, dans un silence dont la profondeur était presque palpable.

Comme le veut désormais la tradition de ce Chabbat Ahdout, les montées à la Torah donnèrent lieu à des enchères originales où les participants s’engageaient non pas financièrement, mais à travers des Ahlatot Tovot concrètes pour l’année à venir.

La Séouda de Chabbat qui suivit se prolongea elle aussi durant plusieurs heures. Chants, danses, paroles de Torah et échanges inspirants se succédèrent dans une ambiance extraordinaire, réunissant jeunes participants et Bahourim autour d’une même table et d’un même idéal.

Le témoignage qui a marqué l’assemblée

L’un des moments les plus émouvants fut sans doute le témoignage d’un jeune ayant participé au Chabbat Ahdout l’année précédente.

Prenant la parole devant l’assemblée, il expliqua avec sincérité combien cette expérience avait profondément transformé sa vie quotidienne.

Il raconta qu’à la suite des enchères organisées lors du précédent Chabbat, il avait pris sur lui l’engagement d’étudier le ‘Hitat quotidien durant une année entière. Afin de l’encourager dans cette démarche, un abonnement annuel au Dvar Mal’hout lui avait alors été offert.

Avec émotion, il expliqua comment cette étude quotidienne avait progressivement pris une place centrale dans sa vie. Jour après jour, elle l’avait poussé à grandir davantage dans la Torah et les Mitsvot, à renforcer ses engagements et à développer son attachement au judaïsme.

Il confia qu’aujourd’hui, il se sentait totalement différent de celui qu’il était lors du précédent Chabbat Ahdout. Revenu cette année, il décrivit son sentiment d’être désormais « comme un poisson dans l’eau » parmi les Bahourim de la Yéchiva, alors qu’un an auparavant cet univers lui semblait encore très éloigné.

Une après-midi d’étude intense

L’après-midi fut elle aussi particulièrement riche.

Plus de 70 jeunes étudièrent ensemble, en binômes, une Si’ha du Rabbi de manière approfondie, avec les Maarei Mekomot et les références nécessaires à une étude sérieuse et structurée.

Durant plus d’une heure et demie, le Zal résonna d’un Kol Torah exceptionnel, une atmosphère d’étude intense que l’on ne retrouve généralement qu’au début de l’année, dans les grandes périodes de Zman.

Le Roch Yéchiva lui-même participa à cette étude collective impressionnante, observant des dizaines de binômes plongés dans les mêmes textes et animés par une même volonté de comprendre et d’approfondir les enseignements du Rabbi.

Le Farbrenguen du Rav Berel Lasri

Après la Téfila de Min’ha, les participants assistèrent au traditionnel Farbrenguen du Rav Berel Lasri. Depuis plusieurs années consécutives, celui-ci participe à ce Chabbat Ahdout et marque profondément les jeunes par ses paroles chaleureuses, ses histoires inspirantes et les engagements concrets qu’il suscite. Membre de l’équipe rabbinique de Tiferet Mena’hem, il sut une nouvelle fois entraîner l’assemblée dans un moment d’émotion intense et de réflexion personnelle.

Le Farbrenguen se poursuivit jusqu’à la sortie du Chabbat.

Une grande Havdala fut ensuite célébrée avant que chants et danses n’envahissent à nouveau les lieux, donnant à cette soirée d’après-Chabbat une atmosphère de joie particulièrement forte.

Un billet pour le Rabbi tiré au sort

Mais la surprise n’était pas terminée.

Tout au long du Chabbat, les jeunes qui arrivaient à l’heure aux différents Sedarim recevaient des tickets de tombola. Ceux-ci donnaient accès à un tirage au sort exceptionnel dont le gagnant remporterait un billet pour se rendre chez le Rabbi.

Ce cadeau exceptionnel fut offert par un ami de longue date de la Yéchiva et fidèle soutien de ses activités, Monsieur Dov Ayach.

Au moment du tirage au sort, la tension était à son comble. Lorsque le nom du gagnant fut annoncé, une explosion de joie envahit immédiatement la salle. Le jeune lauréat fut porté sur les épaules de ses camarades tandis que les chants et les danses redoublaient d’intensité, offrant une conclusion mémorable à un Chabbat déjà riche en émotions.

Les artisans de la réussite

La réussite de ce Chabbat Ahdout est également le fruit du travail de nombreux acteurs qui se sont investis pendant des semaines afin d’offrir aux participants une expérience inoubliable.

L’organisation a notamment été assurée par Matia Karalou, qui accompagne et développe ce projet depuis ses débuts il y a plus de dix ans, avec le concours précieux des Talmidé Hachlou’him Chnéor Dahan et Lévi Lashkar.

Les organisateurs tiennent également à souligner l’investissement remarquable des Bahourim de Chiour Aleph et de Chiour Beth de la Yéchiva Guedola, dont la participation active tout au long du Chabbat a largement contribué à l’atmosphère chaleureuse, à l’accueil des jeunes et à la réussite de l’événement.

À travers leur dévouement, c’est toute la Yéchiva qui s’est mobilisée pour faire de ce Chabbat Ahdout une expérience marquante pour chaque participant.

Une véritable institution

Plus qu’un simple week-end, ce Chabbat Ahdout est devenu au fil des années une véritable institution. Les témoignages des participants, l’engouement suscité dès l’ouverture des inscriptions et la croissance constante du projet démontrent l’impact considérable qu’il exerce sur la jeunesse juive francophone.

Alors qu’il y a une dizaine d’années quelques jeunes seulement franchissaient timidement les portes de la Yéchiva pour découvrir l’expérience d’un Chabbat hors du commun, ce sont aujourd’hui plus de 70 jeunes venus de toute la France qui s’y retrouvent chaque année pour vivre ensemble la chaleur de la Torah, de la Hassidout et de l’Ahavat Israël.

À voir l’enthousiasme des participants au moment de se quitter, une chose est certaine : tous attendent déjà avec impatience le prochain Chabbat Ahdout de la Yéchiva de Brunoy.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arrachés à des villages arabes, ils crient le Chéma au Kotel

Arrachés à des villages arabes, ils crient le Chéma au Kotel

 

Il y a quelques mois encore, ces garçons parlaient arabe et se réveillaient chaque matin au son du muezzin, ignorant qu’ils étaient juifs. Aujourd’hui, parés de leurs Téfilines, ils se tenaient devant les pierres du Kotel et lançaient d’une voix tremblante le « Chéma Israël ». Huit enfants, sauvés ces derniers mois avec leurs mères et leurs frères, ont célébré côte à côte leur Bar Mitsva sur le lieu d’où la sainteté ne s’est jamais retirée.

 

 

 

 

Huit garçons au pied du Mur

Ils se tenaient là, les uns à côté des autres, célébrant ensemble leur entrée dans le monde des Mitsvot. À première vue, un passant aurait pu les prendre pour des camarades de classe venus marquer ensemble un jour particulier. Mais la présence, à leurs côtés, de militants de l’organisation Yad L’Achim, occupés à les aider à ajuster leurs Téfilines, laissait deviner une histoire bien plus bouleversante.

L’un des jeunes célébrant sa Bar Mitsva est monté à la Torah, accompagné du Rav Eliézer Mena’hem Broida, qui a offert les huit paires de Téfilines, et du Rav Yoav Robinson.

Arrachés aux villages arabes

Ces enfants ont été soustraits ces derniers mois à des villages arabes par Yad L’Achim, en même temps que leurs mères et leurs frères. Depuis, ils sont entourés par des travailleurs sociaux et des équipes d’accompagnement désignées par l’organisation, afin de les aider à passer de l’environnement hostile dans lequel ils ont grandi au monde juif.

Peu de temps auparavant, ils avaient reçu un magnifique présent comprenant des Téfilines mehoudar et un Talith. La cérémonie émouvante qui s’est tenue la semaine dernière au Kotel était le fruit d’une collaboration entre Yad L’Achim et le Beth Habad de Netanya.

Il était difficile de croire que quelques mois plus tôt à peine, ces garçons parlaient arabe et se réveillaient au son du muezzin, sans savoir qu’ils étaient juifs. Et les voici désormais devant les pierres du Kotel, ceints de leurs Téfilines, criant de tout leur cœur le « Chéma Israël ».

La lecture de la Torah et les larmes des mères

Le sommet émotionnel de la cérémonie fut la lecture de la Torah. La grande affluence au Kotel permit d’organiser plusieurs lectures, afin que les huit garçons puissent tous recevoir une aliya. Aucun père n’était présent pour réciter la bérakha de Baroukh Chépatrani. À leur place se tenaient les mères, qui observaient depuis l’Ezrat Nachim et versaient des larmes de joie devant un spectacle qu’elles n’avaient jamais imaginé voir un jour.

Une pensée pour ceux qui restent

Un instant particulièrement poignant survint lorsqu’un des garçons demanda que l’on récite un Mi Chébérakh pour ses deux frères aînés, qui n’ont pas encore été sauvés.

Aux côtés des enfants se tenait le Rav Eliézer Mena’hem Broida, qui avait offert les huit paires de Téfilines.

Une visite et un repas de fête

Après l’office, les garçons et leurs mères ont rejoint les responsables de Yad L’Achim, le Rav Yoav Robinson et le Rav ‘Haïm Kahn, pour une visite particulière des tunnels du Kotel. Un repas festif marquant la Bar Mitsva des enfants sera organisé prochainement, a annoncé l’organisation.

Le témoignage d’une mère

« Jusqu’à présent, confia l’une des mères, je pensais que le moment le plus émouvant de ma vie avait été celui où le véhicule du sauvetage avait quitté le village pour s’élancer sur la route 6. Aujourd’hui, après cette Bar Mitsva au Kotel, je crois que ce moment-ci fut plus bouleversant encore. Ici, pour la première fois, j’ai senti que nous commencions véritablement une vie nouvelle. »

Les paroles du Rav Chemouel Lipshitz

Le Rav Chemouel Lipshitz, l’un des dirigeants de Yad L’Achim, déclara à l’issue de la cérémonie : « Des années de séparation d’avec la moindre étincelle de judaïsme, des années de souffrance et de douleur, se sont effacées devant la vue des visages purs de ces enfants célébrant leur Bar Mitsva. »

Évoquant le Mi Chébérakh bouleversant, il ajouta : « N’oublions pas tous ces autres enfants juifs, si nombreux, qui se réveillent encore chaque matin dans des villages hostiles, sans savoir qu’ils sont des fils perdus du peuple juif. Nous continuerons à tout entreprendre pour les sauver et les ramener vers leur Père céleste, vers leur peuple et vers leur terre. »

 

 

L’un des jeunes garçons célébrant sa Bar Mitsva s’avance vers la Torah accompagné du Rav Eliezer Menahem Broida, qui a fait don de huit paires de Tefilines, et du Rav Yoav Robinson.

 

Le Rav Eliezer Menahem Broida, qui a fait don des Tefilines, noue le shel yad de l’un des garçons.