Le ‘Hassid que le Rabbi Rachab surnommait « mon gendre »

Le ‘Hassid que le Rabbi Rachab surnommait « mon gendre »

 

Certaines amitiés se nouent dans le secret des nuits d’étude et se traduisent, des années plus tard, par un titre d’honneur. Celle qui unit R. Mordechai Dov Ber Slonim, petit-fils du Mittéler Rabbi, au jeune Rabbi Rachab appartient à cette catégorie rare. Elle vaudra à ce ‘Hassid de ‘Hévron d’être appelé « mon gendre » par celui qui deviendra le cinquième Rabbi de Loubavitch.

 

 

 

Il est des figures de l’histoire ‘hassidique dont le nom, sans être toujours au premier plan, porte à lui seul le poids de plusieurs générations. R. Mordechai Dov Ber Slonim en fait partie. Fils de la Rabbanite Menou’ha Ra’hel — elle-même fille du Mittéler Rabbi, deuxième Rabbi de Loubavitch — et de R. Yaakov Kouli Slonim, il naquit en 5600 et n’était encore qu’un enfant lorsque sa famille quitta Loubavitch pour la Terre Sainte.

Un héritier de la dynastie, enraciné à ‘Hévron

C’est sur le conseil du Tséma’h Tsédek que la Rabbanite Menou’ha Ra’hel avait entrepris, quelques années plus tôt, le long voyage vers Eretz Israël, s’installant à ‘Hévron où elle allait fonder la communauté Habad locale. La tradition rapporte qu’avant son départ, inquiète des pluies abondantes qui menaçaient la route, elle reçut du Tséma’h Tsédek cette réponse restée célèbre : qu’elle voyage donc « entre les gouttes ». C’est dans cette ville des Patriarches, à l’ombre du Caveau de Makhpéla, que grandit son fils Mordechai Dov Ber.

Devenu adulte, il s’imposa comme l’une des grandes figures de la communauté ‘hassidique de ‘Hévron. Il compta parmi les responsables du Kollel Habad, l’institution caritative qui soutenait les Juifs de Terre Sainte, et son autorité morale rayonnait bien au-delà du cercle familial. Un détail frappait tous ceux qui l’approchaient : sa ressemblance physique avec son grand-père, le Mittéler Rabbi, au point que son portrait, reproduit dans de nombreux ouvrages, est demeuré l’un des visages les plus reconnaissables de cette lignée. Malgré la distance qui le séparait de Loubavitch, il fit à plusieurs reprises le déplacement vers la cour du Rabbi, tissant un lien étroit avec le Rabbi Maharach puis avec son fils, le Rabbi Rachab.

29 Tamouz : Yortzaït du Rav Zeev Dov Slonim (1877-1928), petit-fils de la  Rabbanite Menou'ha Ra'hel - hassidout.org

Une arrivée à Loubavitch à deux heures du matin

Après des décennies passées en Terre Sainte, R. Mordechai Dov Ber prit un jour la décision de se rendre à Loubavitch pour y voir le Rabbi Maharach. Les deux hommes s’étaient côtoyés dans l’enfance et avaient partagé leurs jeux, mais c’est la force de son hitkachrout, cet attachement profond au Rabbi, qui le poussa à entreprendre le voyage. La décision fut prise soudainement, sans qu’il n’eût prévenu le Rabbi Maharach de sa venue.

Au terme d’un trajet éprouvant, il atteignit Loubavitch à deux heures du matin. Persuadé que le Rabbi veillait encore, il se dirigea sans attendre vers sa demeure et frappa à la porte. Celle-ci s’ouvrit sur le Rabbi Maharach en personne, qui l’accueillit chaleureusement d’un « Ah ! Chalom aleikhem, R. Moteh Ber ! ». Le visiteur, comprenant que le Rabbi l’avait reconnu au premier regard alors qu’il ne l’avait plus vu depuis près de quarante ans, ne put dissimuler sa stupéfaction. Le Rabbi Maharach devança sa question d’un trait d’esprit : qui d’autre que R. Moteh Ber viendrait tambouriner à sa porte à deux heures du matin ?

Les longues heures auprès du jeune Rabbi Rachab

Ce séjour à Loubavitch allait sceller une relation appelée à marquer les mémoires. À cette époque, le futur Rabbi Rachab n’était encore qu’un jeune homme, et il passait de longues heures en compagnie de R. Mordechai Dov Ber. Le ‘Hassid de ‘Hévron lui transmettait des enseignements de ‘Hassidout et surtout d’innombrables récits demeurés inconnus sur l’Admour Hazaken et le Mittéler Rabbi, qu’il tenait de sa mère, la Rabbanite Menou’ha Ra’hel, dépositaire vivante de la mémoire familiale.

La complicité entre les deux hommes était telle que, lorsqu’on cherchait le jeune Rabbi Rachab, on savait où le trouver : auprès de R. Mordechai Dov Ber. Un jour, le Rabbi Maharach, à la recherche de son fils, le découvrit précisément en sa compagnie. Il lâcha alors, sur le ton de la boutade, une expression yiddish imagée — « eidem oif kest » — que l’on pourrait rendre par « un gendre que l’on prend en pension », manière de désigner un ami si cher que l’on ne s’en sépare plus.

Une parole paternelle devenue titre d’honneur

Les mots de son père comptèrent tant aux yeux du Rabbi Rachab qu’il les fit siens pour la vie. Dans sa correspondance avec le ‘Hassid de ‘Hévron, il prit l’habitude de le désigner comme « mon gendre », et de nommer son fils, R. Schneür, « mon petit-fils ». L’anecdote qui éclaire cet usage fut rapportée bien plus tard par la Rabbanite Shterna Sarah, épouse du Rabbi Rachab, à R. Ezriel Zelig Slonim, petit-neveu de R. Mordechai Dov Ber.

Ce surnom, né d’une plaisanterie du Rabbi Maharach, disait en vérité l’estime immense que la cour de Loubavitch portait à ce descendant du Mittéler Rabbi.

R. Mordechai Dov Ber s’éteignit le 5 Tévet 5676, laissant le souvenir d’un homme qui avait su relier deux mondes : celui de la ‘Hévron ‘hassidique où reposait sa mère, et celui de Loubavitch où l’attendaient les Rabbis. Sa mémoire demeure attachée à ces nuits d’étude où un jeune homme destiné à guider tout un peuple recueillait, auprès de lui, les trésors cachés d’une dynastie.

Dans la transmission d’un récit de génération en génération se joue, pour le ‘Hassid, la présence continue du passé au cœur du présent — et la certitude que rien de ce qui a été confié ne se perd jamais devant D.ieu.

 

Anvers : la Yechiva Tom’hei Temimim inaugure son «Zman Elloul» devant une centaine d’adolescents

Anvers : la Yechiva Tom’hei Temimim inaugure son «Zman Elloul» devant une centaine d’adolescents

C’est dans une atmosphère empreinte de ferveur et d’émotion que la yechiva Tom’hei Temimim d’Anvers, en Belgique, a ouvert son « Zman Elloul », le semestre d’étude qui inaugure la nouvelle année. Devant près de cent Ba’hourim venus de toute l’Europe, la direction de l’institution a accueilli les plus jeunes Temimim faisant leur entrée en première année. La cérémonie a été rythmée par les allocutions des dirigeants et par une étude commune réunissant, dans une même ferveur, les pères et leurs fils.

 

 

 

La rentrée du mois d’Elloul revêt, dans le monde des Yechivot Loubavitch, une signification toute particulière : elle coïncide avec la période d’introspection qui précède les fêtes de Tichri et avec l’anniversaire de la fondation de Tom’hei Temimim, la yechiva instituée par le Rabbi Rachab. C’est dans cet esprit que l’établissement anversois a donné le coup d’envoi de son « Zman Elloul », un moment attendu autant par les élèves que par leurs familles.

Un accueil chaleureux pour les nouveaux Temimim

La direction de la yechiva a reçu avec chaleur les jeunes Temimim arrivés pour étudier en shiour aleph, aux côtés des élèves plus anciens des shiourim beth et guimel. Chacun a été invité à trouver sa place au sein d’une institution qui se veut à la fois exigeante et bienveillante, où l’accompagnement personnel occupe une place centrale.

Fondée il y a une dizaine d’années à l’initiative de Rav Mena’hem Mendel Tverdovitz, la yechiva Tom’hei Temimim d’Anvers s’est imposée comme une véritable pépinière pour les fils de Chlou’him disséminés à travers l’Europe. Comptant désormais près de cent Ba’hourim, elle offre à ces enfants de familles émissaires un cadre où grandir dans l’étude de la Torah et de la ‘Hassidout, loin parfois de leurs communautés d’origine, tout en préservant le lien vivant avec la mission de leurs parents.

Les paroles d’ouverture de Rav Chabtaï Slavaticki

La cérémonie d’inauguration s’est ouverte par des paroles de bénédiction et d’orientation prononcées par le président des institutions et Machpia général, Rav Chabtaï Slavaticki. Figure de premier plan de la vie ‘hassidique européenne, il a exhorté les jeunes gens à mesurer la portée du chemin qui s’ouvrait devant eux et à aborder ce Zman avec sérieux et enthousiasme.

Chalia’h en chef du Rabbi pour la Belgique depuis la fin des années soixante-dix, Rav Slavaticki est également un Machpia et un conférencier de renom, dont l’enseignement rayonne bien au-delà d’Anvers. Sa présence à l’ouverture du Zman a conféré à l’événement une dimension particulière, plaçant d’emblée les élèves dans la continuité d’une transmission ininterrompue.

La mission du Tamim à notre époque

Prenant la parole à son tour, le Roch Yechiva, Rav Mena’hem Mendel Tverdovitz, s’est adressé directement aux Temimim. Il leur a présenté le programme d’étude de l’année et s’est longuement arrêté sur ce que signifie être un Tamim à notre époque : non pas seulement un élève assidu, mais un jeune homme appelé à incarner, dans sa conduite quotidienne comme dans son étude, l’idéal fixé par les fondateurs de la yechiva.

Pères et fils autour de la Massekhet Pessa’him

Après ces paroles d’ouverture, les élèves se sont plongés dans l’étude en commun. Dans un même élan, pères et fils ont abordé avec émotion et une grande vitalité la Massekhet Pessa’him, le traité talmudique retenu cette année comme fil conducteur de l’étude à la yechiva. Cette séance inaugurale, où se mêlaient les générations penchées sur une même page de Guemara, a donné le ton d’une année placée sous le signe de la profondeur et de la joie de l’étude.

Un encadrement renforcé

Cette année, la yechiva a connu une croissance sensible et a étoffé son équipe pédagogique en s’adjoignant de nouveaux Ramim. L’objectif affiché est clair : offrir à chaque élève une attention personnelle et un accompagnement optimal, afin de lui permettre de développer pleinement l’ensemble de ses capacités. Ce renforcement de l’encadrement traduit la volonté de la direction de ne laisser aucun Tamim de côté et de faire de la réussite individuelle une priorité collective.

Le yiddish, « la langue du Rabbi »

Parmi les nouveautés de l’année figure une initiative qui a retenu l’attention : les élèves du shiour guimel étudient désormais la ‘Hassidout en yiddish. La direction de la yechiva a expliqué accorder une grande importance à l’apprentissage de cette langue, qu’elle désigne comme « dem rebbin’s shprach », la langue du Rabbi. Avec l’aide de D.ieu, cet enseignement doit permettre à l’ensemble des élèves de comprendre et de s’exprimer en yiddish, renouant ainsi avec un vecteur historique de la transmission ‘hassidique.

Ainsi s’est ouvert, à Anvers, un « Zman Elloul » placé sous le signe de la ferveur, de la transmission et de l’espérance — celle de voir grandir une nouvelle génération de Temimim, fidèles à l’idéal de leurs pères.

Cet article a été rédigé et enrichi à partir d’une dépêche en hébreu diffusée par les canaux d’information de la communauté Habad-Loubavitch, complétée par des éléments de contexte issus de sources communautaires publiques.

 

Au Sri Lanka, un nouveau Beth Habad pris pour cible par des émeutiers antisémites

Au Sri Lanka, un nouveau Beth Habad pris pour cible par des émeutiers antisémites

Un Beth Habad ouvert il y a à peine deux semaines dans la station balnéaire de Hiriketiya, au Sri Lanka, a été la cible d’attaques violentes et de harcèlement antisémite au cours de Chabbat. Les Chlou’him et un groupe de touristes israéliens se sont retrouvés bloqués à l’intérieur du bâtiment tandis que la situation dégénérait à l’extérieur. La police a finalement dû intervenir pour disperser les émeutiers.

 

 

 

Sur la côte sud du Sri Lanka, dans la petite ville balnéaire de Hiriketiya, ce qui devait être un havre de paix pour les voyageurs juifs s’est transformé en scène de tension et de peur. Le Beth Habad, inauguré tout récemment par le Rav Yossi Gabai, était rapidement devenu une destination prisée des touristes israéliens et juifs de passage dans cette île de l’océan Indien, réputée pour ses plages fréquentées par de nombreux Européens. En quelques jours à peine, il est devenu la cible d’une campagne d’incitation aussi soudaine que virulente.

Dès que la nouvelle de l’ouverture s’est répandue, des individus animés d’une hostilité assumée ont commencé à propager de fausses rumeurs sur le lieu, prétendant que le centre était illégal et que la présence de touristes israéliens ferait fuir les visiteurs internationaux. Sur les réseaux sociaux locaux, une vague de publications inflammatoires et de commentaires antisémites a rapidement enflé, accompagnée d’appels à examiner, voire à révoquer, les autorisations d’exploitation du site.

Une campagne organisée et financée

Les organisateurs ne se sont pas arrêtés aux réseaux sociaux. Selon plusieurs témoignages, des groupes de manifestants ont été acheminés sur place en tuk-tuks, mégaphones à la main, pour menacer les Israéliens ainsi que les employés locaux du Beth Habad. La protestation aurait été menée en partie par des moines bouddhistes, dans ce pays multiconfessionnel à majorité bouddhiste où cohabitent plusieurs communautés religieuses.

« La plupart des Sri Lankais ne sont pas hostiles aux Israéliens », a tenu à préciser le Rav Gabai auprès des médias israéliens. « Mais malheureusement, il y en a un certain nombre qui nous cherchent. » Le responsable du Beth Habad estime que les circonstances trahissent une mobilisation organisée et financée, possiblement liée à des tensions politiques internes au Sri Lanka.

Une soirée de Chabbat sous les projectiles

Le vendredi soir, alors que des dizaines de voyageurs israéliens et juifs se réunissaient au Beth Habad pour le repas de Chabbat, la situation a basculé. Un important rassemblement de manifestants locaux — environ deux cents personnes selon le Rav Gabai — s’est massé aux abords du bâtiment et a commencé à intimider ceux qui tentaient d’entrer. Une trentaine de convives, majoritairement israéliens, avaient pris place à la table du repas.

« Au début, ils ont cherché à effrayer les gens qui arrivaient et ont commencé à les menacer », a raconté le Rav Gabai. « Certains ont fait demi-tour, ne voulant pas entrer. Mais lorsqu’ils ont vu que nous ne cédions pas et que nous n’avions pas peur, ils ont commencé à lancer des pétards dans l’enceinte, puis des pierres qui ont brisé les fenêtres. » Des Israéliens en chemin vers le repas ont été arrêtés par les manifestants, sommés de rebrousser chemin, tandis que des pétards éclataient à proximité des invités pour les dissuader d’approcher.

Aucun blessé n’a été à déplorer, mais le responsable du lieu a décrit un épisode extrêmement effrayant. Avec des personnes à l’intérieur et des pierres traversant les vitres, le danger était bien réel pour l’ensemble des présents. La police, appelée sur les lieux, a fini par disperser les manifestants ce soir-là.

Une escalade à l’issue de Chabbat

Le répit fut de courte durée. À l’issue de Chabbat, le groupe est revenu en nombre encore plus important, menaçant à nouveau les personnes présentes et lançant des objets en direction du bâtiment, tout en poursuivant son incitation au mégaphone. Selon le Beth Habad, plusieurs Israéliens qui quittaient les lieux ont même été menacés à coups de bâton.

Le Rav Gabai rapporte également qu’une fausse plainte a été déposée contre lui auprès de la police locale, sur la base d’accusations mensongères relayées sur les réseaux sociaux. Il souligne par ailleurs que le gouvernement sri lankais actuel entretient des relations étroites avec Israël et se montre favorable à l’État hébreu, ce qui rend d’autant plus incompréhensible la passivité face à ces débordements.

Un appel pressant à l’intervention diplomatique

Face à la gravité de la situation, le Beth Habad de Hiriketiya lance un appel à l’aide en direction du ministère israélien des Affaires étrangères, de l’ambassade d’Israël et des autorités sri lankaises. « La clé, ici, se situe au niveau gouvernemental », insiste le Rav Gabai. « Nous supplions un haut responsable israélien de contacter d’urgence son homologue au sein du gouvernement et des forces de sécurité du Sri Lanka, afin que la police locale reçoive pour instruction d’assurer une protection permanente du Beth Habad, d’arrêter ceux qui financent et attisent ces manifestations, et de calmer la situation avant que cela ne finisse en tragédie. »

Le député israélien Avi Maoz a lui aussi pris la plume, adressant au ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar un courrier réclamant une intervention immédiate auprès des autorités sri lankaises. Mettant en garde contre une possible dégradation de la situation, il a exhorté la diplomatie israélienne à agir avant que quiconque ne soit blessé.

Dans sa lettre, Avi Maoz a rappelé le rôle déterminant que jouent les Chlou’him du Rabbi pour les voyageurs juifs à travers le monde, en particulier dans les pays dépourvus de présence israélienne permanente. « Les Chlou’him de Habad viennent concrètement en aide aux Israéliens et constituent pour eux une adresse centrale », a-t-il écrit, appelant le gouvernement israélien à tout mettre en œuvre pour protéger les émissaires et leur permettre de poursuivre leur mission en toute sécurité.

À l’heure où l’antisémitisme resurgit jusque dans des contrées éloignées de tout foyer de tension habituel, l’histoire de ce petit Beth Habad du bout du monde rappelle avec force la vulnérabilité — mais aussi la résilience — de ceux qui, envoyés par le Rabbi, portent la lumière juive là où nul ne les attendait.

Que D.ieu protège Ses envoyés, où qu’ils se trouvent, et hâte le jour où la lumière dissipera définitivement les ténèbres.

Cet article a été rédigé et adapté en français à partir d’une dépêche du reporter d’Anash.org, complétée par des informations recueillies auprès de Ynet, JNS, du Jerusalem Post et de Jewish News.

 

 

 

Allemagne : Le Rav Yehoshoua Rabinowitz nommé Roch Yechiva de la Yéchiva Loubavitch de Berlin

Allemagne : Le Rav Yehoshoua Rabinowitz nommé Roch Yechiva de la Yéchiva Loubavitch de Berlin

La Yechiva Habad de Berlin vient d’annoncer la nomination du Rav Yehoshoua Asher Rabinowitz à sa tête. Fort de longues années d’expérience au sein des Yechivot Loubavitch, il prendra la direction d’une institution en pleine expansion, au cœur de la capitale allemande. Il chapeautera également la Mekhina qui prépare les jeunes Ba’hourim à l’entrée en Yechiva.

 

 

 

À quelques jours de l’ouverture du Zman Elloul, période où des milliers de Tmimim reprennent le chemin des bancs de la Yechiva, la Yechiva Habad de Berlin s’apprête à écrire un nouveau chapitre. Ses responsables ont fait savoir cette semaine que le Rav Yehoshoua Asher Rabinowitz avait été désigné pour se tenir à la tête de cet établissement en pleine croissance. Une nomination qui vient couronner un parcours entièrement voué à la transmission de la Torah et à l’accompagnement de la jeunesse loubavitch.

Dans une ville qui fut jadis le centre de l’obscurité, la vitalité de la vie juive ne cesse de se renforcer. Le choix d’une figure expérimentée pour diriger la Yechiva témoigne de la maturité atteinte par les institutions du Rabbi dans la capitale allemande, portées depuis près de trois décennies par une dynamique ininterrompue.

Un choix mûri par des années d’enseignement

Le Rav Rabinowitz apporte à sa nouvelle fonction une riche expérience de l’enseignement et de la direction éducative. Durant onze années, il a occupé la charge de Maguid Chiour à la Yechiva Tom’hei Tmimim de Kiryat Gat, formant des générations de Ba’hourim à l’étude approfondie de la Guemara. Il a ensuite exercé pendant huit ans les fonctions de Machguia’h et de Machpia à la Yechiva Tom’hei Tmimim d’Anvers, en Belgique, où il accompagnait les élèves tant dans leur étude que dans leur développement spirituel.

Né le 15 Mena’hem Av 5742, le Rav Rabinowitz avait pris part, dans sa jeunesse, à l’année de la Kevoutsa à la Yechiva centrale de « 770 », avant de partir en Chli’hout dans une Yechiva du mouvement au Brésil, où il reçut la Semi’ha rabbinique. Gendre du Rav Its’hak Yehouda Yaroslavsky, l’une des figures rabbiniques reconnues de Kfar Habad, il s’était établi à Anvers, poursuivant récemment son activité comme référent en matière de Halakha. C’est donc un éducateur aguerri, rompu aux exigences du monde des Yechivot, qui rejoint aujourd’hui Berlin.

Une Yechiva en pleine croissance au cœur de Berlin

L’arrivée du Rav Rabinowitz s’accompagne d’un élan nouveau pour l’établissement. La campagne d’inscription à cette institution éducative de premier plan s’est élargie, portée par une équipe d’éducateurs et de guides expérimentés déjà en place. L’ouverture d’une Yechiva Habad à Berlin avait constitué, en son temps, un jalon historique : elle fut l’une des premières du mouvement en Europe occidentale, offrant à des jeunes issus de foyers éloignés de la tradition la possibilité de se plonger dans l’étude des textes sacrés.

Depuis, la présence juive à Berlin a connu une véritable renaissance. L’afflux d’immigrants de l’ex-Union soviétique et le travail de terrain mené par les Chlou’him ont fait passer la communauté de quelques dizaines de milliers d’âmes à une population bien plus nombreuse, créant une demande soutenue pour un enseignement juif authentique. La Yechiva incarne, à ce titre, l’aboutissement d’un patient labeur commencé il y a près de trente ans.

La Mekhina, tremplin pour les enfants des Chlou’him

Aux côtés de la Yechiva, le Rav Rabinowitz se tiendra également à la tête de la Mekhina de Habad Berlin, la structure préparatoire qui accueille de futurs élèves. On y trouve les fils des Chlou’him du Rabbi venus de toute l’Europe, aux côtés des enfants des familles proches de la communauté. Cette double mission place le nouveau responsable au carrefour de deux générations d’étudiants, celle qui se prépare et celle qui s’engage déjà pleinement dans l’étude.

« Nous accueillons le Rav Rabinowitz avec une chaleureuse bénédiction et lui souhaitons une grande réussite dans sa Chli’hout », a déclaré le rabbin de la ville de Berlin et Chalia’h du Rabbi, le Rav Yehouda Teichtal. Ces mots, prononcés par celui qui préside aux destinées de la vie juive dans la capitale allemande, soulignent l’importance attachée à cette nomination.

Un maillon d’un vaste réseau éducatif

La Yechiva et la Mekhina ne sont que deux éléments d’un ensemble bien plus large. Elles s’inscrivent dans le gigantesque réseau des institutions éducatives Habad de Berlin, qui comprend des jardins d’enfants, des crèches, des écoles pour garçons et pour filles, un lycée ainsi qu’un Kollel. Ce maillage éducatif, déployé sous la direction du Rav Teichtal, s’est notamment cristallisé autour d’un vaste campus juif inauguré ces dernières années, considéré comme l’un des plus importants centres d’éducation et de culture juives d’Europe.

Arrivé à Berlin en 1996 avec son épouse pour y fonder l’antenne locale de Habad, le Rav Teichtal a fait de la reconstruction de la vie juive dans l’ancienne capitale du IIIᵉ Reich l’œuvre de sa vie. La nomination d’un Roch Yechiva chevronné vient consolider cet édifice, en assurant, avec l’aide de D.ieu, la continuité de la transmission aux jeunes générations.

À Berlin, là où régnaient jadis les ténèbres, la lumière de la Torah ne cesse de grandir — « Moussif veholekh », toujours davantage, d’année en année.

 

 

 

Ce que les archives impériales russes révèlent sur le « Roi dans les champs »

Ce que les archives impériales russes révèlent sur le « Roi dans les champs »

 

Une découverte historique remarquable vient d’être mise au jour autour du célèbre machal du « Roi dans les champs », énoncé pour la première fois par l’Admour Hazakène durant le mois d’Elloul 5557 (1797). Les archives révèlent que ce ma’amar fut prononcé à peine trois mois après que le nouvel empereur de Russie, fraîchement couronné, eut parcouru cette même région pour aller à la rencontre des habitants de son royaume. Un parallèle saisissant entre la parabole hassidique et la réalité vécue par les Juifs de Liozna à cette époque.

 

 

 

Une découverte historique remarquable vient d’être mise au jour autour du célèbre machal (parabole) du « Roi dans les champs », énoncé pour la première fois par l’Admour Hazakène, Rabbi Chnéour Zalman de Liadi, lors du Chabbat Mevar’him du mois d’Elloul 5557 (1797). Il en ressort que ce ma’amar fut prononcé seulement trois mois après que le tout nouvel empereur de Russie, à peine couronné, eut entrepris une tournée à travers la région pour rencontrer des gens venus de tout son empire.

Cette découverte est l’œuvre du chercheur et historien ‘habadnik, le Rav Chraga Dovid Homnick, alors qu’il étudiait le contexte historique de l’époque de l’Admour Hazakène.

Un nouveau souverain soucieux de proximité

Catherine la Grande s’éteignit en novembre 1796, et son fils, Paul Ier, monta sur le trône. Paul souhaitait transformer l’image publique de la monarchie et se présenter comme un souverain plus accessible, personnellement attentif aux besoins des gens ordinaires.

À la suite de son couronnement à Moscou, en avril 1797, il entreprit un long périple à travers les provinces occidentales, traversant Smolensk, Orcha, Moguilev, Minsk et d’autres villes encore.

En s’appuyant sur les registres du Journal cérémoniel du Chambellan pour la période d’avril à juin 1797, un document officiel consignant au jour le jour les déplacements de la cour impériale russe, Anash.org a établi que, les 7 et 8 mai, Paul traversa Orcha, dans le district même où se trouvait Liozna et où l’Admour Hazakène vivait et enseignait alors.

Plus proche de Liozna qu’il n’y paraît

Un examen plus approfondi des archives montre que l’empereur passa bien plus près de Liozna qu’on ne pourrait le croire de prime abord.

Le voyage de Paul Ier vers Orcha, en mai 1797, le conduisit de Smolensk à Krasnoïé et Liady, puis le long de la route historique menant à Doubrovna et Orcha. D’après les cartes routières d’époque et les indices sur son itinéraire, la route reliant Liady à Doubrovna passait par Koziany, amenant le cortège impérial à une cinquantaine de kilomètres de Liozna, là où résidait l’Admour Hazakène.

S’il n’est pas possible d’établir que Paul traversa Liozna même, les données sur son parcours démontrent qu’il en approcha de façon remarquable.

Un roi qui sort dans les champs

Trois mois plus tard à peine, lors du Chabbat Mevar’him du mois d’Elloul 5557, l’Admour Hazakène prononça le célèbre ma’amar commençant par les mots « Ani Lédodi Védodi Li », introduisant le machal qui allait devenir peut-être le plus célèbre de toute la ‘Hassidout : celui d’un roi qui quitte son palais et sort dans les champs, où les gens du peuple peuvent l’approcher et lui présenter leurs requêtes.

Fait fascinant, les habitants de la région entourant Liozna venaient précisément de vivre, dans la réalité, l’expérience d’un roi fraîchement couronné parcourant la campagne et se rendant accessible aux gens ordinaires.

Une pétition remise directement à l’empereur

Un épisode documenté survenu durant le voyage de Paul s’est révélé plus proche encore de l’imagerie du machal. Ce récit, fondé sur des documents conservés aux Archives historiques nationales de Biélorussie, raconte comment, alors qu’il traversait le gouvernement de Minsk, Paul fit halte pour la nuit dans un village nommé Nacha.

Là, un grand nombre d’habitants se rassemblèrent et vinrent en personne à la rencontre de l’empereur, lui remettant directement une pétition. Le document d’archives les identifie comme des paysans de la région désireux de présenter une plainte touchant à des questions religieuses. Ils profitèrent de la présence du tsar pour tenter de lui remettre leur requête en main propre.

Le plus célèbre machal de toute la ‘Hassidout

Le machal de Mélè’h Bassadé, le Roi dans les champs, est sans doute le plus célèbre de toute la ‘Hassidout, et il est devenu l’un des enseignements centraux de la ‘Hassidout au sujet du mois d’Elloul.

Ce machal fut abordé par chacun des Rabbis de Loubavitch, et le Rabbi l’évoqua des dizaines de fois dans d’innombrables Si’hot et ma’amarim, en expliquant chaque détail et chaque mot. À plusieurs reprises, le Rabbi demanda également que ce machal et son message sur l’occasion unique que représente le mois d’Elloul soient largement diffusés, insistant tout particulièrement sur l’importance de le transmettre aux enfants.

« Un machal de la ‘Hassidout a disparu »

On raconte une vieille histoire au sujet du ‘Hassid Reb Dovid Horodoker.

Lorsque le tsar Nicolas II fut renversé lors de la Révolution russe de 1917, Reb Dovid se mit à pleurer. « Pourquoi pleures-tu la chute d’un tyran ? », lui demanda-t-on. « Je pleure, répondit-il, parce qu’un machal de la ‘Hassidout vient de disparaître. »

Il faisait allusion au machal du roi dans la ‘Hassidout, qui éclaire une dimension de notre relation avec Hachem difficile à saisir par toute autre image. Pour les ‘Hassidim vivant sous une monarchie, la notion de roi était tangible et concrète. Privée de cette réalité, la parabole deviendrait bien plus ardue à ressentir de la même manière.

Le Roi était bel et bien dans les champs

Cette découverte historique remarquable offre un nouvel éclairage sur la manière dont le machal enseigné par l’Admour Hazakène était, pour ceux qui l’entendirent, une image extrêmement proche de leur vécu. De fait, le Roi s’était trouvé, au sens le plus littéral, dans les champs quelques mois seulement auparavant, dans la région même qui entourait Liozna.

Un jeune ‘ha’ssid de Habad porté disparu dans le nord d’Israël : les recherches s’intensifient

Un jeune ‘ha’ssid de Habad porté disparu dans le nord d’Israël : les recherches s’intensifient

 

Depuis le lundi 10 août au soir, Katriel Na’hman Keinan, un Ba’hour de Habad-Loubavitch âgé de 24 ans, n’a plus donné aucun signe de vie après avoir été aperçu à Tibériade. Les forces de police israéliennes ainsi que des dizaines de volontaires issus des organisations de secours quadrillent sans relâche le nord du pays à sa recherche. L’organisation ZAKA a fait part de vives inquiétudes quant à son sort.

 

 

 

Les recherches se poursuivent dans le nord d’Eretz Israël pour retrouver Katriel Na’hman Keinan, un jeune Ba’hour de Habad de 24 ans originaire de Beth Chemech, disparu depuis le lundi 27 Menahem Av, soit le 10 août 2026. Près d’une semaine après sa disparition, les équipes de secours n’ont toujours pas retrouvé sa trace, et l’anxiété grandit au sein de sa famille comme au sein de la communauté Habad-Loubavitch, en Israël et à travers le monde.

Selon les informations diffusées par la police, le jeune homme a été vu pour la dernière fois avec certitude aux alentours de 18 heures, dans le secteur de la plage de Gaï, sur les rives du lac de Tibériade. Il se dirigeait, selon toute vraisemblance, vers la ville de Tsfat. Depuis cet instant, ses traces se sont totalement évanouies.

Les dernières traces au bord du Kinneret

Katriel Na’hman Keinan a été aperçu pour la dernière fois en fin d’après-midi à proximité immédiate de la plage de Gaï, un site situé sur la rive du lac de Tibériade, alors qu’il projetait de rejoindre Tsfat. Les investigations se concentrent depuis lors sur Tibériade et les différentes localités du nord de l’État hébreu, sans qu’aucun élément n’ait permis, à ce jour, de reconstituer son itinéraire après son départ de la zone.

La police a diffusé un signalement précis afin de faciliter son identification. Le jeune homme mesure environ 1,74 mètre, il a les cheveux noirs, porte une barbe noire et a les yeux marron ; il est également porteur de lunettes de vue. Au moment de sa disparition, il était vêtu d’une chemise blanche, d’un costume noir et coiffé d’un chapeau, portant sur lui un sac à dos noir ainsi qu’une trousse à Tefilines de couleur marron foncé. Un détail distinctif a également été communiqué : il arbore une épinglette jaune au drapeau de Machia’h, symbole familier de la ‘hassidout Habad.

Une mobilisation de grande ampleur des secours

Face à cette disparition inquiétante, un vaste dispositif de recherche s’est mis en place dans les heures qui ont suivi. Des volontaires des organisations Yedidim, ZAKA, YAKAL, ainsi que d’autres corps de secours, se sont joints à l’effort collectif, travaillant main dans la main avec les autorités policières et les membres de la famille du disparu. L’organisation ZAKA a, pour sa part, exprimé de sérieuses craintes pour la vie du jeune homme.

Les recherches se sont poursuivies tout au long de Chabbat, guidées par diverses indications et pistes potentielles relevées dans la région. Toutefois, à la sortie de Chabbat, aucune information nouvelle et confirmée concernant l’endroit où pourrait se trouver Katriel Na’hman Keinan n’avait été rapportée. Les équipes, épuisées mais déterminées, ont repris leurs opérations avec la même intensité, s’appuyant notamment sur les moyens humains considérables mobilisés au fil des jours.

Le « triangle des Bermudes israélien »

La disparition survient sur fond d’une sensibilité particulière liée à cette région. La zone comprise entre Tsfat et Méron a en effet été surnommée par le passé le « triangle des Bermudes israélien », en raison d’une série de disparitions qui s’y sont produites au fil des années. Les enquêteurs ont néanmoins souligné, par le passé, qu’aucun dénominateur commun n’avait jamais été établi entre ces différents cas.

La configuration du terrain complique par ailleurs considérablement les opérations. Le relief montagneux, la densité des forêts et la rareté des caméras de surveillance dans ce secteur rendent parfois les recherches particulièrement ardues, obligeant les secouristes à ratisser méthodiquement de vastes étendues difficiles d’accès.

Un appel pressant à la solidarité du public

Plongés dans une profonde détresse, les proches et les membres de la famille de Katriel Na’hman Keinan implorent le public de rester vigilant et de diffuser largement sa photographie. Ils insistent sur le fait que le moindre indice, aussi anodin puisse-t-il paraître, pourrait s’avérer déterminant dans les efforts déployés pour le localiser. Chaque témoignage compte, qu’il s’agisse d’une personne l’ayant croisé, lui ayant parlé, ou détenant une quelconque information.

Toute personne disposant de renseignements sur le lieu où pourrait se trouver le jeune homme est priée de contacter en urgence le poste de police de Beth Chemech au 02-9902384, ou le centre d’appel 100 de la police israélienne. Il est également possible de transmettre des informations à l’unité des personnes disparues au 050-8999884, ainsi qu’au poste de commandement mis en place par la famille, joignable aux numéros 050-2323201 et 052-2770559.

Puisse le Maître du monde éclairer le chemin des sauveteurs et ramener rapidement Katriel Na’hman ben… sain et sauf auprès des siens.

Article rédigé à partir d’une dépêche du média communautaire Anash.org, enrichi et vérifié grâce à de nombreuses sources israéliennes (COL – ‘Habad Online, Kikar Hashabbat, Chabad Info, Arutz Sheva, Ynet, JDN, Behadrei Haredim, ‘Haredim 10) ainsi qu’aux communiqués officiels du porte-parole de la police israélienne. Crédit photo du disparu : porte-parole de la police israélienne.

 

Étroguim de Calabre : la rencontre de deux gardiens d’une tradition millénaire

Étroguim de Calabre : la rencontre de deux gardiens d’une tradition millénaire

C’est au cœur de la Calabre, terre bénie des étroguim depuis des siècles, que se joue chaque été un rendez-vous aussi discret qu’essentiel. Rav Reuven Matusof, Chalia’h du Rabbi à la Lichka, y a retrouvé Rav Moché Lazar de Milan, 92 ans, gardien vigilant des vergers depuis près de soixante ans. Une rencontre qui incarne la transmission ininterrompue d’un savoir-faire minutieux, veillant à la cachrout du fruit le plus scruté de l’année.

 

 

Loin de l’agitation des grandes villes, sur la bande côtière que les Italiens appellent la Riviera dei Cedri, les citronniers ploient sous des fruits d’un jaune profond. C’est ici, sur une quarantaine de kilomètres le long du littoral calabrais, que pousse le cedro Diamante, ce cédrat lisse recherché dans le monde entier pour la mitsva des quatre espèces. Et c’est ici que Rav Reuven Matusof s’est rendu pour la récolte, comme il le fait fidèlement depuis quatre décennies.

Une visite au cœur de la récolte

La venue de Rav Matusof n’a rien d’une simple inspection administrative. Chaque fruit destiné aux communautés Habad du monde entier doit répondre à des exigences d’une extrême rigueur, et cette exigence commence dans le verger lui-même, arbre après arbre. Sur place, Rav Matusof a retrouvé Rav Moché Lazar, figure incontournable de la production des étroguim de Calabre, qu’il connaît de longue date et dont l’autorité fait référence parmi les Loubavitch.

Pendant de nombreuses années, les deux hommes ont parcouru ensemble les rangées de cédratiers, s’arrêtant sur les fruits mûrs, échangeant sur l’état de la récolte et sur les critères qui feront qu’un cédrat sera retenu — ou écarté. La scène résume à elle seule l’esprit qui préside à cette filière : une attention portée au moindre détail, transmise d’une génération de superviseurs à la suivante.

Soixante ans de vigilance pour les étroguim « Altein »

Rav Moché Lazar, installé de longue date à Milan, veille sur les vergers de Calabre depuis le milieu des années 1960. Six décennies durant lesquelles il a arpenté ces terres chaque été, garantissant que les cédratiers ne soient pas greffés — condition absolue de la cachrout du fruit — et que chaque étrog corresponde aux normes les plus strictes. C’est sous sa surveillance que sont produits les étroguim dits « Altein », dont la réputation s’est bâtie précisément sur cette continuité et cette fiabilité.

Cette longévité n’est pas anodine. Elle assure une mémoire vivante des vergers : quels arbres sont sains, quelle parcelle a donné les plus beaux fruits, quelle exploitation mérite confiance. En restant fidèle au poste année après année, Rav Moché Lazar a fait de sa présence une garantie en soi pour tous ceux qui recherchent un étrog irréprochable.

Quarante ans d’expertise au service du Rabbi

De son côté, Rav Reuven Matusof consacre depuis une quarantaine d’années son énergie aux étroguim de Calabre. Il fait le lien entre les vergers italiens et les communautés qui attendront, à l’approche de Souccot, de recevoir des fruits d’une qualité irréprochable. Son expertise est telle qu’il est régulièrement invité à donner des conférences pour expliquer, dans le détail, tout ce qu’il faut savoir sur le choix d’un étrog.

Dans la démarche de Rav Matusof, il y a bien plus qu’une compétence technique : il y a la conscience d’accomplir une Chli’hout, une mission confiée par le Rabbi. Chaque déplacement en Calabre s’inscrit dans cette fidélité, celle d’un émissaire qui prolonge sur le terrain la volonté du Rabbi de doter les ‘Hassidim des plus beaux étroguim.

La Calabre, terre d’élection depuis l’Admour Hazakène

L’attachement de Habad à la Calabre ne date pas d’hier : il plonge ses racines jusque dans le désert du Sinaï. L’Admour Hazakène, Rabbi Chnéour Zalman de Liadi, fondateur de la ‘Hassidout Habad, enseignait ainsi que lorsque D.ieu ordonna à Moché Rabénou de prendre un étrog à Soukkot, le peuple juif se trouvait au désert, là où nul étrog ne poussait ; Moché Rabénou dépêcha alors des messagers, par le biais des Nuées de Gloire, pour aller récolter des étroguim en Calabre. Cet enseignement, rapporté par le Rabbi, est consigné dans les Iguerot Kodech (vol. 13, p. 110, repris dans le Choul’hane Menahem, vol. 3, p. 225‑226), ainsi que dans le Sefer HaSi’hot 5691 (p. 141), le Sefer HaSi’hot 5710 (p. 380) et le Sefer Haminhaguim‑Habad (p. 65).

Depuis, chaque Rabbi a maintenu cette prédilection, au point que, pour les ‘Hassidim Loubavitch du monde entier, l’étrog de Calabre demeure le seul choix envisageable.

Après la Seconde Guerre mondiale, alors que des inquiétudes surgissaient quant aux pratiques de greffage chez certains cultivateurs, le Rabbi a exigé qu’une supervision rabbinique permanente soit mise en place, avec la présence constante de deux superviseurs sur le terrain. C’est dans ce cadre que se sont succédé les grands noms de la surveillance des vergers calabrais, jusqu’à Rav Moché Lazar aujourd’hui.

Un fruit sous très haute surveillance

Ce qui se joue dans ces vergers tient à quelques règles intransigeantes. L’étrog doit provenir d’un arbre non greffé, sans quoi il est disqualifié. Il doit également atteindre une taille minimale, présenter une teinte jaune caractéristique, conserver une peau intacte et ferme, et préserver son pittam, cette petite protubérance au sommet du fruit dont l’intégrité est particulièrement recherchée.

Le micro-climat de la région — la rencontre de l’air chaud venu de la mer et de l’air froid descendu des montagnes, sur une terre meuble adaptée aux racines délicates du cédratier — crée les conditions idéales pour cette culture exigeante. Mais aucun climat ne remplace l’œil humain : c’est l’examen fruit par fruit, qui transforme une simple récolte en une garantie de cachrout. 

Le prince oublié de Loubavitch : vie du Rav Mena’hem Mendel, fils du Rabbi Maharach

Le prince oublié de Loubavitch : vie du Rav Mena’hem Mendel, fils du Rabbi Maharach

 

Troisième fils du Rabbi Maharach et frère cadet du Rabbi Rachab, le Rav Mena’hem Mendel Schneersohn portait le nom de son arrière-grand-père, le Tséma’h Tsédek, et sa ressemblance avec son père était telle que les ‘Hassidim le regardaient comme le portrait vivant de leur maître. Prodige de Torah qui rédigea à treize ans une missive araméenne devenue légendaire, il fut aussi un homme d’affaires, un défenseur discret mais tenace de la Yéchiva Tom’hei Temimim et le tout premier à traduire un chapitre du Tanya dans une langue étrangère. Sa vie, marquée par deux mariages brisés par le destin, une ruine financière et un exil solitaire à Paris où le deuil l’attendait, est celle d’un érudit d’une immense noblesse demeuré dans l’ombre de ses illustres frères.

 

 

 

Adapté de la biographie éditée par le Rav Yossef Itshak Mellul « Toldot Menahem Mendel »

 

 

Un fils né dans le deuil

Le Rav Mena’hem Mendel vit le jour à Loubavitch, chez son père le Rabbi Maharach, le vendredi 6 Adar 5627 (1867). Il naquit durant l’année de deuil qui suivit la disparition de son grand-père, le Tséma’h Tsédek, et reçut le nom sacré de ce dernier. Ses documents officiels indiqueront plus tard, non sans divergence, l’année 5626 (1866) ; l’année 5627 étant embolismique, on n’a jamais pu établir avec certitude s’il naquit durant le premier ou le second Adar.

Une Si’ha du Rabbi Rayats évoque l’enfant entrant dans la Souka, tout jeune encore, aux côtés de ses frères le Raza et le Rav Mena’hem Mendel et de ses sœurs, tandis que le Rabbi Maharach rappelait qu’il s’écoulait alors cent ans depuis la première rencontre, à l’état de veille, de l’Admour Hazakène avec le Baal Chem Tov. Le récit soulève, il est vrai, plusieurs difficultés de datation que les chroniqueurs ‘hassidiques n’ont pas manqué de relever.

Dès sa plus tendre enfance, l’enfant fut associé à la lignée dont il portait le nom. Le Rabbi Maharach lui confia un jour ce prodige : le Tséma’h Tsédek lui était apparu, à lui-même enfant, alors qu’il étudiait la ‘Hassidout, et l’Admour Haémtsahi, le Rabbi intermédiaire, s’était joint à eux. Interrogé sur ses propres rêves, le petit Mena’hem Mendel avait décrit trois hommes assis autour de lui, coiffés de chtreimlekh ; son père lui révéla qu’il s’agissait de l’Admour Hazakène, de l’Admour Haémtsahi et du Tséma’h Tsédek. « Ainsi, conclut le Rabbi Maharach, moi j’ai connu mon grand-père, et toi, souviens-toi de ce qui advint cette nuit-là sur ta couche. »

Une autre scène de cette enfance est demeurée célèbre. Interrogeant son père, tout jeune, sur la présence divine, « Où est D.ieu ? », il reçut cette réponse : « Toute la terre est emplie de Sa gloire. » Et le mot, dit la tradition, pénétra en lui.

L’enfance à Loubavitch

Le foyer où grandit l’enfant connut l’épreuve du feu. À la fin du mois de Mena’hem Av 5628 (1868), un incendie ravagea la cour du Rabbi Maharach ; la grand-mère, la Rabbanit Rivka, et les enfants durent se réfugier dans une grande demeure qu’un notable de la ville mit à leur disposition, tandis que le Rabbi Maharach faisait parvenir de loin les plans détaillés d’une nouvelle maison à bâtir en moins de deux mois. On sait par ailleurs que le Rabbi Maharach était fort riche et qu’il avait placé un serviteur auprès de chacun de ses fils.

Un autre jour de Kippour, le tonnerre gronda sur Loubavitch au cœur de la prière et le feu prit à plusieurs maisons. L’effroi saisit l’assemblée et beaucoup se précipitèrent au-dehors ; seul le jeune Mena’hem Mendel sortit parmi les fils du Rabbi Maharach, ses frères le Raza et le futur Rabbi Rachab demeurant à leur place, tandis que l’officiant, absorbé dans sa ferveur, poursuivait sans même percevoir le tumulte.

En 5633 (1873), à un âge singulièrement précoce, Mena’hem Mendel et son frère Avraham Sender furent inscrits parmi les membres de la société de bienfaisance « Malbich Aroumim » de Loubavitch, comme l’atteste le registre de la confrérie, où l’on relève la signature du Raza en qualité de premier arbitre. À la même époque, l’enfant prit part au Séder de Pessa’h chez son père : le Rabbi Maharach récitait le Ma Nichtana avec le fils qui posait les questions, tenait à ce que chacun dise la Haggada à voix haute, et envoyait cinq de ses fils et gendres ouvrir les cinq portes de sa demeure au moment de « Chefokh ‘hamatekha ».

Vers 5635 (1875), alors que Mena’hem Mendel n’avait que sept ans, le Rabbi Maharach, éprouvé par la maladie, rédigea un testament. Ce document, mal conservé et lacunaire, laisse encore transparaître la sollicitude du père : il y demande à ses aînés, le Raza et le futur Rabbi Rachab, de veiller sur leur petit frère, y règle le partage de ses livres et y prévoit ce qu’il faudra pour le mariage du cadet, souhaitant, si sa mère y consent, une alliance au sein de la famille.

L’affection du Rabbi Maharach pour son benjamin était manifeste. Louant un jour ses fils hors de leur présence, il dit du Raza qu’il avait « une tête forte », capable de penser deux pensées à la fois, et du futur Rabbi Rachab qu’il avait « une bonne tête », qui voyait vingt ans à l’avance ; puis il ajouta : « Mais j’ai aussi un mézinik », un benjamin, sans achever sa phrase. La tradition rappelle à ce sujet le verset de Yossef, « car il était pour lui le fils de sa vieillesse », que Rachi explique par la ressemblance des traits, et l’on savait que, de tous ses frères, c’était Mena’hem Mendel qui ressemblait le plus à son père.

La Bar-Mitsva et le Massa haHitkachrout

Le 6 Adar 5640 (1880), Mena’hem Mendel célébra sa Bar-Mitsva. Au repas, il prononça un Maamar commençant par les mots « Naassé adam… betsalménou kidmouténou » ; ce discours nous est parvenu de la main même du Rabbi Maharach, qui en avait d’abord esquissé une autre ouverture, biffée puis remplacée. Ce même jour, le Rabbi Maharach dit deux Maamarim commençant par « Ben porat Yossef », dont on conserve les mises par écrit du futur Rabbi Rachab.

Mais c’est un autre texte, écrit cette année-là par le jeune homme de treize ans, qui a traversé les générations : le Massa haHitkachrout, « la missive de l’attachement ». Il s’agit d’une lettre en langue araméenne adressée à son père le Rabbi Maharach, tout entière composée de vers ciselés, d’assonances et d’acrostiches, où le nom du destinataire puis celui de l’auteur se déploient lettre après lettre, et où l’alphabet tout entier est décliné en rimes. Les érudits qui l’ont étudiée s’émerveillent d’une telle maîtrise, d’une telle profondeur d’allusions et d’un tel élan de nostalgie mystique chez un enfant de cet âge. Publiée pour la première fois en 5729 (1969) dans le Séfer haToldot du Rabbi Maharach, puis à nouveau, dans une version légèrement différente, à l’approche du 11 Nissan 5768 (2008), la missive circula sans doute longtemps parmi les anciens ‘Hassidim qui la recopiaient les uns des autres, d’où les variantes du texte.

De cette même enfance studieuse, on retient encore que le Rabbi Maharach, expert et artisan de l’écriture des Sifré Torah, des Mezouzot et des Meguilot, remit à chacun de ses fils une Meguila de sa propre main. Et l’on rapporte que, dès l’âge de quinze ans, lorsqu’il fut assez fort pour tenir le Séfer Torah, le jeune Mena’hem Mendel fut chargé par son père d’aller ouvrir l’arche sainte à Loubavitch. Une autre fois, appelé à la Haftara, il commença à lire, puis fondit en larmes au milieu de sa lecture, incapable de poursuivre, et un autre dut achever à sa place.

Le premier mariage et l’alliance avec la maison du ‘Hatam Sofer

Pour son premier mariage, le Rav Mena’hem Mendel s’unit à  Sarah Kornitzer, fille du Rav Akiva Kornitzer et petite-fille du Rav Chimon Sofer, auteur du Mikhtav Sofer et fils du ‘Hatam Sofer. Les tractations débutèrent au début de l’été 5641 (1881).

Cet été-là, le Rabbi Maharach, sur les conseils d’un médecin, se rendit aux eaux de Marienbad, tandis que son secrétaire prenait la route de Cracovie pour y rencontrer la famille de la fiancée. Le Rabbi Maharach y rencontra le grand-père de la fiancée, le Rav Chimon Sofer, et l’on débattit entre autres de la cacherout du Mikvé local. Une correspondance halakhique s’ensuivit, à laquelle prit part le père de la fiancée, le Rav Akiva Kornitzer, lettré d’une grande finesse dont les responsa témoignent de l’érudition. L’accord de mariage fut conclu peu après.

Des milliers d’invités et le mot du ‘Hassid

Le mariage fut fixé au 14 Sivan 5642 (1882) à Loubavitch. Les jours qui le précédèrent, le jeune marié acheva l’étude par cœur des six ordres de la Michna, et l’on célébra ce Siyoum par un repas spécial. Plusieurs milliers de personnes affluèrent à Loubavitch pour ces noces ; la salle était si comble que l’on se pressait à cinquante autour de chaque table, et certains s’attachaient aux poutres du toit pour ne pas être écrasés. Un ‘Hassid, dissimulé sous la table même du Rabbi Maharach pour entendre le Maamar, fut découvert et invité à se placer aux côtés du maître.

C’est de cette union qu’est resté le mot fameux du ‘Hassid Chemouel Ber de Borissov. Le grand-père de la fiancée, le Rav Chimon Sofer, tardant à paraître, le Rabbi Maharach refusait de sortir au dais nuptial avant son arrivée. Deux heures durant, deux mille ‘Hassidim attendirent un seul rabbin. On pria alors Chemouel Ber d’entrer auprès du Rabbi Maharach, et celui-ci, jouant sur la notion kabbalistique de « Tsaddik Elyon » et de « Tsaddik Tahton », plaida : le Tséma’h Tsédek fut le Tsaddik Elyon et le ‘Hatam Sofer le Tsaddik Tahton ; dès lors qu’est présent le Tsaddik Elyon, pourquoi attendre la venue du Tsaddik Tahton ? Le Rabbi Maharach lui répondit avec un sourire : « Je sais que tu es un homme de belle langue. »

Le Rabbi Maharach prononça à ces noces plusieurs Maamarim, dont l’un s’ouvrait sur « Kol hanéhené miséoudat ‘hatan ». Le Farbrenguen se prolongea toute la nuit, et le jour se levait déjà lorsque l’assemblée quitta la salle. Aux nombreux bouffons de mariage présents, le Rabbi Maharach demanda de dire chacun leur mot et les paya ; à l’un d’eux, qui n’avait rien dit encore et à qui il demanda quelque chose de « court et bon », le badin répondit simplement : « Rabbi, donnez de l’argent ! » — ce dont le Rabbi Maharach rit longuement avant de le récompenser.

Cette première union, cependant, ne fut pas heureuse et se dénoua. Les registres matrimoniaux de Cracovie de l’année 1884 mentionnent le remariage de Sarah Kornitzer.

La disparition du Rabbi Maharach

Quelques semaines après ces noces, le Rabbi Maharach tomba malade, et son état s’aggrava au fil des mois. Le 13 Tichri 5643 (1882), il quitta ce monde. Assis sur son fauteuil, il avait, vingt-cinq minutes plus tôt, détaché sa montre, arrêté ses aiguilles à minuit moins neuf et immobilisé le mécanisme ; puis il avait fait appeler ses fils l’un après l’autre pour leur confier ses dernières volontés. Le Raza entra le premier, puis le futur Rabbi Rachab, qui pleura beaucoup, et enfin le Rav Mena’hem Mendel — après quoi le Rabbi Maharach s’éteignit.

Durant l’année de deuil, trois offices se tenaient à Loubavitch : le futur Rabbi Rachab priait dans la chambre de son père, le Raza et le Rav Mena’hem Mendel officiaient chacun dans une salle de la maison d’étude, ces deux derniers étant lecteurs de la Torah. Le Chabbat Lekh Lekha 5643, veille du « chelochim » du Rabbi Maharach, une assemblée tenta en vain d’amener l’un des fils à accepter la direction spirituelle ; c’est au Rabbi Rachab, quelques années plus tard, qu’elle échut.

L’entrée dans les affaires

Après la disparition de leur père, le Raza et le Rav Mena’hem Mendel se tournèrent vers le négoce afin de subvenir aux besoins de toute la famille. La réussite ne leur sourit guère. Les souvenirs d’enfance du Rabbi Rayats gardent la trace d’un épisode poignant : ayant surpris ses parents en larmes, l’enfant apprit de sa mère que son grand-père le Rabbi Maharach avait ordonné que ses fils, le Raza et le Rav Mena’hem Mendel, ne fassent aucun commerce mais demeurent à l’étude ; qu’ils s’y étaient tenus environ deux ans ; et qu’ayant enfin entrepris d’acheter une grande forêt, ils avaient contrevenu à la volonté paternelle, ce dont le Rabbi Rachab, recevant la nouvelle, s’affligeait jusqu’aux larmes.

En 5646 (1886) parut la première partie du Péla’h haRimon du Rav Hillel de Paritch, avec l’approbation conjointe du Rav Mena’hem Mendel et de son frère le Raza. Et lors de Sim’hat Torah 5648 (1887), le Rabbi Rachab annonça à ses deux frères une parole qui devait se vérifier : jamais ils ne tireraient leur subsistance du commerce. Il en distinguait, expliqua-t-il, dont le pain vient « de la terre », et d’autres dont le pain vient « du ciel ».

Le second mariage

Pour sa seconde union, le Rav Mena’hem Mendel épousa Batya, fille du Rav Na’houm Dober, lui-même fils du Rav Yossef Yits’hak d’Avroutch, fils du Tséma’h Tsédek. La fiancée était ainsi une arrière-petite-fille du Tséma’h Tsédek. Les fiançailles furent nouées, semble-t-il, au mois de Sivan 5647 (1887), et le mariage célébré durant l’hiver 5648.

Du beau-père, le Rav Na’houm Dober d’Avroutch, le Rabbi Rachab fit un jour cet éloge à son fils : c’était un homme d’une humilité et d’un cœur brisé authentiques. Le Rabbi Rayats en rapporta la preuve : ayant surpris ce grand érudit contemplant, le visage empreint d’une envie douloureuse et les yeux ruisselants de larmes, un simple villageois qui récitait les Tehilim, il comprit qu’il jalousait sa ferveur naïve — et c’était là, dit le Rabbi Rachab, un cœur véritablement brisé.

L’exemption militaire et le tumulte de Vitebsk

Au mois de Kislev 5648 (1887), le Rav Mena’hem Mendel fut appelé sous les drapeaux. Le Rabbi Maharach avait autrefois obtenu, pour chacun de ses trois fils, une exemption du service militaire, chacune d’une nature différente. Le Tséma’h Tsédek avait acquis pour ses petits-fils des billets d’exemption au prix de cinq cents roubles chacun. Le Rabbi Maharach détenait un tel document mais avait tenu à ne pas l’employer pour le Rabbi Rachab, afin que celui-ci disposât d’un « réceptacle » sur lequel reposerait la bénédiction divine ; il le réserva à son benjamin, qui n’avait rien à quoi se raccrocher, si bien que le moment venu, le Rav Mena’hem Mendel fut aussitôt libéré.

La presse de l’époque nuance toutefois ce récit d’une libération immédiate et sereine. Le journal HaMélits relata, dans son édition de Vitebsk du 22 novembre 1887, une scène chaotique : venu déposer son titre d’exemption devant les fonctionnaires, le fils du Rabbi de Loubavitch se heurta à la fureur de conscrits exaltés qui exigeaient de lui de l’argent et de l’eau-de-vie, déchirèrent le billet qu’il leur tendait, tentèrent de le frapper, et l’obligèrent à appeler la troupe à son secours ; le général président dut en personne l’escorter jusqu’à une maison pour l’y mettre à l’abri.

À l’ombre de son frère le Rabbi Rachab

Les années qui suivirent sont celles d’une vie de famille et d’étude vécue dans la proximité constante du Rabbi Rachab. Le soir de Sim’hat Torah, la coutume voulait que les trois frères disent tour à tour, en les commentant selon la ‘Hassidout, les premiers versets de « Ata horéta ».

Sa fille aînée, Moussia, naquit à Loubavitch le 22 Chevat 5649 (1889) ; on conserve la traduction française exacte de son acte de naissance, dressé dans le district d’Orcha, gouvernement de Moguilev. Sa seconde fille, ‘Hana, vit le jour à Loubavitch le 10 Nissan 5660 (1900).

Cette époque fut souvent difficile sur le plan matériel, non seulement pour le Rav Mena’hem Mendel mais pour l’ensemble de la maison du Rabbi. Le Rabbi Rayats a laissé de ce dénuement un tableau saisissant : chacun vivait dans un logement séparé, tous dépendaient de la table de la grand-mère, la Rabbanit Rivka, mais la bourse était vide, les affaires ruinées, les frères lourdement endettés ; et si les hôtes de passage ne s’en apercevaient pas, tant la maison demeurait ouverte, les habitants, eux, le savaient bien. En 5656 (1895) mourut le beau-père du Rav Mena’hem Mendel, le Rav Na’houm Dober d’Avroutch.

Homme d’un savoir précis, grammairien, le Rav Mena’hem Mendel apparaît dans les récits du Rabbi Rachab comme un interlocuteur privilégié. Les Si’hot de Sim’hat Torah 5652 et de Sim’hat Torah 5661 conservent de longs dialogues où le Rabbi Rachab, disant un Maamar, se tournait vers son frère pour lui demander : « Comprends-tu ? » Le Rav Mena’hem Mendel, féru de grammaire, discutait avec lui de la vocalisation d’un verset comme des degrés les plus élevés du service divin, jusqu’à ce que le maître approfondît encore son explication.

De cette proximité, un dialogue de Sim’hat Torah 5661 dit assez la tendresse. Évoquant le Tséma’h Tsédek dont son frère portait le nom, le Rabbi Rachab lâcha : « Mendel, Mendel — celui dont tu portes le nom était un tout autre Mendel », avant de décrire la manière dont cet aïeul percevait la Divinité jusque dans le pain et le breuvage qu’il prenait pour se donner la force de répondre à un Juif. En 5661 (1901), enfin, ce fut l’un des trois hommes que le Rabbi Rachab consulta avant de décider de son voyage de convalescence à l’étranger.

L’installation à Vitebsk et le soutien à Tom’hei Temimim

Associé en affaires à son beau-frère le Rav Moché Leib Ginzburg, qui résidait à Vitebsk, le Rav Mena’hem Mendel finit par s’y installer lui-même : les documents attestent qu’il vivait encore à Loubavitch à la fin de l’été 5661 (1901), mais qu’en 5662 (1902) il demeurait à Vitebsk, comme l’écrit le Rabbi Rachab. Même éloigné, il conserva des liens très étroits avec son neveu le Rabbi Rayats, avec qui il correspondait régulièrement.

Au début de l’année 5662, les deux associés dissolvant leur société et se partageant les bénéfices, le Rav Mena’hem Mendel voulut consacrer une part de ses gains à la Yéchiva Tom’hei Temimim. Il s’en ouvrit à son neveu le Rabbi Rayats, alors directeur exécutif de la Yéchiva, qui adressa au notable Chemouel Mikhel Traïnine une longue lettre pour organiser l’opération au profit de l’institution — précieux témoignage de l’attachement du Rav Mena’hem Mendel à l’œuvre de la Guéoula intérieure que représentait cette Yéchiva.

Au secours de son neveu, le Rabbi Rayats

À cette époque, la société des « propagateurs des Lumières » ouvrit une école à Loubavitch et s’efforça par tous les moyens de nuire à la Yéchiva Tom’hei Temimim et à ses fondateurs, le Rabbi Rachab et le Rabbi Rayats. Une dénonciation calomnieuse accusa la Yéchiva d’aider ses élèves à se soustraire au service militaire par des faux, et visa nommément le directeur, le Rabbi Rayats. Le 12 Iyar 5662 (1902), la police se présenta pour l’interroger, puis on lui ordonna de la suivre au poste.

Le Rav Mena’hem Mendel joua dans cette crise un rôle discret mais efficace. Lorsque la police scella la salle d’étude et interdit l’enseignement, le Rabbi Rachab l’envoya, avec Chemouel Mikhel Traïnine, plaider à Moguilev auprès de l’administration de l’Instruction pour obtenir les autorisations d’enseigner et faire cesser la surveillance qui pesait sur la Yéchiva. Les émissaires en revinrent avec les promesses recherchées. Le Rav Mena’hem Mendel s’employa même à exposer à un haut fonctionnaire les notions de la ‘Hassidout — l’unité divine, le sens des Mitsvot telles que les Téfilines, le renoncement aux désirs de ce monde — pour lui montrer l’inanité des accusations portées contre elle, et s’entendit répondre qu’un tel enseignement était licite.

Le premier à traduire la ‘Hassidout

C’est sans doute dans ce contexte que le Rav Mena’hem Mendel accomplit un geste demeuré unique : il traduisit en russe un chapitre du Tanya et l’adressa à un personnage de haut rang, qui en fut profondément impressionné. Il fut ainsi le tout premier à rendre un sujet de ‘Hassidout dans une autre langue.

Le Rabbi rapporta plusieurs fois cette histoire, notamment lors du Chabbat Nasso 5735 (1975), à l’occasion de la venue d’un groupe d’hôtes d’Angleterre porteurs d’une édition anglaise du Tanya, puis le Chabbat Vayéchev 5748 (1987). Le Rabbi précisait que le frère cadet du Rabbi Rachab, du vivant même de ce dernier, avait traduit ce passage pour agir sur l’esprit d’un dignitaire russe influent, mais que ce geste était demeuré isolé, sans suite ni retentissement, et sans que l’on sût même de quelle manière il avait produit son effet.

Le maintien de la foi et une parole sur le breuvage

Le Rav Mena’hem Mendel se sentait tenu, comme chacun, d’œuvrer au relèvement et au renforcement de la religion. En 5663 (1903), il confia à son neveu le Rabbi Rayats son projet de faire imprimer, sous forme d’un tout petit livret de poche d’une vingtaine de feuillets, un discours du Rabbi Rachab consacré à l’affinement des traits de caractère — mais sans mention de l’auteur ni de l’imprimeur, afin qu’il se répandît anonymement. L’hiver de cette même année, il se rendit à Vienne pour Pourim rendre visite à son frère alors en cure.

De ces retrouvailles fraternelles, les Farbrenguen ont gardé quelques joyaux. Lors du 19 Kislev 5664 (1903), comme on remplissait sans cesse le verre du Rav Mena’hem Mendel de « machké », celui-ci fit remarquer qu’il n’en atteignait jamais le fond. Une autre fois, il demanda à son frère : « Pourquoi as-tu besoin de machké ? On en prend pour se dépouiller de soi, et toi, tu t’es dépouillé de toi-même depuis longtemps ! » Ce à quoi le Rabbi Rachab répondit : « J’en prends pour dépouiller l’autre. »

« Ki yamoukh a’hikha » : l’effondrement financier

Bientôt les affaires du Rav Mena’hem Mendel s’effondrèrent et il s’enfonça dans des dettes considérables. Le Rabbi Rachab, avec une fraternité admirable, s’engagea personnellement pour le secourir et écrivit de Paris, où il séjournait, plusieurs lettres à des hommes fortunés afin qu’ils l’aidassent à faire face à ses créances.

Le premier à lui venir en aide fut le notable Chemouel Gourarié, de Kremenchoug. Le Rabbi Rachab sollicita aussi le Rav Yaakov Horowitz de Riga pour un prêt de vingt-cinq mille roubles, et adressa au Rav ‘Haïm Moché Alexandrov, parenté de la maison du Rabbi, une longue épître le remerciant de son aide et développant tout ce que la Tsedaka a de plus élevé : l’essentiel de la charité, écrivait-il, n’est pas de donner de son superflu, mais de se juger soi-même pour se retrancher du superflu, et de donner à autrui au moment même où l’on en aurait soi-même besoin. Le Rav Yeshaya Berlin lui vint également en aide.

Rien n’y fit pourtant : les entreprises du Rav Mena’hem Mendel firent faillite et ses dettes grossirent. Durant l’été 5664 (1904), un dialogue rapporté par le Rabbi Rayats montre les deux frères s’entretenant de l’ordonnancement des pensées et de la manière de ne pas se laisser envahir par les soucis de la subsistance — souci d’autant plus lourd que l’argent emprunté à autrui s’était lui aussi englouti.

L’exil à Paris et le deuil d’Elloul

Vers le mois de Tamouz 5664 (1904), sous la pression de ses créanciers et l’étau de sa détresse financière, le Rav Mena’hem Mendel se vit contraint de partir pour Paris, « le temps que passe la colère ». Il dut, faute d’autre issue, laisser à Loubavitch son épouse Batya, alors dans un état de grossesse avancée, et ses deux filles. La plus ancienne adresse parisienne que l’on lui connaisse est le 19 rue Rodier, dans le neuvième arrondissement, où se dressait aussi le bâtiment d’une œuvre de bienfaisance qui lui procura peut-être un toit.

Batya, quittant Vitebsk, s’était rapprochée de la famille à Loubavitch pour ne pas demeurer seule après le départ de son mari. Le Rabbi Rachab, malgré son éloignement, suivait de près l’approche de la naissance et implorait pour elle une délivrance heureuse. Le Chabbat 16 Elloul 5664 (1904), à Loubavitch, Batya mit au monde un fils. Mais la joie fut de courte durée : ce jour-là même, la jeune accouchée s’éteignit. L’enfant, de santé fragile, vit sa circoncision différée par le mohel ; le Rabbi Rachab revint à Loubavitch à la demande de sa mère, la Rabbanit Rivka. Quelque temps plus tard, l’enfant fut introduit dans l’alliance d’Avraham et reçut le nom d’Israël Dober.

De Paris à la Corse : les dernières années

Les années qui suivirent l’exil parisien conduisirent le Rav Mena’hem Mendel encore plus loin. Ses affaires le menèrent jusqu’en Amérique, où un malentendu tragi-comique le fit prendre pour un autre Schneersohn, secrétaire de Lénine, ce qui lui valut d’être convoqué et interrogé avant que l’erreur ne fût dissipée et qu’il ne fût relâché. Il contracta par ailleurs une troisième union, avec la dame Yehoudit, née Kossman, dont il eut un fils, Binyamin, mort dans sa jeunesse, et une fille, Sarah — connue sous le nom d’Edmée-Minette — qui passa l’essentiel de sa vie à Paris avant d’épouser un ‘Hassid, le Rav Israël Greenberg, et de s’établir à Bnei Brak.

C’est finalement en Corse que le Rav Mena’hem Mendel vint fixer ses dernières années, sur cette île méditerranéenne où une modeste vie juive renaissait alors.

Un bûcheron à Bastia

Il s’établit à Bastia, où il fonda une scierie mécanique qui portait l’enseigne « Au bûcheron de Corse ». La communauté juive de la ville était récente et d’un tout autre horizon que le sien : une cinquantaine de familles, environ cent quatre-vingts personnes, des Juifs venus du Maroc et de Terre sainte, transférés de Tibériade à Bastia en 5676 (1916) au terme d’un long exode passé par la Crète et Ajaccio, et guidés par le Rav Méir Tolédano, qui anima un demi-siècle durant la petite congrégation réunie autour de la synagogue Beth Méir, rue du Castagno. C’est dans ce décor inattendu, à mille lieues des grands foyers du ‘hassidisme et de la Loubavitch de son enfance, que vécut le fils cadet du Rabbi Maharach, séfarade d’adoption parmi des insulaires qui l’accueillirent avec la générosité corse.

Le fils du Rabbi Maharach s’éteignit à Bastia le 23 Tichri 5702 (14 octobre 1941) et y fut inhumé. Il mourut ainsi en pleine guerre, sur cette terre que l’on allait bientôt surnommer « l’île des Justes » : la Corse fut le seul département français à ne livrer aucun Juif, sa population et son préfet protégeant ceux que Vichy réclamait en les déclarant de simples « touristes ». Ce n’est qu’à l’été 5771 (2011) que deux jeunes gens partis en Chli’hout sur l’île retrouvèrent, auprès des services de l’état civil local, une copie de son acte de décès, confirmant la date du 23 Tichri.

Le retour en Terre sainte

La sépulture corse ne devait pas demeurer. Une loi locale prévoyait que toute tombe fût retournée vingt ans après son établissement, sort qui menaçait celle du Rav Mena’hem Mendel. En 5715 (1955), le Rabbi chargea le Rav Binyamin Eliyahou Gorodetsky de transférer sa dépouille de Corse vers la Terre sainte. Le cercueil fut acheminé par bateau jusqu’à Haïfa. Il parvint au port par une nuit d’hiver froide et pluvieuse, en 5716 (1956), et l’inhumation eut lieu tard dans la nuit, dans l’ancien cimetière de Tsfat (Safed). Le Rav Efraïm Wolf, chargé par le Rabbi de veiller aux détails, constata que le corps était demeuré intact malgré les quelque quinze années écoulées depuis le décès — et le Rabbi, lorsqu’il le reçut plus tard en Ye’hidout, voulut en entendre tous les détails. Sa pierre tombale porte cette inscription sobre : « Ici repose le Rav ‘hassidique, le Rav Mena’hem Mendel, fils du Rabbi Maharach de Loubavitch. »

Le visage du Rabbi Maharach retrouvé

Il convient d’achever sur une note lumineuse, en rapportant ce que la tradition a conservé des traits du Rav Mena’hem Mendel. Le Rabbi Rayats confia au Rabbi que, chez le Rabbi Maharach, chez le Rabbi Rachab et chez leur frère Mena’hem Mendel, l’extrémité gauche de la barbe était un peu plus longue que l’autre. Le Rav Chnéour Zalman Doukhman, dans son ouvrage « Lichmoa Ozen », rapporte de son côté que les ‘Hassidim du Rabbi Maharach disaient que, des trois fils, c’était le cadet, le Rav Mena’hem Mendel Schneersohn, qui ressemblait au Rabbi Maharach. Un document de 5672 (1912) le décrit ainsi : « Signe particulier : une barbe pleine, rousse et sombre. » On sait par ailleurs que la chevelure du Tséma’h Tsédek tirait sur le roux, et que le Rabbi Rayats — dont on connaît la ressemblance frappante avec le Rabbi Maharach — était lui aussi roux ; de quoi supposer que le Rabbi Maharach lui-même avait des cheveux tirant sur le roux, tandis qu’un habitant de Loubavitch décrivait sa barbe et sa chevelure comme blondes. Ainsi, jusque dans son visage, le prince cadet de Loubavitch demeurait le reflet vivant de son père.

Les récits jamais racontés : quand la foi juive tenait tête au pouvoir soviétique

Les récits jamais racontés : quand la foi juive tenait tête au pouvoir soviétique

 

Des valises déjà bouclées en guise de mobilier, des interrogatoires nocturnes dans un commissariat de Kouïbychev et un rendez-vous secret fixé au mikvé avant l’aube racontent ensemble l’histoire de Juifs qui vivaient suspendus à un seul espoir : quitter un jour l’Union soviétique. Au cœur de cette réalité agissait R’ Mordekhaï Doubin, ancien député letton relégué en exil, devenu malgré tout l’adresse de tout un peuple. Des témoignages personnels, longtemps restés à l’état oral, dévoilent aujourd’hui les conseils, les liens et les actes de mesirout néfech qui se sont noués autour de sa figure.

 

 

 

 

Il existe des chapitres de l’histoire juive que les archives ne conservent pas. Ils ne figurent dans aucun registre officiel, aucun procès-verbal, aucune coupure de presse. Ils se sont transmis de bouche à oreille, dans les salons de Jérusalem, autour des tables de Chabbat, entre des hommes et des femmes qui avaient traversé le rideau de fer et savaient, mieux que quiconque, ce que coûtait une paire de Tefilines, un Kaddich récité au bon moment ou un mot prononcé au mauvais endroit.

Les récits rassemblés ici appartiennent à cette catégorie. Ils proviennent de témoins directs, de familles qui vivaient à Samarcande, à Tachkent, à Moscou ou à Kouïbychev, et ils convergent tous vers une même silhouette : celle de R’ Mordekhaï Doubin.

L’homme vers lequel se tournaient les Juifs d’Union soviétique

Le nom de R’ Mordekhaï Doubin est bien connu de ceux qui étudient l’histoire de la communauté juive de Lettonie et celle du ‘hassidisme Habad. Né à Riga en 1889, il fut l’une des figures dirigeantes du judaïsme letton, député de la Saeima – le parlement de son pays –, président de la communauté juive de Riga, et un proche de la maison de nos Rabbanim et Nessiim.

Son influence politique, il ne l’a jamais considérée comme un bien personnel. Elle servait, invariablement, à sortir un Juif d’une difficulté. C’est cette influence qu’il mit dans la balance en 1927, lorsqu’il joua un rôle décisif dans l’obtention de l’autorisation permettant à Rabbi Yossef Its’hak Schneerson, le Rabbi précédent, de quitter l’Union soviétique après son arrestation. Douze ans plus tard, en 1939, il fut de nouveau au cœur des démarches qui permirent d’extraire le Rabbi de la Pologne occupée par les nazis.

L’histoire, ensuite, se retourna contre lui. Après l’annexion de la Lettonie par l’URSS, il fut arrêté puis déporté. Sa famille périt sous l’occupation allemande. Lui-même passa le reste de son existence sous surveillance, en résidence forcée puis en exil, à Kouïbychev – l’actuelle Samara – avant d’être de nouveau arrêté et transféré. Les sources divergent sur la date exacte de sa disparition, située selon les récits en 1956 ou le 20 Elloul 5717, en septembre 1957, dans des conditions d’isolement total. Bien plus tard, en 1986, sa dépouille fut transférée au cimetière juif de Malakhovka, près de Moscou.

Mais l’exil ne l’avait pas réduit au silence. Bien au contraire : c’est précisément durant ces années de relégation que sa maison devint un foyer de conseil, d’encouragement et d’assistance pour des Juifs venus de toute l’Union soviétique, qu’ils cherchent à préserver leur pratique religieuse ou qu’ils osent rêver de monter en Terre Sainte.

 

R’ Aharon Rabinovitch, photographié avant son départ pour Israël.

Une maison où l’on vivait les valises bouclées

Après la relégation de R’ Mordekhaï Doubin à Kouïbychev, un groupe de Juifs pratiquants s’était constitué autour de lui. Parmi eux vivait dans la même ville la famille de Guita, composée de trois filles et d’un fils, Kalman, que le narrateur de ces souvenirs – fils de R’ Yossef Schiff, l’une des familles connues de la communauté Habad de Samarcande – connaissait bien du temps de leur vie commune en Ouzbékistan.

L’une des filles se maria et parvint à quitter l’Union soviétique. Une autre épousa R’ Aharon Rabinovitch – « Aharon ben Tsipa » –, ancien prisonnier de Sion qui, après sa libération des geôles soviétiques, avait lui aussi vécu quelque temps à Samarcande.

Quiconque franchissait le seuil de la maison Rabinovitch comprenait immédiatement de quoi il retournait. Il n’y avait pratiquement aucun meuble : ni table, ni chaises, ni véritable armoire. Les membres de la famille prenaient leurs repas assis sur les valises, déjà remplies et prêtes pour le jour où arriverait enfin l’autorisation tant espérée de monter en Terre Sainte. Ces valises ne servaient pas à ranger des affaires : elles étaient le symbole d’une espérance qui refusait de s’éteindre.

R’ Aharon ne dissimulait pas son désir de partir, y compris en public. Lorsqu’il arrivait à la synagogue, il lui arrivait de crier en direction des autorités : « Voyous ! Criminels ! Laissez les Juifs prier et vivre selon la Torah ! Laissez-nous partir pour la Terre d’Israël ! »

Dans la rue non plus, il ne perdait pas confiance. Quand on le croisait, il demandait qu’on dise pour lui, en yiddish : « Aharon ben Tsipa a besoin d’une délivrance, cette semaine encore. » Puis il sortait des clémentines de sa poche et les distribuait aux enfants en signe de gratitude.

C’était un homme incapable de rester en retrait devant une injustice. Toute affaire publique, tout Juif en détresse, toute atteinte à l’honneur de la Torah ou à celui d’un défunt le touchaient comme s’il s’agissait de sa propre affaire.

Photographie prise trois mois après l’arrivée de la famille de R’ Aharon Rabinovitch en Terre d’Israël.

Le risque insensé : l’honneur d’un mort avant le rêve de l’aliyah

Un jour, une femme se présenta à la communauté et rapporta qu’un Juif décédé à l’hôpital avait été enterré dans un cimetière général, aux côtés de non-Juifs.

À cette date, R’ Aharon détenait déjà son visa de sortie d’Union soviétique – ce document rarissime dont des Juifs rêvaient pendant des années. Le moindre geste susceptible d’irriter les autorités pouvait entraîner son annulation en un instant.

Il n’hésita pas une seconde. Dès qu’il apprit qu’un Juif n’avait pas été inhumé dans un cimetière juif, il décida d’agir sur-le-champ. Il s’adressa à Guerchon Dov Ber – « Borka » – Schiff, le frère du narrateur, et le convainquit de louer un camion. En pleine nuit, les deux hommes se rendirent au cimetière.

Sous le couvert de l’obscurité, parfaitement conscients du risque immense qu’ils prenaient, ils ouvrirent la tombe, en retirèrent le défunt et le transportèrent pour l’inhumer à nouveau dans le cimetière juif. À cette époque, une telle opération pouvait se solder par une longue peine de prison et, à coup sûr, par l’annulation du visa de sortie tant désiré. Aux yeux de R’ Aharon, le dernier honneur d’un Juif primait sur tout.

L’entreprise engloutit la totalité de l’argent dont il disposait. Lorsque les membres de la communauté l’apprirent, ils ne restèrent pas indifférents : en peu de temps, tous se mobilisèrent et réunirent la somme nécessaire, afin qu’il ne porte pas seul un fardeau financier aussi lourd.

Durant ces années, l’Union soviétique autorisait les partants à emporter un conteneur contenant le mobilier complet d’une maison. Lorsque R’ Aharon arriva en Israël, en 5721 (1961), il s’installa à Jérusalem, dans le quartier des Rabbanim, à proximité de l’ancienne gare routière centrale. Là non plus il ne se reposa pas sur ses lauriers : il œuvra avec énergie à l’ouverture d’une synagogue au sein même de la gare routière, afin que les Juifs puissent prier dans ce lieu de passage incessant. Par la suite, beaucoup le rencontrèrent à la synagogue « Zikhron Moché » de Jérusalem, dont il était l’un des fidèles réguliers.

 

Des militants de l’association Shamir. Au centre de la photographie, le Rav Betsalel Schiff, directeur général de l’association Shamir, et le Rav Michael Grinberg qui, conformément aux instructions du Rabbi, fit transférer la tombe au cimetière juif de Malakhovka, près de Moscou.

 

« Ils le croyaient fou » : le témoignage glaçant du camp de travail

La personnalité hors du commun de R’ Aharon laissa une impression durable jusque sur ses compagnons de détention. Dans son ouvrage consacré à son expérience de médecin de camp, le Dr Kaufman consacre un chapitre entier à R’ Aharon Rabinovitch, qui purgea sa peine dans le même camp de travail que lui.

Il y décrit comment R’ Aharon refusa de profaner le Chabbat, exigea un temps fixe pour la prière et s’obstina à conserver son mode de vie juif jusqu’au cœur de l’enfer concentrationnaire. Il le paya cher. Selon le Dr Kaufman, les gardiens le frappèrent encore et encore, avec une brutalité extrême, jusqu’à conclure qu’un homme s’entêtant ainsi à observer les commandements ne pouvait pas avoir toute sa raison. Il fut finalement transféré à l’hôpital du camp, où le médecin s’efforça de le protéger et de lui procurer de la nourriture.

Un jour, une femme âgée arriva à l’hôpital : la belle-mère de R’ Aharon, qu’il appelait dans ses souvenirs « sa mère ». Elle avait fait tout le trajet dans un camion de fortune et, en raison du froid glacial, le chauffeur avait placé des bottes de feutre sous ses pieds, de crainte que ses chaussures ne gèlent contre le plancher métallique du véhicule.

À cette période, les médecins du camp estimaient déjà que R’ Aharon n’en avait plus pour longtemps. C’est précisément, selon le témoignage du Dr Kaufman, la raison pour laquelle il fut décidé de le libérer. Les médecins se disaient entre eux que s’il mourait au camp, il faudrait attendre de longs mois que le sol gelé dégèle pour l’enterrer, et que l’opération aurait un coût. Il leur paraissait plus simple de le remettre à sa famille. Ainsi, c’est parce que les autorités étaient convaincues qu’il ne lui restait que peu de temps à vivre que R’ Aharon recouvra la liberté.

Elles s’étaient trompées. Non seulement il se rétablit, mais il poursuivit avec la même mesirout néfech son combat pour la judaïcité des autres, obtint de monter en Terre d’Israël et consacra le reste de son existence à l’action communautaire et au renforcement de la vie de Torah. Un détail est resté gravé dans la mémoire de ceux qui l’ont connu : le jour de Kippour, au lieu du kittel, il revêtait le talith katan qu’il portait le jour où les hommes de la milice l’avaient roué de coups. Le vêtement était déchiré et couvert de sang.

« J’ai compris que j’avais devant moi un immense talmid ‘hakham »

Le troisième chidoukh dont R’ Mordekhaï Doubin prit l’initiative concerna Rabbi Its’hak Zilber, de Kazan, celui qui deviendrait plus tard l’une des grandes figures du retour à la tradition parmi les Juifs d’Union soviétique.

Celui qui rapporte ce récit étudia treize années durant auprès de Rabbi Its’hak Zilber et l’entendit plus d’une fois raconter les circonstances de sa rencontre avec R’ Mordekhaï Doubin.

« Lorsqu’on m’a proposé ce chidoukh, il n’était pas simple du tout d’obtenir un congé de mon lieu de travail. Ce n’est qu’au prix de nombreux efforts que je suis parvenu à me rendre à Kouïbychev. »

À son arrivée dans la ville, il entra dans la synagogue locale. Le spectacle qui s’offrit à lui le marqua profondément.

Le Rav Its’hak Vilner (Marguelaner).

La synagogue abritait une riche bibliothèque de livres saints – une vision rare en Union soviétique à cette époque. Dans un coin de la salle était assis un Juif de haute taille, à l’allure imposante, plongé dans l’étude de la Guemara. « Dès le premier instant, j’ai compris qu’il s’agissait de R’ Mordekhaï Doubin », racontait-il. Il s’approcha, se présenta, et une longue conversation s’engagea.

« À mesure que l’échange progressait, la certitude s’imposait à moi que j’étais assis face à un immense talmid ‘hakham, un homme d’une érudition considérable en Torah, doté d’une pensée limpide et d’un discernement exceptionnel. »

À la fin de l’entretien, Rabbi Its’hak lui demanda s’il pouvait lui rendre un service. R’ Mordekhaï sourit, sortit un petit morceau de papier et y inscrivit un numéro de téléphone : celui de sa sœur, à Moscou. Il lui demanda simplement, s’il le pouvait, de passer au bureau du télégraphe et de réserver pour elle une communication internationale.

La requête paraissait anodine. Rabbi Its’hak s’empressa de l’exécuter. Mais sur le chemin du retour, un policier le remarqua : « Citoyen, vous avez traversé la chaussée en dehors du passage piéton. Veuillez me suivre. »

Rabbi Its’hak comprit immédiatement qu’il ne s’agissait pas d’une infraction au code de la route. On le conduisit au commissariat, où il fut placé en cellule et retenu toute la nuit. Ce n’est que le lendemain matin qu’il fut introduit dans la salle d’interrogatoire. Plusieurs agents du KGB l’y attendaient.

La première question tomba, directe : « D’où connaissez-vous Doubin ? » Puis la deuxième : « Que vous a-t-il transmis ? » Il répondit avec simplicité qu’on lui avait seulement demandé de commander une communication téléphonique pour une sœur. Les enquêteurs ne le crurent pas. Ils étaient persuadés qu’il s’agissait d’un message codé ou d’une activité clandestine.

À un moment, l’un d’eux sortit le carnet personnel de Rabbi Its’hak, confisqué lors de son arrestation. C’était un petit calepin, mais dense, couvert de notes de sa main : chaque page servait de pense-bête pour un objet différent. Il entreprit d’expliquer patiemment : ici, la demande de dire un Kaddich pour un défunt ; là, l’engagement de donner vingt kopecks à la tsédaka après une montée à la Torah ; ailleurs, un prêt de cinq roubles à rembourser ; plus loin, la date d’une ‘houpa à ne pas oublier ; ailleurs encore, un enseignement de Torah entendu à la synagogue et noté pour ne pas le perdre.

Page après page, les explications ne firent qu’accroître la fureur des enquêteurs. L’un d’eux finit par lui lancer avec rage qu’ils avaient passé la nuit entière à tenter de déchiffrer le « code » de ce carnet, pour s’entendre dire maintenant qu’il s’agissait de listes de Kaddich, de tsédaka et de commentaires de Torah.

À partir de là, l’interrogatoire devint violent. Rabbi Its’hak fut durement frappé et torturé pendant de longues heures. Ce n’est qu’une fois établi qu’ils ne disposaient d’aucune preuve contre lui qu’il fut relâché. Il courut récupérer sa valise et se précipita au port, où il parvint à embarquer sur le bateau fluvial en partance pour Kazan.

Lorsqu’il arriva dans sa ville, le Chabbat était déjà entré. Selon son propre récit, dès sa descente du bateau il s’immobilisa sur place et ne fit pas un pas de plus. Ce n’est qu’à l’issue du Chabbat qu’il regagna son domicile. Après tout ce qu’il venait de traverser, l’idée de profaner le Chabbat ne lui avait pas même effleuré l’esprit.

« Un silence total s’installa » : la visite chez le Rabbi précédent à Léningrad

Le professeur Branover a raconté plus d’une fois un épisode qu’il tenait de tiers, concernant l’une des visites de R’ Mordekhaï Doubin chez Rabbi Yossef Its’hak Schneerson, à Léningrad.

À cette époque, R’ Mordekhaï Doubin était une personnalité publique de premier plan. Membre de la Saeima, le parlement letton, il présidait également la commission des forêts. Son statut lui permettait de circuler à travers l’Europe et de se rendre jusqu’à Léningrad. Le Rabbi le connaissait bien : durant les années où il quitta la Russie pour rejoindre les États-Unis, R’ Mordekhaï Doubin fut de ceux qui l’accompagnèrent et lui apportèrent leur aide tout au long du chemin.

Arrivé à Léningrad, il se dirigea vers la demeure du Rabbi. La porte de l’appartement était ouverte. Il entra et avança vers la pièce d’où provenaient les voix d’un Farbrenguen ‘hassidique. Il ouvrit la porte – et, en un instant, un silence total s’installa. Tous les regards se tournèrent vers lui.

La raison n’était pas difficile à comprendre. Depuis de longues années, on n’avait pas vu à Léningrad un Juif d’une apparence aussi imposante. Il portait un haut-de-forme, un manteau élégant à col de fourrure, et tenait à la main une canne raffinée surmontée d’un pommeau d’argent brillant. Sous le régime soviétique, la plupart des Juifs devaient dissimuler tout signe extérieur de dignité juive. Et voilà que se tenait sur le seuil un homme qui semblait sortir à l’instant de l’une des avenues bourgeoises de Riga.

R’ Mordekhaï perçut immédiatement la gêne. Sans dire un mot, il gagna un coin de la pièce. Il posa délicatement sa canne contre le mur, y suspendit son haut-de-forme, retira son manteau et le déposa de côté. Puis il se dirigea vers la table du Farbrenguen. Il en saisit le rebord à deux mains, se souleva d’un mouvement léger et, selon l’usage des ‘hassidim de l’époque, sauta avec agilité sur le banc situé derrière la table, comme s’il était l’un des Ba’hourim de la Yechiva.

L’assistance éclata de rire. Toute la tension s’évanouit d’un coup. Chacun comprit à l’instant que l’homme impressionnant qui venait d’entrer n’était pas seulement un notable respecté, mais avant tout un ‘hassid. « Undzerer » – l’un des nôtres. Le Farbrenguen reprit dans la joie, comme si rien ne s’était passé.

 

Le Rav Pin’has Teitz, rabbin du district d’Elizabeth aux États-Unis (cousin du Rav Its’hak Zilber).

Ce n’était pas l’honneur qui l’intéressait, mais l’appartenance

Ce court récit en dit plus long que n’importe quelle biographie sur la personnalité de R’ Mordekhaï Doubin. Il savait paraître avec toute la dignité que réclamait sa fonction lorsqu’il représentait les Juifs de Lettonie devant les dirigeants de l’État ; il savait tout autant laisser à l’extérieur, avant de s’asseoir à la table d’un Farbrenguen, l’ensemble des attributs de cette dignité.

Dès l’instant où il entrait parmi les ‘hassidim, il ne réclamait aucun traitement particulier et ne mettait jamais en avant son rang public. D’un seul geste, très simple, il faisait comprendre qu’ici tout le monde était à égalité. Ni membre du parlement, ni président de commission, ni personnalité en vue : un ‘hassid assis avec ses compagnons autour de la table du Rabbi. C’est peut-être pour cette raison que la scène est restée gravée, des décennies durant, dans la mémoire de tous ceux qui l’ont entendu raconter.

« Ne reste pas à Moscou » : le conseil donné au mikvé qui a sauvé une vie entière

Parmi ceux qui eurent le privilège de connaître de près R’ Mordekhaï Doubin figurait également R’ Its’hak Weiner, surnommé « le Marguelaner », du nom de la ville de Marguelan, en Ouzbékistan.

À Tachkent, R’ Its’hak était une figure connue et aimée. Les membres de la communauté voyaient en lui un Juif craignant le Ciel, un talmid ‘hakham et un homme de bonté, qui n’a jamais cessé de s’occuper des besoins du public. Toujours vêtu d’un costume de satin blanc et impeccable, il consacrait, comme le savaient tous ceux qui le côtoyaient, l’intégralité de ses journées à aider autrui.

Après son arrivée en Terre d’Israël, il s’installa rue Chmouel Hanavi, à Jérusalem. Il venait fréquemment rendre visite au narrateur de ces souvenirs dans les bureaux de l’association Shamir – l’organisation des Juifs pratiquants originaires de Russie – et c’est au cours de l’une de ces visites qu’il raconta comment il avait rencontré R’ Mordekhaï Doubin.

« J’ai été arrêté avant même le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est qu’après la fin de la guerre que j’ai été libéré du camp de travail. »

Une fois libre, il gagna Moscou et se présenta à la grande synagogue. Il s’adressa au rabbin de la synagogue et lui posa une question simple : existait-il une ville ayant besoin d’un rabbin ? Il était prêt à se rendre partout où il pourrait être utile aux Juifs. Le rabbin le regarda et lui répondit qu’avant de prendre une décision, il ferait bien de s’entretenir avec R’ Mordekhaï Doubin.

À cette période, R’ Mordekhaï avait l’habitude de se tenir dans une petite salle attenante à la synagogue. Lorsque R’ Its’hak entra, il découvrit un Juif de haute stature au visage rayonnant, dont le regard reflétait la sagesse et qui s’apprêtait déjà à la prière de Cha’harit. Il se présenta et exposa son souhait de trouver une communauté où exercer les fonctions de rabbin.

R’ Mordekhaï l’écouta avec une grande attention, mais ne répondit pas immédiatement. Il finit par lui dire : « Demain, avant l’aube, viens me retrouver au mikvé. Nous parlerons là-bas. »

Le lendemain, alors que l’obscurité régnait encore au-dehors, R’ Its’hak se rendit au mikvé. R’ Mordekhaï l’y attendait déjà, une serviette posée sur l’épaule. Après s’être immergé, il se tourna vers lui et prononça des paroles qui allaient rester gravées en lui jusqu’à la fin de ses jours.

« Mon cher ami, le pays a totalement changé depuis la guerre. Si tu restes à Moscou ou dans l’une des grandes villes, tu seras arrêté en très peu de temps. Ne cherche pas ouvertement un poste de rabbin. Pars loin d’ici. Va vers les communautés boukhariennes ou géorgiennes. Trouve un travail simple – relieur de livres ou comptable. Gagne ta vie dignement. En parallèle, prie à la synagogue, lie-toi aux membres de la communauté, et ce n’est qu’une fois leur confiance acquise que tu commenceras à agir pour le renforcement du judaïsme. Si tu procèdes ainsi, tu pourras accomplir beaucoup. Si tu te fais remarquer immédiatement, il ne se passera pas longtemps avant que tu ne te retrouves de nouveau en prison. »

R’ Its’hak prit ces paroles au pied de la lettre. Il quitta Moscou et partit pour Marguelan, en Ouzbékistan. Il y trouva un emploi de comptable et, conformément au conseil reçu, s’intégra d’abord à la vie communautaire sans attirer l’attention. Ce n’est qu’ensuite qu’il commença à agir. Progressivement, il devint l’une des figures centrales du judaïsme de Marguelan. Sa sœur, seule parente survivante après la guerre, vint s’installer auprès de lui. Pendant de longues années, il consacra sa vie à l’assistance aux Juifs de la ville, au renforcement de l’étude de la Torah et à une activité de bienfaisance considérable.

Rassemblement de ‘hassidim lors d’un Farbrenguen à Riga.

La même chli’hout, poursuivie en Terre Sainte

Lorsqu’il obtint enfin de monter en Terre d’Israël, il ne modifia en rien sa manière de vivre. À Jérusalem, il fonda une caisse d’entraide destinée aux jeunes mariés : il achetait du tissu blanc, en cousait des parures de lit complètes et les distribuait gratuitement aux couples qui commençaient leur vie commune.

Il ne s’en contenta pas. À une époque où les bonbonnes de gaz constituaient un bien coûteux et où de nombreuses familles peinaient à s’en procurer, il veilla également à aider à leur acquisition, ainsi qu’à celle d’autres nécessités élémentaires.

Ceux qui le rencontraient en Israël l’entendaient répéter inlassablement la même phrase : tout ce qu’il avait eu le mérite d’accomplir, il le devait à un unique conseil reçu de R’ Mordekhaï Doubin, ce matin-là, au mikvé. À ses yeux, cette brève conversation n’avait pas été un simple bon conseil : elle avait fait la différence entre une vie de chli’hout et des années supplémentaires de détention.

« Nous savions que c’était de la propagande » : le témoignage de Dvora-Houda ‘Hen

Un autre témoignage saisissant sur ces années provient de Dvora-Houda ‘Hen, surnommée Véra, sœur du narrateur. La famille comptait parmi les plus connues de la communauté Habad de Samarcande, et la maison des parents était ouverte à de nombreux ‘hassidim.

Dotée d’une excellente mémoire, Dvora-Houda a partagé au fil des ans des dizaines de récits et de témoignages sur la vie juive en Union soviétique. Beaucoup n’ont jamais été consignés par écrit, et ils offrent un aperçu rare de l’univers de ces Juifs qui vivaient derrière le rideau de fer.

« Chez nous régnait une amitié très proche avec la famille Rabinovitch », racontait-elle. « R’ Aharon Rabinovitch venait souvent consulter mon père, R’ Yossef Schiff. » Selon elle, le combat de R’ Aharon pour obtenir un permis de sortie d’Union soviétique était devenu presque un mode de vie.

« À cette époque existait un organisme gouvernemental spécial appelé OVIR, qui traitait toutes les demandes de sortie du pays. R’ Aharon lui avait déclaré la guerre. » Presque chaque jour, il se présentait dans les bureaux de l’OVIR et posait invariablement la même question : une décision avait-elle enfin été prise concernant sa demande ? Les fonctionnaires le connaissaient parfaitement, mais il ne cessait pas pour autant de venir. À ses yeux, il était interdit de relâcher la pression.

« En Israël, on ne mange que de la bouillie… »

Dans la même cour vivait alors la famille de Daniel et Poula Zak. Daniel était abonné au journal soviétique en yiddish Birobidjaner Chtern, l’un des principaux instruments de propagande contre l’État d’Israël.

« Dans chaque numéro, ils tentaient de nous convaincre à quel point la vie en Israël était difficile », se souvenait Dvora-Houda. « Ils écrivaient que dans les kibboutz tout fonctionnait comme dans les kolkhozes, que les gens ne mangeaient que dans des réfectoires collectifs, qu’il était impossible de choisir ce que l’on mangeait et que chaque jour on servait un plat différent : un jour de la bouillie de riz, le lendemain des pommes de terre, puis des flocons d’avoine. »

Les rédacteurs de la propagande n’épargnaient pas non plus le Chabbat : ils affirmaient qu’il n’existait pas de Chabbat en Israël, seulement un jour ordinaire de plus dans la semaine. Ils s’efforçaient enfin de faire croire que les magasins étaient vides et que tout était distribué par tickets de rationnement.

Dvora-Houda souriait en évoquant ces souvenirs : tous lisaient ces articles et éclataient de rire. Personne n’en croyait un mot. Au contraire : plus la propagande contre la Terre d’Israël s’intensifiait, plus le désir d’y monter se renforçait chez beaucoup.

Toute la communauté s’est mobilisée

Lorsque parvint enfin la nouvelle tant attendue – la famille Rabinovitch avait obtenu son autorisation de sortie –, une immense émotion s’empara des Juifs de Samarcande. Les membres de la communauté se mobilisèrent aussitôt pour les aider. En peu de temps, une somme considérable fut réunie, destinée à soutenir la famille dans ses premiers pas en Terre d’Israël.

Durant ces années, l’Union soviétique autorisait les partants à emporter un conteneur rempli d’effets domestiques. De nombreuses familles saisirent cette possibilité et emballèrent tout ce qu’elles pouvaient : réfrigérateur, armoires, machine à laver, four, ustensiles, literie et tout ce qu’elles avaient accumulé au fil de longues années.

Deux photographies qui racontaient toute l’histoire

Quelques jours avant le départ, R’ Aharon remit à Dvora-Houda un portrait de sa famille. À cet instant précis, une idée lui vint. « Je lui ai proposé qu’une fois arrivé en Terre d’Israël, il se fasse photographier de nouveau avec les siens exactement dans la même disposition, et qu’il m’envoie le cliché. »

Elle savait que toute lettre en provenance d’Israël passerait par la censure soviétique. Mais une photographie de famille ? Cela paraissait parfaitement innocent. Il n’y avait aucun risque que les censeurs en saisissent la signification.

De fait, quelque temps plus tard, une enveloppe arriva de Terre Sainte. À l’intérieur se trouvait une nouvelle photographie. La même famille. Les mêmes visages. Le même ordre. Mais une réalité entièrement différente.

Le premier cliché avait été pris en Union soviétique, alors que les membres de la famille vivaient encore sous le régime communiste, dans l’attente fébrile de l’autorisation de partir. Le second avait été pris en Terre d’Israël, après qu’ils eurent réalisé le rêve de générations et commencé leur nouvelle vie en hommes libres.

Dvora-Houda a conservé les deux photographies côte à côte pendant des années. Selon elle, elles racontaient l’histoire des Juifs d’Union soviétique mieux que n’importe quel document d’archives. Les mots étaient superflus : il suffisait de regarder les deux images pour comprendre ce qui séparait une vie derrière le rideau de fer d’une vie en Terre Sainte.

 

Farbrenguen à Samarcande.

 

La victoire de l’esprit juif

Les récits de R’ Mordekhaï Doubin, de R’ Aharon Rabinovitch, de Rabbi Its’hak Zilber, de R’ Its’hak Weiner et de tant d’autres ne sont pas de simples souvenirs personnels. Ils constituent le témoignage vivant d’un monde entier de Juifs qui n’ont pas renoncé à leur foi, y compris sous un régime qui s’employait à extirper tout lien avec le judaïsme.

Au milieu des persécutions, des filatures, des interrogatoires et des emprisonnements, ils ont continué d’étudier la Torah, d’observer le Chabbat, de s’entraider et de rêver du jour où ils auraient le mérite de monter en Terre d’Israël.

Au centre de nombre de ces histoires se dresse la figure de R’ Mordekhaï Doubin : dirigeant, talmid ‘hakham, homme public et ‘hassid, qui sut conjuguer le courage, la responsabilité communautaire et un amour d’Israël sans limites.

Des décennies après ces événements, ses récits continuent d’inspirer et de montrer comment une braise de judaïsme a été préservée derrière le rideau de fer, jusqu’à redevenir, finalement, un grand feu.

Cet article a été rédigé à partir d’un texte source en hébreu transmis à la rédaction, réunissant des témoignages personnels recueillis auprès de Juifs originaires d’Union soviétique, ainsi que les légendes des photographies qui l’accompagnaient. Aucun lien d’origine n’ayant été fourni, la source ne peut être créditée par un renvoi direct. Les éléments biographiques concernant R’ Mordekhaï Doubin (dates, mandats parlementaires, exil et transfert de sa sépulture au cimetière juif de Malakhovka) ont été complétés par une recherche documentaire indépendante.

 

Les 2 Alpes : les trois photos de groupe qui immortalisent le séminaire européen 5786 du Beth Loubavitch

Les 2 Alpes : les trois photos de groupe qui immortalisent le séminaire européen 5786 du Beth Loubavitch

 

Trois clichés officiels viennent d’être dévoilés par le Beth Loubavitch d’Île-de-France, fixant pour la mémoire collective le séminaire d’étude européen 5786-2026 qui se tient à la station des 2 Alpes. Des centaines de participants, adultes, familles, Ba’hourim et enfants, y posent devant le décor massif des sommets de l’Oisans. Ces images résument à elles seules ce qu’est devenu, au fil d’un demi-siècle, le grand rendez-vous estival du judaïsme francophone en montagne.

 

Photos : David Karseny

 

Il y a des photographies qui valent tous les comptes rendus. Celles qui viennent d’être diffusées à l’issue de la deuxième semaine du séminaire d’étude du Beth Loubavitch appartiennent à cette catégorie. Sur la première, la plus imposante, plusieurs centaines de personnes s’étagent sur la pente herbeuse qui domine la station, adossées aux balcons de bois d’un chalet alpin, avec pour arrière-plan les crêtes minérales qui ferment l’horizon. Chapeaux noirs, chemises blanches, tee-shirts bleus des colonies : toutes les générations sont là, serrées les unes contre les autres, dans cette composition patiemment orchestrée qui constitue chaque année l’un des moments forts du séjour.

En haut à gauche, le logo bleu du Beth Loubavitch Île-de-France. En haut à droite, le portrait du Rabbi de Loubavitch, assis à son bureau, qui veille sur l’assemblée comme il veille sur chacune des institutions nées de son impulsion. Entre les deux, le titre bilingue, en français et en hébreu : « Séminaire 5786 – 2026, Les 2 Alpes – Beth Loubavitch ». Rien n’est laissé au hasard dans cette mise en scène qui, d’une année sur l’autre, reconduit le même protocole visuel et transforme un simple souvenir de vacances en document d’archives.

Trois semaines d’étude à 1 650 mètres d’altitude

Le séminaire européen d’été du Beth Loubavitch de Paris se déroule cette année du 2 au 23 août 2026 à l’Hôtel Panorama, aux 2 Alpes. Pendant trois semaines, l’établissement et ses abords se muent en un véritable centre d’étude à ciel ouvert : cours du matin, Sedarim de l’après-midi, offices dans la synagogue aménagée pour l’occasion, Farbrenguen du soir. La station savoyarde, habituée aux skieurs l’hiver et aux randonneurs l’été, voit ainsi s’installer une vie juive complète, avec ses horaires, ses rythmes et sa liturgie.

La formule, éprouvée depuis des décennies, tient dans une idée simple : ne pas opposer le repos et l’étude, mais les faire coïncider. Les journées combinent l’approfondissement des textes et les activités de plein air, les randonnées en altitude et les ateliers thématiques. Les participants viennent de toute l’Europe, et pas seulement de France. Un rayon cacher est mis à leur disposition dans la station, permettant de se fournir en produits frais et en plats préparés pour le Chabbat, détail logistique qui conditionne en réalité la possibilité même d’un tel rassemblement en pleine montagne.

Une équipe rodée autour du Rav Mendel Azimov

L’organisation générale du séminaire relève du Beth Loubavitch de Paris, dirigé par le Rav Mendel Azimov, directeur du Beth Loubavitch. Le programme d’étude destiné aux adultes est dirigé par son frère, le Rav Levi Azimov, tandis que la Yechivat Kaïtz réservée aux Ba’hourim est placée sous la direction du Rav Chmouel Lubecki. L’encadrement du Gan Israël, la colonie destinée aux enfants, est assuré par Levi Laskar et le Rav Levi Maimoun.

Cette répartition n’a rien d’anecdotique : elle traduit la conviction, constamment réaffirmée par le mouvement Habad-Loubavitch, qu’un séminaire ne peut réussir que s’il s’adresse simultanément à toutes les tranches d’âge. Le père qui étudie le matin doit savoir ses enfants pris en charge ; les adolescents doivent trouver un cadre à leur mesure ; les mères doivent pouvoir suivre les cours qui leur sont destinés. C’est cette architecture d’ensemble qui explique la longévité du rendez-vous et le nombre de familles qui y reviennent d’une année sur l’autre.

Le Gan Israël, la relève en tee-shirt bleu

La deuxième photographie diffusée est celle du Gan Israël du séminaire. Sur une prairie ouverte, dominée par une longue croupe herbeuse constellée de sapins, plus d’une centaine d’enfants en tee-shirts bleus frappés du logo de la colonie posent en rangs serrés, assis dans l’herbe rase de l’été. Derrière eux, debout ou assis sur des chaises, leurs moniteurs et responsables, jeunes gens en chemise blanche, encadrent le groupe.

Le réseau des colonies Gan Israël, fondé sous l’impulsion directe du Rabbi de Loubavitch au début des années 1950, est aujourd’hui l’un des plus vastes réseaux de camps de vacances juifs au monde. Aux 2 Alpes, sa déclinaison estivale offre aux enfants des participants un programme complet mêlant jeux, excursions, chants et études adaptées à leur âge. Sur l’image, le portrait du Rabbi occupe cette fois le centre exact de la bannière, encadré à gauche par le logo du Beth Loubavitch et à droite par l’écusson du Camp Gan Israël. Une manière de rappeler que ces enfants ne sont pas un supplément au séminaire : ils en sont l’une des raisons d’être.

La Yechivat Kaïtz, l’étude au sommet

Le troisième cliché est d’une tout autre tonalité. Une cinquantaine de Ba’hourim en costume sombre et chapeau noir posent sur un versant sec, brûlé par le soleil d’août, avec en contrebas la silhouette d’un grand chalet de bois. Assis au premier rang, les plus jeunes, en chemise claire. Derrière eux, les rangs de la Yechivat Kaïtz du séminaire 5786.

La Yechiva d’été occupe une place particulière dans le calendrier des jeunes gens du mouvement. Loin des grandes villes, elle permet plusieurs semaines d’immersion continue dans le Talmud et la ‘Hassidout, sans les sollicitations habituelles. Le choix de la haute montagne, à 1 650 mètres d’altitude, n’est pas seulement esthétique : il crée les conditions d’une concentration difficile à obtenir ailleurs. Ces Ba’hourim sont également les moniteurs, les meneurs de chants et les encadrants du séminaire ; leur présence structure la vie collective bien au-delà des heures d’étude.

Un rendez-vous inscrit dans l’histoire du judaïsme français

Le séminaire d’étude du Beth Loubavitch n’est pas une initiative récente. Les premières éditions remontent à la fin des années 1960, à une époque où le judaïsme français se recomposait après l’arrivée des communautés d’Afrique du Nord et où le Beth Loubavitch de Paris, installé rue Lamartine, commençait à déployer son activité. Depuis, la formule s’est déplacée de station en station avant de trouver aux 2 Alpes son point d’ancrage durable, et l’Hôtel Panorama son cadre habituel.

Au fil des années, le séminaire a vu naître des traditions propres : le Yar’hei Kalla du 20 Av, jour de la Hilloula de Rabbi Levi Its’hak Schneerson, père du Rabbi, qui rassemble aussi les vacanciers de passage dans la station ; les Farbrenguen de Tou Beav ; les Siyoumim retransmis en direct. Autant de rendez-vous qui font du séjour bien autre chose qu’une parenthèse estivale et l’inscrivent pleinement dans le calendrier communautaire.

À l’approche d’Elloul

Le calendrier de cette édition n’est pas indifférent. En s’achevant le 23 août, le séminaire conduit ses participants jusqu’aux premiers jours du mois d’Elloul, période traditionnellement consacrée au bilan spirituel et à la préparation des fêtes de Tichri. Dans l’enseignement hassidique, ce mois est décrit comme celui où « le Roi est dans le champ », où la proximité avec D.ieu se fait plus immédiate et plus accessible qu’à tout autre moment de l’année.

Il y a quelque chose de juste à ce que cette période commence pour des centaines de familles au milieu des alpages, loin des rythmes urbains, dans un environnement où l’étude occupe l’essentiel des journées. Les trois photographies dévoilées cette semaine en gardent la trace : des visages par centaines, des générations empilées sur une pente d’herbe sèche, et derrière eux la montagne, immobile, qui ne dit rien mais qui aura tout vu.

De la crèche du Gan Israël aux bancs de la Yechivat Kaïtz, ces trois clichés disent la même chose : une continuité qui se transmet, été après été, sur les hauteurs des 2 Alpes.

ALBUM PHOTOS