Merci ! Succès retentissant de la campagne du 20 Av pour le père du Rabbi

Merci ! Succès retentissant de la campagne du 20 Av pour le père du Rabbi

 

Cinq mille partenaires à travers le monde et plus d’un million de dollars réunis : la grande collecte annuelle de Habad au Kazakhstan s’est achevée sur un succès sans précédent, dédiée à l’élévation de l’âme de Rabbi Levi Its’hak Schneerson, père du Rabbi. Exilé jadis en terre kazakhe pour avoir diffuser le judaïsme, Rabbi Levi Its’hak voit aujourd’hui son héritage prolongé par toute une armée de Chlou’him. De tous les continents, des donateurs se sont mobilisés pour soutenir la renaissance juive qui rayonne désormais sur des dizaines de milliers de Juifs à Almaty et dans l’ensemble du Kazakhstan.

 

 

Une mobilisation historique

Une ferveur d’une ampleur inédite a saisi les ‘Hassidim du Rabbi aux quatre coins du monde autour de la grande collecte annuelle de Habad au Kazakhstan, dédiée à l’élévation de l’âme du père du Rabbi, le Gaon, le ‘Hassid et le mékoubal Rabbi Levi Its’hak Schneerson, que son mérite nous protège, condamné autrefois à l’exil kazakh pour le « crime » d’avoir répandu la lumière du judaïsme.

Le Grand Rabbin du Kazakhstan, Rav Yéchaya Cohen, dresse le bilan de cette campagne avec émotion. « Bénis-nous, notre Père, tous ensemble comme un ! », s’exclame-t-il, reprenant les mots mêmes de la prière. « Il est bouleversant de voir comment des milliers de donateurs, venus du monde entier, se sont mobilisés pour la diffusion du judaïsme au Kazakhstan, terre d’exil de Rabbi Levi Its’hak, père du Rabbi. Le Rabbi enseignait, le jour de Kaf Av, que l’âme se trouvant dans le monde de la vérité recherche des étincelles qui prolongeront son œuvre ici-bas. Et voici que des milliers de fidèles ont répondu à cet appel : ils poursuivent concrètement ce que Rabbi Levi Its’hak a commencé au Kazakhstan et perpétuent son héritage. Je n’ai aucun doute que le Rabbi éprouve une profonde satisfaction de voir que la collecte de Kaf Av, à l’élévation de l’âme de son père, a dépassé toutes les espérances. »

Le Grand Rabbin adresse sa reconnaissance à l’ensemble des acteurs de ce succès. « Je remercie tous les donateurs, ainsi que les solliciteurs qui ont travaillé sans relâche, jour et nuit, et l’équipe professionnelle qui a tout dirigé de main de maître. En chaque donateur, nous voyons un véritable partenaire de l’œuvre d’émissariat inaugurée voici plus de quatre-vingt-deux ans par celui dont nous commémorons la Hilloula, et que poursuit aujourd’hui l’armée des Chlou’him. »

Un renouveau juif au cœur du Kazakhstan

Dans un pays où les Juifs redoutaient naguère de marcher la tête haute, où tenir un cours de Torah, célébrer une brit mila ou réunir une assemblée de prière relevait littéralement du danger, se déploie aujourd’hui un renouveau juif d’une puissance remarquable. Les Chlou’him du Rabbi étendent sans cesse leur action et permettent à chacun de renouer avec ses racines et de vivre en Juif dans la joie, comme il sied à un pays dont le Rabbi s’est « personnellement soucié » durant toutes ces années.

Rav Yéchaya Cohen partage un souvenir précieux. « Lors des farbrenguen du jour de la Hilloula, le Rabbi invitait ceux qui avaient eu le mérite d’aider son père durant son exil à monter sur l’estrade et à dire le Le’haïm avec lui, en signe de reconnaissance. Le Rabbi soulignait que le service rendu à son père le concernait personnellement, et qu’il tenait pour cette raison à dire le Le’haïm en leur compagnie. » Parmi eux se trouvaient les ‘Hassidim qui avaient secouru son saint père dans son exil kazakh, ainsi que ceux qui avaient veillé sur le tsiyoun sacré et l’avaient entretenu.

Le Rabbi et le devoir sacré envers son père

Il importait au Rabbi, de manière toute personnelle, de prolonger l’héritage de son père et d’exalter sa mémoire. C’est lui qui encouragea la publication de ses écrits et l’édification du tsiyoun à Almaty.

« À plus forte raison, ajoute Rav Cohen avec émotion, au lieu même où Rabbi Levi Its’hak a œuvré dans les larmes et où repose sa dépouille, nous incombe le devoir de poursuivre son action avec encore plus de force, plus d’intensité et une envergure toujours plus grande. »

Il rappelle combien la formule du Rabbi résonne encore. « Nos émissaires veillent à l’entretien du Ohel et à l’accueil des nombreux visiteurs qui viennent s’y recueillir, et les partenaires de la collecte prennent part à cette mission comme à la transmission de l’héritage de Rabbi Levi Its’hak dans sa terre d’exil.

Le Rabbi lui-même le désirait, allant jusqu’à déclarer : « Quelle que soit la somme que je verse, elle ne suffira jamais à acquitter ce que je dois personnellement au titre du respect dû à mon père. » Et le Rav Cohen d’ajouter : « Le Rabbi n’est pas resté en reste ! Nous avons déjà été témoins de prodiges et de délivrances en faveur de ceux qui ont pris part à cette collecte, associés au respect que le Rabbi témoignait à son père. »

Un film émouvant retrace l’ensemble de la campagne 

Le Ohel d’Almaty, un lieu de recueillement

« Il nous tient à cœur que chaque visiteur bénéficie des meilleures conditions durant son séjour parmi nous, poursuit Rav Yéchaya Cohen. J’invite les groupes comme les particuliers à venir tout au long de l’année, se recueillir sur le tsiyoun pour la satisfaction du Rabbi, et à séjourner ici, au Beth Habad. »

Huit Batei Habad, répartis dans sept villes du Kazakhstan, sont animés par les émissaires du Rabbi, avec à leur tête le Beth Habad central, tout proche du tsiyoun sacré, dans la ville d’Almaty. « Cette année, grâce aux nombreux donateurs et partenaires, nous pourrons élargir notre action et la poursuivre avec une vigueur redoublée. Nous avons le devoir d’atteindre chaque âme juive, dans chaque ville et chaque village reculé, et de la rapprocher du judaïsme. Puisse cette merveilleuse unité nous faire avancer ensemble à la rencontre de Machia’h notre juste, très prochainement et sans délai. »

Le Grand Rabbin conclut par un mot de gratitude. « Nous remercions du fond du cœur l’ensemble des partenaires pour leur don généreux. Chaque chékel, dollar, euro ou tengué versé à la campagne allume une flamme supplémentaire et illumine un cœur juif de plus, et ce mérite protégera les donateurs et leur descendance, avec l’aide de D.ieu. Nous percevons de manière tangible l’élargissement que ce don apporte aux institutions du Rabbi au Kazakhstan, et heureux le sort de ceux qui ont pris part à cette collecte. »

Un tirage au sort le jour du souvenir de la Rabbanit ‘Hana

Le tirage au sort d’un billet d’avion pour deux personnes à destination du Ohel sacré d’Almaty se tiendra, avec l’aide de D.ieu, le 6 Tichri, jour du rappel de la Rabbanit ‘Hanna, la juste, épouse de sage et mère du Rabbi, celui qui envoie ses émissaires à travers le monde. Chacun peut d’ores et déjà s’associer à la collecte, faire parvenir des noms pour la prière et participer à ce tirage, afin de se recueillir sur le tsiyoun sacré et de recevoir la bénédiction.

oui je participe !

Remerciements

Une reconnaissance particulière revient à la stratège de la campagne, Braha Turnheim, ainsi qu’à l’équipe de TOP360, pour la conception de l’identité visuelle en quatre langues, le graphisme, le multimédia et la communication déployée à travers les continents, du premier travail de planification et de stratégie jusqu’au grand succès final.

Un remerciement tout particulier s’adresse à Rav Yéchayahou Abba Cohen, directeur de l’équipe de campagne, des ambassadeurs, des bénévoles et de la logistique de terrain. Nos remerciements vont également au rédacteur du bulletin spécial paru à l’occasion de la quatre-vingt-deuxième année de la disparition, Mena’hem Ziegelboim, ainsi qu’à l’équipe du site de la campagne, Raisethon, sous la direction de Rav Chloïmi Grinwald et de Levi Soudak. Notre gratitude va aussi à « Rizel, stratégie et conseil en communication », Chloïmi et Mendy Rizel, qui ont assuré la couverture des événements depuis Almaty, de même qu’à l’ensemble des sites Habad et des groupes WhatsApp qui ont rendu compte des événements sur le terrain dans une unité remarquable.

Nos remerciements chaleureux s’adressent aux émissaires du Kazakhstan qui ont porté le volet logistique et technique : Yehoudit Cohen, Rav Mordekhaï Cohen, Mina Léa Liberov, Léa Cohen, Rav El’hanan Cohen, Rav Assaf Feinstein et Ra’hel Tomarkin.

Notre reconnaissance va à toute l’équipe de la campagne : Chlomo Turnheim, Elliot Le Mar, Eitan ‘Hayoun, Sterna Sarah Wenzover, Choval Nizri, Saar Edri, Moti Wilhelm, David Lévi, Barou’h Menouilenko, Rav Assaf Feinstein, Rafik Ziganguen, Israël Chamayev, Guiti Cohen, Yehouda Cohen, ‘Hayoush Wigler, Yossik Zeitsev, Israël ‘Haski, Chmoulik Cho’het, Elki Mizra’hi, Mendy Lévin, Mena’hem Loutati, Chneour Zalman Cohen, Rav Avraham Tsvi Cohen, Mendy Sha’har, Mendy Lifchitz, Mendy Cohen, Yossef Glitsenstein, Dvora Glitsenstein, Efrat Cohen, Levi Elitov et Chalom Salomon.

Nos remerciements les plus profonds vont enfin à l’équipe dévouée des solliciteurs et à tous ceux qui ont prêté main-forte et mené l’œuvre à bien : la famille Rapaport, Eli Rabinovitch, Benji Brous, la famille Chimonov, Rav Chmaryahou et Yo’heved Boutman, la famille Belchnikov, Yossi et Sarahleh Machi Zahav, David et Sterni Zaltsman, Meïr et Léa Lévin, ‘Hayaleh Kalmanson, Moché David Cohen, Yossi Lévin, la famille Horowitz, la famille Hamburger, la famille Teichman, Michaël Goldman, Eliyahou et ‘Hana Amoyal, Routi Pash, Daniel et Sarah Lerner, Yossef et Dvori Glitsenstein, la famille Sha’har, la famille Cho’het, Chneour et Mouchki Kalmanson, Ari et Esther Wolf, la famille Weinfeld, la famille Eisenbach, Mena’hem et Cheindy, ‘Haya Matousov, Its’hak Glitsenstein, Avrahami et Guiti Cohen, Chaya et Efrat Cohen, Avraham Tsvi Cohen, ‘Haïm Cohen, Yossi et ‘Hayaleh Weisfisch, Yehouda et Sarahleh Golan, Mendy Cohen, la famille Slavin, la famille Turnheim, Yossi et ‘Hani Cohen, la famille Marozov d’Australie, Mendel Marozov, Beni Feiguine, Lev Broussi, Galia Kristal, David Lipsh, la famille Herchkop, Israël Gorkov, Yossi Oberlander, la famille Peip, Roni et Ilan, Beni et Mena’hem, Rav Moché Pinson, ‘Haya Jacobson, ‘Haya Ra’hel Aharonson, Efraïm et Choshana Bender, Dvori Grinberg, ‘Houni Marozov, Rivki Chmoukler, Avraham Schwartz, Bar Tsaroum, ‘Haïm Cohen, Mina Marozov, Mena’hem et Rivka Chimonov, et Israël Baron, pour ces heures de dévouement sans fin.

 

30 ans après, la justice américaine reconnaît le meurtre de Ari Halberstam, jeune Habad de 16 ans, comme un crime terroriste

30 ans après, la justice américaine reconnaît le meurtre de Ari Halberstam, jeune Habad de 16 ans, comme un crime terroriste

 

Plus de trente ans après l’attentat meurtrier commis sur le pont de Brooklyn, où le jeune Ari Halberstam הי’ד trouva la mort, le département américain de la Justice le reconnaît officiellement dans une lettre historique. L’administration admet que l’agression aurait dû être instruite et qualifiée, dès le premier jour, de crime de haine fédéral et de violation caractérisée des droits civiques. Ce revirement met un terme à des décennies de combat mené sans relâche par la mère de la victime.

 

 

Une reconnaissance officielle après trois décennies

La boucle est enfin bouclée. Plus de trois décennies après que du sang innocent eut été versé sur le pont de Brooklyn, le département de la Justice des États-Unis reconnaît officiellement que l’assassinat abject du jeune Ari Halberstam הי’ד, survenu en 5754 (1994), constituait sans ambiguïté un crime de haine fédéral. Cette reconnaissance vient couronner des dizaines d’années d’un combat acharné mené par sa mère, Devora Halberstam תחי’, qui n’a connu ni repos ni répit jusqu’à ce que l’administration fédérale admît enfin cette amère vérité.

Le drame du pont de Brooklyn

L’événement tragique, à jamais gravé dans la mémoire du monde Habad, se produisit alors que le jeune Ari הי’ד, âgé d’à peine seize ans, regagnait son domicile au retour de l’hôpital, en compagnie d’un groupe de Temimim de la Yechiva qui s’étaient rendus auprès du Rabbi. Un chauffeur de taxi d’origine libanaise, Rashid Baz, prit en filature le véhicule où avaient pris place les jeunes gens et ouvrit sur eux un feu meurtrier en plein cœur du pont de Brooklyn. Grièvement atteint, Ari rendit peu après son âme à son Créateur, dans un authentique Kiddouch Hachem.

Un refus prolongé de qualifier l’attentat

Bien que le terroriste eût été appréhendé puis condamné à cent quarante et un ans de réclusion, peine qu’il purgeait encore lors de son décès en détention, voici environ trois ans, les autorités américaines refusèrent durant des années de reconnaître l’agression comme un acte de terrorisme ou comme un crime de haine antisémite, la réduisant à un simple fait divers criminel de portée locale.

Le combat d’une mère

Depuis ces jours effroyables, Devora Halberstam  s’est assigné une véritable mission de vie : perpétuer la mémoire de son fils, combattre l’antisémitisme et réclamer justice, sur les plans juridique comme moral, jusqu’aux plus hauts échelons de l’administration. C’est dans cet esprit qu’elle a fondé le Musée juif des enfants, le Jewish Children’s Museum, dans le quartier de Crown Heights, avant de devenir une figure de référence dans la formation des forces de l’ordre américaines à la lutte contre le terrorisme.

Une lettre qui referme le cercle

C’est ainsi que la boucle s’est refermée lorsqu’elle reçut une lettre officielle du procureur fédéral sortant, Jay Clayton, rédigée quelques jours seulement avant sa nomination à la tête du Renseignement national. « Il ne fait aucun doute que si le meurtre de votre fils, Ari Halberstam, s’était produit aujourd’hui, nous l’aurions instruit et aurions traduit son auteur en justice au titre d’un crime de haine fédéral », écrivait-il. Le magistrat précisait avoir longuement évoqué la question avec son successeur, Jamie McDonald, et soulignait que tous deux partageaient pleinement cette position. Ces déclarations faisaient suite à une rencontre personnelle que la mère d’Ari avait eue avec le procureur fédéral, au sein même du Musée juif des enfants, à Brooklyn.

 

 

Pont de Brooklyn, 1994 : l’attentat antisémite qui emporta le jeune Ari Halberstam

Le 1er mars 1994, sur la rampe d’accès du pont de Brooklyn, un homme ouvrit le feu sur une camionnette transportant quinze étudiants juifs orthodoxes du mouvement Habad-Loubavitch. L’attaque coûta la vie à Ari Halberstam, âgé de seize ans, et fit trois autres blessés. D’abord tenue pour un accès de fureur au volant, elle ne fut requalifiée en attentat terroriste que six ans plus tard.

 

Le déroulement de l’attaque

Le 1er mars 1994, Rashid Baz, né au Liban, prit pour cible une camionnette à bord de laquelle quinze étudiants juifs orthodoxes du mouvement Habad-Loubavitch traversaient le pont de Brooklyn, à New York. Il arrosa le véhicule au moyen d’un pistolet mitrailleur Cobray MAC-11, puis fit feu sur les jeunes gens avec un pistolet semi-automatique Glock 17 de 9 mm. Un fusil à pompe Armsel Striker de calibre 12 se trouvait en outre dans son coffre.

Quatre étudiants furent atteints. Les deux plus grièvement touchés étaient Ari Halberstam, seize ans, qui succomba cinq jours plus tard à une blessure à la tête, et Na’houm Sasonkin, né en Israël, lui aussi blessé à la tête et qui conserva de graves et définitifs troubles de l’élocution.

De la rage au volant à l’attentat

Amir Abudaif, un mécanicien automobile, alerta la police. Lors de son arrestation, Baz fut trouvé en possession de littérature antijuive, d’un pistolet semi-automatique de calibre .380, d’un pistolet paralysant, d’un gilet pare-balles et de deux chargeurs de cinquante balles. Il affirma d’abord qu’une altercation routière l’avait poussé à agir, et le Federal Bureau of Investigation classa dans un premier temps l’affaire comme un simple accès de fureur au volant. Des témoins rapportèrent pourtant que, le jour même de la fusillade, Baz avait assisté à un violent sermon antisémite à la Société islamique de Bay Ridge. Ce n’est qu’en novembre 2000 que l’attaque fut officiellement requalifiée en attentat terroriste.

Le procès et la condamnation

Baz plaida non coupable pour cause de démence. Sa défense avança par ailleurs la thèse d’une réaction aux événements du Proche-Orient, et notamment à l’attaque perpétrée moins d’une semaine plus tôt contre le Caveau des Patriarches, à ‘Hévron, par un colon israélien extrémiste. Le jury écarta l’une et l’autre de ces défenses. Le 1er décembre 1994, Baz fut reconnu coupable de meurtre au deuxième degré et de quatorze chefs supplémentaires de tentative de meurtre par la Cour suprême de l’État de New York. Il fut condamné à une peine allant de cent quarante et un ans de réclusion à la perpétuité.

Ari Halberstam, la victime

Ari Halberstam, étudiant de Yéchiva, était le fils de Devora et David Halberstam, issus de familles éminentes liées au mouvement Habad-Loubavitch. Il fut élevé sous la supervision personnelle du septième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson. La famille Halberstam entretenait des liens étroits avec le Rabbi, le père d’Ari, le Rav ‘Hessed Halberstam (1951-2025), l’ayant servi en qualité de majordome et d’intendant personnel. Elle descend du Rav ‘Haïm Halberstam, fondateur de la dynastie hassidique de Sanz.

Les circonstances du drame

Le 1er mars 1994, Ari Halberstam était venu rendre visite au Rabbi souffrant, hospitalisé au Manhattan Eye, Ear and Throat Hospital, et regagnait son domicile de Brooklyn par le pont. Sur la rampe d’accès, Rashid Baz ouvrit le feu sur la camionnette, qui transportait plus d’une douzaine d’étudiants hassidiques. Armé d’un pistolet mitrailleur, de deux armes de 9 mm et d’un fusil à pompe surnommé « street sweeper », il poursuivit le véhicule à travers le pont en tirant trois rafales distinctes, criblant les deux flancs de la camionnette avant de se fondre dans la circulation. Pendant sa course meurtrière, l’assaillant aurait crié en arabe « Tuez les Juifs », clamant sa volonté de venger le massacre de vingt-neuf fidèles musulmans commis quatre jours plus tôt au Caveau des Patriarches de ‘Hévron par Baroukh Goldstein. L’attaque blessa grièvement deux des jeunes gens et en atteignit deux autres.

Transporté d’urgence à l’hôpital St. Vincent, Halberstam, le plus gravement touché, avait reçu une balle dans la tête. Victime de lésions cérébrales massives, il s’éteignit le 6 mars, cinq jours après la fusillade.

Des funérailles suivies par des milliers de personnes

Le cortège funèbre s’ébranla sur Eastern Parkway, devant la synagogue centrale de Loubavitch, au 770 Eastern Parkway, en présence de quelque dix mille personnes venues rendre un dernier hommage. Plus de deux cent cinquante policiers avaient été déployés pour assurer la sécurité. Ari Halberstam fut inhumé au cimetière de Montefiore, dans le Queens.

D’après l’article « 1994 Brooklyn Bridge shooting » de Wikipédia.

EN IMAGES. Le séminaire d’été 2026 du Beth Loubavitch : Coup d’envoi en altitude !

EN IMAGES. Le séminaire d’été 2026 du Beth Loubavitch : Coup d’envoi en altitude !

Du 2 au 23 août 2026, le Beth Loubavitch installe son grand séminaire d’étude à l’Hôtel Panorama, au cœur de la station des Deux-Alpes. Pendant trois semaines, des étudiants venus de toute l’Europe conjuguent l’approfondissement des textes sacrés et les bienfaits de l’air pur des sommets. Une manière inédite de nourrir l’âme autant que le corps, là où l’étude prend, en altitude, une saveur nouvelle.

 

 

La haute montagne au service de l’étude sacrée

C’est à 1650 mètres d’altitude, dans la station des Deux-Alpes, que le Beth Loubavitch a choisi de dresser cette année le décor de son séminaire d’étude. L’Hôtel Panorama, établissement trois étoiles offrant la pension complète, sert de camp de base à une expérience où la rigueur de l’étude épouse la sérénité des cimes. L’invitation, telle qu’elle figure sur la brochure officielle, tient en quelques mots : prendre le temps de vivre, pour quelques jours, une semaine ou davantage.

Le choix de cette destination alpine obéit à une véritable philosophie. Puisque l’été est la saison propice, disent les organisateurs, autant en profiter pour revigorer l’âme comme on renforce le corps. Ainsi l’étude traditionnelle se marie-t-elle aux vertus de l’air pur des montagnes et au grand air des activités de plein air, dans une respiration que la vie ordinaire laisse rarement le loisir de goûter.

Un programme d’étude intensif et structuré

La journée commence tôt, dès sept heures et demie, par l’étude de la ‘Hassidout, avant l’office de Cha’harit célébré à huit heures et demie. Vient ensuite la Guemara à dix heures, puis la ‘Hazara, cette révision méthodique de l’étude, à onze heures et demie. L’après-midi ménage des respirations propices à la réflexion, avec le Rambam à quatorze heures et le ‘Houmach à dix-sept heures, tandis que l’office de Min’ha ouvre sur des cours consacrés à divers sujets talmudiques. Les soirées se prolongent par l’étude du Beth Hamikdach et de la Guéoula, ainsi que du Tanya, jusqu’à la Si’ha qui referme la journée à vingt-deux heures et quart.

L’ambition du séminaire est de rendre enfin l’étude possible, sans souci et en toute liberté, afin que chacun se pénètre de cette sagesse que tout le monde envie. Pour y parvenir, plusieurs niveaux d’enseignement se déploient en parallèle, du débutant qui pose ses premières bases à l’étudiant déjà chevronné. Les cours magistraux alternent avec des sessions en petits groupes, autour du Pirké Avot et d’autres textes fondamentaux, de sorte que la transmission collective n’étouffe jamais le travail personnel.

Une logistique à la hauteur de l’événement

L’ampleur du dispositif se lit d’abord dans son organisation matérielle. Pas moins de dix agences locales ont été mobilisées pour l’hébergement, preuve de l’affluence attendue autour de ce rendez-vous européen. Les transports, eux, sont pensés depuis plusieurs villes du continent, avec des liaisons régulières au départ de Grenoble et une correspondance assurée par les cars régionaux. Le Beth Habad de Grenoble, au numéro dix de la rue Lazare Carnot, fait office de point relais pour les participants qui transitent par la ville, tandis que les lignes d’autocars complètent le maillage.

L’intendance alimentaire n’a pas été laissée au hasard. Le supermarché de la station s’est spécialement adapté à cette clientèle en proposant des produits cachère, dont l’assortiment s’étoffe progressivement à l’approche du mois d’août, pour le séminaire du Beth Loubavitch comme pour l’ensemble des vacanciers. C’est toute une station qui, le temps de l’été, se met au diapason de l’événement.

Une pédagogie renouvelée au rayonnement européen

Au-delà de l’organisation, c’est une véritable démarche d’innovation pédagogique que porte le Beth Loubavitch. Le fil conducteur en est le lien avec D.ieu que seule offre l’étude de la Torah, union incomparable à toute autre, ainsi que l’enseigne le Tanya. Autour de ce cœur d’étude viennent s’articuler des activités qui prolongent et enrichissent l’expérience : randonnées en montagne, ateliers à thème et moments de convivialité, portés par une ambiance jeune et dynamique qui promet une inspiration pour toute l’année.

L’attention se porte enfin sur les plus jeunes. Un programme spécial Gan Israël accueille les enfants de six à douze ans, avec des activités taillées à leur mesure, afin que les familles tout entières prennent part à l’aventure. C’est là, sans doute, l’un des traits les plus marquants de ce séjour d’altitude : faire de l’étude une affaire de communauté, où chaque génération trouve sa place au pied des sommets.

 

 

 

 

 La génération la plus superficielle sera la plus profonde

 La génération la plus superficielle sera la plus profonde

Notre génération se voit affublée de tous les sobriquets : distraite, insoumise, rebelle, incapable de se concentrer plus d’une demi-minute, la génération TikTok, la plus plate qui soit. Et pourtant, à travers ce vertige de superficialité, une soif inédite de sainteté, d’âme et de proximité avec D.ieu remonte des profondeurs. Réflexion sur le paradoxe d’une génération appelée non pas à ramasser les dernières miettes de l’exil, mais à plonger jusqu’à la lie du tonneau, jusqu’aux abysses de la mer.

 

 

 

 

Par le Rav Chmouel Bitton

 

Des nains sur les épaules d’un géant

Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans l’affirmation même que nous répétons souvent : nous sommes des nains juchés sur les épaules d’un géant. Notre génération voyage sur les épaules de toutes celles qui l’ont précédée, sur tout le labeur accompli au fil des siècles. Et ce petit nain, assis là-haut, n’a plus qu’une seule chose à faire : saisir la main qui se tend d’en haut. Rien de plus. Il n’a qu’à s’y accrocher, et le voilà qui glisse vers la Guéoula complète, vers le troisième Beth Hamikdache.

La génération qui referme l’histoire

Nous sommes la dernière génération de l’exil et la première de la Rédemption. Nous sommes la génération de la jonction, celle qui opère le recouvrement entre l’exil et la Guéoula. C’est une phrase que le Rabbi a répétée non pas des dizaines, mais des centaines de fois, avec une fermeté et une clarté absolues.

Aussi pourrait-on s’attendre à ce qu’une telle génération, la génération des dernières finitions, celle qui achève le récit et verrouille l’événement, n’ait plus qu’à effectuer l’ultime rangement. Qu’est-ce que cet ultime rangement ? Ce sont les gobelets que les gens ont oubliés, le mouchoir resté sur la table, l’emballage de chewing-gum abandonné là par quelqu’un. Le tout dernier coup de balai après la fête.

Quand le ménage final se dérobe

Et voilà que précisément à ce moment prétendument conclusif, alors que nous, les nains, sommes censés recueillir les dernières finitions, nous traversons au contraire des secousses, des points d’interrogation, des interrogations que les gens portent sur leur propre existence, des crises intérieures et spirituelles qui semblent nous ébranler des pieds à la tête, du dedans et du dehors, là précisément où on ne le voudrait pas.

Alors on s’arrête et on se dit : attendez, je n’ai pas compris. Sommes-nous au commencement de l’histoire ou à sa fin ? Sommes-nous ces hommes voués au travail des finitions, à l’ultime rangement, ou bien voués à affronter ici le chaos et les tourments ? Cela vaut à l’échelle du peuple tout entier, avec l’épreuve du 7 octobre, comme à l’échelle la plus intime et la plus personnelle.

Nous vivons à une époque où l’on s’interroge sur tout. Les fêlures intérieures que portent les gens atteignent des profondeurs, et des profondeurs de profondeurs, que les générations précédentes ne semblent pas avoir connues de cette manière. Peut-être ces difficultés existaient-elles déjà, mais le fait de ne pas savoir les nommer aidait à les refouler. Aujourd’hui, il existe un nom, une appellation et une définition pour chaque chose. L’homme est donc pleinement conscient de tout ce qui le traverse, et par conséquent il l’éprouve dans toute sa plénitude, dans toute son intensité.

On peut dire à un enfant qu’un bruit n’est rien, juste le vent à la fenêtre, et il est possible qu’il l’accepte. Mais dans une génération saturée de conscience de soi, chaque secousse est vécue de toutes ses fibres, des pieds à la tête.

Oser demander : jusqu’à quand ?

Parfois on ressent, effectivement, que nous sommes la dernière génération de l’exil. Et disons-le d’emblée : il n’y a pas de réponse. Il n’y a pas de réponse, car il s’agit de douleur. Beaucoup de douleur. Et à la douleur, je ne crois pas qu’il existe de réponses logiques.

En tant que membre de cette génération, et non en simple observateur qui la contemplerait de l’extérieur, il me reste un point d’interrogation que j’adresse au Saint béni soit-Il. Nous sommes la dernière génération de l’exil. Je me faisais tout petit pour l’exprimer, mais je l’ai appris du Rabbi : il est parfois permis de venir devant D.ieu et de Lui dire « jusqu’à quand ? » (ad mataï), jusqu’à quand cet exil ? Tu n’es pas obligé de tendre cette corde jusqu’à l’extrême, même si Tu en retires une immense satisfaction.

La lie au fond du tonneau

Et pourtant, avec tout cela, il apparaît qu’il existe parfois une autre définition des finitions. Ce que tu prenais pour la finition, la conclusion, comme si l’événement était terminé, sa véritable production ayant été assurée par les générations précédentes, par mes pères et les pères de mes pères, ne te laissant qu’un dernier coup de serpillière à passer.

Il s’avère que la finition, ce ne sont pas les dernières gouttes de chewing-gum. La finition, c’est ce qui gît tout au fond du tonneau de tout ce qu’ont accompli les générations. C’est bien la fin, mais non la fin qui déborde à la surface : la fin qui se tient tout en dessous. C’est la lie, ce qui repose à l’intérieur, en bas.

Et parfois, pour atteindre ce fond, tu enfonces la main dans le tonneau sans parvenir à toucher ces dernières lies qui reposent là. En poussant ta main, tu commences à faire remonter tout ce qui s’y trouve, et tout déborde au dehors. Tu as créé une pagaille et un immense ébranlement que tu n’avais nullement cherché. Tu étais réellement destiné à atteindre la lie au terme du parcours, mais pour y parvenir tu as secoué le navire tout entier. Et il n’y avait pas d’autre chemin.

Plonger jusqu’au fond de la mer

Si je transpose cela à l’âme, c’est la fin, mais une fin qui se cache dans les abysses de la mer. Nous pensions peut-être que la fin, c’étaient les coquillages laissés par les gens sur le rivage, les canettes que la mer avait rejetées. Nous nous étions dit : nous n’aurons même pas besoin d’entrer dans l’eau, quel bonheur ; il nous suffira de venir avec des sacs pour ramasser tous les déchets recrachés par la mer.

Et soudain il apparaît que nous devons aussi plonger, descendre jusqu’aux fonds marins, car la fin est là, tout au fond de la mer. C’est donc bien la fin, mais la fin des profondeurs des profondeurs. Quand je médite là-dessus, je me dis que nous ne sommes pas du tout des nains. Nous sommes bien plus profonds que les générations passées. Nous sommes bien davantage des êtres à l’attention dispersée, certes, mais dotés d’une capacité de profondeur qu’aucune génération n’avait jamais atteinte.

Pourquoi les secrets de la Torah se dévoilent aujourd’hui

On comprend alors soudain pourquoi tant de secrets de la Torah et de l’intériorité de la Torah (pnimiyout haTorah), ce que l’on nomme la Torat ha’Hassidout, se sont dévoilés précisément ces derniers temps, au cours du dernier siècle, au cours des soixante-dix dernières années. Des sources de profondeurs et de secrets de la Torah ont jailli.

Car la Torah est ce qui maintient le monde en existence : Istakel be’oraïta oubara alma, D.ieu regarda dans la Torah et créa le monde. Plus le monde requiert un traitement de profondeur, plus la force qui nous permet d’atteindre ces profondeurs réside dans un surcroît de Torah, un surcroît de profondeur dans la Torah. Et nous recevons une abondance de profondeurs de la Torah, de secrets de la Torah, d’intériorité de la Torah et de ‘Hassidout, afin d’être en mesure de tout affronter.

Je ne sais si mes paroles sont consolantes, car quelqu’un pourrait objecter : d’accord, mais cela représente un labeur bien plus rude, en un certain sens. Peut-être. Mais nous avons été destinés à cela, façonnés pour cela, entraînés pour cela. Nous n’avons pas à nous effrayer. Nous sommes réellement dans la finition, sauf que cette finition se trouve dans les profondeurs de la mer.

Le paradoxe d’Internet

Il y a là quelque chose de paradoxal, car nous avons eu droit, D.ieu merci, à toute une collection de sobriquets méprisants. Nos pères et les pères de nos pères, et vous, et vous encore, nous ont traités de tous les noms : distraits, indisciplinés, rebelles, instables, la génération TikTok, des gens incapables de rester attentifs plus d’une demi-minute à quoi que ce soit de continu. En apparence, la génération la plus superficielle et la plus plate qui soit.

Je ne prendrai qu’un exemple, susceptible de refléter le point que je veux exprimer. Considérons la révolution d’Internet, sans doute l’une des révolutions qui ont le plus contribué à notre superficialité. Elle nous a habitués à passer vite d’une chose à l’autre, à être sans cesse distraits, à ne jamais nous fixer sur un seul objet. Et de manière fascinante, cet Internet censé nous avoir ouvert l’esprit nous a rendus superficiels, incapables de fixer notre regard sur quoi que ce soit au-delà de cinq ou six secondes.

Or voilà que, soudain, sur cette même plateforme, nous nous découvrons devenus des consommateurs avides d’idées profondes, dans des podcasts d’une heure, d’une heure et demie, consacrés à un seul sujet. Et ce sujet, nous ne l’écoutons pas une seule fois : nous sommes capables de l’écouter quatre, cinq fois, pour le saisir à fond, pour en descendre les profondeurs des profondeurs. Nous sommes pourtant cette même génération TikTok. Alors, qui sommes-nous ?

La faim que D.ieu a semée

Ce qui me vient à l’esprit, c’est ce verset d’Amos : « Voici que des jours viennent, dit D.ieu, où j’enverrai une famine dans le pays, non une faim de pain ni une soif d’eau, mais celle d’entendre les paroles de D.ieu. » Comme si le Saint béni soit-Il disait : pour que vous soyez capables de toucher les profondeurs, il me faut jeter en vous une faim. Il me faut vous rendre affamés.

Comment deviendrez-vous affamés des paroles de D.ieu ? En commençant par mastiquer la superficialité. Comment auras-tu faim de profondeur ? Lorsque tu auras goûté tant de superficialité, lorsque tu seras devenu si plat que tu commenceras à la régurgiter, et que soudain s’ouvrira en toi un espace immense pour une attention que tes pères et les pères de tes pères, ceux-là mêmes qui t’ont maudit, toi et toute cette génération, la plus plate qui soit, n’auraient jamais atteinte, même à la cheville, cette faculté de creuser ainsi et de saisir des nuances aussi subtiles.

Il se passe donc là quelque chose de prodigieux, et simultanément. D’un côté, le Saint béni soit-Il déclare : vous n’aurez plus soif ni faim de rien, sinon de Mes paroles, sinon de l’âme qui est en vous. Mais pour cela, en apparence, Je vous bombarde de bavardages, de « bla-bla-bla », et cette explosion de « bla-bla-bla » n’est en réalité rien d’autre que la faim jetée en vous pour la profondeur que Je vous accorderai.

Le langage des otages, langage de l’âme

Je crois que nous vivons ce paradoxe sur le plan psychique comme sur le plan spirituel. Il existe une demande réelle, et très sincère, de notre génération, une demande de spiritualité, de sainteté, de pureté, de proximité avec D.ieu, non pas feinte, et pas nécessairement le désir de devenir religieux ou ‘harédi au sens sectoriel du terme.

Cela me rappelle un peu le langage des otages revenus des tunnels, que l’on entend soudain parler du Saint béni soit-Il, de la bénédiction Chéhakol nih’ya bidvaro, d’un Sidour qu’ils étaient parvenus à se procurer. Et l’on connaît aussi ces images bouleversantes d’otages assassinés, où on les entend évoquer la proximité avec D.ieu qu’ils avaient éprouvée là-bas.

Alors on se dit : ce n’est pas un langage religieux, ce n’est pas un langage ‘harédi, c’est un langage de l’âme, un langage juif. À mes yeux, c’est presque le langage des temps du Machia’h. Je crois que c’est ainsi que nous parlerons tous lorsque le Machia’h viendra.

Ce sera tout simplement nous

Notre lien avec le Saint béni soit-Il, notre lien avec l’âme qui est en nous, notre lien avec la Torah que D.ieu nous a donnée, notre lien avec les Mitsvot que D.ieu nous a confiées, notre lien avec notre identité la plus intime, tout cela deviendra quelque chose de profondément naturel, nullement feint, nullement sectoriel, sans étiquette. Ce sera tout simplement nous.

Ce sera nous. Et nous commençons déjà à en goûter la saveur, et cela survient en même temps que nous demeurons une bande d’êtres superficiels et plats. Car la superficialité des vanités du monde (havlé olam), pardon pour l’expression grandiloquente, est justement ce qui finit par vider le récipient. Nous commençons déjà à régurgiter cette superficialité, et nous devenons affamés et assoiffés de la parole de D.ieu.

Alors oui, nous sommes bien la génération. Et je ne le dis pas comme une parole de circonstance. Je le dis comme quelqu’un qui tente de comprendre ce qui se passe en moi, en nous.

Peut-on influencer la volonté de D.ieu ?

Peut-on influencer la volonté de D.ieu ?

 

Ce Maamar, prolongement de la paracha Ekev, explore la manière dont une âme peut, depuis ce monde, s’unir véritablement à l’Infini. Deux voies s’offrent à elle, l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot, et un seul mot, Anokhi, rend leur rencontre possible. Reste alors la question la plus vertigineuse : que signifie « influencer » la volonté de D.ieu ?

 

 

 

Texte du Maamar

Maamar
« Je vais faire de tes fenêtres, de tes ouvertures… »
Chabbat Parachat Re’eh, 5716

 Cours No 2 du Rav Levi Azimov

 

Le Maamar étudié ici s’inscrit dans le prolongement de la paracha précédente, dont le verset d’ouverture, Vehaya ekev tichmeoun, « Et ce sera parce que vous écouterez », sert de fil conducteur. Il se rattache à un discours du Likoutei Torah, Vesamti kadkod chimchotayikh, « Je ferai tes créneaux de rubis » : lorsque le Machia’h viendra, D.ieu rendra précieuses jusqu’aux ouvertures des murailles et des fenêtres. Trois notions y sont mises en avant, sur lesquelles repose tout le service de l’homme : la pensée, la parole et l’action, Ma’hachava, Dibbour et Maassé.

À un certain point, le verset annonce la récompense promise à celui qui écoute : Vechamar Hachem Elokékha lekha ète habrit véète ha’hessed, « L’Éternel ton D.ieu gardera pour toi l’alliance et la bienveillance ». Pourquoi cette récompense est-elle nommée « alliance », brit ? Parce que la véritable rétribution n’est autre que l’attachement de D.ieu à chaque Juif, le lien le plus intime qui puisse exister entre le Créateur et Sa créature.

 

Deux façons de s’attacher à D.ieu

Il existe deux manières pour l’homme de s’unir à D.ieu. La première, étudiée précédemment, passe par l’étude de la Torah. La seconde, développée ici, passe par la pratique des Mitsvot. L’une comme l’autre servent d’instrument pour relier l’homme et son Créateur. Dans ce discours, D.ieu est désigné, si l’on peut employer ces mots, par Or Ein Sof, la Lumière sans fin, tandis que le Juif est appelé Nechamot Israël, les âmes d’Israël. Tout le propos consiste à réunir Or Ein Sof et Nechamot Israël.

Certes, D.ieu est partout, et Son lien avec chaque Juif demeure même chez celui qui n’étudie pas et n’accomplit aucune Mitsva. Mais il s’agit ici d’unir un certain degré d’Or Ein Sof à un certain degré de Nechamot Israël. Or, pour réunir deux réalités différentes, il faut un troisième terme qui contienne les deux à la fois. C’est ainsi que la Torah elle-même possède une partie révélée, Nigleh, qui traite de choses tout à fait matérielles ici-bas, et une partie cachée, Nistar, qui parle des réalités divines à travers la Hassidout. Parce qu’elle réunit ces deux dimensions, la Torah peut relier D.ieu et l’homme. Encore faut-il, pour unir véritablement deux mondes distincts, que ce troisième terme comporte un point où les deux réalités deviennent réellement une seule, ce qui fut nommé, dans l’étude précédente, ‘Hokhma Stima, la Sagesse cachée.

Les Téfilines, où le matériel devient volonté divine

Il en va exactement de même pour les Mitsvot, elles aussi appelées brit, alliance. Comme la Torah, elles renferment une dimension spirituelle et une dimension matérielle. Elles sont faites d’objets matériels, et pourtant réside en elles l’attraction de la Volonté supérieure, Ratzon Élyon. Prenons l’exemple des Téfilines : ils sont faits de peau de bête, chose entièrement matérielle, et en les posant, l’homme accomplit la volonté de D.ieu. Le matériel et le spirituel s’y trouvent réunis, et c’est par eux que l’homme, matériel, s’attache à D.ieu, spirituel.

Bien plus, il ne suffit pas qu’une chose contienne les deux dimensions de manière séparée. L’union la plus haute se produit lorsque, dans la chose même, on ne peut plus les distinguer. Or les Téfilines tenus dans la main sont entièrement matériels, mais puisque la volonté de D.ieu est précisément de les poser, ils sont eux-mêmes cette volonté. Le spirituel et le matériel y sont réellement une seule et même réalité. Telle fut l’ascension de Sa Volonté : accomplir la Mitsva justement dans la matière.

C’est là que réside le « plus » de la Mitsva par rapport à l’étude. La Torah procède d’un niveau divin nommé ‘Hokhma. Elle descend certes dans le matériel, l’encre sur le parchemin, mais le Sefer Torah demeure saint, il n’est ni Etrog, ni Loulav, ni fruit, il repose dans le Aron Hakodech. La Mitsva, elle, procède de la Volonté de D.ieu, plus haute encore que la ‘Hokhma. Selon le principe constant selon lequel ce qui vient de plus haut descend plus bas, cette Volonté peut s’abaisser jusque dans des objets très matériels, un Etrog, un Loulav, et bien d’autres.

Anokhi, le niveau qui rend l’union possible

Une difficulté demeure pourtant. On pourrait croire que les Téfilines, contenant à la fois le matériel et la volonté divine, suffisent à relier l’homme à D.ieu. Pourquoi faut-il faire intervenir ce niveau si élevé appelé Anokhi ? Parce que l’Or Ein Sof n’a aucune commune mesure avec les Middot par lesquelles D.ieu a créé le monde. Il a façonné l’univers au moyen des sept attributs, ‘Hessed, Guevoura, Tiférète, et les Sefirot employées à cette œuvre sont infiniment éloignées de Lui. En vérité, le monde n’est rien pour Lui. Comment, dès lors, le geste d’un homme posant ici-bas ses Téfilines pourrait-il vraiment L’atteindre, et créer là-haut une union face à face, Yi’houd Panim be-Panim ?

C’est ici que le mot Anokhi apporte la réponse. Premier mot des Dix Commandements, Anokhi signifie « Moi, D.ieu », un niveau qui se tient au-delà des sept Noms divins, D.ieu Lui-même en Son essence. Ce degré, le plus élevé, est seul capable de relier l’Or Ein Sof et le Juif. Et c’est bien de lui qu’il est question dans le verset : Anokhi omed bein Hachem ou-beinékhem lehaguid lakhem ète devar Hachem, « Je me tiens entre l’Éternel et vous pour vous transmettre la parole de l’Éternel ».

Keter n’est pas l’Essence

Une question se pose alors : ce niveau d’Anokhi désigne-t-il l’Essence, Atsmout, ou bien Keter, la couronne ? Le Midrash enseigne : Anokhi mi ché-Anokhi, « Je suis qui Je suis ». Il s’agit du niveau de Keter, qui se tient au-dessus des deux réalités à unir, et par la force duquel s’opère l’union par la Torah. Une véritable hiérarchie se dessine ainsi : l’Or Ein Sof et le monde matériel, et au-dessus d’eux le terme qui les réunit, jusqu’au sommet qu’est Anokhi.

Pour autant, Keter n’est pas Atsmout. La couronne demeure une couronne, et chaque monde possède la sienne. Plus on s’élève, plus haute est la couronne, mais elle reste toujours de l’ordre des Sefirot. Un point remarquable mérite d’être noté : au fil des générations, les mêmes sujets de la Hassidout ont reçu des noms différents selon les Rabbanim qui les ont enseignés. L’expression Atsmout ou-Meor Ein Sof appartient essentiellement au Rabbi et à ses Maamarim, et se rencontre à peine chez ses prédécesseurs. Là où l’un parle d’Atsilout et de sa couronne, un autre monte plus haut encore, mais toujours dans le même mouvement. C’est pourquoi les Si’hot du Rabbi expliquent que ce qu’est Anokhi, c’est Atsmout ou-Meor Ein Sof. Le Rabbi lui-même a précisé que, dans ce discours, seuls le début et la fin lui appartiennent, tout le corps du Maamar étant repris du Tséma’h Tsédek.

Rassembler les étincelles dispersées

Le troisième paragraphe (Ot Guimel) résume l’enseignement : il existe deux manières de s’attacher à D.ieu, par l’étude de la Torah et par la pratique des Mitsvot, et pour réunir deux opposés, il faut un troisième terme qui les contienne et qui possède un point d’unité véritable. Ce verset parle de Moché Rabbeinou, qui déclare : Anokhi omed bein Hachem ou-beinékhem, « C’est moi qui me tiens entre D.ieu et vous ». Nommé Ich Ha-Elokim, l’homme de D.ieu, il porte en lui les deux dimensions, une moitié divine et une moitié terrestre. Son âme ne relevait pas de notre propre cycle mais venait tout entière d’un autre monde, ce qui le rendait capable de relier l’Éternel et les enfants d’Israël.

Le verset ajoute : Vehaya ekev tichmeoun ète hamichpatim ha-élé, « Et ce sera lorsque vous obéirez à ces lois ». Le mot Michpatim ne désigne pas ici l’une des trois catégories de Mitsvot, mais, selon le Targoum, l’ensemble des Halakhot de la Torah. Car une Halakha permet de trancher : ceci est Cacher, cela est Passoul. En étudiant les Halakhot, l’homme opère un tri, un Birour, met de l’ordre et élève les étincelles dispersées à tous les niveaux.

Le mot tichmeoun, qui signifie « écouter » et « obéir », se traduit ici par « rassembler », comme dans le verset Vayechama Chaoul, où le roi Saül rassemble le peuple en faisant passer un message. Entendre, c’est donc aussi réunir. Il y a un travail à accomplir : rassembler, remettre de l’ordre dans son esprit. L’homme plongé dans le monde du travail se disperse, il ne sait plus où il est, il s’éparpille en tous sens. Alors qu’il devrait garder à l’esprit que la subsistance, la Parnassa, vient de D.ieu, et n’engager dans son labeur que l’effort de ses mains, il y investit aussi sa tête et son cœur. Comme il est dit : Yeguia kapékha ki tokhel, « Quand tu manges du travail de tes mains », c’est l’effort des mains seulement, non celui de la pensée et du cœur.

Il faut alors rassembler les étincelles de l’âme dispersées dans les désirs et les occupations du monde. Chaque heure de pensée inutile, chaque parole et chaque action laissées dans la matière doivent être récupérées par la Techouva. Comme le promet le verset, Im yihyé nida’hakha bi-ktsé hachamayim micham yekabetsekha, « Même si tes bannis sont à l’extrémité des cieux, de là D.ieu te rassemblera » : de même que D.ieu va chercher le Juif perdu au bout du monde, l’homme, par sa Techouva, libère et transforme les pensées, paroles et actions restées prisonnières de la matière.

Ce rassemblement est double. Il concerne d’abord l’âme, qui doit se retirer de l’agitation du travail pour devenir plus spirituelle. Il concerne ensuite la Torah, car la dispersion de l’âme obscurcit aussi l’étude et empêche de trancher clairement la Halakha. Étudier le texte d’un Choul’han Aroukh demeure aisé, mais pénétrer une Sougya, clarifier les sujets et déduire la loi à partir de la Guemara exige de se détacher du monde et de s’investir pleinement. Voilà le sens profond de tichmeoun : non seulement étudier les Halakhot, mais s’y engager tout entier, jusqu’à s’attacher réellement à D.ieu.

Le blé, le vin et l’huile

Le même paragraphe rappelle un autre verset, tiré du second passage du Chéma, Vahaya Im Chamoa : Ve-asafta deganékha ve-tirochékha ve-yitshharékha, « Et tu récolteras ton blé, ton moût et ton huile ». Au sens simple, il s’agit d’une récompense, la récolte que D.ieu accorde. Mais le mot ve-asafta, « tu rassembleras », revient encore, et invite au même travail : redevenir spirituel, se désencombrer du monde et s’attacher à l’étude, ce que l’on nomme Techouva, non le regret d’une faute mais le retour vers D.ieu.

Ce verset recèle un sens plus profond encore. Le blé, le vin et l’huile figurent trois catégories d’âmes. Le blé, aliment essentiel dont il est dit lé’hem levav enoch yisad</em, « le pain soutient le cœur de l’homme », représente l’ensemble d’Israël, socle de toutes les âmes. Le vin, qui accompagne la joie, représente le Lévi, car nul chant, Chira, ne s’élevait au Temple sans vin. L’huile enfin, silencieuse et paisible, représente le Cohen, dont le service s’accomplissait en secret, Be-‘ha’hachay, dans la profondeur du cœur, Re’outa de-liba. Le Cohen ne se contentait pas de l’abattage rituel : il accomplissait tout un travail intérieur, éveillant en lui les degrés cachés de la volonté. Chaque Juif porte en lui ces trois dimensions, Cohen, Lévi et Israël, et doit réunir toutes ses forces pour s’attacher à D.ieu.

Ce rassemblement doit s’opérer jusque dans la Torah, elle aussi appelée blé, vin et huile. Le blé en est la partie révélée, Nigleh ; le vin, les secrets, Razine ; l’huile, les secrets des secrets, Razine de-razine, c’est-à-dire la Hassidout. Pour s’attacher à D.ieu, l’homme doit ainsi étudier un peu de tout, et réunir en lui les trois niveaux.

Deux chemins vers D.ieu

Tout cela éclaire le sens de Vehaya ekev tichmeoun ète hamichpatim ha-élé. D.ieu s’engage à récompenser l’homme par l’alliance, cet attachement suprême, à condition qu’il « écoute », c’est-à-dire qu’il rassemble : les étincelles de son âme d’abord, puis les dimensions de la Torah, la partie révélée comme la Hassidout. De manière plus générale, ce travail se résume à la pensée, la parole et l’action, Ma’hachava, Dibbour et Maassé, d’où naîtra l’union face à face de l’âme d’Israël et de la Lumière sans fin.

Or il existe deux chemins vers D.ieu. Le premier va du bas vers le haut, de l’homme vers D.ieu : progresser lentement, corriger sa pensée, sa parole et son action, jusqu’à s’attacher au Créateur. Le second va du haut vers le bas, de D.ieu vers l’homme : éveiller en soi un niveau si puissant que tout s’ordonne comme de lui-même. Telle est la différence entre les deux passages du Chéma. Le premier, Ve’ahavta, dit : be-khol levavékha ou-ve-khol nafchékha ou-ve-khol meodékha, jusqu’à ce « au-delà de toute limite » qu’est be-khol meodékha. Le second, Vahaya Im Chamoa, ne mentionne pas cet illimité, mais introduit la notion de salaire et de récompense.

Le premier passage s’adressait surtout aux Juifs vivant en Terre d’Israël, au temps du Beth Ha-Mikdach, lorsqu’un dévoilement, Guilouï, allait de D.ieu vers l’homme, sans qu’il fût besoin de parler de rétribution. Le second, comme l’enseigne Rachi, fut écrit pour l’exil, la Galout. En exil, le chemin monte du bas vers le haut, plus exigeant, attentif à la pensée, à la parole et à l’action, associé au salaire, mais privé de ce be-khol meodékha par lequel l’homme sort de toutes ses limites.

Influencer la volonté de D.ieu

Le quatrième paragraphe (Ot Dalet) distingue précisément ces deux voies. Perfectionner sa pensée, sa parole et son action relève de la volonté d’en bas, Ratzon Ta’htone, l’initiative propre de l’homme conscient qu’il doit progresser. Mais il existe une autre manière d’avancer, la volonté d’en haut, Ratzon Élyon, un désir qui vient de D.ieu et se réveille pourtant dans l’homme. C’est le travail d’un éveil du cœur, Re’outa de-liba, au-dessus de la raison et de la logique. Lorsqu’une âme réveille en elle ce point très profond, une décision forte la saisit, et sans entrer dans le détail, ses pensées, ses paroles et ses actes deviennent bons d’un seul coup. Tel est le service de be-khol meodékha, propre au premier passage du Chéma, où le verset Ve-asafta deganékha est précisément absent.

Une Guemara est ici évoquée. D’un côté, il est écrit que D.ieu pourvoira à la Parnassa sans que l’homme ait à peiner ; de l’autre, Ve-asafta implique d’aller soi-même moissonner. La Guemara résout la difficulté : tout dépend de savoir si l’on accomplit la volonté de D.ieu, Ossin ratzono chel Makom, ou non. Si l’homme fait la volonté de D.ieu, d’autres travailleront pour lui ; sinon, il devra lui-même se rendre au champ.

Au sens simple, Ossin ratzono chel Makom signifie accomplir la Torah et les Mitsvot. Mais nombreux sont ceux qui accomplissent Torah et Mitsvot et doivent malgré tout aller au champ. Le Maguid apporte alors une lecture plus profonde, souvent rapportée dans les Maamarim : Ossin ne veut pas seulement dire « accomplir », mais « influencer » la volonté de D.ieu. L’homme devient celui qui suscite le Ratzon Élyon, en s’attachant à D.ieu au-delà de tout, au niveau de be-khol meodékha. Là est le secret du verset : celui qui réveille en lui cette Volonté d’en haut n’a plus besoin d’aller chercher sa récolte, sa subsistance vient à lui par le labeur d’autres que lui. Celui qui, passif, se contente d’obéir sans atteindre ce niveau devra, lui, se rendre au champ, exposé à la dispersion de l’âme, Pizour Hanéfech, dès qu’il s’absorbe dans son travail. Mais l’amour de be-khol meodékha attire une Volonté qui se tient au-dessus de l’enchaînement des mondes, Hichtalchelout, et dispense l’homme de toute dispersion.

L’alliance de la Torah

Tel est le sens de l’alliance de la Torah. La Torah fait descendre, du haut vers le bas, la Lumière supérieure telle qu’elle est au-dessus de l’enchaînement des mondes, par le travail d’éveil du cœur, Re’outa de-liba, propre à be-khol meodékha. La prière, Tefila, opère à l’inverse, du bas vers le haut, du côté de Ve-asafta deganékha. Ainsi la différence entre les deux passages du Chéma recouvre celle des deux manières de s’unir à D.ieu : la Torah, du haut vers le bas, et la Tefila, du bas vers le haut.

C’est l’enseignement des Maamarim de Lag Baomer : celui qui prie se tient en bas et demande à D.ieu de faire descendre la pluie, tandis que celui qui étudie la Torah à la manière de Rachbi, dont il fut dit lui aussi qu’il faisait la volonté de D.ieu, fait descendre par le haut la Parnassa jusqu’en bas. Deux chemins, donc, se rejoignent dans un même service. Et ce double mouvement se retrouve jusque dans la Tsedaka, que l’on peut donner de soi-même ou en réponse à une demande, offrant ainsi à chacun de relier, à sa mesure, le ciel et la terre.

Le Rabbi et son père : deux âmes liées à travers l’exil

Le Rabbi et son père : deux âmes liées à travers l’exil

 

Le Rabbi ne fut pas seulement le fils aimé de son père, mais aussi son disciple le plus accompli, avec lequel il continua de correspondre dans les profondeurs et les secrets de la Torah malgré une distance géographique immense. Pourquoi tous pleurèrent-ils lors de la Bar Mitsva du Rabbi, comment un mariage put-il se dérouler sans le marié, et de quelle habitude Rabbi Levi Its’hak supplia-t-il son fils de cesser ? Voici l’histoire des liens singuliers qui unirent Rabbi Levi Its’hak à son fils, le Rabbi.

 

 

 

Le mariage de Rabbi Levi Its’hak avec la Rabbanit ‘Hanna se déroula le 13 Sivan 5660 (1900) dans la ville de Nikolaïev. La proposition d’union entre Rabbi Levi Its’hak et la Rabbanit ‘Hanna, née Yanovski, avait été suggérée par le saint Rabbi Rachab.

Rabbi Levi Its’hak demeura à Nikolaïev, subvenant à ses besoins à la table de son beau-père, durant près de dix années, jusqu’en 5669 (1909). Il fut alors nommé, avec la bénédiction et les encouragements du Rabbi Rachab, à la fonction de rabbin de la ville de Yekaterinoslav, qui deviendra plus tard Dniepropetrovsk.

Environ deux ans après son mariage, le vendredi 11 Nissan 5662 (1902), naquit son fils aîné, celui qui deviendra le Rabbi de Loubavitch.

Ce n’est pas le lieu de s’étendre longuement sur les années d’enfance du Rabbi, ces éléments ayant été rassemblés en de nombreux ouvrages. Dans le cadre de ce récit, nous nous concentrerons uniquement sur le lien qui unissait le Rabbi à son père, cet homme d’exception.

En une certaine occasion, la Rabbanit ‘Hanna, mère du Rabbi, raconta : « Mon mari m’ordonna de laver les mains de l’enfant chaque fois qu’il se réveillerait de son sommeil et voudrait manger, et cela dès le jour de sa naissance, ce qui ne fut pas le cas pour mes autres fils. Il s’agissait sans doute, ajouta la Rabbanit, d’une directive émanant du saint Rabbi Rachab. »

Ce même vendredi 11 Nissan 5662 (1902), le Rabbi Rachab expédia six télégrammes de Loubavitch vers Nikolaïev, contenant des bénédictions et des vœux pour la naissance de l’enfant, ainsi que diverses questions et instructions relatives à sa venue au monde et à son éducation.

La célébration de la Bar Mitsva

Dans le journal de ses souvenirs, publié récemment, la Rabbanit ‘Hanna évoque la célébration de la Bar Mitsva du Rabbi :

« Lors de sa Bar Mitsva, il prononça deux discours, l’un dans la partie révélée de la Torah, l’autre dans sa dimension cachée. Un très grand public y assista. La célébration eut lieu un Chabbat et le Farbrenguen se prolongea jusqu’après la Havdala. Moi-même, je n’étais pas dans la pièce où furent prononcés les discours, mais tous marchaient en état d’exaltation devant leur contenu, une exaltation impossible à décrire. Je me souviens que l’ingénieur Palei, homme très doué qui savait étudier avec finesse et acuité, s’approcha de moi et me dit : « C’est la première fois de ma vie que j’entends de telles paroles de la bouche d’un garçon de cet âge. » »

« Ensuite, le père du jeune homme lui demanda de lui promettre une chose. Moi-même, je n’étais pas présente, et ce n’est pas sans difficulté qu’il finit par y consentir. Des hommes âgés et des jeunes gens sortirent de la pièce, observants et non observants, le visage baigné de larmes. Il régnait là une atmosphère que je ne saurais dépeindre. Cela dura de longues heures, jusqu’à ce que le jeune homme donnât enfin sa réponse favorable. »

« Alors tous sortirent ensemble en dansant, le visage en larmes mais rempli de joie, comme s’ils étaient tous passés dans un autre monde. »

Un père et un maître

Plus d’une fois, lorsque Rabbi Levi Its’hak consultait la Rabbanit sur un sujet, celle-ci faisait remarquer : « Il faut entendre l’avis de Mendel, il possède un raisonnement sain. » Elle déclara même un jour : « Mon mari le rabbin ne l’aimait pas simplement de l’amour d’un père pour son fils, mais il l’estimait et tenait compte de son opinion sur diverses questions, et cela dès son enfance. »

Le précepteur du Rabbi, Rav Zalman Wilenkin, rapporta qu’un jour de Chabbat, alors que Rabbi Levi Its’hak enseignait devant l’assemblée la dimension cachée de la Torah, l’un des présents osa lui demander devant qui il exposait tout cela, puisque personne ici n’était en mesure de comprendre ses paroles. Rabbi Levi Its’hak répondit : là-bas, dans ce coin, se trouve un jeune homme qui comprend tout ce que je dis. Et il désigna son fils aîné, le Rabbi.

À cette époque, Rabbi Levi Its’hak confiait à son jeune fils les lettres que lui adressaient les grands d’Israël, afin qu’il y réponde. En une occasion, le père révéla à l’un de ses correspondants que la réponse à la question complexe qu’il lui avait récemment envoyée avait été rédigée par son jeune fils.

Rav Chemouel Grossman rapporta qu’un des ‘hassidim passa un jour un Chabbat chez Rabbi Levi Its’hak à Yekaterinoslav. Durant les repas, Rabbi Levi Its’hak s’entretenait de paroles de Torah, passant d’un domaine à l’autre, mais s’interrompait de temps à autre et attendait que son fils aîné indique les références des propos qu’il venait de tenir. En une occasion, l’invité demanda à Rabbi Levi Its’hak pourquoi il ne citait pas lui-même les sources de ses paroles. Rabbi Levi Its’hak lui répondit : mon fils, son érudition embrasse le monde entier. Et lorsqu’il énonce les références, j’entends des sources nouvelles auxquelles je n’avais pas songé en tenant mes propos, de sorte que se réalise véritablement en moi le verset « et de mes disciples, celui-ci étant mon fils, plus que de tous ».

Après que le Rabbi fut devenu érudit et génie dans le Chass et les décisionnaires, ainsi que dans la sagesse de la Kabbale, et en raison de la nécessité d’affronter les autorités pour les besoins de la communauté, il fut décidé qu’il acquerrait également une instruction générale. Cette autorisation reposait sur les deux possibilités mentionnées au chapitre huit du Tanya : soit « comme une hache pour trancher », soit « qu’il sache s’en servir au service de D.ieu ou pour Sa Torah ».

Ici, en cette époque et en cette situation, les deux se révélaient nécessaires. Monsieur Israël Idelson, connu plus tard sous le nom d’Israël Bar-Yehouda, qui dirigeait à l’époque le lycée municipal de Yekaterinoslav, raconta bien des années plus tard à son ami l’histoire suivante :

« Un jour, le Rabbi s’approcha de moi et me confia que son père l’avait appelé pour lui dire : « Il te serait profitable, mon fils, d’étudier également les matières profanes et de te préparer aux examens du baccalauréat. Je suis convaincu que tu en tireras un grand bénéfice. » Mais le père posa une condition à son fils : sur les seize heures d’étude sacrée quotidiennes, il ne devait, à D.ieu ne plaise, en retrancher une seule minute au profit de l’étude profane. Il ne pouvait le faire qu’aux dépens des six heures qui lui restaient pour manger, dormir et se reposer. Je lui demandai s’il envisageait sérieusement de passer les examens du baccalauréat, auxquels des jeunes de son âge devaient se préparer durant environ six années. Il me répondit qu’il espérait y parvenir, mais me pria de l’aider et de lui donner des orientations générales. Rabbi Levi Its’hak posa une réserve supplémentaire : les études générales devaient se faire à la maison, et non dans un cadre officiel quelconque. Je l’assistai et l’orientai vers des professeurs adaptés. Six mois ne s’étaient pas écoulés qu’il réussissait avec un grand succès les examens du baccalauréat. »

Entre Leningrad et Yekaterinoslav

À partir de 5683 (1923), lorsque le Rabbi rencontra pour la première fois le Rabbi Rayats, il partagea son temps entre son père et celui qui deviendrait son beau-père et son maître. À cette époque, le Rabbi Rayats introduisit le Rabbi au cœur du travail sacré, et le Rabbi prit une part active à tout ce qui se déroulait auprès de son beau-père.

C’étaient les jours de la montée des communistes au pouvoir. Le Rabbi Rayats, qui résidait alors à Leningrad, aujourd’hui Saint-Pétersbourg, menait sans crainte le combat de la Torah, tandis que, parallèlement, Rabbi Levi Its’hak conduisait dans sa ville la lutte du judaïsme face au régime. Le Rabbi était présent ici et là-bas, tant auprès du Rabbi Rayats qu’auprès de son père. Il recevait leur enseignement et, en parallèle, s’engageait dans le combat de la Torah aux côtés de son père comme du Rabbi Rayats.

Lorsque l’étau du danger d’arrestation se resserra autour du Rabbi Rayats, le Rabbi fut prié de réduire au minimum ses voyages vers son père à Yekaterinoslav. Il lui fallait rester proche du Rabbi, proche des événements, prêt à faire face à tout malheur.

Le Rabbi passa le début de l’année 5687 (1927), l’année de l’arrestation, dans la maison de son père, puis il revint à Leningrad, au foyer de l’activité. Après l’arrestation et la libération du 12 Tamouz, lorsqu’il fut décidé que le Rabbi Rayats quitterait la Russie et que, sur la liste des proches qu’il emmenait avec lui, figurait aussi le nom du Rabbi, ce dernier partit pour une dernière rencontre avec son père.

Le Rabbi Rayats quitta la Russie à la fin du mois de Tichri 5688 (1927), et le Rabbi se rendit auprès de ses parents pour y passer les fêtes de Tichri. On peut supposer que les sentiments de Rabbi Levi Its’hak et de la Rabbanit ‘Hanna étaient mêlés. D’une part, la joie et la fierté devant l’avenir éclatant qui s’ouvrait à leur fils aîné, et d’autre part, la peine et la douleur de la séparation d’avec ce fils cher et bien-aimé.

Cette fête de Sim’hat Torah de l’année 5688 (1927), dans la maison d’étude de Rabbi Levi Its’hak, fut grandiose et immense, lorsque le fils aîné du père, chéri de tous et de toute la communauté, insuffla de toutes ses forces une joie profonde, la joie véritable de la Torah, dans le cœur de tous les présents, tel celui qui charge une provision abondante destinée à servir de viatique pour une longue route de nombreuses années.

Le père, cet homme d’exception, dansait avec enthousiasme, un Sefer Torah dans les bras, et face à lui son fils, dansait et bondissait de toute sa force, poursuivant sa danse en l’honneur de la Torah, en l’honneur d’Israël et en l’honneur du Saint béni soit-Il, qui donne la Torah et choisit Son peuple Israël, même lorsque son père cessait de danser par épuisement.

Presque toutes les heures du jour et de la nuit, le Rabbi continua de danser, entraînant dans cette joie tous les habitants de la ville, grands et petits, et cette joie emporta même des étrangers.

Des années plus tard, la Rabbanit ‘Hanna reconstitua ses souvenirs devant N. Ben Yo’hanan :

« Personne, hormis mon mari et moi, ne savait que notre fils s’apprêtait à partir pour son lointain voyage. Ce Sim’hat Torah, on célébra énormément, on dansa sans mesure, comme pour dissimuler nos sentiments véritables. Nous nous efforcions de toutes nos forces d’être plus joyeux et plus vifs que jamais. Je regardais les yeux de notre fils et je voyais combien il lui était douloureux de devoir nous quitter, mais ils semblaient aussi dire : maman, ne t’inquiète pas. »

C’étaient de grands jours pour le Rabbi et pour son père, comme si leur cœur leur soufflait qu’ils ne se reverraient plus face à face. Le fils s’efforçait de recevoir toujours davantage de son père, son maître et son guide depuis le jour de sa naissance jusqu’à cet instant, et le père s’appliquait à transmettre à son fils toujours plus de l’héritage de ses ancêtres qu’il portait en lui.

Le jeudi qui suivit Sim’hat Torah, le Rabbi quitta la maison de ses parents et prit le train pour Leningrad, d’où il franchirait les frontières du pays. Désormais, le lien entre eux se maintiendrait par le papier, à travers les lettres et les colis que le Rabbi enverrait à ses parents, et les lettres que Rabbi Levi Its’hak et la Rabbanit ‘Hanna adresseraient à leur fils.

Un mariage sans marié

La première lettre que nous possédons, de Rabbi Levi Its’hak à son fils le Rabbi, date de la veille de Pessa’h, dans l’après-midi, de l’année 5688 (1928).

Cette lettre, ainsi que toutes les dizaines de lettres que Rabbi Levi Its’hak écrivit au Rabbi au fil des années, s’ouvrent par des vœux à l’occasion du jour ou de l’événement concerné, qu’il s’agisse de vœux pour une fête précise comme Roch Hachana, Pessa’h ou Chavouot, ou d’une lettre marquant un événement de la vie privée du Rabbi, tel un anniversaire de naissance ou de mariage. Chacune de ces lettres s’ouvre par quelques mots consacrés à cet événement personnel ou à cette fête, et aussitôt Rabbi Levi Its’hak explique la teneur des choses selon la dimension cachée de la Torah, mêlant en un tout indissociable le révélé et le caché.

La plupart de ces lettres suivent un ordre : elles s’ouvrent sur le sujet personnel abordé, puis, après une ou deux lignes, lorsque Rabbi Levi Its’hak commence à expliquer la question selon la Kabbale, il ouvre une parenthèse, comme pour dire : ici, nous quittons le sujet tel qu’il apparaît en surface pour descendre dans la profondeur des choses. Il développe et approfondit la question, et à la fin de l’explication, laquelle s’achève parfois après dix pages ou davantage, il referme la parenthèse et revient au sujet personnel par lequel il avait commencé.

Le 14 Kislev 5689 (1928), le Rabbi épousa la Rabbanit ‘Haya Mouchka, fille du Rabbi Rayats. Le mariage eut lieu dans la ville de Varsovie, tandis que Rabbi Levi Its’hak et la Rabbanit ‘Hanna demeuraient de l’autre côté du rideau de fer, à Dniepropetrovsk.

Environ une semaine avant le mariage, le 6 Kislev, Rabbi Levi Its’hak envoya à son fils deux lettres le même jour, emplies à la fois de « lettres de Kabbale » sur la signification du jour du mariage, et d’un flot de bénédictions jaillies d’un cœur nostalgique. Il conclut l’une de ces lettres par ces mots : « Ton père, dont l’âme est liée à la tienne. »

Le lendemain, le 7 Kislev, Rabbi Levi Its’hak adressa au Rabbi une lettre où il lui écrivait : « Mon fils le marié, puisses-tu vivre, achète avec la somme que je t’ai indiquée, pour ta fiancée, puisse-t-elle vivre, un cadeau beau et raffiné, un présent qui convienne et trouve grâce à vos yeux. Dis à la fiancée en notre nom qu’elle porte ce cadeau dans la vie et la paix, dans la joie et l’allégresse, qu’elle s’en serve en bonne santé et le cœur heureux, ensemble avec toi, dans l’aisance, la richesse et le bonheur du corps et de l’âme, comme le désirent tes parents, qui vous aiment et espèrent ne voir venir de vous que bien et bienveillance tous les jours. »

Ces jours-là, son père lui envoya encore une lettre contenant une série d’instructions détaillées sur ce qu’il devait faire durant les jours de préparation au mariage : ce qu’il devait étudier, ce qu’il devait dire lors du « Mi Chebérah » en montant à la Torah, les intentions de l’immersion au Mikvé le jour de ses noces, l’ordre de la prière du jour du mariage, ce qu’il devait revêtir sous le dais nuptial, ce qu’il devait méditer en cet instant, et bien d’autres détails encore.

Il conclut cette lettre par ces mots : « Je t’en prie, délice de mon âme, fais ainsi, et il te sera bon tous les jours, comme le désire celui qui t’aime d’un amour éternel et sans limites, et qui souhaite ton bonheur et ta réussite à jamais. »

Le jour même du mariage, le 14 Kislev, Rabbi Levi Its’hak expédia à son fils un télégramme s’ouvrant par ces mots : « Depuis les profondeurs cachées de mon cœur, je te bénis, mon fils bien-aimé, délice de mon âme, pour le jour de ton mariage avec ta compagne ‘Haya Mouchka, puissiez-vous vivre pour le meilleur. Que D.ieu, le D.ieu de nos saints ancêtres par le mérite desquels nous vivons, étende sur vous le dais de Sa paix, et que votre édifice soit à jamais. Ton père, qui est avec toi, véritablement à tes côtés. »

L’oncle du Rabbi, Rav Chemouel Schneerson, écrivit au Rabbi au sujet de ce télégramme :

« Sache, mon cher neveu, qu’au moment où il rédigea ce long télégramme qui commence par « Depuis les profondeurs cachées de mon cœur », le jour de ton mariage, télégramme que je transcrivis ensuite en caractères latins avant de l’envoyer, il fut écrit véritablement dans le sang de son cœur, les larmes ruisselant, et il répandit tout son cœur en ces mots. Puisse-t-il en être ainsi que ce qui y fut dit en vérité. Je t’en informe afin que cela te reste en mémoire, et ne le considère pas comme les autres télégrammes si tu le conserves, car moi non plus je n’oublierai ces instants, et ils ne s’effaceront jamais de moi. Tout l’amour d’un père et d’un grand homme, ainsi que les sentiments les plus intimes du tréfonds de l’âme, se déversèrent dans ce télégramme. »

Rabbi Levi Its’hak lui-même, dans sa lettre au Rabbi quelques jours après le mariage, revient sur ce télégramme et écrit au Rabbi : « Mon plus vif souhait est que mon télégramme, qui compte cent un mots, soit conservé chez toi, car il fut écrit du fond de mon cœur et des profondeurs de mon âme. J’y joins ici une copie, car nous l’avions rédigé en langue sainte. Garde-le durant de longs jours et de longues et douces années. »

Dans une autre lettre, Rabbi Levi Its’hak demande au Rabbi de lui écrire en détail toutes les paroles et tous les discours du Rabbi Rayats prononcés au mariage, « et particulièrement ce qui te concerne ».

Particulièrement remarquable est la « célébration du mariage » qui se tint dans la maison des parents du Rabbi, sans le marié ni la mariée. Le récit de ce mariage est décrit longuement dans les ouvrages Yemei Melekh et Toldot Levi Its’hak, ainsi qu’en de nombreux autres endroits.

Voici la description authentique qu’écrit au Rabbi, deux jours après le mariage, son oncle Rav Chemouel Schneerson, dans la lettre mentionnée plus haut :

« Le jour du saint Chabbat, après la prière, il y eut bien sûr un grand Kiddouch et un vaste repas, et si le nombre des invités fut modeste, les participants furent nombreux. En l’honneur du jour et du jeune couple, des discours furent prononcés, et par-dessus tous, votre père, puisse-t-il vivre, exposa un enseignement, dans des larmes de joie et d’allégresse et du plus profond de son cœur. Il nous semblait véritablement que le marié et la mariée étaient assis parmi nous, sans aucun éloignement, et que vous étiez avec nous. Les représentants des maisons d’étude prirent la parole et exprimèrent les sentiments de leur cœur et leur joie profonde. Moi-même, le soussigné, je dis aussi ce que je dis. »

« Le repas se prolongea jusqu’à huit heures du soir, et presque tous les participants restèrent jusqu’à la fin. Au milieu du repas, le cœur en joie, nous formâmes des danses et des rondes comme il se doit, et même au-delà de ce qu’il se doit. Les danses ne se déroulèrent pas seulement en bas, mais aussi en haut, car la table elle-même devint un lieu de danse, et non seulement dans l’épanchement de l’âme, mais aussi dans l’épanchement du corps, c’est-à-dire jusqu’à ôter les vêtements extérieurs, ne gardant que le petit Talit. En somme, le jour de la montée à la Torah, le Chabbat qui précéda le mariage, fut empli d’une joie et d’une allégresse véritables, dans une grande splendeur, et moi-même, le soussigné, je sortis quelque peu de mes gonds, à bon entendeur salut. »

« Après ce jour, nous entreprîmes les préparatifs du mariage, et durant tout le temps, du saint Chabbat jusqu’au mardi soir, nous nous y employâmes. Ce fut un mariage véritable, chez nous, en acte. Et bien que le marié et la mariée ne fussent pas présents, ce qui affecta peut-être un peu la chose, en vérité, au vu des préparatifs et de la joie, tout se déroula comme si vous aviez été là, non seulement en esprit mais aussi corporellement. »

« Le festin s’ouvrit à sept heures du soir. L’ouverture fut faite par votre père, puisse-t-il vivre, qui, dans des larmes d’allégresse, annonça aux participants le jour de sa joie et les pria de prendre part à sa réjouissance. Et bien que l’on fût un peu à l’étroit, au point d’y transpirer, en amis véritables ils accepteraient volontiers de transpirer avec lui ce soir-là, et c’est bien ce qu’ils firent. »

« Les discours se prolongèrent jusqu’à onze heures du soir. Entre-temps furent amenés, on ne sait par qui, des musiciens avec leurs instruments, et le repas commença, et les danses et les rondes ne connurent véritablement aucune fin, sans interruption, et cela dura jusqu’à sept heures du matin. Les danses se firent elles aussi dans l’épanchement de l’âme et du corps, jusqu’au petit Talit, et pour ceux qui n’en portaient pas, jusqu’à la chemise, précisément sur la table et sur la fenêtre, et la ville de Dniepropetrovsk jubilait et se réjouissait. »

« Il y eut des danses collectives et des danses particulières, pour nous seuls, pour eux, c’est-à-dire pour les invités seuls, et pour tous ensemble. En somme, qui n’a pas vu une telle joie n’a jamais vu de joie de sa vie. »

Que tu jeûnes chaque jour jusqu’à l’heure de min’ha

Parallèlement aux lettres de Torah et de bénédictions, le père guidait aussi son fils à distance.

Dans une lettre de cet hiver-là, Rabbi Levi Its’hak écrit au Rabbi : « Que tu jeûnes chaque jour jusqu’à l’heure de min’ha. Je ne te comprends absolument pas, quelle est cette méthode, où l’as-tu prise et qui te l’a enseignée ? Il me semble que, pour l’heure, tu es loin de la force de Shimshon, alors pourquoi agis-tu ainsi ? Ce n’est pas la voie de la Torah, ni aucunement la voie du repentir. Il faut préserver sa santé avec force et vigueur, et je t’ordonne fermement de ne faire cela en aucune façon. Efforce-toi plus que tout de veiller sur ta santé. »

De manière semblable, des années plus tard, en 5695 (1935), son père lui écrit encore (Likoutei Levi Its’hak, Igrot Kodech, page 321) : « Veille et efforce-toi de préserver ta santé, afin d’être fort et robuste, car cela aussi, et plus encore, est une très grande Mitsva. Et si le renforcement de la santé est au service de la Torah de D.ieu et de Son adoration, il n’est pas de plus haute vertu que celle-ci, car tout s’élève alors vers le bien. Aussi, au contraire, ne sois pas rigoureux dans les sévérités et les précautions en ce domaine, fortifie tes forces et ta santé avec l’intention générale de servir le Ciel. »

Une Torah par écrit

Dès lors, durant une dizaine d’années, jusqu’à l’arrestation de Rabbi Levi Its’hak au début du mois de Nissan 5699 (1939), se déroula une correspondance abondante entre le Rabbi et son père, une correspondance mêlant le révélé et le caché de la Torah, entrelacés en un tout indissociable. Dans l’ouvrage Likoutei Levi Its’hak, Igrot Kodech sont imprimées des centaines de pages denses des lettres de Rabbi Levi Its’hak à son fils, cet homme d’exception.

Ces dernières années, lorsque furent publiés les cahiers des Rechimot du Rabbi, ces notes qui embrassent l’ensemble de la Torah, nous constatons que le Rabbi envoyait une copie de ces notes à son père, qui y répondait.

La plupart du temps, Rabbi Levi Its’hak les louait ; parfois il y ajoutait ses remarques, et parfois il soutenait qu’à son avis l’explication était quelque peu différente.

Ainsi écrit-il par exemple au Rabbi : « Au sujet de tes remarques sur ma lettre, je m’en suis grandement réjoui, et si mon fils est sage, mon cœur se réjouira, moi aussi » (page 258) ; « Ce que tu as dit est bon, et vois le traité Chabbat. Que D.ieu te donne force, vigueur et réussite pour innover dans la vérité de la Torah. J’ai eu grand plaisir à ce que tu aies pris part à une réunion dans la joie et que tu y aies dit des paroles bonnes et justes, et que celui aux mains pures ajoute de la force encore à l’avenir » (page 300).

En revanche, sur la Rechima traitant du Michkan et de ses ustensiles (cahiers 105 à 109), consacrée à l’inauguration du Sanctuaire et de ses objets, que le Rabbi avait envoyée à son père, Rabbi Levi Its’hak lui répond (page 388) par une lettre de dix pages, qu’il ouvre en écrivant : « Ce que tu as écrit, à savoir que la cloison de la cour du Michkan faite de tentures de lin fait allusion à la foi en un D.ieu unique, ce qui distingue la cour du Michkan présente en chacun du domaine public de ce monde, à mon avis cette allusion ne s’accorde pas bien, car… »

Il est intéressant de relever la lettre de Rabbi Levi Its’hak au Rabbi (pages 307 à 308) dans laquelle il écrit :

« À présent, au sujet de ta lettre sur les nouveautés de Torah dont D.ieu t’a gratifié. Concernant ce que tu as écrit et sur quoi tu me demandes de te faire connaître mon opinion sans fard ni détour, sache que le discours dans son ensemble est excellent, qu’il recèle acuité et érudition dans le révélé et le caché, ainsi qu’une intelligence droite et profonde dans la compréhension de la Torah révélée et cachée. Grâces soient rendues à D.ieu qui t’a doté d’entendement, de savoir et de discernement pour comprendre et saisir Sa Torah. Ce discours est admirable. Sois fort et affermis-toi, ajoute encore de la vigueur, et que D.ieu soit à ton aide, car tu sauras atteindre la vérité de la Torah, réussir et t’élever toujours plus haut. »

« Toutefois, mon fils, délice de mon âme, voici mon conseil fidèle : veille, en tout sujet semblable, à ajouter du poivre et du sel, c’est-à-dire à faire en sorte que les choses soient toujours davantage fondées sur la sagesse de la vérité, sur la Kabbale, qui est la vérité de la Torah, la rosée et la lumière de la Torah. Car alors les propos seront plus clairs et plus lumineux, et tous les sujets s’épanouiront comme fleurs et bourgeons, arrondis de tout côté, de sorte que l’on verra et discernera bien que la chose est véritable. »

Que tu as commencé à mettre les Téfilines de Chimoucha Rabba

Parallèlement à l’échange de nouveautés de Torah entre le fils et le père, en raison de la détresse économique qui régnait alors en Russie, le Rabbi envoyait aussi à ses parents des produits de première nécessité pour leur subsistance. À ce propos, il est intéressant de recopier la lettre de Rabbi Levi Its’hak de cette époque, de l’année 5697 (1937) (page 387), où il écrit au Rabbi :

« Merci pour les chaussures reçues à l’occasion de Pessa’h. » Ici, Rabbi Levi Its’hak ouvre une parenthèse, comme mentionné plus haut, et y trouve le lien, selon la Kabbale, entre les chaussures et Pessa’h : « car il est écrit à ce sujet « vos chaussures à vos pieds », et de même pour les temps à venir « et il chemina avec des chaussures » », et il poursuit ainsi son explication sur plusieurs lignes.

Puis, après avoir achevé dans sa lettre l’explication kabbalistique, il referme la parenthèse et note un « détail secondaire » : « Elles, (es chaussures), sont bonnes. »

Après l’explication sur la signification des chaussures et de Pessa’h selon la Kabbale, il n’oublie pas non plus de préciser au Rabbi que les chaussures sont bonnes.

En examinant les lettres de Rabbi Levi Its’hak au Rabbi, on peut aussi apprendre un peu sur les événements de la vie du Rabbi. Dans sa lettre de l’année 5698 (1938) (page 420), Rabbi Levi Its’hak écrit, apparemment en réponse à une lettre du Rabbi au sujet d’un logement dans lequel ils venaient d’emménager : « Lorsque le logement se compose de deux pièces comme le vôtre, un vestibule et un salon, ou une chambrette et un salon », et il passe alors à en expliquer la signification selon la Kabbale.

De même, une autre lettre (page 422) en réponse à une lettre du Rabbi : « Tu écris que tu as commencé à mettre les Téfilines de Chimoucha Rabba. Que D.ieu soit à ton aide pour ressentir également les lumières intellectuelles de ces Téfilines. »

La rupture

Au mois de Nissan 5699 (1939), le régime communiste arrêta Rabbi Levi Its’hak, et le lien entre lui et le Rabbi fut rompu.

Ainsi s’écoulèrent de longues années de rupture, jusqu’à ce que le contact fût renoué par des voies détournées, alors que Rabbi Levi Its’hak se trouvait sur son lieu d’exil, dans un village reculé du nom de Chiili, dans les steppes du Kazakhstan.

Dans ses souvenirs (cahier 16), la Rabbanit évoque la détresse matérielle qui était la leur en ce lieu, et un point de lumière qui perça l’obscurité de ces jours sombres. Elle raconte :

« Un jour, nous parvint un télégramme de Tachkent nous annonçant que, dans les bureaux de la communauté de la ville, à savoir la communauté juive de Moscou, installée temporairement à Tachkent, se trouvait un télégramme de notre fils aîné, dans lequel il demandait où se trouvaient ses parents et l’oncle de son père. »

« Dès réception du télégramme, nous fîmes télégraphier en retour notre adresse, et là-bas nous reçûmes, quelques semaines plus tard, un nouveau télégramme. Et dès que nous aperçûmes les signatures qui y figuraient, « Mendel », « Moussia », nos yeux s’illuminèrent grandement. »

« Mais nous ne pouvions comprendre que les mots de la signature. Quant au reste du contenu du télégramme, nous ne connaissions pas la langue anglaise pour pouvoir en saisir le sens. »

« La recherche de quelqu’un capable de nous lire le télégramme dura une semaine entière, et je dus pour cela parcourir quatre kilomètres, à pied bien entendu, jusqu’à ce que nous trouvions un enseignant, dans une école, qui réussit, à grand-peine et au prix d’un effort, à me lire le télégramme. »

« Enfin résonna à nos oreilles une voix familière, une voix proche, qui nous manquait tant. »

« Quelque temps plus tard, nous reçûmes déjà deux colis de nourriture, et de ce point de vue notre situation s’allégea. »

Rabbi Levi Its’hak, lui aussi, parvint en ces jours à expédier une carte postale au Rabbi, une carte dans laquelle il décrit leur situation économique. Bien entendu, en ces temps-là, un tel envoi était examiné avec la plus grande attention, et il devait être rédigé dans les termes les moins compromettants possible.

Cette carte fut envoyée en recommandé et en exprès. C’est une carte qui touche à un véritable péril de vie. Mais la durée de son acheminement, d’après les cachets qui y figurent, prit plus de deux mois.

Dans cette carte, Rabbi Levi Its’hak écrit au Rabbi : « Je vis ici depuis presque quatre ans, et maman est arrivée il y a deux ans pour Pessa’h. Tous nos biens, couvertures et autres, sont restés à la maison, et nous sommes restés sans rien, sans aucun moyen de subsistance. Nous vivons, D.ieu merci, mais notre santé est atteinte, très affaiblie, et nous sommes souvent malades. Combien nous aurions désiré être, à l’âge de la vieillesse, auprès de nos enfants. Nous sommes ici parmi des étrangers, sans aucune connaissance. Je vous demande, dès réception de cette lettre, de nous écrire sur votre santé et sur la manière dont vous vivez, et de nous envoyer un colis avec des vêtements et du linge chaud, du tissu pour me confectionner un habit, ainsi que des chaussures de pointure 43, et pour maman de pointure 38, de même que de la nourriture : de l’huile et autres. Nous attendons votre lettre avec impatience. »

Durant toutes ces années, le Rabbi, ainsi que son beau-père le Rabbi Rayats, déployèrent de grands efforts et bien des interventions pour tenter de venir en aide à Rabbi Levi Its’hak et de l’arracher à sa détresse, mais, hélas, tous ces efforts demeurèrent vains.

La loi de la consécration par la pensée : un exemple d’échange talmudique entre le Rabbi et son père

Voici un extrait de la lettre de Rabbi Levi Its’hak au Rabbi, de l’hiver 5694 (1934) (Likoutei Levi Its’hak, Igrot Kodech, page 301) :

« Dans ta lettre, tu as soulevé une difficulté sur ce qui est exposé dans le Likoutei Torah, à savoir qu’une offrande doit être consacrée par la parole, et tu as objecté à partir du traité Chevouot, page 26 : « s’il a décidé en son cœur, d’où le sait-on ? Le verset enseigne : tout homme au cœur généreux. » Et cela te semblait contredire ce qui est dit dans le traité Meïla, page 8, dans Rachi : « par la bouche ». Tu as alors été conduit à forcer l’interprétation, en disant que l’intention de Rachi est d’exclure la nécessité d’un acte, mais que la pensée aussi serait efficace. »

« Je m’étonne que tu aies soulevé pareille difficulté. Quel rapport entre la question de la sainteté de l’offrande, qui exige précisément la parole, et ce qui est dit dans Chevouot ? Ce qui est dit dans Chevouot concerne l’obligation qui incombe à l’homme : il n’est pas nécessaire qu’il dise expressément par la bouche « je m’engage à une offrande » ; même s’il a décidé en son cœur, il est tenu d’apporter une offrande. Mais le corps de la bête ne possède encore aucune sainteté du seul fait qu’il l’a pensé en son cœur, elle n’est pas interdite à la tonte ni au travail, et l’on ne commet à son égard aucune malversation du sacré. Ce n’est que s’il a dit par la bouche « ceci est une offrande » que la bête devient une offrande dotée de sainteté, interdite à la tonte et au travail. »

« Il en va de même pour toutes les offrandes : tant qu’il n’a pas dit par la bouche que cette bête, cet oiseau ou ces deux pains seront une offrande, un sacrifice de paix, un sacrifice pour le péché ou de culpabilité, ils ne possèdent aucune sainteté, à l’exception du premier-né. C’est là ce que disent Rachi, les Tossafot et les autres commentateurs par les mots « par la bouche », à l’exclusion de la pensée, et c’est ce que dit le Likoutei Torah, à savoir qu’une offrande est consacrée précisément par la parole. Il semble que tu aies écrit cela dans la précipitation. »

En marge de sa lettre, le Rabbi indique des références qu’il cite apparemment à l’appui de son opinion : « L’offrande aussi est sanctifiée, comme le prouve le passage de Kidouchin 41 et Rachi sur place, ainsi que Teroumot, chapitre 3, michna 8, dans le Rach, le Pnei Moché, et d’autres. »

Il semble que le Rabbi envoya à son père une nouvelle lettre, non reproduite dans cet ouvrage, où il détailla les références étayant sa position. Le 11 Tévet 5694 (1934), son père lui répond par une autre lettre (pages 304 à 305) :

« Au sujet de ta difficulté, une fois de plus, sur ce qui est dit dans le Likoutei Torah, à savoir qu’une offrande n’est consacrée que par une déclaration verbale, à partir de ce qui est dit dans Chevouot où la décision du cœur suffit, et où tu ne te satisfais pas de ma réponse selon laquelle il s’agit seulement de l’obligation qui incombe à l’homme, pour laquelle la pensée suffit, tandis que pour la sainteté de la bête une déclaration verbale est requise, puisque l’on compare le sacré au prélèvement, et qu’il est évident que le prélèvement est sanctifié par la pensée, comme l’écrit clairement le Rambam, ce qui pour toi est explicite dans le Rambam ne l’est nullement pour moi. »

Rabbi Levi Its’hak poursuit en apportant des références étayant sa position, tout en se rapportant aux sources que le Rabbi avait notées pour lui-même en marge, et il les explique selon sa propre voie.

En marge de cette lettre également, le Rabbi indique et écrit : « Examiner les références dans mon cahier au sujet de la pensée. » Il renvoie apparemment à son cahier, à la Rechima numéro 151, où le Rabbi traite, sous le titre « car mes pensées ne sont pas vos pensées », de l’essence de la pensée et de son incidence dans la loi, et où il apporte de nombreuses références aux lois relatives à la pensée dans le prélèvement, dans la disqualification par la pensée, et d’autres encore.

Je reste fidèle à mon éducation

Dans une Si’ha du 20 Mena’hem Av 5739 (1979), évoquant le fait que divers milieux avaient attaqué sa position sur le danger que représente la cession de territoires de la Terre d’Israël, le Rabbi déclara :

« D.ieu béni soit-Il m’a aidé, non par mon choix ni ma volonté, en me faisant naître premier-né chez mon père, qui fut nommé Grand Rabbin de Yekaterinoslav, aujourd’hui Dniepropetrovsk. »

« En ces jours-là, dans ce pays, on était contraint de mener des débats ou de répondre à des questions, d’essuyer des réprimandes et d’autres choses semblables, et pour cela une connaissance de la langue russe était nécessaire. Comme j’étais le fils aîné du Grand Rabbin et que je maîtrisais cette langue, la tâche m’échut. »

« Ainsi suis-je habitué, depuis ces jours-là, il y a soixante à soixante-cinq ans, à ne pas attendre les honneurs, et je n’entends pas rester assis et me taire sur des questions touchant au danger de vie. Il m’est interdit d’agir ainsi, et ce n’est pas pour cela que l’on m’a éduqué et élevé. »

« Je reste fidèle à mon éducation : lorsqu’il s’agit de questions liées au danger de vie, il ne faut pas se retenir, quelle que soit la réaction d’untel. »

Le secret de la cent-unième fois

Le secret de la cent-unième fois

 

Le Talmud affirme qu’entre celui qui révise sa leçon cent fois et celui qui la révise cent-et-une fois s’ouvre un abîme insondable. Les Tossafot s’en étonnent : comment une seule répétition supplémentaire peut-elle creuser un tel gouffre ? Leur réponse dévoile un principe vertigineux, celui d’une récompense qui peut être multipliée jusqu’à cinq cents fois.

 

 

 

La question qui dérange les Tossafot

Le Talmud, dans le traité Chaguiga, s’arrête sur un verset du prophète Malachie : « Vous reviendrez et vous distinguerez entre le juste et le méchant, entre celui qui sert D.ieu et celui qui ne Le sert pas. » Les Sages s’interrogent : en quoi réside précisément la différence entre « celui qui sert D.ieu » et « celui qui ne Le sert pas », alors qu’il pourrait s’agir, dans les deux cas, d’un homme pieux et accompli, éloigné de toute faute ? La réponse du Talmud est saisissante : « Celui qui révise sa leçon cent fois n’est en rien comparable à celui qui la révise cent-et-une fois. » Le premier se voit rangé parmi ceux « qui ne Le servent pas », tandis que le second se trouve compté parmi ceux « qui Le servent ».

C’est en ce point que les Tossafot soulèvent leur objection. Pour une seule répétition de plus, la cent-unième, un fossé aussi vertigineux peut-il réellement se creuser ? Comment un écart d’à peine un pour cent dans l’effort fourni pourrait-il faire basculer un homme d’une catégorie spirituelle à une autre, radicalement opposée ? L’intuition dit qu’un pas supplémentaire au bout d’un long chemin ne devrait ajouter qu’une part infime au mérite déjà acquis. Or le verset enseigne le contraire, et cette contradiction apparente ouvre la porte à l’un des principes les plus profonds de la pensée juive.

Lefoum tsaara agra, le salaire se mesure à la peine

La réponse des Tossafot repose sur un fondement essentiel : Lefoum tsaara agra, « selon la peine, ainsi est la récompense ». La valeur d’un effort ne se calcule jamais de manière arithmétique, comme on additionnerait des unités identiques. Elle se mesure à ce que cet effort coûte réellement à celui qui l’accomplit, à la résistance qu’il doit vaincre pour aller de l’avant. Aux temps du Talmud, l’usage voulait que l’on révisât chaque chapitre cent fois. Réviser cent fois, c’était donc suivre l’habitude commune, se conformer à la norme partagée par tous. Rien, dans cette centième répétition, ne dépassait ce que l’homme faisait naturellement, presque machinalement.

La cent-unième fois, en revanche, franchit une frontière. Elle exige de sortir du sillon de l’habitude, de solliciter une volonté que rien n’y contraignait plus. Le Talmud illustre cette logique par l’image du marché : de même que le loueur d’une bête de somme réclame un prix bien plus élevé pour la portion de route qui excède le trajet convenu, l’effort qui déborde la routine acquiert une valeur sans commune mesure avec les précédents. Ce n’est donc pas la centième répétition qui pèse peu et la cent-unième qui pèse à peine davantage : c’est la centième qui appartient encore à la nature, et la cent-unième qui inaugure, à elle seule, un ordre entièrement nouveau.

Jusqu’à cinq cents fois plus

Les Tossafot vont plus loin encore. Ils enseignent que cette récompense n’a rien d’anecdotique et peut atteindre une ampleur difficile à concevoir : « même jusqu’à cinq cents fois, une récompense lui est donnée. » Ce chiffre n’est pas choisi au hasard. Il renvoie à un principe cardinal de la tradition, formulé par nos Sages en ces termes : la mesure de la bonté divine surpasse toujours la mesure du châtiment, et cela dans une proportion de cinq cents pour un.

Cet écart n’est pas une image poétique : il se déduit du texte même de la Torah, dans les paroles du Décalogue. À propos de la rétribution, il est écrit que D.ieu « visite la faute des pères sur les enfants, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ». Mais aussitôt après, à propos de la bonté, il est dit qu’Il « fait grâce jusqu’à des milliers de générations », expression que la tradition comprend comme désignant au moins deux mille générations. Rachi lui-même, commentant ce verset, relève explicitement le calcul : la faute s’étend sur quatre générations, la bonté sur deux mille ; le rapport entre les deux donne précisément cinq cents. La mesure du bien excède donc la mesure de la sévérité de cinq cents fois.

Le bien déborde toujours la mesure

Ce principe n’est pas un simple calcul de générations : il exprime une vérité fondamentale sur la manière dont D.ieu se conduit envers Sa création. La rigueur est comptée, limitée, mesurée avec parcimonie ; la bonté, elle, déborde toujours son cadre, se répand bien au-delà de ce que la stricte justice exigerait. Le Créateur, dont l’essence même est bonté, ne rétribue jamais le bien à la lettre de sa valeur apparente, mais l’amplifie et le prolonge d’une manière qui échappe à tout calcul humain.

Nos Sages en donnent une autre illustration frappante. Lorsqu’un homme forme le projet d’accomplir une bonne action mais se trouve empêché de la réaliser, D.ieu joint néanmoins cette intention à l’acte et la lui compte comme s’il l’avait accomplie. Pour la faute, il n’en va pas de même : la simple pensée mauvaise, tant qu’elle n’est pas suivie d’effet, n’est pas portée au compte de l’homme. Là encore se manifeste le même déséquilibre voulu, cette inclinaison constante de la balance céleste vers le bien, qui donne bien plus qu’elle ne réclame et pardonne bien plus qu’elle ne punit.

C’est à cette lumière que la cent-unième fois révèle toute sa portée. L’homme qui se surpasse ne reçoit pas une récompense proportionnelle au maigre surcroît d’effort qu’il croit avoir fourni. Il touche, par ce geste qui déborde son habitude, la mesure débordante de la bonté divine elle-même. Son effort n’est pas additionné aux précédents : il est démultiplié, jusqu’à cinq cents fois, parce qu’il rejoint la logique même du bien, qui ne connaît ni plafond ni calcul. Ce que l’homme donne au-delà de sa nature, le Ciel le lui rend au-delà de toute mesure.

Sortir de son habitude, le cœur de l’avoda

L’Admour Hazaken, dans le Tanya (imprimé pour la première fois en 5557 [1797]), dévoile le sens le plus profond de cet enseignement. Le mot « celui qui sert », dans le verset de Malachie, se dit au participe présent, qui désigne une action en train de se faire et non un état déjà accompli. Celui qui se contente de réviser ce à quoi il est accoutumé, fût-ce cent fois, ne « travaille » pas véritablement : il suit sa nature et son habitude, sans jamais s’opposer à lui-même. Il est vertueux, certes, mais il n’accomplit aucune avoda, aucun labeur intérieur.

Celui qui ajoute la cent-unième fois, celle qui excède ce à quoi il s’était habitué depuis sa jeunesse, celui-là seul mérite le titre de « serviteur de D.ieu ». Car c’est précisément dans ce supplément arraché à contre-courant, dans cette portion de chemin qui coûte parce qu’elle contrarie la pente naturelle, que se loge le service authentique du Créateur. La grandeur ne réside pas dans la quantité brute de l’effort, mais dans le franchissement du seuil de l’habitude, dans ce moment où l’homme cesse de se laisser porter par sa nature pour agir contre elle, au nom d’une volonté plus haute.

Une leçon pour chaque instant

Cet enseignement dépasse de loin le cadre de l’étude de la Torah. Dans la prière, dans la Tsedaka, dans l’accomplissement d’une Mitsva ou dans un acte de bonté, le moment décisif est toujours celui où l’on va au-delà de son confort, de sa routine, de son tempérament. Le geste supplémentaire, en apparence marginal, celui que rien n’obligeait à poser, vaut incomparablement plus que tous ceux qui l’ont précédé, jusqu’à cinq cents fois plus.

Car c’est là, dans ce dépassement de soi, que se joue toute la différence entre un homme qui se contente de suivre sa propre nature et un homme qui commence véritablement à servir D.ieu. La cent-unième fois n’est pas un pas de plus parmi d’autres : elle est le pas qui, à lui seul, change tout.

Kinous Hamé’hanhim international : Il n’a pas changé le monde, seulement un enfant, et cela a suffi à émouvoir tout un congrès

Kinous Hamé’hanhim international : Il n’a pas changé le monde, seulement un enfant, et cela a suffi à émouvoir tout un congrès

 

Lors du banquet du vingt-sixième Kinous HaMé’han’him international, réuni les 14 et 15 Menahem Av 5786 (28 et 29 juillet 2026) à l’hôtel Armon de Stamford, dans le Connecticut, une présentation musicale a posé la question que redoute tout éducateur : mes efforts servent-ils vraiment à quelque chose ? La réponse est venue d’un élève autrefois en difficulté, monté sur scène pour chanter devant l’assemblée. En quelques minutes, l’émotion a submergé une salle entière de Mé’han’him.

 

 

C’est à Stamford, dans le Connecticut, que s’est tenu cette année le vingt-sixième Kinous HaMé’han’him international. Durant deux jours, les 14 et 15 Menahem Av 5786 (28 et 29 juillet 2026), des centaines de Mé’han’him venus du monde entier se sont rassemblés à l’hôtel Armon, avant de se retrouver, le soir du premier jour, pour le grand banquet de clôture. L’un des moments forts de cette soirée fut une présentation musicale construite autour d’une interrogation familière à chaque Mé’hanekh (éducateur) : suis-je réellement en train de faire une différence et d’atteindre l’Ikar, l’essence même du ‘Hinoukh, de l’éducation ?

La question que tout éducateur porte en lui

Le Rav Levi Lipinski a ouvert la présentation par une vidéo et un chant exprimant les pensées intimes d’un éducateur qui donne tant à ses Talmidim, ses élèves, et qui pourtant se demande encore si ses paroles parviennent jusqu’à eux et si ses efforts produisent l’effet qu’il espère.

Puis vint l’histoire de Dovi Okonov.

L’histoire de Dovi Okonov

Dovi, un jeune élève qui éprouvait des difficultés dans son apprentissage, apparaissait dans une vidéo aux côtés de son père, le Rav Yossi Okonov, et de son enseignant, le Rav Shimmy Gerlitzky. Leurs mots ont montré ce qui peut advenir lorsqu’un éducateur regarde au-delà des difficultés d’un enfant, reconnaît ses forces et lui donne la confiance de croire en lui-même.

Pour Dovi, cette confiance a fait une véritable différence. Grâce aux encouragements et au soutien du Rav Shimmy, il a commencé à reprendre confiance en lui et, surtout, à parvenir à apprendre correctement et à connaître la réussite en classe.

Un rêve chanté sur scène

La présentation a atteint son sommet lorsque Dovi a rejoint le Rav Levi Lipinski sur scène pour interpréter «Le rêve d’un Rav».

Le message était simple et pourtant puissant : un éducateur peut parfois douter d’atteindre un enfant, alors que la différence qu’il opère est peut-être déjà bien réelle. Il arrive que l’encouragement d’un enseignant soit précisément ce qui permet à un Talmid de se voir autrement et de commencer à réussir.

Pour les centaines de Mé’han’him rassemblés au banquet, ce fut l’expression émouvante de la responsabilité et de la chance qu’ils portent chaque jour : voir un enfant, croire en lui, et l’aider à reconnaître le potentiel qui sommeille en lui.

Le rêve au cœur de l’éducation

Et c’est là, en définitive, le rêve qui se trouve au cœur du ‘Hinoukh lui-même : élever une génération d’enfants qui soient des Juifs frum, droits, chaleureux et ‘hassidiques, accomplissant la vision du Rabbi pour l’éducation et préparant le monde à la venue du Machia’h.

Le banquet a été produit par Dovid Weinbaum, la production technique étant assurée par Dovi de Zikron Digital. La musique et les paroles ont été composées par Moishy Goldstein, et la vidéo réalisée par Shamai Chein de 321 Motion.Motion.

 

EN DIRECT. DU KOTEL : Inauguration du 9e Sefer Torah des enfants

EN DIRECT. DU KOTEL : Inauguration du 9e Sefer Torah des enfants

 

Des milliers de personnes participent en ce moment au grand rassemblement marquant l’entrée du neuvième Sefer Torah des enfants d’Israël, sur l’esplanade du Kotel. L’événement se déroule en présence de Rabbanim et de personnalités publiques, et comprend un programme spécial dédié à l’honneur de la Torah. COL vous propose ici une retransmission en direct de la cérémonie.

 

 

 

Des milliers d’enfants, de parents, de Rabbanim et d’invités participent en ce moment, sur l’esplanade du Kotel, au rassemblement organisé pour l’entrée du neuvième Sefer Torah des enfants d’Israël.

Le rassemblement est organisé à l’initiative du comité pour l’écriture du Sefer Torah des enfants d’Israël. Il marque l’achèvement et l’entrée du neuvième Sefer Torah dans le cadre de ce projet, lancé à l’initiative du Rabbi.

Au cours de l’événement se succèdent des morceaux de ‘hazanout, des prestations musicales ainsi qu’un programme spécial destiné aux enfants et aux familles, à l’approche des moments forts de l’entrée du Sefer Torah.

 

Rencontre avec Rav Lévi Yits’hak Schneerson : Le Rav Yehouda Leib Raskin zal raconte

Rencontre avec Rav Lévi Yits’hak Schneerson : Le Rav Yehouda Leib Raskin zal raconte

Loin de la communauté hassidique réfugiée à Samarcande, une poignée de familles Loubavitch se retrouva par hasard à Alma Ata, tout près du lieu d’exil de Rav Lévi Its’hak Schneerson. Le jeune Leibel Raskin, âgé de onze ans, y vécut les derniers mois du père du Rabbi, jusqu’à sa maladie et son décès. Quelques semaines plus tard, son propre père payait d’une nuit de torture et de sa barbe rasée le refus de livrer les siens.

 

 

Rav Leibel Raskin, de regrettée mémoire, Chalia’h du Rabbi au Maroc, n’avait que onze ans lorsque sa famille arriva à Alma Ata et mérita de côtoyer le père du Rabbi. Voici le récit de ces années, tel qu’il l’a transmis.

La libération de Rav Lévi Its’hak

C’est en 5704 (1944) que fut enfin découvert le lieu d’exil du Rav de Yekaterinoslav, Rav Lévi Its’hak Schneerson : il se trouvait au village de Chieli, au Kazakhstan, où il purgeait cinq années de relégation qui devaient s’achever en février ou en mars de cette année-là.

Selon la loi soviétique de l’époque, quiconque avait accompli une peine de cinq ans de bannissement devait en purger cinq de plus. Le cas de Rav Lévi Its’hak risquant de tomber sous cette disposition, il devenait vital d’aménager sa peine avant son terme, afin qu’il pût quitter au plus vite son lieu d’exil. La grande majorité des ‘Hassidim se trouvaient alors à Samarcande, où ils avaient été évacués devant l’avancée de l’armée nazie à l’ouest.

Seules quelques familles, dont la nôtre, s’étaient retrouvées à Alma Ata, relativement près de Chieli. Mon père m’a confié avoir compris, plus tard, que la véritable raison de notre présence à Alma Ata, et non à Samarcande avec les autres ‘Hassidim, tenait à la hachga’ha pratit, la Providence divine : il s’agissait de venir en aide à Rav Lévi Its’hak.

Alma Ata était une très grande ville, qui comptait à l’époque plus d’un million d’habitants. Quand on parcourait ses rues, on n’y croisait presque que des femmes, tous les hommes ayant été mobilisés au front. Tous mes frères avaient atteint l’âge du service militaire, et mon père était lui aussi mobilisable. C’est uniquement grâce à la bénédiction du Précédent Rabbi qu’il avait réussi à échapper à l’appel. Nous avons connu à Alma Ata deux frères, Hirshel et Mendel Rabinovitch.

Mendel avait servi dans l’armée et avait été blessé à la guerre. Il continuait de porter son uniforme militaire, ce qui lui valait bien des droits refusés aux simples civils. Son frère et lui vouaient un dévouement sans limite à Rav Lévi Its’hak, et c’est Mendel qui prépara tout pour le délivrer. Pendant Pessa’h, il fit le voyage jusqu’à Chieli et, une fois sur place, obtint sa libération dès le lendemain de Yom Tov.

À Isrou ‘Hag, le lendemain de la fête, ils voyagèrent ensemble jusqu’à Alma Ata. Notre famille, avec d’autres familles Loubavitch, était venue à la gare accueillir Rav Lévi Its’hak et la Rabbanit Hannah. À nous, les enfants, nos parents expliquèrent qu’il s’agissait du descendant du Tséma’h Tsédek et du mé’houtane du Rabbi, puisque le fils de Rav Lévi Its’hak avait épousé la fille de Rabbi Yossef Its’hak. Depuis notre plus tendre enfance, nous connaissions le Précédent Rabbi, et prononcions souvent ce souhait : Lé’haïm, der Rebbe zol sein gezunt, que le Rabbi soit en bonne santé !

Dès leur arrivée, un appartement fut loué pour eux. Hirshel Rabinovitch fut parmi les plus actifs à leur porter secours, mais les autres Loubavitch n’étaient pas en reste. Notre famille, mes sœurs et mes frères, était particulièrement proche du Rav.

Le message de Matan Torah

À cette époque, Rav Lévi Its’hak pouvait s’asseoir et parler durant des heures. Il prenait parfois pour exemple le prénom de l’un d’entre nous et en expliquait la signification profonde, avec la guematria, la valeur numérique, et bien d’autres choses encore. Mais, comme j’étais encore jeune, je ne saisissais pas toutes ses paroles.

Une fois, pourtant, j’ai parfaitement compris son enseignement. Nous avions à Alma Ata une synagogue aménagée dans une cave, et je me souviens que Rav Lévi Its’hak y était venu prier à Chavouot. Il récita Akdamout, ce qui se grava dans ma mémoire, car ma famille suivait scrupuleusement les min’haguim Habad et ne le récitait donc jamais. Plus tard, j’ai appris que le Rabbi lui-même le récitait à chaque Chavouot.

Rav Lévi Its’hak prononça ensuite une dracha, un discours que même nous, jeunes enfants, étions capables de comprendre. Outre moi-même, il y avait alors à Alma Ata quelques petits enfants, dont Guedalia Zeideh, petit-fils du Shpoler Zeideh.

Rav Lévi Its’hak parla de Matan Torah, le don de la Torah, s’adressant surtout aux enfants. Il insistait : jamais nous ne devions nous laisser impressionner par notre environnement, mais grandir dans le Limoud Torah, l’étude de la Torah, et dans l’observance des Mitsvot, sans craindre quiconque. Notre volonté devait être celle du Aibershter, du Très-Haut. Ses paroles étaient limpides, et il exposait chacune de ses pensées avec clarté. Vu mon jeune âge, je ne me souviens pas de tout dans le détail, mais le message principal demeure : nous devions nous conduire de telle sorte que même notre crainte du gouvernement n’entravât pas nos actes.

Le lendemain de Chavouot, on diagnostiqua sa maladie qui, à notre grand désespoir, empira de jour en jour. Je me souviens que mes frères lui rendaient visite chaque jour pour l’aider à mettre les Téfilines.

Son décès survint le Kaf Mena’hem Av, le vingt Av, alors qu’il n’était âgé que de soixante-six ans. Il fallut chercher aussitôt un endroit où l’inhumer, et mon père fut chargé de trouver une place au cimetière. Il y acheta six places, puis, plus tard, une quantité considérable de métal, véritable exploit en temps de guerre, afin de dresser une barrière autour du kever, la tombe, et d’en faire une sorte de Ohel. Pendant la levaya, l’inhumation, je revois mon père accomplir la queri’ah, la déchirure faite sur un vêtement en signe de deuil, et prévenir tous ceux qui voulaient toucher le cercueil qu’ils devaient d’abord se rendre au Mikvé.

Une nuit avec le KGB

Après la Histalkout de Rav Lévi Its’hak, les familles Loubavitch d’Alma Ata « méritèrent » un invité d’honneur régulier : chaque semaine, un informateur du KGB assistait à notre Chabbat.

Mon père étant mohel, il lui arrivait souvent de pratiquer clandestinement la Brit-Milah sur des enfants déjà âgés d’un an ou deux. Quelques semaines après la Histalkout, un homme se présenta à lui et le pria de circoncire son fils de deux ans. Mon père accepta et quitta la maison avec ses instruments.

Le soir, six heures sonnèrent, puis sept, et mon père n’était toujours pas rentré. À dix heures, puis à minuit, nous avons commencé à le chercher dans les rues. Ce n’est que vers six heures du matin qu’il rentra enfin. Il était méconnaissable : durant toute son absence, il était resté pieds et poings liés, et l’on avait rasé sa barbe. Nous ne l’avons reconnu qu’à sa voix.

Il nous raconta alors qu’en descendant du tramway, il avait été abordé par un homme sorti d’une voiture, qui l’accusait à grands cris d’avoir commis un vol dans un jardin d’enfants. Mon père eut beau protester qu’il n’avait rien à voir avec un quelconque jardin d’enfants, l’homme le contraignit à monter dans le véhicule. On l’emmena au quartier général de la NKVD, où on l’enferma dans une cellule.

Au milieu de la nuit, il fut appelé à l’interrogatoire. « Raskin, qu’as-tu encore fait ? Qu’est-ce que tu nous amènes là, encore une histoire de Schneerson ? » lui lança-t-on. On était pourtant près de dix-sept ans après le départ de Russie du Précédent Rabbi. « Nous pensions être débarrassés de lui : le voilà déjà en Amérique, et voici que tu nous apportes un autre Schneerson, avec toutes ces histoires de Schneerson ! » Puis ils répétèrent mot pour mot la dracha que Rav Lévi Its’hak avait prononcée à Chavouot, tout ce qu’il avait dit sur le Hinoukh, l’éducation, sur Chabbat et sur la Cacherout.

Mon père nous raconta qu’ils l’avaient torturé toute la nuit. Après chaque heure, il avait droit à une demi-heure de répit ; mais dès qu’il s’endormait, on le réveillait pour tenter de lui arracher les noms des gens de son entourage.

Vers l’aube, un individu d’allure juive entra dans la salle : « Her zich ein, nous allons te laisser repartir, à une condition : tu signes ce papier par lequel tu t’engages à ne jamais révéler ce dont nous avons parlé ici. De plus, tu dois devenir l’un des nôtres. Si tu signes, tu rentres chez toi. »

Deux semaines après sa libération, mon père se dissimula le visage sous un foulard, ôta ses lunettes et s’enfuit à Moscou avec ma sœur. Le reste de la famille demeura à Alma Ata jusqu’en Tévet 5705 (1945).