En ce Chabbat Re’eh, le Rabbi a repris un Maamar du Tsémah Tsédek prononcé voici exactement soixante-dix ans, en 5716 (1956), pour dévoiler le secret d’un mot énigmatique du prophète Yéchayahou. Derrière la promesse des fenêtres serties de pierres précieuses de la Jérusalem future se cache une vérité vertigineuse : deux avis opposés, deux pierres, deux voies de service divin qui ne s’excluent pas mais s’unissent. Car D.ieu ne tranche pas entre elles, Il répond « ainsi et ainsi », et fait de cette contradiction apparente la lumière même de la Délivrance.
Maamar
« Je vais faire de tes fenêtres, de tes ouvertures… »
Chabbat Parachat Re’eh, 5716
Cours No 1 du Rav Levi Azimov
Le kovetz de cette semaine réunit trois Maamarim. Le Maamar présenté ici porte, comme l’indique la petite note qui l’accompagne, une correction du Rabbi à son ouverture et à sa conclusion. Il s’agit en vérité d’un Maamar du Tsémah Tsédek. Il arrivait en effet que le Rabbi reprenne un Maamar d’un Rabbi qui l’avait précédé ; et lorsque venait le moment de l’éditer, on le publiait tel qu’il était. Le Rabbi considérait qu’il l’avait répété tel quel, sans nécessairement y ajouter quoi que ce soit. Mais l’introduction et la conclusion, elles, étaient du Rabbi : ce sont ces passages qu’il a corrigés. C’est pourquoi, si l’on ouvre le Sefer haMaamarim Meloukat (Alef), on ne trouve, à la fin du volume, que le début et la fin de ce Maamar. Ici, au contraire, le Maamar est donné dans son intégralité : l’ouverture, la conclusion, et tout le corps du texte, qui reprend le développement du Tsémah Tsédek. Il fut dit ce Chabbat Re’eh de l’année 5716 (1956), il y a donc exactement soixante-dix ans. On s’efforce d’ailleurs de choisir des Maamarim issus d’années aux chiffres ronds, cinquante, soixante ou soixante-dix ans, une attention à laquelle le Rabbi lui-même accordait de l’importance.
Le verset de Kadkod et le secret des deux pierres
Le verset dit : VeSamti Kadkod Chimchotayikh. D.ieu déclare : « Je vais faire de tes fenêtres, de tes ouvertures… » Le mot ‘Halon désigne une fenêtre, un espace ouvert. D.ieu promet ainsi d’y placer des vitres d’une matière précieuse nommée Kadkod. Aujourd’hui, les murailles de Jérusalem sont bâties en pierre pour protéger de l’ennemi, mais la pierre ne laisse pas entrer la lumière du jour. D.ieu annonce qu’à la venue de Machia’h, tout cela changera : la muraille sera percée de fenêtres, les maisons elles-mêmes seront tout entières faites de fenêtres, et non seulement on n’aura plus à redouter les ennemis, mais on aura de belles vitres et des pierres précieuses. C’est donc un verset qui parle de la venue de Machia’h.
Nos Sages, de mémoire bénie, enseignent à ce sujet, dans la Guemara du traité Bava Batra : l’un dit Choam, l’autre dit Yachpé. Ce sont deux sortes de pierres précieuses, que l’on retrouve aussi parmi les douze pierres serties sur le ‘Hochen. Qui parle ici ? Il y a des anges qui affirment que ce sera Choam, et d’autres qui affirment que ce sera Yachpé. Puis la Guemara poursuit : il s’agit aussi d’une controverse entre les Amoraïm. Chacun retient deux avis. Et il est alors écrit que le Saint béni soit-Il tranche : le’evey kedein ve-kedein, qu’il en soit fait ainsi et ainsi. S’il y a deux avis, ce sera à la fois comme l’un et comme l’autre. Tel est le secret du mot Kadkod, formé de kad-kad : kedein, comme celui-ci, ve-kedein, et comme celui-là. Ainsi Kadkod n’est pas le nom d’une pierre : c’est comme si l’on disait que ce sera conforme aux deux avis, comme celui qui dit Choam et comme celui qui dit Yachpé. Ce verset est l’une des promesses qu’Israël recevra de D.ieu lors de la délivrance future (Guéoula Atida Lavo), à la venue de notre juste Machia’h, rapidement et de nos jours, Amen.
Yossef et Binyamin, les deux tsaddikim
Il y a là deux manières, deux sortes de lumières : l’une représentée par Choam, l’autre par Yachpé. Il faut comprendre, sur le plan spirituel (be-Rou’hniout), ce que sont ces deux façons de récompenser un Juif. S’il existe deux manières de récompenser, c’est qu’il a existé deux manières de servir D.ieu, dans le dévoilement de la divinité (Guilouy Elokout) à venir. Ces deux pierres figurent parmi les douze du ‘Hochen du Cohen Gadol, correspondant aux tribus d’Israël. Choam correspond à Yossef, Yachpé à Binyamin. Or il est connu que Yossef et Binyamin sont nommés, dans le Zohar, Tsaddik Elyon et Tsaddik Ta’hton, le tsaddik supérieur et le tsaddik inférieur.
Yossef fait descendre la divinité d’en haut vers le bas (mema’al leMata). Il est le Machpia, celui qui nourrit, qui abaisse la lumière même lorsque le monde n’est pas encore assez raffiné pour recevoir véritablement la lumière de D.ieu. Binyamin, à l’inverse, est l’affinement et l’élévation (Zikou’h ve-Aliya), le travail accompli du bas vers le haut (miMata leMaala), qui purifie et élève les âmes d’Israël et leur part dans le monde, et par là toute la Création, afin qu’elles puissent recevoir cette lumière. Comme l’enseigne la parabole : le cerveau d’un animal n’est pas apte à saisir une réalité intellectuelle profonde, tandis que le cerveau de l’homme est un réceptacle (Kli) capable de recevoir l’intellect, parce qu’il est plus raffiné. Le travail de Binyamin, du bas vers le haut, purifie le cerveau et l’intellect de l’homme jusqu’à en faire un réceptacle pour une lumière divine des plus élevées (Or Eloki naalé).
Les enfants de Léa et ceux de Ra’hel
Yaakov Avinou eut ce que l’on peut nommer quatre mères : Ra’hel et Léa, Bilha et Zilpa. On distingue en général Léa de Ra’hel de la manière suivante : les enfants de Léa sont appelés des Baalei Techouva, ceux de Ra’hel des Tsaddikim. Sur quel fondement ? Sur l’épisode de la vente de Yossef. Tous les fils de Léa y prirent part d’une façon ou d’une autre ; même Reouven, parti entre-temps, en portait la responsabilité. Tous durent donc faire Techouva pour cette vente. Les deux seuls à n’y avoir aucune part sont Yossef lui-même et Binyamin, qui n’était pas présent. Voilà pourquoi les enfants de Léa sont dits Baalei Techouva et ceux de Ra’hel Tsaddikim.
La racine de cela est que l’âme (Néchama) de Ra’hel est liée au service des tsaddikim (Avodat ha-Tsaddikim) ; c’est pourquoi elle devait épouser Yaakov. Léa, elle, portait une âme descendue sur terre pour transformer les choses ; c’est pourquoi il était d’abord prévu qu’elle épouse Essav, car elle avait la force de le ramener à la Techouva. Elle appartient au monde de la Techouva. Mais les enfants de Ra’hel sont deux âmes de tsaddikim, et parmi les tsaddikim eux-mêmes on distingue deux sortes. Le Zohar parle d’un Tsaddik Elyon et d’un Tsaddik Ta’hton ; nous traduisons approximativement par tsaddik élevé et tsaddik inférieur, mais telle n’est pas la véritable signification. Le Tsaddik Elyon introduit la lumière dans le monde sans nécessairement accomplir un travail sur la terre : il n’en transforme donc pas vraiment la matière, il envoie de la lumière. Le Tsaddik Ta’hton, lui, accomplit un travail de fond : il prend le monde matériel et le change.
De là, on comprend que le Michkan édifié sur le territoire de Yossef, le Michkan de Chilo, ne parvenait pas à retenir la Chékhina de manière fixe : c’est une lumière qui vient d’en haut. Yossef a nourri l’Égypte, mais il ne l’a pas transformée ; il a donné à tous. C’est le mouvement du haut vers le bas. Binyamin, en revanche, abrite le Mizbéa’h, l’autel ; de lui il est dit Binyamin Zeev Yitraf, Binyamin est un loup qui déchire : il saisit les éléments du monde matériel et les transforme. Voilà pourquoi le Maamar précise que Binyamin élève le Juif, mais aussi khelko baOlam, sa part dans le monde : tout ce que les gens possédaient, tous leurs animaux, se trouvait transformé par l’autel et par les sacrifices (Korbanot) offerts sur le territoire de Binyamin.
Nous avons donc un Tsaddik Elyon, Yossef, et un Tsaddik Ta’hton, Binyamin, et à eux répondent deux pierres. Yachpé resplendit, car on a su prendre les éléments du monde et les changer ; ce qui est transformé brille. Choam, la pierre de Yossef, où l’on introduit la lumière sans encore parvenir à tout transformer, demeure en son état ; sa couleur était sombre. Dans le tableau des douze pierres, toutes sont magnifiques, mais celle de Yossef reste obscure, car il faut apporter la lumière jusque dans un espace difficile, jusque dans un lieu ténébreux. D.ieu déclare alors qu’à la venue de Machia’h, les fenêtres seront faites des deux, de Choam et de Yachpé. La fenêtre, c’est la lumière qui jaillira à la venue de Machia’h, issue de deux manières de servir D.ieu. À travers toutes les générations, Israël accomplit certaines choses qui ressemblent au service de Yossef et d’autres qui ressemblent à celui de Binyamin ; c’est pourquoi D.ieu façonnera des fenêtres en partie Choam et en partie Yachpé.
Deux services, deux récompenses
Chacune de ces voies recèle sa propre qualité (Maala). Dans le travail de Binyamin (Yachpé), le bas s’unit plus pleinement encore à la lumière divine (Or Eloki) ; puisque l’attraction procède d’une purification devenue réceptacle pour la lumière, elle se tient dans une union parfaite (Yi’houd Gamour) avec elle. Dès qu’un Juif travaille sur lui-même, sur sa maison, sur ses affaires, et les transforme, la lumière de D.ieu qui s’y révèle trouve sa place et devient « Un ». Dans le travail de Yossef (Choam), au contraire, on introduit une lumière très élevée en Égypte alors même que l’Égypte n’y est pas préparée. On fait descendre une lumière qui excède de loin le lieu où l’on se rend ; parfois le bas n’est pas un réceptacle, il demeure sombre, mais l’essentiel est que la lumière abaissée est bien plus grande. Telles sont les deux manières de servir D.ieu et les deux récompenses. C’est là que D.ieu répond kedein ve-kedein : cela se déploiera et selon la première méthode et selon la seconde, l’avenir dévoilant les deux qualités. Tout cela est expliqué dans un Maamar du Likoutei Torah, dans les discours (Drouchim) sur VeSamti Kadkod, dans la Paracha de cette semaine.
Puisque tous ces dévoilements futurs sont la récompense de notre travail, et puisque D.ieu nous annonce qu’Il nous récompensera de ces deux façons, il faut en conclure que notre travail d’aujourd’hui, au temps de l’exil (biZman ha-Galout), comporte lui aussi ces deux modes ; et il nous faut comprendre le sens de Choam et de Yachpé dans le service de l’homme (ba-Avoda).
« Lorsque vous écouterez » : le service des derniers instants
Pour le saisir, il faut reprendre le Maamar précédent, sur Ekev, prononcé la semaine d’avant, comme l’indique la note : ces deux Maamarim se suivent. À l’époque des talons de Machia’h (Ikveta di-Mechi’ha), alors tichmeoun vadaï, vous écouterez assurément. Puisqu’il s’agit de l’ultime génération, aucun être rejeté ne restera repoussé (lidacha mimeno nidach), et ainsi, dans cette génération, vous écouterez assurément. Le verset dit VeHaya Ekev Tichmeoun, « et il adviendra, Ekev, lorsque vous écouterez ». Le mot Ekev signifie le talon, et signifie aussi « lorsque ». Comment lire le verset ? Lorsque vous serez la dernière génération avant la venue de Machia’h, celle qu’on appelle la génération du talon, D.ieu dit non pas « si » vous obéissez, mais « lorsque » vous obéirez ; Il promet que, dans cette ultime génération, tous les Juifs reviendront et serviront D.ieu.
Ce service se compose de trois choses, comme le dit le verset : Tichmeoun, Ouchmartem, Vaassitem. Écouter, c’est la pensée (Ma’hachava) ; garder, c’est la parole (Dibour) ; faire, c’est l’action (Maassé). Lorsqu’un Juif perfectionne sa pensée, sa parole et son action de sorte qu’elles procèdent de son âme divine (Néfech ha-Elokit), c’est-à-dire la Torah et les Mitsvot, alors VeChamar Hachem Elokekha Lekha, D.ieu le récompense à son tour de trois choses : Il lui accorde l’Alliance (Brit), Il lui prodigue le ‘Hessed, la bonté, et Il tient le serment (Chevoua) qu’Il a prêté. Par le travail de l’homme s’opère l’union de ses actes avec son Créateur, l’union de l’âme d’Israël et du Saint béni soit-Il, face à face (Panim el Panim) ; et par le travail « de tout ton pouvoir », on attire un dévoilement situé au-dessus de l’enchaînement des mondes (mema’al le-Hichtalchelout). Ce dévoilement n’est attiré d’en haut que par le seul biais de l’Alliance, non par la mesure des attributs, mais par l’Alliance.
Pourquoi, dès lors, parler d’Alliance ? Lorsqu’un homme travaille pour un autre et s’entend dire « fais ceci, et je te paierai à la fin du mois », on ne déclare pas « je te jure, je conclus avec toi une alliance de te payer » : cela va de soi, si j’ai travaillé, on me doit mon salaire. Pourquoi donc le verset dit-il que D.ieu conclut avec toi une Alliance ? Parce qu’en vérité D.ieu ne nous doit rien, et notre travail ne L’atteint pas véritablement. S’Il finit par nous accorder un salaire, ce n’est pas qu’Il nous le doive, mais parce que c’est une Alliance, un engagement au-delà de toute logique, afin que l’acte d’un homme prenne place en haut et y subsiste.
La Torah, alliance qui relie l’âme à D.ieu
Le mot Alliance (Brit) fait allusion à la Torah, comme il est dit de l’alliance conclue au pied du mont Sinaï, et comme il est clairement énoncé : Ein Brit Ela Torah, il n’est d’alliance que la Torah. La Torah est l’Alliance qui unit une âme à D.ieu, ainsi qu’il est écrit Anokhi Omed bein Hachem ou-Veineikhem, Je me tiens entre D.ieu et vous. Ce Anokhi n’est allusionné dans aucune lettre, ni même dans la pointe (Kots) qui les surmonte ; il fait généralement allusion au Kéter. C’est lui qui relie Israël et le Saint béni soit-Il par la Torah.
Chaque fois qu’un intermédiaire réunit deux réalités, il comporte deux niveaux : l’un lié à la partie supérieure, l’autre à la partie inférieure ; c’est par ces deux aspects qu’il devient un intermédiaire unificateur (Memoutsa Me’haber). Il en va de même pour la Torah : si elle unit les âmes d’Israël et le Saint béni soit-Il, c’est qu’elle recèle un niveau lié aux créatures et un niveau lié au Saint béni soit-Il. La Torah s’est revêtue de sujets matériels (Devarim Gachmiim) : par ce côté elle est liée aux créatures, et c’est là sa partie révélée, le Niglé. Et il est en elle un niveau, en tant qu’édifice spirituel (Binyan Rou’hni) : c’est sa partie cachée, le Sod, qui parle de la divinité (Inyan Elokout) et nous demeure voilé. La Torah est Sa sagesse et Sa volonté, et par ces deux niveaux elle devient l’intermédiaire qui unit la Lumière infinie (Or Ein Sof) et les âmes d’Israël.
Au sens simple (Pchat), le verset « Je me tiens entre D.ieu et vous » ne désigne pas la Torah mais Moché Rabbénou, qui dit : c’est moi qui fais le lien entre D.ieu et le Juif. Il existe en réalité un lien triple. Nous possédons d’abord une connexion avec D.ieu qui échappe entièrement à la Torah : c’est notre âme, qui, à sa racine (Chorech) telle qu’elle se tient en haut, est « Une » avec D.ieu et n’a nul besoin de la Torah pour Lui être rattachée. Mais une fois l’âme descendue dans un corps, le corps et l’âme animale (Néfech ha-Bahamit) forment un voile ; qu’est-ce qui permettra alors de renouer le contact de façon révélée ? Parfois, dit-on, cela passe par Moché Rabbénou : il a noué ce lien non pas simplement en nous parlant, mais en nous donnant la Torah. Ainsi le Anokhi Omed ne désigne pas Moché en tant que tel, mais la Torah ; c’est Moché avec la Torah qui établit le lien.
Et dans la Torah elle-même, quelle part fait le lien ? Sa dimension divine. La Torah renferme des mots, des lettres, mais elle recèle aussi comme un sommet qui les domine tous : la notion de Anokhi, et plus précisément le Alef de Anokhi, cette infime pointe, semblable à la petite pointe qui surmonte le Youd du Nom divin, le niveau le plus élevé, celui qui établit le lien. Certes, dès que j’étudie la Torah, je m’attache à D.ieu ; mais le secret est que ce n’est pas le texte étudié qui t’attache à D.ieu, c’est de nouveau la lumière de D.ieu contenue dans cette Torah. Une fois l’âme descendue sur terre, elle a besoin d’aide : la Torah lui dit quoi faire, elle attache son intelligence à elle, et elle abrite en son sein quelque chose de très haut ; et c’est cette hauteur, dans la Torah, qui nous permet de faire le lien.
Enfin, pour relier deux réalités, il faut d’abord qu’il y ait dans l’agent unificateur un peu des deux ; on l’appelle souvent le troisième (Chlichi), et la Torah est liée au chiffre trois, donnée au troisième mois. Le Niglé de la Torah parle des choses du monde, si bien qu’un Juif ici-bas s’y attache parce qu’elle lui parle de son monde ; et ses parties voilées (Setoumot) ne parlent que de divinité. Parce que la Torah possède et le spirituel et le matériel, elle peut nous relier à D.ieu.
La ‘Ho’hma Setima, véritable intermédiaire
Poussons à présent plus profond, dans les termes de la Kabbala. Il est connu que Oraïta me-‘Ho’hma nafkat, la Torah émane de la ‘Ho’hma, la sagesse. Mais de quelle ‘Ho’hma s’agit-il ? Non seulement de la sagesse supérieure (‘Ho’hma Ilaa), mais de la sagesse cachée, la ‘Ho’hma Setima. La source de la Torah se situe à ce niveau de sagesse, avant même qu’il ne devienne une Sefira d’Atsilout, lorsque les Sefirot sont encore extrêmement élevées. La ‘Ho’hma Setima est le véritable intermédiaire (Memoutsa Amiti) ; c’est ce niveau qui, à la base, unit réellement D.ieu et l’homme.
En règle générale, le Kéter est l’intermédiaire entre la Lumière infinie transcendante (Or Ein Sof ha-Maatsil) et les émanés (Neetsalim). L’aspect de D.ieu qui crée le monde d’Atsilout est nommé Maatsil, et les Sefirot d’Atsilout sont les Neetsalim ; l’aspect qui crée la Bria est nommé Boré, et ses Sefirot sont dites Nivra ; l’aspect qui crée la Yetsira est nommé Yotser, et ses Sefirot sont dites Yetsirot. Dans chaque monde, il y a dix Sefirot, et au-dessus d’elles une couronne, le Kéter, qui renferme toujours lui-même deux niveaux : une partie plus élevée, souvent appelée Atik, et une partie plus basse, appelée Arikh. Par ces deux aspects du Kéter inférieur qui se trouve dans le Maatsil, la tête première (Roch Richon) d’Atsilout, le Kéter devient l’intermédiaire qui réunit la Lumière infinie et Atsilout. Ainsi en est-il dans chaque monde.
Toutefois, à l’intérieur du Kéter, même s’il permet de faire le lien, subsistent deux niveaux distincts, véritablement scindés en deux. Or, pour unir deux réalités, il ne suffit pas de disposer de quelque chose qui possède un peu des deux : il faut cette pointe même, capable de contenir réellement les deux à la fois. Le véritable intermédiaire est donc la ‘Ho’hma Setima, car en elle les deux niveaux ne sont pas deux degrés séparés, mais comme « Un ».
On retrouve cela dans l’âme de l’homme : dans la faculté de ‘Ho’hma résident deux puissances opposées, la force d’abstraction (Koa’h ha-Hafchata) et la force de revêtement (Koa’h ha-Halbacha). La ‘Ho’hma a le pouvoir d’abstraire l’idée de toute forme matérielle, d’en ôter la longueur, la largeur et la profondeur, jusqu’à ne laisser que le point central (Nekouda) ; et elle a aussi la force de faire descendre l’idée tout en bas, à l’image de Chlomo ha-Mélekh qui donna trois mille paraboles (Machal). Ces deux notions ne sont pas deux choses distinctes, mais un seul et même concept, car sa capacité à faire descendre l’idée tout en bas procède précisément de ce qu’elle saisit l’essence même du point de l’intellect (Etsem Nekoudat ha-Sé’hel), abstrait de tout exemple. C’est justement parce qu’elle est si totalement attachée à l’essence du point qu’elle peut le faire descendre très bas sans jamais perdre l’idée.
Pour l’expliquer : la ‘Ho’hma est un point, la Bina en est le développement. Certains possèdent surtout la force d’abstraction, s’élevant très haut et retranchant tous les détails pour rester fixés sur le point ; d’autres possèdent davantage la force de revêtement, prenant l’idée pour la faire descendre en longueur, en profondeur et en largeur. Les trois mille paraboles du roi Chlomo n’étaient pas trois mille paraboles différentes, mais des niveaux qui descendent l’un après l’autre. On aurait cru qu’il s’agissait là de deux hommes distincts aux facultés distinctes, ce qui est en partie vrai, car celui qui excelle en ‘Ho’hma n’excelle pas toujours en Bina. Pourtant, il apparaît ici que si quelqu’un a su faire descendre une idée jusqu’à trois mille niveaux, c’est qu’il n’a jamais perdu cette idée : il est resté constamment fixé sur le point. Car celui qui lâche le point finit par donner de mauvais exemples et perd le fil. La faculté de descendre si bas procède précisément de ce que l’idée demeure d’une clarté parfaite, de ce qu’il se tient si fermement là où il doit être qu’il peut multiplier les exemples sans jamais s’égarer.
Voilà le niveau de la ‘Ho’hma Setima : ses deux niveaux, celui qui est lié au haut et celui qui se tourne vers le bas, ne sont pas deux choses distinctes, mais un seul sujet. Dans le Kéter d’un monde, ils sont réellement scindés en deux, une partie élevée de la couronne liée au haut et une partie inférieure liée au bas, comme Atik et Arikh, deux mondes différemment constitués. Mais lorsqu’on s’attache au point lui-même, le Niglé et le Sod deviennent une seule et même chose : dans un même verset, on voit les deux. Ainsi en va-t-il de la Torah : d’un côté elle est la sagesse du Saint béni soit-Il, de l’autre elle se revêt de choses matérielles, et pourtant ce ne sont pas deux concepts séparés. Le Niglé de la Torah et son Sod puisent tous deux leur source dans la ‘Ho’hma Setima. Voilà pourquoi, précisément parce qu’elle se revêt de choses matérielles, la Torah est nommée une Alliance (Brit), le véritable intermédiaire entre les âmes d’Israël et le Saint béni soit-Il, le révélé et le caché réunis à leur source suprême.
Ajouter dès aujourd’hui dans la Tsedaka
Nous sommes aujourd’hui le vingt du mois d’Av (Khaf Av), moment propice pour accroître la Tsedaka. Il convient de ne pas attendre les jours du séminaire, mais de commencer dès à présent, et de ne pas laisser le Yétser Hara se reposer.
Tout a commencé avec quatorze Temimim réunis près d’une sépulture lointaine, au cœur du Kazakhstan. En l’espace de quelques années, ce noyau discret est devenu une entreprise mondiale de vols affrétés, d’hôtels, d’hospitalité et d’étude de la Torah du Baal Hahiloula. Portrait de Reb Avi Shaulzon, le nagid dont la ténacité hassidique a transformé le pèlerinage de ‘Haf Av à Alma-Ata.
Il y a ceux qui repèrent un besoin et prêtent main-forte. Il y a ceux qui contribuent à une œuvre déjà existante. Et il y a ces quelques individus, « fous de la chose » au sens le plus hassidique du terme, qui aperçoivent un lieu n’ayant pas encore reçu la place qui lui revient et décident de changer la réalité.
Reb Avraham Israël, que tous appellent Avi, Shaulzon appartient à cette troisième catégorie.
Pendant des années, la sépulture du Gaon et kabbaliste Rav Levi Its’hak Schneerson, de bénie mémoire, père du Rabbi, est demeurée un point saint et lointain, à Alma-Ata, au Kazakhstan. Les Hassidim connaissaient l’endroit, quelques-uns s’y rendaient, et les Chlou’him locaux veillaient avec dévouement sur la flamme. Mais la distance, le coût et la complexité logistique réservaient la montée vers la sépulture à un petit nombre.
Aujourd’hui, alors que des foules de Hassidim, de Chlou’him, de Rabbanim et de Temimim affluent vers la ville à l’approche du 20 Menachem Av, alors que des vols spéciaux se posent au Kazakhstan, que les hôtels se remplissent, que d’immenses chapiteaux se dressent à proximité de la sépulture et qu’un programme spirituel complet accompagne les journées de la Hiloula, il est difficile de se rappeler à quel point le tableau était différent il y a peu d’années encore.
Derrière cette croissance se tiennent les Chlou’him du Rabbi au Kazakhstan, à leur tête le Chalia’h principal et Grand Rabbin du pays, le Rav Yéchaya Elazar HaCohen, et son frère, le Rav d’Alma-Ata, le Rav El’hanan HaCohen, entourés de nombreux organisateurs et responsables de production. Mais celui qui a donné à l’entreprise son élan financier, son rêve et cette obstination hassidique qui transforme une idée en réalité, c’est Reb Avi Shaulzon.
D’une ville d’exil à un centre juif
Pour saisir l’ampleur du changement, il faut revenir à la figure d’Alma-Ata elle-même. La plus grande ville du Kazakhstan, autrefois capitale du pays, fut à l’époque soviétique une terre d’exil et d’errance pour de nombreux Juifs. Après ses années d’exil éprouvantes à Chiili, Rav Levi Its’hak fut autorisé à s’y installer durant les derniers mois de sa vie, et c’est là qu’il rendit son âme le 20 Menachem Av 5704 (1944), et là qu’il fut enterré.
Au fil des ans, des Juifs pieux prirent soin de la sépulture et du cimetière, puis le Ohel fut érigé et l’enceinte agrandie. Après la chute du régime communiste, un renouveau juif au grand jour commença dans la ville. Autour de la synagogue « Levi Its’hak » et du centre juif « Beth Mena’hem Habad Loubavitch, Kazakhstan » s’édifièrent des institutions éducatives, des cours de Torah, un dispositif de Cacherout, des circoncisions et des mariages, une aide aux nécessiteux et une hospitalité pour ceux qui venaient se recueillir. C’est l’infrastructure créée par les Chlou’him du Rabbi dans la ville qui permit ensuite de transformer ‘Haf Av, d’une venue de quelques individus, en une œuvre de grande envergure.
La sépulture dans son état d’exil
Shaulzon, né à Jérusalem et fils de Reb ‘Haïm Shaulzon, grandit à New York avant d’établir sa résidence à Miami. Il compte parmi les dirigeants de la communauté Habad locale et parmi les fidèles de la synagogue « Beth Mena’hem », dirigée par le Rav Yehouda Leib Shapiro. Le nouveau bâtiment de la synagogue, qui comprend également un Mikvé raffiné, fut construit grâce à son don. Au fil des années, il a soutenu des institutions de Torah, des Chlou’him et des œuvres de Habad à travers le monde, mais une place particulière est réservée, dans son cœur, à la figure de Rav Levi Its’hak et à son lieu de repos.
Le tournant, Shaulzon l’a formulé lui-même dans un entretien accordé à COL aux côtés du Rav Yéchaya HaCohen, tout près de la sépulture : « Ce qui m’a amené à m’investir ici, à Alma-Ata, c’est l’état d’exil dans lequel se trouvait la sépulture jusqu’à récemment. Aujourd’hui, tant de Hassidim viennent déjà pour la Hiloula et le yahrtzeit de Rav Levi Its’hak qu’il n’y a plus un mot à ajouter sur la valeur d’un tel investissement. »
Il a vu l’écart entre la place immense qu’occupe Rav Levi Its’hak dans le monde du Rabbi et dans la conscience des Hassidim, et l’aspect solitaire de son lieu de repos, et il a décidé que cet écart ne pouvait pas perdurer.
5772 (2012) : quatorze Temimim
La révolution n’a pas commencé par des milliers de personnes, ni même par des avions affrétés. Elle a commencé par un petit groupe. Le 20 Menachem Av 5772 (2012), quatorze Temimim venus de Terre sainte séjournèrent durant tout le cycle du jour et de la nuit à proximité de la sépulture. Sous le patronage de Reb Avi Shaulzon et de Reb Chemouel HaLevi Stern, ils étudièrent la Torah du Baal Hahiloula, récitèrent des Tehilim, entonnèrent des niggounim hassidiques et prirent part à la lecture du Pane général.
De ce noyau naquit la Yechiva d’été « Ohalei Levi Its’hak ». Année après année, des Temimim triés sur le volet furent envoyés à Alma-Ata depuis les Yechivot Habad, Shaulzon et Stern prenant à leur charge le financement des voyages, de l’hébergement et de la subsistance. Dès la troisième année de la Yechiva, on rapportait déjà qu’à Alma-Ata « on ne renonce pas à la Yechiva du bein hazmanim ».
D’une Yechiva d’été à une œuvre éducative
En 5776 (2016), pour sa cinquième édition, « Ohalei Levi Its’hak » comptait trente Temimim sélectionnés dans vingt Yechivot Habad de Terre sainte, aux côtés d’élèves d’Alma-Ata et de Manchester. Pendant dix jours, ils se plongèrent dans la Torah du Rabbi et dans celle de son père, parcoururent les lieux qui jalonnèrent la vie du Baal Hahiloula dans la ville et vécurent dans l’atmosphère d’une Yechiva Tom’hei Temimim. L’ensemble des frais de voyage et de séjour fut pris en charge par Shaulzon et Stern.
Le cadre ne cessa de s’élargir. En 5778 (2018), la Yechiva se tint pour la septième fois, réunissant des représentants de nombreuses Yechivot. La formule était désormais limpide : ne pas se contenter d’une brève visite à la sépulture, mais faire du voyage un périple hassidique d’étude, de prière, de Farbrenguen et de rencontre avec le dévouement et la Torah de Rav Levi Its’hak.
Le lien avec la Chlihout locale fit lui aussi partie du voyage. Cette année-là, les Temimim participèrent à la brit mila d’un Juif de soixante-deux ans, qui entra dans l’alliance d’Avraham notre père à proximité du jour de la Hiloula et reçut en Israël le nom de Levi Its’hak.
Des Temimim à l’ensemble des Anash
L’étape suivante fut d’élargir le cercle des voyageurs. En 5779 (2019), Alma-Ata accueillait déjà un grand Farbrenguen central pour le soixante-quinzième anniversaire de la Hiloula, avec la participation de nombreux invités. Parallèlement, le lien avec le « Vaad Talmidei HaTemimim » se poursuivait : des billets d’avion furent tirés au sort parmi les participants aux campagnes d’étude et de préparation à Guimel Tamouz, et les gagnants s’envolèrent pour un périple de quarante-huit heures sur les traces de Rav Levi Its’hak.
C’est ici qu’apparaît l’un des points clés de l’approche de Shaulzon : le billet n’était pas offert comme un simple bon de voyage. Il devenait une récompense pour l’étude, pour la participation aux campagnes de préparation et pour les progrès accomplis dans la voie des Temimim. Le voyage vers Alma-Ata était relié d’avance au travail de préparation spirituelle.
5780 (2020) : même le coronavirus n’a pas arrêté le voyage
L’un des grands moments d’épreuve survint en 5780 (2020). Le monde se referma, les frontières se scellèrent et les vols furent suspendus. Il semblait que, pour la première fois depuis des années, aucune montée significative vers la sépulture n’aurait lieu. Mais chez Shaulzon, « c’est impossible » n’était jamais que le début d’une discussion.
Après des démarches complexes auprès des autorités, deux avions spéciaux furent autorisés à faire entrer au Kazakhstan deux cent cinquante Hassidim pour une seule journée. Avec les voyageurs furent acheminées des tonnes de matériel médical et humanitaire ainsi que des milliers de kilos de nourriture cachère au profit des Juifs du pays et de ses habitants, en plein cœur de la crise. L’initiative transforma le voyage en un kiddouch Hachem éclatant, et les représentants du gouvernement exprimèrent leur reconnaissance à Shaulzon et à ses partenaires.
Ce même ‘Haf Av, un émissaire spécial du président des États-Unis d’alors, Donald Trump, arriva sur les lieux, porteur d’une déclaration reconnaissant la sépulture comme un site du patrimoine d’importance mondiale. Dans le même temps, des retransmissions en direct, des cours et des Farbrenguen furent diffusés depuis la sépulture, reliant des dizaines de milliers de Hassidim qui ne pouvaient venir en personne.
Les avions se sont remplis
En 5782 (2022), lorsqu’un vol censé partir de New York fut annulé à la dernière minute, quelque deux cents Hassidim reçurent la nouvelle que leur voyage était compromis. Peu de temps après, COL rapportait déjà qu’un avion transportant des centaines de Rabbanim, de Chlou’him et de machpiïm avait décollé de Miami vers le Kazakhstan, par la générosité de Shaulzon. Là encore, l’incident n’arrêta pas le voyage.
Cette année-là, les élèves de la Yechiva d’été de Tom’hei Temimim d’Or Yehouda séjournèrent à proximité de la sépulture, étudièrent tout le jour la Torah du Baal Hahiloula et prirent part au Farbrenguen de la nuit. Des chapiteaux garnis de boissons, de mets et de fruits furent dressés près de la sépulture grâce au don de Shaulzon.
Mille personnes, et une nouvelle infrastructure
En 5783 (2023), il était désormais clair qu’il ne s’agissait plus d’un cercle de proches ni d’une simple Yechiva d’été. Près d’un millier de Hassidim et de fidèles se pressèrent auprès de la sépulture. Un grand Farbrenguen central fut organisé, des invités vinrent de nombreux pays, et un jeune Juif de Kostanaï entra dans l’alliance d’Avraham notre père le jour de la Hiloula ; Shaulzon officia comme sandak.
C’est à l’hôtel Rixos que se tint le Farbrenguen central des journées de la Hiloula. Dans ses paroles, Shaulzon rappela qu’Alma-Ata avait été une « adresse » pour les Hassidim d’Union soviétique, à l’époque où le rideau de fer barrait le chemin menant au Rabbi. L’hospitalité n’était pas pour lui une simple enveloppe technique : elle était le moyen de permettre à chaque Hassid de sentir qu’il est le bienvenu chez le père du Rabbi.
L’année du quatre-vingtième anniversaire : des quatre coins du monde
En 5784 (2024), pour les quatre-vingts ans de l’histalkout de Rav Levi Its’hak, des Hassidim et des fidèles vinrent à Alma-Ata des États-Unis, de Terre sainte, de France, d’Argentine, d’Australie, du Mexique, de Russie, d’Ukraine, de Thaïlande, de Corée du Sud et d’autres pays encore. Les hôtels se remplirent d’invités, et durant le Chabbat se tinrent des prières, des cours et des Farbrenguen.
À l’issue du Chabbat fut organisé, dans le somptueux hôtel « Banquet », un hommage aux Chlou’him des pays de la CEI, à l’initiative de Shaulzon. Le Grand Rabbin d’Iran, le Rav Yehouda Grami, qui participait à l’événement, résuma le sentiment général en ces mots : « Je suis venu en l’honneur du Rabbi, je suis venu en l’honneur de Rav Levi Its’hak. »
L’étape suivante : charters, hôtels et chapiteaux géants
En 5785 (2025), l’entreprise franchit un nouveau palier. Des centaines de voyageurs arrivèrent par des vols d’Israël, des États-Unis et d’Europe, et près d’un millier de personnes participèrent aux événements de la Hiloula. Dans le cadre de la collaboration avec le « Vaad Talmidei HaTemimim », vingt billets pour le vol affrété et un séjour tout compris furent tirés au sort parmi les Temimim et les Rabbanim ayant pris part tout au long de l’année aux campagnes d’étude et de préparation.
À l’approche de ‘Haf Av 5786 (2026), de grands chapiteaux, achetés et acheminés spécialement depuis une usine à l’étranger, furent dressés à proximité de la sépulture. Les hôtels se préparèrent à accueillir les foules, avec un hébergement fastueux offert par Shaulzon, tandis que la production logistique était confiée à l’équipe « Fleishman-Peles ».
Le contenu spirituel, lui aussi, continue de s’étoffer. Les voyageurs du vol affrété reçoivent le livre « Pardes Levi Its’hak », qui rassemble des cours sur la Paracha de la semaine et sur les fêtes, du Pchat jusqu’au Sod, à la lumière de la Torah du Baal Hahiloula, ouvrage lui aussi financé par Shaulzon. Tout au long du voyage se déroulent des cours de ‘Hassidout, des Farbrenguen de préparation et l’étude de la Torah de Rav Levi Its’hak.
Un moment particulier a marqué cette année la venue de deux adolescents d’Iran. Tous deux apportaient avec eux un tapis qu’ils avaient tissé spécialement en l’honneur de Rav Levi Its’hak, et furent accueillis chaleureusement par Shaulzon. Au sein de l’immense dispositif de vols, d’hôtels et de chapiteaux, cette rencontre a illustré le point intérieur du voyage : la figure du Baal Hahiloula relie des Juifs venus même de lieux où la simple possibilité de venir n’a rien d’évident.
Dans la Russie soviétique où la moindre étincelle de vie juive pouvait conduire au goulag, un homme refusa de plier. Père du Rabbi de Loubavitch, Rav Lévi Its’hak Schneerson affronta la G.P.U., défia le pouvoir de Staline pour la cacherout des Matsot et ne signa jamais l’acte de son inculpation. Exilé au fin fond du Kazakhstan, il y donna sa vie pour le Judaïsme sans renoncer à un seul de ses principes.
Le Rabbi précédent de Loubavitch, Rabbi Yossef Its’hak, disait de lui : « Rav Lévi Its’hak, outre qu’il était un génie dans la Torah révélée et un véritable savant en Kabbale et en ‘Hassidout Habad, était un homme doté d’une crainte de D.ieu extraordinaire et d’immenses qualités morales. » Ces quelques mots, prononcés par celui qui pesait chaque expression, suffisent à esquisser la stature d’une figure exceptionnelle, dont le nom demeure à jamais lié au combat pour la survie du Judaïsme sous le joug communiste.
Les années à Nikolaïev
Rav Lévi Its’hak Schneerson, de bénie mémoire, naquit le 18 Nissan 5638 (1878) dans la ville de Podrovska, en Russie Blanche. On lui donna le nom de son grand-père Rav Lévi Its’hak, petit-fils du Tséma’h-Tsédek, troisième Rabbi de Loubavitch.
Durant sa jeunesse, il étudia la Torah auprès de son oncle, le Rav de la ville, Rav Yoël ‘Haikin. Il se distingua rapidement par des capacités hors du commun et une immense connaissance de la Torah. Il reçut la Smikha, l’ordination rabbinique, des mains de douze éminentes autorités, parmi lesquelles Rav ‘Haim de Brisk, qui déclara : « Si Rav Lévi Its’hak était mis en balance avec une pleine poignée d’or, la balance pencherait de son côté. »
Le 13 Sivan 5660 (1900), suivant le conseil du Rabbi Rachab, il épousa la Rabbanit ‘Hanna, fille du gaon Rav Meïr Chlomo Yanovski, Rav de Nikolaïev. Après son mariage, il se consacra à l’étude de la Torah auprès de son beau-père, qui lui portait la plus haute estime. Le Rav C. Grossman rapporte à ce sujet : « Le jeune Rav Lévi Its’hak s’installa auprès de son beau-père et sa bouche ne cessait d’étudier. Il avait coutume d’étudier dix-huit heures par jour et n’allait dormir qu’à cinq heures du matin, après avoir récité le Chema du matin avec les Téfilines. À neuf heures, il avait déjà prié avec la communauté. »
La considération de son beau-père transparaît dans ce récit de son neveu, Rav Avraham David Yanovski : « Un jour, un envoyé vint annoncer à Rav Meïr Chlomo que Rav Lévi Its’hak était atteint d’une pneumonie qui le clouait au lit. À ces mots, le visage de Rav Meïr Chlomo s’enflamma, et il déclara : « Si, à D.ieu ne plaise, un mauvais décret devait le menacer, je souhaiterais prendre sa place. » »
C’est durant cette période que naquit leur fils aîné, qui allait devenir le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, le 11 Nissan 5662 (1902), suivi de Dov Ber, que D.ieu venge son sang, et d’Israël Arié Leib, de bénie mémoire.
Rav de Yekatrinoslav
La ville de Yekatrinoslav, aujourd’hui Dniepropetrovsk, est intimement liée à la personnalité exceptionnelle de Rav Lévi Its’hak, que l’on avait coutume d’appeler Reb Lévik. C’est en effet dans cette ville qu’il exerça durant de longues années la fonction de Rav, jusqu’au jour où il en fut exilé par le pouvoir communiste.
Un bref aperçu historique éclaire ce choix. Yekatrinoslav fut fondée en 5538 (1778) dans le sud de l’Ukraine et reçut le nom de la reine Catherine, qu’elle conserva jusqu’en 5686 (1926), lorsque le pouvoir communiste le changea en Dniepropetrovsk, du nom du dirigeant Petrovski. Le premier Juif, Rav Chlomo Stanislavski, s’y installa en 5544 (1784). En 5565 (1805), la ville comptait déjà 880 Juifs, puis 41 240 en 5637 (1877), soit 37 % de sa population.
Les Juifs y connurent une période de prospérité jusqu’à l’avènement du tsar Alexandre III, où leurs rapports avec la population commencèrent à se détériorer. En 5644 (juillet 1884), à la suite d’une dénonciation calomnieuse accusant un marchand d’avoir tué un enfant non juif, éclatèrent des pogroms : la foule pilla, tua et détruisit tout sur son passage, et ce n’est qu’au prix de longs efforts que les autorités rétablirent le calme. L’arrivée du tsar Nicolas II ne changea rien. On dénombrait alors dans la ville quelque cinquante mille Juifs, douze synagogues, une Yéchiva, des Talmud-Torah et seize écoles juives. La défaite de la Russie face au Japon plongea le pays dans la misère, et c’est précisément à ce moment, en juillet 1905, que la haine resurgit : de nouveaux pogroms firent 100 morts, 200 blessés et détruisirent plus de 300 magasins et demeures juives. La peur s’installa, beaucoup quittèrent la ville, tandis que le tsar se contentait d’acquitter les paysans pourtant reconnus coupables par les tribunaux. Sur le plan spirituel aussi, les conséquences se firent sentir, les autorités limitant l’accès aux écoles juives.
C’est pour faire face à ces persécutions et à ces discriminations grandissantes que Rav Lévi Its’hak fut désigné comme Rav de Yekatrinoslav. Ceux qui firent ce choix savaient que seule une personnalité de sa trempe pouvait affronter une telle situation.
Un homme d’action pour sa foi
Rav Lévi Its’hak accéda à cette fonction à l’âge de trente-deux ans, non sans opposition. Le choix d’un Rav ‘hassidique suscita l’hostilité des Mitnagdim, opposants à la ‘Hassidout, qui espéraient voir triompher leur propre candidat et allèrent jusqu’à porter de fausses accusations auprès du gouvernement. À la suite d’un long entretien avec un dirigeant sioniste influent, Rav Lévi Its’hak reçut néanmoins l’appui de ses amis, malgré leurs divergences, et fut finalement élu Rav de la ville, partageant d’abord cette charge avec le Rav Gelman, candidat des Mitnagdim. En 1921, au décès de ce dernier, il assuma seul la fonction.
Conscient de ses responsabilités, il fit preuve de la plus grande vigueur, affrontant les plus graves dangers sans craindre personne. Plusieurs témoignages en attestent.
La réunion annulée
Lorsque l’hostilité des communistes à la religion atteignit son apogée et fut connue du monde entier, le pape appela au boycott du gouvernement soviétique. Malgré sa cruauté, le régime tenait à soigner son image et mit tout en œuvre pour contrer cette initiative. Il décida notamment de rassembler trente-deux Rabbanim et de leur faire signer une déclaration affirmant que l’annonce du pape n’était qu’un mensonge et qu’il n’existait en Russie aucune entrave à la religion. Après avoir obtenu la signature de Rabbanim de Russie, les dirigeants voulurent organiser une réunion semblable avec les Rabbanim d’Ukraine. Parmi les invités figurait le Rav de Yekatrinoslav, Rav Lévi Its’hak. Mais on connaissait sa force de caractère, et l’on savait qu’une simple invitation ne suffirait pas.
Le dirigeant de la G.P.U. en personne le convia donc à un entretien en tête-à-tête, lui exposant l’importance d’une telle réunion et le bénéfice qu’en tirerait le gouvernement aux yeux du monde. Il lui offrit même un billet de première classe pour se rendre dans la ville où elle aurait lieu. Rav Lévi Its’hak le remercia de sa bonne intention, mais déclina, expliquant qu’il s’y rendrait par ses propres moyens. Le général, ne s’attendant pas à un tel affront, dissimula difficilement sa colère.
Le jour venu, Rav Lévi Its’hak se rendit au lieu convenu et fit la connaissance des Rabbanim invités. D’emblée, tous soupçonnèrent la présence d’un espion parmi eux et s’abstinrent de converser. Rav Lévi Its’hak se leva alors et fit part ouvertement de son avis : « Il est interdit de signer une déclaration mensongère. » La réunion se prolongea plusieurs jours, durant lesquels il ne cessa d’insister sur la gravité d’un tel acte. Le ministre de l’Éducation, prenant conscience de son influence, le convoqua et le mit en garde contre le danger d’une telle entrave au bien-être du gouvernement. En vain : Rav Lévi Its’hak maintint fermement sa position et finit par convaincre les autres Rabbanim de ne pas signer. Les autorités durent renoncer à leur projet.
Durant cette réunion, Rav Lévi Its’hak apprit qu’une personnalité devait voyager hors de Russie. Il lui demanda de diffuser dans tous les journaux le combat des autorités contre les Rabbanim. L’envoyé s’acquitta de sa mission, et la nouvelle parut dans la presse libre. On put même y voir une caricature représentant un policier russe, pistolet au poing, forçant un Rav à signer un document.
Le problème de la foi
L’année de son emprisonnement, avant la fête de Pessa’h, les autorités distribuèrent un questionnaire à remplir par chaque citoyen. L’une des questions concernait la foi : chacun devait déclarer s’il croyait ou non en D.ieu. Voyant que de nombreux Juifs craignaient de répondre par l’affirmative, Rav Lévi Its’hak affirma devant toute l’assemblée de la synagogue qu’il était interdit à tout Juif de ne pas répondre correctement : « Celui qui répond par la négative nie la royauté divine. » Les fidèles s’en inquiétèrent, certains de la présence d’un espion prêt à rapporter ces paroles à la G.P.U.
L’impact fut tel que l’un des fidèles, occupant d’importantes fonctions et dont l’épouse avait nié en son nom la croyance en D.ieu, se rendit au bureau des autorités, demanda à revoir le questionnaire, expliqua que sa femme avait menti et corrigea sa réponse. La police, informée par un espion, y trouva une raison suffisante pour arrêter le Rav. Interrogé plus tard à ce sujet, il répondit, comme le rapporte la Rabbanit ‘Hanna : « Les autorités veulent une réponse exacte ; puisque de nombreux Juifs répondaient par la négative de peur de perdre leur travail, je les ai encouragés à répondre correctement. »
Les matsot surveillées
Le 18 Nissan 5743 (1983), lors d’une réunion des Tsivot Hachem, le Rabbi raconta :
« Le 18 Nissan est l’anniversaire de mon père. Je veux relater à son sujet une histoire qui, pour diverses raisons, ne fut guère diffusée. Elle enseigne jusqu’où peut aller un Juif qui décide de tenir fermement et de s’attacher à accomplir la volonté de D.ieu. Elle concerne la farine et les Matsot de Pessa’h.
C’était durant les années du pouvoir soviétique, où tout le commerce était aux mains du gouvernement. Même les moulins et les manufactures centrales où l’on cuisait les Matsot appartenaient aux autorités et fonctionnaient sous la surveillance de leurs représentants. Comme la ville où mon père était Rav se trouvait dans le sud de la Russie, contrée qui produisait l’essentiel du blé du pays, la certification de la cacherout de la farine relevait depuis quelques années de son autorité. Chaque fois qu’il fallait attester qu’une farine avait été moulue sous stricte surveillance et convenait à la cuisson des Matsot, on se tournait vers lui, et il délivrait le certificat après avoir placé dans les moulins des surveillants veillant à ce que la farine n’entrât jamais en contact avec l’eau.
Sachant qu’ils auraient de nouveau besoin de son certificat, les responsables vinrent lui rappeler que la farine appartenait au gouvernement : un refus de sa part, qui empêcherait la vente d’une partie de la marchandise, équivaudrait à un combat ouvert contre l’État, à qui profitaient ces recettes, particulièrement élevées à Pessa’h. Mon père répondit que, si on lui permettait de placer ses surveillants et que les ouvriers suivaient leurs instructions, de sorte que la farine fût produite selon la loi juive, il donnerait certainement le certificat ; mais que, dans le cas contraire, il ne le donnerait pas et informerait tout le monde que cette farine n’avait pas reçu son approbation.
On lui répondit qu’on l’autoriserait à placer ses surveillants, à condition que toute la production fût agréée ; sinon, il devait savoir qu’il partait en guerre ouverte contre le gouvernement. Il rétorqua qu’il se rendrait à Moscou, auprès du dirigeant Kalinine, pour lui expliquer qu’il était impossible d’attester une farine non cachère : s’ils voulaient l’en punir, ils le pourraient, mais certifier une farine non cachère pour la Matsa était contraire à la loi juive et à la volonté de D.ieu. On tenta encore de le menacer, mais l’on comprit qu’on ne le ferait pas changer d’avis. L’affaire remonta jusqu’à Kalinine ou à ses conseillers, qui décidèrent finalement que, partout où l’on prendrait de la farine pour cuire les Matsot de Pessa’h, il faudrait le certificat de cacherout et l’on autoriserait la présence de surveillants.
Cette année-là et les suivantes, partout, on cuisit des Matsot cachères pour Pessa’h, sur l’ordre même des autorités soviétiques. Tout ceci nous enseigne, même aux enfants, que si l’on tient ferme au nom de D.ieu qui a créé le Ciel et la Terre, et qu’un Juif n’accomplit rien de contraire à Sa volonté ni au Choul’hane Aroukh, même lorsque le gouvernement affirme le contraire, on finit par réussir. Bien plus, c’est le gouvernement lui-même qui ordonna de placer partout des surveillants compétents.
Certes, tout le monde n’a pas une telle force ; mais tout le monde n’a pas non plus à affronter un régime dominant un pays de deux cents millions d’âmes. Ce que chacun doit faire, c’est seulement tenir ferme contre son propre mauvais penchant. Et lorsque celui-ci tente de le convaincre que les non-Juifs ne laisseront pas un enfant juif se conduire comme il se doit, il doit lui répondre qu’il s’agit là d’un mensonge grossier. Puisqu’il avance avec la force de D.ieu qui se tient à ses côtés, il triomphera de tous les obstacles et obtiendra, comme en ces jours-là, un Pessa’h cacher et joyeux. Puissions-nous, nous aussi, connaître un Pessa’h cacher et joyeux, et qu’à travers notre fermeté se révèle que toute l’année sera cachère et joyeuse, une année de délivrance rapide, la délivrance du Machia’h, très bientôt et de nos jours. »
L’une des raisons de son arrestation et de son exil fut précisément d’avoir déclaré publiquement, une année, à la suite de fraudes dans la fabrication des Matsot, que celles vendues par le gouvernement devaient être considérées comme du véritable ‘Hamets, qu’aucun Juif ne pouvait introduire chez lui. Nombre d’autres récits reflètent la même personnalité : il célébrait des mariages, pratiquait des Brit-mila, construisait des Mikvés dans le plus grand secret, malgré la menace constante des autorités. Chacun de ses actes comportait de terribles dangers, car il était sans cesse espionné et risquait à tout instant d’être arrêté.
Une personnalité exceptionnelle
L’une des qualités les plus remarquables de Rav Lévi Its’hak était sa profonde humilité. Ses proches le désignaient simplement par le surnom « Lévik », sans aucun titre. Le Rav Sassonkin l’explique ainsi : « Son nom le précédait. Tous savaient que « Lévik », car c’est ainsi qu’on l’appelait à Loubavitch, était un grand sage aussi bien dans le Talmud que dans la ‘Hassidout. Nos Sages enseignent que le titre de Rabbi surpasse celui de Rav, que celui de Rabban surpasse celui de Rabbi, et que le nom seul surpasse encore celui de Rabban, car les maîtres des premières générations étaient si grands qu’on ne leur ajoutait aucun qualificatif, tels Hillel ou Chamaï. Telle était sa stature : le seul nom « Lévik » évoquait une sagesse extraordinaire dans tous les domaines, celle du Talmud, celle de la ‘Hassidout Habad, celle de la Kabbale. »
De sa bouche sortaient des pierres précieuses. À l’image d’une source, lorsqu’il commençait à parler, rien ne pouvait l’arrêter : toutes les profondeurs de la Torah jaillissaient et émerveillaient ses auditeurs. Le Rav Sassonkin poursuit : « Un jour, on l’invita à donner un cours de Guemara dans une grande synagogue. Dès qu’on apprit que le Rav Schneerson enseignerait, une vaste assemblée de sages accourut. Il expliqua la page avec une profondeur exceptionnelle et illumina les regards ; tous restèrent bouche bée devant la simplicité avec laquelle il dévoilait des sommets. Une autre fois, j’assistai à son cours de Tanya : il émerveilla chacun, tant sa compréhension de la ‘Hassidout Habad était profonde. »
« Il est impossible de décrire le plaisir que nous procura son passage à Leningrad », témoigne le Rav Zalman Duchman. « Nous lui rendions visite presque chaque soir, et il nous expliquait les Midrachim selon la ‘Hassidout. » Le célèbre Rav Its’hak « Matmid » disait de lui : « Il détient des forces qui proviennent de l’Admour Hazaken », Rabbi Chnéour Zalman, premier Rabbi de Loubavitch.
Il s’entretenait chaleureusement avec chacun, et nombreux étaient ceux qui recherchaient sa compagnie. La Rabbanit ‘Hanna raconte : « Nous voyagions un jour en train hors du pays. À Varsovie, un écrivain célèbre monta dans notre wagon et s’assit près du Rav. Leur conversation porta sur le Judaïsme, la ‘Hassidout, les Admourim. Il fit une telle impression par ses récits que les voyageurs juifs des autres wagons se rassemblèrent autour de lui, oubliant leur sommeil pour l’écouter. »
Sa force ne tenait pas seulement à sa parole : il passait aussi de longues heures à rédiger ses explications dans tous les domaines de la Torah. Son neveu, le Rav ‘Haim Leib Itkin, rapporte un fait troublant : « Mes parents habitaient à cinq heures de Yekatrinoslav. À l’issue d’un Chabbat, je discutai longuement avec mon oncle. À neuf heures, je voulus prendre congé, mais il m’en empêcha : « Tu as ton billet ; pourquoi te hâter ? » Je restai encore une demi-heure, tentai de nouveau de partir, et il m’arrêta encore. À dix heures et demie, n’y tenant plus, je partis sans sa permission. Arrivé à la gare, il ne restait que trois minutes avant le départ, mais le train ne partit pas : retardé, il ne s’ébranla que le lendemain. Je compris alors ses instances répétées, et depuis ce jour je sus l’estimer autrement, car ses yeux voyaient loin, tout en gardant ce don à l’abri des regards. »
Son apparence même attirait les cœurs : son visage, sa mise et sa démarche reflétaient sa splendeur, son regard était perçant, et ses traits respiraient la sagesse. On raconte que, lorsqu’il se rendait à la synagogue, les passants s’arrêtaient pour le contempler ; même les non-Juifs témoignaient le plus grand respect au Rav de la communauté et s’écartaient pour le laisser passer.
Ses écrits
Beaucoup de géants du peuple juif rédigèrent leurs explications de la Torah, mais rares sont ceux qui ouvrirent une voie nouvelle dans sa compréhension. Rav Lévi Its’hak fut de ceux-là : il traça un chemin inédit reliant le remez et le sod, le sens allusif et la dimension ésotérique de la Torah, et composa de nombreux écrits sur ses parties révélée et cachée.
Malheureusement, tous ces manuscrits furent perdus. D’abord confisqués par le gouvernement, puis restitués, ils disparurent lors de la destruction de la ville par les nazis. Les rares livres qui nous sont parvenus sont le fruit du dévouement de la Rabbanit ‘Hanna. Lors de son exil à Tchiali, elle emporta les ouvrages saints les plus précieux. En exil, faute de nécessaire pour écrire, c’est elle encore qui fabriqua de l’encre à partir de plantes ; c’est grâce à cette encre qu’il rédigea ses notes dans les marges des livres, condensant à l’extrême, en raison de ces conditions misérables, l’expression de ses pensées.
Cinq de ses ouvrages ont depuis été imprimés à partir de ces manuscrits, réunis sous le titre Likoutei Lévi Its’hak : ses notes sur le Tanya ; ses notes sur le Zohar pour Béréchit ; ses notes sur le Zohar pour Chemot et Devarim ; ses ‘Hidouchim et Biourim sur le Chass, la Michna et la Guemara ; enfin ses commentaires sur les versets du Tanakh et les paroles de nos Sages, auxquels s’ajoutent plusieurs de ses lettres.
L’arrestation
Un mois avant son arrestation, deux hommes rôdaient déjà de manière insolite autour de sa maison. Dans la nuit du 9 Nissan 5699 (1939), à trois heures du matin, on frappa à la porte. La Rabbanit ‘Hanna alla ouvrir : quatre hommes du N.K.V.D. se tenaient devant elle. « Où est le Rav Schneerson ? » Avant même qu’elle pût prévenir son mari, ils firent irruption, bloquèrent toutes les issues, et le plus grand d’entre eux présenta au Rav l’ordre d’arrestation. Ils fouillèrent alors tous les livres et manuscrits, sans en épargner un seul, et en emportèrent une grande partie. Leur tâche accomplie, l’homme dit au Rav : « Rav, habille-toi et suis-nous. » Comprenant qu’il ne passerait pas Pessa’h chez lui, il voulut emporter des Matsot ; on le lui refusa.
Le motif invoqué était le suivant : « Sous couvert d’activité religieuse, Schneerson appartient à un organisme antisoviétique nourri de diffamation et de défaitisme. Par le lien qu’il entretient avec son fils, agent important des renseignements de Pologne, et avec un proche parent, le Grand Rabbin de Riga, il enrôle des hommes pour le mouvement clandestin antisoviétique et est soupçonné d’espionnage. Il exploite son discours hebdomadaire à la synagogue pour parler contre le gouvernement et ses dirigeants, et organise une aide matérielle importante en faveur des ennemis du régime. »
À la Rabbanit ‘Hanna, qui demandait où l’on emmenait son mari, on répondit qu’elle devrait se présenter le lendemain aux bureaux du N.K.V.D. Elle comprit vite qu’on la trompait : à toutes ses questions, une seule réponse revenait, « Il n’est pas là, impossible de lui transmettre quoi que ce soit. » Ce n’est que cinq mois plus tard qu’elle apprit qu’au lendemain même de son arrestation, il avait été transféré à Kiev.
Le témoignage d’un codétenu, le Rav Aharon Yaakov Diskin, est saisissant : « Qui pouvait supporter de telles épreuves ? Une infime minorité, dont le Rav Lévi Its’hak Schneerson. Il n’avoua rien, ne signa pas son inculpation, endura les souffrances sans se courber, acceptant avec amour le décret du Ciel. On le transféra à Kiev, où les « spécialistes » tenteraient de lui extorquer sa signature par tous les moyens. Ils tenaient là l’une des plus importantes personnalités recherchées, un Rav célèbre, allié au Rabbi Yossef Its’hak Schneerson qu’ils haïssaient et dont ils regrettaient amèrement le départ de Russie : par lui, ils espéraient atteindre tous les autres Rabbanim. Mais les spécialistes eux-mêmes échouèrent et durent abandonner. Grâce à cela, beaucoup de Rabbanim et de Juifs pratiquants furent sauvés. Dans cette effroyable coulée de sang qui engloutit des millions d’êtres, le Rav Schneerson fut le seul sur lequel le feu de l’enfer n’eut aucune emprise. »
Après deux années d’un tel emprisonnement, il fut condamné à cinq ans de travaux forcés dans les montagnes et forêts du nord de l’Oural. Un autre détenu rapporte : « En janvier 5700 (1940), je fus acheminé vers la prison de ‘Harkov, où affluaient des milliers de prisonniers dirigés vers les camps. Ma cellule, la numéro 22, comptait plus de quatre cents personnes serrées à même le sol. Je dormais près de deux ingénieurs qui parlaient du Rav Schneerson avec émerveillement : dans sa prison, ils lui soumettaient les problèmes les plus complexes de mathématiques et d’ingénierie, qu’il résolvait en un instant. Mais ce qui les frappait le plus était sa force d’âme. Il refusait de se rendre à l’interrogatoire à la sortie de Chabbat avant d’avoir reçu de quoi allumer la Havdala. Interpellé un jour en pleine Amida, il n’interrompit pas sa prière, épancha son cœur sans un geste, provoquant la fureur de ces bêtes à visage humain qui n’osèrent pourtant le toucher ; puis il les suivit, mais ne signa rien. Je demandai à être placé dans sa cellule, la numéro 6. On me refusa : « Puisses-tu périr ici sans jamais rejoindre Schneerson ! » Un ancien commissaire me dit alors : « C’est là que se trouve le Rav qui n’a pas signé. Il est bon qu’il en reste au moins un qui ne se courbe pas devant ces bourreaux. Vraiment, c’est un grand homme ! » »
Un professeur non juif confia plus tard à la Rabbanit ‘Hanna : « Je n’oublierai jamais cet homme, son savoir prodigieux et sa rare force de caractère. Nous étions quatre dans la même cellule, et nous trois avons tenu grâce à ses encouragements, malgré d’atroces souffrances. Un jour, ordre fut donné à tous de raser leur barbe ; plusieurs, dont des Juifs et des Rabbanim, tentèrent en vain de s’y opposer. Quand vint son tour, il se dressa comme un roc et s’écria : « Ma barbe, jamais vous n’y toucherez ! » La force de ses paroles les effraya tant qu’ils abandonnèrent. Il fut le seul à conserver sa barbe, ce que beaucoup lui envièrent. »
Cinq mois plus tard, en Elloul 5699 (1939), il fut ramené à Dniepropetrovsk, et la Rabbanit ‘Hanna put enfin lui faire parvenir de la nourriture. On perquisitionna de nouveau son domicile un jour de Chabbat, à la recherche de preuves accablantes, puis on convoqua la Rabbanit pour l’interroger sur les activités de son mari et ses liens avec son fils. Malgré les menaces, on n’obtint rien : à chaque question sur telle réunion communautaire, le Rav semblait avoir tout oublié, ne citant que des personnes déjà disparues ou ayant quitté le pays. L’interrogateur ne put jamais établir le caractère antisoviétique des rassemblements secrets de Moscou, Kiev ou Leningrad, tant le Rav répondait à chaque question avec une intelligence déconcertante.
Une visite médicale, avant son retour, révéla de graves problèmes de santé. Les autorités changèrent alors de tactique : elles emprisonnèrent trois notables de la communauté afin d’obtenir des révélations contre le Rav. N’en tirant rien, elles exigèrent qu’ils signent l’inculpation ; devant leur refus, elles les torturèrent abominablement durant dix semaines pour arracher les signatures voulues.
Le verdict
Rav Lévi Its’hak fut inculpé en même temps que ces trois personnalités. On les accusa d’appartenir à un mouvement clandestin juif antisoviétique, d’avoir tenu des réunions secrètes chez Schneerson, d’y avoir collecté des fonds au profit des familles de prisonniers, géré des caisses non déclarées, diffusé une propagande antisoviétique et diffamé le gouvernement, tout en maintenant, par l’intermédiaire de leur chef Schneerson, des liens avec des communautés à l’étranger.
Le verdict le condamna à cinq ans d’exil dans la ville de Tchiali, au Kazakhstan, au fin fond de l’Asie, en tant qu’« homme dangereux pour la société ». Quand on l’apprit à la Rabbanit ‘Hanna, elle plaida en vain que son mari avait déjà soixante-dix ans selon leurs papiers. On lui répondit que le lieu était convenable, qu’il conserverait sa citoyenneté et ne changerait que de résidence, et qu’elle pourrait le revoir une dernière fois avant son départ. Cette entrevue à travers les barreaux, la première depuis l’arrestation, mêla la joie des retrouvailles à la douleur : elle eut peine à reconnaître, tant sa santé s’était dégradée, celui qu’elle avait quitté. Avant leur séparation, sous l’œil d’un surveillant, Rav Lévi Its’hak lui demanda pardon, craignant que ses forces ne lui permettent pas de survivre à un si long voyage.
Transféré à ‘Harkov, où il revit une fois encore la Rabbanit, il entama le trajet éprouvant qui, un mois durant, le mena jusqu’à Alma-Ata, capitale du Kazakhstan. Comme il le raconta lui-même, le plus dur fut le manque d’eau pour la Netilat Yadaïm : onze jours durant, les prisonniers en furent privés, l’eau potable elle-même étant rationnée. Scrupuleux sur chaque détail de la loi, il utilisa néanmoins pour ses ablutions ce peu d’eau qu’il obtenait, cédant même sa maigre ration de nourriture au soldat en échange d’un supplément d’eau. Ils atteignirent Alma-Ata le 15 Chevat 5700 (1940). Un ‘hassid détenu raconte l’avoir vu, suivi de soldats et de chiens féroces, s’effondrer d’épuisement ; les soldats le frappèrent alors sauvagement et lâchèrent leurs bêtes, qui le mordirent et déchirèrent ses vêtements jusqu’à ce qu’il se relevât et reprît sa marche, à bout de forces.
L’exil à Tchiali
La ville de Tchiali est, pour beaucoup, synonyme d’effroi. Perdue à l’est de l’Asie centrale, longtemps ignorée du monde, sa terre est un mélange de poussière et d’eau qui jamais ne sèche, où le pied s’enfonce et peine à se dégager. Les moustiques envahissent l’air et poursuivent l’homme partout, au-dehors comme dans les maisons, jusque dans les ustensiles et la nourriture. Les demeures de mortier et de ciment protègent mal de la chaleur, de la grêle, de la neige et du vent qui siffle tout le jour, et le soleil brûlant de l’été exhale une odeur fétide, source d’épidémies mortelles.
C’est là que Rav Lévi Its’hak fut exilé, le 19 Chevat 5700 (1940), accueilli par les ténèbres et la tempête. Aucun signe de vie au-dehors. Il n’avait pour compagnon qu’un ami juif, exilé en même temps que lui. Apprenant qu’un Juif résidait dans les environs, ils rassemblèrent leurs dernières forces pour gagner sa maison, mais celui-ci leur refusa l’hospitalité. Ils aperçurent enfin une lumière au loin et trouvèrent un logis pour la nuit ; le propriétaire ne leur concéda qu’un coin de cuisine, un drap étendu sur le sol humide, et le froid les transperça au point qu’ils ne fermèrent pas l’œil. Au matin, les propriétaires jugèrent qu’ils ne pouvaient accueillir deux hommes et tirèrent au sort celui qui resterait : le sort désigna Rav Lévi Its’hak. Il plaida pour son ami, sans succès. Ayant enfin un refuge, il télégraphia aussitôt à la Rabbanit ‘Hanna pour réclamer l’essentiel : son Talit, ses Téfilines, des livres et un peu de nourriture. Trois semaines plus tard lui parvint un premier colis contenant son Talit et ses Téfilines, qu’il n’avait plus revus depuis un an. La Rabbanit rapporta qu’il en éprouva une joie qu’aucun mot ne pouvait traduire.
Après Pourim, la Rabbanit ‘Hanna résolut de rejoindre son mari. Elle se rendit à Moscou et, malgré les difficultés, emporta des Matsot, du vin pour Pessa’h, des provisions et un livre de Tehilim. Elle y multiplia les démarches pour obtenir sa libération, en vain. Le voyage jusqu’à Tchiali durait plus de cinq jours ; elle offrit un présent conséquent à un responsable pour se prémunir de tout danger. À l’arrivée, son mari vint l’accueillir : elle put à peine soutenir son regard et retint difficilement ses larmes.
De la vie qu’ils menaient dans cette ville perdue, la Rabbanit ‘Hanna a laissé ce récit : « Notre chambre se trouvait chez un Tartare. Pour y accéder, il fallait traverser une antichambre humide et boueuse, où les moustiques obscurcissaient la lumière, puis la salle à manger des propriétaires. Pour boire un peu d’eau, il fallait attendre qu’elle se décante du sable qu’elle contenait, et l’eau, en général, était difficile à obtenir. La nuit, un maigre chandelier éclairait la pièce ; la chaleur d’été était insupportable, et des myriades de moustiques nous piquaient dans notre sommeil. Notre seule défense était de boucher toutes les fentes de la chambre. Un vêtement laissé le soir devenait méconnaissable au matin, tant ces bêtes le couvraient de points noirs. Ainsi allait la vie, et nous n’avions d’autre choix que de nous y accoutumer.
Vint le mois de Nissan. Les tracas quotidiens s’effacèrent devant un souci plus grave : tout était ‘Hamets, la maison comme les ustensiles ; où trouver de la nourriture cachère pour Pessa’h ? Nos hôtes étant attachés à leur religion, nous tentâmes de les sensibiliser à la cacherout ; mais, déjà irrités par notre usage de l’eau, ils nous ordonnèrent sans réfléchir de quitter aussitôt la maison. La situation devenait critique : comment retrouver un toit deux semaines avant la fête ? Une habitante accepta enfin, contre cinquante roubles par mois, de nous céder une pièce à entrée séparée, avec un sol en bois, une merveille. Le seul inconvénient tenait à ses enfants, de véritables voyous ; le voisinage nous en dissuada, mais, faute d’alternative, nous acceptâmes. Pour les ustensiles et la nourriture, je me rendis à une heure de route, dans un lieu où un groupe de Juifs pratiquants de Kiev avaient été exilés et vivaient ensemble, parmi lesquels un Rav et un Cho’het. J’y restai deux jours et parvins à obtenir un grand ustensile neuf ; je commandai aussi de la viande et du poisson, à livrer seulement la veille de Pessa’h.
Le soir de la fête, nous avions un invité. Nous nous assîmes ensemble pour le Séder, tandis que, derrière la fenêtre, les enfants raillaient sans relâche chacun de nos gestes. Leurs moqueries ne nous atteignirent pas : le Séder se déroula selon la loi, la Hagada lue à voix haute et chantée, toutes les étapes accomplies. En songeant à Pessa’h de l’année précédente, derrière les barreaux, nous ressentions malgré tout la joie de la fête. Le Séder se prolongea tard dans la nuit ; il serait difficile d’appeler repas ce que nous mangeâmes alors, car la viande et le poisson commandés au Cho’het avaient entièrement tourné durant le transport. »
Durant l’été, le 1er Elloul 5700 (1940), Rav Lévi Its’hak adressa au dirigeant du N.K.V.D. une lettre dénonçant la conduite de son interrogatoire et réclamant la révision de son dossier. Sa demande fut rejetée. Peu après, la Rabbanit ‘Hanna décida de rentrer chez elle, pour pouvoir lui envoyer régulièrement des colis, ne pas laisser trop longtemps sa maison vide et alléger les soucis liés à sa subsistance. Auparavant, elle se rendit à Kzyl-Orda, aux bureaux du N.K.V.D., pour demander le transfert de son mari dans cette ville en raison de son état, car il portait déjà la tumeur qui devait l’emporter ; douze jours de démarches restèrent sans résultat. Avant de partir, elle pria un Juif de demeurer auprès de lui. Peu à peu, des Juifs ayant fui devant les nazis, dont certains l’avaient connu, vinrent lui demander conseil et profiter de son enseignement ; lorsqu’on sut, à Kzyl-Orda, qu’il se trouvait à Tchiali, plusieurs lui rendirent de fréquentes visites, passant avec lui de longues nuits à étudier la Torah et la ‘Hassidout.
La délivrance
La libération de Rav Lévi Its’hak fut essentiellement l’œuvre des frères Hirshel et Mendel Rabinovitch. Dès sa démobilisation, Mendel résolut de tout tenter pour l’arracher à l’exil, d’autant qu’une rumeur, tenue d’une source sûre, une femme juive juge pour le gouvernement, annonçait qu’aucun prisonnier ne serait relâché avant la fin de la guerre. Il fallait donc agir vite. Les obstacles étaient considérables : obtenir d’abord un certificat attestant que le prisonnier avait purgé toute sa peine ; réunir des sommes immenses, car sans corruption aucune signature ne s’obtenait ; faire parvenir ces documents à Rav Lévi Its’hak, au risque, en cas de fouille, de mettre en danger celui qui les transporterait, ce qui exigeait un homme à la fois discret et courageux ; obtenir enfin l’autorisation de résider dans une autre ville, laquelle supposait qu’une fille du prisonnier s’engageât à le recevoir et à l’entretenir, alors que Rav Lévi Its’hak n’en avait pas et qu’il était trop périlleux de forger de faux papiers.
Après la collecte de fortes sommes et de nombreuses démarches, le Rav Hirshel Rabinovitch obtint le certificat de sortie signé des autorités, tandis que son épouse signait l’engagement d’accueil requis. Restait à remettre les documents. Ce fut Bat-Chéva, fille du Rav Eliahou ‘Haïm Althaus, ami proche du Rav, qui accomplit cette mission délicate. Elle arriva à Tchiali avant Pessa’h ; à la demande de Rav Lévi Its’hak, qui craignait de manquer de Matsa Chmoura s’ils fuyaient aussitôt, ils demeurèrent pour les premiers jours de la fête. C’est durant ‘Hol Hamoëd que Rav Lévi Its’hak, la Rabbanit ‘Hanna et Bat-Chéva quittèrent Tchiali pour n’y jamais revenir.
Le jeudi 27 Nissan 5704 (20 avril 1944), Rav Lévi Its’hak arriva à Alma-Ata. La Rabbanit ‘Hanna raconte : « On lui réserva un accueil très chaleureux, et aussitôt affluèrent des ‘hassidim et des amis, au premier rang desquels les frères Rabinovitch. Il serait difficile de décrire la joie profonde d’accueillir dans leur ville une telle personnalité, après une si longue attente ; beaucoup avaient les larmes aux yeux. » On lui loua d’abord une maison hors de la ville, puis, avant Chavouot, une demeure fixe. Des centaines de Juifs, pour la plupart réfugiés de la guerre, s’y trouvaient ; chaque jour s’y tenaient les prières de Cha’harit, Min’ha et Arvit. En peu de temps, sa maison devint un refuge pour tous, jeunes et vieux, femmes et enfants, ouverte du matin jusqu’aux heures tardives de la nuit. Les jeunes s’asseyaient sur l’herbe de la cour et buvaient ses paroles, repartant réconfortés et spirituellement comblés.
Son influence gagnait chaque jour de nouveaux cœurs. De jeunes Juifs de Leningrad, qui n’avaient connu depuis leur naissance que l’éducation communiste, lui rendaient visite en cachette et changeaient rapidement de vie, exigeant de leur mère une nourriture cachère, au prix de graves conflits familiaux et des difficultés propres à un territoire antireligieux. Ainsi sa maison devint-elle un véritable centre spirituel, un phare vers lequel tous convergeaient, surtout lors des fêtes, pour se renforcer dans l’atmosphère oppressante du temps. Un voisin, intellectuel qui se vantait, à cinquante-deux ans, de ne pas connaître une seule lettre d’hébreu et se moquait des fidèles du Rav, finit lui-même par le fréquenter et par réduire ses heures de travail pour s’entretenir avec lui.
À Chavouot, Rav Lévi Its’hak prononça à la synagogue un discours enflammé sur la nécessité de raffermir la foi, l’observance de la Torah et des Mitsvot, exhortant chacun à ignorer ceux qui tentaient d’y faire obstacle. L’assemblée demeura muette, stupéfaite d’entendre pareilles paroles d’un Rav en Union soviétique, avant que la crainte ne la saisît, car chacun savait qu’un délateur pouvait se cacher jusque dans un lieu saint. De fait, quelques jours plus tard, les autorités convoquèrent plusieurs fidèles pour interrogatoire et firent irruption chez le Rav ; le trouver cloué au lit ne les dissuada pas de revenir. Ces visites répétées laissèrent la peur dans la maison. Pourtant, après cinq années d’exil et de souffrances, Rav Lévi Its’hak poursuivit son œuvre sans faiblir. Sa parole tranchante sur la fidélité à la Torah et aux Mitsvot gardait la même ferveur qu’avant son arrestation, comme si rien, à ses yeux, n’avait changé pour le Judaïsme. En cela résidait son caractère unique : là où tant d’hommes revenaient d’exil brisés de corps et d’âme, n’osant plus même penser contre le régime, lui ne cessa jamais, en secret comme au grand jour, de renforcer la Torah, tel un roc inébranlable dont les paroles jaillies du cœur touchaient tous ceux qui l’approchaient.
La fin de sa vie
Malgré une force d’âme extraordinaire, sa santé déclinait. La tumeur qu’il portait depuis longtemps gagnait tout son organisme, et ses souffrances croissaient de jour en jour. L’un des derniers Chabbat de sa vie, une vingtaine de personnes se réunirent autour de lui. Ses douleurs étaient telles qu’il ne pouvait supporter aucun vêtement sur son corps ; il ne portait que son habit extérieur et, dans sa grande modestie, les pria de l’excuser en disant en souriant : « On a ce que l’on mérite. » Des heures durant, les paroles de Torah coulèrent de sa bouche comme autrefois ; son visage avait changé, mais nul n’entendait une voix brisée, car l’étude lui insufflait une force qu’il eût perdue en s’interrompant.
Un médecin le suivait de près, secondé par deux confrères réputés. Ne constatant aucune amélioration, ils firent venir un professeur célèbre de Leningrad, qui établit aussitôt le diagnostic et localisa précisément la tumeur. À son visage se lisait la vérité. Le Rav lui confia tout ce qu’il avait enduré ces dernières années, et le professeur déclara n’avoir jamais, de toute sa carrière, rencontré une telle personnalité. Ses disciples firent tout pour l’assister. Les derniers jours, il était très affaibli : « Vois-tu, dit-il à un ami, il ne me reste que la peau et les os ; je ne ressens même plus le goût de la nourriture. »
Sur son dernier jour, un ‘hassid présent témoigne : « Dans la nuit du mardi, ses lèvres murmuraient sans cesse, mais sans laisser entendre aucune voix. Soudain, il ouvrit les yeux et dit : « Il faut se préparer à passer dans un autre monde. » Ce furent ses dernières paroles articulées de la journée. Le lendemain, le 20 Av 5704 (1944), son état s’aggrava. Le matin, ses lèvres murmuraient sans relâche, ses douleurs étaient insupportables, et plusieurs fois il fit signe qu’on le changeât de position. Rav Hirshel Rabinovitch, penché près du lit, tendit l’oreille et saisit quelques mots soupirés : « Ses pas échappèrent au regard… les talons du Machia’h. » Dans la soirée, un violent malaise le saisit ; le médecin prescrivit des remèdes qu’il eut à peine le temps d’absorber. Ceux qui l’entouraient récitèrent le Chema et les prières du départ de l’âme. » Dans l’heure qui suivit, l’âme de ce Tsadik quitta son corps pur pour rejoindre sa source divine. Il fut enterré au cimetière juif d’Alma-Ata.
Le Rabbi dira plus tard de son père qu’il n’avait pas seulement risqué sa vie pour le Judaïsme : il en avait fait don..
Les élèves de la Yechivat Kaïts ont vécu au Beth Habad de Neuilly-sur-Seine une rencontre hors du temps. Accueillis par le Rav Mendy Azimov, ils ont découvert, à travers les mots et les objets, la force d’une mission qui traverse les générations. Entre lettres personnelles du Rabbi et témoignages d’une vie de dévouement, ils sont repartis avec un lien plus vivant que jamais.
Un accueil chaleureux au cœur de Neuilly
C’est dans la commune huppée de Neuilly-sur-Seine, aux portes ouest de Paris, que les élèves de la Yechivat Kaïts, la session d’étude estivale, ont fait halte au Beth Habad local. Le Rav Mendy Azimov les y attendait, et l’accueil fut à la hauteur de la réputation de chaleur qui entoure cette maison. Installé rue Soyer, ce Beth Habad s’est imposé au fil des ans comme un point d’ancrage de la vie juive dans les Hauts-de-Seine, fidèle à l’esprit insufflé par la famille Azimov depuis un demi-siècle.
Car derrière ces murs se dessine une histoire plus vaste. C’est le fondateur de cette dynastie d’émissaires, le Rav Chmouel Azimov, de regrettée mémoire, arrivé de New York en 1968 (5728) avec la bénédiction du Rabbi, qui posa les fondations du Beth Loubavitch en France et réveilla, ville après ville, une vie juive que la guerre avait laissée exsangue. Ses fils poursuivent aujourd’hui cette œuvre, et le Beth Habad de Neuilly en est l’un des fleurons, sous la direction du Rav Levi Azimov.
La Chli’hout, une flamme que l’on transmet
Prenant la parole devant les jeunes visiteurs, le Rav Mendy Azimov leur parla avec enthousiasme de la Chli’hout, cette mission de diffusion du judaïsme confiée par le Rabbi à ses émissaires à travers le monde. Il partagea son expérience de terrain, les joies et les exigences d’une vie tout entière tournée vers l’autre, et s’employa à éveiller chez les élèves l’envie de s’investir à leur tour dans la diffusion de la Torah et des enseignements du Rabbi.
Être Chalia’h, rappela-t-il en substance, ce n’est pas seulement porter un message. C’est se faire le prolongement vivant de celui qui l’envoie, investir toutes ses forces au service d’une volonté plus grande que soi. Un enseignement d’autant plus fort qu’il émanait d’une famille dont chaque génération a fait de cette mission la trame même de son existence.
Des trésors qui racontent une vie
La visite prit alors une dimension exceptionnelle. Le Rav Levi Azimov dévoila aux élèves plusieurs objets précieux ainsi que des lettres personnelles qu’il eut le mérite de recevoir du Rabbi. Ces courriers appartiennent à cette immense correspondance par laquelle le maître de Loubavitch guida, encouragea et bénit des dizaines de milliers de fidèles, en France comme ailleurs, répondant à chacun avec une attention qui semblait n’être adressée qu’à lui seul.
Tenir sous ses yeux ces feuillets, écouter celui qui les reçut en raconter le contexte, c’était pour les élèves toucher du doigt une relation vivante, faite de confiance et de dévouement. Chaque objet, chaque ligne portait la trace d’un lien tissé jadis et jamais rompu.
Un lien vivant avec le Rabbi
Ces témoignages uniques ont profondément marqué les jeunes gens. Le temps d’un après-midi, la distance des années s’est effacée, et le Rabbi s’est fait tout proche, presque palpable. Les élèves sont repartis avec bien plus que des images : la certitude que la mission dont ils ont hérité n’est pas une page d’histoire refermée, mais une flamme qui continue de brûler entre leurs mains.
Riche en enseignements et en émotion, cette visite au Beth Habad de Neuilly-sur-Seine restera sans nul doute l’un des moments forts de la Yechivat Kaïts.
De façon générale, mon mari priait dans son lit. D’autres personnes lui mettaient les Téfilines. Son visage était devenu beaucoup plus maigre, et les lanières des Téfilines de la tête ne tenaient pas bien. Il m’a donc demandé d’appeler Yaakov Yossef Raskin pour qu’il lui refasse le nœud.
Cela s’est passé trois jours avant son décès. Yaakov Yossef est venu, et il a resserré le nœud de ses Téfilines. Mon mari a pu prier ainsi les trois jours suivants. Le dernier matin de sa vie, sa bouche ne cessait de murmurer. Ses lèvres bougeaient en permanence, mais on ne lui a pas mis les Téfilines.
Ce jour-là, mon mari a terriblement souffert. À plusieurs reprises, pendant le courant de la journée, il m’a demandé de le changer de position, de l’asseoir alors qu’il était couché. Je l’ai fait, et cela n’a pas été difficile du tout. Il semble qu’en des moments pareils, des forces cachées se révèlent.
Vers le soir, il s’est senti très mal. De nombreuses personnes se trouvaient dans notre maison. On a appelé le médecin, qui a prescrit quelques médicaments. Bien entendu, on les a apportés immédiatement. Pour ma part, j’ai vu tout de suite que la situation n’était pas bonne, mais j’ai pensé que cela pouvait durer encore un jour, ou plus. J’ai donc mis dans sa bouche quelques cuillérées de ces médicaments. Il les a bues entièrement. De toute évidence, il était parfaitement conscient de son état.
Quelques-uns de nos bons et proches amis, sur lesquels on pouvait compter, se tenaient près de lui. Je me suis donc étendue, pendant quelques instants, afin d’avoir la force de faire tout ce qui lui serait nécessaire par la suite.
Quand je me suis réveillée, une demi-heure plus tard, la pièce était pleine. L’un des jeunes qui se trouvaient là m’a proposé d’aller dormir chez un voisin pour reprendre des forces. Tout était fini, et il voulait me le cacher. Bien entendu, je n’ai pas accepté sa proposition.
On m’a demandé ce que mon mari voulait que l’on fasse pour l’enterrement. J’ai dit ce dont je me souvenais. Les vêtements mortuaires devaient être en lin pur. Or, il était particulièrement difficile de s’en procurer là-bas. En outre, tous ceux qui prenaient part à la toilette mortuaire devaient, au préalable, se tremper dans un bain rituel.
Il n’y avait pas de Mikwé là-bas, et tous, plusieurs dizaines de personnes, ont donc parcouru une distance non négligeable afin de se tremper dans un fleuve. Yossef Nimutin avait alors une fièvre de quarante degrés et, de façon générale, il était un homme chétif. Malgré cela, il est allé se tremper dans le fleuve lui aussi.
Tous ces hommes-là n’ont pas travaillé pendant trois jours consécutifs. Pour la plupart, ils faisaient du tricot pour le compte de fabriques d’État, et ils avaient un quota à respecter chaque jour. Mais ils ne l’ont pas fait durant ces jours-là.
Pendant les deux derniers jours de la vie de mon mari, ces hommes étrangers, qui l’avaient rencontré il y avait à peine quelques mois, ont ainsi abandonné leur maison et leur travail. Ils se trouvaient en permanence chez nous. De temps à autre, un membre de chaque famille rentrait chez lui pour voir ce qui s’y passait.
Parmi ceux qui se trouvaient dans notre maison, il y avait des jeunes, des moins jeunes, ceux qui respectaient les Mitsvot et ceux qui ne le faisaient pas. Certains avaient eu, entre eux, de graves disputes, pour des raisons commerciales, et d’autres, du fait de la controverse entre les ‘Hassidim et ceux qui ne l’étaient pas. Mais dans cet endroit, tous étaient unis. Sous l’influence de mon mari, tous avaient rejeté leurs préoccupations profanes et ils avaient accédé à un monde plus haut.
Mon mari est mort le soir. Au matin, quelques hommes appartenant aux deux parties de la communauté se sont rendus au cimetière afin de choisir l’endroit où il serait enterré. Plusieurs responsables des synagogues de la ville sont venus également. Il y avait un fils de Medalyé, qui était là-bas, le recteur d’un institut académique. On a fait l’acquisition de six places pour mon mari, afin d’éviter que soit enterré près de lui un homme qui ne mériterait pas de se trouver dans sa proximité.
C’est donc là-bas, dans sa chambre, que tout le nécessaire fut fait pour lui. Plusieurs personnes ont passé cette nuit dans notre maison. Et je l’ai moi-même passée dans la pièce où mon mari avait été posé sur le sol.
Au matin, un autre grave problème a été soulevé. Il fallait trouver des planches pour confectionner son cercueil. C’était une tâche particulièrement difficile, mais, en échange d’une somme d’argent importante, on a pu se les procurer. Le cercueil a été monté là où se trouvaient les planches, et il a ensuite été conduit sur une distance assez importante, dans la rue.
Tous les passants s’arrêtaient pour voir ce que l’on faisait. Pour qu’il n’y ait pas trop de questions et pour éviter le « mauvais œil », le jeune homme qui transportait le cercueil dans une charrette a mis un uniforme militaire.
Cet homme avait travaillé, au préalable, pour le N.K.V.D. et il avait donc conservé cet uniforme. Chaque fois qu’il était nécessaire de se procurer ce qui n’était pas totalement « cachère », le jeune homme y parvenait plus facilement en portant l’uniforme.
Tous ceux qui ont pris part à l’enterrement de mon mari sont rentrés à la maison pour la prière d’Arvit. Plusieurs dizaines ont fait cette prière dans la pièce où mon mari est décédé. C’est là que j’ai moi-même passé les sept jours du deuil. Il était envisagé de prier là, pendant tous les trente jours du deuil. Malheureusement, des Juifs ont alors fait leur apparition, que nul ne connaissait. L’un était cordonnier dans une usine, et l’on a pensé qu’il pouvait faire de la délation. La Juive qui travaillait dernièrement dans notre maison a commencé, elle aussi, à se montrer très pieuse. Elle assistait systématiquement à toutes les prières. Chaque fois que deux Juifs parlaient ensemble, elle était toujours la troisième. En outre, cette femme est devenue la bonne amie du cordonnier.
À ce moment, Rabinov a été convoqué et interrogé. On lui a demandé pourquoi l’enterrement avait été public, dans de telles proportions, et pourquoi lui, Rabinovitch, avait pris une part aussi active à son organisation. Pour répondre à ces questions, il lui a fallu trouver des explications qui n’existaient pas dans le monde. Un bon ami qu’il avait dans cette administration lui avait conseillé de se méfier. De ce fait, nombreux étaient ceux qui ne prenaient pas part à ces prières.
Tout au long du deuil, d’autres personnes sont venues me présenter leurs condoléances. Nombre de ceux que nous connaissions restaient dormir dans notre maison. Pendant les premiers temps, on ne m’a pas laissé seule.
A cause de tout cela, les actions de nos bons amis, les informations qui nous parvenaient de la poste, à propos des nombreux courriers que nous avions reçus, les sommes d’argent qui nous avaient été adressées, «câblées», comme on dit ici, y compris de Tachkent et de Samarkand, mais qui étaient désormais inutiles, malheureusement, « l’œil qui voit », omniprésent, s’est réveillé.
Nous avions déjà, à l’époque, des relations avec l’étranger et tout cela se remarquait.
Les prières se sont poursuivies, difficilement, pendant les vingt premiers jours, mais, par la suite, il a été annoncé que la propriétaire n’était pas intéressée par la réunion de trop nombreuses personnes dans sa maison. La vérité est qu’elle l’acceptait parfaitement. On a donc fait savoir qu’il n’y aurait plus de prières à la maison.
Tout de suite après l’enterrement, des amis ont cherché à placer une barrière en fer autour des six places qui avaient été achetées pour lui, au cimetière, et jusqu’à ce que soit posée la pierre tombale, à couler du ciment sur la tombe, afin de bâtir, en quelque sorte, un édifice qui protégerait la tombe des pluies et de la boue. Mais, il était malheureusement impossible de se procurer du ciment et, plus encore, du fer. Pourtant, en quelques semaines, à la demande des ingénieurs généraux les plus importants, travaillant dans les entreprises d’état et, en outre, grâce à différents stratagèmes, nous avons obtenu tout le ciment et le fer nécessaires.
Nos amis proches sont intervenus pour chaque détail de tout cela, y compris le plus insignifiant, afin de dresser la meilleure barrière, qui soit la plus belle possible. Et, l’on a effectivement placé une barrière esthétique, attirant l’œil, au point que tous ceux qui passaient près de cet endroit s’étonnaient : qui est-ce et qu’est-ce ? Peu après, un homme vertueux est malheureusement décédé, là-bas. C’était un Juif, érudit de la Torah, proche parent du Rabbi de Hornostaypel. La barrière entourant la tombe de mon mari était fermée avec un cadenas. Ceux qui priaient dans la même synagogue que le défunt le conduisirent au cimetière et, là, ils escaladèrent la barrière, craignant qu’on ne les autorise pas à l’enterrer là-bas. En effet, ils souhaitaient honorer cet homme. Par la suite, ces hommes sont venus et ils ont raconté qu’ils ont soudoyé le gardien qui se trouvait sur place, afin de pouvoir faire cet enterrement.
J’écris tout cela pour montrer à quel point le cheminement de la pensée de ces hommes âgés a été modifié, au point d’être capables de faire une telle chose, d’une manière aussi étrange et curieuse, sans même tenir compte du fait qu’il s’agissait d’un domaine privé.
Le moment était enfin venu, pour les personnes déplacées, de penser à rentrer dans les villes où elles habitaient avant la guerre ou bien dans d’autres endroits, où elles pourraient s’établir d’une manière fixe, non plus dans les demeures provisoires qu’elles avaient eues jusqu’alors.
Avant tout, nos bons amis se sont occupés de poser la pierre tombale. Comme c’est bien souvent le cas, lorsque l’on veut réaliser une certaine action, on s’aperçoit que celle-ci est aussi difficile que le passage de la mer Rouge, selon l’expression courante.
On ne disposait donc pas de marbre, pour la pierre tombale. Certes, il y avait là-bas un non-Juif, qui volait les meilleures pierres, se trouvant dans le cimetière non juif. Puis, il les taillait à nouveau, d’une certaine façon, afin d’être en mesure de les réutiliser. Bien entendu, cet homme faisait payer son travail très cher et ceux qui avaient besoin de telles pierres, pour cet usage, les lui achetaient.
Mais, pour ma part, je n’ai pas voulu que l’on place sur la tombe de mon mari une pierre qui se trouvait, au préalable, sur une tombe non juive ou bien qui avait servi à l’église. Cet homme disposait de telles pierres, mais, bien entendu, celles-ci ne me convenaient pas.
En revanche, je ne voulais pas non plus repartir en laissant la tombe en l’état et nos bons amis le voulaient encore moins que moi. Nous avons alors appris que l’on avait, dernièrement, fait venir de Moscou, dans l’une des entreprises d’état, quelques grands blocs de marbre. Il a donc été décidé de consacrer l’un de ces blocs à la pierre tombale.
Comment a-t-on fait cela ? Le plus important des comptables travaillant dans cette entreprise était un Juif de Leningrad. Quand on lui a dit de qui il s’agissait, il s’est aussitôt souvenu de son grand-père. Dans sa jeunesse, il avait conservé l’image de ce grand-père qui étudiait la Torah en permanence. En l’occurrence, on lui avait rapporté les discours que ce Rav faisait à la synagogue, ou bien devant ceux qui l’écoutaient. Leur contenu était similaire à l’étude de son grand-père. Cet homme s’engagea donc à consacrer l’un des blocs de marbre, à cet effet.
Pour faire sortir la pierre de son entreprise, il fallait obtenir une autorisation de passage, de même qu’un bon de commande en précisant la destination. Le gardien qui devait établir ces documents a reçu une bonne récompense, pour cela. Mais, en l’occurrence, la responsabilité de ce gardien était moins clairement engagée, car l’un des employés principaux de l’entreprise commettait cette « faute » avec lui.
L’épouse de cet employé principal, le Juif de Leningrad, emprunta une voiture de l’entreprise et, à la tombée de la nuit, quand il fit sombre, elle conduisit la pierre là où on le lui avait demandé. Par la suite, elle m’a raconté que, pendant toute la nuit suivante, elle ne parvenait pas à se calmer, tant elle avait eu peur, quand elle avait effectué le transport de la pierre.
Lorsque cette tâche a été pleinement effectuée, on a commencé à se demander quel était le texte de l’épitaphe qu’il fallait écrire sur cette pierre. Les doutes ne portaient pas sur les titres qui lui convenaient, mais sur le danger qui était lié à leur diffusion.
Ceux qui prenaient part à ces discussions me montraient toujours les propositions qui avaient été faites. Au final, il fut décidé de ne pas écrire son nom de famille, ce que l’on appelle ici : « le second nom », mais uniquement son prénom et celui de son père, de ne pas écrire non plus le nom de la ville de laquelle il avait été le Rav et de se limiter uniquement à la formule : « Ici repose le Rav et ‘Hassid bien connu, untel fils d’untel », avec la date du décès.
Nos amis ont effectivement trouvé un artisan, qui a bien fait le travail. Ils allaient là-bas souvent. Et, c’est ainsi que le jour du Tsom Guedalya, il y avait encore de très nombreuses personnes qui se trouvaient dans cet endroit.
C’est de cette façon que s’est achevée la vie de mon mari sur cette terre. Au cours de son existence, il avait parcouru un chemin difficile, il avait toujours lutté. C’était un homme qui ne connaissait pas le moindre compromis. Il ne savait pas ce que voulait dire la formule : « moitié pour moi, moitié pour toi ». Cela lui a coûté très cher, mais il n’a jamais renoncé. Au début, il avait toujours de nombreux opposants, mais, à la fin, ceux-ci devenaient ses ‘Hassidim et des personnes qui le soutenaient.
Mon mari a quitté ce monde. Son mérite protègera ses enfants, qui auront une longue vie, avec les membres de leur famille, une vie agréable, spirituellement et matériellement. Ils connaîtront la réussite, en tout ce qu’ils accompliront, jusque dans le moindre détail.
Depuis plus d’un demi-siècle, un rendez-vous estival réunit dans les montagnes de l’État de New York les plus grandes figures de l’étude ‘hassidique. Cette année encore, des dizaines de Rabbanim, de Rachei Yechivot et de Machpi’im ont convergé vers le camp Gan Israel pour plusieurs jours d’étude ininterrompue. Un rassemblement que le Rabbi lui-même chérissait tout particulièrement.
Un demi-siècle d’étude ininterrompue
C’est au cœur du camp Gan Israel, à Parksville, dans l’État de New York, que se déroule en ces jours le 53e Yar’hei Kalla mondial. Ce rassemblement réunit plusieurs dizaines de Rabbanim, de Rachei Yechivot, de Dayanim et de Machpi’im venus des quatre coins du monde, pour une étude intensive de la Torah et un approfondissement du Niglé comme de la ‘Hassidout.
Un héritage fondé en mémoire du père du Rabbi
Cette rencontre annuelle a été fondée en 5734 (1974) par le Rav Avraham Chem-Tov, président de l’Agoudat ‘Hassidei Habad mondiale. Elle se tient chaque année à l’approche du 20 Mena’hem Av, jour de la Hiloula du père du Rabbi, le génie et kabbaliste le Rav Levi Its’hak Schneerson, de bénie mémoire.
Des participants venus des cinq continents
Tout au long de ces journées, des Rabbanim et des Chlou’him venus des États-Unis, de Terre sainte, d’Angleterre, de France, d’Argentine et d’autres pays encore prennent part aux cours, aux débats halakhiques et aux Farbrenguen consacrés aux sujets les plus variés de la Torah et de la Hala’ha. Cette année, l’assemblée compte parmi ses intervenants des Rabbanim, des Rachei Yechivot et des Machpi’im de premier plan, qui dispensent leurs cours des heures durant, du matin jusqu’au soir. Parallèlement, ces enseignements sont retransmis en direct au profit du public d’Anash à travers le monde, permettant à ceux qui ne peuvent se déplacer de se joindre malgré tout à l’étude.
Une joie particulière pour le Rabbi
Au fil des années, le Rabbi exprima une affection toute particulière pour l’œuvre du Yar’hei Kalla. Il confia même que ce rassemblement lui procurait une grande na’hat roua’h, une profonde satisfaction, et encouragea les ‘Hassidim à y prendre part, tout comme à la Melavé Malka organisée chaque année en l’honneur de la Hiloula de son père.
Une Melavé Malka dans la plus pure tradition
Cette année encore, une Melavé Malka centrale s’est tenue à l’issue du Chabbat, à l’occasion du 20 Mena’hem Av, en présence de Rabbanim et de personnalités publiques. Paroles de Torah et Niggounim d’éveil s’y sont succédé, dans la plus belle tradition du Yar’hei Kalla mondial.
À l’issue du Chabbat, des milliers de Hassidim, de Chlou’him et d’invités venus du monde entier se sont rassemblés à Alma-Ata pour une Melavé Malka d’exception. Ce repas est venu clore un Chabbat tout entier placé sous le signe de la préparation et de l’élévation spirituelle, à la veille du jour de Hiloula du Kaf Mena’hem Av. En cette date est commémorée la disparition de Rav Levi Its’hak Schneerson, de bénie mémoire, père du Rabbi.
Un rassemblement venu du monde entier
Sitôt le Chabbat achevé, des milliers d’invités se sont réunis à Alma-Ata pour une Melavé Malka empreinte de solennité. Cette assemblée est venue couronner un Chabbat tout entier consacré à la préparation, à l’approche du Kaf Mena’hem Av, le vingtième jour du mois de Mena’hem Av, jour de Hiloula de Rav Levi Its’hak Schneerson, de bénie mémoire, père du Rabbi.
La foule rassemblait de nombreux membres de la communauté, des Chlou’him ainsi que des Temimim, arrivés dans la ville depuis toutes les régions du globe à l’approche de ce jour de Hiloula et de la montée vers la dernière demeure du grand disparu.
Au chevet du saint tsion
C’est dans cette ville du Kazakhstan, où il fut jadis exilé par le régime soviétique et où il rendit l’âme le 20 Av 5704 (1944), que repose Rav Levi Its’hak, père du Rabbi. Chaque année, à l’approche de ce jour, son tsion sacré attire une multitude de fidèles venus s’y recueillir et s’y élever à l’occasion de la montée traditionnelle sur son lieu de repos.
Le repas de Melavé Malka a ainsi scellé ce Chabbat singulier, placé sous le signe de la préparation et de l’élévation, en vue du grand moment que constitue le Kaf Mena’hem Av, point d’orgue de ces journées de recueillement.
Sur la terre d’exil où le régime communiste voulait éteindre à jamais l’étincelle du judaïsme, un homme refusa de plier. Là où la Rabbanit ‘Hanna fabriquait clandestinement de l’encre pour que son mari puisse écrire ses commentaires du Zohar, une vie juive éclatante rayonne désormais au grand jour. À la veille de la Hilloula de Rav Levi Its’hak le 20 Av, des milliers de partenaires venus du monde entier se rassemblent pour proclamer une seule vérité : ils ont échoué, et lui a vaincu.
Une étincelle qu’ils voulaient enterrer dans le désert
Nous nous tenons aujourd’hui sur le sol du Kazakhstan, cette terre imprégnée des larmes de Rav Levi Its’hak. Ma pensée s’envole vers la lointaine bourgade de Chi’ili, vers ces années de souffrance et d’exil qu’il a endurées. On avait voulu le réduire à la solitude. On avait voulu ensevelir l’étincelle du judaïsme dans les sables du désert communiste. Mais jamais Rav Levi Its’hak ne baissa les bras. Même ici, sur cette terre d’exil, il poursuivit avec un dévouement total la diffusion de la Torah et de la ‘Hassidout.
Mes chers frères, je me tiens devant vous aujourd’hui pour vous le dire : ils ont échoué. Rav Levi Its’hak a vaincu.
Entrer dans le saint des saints avec le cœur de milliers de partenaires
En cette veille de la Hilloula de Rav Levi Its’hak, je tiens entre mes mains la liste de plus de mille « Levi Its’hak » qui portent le nom de ce génie, de ce ‘Hassid, de ce Tsadik et de ce kabbaliste enterré en ces lieux. J’entre dans le saint des saints, et je n’y entre pas seul : j’emporte avec moi le cœur de milliers de partenaires fidèles, venus du monde entier. Des Juifs au grand cœur, qui ont ouvert leur âme et leur bourse, qui sont devenus partie intégrante de Habad Kazakhstan, et grâce à qui les institutions de Rav Levi Its’hak continuent de vivre, de grandir et de respirer.
Là où l’on écrivait dans la clandestinité, la Torah résonne au grand jour
Là où il risqua sa vie pour répandre le judaïsme règne aujourd’hui une entière liberté juive. Une vie juive vibrante et lumineuse rayonne à travers tout le Kazakhstan. Là où la Rabbanit ‘Hanna fabriquait clandestinement de l’encre à partir d’herbes, afin qu’il pût coucher ses magnifiques commentaires dans les marges de son exemplaire du Zohar, la sainte communauté de Rav Levi Its’hak étudie désormais la Torah et accomplit les Mitsvot avec fierté, en plein jour, dans ces mêmes rues.
Voici donc, au nom de milliers de partenaires, le témoignage public de leur reconnaissance envers ton dévouement absolu : pour avoir fait vivre et rayonner la sainteté dans les conditions les plus rudes, sans jamais relâcher tes efforts, pour chacun et pour chacune. Que D.ieu te bénisse et te fasse réussir, toi et tous les Chlou’him du Rabbi dans ce pays. Une bénédiction particulière s’adresse aux milliers de partenaires qui donnent d’eux-mêmes, de leur argent et de leur temps pour fortifier cette sainte communauté. Puissent-ils recevoir jusqu’à cinq cents fois plus, et jusque dans l’éternité.
La satisfaction d’une âme sainte
Lorsque Rav Levi Its’hak contemple les huit Beth Habad érigés sur sa terre d’exil, et ces milliers de partenaires qui veillent sur l’œuvre de sa vie et sur sa sépulture, quelle immense satisfaction pour sa sainte âme ! Le Rabbi avait imploré, du plus profond de son cœur : donnez pour l’élévation de l’âme de son père, lui qui offrit sa vie pour la diffusion du judaïsme. Et il avait béni celui qui le ferait avec largesse, lui promettant de recevoir jusqu’à cinq cents fois plus et une bénédiction sans fin.
Une flamme qui ne s’éteindra jamais
Ensemble, poursuivons cette magnifique chaîne de dévouement inaugurée par Rav Levi Its’hak sur sa terre d’exil. La flamme de Rav Levi Its’hak brûle toujours. Nous sommes présents, et nous perpétuerons son héritage jusqu’à la venue de notre juste Machia’h.
Les noms de tous les donateurs seront évoqués en bénédiction sur la tombe de Rav Levi Its’hak, par l’intermédiaire du site vaav.kz. C’est dans cette intention que nous nous tenons à présent devant l’arche sainte pour la prière du Rabbi. Puisse cette prière être source de bénédiction, et puisse chacun et chacune ici présent être inscrit dans la prière du Rabbi.
Rejoignez la diffusion du judaïsme là où il repose
Ils ont échoué. Rav Levi Its’hak a vaincu. Plus de mille « Levi Its’hak » et des milliers de partenaires continuent de raviver le feu ardent qu’il a allumé. Découvrez le Pane bouleversant et le cri du cœur des Chlou’him élevés sur sa sainte tombe : c’est ici même qu’il a donné sa vie, et c’est ici que nous poursuivons son héritage. Regardez, partagez, et prenez part à l’œuvre. Rejoignez la diffusion du judaïsme sur le lieu même où il repose, et bénéficiez d’une bénédiction multipliée par cinq cents.