L’éclipse solaire du est une éclipse totale de Soleil, dont la totalité sera observable depuis le Groenland, l’Islande et l’Espagne et aussi en phases partielles dans une grande partie de la France métropolitaine, de l’Algérie et au Maroc, offrant le spectacle astronomique le plus marquant depuis 1999. Les astronomes y voient une occasion rare d’observer la couronne solaire et d’éprouver les lois de la physique. La Torah, elle, y lit autre chose : un signe adressé au monde, dont le Rabbi a longuement analysé la portée exacte pour en écarter tout malentendu.
Un rendez-vous céleste au-dessus de l’Europe
Le mercredi 12 août 2026, entre dix-neuf heures dix et vingt et une heures vingt environ selon le lieu d’observation, l’ombre de la Lune balaiera l’Atlantique Nord, l’Islande et le nord de l’Espagne avant de s’éteindre au-dessus des Baléares. La bande de totalité épargnera l’Hexagone, mais la France métropolitaine tout entière assistera à une éclipse partielle d’une ampleur inhabituelle : selon les régions, plus de quatre-vingt-quinze pour cent du disque solaire pourront être occultés, un taux d’obscuration que le pays ne reverra pas avant plusieurs décennies.
Le phénomène débutera en fin d’après-midi et culminera en soirée, alors que le Soleil sera déjà bas sur l’horizon ouest. Un horizon parfaitement dégagé dans cette direction, et un ciel clément, seront donc les deux conditions décisives pour ne rien manquer du spectacle.
Le calendrier hébraïque, lui, situe l’événement le 29 Av 5786, à l’orée de Roch ‘Hodech Elloul. La coïncidence n’en est pas une : une éclipse de Soleil ne peut survenir qu’au moment de la conjonction, c’est-à-dire lorsque la Lune est absente du ciel nocturne et qu’un nouveau mois s’apprête à commencer. Le mois qui s’ouvre est précisément celui du bilan et du retour, celui où, selon l’image classique, le Roi se tient dans le champ, accessible à chacun.
Qu’est-ce qu’une éclipse solaire ?
Une éclipse de Soleil survient lorsque la Lune vient se glisser entre la Terre et le Soleil, les trois corps s’alignant presque parfaitement sur un même plan, celui que les astronomes nomment l’écliptique. Pour qui se trouve au bon endroit au bon moment, la Lune efface alors le Soleil durant quelques minutes : le jour bascule brutalement dans la pénombre et les étoiles réapparaissent en plein après-midi.
Le phénomène se repère à l’œil nu sans aucune difficulté, mais il demeure aussi impressionnant que rare. Tous les dix-huit mois environ, une éclipse totale se produit quelque part sur la planète. Pour un lieu donné, en revanche, l’attente entre deux totalités se compte généralement en siècles, trois à quatre cents ans étant la moyenne.
Ne pas confondre éclipse solaire et éclipse lunaire
L’éclipse de Soleil ne peut se produire qu’à la Nouvelle Lune, lorsque la face lunaire tournée vers nous n’est pas éclairée. L’éclipse de Lune obéit à la logique inverse : c’est la Terre qui projette son ombre sur la Lune, et cela ne peut advenir qu’à la Pleine Lune. Deux mécanismes distincts, donc, et deux moments opposés du mois lunaire.
Partielle, annulaire ou totale
Toutes les éclipses ne se ressemblent pas, car l’alignement n’est jamais rigoureusement identique.
1 – L’éclipse partielle est la plus courante : on en compte cinq à six par an, et de nombreuses régions du globe en observent au moins une chaque année. La Lune ne masque qu’une fraction du disque solaire, l’obscuration pouvant aller de cinq à plus de quatre-vingt-dix pour cent. En deçà de cinquante pour cent, l’œil nu ne perçoit à peu près rien. La prudence, elle, reste entière : tant qu’un fragment du Soleil demeure visible, les lunettes certifiées ne se retirent pas.
2 – L’éclipse annulaire se produit lorsque la Lune se trouve plus éloignée de la Terre qu’à l’ordinaire. La distance entre les deux corps oscille naturellement entre trois cent cinquante-six mille kilomètres au périgée et quatre cent six mille à l’apogée. Près de l’apogée, le disque lunaire paraît légèrement plus petit que celui du Soleil et ne parvient pas à le recouvrir entièrement : il subsiste tout autour un anneau lumineux, ce fameux anneau de feu qui dure de quelques secondes à un peu plus d’une minute. En France, la prochaine éclipse annulaire est attendue le 5 novembre 2059. Là encore, l’anneau ne dispense en rien du port des lunettes.
3 – L’éclipse totale, enfin, est la plus rare et de loin la plus saisissante : une à trois fois par an, la Lune s’interpose complètement et le disque solaire disparaît, ne laissant visible que la couronne, ce halo pâle et diffus. La totalité dure de quelques secondes à sept minutes au maximum, selon la qualité de l’alignement et le point d’observation. Durant ces instants, la lumière chute brutalement, le ciel prend des allures de crépuscule, la température baisse de plusieurs degrés et les animaux eux-mêmes suspendent leur activité. C’est le seul cas où l’on peut baisser les lunettes, et uniquement pendant les minutes où le Soleil est intégralement masqué.
Les éclipses dans la Torah
Le premier chapitre de la Genèse énonce que les luminaires furent placés dans le firmament pour servir de signes. Rachi, à cet endroit, rapporte l’enseignement de nos Sages : lorsque les luminaires sont frappés, c’est un mauvais présage pour le monde, ainsi qu’il est dit chez le prophète Jérémie de ne pas se laisser effrayer par les signes du ciel ; mais lorsque vous accomplissez la volonté de D.ieu, vous n’avez pas à redouter le châtiment.
Quant à la cause de ces éclipses, le Talmud l’attribue explicitement à la conduite des hommes : le Soleil est frappé pour quatre raisons, notamment lorsque le président du tribunal rabbinique décède sans être dignement pleuré ; et les luminaires sont frappés pour quatre raisons, notamment à cause de ceux qui rédigent des documents falsifiés.
Une objection ancienne
L’objection est célèbre et se formule en une phrase. Que le Soleil et la Lune soient éclipsés relève d’un mécanisme inscrit dans l’ordre du cosmos, qui se répète à intervalles réguliers et que l’on sait calculer à l’avance avec une précision redoutable. Comment soutenir alors qu’il s’agit de la conséquence de fautes humaines, s’il s’agit d’un fait de nature parfaitement inéluctable ?
Cette difficulté a servi, au fil des générations, à décréter que tout ce que nos Sages ont enseigné ne serait pas exact, et par là même à justifier l’abandon de la Torah et des Mitsvot. Or, souligne le Rabbi, le défaut d’observance ne procède presque jamais d’une véritable interrogation intellectuelle : il procède de l’appétit des émotions, et la question ne vient qu’après coup, comme alibi. C’est bien pourquoi une objection que quelques instants de réflexion suffisent à dissiper peut néanmoins tenir lieu de justification à toute une existence.
Encore faut-il rappeler une donnée historique. Dès l’époque de la Michna et du Talmud, les savants des nations savaient calculer les éclipses de Soleil et de Lune. Quiconque connaît l’histoire juive, par les récits de nos Sages comme par les chroniques de ce temps, sait que ces savants entretenaient des rapports étroits avec les Sages d’Israël, se déplaçaient pour les rencontrer et débattaient avec eux de philosophie et de sciences, l’astronomie comprise. Et même à supposer que l’on refuse d’admettre que les Sages d’Israël possédaient une connaissance approfondie des sciences et de l’astronomie, et que c’est par eux que ce savoir parvint aux nations, il demeure absolument incontestable qu’au moment où les astronomes non juifs savaient prévoir les éclipses, nos Sages le savaient également. Cela vaut plus encore pour l’astronomie, science que les Sages avaient toute raison de maîtriser puisqu’elle conditionne la fixation du calendrier.
Il en résulte que leur enseignement, selon lequel l’éclipse constitue un mauvais présage survenant en raison de fautes déterminées, ne peut en aucun cas contredire le caractère nécessaire des éclipses selon les lois de la nature.
Une première réponse, et ses limites
On pourrait théoriquement soutenir que l’enseignement ne porte pas sur l’éclipse elle-même, mais sur le fait qu’elle ait été vue. Puisque l’intention divine, en donnant un mauvais présage, est que les hommes reviennent vers Lui, encore faut-il qu’ils puissent apercevoir le signe. Cette lecture résoudrait l’objection sans effort : la nature n’impose que l’éclipse, non sa visibilité, laquelle dépend de la couverture nuageuse. Lorsque les hommes commettent les quatre fautes, le ciel demeure clair et le présage leur est montré ; lorsqu’ils se conduisent comme il convient, les nuages font écran et le présage n’a pas lieu.
L’explication ne résiste pourtant pas à l’examen. Il existe d’abord des régions, l’Égypte par exemple, où le ciel n’est presque jamais couvert. Surtout, la formulation même de nos Sages, qui parlent des luminaires frappés, désigne l’éclipse elle-même et non sa contemplation.
C’est d’ailleurs sur cette base que le Talmud distingue Israël des nations : l’éclipse de Soleil est un mauvais présage pour les nations, l’éclipse de Lune un mauvais présage pour Israël, car Israël compte par la Lune et les nations par le Soleil. L’éclipse survenue dans leur conduite provoque l’éclipse du Soleil ou de la Lune, chacune répondant aux manquements des uns et des autres. Il s’ensuit que si Israël se conduit comme il le doit, aucune éclipse de Lune ne devrait avoir lieu, et non pas seulement qu’elle passerait inaperçue.
Le signe d’un temps, non sa cause
L’explication véritable, enseigne le Rabbi, est d’une grande simplicité. Dire que l’éclipse des luminaires est un mauvais présage, et qu’elle survient à cause de quatre choses, revient à dire que ce moment se trouve placé sous la domination d’un mazal ra, une constellation défavorable. C’est un temps disposé au malheur, et par conséquent un temps où la sanction des quatre fautes devient plus immédiate.
Voilà pourquoi il est ajouté que celui qui accomplit la volonté de D.ieu n’a rien à redouter : si la conduite est droite, il n’y a rien à sanctionner, quand bien même la période serait plus sévère.
L’objection tombe alors d’elle-même. L’éclipse n’est nullement la conséquence du comportement humain ; elle est le signe d’une période douloureuse, particulièrement exposée au jugement pour ces quatre choses. Ces temps et leurs présages sont inscrits d’avance dans la nature que D.ieu a créée, exactement comme le sont les indications du traité Chabbat sur les caractères de celui qui naît tel ou tel jour de la semaine.
Une image du Talmud éclaire ce point avec une précision remarquable. Un roi de chair et de sang offrit un banquet à ses serviteurs et fit placer devant eux un flambeau ; puis, saisi de colère, il ordonna à son serviteur de leur retirer la lumière. Ce n’est pas le roi qui retire le flambeau, mais son serviteur : l’éclipse et le présage se déroulent intégralement à l’intérieur de la nature, laquelle n’est jamais que le serviteur du Roi.
Dans cette perspective, l’affirmation selon laquelle le Soleil est frappé à cause de quatre choses ne signifie pas que l’éclipse résulte de fautes effectivement commises dans ces domaines, mais que ces périodes portent en elles une inclination vers ces quatre choses, et que c’est pour cette raison que les luminaires y sont frappés.
Le mazal incline, il ne contraint pas
Reste à comprendre comment une constellation agit sur une période, non seulement quant aux rétributions qui s’y distribuent, mais quant à la conduite elle-même. Elle y crée une prédisposition, une pente vers un certain type d’actes, en bien comme en son contraire.
L’exemple donné est celui de l’étude nocturne : nos Sages enseignent que l’essentiel de la sagesse s’acquiert la nuit. Cela ne signifie évidemment pas que l’étude diurne serait vouée à l’échec, mais que la nuit y est particulièrement propice, tandis que le jour exige davantage de labeur pour un résultat comparable. Il en va de même des indications du traité Chabbat sur le caractère de celui qui naît à tel moment.
En aucun cas la constellation ne détermine celui qui naît sous elle. La liberté est accordée à tout homme, d’être juste ou le contraire, et il est impossible qu’une prédisposition innée l’entraîne irrésistiblement vers quoi que ce soit. Le signe du temps ne fait naître qu’un léger penchant ; qui travaille sur lui-même peut le surmonter, et même le retourner.
C’est exactement ce qu’expose Maïmonide dans les Chemona Perakim : nul ne naît voué à la réussite ou à l’échec, mais l’un peut naître naturellement disposé à l’une ou à l’autre. La nature n’entame donc pas le libre choix. Que fait-elle alors ? Celui qui penche naturellement vers la réussite aura moins d’efforts à fournir pour devenir ce qu’il choisit d’être, sa nature le portant, sans que disparaisse pour autant sa liberté de choisir l’inverse. Celui qui penche vers l’échec devra travailler bien davantage, ce qui prouve précisément qu’il a reçu des forces et un potentiel supérieurs, car c’est à la mesure du chameau que l’on calcule la charge, et nul ne reçoit une épreuve qu’il ne puisse porter.
Le même principe vaut pour ce que l’on nomme les jours défavorables. Un événement pénible y est plus probable, ce qui justifie une prudence accrue et la recommandation de ne pas entreprendre un lundi ou un mercredi ; il n’y est jamais certain. C’est bien pourquoi cette recommandation s’efface devant la règle voulant qu’on ne laisse pas passer l’occasion d’accomplir une Mitsva, et pourquoi un effort suffisant permet de réussir même un jour réputé défavorable.
Pourquoi Israël n’a rien à craindre
Le Talmud distingue ici Israël des idolâtres : lorsque Israël accomplit la volonté de D.ieu, il n’a rien à redouter de tout cela, car il est dit de ne pas s’effrayer des signes du ciel dont les nations s’effraient ; les nations s’en effraieront, Israël n’a pas à s’en effrayer. Autrement dit, dans les circonstances mêmes où Israël n’a rien à craindre, les nations, elles, doivent craindre.
Si le mauvais présage ne désignait qu’un temps où la sanction est plus lourde, et si accomplir la volonté divine signifie simplement n’avoir pas fauté, on ne voit pas pourquoi les nations devraient s’effrayer alors qu’elles n’ont pas transgressé.
La réponse tient à la nature du rapport que chacun entretient avec les lois du monde. Les nations peuvent, elles aussi, surmonter les prédispositions engendrées par le temps et se conduire droitement, car même sans posséder le degré ultime du libre arbitre, elles ne sont sanctionnées que pour ce qu’elles commettent de leur propre initiative. Mais elles demeurent gouvernées par les lois de la nature, et briser un penchant naturel leur demande un travail considérable. De là leur crainte : elles redoutent, à juste titre, la pente que le temps leur imprime.
Au-dessus de la nature
Israël occupe une autre position. Lorsqu’il intensifie son service divin, il s’élève au-dessus des mesures et des limites de sa propre nature. Accomplissant la volonté de son Créateur, il se tient plus haut que la nature, et donc plus haut que les signes du ciel eux-mêmes. Voilà pourquoi il n’a rien à redouter de tout cela.
La formulation est décisive : il ne s’agit pas seulement de pouvoir surmonter sa nature au prix d’un effort, mais de ne pas avoir à en tenir compte. On peut entreprendre un lundi ou un mercredi. Le degré ultime est celui où les règles de la nature cessent purement et simplement d’être prises en considération. C’est ainsi que D.ieu conduit les justes, et il est écrit que Ton peuple, tous sont des justes : d’une manière ouvertement miraculeuse, entièrement au-delà de la nature.
Le 12 août au soir, quelques minutes durant, la lumière déclinera au-dessus de l’Europe. Les instruments enregistreront des données, les regards protégés suivront la progression du croissant sombre, et le phénomène s’achèvera comme il avait commencé, à l’heure exacte que les tables prévoyaient. Il restera à chacun de décider ce qu’il lit dans cette ombre passagère : un accident d’optique, ou le rappel qu’un temps se donne toujours à qui sait le dépasser.
L’éducation et la guidance ne sont pas un simple savoir-faire, mais une Torah complète, faite de lois nombreuses et de règles ramifiées qui engagent autant le maître que le disciple. Cette tâche exige une responsabilité immense et un labeur de tous les instants, où l’effort de l’âme se conjugue à celui du corps. Encore faut-il, pour l’accomplir, avoir reçu le talent particulier que D.ieu accorde à chacun selon sa vocation.
Rabbi Yossef Itshak Schneerson
L’éducation et la guidance constituent une Torah entière, riche de lois multiples qui se ramifient en chapitres de formation et en chapitres de conduite, aussi bien du côté de celui qui éduque et qui guide que du côté de celui qui est éduqué et guidé. Considérée dans son ensemble, cette discipline est lourde de responsabilités : c’est un travail difficile et pesant, qui réclame un effort considérable, un effort de l’âme autant qu’un effort de la chair.
L’affirmation liminaire est plus forte qu’il n’y paraît. En désignant l’éducation comme une « Torah entière », le texte refuse de la réduire à un ensemble de recettes pédagogiques transmises par l’expérience. Il s’agit d’un corps de savoir structuré, avec ses principes, ses règles dérivées et ses cas particuliers, exactement comme une discipline talmudique. La distinction entre « chapitres de formation » et « chapitres de conduite » sépare ce qui relève de la préparation du maître et de la construction de l’élève, d’une part, et ce qui relève des règles concrètes du comportement quotidien, d’autre part. Enfin, la réciprocité est essentielle : l’éducation n’est pas une action à sens unique exercée sur un objet passif, mais une relation qui impose des devoirs aux deux parties. La mention conjointe de l’effort de l’âme et de l’effort de la chair signale que cette tâche épuise l’éducateur dans toutes ses dimensions, intellectuelle, émotionnelle et physique.
Le talent, condition de toute action
Toutes les actions de l’homme, quelles qu’elles soient, les plus ardues comme les plus légères, requièrent un talent particulier adapté à l’action considérée. Il en est ainsi parce que l’action procède du spirituel vers le matériel : ce passage même exige une aptitude qui lui corresponde. Selon la nature des actions et selon leur objet, ainsi sont les talents qui leur conviennent ; et selon la manière dont son talent se révèle, telle sera l’utilité de l’action accomplie.
Le raisonnement repose sur une idée fondamentale de la pensée ‘hassidique : toute action visible commence par une intention invisible. Entre la volonté intérieure et le geste accompli, il existe un écart de nature, un franchissement du spirituel vers le matériel. C’est précisément ce franchissement qui exige un instrument approprié, et cet instrument est le talent. Sans lui, l’intention la plus pure demeure sans effet dans le monde. La dernière proposition ajoute une nuance décisive : posséder un talent ne suffit pas, encore faut-il qu’il se révèle, c’est-à-dire qu’il soit cultivé, exercé et déployé. Le rendement de l’action ne dépend donc pas seulement de l’existence du don, mais du degré auquel il a été mis au jour.
Le talent est un don divin
Le talent est un don de D.ieu. Certains sont gratifiés par le Saint béni soit-Il du don de la voix, du chant et de la mélodie ; d’autres reçoivent le talent de la parole publique et de la prédication ; d’autres encore le talent de l’enseignement ; d’autres enfin le talent de l’éducation et de la guidance, et ainsi de suite pour les autres aptitudes.
Cette phrase produit deux effets opposés et complémentaires. Elle interdit l’orgueil : nul ne peut se glorifier d’une aptitude qu’il n’a pas fabriquée lui-même et qui lui a été confiée. Elle interdit tout autant le découragement : celui qui ne dispose pas d’un talent donné n’a pas à s’en affliger, puisque la répartition ne relève pas de son mérite. Mais si le talent est un don, il devient par là même une charge, car un dépôt reçu appelle une reddition de comptes. L’énumération, qui va du chant à l’éducation en passant par la prédication et l’enseignement, prépare discrètement la thèse centrale du texte : le talent éducatif figure sur la même liste que les autres, il constitue une aptitude distincte et spécialisée, et non le simple prolongement d’une compétence savante.
L’unité de l’âme et la diversité de ses forces
Or, si les talents sont bien les forces de l’âme spirituelle, et si tous ensemble ils constituent autant de membres dans lesquels l’essence de l’âme se diffuse pour les vivifier, donnant à chacun, selon son objet propre, la force et la vigueur nécessaires à l’accomplissement de son action ; et si, de surcroît, l’essence de l’âme est une essence spirituelle qui ne connaît aucune division entre un talent et un autre — malgré tout cela, il est nécessaire que les talents se distinguent les uns des autres selon la nature de leur degré et selon l’objet de leur action.
Le passage affronte une difficulté théorique réelle. Si l’âme est une, simple et indivisible, comment expliquer que ses forces soient à ce point différenciées ? La réponse passe par l’analogie du corps : les membres sont multiples et remplissent des fonctions incomparables, alors même que la vie unique qui les anime ne se divise pas. L’œil ne voit pas parce que la vie qu’il reçoit serait d’une autre nature que celle de l’oreille, mais parce que sa structure propre canalise cette vie unique d’une manière déterminée. Il en va de même des talents : l’essence de l’âme se diffuse en chacun d’eux sans se fractionner, et c’est le réceptacle qui produit la différenciation. La conclusion s’impose alors : l’unité de la source n’abolit nullement la spécialisation des facultés, elle la rend au contraire intelligible.
Deux catégories de talents
La division générale des talents s’opère en deux catégories. La première réunit les talents qui agissent dans le domaine matériel, tels le talent du dessin et le travail d’art exigeant l’entraînement de la main, ou encore le talent de la musique pratiquée sur divers instruments, et ce qui leur ressemble. La seconde réunit les talents qui agissent dans le domaine spirituel, tels le talent de la parole et de la prédication capable d’éveiller les sentiments de ceux qui écoutent, le talent de l’étude et de l’enseignement, le talent de l’éducation et de la guidance, et ce qui leur ressemble.
Le critère de classement n’est ni la noblesse du talent ni la difficulté de son acquisition, mais la nature de la matière sur laquelle il opère. Le dessinateur et le musicien travaillent sur un support extérieur et inerte : la feuille, l’instrument, la main entraînée. Le prédicateur, le maître et l’éducateur travaillent sur des êtres humains, c’est-à-dire sur une matière qui possède sa propre volonté, sa propre résistance et sa propre liberté. La différence n’est donc pas de degré mais de nature. Il faut noter que le texte range délibérément l’éducation et la guidance dans la seconde catégorie, aux côtés de l’enseignement, avant de montrer aussitôt que cette proximité de catégorie masque une différence profonde.
Une distinction qui tient à la saisie du talent
Cette division demeure toutefois une division de catégories générales, envisagée du point de vue de l’influence que ces talents exercent en dehors d’eux-mêmes. Elle se fonde sur la manière dont les talents sont saisis et investis dans leurs actions, et elle se présente à la fois comme une division générale et comme une division particulière. Car la saisie du talent dans son action matérielle ne ressemble en rien à la saisie du talent dans son action spirituelle.
De même qu’il existe une différence dans l’investissement du talent à l’intérieur même de la catégorie de ceux qui agissent dans le matériel — l’investissement du talent du dessin dans son action n’étant nullement comparable à l’investissement du talent musical dans le sien —, il en va pareillement dans la catégorie des talents qui agissent dans le spirituel : la saisie du talent dans l’éducation et la guidance ne ressemble en rien à la saisie du talent dans l’étude et l’enseignement.
Ce développement constitue le cœur argumentatif du chapitre. La classification en deux catégories reste une vue de surface, fondée sur l’effet extérieur produit ; elle ne dit rien de la manière dont le talent s’engage intérieurement dans son action. Or c’est là que se joue l’essentiel. La comparaison entre le dessinateur et le musicien éclaire le propos : tous deux relèvent du domaine matériel, mais le premier s’investit dans une œuvre qui subsiste après lui, tandis que le second s’investit dans un acte qui s’évanouit au moment même où il se produit. Leur rapport à l’action n’a rien de commun. Le texte applique alors le même raisonnement au domaine spirituel, et c’est là que réside sa thèse : enseigner et éduquer sont deux talents distincts. L’enseignant transmet un contenu à une intelligence ; l’éducateur façonne une personne dans sa totalité, son caractère, ses habitudes et ses orientations. Un savant remarquable peut se révéler un piètre éducateur, et un éducateur d’exception n’est pas nécessairement un maître d’étude accompli. La conséquence pratique est directe : on ne confie pas l’éducation à quelqu’un au seul motif qu’il possède le savoir.
Résumé
Les talents se divisent, premièrement, selon leurs actions, suivant que celles-ci s’exercent dans le matériel ou dans le spirituel ; deuxièmement, selon la manière dont ils sont saisis dans chacune de ces deux catégories, et à l’intérieur de chaque catégorie prise en particulier.
Le résumé, forme classique de ce genre de traité, condense la démonstration en deux axes qu’il importe de ne pas confondre. Le premier est une classification externe, opérée d’après le champ d’application. Le second est une analyse interne, portant sur le mode d’engagement du talent dans son action, et il vaut aussi bien entre les deux catégories qu’à l’intérieur de chacune d’elles. C’est ce second axe qui fonde la spécificité irréductible du talent éducatif et qui justifie que l’éducation soit traitée comme une discipline autonome, avec ses lois propres.
Elloul est le mois de la miséricorde et du pardon, celui où éclairent les treize attributs de clémence et où D.ieu se fait proche de chaque Juif. Selon la célèbre parabole de l’Admour Hazaken, le Roi quitte alors son palais pour se tenir « dans le champ », accueillant tous ceux qui viennent à Lui d’un visage rayonnant. Mois du bilan de l’âme et de la préparation à Roch Hachana, il se vit à travers les Séli’hot, la sonnerie du Chofar, l’ajout de Tehilim et la vérification des Téfilines et des Mezouzot.
Le mois d’Elloul est le douzième de l’année lorsqu’on compte à partir de Tichri, et le sixième à partir de Nissan. On le nomme le mois de la miséricorde et du pardon. Ses vingt-neuf jours sont ceux où « le Roi est dans le champ » : le Saint béni soit-Il se tient proche de chaque Juif et se révèle à lui d’une manière personnelle, par l’illumination des treize attributs de miséricorde. C’est en ces jours que l’on se prépare à Roch Hachana, aux dix jours de Techouva et à Yom Kippour. Le mazal du mois est la Vierge.
« Le Roi dans le champ »
L’Admour Hazaken apporte, dans le Liqoutei Torah, une parabole qui illustre la manière dont se révèlent les treize attributs de miséricorde durant le mois d’Elloul. Il est connu, explique-t-il, qu’Elloul est le temps de la révélation de ces treize attributs. Mais comment comprendre que ces jours demeurent des jours ordinaires, et non des jours de fête, alors même qu’il existe une différence immense entre Yom Kippour et Elloul ? La réponse tient dans une image : celle d’un roi qui, avant son entrée dans la ville, se voit accueilli par ses habitants venus à sa rencontre en pleine campagne. À ce moment, quiconque le désire peut sortir se présenter devant lui, et le roi reçoit chacun avec bienveillance, montrant à tous un visage souriant. Lorsqu’il regagne ensuite la ville, tous marchent à sa suite ; mais une fois parvenu au palais royal, nul n’y pénètre plus sans autorisation, et seuls les meilleurs et les êtres d’exception y sont admis. Ainsi en est-il, à titre de parabole, du mois d’Elloul : chacun sort à la rencontre de la lumière du visage divin, dans le champ.
Cette image met en évidence la grandeur d’Elloul, mois où D.ieu se rend proche de chaque Juif par un éveil venu d’en haut, et où les treize attributs de miséricorde se révèlent à chacun, quelle que soit sa situation, fût-il encore « dans le champ », c’est-à-dire dans un lieu qui n’est pas ouvertement celui de la sainteté. Lorsque le Juif prend conscience de cette proximité, il s’éveille à son tour d’un mouvement venu d’en bas et revient à D.ieu, à l’approche de Roch Hachana et de Yom Kippour.
Le mois de la miséricorde
Le Sefer HaMinhaguim décrit ce mois comme celui de la miséricorde, où brillent les treize attributs de clémence. En Elloul s’ouvrent les portes de la miséricorde pour quiconque s’approche du sacré afin de servir le Créateur par la Techouva, la prière et l’étude de la Torah. C’est le dernier mois de l’année qui s’achève et passe du présent au passé, un temps de bilan de l’âme, où l’on est appelé à réfléchir à la manière dont l’année s’est écoulée, à regretter sincèrement le mal accompli, et à prendre sur soi de veiller désormais à l’accomplissement des Mitsvot avec soin, à s’appliquer à la Torah et à la prière, et à s’habituer aux bonnes qualités. C’est enfin le mois de la préparation à l’année nouvelle qui vient sur nous et sur tout Israël, pour le bien et la bénédiction, matériellement et spirituellement.
Le mois du bilan
Elloul est appelé le mois du bilan, car, dernier mois de l’année, il est celui où l’on doit faire son ‘Hechbon hanéfech, un décompte sincère du travail accompli au fil de l’année écoulée. De même que, dans l’ordre matériel, l’homme d’affaires qui veut voir sa maison prospérer et porter un large profit doit, de temps à autre, faire ses comptes et corriger toutes ses lacunes, il en va de même dans le service spirituel. Toute l’année, l’ensemble d’Israël s’adonne à la Torah, aux Mitsvot et aux bonnes qualités ; en Elloul, mois du bilan, chacun, aussi bien celui qui demeure sous la tente de l’étude que l’homme engagé dans les affaires, doit établir un compte véritable dans son âme de tout ce qu’il a traversé durant l’année, reconnaître les mérites de son service pour les renforcer, et déceler ses manques pour les réparer. Par cette bonne préparation, on mérite une année bonne et douce, matériellement et spirituellement. Ainsi l’œuvre du mois d’Elloul est-elle à la fois le bilan de l’année qui passe, avec sa réparation et son parachèvement, et la préparation de l’année qui vient.
Les allusions contenues dans son nom
De nombreux acronymes ont été rapportés à propos du nom du mois. Le plus célèbre est Ani Ledodi Vedodi Li, « Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi », qui laisse entrevoir l’ordre du service à accomplir. Le Rabbi rapporte plusieurs de ces acronymes, correspondant chacun à un aspect de ce travail. Le premier est la Techouva, qui en constitue le fondement et l’introduction, allusion contenue dans le verset annonçant que D.ieu circoncira le cœur de l’homme et celui de sa descendance. Trois autres renvoient aux trois piliers sur lesquels le monde repose : la Torah, dont l’étude s’intensifie en ce mois et qui protège l’homme de son mauvais penchant à la manière des paroles de Torah qui préservent celui qui les étudie ; la prière, dont le sens même est le lien et l’union de l’homme, le « moi », avec son Créateur, le « bien-aimé » ; et la Tsedaka, la charité, que l’on multiplie dès le premier jour du mois, chacun donnant à son prochain et faisant des présents aux nécessiteux. Le cinquième acronyme apporté par le Rabbi est la Guéoula, la Rédemption, finalité de l’accomplissement de la Torah et des Mitsvot. Plus encore, la Rédemption fait elle-même partie du service actuel du Créateur, car la foi en la venue du Machia’h et l’attente de son arrivée comptent parmi les principes de la foi. Le Rabbi explique en outre que le Juif doit servir son Créateur avec le sentiment d’une délivrance personnelle de tout ce qui le trouble et l’entrave, se tenant en homme libre, affranchi pour servir D.ieu, sûr qu’aucun obstacle n’a de réelle consistance. Les Chaarei HaMoadim rapportent encore d’autres lectures des lettres du mois, y voyant l’allusion à l’Arche, aux Tables et aux fragments des Tables, ainsi qu’à l’avertissement « malheur au méchant et malheur à son voisin », les mêmes lettres pouvant enfin se lire « lo lo », « il n’est pas à lui ».
Les vœux de « ketiva ve’hatima tova »
Il convient de s’efforcer de bénir et d’être béni, l’un l’autre, homme et femme, de même que les enfants entre eux, chacun en particulier comme l’ensemble d’Israël, par la formule ketiva ve’hatima tova, souhait d’être inscrit et scellé pour une année bonne et douce, aussi bien de vive voix, face à face, que par écrit. Il est en effet rapporté que la bénédiction d’un Juif, et plus encore en un temps de faveur, en ce mois de miséricorde où le Roi est dans le champ et montre à tous un visage souriant en exauçant leurs demandes, se joint à la bénédiction du Saint béni soit-Il pour combler les vœux de chacun, en tout ce qui lui est nécessaire, matériellement et spirituellement. L’usage veut que, lorsqu’on adresse à autrui une lettre depuis le premier d’Elloul jusqu’à Yom Kippour, on y glisse au début ou à la fin le souhait qu’il mérite, dans les jours du jugement, d’être inscrit et scellé dans le livre de la bonne vie. Le Rabbi avait coutume de conclure ses lettres par ces vœux dès le premier jour de Roch ‘Hodech Elloul, et l’on trouve même qu’il commença à formuler ce souhait dès les alentours du quinze Av, souhaitant une inscription et un scellement bons pour une année bonne et douce, matériellement et spirituellement. Entre Roch Hachana et Yom Kippour, il souhaitait une ‘hatima et une conclusion de scellement favorables, et durant les jours qui suivaient, la salutation de fête habituelle.
La récitation de « LeDavid Hachem Ori »
Depuis Roch ‘Hodech Elloul jusqu’après Hochaana Rabba, on récite le psaume LeDavid Hachem Ori après le psaume du jour, ainsi qu’à l’office de Min’ha avant Aleinou. Selon notre coutume, on commence à le dire dès le premier jour de Roch ‘Hodech Elloul, tandis que la plupart du monde ne le débute que le second jour. Le Kaddich récité à la suite de ce psaume vaut également pour le psaume du jour, conformément à la voie de l’Admour Hazaken dans son rite, qui préconise de ne pas multiplier les Kaddich au-delà de ce qu’ont institué les anciens.
L’ajout dans la récitation des Tehilim
Du premier Elloul jusqu’à Yom Kippour, on récite chaque jour trois psaumes dans l’ordre : le premier jour, les psaumes un, deux et trois ; le deuxième jour, les psaumes quatre, cinq et six, et ainsi de suite. À Yom Kippour, ce sont trente-six psaumes que l’on dit, répartis autour des offices de la journée. Celui qui n’a pas commencé dès le second jour de Roch ‘Hodech débute le jour où il se trouve et rattrape ce qu’il a omis, sans jamais dépasser trois psaumes par jour. L’usage, que suivait le Rabbi, est de réciter ces trois psaumes en public, à la suite de la portion quotidienne de Tehilim. Au-delà de cette institution, on multiplie en Elloul la récitation des Tehilim : l’Admour Rachab disait que ce mois est la véritable saison des Psaumes.
Les sonneries du Chofar
Le premier jour de Roch ‘Hodech Elloul, on sonne du Chofar pour s’exercer, et l’on commence à sonner après la prière dès le second jour. La « sonnerie d’exercice » du premier jour possède une vertu propre, comparable à la sonnerie unique de Yom Kippour. Les sonneries d’Elloul se composent des séquences tachrat, tachat et tarat. On peut dire qu’elles correspondent aux dix facultés de l’âme, ce qui montre que la Techouva d’Elloul, bien qu’elle soit principalement un mouvement d’ensemble, concerne néanmoins toutes les forces de l’âme. C’est aussi le temps de la campagne du Chofar, où l’on va faire entendre sa sonnerie à ceux qui n’ont pas l’occasion de l’écouter.
La vérification des Téfilines et des Mezouzot
Le Mateh Ephraim de Rabbi Ephraim Zalman Margaliot rapporte, à propos d’Elloul, que les hommes d’action ont coutume d’examiner en ce mois les détails de la Mitsva, en vérifiant et en éprouvant leurs Téfilines et leurs Mezouzot. Sur ce fondement, le Rabbi appela chacun, dans le prolongement de la campagne des Mezouzot, à s’efforcer de faire vérifier durant Elloul les Téfilines et les Mezouzot de sa maison, quand bien même elles auraient été acquises auprès d’un scribe craignant D.ieu et écrites avec soin. Le Rabbi ajouta que cette démarche accroît la bénédiction divine en général, et en particulier la bénédiction d’une inscription et d’un scellement bons pour une année bonne et douce ; il jugea précieux et juste que chacun s’emploie à diffuser cette pratique, au-delà de sa propre observance, en tout lieu où sa main peut atteindre, auprès de tous ses frères d’Israël. Il précisa que, si la loi stricte n’exige un tel examen qu’une fois tous les trois ans et demi, dès lors qu’un surcroît de bénédiction d’en haut est requis, comme en Elloul, il devient un bon usage de vérifier sans délai les Mezouzot et les Téfilines. Il souligna qu’à la différence des générations passées où tout était accompli avec scrupule, la crainte est aujourd’hui plus grande que ces objets sacrés aient été confectionnés sans le soin voulu, et qu’ils risquent de se révéler impropres.
La haftara de Roch ‘Hodech
Lorsque Roch ‘Hodech tombe un Chabbat, on lit comme haftara la section « Les cieux sont Mon trône », en ajoutant à la fin, si l’on se trouve dans la section de Ki Tétsé, les versets « Femme affligée, battue par la tempête ». Lorsque Roch ‘Hodech tombe un dimanche, on lit cette dernière haftara en y adjoignant le premier et le dernier verset de la haftara « Demain, c’est le renouveau de la lune ».
Le Niggoun aux quatre strophes
Les aïeux prenaient garde de ne chanter le Niggoun de l’Admour Hazaken qu’en des temps particuliers : Roch Hachana, le mois d’Elloul et d’autres occasions semblables. À Loubavitch, ce grand Niggoun du saint maître n’était entonné qu’à des moments fixés, dont Roch ‘Hodech Elloul. On rapporte au nom du Tsema’h Tsédek que le Niggoun de l’Admour Hazaken, dit aux quatre strophes, ne se chante qu’en des temps connus, tels le mois d’Elloul et les jours des Séli’hot, propices à l’éveil de la Techouva.
Les mariages
En Elloul, on célèbre le mariage tout au long du mois, y compris durant sa seconde moitié, puisqu’il s’agit du mois de la miséricorde. C’est une heure bonne et favorable aux unions durant toute sa durée, car il est le mois de la clémence et de la faveur, comme aux premiers jours, et son mazal est la Vierge. L’usage d’Israël, en bien des lieux, est de fixer les noces en Elloul, particulièrement propice à cela, au point que l’on n’hésite pas à les arrêter jusque dans sa seconde moitié.
Les Séli’hot
En Elloul, il est de coutume, dans toutes les communautés d’Israël, de réciter les Séli’hot, dans le cadre du travail de la Techouva. Notre usage est de les dire durant la semaine de Roch Hachana ou celle qui la précède, et non, comme il est écrit dans le Liqoutei Torah, dès Roch ‘Hodech Elloul. L’ordre des Séli’hot précédant Roch Hachana, tel que l’enseigna l’Admour Rayats, correspond au rite du Mah’zor « Kol Bo » et à l’usage de Lituanie, avec de légères variantes.
La conduite des élèves de Tomchei Temimim
Durant les deux jours de Roch ‘Hodech, le directeur spirituel de la Yéchiva établit le programme de l’étude de la ‘Hassidout pour le mois, car on ajoute alors du temps à cette étude comme à la prière posée et recueillie. Les deux nuits de Roch ‘Hodech sont consacrées à des Farbrenguen où l’on traite en particulier de la conduite d’Elloul et de Tichri, tant dans l’étude de la ‘Hassidout que dans la manière de prier avec ferveur et dans l’amendement des qualités, l’objectif n’étant pas seulement d’extirper les mauvais traits mais d’acquérir de bonnes qualités et de se parer d’une véritable crainte du Ciel. Tout au long du mois, on multiplie l’étude des maamarim de ‘Hassidout, l’essentiel n’étant pas l’étude en elle-même mais le travail du bilan de l’âme, avant la lecture du Chéma du soir, avant le sommeil et avant la prière du matin, dans une prière fervente, chacun éveillant son prochain à corriger ses qualités et à affermir sa conduite.
Aux élèves issus de familles ‘hassidiques, ou à ceux qui désirent étudier la ‘Hassidout, il fut demandé de se fixer, durant ces deux mois d’Elloul et de Tichri, un temps particulier consacré à cette étude, deux ou trois compagnons se réunissant pour approfondir ensemble un même maamar, à plusieurs reprises, et pour se retrouver en Farbrenguen autour des enseignements ‘hassidiques. Le Rabbi orienta les élèves de Tomchei Temimim vers les sujets propres à Elloul, tels le Dérekh ‘Haïm, le Chaar HaTechouva et le Chaar HaTefila, ou encore le Liqoutei Torah et le Atérèt Roch. Il expliqua que tout ce qui advient dans la Création doit se refléter chez l’élève de la Yéchiva dans son domaine propre, celui de la Torah : à l’approche d’Elloul, temps de la lumière et du salut et temps de la Techouva dans le monde, cela doit s’exprimer chez l’élève par l’étude de ces sujets.
Dans une lettre, le Rabbi précise que, même si, selon l’enseignement de l’Admour Hazaken, le Roi se tient dans le champ et accueille chacun avec bienveillance, il demeure évident qu’il faut multiplier la prière, l’étude de la Torah et les Mitsvot, selon l’ordre « Je suis à mon bien-aimé » d’abord, puis « et mon bien-aimé est à moi », qui forment l’acronyme d’Elloul. On multiplie donc la prière et les supplications par rapport au reste de l’année, et l’on accroît l’étude de la part de la Torah touchant au service divin, avec le soin d’accomplir ses Mitsvot avec beauté. Parmi les ouvrages de Habad, l’Iguéret HaTechouva, troisième partie du Tanya, et le Dérekh ‘Haïm de l’Admour Haemtsaï y sont particulièrement dédiés. Écrivant à la Yéchiva de Montréal, le Rabbi rappela sa proposition que les élèves, et à plus forte raison les directeurs, multiplient en ces jours l’étude des maamarim imprégnés de service divin, souhaitant qu’il en aille de même en tout lieu. Dans la septième génération surtout, Elloul se distingue au sein des Yéchivot Tomchei Temimim par l’ardeur et la vitalité qui entourent le voyage auprès du Rabbi pour le mois des fêtes, et par les préparatifs spirituels et matériels qui l’accompagnent.
Les jours de Habad en Elloul
Le mois d’Elloul est jalonné de dates marquantes dans l’histoire de Habad. Le premier Elloul 5582 (1822), Rabbi Baroukh, fils de l’Admour Haemtsaï, se maria. Le cinq Elloul 5537 (1777), Rabbi Mena’hem Mendel de Vitebsk parvint en Terre sainte, à la tête d’un groupe de trois cents ‘Hassidim qui s’établirent à Tsfat. Le dix Elloul 5558 (1798), le dossier pénal ouvert contre l’Admour Hazaken fut porté devant l’empereur, le procureur général ayant transmis la dénonciation au tsar. Ce même dix Elloul, en 5651 (1891), Rav Moché Hornstein épousa ‘Haya Mouchka Hornstein, fille de l’Admour Maharach. Le onze Elloul 5635 (1875), l’Admour Rachab épousa Sterna Sarah Schneerson, petite-fille du Tsema’h Tsédek. Le douze Elloul 5689 (1929), l’Admour Rayats effectua sa visite aux États-Unis. Le treize Elloul 5657 (1897), l’Admour Rayats épousa Ne’hama Dina Schneerson. Le quatorze Elloul 5702 (1942), ‘Haya Mouchka Hornstein, fille de l’Admour Maharach, fut conduite à la mort dans le camp d’extermination de Treblinka.
Le quinze Elloul 5657 (1897), l’Admour Rachab annonça la fondation de la Yéchiva Habad « Tomchei Temimim », lors du repas des sept bénédictions du mariage de l’Admour Rayats. Le dix-sept Elloul 5503 (1743), Rav Israël Baroukh et Rivka Posner, parents de l’Admour Hazaken, se marièrent ; et le dix-sept Elloul 5748 (1988), le Rabbi posa la première pierre de l’agrandissement de la maison d’étude du 770, à New York. Le dix-huit Elloul 5484 (1724), le prophète A’hiya HaChiloni se révéla pour la première fois au Baal Chem Tov, alors âgé de vingt-six ans, et commença à lui enseigner la Torah ; puis, le dix-huit Elloul 5494 (1734), le Baal Chem Tov, âgé de trente-six ans, reçut l’ordre de se révéler au monde. Le dix-huit Elloul 5573 (1813), l’Admour Haemtsaï quitta Kremenchug et fixa sa résidence à Loubavitch.
Le dix-neuf Elloul 5700 (1940), l’Admour Rayats s’installa au 770, et le vingt et un Elloul de cette même année eut lieu l’inauguration de l’édifice. Le vingt-cinq Elloul marque l’anniversaire du décès de Dovber Schneerson, frère du Rabbi, assassiné durant la Choa et dont le jour exact de disparition demeura inconnu ; en ce jour, le Rabbi avait coutume de réciter le Kaddich. Enfin, le vingt-neuf Elloul 5549 (1789), l’Admour Tsema’h Tsédek naquit de Rav Chalom Chakhna et de Dvora Léa Altschuler, dans la ville de Liozna.
L’ancien chef du Mossad Yossi Cohen a levé le voile, lors de la conférence de Galilée, sur l’ampleur de la surveillance israélienne du complexe nucléaire iranien de Fordow. « Nous nous sommes rendus sur place à maintes reprises afin d’en comprendre chaque recoin », a-t-il confié devant l’assemblée. Évoquant la frappe américaine contre le site, il a déclaré qu’il s’était agi pour lui de l’accomplissement de tous ses rêves.
L’ancien directeur du Mossad, Yossi Cohen, s’est exprimé aujourd’hui (mardi) lors de la douzième conférence de Galilée au sujet de la campagne menée contre le programme nucléaire iranien, et plus particulièrement contre l’installation d’enrichissement de Fordow. Il a affirmé que la frappe américaine sur ce site avait représenté pour lui un moment tout à fait exceptionnel, au terme de longues années de surveillance, de collecte de renseignements et de préparatifs autour du programme nucléaire de Téhéran.
Un rêve devenu réalité
« Nous avons arpenté le site nucléaire de Fordow à de nombreuses reprises afin d’en comprendre la configuration », a déclaré Yossi Cohen, faisant allusion aux efforts déployés au fil des ans pour étudier l’installation iranienne et cerner sa place au sein du programme nucléaire de la République islamique. Selon lui, la frappe américaine a incarné l’aboutissement d’une aspiration nourrie pendant des années : « Le bombardement du site par les Américains fut l’accomplissement de tous mes rêves. »
La conférence de Galilée à Tsfat
Les propos de Yossi Cohen ont été tenus dans le cadre de la douzième conférence de Galilée, qui s’est déroulée ce jour au palais de la culture municipal de Tsfat, sous le mot d’ordre « Rendre la sécurité au Nord ». La rencontre a réuni des décideurs, des chefs de collectivités, des professionnels et des représentants de communautés, venus débattre des défis sécuritaires, du renforcement de la résilience régionale et des mesures nécessaires pour permettre un nouvel essor des localités du Nord.
Un adversaire connu de longue date
L’allusion de Yossi Cohen à Fordow revêt une signification particulière à la lumière de la fonction qu’il a jadis occupée à la tête du Mossad et de l’implication israélienne, ancienne et continue, dans l’effort visant à contrarier le programme nucléaire iranien. Durant son mandat, il a dirigé le service à une époque où Israël agissait par des voies multiples pour retarder l’avancée de ce programme.
Dès le lendemain de la frappe américaine sur les installations nucléaires iraniennes, en juin 2025, Yossi Cohen avait indiqué qu’il s’agissait de trois sites qu’Israël connaissait parfaitement, et que l’activité israélienne menée au fil des ans avait considérablement ralenti le programme de Téhéran. Il estimait alors que la frappe américaine avait suspendu le projet nucléaire iranien, « à tout le moins pour l’heure ».
Fordow, cible stratégique et fortifiée
Fordow est considéré comme l’un des sites les plus centraux et les plus sensibles du programme nucléaire iranien, notamment en raison de son emplacement et de ses infrastructures enfouies et fortifiées. La seule capacité de frapper cette installation a longtemps constitué un défi de taille pour Israël et ses alliés.
Le propos de Yossi Cohen reflète la profondeur du combat mené durant des années pour empêcher l’Iran de progresser vers une capacité nucléaire militaire. Du point de vue israélien, le programme nucléaire iranien a longtemps été perçu comme l’une des principales menaces stratégiques, et l’effort déployé pour y faire face a mobilisé le renseignement, des opérations clandestines, la diplomatie et la pression internationale.
Du renseignement à l’action militaire
L’une des avancées marquantes de cette campagne fut la mise au jour des archives nucléaires iraniennes, qui ont fourni à Israël une information étendue sur différents aspects du programme et permis d’approfondir la compréhension du dispositif iranien. Yossi Cohen lui-même a évoqué par le passé l’importance des renseignements accumulés au fil des ans pour cerner ce programme.
Par la suite, l’affrontement s’est également déplacé sur le terrain militaire. En juin 2025, les États-Unis ont frappé les principales installations nucléaires iraniennes, dont Fordow, lors de l’opération « Marteau de minuit », un geste accueilli en Israël comme une étape significative dans l’effort visant à endommager l’infrastructure nucléaire iranienne. Yossi Cohen a affirmé, au lendemain de la frappe, que la conjonction des capacités israéliennes, du renseignement et de l’action américaine avait créé une situation dans laquelle il était possible d’enrayer le programme de manière substantielle.
Une bataille loin d’être achevée
Yossi Cohen a toutefois souligné, par le passé, que la campagne ne s’achève pas avec une seule frappe et que l’Iran demeure en possession d’infrastructures et d’un savoir-faire édifiés au long des années. Selon lui, même après avoir atteint les sites nucléaires, il demeure nécessaire de continuer à surveiller les infrastructures et les installations que Téhéran pourrait mettre à profit pour poursuivre son projet.
Rabbi Menahem Mendel Schneerson, septième Rabbi de Habad-Loubavitch, ne fut pas seulement la plus grande figure du judaïsme contemporain : il fut aussi un enfant de la terre juive d’Ukraine. De Nikolaïev, où il vit le jour en 1902, à Ekaterinoslav, où mûrit sa vocation, jusqu’à New York d’où il rayonna sur le monde entier, son parcours relie une géographie très concrète à une mission universelle. Aujourd’hui, l’Ukraine se souvient de lui à la fois comme d’un fils et comme d’un maître, tandis que le réseau mondial qu’il a bâti est revenu s’enraciner sur la terre même de son enfance.
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« Chaque Juif est un envoyé du Tout-Puissant, chargé de renouer le lien du peuple d’Israël avec sa tradition et ses racines. C’est là le devoir de chacun, quel que soit son niveau personnel de connaissance de la Torah. Même si ton savoir n’est pas immense, va vers l’autre et partage-le avec celui qui ne l’a pas encore reçu. » Cette parole résume à elle seule la vision d’un homme qui transforma un courant hassidique relativement modeste en un mouvement présent sur tous les continents.
Pour le lecteur israélien comme pour les Juifs du monde entier, un fait demeure essentiel dans l’histoire du Rabbi : son lien avec l’Ukraine n’est pas une note décorative en bas de page, mais le point de départ de toute sa biographie. Le Rabbi de Loubavitch naquit le 18 avril 1902 à Nikolaïev, grandit à Ekaterinoslav, l’actuelle Dnipro, et venait d’une famille profondément intégrée à la direction spirituelle du judaïsme du sud de l’Ukraine, avant de passer par Varsovie, Berlin, Paris et New York pour devenir le septième Rabbi de Habad et l’une des personnalités les plus influentes du judaïsme de notre temps.
Un parcours qui se lit depuis son commencement
Lorsqu’on regarde cette vie non par sa fin mais par son commencement, l’itinéraire se révèle d’une remarquable précision. Le 18 avril 1902, naissance à Nikolaïev. En 1909, la famille s’installe à Ekaterinoslav après la nomination du père, le Rav Levi Its’hak Schneerson, comme Rav de la ville. En Nisan 5675, mars 1915, le jeune Menahem Mendel célèbre sa Bar Mitsva à Ekaterinoslav. Le 14 Kislev 5689, 27 novembre 1928), mariage à Varsovie ; 1933, installation à Paris ; 28 Sivan 5701, 23 juin 1941, arrivée à New York ; 10 Chevat 5711, 17 janvier 1951, acceptation officielle de la charge de septième Rabbi ; 3 Tamouz 5754, 12 juin 1994, fin de sa vie terrestre.
Cette séquence ne vaut pas seulement pour ses dates. Elle montre que le « Rabbi américain » a grandi à partir d’un espace juif ukrainien parfaitement concret.
Des racines bien plus profondes qu’un simple lieu de naissance
Nikolaïev n’est pas, dans cette biographie, une ville prise au hasard sur un acte d’état civil. Du côté maternel, le grand-père du Rabbi, le Rav Meir Chlomo Yanovsky, était le Grand Rabbin de Nikolaïev. Du côté paternel, son père, le Rav Levi Its’hak Schneerson, devint en 1909 le Rav d’Ekaterinoslav, puis le Grand Rabbin de la ville, où il servit pendant des décennies. Le futur Rabbi grandit ainsi non seulement dans une famille pratiquante, mais dans une maison qui se trouvait au cœur même de la vie juive urbaine ukrainienne du début du vingtième siècle.
L’Ukraine ne fut donc pas pour lui la seule géographie de la naissance, mais aussi sa première école de responsabilité communautaire. Chabad.org rattache directement son enfance à l’installation de la famille dans la grande ville ukrainienne d’Ekaterinoslav, où son père devint le guide spirituel de la communauté locale. Dès sa Bar Mitsva de 1915, Menahem Mendel était réputé pour son érudition et sa piété, dans un environnement familial qui associait la fidélité stricte à la tradition, le sens de la responsabilité communautaire et une véritable ouverture intellectuelle.
Il existe aussi une ligne ukrainienne plus dramatique. Dans les premières années soviétiques, ce fut le père du Rabbi qui devint l’une des figures religieuses les plus en vue du judaïsme d’URSS. Après le départ du sixième Rabbi hors du pays en 1927, le Rav Levi Its’hak apparut de fait comme l’héritier le plus visible des premiers Rebbeim de Habad sur le sol soviétique, jusqu’à son arrestation en 1939. Le Rabbi évoqua plus tard son père comme celui qui avait pris sur ses épaules la responsabilité de diffuser le judaïsme dans ce pays. Pour le sujet ukrainien, ce point est fondamental : la maison des Schneerson à Dnipro n’était pas seulement une maison de savants, mais une maison de résistance à l’anéantissement spirituel de la vie juive.
Un autre trait ukrainien, plus fort encore quoique moins connu, touche à la famille durant les années de guerre. Les archives de la communauté juive de Dnipro mentionnent explicitement que Dov-Ber Schneerson, frère du Rabbi et deuxième fils du Rav Levi Its’hak, figura parmi les victimes des nazis sur le terrain de l’hôpital psychiatrique d’Igren, près de Dnipro. L’Ukraine ne fut donc pas seulement, dans l’histoire des Schneerson, une patrie et une communauté : elle fut aussi le lieu d’une tragédie familiale intime.
D’Ekaterinoslav à New York
Passée l’étape ukrainienne, la biographie de Schneerson s’élargit à l’échelle européenne, puis mondiale. En novembre 1928, il épousa à Varsovie Haya Moussia, fille du sixième Rabbi de Loubavitch, Yossef Its’hak Schneerson. Il vécut et étudia ensuite à Berlin, avant de s’installer à Paris en 1933. Cette phase européenne compte autant que l’ukrainienne : elle explique pourquoi, dans la personnalité du Rabbi, la profondeur hassidique s’alliait à l’intérêt pour les sciences, la technique, la culture moderne et les langues.
Il quitta l’Europe déjà happée par la catastrophe. Le 12 juin 1941, il embarqua avec son épouse sur le navire Serpa Pinto à Lisbonne, et le 28 Sivan 5701 (23 juin 1941), il arriva à New York. Presque aussitôt, son beau-père, le sixième Rabbi, le plaça à la tête des programmes sociaux et éducatifs de Habad. Ce n’était pas encore la charge formelle de chef du mouvement, mais c’est là que commença sa révolution organisationnelle.
Le leadership officiel vint plus tard. Après le rappel à D.ieu du sixième Rabbi en 1950, le Rabbi résista longtemps à l’idée d’endosser le titre, avant de devenir, le 17 janvier 1951, le septième Rabbi de Habad-Loubavitch. Les sources concordent sur l’essentiel : c’est à partir de 1951 que Habad, d’un milieu hassidique relativement restreint, se mua en un système mondial, et que le Rabbi devint une figure centrale pour des centaines de milliers de fidèles et pour des millions de personnes qui reconnaissaient en lui une autorité spirituelle bien au-delà du seul cercle habadique.
Comment le Rabbi organisa Habad, et pas seulement l’élargit
Il serait réducteur de s’en tenir à la formule générale d’un homme qui aurait « fait de Habad un mouvement mondial ». Le mécanisme fut en réalité très concret. Dès son arrivée aux États-Unis, le Rabbi fut chargé de piloter le volet éducatif et social du mouvement, à travers trois institutions complémentaires : Merkos L’Inyonei Chinuch, centre éducatif ; Machne Israel, structure de mobilisation communautaire et religieuse ; et Kehot, maison d’édition. Le Rabbi lui-même racontait, dès le début des années 1950, que son beau-père l’avait « choisi » pour accomplir les missions de Merkos et de Machne Israel, et que ces institutions ne devaient en rien être affaiblies. Sous sa direction, Habad devint donc non seulement une école de pensée, mais un système d’institutions.
Le deuxième pilier fut l’éducation. Dès ses premières lettres et allocutions autour de Merkos, l’accent revient constamment sur les écoles, y compris pour les filles, sur les cercles de jeunes, sur la littérature, sur l’enseignement adressé non seulement « aux siens » mais au public juif le plus large possible. Avant même son accession à la charge de Rabbi, la logique était déjà claire : bâtir un réseau vivant d’écoles et de lieux d’étude, plutôt que d’attendre passivement que les gens reviennent d’eux-mêmes à la tradition.
Le troisième pilier fut la Chlihout, le système des émissaires. Le Rabbi ne construisit pas une pyramide centralisée depuis Brooklyn : il tissa un réseau de familles envoyées dans des villes et des pays précis pour y ouvrir des centres locaux. Le Beth Habad est le centre nerveux de tous les programmes éducatifs et communautaires du Chalia’h, et le Rabbi ne cessait d’exiger que l’on développe les centres existants et que l’on en ouvre de nouveaux partout où vivent des Juifs. Le réseau se déploya ainsi non comme une marque abstraite, mais comme des milliers de maisons locales, d’écoles, de synagogues, de cantines, de programmes pour la jeunesse et d’aide en temps de crise.
Le quatrième pilier fut la capacité à traduire la tradition hassidique dans le langage du monde moderne. Après 1951, le Rabbi parlait de la place du judaïsme américain, de la responsabilité personnelle, de la mission historique, sans jamais limiter son action à un seul pays. Ses premiers efforts pour renforcer le réseau en Afrique du Nord, puis le déploiement mondial qui suivit, montrent qu’il concevait Habad non comme une communauté repliée « sur les siens », mais comme une infrastructure mondiale de présence juive.
Le résultat est connu et mesurable. Selon Chabad.org, 4 900 familles d’émissaires travaillent aujourd’hui au sein de 3 500 institutions réparties dans 100 pays et territoires. Et le Congrès des États-Unis, dans la loi de 1994 attribuant la Médaille d’or, évoquait directement un réseau de « plus de 2 000 institutions éducatives, sociales et de réhabilitation » né de son œuvre. Le maillage mondial de Habad n’est pas une métaphore, mais un fait institutionnel.
Ce dont l’Ukraine se souvient aujourd’hui
La mémoire ukrainienne du Rabbi ne repose pas sur des publications de hasard, mais sur des documents, sur la toponymie urbaine, sur des éditions d’archives et sur une pratique communautaire vivante. L’Ukraine se souvient de lui non seulement comme d’un Rabbi mondial, mais aussi comme d’un enfant du pays, dont la biographie commence à Nikolaïev et se poursuit à Ekaterinoslav, l’actuelle Dnipro. Cette mémoire est aujourd’hui particulièrement visible dans ces deux villes, où elle s’enracine chacune à sa manière.
Le premier niveau de mémoire est archivistique. Les Archives d’État de la région de Nikolaïev ont publié un registre des livres métriques indiquant que le livre de la synagogue de Nikolaïev, contenant les actes de naissance des années 1902 et 1903, est conservé sous la cote fonds 484, inventaire 1, dossier 1486. Ce n’est pas encore l’acte de naissance publié de Schneerson lui-même, mais c’est un jalon archivistique précis qui y conduit. L’Ukraine conserve ainsi non seulement le souvenir du Rabbi, mais aussi le tissu documentaire de son origine.
Le deuxième niveau est commémoratif et savant. En 2019, les Archives d’État de la région de Nikolaïev ont présenté l’ouvrage « Notre compatriote Rabbi Menahem Mendel Schneerson. Histoire de la famille Lavut-Yanovsky-Schneerson à Nikolaïev ». La page officielle des archives précise que le livre retrace les biographies de trois générations d’une famille « dont les destins furent étroitement liés à Nikolaïev », et offre un aperçu de la vie et de l’action spirituelle du septième Rabbi de Loubavitch. Il ne s’agit pas d’une brochure privée d’enthousiastes, mais d’une publication qu’une institution archivistique d’État inscrit dans l’espace public : l’Ukraine intègre Schneerson comme une part de sa propre histoire locale.
Le troisième niveau est la toponymie, c’est-à-dire la mémoire inscrite non sur une étagère d’archives mais sur la carte quotidienne du pays. À Nikolaïev, la rue Schneerson existe comme adresse urbaine active, ainsi que l’attestent les documents officiels du département de l’éducation du conseil municipal, où figure la mention « vul. Chneersona (Karl Liebknecht) ». Le renommage, formalisé par un arrêté municipal, date du 19 février 2016. Le nom du Rabbi est ainsi devenu une réalité urbaine ordinaire, non un intitulé extérieur, mais un nom local, de Nikolaïev.
Si Nikolaïev conserve avant tout le lieu de naissance et la trace archivistique, Dnipro entretient aujourd’hui une mémoire vivante et agissante. Le Musée de l’histoire de Dnipro consacre une page à la rue Menahem Mendel Schneerson, renommée le 26 novembre 2015, avec une notice biographique détaillée : naissance à Nikolaïev, installation de la famille à Ekaterinoslav, service de son père dans la ville, début de sa direction de Habad en 1951 et rôle décisif dans la création de l’institution des émissaires. Ce n’est plus seulement une mémoire religieuse interne, mais une partie de la navigation historique urbaine officiellement accessible.
Plus significatif encore, le nom de Schneerson n’existe pas à Dnipro comme une simple plaque de musée, mais comme un élément de l’infrastructure juive active. Le lycée juif numéro 144, qui porte le nom du Rav Levi Its’hak Schneerson, a pour adresse le 1, rue Menahem-Mendel Schneerson, et rappelle que l’école s’y est installée dès 1993, lorsque l’ancienne rue Minina reçut son nouveau nom. Le nom de Schneerson est ainsi intégré à la vie éducative quotidienne de la communauté juive de Dnipro, non comme une formule commémorative, mais comme l’adresse réelle de l’école.
Le quatrième niveau est celui de la mémoire communautaire, et Dnipro y est particulièrement éloquente. En avril 2025, un Farbrenguen s’est tenu à la synagogue Alter Shul pour le 123e anniversaire de la naissance du septième Rabbi de Loubavitch. À cette occasion, le Rav Adam Smiliansky a rappelé que c’est grâce au Rabbi que son émissaire personnel à Dnipro fut le Rav Chemouel Kaminetsky, fondateur de la communauté moderne de la ville. En janvier 2026, Dnipro a marqué cette mémoire de façon plus ample encore : au centre Menorah, un grand Farbrenguen a été consacré à Youd Chevat, pour le 75e anniversaire du jour où le Rabbi prit la direction du peuple juif et le titre de Rabbi de Loubavitch (Youd Chevat 5711/1951). Le Grand Rabbin de Dnipro, le Rav Chemouel Kaminetsky, y a raconté comment il était arrivé dans la ville en 1990, sur l’ordre direct du Rabbi, pour la renaissance de la vie juive.
Il existe enfin un niveau éducatif. Le 1er février 2026, des activités spéciales ont eu lieu au lycée juif de Dnipro pour Youd Chevat, rappelant aux élèves que cette date commémore le sixième Rabbi de Loubavitch et célèbre le début de la direction du septième, « dont l’enseignement continue aujourd’hui d’inspirer le peuple juif dans le monde entier ». La mémoire du Rabbi se transmet ainsi non seulement par les adultes et les archivistes, mais aussi par l’école, devenant une part de l’éducation d’une nouvelle génération de Juifs ukrainiens.
Il est donc plus juste de dire que l’Ukraine se souvient aujourd’hui de Schneerson sur plusieurs registres à la fois. Nikolaïev le conserve comme un fait d’archives, une histoire familiale et un nom de rue. Dnipro le garde comme une part de sa carte urbaine, de son infrastructure éducative active et de sa mémoire religieuse vivante. Cette mémoire ne se réduit ni à une plaque unique ni à une seule référence archivistique : elle vit simultanément dans les documents, dans les livres, sur la carte de la ville, dans les noms de rues, dans les adresses des écoles, dans les Farbrenguen, dans les programmes scolaires et dans le langage de la communauté d’aujourd’hui.
Habad dans l’Ukraine moderne
Le Habad d’aujourd’hui en Ukraine n’est pas un centre unique ni un nom célèbre isolé, mais un réseau ramifié de communautés, d’écoles, de synagogues, de projets humanitaires et de Rabbanim émissaires qui commencèrent à arriver dans le pays aussitôt après la dissolution de l’URSS. Ce fut dans les années 1990 que les émissaires du Rabbi gagnèrent l’Ukraine les uns après les autres, ouvrant non seulement à « la renaissance de la vie religieuse », mais à la reconstruction systématique de l’infrastructure juive, des jardins d’enfants et des écoles aux centres communautaires, aux Yéchivot, aux programmes d’aide aux personnes âgées et de soutien aux familles. Le modèle habadique de Schneerson ne resta donc pas une histoire américaine ou israélienne : il revint littéralement sur la terre de son enfance et de sa jeunesse.
Le principal point d’appui de ce réseau fut Dnipro. C’est là qu’en 1990 le Rabbi envoya le Rav Chemouel Kaminetsky et son épouse Hana comme ses émissaires. Depuis, le Rav Kaminetsky s’est imposé comme l’une des figures centrales de la renaissance juive en Ukraine : son arrivée à Dnipropetrovsk ouvrit une ère nouvelle pour la communauté, et autour de lui se construisit une vaste structure institutionnelle qui fit de Dnipro l’un des plus solides centres de Habad en Europe de l’Est, véritable nœud de coordination éducatif et humanitaire.
Une ligne nord-est se dessina simultanément. À Kharkiv, le Rav Moché Moskowitz vit et sert depuis septembre 1990, son arrivée coïncidant avec le retour de la synagogue chorale et la restauration de l’infrastructure scolaire et communautaire. À Jytomyr, en 1992, en même temps que le retour de la synagogue, arriva la famille du jeune Rav Chlomo Wilhelm ; la ville devint avec le temps l’un des principaux centres de l’espace juif de l’ouest et du centre du pays. Ces deux lignes montrent bien que Habad ne s’est pas construit uniquement autour de la capitale ou de Dnipro, mais d’emblée comme un réseau de fortes communautés régionales.
Kiev occupe une place particulière, où se croisent plusieurs figures et directions. La Fédération des communautés juives d’Ukraine indique que le Rav Raphael Rutman devint émissaire du Rabbi en Ukraine en 1993 et participa, dans la capitale, à la création de deux écoles et d’un collège rabbinique junior, socle de la base éducative habadique de Kiev dès les premières années postsoviétiques. La capitale abrite aussi la communauté Kedem, dirigée par le Rav Pin’has Vyshedsky, précédemment actif à Donetsk. Kiev n’est donc pas un centre unique, mais un carrefour où se rencontrent plusieurs lignes et dirigeants habadiques.
La direction sud et centrale du réseau se forma elle aussi par étapes. À Zaporijia, le Rav Na’houm Erentroy, après avoir œuvré à Minsk et à Dnipro, fut nommé Grand Rabbin de la région en 1997. À Kremenchuk, le Rav Chlomo Salamon arriva en 1998 et devint Rav de la ville. À Odessa, l’un des leaders clés du sud fut le Rav Avraham Wolf : Rav de Kherson de 1992 à août 1998, il prit alors la tête de la communauté juive unifiée d’Odessa. Ce parcours illustre non la fixité, mais le mouvement au sein du réseau ukrainien, où les émissaires passaient d’une ville à l’autre pour renforcer des centres plus importants.
Le réseau continua de s’étendre au début des années 2000. À Poltava, le Rav Yossef Segal vit et sert depuis le 4 juillet 2001. À Kryvyi Rih, le Rav Leron Ederi travaille depuis 2002. À Chernivtsi, le Rav Menahem Mendel Glitschtein fut envoyé en Bucovine en 2003 comme Grand Rabbin de la région et organisa, dès 2004, la constitution de la communauté et la restauration de la synagogue. À Soumy, le Rav Ye’hiel Levitan s’installa en 2004 et devint Grand Rabbin de la ville. Au début des années 2000, Habad en Ukraine n’était déjà plus une série de missions isolées, mais un système national de présence stable.
L’est du pays ne fut pas oublié. À Lougansk, le Rav Chalom Gopin arriva en 1999, ouvrant ensuite une école, un jardin d’enfants et divers programmes dans la région. Habad réussit ainsi à s’enraciner jusque dans des zones qui se retrouvèrent plus tard au cœur de la guerre et de l’occupation. La carte moderne de Habad en Ukraine n’est donc pas seulement celle des synagogues actives, mais aussi celle des centres perdus, évacués ou détruits, derrière lesquels se tiennent des familles d’émissaires bien réelles et des décennies de travail.
Vue d’ensemble, l’image est nette. Habad s’est construit en Ukraine par vagues successives : 1990 à 1992 firent naître les premières villes clés, Dnipro, Kharkiv et Jytomyr ; 1993 à 1999 renforcèrent Kiev, Zaporijia, Kremenchuk, Odessa et Lougansk ; 2001 à 2004 élargirent la présence à Poltava, Kryvyi Rih, Chernivtsi et Soumy. À côté de cette large carte régionale se détache la figure singulière du Rav Moché Asman, à Kiev, qui incarne déjà non un simple centre urbain, mais le visage public d’une part importante du judaïsme ukrainien en temps de guerre. Dans le cas ukrainien, Habad est avant tout un réseau d’émissaires concrets, venus dans des villes concrètes reconstruire, des années durant, la vie juive.
Kiev et le Rav Moché Asman, une ligne à part
Si Dnipro constitue le principal centre institutionnel de Habad en Ukraine, Kiev et le Rav Moché Reouven Asman relèvent d’un tout autre registre. Asman n’importe pas seulement comme Rav de la capitale ou comme responsable de la synagogue Brodsky : il est devenu l’une des figures publiques les plus visibles du judaïsme ukrainien, sur les plans religieux, humanitaire, médiatique et, en partie, diplomatique. On ne saurait donc le réduire au rang de « un Rav de Kiev parmi d’autres ».
Sa biographie explique ce qui le distingue. Selon son bureau officiel, le Rav Moché Asman est né en 1966 à Leningrad ; jeune, il fut lié au mouvement des refuzniks soviétiques, et la presse d’État le désigna même, à l’adolescence, comme « ennemi du pouvoir soviétique ». En 1987, il put émigrer en Israël, où il étudia dans une Yéchiva habadique, servit comme aumônier dans Tsahal et travailla avec le projet Children of Chernobyl, au service des enfants de la zone de Tchernobyl. Pour le lecteur israélien, ce point est essentiel : Asman n’est pas seulement un Rav ukrainien, mais un homme doté d’une expérience israélienne, revenu ensuite dans l’espace de l’ex-URSS comme dirigeant religieux et organisateur.
La date décisive pour l’Ukraine est 1995. C’est alors, selon sa biographie officielle, qu’Asman fut envoyé à Kiev pour rendre à la communauté juive la synagogue historique Brodsky et reconstruire autour d’elle une vie communautaire complète. Édifiée en 1898, perdue pour le culte à l’époque soviétique, la synagogue devint, après la chute de l’URSS, l’objet d’une lutte pour son retour à la communauté. Asman n’arriva pas sur un terrain préparé : un théâtre occupait encore le bâtiment, l’infrastructure communautaire faisait défaut, et l’enjeu n’était pas seulement d’« ouvrir une synagogue », mais d’en faire un véritable centre religieux et communautaire de Kiev.
Dans son cas, la synagogue Brodsky n’est pas un simple lieu de prière : c’est son projet majeur et son symbole. Après le départ du théâtre en 1997, Asman dirigea les travaux de restauration, et la synagogue rouvrit trois ans plus tard. Il l’expliquait sans détour : il ne voulait pas d’une « synagogue-musée européenne », mais d’une maison juive et d’un centre communautaire vivant, capable de rassembler les gens, de leur rendre un lien pratique avec le judaïsme et de bâtir un système d’entraide, d’éducation et d’identité.
Autour de la synagogue Brodsky grandit ainsi, sous sa direction, un environnement à la fois cultuel et social. Depuis 1995, avec sa famille, il a œuvré à la renaissance de la vie juive de Kiev par des programmes communautaires, l’enseignement scolaire, l’aide alimentaire aux nécessiteux, les services religieux et les dispositifs de secours. Les médias indépendants confirment la direction générale : la synagogue Brodsky est devenue, sous Asman, non un simple lieu de culte, mais un centre complet de la communauté juive de Kiev, selon la logique typique de Habad, qui réunit en un même point le Rav, la synagogue et l’action sociale.
Après 2014, son rôle s’élargit encore. À la suite de l’annexion de la Crimée et du déclenchement de la guerre du Donbass, Asman fonda près de Kiev la localité d’Anatevka, destinée aux familles juives devenues déplacées internes. Le nom, emprunté au célèbre shtetl de l’univers de Cholem Aleichem, ne relevait pas de la décoration littéraire, mais d’une réponse concrète à la vague de déplacements forcés : maisons, synagogue en bois, écoles et espace pour des centaines de personnes y virent le jour. Asman n’était donc pas seulement le Rav d’une synagogue urbaine, mais aussi le créateur d’une localité communautaire pour des Juifs chassés par la guerre de leur vie ordinaire.
Après le début de l’invasion russe à grande échelle en 2022, c’est précisément cette aptitude à transformer rapidement la communauté religieuse en dispositif de sauvetage d’urgence qui fit de lui l’une des figures les plus visibles du judaïsme ukrainien. La synagogue Brodsky, au service de la communauté Habad-Loubavitch de Kiev, devint un point de transit pour les Juifs fuyant les zones de combat, et Asman fut l’homme qui portait les efforts d’évacuation. Son bureau officiel affirme aujourd’hui que la structure placée sous sa direction a contribué à évacuer plus de 40 000 personnes et poursuit un vaste travail humanitaire ; ce chiffre relève de l’estimation de son bureau, mais la réalité d’une activité d’évacuation et d’aide de grande ampleur est confirmée par des publications indépendantes.
C’est durant cette période qu’Asman dépassa le cadre du seul dirigeant religieux pour devenir le visage médiatique d’une part importante du judaïsme ukrainien. En trois décennies, il conduisit d’abord la communauté de Kiev, puis s’imposa à l’échelle nationale ; pendant la guerre, il se rendit au front, lança des appels internationaux, se déplaça jusqu’à Washington et à l’étranger pour porter la question de l’agression russe contre l’Ukraine. Ses visites sur le front, ses vidéos de soutien largement diffusées et son rôle d’homme ayant fait de sa communauté un centre d’aide, pour les Juifs mais aussi pour les structures civiles et les nécessiteux en général, le distinguent nettement d’un administrateur communautaire ordinaire : c’est un dirigeant de terrain, à la fois humanitaire et public.
Un dernier aspect mérite d’être relevé : sa place dans le dispositif de représentation militaire et publique. En avril 2023, la cérémonie de nomination du Rav David Milman comme aumônier des militaires juifs d’Ukraine se déroula précisément dans son bureau, à la synagogue Brodsky. Le symbole est fort : la plateforme kiévienne d’Asman n’est pas seulement un lieu de prière et de secours aux réfugiés, mais aussi un point où la vie religieuse juive entre en contact avec l’armée ukrainienne et le service militaire de l’État.
Il convient donc d’écrire sur le Rav Moché Asman non en une ligne, mais comme un phénomène à part entière. Il cumule plusieurs rôles : Rav habadique par origine et par formation, restaurateur de la synagogue Brodsky, fondateur du centre communautaire de Kiev, initiateur d’Anatevka, organisateur de l’évacuation et de l’aide humanitaire pendant la guerre, et l’une des voix internationales les plus audibles du judaïsme ukrainien. Si Dnipro donne à Habad en Ukraine sa colonne vertébrale institutionnelle, la ligne d’Asman lui offre un visage, à la fois capital, public et profondément humain.
Pourquoi cette histoire compte aujourd’hui
Pour Israël et pour le judaïsme mondial, l’histoire de Schneerson n’est pas seulement celle d’un génie, mais celle de la manière dont la vie juive sait renaître d’un anéantissement presque total. Nikolaïev, Ekaterinoslav, les persécutions soviétiques, la guerre, l’exil, l’émigration : tout cela aurait pu ne demeurer que le récit tragique d’un monde perdu. Or, dans le cas de Schneerson, il advint autre chose. De l’expérience juive ukrainienne émergea un réseau religieux mondial, et, des décennies plus tard, ce réseau revint lui-même en Ukraine, sous la forme de Rabbanim, d’écoles, de communautés et d’un travail de mémoire.
La formule peut donc être nette et ferme. Rabbi Menahem Mendel Schneerson ne fut pas seulement un grand dirigeant juif né sur le territoire de l’actuelle Ukraine. Il fut un homme dont toute la biographie familiale, spirituelle et communautaire des origines grandit à partir de l’espace juif ukrainien ; et son héritage est aujourd’hui de nouveau présent en Ukraine, à la fois comme mémoire et comme réseau institutionnel vivant.
Interrogé sur la question de savoir si c’est le soleil qui tourne autour de la terre ou bien l’inverse, le Rabbi a affirmé publiquement, à plusieurs reprises, qu’il tenait pour sa part que c’est le soleil qui gravite autour de la terre. Loin de contredire le savoir de notre temps, cette position s’appuie précisément sur les conclusions de la science moderne, et non sur les conceptions dépassées de Ptolémée ou du Moyen-Âge. La théorie de la relativité, en abolissant l’idée d’un centre absolu de l’univers, rend en effet ce point de vue parfaitement défendable.
La position du Rabbi, exprimée en public et par écrit
À la question qui lui était posée au sujet des circonvolutions du soleil et de la terre, à savoir lequel des deux tourne autour de l’autre, le Rabbi répondait sans détour qu’il croyait, pour sa part, que c’est le soleil qui tourne autour de la terre. Il précisait avoir défendu cet avis en public à différentes occasions, ainsi que dans des échanges avec des professeurs spécialistes de cette discipline scientifique. Aussi ne s’opposait-il nullement à ce que cette opinion soit rendue publique à qui l’on souhaitait, puisqu’il avait déjà pris position en ce sens, oralement et par écrit, auprès de correspondants menant des recherches dans ce domaine, et cela plus d’une fois.
Le Rabbi insistait sur un point capital. Chaque fois qu’il avait abordé ce sujet en public, il s’était attaché à expliquer clairement, et dans le détail, que cette conception ne contredit en rien la science contemporaine. Il tenait toutefois à souligner qu’il faisait bien allusion à la science de notre époque, et non à celle de Ptolémée ou du Moyen-Âge, lesquelles avaient adopté jadis la conception inverse. Car la science moderne, après avoir écarté aussi bien l’une que l’autre de ces deux visions anciennes, est parvenue à des conclusions qui ne posent aucun problème à celui qui considère que c’est le soleil qui tourne autour de la terre. Le Rabbi indiquait avoir développé longuement cette démonstration par ailleurs. Ces propos sont tirés d’une lettre du Rabbi, datée de Roch Hodech Kislev 5736 (1975).
Une science qui a renoncé à tout centre absolu
Pour saisir la portée de cette affirmation, il faut mesurer le chemin parcouru par la physique. Longtemps, la question parut tranchée par une grande bataille d’idées. D’un côté, la vision antique, dite géocentrique, plaçait la terre immobile au centre du monde. De l’autre, la révolution scientifique menée par Copernic, Galilée puis Newton, dite héliocentrique, démontrait que la terre tourne sur elle-même et gravite autour du soleil. En plaçant le soleil au centre, on transformait les trajectoires embrouillées des planètes en de simples ellipses, et Newton expliquait le tout par la gravité, le corps le plus massif attirant le plus léger. Durant plus de deux siècles, la cause parut entendue : le soleil était le vrai centre fixe, et la terre se mouvait réellement autour de lui.
Or, au début du vingtième siècle, Albert Einstein bouleverse cette certitude avec la théorie de la relativité. Sa découverte fondamentale tient en une phrase : il n’existe aucun point fixe absolu dans l’univers. L’espace n’est pas une scène rigide sur laquelle les objets se déplaceraient ; tout mouvement est relatif au repère d’observation que l’on choisit. L’image du train l’illustre parfaitement. Le voyageur assis en face de vous, dans un wagon qui roule sans à-coups, vous voit parfaitement immobile, tandis que la personne restée sur le quai vous voit filer à cent kilomètres par heure. La physique moderne affirme qu’aucun des deux n’a davantage raison que l’autre : tout dépend du référentiel adopté. Dès lors, si l’on décide de fixer la grille de coordonnées au centre de la terre et de la tenir pour immobile, les équations continuent de fonctionner, et c’est le soleil, avec l’ensemble du cosmos, qui tourne autour d’elle.
Pourquoi les astronomes disent malgré tout que la terre tourne autour du soleil
Si les deux descriptions sont recevables, pourquoi entend-on toujours enseigner que c’est la terre qui gravite autour du soleil ? La différence ne réside pas dans une quelconque vérité absolue, mais dans la simplicité des calculs. En prenant le soleil pour centre, la trajectoire de la terre devient une ellipse presque parfaite, d’une élégance commode pour prévoir les éclipses ou piloter les satellites. En prenant la terre pour centre, tout demeure exact, mais la géométrie de l’espace-temps se complique à l’extrême, car il faut alors décrire la rotation de l’univers entier et les forces de gravité combinées qui en découlent. C’est donc par pur pragmatisme, et par souci d’économie, que les astronomes retiennent le modèle héliocentrique dans leur travail quotidien, et non parce que l’autre repère serait interdit par les lois de la nature.
Ainsi se rejoignent la parole du Rabbi et la rigueur de la physique théorique. Dire que la terre tourne autour du soleil demeure la manière la plus simple de décrire le monde. Mais affirmer que le soleil tourne autour d’une terre fixe se défend tout aussi rigoureusement au regard de la science la plus moderne. C’est exactement ce que le Rabbi soulignait : sa position ne s’oppose pas au savoir de notre temps, elle en épouse au contraire les conclusions les plus profondes.
Un vol de routine s’est transformé en moment de spiritualité inattendu au-dessus de l’Europe. En montant à bord de son avion, le Rav Naftali Deutsch, Chalia’h du Rabbi en Roumanie, a découvert que le commandant de bord n’était autre que l’un de ses fidèles. Avant le décollage, les deux hommes ont partagé un instant de prière, dans le cockpit même de l’appareil.
C’est une rencontre que ni l’un ni l’autre n’avait anticipée. Habitué à sillonner la Roumanie pour rendre visite aux communautés juives, le Rav Naftali Deutsch s’apprêtait à embarquer sur un vol comme il en prend régulièrement. Rien ne laissait présager que cette traversée serait différente des autres.
Une reconnaissance mutuelle
En franchissant la porte de l’avion, le Rav aperçoit un visage familier aux commandes : celui de Yossef Steinmetz, membre de sa communauté et pilote de ligne de profession. La surprise est totale des deux côtés. « Je ne m’attendais pas à retrouver l’un des miens aux commandes de mon vol », aurait confié le Rav à son entourage, encore ému par cette coïncidence.
Pour Steinmetz, croiser son Rav à bord représentait une occasion rare de conjuguer sa vie professionnelle et son attachement à la tradition. Loin des synagogues et des lieux d’étude, c’est dans l’habitacle de son avion qu’il allait pouvoir accomplir un devoir spirituel.
Un moment de prière avant le décollage
Profitant des instants précédant le décollage, le Rav Deutsch a aidé le commandant à prier directement dans le cockpit. Un geste simple, mais chargé de sens : au cœur d’un environnement technique et exigeant, la spiritualité trouvait pleinement sa place.
Ce type de rencontre illustre la mission que se donnent les Chlou’him du Habad à travers le monde : aller à la rencontre de chaque Juif, où qu’il se trouve, jusque dans les endroits les plus inattendus. Que ce soit dans une ville reculée ou à plusieurs milliers de mètres d’altitude, l’objectif demeure identique.
Le symbole d’une présence juive partout
L’anecdote, aussitôt relayée, a touché de nombreux membres de la communauté. Elle rappelle combien la vie juive peut s’exprimer dans tous les contextes, y compris les plus modernes. Pour le Habad de Roumanie, cette scène incarne l’esprit d’un travail de terrain mené sans relâche, avec la conviction que chaque instant peut devenir une occasion de rapprochement avec D.ieu.
Le décollage a finalement eu lieu comme prévu. Mais pour le Rav Deutsch et son fidèle pilote, ce vol restera bien plus qu’un simple trajet entre deux villes.
C’est dans une atmosphère empreinte d’émotion, de fraternité et de recueillement que s’est tenu, le dimanche 26 Mena’hem Av qu Beth Habad francophone de Netanya dirigé par le Rav Yaacov Mazouz, un grand rassemblement à l’occasion du premier Yortzeit de la Rabbanit Bathya Kalmenson. Épouse du Rav Chalom Mendel Kalmenson et bâtisseuse infatigable, aux côtés de son mari, de l’œuvre éducative Chné-Or à Aubervilliers, elle demeure une figure lumineuse du judaïsme francophone. Autour de tables garnies et au fil des paroles de Torah, proches et fidèles ont rappelé l’empreinte durable laissée par cette femme d’exception.
Un rassemblement empreint de Torah et de Farbrenguen
Venues nombreuses pour honorer sa mémoire, les personnes présentes se sont réunies au Beth Habad francophone de Netanya, autour de tables dressées, perpétuant la tradition ‘hassidique du Farbrenguen, ce moment de partage spirituel où l’enseignement et l’inspiration mutuelle se mêlent au chant. Rabbanim, proches, membres de la communauté d’hier et d’aujourd’hui et fidèles se sont succédé pour prendre la parole. Entre mélodies, paroles de Torah et récits émouvants, chacun a rappelé l’impact profond que cette femme d’exception a laissé sur son entourage et bien au-delà.
Un parcours marqué par l’exil et la résilience
Fille du Rav Ouziel Hazanov et issue de l’une des familles les plus respectées de la ‘Hassidout, Bathya Kalmenson connut, dès son plus jeune âge, l’épreuve de la guerre. Enfant, elle vécut d’abord paisiblement à Moscou avant que la Seconde Guerre mondiale ne bouleverse son existence, avec son lot de bombardements, de restrictions alimentaires, de peur constante et, finalement, d’exil jusqu’à Samarcande, en Ouzbékistan. Comme le rappelait sa fille, la Rabbanit ‘Haya Nissilevitch, elle sut triompher de ces épreuves, comme de bien d’autres encore, sans jamais renoncer à sa joie. Cette force intérieure, forgée dans l’adversité, allait irriguer toute une vie de dévouement.
Une œuvre éducative bâtie à deux
Son foyer, elle le partagea avec le Rav Chalom Mendel Kalmenson, Chalia’h du Rabbi à Aubervilliers, lui-même façonné par les années de clandestinité vécues en Russie soviétique, où il étudiait la Torah en secret. En 1963, le couple s’installe à Aubervilliers, banlieue populaire du nord de Paris où affluent alors de nombreux réfugiés d’Afrique du Nord. Inspiré et encouragé par le Rabbi de Loubavitch, le Rav Kalmenson y fonde la communauté Kéhilat Chné-Or, la « communauté des deux lumières », appelée à réunir en son sein Juifs séfarades et achkénazes. L’école maternelle ouvre ses portes avec une quinzaine d’enfants seulement, avant de devenir aujourd’hui un vaste ensemble scolaire de près de 700 élèves, de la maternelle à la terminale, animé par une centaine de collaborateurs. Aux côtés de son époux, qui exerçait aussi les fonctions de Cho’het, de Bodek et de Mohel, la Rabbanit œuvra avec discrétion, générosité et constance pour l’épanouissement de la vie juive et le soutien des familles. Son foyer demeura toujours grand ouvert, incarnant les valeurs d’hospitalité, l’A’hnassat Or’him, et d’entraide.
Une descendance de Chlou’him à travers le monde
L’héritage de la Rabbanit Kalmenson se lit d’abord dans sa propre famille. Ses enfants, qui comptaient parmi les tout premiers élèves de l’école, en sont aujourd’hui les animateurs, tandis que plusieurs servent comme Chlou’him et Chlou’hot du Rabbi à travers le monde. Ainsi le Rav Yossef Its’hak Kalmenson et le Rav Meir Sim’ha Kalmenson, à Aubervilliers, la Rabbanit ‘Haya Nissilevitch, à Aubervilliers également, la Rabbanit Beila Gansburg, en Italie, la Rabbanit Rivka Lipsker et la Rabbanit Ra’hel Bruchstat, à New York, la Rabbanit Feïga Levitin, à New Haven, la Rabbanit Sterna Sarah Deutsh, à Migdal HaEmek, et la Rabbanit Léa Raskin, en Australie. À travers eux, l’œuvre entreprise à Aubervilliers rayonne bien au-delà des frontières de la France.
Une mémoire vivante et inspirante
Rappelée à D.ieu le 25 Mena’hem Av 5785 (2025), à l’âge de quatre-vingt-quinze ans, la Rabbanit Bathya Kalmenson a été inhumée au mont des Oliviers, à Jérusalem. Le rassemblement de Netanya ne fut pas seulement un moment de souvenir, mais un rappel vivant des valeurs qu’elle incarna toute sa vie, le dévouement envers autrui et le soutien constant aux œuvres communautaires, l’attachement aux traditions et la transmission des valeurs de la Torah aux générations futures, l’unité et la fraternité qui, aujourd’hui encore, rassemblent proches et fidèles, en Israël comme en France. Que le souvenir des justes soit une source permanente de bénédiction, de force et d’inspiration pour toute sa famille et pour l’ensemble de la communauté.
Le président Donald Trump a nommé l’avocat juif Will Scharf au poste de conseiller de la Maison Blanche, l’une des fonctions juridiques les plus élevées de son administration. Ancien président du conseil étudiant Habad de l’université de Princeton, Scharf a récemment évoqué publiquement l’influence profonde que le mouvement Habad a exercée sur lui. Sa promotion, effective au 1er septembre 2026, couronne l’ascension d’un juriste observant devenu l’un des proches conseillers du président.
Une promotion au sommet de l’appareil juridique
Le président Donald Trump a annoncé que l’avocat juif Will Scharf, l’un des membres les plus visibles de son équipe à la Maison Blanche, deviendra conseiller de la Maison Blanche et assistant du président à compter du 1er septembre 2026. Scharf occupe actuellement la fonction de secrétaire du personnel de la Maison Blanche, un poste sensible qui supervise le flux des documents et des informations adressés au président. À ce titre, il est devenu une présence familière aux côtés de Donald Trump, souvent aperçu dans le Bureau ovale en train de lui remettre décrets et documents à signer.
Sa promotion le placera dans l’une des positions juridiques les plus importantes de l’administration, chargée de conseiller le président et les hauts responsables de la Maison Blanche sur les questions constitutionnelles, juridiques et politiques.
Un parcours au service de Donald Trump
Ancien procureur fédéral ayant déjà compté parmi les avocats personnels de Donald Trump, Scharf a fait partie de son équipe juridique dans plusieurs des affaires très médiatisées engagées contre lui avant l’élection de 2024. Le président lui attribue un rôle déterminant dans l’effort juridique ayant abouti à la décision historique de la Cour suprême sur l’immunité présidentielle.
Avant de rejoindre la seconde administration Trump, il avait travaillé, durant le premier mandat, sur le processus de confirmation des juges de la Cour suprême Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett. Il s’était ensuite présenté, sans succès, à l’investiture républicaine pour le poste de procureur général du Missouri.
Des racines juives assumées
Les origines juives de Scharf ont elles aussi retenu l’attention à mesure que son profil s’affirmait au sein de l’administration. Lors de la réception annuelle de Hanouka à la Maison Blanche, il avait conduit l’assemblée dans la récitation de l’une des bénédictions, avant que Donald Trump ne s’approche du micro pour souligner, amusé, à quel point son collaborateur demeurait attaché à sa judéité.
Élevé dans une famille juive orthodoxe moderne, entre New York et le nord de la Floride, Scharf a évoqué publiquement la constance de sa pratique religieuse. Il a indiqué manger casher, poser les Téfilines chaque jour et fréquenter les offices de Chabbat dans une synagogue Habad, selon la JTA.
L’empreinte du mouvement Habad
Lors de la récente conférence Living Legacy, tenue à l’approche du Yortzeit du Rabbi, à Guimel Tamouz, Scharf avait accueilli les participants pour une rencontre à la Maison Blanche et détaillé l’influence du mouvement Habad sur son parcours. Diplômé de l’université de Princeton puis de la faculté de droit de Harvard, il fut procureur fédéral avant de s’associer étroitement à Donald Trump et à son équipe juridique.
Durant ses années à Princeton, il s’était profondément investi dans la vie du mouvement Habad sur le campus, dont il présida le conseil étudiant. Le Rav Eitan Webb, codirecteur du Beth Habad de Princeton, a confié au Daily Princetonian avoir personnellement beaucoup reçu et grandi au contact de Will, décrivant un homme d’une organisation, d’une minutie et d’une courtoisie remarquables.
Une observance visible jusqu’à la Maison Blanche
Sa pratique a parfois affleuré publiquement au fil de son mandat. Après que l’attachée de presse de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, eut publié une photographie le montrant à bord d’Air Force One, des assiettes de tacos au homard posées à proximité, Scharf avait tenu à préciser, non sans humour, qu’il avait pour sa part choisi les tacos végétariens.
Il a par ailleurs pris part à plusieurs temps forts de la vie juive au sein de l’administration, coorganisant notamment un événement de Pessa’h pour le personnel de la Maison Blanche ainsi qu’une lecture de la Méguila de Pourim conduite par les American Friends of Lubavitch.
Donald Trump avait initialement choisi Scharf comme secrétaire du personnel après sa victoire de 2024, le présentant alors comme un juriste hautement qualifié et un rouage essentiel de son équipe. Son accession au poste de conseiller de la Maison Blanche marque une nouvelle étape dans l’ascension de cet avocat juif, passé de la gestion des dossiers parvenant sur le bureau présidentiel au cercle des principaux conseillers juridiques du président.
La communauté Habad de Lod est en deuil après le décès tragique d’un enfant de cinq ans de la famille Giller, oublié dans un véhicule en pleine canicule estivale. Les maires de Lod, Maître Yaïr Revivo, et de Ramla, Michaël Vidal, ont adressé à la famille des messages de condoléances empreints d’une profonde émotion. À leur peine s’est jointe une mise en garde pressante à l’adresse des parents et de tous les habitants, appelés à ne jamais laisser un enfant dans une voiture durant les journées brûlantes du cœur de l’été.
À l’annonce de la terrible nouvelle du décès de l’enfant de la famille Giller, de la communauté de Lod, les maires des deux villes voisines ont publié des messages de condoléances et ont partagé le drame avec l’ensemble de la population. À cet hommage, ils ont associé un appel urgent aux parents comme aux habitants, les exhortant à demeurer attentifs aux véhicules stationnés et à vérifier qu’aucun enfant ne s’y trouve durant les journées écrasantes du pic de l’été.
Le message du maire de Lod, Yaïr Revivo
« J’ai reçu avec une profonde tristesse et une immense douleur la terrible nouvelle de la mort tragique d’un enfant de cinq ans de la communauté Habad de la ville, après qu’il eut été oublié dans un véhicule. Aucun mot ne saurait décrire l’ampleur de ce drame, et aucun mot ne peut véritablement consoler une famille qui a perdu ce qu’elle avait de plus cher. En mon nom et au nom de la direction de la ville, j’adresse à la famille mes condoléances du fond du cœur et je l’entoure de mon affection en cette heure douloureuse et insaisissable. »
Le maire a tenu à souligner qu’au-delà du deuil qui pèse sur tous, cette catastrophe impose de s’arrêter et de rappeler une vérité essentielle. En ces jours de chaleur, en ce mois d’août brûlant, un véhicule fermé se transforme en quelques minutes en un piège mortel. On ne laisse jamais un enfant dans une voiture, pas même un instant. Il a appelé chacun à veiller sur les enfants et sur ceux qui lui sont chers, concluant par ces mots : « Le cœur est tout entier avec la famille. Que sa mémoire soit bénie. »
Les mots du maire de Ramla, Michaël Vidal
« Le cœur se brise. J’ai reçu avec une profonde tristesse la terrible nouvelle de la mort de l’enfant de cinq ans à Lod, après qu’il eut été oublié dans un véhicule. Lod est une ville voisine et proche de nous, et dans des moments aussi difficiles, la douleur franchit les frontières des villes et des communautés. Aucun mot ne peut consoler une famille frappée par un instant aussi terrible. Au nom des habitantes et des habitants de Ramla, j’adresse à la famille mes condoléances du fond du cœur et je la soutiens en cette heure éprouvante. »
Michaël Vidal a ajouté que ce lourd drame constitue également un rappel douloureux pour tous, tout particulièrement en ces jours de chaleur intense. On ne laisse jamais un enfant dans une voiture, pas même un instant. Avant de s’éloigner du véhicule, il faut s’arrêter, regarder de nouveau et vérifier une dernière fois. Il a exhorté chacun à veiller sur ceux qui lui sont chers, avant de conclure : « Que sa mémoire soit bénie. »
Les circonstances du drame
Les secouristes de Magen David Adom et de Ihoud Hatsala, parvenus sur les lieux à l’entrée de la cité Habad, ont pris l’enfant en charge et l’ont évacué vers l’hôpital, où son décès a malheureusement été constaté.
La famille observera la Chiv’a à son domicile, situé rue Tsema’h Tsedek, au numéro 2, à Lod.