Interrogé sur la question de savoir si c’est le soleil qui tourne autour de la terre ou bien l’inverse, le Rabbi a affirmé publiquement, à plusieurs reprises, qu’il tenait pour sa part que c’est le soleil qui gravite autour de la terre. Loin de contredire le savoir de notre temps, cette position s’appuie précisément sur les conclusions de la science moderne, et non sur les conceptions dépassées de Ptolémée ou du Moyen-Âge. La théorie de la relativité, en abolissant l’idée d’un centre absolu de l’univers, rend en effet ce point de vue parfaitement défendable.

 

 

 

La position du Rabbi, exprimée en public et par écrit

À la question qui lui était posée au sujet des circonvolutions du soleil et de la terre, à savoir lequel des deux tourne autour de l’autre, le Rabbi répondait sans détour qu’il croyait, pour sa part, que c’est le soleil qui tourne autour de la terre. Il précisait avoir défendu cet avis en public à différentes occasions, ainsi que dans des échanges avec des professeurs spécialistes de cette discipline scientifique. Aussi ne s’opposait-il nullement à ce que cette opinion soit rendue publique à qui l’on souhaitait, puisqu’il avait déjà pris position en ce sens, oralement et par écrit, auprès de correspondants menant des recherches dans ce domaine, et cela plus d’une fois.

Le Rabbi insistait sur un point capital. Chaque fois qu’il avait abordé ce sujet en public, il s’était attaché à expliquer clairement, et dans le détail, que cette conception ne contredit en rien la science contemporaine. Il tenait toutefois à souligner qu’il faisait bien allusion à la science de notre époque, et non à celle de Ptolémée ou du Moyen-Âge, lesquelles avaient adopté jadis la conception inverse. Car la science moderne, après avoir écarté aussi bien l’une que l’autre de ces deux visions anciennes, est parvenue à des conclusions qui ne posent aucun problème à celui qui considère que c’est le soleil qui tourne autour de la terre. Le Rabbi indiquait avoir développé longuement cette démonstration par ailleurs. Ces propos sont tirés d’une lettre du Rabbi, datée de Roch Hodech Kislev 5736 (1975).

Une science qui a renoncé à tout centre absolu

Pour saisir la portée de cette affirmation, il faut mesurer le chemin parcouru par la physique. Longtemps, la question parut tranchée par une grande bataille d’idées. D’un côté, la vision antique, dite géocentrique, plaçait la terre immobile au centre du monde. De l’autre, la révolution scientifique menée par Copernic, Galilée puis Newton, dite héliocentrique, démontrait que la terre tourne sur elle-même et gravite autour du soleil. En plaçant le soleil au centre, on transformait les trajectoires embrouillées des planètes en de simples ellipses, et Newton expliquait le tout par la gravité, le corps le plus massif attirant le plus léger. Durant plus de deux siècles, la cause parut entendue : le soleil était le vrai centre fixe, et la terre se mouvait réellement autour de lui.

Or, au début du vingtième siècle, Albert Einstein bouleverse cette certitude avec la théorie de la relativité. Sa découverte fondamentale tient en une phrase : il n’existe aucun point fixe absolu dans l’univers. L’espace n’est pas une scène rigide sur laquelle les objets se déplaceraient ; tout mouvement est relatif au repère d’observation que l’on choisit. L’image du train l’illustre parfaitement. Le voyageur assis en face de vous, dans un wagon qui roule sans à-coups, vous voit parfaitement immobile, tandis que la personne restée sur le quai vous voit filer à cent kilomètres par heure. La physique moderne affirme qu’aucun des deux n’a davantage raison que l’autre : tout dépend du référentiel adopté. Dès lors, si l’on décide de fixer la grille de coordonnées au centre de la terre et de la tenir pour immobile, les équations continuent de fonctionner, et c’est le soleil, avec l’ensemble du cosmos, qui tourne autour d’elle.

Pourquoi les astronomes disent malgré tout que la terre tourne autour du soleil

Si les deux descriptions sont recevables, pourquoi entend-on toujours enseigner que c’est la terre qui gravite autour du soleil ? La différence ne réside pas dans une quelconque vérité absolue, mais dans la simplicité des calculs. En prenant le soleil pour centre, la trajectoire de la terre devient une ellipse presque parfaite, d’une élégance commode pour prévoir les éclipses ou piloter les satellites. En prenant la terre pour centre, tout demeure exact, mais la géométrie de l’espace-temps se complique à l’extrême, car il faut alors décrire la rotation de l’univers entier et les forces de gravité combinées qui en découlent. C’est donc par pur pragmatisme, et par souci d’économie, que les astronomes retiennent le modèle héliocentrique dans leur travail quotidien, et non parce que l’autre repère serait interdit par les lois de la nature.

Ainsi se rejoignent la parole du Rabbi et la rigueur de la physique théorique. Dire que la terre tourne autour du soleil demeure la manière la plus simple de décrire le monde. Mais affirmer que le soleil tourne autour d’une terre fixe se défend tout aussi rigoureusement au regard de la science la plus moderne. C’est exactement ce que le Rabbi soulignait : sa position ne s’oppose pas au savoir de notre temps, elle en épouse au contraire les conclusions les plus profondes.