Barouh Dayan Haemet : Rav Ron Chaya a’h, 66 ans, a quitté ce monde le 13 Tamouz 5786 (1960-2026)

Barouh Dayan Haemet : Rav Ron Chaya a’h, 66 ans, a quitté ce monde le 13 Tamouz 5786 (1960-2026)

 

Le Rav Ron Chaya a quitté ce monde dimanche 13 Tamouz, 28 juin 2026, à l’hôpital Hadassah Ein Karem de Jérusalem, entouré des siens. Depuis deux semaines, il luttait entre la vie et la mort après une opération difficile. Né en Suisse de parents israéliens, élevé entre deux cultures et deux langues, Ron Chaya a traversé le doute, la guerre et la téchouva avant de devenir l’une des voix les plus écoutées du monde juif francophone. Conférencier hors pair, directeur de la Yéchiva Yossef à Jérusalem depuis trente ans, il a marqué des générations entières à travers ses séminaires légendaires des années 1990, puis par l’extraordinaire audience qu’il a bâtie sur internet. Ce portrait retrace, à travers ses propres mots, le parcours d’un homme authentique, habité par la recherche de la vérité et la transmission de la Torah.

 

 

 

Ron Chaya est né en Suisse de parents israéliens, dans une famille profondément marquée par les tensions entre tradition et modernité. Du côté maternel, son arrière-grand-père avait quitté l’Ouzbékistan en 1873 (5633) pour s’établir à Jérusalem, faisant partie des premières familles à s’installer hors des murailles de la Vieille Ville. Il fonda la synagogue Moussaïoff, qui existe encore aujourd’hui, et constitua une bibliothèque de Kabbale de référence, consultée par des spécialistes jusqu’à notre époque. Sa mère, née à Jérusalem en 1936 (5696) dans cet environnement religieux et sioniste, avait cependant connu un basculement brutal : rattrapée par le courant sioniste athée et antireligieux de l’époque, elle s’était éloignée de l’observance jusqu’à en devenir une militante farouche. Cette trajectoire allait marquer profondément l’enfance du futur Rav.

Ses parents se marient grâce à la Bra’ha du Rabbi

Son père, né au Liban en 1934 (5694) et orphelin de père à onze ans, avait rejoint Israël clandestinement à quatorze ans, poussé par les réseaux d’immigration clandestine actifs dans les pays arabes. Élevé dans un kibboutz résolument laïc et antireligieux, il avait pris ses distances avec l’observance — ce qui constituait, aux yeux du grand-père maternel de Ron Chaya, un obstacle rédhibitoire au mariage envisagé. Un homme venant d’un kibboutz non religieux, jamais de la vie, décréta-t-il. La mère de Ron Chaya tomba dans une profonde dépression.

C’est alors que la famille décida d’écrire au Rabbi de Loubavitch pour lui soumettre la situation. La réponse du Rabbi fut nette et pratique : si le jeune homme était prêt à observer le Chabbat, les lois de la pureté familiale et les règles alimentaires, le mariage pouvait avoir lieu. Cette bénédiction conditionnelle était en réalité bien plus qu’une autorisation rabbinique formelle : elle était la reconnaissance que la foi ne se mesure pas à l’origine sociale ou au milieu d’appartenance, mais à la volonté sincère de s’engager dans un chemin de vie juive authentique.

Le père de Ron Chaya accepta sans hésitation. Il n’était pas un grand orthodoxe, précise son fils, mais il connaissait la synagogue, il avait reçu cela dans sa chair dès son enfance, malgré les années de kibboutz. L’accord du Rabbi de Loubavitch ouvrit ainsi la voie au mariage. « C’est grâce au Rabbi de Loubavitch que je suis né », conclut Ron Chaya avec une simplicité qui dit tout le poids de cette décision. Sans cette réponse, sans cette bénédiction, il n’y aurait pas eu de couple, pas de famille, pas d’enfant — et l’histoire que des dizaines de milliers de Juifs ont reçue de sa bouche n’aurait jamais existé.

Le couple s’installa provisoirement en Suisse pour y « faire un peu d’argent » — trois mois prévus qui se transformèrent en une vie entière. Ron Chaya grandit donc à Genève, élevé entre l’hébreu de ses parents et le français de l’école, dans l’attente perpétuelle du retour en Israël que son père promettait chaque année sans le réaliser. À sept ans, lors de la guerre des Six Jours, son père, retenu en Suisse par la maladie, vécut douloureusement son impossibilité de rejoindre les combattants. À la même époque, rentrant de l’école après avoir étudié Guillaume Tell, Ron Chaya déclara fièrement être suisse — et reçut une gifle de son père : « Tu n’es pas suisse, tu es juif, tu es israélien. »

Une jeunesse entre recherche et questionnement

Sa mère, lassée d’une religion qu’elle avait reçue de façon contrainte et blessante, avait adopté une posture résolument antireligieuse. Elle lui transmit cependant une valeur décisive : la quête de la vérité. « Elle m’a enseigné à rechercher la vérité, pas la Torah, la vérité », se souvient-il. C’est cette disposition d’esprit — exigeante, rationnelle, insatisfaite des réponses toutes faites — qui allait guider tout son parcours.

À l’adolescence, Ron Chaya lisait la philosophie, s’intéressait aux pensées venues d’Inde, s’interrogeait sur Dieu, se cherchait. Juif parmi des non-Juifs en Suisse, israélien en exil, pratiquant par intermittence, il se vivait comme un être « déplacé ». À la maison, malgré les convictions de sa mère, les grandes fêtes étaient célébrées et les bougies allumées. C’était ce qu’il appelle le « traditionalisme » — un judaïsme de l’âme plutôt que de la lettre.

À dix-neuf ans, au moment de la maturité, il décida de partir pour Israël plutôt que de s’inscrire à l’université suisse et de s’intégrer dans l’entreprise florissante de son père. Une amie l’avait convaincu de rejoindre un séminaire d’une année à Jérusalem — lequel fut finalement annulé, Providence qu’il interprète avec le recul comme une grâce divine, tant l’environnement mixte de cet établissement lui paraît aujourd’hui incompatible avec une véritable démarche religieuse. Il passa donc cette année en Israël à étudier à l’université hébraïque, où il suivit des cours de philosophie et… de Talmud, enseigné par un professeur religieux à un auditoire international qui comptait des Chinois, des Palestiniens et même un missionnaire chrétien camouflé en étudiant.

L’armée, la guerre et la téchouva

Citoyen israélien par ses parents, Ron Chaya fit son service militaire dans les blindés. C’est à cette période que germa sa téchouva. Dans les semaines précédant l’incorporation, il prit la décision de ne plus conduire le Chabbat — décision qu’il dut cacher à sa mère, avec qui il avait fait un accord. Au fond de son sac militaire, soigneusement dissimulées, il emportait des Téfilines qu’il ne portait pas encore, mais dont il refusait de se séparer : « Je suis juif », répondit-il simplement à son commandant qui s’en étonnait.

L’entrée dans la vie observante s’opéra en deux étapes décisives. La première : annoncer à ses camarades de chambrée, tous laïcs et anticléricaux, qu’il portait désormais la kippa. La deuxième, plus redoutable encore selon lui : gravir les marches de la yéchiva. Cette scène, qu’il a racontée des centaines de fois, est restée emblématique de ce qu’il appelle la « force de l’imagination » — le yétser hara qui transforme une porte en montagne. Arrivé au pied de l’escalier, entendant une expression en yiddish, il fit demi-tour. Ce fut sa grand-mère qui le relança : « Il y a quelques semaines, tu affrontais des tanks syriens. Tu t’arrêtes à l’extérieur d’une yéchiva ? »

Quelques semaines après avoir mis la kippa, la guerre du Liban éclata, en juin 1982 (Siwan 5742). Ron Chaya y participa en tant que chef de char. Il raconte deux épisodes de protection miraculeuse : un obus tomba à l’endroit exact où il se trouvait quelques secondes plus tôt, au sommet d’une dune où il observait les combats — imprudence de jeune soldat avide d’action ; et il marchait dans un champ parsemé de bombes à fragmentation non explosées. « Dieu m’a sauvé alors que je ne pense pas que je le méritais à l’époque », dit-il simplement.

La yéchiva, les séminaires et l’éveil d’une génération

À l’issue de la guerre, Ron Chaya intégra la Yéchiva Ohr Somayach, dans le giron du mouvement Arachim — l’organisme pionnier en Israël pour les séminaires de rapprochement à la Torah. C’est là qu’il découvrit sa vocation de conférencier. Un voisin d’étude francophone le remarqua et lui proposa de devenir conférencier aux côtés d’un certain Rigler. Sollicités par le réseau de Pinha’s Adam, ils animèrent leurs premières journées de réflexion à Jérusalem, puis à Paris.

À partir de 1988 (5748), les séminaires francophones — week-ends de deux jours présentés avec le slogan « Satisfait ou remboursé » — se multiplièrent en France, en Belgique, au Québec. Le phénomène devint rapidement un fait de société. Ron Chaya y animait des conférences sur les codes de la Torah, sur les preuves de la divinité de la Torah, sur Auschwitz et la foi, sur le rapport entre le bien et le mal, le tout avec une rigueur intellectuelle et une chaleur humaine rares. Il jouait du piano entre les sessions. Il dansait avec les participants.

Environ la moitié des personnes présentes amorçaient un retour à l’observance. « Les paroles qui sortent du cœur pénètrent le cœur », dit-il en citant les Sages. Les conférences sur les codes de la Torah — ces séquences de lettres équidistantes dans le texte biblique révélant des noms et des événements historiques — firent sensation, au point d’être citées dans la revue scientifique américaine Statistical Science. Mais Ron Chaya souligne lui-même les limites de cet outil : la Torah encode des occurrences possibles, non des certitudes, et ces conférences furent arrêtées lorsque des scientifiques contestèrent publiquement leur valeur statistique — même si ces contestations étaient, selon lui, infondées.

Sa mère elle-même, qu’il avait réussi à convaincre d’assister à un séminaire en échange de sa visite chez un psychiatre (elle le soupçonnait d’avoir des troubles obsessionnels compulsifs à cause de ses lavages de mains rituels), fut bouleversée. Elle pleura pendant quarante-huit heures et prit la décision de revenir à la Torah. Aujourd’hui, elle porte la perruque et observe l’ensemble des mitsvot.

La Yéchiva Yossef : trente ans de transmission

En 1994 (5754), un jeune homme de dix-sept ans rencontré lors d’un séminaire à Montréal, Michel Ifra, insista auprès du Rav Chaya pour qu’il ouvre une yéchiva destinée aux jeunes francophones en Israël. Ron Chaya résista longtemps, jusqu’à ce que le Rav Elbaz lui propose les locaux dans le quartier Beit Hakerem, non loin du quartier Bokharin fondé par son propre arrière-grand-père.

La Yéchiva Yossef, à Ramot, à Jérusalem, accueille depuis lors des dizaines de jeunes hommes francophones, souvent sans bagage religieux préalable, qui y découvrent le Talmud et la halakha au rythme d’un cursus adapté à leurs besoins. Le Rav Chaya en est le directeur depuis sa fondation. Il y enseigne en hébreu et en français, s’appuyant sur toutes les ressources accumulées au fil de sa vie singulière : huit ans d’allemand pour terroriser les retardataires au lever avec un compte à rebours, le piano pour briser la glace, l’humour suisse pour désamorcer les résistances.

Internet, les millions d’auditeurs et la polémique Elmaleh

Au milieu des années 2000, alors que les séminaires s’espacèrent — le Rav Chaya décidant, sur avis de son maître le Rav Steinman zatsal, de cesser les voyages en France pour des raisons de modestie du regard —, un élève lui suggéra de mettre ses cours en ligne. Ce qui avait commencé comme une curiosité devint une révolution. Là où les séminaires réunissaient au maximum cinq cents personnes, internet en attirait des milliers, puis des dizaines de milliers.

Ses cours improvisés, donnés à la yéchiva ou depuis son domicile, traitent de tout : les preuves de l’authenticité de la Torah, les secrets de la Kabbale, l’actualité géopolitique à la lumière des textes prophétiques, la téchiva et ses mécanismes psychologiques, les questions posées par des internautes du monde entier. Il reçoit également, au fil des années, des personnes se prenant pour le Machia’h — phénomène psychiatrique qu’il traite avec pragmatisme, en les orientant vers un professionnel de santé.

Une controverse retentissante l’a opposé à un humoriste français de renom dont il ne cite pas le nom, après que celui-ci eut annoncé la sortie d’un film présentant la conversion au christianisme. Le Rav Chaya intervint publiquement — non pour s’adresser à l’humoriste, précise-t-il, mais pour alerter les Juifs français sur les arguments irréfutables contre le christianisme, et notamment sur l’histoire des persécutions que cette religion a fait subir au peuple juif. Son invitation à venir débattre à la yéchiva reste, à ce jour, ouverte.

La transmission d’une ségoula talmudique

Parmi les éléments les plus emblématiques de son enseignement figure une pratique issue du traité Chabbat du Talmud, répertoriée par le Kaf Hahayim et dans le Choul’han Aroukh (chapitre 336 sur les lois de la guérison) : en cas d’arête de poisson ou d’os coincé dans la gorge, il convient de placer sur la tête du patient une arête du même type de poisson, en prononçant la formule had nahit bala (« un piquant est descendu avalé ») puis son inverse. Cette pratique, vérifiée expérimentalement selon les décisionnaires, a été présentée en « live » lors de nombreux séminaires et a donné lieu à des histoires savoureuses, dont celle d’un jeune Canadien de dix-sept ans qui, lors d’un séminaire dans la forêt québécoise, avala volontairement une grosse arête pour « essayer » — et fut immédiatement délivré.

La Guéoula, le Machia’h et le message final

La thématique messianique traverse toute l’œuvre du Rav Chaya. Depuis trente ans, il annonce l’imminence de la venue du Machia’h à chaque grande crise — le corona, le 7 octobre, les guerres régionales — en s’appuyant sur les textes des prophètes, notamment Yéhézkel 36 qui décrit avec une précision saisissante le retour du peuple juif sur sa terre, la reconstruction des villes, le renouveau spirituel. Il reconnaît sans détour la possibilité de se tromper sur les délais, mais maintient que l’obligation d’avertir demeure, et que l’époque est sans précédent dans l’histoire juive pour la proximité de la délivrance.

Un kabbaliste de sa connaissance lui aurait dit un jour, en présence de sa femme : « Moi, je ne sais pas si je verrai le Machia’h. Vous, oui. » Ron Chaya tient cette assurance comme un engagement, transmis avec la rigueur de celui qui sait que l’attente doit être active, totale — comparable, dit-il en citant le Doubno Maggid, à celle d’une mère qui, à quatre heures de l’après-midi, va et vient au balcon parce que son enfant tarde à rentrer de l’école.

À une époque où des études sociologiques indiquent qu’au lendemain du 7 octobre 2023 (7 Tichri 5784), un tiers des Juifs israéliens se seraient rapprochés de la Torah, le Rav Chaya voit dans ce mouvement la confirmation des prophéties. Son message de conclusion, inchangé depuis des décennies, est celui-là : « Nous sommes la génération qui aura la chance de voir le Machia’h. Nos ancêtres, s’ils avaient su cela, auraient pleuré de n’avoir pas pu l’attendre à notre place. »

 

 

Yaakov Behrman, militant Habad de Crown Heights ciblé par des menaces de mort

Yaakov Behrman, militant Habad de Crown Heights ciblé par des menaces de mort

 

Le militant Habad Rav Yaakov Behrman a reçu des menaces de mort explicites par courriel après avoir publiquement exigé du maire de New York, Zohran Mamdani, qu’il modère une rhétorique jugée dangereuse pour les juifs de la ville. Une émission progressiste américaine très suivie l’a pris pour cible dans un segment chargé de haine, diffusant son nom à répétition devant des centaines de milliers de téléspectateurs. Quelques heures à peine après cette mise en cause, sa boîte courriel personnelle et celle de l’organisation caritative qu’il dirige ont reçu un message appelant explicitement au meurtre de juifs.

 

 

Une prise de parole courageuse qui déclenche une campagne de haine

La vague d’antisémitisme qui déferle sur les rues de New York a franchi un seuil d’une gravité particulière. Cette fois, c’est l’un des militants Habad les plus en vue de Crown Heights, Rav Yaakov Behrman, qui s’est retrouvé dans le viseur d’une campagne de haine organisée, allant jusqu’à recevoir des menaces explicites contre sa vie dans ses boîtes courriels personnelle et professionnelle.

Rav Yaakov Behrman, notamment cofondateur de l’organisation « L’Alliance pour l’avenir juif » (JFA), avait pris la parole publiquement et sans détour pour exiger du maire de New York, Zohran Mamdani, qu’il mette immédiatement un terme à la rhétorique clivante et dangereuse qu’il tient depuis quelque temps. Il avait fait valoir que les déclarations tranchées des responsables politiques ont des répercussions directes sur ce qui se passe dans les rues, et que la rhétorique agressive du maire attise un climat déjà tendu, mettant concrètement en péril la sécurité des juifs de New York — une communauté qui subit depuis des années une vague ininterrompue d’agressions antisémites.

La machine à haine se met en marche : « The Young Turks » à l’attaque

Les propos mesurés et courageux de Rav Yaakov Behrman ont suscité l’indignation de milieux progressistes et de militants antisionistes sur les réseaux sociaux. Mais le point culminant a été atteint lorsque l’émission d’information progressiste la plus regardée des États-Unis, The Young Turks, lui a consacré un segment particulier, saturé de haine. Les présentateurs se sont déchaînés contre lui de manière effrénée et dans un style avilissant.

L’une d’elles a raillé avec cynisme le sentiment d’insécurité du militant Habad : « Tu te sens vraiment en danger, Rav Yaakov ? Vraiment ? » Elle a ensuite lancé une grave accusation, affirmant que les « sionistes » aiment se plaindre de leur insécurité — même quand c’est faux — simplement pour étouffer le débat public.

Son co-présentateur a poussé le ton antisémite encore plus loin, traitant Behrman de « menteur patenté » et lui assénant, ainsi qu’aux représentants de la communauté juive, des accusations classiques puisées dans le registre des stéréotypes les plus sombres : « Vous êtes une bande de brutes criminelles qui soudoyez nos politiciens et volez notre argent. »

Il s’est ensuite adressé directement à Rav Yaakov Behrman pour lui dire crûment : « Tu veux qu’on pille mon argent pour l’envoyer en Israël tuer des Palestiniens. Tu soutiens le génocide à 100 %, c’est toi le vrai danger ici. » De nombreux observateurs ont relevé que l’usage répété et appuyé du prénom « Jacob » et du titre « Rabbi Jacob » par les présentateurs semble avoir été délibérément employé comme insulte antisémite — une désignation péjorative bien connue en Europe pour stigmatiser les juifs à l’apparence religieuse.

Des menaces de mort quelques heures après la diffusion

La campagne de haine ciblée diffusée à l’antenne s’est traduite avec une rapidité foudroyante en menaces physiques bien réelles. Quelques heures à peine après la diffusion de l’émission, Rav Yaakov Behrman a découvert avec stupeur, dans sa boîte courriel personnelle ainsi que dans celles de l’organisation caritative centrale « L’Aide à l’éducation » (NCFJE) et du projet « Opération Survie », un message de menace glaçant, débordant de haine.

Behrman a partagé une capture d’écran du courriel sur son compte X (anciennement Twitter), accompagnée de ce commentaire : « J’ai reçu ce message dans ma boîte personnelle et dans celle de l’organisation NCFJE ce matin. » Le courriel en question contenait, rédigées en anglais cru et venimeux, les lignes suivantes : « Tout juif répugnant qui croit que les juifs sont une race supérieure ou le peuple élu de D.ieu est un ennemi du peuple et de l’humanité tout entière. Tuez tous les juifs nazis » (KILL ALL NAZI JEWS).

Un engrenage mortifère entre haine médiatique et violence physique

Cette affaire illustre avec une clarté alarmante le lien direct qui existe entre l’incitation à la haine dans les médias et le passage à l’acte. Le cas de Rav Yaakov Behrman — homme de paix et de dialogue, mis en cause pour avoir simplement réclamé la responsabilité d’un élu — révèle jusqu’où peut mener la désignation publique à la vindicte populaire. La communauté juive de Crown Heights et au-delà suit cette affaire avec une profonde inquiétude, dans l’attente d’une réponse ferme des autorités compétentes.

Youd Beth Tamouz à Rehovot : Farbrenguen avec le Rav Yossef Its’hak Gourevitch, le Rav Mendel Gloukhovsky et le Rav Castel

Youd Beth Tamouz à Rehovot : Farbrenguen avec le Rav Yossef Its’hak Gourevitch, le Rav Mendel Gloukhovsky et le Rav Castel

 

À l’occasion du 99e anniversaire de la délivrance du Rabbi précédent, un émouvant Farbrenguen s’est tenu à Rehovot en présence du Rav Yossef Its’hak Gourevitch de Migdal HaEmek, du Rav Mena’hem Mendel Gloukhovsky et du Rav Castel. Enseignements hassidiques, témoignages familiaux et récits de miracles se sont succédé dans un ordre qui reflétait l’essentiel du message de Youd Beth Tamouz : la Guéoula agit en chaque juif, la mésirout nèfech des ‘hassidim de Russie soviétique nous oblige, et l’éducation des enfants est le fondement sur lequel repose l’avenir du peuple d’Israël.

 

 

 

La Guéoula de Youd Beth Tamouz : une délivrance pour l’ensemble du peuple d’Israël

Le Rav Yossef Its’hak Gourevitch a ouvert le Farbrenguen en rappelant le contexte de la fête : nous nous trouvons à quelques jours du 99e anniversaire de la Guéoula du Rabbi précédent, survenue en l’an 5687 (1927). Dans une lettre rédigée l’année suivant sa libération, le Rabbi précédent affirmait solennellement que cette Guéoula n’avait pas été accomplie pour lui seul. Il en témoignait à la première personne — et en tant que Rabbi, dont la parole est digne de foi sur ce qui se passe aussi bien dans les sphères célestes que sur terre — que la délivrance du Youd Beth Tamouz avait agi sur l’ensemble du peuple d’Israël. Elle avait bénéficié à ceux qui honorent notre sainte Torah et observent Ses commandements, et même à celui qui ne porte le nom d’Israël que comme un surnom, celui qui a honte d’afficher son identité juive.

Notre Rabbi a éclairé cette formulation dans l’une de ses Si’hot : la Guéoula personnelle du Rabbi précédent a engendré, dans sa dimension spirituelle, une libération intérieure pour chaque juif — une délivrance de l’âme divine emprisonnée par les contraintes du dedans et du dehors. Pour le juif qui cachait son identité, la Guéoula a ouvert en lui la voie vers sa vérité profonde : dès qu’on s’approche de lui avec douceur et bienveillance, il retrouve le désir intérieur de s’affirmer et de se réjouir d’être juif.

Vingt-huit jours d’emprisonnement : du 15 Sivan au 13 Tamouz

Le Rav Gourevitch a retracé avec précision le déroulement de l’arrestation. Le Ma’asar — la détention — a duré exactement 28 jours, du soir du 15 Sivan 5687 (1927) jusqu’au Youd Beth Tamouz. Durant les deux premières semaines, le Rabbi précédent était incarcéré dans la prison de Leningrad, en compagnie de criminels de droit commun. Ensuite, la sentence prononcée était l’exil dans une ville de relégation : Kostroma, une cité de bannissement pour privilégiés, où l’on jouissait d’une relative liberté de déplacement à l’intérieur de ses limites, mais où les communications avec l’extérieur et les rencontres étaient sévèrement réglementées.

Le Rabbi précédent avait quitté la prison le Guimel Tamouz pour rejoindre Kostroma. La semaine suivante, il s’est présenté au bureau compétent pour signer sa feuille de présence — condition exigée chaque mardi. Ce premier mardi, il a signé sans incident. Le mardi suivant était le Youd Beth Tamouz : le bureau était fermé en raison d’une fête civile. Un fonctionnaire, penché à une fenêtre du bâtiment, informa les visiteurs qu’une dépêche était arrivée de Moscou ordonnant la libération complète du Rabbi précédent. Le lendemain, Youd Guimel Tamouz, il reçut le document officiel de libération totale, puis rentra chez lui à Leningrad le vendredi matin. Le document original, signé en noir sur blanc par les autorités soviétiques, est conservé jusqu’à ce jour dans la bibliothèque du Rabbi.

C’est pourquoi la fête se célèbre sur deux jours : le Youd Beth, jour de l’annonce liée à l’ordre céleste, et le Youd Guimel, jour de la remise du document signé par les autorités humaines. Notre Rabbi a expliqué lors d’un Farbrenguen, il y a quarante-huit ans, que cette dualité porte un enseignement : la Guéoula a agi dans les deux domaines de l’être humain — celui de l’âme divine et des affaires spirituelles, et celui de l’âme vitale et du rapport au monde matériel. Chaque année, au retour de ces deux jours, la force de la délivrance se ranime et se renforce en chacun de nous.

Le serment de sang et l’attachement au Rabbi

Le Rav Mena’hem Mendel Gloukhovsky a pris la parole à son tour pour évoquer une scène survenue quelques années avant le Youd Beth Tamouz, peu après que le Rabbi précédent eut accepté la Nesiassout en l’an 5680 (1920). Réunissant en secret, à Leningrad, un minyan de jeunes hommes dévoués, le Rabbi leur avait proposé de conclure avec lui une alliance — une alliance du sang — pour répandre et soutenir le judaïsme jusqu’à la dernière goutte. À leur sortie de l’entretien, certains avaient confié leur effroi au secrétaire du Rabbi : « Nous ne nous rétractons pas, mais dites au Rabbi que nous avons une peur mortelle. » Le Rabbi précédent avait répondu : « Moi, je n’ai pas peur. Et si la peur n’est pas dans le cœur, comment peut-elle s’installer dans les membres ? » Cela révèle le niveau d’attachement que le Rabbi attendait : non pas seulement accomplir ses directives, mais ressentir ce qu’il ressent.

La vie clandestine des ‘hassidim en Union soviétique

Le Rav Gloukhovsky a témoigné de la vie clandestine à travers le récit de sa propre famille. Des familles entières opéraient dans la dissimulation la plus totale — un frère et une sœur, membres du même réseau souterrain, ne connaissaient pas l’existence du mikvé de l’autre. Son beau-père, cardiaque, dirigeait les opérations depuis son lit. Sa belle-mère servait le thé lors des réunions, puis se retirait immédiatement pour ne rien entendre. Le beau-père lui avait expliqué : « Si on m’arrête, un choc suffit à me tuer — je n’aurais rien à livrer. Mais toi, jeune et en bonne santé, tu pourrais céder sous la torture. Moins tu sais, moins tu peux mettre quelqu’un en danger. »

Lorsque son beau-frère était arrivé à la Yéchiva de Morristown, les autres élèves avaient été stupéfaits : comment avaient-ils appris autant, dans des conditions pareilles ? Ils avaient simplement étudié dans des caves, en clandestinité. C’étaient les ‘hassidim liés au Rabbi qui avaient maintenu vivante la flamme.

Aaron arrête l’ange : la fonction du Rabbi envers chaque juif

Le Rav Gourevitch a repris la parole pour proposer une lecture du passage de Rachi sur l’épisode du Qetoret dans la paracha de Qorah. Aaron, sur l’ordre de Moché, court au milieu de la foule frappée par la peste, saisit l’ange destructeur par la main et lui interdit d’agir. L’ange lui dit : « Le Saint-Béni-Soit-Il m’a envoyé — pourquoi m’en empêches-tu ? » Aaron répond : « Moché ne parle pas de son propre chef. » L’ange invoque qu’il reçoit lui aussi ses ordres d’En-Haut : lequel des deux, alors, obéit véritablement au commandement divin ?

La réponse d’Aaron, selon l’enseignement développé ici, est la suivante : l’ange est fondamentalement mû par une inclination à punir. Moché, lui, ne parle pas de son propre chef parce qu’il n’a aucun intérêt dans la punition. Son unique rapport aux juifs consiste à révéler en eux leur vérité intérieure, leur âme divine, et à les connecter à leur Source. Face à un juif en difficulté, il éveille en lui le désir de revenir — si bien qu’il n’y a plus de place pour le châtiment. L’ange entend l’explication d’Aaron, demande à voir Moché, et dès qu’il le voit, la peste s’arrête.

Le Rabbi est ce Moché pour chaque génération. Dès qu’un juif entre en contact avec lui — par une lettre, une visite au Ohel, ou simplement parce qu’on lui rappelle que le Rabbi a fait une demande en son nom — quelque chose se réveille en lui qui dépasse toute logique. Des milliers de récits témoignent de ce phénomène, avec des juifs de tous horizons et de toutes conditions.

Le journal du prisonnier et le carnet inédit

Le Rav Gloukhovsky, dans sa deuxième prise de parole, a évoqué le journal personnel que le Rabbi précédent avait tenu durant sa détention — publié par notre Rabbi en 5715 (1955) dans les Liqouté Dibbourim. La première impression avait été réalisée au Maroc, à la demande du Rabbi, via les Chlou’him de Casablanca et de Meknès. Ce journal, en hébreu et en yiddish, décrit de l’intérieur les interrogatoires, les menaces, les souffrances physiques et les états intérieurs traversés par le Rabbi précédent.

Un carnet complémentaire, découvert des années plus tard et dont on célèbre exactement le 40e anniversaire de la publication cette année, relate un épisode bouleversant : lors d’une séance d’interrogatoire, le Rabbi précédent portait sa kippa et son petit Talit. Les gardiens lui ont intimé à plusieurs reprises de les retirer. Il a refusé. Ils ont insisté. Le Rabbi leur a alors lancé : « Savez-vous à qui vous parlez ? » Ils ont répondu : « Avec qui ? » Il leur a dit : « Avec le Rabbi de Loubavitch. Et le Rabbi de Loubavitch ne craint ni les menaces ni quoi que ce soit. » À ces mots, les gardiens ont immédiatement renoncé. Ce récit n’est pas un éloge de soi — le Rabbi précédent n’avait nul besoin de cela. C’est un outil transmis à chaque lecteur : quand tu rencontres un obstacle sur ta voie, dis-toi avec fermeté : « Vous savez à qui vous parlez ? » — et tu puiseras la force de surmonter.

Le père du Rav Castel : dans le bon endroit, au bon moment

Le Rav Castel a témoigné à son tour. Son père, né en 5664 (1904), n’était pas ‘hassid Habad — son grand-père était ‘hassid Slonim et Rav d’un bourg lituanien. Le Rabbaïtche Rachab lui avait cependant dit d’étudier la ‘Hassidout, promettant de prendre sur ses propres épaules les conditions spirituelles préalables. Ce fut la presse soviétique antireligieuse qui, paradoxalement, décida de son destin : un journal communiste hostil au hassidisme — décrivant les ‘hassidim qui sillonnaient les rues avec leurs tsitsit — fut lu par le grand-père, qui y vit une description enthousiasmante et emmena aussitôt son fils à Nevel, en Biélorussie, où se trouvait une Yéchiva clandestine dirigée par le Rav Nissan.

À la Yéchiva de Nevel, le père du Rav Castel apprit que le Rabbi précédent allait quitter la Russie avant Tichri, sans que l’information ne soit officiellement diffusée. Les jeunes élèves, sans autorisation formelle mais sans interdiction explicite de leur mashpiah — qui avait dit « je ne peux pas vous donner la permission », sans prononcer le mot « interdit » — prirent le train pour Leningrad. Arrivés sans ressources, ils se retrouvèrent devant la mère du Rabbi précédent, qui accueillit leur équipée avec un sourire complice : « Ah, du Rav Nissan — c’est bien dans son style de ne pas dire ‘interdit’. » Elle les prit en charge.

Des centaines de personnes tentaient de s’engouffrer dans un espace très étroit. Le Rabbi précédent dut lui-même sortir pour rétablir l’ordre. Le père du Rav Castel eut, semble-t-il, l’aide du ‘hassid Mordekhaï Doubin — connu pour avoir joué un rôle crucial dans la libération du Rabbi précédent — pour parvenir jusqu’à lui.

Riga, Tichri 5691 : le premier Farbrenguen de notre Rabbi

En route vers l’Amérique via Riga, le père du Rav Castel et ses compagnons assistèrent, ce Tichri-là — 5691 (1930) — à une assemblée extraordinaire : c’était la toute première fois que notre Rabbi présidait un Farbrenguen et invitait l’assemblée à dire le’haïm. Son père, jeune et timide, hésitait. Notre Rabbi se tourna vers lui et lui demanda pourquoi il ne disait pas le’haïm. Cet instant est consigné dans le journal du ‘hassid Hayim Altouse. Ce père avait le don d’être toujours au bon endroit au bon moment : à Leningrad lors du départ du Rabbi précédent, à Riga lors du premier Farbrenguen de notre Rabbi.

L’éducation : pour quoi le Rabbi précédent a donné sa vie

Le Rav Gloukhovsky a conclu la soirée en rappelant que, selon les Si’hot de notre Rabbi, la cause principale de l’arrestation du Rabbi précédent était précisément son refus de céder sur l’éducation des enfants. Les autorités soviétiques étaient disposées à tolérer certaines activités religieuses pour les adultes, mais ne supportaient pas l’enseignement de la Torah aux plus jeunes. On était même venu proposer un compromis : « Pourquoi risquer l’ensemble de votre activité pour cette seule question des enfants ? » Il avait refusé. Sans enfants juifs éduqués, il n’y a pas de peuple d’Israël.

Un jardin d’enfants Habad à quatre ans : une empreinte pour la vie

Le Rav Gloukhovsky a illustré ce principe par deux récits personnels. Un homme de Toronto, devenu par la suite ‘hassid Habad observant, avait fréquenté le jardin d’enfants de la synagogue Habad à l’âge de quatre ans, avant que sa famille déménage. Des années plus tard, sans pratique religieuse, le jour où son père s’effondra d’une tumeur au cerveau, il sut instinctivement vers quelle synagogue se diriger — celle devant laquelle il passait en bus depuis l’enfance et qui lui inspirait une chaleur inexplicable. Une lettre fut envoyée au Rabbi. La tumeur disparut. Toute la famille finit par embrasser un mode de vie pleinement ‘hassidique.

Le père du Rav Gloukhovsky, qui dirigeait la Talmud-Torah de Boston, avait entendu notre Rabbi parler des campings d’été lors d’un Farbrenguen du Youd Beth Tamouz. Le lendemain matin, il interrogeait chaque élève sur ses projets pour l’été. L’un d’eux — d’une famille séfarade d’Afrique du Nord, sans moyens — allait au camp municipal gratuit de Toronto. Le père du Rav Gloukhovsky contacta le directeur du camp de l’Agoudat Israël, obtint une réduction de 50 %, quêta le reste dans la communauté, et envoya l’enfant pour six semaines. À son retour, ce garçon ne laissa plus ses parents tranquilles : ses frères et sœurs devaient eux aussi aller à l’école juive. Peu à peu, la famille devint strictement observante. Bien des années plus tard, lors d’un mariage à Rehovot, le Rav Gloukhovsky reconnut ce même nom de famille sur la dédicace de la bima d’une synagogue à Toronto. Et à une ‘houpa à Rehovot, il croisa un descendant de cette famille — jeune kollel, rayonnant — et put relier en direct la chaîne des causes et des effets.

La Si’ha des puits et les combats à Rehovot

Le Rav Gloukhovsky a conclu par un enseignement tiré d’une Si’ha de notre Rabbi pour Youd Beth Tamouz, portant sur les puits creusés par Its’hak. Notre Rabbi y explique pourquoi Its’hak avait besoin de la force forgée par la milah dans la foi et la connaissance. Creuser un puits représente un investissement considérable. Its’hak creuse un premier puits : les Philistins le lui prennent. Un second : même sort. Aller creuser un troisième puits exige une force intérieure extraordinaire. Ce n’est pas de la naïveté — c’est la certitude ancrée que l’on est sur la bonne voie, et que l’opposition même des Philistins en est le signe.

Cette Si’ha a accompagné le Rav Gloukhovsky dans les années de combat pour construire les institutions de Habad à Rehovot : procédures au tribunal administratif suprême, voisins en opposition, 150 000 dollars investis dans des plans et des fondations, 25 000 dollars supplémentaires en honoraires d’avocat, deux ans et demi de procédure — pour finalement aboutir à une médiation qui semblait une défaite, mais s’est soldée par l’obtention de bâtiments construits d’une valeur de 4,5 millions de dollars. Il a partagé cette même Si’ha avec le Rav Mendler Askin, Chalia’h à Montréal confronté à des obstacles similaires. La leçon est invariable : ne pas se décourager face aux Philistins, continuer à creuser, et savoir que l’absurdité même de l’opposition est souvent la confirmation qu’on avance dans la bonne direction.

L’assemblée s’est close dans la joie, avec des chants, des toasts le’haïm, et la certitude partagée que la Guéoula complète — dont le Youd Beth Tamouz a posé les premières pierres — est désormais imminente.

 

Pin’has et Elyahou le prophète : l’homme qui a vaincu la mort et marche parmi nous

Pin’has et Elyahou le prophète : l’homme qui a vaincu la mort et marche parmi nous

 

Ce cours du Rav Schneor Ashkenazi explore l’une des énigmes les plus fascinantes de la Torah : l’identité secrète qui unit Pin’has, le petit-fils d’Aharon, et Elyahou le prophète, deux figures dont l’une n’est jamais morte et l’autre n’est jamais née. De cette vérité vertigineuse découlent des enseignements fondamentaux sur la nature de la mort, le sens de la Torah et l’art d’éduquer les enfants jusqu’à ce qu’il vienne enfin annoncer la Guéoula.

 

 

Rav Schneor Ashkenazi

 

 

L’homme qui revient de nulle part

Dans presque chaque famille juive, il existe un récit d’apparition d’Elyahou. Un ancêtre se trouvait à un moment de danger mortel lorsque surgit soudain un inconnu — que personne ne connaissait, que personne ne reconnut — qui s’interposa, sauva la vie en péril, puis disparut aussi mystérieusement qu’il était apparu. Un récent exemple : un habitant de Samarie, agriculteur dans ses champs, fut un jour entraîné de force dans un village voisin par quatre jeunes hommes qui se mirent à le frapper. Au moment où ils enroulèrent un tissu autour de son cou pour l’étrangler, il vit déjà des cercles noirs danser devant ses yeux. C’est alors qu’un homme âgé s’approcha, se dressa entre lui et ses agresseurs et les interpella avec véhémence : « Partez d’ici, laissez-le, donnez-lui la vie ! » Les jeunes hommes, saisis de peur, s’enfuirent. Lorsqu’on chercha l’identité de ce sauveur, personne ne put le nommer. Il avait disparu comme il était venu.

Ce phénomène — cet être hybride, mi-homme mi-ange, qui vit depuis la Paracha Pin’has jusqu’à ce jour — constitue l’un des mystères les plus saisissants de notre tradition. Nous sommes à l’orée de la période des Trois Semaines, ces jours de deuil qui attendent leur transformation en fête et en joie. Fortifions notre foi en Elyahou, en sa présence active parmi nous, en son attente impatiente de venir nous annoncer la délivrance.

La catastrophe qui précède la Paracha

La Paracha précédente s’était achevée sur une catastrophe morale d’une ampleur inouïe. Bilam, incapable de maudire Israël directement, avait soufflé à Balaq un conseil redoutable : « Je n’ai pas réussi à vous maudire, mais toi, tu le peux. Il existe une malédiction qui fonctionne toujours sans que tu aies besoin de moi. Le D.ieu d’Israël déteste la débauche. Il suffit de pousser ton peuple vers la fornication. » Les filles de Moav et de Madiân, déguisées en marchandes ambulantes, se postèrent aux abords du camp. Les Juifs sortirent commercer, entrèrent sous leurs tentes, et furent entraînés dans la fornication et le culte de Peor. La plaie fit rage. Son paroxysme fut atteint lorsque Zimri ben Salou, prince de la tribu de Chiméon — l’un des douze hommes les plus importants du peuple —, entra publiquement dans le camp avec Kozbi, fille d’un roi de Madiân, et provoqua Moché Rabénou en face à face. « Si tu dis que cela est interdit, qui t’a permis, toi, de prendre une femme midianite ? » Moché fut neutralisé — personnellement impliqué dans la polémique, il ne pouvait répondre sans se contredire. Il se tut.

Un seul homme sauva la situation : Pin’has, jeune homme dans la foule, qui s’avança vers Moché et lui rappela la loi : « Maître, tu nous as enseigné : quiconque fornique publiquement, les zélateurs peuvent le frapper. » Moché, à demi-évasif, répondit : « Que celui qui lit la lettre la mette en œuvre. » Pin’has s’empara d’une lance, transperça Zimri et Kozbi, et la plaie s’arrêta.

Le courage solitaire et les jaloux qui rabaissent

Ce geste extrême mit tout le peuple d’Israël sur pied. Personne n’applaudit. Au contraire, la jalousie naturelle face à un acte héroïque poussa les uns et les autres à le dénigrer. Rachi précise que tout le peuple d’Israël était contre lui. Car lorsqu’on voit quelqu’un accomplir un grand acte, la réaction la plus humaine n’est pas l’admiration mais l’envie — et l’envie se traduit toujours par le rabaissement. On rappela ses origines : « Regardez d’où il vient — son arrière-grand-père maternel, Yitro, engraissait des veaux pour les offrir aux idoles. Et lui ose faire cela devant Moché Rabénou ? » C’est pourquoi la Paracha s’ouvre sur des éloges retentissants. Le Saint béni soit-Il dit : « Il a détourné ma colère des enfants d’Israël en défendant ma cause en leur sein. » Sans Pin’has, D.ieu aurait exterminé tout Israël. C’est donc à tout le peuple que Pin’has a donné la vie — et jusqu’à ce jour, chacun de nous n’existe que grâce à lui.

La vav brisée et le secret de l’éternité

Quelle récompense le Saint béni soit-Il lui accorde-t-il ? « Je lui accorde mon alliance de paix. » Mais cet accord de paix n’est pas anodin. Les commentateurs enseignent que c’est une paix avec l’ange de la mort lui-même : « Je fais la paix entre Pin’has et l’ange de la mort — et Pin’has vivra éternellement. » Plus remarquable encore : dans le rouleau de Torah, le mot shalom est écrit avec un vav brisé — la seule lettre ainsi tronquée dans toute la Torah. Dans tout autre endroit, une telle lettre invaliderait le rouleau entier. Ici, non seulement elle ne l’invalide pas, mais certaines communautés considèrent que l’absence de ce vav brisé rendrait le rouleau impropre à la lecture.

Que signifie cette lettre tronquée ? Le Baal Hatourim, en ouverture de la Paracha, l’explique de manière saisissante : le vav manquant chez Pin’has renvoie à celui à qui il manque un vav — Elyahou le prophète, dont le nom est écrit cinq fois dans le Tanakh sans la lettre vav. Car Pin’has, c’est Elyahou.

Rachi ajoute un détail de même nature dans la Paracha Be’houqotaï : le nom de Yaakov y est écrit cinq fois avec un vav supplémentaire, tandis qu’Elyahou est écrit cinq fois sans vav. Pourquoi ? « Yaakov avait pris à Elyahou sa lettre vav en gage, afin de s’assurer qu’Elyahou viendrait annoncer la délivrance. » Notre père Yaakov avait voulu révéler à ses fils la fin des temps — veniknots hikabtou v’agida — mais la Chekhina s’était retirée de lui. Craignant qu’Elyahou ne se décourage et oublie sa mission, il lui prit une lettre de son nom en garantie : « Tu la récupéreras quand le Machia’h sera venu. »

Pin’has dans le Tanakh : quatre cents ans de vie attestée

Cette identification n’est pas seulement une interprétation des commentateurs ou des midrashim — elle est ancrée dans le texte biblique lui-même. Le Tanakh ne mentionne nulle part la mort de Pin’has. Il ne dit pas non plus quand il naquit. Mais il témoigne qu’il a vécu au moins trois cents ans, et même quatre cents ans.

Premier témoignage : à la fin du livre des Juges, lors de l’épisode de la concubine de Guiv’a — un récit de violence insupportable qui dresse tout Israël contre la tribu de Binyamin. Après deux jours de batailles désastreuses où Israël perdit quarante mille combattants, le peuple s’interrogea : faut-il continuer ? Il se tourna vers le Grand Prêtre. Et là, en une demi-phrase presque incidente, le prophète mentionne : « Et Pin’has ben Éléazar ben Aharon se tenait devant Lui en ces jours-là. » Plus de trois cents ans après l’entrée en Canaan, Pin’has est encore là, toujours Grand Prêtre.

Mais ce n’est pas sa dernière apparition. Il en est une encore plus tardive. Dans le livre des Chroniques, au début de l’ère monarchique, alors que David venait de conquérir Jérusalem, il est écrit : « Et Pin’has ben Éléazar était leur chef autrefois. » Le mot lefanim — « autrefois » — indique qu’il n’était plus en charge, mais qu’il était encore vivant. Au moins quatre cents ans après Moïse, il était encore là.

Pourquoi avait-il été déchu de sa grandeur ? Les Sages l’ont lié à l’histoire de Yiftah. Lorsque Yiftah fit ce vœu insensé — « le premier qui sortira de ma maison à mon retour, je l’offrirai en holocauste » — et que ce fut sa propre fille qui sortit, il aurait pu faire annuler ce vœu. Mais Yiftah ne voulut pas s’humilier devant Pin’has, et Pin’has ne voulut pas s’abaisser jusqu’à lui. Chacun attendit que l’autre fît le premier pas — et la fille périt. Pour cette passivité, Pin’has fut frappé dans sa grandeur.

L’hybride divin : quand il voulait, on le voyait ; quand il voulait, on ne le voyait pas

Le Tanakh lui-même laisse entrevoir la nature mystérieuse de Pin’has. Lorsque les espions — Pin’has et Kalev — se rendirent chez Ra’hav à Jéricho, les gardes de la ville les aperçurent entrer. Ils frappèrent à la porte : « Où sont les deux hommes qui sont entrés chez toi ? » Ra’hav répondit qu’ils avaient fui. Mais comment les cacha-t-elle ? Le texte dit qu’elle « les cacha » — vatitspénéhou — au singulier. Le Yalkout Chimoni explique : lorsqu’elle vint les couvrir, Pin’has lui dit : « Moi, tu n’as pas besoin de me cacher. Je suis comme un ange : quand je veux, on me voit ; quand je veux, on ne me voit pas. »

Voilà l’essence d’Elyahou le prophète déjà présente chez Pin’has : une créature hybride, mi-homme mi-ange, qui agit tantôt dans le visible, tantôt dans l’invisible, qui disparaît et reparaît selon la volonté divine.

Elyahou surgit sans naissance, Pin’has meurt sans mort

Cent cinquante ans après la dernière apparition de Pin’has dans la Chronique, au temps du roi Akhav et de Jézabel la Phénicienne qui inondèrent le pays de prophètes de Baal, un personnage surgit dans le livre des Rois sans aucune introduction : « Et Elyahou le Tishbite, parmi les habitants de Guilad, dit… » Il n’est pas né dans le texte. On ne connaît ni ses parents, ni ses maîtres, ni ses origines véritables. Chaque prophète est présenté avec son arbre généalogique — sauf lui. Car Pin’has n’est pas mort — et Elyahou n’est pas né. Pin’has, après cent cinquante ans d’invisibilité, revêtit le corps d’Elyahou et devint Elyahou, héraut de la délivrance.

Pourquoi Elyahou préside-t-il la circoncision et le Séder ?

Elyahou apparaît à deux occasions précises dans la vie juive : à chaque circoncision, où l’on prépare le « siège d’Elyahou », et à chaque nuit de Pessa’h, où l’on verse une coupe pour lui. Pourquoi pas aux mariages ? Pourquoi pas à la prière de Né’ila ? Parce que la circoncision et le Pessa’h sont les deux Mitsvot les plus profondément ancrées dans l’âme juive — les seules Mitsvot positives passibles de karet, les seules qui, en cette nuit de la sortie d’Égypte, transformèrent Israël en peuple : le sang de l’agneau pascal et le sang de la circoncision. Ces deux actes définissent mystérieusement ce qu’est un Juif — et c’est pourquoi des mères qui ne respectent guère d’autres prescriptions ne consentiraient jamais à ne pas circoncire leur fils.

Elyahou, prophète de la rigueur, qui proclama dans la caverne du mont Horev : « Je suis le seul Juif qui reste », est envoyé précisément là pour voir la beauté d’Israël. Il doit se rincer la bouche avant d’enterrer le peuple juif. Car dans chaque berceau d’un nouveau-né circoncis, dans chaque table de Pessa’h, en Russie, en Allemagne, en Espagne, partout dans le monde, il contemple l’éternité de ce peuple.

Elyahou, arbitre des questions irrésolues de la Torah

Il est une autre fonction d’Elyahou que l’on connaît moins : dans le Talmud, lorsque les Sages ne savent pas trancher une question, le texte dit Teïqou — acronyme de : « Le Tishbite (Elyahou) résoudra les questions et les problèmes. » Comment Elyahou, qui n’était pas un maître de Torah comme Moché, en est-il venu à assumer ce rôle ?

Le Mabit — Rav Moché de Trani, l’un des grands de la génération du Beth Yossef à Tsfat — offre une réponse lumineuse dans son ouvrage Beth Elohim : « Seul un homme vivant peut transmettre la Torah. Un homme mort ne le peut pas. Moché Rabénou est mort. Il n’était pas là pendant les trois mille ans de développement de la Torah. Il n’a pas vécu les générations qui l’ont cultivée à partir de la vie réelle. Il ne peut donc pas répondre aux questions. Qui peut répondre ? L’unique être qui, depuis trois mille ans, est assis dans la maison d’étude, qui a vécu la Torah, qui a respiré la Torah. » Car la Hala’ha n’est pas un décret tombé du ciel — elle jaillit de la vie. C’est là l’originalité absolue du judaïsme. D.ieu a donné des principes, les treize règles herméneutiques, mais la Torah a grandi à partir de l’expérience humaine. Et c’est pourquoi elle tient depuis si longtemps.

Le Talmud illustre ce point dans l’épisode du four d’Akhnai : Rabbi Éliézer le Grand fit sortir des miracles pour prouver que la Hala’ha était selon lui — les eaux reculèrent, l’arbre déracina, une voix céleste confirma. Et pourtant, Rabbi Yochoua se leva et dit : « La Torah n’est pas au ciel. » La Hala’ha suit la majorité des Sages — parce qu’elle appartient à la vie. D.ieu lui-même, selon le récit, sourit et dit : « Mes enfants m’ont vaincu. »

Elyahou, qui a traversé tous les siècles, qui a tout vécu, tout entendu, tout ressenti — lui seul peut trancher les grandes questions. Voilà pourquoi c’est lui, et non Moché, qui sera le grand arbitre de la Torah à venir.

Pin’has a donné tant de vie qu’on lui rend la vie

Reste une question fondamentale : pourquoi Pin’has mérite-t-il la vie éternelle, alors que Moché Rabénou, qui la supplie, se la voit refusée ? Rabénou Be’hayé répond avec une pensée d’une beauté saisissante : le Saint béni soit-Il rembourse en nature. Si tu donnes à un homme de l’argent, D.ieu te rembourse en argent. Si tu sauves une vie, D.ieu te rembourse en vie. Or Pin’has a sauvé tout Israël — « Sans Pin’has, j’aurais exterminé tout le peuple d’Israël en leur sein. » Jusqu’à ce jour, chacun d’entre nous n’existe que grâce à lui. Comment rembourser un tel don ? En lui donnant autant de vie qu’il en a donnée — c’est-à-dire une vie sans fin.

Mais il y a plus. Pin’has a vaincu la mort parce qu’il en a réparé la cause. Pourquoi la mort est-elle entrée dans le monde ? Parce que le corps s’est détaché de sa source divine. Parce que le corps est devenu autonome, orienté vers lui-même, vers son propre désir. La faute du jardin d’Éden n’a pas introduit la mort comme un mécanisme extérieur — elle a planté dans l’être humain un programme d’autodestruction. Or ce que fit Pin’has, c’est précisément de ramener le corps à son point d’origine : le corps n’est pas fait pour lui-même, ni pour le plaisir, ni pour la volupté — le corps est fait pour servir le Nom divin. En agissant avec son corps au nom du Ciel — car c’est son bras de chair qui plongea la lance — Pin’has répara le lien que le péché avait brisé. Et c’est pourquoi la mort n’eut plus prise sur lui.

La Torah de Moché et la Torah du corps : la leçon de l’éducation

Cette idée éclaire un enseignement du Rabbi — le Rabbi de Loubavitch — dans un long commentaire des Liquté Si’hot sur cette Paracha. Pourquoi les fils de Moché Rabénou n’héritèrent-ils pas de sa direction ? Pourquoi fut-ce Yéhochoua qui lui succéda ? Car, disent les Sages, les fils de Moché « venaient jouer » pendant que Yéhochoua veillait dans la tente d’étude. Mais plus profondément : Moché servait D.ieu « par en haut ». Il donnait des discours, des exhortations — des dérachot. Or les dérachot n’éduquent pas les enfants. Pourquoi ? Parce qu’un discours atteint la partie sainte de l’enfant — mais la partie sainte n’a pas besoin de discours, elle est sainte de toute façon. Ce qu’il faut convaincre, c’est la partie qui résiste, la partie qui cherche autre chose, qui est attirée par les plaisirs du monde.

Comment y parvenir ? En reconnaissant la réalité du corps, la réalité de la matière, la réalité de la résistance. Moché vivait dans une atmosphère où il n’y avait pas de corps, pas de besoins. Il ne connaissait pas l’opposition. Dans cet univers, un bon cours suffit à former un enfant comme lui. Mais pour des enfants qui ont grandi dans l’air de Madiân, pour des enfants élevés dans la culture d’un Yitro qui engraissait des veaux afin de les immoler dans toute leur graisse — cela ne suffit pas.

Pin’has, lui, parla au corps. Il comprit le corps, il agit sur le corps, il transforma le corps. Et c’est pourquoi la transmission lui fut accordée à lui et à sa descendance.

Le Rabbi, dans une lettre en anglais de plusieurs pages, répondit à ceux qui l’accusaient de militariser la jeunesse hassidique en fondant l’organisation Tsivot Hachem — l’Armée de D.ieu. Il expliqua : « Le problème majeur de l’enfant américain, c’est le manque d’acceptation de l’autorité. Je suis arrivé à la conclusion que la seule voie est de passer par les concepts proches de son cœur. Si un enfant aime l’armée, les grades, la compétition, la progression — alors c’est par là qu’on lui apprend la discipline. En grandissant, il oubliera les grades, mais il se souviendra qu’un homme doit écouter celui qui est plus grand que lui. »

La balle au milieu du terrain : la parole du Rabbi à un enfant américain

Une histoire achève cet enseignement avec une perfection absolue. Dans les premières décennies du siècle dernier en Amérique, un grand-père immigré d’un shtetl d’Europe orientale amena son petit-fils à la veille de sa bar-mitsva chez le Rabbi pour une bénédiction. L’enfant s’attendait à une exhortation savante sur la Paracha, les téfilines, Pin’has et Elyahou. Mais le Rabbi lui demanda simplement : « Dis-moi, tu aimes le sport ? — Bien sûr. — Quoi préfères-tu ? — Le baseball. — Vas-tu voir de vrais matchs ? — Hier, j’étais au Yankee Stadium, un match incroyable. — Dis-moi, qui gagne dans ces matchs ? » L’enfant sourit avec indulgence : « Rav, dans le sport ça ne fonctionne pas comme ça. Ce qui fait gagner, c’est le talent et l’effort. La beauté du sport, c’est que le résultat n’est jamais connu à l’avance. »

Le Rabbi le regarda et lui dit : « Souviens-toi de ça. La vie est exactement comme un terrain de jeu. D’un côté, le bon penchant ; de l’autre, le mauvais penchant. Au milieu — toi, la balle. Chaque pas essaie de t’attirer de son côté. Il y aura des jours où tu te réveilleras épuisé, découragé, sans forces. Rappelle-toi alors ce que tu viens de dire : dans le sport, il n’y a pas de règles préétablies. Celui qui joue mieux gagne. Tout dépend de ta volonté, de ta détermination. Tout est entre tes mains. »

Quelques années passèrent. L’enfant terminait sa terminale. Un vendredi soir, la veille d’un voyage pour un match de ligue universitaire — le rêve de sa classe entière — ses parents lui rappelèrent que le week-end coïncidait avec Yom Kippour. L’enfant voulut partir quand même. Cette nuit-là, il regarda un match à la télévision chez un ami. L’équipe outsider renversa la situation et gagna. Le commentateur s’exclama : « C’est ça, la beauté du sport — rien n’est jamais écrit d’avance. Celui qui joue mieux gagne. »

L’enfant entendit ces mots. Il les avait déjà entendus. Il revit les yeux du Rabbi à la veille de sa bar-mitsva. Il savait qu’il avait les forces. Il resta avec ses parents pour Yom Kippour.

Telle est la force des serviteurs de D.ieu dans leur corps — non pas la sagesse de vivre en hauteur, mais le courage de descendre vers l’autre, d’entrer dans son monde, de prendre toutes les idées et tous les idéaux et de les faire atterrir dans un univers éloigné, dans un monde incarné, dans un monde qui a un corps. Pin’has a inauguré ce chemin. Pin’has a réparé le corps — et c’est pourquoi le corps lui fut accordé pour l’éternité.

Puisse-t-il venir bientôt annoncer la Guéoula, et disons : Amen.

Le Nigoun « Tsamah Le’ha Nafchi » et le Farbrenguen inoubliable de Chabbat Kodachim 5714 (1954)

Le Nigoun « Tsamah Le’ha Nafchi » et le Farbrenguen inoubliable de Chabbat Kodachim 5714 (1954)

 

Le Nigoun « Tsamah Le’ha Nafchi » — « Mon âme a soif de Toi » — tient une place à part dans le répertoire ‘hassidique : c’est le premier nigoun que le Rabbi choisit d’enseigner à ses ‘hassidim, lors d’un Farbrenguen demeuré gravé dans les mémoires. Ce soir-là, le Rabbi en expliqua le sens verset par verset, lia son message à la soif spirituelle qui nous unit à D.ieu, et corrigea inlassablement les ‘hassidim jusqu’à ce que la mélodie soit parfaitement intégrée. Des décennies plus tard, ce nigoun continue de faire résonner, dans le cœur de chaque ‘hassid, le désir ardent de se tenir en présence du Rabbi.

 

 

 

« Tsamah le’ha nafchi, komah le’ha besari, be’erets tsiya ve’ayef beli mayim. Ken bakodech ‘hazitikha, lir’ot ozkha oukhvodekha… » — « Mon âme a soif de Toi, ma chair aspire à Toi, dans une terre aride, épuisée, sans eau. Ainsi t’ai-je contemplé dans le Sanctuaire, pour voir Ta puissance et Ta gloire… »

Le Nigoun « Tsamah Le’ha Nafchi » a mérité une attention particulière de la part du Rabbi : c’est en effet le premier nigoun qu’il choisit de nous enseigner. Mais quelque chose de singulier et d’inédit le distingue de tous les autres : c’est le Rabbi lui-même qui ouvre la mélodie, et les ‘hassidim qui répondent en chœur, comme un acte parfaitement répété — et pourtant entièrement spontané.

Des milliers de ‘hassidim se tiennent côte à côte, suspendus à chaque parole sainte que prononce le Rabbi. Soudain, sa voix puissante déchire l’air : « Tsamah Le’ha… » — et l’on se sent transporté vers un autre état d’être.

« Aya aya ya… » Les ‘hassidim répondent à l’unisson.

La force et l’émotion de ces instants sont précieuses : des instants gravés à jamais dans le cœur de quiconque les a vécus.

Un Farbrenguen exceptionnel

Le Nigoun « Tsamah » ne fut pas enseigné lors d’une Sim’hat Torah, comme bon nombre des autres nigounim, mais lors d’un Farbrenguen.

Le Farbrenguen de Chabbat Kedochim 5714 (1954) fut mémorable et singulier. Mémorable, parce que — comme il vient d’être dit — le Rabbi y enseigna un nigoun pour la première fois. Singulier, parce que les cinq premières Si’hot de la soirée portèrent sur les nigounim que les ‘hassidim étaient en train de chanter, lors des Farbrenguen du Rabbi.

« Ani Maamin »

Après être entré et avoir prononcé le Kidouch, le Rabbi invita l’assemblée à dire « Le’hayim » et lança : « Ceux qui n’ont pas encore été invités à dire Le’hayim n’ont qu’à lever la main. »

Le Rabbi ajouta ensuite : « Puisque ce Farbrenguen fait suite au Seoudas Machiah’h du dernier jour de Pessa’h, il convient de l’ouvrir avec le Nigoun « Ani Maamin ». »

« Nyé Jjouritzi »

Lorsque le chant s’éteignit, le Rabbi commença à parler du Nigoun « Nyé Jjouritzi ». Le sens profond de ce nigoun est que même sur le chemin vers la taverne pour boire un verre, on n’a pas à s’inquiéter, car on a déjà avec soi tout ce dont on a besoin, et une fois arrivé à destination et après avoir défait ses bagages, on s’en rendra compte.

Il en va de même pour nous, expliqua le Rabbi. Sur notre chemin vers le Machia’h, on nous dit de nous réjouir. Certes, on pourrait croire que sa situation spirituelle n’est pas source de joie ni de bonheur — mais il faut garder à l’esprit que toutes les révélations qui surviendront à l’arrivée du Machia’h existent déjà à présent, et qu’elles se manifesteront pleinement en son temps.

Le Rabbi invita ensuite les ‘hassidim à entonner « Nyé Jjouritzi ».

Le désir ardent d’Elokous

Après ce nigoun, le Rabbi entama une troisième Si’ha — qui, tout en prolongeant la précédente, servait d’introduction au point culminant de la soirée : l’enseignement du Nigoun « Tsamah ».

Reprenant l’analogie des voyageurs se rendant à la taverne pour boire un verre, le Rabbi poussa l’analyse plus loin et demanda :

« Il est certes réconfortant de savoir ce qui nous attend lorsque nous parviendrons à destination — mais puisque nous ne pouvons pas encore le voir à présent, pourquoi se réjouir ? »

Le Rabbi répondit que lorsqu’une personne aspire ardemment à quelque chose, le désir lui-même la comble en partie. Ainsi, lorsqu’une personne développe une véritable soif d’Elokous, cette soif elle-même « étanche » son aspiration.

À titre d’illustration, le Rabbi cita un verset du Téhilim : « Tsamah le’ha nafchi… — בקדש » — « Mon âme a soif de Toi… Ainsi t’ai-je contemplé dans le Sanctuaire. » Et, comme l’a expliqué le Rabbi au nom du Baal Chem Tov, cela signifie : « Si seulement je pouvais Te voir dans le Sanctuaire. » Autrement dit, même si l’on se trouve spirituellement à un niveau bas, on peut s’élever à un niveau supérieur grâce au désir et à l’aspiration sincères.

Concluant sa Si’ha, le Rabbi demanda que l’on chante le Nigoun du Rabbi Alter sur les mots « Tsamah Le’ha Nafchi ».

Or, la demande fut accueillie par le silence : personne ne semblait connaître ce nigoun. Puis, lentement, une voix s’éleva, chantant quelque chose sur ces paroles — mais après l’avoir patiemment écouté jusqu’au bout, le Rabbi indiqua que ce n’était pas là le nigoun. La scène se répéta encore trois fois, le Rabbi demandant à chaque fois si quelqu’un connaissait un autre nigoun sur ces mots.

Le nouveau nigoun

Le moment était venu. Le Rabbi appuya sa tête dans ses mains et, avec une sincérité profonde, commença :

« Tsamah Le’ha Nafchi… »

Jamais personne n’avait entendu ce nigoun auparavant. Le Rabbi le répéta plusieurs fois. Il demanda ensuite à l’assemblée de le rejoindre — mais la foule n’avait pas encore vraiment saisi la mélodie. Se tournant vers les bah’ourim, il leur demanda de les aider, mais eux aussi peinent à saisir, si bien que le Rabbi le répéta encore une dernière fois.

« Essen Est Zi’h »

La combinaison nigoun–Si’ha n’était pas encore achevée, et dans la quatrième Si’ha, le Rabbi se concentra sur le Nigoun « Essen Est Zi’h » :

« Que faire si l’on ne ressent pas cette soif ? » demanda le Rabbi, poursuivant le fil des Si’hot précédentes. « C’est précisément pour cela que nous supplions D.ieu de nous accorder Sa miséricorde — « Avec Ta grande miséricorde, aie compassion de nous » — car la compassion accordée à cette personne est si grande que l’individu lui-même ne réalise pas qu’il en a besoin. »

Cela s’exprime dans le nigoun « Essen Est Zi’h… Davénin Davent Zi’h Nit » : le nigoun décrit l’amertume que ressent celui qui ne ressent pas de soif pour D.ieu — et c’est cette amertume même qui allume en lui le désir de se rapprocher de D.ieu.

Le nigoun du Maamar

Vint ensuite l’heure du Maamar.

Cependant, fidèle à l’esprit de ce Farbrenguen hors du commun, quelque chose d’inhabituel se produisit encore. Au lieu de simplement indiquer qu’on entonnerait le Nigoun Ha’hona — comme c’était la coutume lors de la plupart des Farbrenguen — le Rabbi expliqua pourquoi l’on chante un nigoun avant de dire un Maamar :

« Puisqu’il est de coutume ancestrale (minhag) de chanter un nigoun avant la récitation d’un Maamar, nous le ferons à présent. »

Perfectionner le nouveau nigoun

Plus tard dans le Farbrenguen, le Rabbi demanda à nouveau que l’on chante le nouveau nigoun, « Tsamah Le’ha Nafchi » — mais comme les ‘hassidim ne l’avaient toujours pas parfaitement intégré, le Rabbi le répéta encore plusieurs fois. Avant de chanter, il commenta :

« Le Rabbi (le Friediker Rabbi) disait jadis qu’il ne serait pas pointilleux sur la justesse d’un seizième de note ; mais à présent, je ne serai même pas indulgent sur un huitième… »

Entre-temps, quelqu’un dit au Rabbi que l’assemblée avait saisi la deuxième partie, « Ken Bakodech ». Aussitôt, les ‘hassidim le firent taire — ils voulaient l’entendre de la bouche du Rabbi lui-même. Entendant cela, le Rabbi interpella : « Il dit « Ken Bakodech » et vous le faites taire ?! »

Lorsque quelqu’un d’autre tenta de chanter le nigoun sans tout à fait y parvenir, le Rabbi le répéta plusieurs fois encore, puis déclara : « J’ai fait de mon mieux. »

Le spectacle continua ainsi de se répéter, les ‘hassidim s’efforçant de chanter le nouveau nigoun pendant que le Rabbi les corrigeait sans relâche.

Les Farbrenguen suivants

À l’occasion du Farbrenguen suivant — environ un mois plus tard, Chabbat Mevor’him Sivan — le Rabbi invita les ‘hassidim à entonner le Nigoun « Tsamah Le’ha Nafchi ». Puis, à la fin de l’une des Si’hot, le Rabbi parla à nouveau de la soif que l’on doit ressentir pour la Matane Torah, et, se référant à « Tsamah Le’ha Nafchi », conclut : « Nous allons maintenant chanter un nigoun lié à cette idée de soif et d’aspiration. »

Dès lors, et plus particulièrement dans la période qui suivit immédiatement ce Farbrenguen, le Rabbi demanda aux ‘hassidim de chanter ce nigoun lors de leurs propres Farbrenguen.

La dernière fois qu’il nous fut donné d’entendre le Rabbi chanter ce nigoun seul, ce fut au Farbrenguen de Chabbat Parachat Nasso, 9 Sivan 5743 (1983).

[Le Chabbat Parachat Le’h L’ha, 5749 (1988), les ‘hassidim chantèrent le nigoun à l’unisson — sans le solo du Rabbi, comme cela avait été la pratique les années précédentes.]

La soif comme lien vivant

Le message de la Si’ha du Rabbi résonne avec une acuité particulière dans notre situation d’aujourd’hui. D’un côté, nous sommes attristés de ne pouvoir voir le Rabbi ; de l’autre, nous nous efforçons de vivre avec lui et de renforcer notre lien, confortés par ses paroles : « לא יעזוב צאן מרעיתו — Il n’abandonnera pas le troupeau de son pâturage. »

Le message de la Si’ha est que même dans notre sentiment de manque et d’aspiration, nous pouvons renforcer notre lien avec le Rabbi et ressentir sa présence de façon plus tangible.

Un souvenir d’enfance : le nigoun à travers les générations

Le Friediker Rabbi rapporte l’histoire suivante, qui illustre de façon saisissante comment des ‘hassidim parviennent à se connecter à leur Rabbi et à ressentir sa présence des décennies après son histaklout (décès).

L’un de mes souvenirs d’enfance est celui d’une réunion qui rassembla un petit groupe de ‘hassidim âgés, lors de Hanouka de l’an 5650 (1889) : mon maître, le Rachbatz, Reb Hendel, Reb Aharon, Reb Yekoussiel de Dokshy’tz et Reb Zalman Cherbiner. Ils se mirent à évoquer le temps où ils étaient jeunes ‘hassidim de mon arrière-grand-père, le Tséma’h Tsédek.

Soudain, Reb Zalman bondit de sa chaise et se mit à chanter la mélodie sur laquelle mon arrière-grand-père avait coutume de davener le Moussaf de Roch Hachana. À cette vue, les autres ‘hassidim âgés se levèrent à leur tour et se joignirent à lui.

Puis vinrent les accords bouleversants, si familiers aux ‘hassidim, sur lesquels mon arrière-grand-père avait l’habitude de chanter les mots : « אשרי האיש שלא ישכחך, ובן אדם יתאמץ בך » — « Heureux est Le’hamme qui ne T’oublie pas, le fils d’Adam qui s’attache fermement à Toi. »

Brûlant de passion et de sincérité, les hommes eurent bientôt les larmes qui coulaient sur leurs joues. Il était évident qu’ils revivaient ces instants sacrés, et que chacun d’eux se sentait comme s’il se tenait près du Tséma’h Tsédek, voyant et entendant le Rabbi en train de davener.

Ayant vu bien des fois décrire le Beth Midrach de mon arrière-grand-père, je savais exactement à quoi il ressemblait et où il se tenait pour davener. Et ainsi, l’aura de ces cinq ‘hassidim fit sur moi une impression si intense que j’en fus emporté dans leur extase.

En imagination, j’assistais à la vision de mon arrière-grand-père enveloppé dans son Tallit, vêtu de ses habits blancs, une kippa blanche sur la tête, disant :

« אשרי האיש שלא ישכחך, ובן אדם יתאמץ בך »… »

« Heureux est Le’hamme qui ne T’oublie pas, le fils d’Adam qui s’attache fermement à Toi… »

Jérusalem : Célébration Historique du 12 et 13 Tamouz à la Yéchiva Torat Emet

Jérusalem : Célébration Historique du 12 et 13 Tamouz à la Yéchiva Torat Emet

JÉRUSALEM – Dans une atmosphère empreinte de ferveur et de solennité, la grande salle de la Yéchiva Torat Emet à Jérusalem a accueilli un rassemblement exceptionnel à l’occasion du grand banquet d’action de grâce (Séoudat Hoda’a). Cet événement marquant célébrait la « Fête de la Délivrance » des 12 et 13 Tamouz, s’inscrivant cette année sous le signe du centenaire de la libération historique de 1927 (année juive 5687 – Tarpaz).

 

 

 

Une Assemblée Prestigieuse

Autour de tables élégamment dressées, des centaines d’étudiants de la Yéchiva (Tmimim), de membres de la communauté et de nombreux invités se sont rassemblés. La table d’honneur, véritable point d’orgue de la soirée, était rehaussée par la présence de figures illustres : Admourim (Grands Rabbins hassidiques), Rachei Yéchiva et rabbins issus de toutes les franges du judaïsme orthodoxe.

L’événement a été inauguré par le Roch Yéchiva, le Rav Avraham Yoel Lapidot. Il a ouvert la cérémonie en lisant une lettre du Rabbi, rédigée spécifiquement à l’occasion du jubilé de la Fête de la Délivrance.

Des Discours Inspirants sur le Dévouement Absolu

Tout au long de la soirée, de grands rabbins et leaders spirituels ont pris la parole. Leurs allocutions ont exalté le dévouement absolu (Messirout Nefech) du « Maître de la Délivrance » (le sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Itshak Schneersohn) face à l’oppression soviétique, tout en soulignant les leçons pratiques à en tirer pour le service divin de notre génération.

Parmi les intervenants de marque :

  • Le Rav Haïm Chalom Deitsch (parmi les Rachei Yéchiva) a abordé la nature du sacrifice de soi requis de nos jours.
  • Le Rav Yekutiel Farkash
  • Le Rav Matityahou Deitsch (Gaavad de Ramat Shlomo) a rappelé avec enthousiasme que cette date est la fête de la délivrance de chaque Juif individuellement.
  • Le Rav Israël Berezovsky (Rav des Hassidim de Slonim à Beitar et membre du Badatz Agoudat Israël) a analysé la profondeur des mots du Maître de la Délivrance : « Ce n’est pas moi seul que le Saint Béni Soit-Il a délivré ».
  • L’Admour de Boston a partagé des témoignages poignants sur le sacrifice de soi, tels qu’il a pu l’observer chez les Juifs ayant fui la Russie communiste.
  • L’Admour de Stropkov a chaleureusement béni l’assemblée et a expliqué le sens caché du 12 Tamouz de manière allégorique.
  • Le Rav Mendel Fogel (Roch Kollel « Maayanei Yisrael ») s’est concentré sur la mission spirituelle d’être des « bougies pour éclairer ».
  • Le Rav Yossef Itshak Ofen (Machpia de la Yéchiva) a approfondi la signification intrinsèque de cette journée.
  • Le Rav Chmouel Pressman a partagé ses souvenirs poignants de la vie hassidique en Russie soviétique. Dans un moment très émouvant, il a présenté une Guemara ayant appartenu à son père, sur laquelle le verset « Oufaratsta yama vakedma… » (le slogan diffusé par le Rabbi de Loubavitch à l’époque) était écrit à de multiples reprises, prouvant que même derrière le rideau de fer, sans voir ni entendre directement le Rabbi, les Hassidim vivaient de ses mots.

Le discours central de la soirée a été magistralement prononcé par le Rav Menahem Mordechai Koenig (Directeur spirituel de la Yéchiva Tomchei Tmimim centrale de Lod). Pendant une longue heure, il a captivé l’auditoire en décrivant le sacrifice inconditionnel du Maître de la Délivrance, agissant sans le moindre calcul personnel.

Une Présence Rabbinique Exceptionnelle

La table d’honneur brillait par la présence d’éminentes personnalités du monde de la Torah, parmi lesquelles : les Admourim de Trisk, Skulen et Kaliv ; le Rav Dov Lando (de la Yéchiva Sfat Emet) ; le Rav Yossef Moshe Schneerson (Roch Yéchiva de Tchebin) ; le Rav Dovid Twersky (Rav des Hassidim de Rachmastrivka) ; le Rav Aharon Dovid Neustadt (Rav des communautés hassidiques de Neve Yaakov) ; le Rav Tzvi Weiss (Roch Machon Hasmicha et Rav à Beitar) ; ainsi que les illustres Gaonim Rav Tuvia Zilberstrom et Rav Yekutiel Farkash.

Ouvrage Historique et Prolongations Hassidiques

L’un des temps forts de l’événement a été la distribution d’une Téchoura (présent) exceptionnelle aux participants : le recueil prestigieux « Gaal Israël ». Cette publication luxueuse et riche en contenu comprend une revue historique passionnante des jours d’emprisonnement et de la libération, révélant notamment le lien inédit entre le Maître de la Délivrance et la Yéchiva Torat Emet. Le livret contient également des documents rares relatant une cérémonie d’action de grâce historique tenue au sein même de la Yéchiva en 1945.

La célébration officielle s’est achevée par un grand Farbrengen (rassemblement hassidique) animé par les Rabbins Itshak Meir Halevi Segal, Haïm Lieberman et Chneour Zalman Cohen, qui s’est prolongé jusqu’aux petites heures de la nuit.

L’élan spirituel s’est d’ailleurs poursuivi tout au long du week-end. Le jour du Shabbat, un nouveau Farbrengen a été dirigé par le Machpia Rav Chmouel Pressman, retenant les participants captivés jusqu’au petit matin.

(Crédit photo : Mendy Kotler)

 

Renaissance d’un patrimoine oublié : La restauration du cimetière juif de Damas

Renaissance d’un patrimoine oublié : La restauration du cimetière juif de Damas

La communauté juive de Syrie, dont la présence remonte à l’époque du roi David, comptait près de 100 000 âmes dans les années 1920. Aujourd’hui, il ne reste qu’une poignée d’individus âgés à Damas. Pourtant, l’héritage matériel de cette communauté millénaire connaît un regain d’attention inattendu. Fin juin 2026, des travaux de restauration et de sécurisation du cimetière juif historique de la capitale syrienne ont officiellement débuté, marquant une étape cruciale pour la préservation de la mémoire.

 

 

Le projet de rénovation est piloté par la Syrian Mosaic Foundation, une organisation dédiée à la préservation du patrimoine fondée par Joe Jajati, petit-fils d’un ancien dirigeant de la communauté juive de Syrie.

À travers des vidéos publiées récemment, la fondation a montré des ouvriers locaux en train de nettoyer les tombes recouvertes par la végétation et la poussière, et de repeindre les inscriptions hébraïques effacées par le temps. L’objectif est double : redonner leur dignité à ces terres sacrées et s’assurer que ce riche héritage puisse être transmis aux générations futures, alors même que la présence physique des Juifs en Syrie a quasiment disparu.

Un lieu de repos pour des figures historiques

Le cimetière de Damas n’est pas seulement un lieu de mémoire familial ; il abrite les sépultures de figures religieuses et historiques de premier plan :

Rabbi Haïm Vital (1542-1620) : L’un des plus grands kabbalistes de l’histoire et principal disciple du célèbre Rabbi Isaac Louria (le « Ari »).

Le Rav Nissim Nadavo : Ancien grand Rav de Damas, connu notamment pour avoir accompagné le célèbre espion israélien Eli Cohen dans ses derniers instants avant son exécution publique sur une place centrale de la ville en 1965. Sa tombe fait partie de celles qui ont été récemment rénovées.

Une sécurisation devenue vitale : Ces travaux interviennent dans un climat de tension. Au cours du seul mois de juin 2026, le cimetière a été la cible de deux incendies criminels. L’année précédente, des vandales avaient profané la tombe du Rav Haïm Vital en y creusant un trou, probablement à la recherche de restes ou d’artefacts. Face à ces incidents, les autorités locales sont intervenues et la sécurité du site a été renforcée pour protéger les travaux en cours.

Un contexte politique et diplomatique inédit

Cette restauration n’aurait pas été possible sans le bouleversement géopolitique récent en Syrie. Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, au terme de plus d’une décennie de guerre civile, la nouvelle direction du pays — présidée par l’ancien combattant Ahmed al-Sharaa — a opéré un changement de cap radical.

Dans sa volonté de stabiliser le pays et de faire la transition vers un modèle plus démocratique, le nouveau gouvernement a tendu la main aux Juifs syriens de la diaspora. Il les encourage à revenir visiter leurs lieux saints, à récupérer les biens abandonnés et à s’investir dans le pays.

C’est dans ce contexte d’ouverture qu’une délégation américaine, menée par le Rav David Saperstein (ancien ambassadeur itinérant des États-Unis pour la liberté religieuse), s’est rendue à Damas. Accompagnés par des figures de la diaspora comme Joe Jajati, ils ont pu inspecter d’anciens repères communautaires comme la synagogue d’Elfrange, la synagogue antique de Jobar et le cimetière, jetant les bases d’une réconciliation entre le passé juif de la Syrie et son avenir.

L’histoire des Juifs de Syrie est l’une des plus anciennes et des plus riches de la diaspora, marquée par des siècles de prospérité commerciale, d’érudition religieuse, mais aussi de persécutions qui ont finalement conduit à un exode quasi total.

Il s’agit d’une communauté aux racines bibliques, dont l’identité s’est forgée autour de deux pôles urbains majeurs : Alep (Halab) et Damas.

Des origines bibliques à l’afflux séfarade

La présence juive en Syrie remonte à l’Antiquité, bien avant la conquête romaine. Selon la tradition, elle débute sous le règne du roi David (vers 1000 av. J.-C.) avec la conquête de l’Aram-Zoba (la région d’Alep). Cette communauté d’origine, appelée Musta’arabi, parlait l’araméen puis l’arabe, et s’est maintenue pendant des millénaires.

L’identité de la communauté a été profondément bouleversée en 1492. Suite à l’expulsion des Juifs d’Espagne, un afflux massif de réfugiés séfarades est arrivé en Syrie (alors sous domination mamelouke, puis ottomane à partir de 1516). Les Séfarades, souvent plus éduqués et dotés de vastes réseaux commerciaux européens, ont progressivement assimilé les Juifs locaux, imposant leurs rites (le Noussakh séfarade) et leur influence, bien que des tensions entre les deux groupes aient persisté pendant plusieurs générations.

Alep et Damas : Deux identités distinctes

Bien qu’unies par une géographie commune, les communautés d’Alep et de Damas avaient des caractères très différents.

Alep : La capitale de l’érudition
Alep était une ville farouchement traditionaliste, réputée pour ses érudits, ses rabbins et sa ferveur religieuse. Pendant plus de six siècles, la Grande Synagogue d’Alep a abrité le Codex d’Alep (Keter Aram Tsova), le manuscrit hébraïque de la Bible le plus ancien et le plus précis au monde (rédigé au 10ème siècle).

Damas : Le carrefour politique et commercial
La communauté de Damas était plus cosmopolite et ouverte sur l’Occident. Grâce à sa position sur la route de la soie, de nombreuses familles juives damascènes (comme la famille Farkhi) ont amassé d’immenses fortunes et occupé des postes d’influence, notamment comme trésoriers des gouverneurs ottomans.

Cependant, Damas fut aussi le théâtre d’un traumatisme majeur : l’Affaire de Damas de 1840. La disparition d’un moine capucin déclencha une accusation de crime rituel (l’accusation de meurtre d’un chrétien pour utiliser son sang). D’éminents membres de la communauté juive furent torturés et assassinés, provoquant l’intervention de figures juives internationales (comme Adolphe Crémieux et Moïse Montefiore) et marquant le début de la solidarité juive moderne à l’échelle mondiale.

Le 20ème siècle et l’exode forcé

Au début du 20ème siècle, la Syrie comptait près de 100 000 Juifs. L’effondrement de l’Empire ottoman, la montée du nationalisme arabe et le conflit israélo-arabe vont précipiter la fin de cette présence millénaire. Les événements s’accélèrent à partir de 1947 :

Le Pogrom d’Alep
Décembre 1947
Le lendemain du vote du plan de partage de l’ONU, des émeutes éclatent. La Grande Synagogue d’Alep est incendiée. Des dizaines de Juifs sont tués et des centaines de maisons détruites. Le Codex d’Alep est gravement endommagé, mais une grande partie est sauvée et exfiltrée vers Israël. Près de la moitié de la communauté fuit clandestinement le pays dans les mois qui suivent.

L’étau se resserre
1948 – 1967
Avec la création de l’État d’Israël, la Syrie déclare la guerre. Les Juifs syriens deviennent des otages de l’État. Il leur est interdit de quitter le pays, de vendre leurs biens, ou de travailler dans l’administration. Leurs comptes bancaires sont gelés.

Le régime d’Assad et la police secrète
1970 – 1990
Sous Hafez al-Assad, les Juifs, environ 4 500 à l’époque, vivent sous la surveillance constante de la Mukhabarat (police secrète). Toute tentative de fuite est passible de torture et de prison. Pendant cette période, une activiste canadienne, Judy Feld Carr, parvient à exfiltrer secrètement plus de 3 000 Juifs syriens en soudoyant des fonctionnaires pendant plus de 20 ans.

La libération finale
1992
Sous la pression diplomatique internationale, notamment des États-Unis, Hafez al-Assad autorise enfin les Juifs restants à émigrer, à la stricte condition qu’ils ne se rendent pas directement en Israël. La quasi-totalité de la communauté quitte le pays, marquant la fin de 3 000 ans d’histoire ininterrompue.

Aujourd’hui, la puissante diaspora syrienne s’est reconstituée principalement dans trois zones géographiques : Israël, le Mexique, et surtout les États-Unis (le quartier de Brooklyn à New York abrite la plus grande communauté juive syrienne au monde, reconnue pour avoir préservé avec une immense fidélité ses traditions, sa liturgie et sa cohésion sociale).

 

Plus de quatre-vingts ans après, l’oncle oublié du Rabbi enfin identifié

Plus de quatre-vingts ans après, l’oncle oublié du Rabbi enfin identifié

 

Plus de quatre-vingts ans après le décès de l’oncle du Rabbi, son identité, sa photographie et jusqu’à son nom viennent enfin d’être révélés. Beau-frère aîné du père du Rabbi, Rav Levi Its’hak, ce personnage était demeuré presque entièrement inconnu, jusqu’à ce qu’un Chalia’h du New Jersey découvre l’une de ses arrière-petites-filles au sein de sa propre communauté. Une techoura éditée à l’occasion du mariage Zaklikovsky-Shemtov, vient aujourd’hui éclairer une branche entière, jusqu’ici ignorée, de la famille du Rabbi.

 

 

 

 

Plus de quatre-vingts ans après son décès, l’oncle du Rabbi sort enfin de l’ombre : son identité, son visage et même son nom nous sont aujourd’hui connus.

Rav Zoussil (Zoussim) Kazatzkov, beau-frère aîné du père du Rabbi, Rav Levi Its’hak, était jusqu’à présent demeuré dans un oubli presque total. À ce jour, aucune mention de lui n’avait été retrouvée dans la littérature ‘habad publiée.

Une découverte au cœur d’une communauté

La percée s’est produite lorsqu’un Chalia’h du New Jersey s’est aperçu qu’une femme de sa communauté était l’arrière-petite-fille de Rav Zoussim. C’est elle qui a permis l’identification du prénom de son aïeul, grâce au témoignage familial transmis par sa grand-mère, Haya Rima, l’une des filles de Rav Zoussim. Cette découverte a ouvert la voie à une prise de contact avec la famille, au rassemblement de photographies, de souvenirs et de documents historiques, puis à l’identification de cette figure depuis longtemps oubliée.

Les informations ainsi mises au jour ont été réunies et publiées dans une techoura, révélant un nouveau rameau, jusqu’alors inconnu, de la famille du Rabbi.

Une sœur connue, un époux effacé

À la différence de son mari, la Rabbanit Radzya Sima Schneerson-Kazatzkov (5637-5684 / 1877-1924) est évoquée à plusieurs reprises dans les sources ‘habad. Elle était l’aînée des enfants de Rav Barou’h Chnéour Schneerson, parmi lesquels figuraient Rav Levi Its’hak, père du Rabbi, ainsi que Rav Chalom Chlomo et Rav Chmouel. Selon la techoura, elle aurait vraisemblablement reçu son nom en hommage à des générations antérieures de la famille Schneerson, perpétuant ainsi les traditions familiales en matière de transmission des prénoms.

Son nom apparaît dans plusieurs sources historiques et archives familiales. Dans une lettre du Rabbi datée du 7 Kislev 5708 (1947) — figurant dans les Igrot Kodech, vol. 2, p. 272 — et contenant des corrections au Toldot Michpa’hat HaRav MiLadi, le Rabbi écrit : « Madame Radia Kazatzkov, de Dobrinka. »

Elle apparaît également à plusieurs reprises dans les Rechimot HaRabach, où son père, Rav Barou’h Chnéour Schneerson, consignait ses entretiens avec le Rabbi Rachab. À la page 81, rapportant une conversation tenue à l’issue du Chabbat, Parachat Vayigach, le 9 Tévet 5675 (1914), il écrit : « J’ai parlé… au sujet de mes affaires… et au sujet de ma fille. »

À la page 114, relatant un entretien du mercredi de la Parachat Michpatim, le 26 Chevat 5675 (1915), il note : « …des questions concernant ma fille Radzya Shima. »

À la page 141, rapportant une conversation tenue à l’issue du Chabbat, Parachat Ki Tissa, le 20 Adar 5675 (1915), il écrit : « Je lui ai parlé au sujet de ma fille, afin qu’il la bénisse pour que D.ieu fasse prospérer sa boutique. »

Quatre générations à Podobranka

Pendant au moins quatre générations, la famille a vécu à Podobranka, dans la région de Gomel, alors au sein de l’Empire russe, aujourd’hui en Biélorussie. Rav Levi Its’hak, fils de Rav Barou’h Chalom et petit-fils du Tséma’h Tsédek, y exerça les fonctions de Rav de la localité. Son fils, Rav Barou’h Chnéour, grand-père du Rabbi, y vécut lui aussi, puis sa fille Radzya Sima et son époux Rav Zoussim, qui y fondèrent à leur tour leur foyer.

Rav Zoussim, érudit accompli et véritable talmid ‘hakham, occupait à Podobranka la charge de Roch Yechiva et prenait souvent ses repas dans la maison de Rav Barou’h Chnéour et de la Rabbanit Zelda Ra’hel, les grands-parents du Rabbi. Vers 5656 (1896), il épousa leur fille, Radzya Sima, et ensemble ils élevèrent leurs cinq enfants dans la petite ville de Podobranka, jusqu’au décès prématuré de l’épouse, à l’âge de quarante-sept ans.

Le récit d’une arrière-petite-fille

Dans la techoura imprimée cette semaine à l’occasion du mariage Zaklikovsky-Chemtov, l’arrière-petite-fille de Rav Zoussim, Anastasia, livre de nombreux récits sur son bien-aimé aïeul, tels qu’elle les tient de sa grand-mère, la babouchka Haya Rima Kazachkov. Elle décrit la fuite dramatique de la famille durant la guerre civile russe, après l’effondrement de l’Empire : demeurée à Podobranka jusqu’aux pogroms de 1921, la famille dut alors quitter la localité pour gagner la ville voisine de Gomel.

Elle rapporte également ce que l’on sait — et ce qui demeure inconnu — du sort réservé au reste de la famille, notamment la chronologie présumée et les circonstances entourant la mort prématurée de Rav Zoussim durant la Choa.

Un visage retrouvé

Surtout, elle a confié une photographie de Rav Zoussim, dévoilant ainsi pour la première fois le visage de l’oncle du Rabbi — un membre de la famille du Rabbi dont, jusqu’à ce jour, on ne savait pratiquement rien.

Une révélation à l’honneur d’un mariage

Cette photographie inédite et les recherches qui l’accompagnent offrent un rare aperçu d’une branche peu connue de la famille paternelle du Rabbi et préservent des détails restés jusqu’alors largement ignorés. L’ensemble a été publié à l’occasion du mariage de Mendel, fils des Chlou’him du New Jersey Rav Eliézer et Hanié Zaklikovsky, de Monroe, avec Moussia, fille de Rav Moché et Léa Chemtov, de Stamford, dans le Connecticut.

Canicule : Les personnes âgées représentent la population la plus vulnérable

Canicule : Les personnes âgées représentent la population la plus vulnérable

Les personnes âgées représentent la population la plus vulnérable face aux vagues de chaleur, avec un risque de complications multiplié par quatre selon Santé Publique France. Leur organisme régule moins efficacement la température corporelle et nombre d’entre elles prennent des médicaments qui altèrent cette régulation thermique. Face à l’épisode caniculaire actuel, il devient vital d’adapter les mesures de protection aux besoins spécifiques des seniors.

 

Ce guide détaille les mesures de prévention essentielles pour protéger les personnes âgées durant les épisodes de forte chaleur. Il aborde les risques particuliers liés à l’âge, les adaptations nécessaires du domicile, l’importance du lien social et les dispositifs d’aide disponibles pour accompagner les seniors isolés.

Pourquoi les seniors sont-ils plus fragiles face à la chaleur ?

Avec l’âge, le corps humain perd progressivement sa capacité à réguler sa température interne. « Chez les personnes de plus de 65 ans, la sensation de soif diminue et la production de sueur devient moins efficace », explique le Dr. Claire Moreau, gériatre au Centre Hospitalier de Nice. « De plus, de nombreux médicaments couramment prescrits aux seniors peuvent aggraver ces difficultés. »

Les diurétiques, les neuroleptiques et certains antihypertenseurs perturbent la thermorégulation naturelle. Les pathologies chroniques fréquentes chez les personnes âgées – diabète, insuffisance cardiaque, maladies respiratoires – amplifient également les risques.

Cette vulnérabilité particulière explique pourquoi une température qui semble supportable peut rapidement devenir critique pour un senior. Les complications surviennent plus rapidement et avec des conséquences souvent plus graves que chez les adultes plus jeunes.

Rafraîchir efficacement son logement sans climatisation

Beaucoup de seniors ne disposent pas de climatisation dans leur logement. « Il existe des alternatives simples et économiques », rassure Marie-Christine Dubois, ergothérapeute spécialisée dans l’habitat senior. « Fermer volets et rideaux dès le matin permet de conserver la fraîcheur nocturne plus longtemps. »

L’utilisation stratégique de ventilateurs s’avère particulièrement efficace : placer un linge humide devant l’appareil crée un système de refroidissement naturel. Les bains de pieds à l’eau fraîche et les compresses humides sur les poignets et la nuque apportent un soulagement immédiat.

Hydratation adaptée aux besoins des seniors

« L’hydratation chez les personnes âgées nécessite une approche progressive », précise le Dr. Moreau. « Il vaut mieux boire de petites quantités régulièrement plutôt que de grandes quantités d’un coup. » L’eau légèrement fraîche, les tisanes tièdes et les bouillons salés constituent d’excellents choix.

Les fruits riches en eau comme la pastèque, le melon ou les pêches complètent idéalement l’apport hydrique. En revanche, il convient d’éviter les boissons glacées qui peuvent provoquer des troubles digestifs chez les seniors.

Dispositifs d’aide et de surveillance

L’isolement social représente un facteur de risque majeur pour les seniors en période de canicule. « Nous encourageons vivement les personnes âgées à s’inscrire sur le registre communal de leur mairie », indique Patricia Lemoine, responsable du Centre Communal d’Action Sociale de Marseille. « Ce dispositif gratuit permet un contact régulier durant les épisodes de forte chaleur. »

Les services de téléassistance se révèlent particulièrement précieux. En cas de malaise, un simple appui sur le bouton d’alerte déclenche l’intervention des secours. De nombreuses communes proposent également un service d’appel quotidien pour s’assurer du bien-être de leurs résidents âgés.

Mobiliser l’entourage familial et amical

« Un appel téléphonique quotidien peut sauver des vies », souligne le Dr. Moreau. Les proches doivent être particulièrement vigilants aux signes de confusion, de fatigue inhabituelle ou de difficultés d’élocution lors de leurs conversations.

L’organisation d’activités rafraîchissantes en groupe – visite dans un centre commercial climatisé, après-midi dans une bibliothèque – permet de rompre l’isolement tout en offrant un répit face à la chaleur.

Planifier les déplacements aux heures fraîches

« Les personnes âgées doivent absolument éviter de sortir entre 11h et 17h », recommande le Dr. Jean-Paul Martin, médecin généraliste spécialisé en gériatrie. « Les courses matinales avant 9h ou en soirée après 19h limitent considérablement l’exposition. »

Pour les rendez-vous médicaux incontournables, il convient de privilégier les transports climatisés et de prévoir des pauses à l’ombre. Porter des vêtements amples et de couleur claire, ainsi qu’un chapeau à large bord, constitue un équipement de protection indispensable.

Solutions pour les seniors à mobilité réduite

Les personnes en fauteuil roulant ou utilisant une aide à la marche nécessitent des précautions supplémentaires. « Les surfaces métalliques des déambulateurs peuvent devenir brûlantes au soleil », alerte l’ergothérapeute Marie-Christine Dubois. « Un linge humide posé sur les poignées permet d’éviter les brûlures. »

L’utilisation de brumisateurs portables et de serviettes rafraîchissantes offre un soulagement immédiat lors des déplacements inévitables. Ces accessoires, disponibles en pharmacie, se glissent facilement dans un sac et permettent un rafraîchissement instantané.

Symptômes spécifiques à surveiller chez les personnes âgées

Chez les seniors, les signes de surchauffe peuvent être plus subtils qu’à d’autres âges. « La confusion mentale constitue souvent le premier indicateur », explique le Dr. Moreau. « Une personne habituellement lucide qui devient désorientée ou répète les mêmes questions doit alerter immédiatement. »

D’autres symptômes caractéristiques incluent une fatigue soudaine et inhabituelle, des vertiges, une peau sèche et chaude, ou au contraire une transpiration excessive. Les nausées, les maux de tête et l’irritabilité complètent ce tableau clinique.

« Attention particulière aux seniors sous traitement médicamenteux », avertit le pharmacien Pierre Dubois. « Certains médicaments masquent les symptômes habituels de la déshydratation, rendant le diagnostic plus difficile. »

Premiers secours adaptés aux personnes âgées

Face à un senior en détresse thermique, la rapidité d’intervention s’avère cruciale. « Appelez immédiatement le 15 dès les premiers signes de confusion ou de malaise », insiste le Dr. Martin. « Ne tentez pas de diagnostiquer vous-même la gravité de la situation. »

En attendant les secours, plusieurs gestes peuvent stabiliser l’état de la personne. L’installer dans la position la plus confortable possible – souvent semi-assise pour les seniors souffrant de problèmes respiratoires – constitue la priorité. Le rafraîchissement doit être progressif : appliquer des linges humides sur le front, les poignets et la nuque sans créer de choc thermique.

« Attention à la fragilité de la peau des personnes âgées », précise l’infirmière Sophie Lemoine. « Les glaçons directs sur la peau peuvent provoquer des gelures. Privilégiez toujours un linge humide intermédiaire. »

L’hydratation se fait par petites gorgées d’eau à température ambiante, en s’assurant que la personne reste consciente et capable de déglutir. Si elle présente des troubles de la conscience, il ne faut rien lui donner à boire.

Erreurs courantes à éviter absolument

Plusieurs réflexes bien intentionnés peuvent s’avérer dangereux pour les personnes âgées. « Ne plongez jamais un senior en surchauffe dans un bain froid », alerte le cardiologue Dr. Philippe Martin. « Le choc thermique peut déclencher un arrêt cardiaque chez une personne dont le système cardiovasculaire est déjà fragilisé. »

De même, forcer une personne confuse à boire de grandes quantités d’eau peut provoquer une intoxication hydrique. L’automédication avec des médicaments contre la fièvre sans avis médical représente également un risque, ces traitements pouvant interagir avec les pathologies existantes.

Surveillance médicale renforcée

La période suivant un épisode de surchauffe nécessite une vigilance particulière chez les seniors. « Les personnes âgées récupèrent plus lentement et les complications peuvent survenir plusieurs heures après l’incident initial », explique le Dr. Moreau.

Un suivi médical s’impose systématiquement, même si les symptômes semblent s’améliorer. Le médecin traitant doit réévaluer les traitements en cours, certains médicaments nécessitant parfois un ajustement temporaire pendant les périodes de forte chaleur.

Services d’urgence et numéros utiles pour les seniors

En cas d’urgence médicale, composer immédiatement le 15 (SAMU) reste la priorité absolue. Pour les situations moins graves mais nécessitant des conseils, la ligne Canicule Info Service (0800 06 66 66) fonctionne gratuitement de 9h à 19h.

De nombreuses communes ont activé leur plan canicule. « Les seniors isolés ne doivent pas hésiter à contacter leur mairie pour connaître les services d’aide disponibles », recommande Patricia Lemoine. « Transport vers des lieux climatisés, livraison de courses, visites de courtoisie : de nombreuses solutions existent. »

Les pharmacies de garde restent ouvertes pour tout conseil sur l’adaptation des traitements ou l’achat d’accessoires de rafraîchissement. La solidarité de voisinage joue également un rôle crucial : un simple coup d’œil quotidien chez le voisin âgé peut faire la différence.

 

Netanyahou : «Des sanctions frapperont quiconque n’étudie pas la Torah »

Netanyahou : «Des sanctions frapperont quiconque n’étudie pas la Torah »

 

Au lendemain de la signature de l’accord-cadre dans le Nord, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a assuré que la liberté d’action opérationnelle de Tsahal serait intégralement préservée pour déjouer les menaces. Il a salué le courage du gouvernement libanais, promis qu’Israël prendrait la tête de la lutte mondiale contre les drones explosifs et estimé que le régime de Téhéran était proche de la chute. Sur le plan intérieur, il a adressé un message sans équivoque au sujet de la loi de conscription, affirmant que des sanctions frapperaient quiconque n’étudie pas la Torah et qu’il entendait former un large gouvernement d’union nationale.

 

 

C’est à l’issue du Chabbat que le Premier ministre Benjamin Netanyahou a tenu une déclaration à la presse pour revenir sur la série d’événements diplomatiques et sécuritaires qui agitent le Proche-Orient, au premier rang desquels la signature de l’accord-cadre dans le Nord. Il y a présenté une ligne ferme et intransigeante face à l’axe du mal, a lancé un appel à l’unité dans la sphère politique intérieure, et a clairement indiqué que la campagne diplomatique et militaire était encore loin de son terme.

Un message ferme sur la loi de conscription

Sur la scène intérieure, Netanyahou est revenu sur la crise politique entourant la loi de conscription et a fustigé ceux qui tentent, selon ses mots, d’exploiter la situation pour faire éclater la coalition. « Il y a ici des forces qui veulent provoquer une fracture profonde au sein du peuple », a-t-il dénoncé, « j’ai l’intention de former un large gouvernement d’union nationale. Assez des excommunications. » Le Premier ministre a néanmoins présenté une orientation sans ambiguïté quant à l’obligation de servir et d’étudier : « En ce qui me concerne, toutes les sanctions possibles seront appliquées à quiconque n’étudie pas la Torah. »

Un accord-cadre qui ne lie pas les mains de Tsahal

« L’Iran et le parti de D.ieu ont tenté de contraindre Israël à se retirer de la zone de sécurité, et ils n’y sont pas parvenus », a déclaré le chef du gouvernement, en réponse directe aux dernières menaces venues de Téhéran et de Beyrouth. Malgré la signature des documents à Washington, Netanyahou a tenu à préciser d’une voix claire que ces papiers n’entravaient en rien l’appareil de défense. « La liberté d’action de Tsahal sera préservée dans son intégralité », a-t-il insisté, « l’armée a le devoir de continuer à déjouer les menaces à chaque instant. » Répondant aux critiques formulées à gauche, le Premier ministre a rétorqué : « Je fais ce qui est nécessaire à la sécurité de l’État d’Israël. Je défends les intérêts vitaux du pays, et les États-Unis le comprennent parfaitement. »

Un hommage rare au gouvernement libanais

Netanyahou a choisi de remercier publiquement, et de manière inhabituelle, le gouvernement libanais, qui aurait selon lui fait preuve d’un grand courage face au rouleau compresseur des pressions exercées par l’axe chiite. Interrogé par la chaîne 14, il est revenu sur ce changement spectaculaire en affirmant : « Pour la première fois, le gouvernement libanais dit à l’Iran et au parti de D.ieu : sortez d’ici. »

La menace des drones explosifs

Le Premier ministre a également évoqué la plus grande menace technologique de l’année écoulée, à savoir les drones de combat et les drones explosifs, dont les Iraniens se sont récemment servis lors de l’attaque dans le détroit d’Ormuz, et qu’a employés le parti de D.ieu pour frapper des soldats et le territoire israélien. Netanyahou a promis une révolution israélienne dans ce domaine : « Nous avons encore beaucoup à faire dans le champ des drones explosifs. Nous serons les premiers au monde à mener ce dossier, tant sur le plan technologique qu’opérationnel. »

Le régime de Téhéran proche de la chute

Le chef du gouvernement s’est par ailleurs dit pleinement convaincu que la secousse régionale finirait par entraîner l’effondrement du régime des ayatollahs en Iran. « Le régime de Téhéran tombera encore, cela arrivera. Nous assistons déjà aujourd’hui à des manifestations d’ampleur à l’intérieur de l’Iran », a-t-il souligné. À propos de l’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran, il a réaffirmé qu’il défendait les intérêts essentiels de l’État d’Israël et que Washington en avait conscience. Il a encore annoncé l’envoi d’une délégation aux États-Unis afin de leur exposer clairement les lignes rouges d’Israël.