À l’occasion du 99e anniversaire de la délivrance du Rabbi précédent, un émouvant Farbrenguen s’est tenu à Rehovot en présence du Rav Yossef Its’hak Gourevitch de Migdal HaEmek, du Rav Mena’hem Mendel Gloukhovsky et du Rav Castel. Enseignements hassidiques, témoignages familiaux et récits de miracles se sont succédé dans un ordre qui reflétait l’essentiel du message de Youd Beth Tamouz : la Guéoula agit en chaque juif, la mésirout nèfech des ‘hassidim de Russie soviétique nous oblige, et l’éducation des enfants est le fondement sur lequel repose l’avenir du peuple d’Israël.

 

 

 

La Guéoula de Youd Beth Tamouz : une délivrance pour l’ensemble du peuple d’Israël

Le Rav Yossef Its’hak Gourevitch a ouvert le Farbrenguen en rappelant le contexte de la fête : nous nous trouvons à quelques jours du 99e anniversaire de la Guéoula du Rabbi précédent, survenue en l’an 5687 (1927). Dans une lettre rédigée l’année suivant sa libération, le Rabbi précédent affirmait solennellement que cette Guéoula n’avait pas été accomplie pour lui seul. Il en témoignait à la première personne — et en tant que Rabbi, dont la parole est digne de foi sur ce qui se passe aussi bien dans les sphères célestes que sur terre — que la délivrance du Youd Beth Tamouz avait agi sur l’ensemble du peuple d’Israël. Elle avait bénéficié à ceux qui honorent notre sainte Torah et observent Ses commandements, et même à celui qui ne porte le nom d’Israël que comme un surnom, celui qui a honte d’afficher son identité juive.

Notre Rabbi a éclairé cette formulation dans l’une de ses Si’hot : la Guéoula personnelle du Rabbi précédent a engendré, dans sa dimension spirituelle, une libération intérieure pour chaque juif — une délivrance de l’âme divine emprisonnée par les contraintes du dedans et du dehors. Pour le juif qui cachait son identité, la Guéoula a ouvert en lui la voie vers sa vérité profonde : dès qu’on s’approche de lui avec douceur et bienveillance, il retrouve le désir intérieur de s’affirmer et de se réjouir d’être juif.

Vingt-huit jours d’emprisonnement : du 15 Sivan au 13 Tamouz

Le Rav Gourevitch a retracé avec précision le déroulement de l’arrestation. Le Ma’asar — la détention — a duré exactement 28 jours, du soir du 15 Sivan 5687 (1927) jusqu’au Youd Beth Tamouz. Durant les deux premières semaines, le Rabbi précédent était incarcéré dans la prison de Leningrad, en compagnie de criminels de droit commun. Ensuite, la sentence prononcée était l’exil dans une ville de relégation : Kostroma, une cité de bannissement pour privilégiés, où l’on jouissait d’une relative liberté de déplacement à l’intérieur de ses limites, mais où les communications avec l’extérieur et les rencontres étaient sévèrement réglementées.

Le Rabbi précédent avait quitté la prison le Guimel Tamouz pour rejoindre Kostroma. La semaine suivante, il s’est présenté au bureau compétent pour signer sa feuille de présence — condition exigée chaque mardi. Ce premier mardi, il a signé sans incident. Le mardi suivant était le Youd Beth Tamouz : le bureau était fermé en raison d’une fête civile. Un fonctionnaire, penché à une fenêtre du bâtiment, informa les visiteurs qu’une dépêche était arrivée de Moscou ordonnant la libération complète du Rabbi précédent. Le lendemain, Youd Guimel Tamouz, il reçut le document officiel de libération totale, puis rentra chez lui à Leningrad le vendredi matin. Le document original, signé en noir sur blanc par les autorités soviétiques, est conservé jusqu’à ce jour dans la bibliothèque du Rabbi.

C’est pourquoi la fête se célèbre sur deux jours : le Youd Beth, jour de l’annonce liée à l’ordre céleste, et le Youd Guimel, jour de la remise du document signé par les autorités humaines. Notre Rabbi a expliqué lors d’un Farbrenguen, il y a quarante-huit ans, que cette dualité porte un enseignement : la Guéoula a agi dans les deux domaines de l’être humain — celui de l’âme divine et des affaires spirituelles, et celui de l’âme vitale et du rapport au monde matériel. Chaque année, au retour de ces deux jours, la force de la délivrance se ranime et se renforce en chacun de nous.

Le serment de sang et l’attachement au Rabbi

Le Rav Mena’hem Mendel Gloukhovsky a pris la parole à son tour pour évoquer une scène survenue quelques années avant le Youd Beth Tamouz, peu après que le Rabbi précédent eut accepté la Nesiassout en l’an 5680 (1920). Réunissant en secret, à Leningrad, un minyan de jeunes hommes dévoués, le Rabbi leur avait proposé de conclure avec lui une alliance — une alliance du sang — pour répandre et soutenir le judaïsme jusqu’à la dernière goutte. À leur sortie de l’entretien, certains avaient confié leur effroi au secrétaire du Rabbi : « Nous ne nous rétractons pas, mais dites au Rabbi que nous avons une peur mortelle. » Le Rabbi précédent avait répondu : « Moi, je n’ai pas peur. Et si la peur n’est pas dans le cœur, comment peut-elle s’installer dans les membres ? » Cela révèle le niveau d’attachement que le Rabbi attendait : non pas seulement accomplir ses directives, mais ressentir ce qu’il ressent.

La vie clandestine des ‘hassidim en Union soviétique

Le Rav Gloukhovsky a témoigné de la vie clandestine à travers le récit de sa propre famille. Des familles entières opéraient dans la dissimulation la plus totale — un frère et une sœur, membres du même réseau souterrain, ne connaissaient pas l’existence du mikvé de l’autre. Son beau-père, cardiaque, dirigeait les opérations depuis son lit. Sa belle-mère servait le thé lors des réunions, puis se retirait immédiatement pour ne rien entendre. Le beau-père lui avait expliqué : « Si on m’arrête, un choc suffit à me tuer — je n’aurais rien à livrer. Mais toi, jeune et en bonne santé, tu pourrais céder sous la torture. Moins tu sais, moins tu peux mettre quelqu’un en danger. »

Lorsque son beau-frère était arrivé à la Yéchiva de Morristown, les autres élèves avaient été stupéfaits : comment avaient-ils appris autant, dans des conditions pareilles ? Ils avaient simplement étudié dans des caves, en clandestinité. C’étaient les ‘hassidim liés au Rabbi qui avaient maintenu vivante la flamme.

Aaron arrête l’ange : la fonction du Rabbi envers chaque juif

Le Rav Gourevitch a repris la parole pour proposer une lecture du passage de Rachi sur l’épisode du Qetoret dans la paracha de Qorah. Aaron, sur l’ordre de Moché, court au milieu de la foule frappée par la peste, saisit l’ange destructeur par la main et lui interdit d’agir. L’ange lui dit : « Le Saint-Béni-Soit-Il m’a envoyé — pourquoi m’en empêches-tu ? » Aaron répond : « Moché ne parle pas de son propre chef. » L’ange invoque qu’il reçoit lui aussi ses ordres d’En-Haut : lequel des deux, alors, obéit véritablement au commandement divin ?

La réponse d’Aaron, selon l’enseignement développé ici, est la suivante : l’ange est fondamentalement mû par une inclination à punir. Moché, lui, ne parle pas de son propre chef parce qu’il n’a aucun intérêt dans la punition. Son unique rapport aux juifs consiste à révéler en eux leur vérité intérieure, leur âme divine, et à les connecter à leur Source. Face à un juif en difficulté, il éveille en lui le désir de revenir — si bien qu’il n’y a plus de place pour le châtiment. L’ange entend l’explication d’Aaron, demande à voir Moché, et dès qu’il le voit, la peste s’arrête.

Le Rabbi est ce Moché pour chaque génération. Dès qu’un juif entre en contact avec lui — par une lettre, une visite au Ohel, ou simplement parce qu’on lui rappelle que le Rabbi a fait une demande en son nom — quelque chose se réveille en lui qui dépasse toute logique. Des milliers de récits témoignent de ce phénomène, avec des juifs de tous horizons et de toutes conditions.

Le journal du prisonnier et le carnet inédit

Le Rav Gloukhovsky, dans sa deuxième prise de parole, a évoqué le journal personnel que le Rabbi précédent avait tenu durant sa détention — publié par notre Rabbi en 5715 (1955) dans les Liqouté Dibbourim. La première impression avait été réalisée au Maroc, à la demande du Rabbi, via les Chlou’him de Casablanca et de Meknès. Ce journal, en hébreu et en yiddish, décrit de l’intérieur les interrogatoires, les menaces, les souffrances physiques et les états intérieurs traversés par le Rabbi précédent.

Un carnet complémentaire, découvert des années plus tard et dont on célèbre exactement le 40e anniversaire de la publication cette année, relate un épisode bouleversant : lors d’une séance d’interrogatoire, le Rabbi précédent portait sa kippa et son petit Talit. Les gardiens lui ont intimé à plusieurs reprises de les retirer. Il a refusé. Ils ont insisté. Le Rabbi leur a alors lancé : « Savez-vous à qui vous parlez ? » Ils ont répondu : « Avec qui ? » Il leur a dit : « Avec le Rabbi de Loubavitch. Et le Rabbi de Loubavitch ne craint ni les menaces ni quoi que ce soit. » À ces mots, les gardiens ont immédiatement renoncé. Ce récit n’est pas un éloge de soi — le Rabbi précédent n’avait nul besoin de cela. C’est un outil transmis à chaque lecteur : quand tu rencontres un obstacle sur ta voie, dis-toi avec fermeté : « Vous savez à qui vous parlez ? » — et tu puiseras la force de surmonter.

Le père du Rav Castel : dans le bon endroit, au bon moment

Le Rav Castel a témoigné à son tour. Son père, né en 5664 (1904), n’était pas ‘hassid Habad — son grand-père était ‘hassid Slonim et Rav d’un bourg lituanien. Le Rabbaïtche Rachab lui avait cependant dit d’étudier la ‘Hassidout, promettant de prendre sur ses propres épaules les conditions spirituelles préalables. Ce fut la presse soviétique antireligieuse qui, paradoxalement, décida de son destin : un journal communiste hostil au hassidisme — décrivant les ‘hassidim qui sillonnaient les rues avec leurs tsitsit — fut lu par le grand-père, qui y vit une description enthousiasmante et emmena aussitôt son fils à Nevel, en Biélorussie, où se trouvait une Yéchiva clandestine dirigée par le Rav Nissan.

À la Yéchiva de Nevel, le père du Rav Castel apprit que le Rabbi précédent allait quitter la Russie avant Tichri, sans que l’information ne soit officiellement diffusée. Les jeunes élèves, sans autorisation formelle mais sans interdiction explicite de leur mashpiah — qui avait dit « je ne peux pas vous donner la permission », sans prononcer le mot « interdit » — prirent le train pour Leningrad. Arrivés sans ressources, ils se retrouvèrent devant la mère du Rabbi précédent, qui accueillit leur équipée avec un sourire complice : « Ah, du Rav Nissan — c’est bien dans son style de ne pas dire ‘interdit’. » Elle les prit en charge.

Des centaines de personnes tentaient de s’engouffrer dans un espace très étroit. Le Rabbi précédent dut lui-même sortir pour rétablir l’ordre. Le père du Rav Castel eut, semble-t-il, l’aide du ‘hassid Mordekhaï Doubin — connu pour avoir joué un rôle crucial dans la libération du Rabbi précédent — pour parvenir jusqu’à lui.

Riga, Tichri 5691 : le premier Farbrenguen de notre Rabbi

En route vers l’Amérique via Riga, le père du Rav Castel et ses compagnons assistèrent, ce Tichri-là — 5691 (1930) — à une assemblée extraordinaire : c’était la toute première fois que notre Rabbi présidait un Farbrenguen et invitait l’assemblée à dire le’haïm. Son père, jeune et timide, hésitait. Notre Rabbi se tourna vers lui et lui demanda pourquoi il ne disait pas le’haïm. Cet instant est consigné dans le journal du ‘hassid Hayim Altouse. Ce père avait le don d’être toujours au bon endroit au bon moment : à Leningrad lors du départ du Rabbi précédent, à Riga lors du premier Farbrenguen de notre Rabbi.

L’éducation : pour quoi le Rabbi précédent a donné sa vie

Le Rav Gloukhovsky a conclu la soirée en rappelant que, selon les Si’hot de notre Rabbi, la cause principale de l’arrestation du Rabbi précédent était précisément son refus de céder sur l’éducation des enfants. Les autorités soviétiques étaient disposées à tolérer certaines activités religieuses pour les adultes, mais ne supportaient pas l’enseignement de la Torah aux plus jeunes. On était même venu proposer un compromis : « Pourquoi risquer l’ensemble de votre activité pour cette seule question des enfants ? » Il avait refusé. Sans enfants juifs éduqués, il n’y a pas de peuple d’Israël.

Un jardin d’enfants Habad à quatre ans : une empreinte pour la vie

Le Rav Gloukhovsky a illustré ce principe par deux récits personnels. Un homme de Toronto, devenu par la suite ‘hassid Habad observant, avait fréquenté le jardin d’enfants de la synagogue Habad à l’âge de quatre ans, avant que sa famille déménage. Des années plus tard, sans pratique religieuse, le jour où son père s’effondra d’une tumeur au cerveau, il sut instinctivement vers quelle synagogue se diriger — celle devant laquelle il passait en bus depuis l’enfance et qui lui inspirait une chaleur inexplicable. Une lettre fut envoyée au Rabbi. La tumeur disparut. Toute la famille finit par embrasser un mode de vie pleinement ‘hassidique.

Le père du Rav Gloukhovsky, qui dirigeait la Talmud-Torah de Boston, avait entendu notre Rabbi parler des campings d’été lors d’un Farbrenguen du Youd Beth Tamouz. Le lendemain matin, il interrogeait chaque élève sur ses projets pour l’été. L’un d’eux — d’une famille séfarade d’Afrique du Nord, sans moyens — allait au camp municipal gratuit de Toronto. Le père du Rav Gloukhovsky contacta le directeur du camp de l’Agoudat Israël, obtint une réduction de 50 %, quêta le reste dans la communauté, et envoya l’enfant pour six semaines. À son retour, ce garçon ne laissa plus ses parents tranquilles : ses frères et sœurs devaient eux aussi aller à l’école juive. Peu à peu, la famille devint strictement observante. Bien des années plus tard, lors d’un mariage à Rehovot, le Rav Gloukhovsky reconnut ce même nom de famille sur la dédicace de la bima d’une synagogue à Toronto. Et à une ‘houpa à Rehovot, il croisa un descendant de cette famille — jeune kollel, rayonnant — et put relier en direct la chaîne des causes et des effets.

La Si’ha des puits et les combats à Rehovot

Le Rav Gloukhovsky a conclu par un enseignement tiré d’une Si’ha de notre Rabbi pour Youd Beth Tamouz, portant sur les puits creusés par Its’hak. Notre Rabbi y explique pourquoi Its’hak avait besoin de la force forgée par la milah dans la foi et la connaissance. Creuser un puits représente un investissement considérable. Its’hak creuse un premier puits : les Philistins le lui prennent. Un second : même sort. Aller creuser un troisième puits exige une force intérieure extraordinaire. Ce n’est pas de la naïveté — c’est la certitude ancrée que l’on est sur la bonne voie, et que l’opposition même des Philistins en est le signe.

Cette Si’ha a accompagné le Rav Gloukhovsky dans les années de combat pour construire les institutions de Habad à Rehovot : procédures au tribunal administratif suprême, voisins en opposition, 150 000 dollars investis dans des plans et des fondations, 25 000 dollars supplémentaires en honoraires d’avocat, deux ans et demi de procédure — pour finalement aboutir à une médiation qui semblait une défaite, mais s’est soldée par l’obtention de bâtiments construits d’une valeur de 4,5 millions de dollars. Il a partagé cette même Si’ha avec le Rav Mendler Askin, Chalia’h à Montréal confronté à des obstacles similaires. La leçon est invariable : ne pas se décourager face aux Philistins, continuer à creuser, et savoir que l’absurdité même de l’opposition est souvent la confirmation qu’on avance dans la bonne direction.

L’assemblée s’est close dans la joie, avec des chants, des toasts le’haïm, et la certitude partagée que la Guéoula complète — dont le Youd Beth Tamouz a posé les premières pierres — est désormais imminente.