









































Quelques minutes d’inattention dans les dunes
Tout a basculé jeudi 23 juillet 2026, jour de Ticha Beav 5786, aux alentours de midi cinquante. Dani Kogan avait emmené ses trois enfants pique-niquer dans les dunes qui bordent la plage ‘Hofit, sur le littoral nord d’Ashkelon, une bande de sable sauvage coincée entre une haute falaise et la ligne d’eau. Le lieu n’est pas une plage déclarée, il n’y est prévu ni sauveteurs ni brise-lames, et le relief accidenté y forme un labyrinthe de creux, de buissons et de crêtes sableuses.
Selon le récit livré par la mère de l’enfant, Yuval, quatre ans, s’était intéressé à un buisson qui avait piqué sa curiosité. Son père, occupé quelques instants par ses deux filles, avait détourné le regard. Trois ou quatre minutes plus tard, l’enfant n’était plus là. Il s’était, selon les mots employés par sa mère, tout simplement volatilisé, sans laisser la moindre trace derrière lui. À treize heures, le père composait le numéro d’urgence de la police et signalait la disparition.
Une mobilisation immédiate sur trois fronts
La police israélienne a immédiatement qualifié l’événement de disparition à haut risque. En quelques minutes, des hélicoptères ont été mis en l’air, l’unité de police maritime a été déployée, des plongeurs ont été envoyés au large et l’unité de sauvetage municipale d’Ashkelon a rejoint le dispositif. Aux policiers se sont ajoutés des effectifs des Gardes-frontières, des agents du service de sécurité intérieure et des unités spéciales de Tsahal. Les recherches se sont organisées simultanément sur trois théâtres, en mer, dans les airs et au sol, avec l’ensemble des moyens technologiques dont dispose la police du district sud.
Les bénévoles de l’unité de recherche de personnes disparues de Zaka ont pris part à l’effort dès les premières heures, menant des ratissages méthodiques depuis le sol et depuis les airs à l’aide de véhicules tout-terrain, de drones perfectionnés et d’équipements de détection spécialisés. Des dizaines de citoyens anonymes se sont joints spontanément aux équipes, fouillant les bâtiments avoisinants, les sentiers et les espaces publics tout au long de la bande côtière. Les conditions de terrain, particulièrement complexes, ont considérablement entravé les opérations de balayage.
Le commandant du district sud, le Nitsav ‘Haïm Boublil, a tenu une évaluation de situation sur place avec les commandants des forces engagées et les responsables du secours. À l’issue de cette réunion, il a ordonné d’élargir l’activité aux heures de la nuit et de mobiliser l’intégralité des moyens dont dispose la police jusqu’à la localisation de l’enfant. Le maire d’Ashkelon, Tomer Glam, s’est rendu en personne sur le terrain et a rejoint les recherches, précisant que l’unité de secours municipale et les équipes de surveillance travaillaient en forces conjointes avec la police.
Une nuit blanche pour tout un pays
Les recherches se sont poursuivies sans interruption durant toute la nuit. Le chef de la police, le Rav Nitsav Danny Levy, est demeuré en contact permanent avec le commandant du district sud, recevant des mises à jour continues et ordonnant que la totalité des ressources de l’institution soit orientée vers l’effort de localisation. Au petit matin, il s’est rendu lui-même au poste de commandement avancé installé sur la plage d’Ashkelon pour y conduire une évaluation de situation avec les commandants présents sur le terrain.
D’autres acteurs sont venus grossir les rangs. La ministre des Transports, Miri Reguev, a donné instruction de mettre à la disposition des équipes un navire de l’autorité de la navigation et des ports, équipé de moyens de balayage perfectionnés. Le président de l’État, Its’hak Herzog, s’est entretenu au téléphone avec Dina Kogan, la mère de l’enfant, pour lui exprimer sa profonde préoccupation, l’informant qu’il se trouvait en contact étroit avec le chef de la police et avec le directeur du service de sécurité intérieure.
Partout dans le pays, des messages de prière ont circulé, appelant chacun à réciter des Tehilim pour le salut de l’enfant. Dans une chaleur écrasante, à la sortie du jeûne le plus douloureux du calendrier juif, la nouvelle avait touché une corde particulièrement sensible.
L’angoisse d’une mère
Dina Kogan, pédiatre de profession, n’a pas caché sa crainte que l’affaire dépasse le cadre d’un enfant égaré. Elle a redouté ouvertement qu’il s’agisse d’un enlèvement et a supplié les autorités d’élargir immédiatement le périmètre des recherches, estimant que les forces s’obstinaient à fouiller toujours le même secteur. Elle a insisté sur le caractère critique des heures qui s’écoulaient, parlant d’une question de vie ou de mort et appelant chacun à se mettre debout pour retrouver son fils.
Ses mots ont été relayés par tous les médias du pays. Une image de vidéosurveillance montrant les derniers instants où le petit garçon avait été aperçu, marchant avec son père et ses sœurs sur le sable, a été diffusée publiquement, dans l’espoir qu’un témoin puisse fournir une indication décisive.
Un cavalier qui se trompe de chemin
Le dénouement est venu vendredi en début d’après-midi, à quelques heures de l’entrée du Chabbat, et il a pris la forme la plus inattendue qui soit. Noam Sim’hi, un ‘Hassid de Breslev résidant à Ashdod, était sorti le matin avec son cheval pour participer aux recherches. En chemin, il s’est égaré alors qu’il tentait de rejoindre la plage de Nitsanim, à plusieurs kilomètres au nord du point de disparition.
C’est là, sur un itinéraire qu’il n’avait pas prévu d’emprunter, qu’il a aperçu la silhouette d’un enfant debout sous un arbre. Le petit garçon portait un débardeur rayé vert et blanc, celui-là même qu’il avait sur lui la veille. Il regardait le cavalier sans bouger.
Noam Sim’hi n’a pas caché son émotion en racontant la scène. Il a expliqué s’être trompé de route avec son cheval en se dirigeant vers la plage de Nitsanim et avoir soudain distingué cet enfant sous l’arbre, qui levait les yeux vers lui. Il y a des miracles en ce monde, a-t-il déclaré, ajoutant que ce petit garçon avait mis tout un pays debout et que la force du peuple juif résidait dans son unité. Il a demandé au public de réciter le Mizmor Letoda, le psaume de reconnaissance, et a rendu grâce au Saint béni soit-Il.
Des anges à cheval
Yehouda Twito, qui participait aux recherches avec un ami, a raconté avoir eu l’intuition qu’il fallait fouiller précisément à l’intérieur des buissons. C’est à ce moment qu’il a aperçu deux hommes à cheval, qu’il a décrits comme des anges, et qu’il a fait remarquer à son compagnon que c’était ainsi qu’il fallait chercher, au cœur même de la végétation. L’un des cavaliers s’est alors mis à leur crier de venir vite. Lorsqu’ils sont arrivés, l’homme tenait déjà l’enfant dans ses bras.
Yuval paraissait désorienté, fatigué, épuisé. Les sauveteurs lui ont parlé, l’ont immédiatement conduit vers une voiture climatisée et lui ont apporté de l’eau. L’enfant a expliqué qu’il avait perdu son père, qu’il avait marché, qu’il avait trouvé cette direction et qu’il avait sans doute attendu que quelqu’un vienne le chercher. Il n’avait besoin que d’une chose, a-t-il dit, un peu d’eau.
Quiconque sauve une âme
Le chef de la police, le Rav Nitsav Danny Levy, a confirmé officiellement que l’enfant disparu avait été localisé sain et sauf. L’institution a remercié l’ensemble des forces engagées sur le terrain, les bénévoles et le public qui avait fait preuve de vigilance et contribué à l’effort de localisation.
Le président Its’hak Herzog s’est entretenu avec Noam Sim’hi pour le remercier de sa présence d’esprit, de son dévouement et de sa détermination. Nous avons tous été bouleversés par cette heureuse nouvelle, lui a-t-il dit, rappelant l’enseignement de nos Sages selon lequel quiconque sauve une seule âme d’Israël, c’est comme s’il avait sauvé un monde entier, et lui a déclaré qu’il avait eu le mérite d’être ce jour-là le Chalia’h de cette grande Mitsva.
Arié Blumenfeld, commandant de l’équipe Zaka 360 d’Ashkelon, a résumé ce dénouement en quelques mots. Après une journée entière de recherches menées par les bénévoles de son unité, l’enfant a été retrouvé en bonne santé et sans blessure, a-t-il indiqué, tenant à remercier tous ceux qui avaient œuvré sur le terrain et n’avaient pas renoncé jusqu’à ce qu’il soit retrouvé. À Zaka, on a également exprimé le souhait que l’enfant et sa famille connaissent désormais le calme et la sérénité, et l’organisation a remercié les dizaines de milliers de personnes qui avaient aidé à la diffusion des appels et à la fouille du terrain.
Les Mezouzot de la maison d’Afridar
C’est toutefois un autre récit, parvenu quelques minutes après l’annonce, qui a bouleversé la communauté. Le Rav Moché Peles, Chalia’h du Rabbi dans le quartier d’Afridar à Ashkelon, s’était rendu au domicile de la famille pendant que les recherches battaient leur plein. Il a filmé son témoignage en sortant de la maison, la voix encore tremblante, expliquant qu’il tremblait de tout son corps sous le coup de l’émotion et qu’il venait à l’instant même de quitter le domicile de l’enfant. Vous ne réalisez pas quel Mofet Galoui, quel miracle manifeste du Rabbi, a-t-il déclaré.
Des proches de la famille l’avaient mis en relation avec la mère du petit garçon. Il avait alors emporté les Mezouzot de la maison pour les faire examiner, et l’on avait procédé à leur vérification. Il en avait rapporté d’autres pour équiper les pièces qui en étaient dépourvues, et deux montants de portes qui n’en portaient aucune ont ainsi reçu chacun leur Mezouza.
Pendant que cette Mitsva s’accomplissait, le Chalia’h a rassemblé les sœurs de l’enfant, quelques-unes de leurs amies et des voisines venues soutenir la famille. Tous ensemble, ils ont récité les douze Pessoukim, ces versets et enseignements que le Rabbi avait institués pour les enfants d’Israël et qui accompagnent depuis des décennies les campagnes éducatives du mouvement.
Trente secondes
Ils venaient à peine d’achever la récitation. Selon le récit du Rav Peles, il ne s’était pas écoulé trente secondes lorsque le téléphone a sonné. Au moment même où l’on posait les Mezouzot et où l’on prononçait les douze Pessoukim, l’appel est tombé. L’enfant avait été retrouvé.
Le Rav Peles n’a pas cherché d’autres mots pour qualifier ce qui venait de se produire. Un Mofet Galoui du Rabbi, a-t-il répété devant sa caméra. Sur le parchemin de la Mezouza figure l’un des Noms de D.ieu, dont les lettres forment également les initiales de l’expression qui désigne le Gardien des portes d’Israël. À Ashkelon, ce vendredi-là, la coïncidence n’a échappé à personne.
Un Chabbat de reconnaissance
À la veille du Chabbat, alors que les bougies allaient être allumées dans tout le pays, la famille Kogan a retrouvé son fils. Une mère qui avait passé une nuit entière à redouter le pire a pu enfin respirer. Des centaines de bénévoles qui avaient veillé sous une chaleur accablante ont pu rentrer chez eux avec le sentiment rare d’avoir participé à quelque chose qui les dépassait.
Yuval a été confié aux équipes médicales pour un examen. Les autorités n’ont pas communiqué de détails officiels sur son état de santé ni sur la manière dont l’enfant a pu survivre seul, une nuit entière, dans les dunes, sous la chaleur du jour et le froid relatif de la nuit, sans eau et sans que ses appels, s’il en a lancé, n’aient été entendus.
Il est difficile de ne pas relever la coïncidence des dates. C’est le jour même de Ticha Beav, celui où le peuple juif pleure la destruction du Beth Hamikdach et l’exil, que cet enfant avait disparu. Et c’est à l’entrée du Chabbat Na’hamou, celui de la consolation, qu’il a été rendu aux siens, découvert par un homme qui s’était trompé de chemin, à l’instant précis où des fillettes achevaient de réciter les douze Pessoukim dans une maison dont on venait de rectifier les Mezouzot. Nos Sages enseignent qu’il n’existe pas de hasard dans la conduite du monde, et que les pas de l’homme sont dirigés par D.ieu. Ceux du cavalier d’Ashdod, ce vendredi-là, l’ont conduit exactement là où il fallait qu’il soit.
Un brasier au cœur de la nuit
Un vaste incendie s’est déclaré au cours de la nuit de Chabbat, dans l’enceinte du Tsion du Baal HaTanya, l’Admour Hazaken, dans la petite ville de Haditch, en Ukraine. Le feu, qui a pris aux environs de minuit, a infligé de lourds dégâts aux bâtiments du lieu, et notamment au Beth HaMidrach central ainsi qu’au centre d’accueil des visiteurs que fait vivre sur place le Chalia’h du Rabbi et responsable du site, le Rav Chnéor Deutsch. La synagogue du complexe a subi des dommages considérables, évalués à plusieurs millions de dollars, et se trouve en réalité entièrement détruite.
Des heures de lutte contre les flammes
Les forces locales de lutte contre l’incendie et de secours ont été appelées sur les lieux durant le Chabbat et ont œuvré de longues heures durant pour maîtriser les flammes, évitant ainsi un désastre plus grave encore. Par une bonté divine manifeste, aucune atteinte aux personnes n’a été à déplorer. Le Rav Chnéor Deutsch, qui exerce également les fonctions de Rav de la ville de Haditch, ne se trouvait pas sur place au moment du sinistre.

Une enquête ouverte sur les causes du sinistre
La police ukrainienne a ouvert une enquête afin d’établir les circonstances du départ de feu. À ce stade, plusieurs pistes sont examinées, parmi lesquelles l’hypothèse d’un court-circuit dans les installations électriques du bâtiment, ou encore celle d’un événement lié aux combats et à la situation sécuritaire tendue qui règne dans la région, dans le cadre de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
Un haut lieu du ‘hassidisme fréquenté toute l’année
Le complexe accueille tout au long de l’année des milliers de fidèles, de visiteurs et de réfugiés venus de tout le territoire ukrainien et du monde entier. On y trouve un dispositif d’accueil de grande ampleur, qui met à la disposition de ceux qui viennent se recueillir sur le Tsion des repas, des hébergements et des services religieux. Malgré la guerre et l’insécurité, le lieu n’a jamais cessé de fonctionner, offrant refuge et réconfort à ceux qui le sollicitaient.
Le repos de l’auteur du Tanya
Rabbi Chnéor Zalman de Liadi, l’Admour Hazaken, fondateur du mouvement Habad, est l’auteur du Tanya, ouvrage fondateur de la pensée ‘hassidique Habad, ainsi que du Choul’han Aroukh HaRav. Rappelé auprès de D.ieu le 24 Tévet 5573 (1813), il repose à Haditch dans des circonstances singulières. À l’automne 5572 (1812), en pleine guerre napoléonienne entre la France et la Russie, et devant l’avancée des troupes françaises vers sa ville de Liadi, l’Admour Hazaken quitta cette dernière avec sa famille. Tombé malade en chemin, dans le hameau de Piena, non loin de Poltava, il fut inhumé dans la bourgade voisine de Haditch, où se trouvait un cimetière juif, transformant ainsi ce lieu obscur en un point de repère majeur de l’histoire ‘hassidique. Un Ohel fut érigé sur sa sépulture peu après l’inhumation, et le site est devenu au fil des générations un pôle d’attraction spirituel vers lequel affluent des fidèles de tous horizons.
Un centre développé avec le soutien de la famille Rohr
Au cours des dernières décennies, le site a connu un essor considérable sous l’impulsion du Rav Chnéor Deutsch, présent sur place depuis le milieu des années 1990. Un centre d’accueil des visiteurs et une synagogue y avaient été ajoutés, grâce au soutien du philanthrope Georges Rohr, à la mémoire de son père Sami Rohr, de regrettée mémoire. C’est précisément ce patrimoine, fruit d’années d’efforts et d’investissements, qu’une nuit d’incendie a réduit en cendres.
Vers la reconstruction du site
Les responsables de la communauté et le Chalia’h, le Rav Chnéor Deutsch, ont d’ores et déjà entamé une première évaluation des dégâts, en vue de planifier la remise en état des bâtiments. L’objectif est de rétablir dans les meilleurs délais l’activité du centre d’accueil et du Beth HaMidrach, afin que le Tsion de l’Admour Hazaken retrouve au plus vite sa vocation première, celle d’un foyer ouvert à tous ceux qui viennent y puiser force et réconfort.


Le 9 Av, Ticha BeAv, occupe une place singulière dans le calendrier juif. Jour de deuil et de mémoire marquant la destruction des deux Temples de Jérusalem, il conserve pourtant, au fil des heures qui s’écoulent, une lueur d’espérance et de consolation. Cela est particulièrement vrai lors de l’office de l’après-midi, Min’ha, où la liturgie s’allège de son abattement initial pour laisser place à la prière de reconstruction et de délivrance. À Jérusalem, dans le quartier de Ramat Chlomo, cet office a pris cette année une dimension toute particulière.
Un 770 de briques rouges au cœur de Jérusalem
La synagogue Habad de Ramat Chlomo n’est pas un bâtiment ordinaire. Édifiée en 2003, elle reproduit fidèlement la façade du siège mondial du mouvement Loubavitch, ce 770 Eastern Parkway de Brooklyn qui demeure, pour les Hassidim du monde entier, le cœur battant de la vie communautaire. Elle est l’un des très rares édifices de la ville à ne pas être revêtu de la traditionnelle pierre de Jérusalem, et le seul à avoir été bâti avec des briques rouges américaines, acheminées depuis New York afin que la ressemblance soit parfaite jusque dans la matière.
Sa silhouette triangulaire, dressée au sommet de la colline, se détache dans le paysage septentrional de Jérusalem et se laisse apercevoir depuis de nombreux quartiers du nord-est de la ville. Le bâtiment abrite également une reconstitution de la chambre du Rabbi ainsi qu’un Paro’het brodé aux motifs des pages de garde des ouvrages du Rabbi. Plus grande synagogue Habad de Jérusalem, elle sert de centre spirituel à une communauté nombreuse, installée dans un quartier fondé en 1995 et dont les rues portent les noms de figures de la Torah et de Rabbanim disparus.

Une assemblée nombreuse pour l’office de l’après-midi
En cette journée de jeûne, des centaines de membres de la communauté Habad de Ramat Chlomo ont empli la salle de prière. Assis à même le sol jusqu’à la mi-journée selon les usages du deuil, les fidèles se sont relevés pour l’office de Min’ha, moment charnière où la journée bascule imperceptiblement du souvenir de la ruine vers l’attente de la reconstruction. Hommes de tous âges, jeunes gens des Yechivot du quartier et pères de famille se sont retrouvés côte à côte, vétus du Talith et des Tefilines, dans une atmosphère de gravité recueillie que traversait déjà un frémissement d’espérance.
La lecture de la Torah et le rappel des treize attributs
L’office a débuté par la sortie du Sefer Torah et la lecture du passage traditionnel de Vay’hal, tiré de la Parachat Ki Tissa. La lecture a été assurée par le Rav Yossef Its’hak Ofen, dont la voix mesurée a porté le texte devant l’assemblée silencieuse.
Ce passage possède une portée symbolique majeure. Il rappelle l’épisode du Veau d’or, ce moment où Moché implore la miséricorde divine en faveur du peuple d’Israël et obtient le pardon là où tout semblait perdu. En lisant ces versets un jour de deuil national, la communauté se remémore les treize attributs de la miséricorde divine, les Youd-Guimel Midot Hara’hamim, et réaffirme le caractère indestructible de l’alliance qui unit le Créateur à son peuple, jusque dans les heures les plus sombres de la faute et de l’épreuve.

La Haftara, un appel au retour et une promesse universelle
Dans la continuité de la lecture du Sefer Torah est venue la Haftara, tirée du livre de Yeshaya, qui s’ouvre sur les mots devenus célèbres Dirchou Hachem Behimatséo, cherchez l’Éternel tant qu’Il se laisse trouver. Chantée avec émotion et suivie de ses bénédictions d’usage, cette lecture marque un véritable tournant dans la tonalité de la journée.
Les prophéties de Yeshaya ne se limitent plus à l’appel au repentir. Elles ouvrent une perspective consolatrice et universelle, celle d’une Maison de D.ieu qui deviendra une maison de prière pour tous les peuples. Entendue dans une synagogue de Jérusalem bâtie à l’image du 770, cette promesse résonnait d’une manière particulière, comme si la géographie même du lieu venait rappeler que l’exil et la reconstruction se répondent sans cesse.
Na’hem, la prière de la consolation
Vint ensuite le moment d’une intensité singulière, l’insertion de la prière de Na’hem dans la Amida silencieuse de Min’ha. Durant la nuit et la matinée du 9 Av, les supplications demeurent étouffées par le deuil et cette demande ne trouve pas sa place. L’après-midi permet enfin de la formuler explicitement.
Les fidèles ont ainsi sollicité la consolation de Tsion, la restauration de Jérusalem dévastée et la fin des souffrances du peuple juif. Dans la bouche de ceux qui prient au cœur même de la ville pleurée par ce texte, ces mots prennent une résonance saisissante. Ils expriment le vœu poignant d’une renaissance à la fois spirituelle et matérielle, et l’attente confiante d’une délivrance complète.
Le Kaddich de clôture et l’élan vers l’avenir
L’office s’est conclu par la récitation du Kaddich, scellant cette séquence de prières. Par la sanctification du Nom divin, la communauté a réaffirmé une foi inébranlable, transformant la gravité de ce jour de jeûne en un élan tourné vers l’avenir.
Alors que les fidèles se dispersaient lentement dans les rues de Ramat Chlomo, la façade de briques rouges se découpait sur le ciel de Jérusalem. Rappel silencieux, en cette veille de consolation, que la maison du Rabbi et la maison de D.ieu attendent l’une comme l’autre leur pleine reconstruction, et que le deuil du 9 Av porte en lui-même la promesse de sa propre fin.
Une foule immense devant les pierres du Mont du Temple
Ils étaient des milliers, ce jour de Ticha BeAv, à converger vers l’esplanade du Kotel, à Jérusalem. Venus des quatre coins du monde, de tous les milieux et de toutes les sensibilités du peuple juif, ils formaient une assemblée dont la diversité même disait quelque chose de l’unité retrouvée en ce jour de deuil national. Rien ne distinguait plus, sur ces dalles brûlantes de l’été, celui qui arrivait de loin de celui qui habitait à quelques rues de là.
Face aux pierres antiques, vestige du mur de soutènement du Mont du Temple, la foule s’est installée à même le sol, selon l’usage immémorial de ce jour où l’on s’abstient de s’asseoir sur des sièges ordinaires. Les visages étaient graves, les livres ouverts, et le murmure des lectures montait par vagues successives le long de l’esplanade.
Le deuil de la destruction, en chant et en prière
Le jeûne de Ticha BeAv commémore la destruction des deux Temples de Jérusalem, ainsi que la longue chaîne de malheurs qui a frappé le peuple juif au fil des siècles. C’est le jour le plus sombre du calendrier hébraïque, celui où le deuil n’est pas seulement individuel mais collectif, où chacun est invité à ressentir dans sa chair l’absence du Beth Hamikdach.
Devant le Kotel, les fidèles ont récité ensemble les lamentations, ces textes de douleur qui traversent les générations. Puis les voix se sont élevées dans le chant, comme il est d’usage en ces heures où la tristesse cherche une forme d’expression qui la dépasse. Prière et mélodie se sont ainsi mêlées tout au long de la journée, portées par la présence de cette assemblée innombrable.
Le regard du photographe
Le photographe Binyomin Zilberstrom a suivi ce rassemblement d’heure en heure et en rapporte une galerie d’images. On y voit la densité de la foule, les silhouettes assises sur le sol, les livres tenus à deux mains, les regards tournés vers les pierres. Autant de témoignages visuels d’une journée où des milliers de Juifs de tous types, venus du monde entier, ont pleuré ensemble ce qui fut détruit, en attendant sa reconstruction.



































































































Le Rabbi Maharach rapportait deux récits touchant à la célèbre épître Katonti de l’Admour Hazaken. Le premier révèle que la lettre, dans sa forme première, s’achevait autrement, et qu’un ajout de quelques mots suffit à implanter dans le cœur des Hassidim des traits de caractère nobles. Le second énonce une vérité redoutable sur le prix que le maître accepta de payer pour ne rien céder sur l’exigence d’authenticité.
Parmi les enseignements transmis de génération en génération à Loubavitch, certains prennent la forme brève du récit rapporté, presque murmuré, dont chaque mot pèse d’un poids considérable. Ainsi de ces deux traditions que le Rabbi Maharach avait coutume de raconter, et qui portent toutes deux sur la deuxième épître de l’Iguéret Hakodech, cette section de vie qui clôt le Tanya et que les Hassidim de toutes les époques ont étudiée comme on étudie une lettre reçue personnellement.
Une épître qui ne s’achevait pas ainsi
Le premier récit porte sur la genèse même du texte. À l’origine, l’épître Kataneti se terminait par les mots évoquant l’esprit abattu et le cœur brisé. Ce n’est qu’après que notre grand Maître, l’Admour Hazaken, eut prononcé trois fois, à Lioznah, le Maamar commençant par le verset « comme dans l’eau le visage répond au visage, ainsi le cœur de l’homme à l’homme », en précisant expressément qu’il fallait l’entendre selon le commentaire de Rachi et non selon la traduction du Targoum, qu’il ajouta à sa lettre les mots « et malgré tout cela, peut-être… ». Par cet ajout, enseignait le Rabbi Maharach, l’Admour Hazaken implanta dans ses Hassidim de véritables midot, ces qualités de caractère qui distinguent l’homme travaillé par le service divin de celui qui se contente de savoir.
La précision n’a rien d’anecdotique. Selon Rachi, le verset décrit la réciprocité des cœurs humains : l’amour que l’on porte à autrui suscite en retour l’amour d’autrui, exactement comme la surface de l’eau renvoie le visage qui s’y penche. Retenir cette lecture plutôt que celle du Targoum, c’est faire de l’amour du prochain une dynamique active, engageante, dont l’initiative revient à celui qui donne le premier. Prononcé trois fois, puis scellé par un ajout écrit, cet enseignement cessa d’être une explication de verset pour devenir une manière d’être.
Le prix de la mesure de vérité
Le second récit est d’une tout autre tonalité, et l’on y perçoit comme un tremblement. Si le Rabbi avait retranché de l’épître Kataneti les trois mots « selon la mesure de vérité de Yaakov », disait le Rabbi Maharach, il aurait eu cinquante mille Hassidim de plus. Le Rabbi exige la mesure de vérité.
Trois mots, et cinquante mille âmes. La formule est volontairement vertigineuse : elle chiffre en hommes le coût d’une exigence que l’Admour Hazaken refusa d’abaisser. Car la mesure de vérité, attribut du patriarche Yaakov, ne tolère ni approximation intérieure ni contentement de soi. Elle demande que l’amour du prochain dont parle l’épître ne soit pas une convenance sociale mais un mouvement réel du cœur, et que celui qui s’en réclame le soit véritablement, sans écart entre ce qu’il montre et ce qu’il est.
Il eût été facile de supprimer ces quelques mots. La lettre serait demeurée belle, son appel à l’amour du prochain aurait gardé toute sa force apparente, et des multitudes seraient venues. L’Admour Hazaken choisit l’inverse : il maintint l’exigence et accepta la perte. Les deux récits, ainsi rapprochés, dessinent alors une même leçon. Ce que le maître ajoute construit les midot de ses Hassidim, et ce qu’il refuse de retrancher en fixe le prix. La grandeur d’une communauté ne se mesure pas au nombre de ceux qui la composent, mais à la vérité qu’ils acceptent d’affronter en eux-mêmes.
Lorsque l’on aborde un Juif qui n’a jamais mis les Téfilines, une seule démarche porte réellement ses fruits : venir à lui avec joie, le sourire aux lèvres. Le Rabbi rappelle que cette règle vaut pour toute action entreprise envers autrui et qu’elle s’enracine dans l’amour d’Israël. Aux objections halakhiques comme aux doutes sur l’utilité d’un geste unique, le Rabbi répond avec la clarté des sources.
La joie, seule clef d’un cœur juif
Lorsque l’on s’approche d’un Juif qui n’a jamais mis les Téfilines de sa vie, la seule manière d’agir sur lui consiste à l’aborder avec joie, le sourire aux lèvres. Cela est plus vrai encore lorsque la démarche procède de l’amour d’Israël, de ce commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Par cet amour, ce Juif devient partie intégrante de la communauté tout entière, et selon la mesure exacte du « comme toi-même », celui qui l’aborde lui donne également de ses propres mérites.
Lorsqu’il est question du Mivtsa Téfilines, et il en va de même pour toutes les autres campagnes, je tiens à souligner que l’action doit impérativement être empreinte de joie. C’est là une règle générale qui vaut pour toutes les entreprises menées auprès d’autrui : il faut s’approcher de l’autre dans un mouvement de joie, par les voies de la douceur et par les voies de la paix. On le constate concrètement. Lorsque l’on aborde un Juif qui n’a jamais mis les Téfilines, parce qu’il est semblable à ce « nourrisson enlevé parmi les nations » dont parlent nos Sages (tinok chenichba), la seule manière d’obtenir qu’il les pose consiste à venir vers lui dans un mouvement de joie, le sourire aux lèvres. À l’inverse, quand on l’aborde avec un visage sévère, l’effet obtenu est exactement contraire à celui que l’on recherchait.
Une évidence que nul ne conteste
Point n’est besoin de preuves ni de démonstrations pour établir que la seule voie permettant d’agir sur autrui passe par les chemins de la douceur et les chemins de la paix : sur ce point, leit man depalig, il ne se trouve personne pour soutenir le contraire. Et à ceux qui tiennent malgré tout à ouvrir le débat, il suffit de rappeler que plusieurs années d’action selon cette méthode ont laissé derrière elles d’innombrables adresses de Juifs qui se sont rapprochés du judaïsme, qui ont mis les Téfilines et bien davantage encore. Qu’on aille les interroger, qu’on leur demande de raconter par quel chemin ils sont revenus vers la Torah : il n’y aura assurément plus lieu d’entrer avec eux dans la moindre controverse.
Où la joie rejoint les téfilines
Il est vrai que la Guemara évoque la notion de joie à propos de la circoncision en particulier : toute Mitsva qu’Israël a reçue dans la joie, telle la Mila, au sujet de laquelle il est écrit « Je me réjouis de Ta parole ». S’agissant des Téfilines, la chose n’est pas formulée de la même manière. C’est précisément pourquoi je souhaite que ce domaine lui aussi, et tout spécialement le Mivtsa Téfilines, soit accompli dans la joie.
À ceux qui demandent où l’on trouverait donc, en matière de Téfilines, une source parlant de joie, la réponse est on ne peut plus simple : l’accomplissement de toute la Torah et de toutes les Mitsvot doit se faire dans la joie, ainsi qu’il est écrit : « Tu serviras l’Éternel ton D.ieu dans la joie et le bon cœur. » Vous n’ignorez certes pas l’exigence et l’éveil qui portent sur le Mivtsa Téfilines, auxquels s’ajoute l’appel concernant l’ensemble des autres campagnes, et avant tout le Mivtsa Ahavat Israël.
L’objection du corps pur et la voie tracée par le Semag
Lorsqu’il est question du Mivtsa Téfilines, certains sont venus me trouver avec cet argument : la pose des Téfilines exige un corps pur, un Gouf Naki ; puis-je dès lors me porter garant que ce Juif se soit immergé au Mikvé avant de venir les mettre ? Il se peut même qu’il ignore totalement ce qu’est un Mikvé. Je leur ai répondu que je marche sur la voie tracée par le Semag (Rav Moché ben Yaakov de Coucy, tossafiste français du treizième siècle, acronyme de Sefer Mitsvot Gadol ).
Le Semag rapporte en effet que, lorsqu’il se trouvait parmi les communautés d’Israël dispersées en exil, en Espagne comme en d’autres pays, il exigea et exhorta ses interlocuteurs au sujet de la nécessité et de l’obligation absolues de mettre les Téfilines, si bien que des milliers et des dizaines de milliers d’entre eux acceptèrent sur eux la Mitsva des Téfilines. Puisqu’il a publié ces paroles, son intention était assurément que l’on en tire une conduite pratique. Et maintenant, dis-le donc toi-même, ai-je demandé à celui qui m’interrogeait : penses-tu que le Semag ait exigé de ces Juifs qu’ils s’immergent au Mikvé chaque matin avant de mettre les Téfilines ? Il y a tout lieu de penser que, s’il l’avait réclamé d’eux, il l’aurait mentionné explicitement dans son ouvrage, en même temps qu’il en rapportait le récit.
Une seule fois qui change tout
D’autres encore ont soulevé cette objection : quelle utilité y a-t-il à ce qu’un Juif pose les Téfilines une seule fois dans sa vie ? La réponse, dans sa simplicité, est explicite dans la Guemara, qui définit une catégorie particulière, celle du karkafta delo manah Téfilines, ce crâne qui n’a jamais porté les Téfilines. Selon plusieurs avis, et telle est la décision claire énoncée dans l’ouvrage du Rambam, cette catégorie ne vise que celui qui n’a jamais mis les Téfilines de sa vie, pas même une seule fois. Dès lors, à partir du moment où un Juif les pose, ne serait-ce qu’une unique fois, il ne relève plus de cette définition.
Il y a plus, et c’est là l’essentiel : la Michna enseigne qu’une Mitsva en entraîne une autre. Ainsi, lorsque l’on amène un Juif à mettre les Téfilines une seule fois, cela le conduira assurément à l’accomplissement de Mitsvot supplémentaires.
Le projet Gaagouim dévoile un nigoun composé par le célèbre ‘hassid Reb Hillel de Paritch, publié à l’occasion de son yortsaït, le 11 Mena’hem Av. Figure singulière de l’histoire du Habad, Reb Hillel fut à la fois un maître d’une profondeur intellectuelle rare et un serviteur de D.ieu dont le corps même s’était plié à la volonté divine. La mélodie qu’il a laissée derrière lui, transmise de génération en génération, résonne aujourd’hui dans une interprétation authentique du Rav Mena’hem Mendel Amar.
Une mélodie léguée par un maître du service divin
Chaque année, lorsque approche le 11 Mena’hem Av, les ‘hassidim de Loubavitch se souviennent de l’un des plus grands parmi eux. C’est en ce jour, un Chabbat, en 5624 (1864), que Reb Hillel Halévi de Paritch quitta ce monde dans la ville de Kherson, en Ukraine, où il repose encore aujourd’hui. À l’occasion de son yortsaït, le projet Gaagouim consacré aux nigounim du Habad publie l’une des mélodies que ce maître avait lui-même composées, offrant ainsi aux amateurs de musique ‘hassidique un accès direct à l’univers intérieur d’un homme dont le service divin a marqué plusieurs générations.
Le nigoun figure dans le Sefer HaNigounim, le recueil de référence de la musique du Habad, sous le numéro 215. Il constitue une version supplémentaire du nigoun 91, une variante que les ‘hassidim se transmettaient oralement et qui témoigne de la richesse des traditions musicales conservées au sein du mouvement.
Le maskil et le oved
Dans les Likoutei Dibourim du Rabbi précédent, la grandeur particulière de Reb Hillel est décrite en des termes qui sont restés célèbres parmi les ‘hassidim. Reb Aïzik de Homil, y est-il expliqué, était un maskil, un homme de la contemplation intellectuelle, tandis que Reb Hillel de Paritch était un oved, un serviteur.
Le texte poursuit en précisant la nature de ce service : le ‘hassid Reb Hillel servait D.ieu jusque dans son corps, de telle sorte que le corps lui-même ressentait ce dont il avait besoin et de quelle manière il en avait besoin. De même que le cerveau est le réceptacle de l’intelligence et que les yeux sont les instruments de la vue, ainsi le corps de Reb Hillel était devenu l’instrument de ce qui devait être accompli. Et cela n’enlevait rien à sa dimension intellectuelle, puisqu’il était en même temps un maskil remarquable, capable d’expliquer les sujets les plus profonds au moyen de commentaires et d’explications bâtis sur des fondations solides.
Cette double capacité, rare parmi les ‘hassidim, explique le statut singulier dont il jouissait de son vivant. Le Tséma’h Tsédek dit un jour de lui qu’un juste dans l’action tel que Reb Hillel de Paritch n’était pas apparu dans le monde depuis trois siècles.
Un enfant prodige devenu ‘hassid du Habad
Reb Hillel Halévi Malissov naquit en 5555 (1795) dans la bourgade de Khmilnyk, en Ukraine, fils de Reb Meïr Halévi, lui-même ‘hassid de Tchernobyl. Dès son plus jeune âge, ses dons exceptionnels frappèrent son entourage. À treize ans, il maîtrisait déjà l’ensemble du Talmud et les ouvrages de la loi juive, et à quinze ans, il était versé dans les écrits kabbalistiques du Ari zal, priant selon les intentions mystiques que celui-ci avait établies. On le surnommait le génie de sa ville.
Disciple, dans sa jeunesse, de Rabbi Mordé’haï de Tchernobyl, il découvrit un jour un exemplaire du Tanya dépourvu de sa page de titre. La lecture de cet ouvrage bouleversa sa vie et fit de lui un ‘hassid du Habad passionné. Malgré tous ses efforts, il ne parvint jamais à voir de son vivant l’Admour Hazaken, auteur du Tanya. À partir de 5575 (1815), il se rendit régulièrement auprès de l’Admour Haemtsaï, puis, après le décès de ce dernier, devint le ‘hassid du Tséma’h Tsédek.
Semer le spirituel, récolter le matériel
En 5578 (1818), l’Admour Haemtsaï lui confia une mission qui allait occuper une grande partie de son existence : visiter régulièrement les dizaines de colonies agricoles juives établies dans la région de Kherson. La formule employée est demeurée célèbre : semer le spirituel et récolter le matériel, c’est-à-dire inspirer et guider les colons tout en collectant des fonds pour les nécessiteux.
Reb Hillel devint ainsi le guide spirituel de dizaines de milliers de Juifs, dont beaucoup étaient des hommes simples, incapables de suivre les développements de la pensée ‘hassidique qu’il enseignait. Il n’en négligea aucun. De nombreux récits circulent au sujet de ses voyages : il emmenait avec lui un minyane complet afin de pouvoir toujours prier en communauté, veillant à ce qu’un Cohen s’y trouve, de sorte que Cohen, Lévi et Israël puissent être appelés à la Sefer Torah selon l’ordre voulu.
Il se dévoua également avec un dévouement total en faveur des soldats juifs enrôlés de force dans l’armée du tsar, s’efforçant de leur procurer de la nourriture cachère, et vint en aide aux Juifs emprisonnés. En 5600 (1840), il fut nommé Rav de la ville de Paritch, en Russie blanche, non loin de Minsk, puis, toujours sur le conseil de l’Admour Haemtsaï, s’installa dans la ville voisine de Bobrouisk.
Une œuvre écrite et chantée
Reb Hillel avait pour habitude de mettre par écrit tout ce qu’il entendait de ses maîtres, en y ajoutant ses propres explications. Ses enseignements furent rassemblés dans les volumes du Pela’h HaRimone, sur les livres de Beréchit et de Chemot, ainsi que dans le Imrei Noam et d’autres ouvrages encore. Le Rabbi rédigea lui-même les principaux chapitres de sa biographie, imprimés en tête de ces livres publiés par les éditions Kehot.
Mais son héritage ne se limite pas aux textes. Reb Hillel composa des nigounim d’une grande profondeur, dans lesquels s’exprime cette même exigence intérieure qui caractérisait toute sa conduite. La mélodie, chez lui, n’était pas un ornement : elle prolongeait l’étude et la prière, exprimant ce que les mots ne parvenaient plus à contenir.
Ses derniers jours
L’été 5624 (1864) commença comme les précédents, par une tournée dans les villages et les colonies de la région de Kherson. Cette année-là, le 9 Av tombait un jeudi. Reb Hillel se trouvait alors dans la ville de Nikolaïev et se sentit affaibli. À l’issue du jeûne, il demanda où étaient les Rabbanim, qui ne lui avaient pas interdit de jeûner, et pria qu’on le conduise sans tarder à Kherson, car il avait pour usage de ne pas entamer un voyage le vendredi.
Il arriva à Kherson avant midi ce vendredi. Le lendemain, Chabbat 11 Mena’hem Av 5624 (1864), il rendit son âme à son Créateur. Ce Chabbat était celui de Na’hamou, le Chabbat de la consolation qui suit le 9 Av. Il fut enterré dans le cimetière juif de Kherson.
Le projet Gaagouim
L’institut Gaagouim, consacré aux nigounim du Habad, est une collection de mélodies interprétées de manière authentique par le Rav Mena’hem Mendel Amar, Rav du centre Or Mena’hem et Meorot à Ashdod. Le projet s’est donné pour mission de restituer des nigounim anciens, parfois oubliés ou peu connus, tels que les chantaient des générations de ‘hassidim et de maîtres de la prière dans leurs moments d’élévation.
Depuis son lancement, la série a rencontré un large écho, bien au-delà des cercles habituels du Habad, et a franchi le seuil du million d’écoutes sur les plateformes de diffusion. Le Rav Amar anime également des ateliers de nigounim dans les Beth Habad et les Yechivot, transmettant de vive voix un patrimoine musical qui risquait de se perdre. Le nigoun de Reb Hillel de Paritch constitue le quatre-vingt-treizième titre de la série Gaagouim.
Crédits
Chant : Rav Mena’hem Mendel Amar. Arrangement : Reb Oved Munis. Violon et production musicale : Reb Mordé’haï Brotski. Conseil et accompagnement : Rav ‘Haïm Weiss. Production : Chmoulik Amar.
Un jour de jeûne et de larmes
Le 9 Av occupe une place singulière dans le calendrier juif. Il est le jour où, à deux reprises et à des siècles d’intervalle, le Temple de Jérusalem fut réduit en cendres, entraînant l’exil et la dispersion. La tradition y rattache également une longue chaîne de tragédies qui ont jalonné l’histoire d’Israël, si bien que cette date est devenue le réceptacle de toutes les douleurs collectives. Le jeûne, commencé la veille au coucher du soleil, se prolonge jusqu’à la sortie des étoiles, accompagné d’un ensemble de restrictions destinées à traduire dans le corps ce que le cœur éprouve.
C’est dans cet esprit que les fidèles se sont retrouvés ce midi au Beth Haya Mouchka. Les sièges laissés vides, les fidèles assis sur le sol ou sur de simples tabourets bas : tout, dans la disposition des lieux, rappelait que ce jour n’est pas un jour comme les autres. Le silence lui-même y prenait une densité particulière, comme si l’assemblée avait choisi de se taire pour mieux entendre l’écho d’une perte jamais consolée.
Un office dirigé par le Rav Mendel Azimov
L’office a été conduit par le Rav Mendel Azimov, qui a porté les prières du jour avec cette retenue propre à Ticha Beav, où même la ferveur se fait sobre. Chaque mot semblait pesé, chaque pause chargée de sens.
Il revient à celui qui se tient devant l’assemblée de donner le ton, de contenir l’émotion sans l’étouffer, et de rappeler discrètement que le deuil juif n’est jamais un désespoir. Le Rav Azimov a su maintenir cet équilibre tout au long de la prière.
Les mots de Eikha et des Kinot
Viennent ensuite les Kinot, ces élégies composées au fil des siècles par les grandes figures du judaïsme, qui prolongent la lamentation biblique en y intégrant les épreuves des générations successives. Leur récitation, longue et exigeante, transforme l’assemblée en un seul corps endeuillé. À Beth Haya Mouchka, les fidèles les ont accompagnées avec une attention soutenue, beaucoup suivant le texte à voix basse.
Une communauté qui porte ensemble la mémoire
La synagogue Beth Haya Mouchka occupe depuis des années une place centrale dans la vie juive parisienne. Lieu d’étude, de prière et de rencontre, elle rassemble des fidèles d’horizons variés, unis par un attachement commun aux enseignements du Rabbi. Les jours de fête comme les jours de deuil y prennent une dimension collective, chacun sachant qu’il ne traverse pas seul les moments qui scandent l’année juive.
Du deuil à l’attente de la Guéoula
La Hassidout enseigne que le 9 Av n’est pas seulement une date de destruction, mais aussi le jour où naîtra la consolation. Les Sages ont vu dans cette journée la source paradoxale de la Guéoula, la délivrance finale, et le Rabbi a maintes fois souligné que les larmes versées pour le Beth Hamikdache sont elles-mêmes le ferment de sa reconstruction. Le deuil juif regarde vers l’avenir autant qu’il se souvient du passé.
C’est pourquoi, à l’issue des Kinot, on relève progressivement la tête. L’après-midi de Ticha Beav marque déjà un premier assouplissement des lois du deuil, comme si l’espérance ne pouvait attendre davantage. À Beth Haya Mouchka comme dans les communautés du monde entier, les fidèles se sont séparés avec le même souhait murmuré : que ce jeûne soit le dernier, et que ce jour de larmes se change en fête, avec la venue imminente de Machia’h.
Photographe : Morde’haï Lubecki










































Ce cours est retransmis
par téléphone
Tél.: +33159423068
code: 33 41 593 (♯)
ET SUR RADIO HASSIDOUT
RADIO HASSIDOUT
Vaet’hanane – Les villes de refuge de Moché
Source : Likouté Si’hot volume 39, première Si’ha sur Vaet’hanane
Trois villes désignées au-delà du Jourdain
Le récit s’ouvre sur un verset de notre Paracha, Vaet’hanane 4, 41 : « C’est alors que Moché sépara trois villes en deçà du Jourdain, à l’orient, pour servir de refuge au meurtrier qui ferait mourir son prochain sans préméditation, afin qu’en se réfugiant dans l’une de ces villes, il pût sauver sa vie. »
Rachi s’attarde sur les premiers mots : « Alors il sépara. » Il prit à cœur de redouter ce sujet, de désigner ces villes de refuge. Et bien qu’elles ne puissent accueillir les meurtriers involontaires tant que n’auraient pas été désignées celles qui se trouvent en terre de Canaan, Moché déclara : une Mitsva qu’il est possible d’accomplir, je l’accomplirai.
Deux éléments retiennent immédiatement l’attention. D’une part, cette désignation demeurait juridiquement inopérante : aucun homme ne pouvait encore y trouver asile. D’autre part, le texte associe à ce geste une émotion singulière, une véritable appréhension, que Rachi désigne par le terme de crainte.
Le sens caché du mot alors
Le Gour Arié relève une difficulté grammaticale que le lecteur pressé laisserait passer. L’expression « alors il séparera » est au futur, ce qui ne correspond pas au récit d’un événement accompli. Il faut donc comprendre ainsi : alors, Moché prit à cœur de redouter et de désigner ces villes, et c’est ce qu’il fit ensuite. Le verbe au futur ne décrit pas l’acte, mais la pensée qui le précède, la résolution intérieure.
Le Gour Arié renvoie à un parallèle éclairant dans la Paracha Bechala’h (15, 1), à propos des mots « Alors il chantera ». Rachi y explique : alors, lorsqu’il vit le miracle, il lui tint à cœur de chanter un cantique. Dans les deux cas, le mot « alors » ouvre non pas sur un fait, mais sur un mouvement de l’âme, sur l’instant précis où une décision se forme dans le cœur de Moché.
Une Mitsva suspendue à la Terre d’Israël
Pour saisir la nature de cette crainte, il faut revenir au commandement tel qu’il est formulé dans la Paracha Massé (35, 10) : « Car vous traversez le Jourdain vers la terre de Canaan. Vous désignerez pour vous des villes, qui seront pour vous des villes de refuge. Six villes de refuge seront pour vous. Vous placerez trois villes de l’autre côté du Jourdain et vous placerez trois villes en terre de Canaan ; elles seront des villes de refuge. »
Or, au début même de notre Paracha, Moché rapporte le décret qui l’écarte de cette terre. « J’implorai D.ieu : que je passe, je T’en prie, et que je voie la bonne terre. Et D.ieu me dit : c’est assez pour toi, ne continue plus à Me parler de cette chose. Monte au sommet de la cime et lève les yeux vers l’ouest, le nord, le sud et l’est, car tu ne traverseras pas ce Jourdain. »
Les Likouté Si’hot éclairent alors le mot « alors » de Rachi. La crainte de Moché naissait d’un doute : ses actes correspondaient-ils réellement à ce qui était requis et approprié ? Puisqu’il s’agit d’une Mitsva dépendante de la Terre d’Israël, il redoutait que la préparation elle-même, la simple désignation des villes, ne dût avoir lieu qu’après l’entrée en Terre d’Israël, et qu’il n’y eût donc aucune place pour qu’il les désignât auparavant.
Plus profondément encore, on peut dire que cette crainte portait sur la volonté divine elle-même. De même que D.ieu ne voulait pas que Moché entrât dans la Terre, peut-être voulait-Il également que les Mitsvot dépendantes de la Terre ne fussent pas accomplies par lui. Le tremblement de Moché n’était donc pas celui d’un homme incertain de la loi, mais celui d’un serviteur qui redoute de dépasser la mesure que son Maître lui a assignée.
Les trois lois de Maïmonide
Maïmonide, dans les Lois du meurtrier et de la protection de la vie, chapitre huit, ordonne la matière en trois enseignements successifs.
La première loi établit le principe : il est un commandement positif de désigner des villes de refuge, comme il est dit « tu sépareras pour toi trois villes » (Choftim 19, 2), et les villes de refuge ne s’appliquent qu’en Terre d’Israël.
La deuxième loi précise la répartition : il y avait six villes ; Moché notre maître en sépara trois de l’autre côté du Jourdain, et Yehochoua en sépara trois en terre de Canaan.
La troisième loi expose la difficulté et sa résolution : aucune des villes de refuge ne peut accueillir le meurtrier tant qu’elles n’ont pas toutes été désignées, comme il est dit « six villes de refuge seront pour vous » (Massé 35, 13). Moché notre maître nous a lui-même fait savoir que les trois situées de l’autre côté du Jourdain n’accueilleraient personne tant que n’auraient pas été désignées les trois de la terre de Canaan. Pourquoi donc les désigna-t-il ? Il dit : puisqu’une Mitsva s’est présentée à moi, je l’accomplirai.
À quoi servait une désignation sans effet
Les Likouté Si’hot proposent deux façons de comprendre l’utilité de ce geste.
Selon la première, la désignation opérée par Moché ne constituait qu’une préparation en vue de l’accomplissement ultérieur de la Mitsva des villes de refuge. Elle n’avait pas de valeur juridique propre, mais elle ouvrait la voie à ce qui allait suivre.
Selon la seconde, bien plus forte, le statut de ville de refuge ne s’appliquait effectivement pas aux villes situées au-delà du Jourdain avant la désignation des villes de la Terre d’Israël. Mais dès que Yehochoua eut désigné les trois villes de Canaan, ce statut s’appliqua automatiquement, et peut-être même rétroactivement, à celles de l’autre rive, en vertu de la désignation accomplie par Moché. Yehochoua n’eut donc nul besoin de les désigner à nouveau. L’acte de Moché, apparemment sans portée, portait en réalité toute la validité future du dispositif.
Pourquoi aucune ville n’était nécessaire du vivant de Moché
Reste une question plus profonde. Pourquoi la protection des villes de refuge ne fut-elle pas accordée immédiatement aux tribus qui s’étaient déjà installées de l’autre côté du Jourdain ?
La réponse donnée par les Likouté Si’hot renverse la perspective : ces tribus n’avaient tout simplement pas besoin de villes de refuge. Moché notre maître le déclare lui-même dans notre Paracha : « Vous qui êtes attachés à l’Eternel votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd’hui » (Vaet’hanane 4, 4). Les enfants d’Israël étaient alors attachés à D.ieu à un degré tel qu’ils n’avaient plus aucun rapport avec ce qui est l’opposé de la vie, à D.ieu ne plaise.
Cet état élevé n’était pas le leur en propre : il avait été produit en eux par Moché notre maître. C’est pourquoi, après sa disparition, ils descendirent de leur niveau, et eurent dès lors besoin des villes de refuge. Tant que le berger fidèle se tenait parmi eux, la mort involontaire n’avait pas prise sur le peuple.
La ville de refuge, source de vie véritable
Les villes de refuge ne jouent pas seulement un rôle protecteur. Leur fonction est également réparatrice et créatrice.
Le fait de tuer involontairement révèle en effet la domination du mauvais penchant, lequel est le Satan et l’ange de la mort (Guemara Baba Batra 16, 1). Dans une ville de refuge, une vitalité issue du domaine de la sainteté est insufflée à celui qui s’y réfugie, selon le verset « et il s’enfuira vers l’une de ces villes et vivra » (voir Guemara Makot 10a). Il ne s’agit pas d’une simple survie, mais d’une vie véritable, une vie de sainteté puisée à la Source même de la vie.
C’est précisément pour cette raison que la Mitsva de désigner les villes de refuge devait comporter l’action de Moché. Car c’est par son intermédiaire que se prolongeait, pour les enfants d’Israël, la réalité de « vous qui êtes attachés à l’Eternel votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd’hui ». Sans lui, la ville de refuge aurait pu abriter un homme, mais non lui rendre la vie.
Un berger fidèle qui descend pour chaque juif
L’enseignement se referme sur le portrait de Moché lui-même. La désignation des villes de refuge est liée à sa descente de son propre niveau spirituel, et c’est pourquoi elle suscita en lui de la crainte. Se pencher sur le cas du meurtrier involontaire, sur l’exil et sur la faute, représentait pour lui un abaissement réel.
Mais d’un autre côté, il « prit à cœur » de le faire. Car telle est la mission d’un berger fidèle : il fait don de lui-même pour le troupeau qu’il conduit, et il insuffle de la vitalité jusqu’à celui qui devra partir en exil, afin que se réalise en lui « il s’enfuira et vivra ».
Qu’il en soit ainsi pour nous, dans notre exil amer. Non seulement l’exil ne possède, à D.ieu ne plaise, aucune domination sur Israël, puisque la protection spirituelle des villes de refuge demeure présente sous la forme des paroles de la Torah qui accueillent et protègent celui qui s’y réfugie (Guemara Makot, ibidem). Mais bien davantage : « il s’enfuira et vivra », une vie véritable est insufflée à chacun des enfants d’Israël, jusqu’à l’accomplissement de la promesse de la vie éternelle, lors de la Guéoula véritable et complète.
Voici un extrait d’un récit de mon grand-père (le Rabbi Maharach):
. A l’origine, la lettre « Katonti » se terminait par les mots « un esprit humble ». Par la suite, notre grand maître, (l’Admour Hazaken) récita à trois reprises, à Lyozna, le discours ‘hassidique introduit par le verset «comme les eaux reflètent le visage», qu’il expliqua selon le commentaire de Rachi et non suivant la traduction d’Onkelos. Alors, il ajouta à cette lettre les mots «et peut-être, grâce à tout cela, D.ieu le placera dans le coeur de leurs frères, comme les eaux reflètent le visage». Par ces mots, il implanta de bons sentiments chez les ‘Hassidim.
. Si l’Admour Hazaken n’avait pas inséré dans cette lettre les mots « avec l’attribut de vérité de Yaacov », il aurait attiré cinquante mille ‘Hassidim de plus. Mais le Rabbi exigeait la vérité.