Lorsque l’on aborde un Juif qui n’a jamais mis les Téfilines, une seule démarche porte réellement ses fruits : venir à lui avec joie, le sourire aux lèvres. Le Rabbi rappelle que cette règle vaut pour toute action entreprise envers autrui et qu’elle s’enracine dans l’amour d’Israël. Aux objections halakhiques comme aux doutes sur l’utilité d’un geste unique, le Rabbi répond avec la clarté des sources.
La joie, seule clef d’un cœur juif
Lorsque l’on s’approche d’un Juif qui n’a jamais mis les Téfilines de sa vie, la seule manière d’agir sur lui consiste à l’aborder avec joie, le sourire aux lèvres. Cela est plus vrai encore lorsque la démarche procède de l’amour d’Israël, de ce commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Par cet amour, ce Juif devient partie intégrante de la communauté tout entière, et selon la mesure exacte du « comme toi-même », celui qui l’aborde lui donne également de ses propres mérites.
Lorsqu’il est question du Mivtsa Téfilines, et il en va de même pour toutes les autres campagnes, je tiens à souligner que l’action doit impérativement être empreinte de joie. C’est là une règle générale qui vaut pour toutes les entreprises menées auprès d’autrui : il faut s’approcher de l’autre dans un mouvement de joie, par les voies de la douceur et par les voies de la paix. On le constate concrètement. Lorsque l’on aborde un Juif qui n’a jamais mis les Téfilines, parce qu’il est semblable à ce « nourrisson enlevé parmi les nations » dont parlent nos Sages (tinok chenichba), la seule manière d’obtenir qu’il les pose consiste à venir vers lui dans un mouvement de joie, le sourire aux lèvres. À l’inverse, quand on l’aborde avec un visage sévère, l’effet obtenu est exactement contraire à celui que l’on recherchait.
Une évidence que nul ne conteste
Point n’est besoin de preuves ni de démonstrations pour établir que la seule voie permettant d’agir sur autrui passe par les chemins de la douceur et les chemins de la paix : sur ce point, leit man depalig, il ne se trouve personne pour soutenir le contraire. Et à ceux qui tiennent malgré tout à ouvrir le débat, il suffit de rappeler que plusieurs années d’action selon cette méthode ont laissé derrière elles d’innombrables adresses de Juifs qui se sont rapprochés du judaïsme, qui ont mis les Téfilines et bien davantage encore. Qu’on aille les interroger, qu’on leur demande de raconter par quel chemin ils sont revenus vers la Torah : il n’y aura assurément plus lieu d’entrer avec eux dans la moindre controverse.
Où la joie rejoint les téfilines
Il est vrai que la Guemara évoque la notion de joie à propos de la circoncision en particulier : toute Mitsva qu’Israël a reçue dans la joie, telle la Mila, au sujet de laquelle il est écrit « Je me réjouis de Ta parole ». S’agissant des Téfilines, la chose n’est pas formulée de la même manière. C’est précisément pourquoi je souhaite que ce domaine lui aussi, et tout spécialement le Mivtsa Téfilines, soit accompli dans la joie.
À ceux qui demandent où l’on trouverait donc, en matière de Téfilines, une source parlant de joie, la réponse est on ne peut plus simple : l’accomplissement de toute la Torah et de toutes les Mitsvot doit se faire dans la joie, ainsi qu’il est écrit : « Tu serviras l’Éternel ton D.ieu dans la joie et le bon cœur. » Vous n’ignorez certes pas l’exigence et l’éveil qui portent sur le Mivtsa Téfilines, auxquels s’ajoute l’appel concernant l’ensemble des autres campagnes, et avant tout le Mivtsa Ahavat Israël.
L’objection du corps pur et la voie tracée par le Semag
Lorsqu’il est question du Mivtsa Téfilines, certains sont venus me trouver avec cet argument : la pose des Téfilines exige un corps pur, un Gouf Naki ; puis-je dès lors me porter garant que ce Juif se soit immergé au Mikvé avant de venir les mettre ? Il se peut même qu’il ignore totalement ce qu’est un Mikvé. Je leur ai répondu que je marche sur la voie tracée par le Semag (Rav Moché ben Yaakov de Coucy, tossafiste français du treizième siècle, acronyme de Sefer Mitsvot Gadol ).
Le Semag rapporte en effet que, lorsqu’il se trouvait parmi les communautés d’Israël dispersées en exil, en Espagne comme en d’autres pays, il exigea et exhorta ses interlocuteurs au sujet de la nécessité et de l’obligation absolues de mettre les Téfilines, si bien que des milliers et des dizaines de milliers d’entre eux acceptèrent sur eux la Mitsva des Téfilines. Puisqu’il a publié ces paroles, son intention était assurément que l’on en tire une conduite pratique. Et maintenant, dis-le donc toi-même, ai-je demandé à celui qui m’interrogeait : penses-tu que le Semag ait exigé de ces Juifs qu’ils s’immergent au Mikvé chaque matin avant de mettre les Téfilines ? Il y a tout lieu de penser que, s’il l’avait réclamé d’eux, il l’aurait mentionné explicitement dans son ouvrage, en même temps qu’il en rapportait le récit.
Une seule fois qui change tout
D’autres encore ont soulevé cette objection : quelle utilité y a-t-il à ce qu’un Juif pose les Téfilines une seule fois dans sa vie ? La réponse, dans sa simplicité, est explicite dans la Guemara, qui définit une catégorie particulière, celle du karkafta delo manah Téfilines, ce crâne qui n’a jamais porté les Téfilines. Selon plusieurs avis, et telle est la décision claire énoncée dans l’ouvrage du Rambam, cette catégorie ne vise que celui qui n’a jamais mis les Téfilines de sa vie, pas même une seule fois. Dès lors, à partir du moment où un Juif les pose, ne serait-ce qu’une unique fois, il ne relève plus de cette définition.
Il y a plus, et c’est là l’essentiel : la Michna enseigne qu’une Mitsva en entraîne une autre. Ainsi, lorsque l’on amène un Juif à mettre les Téfilines une seule fois, cela le conduira assurément à l’accomplissement de Mitsvot supplémentaires.
















