Des centaines de membres de la communauté Habad de Ramat Chlomo se sont rassemblés dans la grande synagogue du quartier pour l’office de Min’ha du 9 Av 5786 (2026). Dans la réplique jérusalémite du 770 de Brooklyn, la liturgie de l’après-midi a peu à peu délaissé l’accablement du deuil pour laisser monter la prière de reconstruction. Le Rav Yossef Its’hak Ofen a officié comme lecteur du Sefer Torah devant une assemblée d’une rare intensité.

 

 

 

Le 9 Av, Ticha BeAv, occupe une place singulière dans le calendrier juif. Jour de deuil et de mémoire marquant la destruction des deux Temples de Jérusalem, il conserve pourtant, au fil des heures qui s’écoulent, une lueur d’espérance et de consolation. Cela est particulièrement vrai lors de l’office de l’après-midi, Min’ha, où la liturgie s’allège de son abattement initial pour laisser place à la prière de reconstruction et de délivrance. À Jérusalem, dans le quartier de Ramat Chlomo, cet office a pris cette année une dimension toute particulière.

Un 770 de briques rouges au cœur de Jérusalem

La synagogue Habad de Ramat Chlomo n’est pas un bâtiment ordinaire. Édifiée en 2003, elle reproduit fidèlement la façade du siège mondial du mouvement Loubavitch, ce 770 Eastern Parkway de Brooklyn qui demeure, pour les Hassidim du monde entier, le cœur battant de la vie communautaire. Elle est l’un des très rares édifices de la ville à ne pas être revêtu de la traditionnelle pierre de Jérusalem, et le seul à avoir été bâti avec des briques rouges américaines, acheminées depuis New York afin que la ressemblance soit parfaite jusque dans la matière.

Sa silhouette triangulaire, dressée au sommet de la colline, se détache dans le paysage septentrional de Jérusalem et se laisse apercevoir depuis de nombreux quartiers du nord-est de la ville. Le bâtiment abrite également une reconstitution de la chambre du Rabbi ainsi qu’un Paro’het brodé aux motifs des pages de garde des ouvrages du Rabbi. Plus grande synagogue Habad de Jérusalem, elle sert de centre spirituel à une communauté nombreuse, installée dans un quartier fondé en 1995 et dont les rues portent les noms de figures de la Torah et de Rabbanim disparus.

Le Synagogue 770 de Jérusalem : un bâtiment emblématique de la communauté Habad du quartier de Ramat Shlomo - hassidout.org

Une assemblée nombreuse pour l’office de l’après-midi

En cette journée de jeûne, des centaines de membres de la communauté Habad de Ramat Chlomo ont empli la salle de prière. Assis à même le sol jusqu’à la mi-journée selon les usages du deuil, les fidèles se sont relevés pour l’office de Min’ha, moment charnière où la journée bascule imperceptiblement du souvenir de la ruine vers l’attente de la reconstruction. Hommes de tous âges, jeunes gens des Yechivot du quartier et pères de famille se sont retrouvés côte à côte, vétus du Talith et des Tefilines, dans une atmosphère de gravité recueillie que traversait déjà un frémissement d’espérance.

La lecture de la Torah et le rappel des treize attributs

L’office a débuté par la sortie du Sefer Torah et la lecture du passage traditionnel de Vay’hal, tiré de la Parachat Ki Tissa. La lecture a été assurée par le Rav Yossef Its’hak Ofen, dont la voix mesurée a porté le texte devant l’assemblée silencieuse.

Ce passage possède une portée symbolique majeure. Il rappelle l’épisode du Veau d’or, ce moment où Moché implore la miséricorde divine en faveur du peuple d’Israël et obtient le pardon là où tout semblait perdu. En lisant ces versets un jour de deuil national, la communauté se remémore les treize attributs de la miséricorde divine, les Youd-Guimel Midot Hara’hamim, et réaffirme le caractère indestructible de l’alliance qui unit le Créateur à son peuple, jusque dans les heures les plus sombres de la faute et de l’épreuve.

La Haftara, un appel au retour et une promesse universelle

Dans la continuité de la lecture du Sefer Torah est venue la Haftara, tirée du livre de Yeshaya, qui s’ouvre sur les mots devenus célèbres Dirchou Hachem Behimatséo, cherchez l’Éternel tant qu’Il se laisse trouver. Chantée avec émotion et suivie de ses bénédictions d’usage, cette lecture marque un véritable tournant dans la tonalité de la journée.

Les prophéties de Yeshaya ne se limitent plus à l’appel au repentir. Elles ouvrent une perspective consolatrice et universelle, celle d’une Maison de D.ieu qui deviendra une maison de prière pour tous les peuples. Entendue dans une synagogue de Jérusalem bâtie à l’image du 770, cette promesse résonnait d’une manière particulière, comme si la géographie même du lieu venait rappeler que l’exil et la reconstruction se répondent sans cesse.

Na’hem, la prière de la consolation

Vint ensuite le moment d’une intensité singulière, l’insertion de la prière de Na’hem dans la Amida silencieuse de Min’ha. Durant la nuit et la matinée du 9 Av, les supplications demeurent étouffées par le deuil et cette demande ne trouve pas sa place. L’après-midi permet enfin de la formuler explicitement.

Les fidèles ont ainsi sollicité la consolation de Tsion, la restauration de Jérusalem dévastée et la fin des souffrances du peuple juif. Dans la bouche de ceux qui prient au cœur même de la ville pleurée par ce texte, ces mots prennent une résonance saisissante. Ils expriment le vœu poignant d’une renaissance à la fois spirituelle et matérielle, et l’attente confiante d’une délivrance complète.

Le Kaddich de clôture et l’élan vers l’avenir

L’office s’est conclu par la récitation du Kaddich, scellant cette séquence de prières. Par la sanctification du Nom divin, la communauté a réaffirmé une foi inébranlable, transformant la gravité de ce jour de jeûne en un élan tourné vers l’avenir.

Alors que les fidèles se dispersaient lentement dans les rues de Ramat Chlomo, la façade de briques rouges se découpait sur le ciel de Jérusalem. Rappel silencieux, en cette veille de consolation, que la maison du Rabbi et la maison de D.ieu attendent l’une comme l’autre leur pleine reconstruction, et que le deuil du 9 Av porte en lui-même la promesse de sa propre fin.