La synagogue Beth Haya Mouchka de Paris a accueilli ses fidèles pour la prière de Ticha Beav, en ce 9 Av 5786 (2026). L’office a été dirigé par le Rav Mendel Azimov, dans une atmosphère de recueillement profond. Assis à même le sol, la communauté a partagé le deuil bimillénaire du peuple juif pour la destruction du Beth Hamikdache.
Un jour de jeûne et de larmes
Le 9 Av occupe une place singulière dans le calendrier juif. Il est le jour où, à deux reprises et à des siècles d’intervalle, le Temple de Jérusalem fut réduit en cendres, entraînant l’exil et la dispersion. La tradition y rattache également une longue chaîne de tragédies qui ont jalonné l’histoire d’Israël, si bien que cette date est devenue le réceptacle de toutes les douleurs collectives. Le jeûne, commencé la veille au coucher du soleil, se prolonge jusqu’à la sortie des étoiles, accompagné d’un ensemble de restrictions destinées à traduire dans le corps ce que le cœur éprouve.
C’est dans cet esprit que les fidèles se sont retrouvés ce midi au Beth Haya Mouchka. Les sièges laissés vides, les fidèles assis sur le sol ou sur de simples tabourets bas : tout, dans la disposition des lieux, rappelait que ce jour n’est pas un jour comme les autres. Le silence lui-même y prenait une densité particulière, comme si l’assemblée avait choisi de se taire pour mieux entendre l’écho d’une perte jamais consolée.
Un office dirigé par le Rav Mendel Azimov
L’office a été conduit par le Rav Mendel Azimov, qui a porté les prières du jour avec cette retenue propre à Ticha Beav, où même la ferveur se fait sobre. Chaque mot semblait pesé, chaque pause chargée de sens.
Il revient à celui qui se tient devant l’assemblée de donner le ton, de contenir l’émotion sans l’étouffer, et de rappeler discrètement que le deuil juif n’est jamais un désespoir. Le Rav Azimov a su maintenir cet équilibre tout au long de la prière.
Les mots de Eikha et des Kinot
Viennent ensuite les Kinot, ces élégies composées au fil des siècles par les grandes figures du judaïsme, qui prolongent la lamentation biblique en y intégrant les épreuves des générations successives. Leur récitation, longue et exigeante, transforme l’assemblée en un seul corps endeuillé. À Beth Haya Mouchka, les fidèles les ont accompagnées avec une attention soutenue, beaucoup suivant le texte à voix basse.
Une communauté qui porte ensemble la mémoire
La synagogue Beth Haya Mouchka occupe depuis des années une place centrale dans la vie juive parisienne. Lieu d’étude, de prière et de rencontre, elle rassemble des fidèles d’horizons variés, unis par un attachement commun aux enseignements du Rabbi. Les jours de fête comme les jours de deuil y prennent une dimension collective, chacun sachant qu’il ne traverse pas seul les moments qui scandent l’année juive.
Du deuil à l’attente de la Guéoula
La Hassidout enseigne que le 9 Av n’est pas seulement une date de destruction, mais aussi le jour où naîtra la consolation. Les Sages ont vu dans cette journée la source paradoxale de la Guéoula, la délivrance finale, et le Rabbi a maintes fois souligné que les larmes versées pour le Beth Hamikdache sont elles-mêmes le ferment de sa reconstruction. Le deuil juif regarde vers l’avenir autant qu’il se souvient du passé.
C’est pourquoi, à l’issue des Kinot, on relève progressivement la tête. L’après-midi de Ticha Beav marque déjà un premier assouplissement des lois du deuil, comme si l’espérance ne pouvait attendre davantage. À Beth Haya Mouchka comme dans les communautés du monde entier, les fidèles se sont séparés avec le même souhait murmuré : que ce jeûne soit le dernier, et que ce jour de larmes se change en fête, avec la venue imminente de Machia’h.
Photographe : Morde’haï Lubecki


























































