par hassidout | 23 Juil, 2026 – 9 Av 5786 | Les 3 semaines |
Composés par Rabbi Elazar HaKalir, Rabbi Yehouda HaLévi, Rabbi Kalonymos ben Yehouda, le Maharam de Rothenburg et bien d’autres, ces poèmes disent la ruine des deux Sanctuaires, le supplice des dix martyrs, l’anéantissement des communautés rhénanes et, plus près de nous, les cendres de l’Europe. En voici la traduction française intégrale, dans l’ordre même où la voix de cette nuit refuse de se taire.
Les kinot forment le corps liturgique le plus vaste et le plus douloureux du calendrier juif. Elles se récitent en deux temps. Les cinq premières appartiennent à la veille de Ticha Beav, aussitôt après la lecture des Lamentations, Ei’ha, de Yirmiyahou. Les suivantes, beaucoup plus nombreuses, se disent le matin, après la prière, tant que dure la longue matinée du jeûne. Leur langue est celle du piyout ancien, faite d’acrostiches, d’allusions bibliques serrées et de renversements amers où chaque bénédiction promise se retourne en malédiction subie. La traduction qui suit s’efforce de restituer le mouvement du texte et sa densité d’images plutôt que sa lettre mot à mot, car la lettre du piyout est intraduisible et son cri, lui, ne l’est pas.
Kinot de la veille du 9 Av
Première kina de la nuit : souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu
Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu, hélas. Regarde et vois notre opprobre. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Notre héritage est passé à des étrangers, hélas, et nos maisons à des inconnus. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Nous sommes devenus orphelins sans père, hélas, et nos mères se lamentent au mois d’Av. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Notre eau, nous la buvons à prix d’argent, hélas, car nous avons méprisé la libation de l’eau au Sanctuaire. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
On nous poursuit, le joug sur la nuque, hélas, car nous avons poursuivi la haine gratuite. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
L’Égypte nous a tendu la main, hélas, et Achour nous a traqués comme un chasseur traque sa proie. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Nos pères ont fauté et ils ne sont plus, hélas, et c’est nous qui portons le poids de leur faute. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Des esclaves ont régné sur nous, hélas, car nous avons annulé la loi d’affranchissement des esclaves. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
C’est au péril de notre vie que nous rapportons notre pain, hélas, car nous avons fermé notre main au pauvre. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Notre peau s’est embrasée comme la paroi d’un four, hélas, car ils ont échangé leur gloire contre l’ignominie. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
On a violenté des femmes dans Sion, hélas, car chacun avait souillé la femme de son prochain. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Des princes ont été pendus par la main de l’ennemi, hélas, car ils avaient extorqué et pillé le bien du pauvre. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Des jeunes gens ont porté la meule, hélas, car on les avait trouvés dans les maisons de débauche. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les anciens ne siègent plus à la porte de la ville, hélas, car ils avaient faussé le droit de l’orphelin et de la veuve. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
La joie de notre cœur a cessé, hélas, car les pèlerinages des trois fêtes ont été abolis. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
La couronne de notre tête est tombée, hélas, car la maison de notre sainteté a été livrée aux flammes. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Pour cela notre cœur est malade, hélas, car la gloire de la demeure que nous désirions nous a été arrachée. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Sur la montagne de Sion désolée, hélas, car on y a dressé l’abomination dévastatrice. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Toi, Éternel, tu sièges pour l’éternité, ton trône demeure d’âge en âge. Pourquoi nous oublierais-tu à jamais, pourquoi nous abandonner pour la longueur des jours. Fais-nous revenir vers Toi, Éternel, et nous reviendrons. Renouvelle nos jours comme autrefois. Car si Tu nous avais rejetés, si Tu t’étais irrité contre nous à l’extrême. Fais-nous revenir vers Toi, Éternel, et nous reviendrons. Renouvelle nos jours comme autrefois.
Deuxième kina de la nuit : quand le jeûne succède au Chabbat
Comment la bouche du fils et de la fille pourrait-elle méditer tant de lamentations à la place des chants et de l’allégresse, alors que la douceur du psaume s’est tue, à l’issue du Chabbat.
Hélas, un décret a été prononcé, dans l’ardeur de la colère et de l’emportement, sa fureur s’est enflammée contre nous et son courroux a brûlé comme une flamme, alors que la douceur du psaume s’est tue, à l’issue du Chabbat.
Hélas, nos maisons ont été livrées à d’autres, nos jeunes filles humiliées, nos visages ont changé et se sont noircis comme le fond d’une poêle, alors que la douceur du psaume s’est tue, à l’issue du Chabbat.
Hélas, on nous a dévastés, on a fait tomber parmi nous les cadavres, et les fils précieux de Sion, jadis gardés comme la prunelle d’un œil, alors que la douceur du psaume s’est tue, à l’issue du Chabbat.
Hélas, la couronne est tombée, l’épaule rebelle a prévalu, la splendeur de la beauté a disparu, et avec elle la présence intime qui reposait sur nous, alors que la douceur du psaume s’est tue, à l’issue du Chabbat.
Hélas, on nous a ôté le candélabre, l’encens et l’oliban pur, on a méprisé les pierres de taille si précieuses, et la terre ruisselante a été dévorée, alors que la douceur du psaume s’est tue, à l’issue du Chabbat.
Troisième kina de la nuit : en cette nuit mes enfants pleureront
En cette nuit mes enfants pleureront et gémiront. En cette nuit ma maison sainte a été détruite et mes palais consumés. Toute la maison d’Israël méditera ma douleur et pleurera l’incendie que l’Éternel a allumé.
En cette nuit hurlera amèrement la pauvre femme abandonnée, séparée vivante de la maison de son père. Elle est sortie de sa demeure et la porte s’est refermée derrière elle. Elle est partie en captivité, dévorée par toutes les bouches, le jour où elle a été renvoyée dans un feu qui brûle et qui consume. Et un feu avec ses braises est sorti de devant l’Éternel. En cette nuit.
En cette nuit la roue a tourné et la dette est retombée. Le premier puis le second Sanctuaire ont été détruits. La fille rebelle n’a plus trouvé miséricorde. On lui a fait boire des eaux amères et son ventre s’est enflé. Elle a été renvoyée de sa maison et le bonheur l’a désertée. Grande fut la haine de Celui qui l’avait aimée. Comme une veuve du vivant de son époux, comme une femme délaissée. Et Sion a dit : l’Éternel m’a abandonnée. En cette nuit.
En cette nuit je me suis assombri et les luminaires se sont éteints, à cause de la ruine de ma maison sainte et de l’interruption des tours de service. En cette nuit les malheurs m’ont entouré et cerné. Il a convoqué un rendez-vous de cinq décrets. Nos pères avaient pleuré pour rien, et ce pleur fut fixé pour toutes les générations, car il y avait là une cause venue de l’Éternel. En cette nuit.
En cette nuit cinq événements se sont produits. Il a décrété contre les pères, la brèche s’est ouverte. Les détresses et les malheurs se sont attachés à ce jour. C’était un jour préparé pour les calamités. L’ennemi s’est dressé et a poussé des cris d’épouvante : lève-toi, car voici le jour dont l’Éternel a parlé. En cette nuit.
Quatrième kina de la nuit : le dialogue de Samarie et de Jérusalem
Samarie élève la voix : mes fautes m’ont atteinte, mes fils sont partis vers une terre étrangère. Et Oholiva crie : mes palais ont été brûlés. Et Sion dit : l’Éternel m’a abandonnée.
Ce n’est pas à toi, Oholiva, de comparer ta misère à la mienne. Peux-tu mesurer ta brisure à ma brisure et ton mal à mon mal. Moi, Ohola, la dévoyée, j’ai trahi dans mon obstination, mon mensonge s’est dressé contre moi et ma révolte a témoigné contre moi. Après quelques années j’ai payé ma dette, et Tiglath Piléser a dévoré mon fruit. Il a dépouillé mon trésor, il a arraché ma parure, et Halah et Habor ont emporté ma captivité. Tais-toi, Oholiva, ne pleure pas comme je pleure. Tes années à toi se sont prolongées, les miennes non.
Oholiva répond : oui, moi aussi je me suis pervertie, et comme Ohola j’ai trahi le compagnon de ma jeunesse. Tais-toi, Ohola, car je me souviens de ma propre douleur. Tu n’as erré qu’une fois, moi j’ai erré bien des fois. Deux fois je suis tombée aux mains des Chaldéens, et captive et pauvre je suis descendue à Babel. Le sanctuaire où j’étais honorée a brûlé. Pendant soixante-dix ans je suis restée à Babel, puis je suis revenue à Sion et j’ai refondé le Temple. Et cette fois encore je n’ai tenu que peu de temps, jusqu’à ce qu’Édom me prenne et que je manque de disparaître. Et sur toutes les terres du monde mes foules ont été dispersées.
Toi qui as pitié du faible, aie pitié de leur dénuement. Vois leur désolation et la longueur de leur exil. Ne t’irrite pas à l’extrême, vois leur abaissement. Ne rappelle pas à jamais leur faute et leur égarement. Guéris leur brisure et console leur deuil, car Tu es leur espérance et Tu es leur force. Renouvelle nos jours comme aux temps anciens, selon ta parole : l’Éternel rebâtit Jérusalem.
Cinquième kina de la nuit : jusques à quand ces pleurs dans Sion
Jusques à quand des pleurs dans Sion et des lamentations dans Jérusalem. Prends Sion en pitié et rebâtis les murailles de Jérusalem.
Alors, à cause de nos fautes, le Sanctuaire fut détruit, et à cause de nos transgressions le Temple fut brûlé. Sur la terre unifiée on entonna la complainte, et l’armée des cieux éleva une lamentation. Jusques à quand.
Les tribus de Yaakov pleurèrent amèrement, et même les constellations laissèrent couler des larmes. Les étendards de Yechouroun se couvrirent la tête, et les Pléiades et Orion assombrirent leur face. Jusques à quand.
Les pères supplièrent et D.ieu n’écouta pas. Les fils crièrent et le Père ne répondit pas. La voix de la tourterelle s’entendit dans les hauteurs, et le berger fidèle ne tendit pas l’oreille. Jusques à quand.
La semence sainte se vêtit de sacs, et l’armée des cieux elle aussi prit le sac pour vêtement. Le soleil s’obscurcit et la lune se voila. Les étoiles et les constellations retirèrent leur clarté. Jusques à quand.
Le Bélier, le premier, pleura dans l’amertume, car ses agneaux étaient conduits à l’abattoir. Le Taureau fit entendre un hurlement dans les hauteurs, car sur notre nuque nous étions tous poursuivis. Jusques à quand.
Les Gémeaux apparurent séparés, car le sang des frères se répandait comme de l’eau. Le Cancer voulut tomber jusqu’à terre, car nous défaillions de soif. Jusques à quand.
Les hauteurs s’effrayèrent devant le Lion, car notre rugissement ne montait plus jusqu’au ciel. Des jeunes filles et des jeunes gens furent tués, et c’est pourquoi la Vierge assombrit son visage. Jusques à quand.
La Balance oscilla et demanda grâce, car la mort nous semblait meilleure que la vie. Le Scorpion se vêtit d’effroi et de tremblement, car notre Rocher nous jugeait par l’épée et par la faim. Jusques à quand.
Le Verseau fit descendre des larmes comme un torrent, car le signe de l’arc ne nous était plus donné. Les eaux montèrent au-dessus de notre tête, et malgré le seau plein notre palais restait sec. Jusques à quand.
Nous avons approché un sacrifice et il n’a pas été agréé. Le Capricorne a interrompu le bouc de nos fautes. Des femmes compatissantes ont fait cuire leurs enfants, et le signe des Poissons a détourné les yeux. Jusques à quand.
Nous avons oublié le Chabbat dans nos cœurs rebelles, et le Tout Puissant a oublié toutes nos justices. Sois jaloux pour Sion d’une grande jalousie, et éclaire la ville populeuse de la clarté de ta lumière.
Prends Sion en pitié comme Tu l’as dit, affermis-la comme Tu l’as promis. Hâte le salut, précipite la Guéoula et reviens à Jérusalem dans une grande miséricorde. Ainsi qu’il est écrit par ton prophète : je reviens à Jérusalem avec miséricorde, ma maison y sera rebâtie, dit l’Éternel des armées, et le cordeau sera tendu sur Jérusalem. Et il est dit encore : mes villes déborderont de bien, l’Éternel consolera encore Sion et choisira encore Jérusalem. Et il est dit : car l’Éternel a consolé Sion, il a consolé toutes ses ruines, il a fait de son désert un Éden et de sa steppe un jardin de l’Éternel. On y trouvera l’allégresse et la joie, l’action de grâce et la voix du chant.
Sixième kina du matin : ils m’ont dit écartez-vous
Composition de Rabbi Elazar HaKalir.
Écoutez, vous qui passez près de moi et qui me troublez : ils m’ont dit de m’écarter. On m’a rendue immondice et rebut parmi mes propres compagnons. Tu as recouvert d’un voile le Tabernacle de mon sanctuaire intérieur, Tu as retenu ta main et mes vaillants se sont tus. Ils ont frappé des mains et mes membres ont chancelé, car Il a brisé tous mes puissants.
Elle est tombée, et nous voici encore écrasés dans la profondeur. Mon œil a espéré la vision du fils de Berekhia, jusqu’aux prodiges cachés du Guilgal. Mon œil verse ses larmes sous la brûlure grecque. Il a agi, puis Il s’est ravisé, et Il a convoqué le pleur. Il a dit : sur cela je pleure.
Sur les rives de l’Euphrate ses fidèles ont été fracassés. Elle s’est souvenue des flots de la mer des Joncs quand on mettait ses fondations à nu. La faute de Chilo a scellé ses secrets. Les sangliers de la forêt ont crié : où sont donc ses fidèles. Ils ont dévoilé la nudité de ses souillures, et Sion a tendu les mains sans trouver de consolateur.
Sur la montagne de Sion, les clameurs de mes adversaires ont chassé leur proie. Mes propres arrogances ont monté par-dessus ma tête. Ils se sont ligués à Nov pour se dresser contre moi. Tu as gardé la trace de mes querelles anciennes. Mon peuple a crié aux jours de mes juges, et l’Éternel est juste.
Tu as alourdi ceux qui étaient légers, ils m’ont dépouillée de ma parure. Tu les as laissés venir jusqu’à moi et ils m’ont vouée à l’anathème. J’ai appelé les habitants de Guivon et ils m’ont submergée. J’ai voulu faire entendre ma voix en Arabie et ils m’ont broyée. J’ai crié : levez-vous, passez, et ils m’ont trompée par la ruse. J’ai appelé mes amants et ce sont eux qui m’ont trahie.
Pourquoi le souffle de nos narines a-t-il été gardé pour l’égorgement. Tu as vu que notre peau brûlait comme un four. Tu as vu qu’ils avaient accompli la peine et la colère selon ton dessein. Tu as pris parti par la main de Yehezkel pour venger comme il fallait. Ils ont dit : voyons et effaçons-les d’entre les nations. Vois, Éternel, car je suis dans l’angoisse et mes entrailles bouillonnent.
Ramène-nous, fais entendre la joie à la nation qui est mienne. Ils ont foulé mes parvis pour m’accabler. Les lèvres de ceux qui chantaient dans le Sanctuaire se sont tues pour me faire souffrir. Tu as entendu les sarments préparés pour me balayer. Ils se sont couchés, ils ont erré, ils m’ont nourrie de gravier. Ils ont entendu que je gémissais.
Puisque Tu as gravé la perfection sur le trône de tes roues, rends-leur leur salaire comme au jour où l’on contemplait ta face. Poursuis jusqu’à Tsalmon les conseillers du mal contre tes protégés. Livre au feu ceux qui ont brisé tes perles. Convoque-les pour les enivrer de la coupe cachée devant toi. Que toute leur méchanceté vienne devant Toi.
Viens contre l’oppresseur qui nous a exterminés. Il nous a menés avec fureur jusqu’à l’entrée de Hamat. Il nous a exilés jusqu’à Halah et Habor. Il a enchaîné le vieillard, le jeune homme et la jeune fille. Toi qui es élevé, regarde ton peuple tout entier. Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu.
Kinot de la matinée du 9 Av
Septième kina du matin : comment t’es-tu hâté dans ta colère
Composé par Rabbi Elazar HaKalir (VIe-VIIe siècle, Terre d’Israël) est l’un des plus grands et anciens paytanim (poètes liturgiques juifs). Ses œuvres, d’une grande complexité linguistique et imprégnées de Midrach, ont façonné la poésie hébraïque médiévale et le rituel des fêtes. Pionnier du style de composition avec acrostiches et rimes élaborées, il est notamment l’auteur des Kinnot (élégies) récitees à Ticha BeAv et des prières pour la rosée (Tal) et la pluie (Geshem). Son héritage reste encore aujourd’hui un pilier essentiel du livre de prières (Mahzor) de tradition ashkenaze et italienne.
Comment t’es-tu hâté dans ta colère de livrer aux mains d’Édom ceux qui te sont fidèles, sans te souvenir de l’alliance entre les morceaux que Tu avais scellée pour tes éprouvés. Et voilà pourquoi nous avons parlé : souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu.
Comment as-tu grondé dans ton grondement pour exiler par la main des orgueilleux ceux que Tu avais rachetés, sans te souvenir des bonds par lesquels Tu as devancé le chemin devant tes étendards. Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu.
Comment as-tu médité dans ta pensée de repousser par la main des insensés tes multitudes, sans te souvenir des rendez-vous fidèles que Tu avais fixés à ceux qui t’attendaient. Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu.
Comment as-tu rejeté dans ta fureur ta demeure, l’abandonnant au mépris des étrangers, sans te souvenir des lois de Horev que Tu avais gravées pour ceux que Tu aimes. Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu.
Comment t’es-tu donné la peine de livrer tes agneaux à la dent des impurs, sans te souvenir de l’amitié droite et précieuse dont Tu avais distingué ceux qui te connaissent. Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu.
Comment as-tu dirigé ta colère pour anéantir ta vigne par la main des lionceaux, sans te souvenir de la promesse de ne jamais abandonner, que Tu avais enseignée à ceux que Tu avais acquis. Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu.
Comment as-tu parlé dans ton dégoût pour effacer, par la main des oppresseurs, ceux qui t’exaltent, sans te souvenir des ailes d’aigle sur lesquelles Tu avais porté tes portés. Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu.
Comment as-tu parlé dans ta tempête pour enfermer tes témoins entre les mains des cœurs partagés, sans te souvenir de la puissante parure dont Tu avais couronné tes serviteurs. Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu.
Comment as-tu ouvert la bouche dans ta terreur pour livrer aux brigands tes merveilles, sans te souvenir de la joie du juste que Tu avais réservée à tes armées. Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu.
Comment as-tu appelé dans ton appel pour livrer tes invités à ceux qui se dressent contre eux, sans te souvenir du fracas de tes myriades de chars que Tu avais agréées pour tes amis. Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu.
Comment as-tu aspiré dans ton souffle à laisser tes parfaits aux mains des pillards, sans te souvenir de la beauté que Tu avais façonnée pour tes intègres. Souviens-toi, Éternel, de ce qui nous est advenu.
Nous avons gémi et versé des larmes comme de l’eau. Pourquoi en ce jour avons-nous été deux fois emmenés en captivité. Je me souviens du temps où je demeurais paisible à Jérusalem. Je me suis plainte, et maintenant je m’élève jusqu’au cercle des cieux.
Huitième kina du matin : je m’élèverai jusqu’au cercle des cieux
Composition de Rabbi Elazar HaKalir, bâtie sur un acrostiche inversé dont le texte nous est parvenu en partie mutilé. Chaque strophe se referme sur un même soupir : qui donnera.
Je m’élèverai jusqu’au cercle des cieux et je prendrai les cieux à témoin contre moi. Je maudirai le jour où l’on m’a détruite deux fois. Je gémirai : qui donnera à ma tête des eaux.
Je crierai comme le hurlement du désert, je passerai d’une nuit à l’autre nuit et d’un désert à l’autre désert. Je pleurerai avec moi le sacrifice du désert. Je rugirai : qui me donnera une demeure au désert.
Je saurai que je tombe comme l’olive que l’on gaule, j’entraînerai avec moi tous les enfants de la maison. Je m’élèverai jusqu’à ce que le maître de maison le dise. Je supplierai : qui fera de moi ronces et épines.
Je le chercherai de tout mon cœur pour le trouver, je rassemblerai les mots pour m’y accrocher. Je crierai : où est le berger, et je ne le trouve pas. Je gémirai : qui donnera que je sache où le trouver.
Je tournerai et me retournerai comme une roue dans mes paroles, je crierai face à face pour raconter mes peines. Le soleil et la lune ont refusé de briller devant moi. Je soupirerai : qui donnera que mes paroles soient écrites.
Je dirai le droit de ceux qui m’ont volée, je ferai connaître ma brisure et ma trahison, les constellations ont langui tandis que je déchirais mon manteau. Je crierai : qui donnera quelqu’un qui m’écoute.
Je m’éteindrai comme le câprier arraché, je me souviendrai que j’étais alliée à mon Époux. Bélier des torrents, comme la piscine supérieure. Je supplierai : qui me donnera les ailes de la colombe.
Voici l’homme qui s’est révolté, quittant la cité forte pour Tyr. Ils ont crié sans eau, retenus par la colère. Alors on moissonne le blé debout et on vendange les grappes. Je m’écrierai : qui me conduira jusqu’à la ville assiégée.
Je verrai les tentes de mon palais dans l’ombre de la mort, je fuirai et je demeurerai jusqu’au parvis de la mort. Je tomberai avec ceux qui attendent la mort. Hélas, quel homme vivra sans voir la mort.
J’ai levé les yeux vers mon secours, j’ai cherché la vision. Ma nation, chaque année, redit : c’est cette année-ci. Je le ferai savoir à tous, car cela est connu de tous : c’est la main de l’Éternel qui a fait cela.
Je lèverai vers Toi la tête, Éternel, ma force, je fléchirai le genou pour panser mon mal. Je te ceindrai d’un chant tiré de mes chants de danse. Je gémirai : qui te donnera à moi comme un frère.
N’oublie pas le cri d’Ariel. Il n’y a plus personne pour rassembler Yehouda et Israël. Les myriades d’anges que D.ieu a livrées. Je dirai : qui donnera de Sion le salut d’Israël.
Israël, depuis le temps où ils n’ont plus marché dans mes voies, ils m’ont abandonné et je les ai abandonnés, et j’ai détourné d’eux ma face. J’ai crié et j’ai hurlé, mes entrailles et mon cœur se sont répandus. Comment ont-ils jeté ma parure loin de ma tête.
Neuvième kina du matin : les bénédictions retournées en malédictions
Composition de Rabbi Elazar HaKalir. Chaque strophe oppose un verset des Lamentations à une bénédiction de la section Be’houkotaï, retournée en son contraire.
Comment ont-ils jeté ma parure loin de ma tête, et face au Trône de gloire ils ont fait régner une image d’idole. J’avais violé la condition que mes voyants avaient posée, alors que Tu avais dit : si vous marchez selon mes lois.
Pourquoi plaidez-vous tous contre moi, vos paroles se sont durcies contre moi, c’est de votre propre main que cela vous est venu.
Il a faussé mes juges par leurs propres conseils, Il leur a caché sa face selon la mesure de leur perversion, Il a changé leur pluie en poussière pour les effrayer, en échange de : je vous donnerai vos pluies en leur temps.
Il a fait de moi une immondice et un rebut, Il a consumé dans sa colère et m’a haïe. Que ses consolations viennent vite me réjouir.
Il a moissonné leur corne et leur jeunesse, Il a resserré leurs portes sous le tranchant de l’épée, ceux qui étaient épuisés par la faim au temps de la moisson, en échange de : le battage atteindra chez vous la vendange.
Il a tendu son cordeau et achevé sa décision, comme un fer Il a assailli les cieux redoutables, Il m’a ouverte de treize brèches, à la place de : je donnerai la paix dans le pays.
Votre lumière, votre forteresse et votre refuge s’est changé en cruel et vous a combattus. Celui qui vous protégeait vous a éloignés, Celui qui vous désirait vous a pris en dégoût. Où donc est la promesse : vous poursuivrez vos ennemis.
Il a saccagé la vigne pleine de justice, car dans ses ornements Il a trouvé toute impureté, et ceux qui l’honoraient l’ont méprisée comme une femme souillée. Le renversement de : cinq d’entre vous en poursuivront cent.
Il a livré au mépris la cité de vos rendez-vous, Il a mis en deuil les portes où se tenaient vos pieds. Qui a demandé cela, dit-Il, et Il vous a exilés. Lui qui avait pourtant dit : je me tournerai vers vous.
La nation cueillie comme un lys s’est assise dans l’abandon, Il l’a engraissée de la graisse de ses nourrissons. La fumée de son dais est montée comme d’une fournaise, et l’on demandait : où est le blé, à la place de : vous mangerez du grain longtemps conservé.
Ils ont recouvert de ténèbres les degrés de mon estrade, dans la vallée de Hamat où mon prêtre fut égorgé. Voici tant d’années que le fondement de ma demeure est exilé et que s’est retirée d’entre nous la parole : j’établirai ma demeure.
Ils se sont assis en pleurant au gémissement de vos morts. Il a fait tomber vos hommes par les quatre genres de mort, l’épée, la faim, la bête sauvage et la peste vous ont détruits, lorsque leur protection s’est retirée, à la place de : je marcherai au milieu de vous.
Vos tentes ont été ravagées en un instant, vos insulteurs ont juré par vous, et les âmes de vos nourrissons se sont répandues dans votre sein, parce que vous aviez méprisé la parole : je suis l’Éternel votre D.ieu.
Leurs mères ont crié vers le Tout Puissant, et le Rocher a dit à ses anges de se détourner d’elles. Je les avais amenés dans une terre de vergers et ils s’y étaient réjouis, et ils ont haï celui qui réprimande, comme il est dit : si vous ne m’écoutez pas.
Comment te prendre à témoin, tes vieillards et tes jeunes ont été foulés aux pieds. Ils disaient : montons sur des chevaux et fuyons, et c’est pourquoi ils ont fui. Je me suis lassé de porter vos fautes tant elles pesaient, et je vous ai châtiés comme je l’avais dit : si vous méprisez mes lois.
Tes prophètes ont contemplé la fausseté et le mensonge. Je cherchais à pardonner et je disais : pourquoi cela. Je les ai attirés et ils m’ont répondu avec insolence. Je me suis irrité et j’ai dit : moi aussi j’agirai ainsi.
Mes adversaires ont battu des mains, ils ont sifflé, du dedans et du dehors, pour anéantir mes fidèles, car des fils d’orgueil ont profané mes trésors cachés. Pour le mal et non pour le bien, j’ai dit : je tournerai ma face.
Les insolents ont dit : devant qui imploreras-tu. Il a visité un peuple lourd de fautes et s’est lassé. N’attendez plus ni signe, ni prodige, ni merveille. Il s’est irrité et s’est éloigné, disant : si malgré tout cela.
Il a élevé la tête des fils du tumulte, mon sang m’a enivrée dans la vallée de la soif, et d’année en année Il a ajouté douleur sur douleur, depuis le jour où Il a dit : je briserai l’orgueil.
Il a crié malheur et vidé son carquois, de tous côtés Il a fait venir contre moi le fuyard, et dans ses moqueries l’ennemi a grincé des dents. Il a consumé ma force en disant : votre force s’épuisera en vain.
Lève-toi, crie, ne te tais pas. Fais monter ta voix de la terre comme un spectre, et tais-toi. Il m’a fait boire des eaux amères et m’a réduite au silence, et ma marche s’est obscurcie selon sa parole : si vous marchez contre moi.
Vois, le lot que Tu avais désiré a été livré aux bergers pour le ravager, et je suis devenue semblable au pélican du désert, exilée, méprisée, mise à l’écart, lorsque j’ai entendu : j’enverrai contre vous les bêtes sauvages.
Ils se sont couchés, défaillants, comme un bœuf pris au filet, sans personne pour les relever, remplis de reproches, sans remède qui monte. Voici tant d’années qu’Il m’a frappée de stupeur pour m’anéantir, et des hommes disputent encore : si malgré cela.
Tu convoqueras le jour où Tu régleras le compte du fils d’Édom, pour le renverser et le déchirer sept fois plus qu’il ne m’a fait. Mes ennemis s’abîmeront lorsque la voix sortira de mon palais, quand Tu diras : moi aussi j’irai contre vous.
Moi aussi, j’ai été prise au piège de l’ivresse. La joie s’est éteinte et la colère l’a fait cesser. Je m’assiérai à terre et je gémirai du fond de la gorge : comment le lys de Charon est-il resté solitaire.
Dixième kina du matin : le lys de Charon et les tours de service
Cette élégie nomme, l’une après l’autre, les vingt-quatre familles sacerdotales et les bourgades de Galilée où elles s’établirent après l’exil.
Comment le lys de Charon est-il resté solitaire, et le chant s’est-il tu dans la bouche de ceux qui portaient l’arche. Les Cohanim, fils d’Aharon, ont quitté leurs tours de service, quand la maison fut livrée à ceux qui refusaient de se soumettre.
Elle pleure amèrement, celle qui porte les cinq livres, car un prêtre et un prophète ont été tués le jour de Kippour. Sur son sang de jeunes prêtres ont été égorgés comme des chevreaux, et les Cohanim de Tsippori ont fui comme des oiseaux.
Elle a été exilée de sa terre comme une fiancée parée, pour la faute des dîmes et de l’année sabbatique. Elle a été jugée par les quatre châtiments et dépouillée de sa parure, et le tour de service a été arraché.
Les degrés du Temple se sont tus quand sa muraille fut percée, et le manteau quand son fil fut déchiré. Il a été abaissé, fondu, jeté à bas de son socle, et le prêtre d’Ayta a été arraché de son plant.
Les ennemis se sont moqués de ceux qui livraient bataille pour le pain, car ils avaient cessé de partager leur pain avec l’affamé. Ils ont eu faim et soif, privés d’eau et de pain, quand ont cessé les deux pains de Beth Léhem.
La splendeur de la nation revêtue d’argent s’en est allée, et à sa place la cendre a couvert sa tête. Les lampes se sont éteintes et le candélabre a été lié, car ils avaient péché par le pain, et Yodfat a été prise.
Souviens-toi du temps où ils répondaient : nous ferons et nous entendrons. Maintenant ils ne veulent même plus répondre amen. Ils se sont rassasiés d’absinthe et de poison, ils ont été rejetés et raillés, les Cohanim d’Ailbou.
Elle a fauté et dit à l’idole : voici mon dieu. Elle s’est moquée des voyants de D.ieu et les a bafoués. C’est pourquoi Il a été rendu jaloux par ceux qui l’irritent, et de la demeure de D.ieu est sorti le prêtre de Kfar Ouziel.
Son impureté s’est répandue sur le monde, le grand pilote s’est retiré, et la nuée de la poussière de ses pieds a pris le deuil, et nul ne s’enveloppe plus parmi les Cohanim d’Arbel.
L’ennemi a étendu sa main dans la demeure sublime, car j’avais mérité l’extermination comme la génération du déluge. Il a livré son trône à la ruine et à l’outrage, et le prêtre de Kavoul est parti dans les fers.
Tout son peuple a entonné une complainte, car ils avaient irrité un D.ieu jaloux. Il les a rendus jaloux par une nation vile, et le tour de service d’Elkana a été chassé de son nid.
Elle n’a plus levé les yeux vers le ciel, elle a recouvert d’argent un tesson d’argile. Elle s’est révoltée contre la réprimande et fut couverte de honte, elle fut détruite et enlacée, le prêtre de Tsfat.
Il a proclamé d’en haut : je suis las de porter. Il m’a frappée d’aveuglement et de folie, Il m’a visitée pour la faute de Nov et de Guivon, et le tour de service de la maison du prêtre de Méon a été chassé de sa demeure.
Le joug de la faute a été lié et j’en souffre, car j’ai été laissée désolée, sans père. Je me suis tue, sans plus faire résonner la lyre et le luth, et le tour de service de Yechevav a entonné sur moi une lamentation.
Il a anéanti mes puissants, mes maîtres d’enseignement, et l’on ne s’est plus souvenu pour moi de la ligature du Moriya. À force de rébellion et de révolte, elle a été exposée nue et dépouillée, le tour de service de Maarya.
Sur mon dos les laboureurs ont labouré et allongé leur sillon. Ils ont vidé sur moi l’épée et la lance. J’ai multiplié les jeûnes et les macérations, et de la forme régulière est sortie la mesure grecque.
Elle a tendu la main sans que nul ne la lui prenne, car elle n’avait pas cru aux messagers envoyés dès l’aube. L’alliance du sel a cessé, et il n’y a plus d’huile mêlée au sommet de Mamla’h.
Il est juste, l’Éternel, car j’ai désobéi à sa bouche. Ils ont crié : rasez, rasez jusqu’aux fondations. À la place de : ma force et mon chant, des lamentations ont été gravées sur elle, et jusqu’aux extrémités de la terre a été dispersé le tour de service de Natsrat.
J’ai appelé mon Rocher et ma voix n’a pas été agréable. J’ai gémi dans la forêt et au soir. La lampe qui brûlait à l’occident s’est éteinte, et le parfum n’a plus été agréé de la nourriture du soir.
Vois, j’ai été secouée comme un navire dans la tempête, dans le gémissement et la plainte. Ma communauté est comptée comme un troupeau pour l’abattoir, et elle a fui ses boutiques, la tour de Nounya.
Ils ont entendu que je partais en captivité, que la loi du Très Haut était brûlée et emmenée, que j’étais livrée à la désolation et au désordre, et que de sa cachette avait fui Beth Hovia.
Ils ont entendu que j’étais souillée de puanteur, qu’Il avait fermé devant moi la supplication, qu’Il ne m’avait accordé ni pitié ni grâce, et que de la ville de Hana avait fui Kfar Yohana.
Ils m’ont vouée au mal, ils m’ont assimilée au sang. Mes portes sont restées désolées. Il a retiré sa droite en arrière, et pour la faute des idoles a fui Guinton Tsalmin.
Puisses-tu venir répandre le baume et faire lever notre obscurité, faire fleurir nos ossements comme l’herbe, respirer de nouveau notre parfum d’agrément comme autrefois, et nous inviter de nouveau à ta table.
Onzième kina du matin : Yirmiyahou pleure sur le roi Yochiyahou
Yirmiyahou (Jérémie) composa une élégie sur Yochiyahou. C’est l’un des grands prophètes et l’auteur du livre qui porte son nom ainsi que du livre des Lamentations (Eikha). Il a prophétisé dans le royaume de Juda pendant les décennies tumultueuses qui ont mené au siège de Jérusalem et à la destruction du Premier Temple par Nabuchodonosor .C.
Comment ont-ils pleuré sur lui : à huit ans il avait commencé à chercher son D.ieu. Les fils de Ham, en passant, ont campé contre lui, et nul ne lui a rappelé qu’il fallait changer sa décision.
Parmi tous les rois d’Israël qui se sont levés pour combler les brèches, aucun ne s’est levé comme lui depuis les jours de Moché. Mais la faute des moqueurs de sa génération s’est attachée à lui, ceux qui dressaient l’idole derrière la porte.
Ceux qui mangeaient la semence du Nil, leur or fin s’est noirci comme du charbon. La faute a grandi et Il a retiré sa droite, et sa main ne s’est plus retirée du trou.
Ses paroles étaient pures, il voulait rétablir la loi, il accomplissait la parole : maudit celui qui ne maintient pas. Mais son visage s’est assombri quand les lointains l’ont outragé, par l’appât du gain de ceux qui méprisent la loi et les statuts.
Les bons et les mauvais furent appelés quand il envoya son messager : qu’y a-t-il entre moi et toi aujourd’hui pour que tu me combattes. La main du peuple du pays est chargée de sang, tu seras puni pour avoir accompli ta merveille.
Il envoya ses armées jusqu’à Aram Naharayim, afin qu’aucune épée ne traverse le territoire d’Éfrayim. Il n’écouta pas le voyant qui lui disait de revenir en arrière, car un décret avait été prononcé pour dresser l’Égypte contre l’Égypte.
Pour la faute des mezouzot arrachées, on commença à mépriser la vision du prophète d’Anatot. Ils se déplacèrent pour humilier sa chaleur, et il ne détourna pas sa face, et l’on se lamenta sur cela.
Écartez-vous, avaient-ils averti, avant la désolation. Ils refusèrent de s’écarter et le fondement du monde chancela. Il s’avança au combat et nul emplâtre ne put le guérir, et les archers tirèrent sur le roi Yochiyahou.
Il fermait encore les yeux qu’ils lui transperçaient déjà le corps. Flèche après flèche ils tiraient et le pressaient. Ils le traquèrent et le prirent pour cible, et lancèrent contre lui trois cents flèches.
Les plus prompts se penchèrent pour écouter la parole de sa bouche. Jusqu’à l’extinction de son âme, ses actes le soufflèrent. Le souffle de ses lèvres jaillit de sa bouche : il est juste, l’Éternel, car j’ai désobéi à sa parole.
Réjouis-toi, Nof, car la fureur s’est éveillée pour payer leur tumulte et la faute de leur convoitise. L’or pur a été terni par le péché de ce peuple, et l’on composa sur lui toutes les lamentations qui commencent par : comment.
Il a bu par un même sort la coupe de Meguido, à l’époque de l’année sabbatique où l’on rassemble le peuple. Il a langui vingt-deux jours avant que les fondations ne s’écroulent, et on l’a pleuré par une élégie de vingt-deux lettres.
Les signes des lamentations m’ont frappée dans ma danse, quand j’ai oublié Celui qui m’a formée. J’ai pensé qu’Il m’abriterait à jamais, j’ai fauté, je suis partie, et ma tente a été abandonnée.
Douzième kina du matin : ma tente que Tu as désirée
Ma tente que Tu as désirée avant même le commencement, avec le Trône de gloire, pour l’associer à Toi. Pourquoi à jamais est-elle ravagée aux mains des pillards. Tu es devenu comme un homme égaré dans son enveloppement, Tu as tremblé et Tu t’es plaint. Et maintenant, qu’ai-je à faire ici.
Ma tente que Tu as établie pour les puissants de la terre, dans l’effroi de celui qui demandait : où donc. Pourquoi à jamais est-elle réduite aux mains des adversaires. Tu es devenu comme un moineau solitaire sur un toit, criant amèrement. Qu’y a-t-il ici pour mon bien-aimé.
Ma tente pour laquelle Tu as parlé au messager : et toi, tiens-toi ici auprès de moi. Pourquoi à jamais est-elle démantelée aux mains des incirconcis. Tu es devenu comme un ennemi et un oppresseur. Où est le désir de siéger ici.
Ma tente que Tu as guidée dans les nuées de gloire, pour celui qui est ici et pour celui qui n’y est pas. Pourquoi à jamais est-elle méprisée aux mains des rebelles. Tu es devenu comme un héros incapable de sauver. Qu’as-tu ici et qui as-tu ici.
Ma tente que Tu as fondée face au lieu de ta demeure, pour abriter son dais. Pourquoi à jamais est-elle égarée aux mains des arrogants. Tu es devenu comme un homme frappé, et il n’y a plus de prophète. Et Tu as dit : n’y a-t-il personne ici.
Ma tente que Tu as gratifiée dès l’origine, de chambre en chambre. Pourquoi à jamais est-elle abandonnée aux mains des étrangers. Tu es devenu comme un voyageur qui sort au dehors, et il n’est pas passé ici.
Ma tente que Tu as préparée pour y jeter le sort devant Toi. Pourquoi à jamais est-elle repoussée aux mains des insolents. Tu es devenu comme un étranger dans le pays. Et Tu as dit : nous ne ferons pas le tour avant qu’il ne vienne ici.
Ma tente, pour la faute de ma convoitise, les étoiles de son crépuscule se sont éteintes. Pourquoi à jamais est-elle tombée aux mains des nations. Tu es devenu comme un voyageur qui s’attarde à l’auberge. Et qui donc te reste ici.
En arrière et en avant, d’ici et de là. À chaque génération sa colère et son abri se sont fait connaître. Pourquoi, de toutes les nations, a-t-Il posé sur moi sa main. Cela est manifeste, le malheur est gravé dans sa paume. Ma guérison est certaine, car sa colère ne dure qu’un instant. Et jusqu’à maintenant, comment obscurcit-Il encore dans sa colère.
Treizième kina du matin : où est le ainsi que Tu avais promis
Cette élégie joue sur le mot par lequel D.ieu a annoncé chacune de ses promesses, pour demander où elles sont passées.
Où est le ainsi dit au patriarche lors de l’alliance entre les morceaux : ainsi sera-t-il pour toujours. Et voici que maintenant mes os ont été engloutis dans le meurtre. Pourquoi, ô D.ieu, nous as-tu rejetés pour toujours.
Où est le ainsi de celui qui s’est approché comme un agneau pour l’holocauste afin de t’apaiser. Nous irons jusque-là, disaient ceux qui se laissaient séduire par tes témoignages. Et voici que maintenant ils ont transpercé ta compagne comme un quartier de fruit. Ta colère fume-t-elle contre le troupeau de ton pâturage.
Où est la promesse des agneaux marqués et tachetés portée dans les hauteurs. S’il est dit ainsi, un signe sera aussitôt donné. Et voici que maintenant Tu as disputé contre la ville pleine de rumeurs. Dirige tes pas vers ces ruines éternelles.
Où est le ainsi de celui qui frappa l’Égyptien dans le jardin clos de la sainteté. Il se tourna d’un côté et de l’autre, scellé dans la communauté sainte. Et voici que maintenant leur part a été dévorée en un mois. Tout le mal, l’ennemi l’a fait dans le Sanctuaire.
Où est le ainsi du bien lorsqu’Il envoya délivrer tes serviteurs. Tu diras ainsi : laisse partir le peuple pour qu’il me serve. Et voici que maintenant des traîtres se sont assis dans ta maison de rendez-vous. Tes adversaires ont rugi au milieu de tes fêtes.
Où est le ainsi des alliances nouvelles. Il fut dit ainsi : vers le milieu de la nuit, avec des prodiges et des signes. Et voici que maintenant ils se sont assemblés avec leurs souliers pour donner des signes. Ils ont posé leurs enseignes comme des enseignes.
Où est le ainsi de la parole entendue quand Moché monta. Tu diras ainsi à la belle demeure. Et voici que maintenant les fils d’iniquité l’ont profanée. On le saura comme celui qui monte en haut.
Où est le ainsi des soixante lettres primordiales. Ainsi bénirez-vous, semblables aux soixante héros. Et voici que maintenant les choses endormies se sont éveillées, dans le fourré des arbres et des haches.
Où est le ainsi de celui qui voulut maudire le peuple et le bénit, ton peuple saint. Le : ainsi parleras-tu a été changé contre tes saints. Et voici que maintenant ils ont assiégé ta ville sainte. Ils ont livré au feu ton Sanctuaire.
Où est le ainsi de la prise des Léviim, tes parfaits. Ainsi feras-tu pour les purifier en vue de ta maison éternelle. Et voici que maintenant ils ont fait trembler et gronder tes cieux. Ils ont profané jusqu’à terre la demeure de ton Nom.
Où est le ainsi des sept chofarot redoutables. Ainsi feras-tu six jours pour abattre la muraille jusqu’au sol. Et voici que maintenant les portes se sont enfoncées dans la terre. Ils ont brûlé tous les lieux de rendez-vous de D.ieu dans le pays.
Où est le ainsi des délivrances, greniers du trésor. Il fut dit ainsi ce qui était gardé pour les voyants. Et voici que maintenant mes jeunes pousses ont été anéanties dans le parvis. Jusqu’à quand, ô D.ieu, l’oppresseur outragera-t-il.
Quatorzième kina du matin : ce qui avait déjà été montré à Avraham
Comment ce qui avait déjà été accompli m’a-t-il été réclamé comme une dette. Avant même que les cieux ne fussent déployés, tout était contenu dans mon dessein, alors que la terre était encore vide.
Il l’a englouti au moment du soir et du matin, Lui qui, dans sa grandeur, annonce la fin dès le commencement. Bâti, détruit, et rebâti à la fin. Et de ma dette est venue sa ruine.
Il a fixé le crépuscule et connu les ténèbres, et les anciens l’ont contemplé abattu. Alors la destruction fut annoncée aux chefs des générations. Avant même qu’il ne fût bâti, ses cornes furent tranchées.
Il a montré la stature de la créature façonnée. Ce livre était scellé devant Lui. Tes yeux ont vu ma forme informe, quand Il fit passer devant Lui tout ce qui était retenu.
Il a été poussé hors de la maison du trésor, et on lui a montré que la couche était trop courte. Son cœur s’est fait malade en voyant venir ses enfants aux mains de l’oppresseur, et il composa sur lui une lamentation, avec le : où es-tu du temps de détresse.
Le Rocher lui a montré ce qui allait être. Le mur penché fut abattu et la clôture renversée. Il a enseigné aux générations le gémissement et la plainte, sur le désastre qui allait advenir.
Celui qui fut éveillé de l’orient, entre les morceaux, quand sa lumière brilla, on lui montra les quatre royaumes dans un profond sommeil, et il cria, car la porte de l’orient s’était enfoncée.
Il a vu le pillage et le dépouillement de sa couronne. Il a vu la parure jetée à terre. Une terreur est tombée sur lui quand elle fut dispersée, et il a justifié la mesure du jugement en voyant cela.
Il l’a vue nue et dénudée et il a soupiré. À son fils lié il a déchiffré ce secret. Son œil s’est éteint de colère et n’a plus connu de repos, en voyant que sa souche pourtant bonne serait rejetée.
L’éclat de l’homme intègre lui apparut en vision, car il n’avait pas cru à cette parole. Il a nourri son œil de ce lieu, il a chanté sa désolation et il a gémi : ceci n’est pas.
Il a pensé mesurer ceux qui montaient et descendaient, et il a compris que par lui on dominerait. Ses disciples tremblaient devant son jugement, et c’est d’eux qu’on réclama la demeure des rebelles.
Les fondations du Sanctuaire ont été mises à nu, et l’on a planté les clous de leurs sandales dans son sol. Pourquoi m’a-t-on réclamé la splendeur de ses portes, alors que les voici enfouies dans la terre, car elles se sont enfoncées.
Ils se sont acharnés à connaître la date, car la fin devait être révélée au patriarche. Il valait mieux qu’on ne lui révélât pas la fin fixée. Il s’est contenu, il a pris sur lui, et la fin est restée cachée.
Ils se sont assis et ont interrogé le père pour savoir quand la fin des merveilles serait connue. Ils espèrent un jour de salut et il n’est pas connu, jusqu’à ce qu’en son temps il se hâte et soit révélé.
Le secret sera révélé au peuple qui a mis en Toi son regard. Il leur est caché et ils ne peuvent l’atteindre. Tes amis sont dévorés par la jalousie de ta maison, et leur vie s’achève dans le chagrin.
Les reins du messager ont défailli quand il fut envoyé. Il a dit : envoie donc par la main de qui Tu enverras. Que me sert d’être envoyé, puisqu’après moi un homme de Guilad sera envoyé.
Leurs mères ont fortifié le cœur des enfants de la mer des Joncs. Quel est ce jour tant espéré. Leur cœur s’est préparé à chanter dès la mer : l’Éternel régnera, le bras découvert.
Il a découvert son bras d’une main puissante, Il s’est révélé par sa droite exaltée. Quand les enfants ont mérité que la colère se répande, leur âme s’est épuisée dans la vallée d’Édom à demander pourquoi.
Quelle injustice as-tu trouvée en moi, pour m’avoir ainsi trahie. Depuis le désert Tu t’es aigri contre moi, et jusqu’à maintenant Tu n’as pas eu foi en moi.
Tes prophètes, plantations de Moché, se sont brisés en voulant colmater les brèches. Je me suis révélé au jour de la vengeance pour mettre de l’ordre, et les insolents de la génération ne se sont pas sanctifiés.
Cette génération a voulu percer le secret et a frappé à la porte. Je vous ai adjurés, ils ont entendu et se sont bouchés les oreilles. Car en entendant cela ils se sont consumés et ont battu des mains.
Ceux qui sont entrés dans le pays se sont réjouis quand les rois de la terre sont tombés entre leurs mains. Ils croyaient que leur salut allait courir vers eux et que par eux s’établirait la joie de toute la terre.
Ils ont ouvert la bouche : fête pour l’Éternel à Chilo. Ils imaginaient que leur souverain y demeurerait à jamais. Ils ont agi avec fausseté et l’ont perdu, jusqu’à la venue de Chilo.
Chilo a été agréé comme la première part de la pâte, puis rejeté à cause de ce qui s’y est fait. Voyez ce que fait une transgression. Il fait tout ce qu’Il désire.
Il a fait pour moi un signe magnifique, et en son temps Il s’est hâté vers la dureté. Je me suis évanouie comme une terre desséchée, jusqu’à ce que D.ieu resplendisse de Sion.
Sion a crié : comment a-t-Il pu livrer contre moi une nation puissante. Elle a hurlé et frappé le seuil du pied, et dans sa fureur Il a répandu la terreur.
Il m’a effrayée à l’heure où Celui qui m’avait brodée me conduisait. Je croyais y demeurer à jamais. J’ai été honteuse et confondue en essayant de me relever, et dans l’ardeur de sa colère Il m’a dit : lève-toi.
J’ai écouté cette parole de rejet : lève-toi et va, car ce n’est pas ici le lieu du repos. J’ai pris ma vie en dégoût à force de gémir, et l’offrande que j’apportais n’a pas été agréée.
Vois combien mon âme est délaissée, privée de paix, de tranquillité et de repos, abandonnée dans les montagnes du crépuscule, gémissante. Et là non plus elle n’a pas trouvé de repos.
Sa main s’est posée sur eux et ils en ont été brûlés. Des hommes ont chevauché sur leur tête. Ils se sont épuisés sur les fleuves de Babel où on les retenait, et comme des grappes glanées ils se sont couchés dehors.
Leurs ravisseurs transperçaient leurs corps, ils se jouaient d’eux comme du bétail, ils les laissaient s’écouler percés de coups, et les eaux de l’Euphrate transperçaient leurs entrailles.
Tu proclameras la puissance du massacre et du mélange pour ceux qui traitaient tout comme un bien sans maître. Chaque peuple et chaque langue les regardaient, et sur eux se lamentaient les fils précieux de Sion.
Les précieux ont fait entendre leur voix dans les hauteurs pour pleurer. Pourquoi et à cause de quoi cela nous est-il arrivé. Ensemble, l’un dit ceci et l’autre cela. Ils se sont plaints de devoir changer le comment des Lamentations en un où donc.
Quinzième kina du matin : moi, l’homme qui a vu l’affliction
Comment son carquois est ouvert comme un tombeau, et pour me poursuivre Il a ajouté à sa colère des ailes. Moi, je suis l’homme qui a vu l’affliction.
Comment porterai-je la faute de ce que j’ai médité, alors que ma bouche est muselée et privée de prière. C’est moi qu’Il a conduit.
Comment s’est-Il hâté de répandre son courroux. Je me suis lassé de contenir et Il a dit : répands. C’est contre moi seul qu’Il tourne et retourne sa main.
Souviens-toi de mon dais dans la chaleur. Il a dit : lorsque s’allongeront les ombres du soir. Et j’amènerai contre vous l’épée.
Elle pleure et pleure encore, à l’heure où tout m’a manqué et où j’ai abandonné le chemin de mon éducation. Il a usé ma chair et ma peau.
Il a englouti la maison dressée vers les hauteurs, et comme un fer mon enchevêtrement a été abattu. Il a bâti contre moi et m’a entouré.
Il m’a fait écouter les fils de mes entrailles que l’on dévorait, l’ennemi m’a fait reculer, Il m’a fait asseoir dans les ténèbres.
Notre héritage a été abandonné aux mains du combattant. Il a dit : je n’aurai ni pitié ni compassion, quand je briserai pour vous le bâton du pain.
Elle est partie en exil, la ville éclatante, changeant sa parure, du dais à l’exil quand je m’y suis préparée. Il a barré ma route.
Il a abattu l’orgueil du noble et du puissant et a retiré sa droite au lieu de sauver. Même quand je crie et que j’appelle au secours.
Mon oppresseur a pris le dessus, et à mon gémissement Il a bouché mes fenêtres. Il a clôturé mes chemins.
Des orphelins chassés de leurs héritages, et malgré tout cela sa colère ne s’est pas apaisée, et Il a dit : et si malgré cela.
Il a rendu mes chemins amers pour me mettre en deuil et m’a conduite à l’exil de Chéchakh. Il est pour moi un ours en embuscade.
L’oppresseur a marché sur mes hauteurs pour dominer. Détournez-vous de moi, je pleurerai amèrement. Il a fait dévier mes routes.
Le persécuteur s’est attaché et m’a prise dans son filet, aiguisant contre moi son soc. Il a tendu son arc.
Il a troublé nos eaux et a dit : je vous rendrai coupables, je vous jetterai dans la vallée de l’exil pour vous humilier, et je marcherai contre vous.
Malheur au jour de mes pleurs, et la brûlure de mes plaies, Il l’a fait entrer dans mes reins.
Celui qui marchait devant moi est devenu mon irritation, et mon sang, Il me l’a fait goûter comme un vin doux. Je suis devenu la risée de tout mon peuple.
Ceux qui mangeaient l’offrande sanctifiée de Pessa’h dans la nuit de la garde, Il les a nourris dans la disette de têtes d’ânes. Il m’a rassasié d’amertume.
Sur notre nuque Il a entrelacé le joug et profané l’épaule, et Il a dit : je punirai vos fautes, et vous mangerez la chair de vos fils.
Il est sorti et a rasé la tête, Il a broyé et fortifié mon châtiment parce que je me moquais. Il a fait grincer mes dents sur du gravier.
Il a pillé et dépouillé ma parure, pour me jeter dans la poussière et me précipiter de la hauteur dans l’abîme. Mon âme a été rejetée loin de la paix.
Le gémissement de mon meurtre a grandi et pesé, et sur ma tête est monté mon cri, et j’ai dit : ma force est perdue.
L’Égypte et Kouch, Il a dit : je vous ferai revenir et je vous jugerai selon vos desseins, et je détruirai vos hauts lieux.
Souviens-toi de cela, car mon parfum s’est corrompu, et pour l’anéantissement Il a dit à la fiancée : descends de ta gloire. Souviens-toi de mon affliction et de mon errance.
Il a rejeté sa demeure et endurci son cœur, et dans sa colère contre l’oint. Tu te souviendras et Tu t’inclineras.
Mes anciens ont été purs et j’apporterai leurs actes, car par eux ma voie a été rompue. Voici ce que je ramène à mon cœur.
Nos pères ont crié et se sont épuisés sous la calomnie, et Il a dit de notre mal qu’il était grand, et je réduirai vos villes en ruines.
Il a vu la faute qui nous a souillés, et à la place de la sécheresse Il nous a rendus fétides. Les bontés de l’Éternel ne sont pas épuisées.
Celui qui laboure contre moi a voulu abattre la muraille des précieux, et ils pleurent amèrement en regardant ma plaie. Elles se renouvellent chaque matin.
La vision s’est obscurcie pour ceux qui approchaient mes offrandes, tâtonnant contre le mur comme un aveugle. L’Éternel est ma part, a dit mon âme.
Des esclaves m’ont empêché de colmater la brèche, et Il a prononcé de dures réprimandes avec tranchant, et moi je dévasterai le pays.
Son impureté s’est attachée à elle et Il a tendu le cordeau, sans reculer de son attente. L’Éternel est bon pour ceux qui espèrent en Lui.
Mes forteresses ont sombré et la bouche de l’oppresseur s’est tue, et tout passant a sifflé et s’est étonné. Il est bon d’attendre en silence.
Mes bons enfants ont été anéantis quand j’ai multiplié la trahison, et selon mes actes Il s’est irrité contre moi. Il est bon à l’homme de porter le joug.
C’est au péril de notre vie que nous rapportons notre proie, car comme avec la pelle et le van Il a dit : et je vous disperserai.
Sa main a lancé contre moi un feu comme celui de Sodome, et par-dessus tout cela la fille d’Édom m’a trompé. Qu’il s’asseye solitaire et se taise.
Les douleurs se sont installées, mes fils sous son toit, car son fardeau est lourd sur moi. Qu’il mette sa bouche dans la poussière.
Les mains de Celui qui me châtie ont posé sur moi le coup, et j’ai entendu de la bouche de l’ennemi : courbe-toi. Qu’il tende la joue à celui qui le frappe.
Notre peau s’est ternie comme un tesson à cause du massacre, et nous avons livré nos corps à la terre. Alors la terre sera agréée.
Toute la gloire de notre visage a été couverte de honte, mais les voies du Rocher ne sont que bonté. Car Il ne rejette pas pour toujours.
Nous avons presque été anéantis parce qu’Il combattait contre moi, et sur le mal Il s’est ravisé. Mais s’Il afflige, Il a aussi pitié.
Il a achevé sa colère et allumé sa flamme, et pour finir Il a éteint six luminaires. Car ce n’est pas de son cœur qu’Il afflige.
Des femmes échevelées siègent dans la désolation, et chaque année elles rappellent la faute, tous les jours de la désolation.
Que cela ne vous atteigne pas, vous qui l’opprimez dans sa joie, et sur ses enfants Il a fait passer ses vagues. Pour écraser sous ses pieds.
Vers leurs mères, à l’heure où elles languissaient de la brisure, parce qu’ils avaient ouvert la gorge comme un tombeau. Pour faire dévier le droit d’un homme.
Il n’a pas voulu effacer, a-t-Il dit, pour le peuple qui lui est proche, et comment a-t-Il tiré son épée du fourreau. Pour fausser le droit d’un homme dans son procès.
Des princes capturés, Il les a fait sortir des portes, livrés comme des figues précoces, pour glaner ceux qui restaient.
D’en haut Il a écrit un rouleau, et lamentation et gémissement et plainte. Qui a dit et cela fut.
Comment te prendre à témoin pour être agréée, livrée aux mains de celui qui dispute et conteste. De la bouche du Très Haut ne sortent pas.
Pour la faute de ceux qui égarent en vain je me lamenterai, mon consolateur est comme un homme réveillé par le vin. De quoi l’homme vivant se plaindrait-il.
Des jeunes gens ont chancelé, entraînant ma chute, et la Présence divine s’est retirée du milieu, et ils ont trébuché l’un sur l’autre comme devant l’épée.
Le joug de nos oppresseurs a été lié, et Il a pris en dégoût le présent que nous préparions. Cherchons nos voies.
Tes prophètes ont blasphémé en clignant des yeux, et ils ont été cruels envers nous, Toi qui es lent à la colère. Élevons notre cœur avec nos mains.
Ils ont hoché la tête sur nos fosses, les méchants nous font tomber dans leurs pièges. Nous avons péché et nous nous sommes révoltés.
Des anciens et leurs descendants, égarés en grand nombre, ont été dévorés et donnés en exemple parmi les nations, comme il fut dit : et vous périrez parmi les nations.
Il a écarté ceux qui offraient l’encens dans sa colère, et j’ai ouvert la bouche et aspiré. Tu t’es couvert de colère.
Mes adversaires ont battu des mains et je me suis aiguisé, j’ai crié à la violence et je me suis plaint. Tu t’es couvert d’un nuage.
Écartez-vous, impur, ont dit ceux qui nous accusent, lorsque nos cieux sont devenus comme du fer. Tu fais de nous une immondice et un rebut.
La joie des chantres a cessé, et mes poursuivants ont été plus rapides que les aigles pour anéantir ceux qui restaient.
Pour tout cela ils nous ont opprimés par leurs outrages et ont grandi le tumulte de leurs blasphèmes. Ils ont ouvert la bouche contre nous.
Ils ont ouvert et béé la bouche comme la fosse, et m’ont assailli de reproches. La terreur et le piège.
Il a flétri la splendeur du dais de ma demeure et a relevé celui qui m’humilie. Mon œil verse des ruisseaux d’eau.
La couronne de leur force et de leur appui est tombée, et l’oppresseur les a humiliés de sept manières, et ils ont confessé leur faute.
Elle a tendu les mains et s’est écriée : malheur, car je suis enfermée. Au lieu de la force elle a ceint le sac sur ses reins. Mon œil coule sans arrêt.
Il a accompli sa fureur et s’est irrité, Il a brisé la nuque de la querelle. Jusqu’à ce qu’Il regarde et voie.
Alors que nous étions encore là, la gloire s’est envolée et est montée, et par dix déplacements elle s’est élevée. Mon œil m’a fait mal.
Pour cela la beauté de leur agrément a cessé, et Il a dit : je ne les abandonnerai pas aux mains de ceux qui les haïssent, moi aussi je marcherai avec eux.
Le juste a compté mes pas, et parce que j’ai tordu la droiture et renié. Ils m’ont traqué comme un oiseau.
Mon Rocher a crié et a fait écran pour ne pas passer, et dans ma défaillance Il s’est apprêté à briser. Ils m’ont enfermé dans la fosse.
Ils ont épié mes pas et Celui qui me cherchait s’est éloigné, et lorsqu’ils sont montés contre moi comme la mer pour me chasser, les eaux ont monté par-dessus ma tête.
Sur la montagne de Sion ils se sont rassemblés pour me retrancher, et le Rocher a dit : j’aurai pitié de mon reste, et je me souviendrai de mon alliance.
J’ai appelé : écoute l’outrage de mes accusateurs, ils frappent mes fils sur la joue. J’ai invoqué ton Nom, Éternel.
Lève-toi, appelle, car tu ne seras pas confondue. Il paiera le reste à ceux qui me rendent jaloux. Tu as entendu ma voix, ne te cache pas.
Les prompts m’ont brûlé et Tu as caché ta face. Place ta crainte parmi les nations. Tu t’es approché au jour où je t’ai appelé.
Toi, Éternel, ne déçois pas la fin. Jusqu’à quand serai-je abandonné comme un bois, et la terre restera-t-elle abandonnée.
Vois la fureur de ma plaie mortelle, et je dis dans mon abandon. Tu as plaidé, Seigneur, la cause de mon âme.
Vois l’immensité de mes terreurs, Tu as désolé toute ma communauté. Tu as vu, Éternel, mon injustice.
L’esprit s’est affaibli en moi devant leur épouvante, pour m’engloutir ils ont fait monter leur colère. Tu as vu toute leur vengeance.
Pourquoi te tiens-tu loin quand ils parlent avec insolence. Tu as dit : je peuplerai la ville désolée de villages ouverts, et malgré tout cela.
Ils ont entendu que j’avais trébuché sous leurs coups, et comme la sauterelle leur nuée est montée. Tu as entendu leur outrage.
Mes fils se sont couchés courbés par le chagrin, et l’orgueil de leurs ravisseurs a beaucoup grandi. Les lèvres de mes adversaires et leur murmure.
Réjouis-toi, moi j’ai été mise au pillage, car la main est abaissée en moi, humiliée jusqu’aux profondeurs. Leur assise et leur lever, regarde.
Fais-nous revenir, paie le paiement des années, et dis : je les rachèterai de leurs tumultes, et je me souviendrai pour eux de l’alliance des premiers.
Puisses-tu venir regarder ceux qui m’oppriment, eux qui ont grandi en puissance et déjoué ton désir. Tu leur rendras leur salaire.
Tu appelleras et révéleras le jour caché dans le cœur, et à ceux qui cherchent à commettre l’iniquité. Tu leur donneras l’angoisse du cœur.
La force qu’ils avaient pour me prendre s’est épuisée. Ils tomberont sans pouvoir se relever. Tu les poursuivras dans ta colère et les détruiras.
Car ils nous transpercent sans cesse et se moquent, mais de ta Torah nous ne sommes pas éloignés. Fais-nous revenir et enseigne-nous ces lois.
Seizième kina du matin : ce que l’ennemi a fait dans le Sanctuaire
Souviens-toi de ce que l’ennemi a fait à l’intérieur. Il a tiré son épée et il est entré jusque dans le lieu le plus intime. Il a saccagé notre héritage en souillant les pains de proposition, et il a lacéré le voile aux deux faces.
Nous sommes devenus orphelins, il a souillé de sang le bouclier, il a mesuré le cordeau à la couleur du rouge. Il a troublé nos eaux et abreuvé ses flèches de sang, en sortant de la maison son épée était pleine de sang.
Parce qu’il méditait des ruines contre l’homme et tendait la main contre D.ieu pour prévaloir sur Lui, l’Égypte et toutes les nations qu’il a traversées, et moi, au milieu de son désir, je cours vers Lui, la nuque tendue.
Nos pères avaient introduit un feu étranger et le feu dévora leurs jeunes gens. Et lui a introduit une prostituée errante sans être brûlé par le feu. Des esclaves ont attisé au dedans une flamme ardente. Et pourquoi, dans la maison de feu, a-t-Il envoyé d’en haut un feu.
Nous avons sombré quand il a fait sortir les ustensiles du service et les a placés sur des navires pour s’en servir. Notre peau a fondu quand le serviteur s’est levé au matin et n’a pas trouvé les quatre-vingt-treize ustensiles du service.
Des femmes ont chanté quand le tyran est venu. Sur le sol de la maison il a creusé la marque de ses souliers. Des princes ont été saisis quand le brigand est entré, et dans le Saint des saints il a répandu sa souillure.
Des jeunes gens se tenaient fermes au dehors, et ils voyaient qu’il était endommagé par six cent mille démons. Les anciens ont été terrifiés quand on lui a permis d’en haut d’accomplir sa volonté, alors que Lui était comme lié de chaînes.
L’adversaire s’est arrêté et le rouge est venu. Il a entouré la muraille et perverti la multitude. La colère est tombée sur les descendants du rameau tendre, et le palais fut abandonné à la surveillance.
Il a commencé à entrer par la porte de la montagne du Temple, par la main des quatre chefs de ses officiers, pour la détruire. Du côté occidental il a laissé un vestige en souvenir, et Il se tenait derrière notre mur sans plaider notre cause.
Tu t’es irrité et Tu as permis que l’on emporte des enfants sans aucune tare, et qu’on les éloigne de là. Pourquoi les nations se sont-elles agitées, et Tu n’as pas regardé vers l’offrande, et on les a envoyés dans trois navires vers une terre étrangère.
Ramène-nous, ont-ils supplié en arrivant au milieu des flots de la mer. Ils se sont unis ensemble pour se jeter à la mer. Ils ont chanté des cantiques comme à la mer Rouge, car c’est pour Toi que nous avons été tués dans les profondeurs de la mer.
Car les abîmes ont atteint leur âme, tout cela nous est advenu et nous ne t’avons pas oublié, ont-ils supplié de toute leur substance. Ils ont mis leur espoir en Celui qui ramène de Bachan, et une voix céleste s’est fait entendre : éveille-toi, pourquoi dors-tu.
Dix-septième kina du matin : si des femmes doivent manger leur fruit
Faut-il que des femmes mangent leur fruit, les nourrissons qu’elles ont bercés. Malheur à moi.
Faut-il que des femmes compatissantes fassent cuire les enfants qu’elles avaient mesurés paume après paume. Malheur à moi.
Faut-il que l’on tonde les cheveux de leur tête et qu’on les attache à des chevaux lancés au galop. Malheur à moi.
Faut-il que la langue du nourrisson colle à son palais dans une soif desséchante. Malheur à moi.
Faut-il qu’elles se disent l’une à l’autre : viens et faisons cuire nos enfants qui crient. Malheur à moi.
Faut-il qu’elles se le proposent l’une à l’autre : donne ton fils, alors qu’il est déjà caché, découpé en morceaux. Malheur à moi.
Faut-il que l’on prépare la chair des pères pour les fils, dans les cavernes et les ravins. Malheur à moi.
Faut-il que les filles expirent sur le sein de leurs mères, boursouflées. Malheur à moi.
Faut-il que le souffle des enfants s’exhale dans les rues de la cité, enflés de faim. Malheur à moi.
Faut-il que la matrice soit privée d’enfants et les seins desséchés, et que la mère s’affaisse sur ses fils. Malheur à moi.
Faut-il que huit cents boucliers soient brisés au soir. Malheur à moi.
Faut-il que leur souffle soit étouffé par des saumures et des outres gonflées. Malheur à moi.
Faut-il que de mille il n’en reste que cent, et de cent que dix, et de dix qu’un seul, pour la désolation. Malheur à moi.
Faut-il que quatre-vingt mille jeunes prêtres soient précipités contre le rideau du Temple. Malheur à moi.
Faut-il que toutes ces âmes y soient abandonnées comme des épines coupées. Malheur à moi.
Faut-il que sur le sang innocent de quatre-vingt mille prêtres consacrés on n’ait aucune pitié. Malheur à moi.
Faut-il que les âmes des transpercés exhalent l’odeur des fruits des champs. Malheur à moi.
Faut-il que sur une seule pierre on trouve neuf mesures de cervelles d’enfants. Malheur à moi.
Faut-il que trois cents nourrissons soient tendus sur une seule branche. Malheur à moi.
Faut-il que des femmes délicates et raffinées soient liées entre les mains du chef des bourreaux. Malheur à moi.
Faut-il que des filles de rois illustres soient écrasées entre deux lèvres de pierre. Malheur à moi.
Faut-il que les jeunes filles et les jeunes gens défaillent dans une soif desséchante. Malheur à moi.
Et l’esprit de sainteté gronde contre eux : malheur à tous mes mauvais voisins. Ils font connaître ce qui leur est arrivé, mais ils ne font pas connaître ce qu’ils ont fait. Ils font entendre le verset : faut-il que des femmes mangent leur fruit, mais ils ne font pas entendre la suite : faut-il qu’un prêtre et un prophète soient tués dans le Sanctuaire de l’Éternel.
Dix-huitième kina du matin : et Toi, Tu avais dit que Tu nous ferais du bien
Et Toi, Tu avais dit : je te ferai du bien, et nous serons distingués, moi et ton peuple. Alors pourquoi des fils de vilenie ont-ils profané ton Nom, sans que Tu répandes sur eux ta fureur.
Toi qui as grandi et élevé des enfants pour les allaiter, comme le nourricier porte le nourrisson, pourquoi les fils de Dodanim ont-ils bondi pour les frapper, et le lion pour étrangler ses petits.
Toi qui as fait sucer le miel du rocher et jaillir des ruisseaux de la pierre, pourquoi leurs juges ont-ils été précipités du haut du rocher, et leurs nourrissons brisés contre la roche.
Toi qui as rejeté et méprisé toutes les nations pour prendre une nation du sein d’une nation, pourquoi une nation s’est-elle hâtée de monter contre ma terre, en disant : allons, effaçons-les d’entre les peuples.
Toi qui as balayé soixante-huit nations pour amener un peuple gardien de la foi, pourquoi les Moabites et les Ammonites ont-ils comploté contre ce peuple compté comme les étoiles.
Toi qui as choisi le lieu de ta gloire, cette montagne que ta droite a acquise, pourquoi as-tu retiré en arrière la droite de ta splendeur, et avili le trône de ton honneur.
Toi qui es élevé pour toujours, Éternel, et premier, qui as fondé les hauteurs dès l’origine, pourquoi le méchant a-t-il blasphémé de la bouche et de la langue, jusqu’à ce que l’ennemi touche la prunelle de l’œil.
Toi qui te réjouissais de leur faire du bien, disant que Tu les amènerais et les planterais, pourquoi le tyran a-t-il outragé en demandant : où est leur D.ieu qui mangeait la graisse de leurs sacrifices.
Toi qui as fendu la mer par ta puissance et l’as enfermée de portes, pourquoi ai-je sombré jusqu’au fond des flots, et ma brisure est-elle devenue grande comme la mer.
Toi qui es saint et qui sièges au milieu des louanges des saints, dans le conseil des anciens sanctifiés, pourquoi des nations impures se sont-elles agitées et ont-elles dévasté le Saint des saints.
Toi qui as entendu que nous sommes devenus un objet d’opprobre et que ta tente a été brûlée par le feu, pourquoi laisserais-tu engloutir l’héritage du dais nuptial. Fais germer la guérison et étends-la sur nous.
Toi, Tu es juste en tout ce qui advient. À Toi, Éternel, la justice, et nous te la reconnaissons avec amour. Alors pourquoi gémissons-nous, et pourquoi la calomnie nous accable-t-elle, puisque tout cela nous est venu par notre faute.
Dix-neuvième kina du matin : à Toi la justice, à nous la honte
À Toi, Éternel, la justice, pour les prodiges que Tu as accomplis depuis toujours jusqu’à maintenant. Et à nous la honte du visage, pour l’épreuve où nous avons été passés au creuset et où Tu nous as pris en dégoût.
À Toi, Éternel, la justice, car Tu as pris une nation du sein d’une nation par des épreuves. Et à nous la honte du visage, car il s’est trouvé en nous d’agir comme eux.
À Toi, Éternel, la justice, car D.ieu est allé racheter pour Lui un peuple. Et à nous la honte du visage, car ils se sont révoltés à la mer des Joncs, une nation contre son D.ieu, dans leur transgression.
À Toi, Éternel, la justice, en mémoire de : vous êtes mes témoins et moi je suis D.ieu. Et à nous la honte du visage, car ils t’ont abandonné dans le désert de Sin en disant : fais-nous des dieux.
À Toi, Éternel, la justice, pour la manne dont Tu nous as fait goûter la saveur du gâteau au miel. Et à nous la honte du visage, au jour où nous avons approché devant Lui la fleur de farine, l’huile et le miel.
À Toi, Éternel, la justice, pour l’entretien de la manne, du puits et de la colonne de nuée. Et à nous la honte du visage, car nos pères ont murmuré dans leurs tentes contre ce pain trop léger.
À Toi, Éternel, la justice, car dans le désert nous n’avons manqué de rien. Et à nous la honte du visage, pour Lavan, Hatsérot et Di Zahav, comme il a été dit.
À Toi, Éternel, la justice, pour Sihon et Og et tous les rois de Canaan. Et à nous la honte du visage, pour Akhan qui s’est approprié l’interdit sans trouver de réponse.
À Toi, Éternel, la justice, pour l’œuvre accomplie par quatorze libérateurs. Et à nous la honte du visage, pour l’idole de Mikha, car c’est en elle que nous avons péché.
À Toi, Éternel, la justice, pour Chilo, Nov, Guivon et la maison éternelle. Et à nous la honte du visage, pour la faute trouvée en nous qui les a détruits et par laquelle nous sommes couverts de confusion.
À Toi, Éternel, la justice, pour les deux destructions survenues à cause de notre convoitise, alors que nous demeurons encore. Et à nous la honte du visage, jusqu’à ce que nous revenions vers Toi de tout notre cœur et que Tu reviennes vers nous avec miséricorde.
À Toi, Éternel, la justice, pour les neuf cents années durant lesquelles la haine est restée contenue et n’a pas éclaté. Et à nous la honte du visage, comme l’homme des délices qui suppliait : incline, mon D.ieu, ton oreille et écoute.
Vingtième kina du matin : incline ton oreille et écoute
Incline, mon D.ieu, ton oreille vers l’horreur qui blasphème en disant : qui ai-je dans les cieux. Et écoute le rugissement de tes adversaires qui crient : rasez, rasez jusqu’aux fondations la porte des cieux.
Incline, mon D.ieu, ton oreille vers le tumulte de celle qui parle contre le juste avec arrogance. Et écoute la voix du fracas qui monte de la ville, avec une fureur répandue pour faire taire.
Incline, mon D.ieu, ton oreille vers le messager envoyé qui a dit : levons-nous contre elle pour la guerre. Et écoute l’épouvante de ceux qui grondent : le temps est venu de le combattre dans sa propre maison.
Incline, mon D.ieu, ton oreille vers ceux qui tiennent conseil et méditent des projets qu’ils ne pourront accomplir. Et écoute la conversation de ceux qui ont conféré d’un même cœur pour monter contre Toi.
Incline, mon D.ieu, ton oreille vers ceux qui ont blasphémé et livré au feu le Sanctuaire redoutable. Et écoute ceux qui t’outragent en faisant taire l’action de grâce et la voix du chant.
Incline, mon D.ieu, ton oreille vers les moqueurs qui se sont complu dans la dérision. Et écoute tout leur outrage par lequel ils t’ont insulté, et jette sur eux ta terreur.
Incline, mon D.ieu, ton oreille vers ceux qui, dans leur insolence, ont sorti les chérubins et les ont promenés dans les rues. Et écoute la peine de leur souillure lorsqu’ils ont fait monter des porcs sur ton autel.
Incline, mon D.ieu, ton oreille vers ceux qui ont profané et souillé le Saint des saints. Et écoute les insolents qui lancent devant Toi les prépuces des saints.
Incline, mon D.ieu, ton oreille vers les étrangers au front dur qui disent : allons le combattre dans sa maison. Et écoute les ruines des insensés qui se louent en disant que le maître n’est pas chez lui.
Incline, mon D.ieu, ton oreille vers celle qui dit : moi et rien d’autre. Et écoute ses blasphèmes et ses outrages qui s’élèvent avec orgueil jusqu’à ton trône.
Incline, mon D.ieu, ton oreille vers celle qui méprise et raille : qu’espères-tu encore, puisqu’il n’est pas rebâti. Et écoute les pleurs de ceux qui se lamentent, déchirent leurs vêtements et attendent le jour où il sera rebâti.
Incline, mon D.ieu, ton oreille vers ceux qui disent : il est délaissé, oublié, abandonné et désolé pour toujours. Et écoute notre gémissement, prends notre cause en jalousie, et fais briller ta face sur ton Sanctuaire désolé.
Vingt et unième kina du matin : les dix martyrs du royaume
Cèdres du Liban, géants de la Torah, porteurs de boucliers dans la Michna et la Guemara, hommes de force qui peinaient dans la pureté. Leur sang a été répandu et la puissance a défailli.
Ce sont les dix saints tués par le pouvoir. Sur eux je pleure et mon œil ruisselle. Lorsque je m’en souviens je crie amèrement, car ils étaient la parure d’Israël, les instruments du sanctuaire, la couronne et le diadème.
Ces cœurs purs sont morts d’une mort cruelle. On a tiré au sort qui serait le premier à l’épée tranchante. Le sort tomba sur Rabban Chimon, qui tendit le cou et pleura, car le décret était scellé. Le gouverneur le fit exécuter, et son âme fut préservée.
La descendance d’Aharon demanda la faveur de pleurer sur ce fils de la noblesse. Il prit sa tête et la posa sur ses genoux comme le candélabre pur. Il mit ses yeux contre ses yeux et sa bouche contre sa bouche, dans un amour parfait. Il gémit et dit : bouche qui triomphais dans la Torah. Aussitôt une mort étrange et cruelle fut décrétée contre lui.
L’ordre fut donné d’écorcher sa tête avec le rasoir du barbier. Quand on parvint à sa peau, ils lui dirent : courbe-toi et nous passerons. Le tyran arriva au lieu où reposent les téfilines, cette Mitsva limpide. Il poussa un cri, le monde en fut ébranlé et la terre s’effrita.
Après lui on amena Rabbi Akiva, celui qui arrachait des montagnes et les broyait l’une contre l’autre par la force de son raisonnement. On peigna sa chair avec des peignes de fer pour la déchirer. Son âme sortit sur le mot Un, et une voix céleste proclama : heureux es-tu, Rabbi Akiva, ton corps est pur de toute impureté.
Après lui on amena Rabbi Yehouda ben Bava, le cœur brisé. Il fut tué à soixante-dix ans par des mains maudites. Il vivait dans le jeûne, il était pur et pieux, prompt dans son ouvrage.
Après lui Rabbi Hanina ben Teradion, qui rassemblait des foules en Sion. Il siégeait et enseignait, un Sefer Torah auprès de lui. On l’entoura de fagots de sarments, on y mit le feu et on l’enveloppa dans le rouleau. On plaça sur son cœur des éponges de laine afin qu’il ne meure pas trop vite.
Le pieux Rabbi Yechevav le scribe fut tué par ce peuple de Gomorrhe. On le jeta aux chiens et il ne reçut pas de sépulture. Une voix céleste proclama sur lui qu’il n’avait rien laissé de la Torah de Moché sans l’observer.
Après lui Rabbi Houtspit, au jour de la fureur. L’oiseau qui volait fut consumé par le souffle de sa bouche comme par un bûcher.
Le juste Rabbi Elazar ben Chamoua fut tué le dernier, transpercé. C’était la veille de Chabbat, à l’heure du Kiddouch, et il sanctifia et proclama. Ils tirèrent l’épée contre lui et ne le laissèrent pas achever. Son âme sortit sur les mots : au commencement D.ieu créa, Lui qui façonne et forme toute forme.
Et bien d’autres encore, les fils d’iniquité ont continué à les torturer avec violence. Par la lapidation, le feu, le glaive et l’étranglement, qui pourrait le mesurer. Ce qui reste, des lions le dévorent, brebis dispersée. La poitrine de l’offrande et la cuisse du prélèvement, le lion et le lionceau les ont déchirées.
Que l’Éternel fasse du bien et n’ajoute plus au châtiment. Affermis les genoux qui chancellent, part de Yaakov et sauveur au temps de la détresse. Qu’un roi règne pour la justice, qu’il dise : les jours de ton deuil sont accomplis, et à sa lumière nous nous mettrons en marche.
Vingt-deuxième kina du matin : taisez-vous et je parlerai
Taisez-vous devant moi et je parlerai, et que passe sur moi ce qui doit passer. Je crie à la violence et au ravage vers Toi qui demeures dans les cieux. Mon esprit m’oppresse et je ne puis me taire. Comme la femme qui enfante je gémis, je halète et je m’égare. Je ferai une lamentation amère et je gémirai dans un grondement. Les paroles de mes rugissements se répandront comme la mer. Pleure sur ma communauté livrée à la désolation. Je m’agiterai dans ma plainte et je gronderai, et j’élèverai la voix du gémissement.
Comment la joie a-t-elle cessé et l’allégresse s’est-elle éteinte. Tous les visages sont blêmes, toutes les têtes rasées, toutes les barbes coupées, et sur chaque cœur un soupir. Depuis que s’est levée une nation cruelle, avide de la fosse. Elle a anéanti mes puissants qui méditaient la Torah avec confiance. Mes jeunes filles et mes jeunes gens, elle les a emportés. À tous les coins de rue leurs cadavres gisent comme de l’herbe fauchée. Mes nourrissons et mes petits sont comptés comme un troupeau pour l’abattoir. Je hurlerai sur cela et ma larme coulera sur ma joue. Rassemblez-vous auprès de moi, brebis dispersées et souffrantes, pour multiplier les pleurs et élever le cri. Hurlez, cieux, et crie, terre. Je m’agiterai dans ma plainte et je gronderai, et j’élèverai la voix du gémissement.
Anges, sortez et criez amèrement, faites un deuil amer, unissez-vous en confrérie. Une voix comme celle d’une femme en travail, comme celle qui enfante pour la première fois. Lamentez-vous sur cette communauté de brebis dispersées. Sur eux un décret a été prononcé, dans l’ardeur de la colère, de l’indignation et de la fureur. Ils se sont rassemblés dans le retrait et la pureté pour sanctifier le Nom grand et redoutable. Chacun a fortifié son frère par son aide, pour s’attacher à une crainte pure et ne jamais servir de dieu étranger. L’homme et la femme n’ont pas eu pitié de la couronne de leur beauté, mais ils se sont ceints d’une force supérieure pour frapper la tête et trancher l’échine. Et ils leur ont dit ces paroles : nous n’avons pas eu le mérite de vous élever à la Torah, nous vous offrirons donc comme un holocauste, et nous mériterons avec vous la lumière cachée à tous les regards. Je m’agiterai dans ma plainte et je gronderai, et j’élèverai la voix du gémissement.
Alors, grands et petits, tous ont accepté avec amour le jugement de Celui qui demeure dans les hauteurs. Les anciens, gras et florissants, furent les premiers jugés. Des hommes au visage dur sortirent à leur rencontre et on les tua par foules entières. Les graisses se mêlèrent aux immondices. Les pères, qui étaient miséricordieux, se firent cruels comme les autruches. On tira au sort sur les pères et sur les fils, et celui dont le sort sortait le premier était égorgé au couteau. Les jeunes gens élevés dans la pourpre léchèrent la poussière comme des serpents. Les fiancées vêtues d’écarlate, évanouies dans les bras de leurs fiancés, furent taillées par l’épée et le javelot. Souvenez-vous de cela, communauté d’hommes intelligents, et ne cessez pas de multiplier les lamentations. Pleurez sur ces hommes pieux et dignes qui se sont enfoncés dans les eaux tumultueuses. À ce souvenir mon âme est accablée. Je m’agiterai dans ma plainte et je gronderai, et j’élèverai la voix du gémissement.
Torah, Torah, ceins le sac et roule-toi dans la poussière. Fais pour toi le deuil d’un fils unique, une lamentation amère, sur ceux qui tenaient tes rames et jetaient tes filets, tes matelots et tes pilotes sur les grandes eaux, ceux qui dressaient ton ordre de bataille et redressaient ce qui était tortueux, ceux qui déchiffraient tes secrets et révélaient tes mystères. Qui donc taillera dans les collines et fendra les montagnes. Qui démêlera les difficultés et résoudra les contradictions. Qui distinguera les lois du naziréat et ordonnera celles des vœux. Qui labourera tes profondeurs, quand les laboureurs sont brisés. Qui livrera tes combats et fera revenir ceux qui se sont égarés. Les armes de guerre ont péri et les héros sont tombés. Heureux ceux qui brillent comme le firmament, ils reposent en paix, les hommes droits. Malheur et détresse, ruine et brisure pour ceux qui restent, pour l’amertume de l’âme, les douleurs et les tourments, pour l’épuisement des yeux, l’ombre de la mort et le désordre. Le soir ils disent : qui donnera le matin, et le matin ils guettent : qui découvrira la lumière. Ils ont vu de leurs yeux ce que la fureur a fait. Au dehors l’épée endeuille, et au dedans la terreur. Jusqu’à quand regarderas-tu, Toi qui vois tous les secrets. Contemple l’humiliation de ta Torah, brûlée par des étrangers, rôtie, dispersée, déchirée en lambeaux. Comme des ronces entremêlées ils ont grandi les bûchers. Sur cela te contiendras-tu, Maître de toutes les créatures. Venge le sang répandu comme les eaux qui ruissellent, à cause de la dévastation des pauvres et du gémissement des affligés, ce peuple qui revient de la faute, humilié et abreuvé d’amertume. Lève-toi à mon secours, Puissant parmi les puissants, et porte tes pas vers ces ruines éternelles. Je m’agiterai dans ma plainte et je gronderai, et j’élèverai la voix du gémissement.
Vingt-troisième kina du matin : le fils et la fille de Rabbi Yichmael
Ma faute a rendu ma demeure désolée, ma larme coule sur ma joue, et en ce jour j’élèverai le gémissement et la plainte, et je gronderai d’année en année.
Le deuil du cœur, la consolation a cessé, et de toute douleur ma souffrance se détache, à cause du fils et de la fille de Rabbi Yichmael le grand prêtre. Leur souvenir brûle dans mon cœur, et je gronderai d’année en année.
Lorsqu’ils furent faits captifs et échurent à deux maîtres différents, et que ces maîtres étaient voisins l’un de l’autre, ils se racontèrent leurs affaires. L’un dit : parmi les captifs de Sion j’ai pris une servante d’une beauté sans pareille, semblable à la lune par l’éclat et les traits du visage, belle comme les filles de Iyov. Et je gronderai d’année en année.
Son compagnon lui répondit de même : moi je viens de la captivité de Jérusalem, et j’ai pris un serviteur aux beaux yeux, comme le soleil dans sa force à l’heure de midi, et comme la lune arrivée à sa plénitude. Et je gronderai d’année en année.
Viens, unissons-les et partageons entre nous les enfants qui naîtront, nombreux comme les étoiles du ciel. À entendre cela les oreilles tintent. À ce souvenir je fais éclater ma colère. Et je gronderai d’année en année.
Quand ils se furent mis d’accord tous les deux, ils les enfermèrent au soir dans une même chambre. Les maîtres étaient dehors, le cœur satisfait, et eux pleuraient dans l’amertume et l’effroi. Jusqu’au matin leurs pleurs ne se turent pas. Et je gronderai d’année en année.
Lui gémissait, le cœur défaillant : descendant d’Aharon, comment épouserais-je une servante. Et elle aussi hurlait sous la contrainte du ravisseur : fille de Yokheved, comment serais-je donnée à un esclave. Hélas, Celui qui dit et qui fait l’a ainsi décrété. Sur cela pleurent la Grande Ourse, Orion et les Pléiades. Et je gronderai d’année en année.
À la lumière du matin, quand ils se reconnurent l’un l’autre, ils s’écrièrent : mon frère, ma sœur. Ils s’étreignirent et s’unirent jusqu’à ce que leur âme sorte dans un même souffle. Et je gronderai d’année en année.
Sur cela Yirmiyahou se lamente dans la désolation : ce décret, je le pleure sans cesse, et dans mon cœur brûlent le feu et la brûlure. Sur ce fils et cette fille j’élèverai une grande lamentation, et je gronderai d’année en année. Je m’agiterai dans ma plainte et je gronderai, et j’élèverai la voix du gémissement.
Vingt-quatrième kina du matin : sur la destruction du Beth Hamikdach
Sur la destruction de la maison du Sanctuaire, renversée et foulée aux pieds, je ferai chaque année une lamentation nouvelle, sur le lieu saint et sur ce qui a été frappé.
Tu t’es caché pour faire taire le chant des anges, quand Tu as ébranlé le monde par ta colère, quand le feu a flamboyé entre les deux barres de l’arche.
Les deux sanctuaires, celui d’en haut et celui d’en bas, l’un au-dessus de l’autre, se sont assombris dans l’obscurité, et Tu as dit : je me tairai, je me contiendrai et je regarderai.
Quand les extrémités des barres se sont enfoncées derrière le voile, quatre braises parcouraient le Saint des saints et quarante fondations léchaient l’abîme.
Quand le Saint des saints s’est trouvé séparé des lieux saints, Tu as gémi et hurlé : ma tente a été ravagée. Et Tu as dit : je frapperai la paume contre la paume, et Tu as poussé un cri.
Quand la couronne de ta splendeur fut livrée à l’ennemi, et tous les objets précieux du trésor convoité, à Toi la force et la puissance, et ils ont dit : Il n’a pas retenu sa main.
La face du trône s’est alors obscurcie, et les hauteurs des cieux se sont abaissées dans les ténèbres, quand Yakhin et Boaz sont tombés et se sont brisés.
Les dix tables furent pillées, et à ceux qui les dressaient on demanda : où est donc le maître de tout cela. Vers le trésor de Chinéar elles furent emportées pour les impurs.
Les séraphins qui se tenaient debout ont quitté leur station, quand les socles furent renversés dans la maison de délices, et des étrangers ont proclamé les jours de la destruction.
La mer d’airain et les dix bassins, quand ils furent livrés à Bel, les voici brisés, et les deux luminaires depuis lors sont obscurcis.
L’ouvrage des roues du char, quand il fut descendu à terre, l’éclat du firmament s’est éteint. Celui qui affaiblit les nations est venu devant les chérubins.
Depuis que les guirlandes furent descendues, les rosées ne sont plus tombées pour la bénédiction, et de mauvais chiens ont bondi sur les hauteurs des nuées.
Tous les ustensiles d’argent et d’or furent taillés en pièces et pillés hors de la maison de la flamme. Quand la splendeur est sortie, ceux qui soutenaient l’orgueil se sont courbés.
Ce jour fut appelé jour de tumulte et d’égarement. La troupe des anges, comme une femme en douleurs, s’est égarée. Il a ouvert la parole et ils ont répondu après Lui : comment.
L’Ammonite et le Moabite se sont envolés et ont sorti les chérubins. Ils les ont promenés dans une cage. Voici que la maison de Yehouda est comptée comme toutes les nations.
L’armée des séraphins d’en haut a été changée de sa grandeur, et le D.ieu au Nom puissant n’a plus voulu de sa louange, quand la beauté de sa maison est devenue un monceau de ruines.
Les chantres du firmament se sont tus, privés de douceur, et Il a dit : que faites-vous ici, ce jour n’est pas un jour de goût. Que louez-vous le Roi à l’heure de la fureur.
Les Cohanim et les Léviim sont égorgés à leur poste et selon leurs divisions. Le piétinement des cavaliers s’est fait entendre, et ils ont dit : où est le roi enchaîné dans les canaux.
Les ustensiles et les serviteurs partent en captivité, les princes et les nobles sont tirés dans les fers, et au lieu des vêtements de lin, les anges ont ceint le sac.
Le lion s’est élancé et a ouvert les yeux, et voici Mikhaël marchant devant lui, et les princes marchant comme des esclaves, ses foules l’ont vu.
Il s’est revêtu d’orgueil et a éteint le candélabre, il a tendu la main contre le D.ieu redoutable, et il a obscurci la lumière de Celui qui s’enveloppe de clarté.
Quand Il a rugi comme un lion dans le Saint des saints, Bel a fui. Mon Bien-aimé a pris le deuil comme sur un mort, et cette nuit-là Il n’a pas reçu le dépôt des âmes.
Il a dit aux destructeurs : j’ai déversé ma fureur, j’ai livré l’amie de mon âme aux mains de ses ennemis, j’ai abandonné ma maison et délaissé mon héritage.
Vingt-cinquième kina du matin : qui donnera à ma tête des eaux, pour les communautés du Rhin
Composition de Rabbi Kalonymos ben Yehouda, sur l’anéantissement des communautés de Chpira, Vermaïza et Maguentsa lors des massacres de 4856 (1096). Rabbi Kalonymos ben Yehouda était un important érudit, poète liturgique (paytan) et dirigeant communautaire de Mayence en Allemagne. Figure majeure des communautés juives de la vallée du Rhin (Choum), il a vécu les massacres tragiques de la première croisade en 1096. Ses compositions poétiques poignantes et ses Kinnot (élégies) commémorent le martyre des victimes juives et l’abnégation pour la foi (Kiddouch Hachem). Ses textes ont été intégrés dans le rituel de Ticha BeAv de la tradition ashkenaze, gravant la mémoire de ces persécutions dans la liturgie.
Qui donnera à ma tête des eaux et à mon œil une source de larmes, et je pleurerai tous mes jours et toutes mes nuits sur mes morts, mes petits et mes nourrissons, et sur les anciens de mes communautés. Et vous, répondez : malheur, hélas et misère. Et ainsi pleurez d’un grand pleur. Sur la maison d’Israël et sur le peuple de l’Éternel, car ils sont tombés par l’épée.
Mon œil versera des larmes et j’irai vers le champ de ceux qui pleurent, et je pleurerai avec les cœurs amers et égarés, sur les belles jeunes filles et les tendres enfants enveloppés dans leurs livres et conduits à l’égorgement. Leurs os étaient plus rouges que les perles, plus purs que le saphir et la turquoise, et les voici piétinés et jetés comme la boue des rues. Écartez-vous, impurs, leur criait-on pour les empêcher d’approcher. Sur la maison d’Israël et sur le peuple de l’Éternel, car ils sont tombés par l’épée.
Que mon œil laisse couler la larme, que je hurle et que j’erre. J’appellerai au pleur et à la ceinture du sac pour faire le deuil de ce qui est plus précieux que l’or fin, la gloire intérieure, la gloire de tous les objets de désir. On l’a vue déchirée, privée de ses enfants et solitaire : la Torah, l’Écriture, la Michna et la Aggada. Répondez et faites entendre cette lamentation : où est la Torah, où est le disciple, où est celui qui l’étudiait. Voici que le lieu resté sans habitant est en ruines. Sur la maison d’Israël et sur le peuple de l’Éternel, car ils sont tombés par l’épée.
Que mes paupières ruissellent d’eau et fassent couler les larmes, et je gémirai amèrement sur les martyrs de Chpira, le second jour, le huit du mois, jour de repos changé en jour d’incendie. On a tué de jeunes hommes de délices et des vieillards de dignité. Ils se sont rassemblés et ont livré leur âme dans la crainte, pour l’unité du Nom unique qu’ils ont proclamé avec force, héros accomplissant sa parole avec empressement. Mes prêtres et mes jeunes gens ont péri, tous les dix. Et dans l’amertume de mon chagrin je joindrai mon hurlement, en me souvenant aujourd’hui du massacre de ces saintes communautés. La communauté de Vermaïza, éprouvée et choisie, géants du pays, hommes d’une pureté sans tache, a sanctifié deux fois le Nom unique dans la crainte, le vingt-trois du mois de Ziv et au troisième mois, à l’heure où l’on récite le Hallel. Ils ont livré leur âme dans un amour indéfectible. Je gronderai sur eux dans un hurlement de pleurs, eux dont la tête est ceinte d’une couronne. Et sur les puissants de la magnifique communauté de Maguentsa, plus rapides que les aigles et plus forts que les lions, qui ont livré leur âme pour l’unité du Nom redoutable. Sur eux j’élèverai le cri de la brisure, comme sur mes deux Sanctuaires dont les fondations furent ce jour même arrachées, et sur les ruines de mes petits sanctuaires et de mes maisons d’étude. Au troisième mois, le trois, la douleur s’est ajoutée à la douleur. Ce mois qui s’est changé en chagrin et en détresse, ce jour du don de la Loi où j’espérais être heureux, ce jour même où elle avait été donnée, voici qu’elle est remontée vers sa demeure, avec son étui et son enveloppe, avec ceux qui l’expliquaient et la scrutaient, ceux qui l’apprenaient et la répétaient dans la nuit comme dans la lumière. Mettez donc sur votre cœur une lamentation amère, car leur massacre pèse autant, pour le deuil et pour la poussière, que l’incendie de la maison de notre D.ieu, du vestibule et du palais. Et puisqu’on ne peut ajouter un autre jour de brisure et d’embrasement, ni l’avancer, ni le retarder, c’est aujourd’hui même que j’éveillerai mon cortège funèbre, que je me lamenterai, que je hurlerai et que je pleurerai d’une âme amère, et mon soupir sera lourd du matin jusqu’au soir. Sur la maison d’Israël et sur le peuple de l’Éternel, car ils sont tombés par l’épée.
Sur cela je pleure et mon cœur gronde. J’appellerai les pleureuses et les femmes habiles. Elles gémissent toutes dans la plainte. Y a-t-il une douleur comparable à ma douleur. Au dehors l’épée endeuille et au dedans règne la terreur. Mes morts, les morts de l’épée, gisent nus, hommes et femmes. Leurs cadavres sont livrés aux bêtes de la terre. Le nourrisson auprès du vieillard, les jeunes gens et les jeunes filles. Mes adversaires se jouent d’eux et multiplient les humiliations. Où est leur D.ieu, disent-ils, ce Rocher en qui ils se sont réfugiés jusqu’à la mort. Qu’Il vienne, qu’Il sauve et qu’Il rende les âmes. Puissant, qui est comme Toi. Te tairas-tu et te contiendras-tu sans ceindre la colère, quand mes railleurs me disent : s’il est D.ieu, qu’Il défende sa cause. Sur la maison d’Israël et sur le peuple de l’Éternel, car ils sont tombés par l’épée.
Mon œil, mon œil descend en eau, car le chant s’est changé en deuil, et ma harpe en voix de ceux qui pleurent. Qui aura compassion de moi, qui me soutiendra pour m’éveiller. La colère est sortie contre moi et la tempête s’est déchaînée. L’oppresseur m’a dévoré et m’a frappé de stupeur. Il a brisé mes os, les a dispersés et broyés. Il a anéanti tous mes puissants. Il n’y a plus ni emplâtre ni nourriture. Ma plaie est incurable, sans personne pour la panser. C’est pourquoi j’ai dit : détournez-vous de moi, je pleurerai amèrement, et ma larme brûlera ma joue. Sur la maison d’Israël et sur le peuple de l’Éternel, car ils sont tombés par l’épée.
Vingt-sixième kina du matin : Yirmiyahou aux tombeaux des patriarches
Alors Yirmiyahou s’en alla vers les tombeaux des pères et dit : ossements bien-aimés, comment demeurez-vous couchés, alors que vos fils sont exilés et leurs maisons en ruines. Où est le mérite des pères dans cette terre de sécheresse.
Ils gémirent tous en lamentations sur l’absence de leurs enfants. Ils implorèrent d’une voix suppliante la face de Celui qui demeure dans les hauteurs. Où est la promesse : je me souviendrai pour eux de l’alliance des premiers.
Ils ont échangé ma gloire contre le néant, sans crainte et sans effroi. Je détournerai d’eux mes yeux, car ils n’ont ni gémi ni hésité. Et comment me contiendrais-je devant ceux qui disent : ce n’est pas Lui.
Le père de la multitude cria pour eux et implora la face du D.ieu élevé. Il dit : j’ai été éprouvé par dix épreuves pour eux, et voici que je contemple leur brisure. Où est la promesse : ne crains pas, Avram.
Ils se sont laissé disperser par des cultes étrangers. Ils se sont mis à creuser des citernes, des citernes crevassées. Et comment me contiendrais-je devant l’abolition des dix paroles.
Ainsi cria Its’hak devant la face de Celui qui demeure dans les nuées : c’est en vain que l’égorgement a été gravé en moi, puisque ma descendance est broyée et effacée. Où est la promesse : j’établirai mon alliance avec Its’hak.
Ils se sont révoltés contre Yirmiyahou et ont souillé la montagne du Moriya. Je suis las de supporter le mugissement qui monte vers moi de l’oubli. Et comment me contiendrais-je devant le meurtre de Zekharia.
Il gémit, engendré dans un déluge de larmes, versant des pleurs comme un monstre marin. Mes nourrissons que j’ai bercés avec tendresse, comment me les a-t-on arrachés comme avec un rasoir. Et comment m’a-t-on réclamé le sang par le sang, combien de milliers de fois.
Le berger fidèle cria, prosterné dans la cendre et le fumier : le troupeau qui m’était confié dans mon sein, comment l’a-t-on tondu avant l’heure. Où est la promesse : Israël n’est pas veuf.
La voix des pleurs de Léa qui se frappe le cœur. Rahel sa sœur pleure sur ses fils, Zilpa frappe son visage, Bilha se lamente à deux mains.
Revenez de vos jours vers votre repos, je comblerai toutes vos demandes. C’est pour vous que j’ai été envoyé à Babel. Me voici qui ramène l’exil de vos enfants.
Vingt-septième kina du matin : la femme des ruines
Alors, quand fut accomplie la mesure de la belle comme Tirtsa, voici que ses anges crièrent au dehors. Quand le fils de Hilkiyahou sortit du palais, il trouva une femme, belle de forme, mais défigurée.
Je t’adjure au nom de D.ieu et des hommes : es-tu un démon parmi les démons ou bien de la race humaine. La forme de ta beauté est celle de la chair et du sang, mais ta terreur et ta crainte sont celles des anges seuls.
Je ne suis ni un démon ni un corps sans forme. J’étais autrefois une femme connue, vivant dans le calme et la sérénité. J’appartiens à trois, à soixante et onze, à douze et à six cent mille.
Ce un, c’est Avraham. Le trois, ce sont les trois pères. Les douze sont les tribus de D.ieu, et les soixante et onze le Sanhédrin, et les six cent mille le peuple.
Écoute mon conseil et fais pénitence, puisque tu es si estimée. Belle, marche dans l’allégresse et réjouis-toi dans le bien, et l’on ne t’appellera plus la fille rebelle.
Comment me réjouirais-je et comment élèverais-je la voix. Voici que mes nourrissons ont été livrés aux mains des oppresseurs. Mes prophètes ont été frappés et leur sang répandu. Mes rois, mes princes et mes prêtres sont partis en exil dans les chaînes.
La demeure de mon Sanctuaire a été chassée par ma faute. Mon Bien-aimé s’est enfui depuis longtemps et s’est éloigné. La douceur de ma tente a été ravagée malgré moi. Elle qui était pleine de peuple, comment est-elle restée solitaire.
La femme dit au prophète Yirmiyahou : parle à ton D.ieu pour la plaie de cette pauvre femme battue par la tempête, jusqu’à ce que D.ieu réponde et dise : c’est assez, et qu’Il me délivre de l’épée et de la captivité.
Il pria et supplia devant son Créateur : Toi qui es plein de miséricorde, aie pitié comme un père de son fils. Il cria : que dire du père qui a exilé son fils, et malheur au fils qui n’est plus à la table de son père.
Lève-toi, Yirmiyahou, pourquoi te tairais-tu. Va appeler les pères, et Aharon et Moché. Que les bergers viennent pour porter la lamentation, car les loups du soir ont déchiré la brebis.
Le prophète Yirmiyahou rugissait, il grondait comme un lion au-dessus de la caverne de Makhpéla. Élevez la voix dans les pleurs, pères de la splendeur. Vos enfants se sont égarés et les voici en captivité. S’ils ont transgressé l’alliance comme des hommes, où est le mérite de ceux qui ont scellé l’alliance.
Que ferai-je pour vous, mes enfants. C’est un décret venu de devant moi. Le Sanctuaire est désolé, sans personne pour s’y rendre aux jours de fête, parce que ceux que j’aimais ont été livrés au faux pas. Ramène-les comme autrefois, Toi qui soutiens et qui appuies. Prends Sion en pitié, car le moment est venu.
Vingt-huitième kina du matin : comment pourrais-je être consolée
Comment me consoleriez-vous par du vent, alors que ma harpe s’est changée en deuil et que sur mon héritage pèse un joug écrasant. Et comment pourrais-je être consolée.
En ce jour, chaque année, le temps s’est changé pour moi, et me voici accablée et délaissée depuis plus de mille ans. Et comment pourrais-je être consolée.
La colère a prévalu, l’arche a été enfouie, dans une double brisure, aux mains de ceux qui refusaient de se soumettre. Et comment pourrais-je être consolée.
Ma demeure est en ruines, mon troupeau captif, et la grande Oholiva est restée solitaire. Et comment pourrais-je être consolée.
Il a fait monter le lion de son fourré contre Ariel et l’a enchevêtré, il a exilé de sa hutte son offrande et sa libation. Et comment pourrais-je être consolée.
Il a tué des foules de prêtres oints d’huile, comptés selon son désir, quatre-vingt mille jeunes prêtres. Et comment pourrais-je être consolée.
Il les a poursuivis comme le serpent et les a écrasés dans le parvis. Aryokh comme un lion, sur le sang du prêtre et du prophète. Et comment pourrais-je être consolée.
Il a labouré pour en faire des ruines une cité pleine de rumeurs, et plus de quatre cents maisons de scribes et d’enseignement. Et comment pourrais-je être consolée.
La Médie s’est envolée pour perdre mes trésors, elle a régné sur mes délices tandis que je déchirais mes vêtements. Et comment pourrais-je être consolée.
Elle a conseillé d’étrangler les fils du lionceau bondissant, d’une seule bouche d’étouffer le vieillard, l’ancien, l’enfant et le nourrisson. Et comment pourrais-je être consolée.
Le troisième royaume a pesé sur le lieu saint des prémices, dans une fureur silencieuse, pour le rendre désolé. Et comment pourrais-je être consolée.
Il a pressé pour diviser les fils de la part, et celui qui divise a dit : vous n’avez plus de part au Nom du D.ieu vivant. Et comment pourrais-je être consolée.
Édom s’est révolté, foulé de rouge, et s’est hâté dans l’insolence pour anéantir le trône et son marchepied. Et comment pourrais-je être consolée.
Moav et Ammon se sont ligués avec le rouge pour abolir la foi et détruire le palais. Et comment pourrais-je être consolée.
Il a anéanti tous mes puissants et les troupeaux de mes compagnons, et mes héros ont été réduits au silence aux yeux de tous ceux qui passaient. Et comment pourrais-je être consolée.
Mon âme s’est épuisée devant le nombre de mes tués, ils languissaient comme le cerf, et c’est pour Toi qu’ils ont été tués. Et comment pourrais-je être consolée.
Ils ont été écrasés au jour du combat, à l’orient comme à l’occident, leur sang mêlé, l’assemblée et le peuple nombreux. Et comment pourrais-je être consolée.
Détresse sur détresse, l’une plus pressante que l’autre, grandes et fortifiées, longues et non pas courtes. Et comment pourrais-je être consolée.
Ils ont lié leurs boucliers, ceint leurs lances, rassemblé leurs camps et allongé leur sillon. Et comment pourrais-je être consolée.
Nombreux sont mes soupirs et puissantes mes plaintes, mes gémissements se sont multipliés, et Toi, Éternel, jusqu’à quand. Et comment pourrais-je être consolée.
Tu as entendu leur outrage, ils m’ont insultée de leurs lèvres. Qu’ils s’asseyent ou se lèvent, je suis leur chanson. Et comment pourrais-je être consolée.
Où donc est votre espoir, qu’avez-vous ici. Sa colère s’est enflammée et il n’y a plus de guérison. Et comment pourrais-je être consolée.
Vos réponses sont restées infidélité. Les serviteurs du Baal m’ont trompée, jusqu’à ce qu’Il regarde et voie du haut des cieux, Lui qui fait descendre au tombeau et qui en fait remonter. Alors je serai consolée.
Vingt-neuvième kina du matin : détournez-vous de moi, je pleurerai amèrement
J‘ai dit : détournez-vous de moi, je pleurerai amèrement. J’apaiserai l’amertume de mon âme et de mon esprit avec ceux qui sont destinés à s’éveiller.
Dans les pleurs je te secourrai sur ton chagrin, fille de mon peuple. Enveloppe-toi de ténèbres à cause de toi. Ne t’accorde aucun répit, que la prunelle de ton œil ne se taise pas.
Mugis dans les pleurs, toi qui étais couronnée. Tu étais autrefois dans l’allégresse et te voici livrée au mépris. Comment ce malheur est-il advenu.
Ne te tais pas, reste échappé qui subsistes. Élève la voix et crie amèrement, car brisure sur brisure a été proclamée.
Voici que les nations se sont rassemblées pour conclure une alliance contre Toi selon leur désir. Contre ton peuple elles trament des conseils secrets.
Elles ont médité des ruses pour faire chanceler mes pas, pour me faire courir après le néant et trembler devant lui. Elles ont dit : allons, effaçons-les d’entre les nations, et que le nom d’Israël ne soit plus mentionné.
Cela, les fils de ses convoqués l’ont proclamé : c’est en Lui que nous espérerons. S’Il nous tue, nous révérerons sa crainte. L’Éternel a préparé un sacrifice et sanctifié ses invités.
Alors ils ont multiplié mes morts et tué mes meilleurs. Mes adversaires et mes ennemis m’ont durement châtiée. Ces coups, je les ai reçus dans la maison de ceux qui m’aimaient.
J’ai refusé de m’associer à la puanteur de leur souillure. Ils ont anéanti tous mes héros dans l’épouvante, tout beau morceau, la cuisse et l’épaule.
Ensemble ils ont été conduits à l’égorgement comme des agneaux et des chevreaux, des filles bien faites, parées de tous les ornements, sevrées du lait, arrachées de la mamelle.
Le père a maîtrisé sa compassion pour immoler ses enfants. Il les a offerts comme des agneaux à égorger, il a préparé le carnage pour ses fils.
À leurs mères ils disaient : nous voici égorgés et immolés. Quand ils les eurent consacrés à l’égorgement et livrés au couteau, les femmes offrirent leur fruit, les enfants qu’elles avaient bercés.
Qui entendra sans verser de larmes. Le fils est égorgé et le père récite le Chema. Qui a vu chose pareille, qui l’a entendue.
La belle maîtresse de maison, la vierge fille de Yehouda, a tendu son cou, et elle a affilé et aiguisé elle-même le couteau. L’œil l’a vu et l’a attesté.
La mère fut accablée et son esprit s’envola, et son âme fut livrée à l’égorgement comme à un repas préparé. La mère des enfants est joyeuse.
Les filles rassemblées et fiancées se sont réjouies d’aller au-devant du tranchant de l’épée, dansant et exultant, leur sang sur la roche nue afin qu’il ne soit pas recouvert.
Le père se retourne dans les pleurs et le hurlement, il se jette sur son épée pour se transpercer et tomber, et le voici roulant dans le sang au milieu du chemin.
Elle a justifié son jugement, la femme féconde, en offrant ses rameaux, et au lieu du bassin elle a recueilli le sang dans ses pans. Elle sanglote et étend les mains.
Qui plaindra ce qui m’est arrivé. La ruine et la brisure s’entrelacent, quand le désir de mes yeux a été livré à l’anathème et au meurtre.
Mes pensées se sont troublées et l’effroi m’a saisi. Une seule chose me reste où l’Écriture laisse un espoir et une confiance.
Il a été trouvé parfait dans toute son œuvre. Il a livré son âme à l’égorgement par la crainte de sa vaillance, et il n’a même pas eu de sépulture.
J’ai appliqué mon cœur à comprendre le sens de ses voies. Je sais que ses jugements sont justes et droits, et qu’il en sera bien pour ceux qui craignent D.ieu et qui le révèrent.
Il ne se fie pas même à ses saints. Il a réglé leurs fautes jusqu’au dernier cheveu. C’est un bon signe pour un homme de ne pas être pleuré ni enseveli selon l’usage. Au jour du malheur il ne craindra pas.
C’est pour cela que mon cœur tremble et bondit d’effroi. Mes héros ont été écrasés et abaissés, tombant devant les fils d’iniquité.
Jusqu’à quand seras-tu comme un héros incapable de sauver. Fais-nous connaître sous nos yeux la vengeance du sang de tes serviteurs. D.ieu des vengeances, Éternel, D.ieu des vengeances, apparais.
Venge ma vengeance de ceux qui m’oppriment. C’est le temps de la vengeance, le temps de juger ma cause, D.ieu jaloux et vengeur.
Éternel, sors comme un héros, acquitte ta dette. Écris la quittance et déchire l’acte de créance. Brise le bras du méchant et du malfaisant.
D’en haut Il a allumé le feu dans les poutres et la charpente. Un mur de feu tout autour, et une maison d’habitation. Celui qui a allumé l’incendie devra payer.
Selon leurs actes, paie-les. Fais tomber mes ennemis et anéantis-les, car Tu es le D.ieu des rétributions, Éternel, et Tu paieras.
Anéantis ceux qui te haïssent, abreuve-les de la coupe du poison. Que celui qui a tué soit mis à mort. Si pour un tel crime Tu ne te venges pas.
N’est-ce pas pour cela que Tu es appelé homme de guerre, pour anéantir tes adversaires et te venger d’eux. L’Éternel se venge et possède la fureur.
Sois jaloux pour ton Nom, pour Toi-même, ô D.ieu, et pour le sang répandu de tes serviteurs, et pour les ruines d’Ariel. Venge la vengeance des enfants d’Israël.
Les gouttes de mon sang sont comptées une à une, et que leur victoire éclabousse tes vêtements dans ta pourpre. Il jugera parmi les nations qu’Il remplira de cadavres.
Je suis las de porter toute cette misère. Hâte ma délivrance et presse la vision, car le jour de la vengeance est dans mon cœur et l’année de ma rédemption est venue.
Trentième kina du matin : les cieux ne peuvent te contenir
Les demeures des cieux et les firmaments t’exaltent, remplis de ta gloire, et pourtant ils ne peuvent te contenir. À plus forte raison cette maison.
Qu’il est bon et qu’il est doux de te voir siéger parmi tes amis, sous les ailes des chérubins, puisque tu avais à cœur de bâtir cette maison.
D.ieu de lumière, Tu as fait paître ton amour sur ton peuple, car ils sont ton héritage, et pour que l’on sache que ton Nom est proclamé sur cette maison.
Des étrangers y sont venus, les peuples l’appelleront et ont vu ses signes afin qu’ils craignent, et la gloire de l’Éternel reposait sur cette maison.
Mes fautes se sont multipliées, la jalousie m’a dévoré, l’ennemi a mis à nu les fondations, il m’a livré à la désolation et il a démoli cette maison.
Les objets précieux du trésor, ils les ont apportés dans leurs palais, ils en ont rempli leur ventre, et le prêtre a ordonné : videz cette maison.
Pourquoi cette effusion. Eux, ils ne se sont pas apaisés. Pourquoi notre Rocher a-t-Il agi ainsi envers ce pays et envers cette maison.
Le lieu où mes prêtres s’approchaient et se sanctifiaient, ils l’ont maintenant piétiné. Une foule de nations s’est agitée et a fait le tour de cette maison.
Une voix céleste répond : pourquoi vous étonnez-vous du malheur. Vous avez apporté l’idole de la jalousie, et une plaie m’est apparue dans cette maison.
Le repos du monde, Celui qui remplit tout et demeure dans son palais, lui feriez-vous violence. L’aveugle et le boiteux n’entreront pas dans cette maison.
Parce que vous vous êtes corrompus, les malheurs vous ont trouvés. Le Sanctuaire a été profané, et voici qu’Il a fixé des retraits dans cette maison.
Que le Saint se ravise, à nous la honte et la vérité, qu’Il envoie le pansement et n’impute pas la faute, et qu’Il purifie cette maison.
Par la source qui s’ouvrira et montera jusqu’au bord, portant des fruits nouveaux chaque mois et des feuilles pour la guérison, sortant de dessous le seuil de cette maison.
Aie pitié de la ville détruite, à la place du brasier de ses flammes, qu’un mur de feu l’entoure et que la gloire soit en elle, jusqu’au Saint des saints de cette maison.
Disperse et fais passer l’impureté hors de ta demeure, ô mon Roi. Que l’idole disparaisse entièrement, et Tu diras : j’ai vidé cette maison.
Sanctifie la maison de ma demeure et reviens dans mon gîte. Que mes légions se rassemblent, et voici que la gloire de l’Éternel entre dans cette maison.
Trente et unième kina du matin : un feu brûle en moi
Un feu brûle en moi lorsque je fais monter à mon cœur le souvenir de ma sortie d’Égypte. Mais j’éveillerai les lamentations pour rappeler ma sortie de Jérusalem.
Alors Moché entonna un chant qui ne sera jamais oublié, quand je suis sorti d’Égypte. Et Yirmiyahou éleva une lamentation, et il gémit un gémissement sans fin, quand je suis sorti de Jérusalem.
Ma maison fut établie et la nuée y demeura, quand je suis sorti d’Égypte. Et la fureur de D.ieu a demeuré sur moi comme une nuée, quand je suis sorti de Jérusalem.
Les flots de la mer grondèrent et se dressèrent comme une muraille, quand je suis sorti d’Égypte. Les eaux orgueilleuses m’ont submergé et ont monté par-dessus ma tête, quand je suis sorti de Jérusalem.
Le grain descendit du ciel et le rocher fit couler l’eau, quand je suis sorti d’Égypte. L’absinthe, l’amertume et les eaux amères, quand je suis sorti de Jérusalem.
Matin et soir autour du mont Horev, quand je suis sorti d’Égypte. Convoqué au deuil sur les fleuves de Babel, quand je suis sorti de Jérusalem.
L’apparition de la gloire de l’Éternel comme un feu dévorant devant moi, quand je suis sorti d’Égypte. Et une épée affilée, abandonnée à l’égorgement, quand je suis sorti de Jérusalem.
Le sacrifice, l’offrande et l’huile d’onction, quand je suis sorti d’Égypte. Le trésor de D.ieu emporté comme un troupeau à l’abattoir, quand je suis sorti de Jérusalem.
Les fêtes, les Chabbatot, les prodiges et les signes, quand je suis sorti d’Égypte. Le jeûne, le deuil et la poursuite du néant, quand je suis sorti de Jérusalem.
Qu’elles sont belles, tes tentes, disposées en quatre étendards, quand je suis sorti d’Égypte. Les tentes des Ichmaélites et les camps des incirconcis, quand je suis sorti de Jérusalem.
Le jubilé et l’année sabbatique, et une terre en repos, quand je suis sorti d’Égypte. Vendu à perpétuité, et l’acte de répudiation écrit, quand je suis sorti de Jérusalem.
Le propitiatoire, l’arche et les pierres du souvenir, quand je suis sorti d’Égypte. Les pierres de la fronde et les instruments de destruction, quand je suis sorti de Jérusalem.
Les Léviim, les descendants d’Aharon et les soixante-dix anciens, quand je suis sorti d’Égypte. Les oppresseurs, les tyrans, ceux qui vendent et ceux qui achètent, quand je suis sorti de Jérusalem.
Moché me conduisait et Aharon me guidait, quand je suis sorti d’Égypte. Nabuchodonosor le mauvais et Titus le méchant, quand je suis sorti de Jérusalem.
Ranger la bataille, et l’Éternel est là, quand je suis sorti d’Égypte. Il s’est éloigné de nous, et voici qu’Il n’est plus, quand je suis sorti de Jérusalem.
Les mystères du voile et l’ordre du pain de proposition, quand je suis sorti d’Égypte. La fureur répandue s’entrelace sur moi, quand je suis sorti de Jérusalem.
Les holocaustes et les sacrifices et les offrandes d’agréable odeur, quand je suis sorti d’Égypte. Transpercés par l’épée, les fils précieux de Sion, quand je suis sorti de Jérusalem.
La splendeur des tiares fixées pour l’honneur, quand je suis sorti d’Égypte. Les sifflements et les clameurs, pour la honte et l’épouvante, quand je suis sorti de Jérusalem.
La fleur d’or et la domination et la fierté, quand je suis sorti d’Égypte. Le secours a disparu et la couronne a été jetée, quand je suis sorti de Jérusalem.
La sainteté, la prophétie et la Présence redoutable, quand je suis sorti d’Égypte. Répudiée et effrayée, souffrante et impure, quand je suis sorti de Jérusalem.
Le chant et le salut, et les trompettes de la sonnerie, quand je suis sorti d’Égypte. Le cri de l’enfant et le râle du blessé, quand je suis sorti de Jérusalem.
La table et le candélabre, l’holocauste et l’encens, quand je suis sorti d’Égypte. L’idole et l’abomination, la statue et la stèle, quand je suis sorti de Jérusalem.
La Torah et le témoignage et les objets de délices, quand je suis sorti d’Égypte. L’allégresse et la joie, et le chagrin et le soupir qui s’enfuient, quand je reviendrai à Jérusalem.
Trente-deuxième kina du matin : les ustensiles du Sanctuaire
Mes doigts se sont abaissés et mes fondations sont tombées, hélas. Les fils de Sion sont partis en exil et tous mes ennemis sont tranquilles. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
La maison et les parvis, au jour de la colère, ont été renversés, hélas. Le visage des princes et des princesses est comme le fond noirci des marmites. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Le chapiteau de la couronne est brisé comme une jarre, hélas. La couronne de splendeur est traînée à terre. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les chemins de la ville sont en deuil et les voix se sont tues, hélas. Les routes tracées sont obscures et ténébreuses. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Le Temple et ses murailles, mes entrailles frémissent sur eux, hélas. Et sur la table et ses ustensiles, et sur le manteau et ses franges. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les crochets des colonnes sont aux mains des fils d’esclaves, hélas. Et les rangées de dalles, nombreuses et honorables. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les sacrifices et les offrandes sont devenus ruines et égarements, hélas. La splendeur des autels s’est changée en chagrin et en soupirs. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Le rempart et la grille sont livrés à l’épée et au massacre, hélas. La construction si finement tissée a été foulée sous le rouleau. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les agneaux examinés me sont enlevés, hélas. Et les anneaux ordonnés et les figures ouvragées. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
La beauté du bassin, comment a-t-elle été renversée, hélas. Et la vigne et le voile et l’offrande frite. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
La cuve et son socle, tu cherches du regard et il n’est plus, hélas. La lampe et son huile ont été enlevées de leur place. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les pains de proposition, élevez sur eux des lamentations, hélas. Et les rangées de grenades ont été livrées au piétinement. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Le candélabre pur, sa lumière a disparu, hélas. Et la pelle précieuse a été enlevée et manque. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
La beauté de la mer d’airain est livrée aux serviteurs de la honte, hélas. Et l’ouvrage du treillis et les gâteaux de la poêle. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les fleurs de farine et les libations nous sont retranchées, hélas. Et Boaz et Yakhin sont jetés à terre. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Sur l’encensoir et le bassin l’ennemi a grincé des dents, hélas. Il a jeté la corbeille et la cruche et a fait briller son épée. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les guichets et les portes sont traînés à terre, hélas. Les Ourim et les Toumim, comment se sont-ils cachés. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
La splendeur des manteaux est repoussée avec haine, hélas. Les belles salles et la maison des vêtements. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Le mur protecteur a été renversé jusqu’à la montagne, hélas. Ils ont jeté la myrrhe et brûlé le palais. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les chefs des tours de service sont enlacés dans les détresses, hélas. Et les chefs des dizaines sont aux mains des porteurs de fouets. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
La porte de la ville populeuse est livrée aux loups du soir, hélas. Ils ont pris les chérubins, les tambourins et les flûtes. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les belles chambres sont livrées aux fils haïs, hélas. Ceux qui étaient estimés comme l’or fin sont livrés aux fouines des buissons. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les fils précieux sont transpercés par les épées, hélas. Les Léviim qui chantaient et les Cohanim qui faisaient fumer l’encens. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les chérubins et les fleurs sont livrés aux flèches et aux traits, hélas. Les premiers-nés et les enfants bercés gémissent dans le chagrin. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Ils ont jeté les clefs en voyant qu’ils étaient frappés, hélas. Ils ont fondu dans la faute et ont battu des mains. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Les cuillers et les coupes me sont arrachées, hélas. Et mes fils gémissent dans des terres lointaines. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Le Vivant a exigé sa dette et la lame pure a été emportée, hélas. La lampe d’occident s’est éteinte, et la joie du puisement de l’eau. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
Des insolents, fils de la volupté, sur les fils du peuple innombrable, hélas. La splendeur des vêtements sacerdotaux leur a été livrée. Hélas, qu’est-il advenu de nous.
L’encens a disparu, et l’arche et le propitiatoire, hélas. Toi qui as mesuré les cieux à l’empan, rassemble ce qui est dispersé, et que la force nous soit rendue promptement.
Trente-troisième kina du matin : les massacres de 4856
Composition de Rabbi Mena’hem ben Makhir, sur les persécutions de l’année 4856 (1096).
J’éveillerai le deuil, je traînerai après moi l’affliction, hélas. J’amèrerai les pleurs devant la fureur de l’oppresseur qui a dévié mes chemins. Malheur à moi.
L’exil s’est prolongé et mon cœur s’est amolli, hélas. Il a foulé et écrasé, il a lâché ses chiens et roussi sa proie. Malheur à moi.
Ceux qui me haïssaient étaient peu nombreux, et ils ont profané mon Sanctuaire, hélas. Ils ont méprisé mes choses saintes, ils ont commencé par mon Sanctuaire et ils ont fait ramper mes saints. Malheur à moi.
C’était en l’année 4856, la onzième du cycle, hélas. Des armées se sont équipées, elles ont vidé leur pays et se sont comptées comme des sauterelles. Malheur à moi.
Ils ont cherché l’erreur et ont durci mon joug, hélas. Ils ont fait cliqueter leur armure, ils ont dressé leurs enseignes et m’ont perverti. Malheur à moi.
Ils ont méprisé le prix du rachat, ils ont ravi les âmes, hélas. Ils ont piétiné mes Léviim, ils ont couvert de honte mes Cohanim, ils ont violenté mes femmes pudiques. Malheur à moi.
Des morts par l’épée, ensanglantés, sans rançon, hélas. Le tribut des hommes parfaits, sans aucun défaut, a été laissé désolé. Malheur à moi.
Traîné et jeté, nu et souillé, hélas. Les serviteurs de Molekh, l’armée du roi belliqueux, ont dominé sur toute la région. Malheur à moi.
La déchirure et le lacérage sur la Torah parfaite, hélas. L’oppresseur, la main levée, a décrété l’anathème contre ce qui était consacré comme offrande. Malheur à moi.
La voix des synagogues et des maisons d’étude, hélas. Des femmes compatissantes, de leurs mains pures, ont offert les sacrifices du pèlerinage. Malheur à moi.
Les sacrifices de paix et les holocaustes, les fiancés et les fiancées, hélas. Les nuits et les jours, les jeunes gens et les jeunes filles, et les meilleurs des communautés. Malheur à moi.
Des frères ensemble, leur sang a été répandu d’un seul coup, hélas. Et des sœurs dans l’effroi, par crainte du Nom unique, unies pour l’égorgement. Malheur à moi.
Ceux qui étaient instruits dans le Livre, au crépuscule et à l’aube, hélas. Le palais des paroles de beauté est rempli de gravier et de cendre, et où est celui qui pesait et qui comptait. Malheur à moi.
Cela s’était-il jamais vu auparavant. Une nation puissante est montée, hélas. Elle s’est enhardie pour anéantir, elle a rassemblé un peuple insolent, fils de la vilenie et de la langue étrangère. Malheur à moi.
Il a cherché à extirper, uniquement à déraciner et à arracher, hélas. Selon la ligne du menteur araméen, l’Araméen a projeté de déraciner sans rien laisser jusqu’au matin. Malheur à moi.
Celui qui maintient l’alliance, s’Il n’avait laissé un reste dans la terre étrangère, malheur à moi. Quand l’horreur s’est déchaînée, Il a eu pitié de la bien-aimée hébraïque et ne l’a pas retranchée, et il y a un espoir et un avenir.
Trente-quatrième kina du matin : le sang du prophète Zekharia
Le jour où j’ai alourdi mon fardeau, mes fautes se sont redoublées, quand j’ai porté la main sur le sang d’un prophète venu au Sanctuaire de l’Éternel. La terre ne l’a pas recouvert jusqu’à ce que vienne l’épée de mes oppresseurs, et il ne s’est pas apaisé jusqu’à ce que soit vengé le sang du prophète Zekharia. Et la détresse et la plainte se sont multipliées dans la fille de Yehouda.
Il allait et bouillonnait jusqu’à ce que vienne le chef des bourreaux. Il entra dans le Sanctuaire de l’Éternel et trouva un sang qui bouillait. Il interrogea à ce sujet les prêtres qui offraient les sacrifices. Ils lui répondirent que c’était le sang des victimes. Il fit l’essai avec le sang des taureaux, des béliers et des bêtes grasses. Ils immolèrent encore un grand sacrifice pour cacher ce qui était arrivé. Et la détresse et la plainte se sont multipliées dans la fille de Yehouda.
Malgré tout cela il ne s’apaisa pas et continua de s’agiter comme une mer démontée. On chercha l’affaire et elle fut trouvée clairement : c’était le sang d’un homme de D.ieu tué sans violence de sa part. Nevouzaradan dit : voici que son sang aussi est réclamé. Rassemblez-moi les prêtres et faites-les sortir de la maison de D.ieu, car je ne me calmerai pas tant que ne se sera pas apaisé le sang du prophète Zekharia. Et la détresse et la plainte se sont multipliées dans la fille de Yehouda.
Il égorgea les anciens par centaines et les jeunes gens par myriades, et il fit descendre à l’abattoir les prêtres de l’Éternel des armées, et le sang du prophète ne se calmait pas, et cela devint un signe et un prodige. Les fils étaient égorgés sous les yeux des pères, et leurs mères venaient après eux à l’égorgement. Et je me suis dit : voilà ta faute et voilà son fruit. Et la détresse et la plainte se sont multipliées dans la fille de Yehouda.
Il continua de tuer des femmes avec les nourrissons attachés à leur sein, et le sang montait entre eux comme le sang du Nil d’Égypte, jusqu’à ce que Nevouzaradan élève son cœur vers les cieux et dise : n’est-ce pas assez des filles de Jérusalem. Anéantirais-Tu tout ce qui reste de la captivité. Et la détresse et la plainte se sont multipliées dans la fille de Yehouda.
Trente-cinquième kina du matin : enivrée mais non de vin
Toi qui es enivrée mais non de vin, jette tes tambourins, rase ta tête et défigure ton visage, élève sur les hauteurs une lamentation et fais le tour de tes rives, et crie devant l’Éternel sur la ruine de tes seuils. Sur la désolation de tes seuils, tends vers Lui tes mains.
Comment l’ennemi a-t-il assiégé Sion, la cité royale. Comment le pied des insolents foule-t-il la terre de délices. En entrant ils ont trouvé les prêtres qui gardaient l’ordre du service, et ceux-ci se sont tenus à leur poste sans abandonner leur charge, jusqu’à ce que leur sang soit répandu comme les eaux du bouleversement. Tout incirconcis et tout impur est entré au-delà du voile, là où même le grand prêtre craignait de marcher. Ils ont détruit tes branches et tes fenêtres à cadre. Et crie devant l’Éternel sur la ruine de tes seuils. Sur la désolation de tes seuils, tends vers Lui tes mains.
La voix du hurlement de la fille de Sion s’entend de loin. Elle crie le cri de Hechbon, elle pleure les pleurs de Méfaat. Hélas, j’ai bu la coupe et j’en ai vidé la lie. Deux lions m’ont dévorée aux mâchoires aiguisées, la fille de Babel la dévastée et la fille d’Édom la criminelle. Pourquoi te plains-tu, Sion, alors que ta faute est connue. Pour tes nombreuses transgressions ton peuple est parti en exil, faute de discernement, parce que tu as abandonné tes veilleurs pour interroger tes idoles. Et crie devant l’Éternel sur la ruine de tes seuils. Sur la désolation de tes seuils, tends vers Lui tes mains.
Ne te réjouis pas, mon ennemie, de ce que ma corne est brisée. Car si je suis tombée, je me relèverai, et l’Éternel m’a secourue. Voici que le Tout Puissant me rassemblera, Lui qui m’a dispersée, et mon Rocher me rachètera de ta main, Lui qui m’avait vendue. Et Il me consolera, et Il me consolera, mon D.ieu qui m’a troublée.
Trente-sixième kina du matin : Sion, ne demanderas-tu pas des nouvelles de tes captifs
Composition de Rabbi Yehouda HaLévi. C’est la plus célèbre des odes à Sion.
Sion, ne demanderas-tu pas des nouvelles de tes captifs, qui cherchent ta paix et qui sont le reste de tes troupeaux.
De l’occident et de l’orient, du nord et du midi, reçois le salut du lointain et du proche, de tous tes côtés.
Et le salut du captif du désir, qui verse ses larmes comme la rosée du Hermon et qui languit de les voir descendre sur tes montagnes.
Pour pleurer ton humiliation je suis comme le chacal, et lorsque je rêve du retour de tes exilés, je suis comme une harpe pour tes chants.
Mon cœur frémit ardemment pour Beth El et Peniel, pour Mahanayim et pour tous les lieux où tes purs ont rencontré D.ieu.
Là, la Présence divine demeurait près de toi, et Celui qui t’a formée avait ouvert tes portes face aux portes du ciel.
Et la gloire du Seigneur était ta seule lumière, sans que le soleil, la lune et les étoiles aient besoin de t’éclairer.
Je choisirais de répandre mon âme au lieu même où l’esprit de D.ieu s’est répandu sur tes élus.
Tu es la maison royale, tu es le trône du Seigneur. Comment donc des esclaves se sont-ils assis sur les trônes de tes maîtres.
Qui me donnera d’errer dans les lieux où D.ieu s’est révélé à tes voyants et à tes messagers.
Qui me donnera des ailes pour m’éloigner et porter les morceaux de mon cœur brisé entre tes morceaux.
Je tomberais la face contre ta terre, je chérirais tes pierres et je prendrais en pitié ta poussière.
Que dire alors, quand je me tiendrais sur les tombeaux de mes pères, et quand je resterais frappé de stupeur à Hevron devant le plus beau de tes sépulcres.
Je passerais dans ta forêt et ton verger, je m’arrêterais à ton Guilad, je resterais saisi devant la montagne de tes passages.
La montagne des passages et la montagne de Hor, où reposent les deux grands luminaires qui t’éclairaient et t’enseignaient.
La vie des âmes, c’est l’air de ta terre, la myrrhe pure, c’est la poudre de ta poussière, et le miel du rayon, ce sont tes fleuves.
Il serait doux à mon âme de marcher nu et pieds nus sur les ruines désolées qui furent tes sanctuaires,
Au lieu où ton arche a été enfouie, et au lieu où tes chérubins demeuraient dans le plus intime de tes chambres.
Je couperais et je jetterais la parure de ma couronne, et je maudirais le temps qui a profané tes consacrés en terre impure.
Comment mangerais-je et boirais-je avec plaisir en voyant les chiens traîner tes lionceaux.
Comment la lumière du jour serait-elle douce à mes yeux tant que je verrais dans le bec des corbeaux les cadavres de tes aigles.
Coupe des chagrins, doucement, laisse-moi un peu de répit, car mes reins et mon âme sont déjà remplis de tes amertumes.
Quand je me souviens d’Ohola, je bois ta fureur, et quand je me souviens d’Oholiva, j’épuise ta lie.
Sion, parfaite en beauté, tu as noué depuis toujours l’amour et la grâce, et à toi se sont attachées les âmes de tes compagnons,
Ceux qui se réjouissent de ta tranquillité et qui souffrent de ta désolation, et qui pleurent sur tes brisures.
Du fond de la fosse de la captivité ils aspirent vers toi et se prosternent, chacun de son lieu, en direction de tes portes.
Les troupeaux de ta multitude, exilés et dispersés de montagne en colline, n’ont pas oublié tes enclos.
Ils s’accrochent aux pans de ton vêtement et s’efforcent de monter pour saisir les branches de tes palmiers.
Chinéar et Patros peuvent-ils t’égaler par leur grandeur, et leur vanité se comparerait-elle à tes Toumim et à tes Ourim.
À qui comparer tes oints, à qui tes prophètes, à qui tes Léviim et tes chantres.
Le règne de toutes les idoles passera et s’évanouira. Ta force est éternelle, ta couronne demeure d’âge en âge.
Ton D.ieu t’a désirée pour demeure, et heureux l’homme qu’Il choisit et qu’Il rapproche pour qu’il habite dans tes parvis.
Heureux celui qui attend, qui atteint et qui voit se lever ta lumière, et sur qui poindront tes aurores,
Pour contempler le bonheur de tes élus et se réjouir de ta joie, quand tu reviendras aux jours de ta jeunesse.
Trente-septième kina du matin : Sion, prends tout le baume de Guilad
Sion, prends tout le baume de Guilad pour tes douleurs, il n’y suffira pas, car tes brisures sont grandes comme la mer.
Terre de délices, te voici livrée au milieu des nations, alors que de l’Éden, lieu de tout ce qui est précieux, sortaient tes fleuves.
Le signe en fut que Naaman lava son corps dans les eaux du Yarden et fut aussitôt guéri. Que dire alors de tes purs.
La poussière de ta terre ne se paie ni en or ni en or fin, et la pierre de tes montagnes est précieuse comme le diamant.
Tous les délices étaient là quand ton fruit vert paraissait, et pourtant tes amertumes sont devenues douces comme le miel.
Ton fruit était un remède et chacune de tes feuilles une guérison, et tes forêts étaient comme des rayons de miel.
Tes hommes avaient conclu une alliance avec les serpents, il n’y avait pas d’accusateur, et tes lionceaux se soumettaient à eux.
En toi les bêtes et les oiseaux devenaient sages, au point que l’âne de Pin’has ben Yaïr fut jadis un exemple pour les hommes.
En toi D.ieu était seul et nul autre que Lui, et ton nom s’est répandu, car le Nom du D.ieu de vérité s’est fait connaître par tes cantiques.
Qu’il était bon et agréable de voir les tribus des fils de Yaakov franchir tes portes trois fois l’an.
En toi se trouvaient le secret du témoignage et le secret des sagesses, et les fils de l’orient et les sages de Cheva venaient copier tes livres.
Le roi était au milieu de toi, et en toi les chefs des armées avec toutes leurs armes, et sur toute nation tes maîtres l’emportaient.
Des magistrats sur tout le territoire, des juges dans chaque ville, des anciens de vérité, et il n’y avait pas d’enseignant comme tes enseignants.
Aux jours de leur jeunesse ils étaient choisis pour être consacrés à D.ieu, et tes jeunes gens étaient fils de prophètes, fils du D.ieu vivant.
En toi le cycle des saisons était pesé sur la ligne de la vérité, et le compte des années d’âge en âge dans tes deux mois d’Adar.
La naissance de la lune se réglait selon ta longueur, et la vision selon ta largeur, et par elle tes secrets étaient révélés.
Où est ton sanctuaire intérieur, le lieu de l’arche, où est la splendeur du Temple, et les autels, où sont tes parvis.
Où est ton oint qui expiait pour ton peuple, et qu’est-il advenu des fils de Kehat, où sont tes consacrés.
Où sont les prophètes, fils du Très Haut, et tous tes conseillers. Ils ont péri, et tes rois et tes princes sont partis en captivité.
Tu étais la belle colline, tête du monde, et ton cyprès était un étendard. Seule ta faute a raccourci tes moissons.
La terre t’a rejetée, des eaux étrangères t’ont submergée, tout vent t’a dispersée, et le feu a brûlé dans tes villes.
Tu t’es révoltée contre ton Rocher qui t’avait gardée de l’oppresseur, et alors des étrangers t’ont troublée, et c’est toi qui as causé ton propre trouble.
D.ieu t’avait exaltée jusqu’à t’appeler Ariel, et comment un lion déchirant tes troupeaux est-il passé dans ta demeure. Reviens vers D.ieu ton Époux, ne lui laisse aucun repos jusqu’à ce que sa gloire revienne et qu’Il rebâtisse tes clôtures.
Mon âme désire ardemment contempler l’éclat de ta splendeur. Que la paix soit sur toi et grande paix sur ceux qui te secourent.
Trente-huitième kina du matin : Sion, couronne de beauté
Sion, couronne de beauté, joie de tes foules, reçois de ton Seigneur une paix semblable à un fleuve.
Vers toi les anges des cieux qui gardent tes murailles et ton rempart, nuit et jour, réclament la paix pour tes camps.
Et aussi ceux qui sont dispersés aux quatre coins du monde, tes filles et tes fils qui cherchent ta paix.
Ceux qui reposent dans les tombeaux attendent et guettent le jour de ton salut, et alors ils germeront et tes endormis revivront.
Et moi, en demandant de tes nouvelles, j’élève la voix au sommet des montagnes, et je voudrais voler comme un oiseau au-dessus de tes verdures.
Paix à Sion, demeure de justice, paix à ton rempart et à tes murailles précieuses, pierres de tes perles.
Paix à la terre de délices, paix à toute la frontière, à Guilad, à Chomron et à tous tes voisins.
Sion, n’étais-tu pas autrefois belle à voir. Comment ta forme et ton visage se sont-ils noircis.
Comme les filles de rois tu portais l’honneur et la louange, et comment ceins-tu le sac sur tes reins.
Mon pain est le soupir quand tu te pares de cendre au lieu de couronne, et je bois mon chagrin par-dessus tes chagrins.
Lève-toi, élevons la plainte, pleurons des larmes comme la mer, que des fleuves coulent de mes yeux vers tes yeux,
Sur ton veuvage, car ton bien-aimé s’en est allé, et c’est Lui qui a détruit son sanctuaire et tous tes secrets cachés.
Quand je vois ta beauté, j’appelle les chantres pour le cantique. Quand je contemple ta misère, j’appelle tes pleureuses.
Je préférerais que le pélican et le hibou habitent en toi. Malheur à moi qu’Édom et l’Arabe aient fait leur nid dans ton nid.
Ville royale de David et de son fils Chlomo, tu étais bâtie, et ce sont eux qui autrefois t’ont fondée.
Tu es le sanctuaire de D.ieu, tu es le repos du Rocher, tu es celle vers le jardin de laquelle Il descendait chaque jour.
Là étaient la table, le candélabre et l’arche de l’alliance, et D.ieu passait la nuit dans tes demeures entre les seins de l’amour.
Sur ton autel les prêtres se tenaient pour officier par le sacrifice et l’holocauste, afin d’expier tes fautes.
Le chef du sacerdoce, revêtu de l’éphod précieux, faisait entendre au bas de son manteau la voix de tes clochettes.
Une fois l’an il entrait dans les chambres du sanctuaire intérieur et apportait l’encens à pleines mains.
La casse, le roseau et tous les parfums de choix parvenaient jusqu’à la ville des palmiers, tant l’odeur de tes huiles était forte.
Et aussi les Léviim qui gardaient les portes, et les chantres qui faisaient monter le chant de leur bouche avec toutes tes acclamations.
En face d’eux les hommes de garde disposaient la prière, et ta multitude montait vers toi à tous les temps fixés.
En toi les prophètes étaient dans le conseil de D.ieu, en toi les savants de l’astronomie, en toi tes soixante-dix anciens.
Ta terre était remplie des dix degrés de sainteté, avec toutes les dîmes, les prélèvements et le meilleur de tes blés.
Maintenant tu es désolée, sans fils ni filles. Où sont ton roi, ton prophète, tes Léviim et tes Cohanim.
Quand reviendront-ils et entreront-ils dans tes tentes, eux qui désirent tant demeurer sous tes nuées.
Qui me donnera d’être là quand tu enfanteras des enfants, comme Chifra et Poua accouchant sur tes pierres.
Qui me donnera d’être là au jour où viendra Celui qui t’a épousée, et où tu te pareras comme une fiancée de tes ornements.
Mon cœur désire embrasser à pleins bras la poussière de ta terre, et j’aspire à baiser tes pierres de ma bouche.
Quand je te verrai rebâtie de turquoise et de fard, ta hauteur sera visible du nord et de l’occident.
J’aspire et je désire la consolation, et les paroles du messager parviendront à mes oreilles et aux tiennes.
Éveille-toi au-devant de ton Bien-aimé et secoue-toi de la poussière, quand Il reviendra vers tes demeures.
Trente-neuvième kina du matin : Sion, lamente-toi sur ta maison brûlée
Sion, lamente-toi sur ta maison qui a été brûlée, crie amèrement sur la désolation de tes vignes.
Sion, éveille-toi comme une veuve devenue tributaire de tous les passants, à cause de tes nombreuses fautes.
Sur les collines élève la lamentation et l’amertume, et aussi le gémissement à voix haute, car tes foules ont été frappées.
Comment les fils de Sion, dans la colère, ont-ils été traités comme Moav à cause de l’excès de ton orgueil. Appelle donc tes pleureuses.
Élève le hurlement et la complainte, Sion, dans l’amertume et le gémissement, et pleure les désolations sur les ruines de tes demeures.
Lamente-toi et ne fais pas taire ta voix dans les pleurs. Élève la peste et l’épée qui ont été envoyées contre tes camps.
Ils t’ont traquée comme un oiseau sans personne pour te secourir, ceux qui ont tendu les filets pour découvrir ta honte.
Comment a-t-Il jeté la splendeur d’Israël sans se souvenir du serment qu’Il avait conclu avec ceux qui t’ont élevée.
Ta voix est comme le rugissement des chacals, demeure de Yaakov. Élève les pleurs et la lamentation sur tes nombreuses plaintes.
Coupe ta chevelure consacrée et jette-la à terre sur ta tête, ceins le sac et serre-le sur tes reins.
Lamente-toi sur la transgression et ne te donne aucun repos, élève sur les hauteurs la complainte à cause de tes nombreux oppresseurs.
Terre de délices, éveille les armées de la lamentation et du gémissement sur les hauteurs, à la place de tes réjouissances.
Rois, lamentez-vous, princes, hurlez, et tout l’orient et tout l’occident, sur tes vêtements de deuil.
Ôte ton manteau et jette-le à terre, ceins le sac et gronde sous tes draps.
Jeune homme et vieillard, enfant et nourrisson, élevez une amertume pour l’âme, aux yeux de tous tes anciens.
Sion, ta joie n’a-t-elle pas passé comme des épines sur l’eau, et tout s’est renversé à cause de tes nombreuses insolences.
Les luminaires se sont obscurcis et tous les cieux, et toute route s’est assombrie et fermée devant toi.
Car les cieux se sont écartés et ont retiré leur lumière devant tout ce tumulte, à cause de tes nombreux chagrins.
Sion, sonne du chofar sur la montagne et la colline, regarde, crie amèrement et pleure sur la mort de tes chefs.
Ils ont livré ton butin au feu, Sion, au piétinement, et tes portes se sont enfoncées dans la terre de tes fondations.
Voici que la fille de Yehouda est livrée au piétinement, et personne ne ramène son âme sur la désolation de tes graisses.
Sion, pleure amèrement, faute de consolateur, car Il s’est beaucoup éloigné de la proximité qui consolait tes éprouvés.
Ta voix est comme la voix de la mer, du monstre marin et de l’autruche, et la voix du gémissement et des pleurs sous tes ronces.
Sion, lève tes yeux vers les hauteurs et regarde, lamente-toi et hurle sur l’abandon de tes figuiers.
Sion, lamente-toi auprès des patriarches et demande le lieu de ta maison et le secours de la force de tes chefs.
Va vers la caverne, crie amèrement et pleure : on a humilié tes filles, tes fils et tes descendants.
Sarah, en entendant ta voix, pleure elle aussi sur les fils faits captifs chez tous tes voisins.
Rahel et Léa ont pleuré, Bilha et Zilpa se sont lamentées et ont crié à haute voix, se frappant le visage devant toi.
Car D.ieu est éternel et Il ne rejettera pas, car il y a une espérance et une grande paix pour tes fils.
Quarantième kina du matin : Sion, tendresse du Bien-aimé
Sion, tendresse du Bien-aimé, la plus petite parmi tes princes, où sa parole a demeuré dans l’humilité de ta splendeur.
Sion, splendeur de toute chambre nuptiale et de tout lit d’amour, quand ton Bien-aimé entrait dans le plus intime de tes chambres.
Sion, la bénédiction d’en haut sur ta tête, et devant toi tes portes finement taillées.
Sion, héritage du loup du soir. Ta parure a été emportée avec tous tes ornements, et tes couronnes ont été emportées.
Tu étais belle par l’abondance de tes biens, tu grandissais en science et en grâce, et tes jeunes gens étaient plus sages que les anciens de Tsoan.
Tu étais la perfection de la beauté, magnifique dans toute louange. Tu montais et tu prenais le butin des rois qui t’entouraient.
En toi l’homme reposait dans l’aisance, sans faute, quand l’expiation se faisait par le sacrifice perpétuel qui t’obtenait le pardon.
Tu as été fondée au mois de Ziv pour la gloire, et tu as été détruite au mois d’Av dans la colère. C’est pourquoi je puiserai les eaux de tes amertumes.
On voyait dans ta ville la face du Créateur, les fils du camp du bon vouloir de Celui qui habitait le buisson, dans tes deux parvis.
Ceux qui accomplissaient ton ouvrage, même par un fil, s’enrichissaient de biens. Tout ce qui est précieux se trouvait dans la communauté de tes riches.
Ton lieu a été choisi par le Rocher qui a choisi la nation qui l’a choisi. Il a choisi ton origine et Il a choisi tes prêtres.
En toi Il demeurait dans la joie et la magnificence, et Il t’exaltait d’âge en âge, quand venaient te labourer les troupeaux de tes compagnons.
Ta frontière montait par le sanctuaire, la côte de Yevous, et non par la source d’Étam, afin de ne pas porter les épaules de ton sanctuaire.
L’Éternel a proclamé ton nom sur le nom de deux prêtres, et David t’a trouvée avec son armée dans les champs de tes forêts.
Son fils a bâti ta demeure et l’a inaugurée, portant le nom de son père qui l’avait précédé et qui est scellé dans tes chants.
Dans la pensée de ton Créateur tu es montée avant même la création du monde, du firmament et de l’univers sur ta poussière.
Aux eaux de Meriva, au jour de la colère, ta terre a été purifiée et n’a pas reçu la pluie, quand tes créatures ont péri.
La pluie de ta terre descendait en son temps, la nuit venue pour la bénédiction, et la rosée passait la nuit sur tes moissons.
Tu étais le fondement du cercle du monde, de toi sortaient le témoignage et le secret, et la sanctification du mois selon les témoins de tes intercalations.
Les fils et les filles languissaient de désir, ils jouaient et se réjouissaient dans les rues sur tes places.
Aux fêtes ils resplendissaient dans l’or fin, ils s’ornaient de lin, ils étaient remplis de rosée, de lumière et de grâce, et tes consacrés étaient purs.
Comment me réjouirais-je encore lors des fêtes, comment exulterais-je encore à Pourim, jusqu’à ce que viennent les jours d’allégresse pour tes fêtes.
Ta terre était très désirée, et elle n’a pas été désirée quand les fils précieux montaient vers la maison de tes séjours.
La nuée de l’encens montait du lieu de ton sanctuaire, et à sa place est sortie la fumée du feu de tes narines.
Quand les malfaisants se sont approchés de la ville, ils ont mis le feu à ta vigne, ils ont dévasté et éveillé la ruine dans tes villes saintes.
Le fer, dont on n’entendait pas le bruit quand tu fus bâtie, comment tes oppresseurs ont-ils planté en toi les épées du rocher.
Pour cela ils passent vêtus du sac, ces Hébreux, mais confiants qu’ils se réjouiront après le temps de la tourterelle.
Que je hurle à ma voix. Mon D.ieu, comment te contiendrais-tu, alors que le compagnon de ta jeunesse t’a appelée au sac et aux pleurs.
Le cœur malade languit de désir, il s’endort jusqu’à ce que monte la colonne de tes aurores.
Je me lèverai à minuit aux veilles de l’obscurité pour son Nom, et à la lumière viendra le matin pour tes veilleurs.
Alors tu trouveras le rayon de miel, alors tu ne te lamenteras plus, car tu seras établie au sommet de tes montagnes.
La gloire du Liban viendra à toi et tu deviendras blanche comme les troupeaux, fils de la magnificence de tes enclos.
Éveille-toi et secoue-toi, la forêt de tes ennemis sera secouée, et un enfant marquera d’un signe l’arbre de la forêt de tes sangliers.
Lève-toi et brille pour tous ceux qui désirent ta lumière, eux qui marchent dans les ténèbres jusqu’à ce que tes luminaires s’allument.
Sion, tu seras encore un signe et un étendard de force, et une bannière pour les peuples, et les pieds de tes messagers seront élevés.
Dépouille les ornements de la misère et revêts ton vêtement d’écarlate, pare-toi comme une fiancée pour nouer tes parures.
Ne me dis pas que tu es devenue trop vieille pour un homme. Tu te réjouiras encore, découvrant le sein pour tes petits.
Tu enfanteras les fils de tes délices au temps de la volupté, tu te renouvelleras dans une jeunesse comme celle de tes aigles.
Que le Rocher qui t’a formée incline ton penchant vers le bien et te garde, et tu seras protégée comme une ville reliée à tes maîtres.
Qu’Il rachète avec force de la captivité, de la main du sanglier, ceux qu’Il a taillés, et qu’Il soit une couronne de beauté pour le reste de tes troupeaux.
Quarante et unième kina du matin : demande, ô Torah brûlée par le feu
Composition attribuée au Maharam de Rothenburg, écrite après l’autodafé des manuscrits du Talmud à Paris en 5002 (1242).
Le Maharam de Rothenburg (Rabbi Meïr ben Baroukh, v. 1215–1293) est l’un des plus grands maîtres de la loi juive (Halakha) et Tosafistes du Moyen Âge en Allemagne. Autorité spirituelle majeure du judaïsme ashkenaze, ses responsa et ses élèves ont façonné les pratiques rabbiniques pour les siècles suivants. Arrêté par l’empereur Rodolphe Ier alors qu’il tentait de fuir les persécutions avec sa communauté, il fut emprisonné à la forteresse d’Ensisheim. Selon la tradition, il refusa que la communauté paye son exorbitante rançon afin de ne pas encourager le kidnapping de d’autres rabbins. Il mourut en captivité, devenant un symbole absolu de dévouement et de dignité pour son peuple.
Demande, ô toi qui as été brûlée par le feu, des nouvelles de la paix de ceux qui te pleurent, eux qui désirent demeurer dans le parvis de ta demeure,
Ceux qui halètent sur la poussière de la terre et qui souffrent, ceux qui restent frappés de stupeur devant le brasier de tes rouleaux,
Ceux qui marchent dans les ténèbres sans aucune clarté, et qui espèrent la lumière du jour qui se lèvera sur eux et sur toi.
Et la paix de l’homme qui gémit, qui pleure d’un cœur brisé et qui se lamente sans cesse sur les douleurs de tes déchirures,
Qui se plaint comme les chacals et les autruches, et qui proclame un deuil amer à cause de toi.
Comment as-tu été livrée à un feu dévorant, toi qui devrais être consumée par un feu de chair, alors que les étrangers ne se sont pas brûlés à tes braises.
Jusqu’à quand, ô toi qui vis dans les délices, demeureras-tu dans une grande quiétude, alors que le visage de mes jeunes pousses est recouvert de tes orties.
Tu sièges dans un grand orgueil pour juger les fils de D.ieu dans tous les jugements, et tu les traînes devant tes tribunaux.
Tu décrètes même de brûler la loi de feu et ses statuts. Heureux donc celui qui te paiera ta juste rétribution.
Mon Rocher, est-ce par le brandon et le feu que Tu l’as donnée, pour qu’à la fin le feu embrase ses pans.
Sinaï, est-ce pour cela que D.ieu t’a choisi et a méprisé les hautes montagnes, et qu’Il a resplendi sur ton territoire,
Pour qu’il y ait un signe annonçant que la Loi serait diminuée et déchue de sa gloire. Et voici que je dirai tes paraboles.
Une parabole d’un roi qui pleura au festin de son fils, prévoyant qu’il mourrait. Ainsi en est-il de tes paroles.
Au lieu du manteau, Sinaï, couvre-toi de sac, revêts le vêtement du veuvage et change tes habits.
Je ferai descendre des larmes jusqu’à ce qu’elles deviennent un torrent et qu’elles atteignent les tombeaux de tes deux princes nobles,
Moché et Aharon sur le mont Hor, et je demanderai : y a-t-il une Torah nouvelle, pour que tes rouleaux aient été brûlés.
Le troisième mois, et le quatrième s’y est lié pour détruire ta splendeur et toute la beauté de ta perfection.
Il a brisé les Tables, et une année plus tard il a persisté dans sa folie en brûlant par le feu la Loi. Est-ce là le paiement du double.
Je m’étonne de mon âme, et comment la nourriture serait-elle douce à mon palais, après avoir vu qu’on a rassemblé tes dépouilles
Au milieu de la place, comme une ville vouée à l’anathème, et qu’on a brûlé le butin du Très Haut, alors que tu dédaignes de venir dans tes assemblées.
Je ne saurais plus trouver le chemin. Tes routes pavées sont en deuil, ainsi que le sentier droit de tes chaussées.
Il me serait plus doux que le miel de me mêler à la boisson de mes larmes, et d’avoir aux pieds tes entraves.
Il serait agréable à mes yeux de puiser les eaux de mes pleurs jusqu’à ce qu’elles s’épuisent pour tous ceux qui s’accrochent au pan de ton manteau.
Mais elles se tarissent en descendant sur mes joues, car mes entrailles se sont émues du départ de tes maîtres.
Il a pris sa bourse d’argent et s’en est allé au loin, et avec lui se sont enfuies tes ombres.
Et moi je suis resté seul et solitaire loin d’eux, comme un mât au sommet de la montagne de tes tours.
Je n’entendrai plus la voix des chanteurs et des chanteuses, car les cordes de tes tambourins et de tes flûtes ont été rompues.
Je me revêtirai et me couvrirai du sac, car ils m’étaient très précieux, et les âmes de tes morts se sont multipliées comme le sable.
Je m’étonne beaucoup de la lumière du jour qui brille sur tous, mais qui s’obscurcit pour moi et pour toi.
Crie d’une voix amère vers le Rocher sur ta brisure et sur ton mal, afin qu’Il se souvienne de l’amour de tes noces.
Ceins le vêtement de sac pour l’incendie qui est sorti pour diviser et qui a dévoré tes hauteurs.
Comme les jours de ton humiliation, que le Rocher te console, qu’Il ramène la captivité des tribus de Yechouroun et relève tes humbles.
Tu te pareras encore de la parure d’écarlate, tu prendras le tambourin, tu iras dans la danse et tu exulteras dans tes rondes.
Mon cœur s’élèvera au moment où le Rocher éclairera pour toi, où Il illuminera ton obscurité et où tes ténèbres deviendront lumière.
Quarante-deuxième kina du matin : Sion, diadème de splendeur
Sion, diadème de splendeur, joie de ceux qui te sont attachés, crie à voix haute sur ceux qui se sont perdus.
Vers la Jérusalem d’en haut, pour chercher et implorer de D.ieu qu’Il lui accorde la paix, ainsi qu’aux fils de tes élus.
Sur ton élu dont l’amour pour toi s’est changé en étranger devant toi et devant tes troupes.
Il fut gravé et ouvert sur la table du cœur, et alors tu étais paisible, en sécurité et tranquille, fiancée selon tes générations.
Parle avec droiture pour intercéder auprès de tes compagnons en ta faveur, et fais retentir vers les montagnes la voix de ta gloire.
Que ton Bien-aimé revienne vers ta couche et passe la nuit à ton ombre, et se promène dans l’enclos du jardin de tes roses.
Il s’est engagé par la dot, les fiançailles et le contrat, pour te secourir, et voici le témoignage de tes présents.
N’as-tu pas enfanté pour ton Époux une descendance et des fils bien faits, et comment as-tu été privée de tous tes fidèles.
Il s’est détourné, Il est passé, Il s’est éloigné de toi, et pourtant tu n’as pas été répudiée. Aucun acte de séparation ne t’a été remis.
Il plaide en disant que tu t’es refusée par rébellion, et c’est pour cela que tu as été raillée et que le peuple de tes bien-aimés a été abaissé.
Tu es restée assise, solitaire et muette, car le pan de ton vêtement a été relevé pour ta honte, tu as été découverte et ta gloire a été amoindrie.
Tous ceux qui tenaient à ta couronne sont sortis de toi, pressés et affolés, et ce sont eux qui te restaient.
Mon cœur défaille sans répit, car la douceur de tes fruits s’est changée en amertume.
Plein de larmes comme des eaux qui débordent, mes joues se sont remplies de pleurs, ainsi que les yeux de tous tes princes.
Mon âme est enveloppée quand je me souviens de ton feu qui s’est éteint et qui ne pouvait plus cuire tes fleurs de farine.
Ta mesure de raisin est mêlée d’eau, et le bœuf des sacrifices de tes serviteurs a disparu des étables.
Ton fondement a été dépouillé et labouré comme un champ en friche, et le feu de tes flammes a léché et dévoré tes alentours.
L’effroi et le vertige m’ont saisi quand je vois mes adversaires tranquilles alors qu’ils ont épié tes pas.
J’appelle les pleureuses à pleurer et à crier amèrement le gémissement, sur tes rigueurs.
Les jours de ma misère se sont écoulés quand je contemple ta misère. Les gardiens t’ont trouvée et ils ont emporté ton voile.
Mes os se sont consumés à cause des fils précieux, brûlés comme la chaux dans la lumière des tisons de tes survivants.
Les parchemins de la Loi ont été livrés au feu par ceux qui me haïssent, et hélas, comment tes témoignages ont-ils été comparés au marteau.
Mon cœur se lamente d’avoir été agréé dans une terre impure comme offrande volontaire pour la libation du vin de tes sacrifices perpétuels.
Sion, jusqu’à quand mettras-tu la main sur ta bouche. Comment tes chefs sont-ils tombés aux mains de ton ennemi.
Tes enfants précieux comme l’or fin ont été perdus loin de toi. Pour cela, dans l’amertume, retentit le pleur de ceux qui te sont soumis.
Comment le temps de ton enfantement est-il ainsi retardé, et jusqu’à quand resteras-tu liée par les douleurs de tes contractions.
Les femmes enfantent au bout de neuf mois. Comment se sont multipliées les années depuis que tu as conçu tes enfants.
Ordonne à Celui qui garde les douleurs de la biche de dénouer tes souffrances sur le tapis de tes coussins.
Il pense au temps où les bouquetins doivent mettre bas, et Il n’aurait pas songé à ton temps pour éloigner tes frayeurs.
Il tient dans sa main l’ouverture de quatre choses fermées, et Il ouvrira ainsi les trésors de tes réserves.
Que sa voix se fasse entendre pour rassembler les fidèles. Alors Il ouvrira ses portes et leur confiera tes clefs.
Sion, ceux qui souffrent de ta douleur seront rendus dix fois plus heureux par ta beauté, lorsque brillera le soleil de tes clartés.
Sion, ils apaiseront par une offrande la face de ta colère, et alors ceux qui tremblaient devant toi se prosterneront à tes pieds.
Sion, pare-toi de ta parure, de la broderie de tes vêtements, et de la force et du bras de la splendeur de tes habits de délices.
Quarante-troisième kina du matin : Sion, va vers ton jugement
Sion, va vers ton jugement avec tes devins. Ils t’ont égarée par le mensonge et n’ont pas dévoilé tes fautes.
Ainsi les fils d’iniquité t’ont humiliée et ont pris possession de toi, demeure de justice, et tu es devenue la risée de tous tes voisins.
Tu as méprisé Celui qui t’enseignait et tu n’as pas écouté ton maître, alors qu’il eût été bon que ton Saint demeure dans ton pays, dans tes demeures.
Tu as découvert ta honte et ton impureté à tes pans, tu as souillé ta route et tu as multiplié tes débauches.
Tu as marché dans la voie de ta sœur, tu t’es prostituée de sa prostitution et tu as entraîné tes filles et tes fils.
Tu as été frappée et blessée sans guérison, tu as été jetée comme la boue des rues, et te voici la risée des fils de ceux qui t’oppriment.
Tu es devenue un chant dans la bouche des insolents rebelles qui ont dit à ton âme : courbe-toi, et ils ont brisé tes dents.
Souviens-toi, pauvre femme, d’un cœur brisé, et crie sur ta plaie et sur celui qui t’opprime et qui a tranché tes cornes.
Attache-toi véritablement à D.ieu, ton Rocher et ton Créateur, et espère en ton Roi seul, car Il est ton Seigneur.
Purifie ton cœur et tes mains et reviens vers ton Époux, ton Saint, et multiplie pour Lui tes cantiques.
Jour et nuit fais entendre ta voix dans les pleurs amers sur la cité royale et sur les ruines de tes palais.
La gloire, la splendeur et la beauté qui se trouvaient en toi, ton Saint les a livrées à tes ennemis.
Pourquoi est-elle devenue un monceau de ruines, demeure des chacals et possession du pélican du désert, et les étangs de tes sources.
Tu as refusé d’écouter la voix de Celui qui te réprimandait, et c’est pourquoi tu as bu et épuisé tes graisses et ta lie.
Devant la face du Très Haut répands ton cœur comme les eaux du fleuve et n’accorde aucun répit à tes yeux.
Gémis et gronde dans la ville, appelle les pleureuses et toutes les femmes qui pleurent d’un grand pleur, tes chanteuses de complaintes.
La couronne de ton roi, jusqu’à quand sera-t-elle foulée aux pieds, et jusqu’à quand les fils de tes princes resteront-ils aux mains de l’oppresseur.
Ouvre, Liban, tes portes qui se sont enfoncées dans la terre de l’oubli, et il n’y a plus de gîte pour tes prêtres.
Sion, élève sur eux le gémissement et la plainte, ne te tais pas, rassemble et réunis tes anciens et tes anciennes.
Crie et rase-toi comme l’aigle sur les fils de tes délices, et sur tous tes princes et tes gouverneurs.
Ils se sont élevés et ont grandi comme les vagues au cœur de la mer, tes ennemis, et dans la nuit ils ont ravagé les rangées de tes pierres.
Ta demeure a été dévastée, et tout le désir de ta gloire, quand il n’y eut plus d’Ourim et de Toumim pour révéler tes secrets.
Le Tavor et le Karmel sont comme les monts de Guilboa, sans ta rosée ni ta pluie, et sans lumière dans tes nuées.
Sion, oublie ton chagrin, purifie-toi et sanctifie-toi, revêts la parure précieuse et le parfum de tes huiles.
Sion, les jours de ton deuil s’achèveront dans la joie et l’allégresse, car ta faute est expiée et ta double brisure aussi.
Sion, tu seras encore le joyau des rois et des provinces, et les eaux du repos couleront de tes sources.
Sion, guette ta délivrance. On t’appellera encore diadème de splendeur, dans la bouche des chanteurs et de tes musiciens.
Sion, la bénédiction et la vie sont en toi, le Puissant de Yaakov l’a ordonné pour toujours, et on le dira encore à tes oreilles.
Sion, une multitude de prêtres te servira, et l’Éternel ajoutera de nouveau à l’acquisition de tes dignitaires.
Quarante-quatrième kina du matin : Sion, souveraine des royaumes
Sion, souveraine des royaumes, reçois de tes captifs d’abondants souhaits de paix.
Mon cœur s’aigrit à la voix qu’ont élevée les puissants, les fils de Séir et de Moav, au milieu du sanctuaire de ta demeure.
Ils ont foulé mes oints dans le sang de la tête des dignitaires, ils ont déchiré Choa et Koa, ils ont piétiné mon peuple, tes élus.
Ils ont pris les villes fortifiées par le retranchement et le rempart, ils ont abattu les cèdres du Liban et coupé les arbres de tes forêts.
Les prophètes ont eu des visions de vanité en parlant au nom de la ville du Saint de Yaakov pour la paix, et tes plaies n’ont pas été pansées.
Mon cœur se déchire sur l’arche et le tabernacle, sur la lame d’or et l’éphod, et sur le Nom saint de tes secrets.
Les îles raconteront le mystère des signes et des prodiges. Sur ta brisure ils guériront ta double blessure.
Le soleil et toutes les étoiles du firmament se sont tus dans la vallée. Élève ta voix sur les hauteurs, la voix de tes amertumes.
La lune, les Pléiades, la Grande Ourse et Orion éteindront leur clarté, eux qui ont recueilli les étoiles de tes aurores.
Le sceptre des méchants s’est levé, des princes sont entre leurs mains pour être pendus. Ta joie a cessé, ton allégresse et tes instruments de musique.
Le Liban est en deuil et la joie du Karmel ne s’entend plus. Les dignitaires ont été confondus quand l’oppresseur est entré dans tes portes.
Au jour où la sagesse des sages a péri, tes chefs ont été enchaînés, et les fils précieux de Sion se sont courbés.
La perfection des rois, le vêtement des filles voilées, la parure de corail, de cristal et même de saphir, tes joyaux.
Des fleuves ont été pillés au milieu de la cité joyeuse, sans fin ni mesure, et enfin tes clôtures ont été percées.
La colline et l’arbre verdoyant, le térébinthe et le chêne, lieu d’abomination, sont remplis de tes morts et de tes cadavres.
Mes entrailles frémissent comme la mer, mes larmes coulent comme les eaux de Nimrim, au jour où les lionceaux ont déchiré tes lions.
Mon cœur se déchaîne comme la tempête et l’ouragan, comme la balle emportée de l’aire, sur les fautes de tes prêtres idolâtres.
Ma chair s’est amèrement affligée au jour où le Saint de Yaakov a rejeté le Sanctuaire et l’autel, et où l’on n’entre plus dans tes parvis.
Tu étais un cep de choix, une plantation de délices, et au matin, comme une fleur qui éclot, tes sarments prospéraient.
Reviens, ô biche, vers D.ieu qui t’a formée, qu’Il t’établisse d’âge en âge, et que l’Époux de ta jeunesse demeure au milieu de toi.
Que le lion ne monte plus sur tes routes, que le navire puissant et la barque ne passent plus sur tes fleuves.
Mon âme a désiré chercher ta paix comme la chaleur limpide sur les lumières, comme la nuée de rosée dans la chaleur du jour de tes moissons.
Je me réjouirai et j’exulterai le jour où j’entendrai la voix du messager annonçant la paix et le repos, et cherchant la paix de tes captifs.
Quarante-cinquième kina du matin : pleure, Sion, et pleurez, ses villes
Pleure, Sion, et pleurez, ses villes, comme une femme dans les douleurs, comme une vierge ceinte de sac sur l’époux de sa jeunesse.
Sur le palais abandonné par la faute du troupeau de ses fidèles.
Et sur la venue de ceux qui blasphèment D.ieu, jusque dans les chambres de son Sanctuaire.
Sur l’exil des serviteurs de D.ieu, les chantres suaves de ses cantiques.
Et sur leur sang qui a été répandu comme les eaux de ses fleuves.
Sur la joie de ses danses qui s’est tue dans ses villes.
Et sur l’assemblée qui est restée désolée, et sur l’abolition de son Sanhédrin.
Sur les sacrifices perpétuels et le rachat de ses premiers-nés.
Et sur la profanation des ustensiles du Temple et de l’autel de ses encens.
Sur les enfants de ses rois, fils de David, ses seigneurs.
Et sur leur beauté qui s’est obscurcie à l’heure où ses couronnes ont été enlevées.
Sur la gloire qui s’est exilée à l’heure de la destruction de ses sanctuaires.
Et sur l’oppresseur qui a opprimé et qui a ceint de sacs ses habitants.
Sur les coups et les nombreuses blessures dont ont été frappés ses consacrés.
Et sur ceux que l’on a précipités contre le rocher, ses petits et ses enfants.
Sur la joie de ceux qui la haïssent, riant de ses brisures.
Et sur la souffrance des fils libres, ses nobles et ses purs.
Sur la faute qui a fait dévier le chemin tracé de ses pas.
Et sur les foules de ses communautés, hâlées et noircies.
Sur les voix de ceux qui l’outragent au temps où ses cadavres se multipliaient.
Et sur l’approche de ceux qui la blasphèment jusque dans les parvis de sa demeure.
Sur ton Nom qui a été profané par la bouche de ceux qui se dressent contre elle et l’oppriment.
Et sur la supplication qu’ils te crient. Écoute et entends ses paroles.
Pleure, Sion, et pleurez, ses villes, comme une femme dans les douleurs, comme une vierge ceinte de sac sur l’époux de sa jeunesse.
Quarante-sixième kina du matin : sur la destruction du peuple d’Israël dans les années de fureur
Élégie sur l’anéantissement du peuple d’Israël durant les années de fureur 5700 à 5705 (1940 à 1945), composée par le Rabbi Chlomo Halberstam , Admour de Bobov.
Souvenez-vous et lamentez-vous, tout Israël, que votre voix se fasse entendre sur les hauteurs. Car l’Allemagne a exterminé notre peuple dans les jours de fureur de la guerre. Par des morts étranges et cruelles, par la faim et par la soif. Ne l’oubliez pas dans toutes les générations, jusqu’à ce que vous méritiez de voir la consolation.
Leurs cris et leurs pleurs, entassés et enfermés dans les wagons. Comme un troupeau à l’abattoir ils ont été conduits à la crémation dans les fours. Que la voix de leur supplication soit à jamais rappelée devant Celui qui demeure dans les hauteurs. En proclamant Écoute Israël, ils ont livré leur âme au Maître des maîtres.
Les chefs des Yechivot et leurs élèves, et les foules de ton peuple étaient là. Ils les ont soumis à des travaux et à des tortures cruelles, et ils les ont tués à main levée. Le sang de tant d’enfants crie vers Toi depuis la terre. Venge la vengeance des petits enfants et des femmes, ne laisse subsister aucune âme.
Sur l’incendie de milliers de maisons d’étude et de synagogues, sur des myriades de Sifré Torah et sur ceux qui les étudiaient, nous nous lamenterons dans la désolation. Ils ont livré au feu les sanctuaires de D.ieu, ils les ont embrasés sous nos yeux qui regardaient. Que celui qui a allumé l’incendie en paie le prix, qu’Il juge parmi les nations qu’Il remplira de cadavres.
Criez, cieux et terre, sur des milliers de bourgades qui étaient des forteresses de Torah, sur les pays d’Europe et leurs communautés, héritières et gardiennes de la tradition. Sur les justes, les anciens et les hommes pieux, attachés à une foi pure. Depuis le jour où nous avons été exilés de notre terre, il n’y eut jamais un anéantissement aussi terrible.
Aie pitié de notre reste, regarde donc du haut des cieux. Pour ces camps de saints, rends-nous dix fois plus nombreux que ceux qui sortirent d’Égypte. Relève la maison de notre sainteté et console-nous au double. Élève-nous et ramène-nous à Sion et à Jérusalem.
Après la dernière lamentation
Le recueil s’achève ainsi, sans consolation véritable, car la consolation n’appartient pas à ce jour. Elle viendra plus tard, avec les sept semaines de réconfort qui séparent Ticha Beav de Roch Hachana, et surtout avec la promesse répétée par les prophètes selon laquelle ce jour de jeûne deviendra un jour d’allégresse et de fête. En attendant, la tradition veut que celui qui pleure sur Jérusalem mérite de voir sa joie. Ces Kinot ne sont donc pas seulement une mémoire des ruines. Elles sont, à leur manière âpre et obstinée, une manière de tenir la promesse ouverte.