Un ingénieur de haut niveau spécialisé dans l’intelligence artificielle et un Rav Chalia’h du Rabbi établi à Vancouver ont uni leurs forces pour écrire un ouvrage destiné à la jeunesse en quête de sens. Intitulé « Your Calling » (« Ta vocation »), le livre a conquis la seconde place des ventes d’Amazon en moins de vingt-quatre heures après sa mise en ligne. Surnommé « remède pour les jeunes » au sein de plusieurs communautés, il propose des outils concrets pour révéler la mission unique de chaque personne.
Dans un monde saturé de réseaux sociaux, débordant de possibilités et gagné par une solitude croissante, la génération Z cherche désespérément un point d’ancrage porteur de sens. Rares sont pourtant ceux qui auraient deviné que la réponse viendrait d’une rencontre aussi inattendue : celle d’un ingénieur chevronné, homme de la haute technologie issu du domaine de l’intelligence artificielle, et d’un Rav de communauté, Chalia’h Habad au Canada.
Une ascension fulgurante en tête des ventes
Daniel Friedmann et le Rav Chemouel Yechayahou, de Vancouver, ont transformé une étude en ‘havrouta hebdomadaire et régulière en un livre au retentissement considérable, baptisé « Your Calling » (« Ta vocation »). L’ouvrage, que différentes communautés ont d’emblée qualifié sans détour de « remède pour les jeunes », a accompli l’invraisemblable : moins de vingt-quatre heures après sa parution, il s’est hissé au sommet des classements de ventes du géant du commerce Amazon, décrochant la première place dans deux catégories distinctes.
Alors que le marché des ouvrages de développement personnel regorge de clichés spirituels ou de manuels purement théoriques, « Your Calling » apporte une approche radicalement différente. Le livre ne se contente pas de poser la question du sens de la vie : il la décompose en outils nécessaires pour y parvenir concrètement, pas à pas.
Une génération talentueuse mais fragilisée
« Au fil de mes années de Chli’hout, et surtout à travers mes nombreuses rencontres avec des jeunes, raconte le Rav Yechayahou, je perçois une immense recherche de sens. La jeune génération veut savoir non seulement quel métier exercer ou comment réussir, mais pourquoi elle vit, quelle est sa mission unique et comment laisser une empreinte véritable sur le monde. »
Le Rav Yechayahou poursuit : « À côté des talents, de la créativité et de la grande ouverture d’esprit de cette génération, celle-ci est aussi plus exposée et plus fragile. Non pas que les jeunes soient faibles, mais parce qu’ils vivent sous une pression qui n’existait presque pas dans les générations précédentes. Les réseaux sociaux encouragent une comparaison incessante, et un flot immense d’informations, d’opinions et d’attentes les submerge chaque jour. Au lieu de créer de la clarté, cette abondance engendre souvent la confusion, la solitude et le sentiment de ne pas être à la hauteur ou de ne pas savoir où l’on a sa place. »
Le sens, plus décisif que le seul talent
« Je rencontre des jeunes très doués qui peinent à avancer parce qu’ils n’ont pas de sentiment clair de leur finalité, explique le Rav. À l’inverse, je vois des personnes qui ne sont peut-être pas les plus talentueuses de la salle, mais qui, parce qu’elles savent pour quoi elles vivent et où elles veulent aller, réussissent bien au-delà de ce que d’autres attendaient d’elles. Le sens confère à l’homme une direction, une résilience et la force d’affronter les difficultés. Lorsqu’une personne est reliée à sa mission, un obstacle ne devient pas nécessairement une raison de s’arrêter : il peut faire partie du chemin. »
C’est de cette compréhension qu’est né le livre « Your Calling : avancer d’ici et maintenant ». « J’étudie avec mon coauteur, Daniel Friedmann, plusieurs fois par semaine, ajoute le Rav Yechayahou. Daniel est un homme profondément animé par le sens et par la mission, et grâce à son expérience du monde des affaires, de la science et du leadership, il est aussi connecté aux défis du monde au sens large. Lui aussi observe cette recherche chez les Juifs comme chez les non-Juifs : des personnes peuvent afficher une grande réussite extérieure et ressentir malgré tout l’absence d’une direction intérieure. »
Des outils concrets et non de simples idées
La singularité centrale de l’ouvrage tient à ce qu’il ne s’arrête pas à la question « qu’est-ce que le sens ? », mais se concentre sur une interrogation tout aussi essentielle : comment y parvient-on ? « Ce n’est pas seulement un livre d’idées et d’inspiration, souligne le Rav Yechayahou. Il propose des outils pratiques pour identifier les talents, les circonstances, les défis et les opportunités susceptibles de révéler la mission propre de chaque personne. Il n’est pas nécessaire d’attendre que tout le chemin soit clair. Comme nous l’écrivons dans le livre : même si tu ne peux pas encore voir comment tout s’assemble ou aboutit, ton pas a de l’importance. »
Pour Daniel Friedmann, le point de départ se situe précisément là où chacun se trouve maintenant. « Sers-toi de ce qui t’a déjà été donné et fais le premier pas, dit-il. De l’action naît la clarté, et de la clarté se révèle la finalité. L’imperfection n’est pas un défaut : c’est un appel. C’est une invitation ouverte à chacun de nous à s’engager pour rendre les choses meilleures. Chaque personne a une mission que seule elle peut accomplir, en deux volets : s’améliorer soi-même et améliorer le monde. »
Une sagesse de la Torah ouverte à tous
Les deux auteurs ont compris qu’il manquait un livre capable de rendre accessible la sagesse profonde de la Torah même à ceux qui n’ont aucune connaissance préalable du judaïsme. « Le livre s’adresse aux Juifs de tous niveaux de lien et de savoir, mais aussi aux personnes non juives, afin qu’elles puissent elles aussi bénéficier de la sagesse de la Torah et découvrir grâce à elle une vie de bonheur véritable, de sens et de responsabilité », précise le Rav Yechayahou.
L’ouvrage s’attache ainsi à développer la résilience et l’intelligence émotionnelle, à traverser l’incertitude et les grandes transitions de l’existence, à prendre des décisions intentionnelles et à apprendre à avancer sans attendre d’avoir en main une feuille de route complète. À la suite de ce succès phénoménal sur Amazon, le livre suscite déjà un vif intérêt non seulement auprès des éducateurs, mais aussi auprès de professionnels de la santé mentale et de l’accompagnement, qui y voient un outil efficace pour affronter ce sentiment d’enlisement caractéristique de la génération actuelle.
Le Rav Chemouel Yechayahou, un Chalia’h au service de la jeunesse
Né en Erets Israël, le Rav Chemouel Yechayahou a reçu son ordination rabbinique du Grand Rabbinat d’Israël. Il a d’abord œuvré en Argentine et au Chili, où il enseignait les techniques de diffusion du judaïsme et préparait des candidats à la Semikha, l’ordination rabbinique. Depuis l’an 2000, il exerce comme Rav à Vancouver, au Canada, au sein du Kollel communautaire Ohel Yaakov. Il y assure un accompagnement personnel, un soutien, des offices religieux, des cours et des sessions d’étude, et il conçoit et anime des programmes juifs destinés en particulier à des jeunes adultes éloignés de la vie communautaire.
Reconnu pour son style vivant et expressif, le Rav Yechayahou propose chaque année, à plus de 600 jeunes adultes, étudiants et familles, des Séder de Pessa’h et des offices de fêtes empreints d’humour, de profondeur et d’accessibilité. Tout au long de l’année, il relie des centaines de jeunes les uns aux autres à travers des programmes créatifs et porteurs de sens. Sa réputation tient avant tout à sa capacité de rendre la spiritualité pertinente pour toutes les personnes, quel que soit leur milieu, et tout spécialement pour les jeunes adultes. « Your Calling » constitue d’ailleurs le deuxième livre qu’il signe avec Daniel Friedmann, après un premier ouvrage consacré à l’application de la sagesse de la Torah au monde des affaires, « An MBA from Heaven », premier volet d’une série intitulée « The Impact Mastery Series ».
Daniel Friedmann, de la haute technologie à l’étude de la Torah
Coauteur du livre, Daniel Friedmann apporte au projet des décennies d’expérience dans les affaires, l’ingénierie et la technologie. Il préside aujourd’hui aux destinées de la société Sanctuary AI, dont il est président-directeur général, une entreprise qui développe une intelligence artificielle générale destinée aux robots. Jusqu’en 2024, il a dirigé Carbon Engineering comme président-directeur général, après avoir été durant 20 ans président et directeur général de MDA, groupe international de communications et d’information. Fort de 37 années d’expérience dans le secteur spatial, il a été distingué en 2016 par une médaille du doyen de la Faculté des sciences appliquées de l’Université de Colombie-Britannique.
Étudiant assidu des textes depuis de longues années, il fréquente depuis près de deux décennies le centre d’étude du Kollel de Vancouver, où s’est nouée sa ‘havrouta avec le Rav Yechayahou. Lauréat d’un prix littéraire international, il conjugue dans ses écrits son bagage scientifique et entrepreneurial avec les enseignements de la Torah sur le leadership et la vocation. « De l’action naît la clarté », résume-t-il, une formule qui pourrait tenir lieu de fil conducteur à un ouvrage désormais présenté, dans plusieurs communautés, comme un authentique remède pour une génération en quête de repères.
Appelé dans la chambre du Tséma’h Tsédek pour y recopier un Maamar, Reb Meïr der Shreiber ne parvint à en tracer que quelques lignes. Fasciné, il passa la nuit entière à observer le Rabbi plongé dans son étude, jusqu’à ce qu’on le renvoie enfin chez lui. Ce dont il avait été le témoin, les fils du Rabbi le tenaient pourtant pour la chose la plus naturelle du monde.
Un copiste d’exception à Loubavitch
Reb Chemouel Rabinovitch, décédé en 5675 (1915), connu sous les noms de Reb Chemouel Sofer ou de Reb Chemouel der Shreiber (le copiste), vivait à Loubavitch, où il gagnait sa vie en recopiant les Maamarim du Rabbi Maharach, à l’image de son père, Reb Meïr, avant lui. Il faut se représenter ce qu’était alors la transmission de la ‘Hassidout : à cette époque, les Maamarim des Rabbiim n’étaient pas imprimés, mais circulaient parmi les ‘Hassidim sous forme de copies manuscrites, patiemment recopiées à la main, feuillet après feuillet, puis prêtées, transmises et recopiées de nouveau. Un mot mal lu, une lettre ajoutée ou omise, et c’était le sens même de l’enseignement du Rabbi qui risquait de se trouver altéré : le copiste portait donc une responsabilité considérable, celle de préserver intacte la parole reçue.
C’est dire quelle réputation entourait Reb Chemouel. Il passait pour le copiste par excellence, tant sa précision et la netteté de son écriture faisaient autorité, et les Rabbiim faisaient sans cesse appel à ses services. La qualité de son travail était telle que, jusqu’à une époque récente, nombre des Maamarim du Rabbi Maharach n’étaient encore disponibles que sous forme de photocopies de son écriture. Mais avant que le fils ne devienne ce maître reconnu, il y avait eu le père, Reb Meïr, copiste lui aussi, et c’est autour de lui que se noue le récit qui suit.
Une copie demandée dans l’urgence
Le ‘Hassid Reb Leib Moninsohn venait de passer Chabbat auprès du Tséma’h Tsédek. Comme il devait impérativement quitter la ville dès le lendemain, il demanda au Rabbi s’il pouvait obtenir sans délai une copie du Maamar qu’il venait d’entendre, afin de ne pas repartir les mains vides et de pouvoir, plus tard, l’étudier et le transmettre à son tour. Le Rabbi accepta et lui demanda d’aller chercher Reb Meïr der Shreiber.
Lorsque Reb Meïr arriva, le Rabbi lui indiqua où s’asseoir et quel passage recopier à partir d’un manuscrit. La tâche, pour un homme de son métier, n’avait rien d’inhabituel : il s’installa, disposa ses feuillets et sa plume, et se prépara à travailler dans le calme de la chambre. Il ignorait encore que la nuit qui commençait n’aurait pour lui rien d’ordinaire.
Une nuit d’étude et de ferveur
Pendant que Reb Meïr s’apprêtait à écrire, le Tséma’h Tsédek s’installa à une autre table, dans la même pièce, et se mit à étudier la Guemara à voix haute, en la chantant. Ce qui se déploya alors dépassait de loin une simple révision. Après avoir étudié la Sougya selon le commentaire de Rachi, s’exclamant « ceci est selon Rachi », il l’aborda selon les Tossefot. Il l’étudia ensuite selon le Roch, puis selon le Rif et le Ran, précisant chaque fois de quel commentaire il s’agissait, comme s’il faisait comparaître devant lui, l’un après l’autre, les grands maîtres du Talmud pour confronter leurs lectures. Enfin, le Tséma’h Tsédek énuméra toutes les Halakhot que l’on pouvait déduire de la Sougya, puis en dévoila le sens selon la Kabbale, faisant se rejoindre en une même veillée la Torah révélée et la Torah cachée.
À mesure qu’il avançait, l’étude débordait les limites de la table. Manquant bientôt de place, le Rabbi disposa d’autres Sefarim sur une surface posée à même le sol. Une bougie à la main, il allait et venait au milieu de ses livres, se penchant sur l’un, revenant à l’autre, clarifiant les uns après les autres les différents avis et les différentes Halakhot, jusqu’à ce que la Sougya lui apparaisse dans sa pleine clarté. Alors, cette clarté se mua en joie : la Sougya entièrement élucidée, le Rabbi entonna le Niggoun de l’Admour Hazakène et se mit à danser, comme si l’aboutissement de l’étude appelait naturellement la ferveur du corps tout entier.
Ce que révélèrent ses fils
Pendant tout ce temps, Reb Meïr était demeuré assis, la plume presque immobile, saisi d’émerveillement, à contempler le Tséma’h Tsédek toute la nuit. Comment aurait-il pu écrire, quand se déployait sous ses yeux un spectacle dont il pressentait qu’il n’en reverrait sans doute jamais de semblable ? Lorsque le Tséma’h Tsédek acheva sa danse, il s’approcha de lui pour voir où en était son travail et découvrit qu’il n’avait tracé que quelques lignes. « Petach, sot ! » lui dit le Rabbi, « tu peux rentrer chez toi. »
Reb Meïr repartit, la mémoire pleine de ce qu’il avait vu. Persuadé d’avoir été le témoin d’une nuit hors du commun, il rapporta la scène aux fils du Tséma’h Tsédek. Mais ceux-ci n’en furent nullement surpris. « Notre père agit ainsi chaque nuit », lui répondirent-ils.
Une assiduité attestée par le Hayom Yom
Ce que Reb Meïr avait cru être l’exception d’une seule nuit, les enseignements du Hayom Yom le confirment comme une constante de la vie du Tséma’h Tsédek. L’ouvrage met en lumière deux facettes de cette étude sans relâche : une assiduité personnelle proprement phénoménale, et les sessions intensives que le Rabbi partageait avec son fils et successeur, le Rabbi Maharach.
Le Hayom Yom du vingt-neuf Tamouz rapporte la découverte d’un billet écrit de la main du Tséma’h Tsédek. Il y avait pris l’engagement d’étudier chaque nuit, six heures durant et entièrement debout, le Talmud et la Halakha. Grâce à cette rigueur, il parvint à réviser en profondeur l’ensemble du Talmud de Babylone, du Talmud de Jérusalem et des quatre parties du Choul’han Aroukh.
Le Hayom Yom du dix-neuf Sivan décrit, quant à lui, un cycle d’étude tout particulier que le Tséma’h Tsédek instaura avec le Rabbi Maharach. Ce cours quotidien durait deux heures et demie : en hiver, il débutait à vingt-deux heures ; en été, il commençait dès quatre heures du matin. Pendant les deux premières années, le père et le fils étudièrent la Kabbale éclairée à la lumière de la ‘Hassidout ; par la suite, et jusqu’en 5616 (1856), ils se plongèrent dans les grands textes de la philosophie et de l’éthique juives classiques, le Kouzari, le Guide des Égarés de Maïmonide et les écrits de Rav Saadia Gaon, revisités eux aussi à travers le prisme de la pensée hassidique.
Ainsi se dévoile le véritable sens du récit de Reb Meïr. Le prodige n’est pas qu’un homme ait, une fois, étudié de la sorte, mais que ce sommet fût, pour le Tséma’h Tsédek, le simple ordinaire de ses nuits : une discipline tenue avec constance, année après année, debout dans le silence, jusqu’à embrasser la Torah tout entière, de la loi révélée aux secrets de la Kabbale..
À quelques heures de Roch Hachana, l’association Loubavitch « Léha’hayot » a réuni des centaines d’enfants aux besoins particuliers et leurs familles pour une soirée d’une rare intensité. Le Rishon LeTsion et Grand Rabbin séfarade d’Israël, le Gaon Rav David Yossef, y a pris la parole, tandis que les plus grandes voix de la musique ‘hassidique embrasaient la salle. Portée par une vidéo du Rabbi projetée sur écran géant, la rencontre a insufflé aux enfants comme à leurs proches un puissant élan spirituel à l’orée de la nouvelle année.
Le moment le plus bouleversant de la soirée est survenu dès l’ouverture. Alors que les lumières de la salle s’éteignaient doucement, les écrans géants se sont illuminés pour diffuser une vidéo exceptionnelle du Rabbi de Loubavitch. Dans un silence recueilli, l’assistance a écouté ses paroles, empreintes d’une force peu commune.
Les paroles du Rabbi sur la grandeur des enfants d’exception
Sur l’écran, le Rabbi évoquait la valeur sacrée et l’élévation particulière des enfants aux besoins spécifiques, ainsi que les forces immenses accordées à leurs familles pour les accompagner. Ce message, adressé à des parents qui portent au quotidien un défi hors du commun, a résonné avec une acuité toute particulière. Beaucoup, dans la salle, n’ont pu retenir leur émotion : les mots du Rabbi transformaient l’épreuve en mission, et la difficulté en privilège.
Le Grand Rabbin d’Israël salue le dévouement des parents
La rencontre a été honorée par la présence du Rishon LeTsion et Grand Rabbin séfarade d’Israël, le Gaon Rav David Yossef, qui a prononcé une allocution émue. Devant les familles rassemblées, il a rendu hommage au dévouement quotidien des parents, saluant leur abnégation et leur foi inébranlable. Le Rav a également remercié les responsables de l’association ainsi que l’ensemble des bénévoles pour la mise sur pied d’un projet aussi porteur de sens, à la veille des Yamim Noraïm.
Puis vint le temps de la musique, qui a insufflé à la soirée une énergie hors du commun. Sur scène, les artistes se sont succédé pour offrir aux enfants un spectacle taillé sur mesure, où chacun d’eux était placé au centre de l’attention.
Chants et danses : les grandes voix de la musique ‘hassidique
Le célèbre chanteur Yaakov Shwekey a livré une prestation complète avant de descendre au milieu du public pour danser directement avec les enfants d’exception, transformant la scène en une immense ronde de joie. L’artiste Motti Weisel l’a ensuite rejoint dans un pot-pourri bouleversant des mélodies des Yamim Noraïm, ces airs de prière qui accompagnent Roch Hachana et Yom Kippour. Les chanteurs Shuki Salomon et Srouli Klatzkin, accompagnés de la chorale Pir’hei Yeroushalayim, ont porté le chant et l’allégresse à leur comble, entraînant l’assistance dans de larges cercles de danse.
« Léha’hayot » : plusieurs années au service des familles
Fondée et dirigée par le Chalia’h Rav Mendy Lebel, l’association « Léha’hayot » œuvre depuis plusieurs années auprès des enfants porteurs de handicap et de leurs familles, en Eretz Israël. Tout au long de l’année, elle multiplie les initiatives — soirées de Roch Hachana, fêtes de ‘Hanoucca, célébrations de Pourim — et a récemment inauguré à Jérusalem un club de ‘hessed dédié, doté d’espaces adaptés, d’une salle de musique et de moments de répit pensés pour les enfants comme pour leurs parents. À chaque rendez-vous, la même intention : offrir à ces familles un espace de dignité, de chaleur et de reconnaissance.
Vers la fin de l’événement, le directeur de l’association, le Rav Mendy Lebel, est monté sur scène. Entouré de centaines d’enfants et de bénévoles, il n’a pu contenir ses larmes d’émotion. Il a remercié les parents pour le grand privilège accordé à l’association : celui de donner, d’aider et de réjouir leurs enfants.
Les familles ont quitté cette soirée si soigneusement préparée avec des forces renouvelées, la joie au cœur et une espérance immense à l’approche de la nouvelle année.
‘Haï Elloul, jour anniversaire des luminaires de la ‘Hassidout, le Baal Chem Tov et l’Admour Hazakène, est l’occasion de se pencher sur une question qui habite bien des cœurs. Quel est le grand message du Tanya, et qu’apporte son étude aux centaines de milliers de Juifs de tous horizons ? Le Tanya dresse une échelle qui s’élève jusqu’aux cieux sans jamais fausser la réalité.
Rav Schneor Ashkenazi
Il est des livres que l’on lit, et il en est d’autres qui nous lisent. Le Tanya appartient à cette seconde catégorie. Sa lecture donne à celui qui l’étudie le sentiment étrange et bouleversant que l’on parle de lui, que l’on le connaît tel qu’il est, dans toute sa complexité, sans complaisance mais aussi sans jugement. Et c’est précisément parce qu’il refuse de nous flatter que le livre peut ensuite nous remplir d’une immense espérance : une fois posé le tableau exact de ce que nous sommes, il montre que seul le ciel est notre limite.
Le jour où la ‘Hassidout est entrée dans le monde
Le choix de ‘Haï Elloul pour poser cette question n’a rien de fortuit. C’est en ce jour que naquit le Baal Chem Tov, fondateur du mouvement ‘hassidique, puis, quelques décennies plus tard, l’Admour Hazakène, Rabbi Chnéour Zalman de Liadi, auteur du Tanya. Le mot hébreu ‘haï, dont la valeur numérique est dix-huit, signifie « vivant » : ce n’est pas un hasard si ce jour, qui insuffle la vie et la vitalité au service divin du mois d’Elloul, est aussi celui où descendit dans le monde l’enseignement chargé de rendre cette vie intérieure accessible à chacun. Le Tanya est le livre qui a traduit les sommets de la pensée ‘hassidique en un chemin praticable, ordonné, offert non pas à une élite de justes, mais à l’homme ordinaire.
C’est d’ailleurs pourquoi son auteur l’a intitulé Sefer chel Beinonim, le « Livre des hommes intermédiaires ». Le héros du Tanya n’est pas le tsaddik parfait, débarrassé de tout mauvais penchant, mais le beinoni, l’homme du milieu, celui qui ressent en lui l’affrontement permanent et qui, malgré tout, gouverne ses actes. En plaçant cet homme au centre, le livre affirme d’emblée qu’il ne s’adresse pas à ceux qui n’ont plus de combat à mener, mais précisément à ceux qui luttent.
La terre plus proche que le ciel
La détresse de l’homme qui sert D.ieu tient à ce que la terre lui est plus proche que le firmament. D.ieu se trouve, pour ainsi dire, dans les livres, tandis que ce monde-ci se tient sous ses yeux, palpable, insistant, exigeant. L’homme aspire à mener une vie de l’esprit, mais il lui faut manger, boire et gagner sa subsistance, et il découvre alors que ses grands rêves se sont estompés au fil des obligations quotidiennes.
Cette distance n’est pas une simple faiblesse morale que l’on pourrait corriger par un surcroît de volonté. Elle est inscrite dans la condition même de l’homme placé dans un monde matériel. Le spirituel demeure une abstraction, une idée que l’on connaît sans la sentir, tandis que le concret s’impose de lui-même, sans effort. Voilà le paradoxe : ce qui est le plus vrai nous semble le plus lointain, et ce qui est le plus provisoire nous paraît le plus réel.
Même celui qui vit sous la tente de la Torah reconnaît que le socle risque d’être le « moi ». Telle est la voie que l’homme a choisie selon son tempérament, celle qui le fait progresser et lui confère un statut, une reconnaissance, une place. Mais il est difficile d’atteindre ce point de vérité où le Saint béni soit-Il se tient réellement au centre, où tout n’est accompli que pour l’amour du Ciel et non pour l’image que l’on se renvoie de soi-même. Ce serait, par exemple, consacrer une heure, après une journée entière d’étude, à apprendre avec un autre Juif d’un niveau moindre que le sien, sans en retirer ni prestige ni satisfaction personnelle.
As-tu fait le bien aujourd’hui ?
Face à cette détresse, deux manières de réagir se sont dessinées au fil des générations. La première est positive et rassurante. Elle affirme : nous te rappellerons que tu es bon, laissons de côté les problèmes et réveillons la sainteté naturelle qui sommeille en toi. La seconde emprunte le chemin inverse. Elle proclame : nous te rappellerons à quel point tu es misérable, nous te placerons face à ta part matérielle jusqu’à ce que la honte te saisisse et te pousse à te corriger.
Or aucune de ces deux voies n’apaise véritablement l’inquiétude, et pour une raison profonde : la première te fait des concessions, tandis que la seconde renonce à toi. Dire à un homme qu’il est bon, sans réserve, c’est déformer la réalité, et il le sent bien. Celui à qui il faut sans cesse répéter qu’il est bon devine qu’une part de lui ne l’est pas ; le remède sonne faux, et le mensonge, même bienveillant, ne construit rien de durable. À l’inverse, se concentrer sur le mal, s’appesantir sur ses fautes et sur sa bassesse, ne mène pas à l’élévation mais au découragement, et le découragement, en matière de service divin, est une paralysie. Un homme accablé par le sentiment de sa propre médiocrité n’a plus la force d’agir.
Le génie de l’Admour Hazakène consiste précisément à offrir une échelle sans avoir à aplatir la réalité pour la dresser. Le Tanya ne choisit ni la flatterie ni l’accusation. Il propose une troisième voie, qui repose sur une description exacte de l’homme, et cette description engendre une complexité saine, qui n’est pas un désordre mais la vie elle-même. L’homme, enseigne le Tanya, n’est pas un bloc unique tiraillé entre le bien et le mal : il est composé de deux âmes parallèles, distinctes, dont chacune possède sa logique propre.
Deux âmes, deux logiques
La première est l’âme animale, la néfech habahamit. Elle n’est pas le mal en personne, mais le siège des instincts fondamentaux, ceux qui assurent la survie. Lorsqu’un homme ouvre les yeux au matin, sa première pensée n’est pas tournée vers son Créateur mais vers lui-même : qu’ai-je devant moi aujourd’hui, ai-je la force de me lever ou n’en ai-je pas la force ? Avant même de penser au Saint béni soit-Il, il pense à son corps, à ses besoins, à son confort. Cette âme parle la langue de l’immédiat, et sa voix est la première que l’on entend.
L’auteur présente alors la seconde âme, l’âme divine, la néfech haélokit, qu’il définit par une expression saisissante : « une part de D.ieu d’en haut, véritablement ». Ce ne sont pas là des mots de piété vagues. Une part de nous est littéralement un fragment de divinité, et de cette affirmation découle une conséquence vertigineuse : chaque être humain est le plus grand des miracles qui soient. Malgré tous les reproches que l’homme s’adresse, la vérité est que, vingt-trois heures et cinquante minutes par jour, un Juif mène une vie de valeurs. Le déséquilibre de notre regard sur nous-mêmes est frappant : si l’on demande à un Juif en quoi il a fauté aujourd’hui, il saura répondre sans hésiter ; mais si on lui demande quel bien il a accompli, il se troublera, non parce qu’il n’a rien fait de bon, mais parce que le bien est devenu si naturel qu’il ne le remarque même plus. C’est exactement ce qu’il a fait toute la journée.
Le bien triomphe
Ces deux âmes ne combattent pas à armes égales, et le Tanya nous apprend à connaître leurs forces respectives. L’âme animale excelle dans les courses de vitesse, dans les décisions à court terme. Puissante et impulsive, elle sait emporter les petites batailles, celles du moment, de l’envie soudaine, de la fatigue passagère. Mais l’âme divine, elle, brille dans les marathons, dans les décisions grandes et essentielles, celles qui engagent une vie. Là, sur la durée, nulle confusion n’est possible, et nous finissons par choisir juste. C’est pourquoi un homme peut succomber à mille petites faiblesses et cependant demeurer, dans les choix qui comptent vraiment, fidèle à ce qu’il est au plus profond.
Après avoir bâti le sol sur lequel nous nous tenons, l’auteur y dresse enfin l’échelle qui s’élève vers la demeure de D.ieu. Le Tanya exprime une foi immense dans la capacité de l’âme divine à triompher, non par la contrainte ni par la culpabilité, mais par un travail patient qui s’attache au bien et non au mal. On ne chasse pas l’obscurité en la combattant : on l’écarte en apportant de la lumière.
L’âme divine jouit d’ailleurs d’un avantage décisif : la vérité est de son côté. Elle reflète la justice et ce qui est droit, si bien que sa force surpasse par nature celle de sa rivale. L’âme animale, en fin de compte, repose sur le vide. Elle ne promet rien d’autre qu’une vie de confort, une succession de satisfactions qui s’épuisent aussitôt obtenues. Elle relève de ce que l’on pourrait appeler le cerveau rapide, celui qui réclame une gratification immédiate ; mais cette voie, aussi séduisante soit-elle sur l’instant, ne produit jamais de bonheur durable. À l’opposé, l’âme divine rappelle sans cesse ce qui est vrai, et lorsque le vrai est mis en lumière, le bien l’emporte de lui-même.
Un mode d’emploi pour l’âme
Reste à savoir comment donner à l’âme divine les moyens de sa victoire, et c’est ici que le Tanya se révèle éminemment pratique. Il ne se contente pas de décrire, il indique la marche à suivre. Cette âme, enseigne-t-il, siège dans l’intellect. La raison est la clé qui permet à l’homme de se tenir face au Saint béni soit-Il chaque matin, car c’est par la pensée que l’on prend prise sur les émotions et sur les actes.
L’outil concret de ce travail porte un nom dans la tradition ‘hassidique : la hitbonénout, la méditation contemplative. Lorsqu’un homme ouvre sa journée en s’immergeant dans les ouvrages de la ‘Hassidout, en s’arrêtant longuement sur la présence du Créateur, sur les mondes qu’Il a formés et sur l’ordre d’enchaînement (Séder HaHichtalchout) qu’Il a établi depuis les cieux les plus élevés jusqu’à notre terre ; lorsqu’il occupe réellement son esprit de ces méditations divines, quelque chose bascule. Le temps de cette étude, il se trouve là-haut et non ici-bas. Sa conscience change de lieu.
Telle est, en définitive, la grande nouvelle du Tanya. La distance entre la terre et le ciel, qui semblait une fatalité de la condition humaine, n’est pas infranchissable. Par le travail de l’intellect nourri chaque matin, la dimension spirituelle cesse d’être une abstraction lointaine pour devenir plus tangible que le terrestre. L’homme n’a plus besoin de fuir le monde pour trouver D.ieu, ni de se mentir sur ce qu’il est pour s’élever. Il monte l’échelle sans quitter le sol, et alors, comme dans la vision de Yaakov, les cieux descendent vers la terre.
Pendant plus de trois décennies, sous la terreur communiste, Reb Berke Chein incarna le don de soi (Mesirout Nefech) d’un ‘Hassid qui refusa d’abandonner la Torah, fût-ce au prix de sa liberté. Fugitif traqué par le KGB, Melamed clandestin, homme de prière dont l’avoda brûlait comme un brasier, il fut l’une des grandes figures spirituelles de sa génération. Son itinéraire, de Nevel à Kfar Habad, raconte l’histoire d’une foi (émouna) que rien, ni la peur ni l’exil, ne parvint jamais à briser.
Un héritier des grands ‘Hassidim
Reb ‘Haïm Dov Ber Chein, que tous appelaient affectueusement Berke, naquit à Nevel en 5668 (1908), au sein d’une famille profondément enracinée dans le ‘Hassidisme Habad. Il était le fils de Reb Perets Chein et de son épouse ‘Hana Frieda Devora. Le prénom ‘Haïm ne lui fut ajouté que bien plus tard, au cours d’une grave maladie, selon la coutume qui voit dans cet ajout une Segoula, une faveur propice à la guérison. Il reçut son éducation ‘hassidique de son père et de son grand-père, Reb Meïr Sim’ha Chein, l’une des grandes figures ‘hassidiques de son temps et un notable fortuné.
Enfant encore, il fut mené par son grand-père auprès du Rabbi précédent, Rabbi Rayats. Lorsque Reb Meïr Sim’ha entra en Ye’hidout, le jeune Berke l’accompagna. Tandis que le Rabbi s’entretenait avec l’aïeul, l’enfant, submergé par l’émotion, se dissimula derrière son grand-père. Le Rabbi tourna alors la tête vers lui et lui adressa ces mots en yiddish : « Dou zolst lernen, veïl dou darfst lernen » (tu dois étudier, parce que tu as besoin d’étudier). Ces paroles, reçues dans la crainte, allaient orienter toute une vie.
Formé dans les Yechivot clandestines
Dans sa jeunesse, Reb Berke étudia dans les antennes clandestines de la Yechiva Tom’hei Temimim. Non content d’y consacrer sa propre jeunesse, il veilla à ce que ses frères, Reb Avraham Aharon, Reb David Leib et Reb Feïvich, y étudient également, et cela à l’insu de leurs parents, de crainte que ceux-ci ne fussent inquiétés par les autorités. Entre 5685 et 5691 (1925-1931), il fréquenta la Yechiva Tom’hei Temimim de Nevel.
La persécution ne tarda pas à frapper la famille. Chassés de Nevel, leurs biens confisqués, les Chein trouvèrent refuge à Krementchoug, où vivaient de nombreux ‘Hassidim. Quelques années plus tard, ils s’installèrent à Moscou, où le père de Berke gagna péniblement sa vie en confectionnant chez lui des pâtisseries, précisément afin de n’avoir jamais à profaner le Chabbat. C’est ainsi qu’il parvint, dans la gêne, à nourrir ses sept enfants.
Le mariage et les années près de Leningrad
En 5693 (1933), Reb Berke épousa Faiga, fille du ‘Hassid Reb Chnéour Zalman Kalmenson, de Vitebsk. Le couple s’établit d’abord à Vitebsk, où naquit leur fils aîné, Reb Meïr Sim’ha. Quelques années plus tard, ils vinrent habiter auprès du beau-père, à Detskoïe Selo (Pouchkine), dans la banlieue de Leningrad, où subsistait une petite communauté Habad. Attiré par le commerce, Reb Berke consacrait alors l’essentiel de ses journées aux affaires.
C’est durant cette période qu’il contracta une maladie grave. Son épouse Faiga le soigna avec un dévouement sans faille tout au long de son mal ; lorsque son état empira au point que les médecins renoncèrent à le sauver, ses proches et ses amis prièrent pour son rétablissement et lui ajoutèrent le prénom ‘Haïm, en guise de Segoula. Il finit par se relever, même si les séquelles de la maladie ne le quittèrent jamais jusqu’à son dernier jour. Sur ordre des médecins, il partit se refaire une santé dans les forêts de pins, dont l’air pur devait soulager ses poumons, et séjourna quelque temps à Yalta, en Crimée.
La fuite devant la guerre
En 5701 (1941), lorsque la Seconde Guerre mondiale s’abattit sur la région, Reb Berke fuit Pouchkine avec sa famille, celle de son beau-père Reb Zalman Kalmenson et un groupe de ‘Hassidim Habad. Ils montèrent dans un train et s’éloignèrent du front au prix d’un long périple : après trois jours de route, le convoi atteignit la ville de Iaroslavl. De là, le groupe embarqua sur le vapeur « Sofia Perovskaïa », qui remontait la Volga, avant de passer sur une embarcation plus petite s’engageant dans un affluent du fleuve, jusqu’à un haut promontoire dominant les eaux, au sommet duquel se dressait un modeste kolkhoze du nom de Bortiouk. Le trajet entier dura près de trois semaines, et le groupe de ‘Hassidim, Reb Berke et les siens parmi eux, y demeura environ deux ans.
Au début de l’année 5703 (1943), une lettre parvint à l’une des femmes du groupe, Mme Myriam Klein, de la part de son frère Reb Israël ‘Houssidov : il se trouvait à Tachkent, en Ouzbékistan, avec de nombreux ‘Hassidim Habad réfugiés là durant la guerre, et invitait la famille à l’y rejoindre le temps que passât la tourmente. Un groupe se forma pour gagner Tachkent, tandis que d’autres, dont Reb Berke et sa famille, poursuivirent vers la ville voisine de Samarcande. À peine arrivé, Reb Berke fut chargé d’enseigner la Torah aux enfants des ‘Hassidim, dans le cadre d’une antenne de Tom’hei Temimim. La guerre achevée, il reprit la route avec un groupe de ‘Hassidim en direction de Tchernovtsy.
L’arrestation et le bagne
Peu après, Reb Berke apprit que de nombreux ‘Hassidim s’organisaient pour franchir clandestinement la frontière par la ville de Lvov, grâce à de faux passeports polonais, lors de ce que la mémoire ‘hassidique appelle la « sortie de Russie » de 5706 (1946). Il s’y rendit avec sa famille, logea d’abord chez son frère Reb David Leib Chein, arrivé quelques mois plus tôt, puis trouva un autre logement où il attendit les documents et les billets censés lui permettre de quitter l’Union soviétique. Mais au moment même où il tentait de sortir du pays, il fut arrêté par les autorités.
Conduit dans les caves d’interrogatoire, il fut longuement questionné et torturé. Au terme de ces épreuves, une condamnation à mort fut prononcée contre lui, avant d’être commuée en dix-huit ans de travaux forcés, puis réduite à dix ans de détention. Son épouse Faiga parvint à soudoyer l’administration, et après trois années de souffrances, Reb Berke sortit de prison. Certains responsables avaient prêté la main à cette libération ; officiellement, pourtant, il n’avait jamais été libéré : dépourvu de tout papier d’identité, il était désormais considéré comme un prisonnier évadé.
Le photographe de Lvov
Reb Berke continua de vivre à Lvov, où il ne restait presque plus de ‘Hassidim, hormis ses deux frères et quelques rares fidèles. Il y apprit le métier de photographe et fit l’acquisition d’un appareil professionnel. Installant son matériel au centre de la ville, non loin des bureaux de l’administration, il photographiait ceux qui devaient joindre une photographie d’identité à leurs formulaires officiels. Il n’était certes pas le seul à exercer ce métier, mais celui-ci lui permettait de vivre dignement. C’est en ces années que naquit leur fille, prénommée ‘Hana Frieda Devora, du nom de sa mère.
Le combat pour sortir de Russie
Depuis Lvov, Reb Berke correspondait avec le Rabbi par l’intermédiaire de ‘Hassidim établis en Terre sainte. À maintes reprises, il rédigeait un Pidyon Nefech, ce billet de requête que l’on adresse au Rabbi, et le glissait à l’intérieur d’un livre du Tanya. ‘Hassid du Rabbi précédent, Rabbi Rayats, il n’avait jamais rencontré en personne le nouveau Rabbi ; il gardait pourtant en lui une foi entière et sereine dans sa direction.
Après la mort de Staline, Reb Berke changea de nom, puis reçut du Rabbi l’instruction de solliciter un permis de sortie pour toute la famille. L’un de ses fils, qui étudiait à la Yechiva centrale Tom’hei Temimim, au 770, demanda au Rabbi si sa mère devait déposer seule la demande de départ. Le Rabbi répondit que le père devait présenter la requête pour la famille entière, et que D.ieu les assisterait ; il ajouta ces mots en yiddish : « Zeï vélen zi’h nit khapn » (ils ne devineront pas de qui il s’agit). Se conformant à cette parole, Reb Berke remplit le formulaire de demande dans ses moindres détails.
Un an et demi plus tard, en 5721 (1961), la réponse des autorités arriva : sa requête était acceptée, et il lui fallait venir retirer le passeport muni de l’autorisation de sortie. Reb Berke se présenta au ministère de l’Intérieur, où le fonctionnaire lui remit effectivement le précieux document. Il prit alors la route de Moscou avec les siens, puis s’envola avec son épouse et sa fille vers Vienne, et de là vers la Terre sainte.
Le Melamed de Kfar Habad
À Kfar Habad, où il s’établit aussitôt, Reb Berke reprit le métier qui avait toujours été le sien et devint Melamed Dardaké, instituteur des tout-petits. Il chérissait ses élèves, et cet amour lui était rendu. Pour lui, enseigner n’était pas transmettre des mots, mais façonner des âmes.
Un détail résume à lui seul son dévouement. Lorsqu’il voulait apprendre aux enfants la manière juste de s’incliner durant la Amida, il ne se contentait pas de l’expliquer : il montait sur une chaise, puis sur une table, et de là leur montrait, de tout son corps, comment accomplir correctement ce geste. Rien, dans le service de D.ieu, ne lui semblait trop exigeant pour être enseigné dans sa perfection.
Une prière semblable à un brasier
Ceux qui l’ont vu prier n’ont jamais oublié le spectacle. Sa prière était semblable à une flamme, un feu qui embrasait tout son être. Son emploi du temps quotidien témoignait d’un ordre spirituel d’une rigueur absolue.
Le matin, après s’être immergé au Mikvé, il récitait mot après mot l’intégralité des Tehilim, prenait une légère collation, puis étudiait la ‘Hassidout jusqu’à dix heures. La prière du matin, à elle seule, lui prenait deux heures, jusqu’à midi. Il revêtait ensuite une seconde paire de Téfilines, selon l’avis de Rabbénou Tam. Pour lui, poser les Téfilines relevait déjà d’une véritable entreprise, tant il tenait à ce que l’accomplissement de la Mitsva atteignît le plus haut degré possible ; s’il remarquait chez autrui des Téfilines de meilleure facture que les siens, il n’hésitait pas à les emprunter afin de ne rien céder à la perfection du commandement.
Dans la lumière du Rabbi
Quelques mois seulement après son arrivée en Terre sainte, à l’approche du mois de Tichri 5722 (1961), Reb Berke put voyager pour la première fois auprès du Rabbi et fut reçu en Ye’hidout. Deux ans plus tard, il refit le voyage, et dès lors il veilla à se rendre auprès du Rabbi au moins une fois l’an, parfois deux. Le Rabbi le rapprocha de manière singulière : à Roch Hachana, lors des sonneries du Choffar, il demanda que Reb Berke se tînt sur l’estrade de lecture, la Bima, tout près de lui.
La confiance du Rabbi se traduisit aussi par une responsabilité concrète. Au mois d’Elloul 5728 (1968), après la disparition de Reb Avraham Pariz, qui était chargé de collecter les fonds du Maamad, de la Koupat Rabbénou et du Keren HaChana, le Rabbi annonça aux habitants de Kfar Habad qu’il confiait désormais ces caisses à Reb Berke. Dans les premières années qui suivirent son arrivée, celui-ci parcourait par ailleurs, au moins une fois par semaine, les kibboutzim et les mochavim du pays, afin de diffuser les sources de la ‘Hassidout dans tous les milieux, dans l’esprit du mot d’ordre Oufaratsta, « tu te répandras ».
Disparition et transmission
Durant la dernière demi-année de sa vie, Reb Berke fut malade et endura de vives douleurs. Le Chabbat qui précéda Chavouot 5750 (1990), il fut transporté d’urgence à l’hôpital, où les médecins annoncèrent que la fin était proche. Le matin de son décès, il eut encore la force de mettre les Téfilines. Quelques heures plus tard, ses douleurs redoublèrent, ses yeux se fermèrent et il sombra dans une conscience partielle ; ses lèvres, pourtant, ne cessaient de murmurer des versets de Tehilim et du Tanya. Au cours de l’après-midi, les médecins résolurent, après bien des hésitations, de tenter une opération qui pourrait le sauver, mais au cœur même des préparatifs, le 4 Sivan 5750 (1990), il rendit son âme au Créateur, âgé de quatre-vingt-deux ans.
Dans la nuit de la veille de Chavouot, des funérailles rassemblant une foule nombreuse s’ébranlèrent depuis Kfar Habad, et Reb Berke fut inhumé dans la section Habad du mont des Oliviers, à Jérusalem. Son épouse Faiga, qui l’avait secondé avec un dévouement sans borne durant près de soixante années, lui survécut de longues années et s’éteignit le 12 ‘Hechvan 5764 (2003). Aujourd’hui encore, dans les cercles ‘hassidiques, on se transmet les récits du don de soi et de l’amour du prochain (Ahavat Israël) de Berke Chein : celui d’un homme dont la prière brûlait comme un brasier et dont la foi, plus forte que la peur et que le bagne, traversa les ténèbres soviétiques sans jamais vaciller.
Les femmes et filles de Habad francophones de Jérusalem convient la communauté à une grande soirée Haï Elloul, dimanche 30 août 2026, au salon Yad Sarah. La date du 18 Elloul commémore la naissance de deux géants du ‘hassidisme, le Baal Chem Tov et l’Admour Hazaken, séparés par près d’un demi-siècle mais réunis par un même jour. Entre étude, tirage d’un voyage au Ohel, vente aux enchères d’une pièce du Rabbi, musique et repas traiteur, l’événement promet un moment de lumière à l’approche de Roch Hachana.
C’est un rendez-vous devenu incontournable du calendrier communautaire que proposent, cette année encore, les Nechei Oubnot Habad francophones de Jérusalem. Le dimanche 30 août 2026, à 20h00, le salon Yad Sarah, Shderot Herzl 124 à Jerusalem, accueillera une grande soirée dédiée à Haï Elloul, ce jour singulier où la ‘Hassidout puise une part essentielle de sa vitalité. Pensée pour le public féminin francophone de la ville et de ses environs, la rencontre entend allier profondeur spirituelle, chaleur communautaire et convivialité, dans l’atmosphère particulière du mois d’Elloul.
Le choix de la date n’a rien d’anodin. À quelques jours de Roch Hachana, alors que l’âme juive entre dans les préparatifs de la nouvelle année, Haï Elloul vient insuffler une énergie renouvelée à ce temps d’introspection et de retour vers D.ieu.
Deux luminaires nés le même jour
Le 18 Elloul — que l’on désigne par l’expression « Haï Elloul », les lettres hébraïques du nombre 18 formant le mot ‘haï, « vivant » — occupe une place à part dans le calendrier ‘hassidique. C’est en ce jour, en 1698, que naquit Rabbi Israël Baal Chem Tov, fondateur du mouvement ‘hassidique. Trente-six ans plus tard, un 18 Elloul également, il commença à révéler et à diffuser publiquement ses enseignements, lui qui avait longtemps dissimulé sa grandeur sous les traits d’un simple aubergiste, connu seulement d’un cercle restreint de mystiques.
Ce même jour, en 1745, vit naître Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, l’Admour Hazaken, fondateur de la ‘Hassidout Habad. Se considérant volontiers comme le « petit-fils spirituel » du Baal Chem Tov, il donna au mouvement une orientation propre, fondée sur l’étude approfondie et la contemplation comme voie d’accès à une vie intérieure vivifiée, de la pensée la plus élevée jusqu’à l’acte le plus concret. La tradition les nomme ainsi « les deux grands luminaires » : deux figures qui, à un demi-siècle de distance, éclairèrent le judaïsme d’une lumière nouvelle. Célébrer Haï Elloul, c’est donc renouer avec cette source de vie qui donne son sens à chacun des jours qui mènent à Roch Hachana.
Un programme dense, entre ‘hassidout et convivialité
La soirée réunira plusieurs intervenants attendus de la communauté francophone. Le Rav Yossef Bitton et le Rav Avi Assouline y prendront la parole, tandis que Sarah Taïéb proposera une intervention alliant accompagnement personnel et enseignements de la ‘Hassidout. Des nigounim et une animation musicale viendront ponctuer la rencontre, dans l’esprit joyeux qui caractérise les farbrenguen ‘hassidiques.
Plusieurs temps forts rythmeront la soirée. Un goral — un tirage au sort — mettra en jeu un voyage auprès du Rabbi, au Ohel ; une pièce ayant appartenu au Rabbi sera par ailleurs proposée lors d’une vente aux enchères. Une projection surprise, un repas traiteur ainsi que de nombreux cadeaux compléteront ce programme, conçu pour que chacune reparte le cœur et l’esprit nourris.
Informations pratiques
La soirée se tiendra le dimanche 30 août 2026 à partir de 20h00, au salon Yad Sarah, Shderot Herzl 124 à Jerusalem.
La participation aux frais est fixée à 60 nis pour les personnes inscrites et ayant réglé à l’avance, et à 80 nis sans inscription préalable.
Les renseignements et les inscriptions se font au 055-8404-0994.
Puisse le mérite de ces deux luminaires, nés un même ‘Haï Elloul, illuminer l’année qui s’ouvre et hâter la venue de Machia’h.
Durant les quarante années où il servit le Rabbi en qualité de secrétaire, le Rav Groner fut le témoin direct d’innombrables instants où la parole du Rabbi tranchait là où la médecine hésitait. Parmi eux, cette scène saisissante où un ophtalmologue réputé de Manhattan vint plaider en personne, dans le bureau du Rabbi, la cause d’une patiente menacée de perdre la vue. Face au praticien qui ne voyait qu’une seule issue, le Rabbi opposa un refus que rien ne parvint à fléchir.
Un témoin des quarante années
Pendant quatre décennies, le Rav Groner se tint aux côtés du Rabbi, au cœur du secrétariat d’où rayonnait, vers les communautés du monde entier, une correspondance et une direction spirituelle sans équivalent. De cette place privilégiée, il recueillit une multitude de scènes vécues, dont beaucoup touchaient à la santé de ceux qui sollicitaient une bénédiction ou un conseil. Sur la question des lentilles de contact, la position du Rabbi était connue et constante : à plusieurs femmes et jeunes filles qui l’interrogeaient, il répondait que cela n’en valait pas la peine, qu’il était préférable de s’en abstenir, et que son opinion en la matière ne faisait aucun mystère. Le récit que rapportait le Rav Groner illustre jusqu’où allait cette fermeté, y compris lorsqu’un homme de l’art venait la contester avec toute son autorité scientifique.
La visite d’un ophtalmologue de renom
Une femme souffrait d’un trouble de la vue particulièrement grave. Elle consulta à Manhattan un spécialiste de premier plan, un médecin dont le Rabbi lui-même appréciait la compétence au point de recourir à ses services. Après examen, le praticien se voulut catégorique. Il connaissait, dit-il, les réticences du Rabbi à l’égard des lentilles de contact, mais dans le cas précis de cette patiente, sauver la vue passait selon lui par ce seul moyen. Il invita donc la femme à écrire au Rabbi pour lui rapporter fidèlement son verdict, en précisant qu’il avait soumis les résultats à ses confrères et que tous, sans exception, étaient parvenus à la même conclusion. Entre-temps, la réponse du Rabbi à cette femme était déjà parvenue, sans ambiguïté : en aucun cas il n’approuverait le recours aux lentilles.
Lorsque ce médecin fut reçu par le Rabbi, il demanda l’autorisation d’exposer la situation particulière de sa patiente et les raisons pour lesquelles il sollicitait une exception. Le Rav Groner se trouvait présent et écoutait. Le praticien présenta le cas dans le détail, puis répéta, une fois son exposé achevé, qu’il n’existait à ses yeux nul autre moyen de préserver la vue de cette femme.
Les mots exacts du Rabbi
La réponse du Rabbi, prononcée en anglais, resta gravée dans la mémoire du Rav Groner, qui la rapportait telle quelle. « Docteur, vous ne m’avez pas convaincu. Je ne l’accepterai pas, c’est un danger, et si elle me le demande de nouveau, je lui répondrai encore non. Je n’accepterai les lentilles de contact sous aucune condition, car elles pourraient faire plus de mal que de bien. » Nul argument médical, si étayé fût-il, ne fit céder cette conviction. Là où le spécialiste ne discernait qu’une issue technique, le Rabbi percevait un péril qu’aucune expertise ne pouvait à ses yeux dissiper.
Une lettre retrouvée à Manchester
Bien plus tard, le Rav Groner se trouvait à Manchester, en Angleterre, où il s’adressait aux élèves d’un séminaire de jeunes filles. L’une d’elles souleva une question qui revenait souvent : existait-il une différence, au regard de la position du Rabbi, entre les lentilles rigides et les lentilles souples ? La directrice de l’établissement demanda alors un instant. Elle fouilla dans son tiroir et en tira une lettre qu’elle avait précisément reçue du Rabbi sur ce sujet. La réponse y figurait, nette et sans détour : quant à la distinction entre lentilles rigides et lentilles souples, il n’y en avait aucune, les unes comme les autres étant dangereuses ; aussi le Rabbi ne se contentait-il pas d’écarter les rigides, il écartait pareillement les souples. La directrice montra la lettre aux jeunes filles, comme pour clore le débat par l’écriture même du Rabbi : aucune différence.
Une conviction que le temps vint confirmer
Ce refus obstiné ne relevait pas d’une simple prévention. À une autre occasion, le Rabbi montra à ce même secrétaire un article paru dans un journal israélien, qui relatait deux cas où l’usage de lentilles de contact avait entraîné de sérieuses complications médicales. Après que le Rav Groner en eut achevé la lecture, le Rabbi lui fit observer que ces exemples confirmaient le bien-fondé de ses réserves. Quant à la femme dont le médecin avait annoncé qu’elle perdrait la vue sans les lentilles, l’histoire connut son épilogue : ayant appris que le Rabbi désapprouvait ce recours, elle y renonça, et sa vue s’améliora sans qu’elle en eût jamais fait usage.
Au fil de ces épisodes, c’est une même leçon qui se dégage du témoignage du Rav Groner. Là où l’évidence médicale semblait ne laisser aucune alternative, la direction du Rabbi ouvrait un chemin que la raison seule n’apercevait pas, et le temps, souvent, vint lui donner raison.
Près de soixante ans après avoir quitté l’Union soviétique, le Rav Yossef Mishulovin, de Los Angeles, est retourné à Samarcande accompagné de ses enfants. Ensemble, ils ont retrouvé la maison de son enfance et les lieux où sa famille avait vécu son judaïsme au prix d’un véritable don de soi. Ce voyage, entrepris à l’occasion de ses soixante-dix ans, a révélé de façon saisissante les fruits, visibles aujourd’hui encore, de la Messirout Néfech des générations précédentes.
Par Mena’hem Rubinstein
Deux choses ont frappé le Rav Yossef Mishulovin lorsqu’il s’est approché de la synagogue Habad de Samarcande, au mois de Adar dernier. D’abord, la communauté disposait d’une véritable synagogue, qu’il n’avait plus à craindre de fréquenter. Ensuite, la police locale la protégeait.
Ces deux réalités contrastaient radicalement avec la dernière fois où le Rav Yossef avait parcouru les rues de cette ville ouzbèke, près de soixante ans plus tôt, à l’époque où elle était enfouie derrière le rideau de fer.
Beaucoup connaissent le Rav Yossef comme le propriétaire de la librairie de Habad Atara et comme l’un des piliers de la communauté Habad de Los Angeles. Le Rav Yossef a fondé le ‘Héder Mena’hem au début des années 1990, alors qu’il n’avait lui-même jamais fréquenté d’école dans sa petite enfance à Samarcande. Il fut également l’un des membres fondateurs de la congrégation Levi Its’hak.
Moins connue est l’histoire de son enfance à Samarcande et des nombreuses épreuves que sa famille y a surmontées. Une récente visite familiale sur place a rendu une évidence limpide: la Messirout Néfech des générations précédentes a produit des résultats bien visibles près de soixante ans plus tard.
La légende de Samarcande
Le Rav Yossef est né à Samarcande au mois de Adar 5716 (1956). Ses parents, le Rav Eliyahou et Sara, née Zaltzman, s’étaient réfugiés dans la ville lors de l’invasion nazie de l’Union soviétique, en 1941. Samarcande comptait alors une importante communauté Loubavitch, mais chacun devait y pratiquer le judaïsme en secret. Le Rav Eliyahou faisait office de Roch Hakahal officieux de la ville, en dépit d’une grave maladie contractée dans sa jeunesse, alors qu’il rentrait à pied, dans la neige, d’un Farbrenguen du 19 Kislev.
Le Rav Eliyahou veillait à ne jamais consigner par écrit le moindre des comptes liés à la communauté, de crainte que les autorités soviétiques ne viennent à les découvrir. Madame Mishulovin avait de la famille dans la ville, dont ses frères Hillel et Berel Zaltzman. La famille Mishulovin possédait une chèvre qui lui fournissait du lait ‘Halav Yisrael, et seule la cuisine de leur maison était équipée de l’eau courante.
La ville comptait quelques Mikvaot, dont le Mikvé rendu célèbre par le ‘hassid Rav Refael Choudaïtov. Un jour, le Rav Refael but l’eau trouble du Mikvé devant un responsable soviétique, afin de lui faire croire que le bassin servait au stockage de l’eau et non à un usage rituel. La famille Mishulovin disposait elle aussi d’un Mikvé, dans la remise située derrière la maison.
À Samarcande, la plupart des membres de la communauté, y compris les adultes, priaient chez eux de peur d’être surpris par la police secrète. Les enfants se réunissaient toutes les quelques semaines dans la maison d’un autre garçon, faute de tout bâtiment scolaire officiel. En Union soviétique, le judaïsme ne pouvait se vivre que dans la clandestinité. Durant toutes les années où il vécut à Samarcande, le Rav Yossef ne mit jamais les pieds dans une synagogue. C’est pourquoi il veille aujourd’hui, avec une attention singulière, au respect de la dignité et de la sainteté de la synagogue et de la prière. Le Rav Yossef est également perfectionniste dans la prononciation des mots des Téfilot et de la lecture de la Torah. Ceux qui s’assoient à sa table savent qu’il ne tolère aucune parole durant la prière ni pendant le Kaddich.
Le Rav Yossef se souvient que ses parents envoyaient des lettres au Rabbi en passant par Israël, en les adressant à un « oncle » plutôt qu’au Rabbi Schneerson. Un parent en Israël recevait ces courriers, puis les transmettait au secrétariat du Rabbi. Une fois, le Rabbi répondit à l’une de ces lettres et la signa « Mendel ».
Le Rav Yossef se rappelle avoir étudié le maamar de sa Bar Mitsva dans le salon de sa maison d’enfance. De nombreuses familles quittèrent Samarcande en 1946. La sienne s’efforça durant de longues années d’obtenir elle aussi l’autorisation de partir. Elle fut finalement autorisée à s’installer en Israël en 1969. La majeure partie de la communauté quitta Samarcande quelques années plus tard, en 1971. Beaucoup de ces familles, dont celle du Rav Yossef, s’établirent à Kfar Habad. Tragiquement, son père, le Rav Eliyahou, succomba à sa maladie à l’âge de quarante et un ans, seulement trois ans après l’installation de la famille en Israël. Madame Sara Mishulovin, devenue plus tard Madame Cohen, s’est éteinte à l’âge de quatre-vingt-onze ans, en 2023.
Un soixante-dixième anniversaire pas comme les autres
Les enfants du Rav Yossef souhaitaient célébrer les soixante-dix ans de leur père d’une manière singulière. Ils avaient grandi bercés par les récits légendaires de Samarcande, dont beaucoup figurent dans le livre « Samarkand », écrit par leur grand-oncle, Hillel Zaltzman. Le Rav Yossef, lui, évoquait rarement ses souvenirs de la ville. Ses enfants eurent alors l’idée de l’accompagner sur place, pour voir de leurs yeux là où tout avait commencé pour leur famille.
« Je ne voulais pas le faire », raconte le Rav Yossef. « Mes enfants m’ont pratiquement traîné de force ! Mais pour qu’ils puissent voir où leurs ancêtres avaient vécu avec un tel don de soi, j’ai accepté. C’était uniquement pour eux. »
Après des mois de préparatifs et d’organisation, six des enfants Mishulovin s’envolèrent de différentes villes du monde et retrouvèrent leur père à Tachkent. De là, ils engagèrent un chauffeur pour les conduire jusqu’à Samarcande, au terme d’un trajet de cinq heures.
Le retour à Samarcande
Une fois à Samarcande, les Mishulovin se rendirent à la synagogue Habad. Le Rav Yossef fut surpris d’y voir des policiers monter la garde devant le bâtiment. Durant son enfance, à l’époque soviétique, il existait bien une petite synagogue, mais seuls les membres âgés de la communauté la fréquentaient. À cette époque, la police cherchait au contraire à arrêter ceux qui priaient, non à les protéger ! Ce fut un authentique moment de Venahafo’h Hou, un renversement de situation particulièrement approprié pour le mois de Adar.
Le Rav Yossef et ses enfants visitèrent également le cimetière juif. Ce moment fut particulièrement chargé de sens, car le Rav Yossef se souvenait de nombreuses personnes qui y reposent, dont sa grand-mère et deux de ses arrière-grands-mères. Sa fille, Alta Bracha Goldstein, fut particulièrement émue de prier sur la tombe de son arrière-grand-mère, dont elle porte le nom. Cette dernière, aux côtés de son mari le Rav Avraham Zaltzman, s’était sacrifiée pour vivre en Juive pratiquante à Samarcande. Des décennies plus tard, Alta et sa famille perpétuent l’exemple de leurs ancêtres en diffusant le judaïsme comme Chlou’him à Naperville, dans l’Illinois.
Au 23 de la rue Rosa Luxembourg
Le Rav Yossef voulait retrouver la maison de son enfance, mais il n’y croyait guère. Un proche s’était récemment rendu à Samarcande et avait rapporté que la maison n’existait plus. Après en avoir parlé avec un gardien du cimetière, le Rav Yossef apprit avec étonnement que sa maison d’enfance était en réalité toujours debout : seule la rue avait été rebaptisée après la chute du communisme. Les enfants Mishulovin passèrent aussitôt à l’action, frappant à la porte de chaque maison du pâté de maisons, jusqu’à parvenir au 23 de la rue Rosa Luxembourg. C’est alors que le Rav Yossef reconnut un lieu familier.
« J’étais complètement sous le choc », confie-t-il.
Ses enfants l’avaient aidé à retrouver la maison de son enfance. Les occupants des lieux acceptèrent volontiers de laisser entrer les enfants Mishulovin et leur père dans la demeure où il avait vécu jusqu’à l’âge de treize ans.
Les parents du Rav Yossef avaient vendu la maison en 1969 à une autre famille Habad, afin que le Mikvé continue de fonctionner. Elle fut vendue de nouveau en 1971, lorsqu’il devint clair que la majorité de la communauté comptait quitter Samarcande. La famille ouzbèke qui l’acquit alors en est toujours propriétaire aujourd’hui. Le grand-père du propriétaire actuel, qui parle russe et habite lui aussi la maison, put converser avec le Rav Yossef et lui en faire visiter les pièces.
« Mon père était stupéfait », raconte Levi Mishulovin. « Cela se lisait sur son visage. »
Le Rav Yossef décrit un choc empreint de bonheur. C’est dans ce salon qu’il avait passé l’essentiel de son temps lorsqu’il était enfant. C’est dans cette pièce qu’avait eu lieu la Brit Mila de son frère Chalom Ber, en 1959, le tout premier souvenir de Samarcande du Rav Yossef. C’est là qu’il avait étudié au ‘Héder clandestin, appris le maamar de sa Bar Mitsva, mis les Téfilines pour la première fois en cachette, et même simplement joué avec les jeux de construction que sa mère lui avait offerts. Se tenir là, aux côtés de ses enfants près de soixante ans plus tard, fut un moment aussi émouvant qu’empreint de fierté.
Lorsqu’on lui demande s’il est heureux d’avoir entrepris ce voyage jusqu’à Samarcande, le Rav Yossef répond sans la moindre hésitation : « Oui, oui, oui ! » Il était fier de montrer à ses enfants là où tout avait commencé, et il souhaite même y retourner. Pour ses enfants ‘Hana Cohen, ‘Haïm Eliyahou, Alta Bracha Goldstein, Levi, Aharon Laïzer et Mouchka, une pièce essentielle du puzzle familial venait de trouver sa place. Près de soixante ans après le départ du Rav Yossef et de sa famille de Samarcande, la Messirout Néfech des générations précédentes avait porté des fruits bien tangibles.
Ce fut une manière profondément inspirante de célébrer les soixante-dix ans du Rav Yossef.
Dans le cadre des efforts déployés pour parvenir à une entente par des voies de paix, une large visite des membres du tribunal rabbinique Habad s’est tenue au cimetière de Hévron, en présence de plusieurs personnalités et Rabbanim. Au terme de cette rencontre, des ententes et des conclusions communes avaient été adoptées. Selon une source au fait du dossier, ces accords ont malheureusement été rompus, ne laissant d’autre issue qu’une demande d’injonction judiciaire pour mettre fin au piétinement des tombes.
Sur fond de la requête urgente déposée récemment, réclamant l’arrêt immédiat des travaux de construction dans la parcelle de Habad au cimetière de Hévron, travaux qui profanent, à D.ieu ne plaise, les tombes des grands ‘Hassidim de Habad, nous livrons ici le témoignage d’une visite qu’avaient effectuée sur place les membres du tribunal rabbinique de Habad il y a quelque temps.
Une visite menée par des voies de paix
La visite du cimetière s’est inscrite dans le cadre d’efforts qui se sont prolongés durant une longue période, afin de parvenir à des ententes empreintes de douceur et de paix.
À cette visite prit part une large délégation composée de membres du tribunal rabbinique de Habad, aux côtés d’un membre du conseil du Grand Rabbinat et président de la commission pour la dignité des défunts, le Rav Yaakov Roja, de l’archéologue monsieur Yehochoua Lavi, du Rav de Kiryat Arba, le Rav Avraham Its’hak Schwartz, et du responsable de l’administration de Hévron, Eyal Gelman. Était également présent le représentant des Rabbanim, membre de la ‘Hevra Kadicha, le Rav Its’hak Dov Guelbstein, dont le grand-père repose dans ce cimetière.
Des décisions claires, adoptées dans un bon esprit
Une source ayant participé à la rencontre souligne que celle-ci s’est achevée sur des décisions nettes et dans une atmosphère cordiale. Hélas, en dépit d’un arbitrage sans équivoque rendu sur la question par le Rav Roja, considéré comme l’autorité la plus éminente et la plus reconnue en ce domaine, les responsables à Hévron ont poursuivi le projet de construction, faisant fi des conclusions communes et de la décision de l’arbitre convenu d’un commun accord.
Le recours à la justice, faute d’alternative
Ainsi, les Rabbanim Habad se sont vus contraints, après qu’aucune autre issue ne se soit présentée, de saisir le tribunal et de réclamer l’émission d’ordonnances propres à faire cesser les travaux.
Pendant des décennies, l’Altalena est demeurée un vestige englouti, témoin muet de l’un des épisodes les plus douloureux des premiers jours de l’État d’Israël. Cette nuit, le navire a été localisé dans son intégralité, reposant par 503 mètres de fond, à une vingtaine de kilomètres des côtes israéliennes. Fruit de longs mois de recherches et de technologies de pointe, cette découverte ouvre la voie à une documentation inédite de l’épave et à une réflexion sur son avenir.
Soixante-dix-huit ans après avoir atteint les rivages du pays et être devenue le théâtre de l’un des événements les plus douloureux de l’histoire du jeune État, l’Altalena a été retrouvée cette nuit dans son intégralité, gisant par 503 mètres de fond, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest des côtes israéliennes.
Une localisation au terme de longs mois de préparation
La localisation a été effectuée à 00h30, dans le cadre d’une opération de recherche maritime menée après des mois de planification minutieuse et de préparatifs. L’expédition a pris la mer sous la direction de Roni Sadé, responsable de la division de cartographie marine au Centre de cartographie d’Israël.
Pour parvenir jusqu’au navire, à une profondeur inaccessible aux plongeurs, les équipes ont eu recours à un bâtiment équipé de capteurs spéciaux et de systèmes de sondage avancés. Parmi les moyens déployés figuraient notamment des sonars, qui permettent de détecter des objets et de cartographier les fonds marins grâce aux ondes sonores.
Les premières images des profondeurs
Le travail ne s’est pas achevé avec la localisation de l’épave. Lors d’une conférence de presse qui se tiendra prochainement seront présentées les découvertes les plus récentes de l’opération, ainsi que les documents recueillis dans les abysses.
Roni Sadé, responsable de la division de cartographie marine, a déclaré : « Nous avons réussi à atteindre le navire, à plus de cinq cents mètres de profondeur, grâce à des technologies de pointe et au travail acharné d’une équipe professionnelle et dévouée sur le terrain marin. »
‘Haggaï Ronen, directeur général du Centre de cartographie d’Israël, a pour sa part souligné : « La localisation de l’Altalena constitue un moment historique et émouvant, où le savoir, la technologie et les capacités cartographiques avancées nous permettent de toucher un chapitre majeur de l’histoire de l’État d’Israël. Le Centre de cartographie d’Israël est fier de prendre part à cet effort national de mise au jour du passé, sous la conduite de Roni Sadé, et d’œuvrer à sa documentation précise ainsi qu’à sa préservation pour les générations futures. »
Comment l’Altalena est arrivée en Israël
Pour saisir la portée de cette découverte, il faut remonter à l’été 1947, lorsque l’Altalena fut acquise aux États-Unis par une organisation liée à l’Irgoun. À l’origine, le bâtiment servait de barge de débarquement de chars dans la marine américaine.
En juin 1948, le navire fit voile vers Israël. Il transportait à son bord près de neuf cent trente immigrants, parmi lesquels des rescapés de la Choah, ainsi que des combattants de l’Irgoun, du matériel militaire et une importante quantité d’équipement médical.
Mais l’arrivée du navire sur les côtes du pays survint à une période particulièrement délicate. Après la création de l’État et le démantèlement des organisations clandestines, un différend éclata entre la direction de l’Irgoun et le gouvernement au sujet des armes qui se trouvaient à bord.
Le commandant de l’Irgoun, Mena’hem Begin, exigeait qu’une partie de l’armement soit remise aux bataillons de l’organisation à Jérusalem. Le premier chef du gouvernement, David Ben Gourion, refusa cette demande et ordonna que la totalité des armes soit livrée à Tsahal.
L’affrontement de Kfar Vitkin
Le désaccord se mua en affrontement à Kfar Vitkin. Après les échanges de tirs qui s’y déroulèrent, le navire poursuivit sa route en direction de Tel-Aviv, dans l’espoir d’atteindre le rivage de la ville.
Or, même à Tel-Aviv, la crise ne trouva pas d’issue. Le 22 juin 1948, les échanges de tirs reprirent, l’Altalena fut bombardée et prit feu.
Au cours de l’affrontement, dix-neuf personnes trouvèrent la mort : seize membres de l’Irgoun et passagers du navire, ainsi que trois soldats de Tsahal.
L’événement est devenu l’un des chapitres les plus douloureux et les plus déterminants des premiers jours de l’État, et la controverse qu’il a suscitée s’est prolongée au fil des années.
Le sort du navire après le bombardement
Une fois embrasée, l’Altalena ne disparut pas immédiatement de l’horizon. Selon les informations publiées, le navire dériva plusieurs mois au large de Tel-Aviv, jusqu’à ce que David Ben Gourion ordonne de le saborder.
Les restes du bâtiment furent coulés au large des côtes de Nabi Roubin, où ils demeurèrent durant des décennies.
Au fil du temps, plusieurs tentatives furent menées pour localiser l’Altalena, voire pour envisager de la renflouer, dans le désir d’utiliser ses vestiges à des fins commémoratives et d’ériger un monument à la mémoire des victimes.
Mais la profondeur des eaux et la complexité technique firent de cette mission un défi particulièrement ardu.
Une recherche étalée sur des décennies
La localisation de l’Altalena ne fut pas une opération menée à bien en quelques jours. Durant de longues années, des tentatives furent entreprises pour atteindre le navire, mais celui-ci demeura enseveli dans les profondeurs.
Les recherches actuelles ont exigé des mois de planification et de préparation, avant que des moyens de cartographie et de sondage avancés ne permettent enfin de repérer le bâtiment par 503 mètres de fond.
À présent que le navire a été retrouvé, une nouvelle question se pose : que peut-on faire de ces vestiges ?
Renflouer l’Altalena ?
D’après les informations publiées, l’hypothèse consistant à ramener l’ensemble du navire à la surface est très probablement jugée irréalisable. Il s’agirait d’un projet d’ingénierie extrêmement complexe, sans précédent connu.
Plusieurs autres pistes sont à l’étude. L’une d’elles serait l’édification d’un monument flottant ou d’un centre du patrimoine maritime. Une autre possibilité envisagée consisterait à extraire certaines parties du navire, si son état le permettait.
À ce stade, l’état de l’Altalena après des décennies passées au fond de la mer demeure incertain. C’est pourquoi un effort est engagé pour la documenter au cœur des abysses et évaluer son état de conservation.
Boucler un cercle historique
Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a déclaré : « Nous bouclons cette nuit un cercle historique autour de l’un des événements les plus douloureux et les plus fondateurs de l’histoire de la société israélienne. Nous avons travaillé sur ce dossier dans la discrétion durant de longues années, et aujourd’hui, les fruits de l’effort de renseignement et opérationnel ont porté un résultat émouvant, au service de la vérité historique, de la mémoire des disparus et de l’unité du peuple d’Israël. »
L’annonce de la localisation a été communiquée par le service de presse du parti Otsma Yehoudit, le projet ayant été mené sous l’égide du ministère du Patrimoine et de son ministre, Ami’haï Eliyahou. Selon les informations publiées, le ministère du Patrimoine lui-même ainsi que le ministère du Logement, dont relève le Centre de cartographie d’Israël, n’ont pas diffusé de communiqué officiel sur le sujet à ce stade.
Il y a environ un an, plusieurs ministres s’étaient adressés au ministre de la Défense, Israël Katz, pour lui demander de transférer le canon qui avait tiré sur le navire, depuis le Collège de commandement et d’état-major de Glilot vers le Centre du patrimoine Begin à Jérusalem.
Désormais, l’Altalena elle-même ayant été localisée dans les profondeurs, s’ouvre à nouveau la possibilité de documenter ses vestiges et de réfléchir aux moyens de préserver, pour les générations à venir, le récit historique qui s’y rattache.