Durant les quarante années où il servit le Rabbi en qualité de secrétaire, le Rav Groner fut le témoin direct d’innombrables instants où la parole du Rabbi tranchait là où la médecine hésitait. Parmi eux, cette scène saisissante où un ophtalmologue réputé de Manhattan vint plaider en personne, dans le bureau du Rabbi, la cause d’une patiente menacée de perdre la vue. Face au praticien qui ne voyait qu’une seule issue, le Rabbi opposa un refus que rien ne parvint à fléchir.
Un témoin des quarante années
Pendant quatre décennies, le Rav Groner se tint aux côtés du Rabbi, au cœur du secrétariat d’où rayonnait, vers les communautés du monde entier, une correspondance et une direction spirituelle sans équivalent. De cette place privilégiée, il recueillit une multitude de scènes vécues, dont beaucoup touchaient à la santé de ceux qui sollicitaient une bénédiction ou un conseil. Sur la question des lentilles de contact, la position du Rabbi était connue et constante : à plusieurs femmes et jeunes filles qui l’interrogeaient, il répondait que cela n’en valait pas la peine, qu’il était préférable de s’en abstenir, et que son opinion en la matière ne faisait aucun mystère. Le récit que rapportait le Rav Groner illustre jusqu’où allait cette fermeté, y compris lorsqu’un homme de l’art venait la contester avec toute son autorité scientifique.
La visite d’un ophtalmologue de renom
Une femme souffrait d’un trouble de la vue particulièrement grave. Elle consulta à Manhattan un spécialiste de premier plan, un médecin dont le Rabbi lui-même appréciait la compétence au point de recourir à ses services. Après examen, le praticien se voulut catégorique. Il connaissait, dit-il, les réticences du Rabbi à l’égard des lentilles de contact, mais dans le cas précis de cette patiente, sauver la vue passait selon lui par ce seul moyen. Il invita donc la femme à écrire au Rabbi pour lui rapporter fidèlement son verdict, en précisant qu’il avait soumis les résultats à ses confrères et que tous, sans exception, étaient parvenus à la même conclusion. Entre-temps, la réponse du Rabbi à cette femme était déjà parvenue, sans ambiguïté : en aucun cas il n’approuverait le recours aux lentilles.
Lorsque ce médecin fut reçu par le Rabbi, il demanda l’autorisation d’exposer la situation particulière de sa patiente et les raisons pour lesquelles il sollicitait une exception. Le Rav Groner se trouvait présent et écoutait. Le praticien présenta le cas dans le détail, puis répéta, une fois son exposé achevé, qu’il n’existait à ses yeux nul autre moyen de préserver la vue de cette femme.
Les mots exacts du Rabbi
La réponse du Rabbi, prononcée en anglais, resta gravée dans la mémoire du Rav Groner, qui la rapportait telle quelle. « Docteur, vous ne m’avez pas convaincu. Je ne l’accepterai pas, c’est un danger, et si elle me le demande de nouveau, je lui répondrai encore non. Je n’accepterai les lentilles de contact sous aucune condition, car elles pourraient faire plus de mal que de bien. » Nul argument médical, si étayé fût-il, ne fit céder cette conviction. Là où le spécialiste ne discernait qu’une issue technique, le Rabbi percevait un péril qu’aucune expertise ne pouvait à ses yeux dissiper.
Une lettre retrouvée à Manchester
Bien plus tard, le Rav Groner se trouvait à Manchester, en Angleterre, où il s’adressait aux élèves d’un séminaire de jeunes filles. L’une d’elles souleva une question qui revenait souvent : existait-il une différence, au regard de la position du Rabbi, entre les lentilles rigides et les lentilles souples ? La directrice de l’établissement demanda alors un instant. Elle fouilla dans son tiroir et en tira une lettre qu’elle avait précisément reçue du Rabbi sur ce sujet. La réponse y figurait, nette et sans détour : quant à la distinction entre lentilles rigides et lentilles souples, il n’y en avait aucune, les unes comme les autres étant dangereuses ; aussi le Rabbi ne se contentait-il pas d’écarter les rigides, il écartait pareillement les souples. La directrice montra la lettre aux jeunes filles, comme pour clore le débat par l’écriture même du Rabbi : aucune différence.
Une conviction que le temps vint confirmer
Ce refus obstiné ne relevait pas d’une simple prévention. À une autre occasion, le Rabbi montra à ce même secrétaire un article paru dans un journal israélien, qui relatait deux cas où l’usage de lentilles de contact avait entraîné de sérieuses complications médicales. Après que le Rav Groner en eut achevé la lecture, le Rabbi lui fit observer que ces exemples confirmaient le bien-fondé de ses réserves. Quant à la femme dont le médecin avait annoncé qu’elle perdrait la vue sans les lentilles, l’histoire connut son épilogue : ayant appris que le Rabbi désapprouvait ce recours, elle y renonça, et sa vue s’améliora sans qu’elle en eût jamais fait usage.
Au fil de ces épisodes, c’est une même leçon qui se dégage du témoignage du Rav Groner. Là où l’évidence médicale semblait ne laisser aucune alternative, la direction du Rabbi ouvrait un chemin que la raison seule n’apercevait pas, et le temps, souvent, vint lui donner raison.


