Bien avant que ne pointe l’aube sur Jérusalem, le préposé aux tirages au sort frappait déjà à la porte de l’enceinte, et tout un peuple de Cohanim s’apprêtait à faire renaître le service. Des cendres de l’autel au chant des Lévites, de l’agneau du sacrifice quotidien aux deux pains de Chavouot, chaque geste obéissait à un ordre transmis depuis le Sinaï. Voici, restitué dans son déroulement, le grand rituel des offrandes permanentes et supplémentaires tel que le codifie le Rambam.
Basé sur les Lois relatives aux sacrifices quotidiens et supplémentaires du Rambam
Chapitres 6, 7 et 8
Avant le lever de l’aube
Peu avant que ne pointe l’aube, le préposé chargé des tirages au sort se présentait devant l’enceinte du Temple et frappait à la porte. On lui ouvrait, et l’on parcourait l’ensemble du parvis afin de vérifier que chaque ustensile sacré se trouvait bien à sa place. Déjà, ceux qui devaient préparer les ‘havitine du grand prêtre étaient installés à leur poste. Tous les Cohanim présents s’étaient immergés au bain rituel avant l’arrivée du préposé et avaient revêtu les habits de la prêtrise ; ils venaient alors se tenir dans la Loge de pierre de taille, où l’on procédait au premier puis au second tirage au sort, chacun recevant ainsi la charge du service qui lui revenait de droit.
Le feu, les cendres et les tirages au sort
Celui qui avait obtenu le déblaiement des cendres ouvrait le service en les retirant de l’autel. Il disposait ensuite le grand bûcher, puis le second, avant de monter deux bûches qu’il posait sur le grand bûcher pour aviver le feu. Les Cohanim pénétraient alors dans la Loge des ustensiles et en sortaient tout ce qui serait nécessaire à la journée entière. On donnait à boire à l’agneau destiné au sacrifice quotidien, afin de faciliter son dépeçage, puis celui à qui revenait l’abattage le conduisait vers l’abattoir, suivi de ceux qui avaient mérité de monter les membres sur l’autel.
L’agneau du sacrifice quotidien
Tous attendaient l’instant où s’ouvrirait le grand portail du Heikhal : au moment même où la porte pivotait sur ses gonds, on abattait le sacrifice quotidien. Deux Cohanim entraient alors dans le sanctuaire, l’un pour retirer les cendres de l’autel intérieur, l’autre pour nettoyer le candélabre. Le sang recueilli était aspergé sur l’autel, après quoi l’on dépeçait l’animal et l’on montait chaque membre par la rampe, en le déposant sur sa moitié inférieure, du côté de l’ouest pour le sacrifice quotidien et du côté de l’est pour l’offrande supplémentaire. Le sel ne manquait jamais : on en versait sur la rampe, même le Chabbat, pour que les Cohanim ne glissent pas en apportant le bois du bûcher, et parce que cette montée, n’étant pas à proprement parler un service, ne souffrait pas de la séparation ainsi créée entre leurs pieds et la pierre.
L’encens, le candélabre et la bénédiction des Cohanim
Une fois les membres disposés sur l’autel, tous se rassemblaient de nouveau dans la Loge de pierre de taille, où le préposé les invitait à réciter la bénédiction. Ils enchaînaient alors la bénédiction d’un amour éternel, les Dix Commandements, le Chéma et ses paragraphes, puis les formules d’agrément et de paix ; le Chabbat, les membres du corps de garde qui quittaient leur service adressaient à ceux qui entraient une parole d’amour, de fraternité, de paix et d’amitié. Venaient ensuite le troisième et le quatrième tirage au sort : l’un pénétrait dans le Heikhal pour y brûler l’encens, tandis qu’un autre achevait d’arranger les deux dernières lampes du candélabre. Lorsque le Cohen s’avançait entre le Oulam et l’autel, on lançait la broche dont le fracas retentissait dans tout le Temple : ce signal appelait les Cohanim à se prosterner, avertissait les Lévites que l’heure de leur chant approchait, et rappelait au chef du corps de garde de rassembler à la porte de l’Est ceux qui n’avaient pas encore apporté leur expiation, afin que nul ne les soupçonnât de tarder par mépris. Alors seulement les Cohanim, debout sur les marches du Oulam, récitaient la bénédiction sacerdotale avec le Nom explicite, tel qu’il se lisait.
Le chant des Lévites et les libations
On montait ensuite la fine fleur de farine des libations, on brûlait les ‘havitine, puis l’on offrait le vin. À cet instant, les Lévites entamaient leur chant et les musiciens du Temple faisaient résonner lyres, flûtes, cithares, trompettes et cymbales, ponctuant le chant de neuf sonneries réparties selon ses différentes sections. Deux Cohanim se tenaient sur la table des graisses, trompettes en main, tandis que le suppléant du grand prêtre, dressé sur la corne de l’autel, agitait ses drapeaux. À son signal, l’un frappait les cymbales, les autres sonnaient une tékia, une teroua et une tékia, et, chaque fois que le chant atteignait l’une de ses sections, toute l’assemblée réunie dans l’enceinte se prosternait. Ce chant n’accompagnait toutefois que les holocaustes communautaires et les sacrifices de paix mentionnés dans la Torah, et non les offrandes volontaires ni les libations offertes séparément.
Le chant propre à chaque jour
À chaque jour de la semaine correspondait son psaume. Le dimanche, les Lévites proclamaient que la terre et tout ce qu’elle renferme appartiennent à l’Éternel ; le lundi, ils célébraient la grandeur du Tout-Puissant dans la ville de notre D.ieu ; le mardi, ils rappelaient qu’Il se tient dans l’assemblée divine pour y rendre la justice ; le mercredi, ils invoquaient le D.ieu des vindictes ; le jeudi, ils appelaient à acclamer le D.ieu de Jacob ; le vendredi, ils chantaient la royauté de l’Éternel revêtu de majesté ; et le Chabbat, ils entonnaient le cantique consacré à ce jour. Pour les offrandes supplémentaires, ils récitaient le cantique de Haazinou, partagé en six sections lues l’une après l’autre au fil de six Chabbat successifs, avant de reprendre depuis le début. À la Min’ha du Chabbat retentissait le cantique de Moïse ; et à Roch Hachana, un psaume propre à la solennité du jour. Lorsque le premier du mois tombait un Chabbat, le chant du nouveau mois l’emportait sur celui du Chabbat, afin que nul n’ignore que ce jour-là inaugurait un mois nouveau.
Le sacrifice supplémentaire du nouveau mois
Au jour de Roch Hodech, après le sacrifice quotidien du matin, on offrait le sacrifice supplémentaire du nouveau mois : deux taureaux, un bélier et sept agneaux, tous en holocaustes, ainsi qu’un bouc en sacrifice expiatoire. La cérémonie des holocaustes reprenait celle du sacrifice quotidien, et celle des expiatoires du nouveau mois et des fêtes suivait le rite des sacrifices consommés. Pour distinguer ce jour entre tous, on posait le sacrifice du premier du mois tout en haut de l’autel, entre les cornes, à l’endroit même où marchaient les Cohanim, comme pour annoncer à la vue de chacun l’entrée dans un mois nouveau.
Pessa’h et l’offrande du Omer
Durant les sept jours de Pessa’h, on offrait chaque jour un sacrifice supplémentaire semblable à celui du nouveau mois. Mais le second jour, le seize Nissan, on ajoutait au sacrifice supplémentaire un agneau en holocauste accompagnant le omer du balancement, oblation communautaire dont le temps est fixé et qui, à ce titre, repousse aussi bien le Chabbat que l’impureté. Cette offrande ne pouvait provenir que de la terre d’Israël, ainsi qu’il est prescrit d’apporter les prémices de la moisson au Cohen ; la mitsva voulait qu’elle fût tirée d’un champ proche de Jérusalem, à défaut de tout autre lieu du pays. Il était de règle de la moissonner de nuit, dans de la récolte encore sur pied et de préférence humide, et l’usage la faisait provenir des champs du Sud, cultivés une année sur deux en alternance.
La moisson nocturne et la réplique aux sceptiques
La veille de la fête, les délégués du tribunal rabbinique sortaient enrouler et attacher les épis d’orge afin d’en faciliter la coupe, et les habitants des villes voisines accouraient pour que la moisson se déroulât en grand apparat. Trois hommes moissonnaient trois dixièmes de eifa, avec trois faucilles et dans trois paniers. À la tombée de la nuit, chaque moissonneur interrogeait solennellement l’assistance : le soleil s’est-il couché, cette faucille, ce panier, est-ce Chabbat, dois-je moissonner ? Et par trois fois on lui répondait. Toute cette mise en scène répondait à ceux qui s’étaient égarés, les Boéthusiens et les Sadducéens, séparés du peuple juif à l’époque du second Temple, qui prétendaient que « le lendemain du Chabbat » désignait le Chabbat lui-même. Or, par tradition orale, les sages avaient reçu qu’il s’agissait du lendemain du jour de fête, et c’est ainsi que les prophètes et le Sanhédrine balançaient le omer le seize Nissan, quel que fût le jour de la semaine. On battait alors l’orge, on la vannait, on la triait, on grillait les grains au feu dans un tube percé, puis on les moulait et on les tamisait treize fois pour en tirer un issarone de fine fleur de farine, que l’on mélangeait à un log d’huile avec une poignée d’oliban. Après l’avoir balancé aux quatre directions, vers le haut et vers le bas, on en brûlait une poignée, le reste revenant aux Cohanim, et tant que ce omer n’avait pas été offert, il demeurait interdit de moissonner en terre d’Israël l’une des cinq espèces de céréales.
Le compte des sept semaines
De l’offrande du omer partait un commandement positif : compter sept semaines entières, en énonçant à la fois les jours et les semaines, ainsi qu’il est dit de compter cinquante jours. Le compte s’ouvrait la nuit, dès le soir du seize Nissan, car le jour commence à la tombée de la nuit ; celui qui l’avait oublié le soir pouvait encore compter dans la journée. On le récitait debout, précédé chaque nuit d’une bénédiction remerciant l’Éternel de nous avoir prescrit le compte du omer, et celui qui avait compté sans bénir s’acquittait néanmoins de son devoir. Ce commandement incombe à chaque homme juif, en tout lieu et en tout temps, les femmes et les esclaves en étant dispensés.
Chavouot, les deux pains et les deux agneaux
Le cinquantième jour du compte est la fête de Chavouot, que l’on nomme aussi Atséret. On y offrait un sacrifice supplémentaire semblable à celui du nouveau mois, auquel s’ajoutait, avec les deux pains, une offrande nouvelle : un taureau, deux béliers et sept agneaux en holocaustes, un bouc en expiation et deux agneaux en sacrifice de paix. En ce jour montaient ainsi à l’autel vingt animaux en holocaustes, tandis que les deux boucs et les deux agneaux de paix étaient consommés. Les deux pains ne pouvaient être faits que du blé nouveau de la terre d’Israël ; explicitement levés selon la Torah, rectangulaires, longs de sept téfa’him, larges de quatre et hauts de quatre doigts, ils se pétrissaient et se cuisaient séparément. On balançait les deux agneaux alors qu’ils étaient encore vivants, puis, après les avoir égorgés et dépecés, on posait leur poitrine et leur jambe auprès des pains pour balancer le tout ensemble, à l’orient, à l’endroit consacré à tous les balancements. Les pains étaient consommés le jour même et jusqu’à la moitié de la nuit, comme la chair des offrandes de sainteté éminente. Pains et agneaux se répondaient l’un l’autre : si l’on ne trouvait pas d’agneaux, on balançait les deux pains seuls, puis on les laissait devenir notar avant de les brûler, de crainte que l’année suivante on n’offre encore les pains sans les agneaux. Car telle est la règle de toute offrande communautaire : lorsque son temps est passé, elle s’annule ; et si l’on ne trouve qu’un petit nombre d’agneaux, on offre ce que l’on a, sans reporter le reste au lendemain.



