Écrite le 1er Av 5743 (1983), cette lettre du Rabbi de Loubavitch s’adresse à l’ensemble du peuple juif à l’aube des Neuf Jours, cette période de deuil qui culmine le 9 Av. S’appuyant sur les enseignements hassidiques, le Rabbi y dévoile le sens profond de ces journées et invite à convertir la tristesse en actes lumineux. Il place au cœur de son message l’amour gratuit, l’étude de la Torah et la Tsedaka, ces leviers capables de hâter la Rédemption véritable et de muer les jours de deuil en jours de fête.

 

B »H, Roch ‘Hodech Mena’hem Av,
jour du rappel du départ d’Aharon le Grand Prêtre, 5743 (1983)
Brooklyn, New York

Aux fils et aux filles d’Israël,
que D.ieu les garde et les bénisse,
Paix et bénédiction !

Les enseignements qui éclairent notre service divin

On connaît l’enseignement du Baal Chem Tov selon lequel, dans chaque chose que l’homme voit ou entend, se cache une instruction pour son service divin. On connaît également l’enseignement du Maguid et de l’Admour Hazaken sur la maxime de nos Sages, « Sache ce qui est au-dessus de toi » : sache que tout ce qui se déploie dans les mondes supérieurs prend sa source en toi. Et l’on connaît enfin l’enseignement de l’Admour Haemtsaï, que l’on retrouve aussi tout simplement dans les livres de la Kabbale, selon lequel D.ieu est l’essence même du bien, et que la nature du bien est de faire le bien.

Le sens des jours de deuil

De tout cela se dégage également la signification de cette période, les jours situés entre les détroits, le Bein HaMetsarim, et en leur sein les Neuf Jours, dont le point culminant est le 9 Av, ces jours de deuil. Comme l’explique le Rambam dans son recueil de lois, le deuil s’inscrit parmi les voies du repentir : il convient d’examiner ses actes et de revenir vers D.ieu par la Téchouva. Cela vaut plus encore lorsque s’y ajoutent les jeûnes du 17 Tamouz et du 9 Av, qui comptent eux aussi parmi les chemins de la Téchouva.

À la mémoire d’Aharon le Grand Prêtre

Le commencement des Neuf Jours coïncide avec le premier jour du cinquième mois, qui rappelle, selon le verset, qu’Aharon « mourut là, le premier jour du cinquième mois ». Le but d’un tel souvenir, d’autant plus qu’il s’agit d’un souvenir inscrit et gravé dans notre Torah, Torah de vie et enseignement éternel, est que ces jours soient « commémorés et accomplis ». La Téchouva née de la méditation sur le contenu de ces journées doit conduire à de belles actions qui en découlent, en ces jours-là comme de façon durable par la suite, ces actions mêmes qu’a enseignées Aharon le prêtre.

Sur les traces d’Aharon, aimer et rapprocher

Les qualités d’Aharon le Grand Prêtre et ses actes sont exposés en de nombreux endroits de la Torah écrite et de la Torah orale. Parmi eux, nos Sages ont établi dans la Michna ce précepte lumineux : « Sois des disciples d’Aharon, aimant la paix et poursuivant la paix, aimant les créatures et les rapprochant de la Torah. » Ce message entretient un lien tout particulier avec ces jours, où l’on médite sur la destruction, sur l’exil et sur leur cause.

De la haine gratuite à l’amour gratuit

Cette cause, c’est la haine gratuite, la sinat ‘hinam ; et le remède réside dans l’amour d’Israël porté jusqu’à l’amour gratuit, l’ahavat ‘hinam, seul capable de racheter et d’annuler l’exil. Il passe aussi par un surcroît d’étude de la Torah et par la Tsedaka, ainsi que l’annonce la prophétie de Yéchayahou : « Sion sera rachetée par la justice, et ses captifs par la Tsedaka. » De là découle une raison supplémentaire d’appeler et d’inviter chacun à organiser un Siyoum de traité durant les Neuf Jours, et si possible chaque jour, le 9 Av étant consacré à l’étude de la Torah devant de nombreux auditeurs, en rappelant à chaque fois l’amour d’Israël et la charité.

Vers la Rédemption véritable et complète

Le départ d’Aharon le Grand Prêtre, lui qui aimait toute la maison d’Israël, chaque Juif de chaque génération, lui et ses fils bénissant les enfants d’Israël par les mots « Que l’Éternel te bénisse, fasse briller sur toi Sa face, la lève vers toi et t’accorde la paix », suscite des délivrances au sein de la terre, jusqu’à la délivrance générale et véritable, la Rédemption complète par notre juste Machia’h. Alors s’accomplira la promesse : « Tu hériteras, D.ieu, de toutes les nations. » Et la Tsedaka rapproche plus encore cette Rédemption, de manière hâtive, « voici, avec les nuées du ciel ».

Avec respect et bénédiction de réussite en tout cela, et que bientôt, de nos jours, ces journées deviennent des jours de fête, de joie et d’allégresse.

Signature du Rabbi