Habad en Grande Bretagne : Des centaines de Hassidim réunis à Londres pour un Séder Nigunim

Habad en Grande Bretagne : Des centaines de Hassidim réunis à Londres pour un Séder Nigunim

 

Pour la troisième année consécutive, des centaines de fidèles se sont rassemblés à Londres durant ‘Hol Hamoed Pessa’h pour le Séder Nigunim Oubiourim, organisé par le Merkaz Limmoud Hachassidout. Portée par le chant, la danse et l’enseignement, la soirée s’est prolongée par un Farbrenguen animé par le Machpia Rav Mendel Gordon. L’événement s’impose désormais comme l’un des temps forts du Pessa’h londonien.

 

 

Un rendez-vous qui s’inscrit dans la tradition

Des centaines de personnes se sont réunies à Londres durant ‘Hol Hamoed Pessa’h pour la troisième édition du Séder Nigunim Oubiourim. Organisé par le Merkaz Limmoud Hachassidout, en étroite collaboration avec les Rabbanim Nou’hi Vogel et Getsel Itzinger, l’événement a une fois encore mobilisé une assistance nombreuse et enthousiaste, venue des quatre coins de la communauté juive londonienne. En l’espace de trois ans seulement, cette soirée s’est imposée comme l’un des rendez-vous les plus attendus du calendrier festif de Pessa’h à Londres, preuve que la soif de spiritualité et d’authenticité hassidique ne faiblit pas. Bien au contraire : chaque édition voit son audience s’élargir, portée par le bouche-à-oreille de ceux qui ont vécu l’expérience et ne manqueraient pour rien au monde d’y revenir.

 

 

La profondeur indicible du nigoun

C’est le Rav Mendel Itzinger qui s’est chargé d’introduire chaque nigoun, en restituant avec soin son contexte historique, son sens spirituel et, souvent, l’émouvante histoire de sa composition. « Un nigoun, c’est une profondeur de compréhension qui atteint des endroits où les mots seuls ne peuvent parvenir », a-t-il expliqué à l’assemblée, résumant en une phrase l’essence même de cette tradition musicale propre au mouvement Habad-Loubavitch. Car le nigoun n’est pas un simple chant : il est un langage de l’âme, une voie d’accès à des couches de la conscience que la parole articulée ne saurait atteindre. Cette profondeur s’est fait ressentir dans toute la salle, alors que les Rabbanim Eli et Moché Soufrin, Herchel Rozenblou et Dovid Vogel guidaient les participants à travers des générations de nigunim de Habad — des mélodies héritées des Rebbeim, transmises de maître en disciple, et dont chaque note porte en elle une parcelle de l’histoire du hassidisme. Portés par ces voix et ces rythmes, les participants ont laissé les nigunim résonner en eux, entre recueillement et allégresse, dans une communion rare et précieuse.

Chant, danse et Farbrenguen

Les chants et les danses se sont poursuivis durant plusieurs heures, dans une atmosphère de ferveur, d’unité et de joie sincère, celle qui caractérise les grandes réunions hassidiques où les barrières entre les personnes s’effacent naturellement. La salle, portée par un élan collectif, vibrait au rythme des nigunim, chacun y trouvant sa propre façon de s’élever. La soirée s’est ensuite prolongée par un Farbrenguen animé par le Machpia Rav Mendel Gordon, figure respectée et aimée de la communauté, dont les paroles profondes et chaleureuses ont achevé de tisser entre les participants ce lien particulier qui ne se forme que dans ces moments de partage authentique. Rassemblant des hommes et des femmes venus de l’ensemble de la kehilla londonienne, ce Farbrenguen a confirmé, s’il en était besoin, que le Séder Nigunim Oubiourim est bien plus qu’un concert : c’est un moment de rencontre, de transmission et d’appartenance, au cœur même de la fête de la liberté.

 

Hassidisme et Kabbale : deux sagesses au service d’une seule vérité

Hassidisme et Kabbale : deux sagesses au service d’une seule vérité

 

Le rapport entre la pensée ‘hassidique et la tradition kabbalistique soulève une question fondamentale : l’une est-elle simplement le commentaire de l’autre, ou s’agit-il de deux voies spirituelles distinctes, dotées chacune de son propre génie ? Une lettre célèbre de l’Admour Hazaken, auteur du Tanya, offre une clé de lecture inattendue et révèle une relation à trois dimensions entre ces deux corpus. Loin de se résumer à un rapport de dépendance, la ‘Hassidout puise dans la Kabbale pour éclairer ses propres fondements, tout en projetant sur elle une lumière entièrement nouvelle.

 

 

Rav Na’houm Greenwald

 

 

Nombreux sont les travaux consacrés à la définition de la ‘Hassidout, et pourtant le sujet demeure loin d’être épuisé dans toute la richesse de ses facettes et de ses dimensions. La difficulté à en cerner l’essence tient à la fois à l’étendue et à la complexité de son contenu, et surtout à la subtilité et à l’abstraction de sa nature profonde. On peut, dans une large mesure, comparer la difficulté à définir la ‘Hassidout — cette pensée qui a insufflé une vie nouvelle à des concepts fondamentaux du judaïsme et renouvelé la vitalité des cœurs autant que l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot — à la difficulté de définir le concept de « vie » lui-même.

Une raison supplémentaire à cette difficulté est que la ‘Hassidout n’est pas venue au monde sous la forme d’un système ordonné et détaillé, préalablement élaboré avant sa révélation et sa mise en pratique. Elle est apparue comme un mouvement vivant, bouillonnant d’activité, dont les idées se dévoilent et se précisent dans le feu même de l’avancée.

Dans le présent article, nous n’avons pas la prétention d’accomplir ce qui n’a pas encore été accompli et qui semble, de toute évidence, ne pas pouvoir l’être. Nous nous limitons ici à un seul aspect de la question : le rapport et le lien entre la ‘Hassidout et la tradition de la Kabbale.

La ‘Hassidout s’appuie-t-elle sur la Kabbale ?

À première vue, il semble que la ‘Hassidout s’appuie sur la Kabbale. Elle cite abondamment les sources kabbalistiques, explique les concepts de la sagesse ésotérique et s’en sert pour étayer certaines de ses idées.

Cela soulève naturellement la question : la ‘Hassidout n’est-elle que la « suite » de la Kabbale, un maillon supplémentaire dans la chaîne qui va du Zohar HaKadoch et des kabbalistes d’Espagne — en passant par la Kabbale du Ramak — jusqu’à la Kabbale du Arizal et de ses disciples ? La ‘Hassidout ne serait-elle qu’une « explication » de la sagesse kabbalistique, sans apport propre ? Ou peut-être son seul rôle est-il de « traduire » le langage élevé et abstrait de la Kabbale en termes accessibles et en directives pratiques dans le service divin ?

Toutes ces propositions sont-elles exactes ? L’une d’elles seulement ? Ou peut-être aucune ne définit-elle correctement la nature de la ‘Hassidout dans ce contexte ?

Il nous faut donc revenir au point de départ et examiner dans sa profondeur la nature du rapport et de l’interaction mutuelle entre la ‘Hassidout et la Kabbale.

Précisons d’emblée que les réponses à ces questions ne se trouvent pas explicitement formulées dans les sources anciennes de la ‘Hassidout, car celle-ci, comme on le sait, ne définit pas directement ses buts et ses orientations. Sur ce point, la ‘Hassidout ne tient pas de discours tranchés qui présentent l’ancien face au nouveau, ce qui existait face à ce qui s’est ajouté. Les solutions à ces questions se trouvent entre les lignes, dans les assemblages de mots, dans les points de jonction entre l’ancien et le nouveau, et dans les controverses qui ont marqué les débuts de la ‘Hassidout. C’est de là que nous pouvons apprendre comment la voie ‘hassidique et sa pensée se sont constituées, et recevoir quelques indications de réponse aux questions qui nous occupent.

Une lettre révélatrice de l’Admour Hazaken

L’un de ces passages se trouve dans une lettre de notre maître l’Admour Hazaken, auteur du Tanya (Iguéret HaKodech, section 25, en fin d’explication de l’expression « Imré Bina » dans le Testament du Rivach), rédigée à l’intention de la communauté de Vilna, l’un des foyers les plus ardents de l’opposition des Mitnagdim aux ‘Hassidim :

« Que l’auditeur ne me soupçonne pas de prétendre, à mes yeux, avoir compris les paroles du Arizal au point de les dépouiller de leur matérialité, car je ne suis venu qu’à expliquer les paroles du Baal Chem Tov, que sa mémoire soit bénie, et de ses disciples, à la lumière de la Kabbale du Arizal. De surcroît, cette question ne relève pas de la sagesse kabbalistique ni des choses cachées propres à l’Éternel notre D.ieu, mais bien de ce qui nous a été révélé, à nous et à nos fils — afin de croire d’une foi parfaite au verset explicite où il est écrit : « N’est-ce pas les cieux et la terre que Je remplis, dit l’Éternel ? » — car un verset ne sort jamais de son sens littéral. C’est aussi la foi simple portée par l’ensemble d’Israël et transmise de père en fils depuis leurs saints ancêtres, qui marchaient dans l’intégrité devant D.ieu sans soumettre la question de la Divinité à l’investigation humaine. Or, depuis peu, des gens sont venus qui cherchent à investiguer cette question, et il est impossible de la rapprocher de leur entendement autrement que par des prémisses tirées des écrits du Arizal, dépouillées de leur matérialité — ainsi que je l’ai entendu de mes maîtres, que leur mémoire soit bénie. »

Qui commente qui ?

Ce bref passage, bien qu’il se présente uniquement comme une conclusion et une annexe à un commentaire profond et complexe sur l’enseignement du Baal Chem Tov relatif à « Il n’y a rien d’autre que Lui » (Ein Od Milevado), recèle en son sein des contenus profonds et fondamentaux concernant la nature de la ‘Hassidout et son approche. Un examen attentif du passage, avec l’analyse de chaque phrase et de chaque expression, permet d’y trouver une sorte de document rare et premier de l’Admour Hazaken sur l’identité propre de la ‘Hassidout, son rapport à la Kabbale, la position de ses opposants et les principes fondamentaux du judaïsme — comme nous allons l’expliquer.

Sur la base de ce passage et d’autres passages analogues, ainsi que de quelques formulations brèves dispersées dans les écrits et les maamarim de l’Admour Hazaken que nous citerons ci-dessous, il est possible de composer une image, du moins partielle, qui nous aidera à obtenir des réponses sur le sujet traité dans cet article.

Il convient d’abord de noter que dans la citation ci-dessus (Iguéret HaKodech, section 25), nous trouvons, à première vue, une source manifeste à une affirmation assez déconcertante de l’Admour Rachab de Loubavitch, sur la nature de la ‘Hassidout. Voici ce qu’il dit : « Le monde pense que la ‘Hassidout est un commentaire de la Kabbale. Mais ils se trompent : c’est la Kabbale qui est le commentaire de la ‘Hassidout. »

Et à première vue, ce sont là également les paroles que formule explicitement l’Admour Hazaken dans le Tanya : « Je ne suis venu qu’à expliquer les paroles du Baal Chem Tov et de ses disciples à la lumière de la Kabbale du Arizal. » Il en ressort que ce n’est pas la ‘Hassidout qui est venue expliquer la Kabbale, mais bien l’inverse : les enseignements de la ‘Hassidout sont éclairés et commentés à travers la Kabbale. Et cela est très étonnant — comme nous allons l’expliquer dans la suite de notre propos.

Changement de contenu ou seulement de style ?

Avant d’examiner la question dans sa profondeur, il nous faut prendre connaissance de quelques sources supplémentaires qui traitent de la nature de la Kabbale et de son lien avec la ‘Hassidout.

Dans les Iguérot Kodech de l’Admour Hazaken (section 34, p. 86), il écrit à propos du Likouté Amarim du Maggid de Mézeritch : « Le livre Likouté Amarim et ses semblables, dont les fondements se trouvent dans les montagnes saintes du Arizal. » Autrement dit, la ‘Hassidout du Maggid est enracinée dans les enseignements du Arizal.

Plus encore, nous trouvons que l’Admour Hazaken établit une véritable équivalence entre les paroles du Baal Chem Tov et celles du Arizal, affirmant que leur contenu est identique, seul leur style différant.

Dans les Maamarim de l’Admour Hazaken (Inyanim, p. 328), il est écrit : « Il existe encore un autre nom donné à la lumière de l’Ein Sof (l’Infini), que l’Arizal a appelé Malkhout d’Ein Sof… C’est pourquoi l’Arizal a désigné le rayonnement de l’Or Ein Sof, qui est le début du Kav (le Rayon), par le nom de Malkhout d’Ein Sof, qui est Son grand Nom béni, et tout est Un. Et le Baal Chem Tov lui a donné, en guise de parabole, les lettres de la Torah, à la mesure du néant de l’Ein Sof qui forme les mondes des quatre univers (Atsba »ya) par rapport à l’essence même du Luminaire qui est le Maître de l’émanation, béni soit-il. »

Et dans un autre passage des Maamarim de l’Admour Hazaken (Tarana, vol. 1, p. 310) : « Le Baal Chem Tov a habillé tout cela dans une seule parabole (en laquelle est enveloppé l’allégorie profonde, les secrets de la Torah que Rabbi ‘Haïm Vital explique dans la totalité du livre Ets ‘Haïm) — à savoir la parabole de l’escalier en colimaçon (que l’on appelle « Schwindel-Treppe » en yiddish). »

Il ressort ainsi que, selon l’Admour Hazaken, le Baal Chem Tov et l’Arizal expriment souvent le même concept, mais le Baal Chem Tov, à sa manière propre (par ses paraboles prodigieuses et son style singulier), exprime la profondeur de l’intention du Arizal.

La critique de Rabbi Abraham de Kalissk

Dans ce contexte, il est très intéressant de mentionner les critiques sévères du saint Rabbi Abraham de Kalissk — qui expriment l’approche ‘hassidique générale de l’époque, laquelle ne coïncidait pas avec la méthode de Habad — à l’égard de l’Admour Hazaken. Ses paroles sont les suivantes : « Pour ma part, je n’ai trouvé aucune satisfaction dans le fait que Son Éminence [l’Admour Hazaken] fasse entrer le soleil dans son fourreau — c’est-à-dire habille les paroles du saint Rabbi de Mézeritch, qui sont les paroles du saint Baal Chem Tov, dans les paroles du saint Arizal. Bien que tout aille vers le même lieu, le langage de la Torah est une chose et le langage des Sages en est une autre. »

Autrement dit, selon Rabbi Abraham de Kalissk, toute tentative d’établir un parallèle entre les paroles du Arizal et celles du Baal Chem Tov et du Maggid de Mézeritch (et donc de tous leurs continuateurs dans la ‘Hassidout) constitue un apport propre à Habad, non issu de l’école du Maggid.

Simple suite de la Kabbale ?

Celui qui étudie la ‘Hassidout de Habad peut en effet avoir l’impression que son propos essentiel est d’expliquer les idées et les concepts de la Kabbale. Car la pensée de Habad est traversée de concepts issus du Arizal : le Tsimtsoum (la Contraction), Adam Kadmon (l’Homme Primordial), Akoudim, Nikoudim, Atik, Arikh, Parsa, Atsilout, Séfirot, Orot (lumières), Kelim (réceptacles), Tohou et Tikoun.

Certes, la pensée de Habad est aussi riche en « directives » dans le service de D.ieu et en conclusions pratiques qui découlent de tous ces sujets kabbalistiques. Mais on pourrait encore avoir l’impression que son but central est d’expliquer la Kabbale.

La ‘Hassidout utilise abondamment le principe fondé sur le verset : « De ma propre chair, j’apercevrai D.ieu » (Job 19, 26). Selon cette idée — qui apparaît déjà dans les écrits du Arizal — la structure du corps et de l’âme de l’être humain constituent comme le reflet de l’ordre de la chaîne des mondes (Seder Hichtalchelout). Autrement dit, le corps et l’âme de l’homme sont une « parabole » pour la Divinité. On peut donc les contempler et, par cette contemplation, saisir des réalités qui concernent les Séfirot supérieures. Et inversement, on peut tirer de ce qui est dit dans la Kabbale sur les Séfirot supérieures des enseignements qui concernent l’homme.

Dans la ‘Hassidout de Habad, on s’attache surtout au premier aspect : apprendre de la structure de l’homme (corps et âme) ce qui concerne les Séfirot supérieures — « De ma propre chair, j’apercevrai D.ieu. » Par exemple, lorsqu’on traite du Tsimtsoum selon l’Arizal, on peut en apprendre quelque chose à partir de ce qui se passe dans l’âme humaine. La parabole couramment utilisée est celle du maître transmettant son savoir à un disciple. Le maître ne peut pas transmettre ses idées profondes au disciple telles quelles, car le disciple n’est pas un « réceptacle » pour cela. Il « contracte » donc son intellect et ne transmet alors qu’un « rayonnement » de ses idées profondes — et c’est de là que l’on comprend le Tsimtsoum qui s’est produit dans le processus de création des mondes.

Dans la ‘Hassidout générale, on use également du parallèle entre les Séfirot supérieures et l’être humain, mais surtout dans la direction inverse (du haut vers le bas). Le Tsimtsoum, par exemple, y devient une directive pour le travail de l’homme : si tu veux te rapprocher de D.ieu, tu dois « te contracter » et t’annuler toi-même.

Il semble donc, à première vue, que tant selon la pensée de Habad que selon la ‘Hassidout générale, la ‘Hassidout soit la « continuation » de la Kabbale. Elle l’explique et en rapproche les concepts de l’homme, mais au fond, ‘Hassidout et Kabbale ne font qu’un !

Commentatrice ou pensée autonome ?

La conclusion qui se dégage de tous les exemples ci-dessus est pourtant loin d’être exacte. La ‘Hassidout n’est pas la commentatrice de la Kabbale. Il est certes vrai (comme on le verra ci-dessous) que par la ‘Hassidout se clarifient et s’illuminent des questions difficiles de la Kabbale, mais ce n’est pas dans ce but — expliquer la Kabbale — que la ‘Hassidout est venue au monde. La ‘Hassidout n’est pas à la Kabbale ce que Rachi est au Talmud, ce que le Maharcha est à Rachi et aux Tossafot, ou ce que le Késsèf Michné est au Rambam. Pour cela, il existe de nombreux commentateurs de la Kabbale du Arizal — comme certains ouvrages du Ramhal qui constituent avant tout une explication de la Kabbale du Arizal, ainsi que des livres plus anciens : le Chaar HaChamayim, le Vayakhel Moché, le Chomer Emounim, le Yochèr Lévav et le Chaaré Gan Eden. De même les livres des Sages de Jérusalem et d’Espagne, tels que le ‘Hesdé David du Rachach ou les ouvrages des Sages séfarades des dernières générations comme le Chémèn Chasson. Ces livres sont ceux qui sont destinés à commenter les écrits du Arizal ainsi que d’autres œuvres kabbalistiques.

Qu’est donc la ‘Hassidout en réalité ? Cette question est très difficile à trancher — comme nous l’avons indiqué au début de notre propos. À cet égard, nous signalerons un fait fascinant : lors de la préparation pour la publication du remarquable kountrès « L’Objet de la Torah ‘Hassidique » (imprimé pour la première fois en annexe du Sefer HaErekhim — Habad, première partie), on avait d’abord envisagé de l’intituler « La nature de la Torah ‘Hassidique ». Mais le Rabbi de Loubavitch, que son mérite nous protège, ordonna de remplacer le mot « nature » (maout) par « objet » (inyan). La raison en est vraisemblablement que la « nature » de la ‘Hassidout ne peut être expliquée dans un kountrès, aussi complet et profond soit-il. Comme nous l’avons écrit plus haut, tenter de définir la nature de la ‘Hassidout ressemble à tenter de définir la nature de la vie. La ‘Hassidout est un mouvement qui englobe toute la vie et tout le service de l’être humain. Elle est « essentielle » et, de ce fait, pénètre chaque point de la Torah, de ses Mitsvot, de l’âme humaine et de son service.

On peut cependant parler de l’« objet » de la ‘Hassidout. Cet objet s’articule autour de deux axes centraux : premièrement, enseigner que « Il n’y a rien d’autre que Lui » (Ein Od Milevado) dans son sens le plus littéral — c’est-à-dire qu’il n’existe aucune réalité hors du Saint béni soit-Il, que la Divinité est tout et que tout est Divinité. Deuxièmement, que l’identité fondamentale du Juif est son âme, laquelle est « une parcelle de D.ieu d’en haut, véritablement ». Ces deux fondements traversent comme un fil rouge — ouvertement ou en filigrane — toute la longueur de la Torah ‘hassidique, de ses idées et de ses directives dans le service divin.

La ‘Hassidout possède donc ses propres idées, qui ne dérivent pas de la Kabbale. Tel est son « objet » : présenter et clarifier ses propres idées. Pourquoi donc trouvons-nous dans la ‘Hassidout un engagement aussi étendu avec les concepts kabbalistiques ?

Lorsque la ‘Hassidout fait appel aux concepts et aux idées de la Kabbale, c’est uniquement pour s’en servir comme d’un appui permettant d’éclairer ses idées centrales. Autrement dit, par le biais d’un concept kabbalistique, elle cherche à renforcer le fondement du « Il n’y a rien d’autre que Lui » ou le fondement de l’âme juive comme « parcelle de D.ieu d’en haut ».

Parfois aussi, la ‘Hassidout cite des concepts kabbalistiques afin d’expliquer en quoi ils ne contredisent pas ses propres idées. C’est-à-dire qu’il s’agit de concepts qui, à première vue, semblent contredire ces idées, et la ‘Hassidout les cite et les interprète de façon à ce qu’ils ne constituent pas une contradiction.

Il en résulte que la ‘Hassidout possède son propre message et ses propres idées, et qu’il est possible de « vivre » avec eux et selon eux, même sans approfondir dans le détail les concepts de la Kabbale. C’est précisément ce que défendait la ‘Hassidout générale depuis ses débuts. Elle se contentait d’idées brèves et abstraites qui enflammaient les cœurs pour le service de D.ieu, Son amour et Sa crainte.

La ‘Hassidout de Habad, en revanche, estime qu’il faut « décomposer » les idées élevées et profondes, les faire descendre plus bas, jusqu’à ce qu’il soit possible de les revêtir de l’intelligence humaine. C’est pourquoi la ‘Hassidout de Habad fait appel aux concepts kabbalistiques — pour les deux raisons mentionnées plus haut (pour prouver et illustrer ses idées par leur biais, ou pour dissiper toute apparence de contradiction avec elles). Et comme, ce faisant, la ‘Hassidout s’engage à expliquer des concepts kabbalistiques, on a la fausse impression que telle est l’essence de son propos — expliquer la Kabbale. Alors qu’en réalité c’est l’inverse : la ‘Hassidout utilise les concepts kabbalistiques pour éclairer ses propres idées.

Entre Kabbale et ‘Hassidout : une opposition fondamentale ?

Il convient de préciser encore davantage la différence entre ‘Hassidout et Kabbale, et d’affirmer que non seulement ce sont deux « Torah » distinctes, mais qu’à un certain égard, elles sont même opposées l’une à l’autre.

Comme nous l’avons dit, l’objet de la ‘Hassidout est de nous expliquer et de nous faire comprendre que « Il n’y a rien d’autre que Lui » dans son sens littéral. Car même si, à nos yeux matériels, le monde semble être une réalité concrète, nous devons croire et savoir que le monde n’est pas une « réalité » mais de la Divinité ; qu’il n’existe aucune réalité ni aucune existence — spirituelle ou matérielle — en dehors de Lui, béni soit-Il.

La Kabbale, en revanche, traite essentiellement de la révélation du Saint béni soit-Il à travers la Couronne (Kéter) et les dix Séfirot, lesquelles possèdent des « lumières » (Orot) et des « réceptacles » (Kelim) et se définissent d’une certaine façon. Les choses sont encore plus saillantes dans la Kabbale du Arizal, qui traite en apparence du Tsimtsoum (le « lieu du vide ») et de la chaîne des mondes sous la forme d’un « Partsuf d’Adam » (Configuration de l’Homme), depuis Adam Kadmon en passant par Atik et Arikh avec la Brisure des Réceptacles (Chévirat HaKelim) et la Dispersion des étincelles (Pitour HaNitsotsot), ainsi que les dix Séfirot.

Et à première vue, cette description de la révélation divine — aussi élevée et abstraite soit-elle dans ses définitions — s’oppose radicalement à la foi en la simplicité absolue du « Il n’y a rien d’autre que Lui », c’est-à-dire qu’il n’existe aucune réalité (même pas spirituelle et très élevée) en dehors de l’Essence et de l’Être (Atsmout OuMaout) mêmes !

Il en ressort donc que, en apparence, la ‘Hassidout et la Kabbale non seulement ne sont pas identiques, mais sont opposées l’une à l’autre !

La Kabbale au prisme de la ‘Hassidout

Existe-t-il réellement une contradiction conceptuelle entre la ‘Hassidout et la Kabbale ?

C’est ici que la ‘Hassidout intervient pour expliquer la Kabbale de façon à concilier ces deux directions opposées. Autrement dit, c’est précisément au sein de la Kabbale que se trouve la foi ‘hassidique, et c’est précisément la Kabbale du Arizal qui exprime encore davantage la simplicité de l’Essence divine (Pechitout HaAtsmout). Non seulement cela, mais les commentaires de la ‘Hassidout apportent des réponses à de grandes questions dans la pensée du Arizal.

En résumé, la ‘Hassidout explique comment, dans chaque Séfira, ainsi que dans le Tsimtsoum, dans la révélation d’Adam Kadmon et dans les autres concepts kabbalistiques, s’exprime l’Essence (Atsmout). Autrement dit, comprendre les concepts kabbalistiques dans leur sens définissant et limitant est une compréhension erronée ; en réalité, eux aussi expriment la « simplicité de l’Essence » (Pechitout HaAtsmout) et ne s’opposent nullement à l’Unicité divine.

Pour illustrer ces propos, voici quelques exemples de concepts kabbalistiques tels qu’ils sont expliqués dans la ‘Hassidout. Ces exemples montreront comment la ‘Hassidout « fait pénétrer » l’Essence (Atsmout) dans le monde de la Kabbale.

Premier exemple : le Tsimtsoum

À première vue, le Tsimtsoum tel qu’il est décrit dans la pensée du Arizal — où la Lumière Infinie (Or Ein Sof) se « contracte » — semble s’opposer à l’approche ‘hassidique : comment l’Essence (Atsmout OuMaout) peut-elle se contracter (un mouvement physique, à D.ieu ne plaise) ? Et surtout, comment un « lieu vide » peut-il se former alors qu’« il n’y a rien d’autre que Lui » et que « la gloire de D.ieu remplit toute la terre » ?

Par une voie complexe et multiforme, la ‘Hassidout explique et innove : ce que la Kabbale appelle « Lumière Infinie » (Or Ein Sof) ne désigne pas l’Essence (Atsmout OuMaout) elle-même, car l’Essence transcende même le titre, aussi exalté soit-il, de « Infini » (Ein Sof). En disant « Or » (Lumière), la Kabbale vise la révélation de l’Essence. Et c’est seulement au niveau de la « Lumière » (Ohr) — c’est-à-dire de la « révélation » — qu’il est pertinent de parler de « Tsimtsoum ». L’Essence, quant à elle, est simple et dépouillée de toute définition, même si c’est uniquement à titre de métaphore.

De plus, lorsqu’on dit « lieu vide », cela ne concerne que la « Lumière », mais l’Essence transcende même la définition de « réalité ». Et ce verset « N’est-ce pas les cieux et la terre que Je remplis » — le « Je » désigne l’Essence, dont on ne peut même pas dire qu’elle est en état d’occultation.

Qui plus est, l’acte même de Tsimtsoum et d’occultation n’est pas une « suppression » — car la notion de suppression ne peut s’appliquer à l’Infini — mais c’est en réalité une expression et une « révélation » de l’Essence. Car lorsque la « Lumière Infinie » brille, l’Essence ne s’exprime pas pour ainsi dire elle-même. De ce fait, la Contraction est l’expression de l’Essence dans la Lumière qui en émane. Il n’y a donc pas ici de « lieu vide » réel, à D.ieu ne plaise, car l’Essence est présente exactement comme avant le Tsimtsoum.

Voilà donc que tout le sujet profond et délicat du Tsimtsoum s’explique dans la ‘Hassidout par l’éclaircissement du point de l’Essence — qui est encore au-delà de toute la nature de la « Lumière » — et ce n’est pas simplement une « abstraction » du Tsimtsoum telle que l’ont expliquée d’autres (que le Tsimtsoum n’est qu’un voilement, etc.), mais la transformation du Tsimtsoum lui-même en quelque chose de véritablement « essentiel » !

Deuxième exemple : le Kav (le Rayon)

Selon l’Arizal, le Kav est la « Lumière » du Saint béni soit-Il qui s’étend dans le « lieu du vide » après le Tsimtsoum de la Lumière Infinie, car Il fit alors rebriller et se prolonger « une lumière fine et étroite » de la Lumière première, et cette lumière illumine à l’intérieur de toute la chaîne des mondes et de toute l’Atsilout. Cette lumière est certes une prolongation de la Lumière Infinie, mais après avoir traversé l’étape du Tsimtsoum, de sorte qu’elle ne rayonne pas dans toute l’intensité infinie de l’Ein Sof.

Or, cette question appelle une explication : de deux choses l’une — si c’est la Lumière Infinie, comment peut-elle apparaître comme un « rayon fin » ? Et si ce n’est pas la Lumière Infinie, comment peut-on dire qu’elle a « rebrilleé », car ce n’est pas la même lumière infinie mais quelque chose de nouveau ?

La ‘Hassidout explique que c’est précisément dans le Kav — qui est le « Rayon médian », la mesure de la Beauté (Tiféret) — que brille l’Essence. Sans entrer dans la profondeur des choses, disons simplement que le fait que l’Infini ne puisse pas se contracter et briller aussi dans un lieu limité est lui-même une forme de « limitation » et constitue une remise en cause de son attribut « infini »… Or, dans l’acte de Tsimtsoum, la « Lumière » a été nourrie de la force de l’Essence, et dès lors, la force de cette Lumière Infinie peut aussi briller « comme un rayon fin » (et limité).

Autrement dit, c’est précisément parce qu’il est un « rayon fin » que cela indique une puissance encore plus élevée que celle de l’Infini, révélant qu’en lui réside l’Essence — d’où sa capacité à apparaître comme un « rayon fin ».

Troisième exemple : Adam Kadmon (l’Homme Primordial)

L’un des apports novateurs du Arizal est la description de la chaîne des mondes (Seder HaHichtalchelout) sous la forme d’Adam Kadmon. À première vue, décrire la Divinité sous les traits d’un « homme » semble très anthropomorphique — et cela est effectivement fort troublant !

Mais selon la ‘Hassidout, le concept d’Adam (homme) recèle en lui une idée profonde d’abstraction de toute matérialité. Et bien au contraire, rien n’est aussi approprié que le concept d’« Adam » pour exprimer l’Essence. Comment ?

L’essentiel des choses est le suivant : si l’on isole la différence principale entre l’être humain et l’animal, on constate ceci : les animaux — et de même (toutes différences gardées) les anges — ne possèdent qu’une seule caractéristique. Ils n’ont pas de polyvalence. Chaque animal a été créé avec la propriété particulière et définie qui lui est propre et dont il ne peut s’écarter ni à droite ni à gauche. Le corbeau est cruel, le chien affectueux — ainsi de suite. Le corbeau ne peut accomplir un acte de bonté et le chien ne peut faire preuve d’intelligence supérieure. L’essence de l’être humain, en revanche, se manifeste dans sa multiplicité et les contraires qu’il contient. L’être humain possède des capacités diverses, voire polaires, qui peuvent toutes agir dans l’harmonisation et l’intégration.

Comment cela est-il possible ? La ‘Hassidout explique que l’essence de l’être humain est une essence au plus haut degré abstraite, si profondément occultée que sa source ne tient qu’à l’Essence divine, elle-même occultée dans la non-existence. C’est de là que découle la capacité de l’âme humaine à contenir et à harmoniser des caractéristiques diverses et même opposées.

Telle est donc l’intention du Arizal lorsqu’il appelle la chaîne des mondes « Adam ». Selon l’Arizal, la chaîne des mondes qui est sous la forme d’Adam est précisément l’expression de l’Essence. Il en résulte que des termes comme « Adam » et « Partsuf » ne constituent pas une anthropomorphisation ni une matérialisation — à D.ieu ne plaise — mais exactement le contraire : le terme « Adam » exprime une abstraction sans égale !

À la lumière de cette admirable explication, de grands fondements et principes de la Kabbale du Arizal se clarifient. Les paroles du Arizal qui, en apparence, semblent parler d’un « homme », parlent en réalité de l’absence de toute réalité — et c’est précisément ce terme (« Adam ») qui l’exprime.

Quatrième exemple : la Séfira de ‘Hochma (la Sagesse)

La Séfira de ‘Hochma est la première des dix Séfirot supérieures. C’est le premier échelon auquel on peut parler de la Divinité comme d’un « intellect défini », car ce qui se situe au-dessus de ‘Hochma ne peut pas du tout être qualifié de « sagesse ».

Selon la ‘Hassidout, ‘Hochma ne signifie pas uniquement « intelligence » — elle désigne avant tout l’annulation (Bitooul). Le mot ‘Hochma se décompose en « Koa’h Ma » (littéralement : force du « quoi » — c’est-à-dire l’annulation de soi). Car pour parvenir à une intelligence nouvelle, à une illumination renouvelée, celui qui cherche la sagesse doit aspirer à sortir des limites de sa propre intelligence et parvenir à une annulation totale (car s’il reste dans ses limites actuelles, il ne pourra pas acquérir une sagesse nouvelle !). Il en résulte que ‘Hochma, dans son essence même, s’élève au-dessus de toute limitation — et ce, par une auto-annulation totale. Et plus l’annulation sera profonde, plus la sagesse nouvelle que l’on acquerra sera élevée.

C’est ainsi que la ‘Hassidout explique (et le Tanya chapitre 35, dans une note, clarifie ce fondement au nom du Maggid de Mézeritch) les paroles du Arizal selon lesquelles dans la Séfira de ‘Hochma brille l’Ein Sof lui-même (et dans un autre endroit, il est même expliqué que dans ‘Hochma resplendit l’aspect d’Atik Yomin — un terme désignant l’expression de l’Essence), car en réalité, ‘Hochma est une réalité qui est tout entière… l’absence de réalité.

Explication des paroles de l’Admour Hazaken

À la lumière de ce qui précède, s’éclairent les paroles de l’Admour Hazaken que nous avons citées plus haut — selon lesquelles les paroles du Baal Chem Tov sont les paroles du Arizal — et notamment ce qu’il a écrit (Maamarim de l’Admour Hazaken, Inyanim, p. 328) : « Il existe encore un autre nom donné à l’aspect de la Lumière Infinie, que l’Arizal a appelé Malkhout d’Ein Sof… Et le Baal Chem Tov lui a donné, en guise de parabole, les lettres de la Torah. »

Selon notre analyse, il ne s’agit pas seulement d’un changement de style ou d’une belle parabole du Baal Chem Tov, mais dans ces paroles s’exprime l’idée centrale que nous avons expliquée : d’un côté, il y a là un apport de la ‘Hassidout sur la Kabbale, et de l’autre côté, par cet apport, un aspect de la Kabbale se trouve également éclairé.

De même pour le second passage (Maamarim de l’Admour Hazaken, Inyanim, p. 328) : « Le Baal Chem Tov a habillé tout cela dans une seule parabole (en laquelle est enveloppée l’allégorie profonde des secrets de la Torah, tels que Rabbi ‘Haïm Vital les explique dans la totalité du livre Ets ‘Haïm) — à savoir la parabole de l’escalier en colimaçon. » Ici aussi, l’intention n’est pas seulement d’apporter une parabole supplémentaire, mais que dans cette parabole du Baal Chem Tov est enfouie l’expression de sa conception de la voie du service divin. Autrement dit, cette parabole exprime la foi du Baal Chem Tov, et en même temps, elle éclaire tous les propos de Rabbi ‘Haïm Vital dans son livre Ets ‘Haïm.

La contribution de la Kabbale à la ‘Hassidout

Nous avons déjà exposé les raisons principales pour lesquelles la ‘Hassidout — bien qu’elle soit une Torah « à part entière » — intègre dans son discours des concepts et des idées de la Kabbale, et les explique. Nous avons dit que cela sert à renforcer et à fonder les piliers ‘hassidiques centraux — le « Il n’y a rien d’autre que Lui dans son sens le plus littéral » et l’âme du Juif comme « parcelle de D.ieu d’en haut, véritablement » — ainsi qu’à dissiper toute apparence de contradiction tirée de la Kabbale.

À cela il faut ajouter encore une raison : la ‘Hassidout avait besoin de la Kabbale également en raison de son propre caractère abstrait et élevé. Pour « couler » la ‘Hassidout dans des moules ordonnés et lui donner l’aspect d’une pensée Torah structurée, la ‘Hassidout s’est servie de l’univers conceptuel de la Kabbale.

En principe, il aurait été possible d’exprimer les idées de la ‘Hassidout dans un style bref et original, sans s’engager largement dans tous ces concepts et fondements de la Kabbale. Mais comme nous l’avons dit, le lien à la Kabbale — tout en expliquant et en abstrayant ses concepts — a « servi » la ‘Hassidout.

On peut peut-être trouver un indice à cela dans les paroles de l’Admour Hazaken que nous avons déjà citées, adressées aux opposants de la ‘Hassidout de l’époque (Iguéret HaKodech, section 25) : « Depuis peu, des gens sont venus qui cherchent à investiguer cette question, et il est impossible de la rapprocher de leur entendement autrement que par des prémisses tirées des écrits du Arizal, dépouillées de leur matérialité — ainsi que je l’ai entendu de mes maîtres. » C’est-à-dire que l’Admour Hazaken avait besoin de « se servir de prémisses tirées des écrits du Arizal, dépouillées de leur matérialité » afin de « rapprocher » les idées de la ‘Hassidout de l’entendement de tous ceux qui étaient alors « venus depuis peu ».

À toutes ces raisons, il faut ajouter, bien entendu, le principe bien connu que selon la méthode de Habad, il ne suffit pas d’un service de D.ieu dans le domaine de l’action pratique, ni même du seul sentiment du cœur — il faut faire pénétrer la Divinité dans chaque recoin, y compris dans l’intellect de l’homme. C’est pourquoi la ‘Hassidout de Habad commente des sujets de Kabbale et les dépouille de leur matérialité — afin de faire pénétrer la Divinité (et en particulier l’idée du « Il n’y a rien d’autre que Lui ») dans l’intellect humain.

Un rapport à trois dimensions

Il en résulte que dans la question du « rapport et du lien entre la ‘Hassidout et la Kabbale », nous découvrons une relation à trois dimensions entre ces deux « Torah » : premièrement, la Kabbale comme Torah à part entière et la ‘Hassidout comme Torah à part entière ; deuxièmement, la ‘Hassidout telle qu’elle éclaire la Kabbale d’une lumière nouvelle ; troisièmement, la contribution de la Kabbale à l’ancrage des idées ‘hassidiques, à leur revêtement dans l’intelligence humaine et à leur coulée dans une structure talmudique ordonnée.

Ce rapport triangulaire n’existe que dans la ‘Hassidout de Habad. Certes, d’autres courants ‘hassidiques utilisent aussi des concepts kabbalistiques et en tirent des directives pour le service de l’homme, mais ils ne s’engagent pas dans leur explication profonde et leur abstraction. Cela est, comme nous l’avons dit, la méthode propre de Habad telle que l’Admour Hazaken la reçut de ses maîtres.

C’est à cette lumière que l’on comprend aussi la critique du saint Rabbi Abraham de Kalissk à l’égard de l’Admour Hazaken. Sa remarque portait sur le fait d’habiller les paroles du Maggid de Mézeritch — qui sont les paroles du Baal Chem Tov — dans les paroles du Arizal. Ce qui le dérangeait n’était pas l’usage lui-même de la Kabbale, car les livres du Maggid de Mézeritch et de Rabbi Mena’hem Mendel de Vitebsk sont eux-mêmes truffés de citations du Arizal. Ce qui le dérangeait, selon l’approche de la ‘Hassidout générale, c’est que la ‘Hassidout peut bien emprunter des concepts à la Kabbale, mais uniquement dans la mesure où ils permettent d’en tirer des directives et des voies dans le service de D.ieu — non pour les expliquer en profondeur, et certainement pas pour les comparer et les mettre en parallèle avec les enseignements du Baal Chem Tov et du Maggid.

Cette voie, comme nous l’avons dit, est la voie propre et singulière de l’Admour Hazaken, qu’il a léguée à toutes les générations qui lui ont succédé.

Note 1 : Il est intéressant de mentionner une tradition qui présente une similitude avec ce qui a été exposé : « On dit au nom du saint Rabbi Chemouel de Kaminke, que son mérite nous protège, qu’une lettre du saint Baal Chem Tov équivaut à deux mille lettres du Arizal » (Yessodot HaHassidout, discours du Rabbi de Ra’hmstirivka, Chabbat Kédochim 5768/2008).

Note 2 : Voir à ce sujet dans la Torah du Maggid (vol. 2, p. 173), d’après Or Tsadikim : « Une fois, le Rav avertit quelqu’un qui avait enseigné la Kabbale en public. L’homme lui répondit que le Rav lui-même enseignait aussi la Kabbale en public. Le Rav lui répondit : J’enseigne au monde à comprendre que dans ce monde et dans l’être humain se trouvent toutes les choses dont parle le livre Ets ‘Haïm — non que je donne à comprendre le spirituel tel qu’il est écrit dans l’Ets ‘Haïm. Mais vous, vous expliquez les choses telles qu’elles sont écrites dans l’Ets ‘Haïm. Vous faites donc de la spiritualité de la matérialité, ce que la bouche ne peut exprimer à propos du monde spirituel supérieur. »31 mai.

La lumière du Rabbi illumine Moscou : deux Beth Habad inaugurent leurs portes le jour de son 124e anniversaire

La lumière du Rabbi illumine Moscou : deux Beth Habad inaugurent leurs portes le jour de son 124e anniversaire

 

En ce lumineux Youd Aleph Nissan, jour du 124e anniversaire de naissance du Rabbi, deux Beth Habad de Moscou ont simultanément inauguré leurs nouveaux locaux — l’un au cœur du centre d’affaires de la capitale, l’autre dans le quartier résidentiel huppé de Zil, au sud de la ville. Ces cérémonies ont rassemblé résidents juifs, hommes d’affaires, dignitaires communautaires et le Grand Rabbin de Russie, le Rav Berel Lazar, dans une atmosphère de joie et de ferveur. Deux nouvelles adresses viennent ainsi renforcer le réseau toujours croissant des Beth Habad à Moscou, étendant la lumière du Rabbi jusqu’aux quatre coins de la capitale russe.

 

 

 

Un centre d’études au cœur de la capitale

Le premier Beth Habad est installé au sein d’un vaste complexe d’affaires situé en plein centre de Moscou, à proximité de deux importantes stations de métro et d’accès aisé pour tout Juif souhaitant s’y rendre. Sa vocation principale est d’offrir un espace dédié aux cours de Torah et de Hassidout, à toute heure du jour et à tous les niveaux de connaissance. À cette fin, une riche bibliothèque de livres saints y a été constituée, et tout a été aménagé pour instaurer une atmosphère sereine et digne, propice à l’étude et à l’enseignement.

Initiative d’un généreux mécène

C’est le bienfaiteur Rav Yehouda Davidov, président du fonds « 770 Russie », qui est à l’origine de ce projet de centre d’études hassidiques. De concert avec le Grand Rabbin de Russie, le Rav Berel Lazar, il a souhaité conjuguer cette initiative à l’ouverture d’une nouvelle antenne du réseau des Beth Habad moscovites, un réseau en pleine expansion qui continue de se déployer à travers toute la capitale.

Un Sefer Torah achevé pour marquer l’inauguration

La cérémonie a été rehaussée par l’achèvement d’un magnifique Sefer Torah, offert par les participants aux cours réguliers de Hassidout qui se tiennent en ce lieu. La couronne ornant ce Sefer Torah a été apportée par le Rav David Mondshine, président du fonds éducatif « Or Avner », au nom de l’ensemble des Chlou’him et des Rabbanim de Russie — en signe de gratitude et de reconnaissance envers le Rav Davidov pour son dévouement au service des Chlou’him, de leurs familles et des communautés.

Le Rav Lazar inaugure le Beth Habad du quartier Chagall

À l’issue du Chabbat HaGadol, le Grand Rabbin de Russie, le Rav Berel Lazar, s’est rendu dans le quartier de Zil, situé sur la promenade Marc-Chagall dans le sud de Moscou, pour la pose de la Mezouza dans les nouveaux locaux du Beth Habad de la communauté « Chagall ». Il a été accueilli par le Chalia’h et Rav du quartier, le Rav Chaoul Chimon Deutsch, accompagné des notables de la communauté, qui lui ont présenté ce nouvel espace installé au cœur d’un quartier résidentiel de prestige, entre ses avenues élégantes et ses immeubles de grande hauteur où résident de nombreuses familles juives. Dès la fête de Pessa’h, si D.ieu le veut, de nombreux fidèles se rassembleront dans ce lieu flambant neuf pour les prières et les cours de Torah.

Deux inaugurations à la gloire du 124e anniversaire du Rabbi

Ces deux événements se sont déroulés en ce lumineux Youd Aleph Nissan (2026), jour du 124e anniversaire de naissance du Rabbi, dont la lumière ne cesse d’illuminer le monde entier à travers ses Chlou’him dévoués et ardents, en général, et en Russie en particulier.

 

Habad en Australie : 14 Tanks des Mitsvot envahissent les rues de Melbourne

Habad en Australie : 14 Tanks des Mitsvot envahissent les rues de Melbourne

 

En l’honneur de Youd Alef Nissan, marquant le 124e anniversaire du Rabbi, la plus grande parade de Tanks des Mitsvot de toute l’histoire australienne a défilé dans les rues animées de Melbourne, portant un message vibrant de fierté et de Yiddichkeit. Quatorze véhicules entièrement équipés, ornés de grandes enseignes et animés par des haut-parleurs diffusant des Nigounim entraînants, ont sillonné les quartiers commerçants et juifs de la ville avant de se rassembler devant le 770 de Melbourne. Plus de 1 300 Matsot ont été distribuées aux familles en vue de Pessa’h, et 124 personnes ont mis les Téfilines, dont beaucoup pour la toute première fois de leur vie.

 

 

Une initiative née de la détermination de Bohourim de la Mesivta

L’événement a été organisé par le Bureau des Tanks des Mitsvot, sous la direction de Mendel Aron, Sholom Schreiber et Yossef Its’hak Lipskier, des Bohourim dévoués de la Mesivta de Melbourne. Ce qui a pris forme au terme de plusieurs semaines de planification, de coordination et d’une volonté sans failles est devenu une démonstration remarquable de ce que la jeunesse habadinne est capable d’accomplir lorsqu’elle unit ses forces autour d’une vision commune.

Un cortège de quatorze véhicules transformés au cœur de la ville

Treize camping-cars et un van ont été métamorphosés en une impressionnante flotte de 14 Tanks des Mitsvot pleinement opérationnels, chacun préparé avec tout le nécessaire pour diffuser la pratique des Mitsvot à travers la ville. Chaque véhicule était magnifiquement paré de grandes enseignes accrocheuses et de puissants systèmes de sonorisation, diffusant des Nigounim enlevés et des annonces enthousiastes qui emplissaient les rues d’une énergie communicative. Conduit par des chauffeurs bénévoles et animé par des Bohourim débordant d’enthousiasme, le convoi a traversé en bonne ordre les quartiers commerçants les plus fréquentés de Melbourne ainsi que les artères de la communauté juive, répandant la lumière de la Yiddichkeit, la joie du Yom Tov de Pessa’h et la célébration de l’anniversaire du Rabbi.

Un impact immédiat et puissant sur les passants

L’effet produit sur la rue a été immédiat et saisissant. Des Bohourim de tous âges sont allés à la rencontre des passants avec chaleur et bonne humeur, leur offrant l’occasion d’accomplir des Mitsvot sur le vif. Au fil du parcours, plus de 1 300 Matsot ont été distribuées, permettant à de nombreuses familles de se préparer dignement à Pessa’h. Par ailleurs, 124 personnes ont posé les Téfilines, un chiffre symboliquement choisi en écho aux 124 années du Rabbi, et beaucoup d’entre elles vivaient là une expérience inédite.

Un budget de 25 000 dollars porté par l’élan de la communauté

En coulisses, l’ampleur de l’opération était tout aussi impressionnante. L’ensemble de la parade a représenté un coût d’environ 25 000 dollars, dont la quasi-totalité a été réunie, Barouh Hachem, au sein même de la communauté juive de Melbourne. Cette mobilisation financière témoigne d’un remarquable élan de solidarité et d’un soutien sans réserve de la part de la communauté envers ses Bohourim.

Un moment historique à la gloire du Rabbi et de sa vision

Le spectacle d’une file entière de Tanks des Mitsvot progressant ensemble à travers la ville a constitué une démonstration publique puissante et inoubliable. La musique envahissait les rues, les badauds s’arrêtaient, stupéfaits, et le message de Youd Alef Nissan a résonné bien au-delà des seuls cercles communautaires. Cette réalisation historique témoigne de ce qui devient possible lorsque dévouement, unité et vision du Rabbi s’unissent. C’est véritablement un événement qui entrera dans les annales, rendu possible grâce aux précieuses Bra’hot du Rabbi qui ont guidé chacun des pas de cette journée mémorable. La parade s’est conclue devant le 770 de Melbourne, le plus fidèle des répliques du 770 dans le monde entier, symbole vivant de l’héritage loubavitch en terre australienne.

 

Trump face à l’Iran : «100 % de nos exigences doivent être satisfaites — Téhéran doit tout nous donner !»

Trump face à l’Iran : «100 % de nos exigences doivent être satisfaites — Téhéran doit tout nous donner !»

 

Le président américain Donald Trump a durci le ton face à l’Iran dans une interview accordée à Fox News, exigeant une capitulation totale et sans condition de la République islamique. Il a annoncé un blocus maritime de fait, le déminage du détroit d’Hormuz et une coordination renforcée avec Israël pour accentuer la pression sur le régime. En réponse, Téhéran a brandi ses propres menaces, avertissant que toute « fausse manœuvre » de l’ennemi le précipiterait dans un tourbillon mortel au cœur du détroit.

 

 

Une posture sans concession face à un Iran jugé sans atouts

Le président des États-Unis, Donald Trump, a considérablement durci le ton à l’égard de l’Iran ce dimanche, lors d’une interview accordée à la chaîne Fox News et à travers une série de publications. Le président a clairement signifié qu’il impose un blocus maritime effectif contre l’Iran, dans le but d’obtenir sa reddition complète. Trump a évoqué les tractations diplomatiques menées par son vice-président, J.D. Vance, soulignant que les Iraniens s’étaient présentés à la table des négociations avec la conviction erronée d’être en position de force, alors qu’ils n’exercent en réalité aucune influence. « C’est du racket et ils rackettent le monde », a-t-il déclaré. « Nous ne tirons pas notre pétrole de là-bas, nous en avons en abondance. »

Trump a insisté sur le fait qu’il ne saurait se satisfaire d’un accord partiel et qu’il exige une soumission totale de l’Iran à ses conditions. « J’ai dit à mes équipes : je ne veux pas 90 % de nos exigences satisfaites, ni même 95 %. Je veux que 100 % de nos exigences soient remplies », a-t-il martelé, ajoutant que la pression accumulée conduira l’Iran à revenir très prochainement autour de la table. Dans le cadre de cette stratégie, il a également mentionné la coopération étroite avec Israël, citant le Premier ministre Netanyahou à propos de la relation entre « le grand frère et le petit frère », et décrivant ce partenariat comme une alliance particulièrement efficace.

Blocus maritime et déminage du détroit d’Hormuz

Parallèlement à ses déclarations, Trump a ordonné des mesures militaires et économiques inédites en mer. Il a chargé la marine américaine d’intercepter tout navire en eaux internationales ayant acquitté des droits de transit en faveur de l’Iran, faisant ainsi du soutien économique au régime un motif légal de saisie. Il a également annoncé le lancement d’une opération de neutralisation des mines marines posées par l’Iran dans le détroit d’Hormuz. « Nous allons nettoyer le détroit et le monde pourra l’utiliser librement d’ici peu », a-t-il promis, exprimant au passage sa déception à l’égard des pays de l’OTAN qui ne se sont pas engagés dans cette mission dès ses premières étapes.

« Verrouillés et prêts » : Washington affiche sa détermination

Le message de Trump était tranchant et sans appel. Selon lui, la marine et l’aviation iraniennes ont été largement neutralisées et leurs systèmes de défense ne sont plus opérationnels. Il a prévenu que toute ouverture du feu contre des forces américaines ou des navires civils appellerait une riposte foudroyante, et conclu que les États-Unis sont « verrouillés et prêts » à parachever leur mission.

En réponse, Téhéran a répliqué par ses propres menaces, avertissant que la moindre « fausse manœuvre » de l’ennemi l’entraînerait dans un tourbillon mortel au sein du détroit d’Hormuz.

Où est ta tête ? — S’attacher au Rabbi de sa génération

Où est ta tête ? — S’attacher au Rabbi de sa génération

 

Lors du Farbrenguen du 2 Iyar 5710 (1950), le Rabbi a insisté sur l’importance d’un attachement total et indéfectible au Rabbi précédent. Il a relaté l’histoire d’un jeune homme venu lui rapporter avec enthousiasme une parole du Rabbi précédent, avant d’en livrer une explication décisive. Cette précision, ajoutée par le Rabbi lui-même au transcript de la Sicha, éclaire avec force le principe fondamental de l’attachement à la « tête » de sa propre génération.

 

 

Le récit du jeune homme

Quelques jours avant le Farbrenguen, un jeune homme s’était présenté devant le Rabbi et lui avait rapporté avec une grande ferveur que le Rabbi précédent lui avait un jour déclaré : « Si tu te connectes à moi, tu seras connecté à celui auquel je suis connecté. » Le Rabbi, ne souhaitant pas éteindre cet enthousiasme, n’avait pas voulu le tempérer sur le moment. Mais la vérité, précise-t-il, méritait d’être dite.

Une question qui ne se pose pas

Pourquoi, en réalité, nous importerait-il de savoir à qui est connecté le Rabbi précédent ? Nous, nous nous connectons à lui — et pour nous, il n’existe rien au-delà de cela. La question ne se pose tout simplement pas, car elle porterait notre regard ailleurs que là où il doit être.

La parabole du membre et de la tête

Le Rabbi illustre cette idée par une image saisissante. On peut dire d’un membre du corps qu’il tire sa vitalité du foie, ou plus haut encore, du cœur, ou plus haut encore, du cerveau de cette même personne. Mais on ne saurait ni dire ni envisager que ce membre tire sa substance du cerveau d’une autre personne. Car il s’agit d’un membre vivant, et pour qu’il demeure pleinement vivant — et non suspendu à un fil, has vé-chalom — il doit impérativement rester connecté à la tête de ce corps, de ce membre lui-même.

La tête et la couronne de notre génération

Il en va de même pour la « tête » et la « couronne » de notre génération. Chacun doit chercher à demeurer connecté à la tête de sa propre génération, sans chercher à orienter ce lien vers quelque élément qui lui serait extérieur. C’est dans cet attachement plein et entier — sans détour ni questionnement — que réside la vitalité véritable du ‘hassid.

Un homme convaincu d’être le Machia’h se présenta un jour chez le Rabbi

Un homme convaincu d’être le Machia’h se présenta un jour chez le Rabbi

 

Un homme convaincu d’être le Machia’h se présente en yé’hidout chez le Rabbi, classeur de « preuves » à la main. Plutôt que de le contredire, le Rabbi lui confie trois Mitsvot et lui ouvre la voie vers une véritable élévation. Une leçon magistrale sur l’art de discerner l’étincelle divine tapie au cœur de chaque âme juive.

 

Rav Shabtaï Slavaticki

 

Une délégation française face à l’inattendu

Il y a plusieurs années, le Rav ‘Haïm Mellul — l’un des Chlou’him du Rabbi en France — conduisit un groupe de jeunes Français en visite auprès du Rabbi. Parmi eux se trouvait un homme dont le père, homme de grande fortune, venait de disparaître. Le fils avait hérité de l’ensemble du patrimoine familial — mais ce fils n’était pas tout à fait comme les autres. En quoi cela se manifestait-il ? Il se déplaçait en tout lieu avec un imposant classeur bourré de documents, à l’aide desquels il « démontrait » à quiconque voulait bien l’écouter qu’il était le Machia’h. Il en était intimement et absolument persuadé.

Les réactions face à une telle déclaration varient selon les tempéraments : certains retiennent un sourire, d’autres rient franchement, d’autres haussent les épaules ou lui tapent amicalement dans le dos en lui souhaitant « bonne chance ». Quant aux plus généreux, ceux qu’anime un sincère amour du prochain, ils lui proposent d’être mis en contact avec un psychologue — et règlent parfois eux-mêmes les honoraires.

La yé’hidout qui défia toutes les attentes

L’homme se présenta auprès du Rav Groner pour solliciter une yé’hidout. Le Rabbi, on le sait, accueillait tout le monde, sans la moindre exception. Rav Groner lui accorda un rendez-vous, tard dans la nuit. Il dit alors au Rav ‘Haïm Mellul : « Écoute, je sais que cet homme n’est pas comme les autres. Il arrive que des visiteurs entrent chez le Rabbi et s’étendent indéfiniment. Ma méthode : j’entrouvre la porte, j’écoute, et si je perçois que la situation dépasse les bornes du raisonnable, j’interviens discrètement — je fais un signe ou j’aide doucement la personne à sortir. » Il ajouta cependant : « Le problème, c’est que je ne comprends pas le français. Alors voilà ce que je te demande : toi, tu écoutes, tu me fais signe si les choses dérapent, et j’interviendrai. »

L’homme entra chez le Rabbi, son classeur sous le bras. Il le présenta solennellement et déclara : « Le Rabbi sait certainement que je suis le Machia’h. » On pouvait s’attendre à mille réactions — mais celle du Rabbi surprit tout le monde. Il fut d’un sérieux parfait. Sa première question : « Est-ce que tu mets les Téfilines chaque matin ? » « Non, Rabbi. » « Eh bien, si tu veux être le Machia’h, tu dois mettre les Téfilines chaque jour. » L’homme répondit sans hésiter : « D’accord, Rabbi ! Je m’y engage, sans aucun doute. »

Téfilines, Cacherout et Chabbat : le chemin vers la grandeur

Le Rabbi poursuivit : « Et tu manges cachère ? » « Non, Rabbi. » Le Rabbi lui expliqua alors avec patience : « Comment le Machia’h pourrait-il ne pas manger cachère ? Lorsqu’on consomme des aliments non cachrer, notre sang, notre chair s’en trouvent altérés. Un homme a besoin de se nourrir de choses pures. » L’homme s’exclama aussitôt : « Rabbi ! Je m’engage à observer la Cacherout entièrement, jusqu’au bout — car je veux être le Machia’h ! »

Puis le Rabbi lui demanda : « Et le Chabbat, tu le gardes ? » « Non, Rabbi. » « Le Chabbat est le signe entre Moi et les enfants d’Israël — tu dois le garder, si tu veux être le Machia’h. » « Rabbi ! Je m’y engage, je garderai le Chabbat. »

Le Rabbi conclut alors : « Accomplis ces trois choses — et reviens me voir. Nous déciderons ensemble de ce que tu prendras encore sur toi. Et alors tu seras le Machia’h. »

L’homme sortit de la pièce, et tous les jeunes se pressèrent autour de lui, impatients de savoir ce qui s’était passé. Il rayonnait — un éclat comme le soleil illuminait son visage. Il leur dit : « Vous avez ri — mais le Rabbi était avec moi ! Je suis le Machia’h, et le Rabbi était avec moi ! »

Comment transformer un nega en oneg

Que nous enseigne cette histoire ? Le Rabbi perçoit en cet homme une certaine tsara’at — mais son réflexe immédiat est le suivant : comment transformer ce nega en oneg ? Comment faire surgir de cette situation quelque chose de saint et d’élevé ? Pas comme les autres — qui, face à cette tsara’at, compatissent, sourient ou tentent d’aider à leur manière. Le Rabbi, lui, voit quelqu’un qui n’est pas comme les autres et se pose une seule question : comment me servir de cette particularité pour l’élever, pour le sanctifier davantage ?

Et remarquez la précision du Rabbi : il ne lui dit jamais « tu as tort ». Il lui confie trois Mitsvot — et il ajoute : « Après cela, reviens, et nous déciderons ensemble. » Le Rabbi lui accorde sa valeur, son importance : « Ensemble, nous déciderons. » Et lorsqu’il lui dit « tu seras le Machia’h » — c’est une vérité absolue. Car le Baal Chem Tov nous l’a enseigné : chaque Juif porte en lui une étincelle du Machia’h.

L’étincelle du Machia’h en chaque âme juive

Si l’on ouvre le Sidour à la prière de Chavouot — Azamer biché va’hin — on y récite : « Maître du monde, que s’accomplisse en moi ce qui est écrit : et reposera sur lui le souffle de D.ieu. » Ces versets ont été écrits à propos du Machia’h. Et pourtant, nous les disons à la première personne : « que cela s’accomplisse en moi. » C’est là ce que le Rabbi enseigne : chaque Juif porte l’étincelle du Machia’h. Nous avons tous une puissance immense pour nous racheter nous-mêmes — et lorsque chaque Juif se rachète là où il se trouve, avec ses qualités propres, dans sa maison et dans son foyer, ces étincelles forment un puzzle qui annonce et amène la venue du Machia’h.

Sur la voie de Chalom – La vie et le parcours du hassid Rav Chalom Pozner (première partie)

Sur la voie de Chalom – La vie et le parcours du hassid Rav Chalom Pozner (première partie)

 

Descendant d’une illustre lignée remontant jusqu’au Maharal de Prague, Rav Chalom Pozner traversa les tourmentes de la Russie soviétique et les années de formation spirituelle à Loubavitch avant de s’établir en Terre Sainte, puis aux États-Unis, où il devint l’un des grands bâtisseurs du mouvement Habad en Amérique. Sa vie entière fut marquée par un dévouement absolu au Rabbi, une humilité singulière et une joie intérieure rayonnante qui sut toucher le cœur de chacun de ses centaines d’élèves. Ce premier volume retrace son parcours depuis sa naissance en 1902 dans la bourgade d’Abatourin, en Ukraine, jusqu’à son émigration aux États-Unis en 1930 (5690).

 

 

Chapitre premier
La famille Pozner

Les origines de la famille Pozner

La lignée de la famille Pozner prend sa source dans la figure de Rabbi Moché de Pozna, qui présida la communauté de la ville de Pozna et joua un rôle déterminant dans la vie juive de Pologne. Rabbi Moché était un descendant direct du Maharal de Prague (Rabbi Yehouda Leïvai ben Betsalel), et c’est de lui que le nom de la ville de Pozna fut transmis comme nom de famille, attestant de l’illustre ascendance de cette lignée.

L’un des fils de Rabbi Moché était Rabbi Chneur Zalman Pozner, qui était le père de Rabbi Israël Barou’h, lui-même père de notre grand maître, l’Admour Hazaken, auteur du Tanya et du Choul’han Aroukh.

Un détail historique fascinant se révèle dans les noms de famille des enfants de Rabbi Barou’h. Tandis que l’Admour Hazaken adopta le nom de famille Borokhovitch (du nom de son père, Rabbi Barou’h), ses frères — le saint Rav Yehouda Leïb (le Maharil de Minovitch), auteur du « Chérit Yehouda », le saint Rav Morde’haï Pozner, rav de la ville d’Orcha, et le saint Rav Moché Pozner, rav de la ville de Lyozna — choisirent de conserver le nom de famille originel : Pozner.

De génération en génération, leurs descendants s’établirent à travers les vastes étendues de la Russie blanche, portant fièrement le nom de Pozner — témoignage vivant de leur berceau familial et de leur lien avec le fondateur du ‘Hassidisme.

Une tradition transmise dans la famille depuis des générations affirme que la famille de Rav Chalom Pozner — le sujet de cet ouvrage — descend en ligne directe de Rav Morde’haï Pozner, le frère de l’Admour Hazaken. Cette affirmation n’a cependant pas encore été établie ni clarifiée avec pleine certitude.

D’après des recherches menées dans diverses archives historiques, la généalogie de la famille se présente comme suit : Yehouda Leïb Pozner est le fils de Chalom, fils d’Its’hak Zalman, fils de Zoucha, fils d’Aharon Ber, fils d’Its’hak Zalman (Its’he), fils de Teva (Toviya), fils de Berl.

Zoucha Pozner

Le premier ancêtre de la famille sur lequel nous disposons de quelques informations est Zoucha Pozner. Dans l’ouvrage « Zikhron Libnei Israël », Rav Jacobson mentionne Rav Zoucha et indique qu’il naquit vers 5618 (1858) dans l’une des bourgades de la Russie blanche, de son père Rav Aharon Ber et de sa mère Lipcha Riva, de la famille Lévi. Rav Zoucha vivait dans la bourgade de Blinits, dans le district de Moghilev, dans l’est de la Biélorussie, sur les rives du fleuve Drout. Rav Jacobson le décrit, lui et toute sa famille, comme des gens d’un heureux naturel, et écrit à son sujet : « Men benkt zi’h no’h dem tip yid » (on aspire à retrouver ce type de Juif).

Rav Zoucha épousa Madame Kénya, de la famille Drouffine, et eurent sept enfants. Rav Zoucha s’éteignit dans un bel âge aux États-Unis, le 27 Sivan 5693 (1933), ayant eu le bonheur de voir ses arrière-petits-enfants. Il est inhumé aux États-Unis.

Its’hak Zalman Pozner

Le fils de Rav Zoucha était Rav Its’hak Zalman Pozner, né vers 5630 (1870). Rav Jacobson, qui le connaissait personnellement, le décrivit en ces termes : « Un homme de bon goût, hassidique et craignant D.ieu. » Il fut assassiné à l’âge d’environ 55 ans par des émeutiers antisémites en 5685 (1925) et fut inhumé en Biélorussie (voir plus loin).

L’émigration de la famille aux États-Unis

En 5641 (1881), des pogroms éclatèrent en Russie, connus plus tard sous le nom de « Soufot Banéguev » (les tempêtes du sud). Ces pogroms se déroulèrent dans le sud de la Russie (Ukraine) et comprirent des actes de meurtre, de pillage et de brigandage contre de nombreux Juifs. À leur suite, de vastes vagues d’émigration depuis la Russie et d’autres pays d’Europe de l’Est vers les États-Unis commencèrent.

En 5645 (1885), Rav Zoucha et sa famille décidèrent de traverser l’océan pour s’établir aux États-Unis. À ce voyage se joignirent également les frères de Rav Zoucha, ainsi que son père, Rav Aharon Ber Pozner. La famille s’établit aisément dans le nouveau pays. L’un des frères de Rav Zoucha déposa un brevet particulier pour la fabrication de chaussures qui portèrent son nom, les « Pozner’s Shikh » (chaussures Pozner), et s’enrichit considérablement. Les autres frères jouissaient également d’une bonne situation financière.

Sur le plan spirituel, en revanche, une régression se produisit chez certains membres de la famille. Aucun des frères ne conserva sa barbe, à l’exception de Rav Zoucha et de son fils, qui furent les seuls à le faire.

Le retour en Russie

Rav Its’hak Zalman rejoignit son père qui avait émigré aux États-Unis et prit lui aussi le bâton du voyageur pour s’établir dans le nouveau pays. Aux États-Unis, il subvint à ses besoins en travaillant comme chochet.

Tandis que sa famille s’enracinait dans cette « terre des possibilités illimitées » en y implantant ses racines, Rav Its’hak Zalman y percevait de formidables défis spirituels. En réalité, lui et son père étaient les seuls Juifs dans leur entourage à avoir conservé leur barbe sans y renoncer. Son cœur ne trouvait pas la paix dans un endroit où l’observance de la Torah et des Mitsvot se heurtait à des difficultés aussi considérables. Dans une décision courageuse et hors du commun pour l’époque, il résolut de laisser derrière lui sa famille et sa prospérité matérielle pour retourner en Russie.

À son retour en Russie, il retrouva son ami Rav Jacobson et lui expliqua les raisons de ce retour, évoquant l’hostilité extrême qui régnait aux États-Unis envers le port de la barbe, au point que des adolescents pouvaient jeter des pierres et des boules de neige sur tout Juif qui en portait une.

L’installation à Abatourin

Rav Its’hak Zalman établit son foyer dans la bourgade d’Abatourin, dans le district de Tcherniguiv, sur les rives de la rivière Seïm. Abatourin, à cette époque, était un vivier hassidique, proche des centres Habad de Tcherniguiv et de Niéjine. Elle était également fortement influencée par le bastion Habad de renom de la ville voisine d’Homel. C’est là, au cœur de l’atmosphère enracinée du shtétl, qu’il établit son foyer avec son épouse, Madame Sonya.

Rav Its’hak Zalman gagnait sa vie grâce à une épicerie dont il était propriétaire dans la bourgade. Deux fois par mois, il se rendait à Homel pour acheter diverses marchandises, qu’il revendait ensuite dans sa bourgade. Au fil de ces voyages, il se lia d’amitié avec Rav Israël Jacobson, qu’il avait coutume de visiter lorsqu’il venait à Homel. Rav Jacobson l’aidait parfois à se procurer les marchandises qu’il souhaitait obtenir.

Il existe une version différente selon laquelle Rav Its’hak Zalman aurait résidé, du moins pendant une partie du temps, dans la bourgade de Koroff, proche d’Abatourin (à environ 30 km).

Assassiné par des émeutiers

En 5685 (1925), lors d’un des voyages de Rav Its’hak Zalman à Homel pour acheter des denrées alimentaires pour sa boutique, il entra rendre visite à son ami Rav Jacobson pour lui faire ses adieux. C’était un jeudi, et Rav Jacobson le pressa de rester pour le Chabbat, puis de rentrer chez lui seulement après. Rav Its’hak Zalman ne s’attarda pas à ses insistances, arguant qu’il devrait revenir à Homel la semaine suivante et souhaitait donc passer ce Chabbat chez lui avec sa famille. Les deux amis se firent leurs adieux et Rav Its’hak Zalman prit la route.

Il prit le train depuis Homel et descendit à la gare de Makachin, sur les rives de la rivière Desna, où il monta à bord d’un vapeur qui naviguait vers le sud, en direction de la région de Tcherniguiv et de la bourgade d’Abatourin. Le vendredi matin, une bande d’émeutiers antisémites « blancs » — opposants aux bolcheviques — s’empara du bateau. Les émeutiers jetèrent 13 passagers juifs dans les profondeurs du fleuve, déclarant que tous les Juifs étaient des bolcheviques. Parmi les victimes se trouvait également Rav Its’hak Zalman.

La terrible nouvelle parvint à son fils Chalom. Le cœur brisé et bouillonnant de douleur, Chalom se précipita sur les rives du fleuve. Pendant trois jours et trois nuits, il se tint au bord de l’eau, les yeux scrutant le courant. Au troisième jour, le corps de son père émergea à la surface ; Chalom retira son père des eaux et lui procura une sépulture selon les rites.

 

Chapitre deux
Ses années de jeunesse
(5662-5685 / 1902-1925)

Sa naissance

Rav Chalom Pozner naquit dans la bourgade d’Abatourin, dans le district de Tcherniguiv, le 12 Hechvan 5662 (1902), de Rav Its’hak Zalman Pozner et de son épouse Madame Sonya. Il passa son enfance dans les ruelles de la bourgade, à l’ombre de son père hassid.

À la Yéchiva de Ramen

Dans la bourgade de Ramen, dans le district de Poltava, fut ouverte une antenne de la Yéchiva Tomchei Tmimim de Loubavitch. Cette antenne était destinée principalement aux jeunes gens originaires de Ramen, ainsi qu’aux jeunes qui n’avaient pas été admis à la Yéchiva de Loubavitch, ou à ceux qui étaient encore éloignés de la voie du ‘Hassidisme Habad. Parmi les étudiants de cette Yéchiva figuraient notamment le Rav ‘Ha’h Saadia Liberov, le Rav ‘Ha’h Perets Moutchkine, le Rav ‘Ha’h David Akounow, le Rav ‘Ha’h ‘Haïm Valvik, et d’autres encore. La Yéchiva ferma ses portes à l’été 5688 (1928) en raison des persécutions communistes.

En 5673 (1913), Chalom commença ses études à la Yéchiva de Ramen. Son père, Rav Its’hak Zalman, souhaitant que son fils Chalom reçût une éducation juive sans compromis, l’envoya étudier à la Yéchiva de Ramen, proche d’Abatourin, alors qu’il n’avait que 10 ans.

À la tête de la Yéchiva officiait le célèbre hassid Rabbi Its’hak Horowitz (« Its’he der Mitmid »), et le jeune Chalom eut le privilège d’étudier à l’ombre de ce Machpia’ renommé. En raison de ses années d’études à Ramen, il fut surnommé parmi ses condisciples de la Yéchiva de Loubavitch « Chalom Ramenner ». Ce surnom lui resta attaché, et c’est ainsi qu’il fut connu dans les rangs des nombreux hassidim de Habad.

Rav Chalom étudia à la Yéchiva de Ramen pendant environ deux ans, jusqu’à ce que le Machpia’ Rav Its’he der Mitmid l’emmenât à Loubavitch, où il entra alors pour étudier à Tomchei Tmimim de Loubavitch.

« Je me fie à Rav Its’he, l’éducateur de Chalom »

Rav Its’he avait coutume d’amener de temps en temps des jeunes gens de la Yéchiva de Ramen à Loubavitch, et à l’été 5678 (1918), il emmena également le jeune Chalom à la Yéchiva centrale de Loubavitch. La règle en vigueur à Loubavitch voulait que tout jeune arrivant à la Yéchiva fût d’abord examiné sur ses connaissances, puis soumis à un entretien devant le directeur effectif de la Yéchiva — le Rabbi Rayatz — portant sur sa conduite et sur des questions similaires, comme le moment où il avait commencé à porter la kippa et le tsitsit.

Rav Chalom raconta à ce sujet : « Le Rabbi ne m’a pas examiné ! Il a vraisemblablement fait confiance à Rav Its’he : si c’est lui qui m’a amené, c’est que je suis fait pour Tomchei Tmimim. » Le Rabbi Rayatz s’exprima également en ces termes : « Je me fie à Rav Its’he, l’éducateur de Chalom. »

À Tomchei Tmimim de Loubavitch

Rav Chalom entra à la Yéchiva de Loubavitch à l’été 5675 (1915) et y demeura dans son enceinte pendant une dizaine d’années, jusqu’en 5685 (1925). Ces années marquèrent indubitablement son caractère, bâtirent sa personnalité et lui conférèrent les forces et les fondations solides pour l’attachement à nos saints maîtres et chefs de génération.

L’estime que le Rabbi Rayatz portait à ce jeune élève était tout à fait exceptionnelle. Plus tard, lorsque son fils Its’hak Zalman se rendit en mission en France, les anciens hassidim lui racontèrent que lorsque le Rabbi Rayatz souhaitait citer un exemple de véritable Tamim, il désignait Rav Chalom et déclarait : « Chalom iz a Tamim » (Chalom est un Tamim).

D’après le témoignage de son fils Rav Zoucha, Rav Chalom étudia à la Yéchiva Tomchei Tmimim de Loubavitch aux côtés de ceux qui deviendraient ses meilleurs amis pour toutes les années suivantes : premièrement, Rav Zalman Chim’on Dvorkin, Mara d’Atra (autorité rabbinique) de Crown Heights ; deuxièmement, le Machpia’ de la Yéchiva Torat L’haïm de Brunoy, Rav Nissan Nemenov ; troisièmement, le hassid Rav ‘Haïm Zalman Kozliner.

Peu de temps après l’entrée de Rav Chalom à la Yéchiva, le Rabbi Rachab quitta Loubavitch en raison de la guerre qui faisait rage à l’époque et se rapprochait dangereusement de la bourgade, et s’installa à Rostov. La vie de la Yéchiva continua certes comme à l’accoutumée, mais l’absence du Rabbi se faisait profondément sentir.

Rav Chalom étudia à Loubavitch pendant environ deux ans, jusqu’à ce que la révolution bolchevique, survenue à Hechvan 5678 (1917-1918), contraignît la Yéchiva à quitter la bourgade de Loubavitch et à errer d’un endroit à l’autre. Les étudiants déambulèrent jusqu’à ce que la Yéchiva trouvât refuge à Krementchoug, où les jeunes gens demeurèrent de 5679 (1919) à 5680 (1920).

Errant avec la Yéchiva

Le 2 Nissan 5680 (1920), le Rabbi Rachab s’éteignit. Son fils, le Rabbi Rayatz, lui succéda. À la fin de l’été 5680 (1920), la directive du Rabbi parvint à la Yéchiva de quitter Krementchoug pour s’établir à Rostov. Peu à peu, les étudiants se rassemblèrent à Rostov et continuèrent à s’adonner à l’étude de la Torah et au service divin malgré d’immenses difficultés, les persécutions et une famine terrible.

Dans le livre « Rèchimot Dvarim », l’auteur relate l’épidémie de choléra qui sévissait à l’époque à Rostov : certains étudiants de la Yéchiva furent contaminés par la maladie, et plusieurs d’entre eux, parmi lesquels Rav Chalom, les soignèrent avec dévouement jusqu’à leur guérison. Voici la scène telle qu’elle est décrite : « Toute la journée, nous nous tenions debout, quatre élèves — Yehouda Khitrik, Chalom Poizner, Chneur Zalman Chim’on, et un quatrième dont je ne me rappelle plus le nom —, avec sur le feu du poêle, toute la journée, une grande marmite d’eau bouillante. Nous remplissions la baignoire d’eau bouillante et d’eau froide, de sorte que le malade ne se brûlât pas, et nous le plongions dans la baignoire. Puis nous remplissions aussitôt la marmite d’eau et la laissions chauffer sur le poêle. Après que la baignoire eut refroidi, nous en retirions le malade, et jusqu’à ce que la marmite fût à nouveau chaude, nous le frictionnions tout ce temps avec du dénatonium (une sorte de boisson alcoolisée). »

À la fin de l’année 5681 (1921), à la suite d’une délation contre la Yéchiva, le Rabbi Rayatz ordonna aux étudiants de quitter Rostov pour s’établir à Poltava. Les jeunes gens se rendirent effectivement à Poltava, tandis que les plus âgés partaient fonder des Yéchivot en différents endroits. Rav Chalom continua avec le groupe qui se rendit à Poltava.

Dans le livre « Rèchimot Dvarim », il est fait état de quatre étudiants qui se rendirent pour Roch Hachanah 5682 (1921) auprès du Rabbi Rayatz à Rostov, parmi lesquels Rav Chalom : « Pour Roch Hachanah 5682 (1921-1922), nous nous rendîmes auprès du Rabbi. Le voyage se fit en carriole attelée à des animaux et autres moyens similaires. Seulement quatre Tmimim firent ce voyage : Rav Zalman Chim’on Dvorkin, Yehouda Khitrik, Chalom Poizner et Ben Tsion Chem Tov. Le Rabbi s’enquit de notre alimentation et de notre condition. Pour le Chabbat et les jours de fête, nous étions reçus chez le Tamim généreux Rav Ye’hiel Tsvi Hirsch, que son souvenir soit béni, Gourari. » Après les fêtes de Tichri, les étudiants retournèrent à Poltava et continuèrent à y étudier.

La Yéchiva de Poltava survécut jusqu’à l’été 5683 (1923), et la situation y fut à peu près satisfaisante pendant quelques années, jusqu’à ce qu’à la suite d’une nouvelle délation, elle fût contrainte de fermer ses portes. Les étudiants se dispersèrent alors en différents groupes, le plus grand se rendant à Kharkov pour y fonder une Yéchiva.

Rav Chalom évoqua plus tard ces nombreuses pérégrinations : « La situation à la Yéchiva n’était pas simple ; nous souffrions de la faim, mais nous continuions à étudier. »

En plus de son zèle dans l’étude de la Torah, Rav Chalom travaillait au secrétariat de la Yéchiva. Dans le cadre de ce travail, il était impliqué dans la gestion du réseau clandestin des Yéchivot.

Les fiançailles

En 5685 (1925), alors qu’il séjournait à Rostov, Rav Chalom s’engagea avec sa future épouse, Madame Chaya, fille du célèbre hassid Rav Yehouda Leïb Zeitlin de la ville d’Homel. Les rencontres entre les deux futurs époux eurent lieu à Rostov. Les fiançailles furent proposées par le beau-frère de Chaya, le célèbre hassid Rav ‘Ha’h ‘Hotshe Feïgine, qui était marié à sa sœur Sacha. La mère de Chaya, Madame Rivka, était la fille de Rav Ichaïa Yossef et Dvora Rabbinovitch, de la bourgade de Tchérsk, dans le district de Tcherniguiv.

La mère de Chaya se trouvait déjà en Terre Sainte au moment des fiançailles, y ayant fait son alyah l’année précédente, en 5684 (1924), pour rejoindre ses deux fils qui y vivaient : ‘Haïm Avraham et Raphaël.

Peu de temps après les fiançailles, le père de Rav Chalom fut assassiné de manière cruelle par des émeutiers, comme relaté plus haut. Cet événement douloureux conforta dans le cœur de Rav Chalom la conviction que la Russie antisémite n’était plus un endroit où un Juif pouvait vivre. Il prit la résolution d’émigrer en Terre Sainte (« Palestine »), accompagné de sa toute jeune fiancée.

L’obtention du passeport

La principale difficulté était que Rav Chalom ne disposait pas de passeport, et pour obtenir un tel document, il fallait présenter une inscription régulière dans un lieu de résidence déterminé. Or, comme on peut l’imaginer, un étudiant de Yéchiva ayant vécu dans la clandestinité pendant toutes ces dernières années n’avait aucune possibilité de s’inscrire nulle part.

Madame Chaya, mettant sa vie en jeu, se rendit au poste de police de la ville d’Homel pour tenter d’expliquer que si son fiancé n’avait pas d’inscription régulière de résidence, ce n’était pas parce qu’il était un criminel ou un voleur, mais parce qu’il avait étudié dans une Yéchiva dans une autre ville. C’était un risque énorme que de tenir de tels propos dans un bureau gouvernemental, mais les jeunes fiancés n’avaient pas d’autre choix. Au premier bureau, on la renvoya à un second, puis à un troisième, et ce n’est que lorsqu’elle fut presque au bout du découragement que Madame Chaya arriva à un autre bureau, où siégeait un jeune fonctionnaire qui accueillit son récit favorablement et remit à son fiancé le passeport tant attendu.

 

Chapitre trois
La vie en Terre Sainte
(5686-5690 / 1926-1930)

L’installation à Balfouriya

En 5686 (1926) — ou en 5685 (1925) selon certaines sources —, après de nombreux efforts pour obtenir des visas de sortie de Russie soviétique, Rav Chalom et son épouse Chaya firent leur alyah en Terre Sainte et s’établirent dans la bourgade de Balfouriya, près d’Affoula, dans la vallée de Jizreel.

La bourgade avait été fondée en 5683 (1923) par l’association américaine « Kehilat Tsion », animée d’une vision ambitieuse d’y établir les soldats des bataillons hébraïques américains qui avaient combattu aux côtés des Britanniques pendant la Première Guerre mondiale.

Bien que le projet initial de créer une bourgade de soldats démobilisés n’eût pas abouti comme prévu, les terres ne demeurèrent pas en friche. Elles furent vendues à de nouveaux colons, hommes de labeur et d’esprit, qui firent de l’endroit une bourgade agricole prospère. Balfouriya, en ces années-là, était une mosaïque de personnalités, parmi lesquelles se distinguaient des figures hassidiques d’envergure, telles que le hassid Rav Na’houm Goldschmid et d’autres encore, qui insufflèrent dans la bourgade un parfum de Torah et de ‘Hassidisme.

Le frère de Chaya, Rav ‘Haïm Avraham, avait fait son alyah plusieurs années auparavant et était bien établi dans la bourgade de Balfouriya. La mère de Chaya, Madame Rivka, avait également fait son alyah en 5684 (1924) et demeurait chez son fils Rav ‘Haïm Avraham. Lorsque Rav Chalom et Madame Chaya arrivèrent en Terre Sainte en 5686 (1926), il alla de soi qu’ils se dirigent vers la bourgade de la vallée, à proximité de la ville d’Affoula en plein essor. En rejoignant le frère et la mère, ils ne faisaient pas que réunir la famille sous un même toit ; ils devenaient partie intégrante de l’aventure de la colonisation de la vallée de Jizreel. Dans l’atmosphère si particulière de Balfouriya, qui alliait travail de la terre et fidélité à la tradition des générations, Rav Chalom et Chaya entamèrent ce nouveau chapitre de leur vie en Terre Sainte.

Le mariage

Peu après leur arrivée, la cérémonie de la ‘Houpa eut lieu à Haïfa, officiée par un rav local. Madame Chaya décrivit plus tard comment ils se marièrent dans une solitude lumineuse, sans la présence de proches. La situation était si précaire que le rav dut rassembler des ouvriers dans la rue pour compléter le minyan nécessaire à la célébration de la ‘Houpa selon la loi de Moïse et d’Israël.

Au cours de la cérémonie, la jeune mariée fondit en larmes. Lorsque la femme du rav s’approcha d’elle pour lui en demander la raison, Chaya répondit que son cœur se brisait à l’idée que sa mère ne fût pas là pour se tenir à ses côtés en ce jour de mariage. La femme du rav lui dit alors : « Je serai pour toi une mère. » C’est ainsi que ce jeune couple fonda un foyer bâti sur une tradition familiale illustre et sur le dévouement à l’observance de la Torah et des Mitsvot (la famille Pozner, comme mentionné précédemment, et la famille Zeitlin, dont le frère de Chaya, Rav Aharon Eliezer (Leïzer), que son souvenir soit béni, donna sa vie pour la diffusion du judaïsme en Russie, et dont la sœur Sacha était l’épouse du secrétaire du Rabbi, Rav ‘Hotshe Feïgine, que son souvenir soit béni).

Le travail manuel

Les premiers jours du couple dans la bourgade de Balfouriya furent chargés de labeur. Rav Chalom, qui ne reculait devant aucune tâche difficile, s’occupa de la construction de routes sous un soleil de plomb. Ses mains, peu habituées au travail physique, étaient blessées et saignaient constamment, et lorsqu’il rentrait chez lui, son épouse lui pansait les mains.

Malgré la chaleur accablante qui régnait dans le pays et l’atmosphère pionnière qui l’entourait, Rav Chalom refusa de modifier quoi que ce soit à son apparence hassidique ni de renoncer au port du tsitsit (« tallit katan »). Un épisode de cette époque illustre de manière éloquente la puissance de son influence : par une journée de chaleur intense, Rav Chalom fut contraint d’ôter sa chemise en raison des exigences du travail, mais demeura enveloppé dans son tsitsit et coiffé de sa kippa. Il se tenait ainsi, brandissant son marteau sur les pierres avec ardeur, les fils de son tsitsit flottant dans le vent brûlant.

Soudain, il entendit une voix crier : « C’est ta faute ! » Rav Chalom se retourna vers la voix et vit devant lui un homme qui lui était totalement inconnu. En réponse à son étonnement quant au sens de cette accusation, il reçut une réponse stupéfiante :

« Je suis un Juif venu de Pologne par le mouvement « Hachaomer Hatzaïr » et je sentais que j’avais perdu tout lien avec le judaïsme. Je passais par hasard aujourd’hui à l’endroit où tu travaillais. Quand je t’ai vu — un Juif avec une barbe et des papillotes, peinant dans un labeur épuisant sans renoncer au moindre de ses principes, aussi bien à ce qui est léger qu’à ce qui est grave — j’ai réalisé qu’il était possible d’être un Juif craignant D.ieu même dans les conditions difficiles de ce pays. Grâce à toi, j’ai décidé de rester attaché à mon judaïsme. »

Tandis que Rav Chalom s’épuisait dans son dur labeur pour rapporter un peu de nourriture à la maison, Madame Chaya travaillait également à la vente de quelques produits alimentaires afin de contribuer modestement aux revenus de leur petit foyer.

Le Rabbi lui demande de travailler dans l’éducation

Rav Chalom écrivit au Rabbi Rayatz pour lui décrire sa situation et ses conditions de vie difficiles. Le Rabbi lui répondit qu’il ne convenait pas qu’un élève ayant étudié à Tomchei Tmimim de Loubavitch exerçât un tel travail. La teneur de la réponse était : « Ce n’est pas pour cela que tu as étudié à Tomchei Tmimim. » À la suite de la réponse du Rabbi, Rav Chalom quitta son emploi de cantonnier.

Le Rabbi Rayatz souhaitait que Rav Chalom s’engage dans l’enseignement dans l’une des Yéchivot Habad. Nous avons retrouvé deux lettres du Rabbi Rayatz dans lesquelles il demande aux responsables de Habad en Terre Sainte de trouver à Rav Chalom un poste d’enseignement dans l’une des Yéchivot Habad en Terre Sainte. La première lettre est adressée à Rav Ch.Z. Havlin, directeur de la Yéchiva Torat Emet à Jérusalem.

Dans une lettre du 2 Chevat 5686 (1926), le Rabbi lui écrit : « En ce qui concerne l’étudiant Monsieur Chalom Feïzner, j’ai pensé qu’il serait plus approprié qu’il soit impliqué dans l’encadrement d’élèves dans l’un des établissements, car il possède, grâce à D.ieu, de grandes qualités et connaît les principes essentiels de Tomchei Tmimim, et il est un excellent vecteur par lequel, avec l’aide du Tout-Puissant, une lumière bénéfique pourra éclairer de nombreuses personnes dans le cadre d’un enseignement ordonné. »

Dans une autre lettre du 17 Iyar 5687 (1927), adressée à Rav Azriel Zelig Slonime, responsable de Habad en Terre Sainte, le Rabbi écrit : « Et peut-être en cours de route trouvera-t-il un lieu approprié pour enseigner et superviser dans une Yéchiva, pour l’étudiant Tamim Rav Chalom, beau-frère du Rav Ye’hezkel Feïgine ; qu’il s’y emploie, car il recèle de grandes qualités et peut accomplir un bien réel dans l’enseignement, la supervision et l’orientation, avec crainte de D.ieu, sagesse et discernement. »

Rav Chalom déposa effectivement une candidature pour un poste d’enseignement à la Yéchiva Torat Emet à Jérusalem. Là, on lui proposa le poste d’un rav que l’établissement souhaitait congédier, mais il refusa, car il ne voulait pas prendre la place d’un rav qui avait été renvoyé de son poste.

Il existe des témoignages selon lesquels Rav Chalom enseigna effectivement pendant un certain temps à la Yéchiva Torat Emet à Jérusalem. Dans le livre « Le voyage du Rabbi en Terre Sainte », il est également mentionné que Rav Chalom résida un certain temps à Jérusalem, ce qui renforce l’hypothèse qu’il enseigna à la Yéchiva Torat Emet. Cependant, en dehors de ces sources, aucune autre confirmation n’a pu être trouvée.

L’installation à Rishon LeZion

En 5687 (1927), Rav Chalom s’installa dans la bourgade en plein développement de Rishon LeZion. Fondée en 5642 (1882), Rishon LeZion accueillit dès ses origines des hassidim de Habad, dont l’un des plus en vue était Rav Ché’hna Weiss.

Dans un premier temps, Rav Chalom travailla comme précepteur à Rishon LeZion. Ce fait cadre bien avec la réalité que, l’année précédente, en 5685 (1925), une antenne de la Yéchiva Torat Emet avait été ouverte à Rishon LeZion, après qu’une antenne eût déjà été fondée à Tel Aviv en 5684 (1924). Il est donc vraisemblable que Rav Chalom ait travaillé dans cette Yéchiva, ce qui s’accorde également avec le vœu du Rabbi Rayatz que Rav Chalom exerce un poste d’enseignement.

On trouve mention de cette antenne de la Yéchiva à Rishon LeZion dans la lettre du Rabbi Rayatz à Rav Ch.Z. Havlin du 2 Chevat 5686 (1926) : « Veuillez avoir l’amabilité de demander à notre ami, le directeur de la Yéchiva Torat Emet, qu’il me tienne informé plus régulièrement par écrit de la situation des études et de l’état de la Yéchiva sur le plan qualitatif. Et j’aimerais également recevoir des informations plus détaillées depuis Tel Aviv et Rishon LeZion. »

Nommé comme chochet

Après une courte période pendant laquelle il travailla comme précepteur, Rav Chalom fut nommé chochet de la bourgade de Rishon LeZion. Cela advint après que l’ancien chochet de la bourgade eut vieilli et souhaité quitter ses fonctions, sans vouloir pour autant laisser les habitants sans viande casher. Il chercha donc un remplaçant compétent et, au terme d’une brève recherche, trouva Rav Chalom, lui enseigna l’art de la che’hita, et Rav Chalom exerça longtemps la fonction de chochet, malgré les harcèlements qu’il essuya en raison de son appartenance au mouvement Habad.

Des années plus tard, lorsque le fils de Rav Chalom, Rav Zoucha, vint en Terre Sainte pour étudier à la Yéchiva de Rishon LeZion, il y rencontra un vieux Juif qui travaillait comme gardien de vergers et lui raconta avec étonnement qu’il se souvenait encore de son père, Rav Chalom, lorsqu’il vivait à Rishon LeZion et y exerçait la fonction de chochet. « « Chalom der chochet » — c’est ainsi qu’on l’appelait dans la bourgade à l’époque », raconta cet homme.

Dans cette bourgade naquit leur fils aîné, Its’hak Zalman (le 12 Kislev 5687 / 1926), prénommé ainsi en mémoire de son grand-père paternel, que son souvenir soit béni. Et un an plus tard naquit leur deuxième fils, Yehouda Leïb (Leïbel) (le Youd Aleph Nissan 5688 / 1928), prénommé ainsi en mémoire de son grand-père maternel, Rav Yehouda Leïb Zeitlin.

Les efforts pour émigrer aux États-Unis

Même après s’être stabilisé dans son emploi de chochet, le couple connut de nombreuses difficultés financières, et Rav Chalom déploya de grands efforts pour émigrer aux États-Unis, où résidaient de nombreux membres de sa famille qui auraient pu lui venir en aide pour la subsistance du foyer grâce à leurs ressources économiques.

Le Rabbi Rayatz, dans ses lettres à Rav Chalom de cette période, lui ordonnait également d’émigrer aux États-Unis. Dans une lettre adressée à Rav Israël Jacobson, le Rabbi lui demandait de s’employer à amener aux États-Unis plusieurs des Tmimim, parmi lesquels Rav Chalom : « Le véritable fondement de l’édification de l’association des Tmimim est — outre l’union entre ceux qui, grâce à D.ieu, se trouvent déjà dans votre pays — de faire venir, par tous les moyens possibles, encore de nos élèves, et parmi ceux dont on peut espérer, avec l’aide du Tout-Puissant, qu’ils seront dévoués et consacrés à ce qu’on leur dira d’accomplir et d’œuvrer. Je leur dirais d’entrer en correspondance avec les élèves Rav Chalom Feïzner à Tel Aviv, beau-frère du Rav Ye’hezkel, et Rav Zeelig Slonime de Jérusalem, l’or de l’an saint, ce dernier ayant séjourné quelque temps dans votre pays et semblant avoir accompli partout où il était un véritable travail. »

Dans le cadre de ces efforts, Rav Israël Jacobson — qui était directeur d’Agoudat Habad aux États-Unis et s’employait à obtenir des visas d’entrée aux États-Unis pour de nombreux hassidim de Habad — œuvra en sa faveur. Tous les membres de sa famille s’y engagèrent également, en particulier son grand-oncle connu sous le nom de Dr Pozner, et son grand-père Rav Zoucha.

Les lettres à Rav Jacobson

Dans le livre « Zikhron Libnei Israël », plusieurs lettres que Rav Chalom écrivit à Rav Israël Jacobson concernant ses efforts pour obtenir des visas et permis d’entrée aux États-Unis pour lui et sa famille sont reproduites.

La première lettre est datée du 15 Elloul 5686 (1926). Rav Chalom l’écrivit au cours de sa première année en Terre Sainte, alors qu’il résidait encore dans la bourgade de Balfouriya et travaillait à la construction de routes.

Voici le contenu de la lettre (le début est manquant) : « Il m’écrit (le Rabbi Rayatz) de partir pour l’Amérique et de me mettre en correspondance avec vous et avec Eliyahou Yei’hil (il s’agit de Rav Eliyahou Simpson), afin que vous vous employiez à obtenir pour moi un visa, et qu’il vous écrira lui aussi à ce sujet. Veuillez donc vous employer en ce sens dans toute la mesure du possible. Et notez ici également l’adresse de mon arrière-grand-père (Zoucha Pozner), et je vous demande d’aller lui rendre visite pour lui présenter mes salutations ; peut-être pourra-t-il lui aussi être d’une aide en la matière. Mon travail ici n’est pas très passionnant, un travail simple, à la pioche et au marteau, et qui plus est, cela même fait défaut : presque tout l’été, je n’ai presque pas travaillé… »

Une autre lettre, du 13 Adar Rishon 5687 (1927), est ainsi rédigée : « Je vous demande de m’informer de vos efforts concernant le visa et de ce qu’il en est, à savoir : si c’est seulement pour moi ou aussi pour mon épouse, et maintenant également pour mon fils. Et en général, combien de temps cela peut-il encore prendre. Mon arrière-grand-père m’a écrit qu’il était venu vous voir, mais ne m’écrit rien de ce qui me concerne pour le visa. J’ai reçu encore une lettre de notre maître (le Rabbi) me demandant de partir pour l’Amérique, et bien que je lui aie écrit que je gagne déjà ici ma vie péniblement et accomplis une œuvre céleste, il m’a néanmoins répondu de partir pour l’Amérique. »

Il lui écrit encore, le 23 Iyar 5687 (1927) : « J’ai reçu une lettre de mon arrière-grand-père qui m’indique qu’on lui exige une caution de mille dollars, attestant que je n’aurai pas à solliciter d’eux une aide financière jusqu’à ce que je commence à gagner ma vie. En conséquence, vous qui êtes sur place, vous saurez certainement mieux comment vous arranger avec eux à ce sujet. »

Pendant longtemps, les nombreux efforts ne portèrent pas leurs fruits, et Rav Chalom continua de résider en Terre Sainte. Le 11 Adar Rishon, il lui adressa encore une lettre dans laquelle il relate toutes ses difficultés : « Hier, j’étais à Jérusalem et j’ai remis les documents au consul pour les envoyer en Amérique… Pour le dernier Roch Hachanah, Rav Alter Chimkhovitch se rendit auprès du Rabbi et voulut lui poser à nouveau la question à mon sujet concernant le voyage en Amérique, et le Rabbi ne voulut rien lui répondre, car il m’avait déjà répondu. Et dans sa lettre à moi, il me l’écrivit en ces termes : « Je t’ai déjà fait savoir que ce voyage en Amérique est bon et favorable pour toi, et tu y réussiras certainement dans le spirituel et le matériel. » »

La visite du Rabbi en Terre Sainte

À l’été 5689 (1929), le Rabbi Rayatz visita la Terre Sainte et y effectua un voyage historique pendant quelques semaines. Durant cette visite, Rav Chalom abandonna toutes ses occupations et loua même un chochet pour le remplacer dans son travail, et accompagna le Rabbi tout au long de son périple à travers le pays. Pendant toute la durée du voyage, il ne rentra pas chez lui et ne quitta pas la présence du Rabbi.

Rav Chalom est mentionné à plusieurs reprises dans le journal du voyage que le Rabbi rédigea. Par exemple, lors de la visite du Rabbi au caveau de Makhpéla (Hébron), de nombreuses personnes vinrent présenter des pédiyonot (suppliques) au Rabbi, et en raison de l’affluence, le Rabbi dut poster ses accompagnateurs pour recevoir les suppliques des fidèles et les lui transmettre : « Je fus contraint de poster des gens pour recevoir les suppliques des fidèles et me les transmettre : Rav Alter Chimkhovitch, Rav Chelomo Leïb Eliezerov le vénérable, l’estimé Rav Alter Liberman, le directeur de la Yéchiva Torat Emet Rav Moché Arié Leïb Chpira, Rav Nissan Horovitz, l’étudiant Rav Chalom, chochet Poizner. »

Et ailleurs dans ce journal : « Rav Chelomo Yehouda Leïb Eliezerov, Rav Mendel Noé et Rav Israël Asher Leïva nous accompagnèrent jusqu’à Rehovot, un trajet de quinze minutes. Et les étudiants, collels, hassidim de Habad, anciens élèves de la Yéchiva Tomchei Tmimim de Loubavitch : Rav Chalom chochet Poizner, Rav Yossef Chmoutkin et Rav Avraham Farize, nous quittèrent à Rehovot avec de chaleureuses bénédictions, et que le Tout-Puissant nous accordât de réussir. »

Une anecdote illustre bien la profondeur de l’attachement de Rav Chalom au Rabbi durant ce voyage : lorsque son fils Zalman tomba malade, Rav Chalom ne le sut pas, car il n’était absolument pas rentré chez lui. Son épouse se rendit auprès du Rabbi pour solliciter sa bénédiction pour leur fils, qui guérit effectivement. Le dernier jour de la visite, le Rabbi reçut de nombreuses personnes et, entre autres, fit ses adieux à Rav Chalom en lui demandant des nouvelles de la santé de son fils. Rav Chalom, qui n’avait absolument pas eu connaissance de la maladie de son fils, ne comprit pas à quoi le Rabbi faisait allusion et ne répondit pas. Le Rabbi comprit la situation et sourit.

L’obtention du visa

Lors de cette même visite, le Rabbi réitéra sa directive à Rav Chalom d’émigrer aux États-Unis. Il y avait certes la question de l’éducation des enfants, mais même à l’école de Rishon LeZion, la Torah était enseignée par un instituteur qui allait tête nue.

À cette époque, pour obtenir un visa pour les États-Unis, il fallait apporter la preuve qu’un proche résidant là-bas acceptait de prendre la responsabilité financière de celui qui souhaitait émigrer. Le grand-père de Rav Chalom, Rav Zoucha, qui vivait aux États-Unis, était celui qui adressa l’invitation à son petit-fils vivant en Terre Sainte. Le frère de Rav Zoucha, Avraham Pozner, homme aisé grâce à son commerce de chaussures (voir le premier chapitre), promit également de soutenir financièrement Rav Chalom après son émigration aux États-Unis.

Après de nombreuses épreuves et péripéties, Rav Chalom et sa famille prirent la mer pour les États-Unis au mois d’Adar 5690 (1930). À son arrivée en Amérique, Rav Chalom ouvrit un nouveau chapitre de sa vie : la chéli’hout et la diffusion du judaïsme dans différentes villes à travers le pays.

 

 

 

 

 

Dix dollars de la main du Rabbi : le chèque qui traversa les décennies

Dix dollars de la main du Rabbi : le chèque qui traversa les décennies

 

Un Juif de France a présenté au Rav Chimon Eisenbakh un chèque rédigé de la main du Rabbi, sur lequel ne figuraient qu’une signature, le montant de dix dollars et le mot « synagogue ». Ce document d’apparence anodine révèle une leçon bouleversante : comment le Rabbi, portant littéralement le monde entier sur ses épaules, gérait néanmoins sa propre caisse de Tsedaka personnelle avec un soin méticuleux. Une chronique du Rav Chimon Eisenbakh, Rav du quartier Cha’hmon à Eilat.

 

 

Un temps d’une valeur inestimable

Il est de notoriété publique que chaque minute revêtait une valeur inestimable pour notre maître, notre guide et notre Rabbi. Nombreux sont ceux qui l’ont côtoyé et qui témoignent à quel point le temps était précieux pour lui, et l’on s’émerveille encore de la façon dont il parvenait à accomplir un travail illimité dans un temps si restreint.

Un chèque manuscrit hors du commun

Récemment, un Juif de France m’a montré un chèque appartenant au Rabbi, sur lequel ce dernier avait inscrit de sa propre main « 10 dollars » et noté en haut le mot « Beth Haknesseth » (synagogue). En examinant attentivement ce chèque, je constate que le Rabbi y a apposé sa signature et n’a inscrit que le montant en chiffres : dix dollars, rien de plus. Tout le reste — les informations nécessaires à la validité du chèque — il l’a laissé au bénéficiaire le soin de compléter. Il a seulement noté en haut que la somme était destinée à la synagogue.

L’histoire et le parcours du document

À ce chèque est joint un document du Rav Lévi Its’hak Azimov, dans lequel il précise que ce chèque a été remis par le Rabbi [que son mérite nous protège] au ‘hassid Rav Tsvi Hirch Chifrin, pour la synagogue qu’il dirigeait à Crown Heights. Le Rav Chifrin avait conservé précieusement ce chèque au fil des années. Lorsque son fils eut besoin d’une contribution pour la construction d’un Beth Habad, il proposa ce chèque à des donateurs potentiels. Tseirei Agoudat Habad de Paris prit part à la construction de cet édifice et reçut ledit chèque. C’est ainsi qu’il parvint entre les mains de mon ami français, qui me l’a présenté.

Une générosité personnelle, sans jamais déléguer

Il est difficile de comprendre comment le Rabbi — sur les épaules de qui reposait littéralement l’univers entier — gérait néanmoins sa propre caisse de Tsedaka personnelle de manière parfaitement ordonnée, accordant généreusement ses dons à de nombreuses personnes. Il aurait pu confier à l’un de ses secrétaires le soin de gérer ces distributions de Tsedaka, comme c’est l’usage chez d’autres Admorim qui supervisent de vastes et importantes structures. Pourtant, le Rabbi n’a pas renoncé à rédiger lui-même les chèques, à y inscrire les montants — et non pas à se contenter de les signer seulement.

L’infini contenu dans le fini

Dans ce temps si comprimé et si précis, le Rabbi réussissait à accomplir une abondance immense — à l’image de l’Arche Sainte qui, selon la tradition, occupait un espace aux dimensions exactes et pourtant « n’entrait pas dans la mesure ». Lui aussi transcendait toute mesure humaine.

Portrait du gardien du chèque : le Rav Tsvi Hirch Chifrin

Le Rav Tsvi Hirch (Hirchel) Chifrin, né à Vitebsk en 1940 (5700), est l’un des doyens des ‘hassidim Habad de Crown Heights. Fils du Rav Baroukh et de Mme Sarah Chifrin, il porta dès sa circoncision le prénom de son grand-père paternel. Durant la Seconde Guerre mondiale, sa famille fuit en Kazakhstan, où le jeune Tsvi Hirch eut la grâce d’apercevoir le Rav Lévi Its’hak Schneerson. À la fin du conflit, ses parents saisirent l’occasion de quitter l’Union soviétique via la filière d’évasion clandestine alors bien connue, et s’établirent à Paris. En 1948 (5708), il entra au Talmud Torah de la Yéchiva Tomchei Temimim de Paris, où il étudia dans ses différentes filiales jusqu’en 1963 (5723), tout en étant actif au sein de Habad en Pennsylvanie durant une certaine période. En 1965 (5725), il épousa à New York Golda Myriam, fille du Rav ‘Hananya et de Feige Rose Haller, et le couple s’installa à Crown Heights.

Parmi ses souvenirs les plus marquants figure le Chabbat du 25 Téveth 5734 (1974), lorsqu’il aida le Rabbi à rejoindre le 770 malgré la neige qui recouvrait les rues. Voyant le Rabbi marcher sur la chaussée, il lui fit remarquer qu’il serait plus à l’aise sur le trottoir ; le Rabbi lui répondit simplement : « An histaplus » — sans façons. Le Rabbi remit un chèque manuscrit de dix dollars lorsqu’il fonda sa synagogue. À Souccot 5748 (1987), la télévision française le filma officiant comme ‘hazzan au 770. Lors du Farbrenguen de la nuit de Sim’hat Torah 5752 (1991), il eut l’honneur, à la demande expresse du Rabbi, de réciter le Kiddouch à la droite de ce dernier, au bénéfice de l’assemblée revenue de la procession.

Son épouse, engagée dans les jardins d’enfants, la ‘Hevra Kaddicha, l’accompagnement des jeunes mariées et le bénévolat communautaire, s’est éteinte à l’âge de 73 ans au soir du Chabbat du 11 Nissan 5780 (2020), emportée par le Covid-19. Depuis sa retraite, le Rav Chifrin participe régulièrement aux activités du stand Habad à l’aéroport JFK, qu’il anime chaque dimanche durant de longues heures. En Mena’hem Av 5784 (2024), fut inaugurée la salle qu’il avait financée au Beth Hamidrach Heikhal Lévi Its’hak à Jérusalem, en mémoire de son père le Rav Baroukh Chifrin. Il occupe aujourd’hui la fonction de Gabbai à la synagogue Habad 770 Montgomery du Rav David Fischer.umaine.

Netanyahou : « Israël a changé l’équilibre des forces au Moyen-Orient pour toujours »

Netanyahou : « Israël a changé l’équilibre des forces au Moyen-Orient pour toujours »

Dans un discours solennel adressé aux citoyens israéliens, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a dressé un bilan historique des opérations militaires menées contre l’Iran et ses mandataires régionaux. Il a affirmé qu’Israël avait réussi à démanteler le programme nucléaire iranien, à neutraliser l’arsenal de missiles du Hezbollah et à affaiblir profondément le régime de Téhéran. « L’Iran n’est plus le même Iran, et Israël n’est plus le même Israël », a-t-il déclaré, saluant le courage des soldats, des pilotes et de l’ensemble du peuple israélien.

 

 

 

Citoyens d’Israël, mes frères et sœurs,

La campagne n’est pas encore terminée, mais nous pouvons d’ores et déjà l’affirmer avec certitude : nous avons accompli des choses historiques.

Je veux vous rappeler où nous en étions. L’Iran avait tenté de nous enserrer dans un anneau d’étranglement : le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban, le régime d’Assad en Syrie, les milices en Irak, les Houthis au Yémen — et l’Iran lui-même. Ils voulaient nous étouffer. Aujourd’hui, c’est nous qui les étouffons. Ils avaient rêvé de notre anéantissement ; les voilà qui se battent pour leur propre survie. Nous avons frappé fort, et il nous reste encore beaucoup à faire — j’y reviendrai dans un instant.

Mais je veux commencer par l’Iran lui-même, par la tête de la pieuvre. J’ai consacré une part considérable de ma vie à empêcher une seule chose : que ce régime de la terreur ne se dote d’une arme nucléaire avec laquelle il cherche à effacer l’État juif et à mettre un terme à l’histoire juive. J’en ai parlé devant le Congrès américain, devant l’ONU, devant de nombreux parlements. J’ai initié toutes sortes d’actions, pour la plupart clandestines, pour les retarder — et nous les avons effectivement freinés. Mais le monde n’écoutait pas. Beaucoup disaient : « Ce n’est pas si grave. Ce n’est même pas si terrible qu’Iran se dote de l’arme nucléaire. » Ces voix, je les ai entendues — non seulement à l’extérieur, mais parfois même parmi nous. Et moi, en tant que Premier ministre d’Israël, chef du seul et unique État juif, je ne pouvais pas l’accepter.

La nuit qui a tout changé : l’opération « Jours de repentir »

Le grand changement s’est produit lors de cette soirée de l’opération « Jours de repentir », quand nos avions intrépides ont déchiré le ciel iranien et frappé des cibles sur l’ensemble du territoire de l’Iran.

Nous avons été les premiers à briser le mur de la peur — la peur d’agir en Iran même. Je me souviens de ce que j’ai ressenti alors : quelle émotion, quelle fierté, quel frisson. Et je sais que vous l’avez tous ressenti aussi.

Nous avons été les premiers à agir parce que nous savions ce qui était en jeu. Mais si je vous avais dit, il y a un an, que nos pilotes voleraient au-dessus de l’Iran — qui l’aurait cru ? Et si je vous avais dit qu’il y a un an que les États-Unis d’Amérique, la puissance la plus grande du monde, combattraient à nos côtés, épaule contre épaule, aile contre aile, pendant près de quarante jours contre l’ennemi commun — qui l’aurait cru ?

Pourtant, tout cela s’est produit, parce que c’est nous qui avons pris l’initiative, c’est nous qui avons agi, c’est nous qui avons attaqué.

Pourquoi nous sommes entrés en campagne

Nous sommes partis en campagne parce que l’Iran était sur le point d’acquérir l’arme nucléaire — et aussi la capacité de produire des milliers, des milliers de missiles, pas une poignée, des centaines tombant sur nous chaque jour. Deux menaces existentielles que nous étions contraints d’écarter.

Si nous n’étions pas partis en opération « Jours de repentir », puis en opération « Rugissement du lion » contre l’Iran, les bombes atomiques auraient déjà été là.

Je vais vous dire comment nous avons conjuré ce danger. Avant l’opération « Jours de repentir », un renseignement précis et opportun me parvint : l’Iran commençait à convertir l’uranium enrichi en arme nucléaire. Dès réception de cette information, nous sommes passés à l’action. Nous avons éliminé douze de leurs plus hauts responsables du programme nucléaire. Nous avons attaqué leurs installations nucléaires — conjointement avec nos alliés américains — vous vous souvenez de l’attaque sur Fordow ? Quel travail remarquable ils ont accompli. Nous avons également détruit des dépôts de missiles et des centaines de lanceurs. L’ensemble de ces frappes a écarté de nous une double menace existentielle et immédiate.

L’opération « Rugissement du lion » : démantèlement en profondeur

Quelques mois après l’opération « Jours de repentir », un nouveau renseignement précis et opportun me parvint : Khamenei avait ordonné la reprise et même l’extension de l’industrie nucléaire et de l’industrie balistique. J’emploie à dessein le mot « industrie », car il envisageait quelque chose de bien plus vaste — sous terre. Il voulait enfouir à la fois la production de missiles et la production nucléaire, profondément sous une haute montagne, à une profondeur telle que même un bombardier B-2 ne pourrait y accéder.

Je ne pouvais pas rester les bras croisés. Nous sommes passés à l’action. Lors de l’opération « Rugissement du lion », nous avons éliminé huit autres scientifiques nucléaires, qui travaillaient cette fois sur l’armement — c’est-à-dire la fabrication de l’arme elle-même, et pas seulement l’uranium enrichi : sans cela, il est impossible de fabriquer des bombes atomiques.

Nous avons détruit l’usine d’eau lourde d’Arak. Nous avons anéanti l’ensemble de leur réseau de centrifugeuses ainsi que leurs usines de production d’uranium. En d’autres termes, l’Iran ne dispose plus d’une seule usine d’enrichissement active, et la majeure partie de leur capacité à produire des missiles a disparu. Ils ont encore des missiles, ils ont encore un stock — mais ce stock se vide progressivement.

Nous avons donc réussi à démanteler le programme nucléaire, à démanteler le programme balistique. Et nous avions un troisième objectif : affaiblir le régime iranien à son niveau le plus bas depuis sa fondation, il y a quarante-sept ans.

La décapitation du régime iranien

Voici ce que nous avons accompli. Nous avons éliminé le Guide suprême Khamenei, son successeur de facto Larijani, le ministre de la Défense, le ministre du Renseignement, le chef d’état-major de l’armée iranienne, le commandant des opérations de la Force Al-Qods, les commandants des Gardiens de la Révolution, les commandants du Bassidj, l’élite du sommet sécuritaire, l’élite du renseignement, l’élite de l’aviation, le responsable des missiles balistiques, le responsable du financement des organisations terroristes, le commandant de la marine iranienne et la flotte iranienne en mer Caspienne.

Nous avons aussi neutralisé des dizaines de commandements des Gardiens de la Révolution et de la sécurité intérieure, des dizaines d’hélicoptères et d’avions de transport, la machine financière des Gardiens de la Révolution — c’est-à-dire l’industrie sidérurgique iranienne — et les trois quarts des usines pétrochimiques d’Iran, dont vivent les Gardiens de la Révolution. Nous avons frappé la plus grande usine iranienne de production de kérosène, un dépôt de carburant, des liaisons ferroviaires utilisées pour transférer forces et armements, ainsi que des dizaines d’usines de l’industrie militaire.

Il y a encore de nombreux autres détails que je vous épargne — mais nous, nous ne leur avons rien épargné.

Un régime qui supplie pour un cessez-le-feu

Certains disent qu’il n’y a pas eu de résultats. Il y a eu des résultats gigantesques. Cela se traduit par ce régime affaibli qui demande, qui supplie pour un cessez-le-feu. Cela se traduit par des conflits internes au sein de ses dirigeants — nous en sommes informés. Nous observons les difficultés croissantes qu’ils rencontrent pour répondre aux besoins de leurs citoyens. C’est le signe d’un affaiblissement profond, profond du régime des mollahs.

L’Iran n’est plus le même Iran, et Israël n’est plus le même Israël. Eux qui voulaient nous anéantir se battent désormais pour leur propre survie.

Les tentacules de la pieuvre : Gaza, Liban, Syrie

Sur les bras de la pieuvre aussi, nous avons accompli des choses immenses.

Nous avons d’abord établi une règle : Israël ne tolérera pas que des organisations terroristes s’installent à sa frontière. Nous avons donc créé des zones de sécurité en profondeur en territoire ennemi.

À Gaza, nous contrôlons plus de la moitié de la superficie de la bande. Nous encerclons le Hamas de toutes parts et nous en viendrons à bout. En Syrie, nous sommes au sommet du mont Hermon et nous atteignons le Yarmouk — où nous veillons également, comme je m’en suis engagé, sur nos alliés Druzes.

Au Liban, un changement fondamental s’est produit. Vous vous souvenez de Nasrallah ? Il se vantait — « les juifs », c’est ainsi qu’il nous appelait, « les rongeurs de la route ». Il a été éliminé. Et avec lui, nous avons détruit son arsenal colossal de cent cinquante mille missiles et roquettes — en six heures. L’immense majorité de cet arsenal a été anéantie ; il leur en reste encore quelques-uns, nous y remédions.

Ils avaient également planifié autre chose : des milliers de combattants de la force Radwan devaient infiltrer discrètement la ligne de frontière, envahir et s’emparer de la Galilée. Ce plan, nous l’avons anéanti. Nous les avons prévenus, nous en avons tué un grand nombre, nous avons neutralisé tout le réseau souterrain qu’ils avaient préparé — les tunnels, les villages-forteresses terroristes en surface — et nous avons créé une zone de sécurité de huit à dix kilomètres pour éloigner la menace des roquettes de nos localités.

Nous combattons encore. Ce n’est pas terminé. Vous avez vu, il y a seulement quelques jours, l’opération la plus puissante depuis l’affaire des bipeurs : nous avons éliminé des centaines de terroristes en dix minutes. Et notre main reste tendue. Cela continue sans relâche.

Le Liban demande la paix — une première historique

Je veux vous dire ce qui s’est passé en conséquence de la puissance que nous avons démontrée. Le Liban s’est tourné vers nous — à plusieurs reprises au cours du dernier mois — pour engager des pourparlers de paix directs. Cela ne nous est jamais arrivé dans l’histoire. En fait, c’est arrivé une fois, il y a des décennies, mais maintenant ils sont revenus vers nous. J’ai subordonné cette démarche à deux conditions : nous voulons parvenir au désarmement du Hezbollah, et nous voulons un véritable accord de paix, un accord qui tienne pour les générations à venir.

Et je veux vous dire autre chose : ce n’est pas seulement le Liban. De nombreux autres pays — au Moyen-Orient et au-delà — se tournent vers nous pour des coopérations et des alliances, parce qu’ils voient notre puissance. La force rapproche, comme la faiblesse éloigne. La force rapproche. Et Israël est aujourd’hui plus fort que jamais.

Cette petite Israël — peut-être petite en superficie, mais immense dans son esprit et sa détermination — est devenue la puissance régionale la plus forte. Tout le monde le comprend, et dans une certaine mesure, également une puissance mondiale.

La collaboration avec Washington : une alliance sans précédent

Nous avons une alliance qui n’avait pas de précédent. Notre grand ami, le président des États-Unis, avec l’armée américaine aux côtés de Tsahal — des liens qui n’ont jamais existé. Nous travaillons en étroite collaboration avec le président Trump, entre Israël et les États-Unis, d’une manière sans égale.

Quant à l’uranium enrichi qui se trouve encore en Iran — comment le président Trump entend-il procéder ? Il doit être retiré : soit par accord, soit par d’autres voies. Mais nous y travaillons ensemble. Ce sont des accomplissements qui changent tout l’équilibre des forces, et Israël est un Israël différent, plus fort qu’auparavant.

Ceux qui nient les victoires ne changeront pas la vérité

Ces réalisations, certains veulent les nier, les minimiser. Évidemment, l’Iran en premier — et la propagande iranienne se répercute dans nos propres canaux médiatiques, tandis que la propagande de nos adversaires politiques est amplifiée dans les médias iraniens. Mais cela ne change pas la vérité.

Il y a ici un changement immense, colossal. Et il est venu grâce à nos pilotes intrépides, hommes et femmes, grâce à nos forces terrestres qui travaillent sans relâche, grâce à nos commandants et soldats héroïques, grâce aux tombés qui sont morts pour nous et aux blessés dans leur corps et dans leur âme, pour la guérison desquels nous prions.

Cela est venu grâce à vous, citoyens d’Israël : vous avez tenu bon tout au long. Je vous salue. Et cela est venu grâce aux décisions courageuses, déterminées et éclairées du gouvernement que je conduis.

Je veux vous dire : la main reste tendue. Avec « Jours de repentir » qui s’est levé et « Rugissement du lion » qui s’est élancé, nous continuerons, avec l’aide de D.ieu, à agir ensemble et à vaincre.