Le clin d’œil du serpent : comment l’ennemi de l’humanité est devenu symbole de guérison

Le clin d’œil du serpent : comment l’ennemi de l’humanité est devenu symbole de guérison

Le serpent enroulé autour d’un bâton orne les emblèmes des plus grandes organisations médicales du monde — une image née d’un épisode biblique aussi déroutant que profound. Dans la Paracha « ‘Houkat », D.ieu ordonne à Moché de dresser un serpent de cuivre sur une hampe, et quiconque le regarde est guéri de la morsure. Comment l’animal qui apporta la mort au monde est-il devenu le signe du salut ? La réponse touche au cœur même de la condition humaine et de la lutte contre le mal.

 

 

 

Rav Schneor Ashkenazi

 

 

Un symbole universel aux racines bibliques

Le symbole médical universel — un serpent suspendu à un bâton — orne aujourd’hui les emblèmes des institutions sanitaires les plus prestigieuses du monde : l’Organisation mondiale de la santé, l’Association médicale israélienne ou encore l’organisation caritative « Yad Sara ». Tous ont fait du serpent leur emblème de guérison.

L’inspiration est venue de la religion grecque antique, qui avait adopté le serpent comme attribut d’Asclépios, dieu de la médecine. Mais les Grecs eux-mêmes avaient puisé cette image dans notre paracha.

La révolte dans le désert et le châtiment des serpents

La paracha Houkat nous transporte vers la fin des années d’errance au désert. La traversée s’allonge, et le peuple recommence à se plaindre de la nourriture : « Il n’y a pas de pain, pas d’eau, et notre âme est dégoûtée de cette nourriture misérable. » En réponse à cette ingratitude, D.ieu envoie des serpents venimeux qui surgissent des sables et mordent le peuple.

Le peuple crie de douleur et D.ieu instruit Moché : « Fabrique-toi un saraf et place-le sur un étendard — quiconque aura été mordu le regardera et vivra. » Moché façonne alors un serpent de cuivre qu’il dresse sur une hampe, et la contemplation du serpent apporte la guérison. C’est là que naît ce lien troublant entre le serpent suspendu et le pouvoir de guérir.

Le paradoxe du serpent guérisseur

La chose est surprenante. Le serpent est l’ennemi de l’homme par excellence : il porte la connotation la plus négative qui soit, celle de l’être qui a introduit la mort dans le monde. C’est le serpent primordial qui séduisit ‘Hava pour qu’elle mange du fruit défendu ; ‘Hava entraîna Adam à sa suite, et la vie fut écourtée en punition, selon le décret : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière. » Comment cet être maudit est-il devenu un ange de guérison ?

Le Ramban soulève une difficulté supplémentaire : une ancienne méthode thérapeutique enseigne qu’il ne faut jamais mentionner devant une personne blessée par un animal le nom de cet animal, car cela lui porterait malheur — comme l’exprime le proverbe rapporté dans le Talmud (Baba Metsia 59b) : « On ne parle pas de corde dans la maison du pendu. » Comment se fait-il, alors, que celui qui a été mordu par un serpent doive fixer du regard son propre agresseur ?

La leçon des Sages : regarder vers le haut

Les Sages répondent à cette question dans la Michna (Roch Hachana, chapitre 3) : « Est-ce que le serpent tue ou le serpent guérit ? En réalité, lorsque les Bné Israël levaient les yeux vers le ciel, ils étaient guéris ; sinon, ils dépérissaient. » Le serpent n’était qu’un prétexte, un moyen de tourner les regards vers les hauteurs — et c’est dans ce regard vers le ciel que résidait la guérison véritable.

Reste néanmoins une question : pourquoi avoir suspendu un serpent plutôt qu’un rouleau de Sefer Torah, un livre de Psaumes ou une image de Moché Rabénou ?

La vision du Baal HaTanya : le clin d’œil divin derrière le mal

L’Admour Hazaken, auteur du Tanya et du Choul’han Aroukh HaRav, développe dans ses écrits une conception d’une grande profondeur : dresser le serpent vers les hauteurs avait pour but d’ouvrir les yeux sur l’intention divine cachée derrière cet animal venimeux. D.ieu soulève le voile derrière la bête malfaisante et nous invite à percevoir le « clin d’œil » divin dissimulé derrière elle.

Ce qui paraît être un ennemi redoutable n’est en réalité qu’un tremplin pour nous élever plus haut. La tentation qui nous entraîne vers la faute n’est que le plongeoir qui nous propulse vers la grandeur. Si nous pouvions entendre la voix profonde du serpent, nous l’entendrions proclamer : « Laissez-vous séduire par moi » — puis murmurer aussitôt : « Mais non, ne vous laissez pas séduire — je suis là pour vous élever plus haut que vous n’êtes. »

La parabole du roi et du séducteur

Voici une parabole : un roi vieillissant prépare son fils à régner. Il lui offre les meilleurs maîtres et une éducation de qualité, mais une inquiétude ronge son cœur : son jeune fils saura-t-il trouver en lui-même la force de résister à l’ivresse du pouvoir qu’implique une si haute charge ? Le roi décide d’envoyer un homme chargé de séduire le prince, de lui ouvrir une porte vers la faute morale, pour observer sa réaction.

Entrons dans la tête de ce séducteur : il cherche à déstabiliser le prince, mais au fond de lui, il sait que son succès serait un échec. Le roi serait profondément peiné d’apprendre la chute de son fils — et infiniment plus réjoui d’apprendre que le séducteur a échoué et que le prince a triomphé.

La science confirme : le venin devient antidote

De nos jours, la chose est même vérifiable scientifiquement : le remède à la morsure de serpent, c’est le serpent lui-même. On injecte au mordu un « sérum » — un liquide sanguin prélevé sur un animal ayant reçu du venin de serpent et ayant développé des anticorps contre cette morsure. Ces anticorps confèrent à l’organisme du mordu la capacité de développer sa propre immunité. Le serpent n’est donc que le déclencheur, l’aiguillon qui éveille de puissantes forces de résistance et permet de franchir une marche supplémentaire.

Ainsi, lorsque nous faisons face à la tentation du péché, regardons-la en face et sourions-lui : « Nous te connaissons. Nous sommes, au fond, du même côté. Laisse-nous tranquilles, et nous continuerons d’accomplir la volonté du Créateur dans la joie. »

 

 


Récit pour Chabbat :

Natan Charansky et son livre de Psaumes


 

 

Natan Charansky — ancien ministre au sein de gouvernements israéliens et ancien président de l’Agence juive — ne quitte jamais son domicile sans un petit livre de Psaumes noir glissé dans la poche de sa chemise. Derrière ce livre se cache une histoire de courage juif.

Natan avait épousé sa femme Avital en Union soviétique. Avital obtint une autorisation de aliya vers Israël, persuadée que Natan recevrait son visa dans la foulée. Elle partit pour Israël, mais Natan fut officiellement inscrit sur la liste des refuzniks. Les fonctionnaires de l’immigration déclarèrent que de l’herbe pousserait dans leurs mains avant qu’il ne quitte le pays.

Charansky engagea un combat mondial pour obtenir son autorisation d’émigrer, et les autorités soviétiques le classèrent comme ennemi d’État.

Un jour, un touriste américain entra chez lui et lui remit un colis de sa femme. Il contenait un petit livre de Psaumes, noir et discret. Le lendemain, les agents du KGB firent irruption dans son appartement et l’arrêtèrent. Natan rassembla ses affaires à la hâte et aperçut le livre de Psaumes — il le glissa dans son sac.

Le livre lui fut confisqué à son entrée en prison, et pendant trois ans, il ne cessa de réclamer qu’on le lui rende. Un jour, un gardien eut pitié de lui et le lui rapporta. Le lendemain, Natan reçut un télégramme lui annonçant le décès de son père. Il fut frappé de stupeur en constatant, une fois de plus, que le livre arrivait comme un signe du ciel, précisément au moment où il en avait besoin. Son cœur s’ouvrit aux chapitres des Psaumes et il tenta de les lire.

La petite écriture et la grandeur de la poésie hébraïque rendaient la compréhension difficile, et il décida de recopier les chapitres sur de grandes feuilles, lettre après lettre, mot après mot.

Natan avançait progressivement, jusqu’au jour où il parvint à comprendre une phrase entière du psaume 23 : « Même si je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car Tu es avec moi. »

Ces mots le bouleversèrent : « Je ne suis pas seul dans cette vallée de l’ombre. Je ne suis pas un grain de poussière sous les bottes des assassins, car Tu es avec moi. Toi, Maître de l’univers, Tu m’as envoyé ici pour être un témoignage mondial dans la lutte contre le mal. » Cette révélation le souleva vers les hauteurs, et les gardiens perdirent à ses yeux toute importance — ils lui apparurent comme de petits acteurs dérisoires dans une pièce écrite par D.ieu.

Natan passa des milliers d’heures dans les salles d’interrogatoire, fut enfermé plus de 400 jours dans un cachot, mais son esprit ne se brisa jamais. La découverte du livre de Psaumes fut plus puissante que le mal qu’on lui infligeait.

Fusillade à Montréal : un membre du Beth Habad tué, un policier abattu, un manifeste incel au cœur du drame

Fusillade à Montréal : un membre du Beth Habad tué, un policier abattu, un manifeste incel au cœur du drame

Trois personnes ont perdu la vie lundi dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal, dont un policier du SPVM et Michael Moshe Mizrahi, membre fidèle du Beth Habad local, tué par erreur dans la confusion des échanges de tirs. Le tireur, abattu par les forces de l’ordre, avait diffusé un manifeste de 104 pages nourri de l’idéologie misogyne des « incels », appelant à une révolution violente contre les femmes et les forces de police. Montréal n’avait pas connu la mort d’un policier en service depuis vingt-quatre ans.

 

 

Lundi 22 juin 2026, vers 11 h 35, le boulevard Décarie à Montréal a brutalement basculé dans l’horreur. Un citoyen a appelé le 911 après avoir aperçu le canon d’une arme pointé depuis la fenêtre d’un hôtel situé à l’intersection de l’avenue de Courtrai et de l’avenue Trans-Island. Quand les premiers agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sont arrivés sur les lieux, le tireur s’était déjà positionné au rez-de-chaussée. Les policiers ont immédiatement essuyé des tirs.

Une scène de guerre en plein Montréal

Selon les éléments communiqués en point de presse par le directeur du SPVM, Fady Dagher, l’assaillant s’était au préalable installé à la fenêtre de sa chambre d’hôtel, muni d’une carabine à lunette de visée — vraisemblablement une Simonov SKS, arme semi-automatique d’origine soviétique particulièrement répandue au Canada depuis la fin de la guerre froide. Face aux bureaux de la société propriétaire du site Pornhub, situés de l’autre côté de la rue, il avait ouvert le feu. Plusieurs vitres de l’immeuble avaient volé en éclats avant même l’arrivée des forces de l’ordre. Des dizaines de coups de feu ont été tirés au total. Un témoin, Brandon El Kaïm, a raconté avoir été confiné dans un hôtel voisin avec une vingtaine de personnes, entendant une première salve d’une dizaine de détonations, puis une seconde rafale à l’arrivée des policiers.

L’échange de tirs au niveau de la rue a tourné au drame. L’agent Mohamed Lamine Benredouane, 34 ans, policier au SPVM depuis 2021, a été abattu. Sa partenaire a, dans la confusion, atteint Michael Moshe Mizrahi, 68 ans, passant israélien qu’elle aurait confondu avec le tireur alors qu’il courait dans sa direction. La policière a elle-même été grièvement blessée ; son état est désormais stable. Un troisième agent, arrivé en renfort, a finalement neutralisé l’assaillant alors que celui-ci rechargeait son arme. L’intervention s’est achevée à 15 h 14, près de trois heures après les premiers coups de feu.

« Ce qui est survenu aujourd’hui est plus que terrible, c’est un drame et un cauchemar. »
— Fady Dagher, directeur du SPVM

Michael Moshe Mizrahi : une vie d’errance et de foi, une mort absurde

La victime civile était bien connue de la communauté juive de Montréal. Michael Moshe Mizrahi, 68 ans, était membre assidu du Beth Habad local. Originaire du Liban, il avait vécu en Israël avant de s’installer au Canada, laissant derrière lui un fils et deux filles résidant en Terre sainte. Ce lundi-là, il devait simplement retrouver son fils pour déjeuner. Avant le rendez-vous, il s’était rendu à pied sur le boulevard Décarie pour acheter un jus. Un geste du quotidien, anodin, fatal.

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) l’a décrit comme « un membre bien-aimé de la communauté juive de Montréal ». Le consul général d’Israël à Montréal a rendu hommage à cet homme dont la famille, selon ses mots, « connaît déjà les horreurs du terrorisme et de la violence ». L’organisation ZAKA est en contact avec les autorités canadiennes pour permettre son inhumation en Israël, conformément à la halakha.

Un manifeste de 104 pages : l’idéologie incel à l’origine du massacre

Le tireur, identifié par les médias canadiens comme Seth Hatfield, originaire de la province de l’Alberta, aurait parcouru plusieurs centaines de kilomètres avant de passer à l’acte. Peu avant la fusillade, il avait transmis au SPVM un manifeste de 104 pages, document glaçant dans lequel il déplorait la solitude des hommes ordinaires, accusait l’émancipation sexuelle des femmes et appelait à une révolution armée contre les forces de l’ordre — qu’il qualifiait de corrompues — et contre la société dans son ensemble.

Selon la professeure de sociologie Mélissa Blais, de l’Université du Québec en Outaouais, spécialiste du masculinisme violent, le document « est fidèle à la philosophie incel dans son vocabulaire et sa structure argumentative ». Le tireur y développe notamment le concept d’« hypergamie » — théorie selon laquelle les femmes ne rechercheraient que des hommes dominants — pour justifier sa haine. « Les incels vont se reconnaître dans ce manifeste. Il est l’un d’eux », a estimé la chercheuse, ajoutant qu’il avait de fortes chances d’intégrer le « panthéon » des figures vénérées au sein de cette mouvance.

La mouvance « incel » (de l’anglais involuntary celibate, célibataire involontaire) est classée comme idéologie haineuse par plusieurs agences de renseignement. Elle tient les femmes pour responsables des échecs amoureux et sexuels de ses adeptes et a inspiré plusieurs attaques meurtrières dans le monde, dont celle de Toronto en 2018 — dix morts, seize blessés — commise à bord d’un camion-bélier par un homme se revendiquant de ce mouvement. Radio-Canada a choisi de ne diffuser aucun extrait du document. L’enquête a néanmoins révélé que le tireur, tout en s’inspirant fortement du courant incel, avait élaboré une synthèse hétérodoxe mêlant critique marxiste du capitalisme et misogynie radicale.

L’agent Benredouane : la mort d’un serviteur de l’ordre

Le SPVM a officiellement confirmé lundi soir l’identité de son policier tombé en service. Mohamed Lamine Benredouane, 34 ans, avait rejoint les rangs du service en 2021. Fady Dagher, qui confie avoir travaillé deux fois sur le terrain avec lui, était visiblement ébranlé lors de sa prise de parole. « Son sens du devoir, son dévouement et son professionnalisme resteront pour toujours dans nos mémoires », a déclaré le SPVM dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. Sa mort porte à neuf le nombre de policiers montréalais décédés en service au cours des quarante dernières années, dont six par arme à feu.

La première ministre du Québec, Christine Fréchette, et le ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, ont tous deux rendu hommage à l’agent sur les réseaux sociaux et exprimé leur solidarité avec les forces de l’ordre. « Je suis extrêmement fier d’eux ; c’est préoccupant de voir ces gestes-là en 2026 », a conclu Dagher, saluant le courage exceptionnel de ses agents face à un assaillant armé et déterminé à mourir au combat.

Un quartier juif sous le choc, une ville meurtrie

La fusillade a eu lieu à quelques centaines de mètres seulement de plusieurs institutions de la communauté juive de Côte-des-Neiges : restaurants casher, écoles, synagogues et le Beth Habad dont Michael Moshe Mizrahi était familier. Une alerte d’urgence a été diffusée sur les ondes cellulaires de tout le Québec peu après 12 h 30, demandant aux résidents de s’abriter, de verrouiller leurs portes et de s’éloigner des fenêtres. La station de métro Namur a été fermée pendant plusieurs heures ; l’autoroute Décarie, coupée à la circulation. Par mesure préventive, l’Oratoire Saint-Joseph a été évacué et fermé au public. L’alerte n’a été levée qu’en milieu d’après-midi, une fois le périmètre entièrement sécurisé.

Le Bureau des enquêtes indépendantes du Québec (BEI) a été saisi de l’affaire, comme le prévoit la procédure systématique chaque fois qu’un civil est tué lors d’une intervention policière. La question centrale — l’agente a-t-elle abattu M. Mizrahi avant d’être elle-même blessée, ou après ? — reste à élucider. Les images de vidéosurveillance et les témoignages, diffusés sur les réseaux sociaux en quasi-direct, alimenteront l’enquête. « Je ne peux pas vous confirmer ou vous infirmer si c’était un guet-apens », a sobrement déclaré le directeur Dagher.

 

Le rêve du captif accompli : Elkanah Bohbot prie au Ohel du Rabbi et au 770, 738 jours après les tunnels de Gaza

Le rêve du captif accompli : Elkanah Bohbot prie au Ohel du Rabbi et au 770, 738 jours après les tunnels de Gaza

Depuis les profondeurs d’un tunnel de Gaza, Elkanah Bohbot avait confié une mission sacrée à son compagnon de captivité Ohad Ben Ami avant que celui-ci soit libéré : se rendre au 770 et prier pour sa délivrance. Libéré après 738 jours d’enfer, le rescapé israélien a finalement foulé lui-même les cours du siège mondial de Habad-Loubavitch à Brooklyn, puis s’est recueilli au Ohel du Rabbi à New York. Un cercle spirituel, tracé dans l’obscurité d’une geôle souterraine, vient de se refermer à la lumière.

 

 

 

 

Il y a des serments que l’on fait dans l’obscurité, lorsque la vie ne tient plus qu’à un fil. Elkanah Bohbot, producteur de fêtes né en 1989 à Mevasseret Tsion, en avait formulé un dans les entrailles de la terre — à trente mètres de profondeur, dans un tunnel de Gaza creusé pour la mort. Avant que son camarade de captivité Ohad Ben Ami ne soit libéré, Bohbot lui avait adressé une demande unique : se rendre au 770 Eastern Parkway, siège mondial de Habad-Loubavitch à Brooklyn, et élever une prière en son nom pour qu’il soit sauvé. Ben Ami a tenu parole. Et aujourd’hui, 738 jours après son enlèvement lors du massacre du festival Nova, c’est Bohbot lui-même qui a traversé l’Atlantique pour accomplir ce qu’un ami avait commencé à sa place.

7 octobre 2023 : de la fête à l’enfer en quelques minutes

Ce matin-là, Elkanah Bohbot était à son poste habituel d’organisateur du festival Nova, l’un des événements de musique électronique les plus courus de la scène israélienne, installé dans les champs près du kibboutz Réim. Lorsque les roquettes ont commencé à tomber peu avant 6h30, il a aussitôt coordonné l’évacuation des milliers de fêtards le long de la route 232, protégeant les autres au péril de sa propre vie. Pris en étau par les commandos du Hamas qui avançaient sur la voie de dégagement, frappé par une roquette antichar, contraint de se cacher entre les arbres en bordure de route, il a finalement été capturé aux alentours de 8h30 et transféré dans la bande de Gaza. À son arrivée, une foule locale s’est ruée sur lui à coups de bâtons, le laissant à demi inconscient.

Bohbot était marié à Rivka, d’origine colombienne, et père de Raam David, alors âgé de quatre ans. Le président colombien Gustavo Petro lui avait accordé la nationalité colombienne en novembre 2023, élargissant le front diplomatique de la mobilisation pour sa libération. Dans les heures suivant son enlèvement, le Hamas avait diffusé une vidéo le montrant ligoté aux côtés d’autres otages : Guy Gilboa-Dalal, Evyatar David, Bar Kuperstein et Almog Meir Jan.

Dans les tunnels : la guerre psychologique comme arme de destruction

Après quelques semaines de détention dans un appartement au-dessus du sol, Bohbot a été transféré dans un tunnel creusé à trente mètres de profondeur — un espace conçu pour quatre personnes, trop étroit pour tenir debout, qui en accueillait finalement bien davantage. Les conditions de survie étaient extrêmes : malnutrition quasi permanente, asthme aggravé par l’air confiné des galeries, infections de peau liées à l’humidité, et une guerre psychologique menée avec une cruauté méthodique.

L’un des moments les plus sombres de sa captivité a été ce qu’il appelle le « festin sadique ». Un jour, les geôliers leur ont apporté un immense plateau d’agneau entier cuit selon la tradition — le mandi, met de fête dans la cuisine arabe — sur un lit de riz basmati. Un luxe inouï pour des hommes qui peinaient à obtenir de l’eau. Bohbot a mangé. Lorsqu’il a rapporté le plat, son gardien lui a annoncé la raison de cette générosité inattendue : « On fête ça parce que vos soldats sont morts aujourd’hui. Une section du génie vient de tomber dans un bâtiment visé. » Bohbot a failli vomir sur place.

« J’avais faim depuis des mois. J’ai mangé. Et puis il m’a dit : on célèbre la mort de tes soldats. Je voulais rendre tout ce que j’avais avalé. »

Ses geôliers lui faisaient également visionner des vidéos des combats — des images de soldats israéliens tués, de blindés détruits, de corps. Des séquences que Bohbot demandait à arrêter, et que les terroristes relançaient vidéo après vidéo, cherchant à briser sa résistance intérieure. « Ce sont mes frères, disait-il. Des garçons de 19, 20 ans. Des réservistes. Mon équipe. » Dans les tunnels, cela se nomme torture psychologique. Dans les textes de droit international, cela s’appelle un crime de guerre.

La menace de conversion forcée : résister ou mourir

Dans les derniers mois de sa détention, alors que les espoirs d’accord s’effondraient, ses gardiens ont haussé le ton d’une façon nouvelle et particulièrement grave. Ils lui ont signifié qu’il devait se convertir à l’islam — immédiatement et sans conditions — ou qu’ils le tueraient. « Pourquoi ? lui a-t-il demandé. Si je refuse tu me tues, et si j’accepte tu me gardes ? » Son gardien lui a expliqué leur logique : d’après leurs croyances, il est interdit de tuer un musulman. Un non-musulman, en revanche, peut être exécuté.

Face à cette menace mortelle, Bohbot a eu recours à un principe au cœur même de la tradition juive depuis des millénaires : en cas de danger de vie, la ruse est permise. Il a prononcé les mots qu’on lui demandait, sans jamais les ressentir, afin de survivre et de retrouver son fils. « Notre foi, dit-il, on ne peut pas nous la prendre. Mais nous ferons tout pour sortir et vous faire la nique. » La « nique » en question, explique-t-il, c’est de rentrer chez lui, d’étreindre sa femme et son fils — et d’être là, vivant, pour le raconter.

« Je suis le prisonnier numéro 22. Hier encore, j’avais un nom, une identité, un espoir. Aujourd’hui, je ne suis qu’un numéro de plus. »
— Elkanah Bohbot, dans une vidéo diffusée par le Hamas, mars 2025

La prière comme bouclier : Tehilim dans les souterrains

Si la foi d’Elkanah Bohbot n’a jamais vacillé, c’est en partie parce qu’elle s’est exprimée quotidiennement dans ces tunnels où la lumière naturelle n’entrait jamais. Il récitait le Psaume 100 — le Mizmor leTouda, psaume d’action de grâces — trois ou quatre fois par jour, comme une ancre jetée dans le vide. Et lorsque les gardiens les appelaient pour aller chercher la nourriture, lui et ses compagnons récitaient en chemin le Psaume 121 — Chir lamaâlot — « Je lève les yeux vers les montagnes, d’où me viendra le secours ? » — avec la conviction qu’un jour ils chanteraient ce même psaume sur le chemin du retour. Ce jour est arrivé.

L’une des pratiques les plus inattendues de leur vie souterraine était l’utilisation de parfum le vendredi, pour honorer l’approche du Chabbat. Bohbot avait fabriqué une petite pochette avec du fil et un bout de tissu cousu par son compagnon Maxim pour y conserver quelques effluves. « Après deux ans à ne rien sentir de bon, le simple fait d’inhaler un parfum le vendredi soir, c’était un monde entier », confie-t-il. Depuis sa libération, il prend des douches longues de trente minutes. Sa femme Rivka s’en étonne. Il lui répond simplement : « Tu sais ce qui s’est passé. »

Le signe divin au jour 695 : la photo de Raam David

Au 695ème jour de sa captivité, un événement a changé quelque chose dans son rapport au temps et à l’espérance. On lui a remis une photo de son fils Raam David — image précieuse entre toutes, puisqu’il n’avait vu le visage de l’enfant que dans ses hallucinations et ses rêves. « J’ai compris à ce moment-là que c’était un signe du Créateur, dit-il. S’il me permet de le voir maintenant, c’est que je rentre bientôt à la maison. Là, j’ai senti la présence de D.ieu : Voilà ton signe. Continue d’être fort. Il y a quelqu’un qui t’attend chez toi. » Quarante-trois jours plus tard, il était libéré.

Il raconte aussi un moment où, à bout, il a demandé à l’un de ses gardiens l’état des négociations — si Israël avait envoyé un document, si le Hamas avait répondu. Et son geôlier, épuisé lui aussi, lui a avoué : « Le Hamas n’a même pas encore répondu. » Bohbot s’est alors surpris à réconforter son propre kidnappeur : « Ne t’inquiète pas, il y aura un accord. » Avant de se reprendre lui-même : qui donc, ici, avait le plus besoin d’espoir ?

Au cimetière militaire : rendre grâce aux soldats tombés

Avant même de se rendre au 770 et au Ohel, Bohbot a tenu à visiter la section des tombes militaires pour remercier en personne ceux qui avaient rendu sa liberté possible. « Dans les tunnels, ils me montraient des vidéos de nos soldats tués. Je me disais toujours : je leur dois ma vie. Ce sont mes frères. Des garçons de 19, 20 ans. Je ne pouvais pas ne pas venir ici. » Devant la tombe d’un soldat du génie tué deux semaines avant sa libération — l’un de ceux dont la mort avait servi de « prétexte à festin » à ses geôliers — Bohbot a posé une cigarette, comme ses camarades le faisaient, et a récité le Psaume 100 sur la pierre tombale.

Il a également rendu hommage à la mémoire d’Arthur Satav, policier tombé en service ce jour-là en protégeant des fêtards de son propre corps, dont la fille était présente. Bohbot, qui était lui-même l’un des organisateurs du festival, a tenu à lui dire : « En tant que quelqu’un qui a amené des gens à cette fête, j’ai ressenti la même responsabilité de les faire sortir. Ton père a fait quelque chose que peu d’hommes font : il a choisi de rester. » La fille du policier a répondu, la voix brisée : « Quand nous l’avons supplié de rentrer, il nous a dit : Je fais sortir les enfants d’ici, et je rentre. »

« Des gens avec si peu d’armes, qui tiennent des familles, et qui choisissent de donner leur vie. J’ai vu ça de mes propres yeux. Si la police n’avait pas été là ce jour-là, je ne sais pas où en serait ce drame aujourd’hui. »

La mission confiée à Ohad Ben Ami : prier à sa place au 770

C’est au fond de ces tunnels que Bohbot a formulé sa demande à Ohad Ben Ami, libéré le 8 février 2025 après 491 jours de captivité. Avant que son compagnon ne remonte vers la lumière, il lui a confié une mission spirituelle : se rendre au 770, le siège mondial de Habad-Loubavitch, et y prier pour sa délivrance. Ben Ami a accompli ce vœu. Et lorsqu’il a rapporté la nouvelle à la famille de Bohbot — dont la femme Rivka avait reçu de lui la première preuve de vie — cela a renforcé la conviction que la prière avait été entendue.

Elkanah Bohbot a finalement été libéré dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2025, après 738 jours de détention. Sa libération a été coordonnée par les équipes du Premier ministre Benjamin Netanyahou et par la division gouvernementale chargée des otages et disparus, en lien avec les négociateurs américains et qataris.

Au Ohel du Rabbi : fermer le cercle

En se présentant lui-même devant la sépulture du Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson — de mémoire bénie — dans le cimetière Montefiore de Queens, Elkanah Bohbot a accompli l’acte qu’il avait rêvé d’accomplir lorsque rien ne garantissait qu’il en serait un jour capable. Il a récité le Mizmor leTouda — ce même psaume qu’il psalmodiait trois fois par jour dans les tunnels — sur la pierre du Ohel, a allumé une bougie, déposé un billet personnel et donné à la tsédaka, comme l’exige la tradition en ce lieu saint.

Sa visite s’inscrit dans un mouvement plus large : avant lui, Segev Kalfon, Matan Angrest, Nimrod Cohen et Bar Kuperstein s’étaient rendus ensemble au Ohel avec leurs familles. « Ici, nous avons pleuré, nous avons prié, nous nous sommes donné mutuellement de la force », avait confié le Rav Mendy Naftalin, coordinateur de la visite. « Pouvoir y revenir avec vous est bouleversant : nous fermons le cercle. » D’autres anciens otages — Omer Shem Tov, Agam Berger, Sacha Troufanov, Noa Argaman et Edan Alexander — avaient également prié au Ohel dans les mois précédents. En novembre 2023, 170 proches d’otages avaient affrété un vol charter depuis Israël pour venir prier en ce lieu.

Les retrouvailles avec Raam David : la boîte aux trésors

Le moment que Bohbot avait le plus redouté dans ses nuits de tunnel était celui des retrouvailles avec son fils. Et si l’enfant ne courait pas vers lui ? Et s’il l’avait oublié ? Et s’il n’osait pas l’approcher ? À son retour, Raam David s’est élancé vers lui. Ses premiers mots : « Tu m’as manqué. » Ces trois syllabes ont, selon Bohbot, « tout terminé et tout commencé en même temps ».

Rivka avait préparé, avec Raam David, une boîte en carton remplie de tout ce que le petit garçon voulait montrer à son père dès qu’il rentrerait : des dessins où l’enfant avait représenté papa, maman et lui-même, avec, dans un coin, un bébé — frère ou sœur à venir, dessiné d’instinct. Une paire de jumelles fabriquée à la maternelle : quand la maîtresse avait demandé à l’enfant pourquoi il voulait des jumelles, il avait répondu : « Pour chercher papa. » Un drapeau israélien, un avion en papier, un personnage du dessin animé Yuval le Curieux. Et une lettre d’anniversaire qu’Elkanah avait écrite à son fils depuis la captivité, à l’occasion de ses cinq ans, qu’il lui a lue à voix haute à son retour : « Raam David, mon chéri, ma vie. Papa t’écrit du fond du cœur. Je veux te souhaiter d’abord la santé. Sois fort et prends soin de maman. Tu es mon soleil en hiver et ma lumière dans l’obscurité. Je t’aime plus que tout au monde. »

Quelques secondes après les retrouvailles, Raam David a sorti un robot et lui a dit : « Viens, je vais t’apprendre comment on joue. » Bohbot raconte : « J’étais là, je me disais — ce n’est pas réel. Je suis assis avec mon fils et il me dit viens, papa, je vais t’apprendre. J’ai fondu. Complètement fondu. »

Un peuple qui ne se rend pas

Lors de sa visite au cimetière militaire, Bohbot s’est arrêté devant un alignement de tombes fraîches et a murmuré une phrase qui résume peut-être ce que ces 738 jours lui ont appris : « Vous voulez savoir quel peuple nous sommes ? À chaque guerre, à chaque attentat, à chaque opération — à chaque coin de rue, il y a un héros. Quel peuple, vraiment. » Puis il a récité le Psaume 100, le même qu’au fond du tunnel, le même qu’au Ohel du Rabbi. Le même que le jour où il pensait ne jamais revoir la lumière du jour.

Son parcours illustre ce que des dizaines d’anciens otages traversent en silence : le retour à la vie, après deux ans dans l’obscurité, est lui-même une épreuve. Il confie ne plus dormir la nuit, envier parfois ceux qui n’ont pas connu cela. Mais en posant ses mains sur la pierre du Ohel, Elkanah Bohbot a accompli quelque chose que peu d’hommes peuvent dire : honorer en personne une promesse faite dans l’enfer, et la transformer en action de grâces.

Fusillade à Montréal : Michael Moshe Mizrahi, membre de la communauté juive, tué parmi les trois victimes de Côte-des-Neiges

Fusillade à Montréal : Michael Moshe Mizrahi, membre de la communauté juive, tué parmi les trois victimes de Côte-des-Neiges

Une fusillade préméditée a ensanglanté ce lundi matin le quartier Côte-des-Neiges de Montréal, cœur historique de la vie juive organisée au Canada, faisant trois morts dont un policier tombé dans l’exercice de ses fonctions et Michael Moshe Mizrahi, membre bien connu de la communauté juive locale, décédé des suites de ses blessures à l’hôpital. L’identité de la victime civile a été confirmée par l’unité internationale de ZAKA, dont le bénévole montréalais Moishy Blech a décrit l’émotion immense qui étreint la communauté : « Michael était connu et aimé de tous — un homme qui priait avec nous à la synagogue. » Le tireur, retranché dans une chambre du Hilton Garden Inn Midtown à proximité immédiate du Beth Habad-Loubavitch, a ouvert le feu sur les premiers policiers arrivés sur les lieux avant d’être neutralisé, tandis que le Chalia’h Habad de Montréal accueillait dans les locaux du Beth Habad une centaine de civils évacués des hôtels voisins.

 

 

C’est à 11 h 35, heure locale, que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) reçoit les premiers appels signalant des détonations à l’angle de l’avenue Trans Island et de l’avenue de Courtrai, dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Des témoins rapportent avoir entendu entre vingt et trente coups de feu tirés en rapide succession, semant la panique dans ce quartier résidentiel et commerçant d’ordinaire réputé pour son calme et sa vitalité communautaire.

« Il y a eu environ dix ou douze coups de feu tirés à la suite. Le parc s’est vidé en quelques secondes. Des parents fuyaient avec leurs enfants dans les bras. Nous sommes entourés d’écoles. C’est un quartier très familial. Nous sommes tous complètement sous le choc. »
— Brandon Elkaim, résident du quartier, à CTV News

Un tireur embusqué depuis une chambre d’hôtel, une arme de précision sur trépied

Selon des sources policières citées par La Presse, l’attaque résulte d’une préparation méticuleuse. L’assaillant s’était installé dans une chambre du Hilton Garden Inn Montreal Midtown, hôtel situé en vis-à-vis de l’intersection visée. Depuis cette position élevée, il a ouvert le feu à l’aide d’une carabine de type SKS — une arme longue fixée sur trépied et équipée d’un télescope de visée —, dispositif caractéristique d’un tir de précision planifié. D’autres armes ont en outre été retrouvées sur le corps du suspect après sa neutralisation. Vêtu de tenues de camouflage militaire et portant une ceinture de munitions, l’assaillant avait manifestement anticipé une confrontation prolongée avec les forces de l’ordre.

Fait particulièrement troublant pour les enquêteurs : c’est le suspect lui-même qui aurait composé le numéro d’urgence 911 pour alerter la police, créant délibérément une embuscade contre les premiers agents arrivés sur les lieux. Cette stratégie de piège rappelle des modes opératoires observés dans d’autres attaques terroristes préméditées à travers le monde.

À 12 h 34, le ministère de la Sécurité publique du Québec a émis une alerte Québec En Alerte sur l’ensemble des téléphones cellulaires de l’île de Montréal : « Suspect armé et dangereux dans le secteur de Côte-des-Neiges. Évitez le secteur. Abritez-vous à l’intérieur, verrouillez les portes, éloignez-vous des fenêtres et suivez les directives des autorités locales. »

Trois morts, une policière grièvement blessée, une ville sous le choc

Le bilan humain, confirmé en début d’après-midi par le SPVM, est lourd. Un policier est mort sous les balles dans l’exercice de ses fonctions — perte que la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a qualifiée d’irréparable en présentant ses condoléances à la famille et aux collègues de l’agent tombé. Une policière a été grièvement blessée et hospitalisée d’urgence. Un citoyen civil a également perdu la vie dans des circonstances qui restent à préciser. Le suspect a été neutralisé aux alentours de 13 h 25, portant à trois le nombre total de décès confirmés.

Le porte-parole du SPVM, Jean-Pierre Brabant, a déclaré en direct à la population : « Nous demandons à tout le monde d’éviter le secteur. La situation n’est pas sous contrôle. » L’autoroute Décarie a été fermée dans les deux sens entre les échangeurs Turcot et Décarie tout au long de l’opération, et les lignes bleue et orange du métro de Montréal ont subi d’importantes perturbations. Un périmètre de sécurité étendu a été maintenu pendant plusieurs heures tandis que les équipes judiciaires procédaient aux premières constatations.

Le Beth Habad, refuge pour une centaine de civils évacués

Au cœur du chaos, le Beth Habad-Loubavitch du quartier a joué un rôle inattendu mais emblématique. Le Rav Chaïm Shlomo Cohen, Chalia’h Habad à Montréal, a confié à Ynet que les tirs avaient visé un immeuble attenant au Beth Habad. Alerté par les détonations depuis son bureau, il a vu des agents du SPVM faire irruption dans les locaux pour y évacuer les résidents des hôtels voisins.

« La fusillade visait un bâtiment juste à côté du Beth Habad. Les tirs partaient de l’hôtel en direction de cet immeuble. Nous avons accueilli environ cent personnes — des bénévoles et des gens évacués des hôtels environnants. J’étais dans mon bureau quand des policiers sont entrés en disant que personne ne pouvait sortir. »
— Rav Chaïm Shlomo Cohen, Chalia’h Habad à Montréal, à Ynet

Des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré une unité d’intervention en tenue tactique encerclant une maison appartenant à une famille affiliée à Habad-Loubavitch. Le témoin Tzeigerman, résidente du quartier, a décrit depuis sa fenêtre une mobilisation policière spectaculaire incluant de nombreux hélicoptères, confirmant que « la zone est juive, avec une épicerie cachère et un Beth Habad ».

 

 

Michael Moshe Mizrahi : un nom, un visage, un deuil communautaire

La victime civile de la fusillade a désormais un nom. L’unité internationale de ZAKA a formellement identifié le défunt comme étant Michael Moshe Mizrahi, membre bien connu de la communauté juive de Montréal. Grièvement blessé lors de l’assaut, il avait été transporté d’urgence dans un hôpital de la ville où il a succombé à ses blessures. Les circonstances exactes de son décès — notamment la question de savoir s’il se trouvait à proximité immédiate du lieu des tirs ou s’il a été atteint dans un contexte particulier — font toujours l’objet de l’enquête en cours.

Moishy Blech, résident de Montréal et bénévole de ZAKA présent à proximité de la scène dès les premières heures de l’intervention, a témoigné de la désolation qui s’est emparée de la communauté.

« C’est un incident grave, qui fait encore l’objet d’une enquête de la part des autorités locales. L’émotion dans la communauté est immense. Michael était connu et aimé de tous — un homme qui priait avec nous à la synagogue. Nous partageons tous la douleur de sa famille. »
— Moishy Blech, bénévole ZAKA Montréal

ZAKA a précisé demeurer en contact étroit avec les autorités locales dans l’attente d’une autorisation d’accès au périmètre. « Dès que nous serons autorisés à entrer sur les lieux, nous travaillerons à recueillir les restes et à veiller à ce que le défunt soit traité avec dignité et inhumé conformément à la loi juive », a conclu Moishy Blech — rappelant la vocation première de cette organisation internationale présente sur chaque scène de drame touchant des Juifs à travers le monde.

Un quartier au cœur de la vie juive montréalaise depuis l’après-guerre

Le choix géographique de l’attaque ne peut manquer d’interpeller toute personne familière de la géographie communautaire montréalaise. Côte-des-Neiges est l’un des pôles les plus denses de la vie juive organisée au Canada. Le quartier est devenu un foyer de la communauté juive dans l’après-guerre, lorsque les familles juives en pleine ascension sociale ont quitté les environs de Saint-Urbain pour s’y installer. On y trouve aujourd’hui, à quelques centaines de mètres du lieu du drame, la synagogue espagnole et portugaise — la plus ancienne du pays, fondée en 1768 et installée dans le quartier depuis 1947 —, de nombreuses institutions Habad-Loubavitch dont une communauté florissante dirigée par le Rav Cohen, des écoles juives de renom telles que Beth Rivkah Academy, le Vaad Ha’ir, le MADA, ainsi qu’une multitude de restaurants, épiceries et commerces cachères.

L’ensemble de ces établissements — commerces, écoles, institutions communautaires — a été placé en confinement immédiat dès les premiers échanges de tirs. Le Centre pour Israël et les affaires juives (CIJA) a indiqué suivre la situation de très près, faisant part de « ses pensées pour toutes les personnes touchées par cet événement ainsi que pour l’ensemble des policiers mobilisés pour assurer la sécurité des citoyens ».

Un manifeste rédigé avant l’attaque : la piste idéologique au cœur de l’enquête

Selon plusieurs sources concordantes citées par les médias canadiens et israéliens, le suspect aurait préparé et diffusé un manifeste écrit avant d’ouvrir le feu, transmis à différents organes de presse en amont de l’attaque — une démarche délibérément propagandiste qui oriente d’emblée les enquêteurs vers une dimension idéologique. Les services de renseignement et la division des crimes haineux du SPVM se penchent sur ce document dans l’espoir d’établir les motivations profondes de l’assaillant. À ce stade, aucun mobile officiel n’a été communiqué par les autorités, qui se gardent de toute qualification pénale prématurée.

L’hypothèse d’un acte antisémite n’est pas écartée par les observateurs compte tenu de la localisation de l’attaque, de la proximité immédiate du Beth Habad et des institutions juives, et de la présence d’un manifeste. Mais les enquêteurs soulignent que la dimension idéologique doit être établie sur la base de preuves matérielles et textuelles. Un bénévole de l’organisation ZAKA présent à proximité de la scène a signalé aux médias des informations non confirmées faisant état de prises d’otages à l’intérieur du périmètre — information que les autorités n’ont pas validée.

Une vague d’antisémitisme sans précédent en toile de fond

La fusillade de Côte-des-Neiges ne survient pas dans un vide. Elle s’inscrit dans un contexte de violence antisémite que le Canada n’avait jamais connu à cette intensité depuis la fondation des organismes de surveillance communautaires. B’nai Brith Canada a enregistré 6 800 actes de haine antijuive à l’échelle nationale en 2025 — le chiffre le plus élevé depuis le début de ses relevés statistiques en 1982, représentant en moyenne 18,6 incidents quotidiens et une hausse de 145,6 % par rapport aux niveaux de 2022. En 2026, ce seuil avait déjà été dépassé avant même la fin du mois de mai.

La liste des attaques récentes est édifiante : trois synagogues visées en cinq jours en mars 2026, des tirs répétés contre une école juive de filles à Toronto, deux institutions juives montréalaises touchées par des cocktails Molotov, un homme juif roué de coups devant ses enfants dans les rues de Montréal, et — deux semaines seulement avant cette fusillade — l’arrestation d’un suspect après une tentative d’incendie contre le Temple Emanu-El-Beth Sholom, l’une des plus anciennes synagogues de Montréal. Le premier ministre canadien Mark Carney avait lui-même pris la parole pour qualifier la situation de « crise nationale », reconnaissant que des antisémites avaient tiré des balles contre des écoles juives, lancé des engins incendiaires sur des synagogues et ciblé des commerces et associations communautaires.

La fusillade de ce lundi, avec sa préparation opérationnelle élaborée, son manifeste et la localisation délibérée au cœur du quartier juif le plus dense de Montréal, risque de marquer un seuil supplémentaire dans cette escalade — ou, dans le meilleur des cas, de constituer l’électrochoc politique qui conduira les autorités à passer, selon la formule du Consulat général d’Israël à Toronto exprimée début juin, « des mots aux actes ».

Réactions politiques : condoléances et appels à l’action

Les réactions politiques ont été immédiates. Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, s’est dit profondément troublé par le décès d’un agent, tandis que Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec, a déclaré qu’« aucun policier, aucune policière, ne devrait être la cible d’une telle attaque dans l’exercice de ses fonctions ». La mairesse Soraya Martinez Ferrada a présenté ses condoléances personnelles à la famille, aux proches et aux collègues du policier décédé, promettant que la lumière serait faite dans les meilleurs délais sur les circonstances de cette tragédie.

Un point de presse des autorités policières était attendu dans l’après-midi pour fournir un bilan actualisé et les premières orientations de l’enquête criminelle. La mobilisation de la communauté juive, des instances politiques canadiennes et des organisations de défense contre l’antisémitisme se profile déjà comme une réponse collective à un drame dont les ramifications dépassent largement les frontières de la métropole québécoise.

Les enquêtes sont en cours. Cet article sera mis à jour au fil des développements officiels.

 

Des Avrekhim du Kollel Torat Menachem reçoivent leur ordination rabbinique après un examen brillant à Londres

Des Avrekhim du Kollel Torat Menachem reçoivent leur ordination rabbinique après un examen brillant à Londres

 

Les membres du Kollel Torat Menachem de Yerres et du Kollel Lev Binyamin ont passé avec succès un examen rigoureux en vue d’obtenir la Semikha sur les lois de la pureté familiale. L’épreuve a été conduite à Londres par le Rav Yossef Padwa, président de la fédération des communautés orthodoxes Kedassia. Devant l’excellence de leurs réponses, il a confirmé leur pleine aptitude à devenir de véritables Rabbanim.

 

 

 

Un examen exigeant pour une ordination rabbinique

Les membres du Kollel Torat Menachem de Yerres, en France, sous la direction et la conduite du Rav Zerbib et du Rav Nizard, ainsi que ceux du Kollel Lev Binyamin sous la direction du Rav Loeb, ont passé avec succès un examen en vue d’obtenir une Semikha, c’est-à-dire l’ordination rabbinique, portant sur les lois de la Nida et du Mikvé, relatives à la pureté familiale.

Un examinateur de renom

L’examen a été mené par le Rav Yossef Padwa à Londres, Rav de la communauté ‘Héshev Haéphode de Londres et président de la fédération des communautés orthodoxes Kedassia. Il est le fils du célèbre décisionnaire, auteur des Responsa ‘Héshev Haéphode.

Des réponses brillantes en théorie comme en pratique

Le Rav a interrogé les Avrekhim, les étudiants, sur les lois de la Nida. Constatant qu’ils répondaient avec brio, tant sur le plan théorique que sur le plan pratique, il leur a également soumis des questions complexes portant sur les lois du Chabbat et de la Kasherouth, c’est-à-dire les questions du permis et de l’interdit, qui lui avaient été adressées récemment.

La signature de la Semikha

Pour conclure, le Rav a souligné que les Avrekhim avaient remarquablement bien étudié, qu’ils maîtrisaient parfaitement l’application pratique de la Halakha, et qu’ils étaient pleinement dignes de devenir de véritables Rabbanim. Il a ensuite signé leur ordination rabbinique, la Semikha.

3 Tamouz : déception, injustice, opportunité ratée… plongée dans les Iguerot Kodech du Rabbi !

3 Tamouz : déception, injustice, opportunité ratée… plongée dans les Iguerot Kodech du Rabbi !

À travers une série de réponses adressées à des personnes en détresse, le Rabbi de Loubavitch dévoile une sagesse capable de bouleverser notre regard sur l’échec, l’angoisse et l’adversité. Chaque conseil renverse une certitude et invite à voir dans l’obstacle non pas un mur, mais un tremplin. Ces enseignements, transmis au fil des rencontres, demeurent d’une actualité saisissante pour quiconque cherche la paix intérieure.

 

 

 

Changer de perspective face aux échecs

Un homme vient se plaindre auprès du Rabbi d’avoir perdu une opportunité professionnelle, qu’un ami lui aurait dérobée. Le Rabbi lui répond avec fermeté : personne ne peut vous enlever ce qui vous est véritablement destiné. Si vous ne l’avez pas obtenu, c’est simplement que cela n’était pas pour vous.

Combattre l’ingratitude et voir le positif

Face à un homme qui se lamente sur ses problèmes alors qu’il jouit d’une famille et de la santé, le Rabbi lui fait remarquer son ingratitude. La nature humaine a tendance à se focaliser sur le point noir, le négatif, au lieu de contempler la feuille blanche, c’est-à-dire les bénédictions. Le Rabbi rappelle que savoir remercier D.ieu pour ce que l’on possède attire d’autres bénédictions.

Les obstacles sont là pour nous renforcer

À une personne qui se heurte à des difficultés, qu’il s’agisse de l’opposition de sa famille ou de son entourage, en cherchant à se rapprocher du judaïsme, le Rabbi explique que rien n’arrive sur un plateau d’argent. D.ieu ne donne que des épreuves que nous sommes capables de surmonter, et ces défis ont pour vocation de nous « vacciner » et de nous rendre plus forts.

Guérir ses propres tourments en s’occupant des autres

Une étudiante qui se sent profondément égoïste, anxieuse et obsédée par ses propres difficultés reçoit du Rabbi un conseil inattendu : se rendre à la cantine, y prendre son plateau-repas et le donner à quelqu’un d’autre. L’enseignement est puissant : le meilleur moyen de retrouver la paix intérieure et de sortir de la déprime consiste à cesser d’être centré sur soi-même et à agir pour autrui.

L’importance de la régularité, même pour cinq minutes

À un étudiant qui prétend ne disposer que de cinq minutes de temps libre et demande s’il peut interrompre son étude quotidienne de la Torah, le Rabbi répond que l’étude n’est pas un service rendu à D.ieu, mais un bienfait pour l’étudiant lui-même. Prendre le temps d’étudier chaque jour devient source de bénédiction dans la gestion même du temps.

L’attitude à adopter lors de la visite au Ohel

En conclusion de son propos, le Rav Yossi Amar explique que lorsqu’on se rend prier sur la tombe du Rabbi, le Ohel, il ne faut pas se contenter d’énumérer ses problèmes pour réclamer des miracles. Il est essentiel de prendre de bonnes résolutions, qu’il s’agisse d’engagements personnels ou de Mitsvot supplémentaires, afin d’accompagner ses requêtes.

Mercredi  24 juin 2026 : Cérémonie marquant l’achèvement de la traduction française du Talmud de Babylone au Beth Hanassi

Mercredi 24 juin 2026 : Cérémonie marquant l’achèvement de la traduction française du Talmud de Babylone au Beth Hanassi

Une cérémonie marquant l’achèvement de la traduction française du Talmud de Babylone, édition Drahi, se tiendra à la résidence du Président en présence du Président Isaac Herzog et son épouse, Michal Herzog

 

 

Jérusalem, juin 2026 — Une cérémonie solennelle marquant la publication du Talmud de Babylone en français, édition Drahi, se tiendra le mercredi 9 Tamouz 5786 (24 juin 2026), à la résidence du Président à Jérusalem. L’événement se déroulera en présence du Président de l’État d’Israël, M. Isaac Herzog, et de son épouse, Mme Michal Herzog.

Cet événement marque une étape importante dans l’héritage toranique universel du Rav Adin Even-Israël Steinsaltz, de mémoire bénie, dont la traduction et le commentaire du Talmud ont ouvert les portes de l’étude à un large public à travers le monde. La traduction intégrale du Talmud en français, une première dans l’histoire, effectuée avec le concours des Éditions Biblieurope, représente une nouvelle oeuvre dans toute la série de traductions menées par le Centre Steinsaltz pour rendre le Talmud accessible aux locuteurs de diverses langues dans le monde entier. Cette édition française a été rendue possible grâce au soutien de la Fondation Patrick & Lina Drahi, dont la contribution a été déterminante pour mener à bien ce projet. La date de la cérémonie, le 9 Tamouz, le jour où le Talmud fut brûlé à Paris au XIIIe siècle, constitue un symbole de continuité et de réparation dans le monde de l’étude juive.

À propos de cet événement, le Rav Meni Even-Israël, Directeur du Centre Steinsaltz et fils du Rav Adin Steinsaltz, de mémoire bénie, a déclaré : « L’achèvement de la traduction française du Talmud est une nouvelle réalisation de la vision de mon père : restituer la bibliothèque juive à l’ensemble du peuple juif et à chacun, indépendamment de sa langue ou de son origine. Nous sommes profondément reconnaissants envers la Fondation Patrick & Lina Drahi pour le partenariat et le soutien qui ont permis de concrétiser cette vision et fort honorés de partager cette réalisation en présence du Président et de son épouse. »

De la part de la Fondation Patrick & Lina Drahi : La Fondation Patrick & Lina Drahi considère comme un grand privilège de s’associer à la préservation et à la diffusion de l’héritage du peuple juif. Pour nous, le projet visant à rendre le Talmud de Babylone accessible aux francophones, selon l’approche du Rav Steinsaltz, représente une invitation lancée au monde francophone à franchir les portes du Talmud de Babylone et à rejoindre son étude — une étude qui encourage un débat visant à faire émerger la vérité plutôt qu’à remporter une victoire, un débat fondé sur le respect, l’écoute et la curiosité. Puisse cette nouvelle édition permettre à un plus grand nombre de personnes de découvrir la beauté de la pensée talmudique et l’esprit du Rav Steinsaltz.

Pour plus d’informations ou pour coordonner une couverture médiatique, veuillez contacter le Centre Steinsaltz à l’adresse [email protected]

Mission Entebbe  : De la Révélation du Sinaï aux Miracles de Notre Temps – Discours du 13 Tamouz 5736-1976

Mission Entebbe : De la Révélation du Sinaï aux Miracles de Notre Temps – Discours du 13 Tamouz 5736-1976

Ce discours du 13 Tamouz 5736 met en lumière un principe fondamental : la Torah et ses miracles ne sont pas relégués au passé, mais exigent de nous un renouvellement constant. En s’appuyant sur l’héritage de nos Maîtres et face aux bouleversements de l’actualité mondiale – où le sauvetage miraculeux à Entebbe défient les lois de la nature –, cette Si’ha nous rappelle que notre sécurité physique est intrinsèquement liée à notre bouclier spirituel. 

 

 

 

Discours du 13 Tamouz, 5736

 

 

La Torah au Quotidien : Un Éternel Renouvellement

On a déjà parlé à maintes reprises lors d’un rassemblement (Farbrengen) lié à un événement et à un sujet qui se sont produits il y a quelque temps, et à plus forte raison il y a de nombreuses années, du fait que, selon la Torah – qui est appelée « Torah de vérité », car ce qu’elle indique et ordonne de faire correspond à la vérité absolue –, la Torah exige que l’on se souvienne de cet événement exactement comme s’il se produisait pour la première fois : « Chaque jour, ils seront à tes yeux comme nouveaux ».

Comme on le sait, il y a deux versions à ce sujet : dans un endroit, il est écrit « Kachadashim » (comme nouveaux, avec un « Kaf » de comparaison), et dans un autre endroit, il est écrit « Chadashim » (nouveaux, sans le « Kaf » de comparaison).

L’explication de ces deux versions est la suivante : on sait que l’on a affaire à un être humain composé de chair et de sang, qui est donc limité dans le temps. Il est par conséquent compréhensible qu’une chose qui appartient au passé, a fortiori à un passé lointain en termes de temps, il est difficile d’exiger de lui, dès le premier instant, que cela soit pour lui véritablement nouveau.

On procède donc avec lui du plus facile au plus difficile ; on exige d’abord de lui que ce soit « Kachadashim » (avec un Kaf de comparaison), mais ce n’est pas la perfection, ni la vérité absolue que l’on attend de lui. On exige qu’il atteigne le but ultime, qui est la vérité, à savoir que ce soit véritablement nouveau (grâce à la préparation du « comme nouveau »).

Le lien de ce concept avec la Torah est également compréhensible : bien que le premier don de la Torah se soit produit il y a des milliers d’années, la Guemara dans Berakhot (22a) tranche en tant que Halakha pratique : « De même que là-bas c’était avec crainte, effroi, tremblement et sueur (tout comme lors du don de la Torah la première fois, tous se tenaient avec crainte et effroi), ici aussi (lorsqu’on étudie la Torah, peu importe quand, où et dans quelle situation, il est exigé que ce soit) avec crainte, effroi, tremblement et sueur ».

Il est clair que c’est ce qu’on attend de chaque Juif (comme pour tous les sujets de la Halakha pratique). Et puisque c’est ce qu’on attend et qu’on exige de lui, il est certain qu’on lui a donné les forces nécessaires pour y parvenir, car « Le Très-Haut ne demande qu’en fonction de leurs forces ». Le Très-Haut n’exigerait pas d’un Juif une chose sans lui avoir préalablement donné les forces de l’accomplir.

L’Admour Hazaken pose alors la question : comment peut-on exiger cela ? Lors du don de la Torah, il y a eu « L’Éternel descendit sur le mont Sinaï » avec le Char céleste et les anges, et le monde entier a tremblé, au point que le Midrach dit que des quatre directions, d’en bas et d’en haut, une seule et unique voix s’est fait entendre : « Je suis l’Éternel ton Dieu ». Il est compréhensible que cela se soit passé avec crainte et tremblement.

Mais comment peut-on exiger cela d’un Juif lorsqu’il étudie la Torah des milliers d’années plus tard, dans une situation où il n’y a pas tout le tumulte du Sinaï ?L’Admour Hazaken explique que c’est parce que, fondamentalement, tout le tumulte de la première fois est présent à chaque fois qu’un Juif étudie la Torah. La véritable raison de cette crainte n’était pas les anges ou le Char céleste, mais le fait que le Très-Haut a donné Sa Torah, qui est Sa sagesse et Sa volonté, une chose cachée et sacrée. Pour que l’âme ressente cela, elle doit savoir que lorsqu’on étudie la Torah, le Saint béni soit-Il est assis et étudie en face de lui.

Mémoire Active et Héritage Spirituel

De la même manière, dans la Mitsva du souvenir de la Sortie d’Égypte lors du Séder de Pessa’h, on utilise la Matza pour faciliter ce souvenir physique, afin que la personne revive l’événement comme si elle sortait d’Égypte aujourd’hui même.

En ce qui concerne le rassemblement des 12 et 13 Tamouz, les « fruits » que nous voyons autour de nous sont les Juifs vivants qui étudient la Torah aujourd’hui. Ceci est le résultat du fait qu’il y a 49 ans, en 1927, le Maître de la Libération (le précédent Rabbi) s’est sacrifié pour qu’il y ait des Hadarim (écoles), des Yechivot, des Mikvés et de la Cacherout, face à un empire puissant qui s’y opposait. Ce sacrifice a permis la victoire de la Torah et du judaïsme de génération en génération.

L’Infini dans le Fini : L’Essence de la Tsédaka

Le monde a été créé avec des limites, mais le but de la Torah est de faire descendre l’infini dans ces limites (« Bira Amikta », le puits profond). Il en va de même pour la Tsédaka . Il y a un aspect quantitatif (donner une somme précise, un dixième ou un cinquième), mais il y a aussi un aspect qualitatif infini : donner avec un beau visage (sourire). La qualité, l’âme et la spiritualité doivent dominer la quantité, le corps et la matérialité. Le véritable sage est celui qui « voit ce qui naît », qui réalise que le monde est recréé à chaque instant par la Parole divine.

L’Événement Récent (Le Raid d’Entebbe)

L’être humain est souvent plongé dans la routine de la vie quotidienne, observant les cycles réguliers de « la semence et la moisson, le froid et la chaleur… le jour et la nuit ». Le mauvais penchant utilise cette routine pour nous faire croire qu’il ne s’agit que des « lois de la nature », nous faisant ainsi oublier le Maître du monde qui a établi ces lois. Pour nous réveiller de cette habitude et nous rappeler que Dieu est la véritable réalité du monde, le Ciel provoque de temps en temps des événements bouleversants qui dépassent les lois de la nature.

C’est exactement ce qui s’est produit lors de l’événement récent où des dizaines de Juifs ont été sauvés de la mort pour être ramenés dans la « bonne et vaste terre », la terre sur laquelle « les yeux de l’Éternel ton Dieu sont posés du début à la fin de l’année ». Cet événement a prouvé de manière tangible que la qualité peut vaincre la quantité. Les ennemis étaient infiniment supérieurs en nombre et en armement, que ce soit sur place ou dans les zones survolées pour les atteindre.

De plus, chez les sauveteurs eux-mêmes, la qualité (l’âme) a vaincu la quantité (le corps). Naturellement, le corps cherche à survivre et n’aurait jamais entrepris une mission aussi périlleuse selon des calculs rationnels. C’est l’âme divine, supérieure à tout calcul physique, qui a pris le dessus. Contrairement aux tactiques militaires habituelles qui consistent à faire du bruit, à intimider l’ennemi et à consulter les nations « amies » pour obtenir leur accord et des armes, cette victoire a été remportée en ignorant totalement les calculs de temps, d’espace et de diplomatie. Ils ont volé en secret, avec des effectifs extrêmement réduits, prouvant que le succès venait directement de Dieu et non des moyens naturels. La leçon essentielle est de proclamer que Dieu est le Maître absolu, et que le monde n’est pas un endroit où la loi du plus fort (« la quantité ») domine.

Leçon de Sécurité Spirituelle

Cependant, malgré l’immense miracle, cet événement a coûté la vie à quatre Juifs. Sachant que chaque Juif représente « un monde entier », ce sont quatre mondes qui ont disparu d’un coup. Le texte souligne que Dieu aurait pu choisir de donner cette leçon sans qu’aucune âme juive ne soit perdue. La Mishna dans le traité Sanhédrin enseigne que lorsqu’un Juif souffre, la Présence Divine (la Chekhina) dit : « Ma tête est alourdie, mon bras est alourdi ». La Guemara illustre cela par la parabole d’un roi dont le frère jumeau souffre dans l’humiliation ; voyant la ressemblance, le roi ressent la douleur comme une atteinte à sa propre personne. Pendant toute la semaine qu’a duré la prise d’otages, des Juifs étaient dans la détresse, et Dieu participait pleinement à leur souffrance.

Puisque cet événement a impliqué une telle souffrance, il exige une conclusion forte. La réaction immédiate des nations a été de contacter tous les aéroports et pays pour renforcer drastiquement les mesures de sécurité physique afin qu’un tel drame ne se reproduise plus. La leçon spirituelle est identique : de la même manière qu’on renforce la sécurité matérielle, nous devons renforcer notre sécurité spirituelle, car la protection physique dépend de la protection spirituelle.

Lorsqu’on demande à un Juif de mettre les Téfilines, de manger casher ou de respecter le Chabbat, il pourrait répondre que sa vie privée ne regarde que lui et qu’il est libre de choisir dans une démocratie. La réponse de la Torah est que « tous les Juifs sont garants les uns des autres ». Nous sommes tous ensemble sur le même navire, et la mer est agitée. Si un passager s’enferme dans sa cabine – qu’il a payée de sa poche – et commence à y percer un trou, il ne peut pas dire que cela ne concerne que lui. Son action met en danger la vie de tous les passagers du bateau. De même, la conduite privée d’un Juif, même dans sa propre chambre, est une question de sécurité nationale pour tout le peuple juif, qu’il se trouve en Terre Sainte ou à l’autre bout du monde. Un Juif ne peut pas se séparer de la Torah et des Mitsvot, tout comme un poisson ne peut pas vivre hors de l’eau.

L’Arme Ultime : La Mézouza et le Souffle des Enfants

La Mitsva de la Mézouza possède une vertu protectrice spécifique. Il est écrit que Dieu garde « ta sortie et ton arrivée dès maintenant et à jamais ». Il faut donc intensifier la campagne de la Mézouza pour que chaque maison juive en possède une casher.

De plus, pour neutraliser l’ennemi à la source (« pour réduire au silence l’ennemi et le vengeur »), il faut utiliser la force des jeunes enfants : « Par la bouche des enfants et des nourrissons, Tu as fondé une force ». L’étude de la Torah par les enfants, dont le souffle est sans péché, est l’arme ultime qui protège le monde, bien plus que la construction du Temple. Les enfants doivent devenir eux-mêmes des éducateurs, comme Rabbi Hiyya l’a enseigné.

L’Action Concrète : Résolutions pour la Rédemption

Nous devons encourager les enfants à apprendre par cœur les 12 versets et paroles de sagesse (comme « Torah tsiva lanu Moshe » et « Chema Israël »). Il faut aussi les éduquer à donner la Tsédaka. Chaque enfant devrait avoir sa propre boîte de Tsédaka (Pouchké) dans sa chambre, avec son nom écrit dessus, et y donner une pièce chaque jour de la semaine avec joie.

Avant le début de la période des « Trois Semaines », il est très approprié que chacun prenne la résolution de donner l’équivalent du coût de deux ou trois repas à la Tsédaka la veille de Roch Hodech Menahem-Av. Les enfants doivent être placés dans des camps d’été strictement casher (« Al Taharat Hakodesh »).Grâce à toutes ces actions, Dieu nous sortira de cet exil dans la joie, et transformera ces jours en jours de fête et d’allégresse très prochainement, avec la venue de notre juste Machia’h.

Il y a 50 ans : Le Rabbi de Loubavitch et la miraculeuse Mission Entebbé en juillet 1976

Il y a 50 ans : Le Rabbi de Loubavitch et la miraculeuse Mission Entebbé en juillet 1976

Il y a 45 ans aujourd’hui, alors que Tsahal lançait sa mission audacieuse pour sauver les otages en Ouganda, le Rabbi a fait quelque chose d’inhabituel en 770.

 

 

Le raid d’Entebbe, aussi connu sous le nom opération Entebbe ou opération Thunderbolt, s’est déroulé dans la nuit du 3 au 4 juillet 1976, à l’aéroport international d’Entebbe en Ouganda. Organisé par Israël, il a pour objectif de libérer les otages d’un avion détourné par un commando composé de membres du Front populaire de libération de la Palestine et des Cellules révolutionnaires. Réussissant à libérer la quasi-intégralité des otages encore retenus, le raid est considéré comme une réussite militaire israélienne.

Le raid a été appelé opération Tonnerre par les forces militaires israéliennes l’ayant planifiée et exécutée, et a été nommé rétroactivement opération Jonathan après la mort du colonel Jonathan Netanyahou, le seul soldat israélien tué au cours du raid, frère aîné du futur Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.

Salué par la population israélienne, il fut en revanche ressenti comme un camouflet par l’Ouganda et son maréchal-président, Idi Amin Dada, qui voulait profiter de la prise d’otages pour regagner la confiance de la communauté internationale.

Pendant toute la durée de la crise des otages, les juifs du monde entier se sont réunis pour implorer la miséricorde du Ciel pour le sort des personnes capturées.

L’un des plus grands rassemblements a eu lieu le jeudi, 3 Tamouz, à l’appel du « Badatz – Eida Hachareidis » de Jérusalem, où des dizaines de milliers d’écoliers juifs se sont réunis pour prier pour le retour sain et sauf des otages. Ce qui était le plus surprenant, c’est que lors de ce rassemblement qui n’était pas organisé par Loubavitch, les enfants ont récité les douze Psoukim qui avaient été récemment choisies par le Rabbi. Voici la raisons :

Le Rav Avraham Barou’h Pevzner, l’un des Chlou’him envoyés par le Rabbi en Eretz Israël et aujourd’hui le Rav de Anash à Paris, raconte :
« Les Chlou’him envoyés en Israël à l’époque entretenaient des relations très chaleureuses avec de nombreux Rabbanim, et en particulier avec le Rav Its’hak Weiss, le Av Beith Din de la Eida Haharidi.
« Le matin du grand rassemblement, nous nous sommes rendus chez lui et l’avons rencontré dans son bureau, lui demandant d’autoriser la récitation des douze Psoukim lors du rassemblement. Nous avons expliqué que puisque le but du rassemblement était d’apporter le salut à nos ennemis, et que les enfants juifs ont le pouvoir spécial de le faire, il serait approprié de réciter ces Psoukim spécifiques sélectionnées par le Rabbi qui ont certainement un pouvoir extraordinaire à cet égard.

« Le Rav Its’hak Weiss a lu la liste de Psoukim que nous lui avions remise. Après avoir réfléchi, il nous a demandé : Ces Psoukim ont-ils des pouvoirs spéciaux pour apporter le salut ou le Rabbi les a-t-il choisies en raison de leur valeur éducative, mais pour le salut, n’importe quelle Passouk récité par les enfants pourrait faire l’affaire ?
« Nous lui avons répondu que même si le Rabbi ne nous avait pas dit que ces douze Psoukim étaient particulièrement efficaces pour le salut, nous pouvions être certains qu’ils l’étaient, maintenant que le Rabbi les avait choisis.
« A notre grande joie, peu de temps après, le Rav nous a informés que les douze Psoukim seraient récités avec toute la foule ! ».

Le Chabbat après-midi, les avions israéliens ont décollé pour une mission de sauvetage à Entebbe, atterrissant à la fin de Motzaei Shabbat et ramenant les otages sains et saufs lors d’une opération spectaculaire.

La nouvelle de cette histoire miraculeuse se répandit rapidement dans le monde entier. Lorsque les ‘hassidim de 770 ont entendu parler de ce qui s’était passé, certains se sont soudainement souvenus d’une chose étrange dont ils avaient été témoins ce Chabbat après-midi : au milieu de la prière de Minha, le Rabbi a soudainement pris un Tehillim et a commencé à réciter quelques Psaumes.

Des miracles à notre époque

Le Chabbat suivant, 12 Tamouz, le Rabbi a longuement parlé des miracles que la nation juive venait de vivre. Vers la fin, le Rabbi a dit qu’il s’agissait en effet d’un grand miracle, dont il parlerait plus longuement dimanche (lors du grand Farbrengen du 13 Tamouz). Le Rabbi a dit que nous devons essayer d’en tirer une leçon et de penser : pourquoi Hachem a-t-il fait une telle chose ? Pourquoi mettre l’ensemble du monde juif dans un état de peur pendant si longtemps ? Le Rabbi a conclu : Nous devons donc renforcer la prise de conscience de la Mitsva des Tefillines et de la Mézouza, dont il est dit qu’ils sont particulièrement protecteurs.

Vérifier leurs Mezouzot

Le lendemain, lors du Farbrengen du 13 Tamouz, le Rabbi a consacré la quasi-totalité des Si’hot à ce sujet, mentionnant notamment le pouvoir de la prière des enfants juifs et les encourageant à nouveau à apprendre par cœur les douze Psoukim récemment sélectionnées.

De plus, le Rabbi a demandé que les Mézouzot des maisons de tous les otages soient vérifiées pour s’assurer de leur cacherout et voir si elles doivent être réparées.

Il est à noter qu’au cours des jours suivants, les Chlouhim d’Israël ont vérifié les Mézouzot des maisons des otages et ont constaté que chacune d’entre elles présentait des lacunes. Après avoir reçu ce rapport, le Rabbi l’a mentionné lors de futurs Farbrenguen.

Récit de l’opération Antebbé

Le 27 juin 1976, le vol Air France 139, un Airbus A300-B4 immatriculé F-BVGG, venant de Tel Aviv en Israël et transportant 246 passagers (dont une majorité d’Israéliens) et douze membres d’équipage, décolle d’Athènes en Grèce, pour rejoindre Paris en France. Peu après le décollage à 12 h 30, le vol est détourné par quatre terroristes. Les preneurs d’otages, deux membres du Front populaire de Libération de la Palestine (Fayez Abdul-Rahim Jaber et Jayel Naji al-Arjam) et deux Allemands (Wilfried Böse, bras droit du terroriste Carlos, et Brigitte Kuhlmann) membres des Revolutionäre Zellen prennent le commandement de l’avion et le détournent vers Benghazi en Libye. Il reste là sept heures pour se réapprovisionner en carburant ; une femme otage (Patricia Heiman, ressortissante britannico-israélienne) fait croire à l’imminence d’une fausse couche, et est relâchée. L’avion redécolle à 21 h 40 pour se poser à 3 h 15 à l’aéroport international d’Entebbe en Ouganda ; Idi Amin Dada, maréchal-président et dictateur du pays, n’est averti (de manière indirecte par l’ambassadeur de France Pierre-Henri Renard) de l’arrivée de l’appareil qu’au moment où l’avion survole déjà Entebbe. L’Ouganda accepte alors de recevoir l’appareil, officiellement «pour raisons humanitaires».

À Entebbe, les quatre preneurs d’otages sont rejoints par trois autres pirates. Le commando semble dirigé par les membres du FPLP, les deux Allemands n’étant apparemment là que pour détourner l’avion, et servir ensuite de surveillants. Amin Dada, venu en personne observer la situation, dit s’être vu refuser l’accès à l’avion par le commando, mais il convainc les preneurs d’otages de quitter leur appareil pour s’installer dans un local de l’aéroport. Les otages sont alors évacués dans le hall de transit du vieux terminal de l’aéroport international d’Entebbe, escortés par les militaires ougandais. Amin Dada leur fournit vivres, eau et matériel pour s’installer correctement dans le terminal ; il affirme plus tard dans la journée à l’ambassadeur de France qu’il a tenté de neutraliser les terroristes, mais que sa manœuvre a échoué. Le commando fait alors son premier communiqué officiel : il demande la libération de 53 prisonniers pro-palestiniens, détenus pour la plupart dans les prisons israéliennes, mais également au Kenya, en France, en Suisse et en RFA.

Le 30 juin, 147 passagers, notamment des femmes, enfants et personnes âgées, sont libérés par leurs ravisseurs, qui fixent un ultimatum : leurs demandes doivent être satisfaites avant le 1er juillet, à 15 heures, sinon ils feront sauter l’avion et les otages restants. Michel Bacos, commandant de bord et l’équipage d’Air France refusent d’être libérés en même temps car leur devoir est de rester avec les passagers. Le délai semblant trop court, l’ultimatum est repoussé dès le lendemain au 4 juillet, à 11 heures ; une seconde vague de passagers est libérée : seul reste l’équipage, qui a refusé de partir sans tous les passagers, les porteurs de passeports israéliens, mais également les passagers juifs ou ayant une double nationalité, soit en tout 106 personnes.

Négociations

Le gouvernement d’Israël, refusant d’abord de discuter avec les ravisseurs, semble alors se laisser fléchir suite aux deux vagues de libération et aux pressions exercées par les familles des passagers toujours retenus en otage. Le commando nomme comme porte-parole l’ambassadeur de Somalie en Ouganda, Hasni Abdullah Farah, « doyen des ambassadeurs arabes ». Les gouvernements concernés par les revendications terroristes sont représentés par l’ambassadeur de France. Idi Amin Dada joue le rôle de médiateur lors de cette table ronde ; ses bonnes relations avec l’Organisation de libération de la Palestine et ses membres qui s’entraînent en Ouganda permet un dialogue non hostile avec les membres du FPLP. Cet avantage ne compense toutefois pas la méfiance d’Israël envers Amin Dada, qui, après avoir tissé des liens diplomatiques avec l’État hébreu à son arrivée au pouvoir, les a reniés un an après. Le 1er juillet, Israël propose une première libération de prisonniers pro-palestiniens, tout en souhaitant mettre les négociations sous l’égide des Nations unies. Les deux propositions sont refusées par le commando. Le 3 juillet, Israël affirme avoir commencé la libération des prisonniers, mais souhaite que l’aéroport où l’échange se ferait soit en territoire français ; la proposition est à nouveau refusée.

Tout en participant à ces négociations, l’État israélien prépare en secret une opération militaire destinée à libérer les otages restants. De leur côté, les terroristes peinent à se mettre d’accord sur ce que leur négociateur doit demander, ce que ce dernier ne manque pas d’évoquer lors des échanges avec les autres parties. Les ravisseurs sont toutefois résolus à tout, les Allemands du commando allant jusqu’à menacer de faire exploser l’aéroport. À l’issue de l’opération, il apparaît que les preneurs d’otages n’ont en fait pas d’explosifs, contrairement à leurs déclarations.

Opération de sauvetage

Plusieurs otages libérés ont pu être interrogés par le Mossad après avoir été récupérés ; le terminal désaffecté dans lequel sont établis les preneurs d’otages et leurs victimes est l’œuvre d’une société israélienne, qui fournit les plans à Tsahal. Durant la préparation de l’opération, une réplique partielle de l’aéroport est construite. Grâce à ces informations, l’État hébreu tente une opération qui implique un voyage de 4 000 kilomètres pour ses forces.

L’opération est déclenchée le 3 juillet, en fin d’après-midi. Quatre avions de transport Hercules C-130 de l’armée de l’air israélienne décollent de la base de Charm el-Cheikh, alors sous contrôle israélien. À bord du premier se trouvent 35 commandos du sayeret Matkal, dont leur chef, Yonatan Netanyahou, qui doivent prendre d’assaut le vieux terminal et libérer les otages. De plus, les appareils transportent aussi une centaine de parachutistes et de fantassins de la brigade Golani et quatre blindés légers BTR-40qui doivent bloquer toute réaction de l’armée ougandaise et assurer la sécurité des Hercules au sol. Volant à basse altitude, les appareils suivent la trajectoire d’un vol d’El-Al reliant Nairobi et Tel Aviv ; arrivés au lac Victoria, l’appareil transportant le commando prend de l’avance pour se poser plus discrètement.

L’appareil de Yonatan Netanyahou atterrit à 23 heures à l’aéroport d’Entebbe, sans être repéré par le contrôle aérien ougandais. Il débarque trois véhicules : deux Land Rover et une Mercedes noire, ressemblant aux voitures utilisées habituellement par les officiels ougandais.

Sur la route d’accès au terminal, deux soldats ougandais tentent d’arrêter ce convoi et les premiers coups de feu sont tirés. Les Israéliens continuent jusqu’au pied de la tour de contrôle adjacente au terminal, où ils débarquent de leurs véhicules et donnent l’assaut au terminal. C’est dans les derniers mètres avant d’entrer dans le bâtiment que le commandant de l’unité, Yonatan Netanyahou, est abattu, apparemment par un preneur d’otages tirant de l’intérieur du terminal. Les autres commandos investissent le terminal par plusieurs entrées. Dans le hall principal où se trouvent les otages, ils abattent les quatre preneurs d’otages présents et, par erreur, deux otages qui se lèvent malgré les ordres de rester couchés donnés au porte-voix. Une troisième passagère a aussi été tuée, mais par des armes des terroristes. Trois minutes après l’atterrissage du premier avion, les otages du terminal sont en sécurité. De son côté, un autre groupe de commandos attaque la salle d’attente VIP et y abat les trois derniers preneurs d’otages qui s’y trouvaient. Lors de l’investissement du reste du terminal, plusieurs soldats ougandais sont également tués par les Israéliens.

Les C-130 suivants se posent à leur tour, débarquant troupes et véhicules qui bloquent la route venant de la ville d’Entebbe et la base aérienne adjacente, où huit MiG stationnés seront mis hors de combat. Les alentours du terminal sont alors sécurisés, à l’exception de tirs sporadiques provenant de la tour de contrôle. De son côté, le nouveau terminal est sécurisé par des parachutistes — l’un d’entre eux est blessé au cou par un policier ougandais et restera paralysé. Les otages sont rassemblés et embarqués dans les avions, sans avoir pu être exactement comptés. Les trois premiers C-130 se rassemblent devant le nouveau terminal pour être ravitaillés en carburant, mais peu après ils sont prévenus que le Kenya les a autorisé à se ravitailler à Nairobi. Les forces israéliennes embarquent dans les avions, dont le dernier décolle à minuit quarante, une heure quarante après le premier atterrissage.

Au total, sept preneurs d’otages sont tués, ainsi que trois otages et un officier israélien (Jonathan Netanyahou). Quant à l’armée ougandaise, elle perd apparemment vingt hommes, même si Amin Dada en évoque « une centaine » ; de plus, plusieurs appareils de combat ougandais sont mis hors de combat. Le ministre ougandais des Affaires étrangères parle de onze avions détruits, tandis que l’ambassadeur de France précise « trois ou quatre MiG-17 sérieusement endommagés, mais non détruits ». Les appareils cités sont quatre MiG-17 et apparemment sept MiG-21(ce qui aurait représenté un quart de l’aviation ougandaise).

Une des otages n’est plus présente dans l’aéroport lors du raid, et ne peut donc être secourue. Il s’agit de Dora Bloch (en), Anglo-Israélienne de 74 ans, à l’hôpital de Kampala, admise à la suite d’un grave malaise. Elle est tuée au lendemain du raid par des soldats ougandais, sans qu’aucune nouvelle d’elle ne puisse filtrer hors de l’Ouganda avant la chute d’Amin Dada. En avril 1987, Henry Kyemba, alors ministre ougandais de la Santé, a raconté à la commission ougandaise des droits de l’homme que Dora Bloch a été traînée de force hors de l’hôpital et assassinée par deux officiers de l’armée suivant les ordres d’Amin Dada. Ses restes furent retrouvés en 1979 à la suite de la guerre entre la Tanzanie et l’Ouganda qui précipita la chute du dictateur.

 

 

En plein Chabbat, l’agression d’un Chalia’h Habad devant son fils secoue la communauté de Berlin

En plein Chabbat, l’agression d’un Chalia’h Habad devant son fils secoue la communauté de Berlin

 

Le Rav Aviezer Kantor, 45 ans, machguia’h du Beth Habad de Berlin, a été frappé au visage et couvert de crachats samedi après-midi alors qu’il rentrait de la synagogue avec son fils et un adolescent de la Yéchiva, dans le quartier de Charlottenburg. L’agresseur présumé, un homme de 31 ans, l’aurait suivi dans la rue en l’abreuvant d’insultes antisémites avant de le frapper à un carrefour. Maîtrisé par des passants puis interpellé, il fait l’objet d’une enquête de la Sûreté de l’État berlinoise, qui traite les faits comme une agression antisémite.

 

 

 

Une agression en plein Chabbat

Les faits se sont déroulés le Chabbat après-midi (5 Tamouz 5786, 20 juin 2026), vers 15 h 15, sur la Uhlandstraße, dans le quartier de Charlottenburg, à l’ouest de Berlin. Âgé de 48 ans, le Rav Aviezer Kantor, membre de la communauté Habad-Loubavitch de la capitale allemande et machguia’h (superviseur) du Beth Habad local, rentrait chez lui après la prière. Il était accompagné de deux enfants : son fils de 5 ans et un bahour de yéchiva de 14 ans, hébergé par la famille pour le Chabbat.

Selon le récit du Rav Kantor et les constatations de la police, tout a commencé par des cris. Un homme s’est mis à l’invectiver dans la rue, et ce qui n’était d’abord qu’une bordée d’injures verbales s’est transformé en poursuite, à mesure que le Rav et les enfants tentaient de rejoindre leur domicile.

« Le coup n’était pas très fort, mais mes lunettes sont tombées »

Le Rav Kantor a d’abord feint de ne pas entendre l’individu, espérant désamorcer la situation. Mais l’homme l’a suivi et s’est rapproché. « Je lui ai dit que j’étais avec de jeunes enfants et de me laisser tranquille », rapporte-t-il, précisant avoir répété cette demande à deux reprises.

La confrontation a dégénéré à un carrefour, où l’individu s’est avancé vers lui et l’a frappé au visage, avant de cracher en direction du Rav et des enfants. « Le coup n’était pas très fort, confie le Rav Kantor, mais mes lunettes sont tombées. » Pour ce père de famille, le plus douloureux n’est pas tant la violence subie que le fait qu’elle se soit déroulée sous les yeux de son fils et un adolescent de la Yéchiva. « Pour les enfants, ce fut un choc. Lui, cela lui était égal », déplore-t-il.

L’intervention des passants

Plusieurs personnes présentes sur les lieux, dont des passants non juifs, ont tenté d’éloigner l’agresseur. « Beaucoup de gens ont cherché à l’écarter de moi ; je leur ai demandé d’appeler la police », raconte le Rav Kantor. Selon plusieurs médias communautaires, un Israélien témoin de la scène est intervenu pour maîtriser l’individu et le retenir jusqu’à l’arrivée des forces de l’ordre.

La police mentionne de son côté l’intervention d’un homme de 45 ans et d’une femme de 53 ans venus en aide au Rav. Une altercation physique survenue ensuite entre le suspect et cet homme de 45 ans fait également l’objet d’investigations. Un voisin juif, témoin des faits, a prévenu la police. Le Rav Kantor a quant à lui demandé aux enfants de monter à l’appartement en attendant l’arrivée des agents.

Barouh Hachem, le Rav Kantor et les enfants sont sains et saufs, et aucune blessure n’a été signalée.

Une enquête pour acte antisémite

Dans un communiqué actualisé publié le dimanche sous l’intitulé « Agression antisémite — frappé et couvert de crachats », la police de Berlin a confirmé que l’affaire est désormais confiée à la division de la Sûreté de l’État de l’Office régional de police criminelle (Landeskriminalamt).

Le suspect, âgé de 31 ans, conteste une partie du récit : il affirme avoir lui-même été insulté, puis pris à partie par le Rav et par l’homme de 45 ans. La police indique que personne n’a eu besoin de soins médicaux sur place. D’après le Rav Kantor, l’individu paraissait en état d’ébriété et portait une bouteille d’alcool ; il dit l’avoir signalé aux policiers et avoir demandé qu’un test soit effectué. Un éthylotest a bien été réalisé sur le suspect — le résultat n’a pas été rendu public —, de même qu’une prise de sang ; l’homme a été placé en garde à vue, identifié, puis relâché. Le Rav Kantor précise avoir lui aussi été testé, avec un résultat de 0,0.

Sur fond de montée de l’antisémitisme en Allemagne

Cette agression survient dans un climat de vive inquiétude quant à la recrudescence de l’antisémitisme en Allemagne. Un rapport soutenu par les autorités, publié cette semaine, fait état de près de 8 700 actes antisémites recensés à l’échelle nationale en 2025, dont beaucoup sont liés aux tensions autour de la guerre à Gaza. Le document recense une hausse des menaces, du harcèlement et des violences visant les Juifs à travers le pays.

Parmi les faits cités figure notamment le passage à tabac et le vol dont a été victime un rabbin orthodoxe, là encore devant ses enfants, dans le Land de Hesse. Les organisations juives alertent de façon répétée sur le fait que les personnes visiblement juives — en particulier celles portant des signes religieux — deviennent de plus en plus fréquemment des cibles dans les grandes villes allemandes.

L’enquête se poursuit.