Un globe entier renfermé dans un petit livre : l’homme qui a rassemblé tous les Tanya du monde

Un globe entier renfermé dans un petit livre : l’homme qui a rassemblé tous les Tanya du monde

 

De tous les univers de la collection, il a choisi de réunir une seule chose : les éditions du Tanya imprimées aux quatre coins de la planète. Depuis la toute première parution jusqu’à nos jours, Rav Yaakov Baron a patiemment amassé plus de quatre mille exemplaires. Voici l’histoire singulière d’un passionné dont le hobby le plus matériel tourne encore et toujours autour de la ‘Hassidout.

 

 

 

Il existe mille et une manières d’être ‘Hassid. Cela peut se révéler dans le service de la prière, dans l’étude approfondie de la ‘Hassidout, dans les bonnes actions et l’amour d’Israël, ou dans la fidélité scrupuleuse aux campagnes sacrées. Et puis il existe une autre expression encore, lorsque l’attachement pénètre si profondément l’être qu’il déborde jusque dans les loisirs les plus terre-à-terre, désormais eux aussi tournés vers les choses de la ‘Hassidout.

C’est précisément l’histoire de Rav Yaakov Baron, collectionneur et amateur d’antiquités. Parmi tous les domaines imaginables de la collection, des timbres et des vieilles pièces de monnaie jusqu’aux bouteilles de vin et aux bordereaux d’expédition, il a choisi de rassembler une seule chose : les exemplaires du Tanya imprimés aux endroits les plus divers de la planète, depuis la première édition jusqu’à nos jours. À l’approche du dix-neuf Kislev, jour où s’ouvrit une étape nouvelle dans la diffusion des sources de la ‘Hassidout au-dehors, nous avons souhaité recueillir de sa bouche le récit de cette collection hors du commun et de tout ce qu’elle porte en elle.

Une enfance entre Cleveland et Kfar Habad

« Je suis né dans l’Ohio, aux États-Unis, en 5729 (1969) », raconte Rav Yaakov. « Mon père, le ‘Hassid Rav Morde’haï, nous a quittés voici environ trois ans et demi, et ma mère, Ne’hama, qu’elle vive longtemps et en bonne santé. Mes parents ont grandi et se sont mariés en Terre sainte, puis sont partis pour Cleveland afin que mon père s’y perfectionne dans l’art de la photographie. C’est là, comme je l’ai dit, que je suis né. »

Durant ce séjour, ses parents firent la connaissance des Chlou’him locaux, le ‘Hassid Rav Chneour et Choula Kaïzen, de mémoire bénie. Tout commença lorsque son père entendit un sermon dans une synagogue et en fut profondément bouleversé. Il s’entretint ensuite avec l’orateur, le ‘Hassid Rav ‘Haïm David Lein, de Crown Heights, venu sur place avec son épouse Hénya, qui avait elle-même grandi là-bas comme fille des Chlou’him Kaïzen. Cette rencontre noua un lien durable avec les émissaires, un lien qui perdure d’ailleurs entre les familles jusqu’à ce jour. Le père de Rav Yaakov aidait chaque année la famille Lein à monter la Soukka et logeait chez eux lors de ses visites au 770, tandis que les deux familles participaient réciproquement à leurs réjouissances. Ses parents furent marqués en profondeur dans tout ce qui touche au Yiddishkeit, à la ‘Hassidout et à l’attachement au Rabbi, et la famille Kaïzen, de son côté, ne ménagea aucun effort pour les rapprocher pleinement. Telle était l’atmosphère de la maison où il grandit.

« Après quelques années, nous sommes montés en Terre sainte et nous nous sommes installés à Kfar Habad, dans le quartier des nouveaux immeubles, et notre famille s’est fondue dans la communauté et le mode de vie habadniks. Mon père avait coutume de se rendre chaque année auprès du Rabbi pour le mois de Tichri et d’y séjourner durant tout le mois. C’était un mois où il engrangeait des forces pour l’année entière, et il mettait son séjour à profit pour photographier le Rabbi. À son retour, il me rapportait toujours un présent. »

Un cadeau qui devint une passion

« Au début, c’était un objet quelconque ou une friandise, puis, au fil des ans, il se mit à me ramener chaque fois un Tanya imprimé cette année-là. J’y attachais un grand prix et je veillais sur ces livres comme sur un trésor précieux. À cette époque, les éditions du Tanya n’étaient pas encore si nombreuses, car l’instruction était alors d’imprimer une seule fois dans chaque pays, mais malgré tout une certaine quantité commença à s’accumuler chez moi. »

En 5744 (1984), le Rabbi donna l’instruction d’imprimer non plus seulement dans chaque pays, mais dans chaque ville, en même temps que la consigne de commencer à réciter le « Hariné mékabel » avant Cha’harit et le « A’h tsadikim » après, en contrepoids à la tension entre les nations. Dès lors, tout prit une ampleur considérable et le Tanya fut imprimé en d’innombrables éditions à travers le monde. « Naturellement, en tant que collectionneur de Tanya, j’ai connu moi aussi une renaissance, et ma collection s’est épanouie et a prospéré. J’ai fait la connaissance d’autres personnes qui possédaient de semblables collections, et nous organisions des concours et échangions des livres, exactement comme des philatélistes. »

« Lorsque j’ai grandi et que je suis parti en mission dans différents endroits, j’ai veillé à élargir ma collection grâce aux Tanya imprimés dans ces lieux de Chlihout. Partout, je réclamais les livres, et parfois il fallait déployer des efforts pour aller les chercher. Il arrivait qu’ils soient entassés dans des cartons et qu’on me dise : “Va donc les sortir”, mais je ne me suis pas laissé décourager, la chose comptait pour moi et je m’y suis investi. Ainsi la collection ne cessa de croître, jusqu’à devenir immense. Mes amis avaient depuis longtemps cessé de collectionner, mais moi, j’avais déjà tant de livres que j’aurais eu le sentiment de tout gâcher en m’arrêtant. Avec le temps, la chose s’est institutionnalisée, et les gens qui savent que je possède une collection prennent soin de me signaler chaque nouvel ouvrage qui paraît, et, s’il le faut, de me le faire parvenir. Jusqu’à ce jour, je continue de collectionner. »

L’ordre des impressions du Tanya

Maîtriser une collection d’une telle ampleur suppose d’abord de comprendre comment fonctionnait l’impression du Tanya. « Ce n’était pas que chacun pouvait se lever un beau matin et imprimer le Tanya », explique Rav Yaakov. « Il y avait un responsable, le ‘Hassid Rav Chalom Jacobson, de mémoire bénie, et quiconque voulait imprimer le Tanya devait le contacter et solliciter son autorisation. Avec cet accord, il attribuait à l’imprimeur un numéro, que l’on gravait au début de l’ouvrage, sur tous les exemplaires de ce tirage précis. »

À la fin de chaque Tanya figure une section nommée « impressions du Tanya », où apparaissent, en toutes petites lettres, l’ensemble des éditions parues depuis toujours ; à chaque nouveau tirage, les imprimeurs y ajoutent les détails de leur propre impression. De sorte qu’en vérité, celui qui ouvre un Tanya paru cette année peut consulter cette section et connaître tous les détails des éditions imprimées depuis la toute première parution jusqu’à l’année en cours.

C’est là que réside le secret de sa maîtrise. « Grâce à cette section, je sais ce que je possède et ce qui me manque. Je prends un volume du Tanya paru ces dernières années, je parcours toutes les nouvelles impressions qui y sont recensées et je trace un trait à côté de chaque exemplaire figurant déjà dans ma collection. Tous les quelques années, je remplace mon livre de référence afin d’y intégrer les nouvelles éditions parues et parvenues entre mes mains. À une certaine période, je tenais à réciter chaque jour l’étude quotidienne du Tanya à partir d’un exemplaire différent, et il s’est trouvé que, durant plusieurs années, j’ai dit l’étude journalière à partir de tous les livres en ma possession. »

Des exemplaires chargés d’histoire

Parmi les pièces les plus précieuses de la collection, certaines sont arrivées par les chemins les plus inattendus. « Ces dernières années, j’ai pris l’habitude, chaque fois que je me trouve dans une région où il existe une librairie d’ouvrages saints d’occasion, d’y entrer pour chercher un Tanya. Aux États-Unis, il en existe plusieurs, à Monsey, à Lakewood, dans le New Jersey, et l’expérience a montré qu’on y trouve presque toujours un exemplaire ou deux, le plus souvent accompagnés d’une histoire intéressante. Les gens confient parfois toute leur bibliothèque à la librairie sans en examiner le contenu. C’est ainsi que j’ai acheté pour une vingtaine de dollars deux Tanya distribués par le Rabbi, dont l’un renfermait en outre un dollar du Rabbi. »

« Cela a véritablement rehaussé la collection. Outre les livres imprimés au cours des dernières décennies, je possède des Tanya réellement anciens, issus des toutes premières éditions. Avec ces ouvrages-là, je ne m’aventure généralement pas, cela relève vraiment des marchands d’antiquités, mais, çà et là, j’en ai déniché et acheté quelques-uns à bas prix, de sorte que des livres véritablement anciens figurent désormais dans la collection. On y trouve aussi des exemplaires ornés de dédicaces intéressantes. »

« Il y a un livre qui me vient de mon maître de Bar Mitsva, le ‘Hassid Rav Zalman Levin de Kfar Habad, et un autre, non moins curieux, que j’ai reçu de la succession d’un Rav de Cleveland et qui m’a touché parce que je suis né à Cleveland. Comme on le sait, chaque ouvrage paru était aussitôt envoyé en un exemplaire au secrétariat du Rabbi ; il est toutefois arrivé que cela ne se fasse pas et que des livres manquent dans la bibliothèque du Rabbi. Un jour, des jeunes gens entreprirent de compléter la bibliothèque du Rabbi avec toutes les éditions manquantes, et j’ai fourni une centaine de livres de ma propre collection à la bibliothèque du Rabbi. »

Une collection ouverte au public

Loin de demeurer un trésor privé, la collection est largement accessible. « Mes fils amènent chaque année leurs classes voir la collection, je les guide et, vers la fin, je leur distribue des livres, parmi les éditions que je possède en double. Chaque fois que quelqu’un entre dans l’appartement pour une raison quelconque et aperçoit la collection, cela suscite en lui l’émerveillement et provoque assurément un surcroît d’élan dans les affaires de la ‘Hassidout. »

« Autre bénéfice de la collection : on peut s’en servir pour apprendre la géographie », poursuit Rav Yaakov. « Je n’ai pas besoin d’ouvrir une carte du monde, j’ai la carte de tous les pays à l’intérieur du Tanya. Dans un si petit livre se concentre le globe tout entier ! Jusqu’à la toute dernière période, la collection n’a cessé de se développer, et aujourd’hui je possède déjà plus de quatre mille exemplaires. Voici environ un an, mon fils a célébré sa Bar Mitsva et je voulais offrir aux participants un souvenir original : j’ai donc créé une affiche à la forme du bâtiment du 770, composée à partir de la numérisation de mille Tanya, et ce fut le cadeau remis aux invités de la fête… »

Quel avenir pour ce trésor ?

Quant à l’avenir, plusieurs possibilités sont à l’étude. « L’une d’elles consiste à transférer l’ensemble de la collection à Haditch, auprès du Ohel de l’Admour Hazakène. Là, tous les visiteurs, juste avant d’entrer au Ohel, pourraient mesurer la puissance de ce livre et constater comment il est parvenu en tout lieu de la terre. Ce serait assurément une pierre de plus dans la diffusion des sources au-dehors. Et l’essentiel : que nous ayons le mérite de voir de nos propres yeux l’accomplissement du “Quand viendra le maître ? Lorsque tes sources se répandront au-dehors”, très bientôt et de nos jours. »ngs.org 

Benjamin Victor Cohen, l’avocat qui a œuvré dans l’ombre pour sauver le Rabbi précédent

Benjamin Victor Cohen, l’avocat qui a œuvré dans l’ombre pour sauver le Rabbi précédent

L’avocat juif qui agit en coulisses pour arracher le Rabbi Rayats de Varsovie occupée par les nazis vient de recevoir un hommage particulier dans sa ville natale de l’Indiana. Quatre-vingt-six ans après ce sauvetage dramatique, une plaque commémorative officielle rappelle enfin son rôle décisif. Un geste accompli en silence, dont les conséquences allaient traverser toute l’histoire.

 

 

Une reconnaissance historique, quatre-vingt-six ans plus tard

Quatre-vingt-six ans après l’opération spectaculaire qui permit de sauver le Rabbi Rayats de Varsovie tombée aux mains des nazis, l’un des hommes qui jouèrent un rôle déterminant dans ce sauvetage reçoit enfin une reconnaissance historique. La semaine dernière, dans la ville de Muncie, en Indiana, aux États-Unis, une plaque commémorative officielle a été inaugurée à la mémoire de l’avocat juif Benjamin Victor Cohen, qui contribua en coulisses à soustraire le Rabbi aux griffes des nazis.

Un juriste de premier plan sous l’ère Roosevelt

Benjamin Victor Cohen comptait parmi les juristes les plus en vue de l’administration du président américain Franklin Delano Roosevelt. Il participa à la rédaction de lois majeures dans le cadre du programme du New Deal, et prit part plus tard à l’élaboration de la loi sur les droits civiques de 1957. Mais pour les ‘Hassidim de Habad, il occupe une place toute particulière dans l’histoire.

Varsovie sous les bombes

En 5699 (1939), alors que le Rabbi Rayats se trouvait pris au piège à Varsovie sous les bombardements allemands, les ‘Hassidim de Habad aux États-Unis se lancèrent dans des efforts fébriles pour le sauver. Ils collectèrent des fonds, engagèrent un avocat à Washington et intervinrent auprès de hauts responsables de l’administration américaine. L’un des hommes qu’ils approchèrent fut Benjamin Cohen.

Une chaîne diplomatique jusqu’à Berlin

Grâce à ses relations au sein de l’administration, Cohen parvint à déclencher une série de démarches diplomatiques qui s’étendirent du Département d’État américain jusqu’à Berlin et aux services du renseignement militaire allemand. Au terme de ces tractations, l’officier allemand Ernst Bloch fut chargé de retrouver le Rabbi et de l’escorter hors de la zone de danger. Le 9 Adar Chéni 5700 (19 mars 1940), le Rabbi Rayats accosta enfin sur les côtes américaines.

La cérémonie au cœur de Muncie

La cérémonie d’inauguration s’est tenue dans la rue South High, en plein centre de Muncie. Le Chalia’h du Rabbi dans la ville de Carmel, en Indiana, le Rav David Grossbaum, y a pris la parole pour évoquer la part prise par Cohen dans le sauvetage. « Il n’était pas ‘Hassid, ne faisait pas partie des proches du Rabbi, et n’était pas un Juif particulièrement observant », a raconté le Rav Grossbaum. « Mais il était juif, et il comprenait parfaitement ce qui était en jeu. »

Selon lui, Cohen était un homme modeste et effacé, qui préférait agir dans l’ombre et laisser à d’autres le mérite de ses réussites.

Le maillon décisif de la chaîne

Le Rav Grossbaum a souligné que, si nombreux furent ceux qui prirent part à l’opération de sauvetage, la contribution de Cohen constitua un maillon décisif de la chaîne. Il a rappelé que l’historien de Habad, le Rav David Eliezri, voit dans le rôle de Cohen l’élément le plus déterminant de toute l’opération.

Un héritage qui se prolonge aujourd’hui

Le Chalia’h a conclu son allocution par un message émouvant sur la portée historique de l’action de l’avocat juif : « Benjamin Cohen ne pouvait pas sauver le monde juif qui s’effondrait en Europe. Mais il a aidé à sauver la vie d’un seul homme, et de cette vie a jailli un monde entier qu’il n’aura pas eu le mérite de voir se déployer. » Évoquant l’immense entreprise de Chlou’him qui s’est développée par la suite, il a ajouté : « Je suis moi-même l’un de ces Chlou’him. Nous vivons aujourd’hui la suite d’une histoire qui passe directement par les actes d’un homme discret de l’Indiana. » La nouvelle plaque commémorative, installée à l’initiative de la Société historique juive de l’Indiana, a été inaugurée le jour anniversaire de la naissance de Cohen, et portera désormais son récit à la connaissance des passants.

Repères biographiques d’un bâtisseur discret

Benjamin Victor Cohen voit le jour le 23 septembre 1894 et s’éteint le 15 août 1983. Avocat américain, il sert sous les administrations de Franklin D. Roosevelt puis de Harry S. Truman, au fil d’une carrière publique qui s’étend des tout premiers jours du New Deal jusqu’aux années qui suivent la guerre du Vietnam.

Un parcours universitaire d’excellence

Cohen obtient un baccalauréat de philosophie en 1914, puis un doctorat en droit en 1915 à l’université de Chicago, avant de décrocher un doctorat en sciences juridiques en 1916 à la faculté de droit de Harvard. Rares étaient alors les juristes à pouvoir se prévaloir d’une formation aussi complète.

Des premières batailles sociales au Brain Trust

Au sortir de ses études, Cohen est clerc auprès du juge Julian Mack. De 1919 à 1921, il sert de conseiller juridique au mouvement sioniste américain, fonction au titre de laquelle il intervient comme conseil sioniste lors de la conférence de paix de Paris de 1919. Il exerce ensuite le droit à New York, de 1921 à 1933. Durant ces années, il collabore avec la Ligue nationale des consommateurs pour rédiger et faire adopter des lois sur le salaire minimum, le travail des enfants et la durée du travail, des textes pensés pour résister à toute contestation devant la Cour suprême.

C’est comme membre du Brain Trust du président Franklin D. Roosevelt que Cohen apparaît pour la première fois sur la scène nationale. Il entre dans l’administration Roosevelt en 1933, lorsque Felix Frankfurter, alors professeur à la faculté de droit de Harvard, réunit Cohen, Thomas Corcoran et James M. Landis pour rédiger ce qui deviendra le Truth in Securities Act. La même année, il est chargé de travailler sur la législation ferroviaire. Une large part de son œuvre sous le New Deal est menée aux côtés de Corcoran : le duo, surnommé les « Gold Dust Twins », fait la couverture du magazine Time du 12 septembre 1938. En 1940, leur amitié est si connue qu’elle sert de comparaison dans un roman de P. G. Wodehouse, Quick Service.

Au cœur des grandes lois de l’après-guerre

En 1941, avant même l’entrée en guerre des États-Unis, Cohen participe à l’élaboration du plan de prêt-bail, le Lend-Lease. Il contribue ensuite à la rédaction des accords de Dumbarton Oaks de 1944, qui ouvrent la voie à la création de l’Organisation des Nations unies, travaillant notamment aux côtés de Charles W. Yost. En 1945, il est le principal rédacteur de la délégation américaine à la conférence de Potsdam et prend part à l’élaboration de l’accord qui en découle. En 1948, il conseille à la fois les États-Unis et le tout jeune État d’Israël lors du premier échange officiel entre les deux pays. Il apporte par la suite une aide et des conseils déterminants aux sénateurs qui œuvrent à l’adoption de la loi sur les droits civiques de 1957. En 1967 encore, il témoigne en faveur d’une résolution du Sénat américain qui aurait invité le président Johnson à demander aux Nations unies d’examiner des propositions pour mettre fin à la guerre du Vietnam.

Une lettre qui transforma le droit de la défense

En 1942, le New York Times publie une lettre de Cohen, cosignée avec Erwin Griswold, qui dénonce la décision Betts v. Brady de la Cour suprême, laquelle refusait aux accusés démunis le droit à un avocat. Deux décennies plus tard, la question revient devant la haute juridiction dans l’affaire Gideon v. Wainwright. Les avocats de Clarence Earl Gideon concluent leur mémoire par une longue citation de la lettre de Cohen et Griswold. Cette fois, la Cour statue que l’État doit désigner un avocat pour tout accusé incapable d’en rémunérer un. L’historien Jordan A. Schwarz observa que, bien qu’aucun juriste du gouvernement ne fût aussi respecté que Cohen, ce dernier n’occupa jamais de poste éminent, en raison de sa judéité assumée.

Un homme effacé jusqu’au bout

Né à Muncie, en Indiana, le 23 septembre 1894, Cohen passait pour un homme humble et discret, qui ne se maria jamais. Il était l’oncle de Selma Jeanne Cohen, éminente historienne de la danse. De cette existence tout entière vouée au service d’autrui demeure aujourd’hui une plaque, dans une rue de l’Indiana, pour rappeler que l’histoire se joue parfois dans le silence des coulisses.

La fuite de Varsovie, étape par étape

En 5699 (1939), quelques jours après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le Rabbi Rayats quitte Otwock pour regagner Varsovie, où il doit se déplacer de maison en maison afin d’échapper aux bombardements allemands. Après l’occupation de la ville par les nazis, il trouve refuge dans la demeure du Rav Ye’hiel Tsvi Gourarié. À cette période, des rumeurs se répandent, selon lesquelles les nazis auraient capturé puis exécuté le Rabbi. L’information est fausse : des démentis sont aussitôt adressés à la presse, affirmant que le Rabbi de Loubavitch est sain et sauf.

Un réseau qui remonte jusqu’au renseignement allemand

L’organisation Agoudat ‘Hassidei Habad, aux États-Unis, œuvre sans relâche pour faire sortir le Rabbi Rayats de la Pologne occupée. Ses responsables nouent des contacts avec des personnalités du gouvernement américain, qui parviennent à leur tour jusqu’à l’amiral Wilhelm Canaris, chef du renseignement militaire allemand, lequel agit pour faciliter l’évasion du Rabbi. Malgré le danger, le Rabbi Rayats exige que vingt personnes supplémentaires, au-delà de sa propre famille, soient associées au sauvetage.

De Varsovie à Riga, puis vers la Suède

Le 2 Tevet 5700 (23 décembre 1939), le Rabbi Rayats et sa famille sont exfiltrés de Pologne avec vingt autres personnes, en passant par Berlin, en direction de Riga. Trois jours plus tard, le 5 Tevet, ils atteignent Riga. Le 24 Adar 5700 (13 mars 1940), ils quittent Riga pour Stockholm, en Suède.

Une lettre à tous les ‘Hassidim d’Europe

Le jour même de son départ de Riga, le Rabbi Rayats adresse une lettre générale aux ‘Hassidim de Habad de toute l’Europe : « À nos amis les ‘Hassidim, en Terre Sainte et dans les pays d’Europe, que D.ieu soit avec eux… Par décret de la Providence divine, selon le verset « C’est par D.ieu que les pas de l’homme sont affermis, et Il agrée sa voie », je pars, avec l’aide de D.ieu et avec les miens, vers les États-Unis d’Amérique, que D.ieu les protège. L’amour et le lien qui nous unissent ne connaissent nulle interruption, ni murs ni frontières entre les pays ; et ce voyage sera pour moi comme un simple déplacement d’une ville à une autre au sein d’un même pays, car, même en chemin, je demeure, avec l’aide de D.ieu et par le mérite de mes saints ancêtres, avec vous et parmi vous, comme je l’ai été jusqu’à présent, dans un amour constant et ininterrompu, jaillissant comme les eaux, d’un visage à l’autre. » Ainsi s’exprime le Rabbi dans ses Igrot Kodech.

Le 25 Adar 5700 (14 mars 1940), ils rejoignent Göteborg en train depuis Stockholm, et y embarquent sur le navire Drottningholm à destination des États-Unis.

La glace qui éclaire : faire de ce monde une demeure pour D.ieu

La glace qui éclaire : faire de ce monde une demeure pour D.ieu

 

Donné un 7 octobre, jour qu’il est impossible d’oublier, ce cours du Rav Yaacov Abergel part d’une question intime : comment trouver encore la force de danser à Sim’hat Torah au cœur de l’épreuve. De fil en aiguille, il remonte à la Paracha Beréchit et à ce qu’elle révèle sur le sens même de la création. La réponse tient en une image : même la glace peut éclairer, et c’est précisément le corps, la matière, le monde, qui sont appelés à devenir le palais de D.ieu.

 

 

Un 7 octobre que l’on ne peut effacer

Nous sommes aujourd’hui le 7 octobre, une date que l’on ne peut pas oublier. Avant d’entrer dans l’étude, je voudrais porter quelques noms, pour une bénédiction : ceux qui ont été frappés, les maris, les frères, les sœurs, les proches endeuillés, ainsi que les premiers tombés. Je pense aussi à un homme parti sans laisser d’enfant, pour qui l’on ne peut dire le Kaddich ; qu’il soit, lui aussi, élevé et libéré. Que tous ceux que nous mentionnons soient inscrits pour le bien.

Comment danser à Sim’hat Torah cette année

Cette année, à l’approche de Sim’hat Torah, je me demandais sincèrement comment j’allais faire pour aller danser. Cela me paraissait presque irréel, comme sorti d’un film de science-fiction, tant l’épreuve avait touché ce qu’il y a de plus fondamental. Juste avant la fête, mon épouse m’a fait lire une histoire qui m’a rendu la force.

Un homme dont le fils était gravement malade avait le cœur brisé. Il écrivit au Rabbi et ne reçut pas de réponse. Vint Sim’hat Torah, et il se demanda, lui aussi, comment il pourrait danser avec la Torah. Mais il comprit qu’il avait une responsabilité envers ses élèves, envers ceux qui le connaissaient, et envers l’honneur de la Torah elle-même : il ne pouvait pas ne pas y aller, ne pas danser, quelle qu’en fût la raison. Alors il y alla, et il dansa comme il se doit. Le Rabbi lui dit ensuite : « Ce que moi je n’ai pas réussi à faire, toi, tu l’as accompli en allant danser. »

En lisant cela, j’ai trouvé une véritable motivation. Et sur le chemin de la synagogue, je me suis demandé d’où devait venir cette joie, cette Sim’ha de la fête.

La joie n’est pas de mesurer ce qu’on a atteint

Il m’est alors apparu une chose simple : il suffit de réfléchir à ce que tu étais avant de faire Techouva, et à ce que tu es devenu. La question n’est pas de savoir jusqu’où tu es parvenu, ni de te dire « je suis fort dans tel domaine, j’ai réussi ceci ». Il s’agit seulement de mesurer la différence d’état d’esprit : où tu étais, où tu es aujourd’hui, quelles sont tes pensées, quels sont désormais tes plaisirs.

En y réfléchissant, j’ai mesuré tout ce que le Rabbi et les Rebbeim m’ont donné : en étudiant leur Torah et leurs Maamarim, en regardant des vidéos, en écoutant des témoignages, en passant le Chabbat auprès de ‘Hassidim qui m’accueillaient, en priant à la synagogue, en étudiant avec d’autres. Je me suis rendu compte que toutes mes joies avaient basculé ailleurs, et que cette joie-là est incommensurable. On ne peut ni la quantifier ni la comparer aux plaisirs que tout le monde connaît. Alors je me suis dit : tu n’as qu’à danser, c’est-à-dire mettre un pied devant l’autre avec la Torah.

C’est dans cet état d’esprit que je suis allé. J’avais très mal aux genoux, et je me suis dit que même cela, je ne devais pas le calculer : rien ne peut empêcher un Juif de danser avec la Torah. C’est une joie véritable. En rentrant chez moi, j’ai dit à mon épouse que c’était exactement cette joie de la responsabilité : je ne peux pas m’arrêter de donner des cours, quelle qu’en soit la portée, quand bien même une seule personne les écouterait. Pour une seule personne, cette responsabilité demeure. Il faut toujours ajouter, toujours aller plus haut.

Beréchit, charnière entre tichri et ‘hechvan

La Paracha Beréchit se situe toujours à la toute fin du mois de Tichri, juste avant ‘Hechvan. Elle est la charnière entre les deux. Tichri est un mois de fêtes : de Roch Hachana à Soukkot, on est entièrement du côté du divin, au-delà du monde. ‘Hechvan, lui, est le mois du quotidien, où il ne reste plus rien de cet éclat manifeste.

Or, depuis le début d’Elloul, toute la finalité tend vers ce moment. C’est maintenant que tout se joue. Le but du mois d’Elloul, de l’image du roi dans les champs, de Roch Hachana, de Kippour, de Soukkot : c’est de faire entrer toutes ces lumières, qui sont au-delà du monde, à l’intérieur du monde. Comme on le dit de la conduite de Beréchit : la manière dont on se comporte à Beréchit, on se comporte ainsi toute l’année.

Le ciel ou la terre : qu’a-t-il créé en premier ?

Le verset d’ouverture dit qu’au commencement D.ieu créa le ciel et la terre. Qu’a-t-Il donc créé en premier ? Les Sages en débattent : pour une opinion, le ciel d’abord ; pour l’autre, la terre. Et l’on peut dire que les deux ont raison.

Dans l’ordre de l’action, dans le déploiement du temps et de l’espace, le ciel fut créé d’abord, puis la terre. Mais dans la pensée, c’est la terre qui vient d’abord, puis le ciel. Car ce qui est premier dans la pensée s’accomplit en dernier dans l’action : lorsque je décide de sortir d’une pièce, l’intention de sortir est première, mais le fait de franchir la porte survient en dernier. « La fin de l’action est au commencement de la pensée. » La terre, le monde matériel, est donc le véritable but de toute la chaîne de la création.

D.ieu a choisi le corps du Juif

C’est le même enseignement qui se dit dans la bénédiction : « Tu nous as choisis parmi tous les peuples. » On n’y parle pas seulement de l’âme des enfants d’Israël, mais de leur corps. Le corps même du Juif est d’une immense importance.

Cette idée est au centre de la Torah du Rabbi. On enseigne en effet que, dans les temps futurs, l’âme sera nourrie par le corps. Pour l’instant, c’est l’âme qui vivifie le corps ; mais à l’ère de la délivrance, ce sera le corps qui nourrira l’âme. Toute la valeur de la matière tient à cela : les commandements divins s’accomplissent par le moyen du matériel. Faire de ce monde une demeure pour D.ieu, c’est transformer le matériel en spirituel, c’est dégager l’étincelle divine enfouie dans la matière, comme on révèle la sainteté cachée dans un morceau de pain en prononçant une bénédiction.

Et c’est pourquoi le corps doit être purifié. Une fois purifié, c’est lui qui donne son élan à l’âme et l’élève, au point que l’âme animale elle-même possède une racine plus haute que tout le reste. De là cette question : qu’est-ce qui est le plus élevé, voir une chose de ses yeux physiques, ou la saisir par les yeux de l’intellect ? Les deux sont essentiels. La vision physique ne laisse aucun doute sur la réalité d’une chose, mais elle ne suffit pas sans la compréhension ; et la compréhension, à son niveau le plus profond, peut même dépasser la vision. L’enseignement de la Torah des temps futurs est précisément que nous aurons la faculté de voir le divin de nos yeux physiques, parce que nous aurons purifié les aspects négatifs de l’âme animale. C’est à cela que sert le Tanya : il nous aide à purifier et à mobiliser la force même de l’âme animale.

Devenir un tsadik par ses propres forces

Beréchit signifie « pour Israël » et « pour la Torah » : c’est pour eux que D.ieu créa le monde. Et dire qu’Il a choisi le corps des enfants d’Israël, c’est enseigner que la grandeur d’un Juif ne se mesure pas seulement à son âme, enracinée dans l’essence de D.ieu, mais aussi à son corps, important à l’intérieur même du monde. Israël est la moisson de D.ieu, les prémices de Sa récolte.

Il y a là une différence essentielle entre deux manières d’aimer son prochain. Selon l’Admour Hazakène, lorsque tu regardes un Juif, tu ne dois pas considérer le corps mais l’âme : tu te dis que l’âme de cet homme est liée à D.ieu, et tu ne t’arrêtes ni à ses fautes ni à son extérieur. Le Rabbi, lui, regardait le potentiel et non le passé : il voyait en chacun un diamant. Dire que « le corps est subordonné à l’âme » revient à dire que l’essentiel est l’âme — et c’est déjà une raison d’aimer chaque Juif, quel qu’il soit.

Mais le Rabbi ajoute davantage. Dans le Tanya, il affirme que chacun a la possibilité de devenir un Tsadik. Qu’est-ce qu’un Tsadik ? C’est celui qui transforme son corps au point que son âme animale elle-même devient divine. Non plus un corps simplement soumis, mais un corps qui t’aide à t’élever jusqu’au niveau du juste. Selon l’approche de l’amour du prochain fondée sur la seule raison, on dirait que D.ieu peut accorder à un homme l’aide d’un juste qui l’élèvera. Mais le Rabbi enseigne que chaque Juif peut, par ses propres forces, parvenir lui-même à ce niveau. C’est là, précisément, que se révèle la valeur du corps purifié.

Les larmes et la mince frontière vers la joie

Il existe, au Mur occidental, une histoire célèbre. Un homme pleurait abondamment, entouré d’autres qui pleuraient aussi. On lui demanda pourquoi il pleurait, et il répondit : « Je pleure parce que je ne pleure pas. » Il voyait les autres émus jusqu’aux larmes, et lui ne l’était pas ; il pleurait de ne pas savoir pleurer comme eux. Cela montre quel potentiel sommeille dans le Juif.

Les larmes, d’ailleurs, ne sont pas seulement amertume. On enseigne que la valeur numérique du mot Dim’a, la larme, est de cent dix-neuf ; en ajoutant un pour le terme lui-même, on atteint cent vingt. Si tes larmes sont des larmes de Techouva, alors ce « un » représente l’intention qui les porte, et cent dix-neuf devient cent vingt : les larmes deviennent larmes de joie. La frontière entre l’amertume et la Sim’ha est infime. Lorsqu’au milieu de la nuit tu te brises dans la Techouva, l’amertume se change ensuite en une extase, en une joie proche du ravissement. Ce passage est nécessaire, mais il n’est pas la finalité : le but n’est pas de pleurer, c’est la joie qui conduit à la délivrance. Et il n’est pas indifférent que le mot Nigun, la mélodie, ait lui aussi la valeur de cent dix-neuf, lui dont on dit que le palais se trouve tout près de celui de la Techouva.

Même la glace peut éclairer

Le Baal Chem Tov a dit un jour une chose qui éclaire tout le reste. Un soir, il n’y avait plus de lumière dans la maison d’étude. Il demanda à ses élèves d’aller découper les morceaux de glace qui pendaient du toit. Ils les posèrent sur les tables, et la maison d’étude s’illumina.

Que signifie en profondeur que même la glace puisse éclairer ? La glace, c’est le corps. Et dire que même la glace éclaire, c’est dire que même le corps peut éclairer. Voilà le fondement même de la racine de Malkhout, au commencement de la Paracha : l’élément qui donne la clé de toute l’année. Il faut dévoiler la lumière qui vient du corps lui-même. C’est pourquoi la lumière du corps se dévoile justement là où la lumière de l’âme fait défaut.

L’été et l’hiver, l’âme et le corps

Quand l’âme est-elle la moins manifeste ? En hiver. En été, le soleil règne, le jour s’étire ; or le soleil correspond à l’âme, la Nechama, voilée par le Nom divin et appelée à sortir de son fourreau dans les temps futurs. Spirituellement, l’été offre donc une facilité à dévoiler l’âme et à comprendre par l’intellect : les forces de l’âme rayonnent, et le corps ne masque plus leur lumière. C’est la beauté de l’enseignement : le monde spirituel est le reflet du monde matériel.

En hiver, à l’inverse, la lumière de l’âme se dissimule, les nuits sont plus longues que les jours. Ce qui se dévoile alors avec le plus de facilité, ce sont les Mitsvot actives, l’agir — et cela, c’est le corps. L’accent n’est plus mis sur le dévoilement de l’intellect, mais sur la puissance du corps. Le Rabbi enseigne ainsi que l’essence divine, dont le corps provient, se révèle précisément quand la lumière de l’âme est cachée.

L’exemple est concret : il n’y a pas de cerveau dans le talon. L’intelligence est dévoilée dans la tête, absente du talon, qui n’est que chair grossière et peau dure. La lumière de l’âme y est totalement cachée. Et pourtant, c’est le talon qui peut entrer dans l’eau bouillante, là où la tête en est incapable : la force de l’abnégation, de la Messirout Néfech, se dévoile là où l’âme ne se dévoile pas. En hiver, c’est donc l’essence de D.ieu que l’on révèle dans son service divin plus encore qu’en été. Car dévoiler l’intellect affaiblit la volonté, et dévoiler la lumière de l’âme peut affaiblir la force de son essence. Faire éclairer la glace, c’est révéler le divin là où il semblait totalement absent.

La pauvreté, racine de la royauté

Quand le Baal Chem Tov reçut pour la première fois le Maguid, venu l’observer pour voir s’il pouvait s’attacher à lui, il lui raconta deux histoires fort simples. Dans l’une, un Juif en chemin, dont le cheval était épuisé, achète un peu de foin à un passant pour le nourrir, puis repart. Le Maguid, qui attendait de grandes révélations de Torah, ne perçut aucune profondeur derrière ce récit et se prépara à repartir, déçu.

Au moment de partir, le serviteur du Baal Chem Tov accourut : le maître le rappelait. Le Baal Chem Tov lui demanda s’il savait lire le Zohar, puis lui fit ouvrir un passage au hasard et l’expliquer. « Est-ce là tout ce que tu peux en dire ? », demanda-t-il. « Oui, c’est tout. » Alors le Baal Chem Tov prit le livre, le posa devant lui, et dit : « Ici est écrit le nom de l’ange Gabriel. » Aussitôt, une colonne de feu descendit dans la pièce et l’ange se révéla. « Et là, l’ange Michel » — et de l’autre côté, une seconde colonne de feu. Le Maguid en fut bouleversé. « Voilà, lui dit le maître, comment il faut étudier le Zohar. » Et il décida de rester.

Cette même profondeur se cache lorsque le Baal Chem Tov montait dans sa calèche le soir du Chabbat, emmenant des ‘Hassidim jusqu’au fond d’une forêt, dans la maison d’un pauvre. C’est l’image de l’âme divine qui vient se dévoiler dans le corps, dans la demeure du pauvre. Car la pauvre, c’est Malkhout : elle ne possède rien d’elle-même, toute sa lumière lui vient des attributs qui la dépassent. Et c’est pourtant elle qui désigne la royauté. De même, le roi David, image de Malkhout, tient sa royauté de ce qu’il dispense la lumière à tous les mondes ; sa vitalité procède de l’humilité, de l’abnégation, du Bitoul devant D.ieu. Celui qui se soumet à D.ieu, Son serviteur, devient maître de toute la terre. Ainsi, « une femme de valeur est la couronne de son mari » : elle reçoit sa lumière de lui, mais c’est précisément par cette réception qu’elle s’élèvera, dans les temps futurs, au-dessus de lui. Il en va de même du corps : il reçoit aujourd’hui sa lumière de l’âme, mais demain il la nourrira et s’élèvera au-dessus d’elle.

Non pas une demeure, mais un palais

Reste la question pratique : comment faire descendre concrètement toutes ces lumières dans le quotidien ? La ‘Hassidout répète sans cesse que la mission du Juif est de faire de son matériel une demeure pour D.ieu. L’Admour Rachab donne ici une clé.

Imagine que tu dessines la maison de tes rêves : tu places ici la terrasse, là la piscine, là les colonnes, là les palmiers, là les fleurs. Tout cela relève de la sagesse du plan, de son agencement. Mais d’où vient le plan lui-même, d’où surgit l’idée de la composition, des matériaux, de l’architecture ? Du plaisir. C’est le Taanoug qui engendre l’idée.

Applique ce principe à notre mission. En réalité, ce n’est pas une simple demeure qu’il faut bâtir pour D.ieu, mais un palais — un palais de rêve, qu’Il ait envie d’habiter, érigé dans tes actions. Les matériaux de ce palais sont les Mitsvot, l’amour de D.ieu, l’amour d’Israël. Mais ce qui engendre tout l’édifice, c’est le plaisir. Il ne suffit donc pas d’accomplir les Mitsvot par devoir : il faut éveiller en soi un plaisir véritable, le faire naître. C’est pourquoi, en lisant l’histoire de cet homme au fils malade, je me demandais quel plaisir m’apporte l’accomplissement de la Torah.

Lorsque tu accomplis un commandement en ressentant du plaisir, c’est tout autre chose. Si je joue un morceau de violon en ressentant ce que je joue, celui qui m’écoute perçoit mon émotion ; de même, D.ieu entend le plaisir que tu mets dans tes actes. Car, dit l’Admour Hazakène, D.ieu attend le cœur de l’homme. C’est pour cela qu’on demande un cœur de chair, capable de ressentir.

La joie se construit chaque jour

Trouver ce plaisir n’est pas facile ; c’est un travail. Mais quelle est l’essence même de l’acceptation du joug divin, de la Kabbalat Ol ? Une décision. Tu décides. Et la joie est de même nature : c’est une construction. On la bâtit chaque jour, on pose des fondations, on dresse des piliers. Même si elle ne vient pas d’emblée, à force de construire et de travailler, tu finis par obtenir une Sim’ha solide.

Au sortir des fêtes, c’est ainsi que nous demeurons dans les liens de la Torah. Et il n’est pas fortuit que Sim’ha, la joie, s’écrive des mêmes lettres que la pensée : tout, jusqu’à la réflexion, doit participer au plaisir du service de D.ieu. Amen.

Karmi Cheli : les équipes des Yechivot Habad réunies autour du monde intérieur des Temimim

Karmi Cheli : les équipes des Yechivot Habad réunies autour du monde intérieur des Temimim

 

Rabbanim, Roché Yechivot, Machpiim, Ramim et Machgui’him venus de tout Israël se sont retrouvés à l’hôtel Beth Haela pour le rassemblement « Karmi Cheli ». Cette rencontre est consacrée au monde intérieur des Temimim et aux défis que doivent relever, jour après jour, les équipes des Yechivot. Retour en images sur une journée portée par la Torah, la réflexion éducative et la ferveur de l’étude.

 

 

Une journée riche en contenu, en Torah et en profondeur éducative s’est déroulée dans le cadre du rassemblement exceptionnel organisé par « Karmi Cheli » à l’intention des équipes des Yechivot. Les travaux ont porté sur ce qui constitue le cœur même de l’éducation et sur le travail mené auprès des Temimim.

Les fondements de l’éducation à la lumière d’une Si’ha du Rabbi

Le rassemblement a été ouvert par le Rav Belinov, Roch Yechiva d’Elad, par un Dvar Mal’hout et par une Si’ha toute particulière du Rabbi consacrée aux fondements de l’éducation. Dans son intervention, il a mis en lumière des points essentiels et fondamentaux du travail éducatif, en s’appuyant sur cette Si’ha ardente, aux paroles de feu, qui a laissé une empreinte profonde sur les participants.

Un film éducatif qui invite à la réflexion

Le Rav Avraham Segal a ensuite pris la parole et présenté un film éducatif singulier et captivant, qui abordait des questions et des thèmes majeurs du travail éducatif. Les participants l’ont suivi avec une grande concentration. Son contenu a nourri la réflexion et ouvert la voie à un regard renouvelé sur le monde des Ba’hourim.

Un cours de Torah dans l’effervescence de l’étude

La journée s’est poursuivie par un cours de Torah exceptionnel donné par le Rav Aharon Mochkovitz, de la Yechiva Tom’hei Temimim de Migdal Haemek. Il a associé de profonds Pilpoulim sur la Guemara étudiée cette année à des enseignements de ‘Hassidout et de Hala’ha. Les équipes des Yechivot ont approfondi les sujets, soulevé des objections et débattu avec lui dans la Rit’ha Deoraïta, cette effervescence propre à l’étude de la Torah. La première partie du rassemblement s’est achevée par la prière de Min’ha, récitée en communauté.

Voici la galerie de photos du rassemblement et des moments forts de cette journée.

 

Torah Or : Tous les Maamarim de la Parachat Béréchit

Torah Or : Tous les Maamarim de la Parachat Béréchit

 

Les enseignements de ‘Hassidout sur la Paracha Béréchit condensent en quelques lignes des notions qui demandent à être dépliées. Voici, titre après titre, une explication suivie de chacun des dix discours, avec les versets, les images et les notions de Kabala qui les sous-tendent. Un fil conducteur les relie tous : ce qui est le plus bas possède la racine la plus haute, et c’est le travail de l’homme ici-bas qui la révèle.

 

 

 

Les cieux sont Mon trône (page 1, colonne 1)

Le discours lit dans un seul verset, «Les cieux sont Mon trône, la terre Mon marchepied, quelle est la maison que vous Me bâtiriez», un circuit en quatre temps : le Chema, la Torah, les Mitsvot et la Tefila.

Le point de départ est que l’homme «fait» la Torah. En elle-même, la Torah est la sagesse de D.ieu. Mais pour que le Or Ein Sof y réside de façon révélée quand un homme l’étudie, il faut un éveil venu de lui, une Itarouta Diletata. Cet éveil, c’est le Chema qui précède l’étude.

Le Ayin majuscule du mot Chema vaut soixante-dix : ce sont les sept Midot, chacune composée de dix. Le verset «À Toi (Lekha), Havaya, la grandeur, la puissance, la splendeur…» énumère ces sept Midot en les rapportant toutes à «Toi» : dans leur source, elles n’ont aucune existence propre. Ce qui descend pour faire vivre les mondes n’est donc qu’une lueur, une Héara. Celui qui médite là-dessus cesse de désirer quoi que ce soit du monde, puisque tout n’y est que reflet. C’est le cri «Qui ai-je dans les cieux», et de là naît l’amour «de tout ton cœur».

Vient alors le trône, qui est la Torah. S’asseoir, c’est abaisser sa tête. Dans la Torah, la «tête», c’est-à-dire la volonté et la sagesse divines, que nul ne peut saisir («non d’une sagesse connue»), s’abaisse jusqu’à traiter de bœufs, de champs et de parchemins. La Torah est le mouvement du haut vers le bas.

Le marchepied, lui, sert à surélever les pieds : ce sont les Mitsvot. Les Mitsvot pratiques sont la «terre», le niveau le plus bas, celui du faire. Mais ce sont les pieds qui portent la tête et l’emmènent là où elle n’irait pas seule. «Leur fin est enracinée dans leur commencement» : l’acte, dernier dans l’ordre, tient à ce qu’il y a de plus haut. C’est pourquoi l’action concrète affine l’esprit et le cœur plus que ne le ferait la seule réflexion.

La même relation se retrouve à l’intérieur de la Torah. La Loi écrite est «cieux» : donnée d’en haut, concise, fixée. La Loi orale est «terre» : c’est là que tout se déploie en détails et que porte l’effort de l’homme.

Reste la maison. Un trône et un marchepied sont des meubles, il leur faut une maison qui les entoure. Torah et Mitsvot font entrer la lumière dans des cadres définis, un texte, un acte. La maison représente ce qui englobe sans se laisser contenir, le Makif. Seul le Bitoul l’attire, et c’est la Tefila, où l’homme se tient effacé comme un serviteur devant son maître. D’où la question du verset, «quelle maison ?» : aucun contenant ne suffit, seul l’effacement fait place à Sovev Kol Almin.

Car, de même que les cieux nouveaux (page 1, colonne 3)

Ce discours prolonge le précédent en se demandant ce que deviendront «cieux» et «terre» dans les temps futurs. Il part d’un enseignement connu sur le mot Béréchit : le monde fut créé pour deux «prémices», Israël et la Torah. Si le monde existe pour eux, c’est que les cieux et la terre se retrouvent dans leur service.

La terre, Erets, est rapprochée de Ratson, la volonté, et de la course. Elle figure le Ratso, l’élan par lequel l’âme veut sortir de ses limites pour s’attacher à D.ieu. Cet élan se construit dans la première partie de la prière, les Pessoukei Dezimra, où la méditation «déchire les voiles». Il va très loin : l’âme ne veut ni les lumières qui pénètrent (Pnimi, la «troupe») ni même celles qui englobent (Makif, la «muraille»). Elle veut «Toi», l’Essence.

Mais l’élan n’est pas le but. Il débouche sur le Chov, le retour : après avoir voulu s’échapper, l’âme accepte de revenir pour faire descendre le divin ici-bas, dans la Chemoné Essré puis dans les Mitsvot. Ce retour est appelé «cieux» parce que les Mitsvot attirent une lumière sans commune mesure avec l’élan de l’homme. La comparaison est parlante : la terre n’est qu’un grain face à l’immensité des cieux, et l’élan humain n’est qu’un grain face à ce qu’une Mitsva fait descendre. Le monde tient par ce va-et-vient.

Aujourd’hui, la terre vient en premier. Le monde a été créé par le Nom Elokim, qui voile, et il faut donc d’abord s’arracher à l’occultation et au mal. Dans les temps futurs, le mal aura disparu, et ce genre d’élan n’aura plus d’objet. L’initiative viendra d’en haut : ce sont les «cieux nouveaux» que «Je fais», Moi-même, et non plus par l’intermédiaire du Nom qui cache.

Pourquoi alors une «terre nouvelle» ? Parce qu’il subsistera un élan d’un autre type. La lumière d’en haut se donnera comme bat le cœur : elle arrive, puis se retire, sans quoi les Kelim seraient submergés et cesseraient d’exister comme réceptacles. Ce retrait vers la source est lui-même un Ratso, mais il suit le don au lieu de le précéder.

La conclusion répond à une inquiétude. Devant une telle révélation, les Mitsvot et l’acceptation du joug d’aujourd’hui, accomplies dans l’obscurité, paraîtront-elles dérisoires ? Le verset assure le contraire : «votre postérité et votre nom subsisteront», et ils seront même élevés jusqu’à se tenir «devant Moi», dans l’intériorité.

Explication de ce qui précède (page 2, colonne 4)

Ce troisième texte reprend le même sujet avec les outils de la Kabala. Sa question est celle de toute la ‘Hassidout : l’âme possédait en haut l’amour et la crainte de D.ieu, pourquoi la faire descendre ? En quoi des actes matériels valent-ils mieux que cet état ?

La réponse demande une carte des mondes. Le monde d’Atsilout est appelé «Mon Nom». Un nom n’est pas la personne, ce n’en est qu’un reflet, mais il ne fait qu’un avec elle. De même, en Atsilout, lumières et réceptacles sont entièrement unis au divin. Le monde de Beria est appelé «Ma gloire», ce qui renvoie au vêtement. Le vêtement cache celui qui le porte, mais c’est aussi grâce à lui qu’il peut se montrer. Voiler est ici une façon de réparer, de rendre la lumière recevable : c’est le Tikoun.

Ce Tikoun répond à un événement antérieur, la brisure des Kelim du monde de Tohou, où des lumières trop intenses ont fait éclater des réceptacles trop étroits. Les éclats sont tombés dans les mondes de Beria, Yetsira et Assia. Tout le service divin consiste à les trier et à les relever : ce sont les Birourim.

Le texte distingue alors trois acteurs. Les anges font descendre l’ordre du Tikoun vers les mondes inférieurs. La prière, par son élan, fait monter ces mondes vers Atsilout : c’est le tri par Mayin Noukvin, l’éveil qui part d’en bas. Enfin la Torah et les Mitsvot font descendre une lumière nouvelle depuis Atsilout : c’est le tri par Mayin Doukhrin, le don qui vient d’en haut. Voilà la réponse à la question : l’amour et la crainte ne font qu’élever l’âme, alors que la Mitsva accomplie dans la matière transforme le monde lui-même. Une réserve toutefois : parce que l’acte est matériel, il lui faut la crainte et l’amour pour s’élever.

L’ordre actuel est donc «la terre avant les cieux» : l’homme s’éveille, puis le ciel répond. Dans les temps futurs se révélera Atik, un niveau antérieur à tout l’enchaînement des mondes, où le don précède toute demande. Là, c’est le Mati, la volonté de donner, qui vient d’abord, et le retrait ne vient qu’ensuite, par égard pour le réceptacle.

Le verset final est relu mot à mot. «Votre semence», ce sont les Mitsvot, semées dans la terre comme une graine qui donne bien plus qu’elle-même. «Votre nom», c’est la Kabalat Ol. Ces deux choses appartiennent aujourd’hui à l’ordre du Tikoun, et s’élèveront demain jusqu’à Atik, dans le monde des Akoudim, le tout premier, où toutes les lumières tiennent encore dans un seul réceptacle.

Comprendre pourquoi la formation du corps de l’homme fut différente (page 3, colonne 4)

Le récit de la Création présente une anomalie. Pour les plantes et les animaux, la terre produit d’un seul coup un être complet, corps et vie ensemble. Pour l’homme, il y a deux étapes : d’abord un corps inerte, tiré de la poussière, puis le souffle de vie.

L’explication repose sur les quatre règnes : le minéral (Domem), le végétal (Tsoméa’h), l’animal (‘Haï) et le parlant (Medaber). Chez la plante et l’animal, le corps relève du végétal, puisqu’il pousse et se développe, et la vie qui l’anime relève de l’animal. Ces deux niveaux se suivent, et peuvent donc naître ensemble. Chez l’homme, l’écart est maximal : l’âme est du niveau le plus haut, le parlant, et le corps du niveau le plus bas, la poussière inerte. Deux extrêmes ne peuvent surgir d’un seul geste.

Pourquoi avoir donné à l’homme le corps le plus bas ? Parce qu’il est la finalité de la Création, chargé d’élever toutes les étincelles dispersées dans les quatre règnes. L’image du levier le fait comprendre : pour soulever une maison, on place le levier sous la poutre du bas, et tout monte avec elle. Placé sous une poutre du milieu, il laisserait le bas au sol. Si le corps de l’homme avait été tiré d’un niveau intermédiaire, le minéral serait resté hors d’atteinte.

Le verset cité dit la même chose : la terre est fondée par la ‘Hokhma, les cieux par la Tevouna. La ‘Hokhma étant supérieure, c’est la terre, et non le ciel, qui a la racine la plus haute.

Comprendre plus en profondeur le verset «Havaya Elokim forma l’homme, poussière tirée de la terre» (page 4, colonne 1)

Ce texte reprend la question précédente en la transposant dans l’âme. Les règnes y ont leurs équivalents. Le minéral correspond aux lettres : comme des pierres, elles ne grandissent pas et ne vivent pas par elles-mêmes. Le végétal correspond aux Midot, les émotions, qui poussent du petit au grand. L’animal correspond à l’intellect, qui est la vie de l’âme.

Les émotions naissent de l’intellect : on aime ce que l’on a compris être bon. Et même une fois nées, elles restent nourries par lui, comme l’enfant par sa mère. Entre les deux, il y a un rapport de cause à effet. C’est pourquoi, dans la nature, le végétal et l’animal sont voisins et surgissent ensemble.

Les lettres, elles, ne découlent pas de l’intellect. Une idée ne produit pas d’elle-même les mots, et la faculté de parler vient d’une source distincte, plus profonde que la réflexion. Le minéral est donc sans lien avec ce qui le précède dans l’échelle, et c’est pourquoi le corps de l’homme fut formé seul, sans vie.

Mais ce défaut apparent est la clé de tout. Parce que ce corps est le plus bas, seule l’âme la plus haute pouvait venir l’habiter. Plus une chose est élevée, plus elle est capable de descendre.

Deux parallèles confirment cette règle. Les anges procèdent de l’extérieur des Kelim : ils n’ont affaire qu’à un corps spirituel. Les âmes procèdent de l’intérieur des Kelim : elles peuvent habiter un corps matériel et l’élever. De même, dans les Sefirot, les émotions viennent de la Bina, alors que les lettres viennent de la ‘Hokhma, qui lui est supérieure. La parole, dernière dans l’ordre, a sa source plus haut que l’émotion.

Il n’est pas bon que l’homme soit seul (page 4, colonne 4)

Le discours part du verset «Havaya Elokim est un soleil et un bouclier». Le bouclier est comme un écran placé devant le soleil : sans lui, on ne pourrait rien recevoir de sa lumière. Le Nom Elokim voile ainsi le Nom Havaya, et grâce à ce voile le monde se ressent comme Yech, une existence séparée.

Ce voile n’est pas le but. Le but est que cette existence qui se croit séparée reconnaisse d’elle-même qu’elle ne l’est pas, qu’elle s’annule devant le Ayin. Tant que cela n’a pas lieu, la présence divine est comme prisonnière d’un monde qui l’ignore : c’est l’exil de la Chekhina.

L’image du miroir explique ce que le voile apporte. Une vitre nue laisse passer la lumière, rien ne revient. Qu’on en recouvre le dos, et la lumière rebondit : on y voit ce qui est loin. L’obstacle crée le retour. De même, la contraction opérée par le Nom Elokim produit une lumière en retour, un Or ‘Hozer, et cette lumière remonte plus haut que le point d’où venait la lumière directe.

Le verset «Il n’est pas bon que l’homme soit seul» se lit alors à un autre niveau. L’«homme», c’est ici la révélation divine elle-même. Si elle brillait à découvert, elle serait «seule» : rien d’autre ne pourrait se tenir en face d’elle, et il n’y aurait ni travail ni retour. Il faut donc un vis-à-vis, un «face à lui» qui s’oppose. Et c’est de cette opposition même que vient l’«aide» : ce qui résiste est ce qui permet le retour.

Avant la faute, ce voile était très fin. Après la faute, il s’est épaissi, mais il reste fait de Kelipat Noga, l’écorce intermédiaire où le bien est mêlé au mal et peut en être extrait. L’aide naît précisément de ce tri.

Havaya Elokim dit : voici, l’homme est devenu comme l’un de nous (page 5, colonne 3)

Le verset pose une difficulté : si connaître le bien et le mal rend l’homme «comme l’un de nous», où est la faute ? La réponse tient à deux manières de connaître.

En haut, la connaissance est de l’ordre du Makif : elle surplombe son objet sans se mêler à lui. D.ieu connaît le mal sans que le mal Le touche. Chez l’homme, la connaissance est de l’ordre du Pnimi : connaître, c’est s’attacher, laisser entrer en soi. Connaître le mal, pour l’homme, c’est donc s’y lier. Depuis lors, bien et mal sont mêlés en lui, et la lutte est permanente : «un peuple l’emportera sur l’autre», quand l’un monte, l’autre descend, à chaque génération et en chaque personne.

Ce n’était pas le projet initial. D.ieu voulait que le tri des étincelles se fasse sans guerre, et c’est pourquoi Il avait interdit le fruit. Le modèle en est le règne de Chlomo : la lumière y était si forte que la reine de Saba vint d’elle-même, avec ses présents. Les étincelles auraient été attirées vers l’homme comme vers un flambeau, sans qu’il ait à descendre les chercher.

Après la faute, un danger nouveau apparaît : que l’homme mange de l’arbre de vie. Cet arbre correspond au Kéter, niveau de pure bonté où il n’existe aucun jugement et où «l’obscurité est comme la lumière». À cette hauteur, tout reçoit la vie sans distinction. Le mal, désormais mêlé à l’homme, l’aurait reçue aussi, et serait devenu éternel. L’éloignement de l’arbre de vie est donc ce qui garantit que le mal aura une fin.

La parenthèse finale situe l’arbre de la connaissance dans la ‘Hokhma. Dès qu’il y a sagesse, il y a distinction et mesure, donc déjà une forme de jugement, ce qui n’est pas le cas dans le Kéter.

Comprendre le sens des Berakhot (page 6, colonne 1)

Pourquoi les Berakhot ne furent-elles instituées qu’au début du second Temple ? Parce qu’elles compensent une perte. Au temps du premier Temple, la foi était lumineuse, presque une vision. Au temps du second, cette clarté avait baissé. Les hommes de la Grande Assemblée ont alors fixé des formules dont la fonction est de faire descendre : dire Baroukh, c’est attirer Havaya, qui dépasse le monde, jusqu’à «Roi du monde», là où le divin est caché.

Il existe deux types de formules. La courte ne dit Baroukh qu’au début. La longue le dit au début et à la fin. La différence tient à l’endroit où arrive la lumière.

La formule courte correspond au monde caché, où tout existe encore à l’état global, sans détails. Là où rien n’est séparé, il n’y a pas de déchet, et les forces du mal n’ont rien à quoi s’accrocher. Une ouverture suffit.

La formule longue correspond au monde révélé, où tout se détaille. L’image est celle de l’embryon : dans la goutte initiale, tout est contenu sans distinction. À mesure que l’enfant se forme, les organes se précisent, et avec eux apparaît le superflu : ongles, cheveux, déchets. Dès qu’il y a détail et limite, il y a résidu, et c’est de ce résidu que se nourrit la Sitra A’hra. D’où la conclusion par un second Baroukh, qui est un sceau. On scelle une lettre pour qu’elle n’arrive qu’à son destinataire. On scelle la bénédiction pour que l’influx n’aille qu’à la sainteté.

Les bénédictions du mariage illustrent ce principe. Deux d’entre elles parlent de la création de l’homme : l’une est courte, l’autre longue. La première vise Adam, qui correspond à la Loi écrite : tout y est contenu en peu de mots, comme dans la goutte du père. La seconde vise ‘Hava, qui correspond à la Loi orale : elle déploie les détails, comme la mère développe l’enfant. Son nom même signifie «exprimer, révéler».

Le texte lit ensuite les mots de près. Dans la première, Yotser évoque la forme, car la ‘Hokhma est le premier point où une forme existe. Dans la seconde, le petit mot Et, fait de la première et de la dernière lettre de l’alphabet, désigne toutes les lettres, c’est-à-dire la parole, la sagesse d’en bas. Les mots «à partir de lui-même» précisent que cette sagesse d’en bas n’est pas une autre sagesse : c’est celle d’en haut, contractée pour qu’existe un «édifice», les mondes inférieurs, où D.ieu désire demeurer.

Vient l’avertissement. Parce que la Loi orale s’occupe de réalités concrètes et s’adresse à un être qui se sent exister, son effet dépend de celui qui étudie. Étudiée pour nourrir son ego, la même Torah fait vivre l’écorce : elle devient poison. Étudiée avec l’intention juste, elle est élixir de vie. C’est pour cela qu’il faut le sceau.

L’application au service divin clôt le discours. Le fond du cœur, lorsqu’il s’embrase d’amour pour D.ieu dans la joie, est hors d’atteinte : le mal n’a rien qui ressemble à cette joie. Le risque se situe à la surface du cœur, là où le monde paraît réel et séparé. Demander «Unifie mon cœur», c’est demander que le fond éclaire la surface. Ce travail intérieur est le sceau, et il agit aussi en haut.

Youval fut le père de ceux qui habitent sous la tente et parmi les troupeaux (page 7, colonne 3)

La Torah nomme deux frères : Yaval, père de ceux qui vivent sous la tente et parmi les troupeaux, et Youval, père de ceux qui manient la harpe et la flûte. Le discours les lit ensemble.

Il s’appuie sur une phrase du Talmud qui, au sens simple, parle des animaux portant un collier, Chir, que l’on peut faire sortir et mener par ce collier le Chabbat. Or Chir signifie aussi «chant». La phrase devient : tous les êtres de chant sortent par le chant et sont conduits par le chant. Les âmes, les anges et les mondes ne passent d’un niveau au suivant que par le chant.

Le chant est ici l’expression du Bitoul. Pour monter, il faut cesser d’être ce que l’on était, comme la graine doit se défaire en terre avant de germer. Entre deux niveaux, il y a toujours un moment d’effacement, et le chant est ce moment : l’âme sort d’elle-même. Les différentes sortes de chant, simple, double et au-delà, correspondent à des effacements plus ou moins riches : tantôt un pur abandon, tantôt un abandon traversé d’amour et de désir.

Les noms des deux frères, qui évoquent le fait de conduire, disent cela : toute montée est portée par la harpe et la flûte. Reste à savoir d’où vient l’effacement. Il vient de ce qui dépasse, de ce qui englobe d’en haut comme une tente : le Makif. Et puisque ce qui englobe n’est limité par aucun réceptacle, il atteint tout également, jusqu’au «troupeau», le niveau le plus bas. La tente et le troupeau, le plus haut et le plus bas, vont donc ensemble.

Sortez et contemplez (page 7, colonne 4)

Le verset du Cantique des Cantiques parle du roi Chlomo, de sa couronne, du «jour de ses noces» et du «jour de la joie de son cœur». Nos Sages y voient le don de la Torah et la construction du Temple. Le discours suit le verset mot à mot.

La joie du cœur, d’abord. Le Temple est le cœur du monde, et la prière en tient lieu aujourd’hui. Un cœur fait deux choses : il reçoit le sang de tous les membres, puis le leur renvoie. La prière fait de même. Sa première partie rassemble et élève tout vers un regard unique qui embrasse le monde d’un coup. Puis la Chemoné Essré, l’étude et les Mitsvot de la journée redistribuent cette vitalité à chaque membre.

La maladie est une circulation empêchée. Une faute commise avec un membre bloque la vitalité de ce membre : elle ne monte plus vers le cœur. Le remède est la Techouva. Un amour sans mesure, celui de «tout ton pouvoir», né justement de l’éloignement, répare ce qui manquait à l’amour ordinaire, celui de «toute ton âme».

La Torah est aussi appelée guérison, mais elle fait davantage que réparer. Elle apporte une lumière nouvelle, qui n’a jamais été dans le monde parce qu’elle précède la contraction première. C’est le «jour de ses noces». La Torah est comparée à l’eau, qui fait pousser tout ce qui est délice. Sous le soleil, dit-on, il n’y a rien de nouveau. La Torah est au-dessus du soleil, et de là vient le nouveau. Et cette nouveauté surgit précisément parce qu’elle descend dans la matière, comme la goutte, qui doit quitter sa source et descendre au plus bas pour donner naissance.

D’où «Sortez» : les âmes sont invitées à quitter le Gan Eden, où elles ne reçoivent qu’un rayonnement, pour venir dans ce monde, le seul où la lumière nouvelle se donne. Chlomo désigne ici le Roi à qui appartient la paix, Chalom. La paix, c’est l’union de deux contraires, celui qui donne et celui qui reçoit. La Malkhout peut relier le monde d’en haut aux mondes d’en bas parce que sa racine est au sommet.

La couronne est faite de pierres, donc de minéral, le règne le plus bas. Mais ces pierres brillent, et on les pose au-dessus de la tête, plus haut que l’intelligence. Telles sont les Mitsvot : des objets matériels, cuir, laine, pièces de monnaie, dont la racine dépasse l’intellect.

Le discours distingue enfin la joie du délice. On se réjouit de ce que l’on possède sans le voir, comme un homme riche qui sait son trésor à l’abri. Tel était le Temple, où l’Arche restait cachée, et c’est pourquoi la joie est possible dès à présent. Le délice, lui, suppose que la chose soit là, goûtée. Il est réservé aux temps futurs, et le don de la Torah en fut un avant-goût.

La dernière phrase revient à la fin de la Paracha. Le «cœur» de D.ieu, c’est ce lieu où la montée des offrandes produit la joie et où le cœur s’ouvre pour donner au monde entier. La génération du Déluge fit l’inverse : rien ne montait, le cœur s’est serré, «Il s’affligea en Son cœur», et la lumière n’a plus circulé. Les offrandes de Noa’h ont rouvert ce cœur.e cœur. 

Lod : un cambriolage tourne à l’agression au tournevis au cœur de la communauté Habad

Lod : un cambriolage tourne à l’agression au tournevis au cœur de la communauté Habad

 

Un grave incident s’est produit avant l’aube dans une des résidences Shaar Haïr du Shikoun Habad  à Lod, au cœur de la communauté Habad de la ville. Vers deux heures du matin, deux suspects ont pénétré dans un immeuble d’habitation après en avoir forcé la porte d’entrée, puis sont montés dans les étages supérieurs afin de fracturer la remise attenante à l’un des appartements. « Cette fois, l’incident s’est terminé sans catastrophe », soufflent les habitants, qui redoutent que la prochaine fois l’issue soit tout autre.

 

 

Une effraction qui dégénère en pleine nuit

Le propriétaire de l’appartement, réveillé par le bruit de l’effraction, est sorti de chez lui et a tenté d’éloigner les suspects. C’est à ce moment que la situation s’est envenimée à toute vitesse : selon les témoignages recueillis sur place, l’un des suspects a menacé de poignarder le résident à l’aide d’un tournevis pointu.

Un autre voisin, alerté par ce qui se passait, est sorti pour lui porter secours, et une échauffourée a éclaté sur les lieux. Seule l’intervention de ce voisin a empêché, aux dires des personnes présentes, une dégradation qui aurait pu se solder par des blessures graves. La police, appelée sur place, est arrivée en peu de temps et a arrêté le suspect de l’agression.

Un sentiment d’insécurité qui grandit

Au Shikoun Habad comme dans le quartier de Chaar Haïr, on affirme que cet incident vient s’ajouter au sentiment d’insécurité qui ne cesse de croître ces derniers temps. Les habitants évoquent des vols de vélos et de trottinettes, les courses effrénées à vélo et à trottinette de membres des minorités qui foncent sans le moindre contrôle dans le parc de Chaar Haïr, ainsi que l’errance de toxicomanes et d’individus soupçonnés d’atteintes aux biens au Beth Haknesset Beth Arié et dans le Shikoun. Ils relient notamment cette situation à la proximité de lieux où se pratique le trafic de drogue.

Selon les habitants, ce dernier incident montre à quel point une atteinte aux biens, banale en apparence, peut en quelques secondes se transformer en un événement violent qui met des vies en danger.

L’appel des habitants à la police et à la municipalité

Les habitants appellent la police israélienne et la municipalité de Lod à réexaminer le traitement des foyers de criminalité du secteur, à renforcer la présence policière durant les heures de la nuit, à agir contre les points de trafic de drogue et à s’occuper du phénomène d’errance d’éléments délinquants et de toxicomanes dans les quartiers résidentiels et dans le parc de Chaar Haïr.

Cette fois, l’incident s’est terminé sans catastrophe. Les habitants craignent que la prochaine fois, le résultat ne soit différent.

Tanya – Igueret HaKodech 20 #4 : Vos idées ou votre entourage : qu’est-ce qui vous transforme vraiment ?

Tanya – Igueret HaKodech 20 #4 : Vos idées ou votre entourage : qu’est-ce qui vous transforme vraiment ?

Le Rav Amar Yossi Amar pose les bases de son cours en abordant la question fondamentale de la transformation personnelle et de l’influence spirituelle à travers l’étude du Tanya (Igueret HaKodech, chapitre 20)

Les thèmes principaux abordés

  • Lumière intérieure (Or Pnimi) vs Lumière enveloppante (Or Makif) : Le cours explore les deux types d’influences spirituelles et psychologiques qui façonnent l’être humain.

    • Or Pnimi (Intérieure) : Ce que l’on comprend, assimile et intègre profondément (analogie de la nourriture ou de l’étude réfléchie). Elle transforme l’individu de l’intérieur, bien qu’elle nécessite une adaptation ou une « contraction » (Tsimtsoum) pour être reçue.

    • Or Makif (Enveloppante) : Ce qui nous entoure de l’extérieur sans traverser de filtre progressif (analogie de la maison ou de l’entourage/société). Elle englobe tout le monde de manière égale, inspirant et éveillant la personne (comme une atmosphère ou un événement fort), et possède un impact indirect puissant.

  • Où se trouve Dieu ? : Le cours résout la contradiction apparente entre l’idée que Dieu est partout (dans chaque détail) et l’idée qu’Il se trouve là où on Le laisse entrer. La présence divine globale enveloppe tout (Or Makif), mais pour qu’elle devienne vivante et transformatrice au quotidien, il faut l’accueillir consciemment en soi (Or Pnimi).

  • Le processus de création (Tsimtsoum et Kav) : Explication kabbalistique de la descente de la lumière divine à travers les mondes (Atsilout, Bria, Yetsira, Assia) grâce à des voiles, des contractions et un rayon mesuré (Kav), permettant l’existence d’un monde matériel et d’êtres autonomes.

  • L’importance de l’équilibre : Pour un véritable changement personnel, il ne suffit pas de ressentir des émotions passagères grâce à une ambiance extérieure (Makif). Il faut combiner l’étude et l’intériorisation des idées (Pnimi) avec un bon entourage.

 

Kfar Habad en liesse : des milliers de participants réunis pour les Hakafot Chniot

Kfar Habad en liesse : des milliers de participants réunis pour les Hakafot Chniot

 

Une véritable déferlante humaine a envahi Kfar Habad pour célébrer les traditionnelles Hakafot Chniot, les « secondes tournées », au lendemain de Souccot. Portée par une organisation de très grande ampleur, animée par le chanteur Nemouel Harroch et immortalisée par l’objectif de Mendy Touitou, cette soirée a offert un spectacle de foi et de lumière. L’événement a confirmé une fois encore son statut de temps fort incontournable du calendrier ‘hassidique.

 

 

 

Une marée humaine sous le signe de la joie

La nuit est tombée, mais l’énergie, elle, ne faiblit pas. Des milliers de participants, familles, jeunes, personnalités et habitants de toute la région, se sont rassemblés à Kfar Habad pour vivre l’un des moments les plus vibrants de la tradition juive : les Hakafot Chniot.

Marquant la conclusion officielle des festivités de Sim’hat Torah, cette coutume permet de revivre la liesse des danses avec la Torah, en communion avec les communautés de la Diaspora. À Kfar Habad, la célébration a atteint des sommets, transformant les rues et les places du village en une immense piste de danse à ciel ouvert, où la musique ‘hassidique, portée par le chanteur Nemouel Harroch, résonnait à l’unisson de milliers de voix.

Une logistique irréprochable

Derrière la magie de cette nuit de liesse se cache un travail de titan. L’événement, salué pour son ampleur et sa fluidité, a été orchestré de main de maître par le conseil local, le Vaad Hamekomi, que dirige le Rav Chimon Rabinovitz.

La réussite de cette production géante doit aussi beaucoup à l’expertise de l’agence Tsva’im Productions, dont l’investissement logistique et technique a permis d’accueillir la foule dans des conditions optimales de sécurité et de confort, tout en offrant à la soirée un écrin visuel et sonore grandiose, à la hauteur de l’événement.

L’art au service de l’émotion

Pour immortaliser cette atmosphère unique, le photographe Mendy Touitou a su capter l’essence même de cette nuit mémorable. Sa galerie, à la fois puissante et spectaculaire, témoigne de la force des regards, de l’exaltation des danses en cercle, les Hakafot, et de la beauté des jeux de lumière qui ont illuminé les visages des participants. Chaque cliché raconte une histoire de ferveur, de transmission et de fraternité.

Aux origines des Hakafot Chniot

Nées en Israël après la guerre des Six Jours, en signe de solidarité avec les Juifs soviétiques qui ne pouvaient célébrer Sim’hat Torah librement, les Hakafot Chniot sont aujourd’hui un pilier de la culture festive du pays. Elles symbolisent la continuité et la vitalité de la transmission spirituelle.

 

 

À Kharkov, cinq ans de guerre n’ont pas réduit la Soucca Habad géante : elle n’a jamais été aussi grande

À Kharkov, cinq ans de guerre n’ont pas réduit la Soucca Habad géante : elle n’a jamais été aussi grande

 

Là où l’on attendait une communauté amoindrie par cinq années de guerre, Kharkov a dressé pour Souccot 5787 (2026) une Soucca géante, à la place de la petite cabane qui s’adossait autrefois au mur de la synagogue. Des centaines de Juifs s’y sont pressés pour accomplir la Mitsva du Loulav et de l’Etrog, en présence du maire de la ville venu leur exprimer sa reconnaissance. Pour le Rav Moché Moskovitz, Grand Rabbin de Kharkov et Chalia’h du Rabbi depuis 1990, l’épreuve appelle une seule réponse : se rassembler davantage, et précisément maintenant.

 

 

 

La question d’un journaliste, une réponse à contre-courant

La question paraissait aller de soi. Un journaliste a demandé au Rav Moché Moskovitz si, après cinq années de guerre, la communauté juive de Kharkov avait restreint ses célébrations et s’était elle-même réduite. La réponse du Rav a pris le contre-pied de ce que l’on attendait.

« Au contraire, a-t-il répondu. Avant la guerre, nous avions une petite Soucca sur le côté de la synagogue. Aujourd’hui, nous avons une Soucca de 120 mètres carrés, capable d’accueillir des centaines de personnes. C’est justement maintenant, plus que jamais, que nous avons besoin de nous réunir, de nous unir et de célébrer en tant que communauté. »

Les faits lui ont donné raison. Tout au long de la fête, des centaines de membres de la communauté juive de Kharkov se sont retrouvés dans la grande Soucca pour une célébration commune, bien loin de l’image d’une vie juive repliée sur elle-même.

Le Loulav de main en main, puis la fête sous le feuillage

Les uns après les autres, les fidèles se sont avancés pour prendre en main le Loulav et l’Etrog et prononcer la bénédiction. Chacun entrait ensuite dans la Soucca, où la fête se prolongeait autour des tables, dans la chaleur d’une assemblée heureuse de se retrouver.

Pour beaucoup de Juifs de la ville, ce geste simple a une résonance particulière. Durant les décennies soviétiques, construire une Soucca ou se procurer les quatre espèces relevait de l’impossible, et c’est toute une génération qui redécouvre aujourd’hui ces Mitsvot, dans une ville où l’on vit pourtant au rythme des alertes.

Le maire de Kharkov rend hommage à la communauté

Le maire de Kharkov, Igor Terekhov, a tenu à prendre part à l’événement. Il a remercié le Rav Moskovitz et la communauté juive d’avoir poursuivi sans relâche, tout au long des années de guerre, leur action en faveur des plus démunis.

Cette présence n’a rien de fortuit. Depuis le début du conflit, l’édile s’est rendu à plusieurs reprises à la synagogue, notamment pour l’allumage des lumières de Hanouka et pour la fête de Pourim. À la veille d’un Roch Hachana de guerre, il avait remis au Rav une médaille et un diplôme d’honneur de la ville, en reconnaissance de ses longues années de service et de l’aide humanitaire apportée aux habitants. Le Rav lui avait offert en retour un Chofar, en formulant le vœu que Kharkov n’entende plus que le son du Chofar, et non celui des sirènes.

Roman, soldat sur le front, aux percussions

L’un des moments marquants de la célébration a été l’arrivée de Roman, un soldat juif qui sert sur le front. Il s’est joint à un spectacle de tambours et de percussions, dont il a pris la tête. Le rythme qu’il a imprimé à la fête lui a donné un souffle supplémentaire, et petits et grands se sont laissé gagner par le plaisir du spectacle.

Une communauté rebâtie depuis 1990

Cette vitalité s’inscrit dans une longue histoire. Le Rav Moché Moskovitz et son épouse, la Rabbanit Miriam, sont arrivés à Kharkov à l’été 1990, envoyés par le Rabbi pour faire renaître la vie juive dans la deuxième ville d’Ukraine. La mission qui leur avait été confiée plaçait l’éducation juive au premier rang, elle qui avait pratiquement disparu sous le régime soviétique. Dès février 1992, l’école juive Or Avner ouvrait ses portes. Elle a formé depuis des milliers d’élèves.

Leur arrivée a coïncidé avec la restitution de la grande synagogue chorale de la rue Pouchkinskaïa. Achevé en 1913, l’édifice avait été confisqué dix ans plus tard par les autorités communistes et transformé en club, puis en complexe sportif. Ravagée par un incendie en 1998, la synagogue a été entièrement restaurée sous l’impulsion du Rav. Elle compte aujourd’hui parmi les plus vastes d’Europe et abrite, outre le lieu de prière, des institutions éducatives, une cuisine Cachère et une cantine destinée aux nécessiteux.

La synagogue, abri des premiers jours de la guerre

Située à quelques dizaines de kilomètres de la frontière russe, Kharkov a été l’une des premières villes frappées en février 2022. Plus d’une centaine de personnes, des personnes âgées pour la plupart, ont alors trouvé refuge dans le sous-sol de la synagogue, tandis que la cuisine communautaire préparait repas et colis de vivres pour ceux qui ne pouvaient quitter leur domicile. Les vitres du bâtiment ont été soufflées par l’explosion d’un missile tombé à proximité, et en mars 2022 une roquette a touché le bâtiment de la Yechiva, sans faire de victime.

Après quelques semaines passées en Israël au plus fort des combats, le Rav Moskovitz est revenu à Kharkov dès le mois de mai 2022 pour reprendre sa place auprès des siens. Les épreuves n’ont pas cessé pour autant. À l’approche de Hanouka 5786 (2025), un missile a frappé le cimetière juif de la ville. « La vie doit continuer », avait alors déclaré le Rav, se disant certain que la grande lumière repousserait l’obscurité.

Se réunir, plus que jamais

C’est à la lumière de ce parcours que la Soucca de 120 mètres carrés prend tout son sens. Pour la communauté juive de Kharkov, la fête de Souccot, que la tradition nomme Zman Sim’haténou, le temps de notre joie, a été l’occasion de faire vivre la communauté, de se réunir et de célébrer ensemble, y compris dans la période complexe de la guerre.

La petite Soucca d’autrefois est devenue une grande demeure de fête, et la réponse du Rav au journaliste résume à elle seule l’esprit de ces journées : là où l’on aurait pu s’attendre à moins, il y a eu davantage.

 

Le copilote omanais du vol Dubaï-Tel Aviv avait été recruté pour faire s’écraser le Boeing 737 sur l’aéroport Ben Gourion

Le copilote omanais du vol Dubaï-Tel Aviv avait été recruté pour faire s’écraser le Boeing 737 sur l’aéroport Ben Gourion

Six jours après le drame évité de justesse à bord du vol FZ1073 de Flydubai, l’enquête conduite par les Émirats arabes unis livre des révélations saisissantes. Le copilote omanais aurait conçu son attaque avant même d’entrer dans la compagnie, avec pour cible l’aéroport Ben Gourion. En Israël, où l’on parle d’une chaîne de miracles, une commission de la Knesset vient de révéler que 1 240 membres d’équipage issus de pays sans relations diplomatiques avec le pays y ont atterri depuis le début de l’année.

 

 

Un projet mûri avant même l’embauche

C’est le développement le plus marquant de ces dernières quarante huit heures. Selon deux responsables israéliens informés de l’enquête émiratie et cités par l’agence Reuters, le suspect a déclaré à ses interrogateurs qu’il avait arrêté son plan avant d’être recruté par Flydubai. Il aurait passé en revue les compagnies desservant Tel Aviv, puis présenté sa candidature à la compagnie de Dubaï précisément parce qu’elle assurait cette liaison de façon régulière. Une troisième source, au fait du dossier, affirme que la cible était l’aéroport Ben Gourion lui même.

Les enquêteurs estiment par ailleurs que le 30 septembre n’était pas sa première occasion. L’homme aurait déjà envisagé de passer à l’acte lors d’un précédent vol vers Tel Aviv, plus tôt cette année, avant de renoncer au dernier moment. L’agence Associated Press évoque un projet initialement fixé au mois de juillet. La raison de ce recul demeure obscure, une source avançant qu’il connaissait peut être quelqu’un à bord. Plusieurs médias rapportent enfin qu’il aurait cherché, pendant l’attaque, à couper les deux moteurs de l’appareil.

Seize mille pieds de chute en trente secondes

Les faits remontent au mercredi 30 septembre 2026, en plein ‘Hol Hamoèd Souccot. Le Boeing 737 de Flydubai avait quitté Dubaï pour Tel Aviv avec plus de cent soixante dix personnes à bord, en très grande majorité des Israéliens. Après environ une heure et demie de vol, alors que l’avion abordait l’espace aérien jordanien, il a émis le code international de détresse, puis celui qui signale un détournement.

Dans le cockpit, le copilote venait de s’en prendre au commandant de bord, l’Indien Smit Machchhar, avec la hache de secours qui équipe le poste de pilotage. L’appareil a alors perdu plus de 5000 mètres d’haltitude en un peu plus de trente secondes. Grièvement blessé, le commandant est parvenu à déverrouiller la porte blindée, ce qui a permis à des passagers israéliens et à des membres d’équipage de se précipiter à l’intérieur et de maîtriser l’assaillant. Un passager a d’abord stabilisé l’avion, avant que deux pilotes de la compagnie qui voyageaient en cabine ne reprennent les commandes et ne posent l’appareil à Tabouk, dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite. À l’atterrissage, les passagers ont entonné Od Avinou ‘Haï. Ils ont regagné Israël le jour même à bord d’un avion de remplacement.

Un parcours jalonné de signaux d’alerte

Le suspect a été identifié par de nombreuses sources concordantes comme Hamam al Hammami, un ressortissant omanais de vingt neuf ans, bien que ni les autorités émiraties ni Flydubai n’aient confirmé officiellement son nom. Son itinéraire, reconstitué pièce après pièce, dessine une succession d’occasions manquées.

Titulaire d’un visa étudiant australien obtenu en 2014, il a étudié à Melbourne de 2015 à 2017, et ce visa aurait été révoqué en 2019. La police néo zélandaise a confirmé ce mardi qu’il avait séjourné près de six mois dans le pays, de novembre 2018 à mai 2019, pour y suivre une partie de sa formation de pilote. Il a ensuite obtenu à distance, en 2023, un diplôme britannique de gestion aéronautique.

L’épisode le plus troublant se situe en 2024. Alors qu’il était élève pilote chez Oman Air, il aurait été trouvé en possession de documents extrémistes, ce qui lui aurait valu une interdiction de voler et une affectation à des tâches administratives. En 2025, Royal Air Maroc ne l’a pas retenu à l’issue de trois mois de formation théorique, sans en donner le motif. Flydubai l’a pourtant engagé il y a environ huit mois, sans consulter les autorités omanaises selon la chaîne américaine CBS. Les enquêteurs émiratis entendent à présent les employés de la compagnie qui ont pris part à son recrutement.

Le Chin Beth aux Émirats et l’hypothèse d’un homme seul

Arrêté par les Saoudiens à sa descente d’avion, le copilote a été remis dès le lendemain aux Émirats, où il est détenu. Samedi, le procureur général des Émirats, Hamad Saif Al Shamsi, a qualifié officiellement les faits de tentative d’acte terroriste et confirmé l’usage de la hache. Selon la presse israélienne, l’intéressé encourt la peine capitale en droit émirati.

D’après le quotidien Israël Hayom, des agents du Chin Beth se sont rendus aux Émirats et ont interrogé le suspect lundi soir. Les premiers éléments, relayés par plusieurs médias américains, indiquent qu’il aurait agi seul, sans organisation ni État derrière lui, et aucun lien avec l’Iran n’a été établi à ce stade. Les responsables qui s’expriment soulignent toutefois que l’enquête n’en est qu’à ses débuts. Le président américain Donald Trump a pour sa part déclaré lundi soir qu’à son avis l’Iran se trouvait derrière cette tentative, tout en admettant que la question restait à l’étude, et il a prévenu que Téhéran s’exposerait à une riposte sévère si cette piste venait à se confirmer. En Australie, une cellule antiterroriste cherche à savoir si sa radicalisation remonte à ses années d’études à Melbourne.

En Israël, chacun se renvoie la responsabilité

L’affaire a mis au jour une brèche béante dans le dispositif israélien. Oman n’entretient pas de relations diplomatiques avec Israël, et Flydubai s’était engagée par écrit à n’affecter sur cette ligne que des pilotes issus de pays qui en ont. Or la liste des passagers et de l’équipage, nationalités comprises, avait bien été transmise à Israël avant le décollage, conformément à une loi adoptée par la Knesset en 2023. Personne ne l’a examinée.

Le ministère des Transports affirme ne pas être un organe de renseignement et ne jamais avoir reçu cette liste. La ministre Miri Regev en fait porter la charge au Mossad, tandis que le Chin Beth renvoie vers son ministère. Selon le site Ynet, celui ci n’a jamais consulté la base de données depuis sa création, de sorte que nul ne peut assurer que le cas soit unique. Un rapport du contrôleur de l’État avait pourtant signalé ces lacunes dès mai 2024. Le Premier ministre Binyamin Netanyahou a demandé au chef du Conseil de sécurité nationale de désigner un examinateur chargé de passer en revue l’ensemble de la sécurité des vols étrangers vers Israël, tandis que des voix de l’opposition réclament que toute la lumière soit faite.

À la Knesset, un chiffre qui change la donne

Ce mardi, la sous commission du renseignement de la commission des Affaires étrangères et de la Défense s’est réunie sous la présidence du député Boaz Bismuth pour examiner l’affaire et la préparation des services de sécurité. Les données qui y ont été présentées, révélées par la chaîne C14, ont fait l’effet d’une déflagration. Depuis le début de l’année, 1 240 membres d’équipage ressortissants de pays qui n’entretiennent aucune relation diplomatique avec Israël sont entrés sur le territoire, parmi lesquels des Syriens, des Libanais et des Omanais. On compte dans ce nombre des pilotes et des copilotes.

Le cas du copilote de Flydubai n’avait donc rien d’une exception isolée, et c’est tout le contrôle des équipages étrangers qui se trouve mis en cause. À l’issue de la séance, Boaz Bismuth a assuré que « le visage de l’aviation civile en Israël changera à partir d’aujourd’hui ». Il a exigé de tous les organismes concernés qu’ils achèvent leurs vérifications internes et apportent des réponses claires, en précisant que la commission poursuivrait son suivi jusqu’à l’obtention de l’ensemble des conclusions.

Des liaisons suspendues et un commandant salué en héros

Les vols de Flydubai entre Dubaï et Tel Aviv restent suspendus pour la durée de l’enquête. Le directeur général de la compagnie, Ghaith Al Ghaith, a demandé qu’on laisse les investigations établir les faits, et Flydubai s’abstient depuis de tout commentaire.

La compagnie assurait d’ordinaire une dizaine de vols quotidiens entre Dubaï et Israël, et son retrait a laissé des milliers d’Israéliens bloqués aux Émirats. Le gouvernement devait approuver ce mardi une participation de l’État, plafonnée à neuf millions de shekels, aux frais des compagnies israéliennes qui organisent leur retour. Cette aide couvrira le coût des vols aller, que les avions effectuent à vide sur instruction des services de sécurité.

Le commandant Smit Machchhar se rétablit dans un hôpital des Émirats. Il s’est entretenu en visioconférence avec le Premier ministre indien Narendra Modi, à qui il a confié qu’il se battait pour sa propre vie tout en sachant qu’il ne pouvait pas laisser périr les autres. Le président Its’hak Herzog a annoncé qu’il remettrait une distinction pour acte d’héroïsme aux quatre Israéliens qui ont maîtrisé l’assaillant. Binyamin Netanyahou a pour sa part estimé qu’un nouveau 11 septembre avait été évité, et il a parlé d’une chaîne de miracles accomplis avec l’aide de D.ieu. D.ieu.