Il y a exactement 40 ans, en 1984, avait lieu la première rencontre entre Benjamin Netanyahou, alors jeune ambassadeur d’Israël à l’ONU, et le Rabbi de Loubavitch. Au cours de cette entrevue historique, qui s’est tenue pendant la fête de Sim’hat Torah au quartier général du mouvement Habad à Brooklyn, le Rabbi s’est entretenu durant 45 minutes avec Netanyahou et lui a prodigué des conseils qui allaient marquer profondément sa carrière. L’écrivain David Rotenberg, témoin direct de la scène, revient sur ce moment charnière qui annonçait, selon lui, l’ascension politique de celui qui deviendrait le Premier ministre à la plus grande longévité de l’histoire d’Israël.
David Zeev Rotenberg
Quarante ans après l’entretien historique du Rabbi avec Netanyahou, David Zeev Rotenberg se souvient. La première rencontre du Premier ministre Benjamin Netanyahou avec le Rabbi a eu lieu il y a exactement 40 ans, juste avant les Hakafot de la nuit de Sim’hat Torah, au 770, le centre mondial du mouvement Habad à Brooklyn. L’écrivain David Rotenberg, alors jeune homme, se trouvait parmi ceux qui se pressaient à l’avant de la synagogue et qui ont assisté à cette conversation hors du commun, longue de 45 minutes. « Les paroles du Rabbi ont pénétré mon âme », confiera plus tard Netanyahou. Et Rotenberg d’ajouter : « Je pense que celui qui est devenu le meilleur Premier ministre d’Israël a suivi ce que le Rabbi lui avait dit ce soir-là : “avec force et fierté”, au grand dam des médias “aigris”. »
Une nuit de Sim’hat Torah au 770
C’est arrivé il y a exactement 40 ans. J’étais alors un jeune homme, serré à l’avant de la synagogue du Rabbi de Loubavitch, au 770, le centre mondial Habad situé sur Eastern Parkway, à Brooklyn.
Derrière moi se tenaient, dans une densité difficile à décrire, juchés sur des « pyramides » et sur des bancs, des milliers de ‘Hassidim. Une foule qui ondulait comme les vagues de la mer. Tous nos regards étaient tournés vers l’estrade où le Rabbi allait prendre place, quelques minutes plus tard, pour ouvrir les Hakafot de la nuit de Sim’hat Torah.
Des années durant, chaque année, le personnel du consulat d’Israël à New York, ainsi que des personnalités israéliennes de passage dans la ville, se rendaient aux Hakafot chez le Rabbi. Il s’agit du second jour de fête, propre à la diaspora, et rien n’interdit à un Israélien, qui n’observe pas ce second jour de fête hors d’Israël, de se rendre en voiture au centre Habad. Le Rabbi avait coutume d’honorer ces invités en leur confiant la récitation des versets prononcés avant les Hakafot et, à cette occasion, il avait également l’habitude de s’entretenir avec eux.
« Prenez Damas, ne craignez personne »
Lorsque la guerre de Kippour a éclaté, je n’étais qu’un enfant. Mais je me souviens de la façon dont on rapportait la conversation que le Rabbi avait eue, la nuit de Sim’hat Torah 5734 (1973), quelques jours après le début des combats, avec les membres du consulat venus aux Hakafot. Le Rabbi s’était alors longuement entretenu avec eux, affirmant qu’il fallait conquérir Damas. Ils avaient objecté, pour leur part, que c’était impossible, parce que les États-Unis s’y opposaient et parce que cela coûterait de nombreuses vies.
Le Rabbi avait insisté, disant qu’il tenait de sources fiables à Washington que l’on y attendait déjà la nouvelle de la prise de Damas. Pourquoi l’opération militaire sur le plateau du Golan s’était-elle arrêtée ? avait alors demandé le Rabbi. Pourquoi les forces de Tsahal, qui avaient déjà réussi à repousser l’armée syrienne, s’abstenaient-elles d’avancer et de conquérir Damas ? Il avait écarté une à une les excuses qu’on lui présentait. Au terme de la conversation, il leur avait demandé de transmettre en son nom un message urgent aux dirigeants de l’État : prenez Damas, ne craignez personne. Ils avaient promis de s’acquitter de cette mission.
Un jeune ambassadeur sur l’estrade
La nuit de Sim’hat Torah 5745 (1984). C’était la quatrième fois que je participais aux Hakafot du Rabbi, un événement que quiconque y a pris part n’oubliera jamais.
Sur l’estrade, un jeune Israélien attendait l’entrée du Rabbi : Benjamin Netanyahou. C’était peu de temps après sa nomination au poste d’ambassadeur d’Israël à l’ONU. Parmi les milliers de personnes présentes, rares étaient celles qui le connaissaient. Pour ma part, déjà impliqué dans le monde des médias à l’époque, je l’ai immédiatement reconnu. À ses côtés se tenait Chmarya Harel, ancien membre d’un Kibboutz du Hachomer Hatsaïr et combattant de l’unité d’élite Sayeret Matkal sous le commandement de Bibi, avant de revenir à la pratique religieuse et de devenir ‘Hassid Habad.
Ce soir-là, il avait amené son commandant à la rencontre du Rabbi.
« C’était peu après mon arrivée à l’ONU », racontera plus tard Netanyahou à Yossi Elitouv et Arié Ehrlich, auteurs du livre « Au moment de vérité ». « Deux jours plus tôt, l’un de mes anciens subordonnés de la Sayeret Matkal s’était présenté à la porte de mon bureau à l’ONU. Il m’a dit : “Il va y avoir un grand événement chez le Rabbi, tu dois venir. Le Rabbi sera heureux de te voir.”
« J’ai demandé : “Le Rabbi veut vraiment me voir ? Si c’est le cas, allons le voir.”
« L’homme m’a expliqué que ce n’était pas si simple. Il m’a dit : “Nous devrons y aller la nuit de Sim’hat Torah.” J’ai accepté sur le champ. J’ai dit : d’accord, à six ou sept heures du soir ? Il a répondu : non, à minuit. J’ai dit que j’étais prêt. Et en effet, à minuit, nous sommes arrivés à cette adresse célèbre. C’était la première fois que je rencontrais le Rabbi. D’autres rencontres ont suivi par la suite.
« L’heure était très tardive mais, à l’intérieur, dans la salle, l’atmosphère était celle d’un plein milieu de journée. Plus de 5 000 ‘Hassidim s’entassaient dans une salle qui n’était pas particulièrement grande. C’était stupéfiant. Je n’aurais jamais cru qu’autant de personnes puissent tenir dans un tel espace. Mais les ‘Hassidim de Habad, comme chacun le sait, sont habitués aux miracles. Comment ce miracle s’est-il produit ? Grâce aux “pyramides” : les ‘Hassidim se tenaient les uns au-dessus des autres, sur des gradins de plusieurs étages, construits spécialement pour accueillir les milliers de participants.
« Seulement voir ? Pas discuter ? »
« On m’a conduit à l’intérieur, vers une petite estrade située à l’extrémité sud-est de la salle. On m’a dit d’attendre. Soudain, la porte au fond de la salle s’est ouverte, et j’ai assisté à une sorte de reconstitution de la traversée de la mer Rouge : au cœur de cette foule compacte, un passage s’est ouvert. Le Rabbi a avancé au milieu de ce chemin humain et a pris place sur l’estrade. Ceux qui se tenaient à mes côtés m’ont dit : “Approche-toi du Rabbi.”
« J’ai un peu hésité, je craignais de le déranger. Mais ils ont insisté pour que j’avance. Je me suis approché du Rabbi et j’ai tenté d’attirer son attention. Le Rabbi s’est retourné. J’ai dit : “Rabbi, je suis venu vous voir.” Le Rabbi m’a lancé un regard particulier, il a souri et m’a dit : “Seulement voir ? Pas discuter ?” »
Ma place dans la synagogue comptait parmi les meilleures. J’étais alors d’une maigreur à faire pitié, ce qui me permettait de me tenir derrière un pilier situé tout près de l’estrade du Rabbi, sans gêner la vue de ceux qui se trouvaient derrière moi.
De l’endroit où je me tenais, il était impossible d’entendre la conversation mais, en lisant sur les lèvres, j’ai compris que le Rabbi et le jeune ambassadeur se parlaient en hébreu. On a raconté plus tard que Netanyahou s’était adressé au Rabbi en anglais, que le Rabbi lui avait répondu en hébreu et que, dès lors, toute la conversation s’était poursuivie dans cette langue.
Quarante-cinq minutes face à des milliers de ‘Hassidim
Je me souviens de mon regard curieux, qui ne quittait pas leur échange. Cinq minutes, dix minutes, un quart d’heure, une demi-heure. Malgré les milliers de personnes qui attendaient les Hakafot, malgré l’heure tardive, le Rabbi était tout entier tourné vers son invité.
La conversation portait sur la situation sécuritaire en Israël et au Liban, sur les relations avec la Syrie, sur les résultats des élections en Israël et sur l’action du gouvernement, passée et présente. Le Rabbi a également rappelé à Netanyahou sa position sur l’intégrité du territoire et l’a béni pour ses nouvelles fonctions.
Autour de moi, des responsables du mouvement Habad de l’époque commentaient avec émotion cette scène inhabituelle. « Cela ne s’arrêtera pas à l’ambassade à l’ONU », a alors lancé l’un d’eux avec assurance. Je le ressentais moi aussi.
« Nous avons donc commencé à parler », racontera Netanyahou. « Je me souviens que le Rabbi s’exprimait dans un hébreu excellent, avec un accent ashkénaze. Nous avons parlé cinq minutes, puis dix, puis vingt. La conversation s’est ainsi prolongée, d’après mon estimation, 40 ou 45 minutes. Tout autour régnait un grand tumulte : des milliers de personnes se pressaient, dans l’attente du moment culminant où le Rabbi ouvrirait les Hakafot. Ils se disaient sûrement : “Qui est donc cet homme avec qui le Rabbi parle si longtemps ?”
« Mais le Rabbi avait tout le temps du monde. Il est resté debout et m’a parlé de ma fonction à l’ONU, de la manière dont il faut présenter notre vérité, celle du peuple juif, face au monde. Lorsque le Rabbi a fini de me dire ce qu’il avait à me dire, il s’est tourné vers la foule et a levé la main, faisant signe aux ‘Hassidim de redoubler de chants et de joie. »
Une bougie de vérité dans la maison de l’obscurité
C’est au cours de cette conversation que le Rabbi a prononcé la phrase que Netanyahou allait citer d’innombrables fois : « Le Rabbi m’a dit : “Tu te rends dans la maison de l’obscurité et du mensonge. Souviens-toi que, même dans l’obscurité la plus épaisse, lorsque tu allumes une bougie de vérité, elle répand une lumière précieuse qui se voit de très loin.” Il n’existe pas de manière plus juste, plus précise, de décrire la façon dont je concevais mon rôle d’ambassadeur à l’ONU, et aussi après mon mandat à l’ONU. En 2011, à la tribune des Nations Unies, j’ai évoqué cette conversation que j’avais eue avec le Rabbi de Loubavitch. Je l’ai évoquée parce que ce fut une conversation véritablement fondatrice, très importante.
« Ce fut une rencontre émouvante, extraordinaire. Le Rabbi n’a pas cherché à arrondir les angles ni à enjoliver les choses. Il a dit ce qu’il pensait, et ses paroles ont pénétré mon âme. Au cours de cette conversation qui, je l’ai dit, a duré bien plus longtemps que je ne l’avais prévu, le Rabbi m’a dit de toujours me rappeler qui et ce que je représente : Israël, le peuple juif. “Tu dois te tenir avec force et fierté”, m’a-t-il dit, ajoutant que ma mission consistait à allumer la lumière dans les lieux obscurs. Telle est ma mission, et je dois l’accomplir pour le peuple juif.
« Lorsque notre conversation s’est achevée », poursuit Netanyahou, « il s’est produit quelque chose que je n’oublierai jamais : le Rabbi a pris le Sefer Torah dans ses bras et s’est avancé vers le centre de la synagogue. Je l’ai vu danser avec le Sefer Torah, et je me suis dit : voilà la force de notre peuple. Voilà la force de notre tradition. Voilà la foi de notre peuple ! »
Le retour en Israël et la lettre du Rabbi
Environ trois ans et demi après cette rencontre, Netanyahou a décidé de mettre un terme à ses fonctions à l’ONU, de rentrer en Israël et d’entrer dans la vie politique.
Je me souviens d’un épisode intéressant de cette période. J’étais alors journaliste dans un journal new-yorkais. Dans l’une de mes dépêches, j’avais rapporté que le Rabbi n’était pas satisfait du retour de Netanyahou en Israël à ce moment-là. Eyal Arad, alors conseiller en communication de Netanyahou, a téléphoné à la rédaction après la parution de l’information et m’a réprimandé, à grands cris, pour cet article.
« C’est un mensonge », soutenait-il avec obstination. Ce n’était pas un mensonge. L’information était exacte.
Dans une lettre répondant à un courrier que Netanyahou lui avait adressé, le Rabbi a évoqué l’intention de celui-ci de retourner en Israël, avant son entrée dans la vie politique, au terme de son mandat d’ambassadeur à l’ONU :
« …Et en particulier, au sujet de ce qu’il écrit dans sa lettre, que son Alya en Terre d’Israël soit une élévation à tous égards, et qu’il continue de mettre à profit ses talents et les possibilités qui s’offrent à lui dans la direction mentionnée, en particulier. »
Le Rabbi a ajouté une allusion à la période où la lettre était rédigée, à la veille de la fête du don de la Torah, et a écrit : « Et pour ce qui est lié à ce moment de l’année, le mois du don de la Torah, selon la formule traditionnelle et sacrée dans la coutume d’Israël : recevoir la Torah avec joie et intériorité. »
Avant sa signature, le Rabbi a écrit : « Avec respect et ma bénédiction pour une joyeuse fête. »
« La seule voie »
Dans la vidéo d’une autre rencontre de Netanyahou avec le Rabbi, qui a eu lieu environ un mois avant la rédaction de cette lettre, on entend le Rabbi déclarer :
« Grand succès. Votre premier discours m’a procuré une grande satisfaction. Puissiez-vous continuer dans cette voie, et D.ieu vient en aide à tous ceux qui veulent purifier autrui, à plus forte raison lorsque l’on commence par “se parer soi-même”. »
Le Rabbi a demandé à Netanyahou de ne pas lui tenir rigueur de dire ces choses en public.
Netanyahou a répondu qu’il avait bien reçu le message du Rabbi. « J’ai l’intention de continuer exactement dans cette voie. J’ai bien saisi le message du Rabbi. » Il a souligné que c’était « la seule voie ».
« Et c’est la meilleure voie pour que l’on n’ait nul besoin de toutes ces affaires de guerre et autres, et que s’accomplisse “dans le calme et la tranquillité vous serez sauvés” », lui a répondu le Rabbi, avant d’ajouter : « Bénédiction et succès. »
Netanyahou a remercié : « Je vous remercie pour les occasions que vous m’avez données de venir… »
Hakafot du soir : Pour chacune des sept Hakafot, de courtes prières sont récitées tout en faisant le tour de la Bima une fois, suivies de chants et de danses. Le Gabbai annonce la fin de chaque Hakafa.
Hakafot du matin : Les prières des sept Hakafot sont récitées successivement tout en faisant trois fois et demie le tour de la Bima (un demi-tour pour chaque Hakafa), suivies de chants et de danses.
Au 770, Beth ‘Hayénou, un nouveau matin du mois de Tichri s’est levé au rythme de la prière de Cha’harit dans la grande synagogue. Les voix des fidèles et les Nigounim ont empli les lieux, portés par la ferveur des Temimim et des nombreux invités. Le photographe Meir Dahan a saisi ces instants où chaque journée commence dans l’élévation et la joie.
Il est des lieux où le temps semble suivre un autre rythme. Au 770 Eastern Parkway, à Crown Heights, le cœur du mouvement Habad-Loubavitch, chaque matin du mois de Tichri prend la dimension d’un événement. Dès les premières heures, la grande synagogue, que les ‘Hassidim appellent simplement « le Zal », se remplit. Les rangs se resserrent, les Tefilines sont enroulés, les livres de prière s’ouvrent, et la prière de Cha’harit commence.
Ce matin encore, le spectacle était au rendez-vous. Des Ba’hourim de Yechiva aux ‘Hassidim chevronnés, des habitants du quartier aux invités arrivés des quatre coins du monde, tous partagent le même espace et le même élan. La prière n’y est pas un simple rituel quotidien : elle devient un moment collectif d’une intensité rare, où l’on sent que chacun est venu chercher quelque chose de plus.
Le souffle des Nigounim dans les « cours sacrées »
Ce qui frappe d’abord le visiteur, c’est le son. La voix de la prière, mêlée aux chants, résonne d’un bout à l’autre de la salle. Les Nigounim, ces mélodies ‘hassidiques transmises de génération en génération, accompagnent les passages de la liturgie et transforment l’office en une véritable ascension spirituelle. Dans la tradition Habad, la mélodie est considérée comme une « plume de l’âme », capable d’exprimer ce que les mots ne parviennent pas à dire.
L’expression consacrée chez les ‘Hassidim pour désigner le 770 est éloquente : « nos cours sacrées ». Elle dit bien la place qu’occupe ce bâtiment de briques rouges dans l’imaginaire et le vécu de milliers de fidèles. C’est ici que le Rabbi a dirigé le mouvement pendant plus de quatre décennies, ici qu’il a prié, enseigné et réuni ses ‘Hassidim lors d’innombrables Farbrenguen. Prier au 770, c’est prier dans un lieu chargé d’histoire et de sainteté.
Tichri, la saison des grands rassemblements
Le mois de Tichri occupe une place à part dans le calendrier de Crown Heights. De Roch Hachana à Sim’hat Torah, en passant par Yom Kippour et Souccot, le quartier accueille chaque année une affluence considérable. Une tradition bien ancrée veut que de nombreux ‘Hassidim, et tout particulièrement des Ba’hourim et des familles venues d’Israël, de France et d’ailleurs, passent ces jours de fête « chez le Rabbi ».
Pour beaucoup, ce séjour constitue un véritable ressourcement spirituel pour toute l’année à venir. Les prières quotidiennes, les études, les rencontres et les moments de joie partagée tissent une atmosphère unique, que les habitués décrivent souvent comme impossible à retrouver ailleurs. La prière de Cha’harit en est l’un des piliers : c’est par elle que s’ouvre chaque journée de ce mois si particulier.
Les Temimim au premier rang de la ferveur
Parmi les fidèles, les Temimim, les étudiants des Yechivot Habad, tiennent une place centrale. Leur énergie et leur enthousiasme donnent souvent le ton. Fidèles à l’enseignement de la ‘Hassidout, qui accorde une importance capitale à la prière méditée et vécue de l’intérieur, ils s’efforcent de faire de chaque office un moment d’attachement profond à D.ieu.
Aux côtés de ces jeunes, les invités découvrent ou redécouvrent une manière de prier où la rigueur s’allie à la joie. Ceux qui viennent pour la première fois évoquent fréquemment l’émotion ressentie en se joignant à ce chœur immense, uni dans une même voix. Chaque matin devient ainsi une occasion de renouveau, une manière de commencer la journée sur une note d’élévation et d’espérance.
Des images pour partager l’émotion
Pour ceux qui n’ont pas eu la possibilité de faire le voyage, les images rapportées par le photographe Meir Dahan offrent une fenêtre précieuse sur ces moments. Les visages concentrés, les mains levées, les rangées serrées de fidèles enveloppés dans leur Talit témoignent d’une atmosphère que les mots peinent à restituer pleinement.
Ces clichés rappellent que, loin de la frénésie de la ville qui s’éveille alentour, le 770 continue d’accomplir chaque matin sa vocation première : être une maison de prière, d’étude et de rassemblement, où des milliers de Juifs viennent puiser la force d’avancer.
Au 770, chaque Cha’harit de Tichri est une promesse renouvelée : celle d’une journée vécue dans la joie, la ferveur et l’attente de la Délivrance.
Des milliers de ‘Hassidim, de Tamimim et d’invités de Tichri ont envahi Kingston Avenue, à Crown Heights, pour danser dans l’allégresse de Simhat Beth Hachoéva. À la veille de Hochaana Rabba, la joie atteint son apogée, portée par les Nigounim ‘hassidiques et les rondes de danse. Le photographe Meir Dahan a saisi ces instants au cœur même de la fête.
Une rue entière transformée en piste de danse
Des milliers de ‘Hassidim, d’étudiants de Yechiva que l’on appelle les Tamimim et de visiteurs venus passer le mois de Tichri auprès du Rabbi ont rempli Kingston Avenue, au cœur de Crown Heights. Tous se sont unis dans les danses de Simhat Beth Hachoéva, cette réjouissance qui rappelle la joie du puisage de l’eau au Temple de Jérusalem.
Une joie qui culmine jusqu’à l’aube
À l’instant même où s’approche Hochaana Rabba, l’allégresse atteint son sommet. Les Nigounim ‘hassidiques s’élèvent sans relâche, les cercles de danse se forment et se reforment, et une atmosphère singulière s’installe, qui se prolonge jusqu’aux premières lueurs du matin.
Au cœur de la fête, l’objectif d’un photographe
Le photographe Meir Dahan propose un reportage exceptionnel réalisé au plus près de la célébration, au milieu de la foule en liesse de Kingston Avenue, pour faire revivre à chacun l’intensité de cette nuit inoubliable.
Au lendemain du drame évité de justesse à bord du vol FlyDubai FZ1073, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a adressé un hommage pour le moins inattendu à l’un de ses héros. Sur le réseau X, il a publié la fiche professionnelle de Yaniv Hayon, plombier de métier, en appelant les Israéliens à faire appel à ses services. Un geste personnel qui a aussitôt enflammé les réseaux sociaux.
Ce jeudi, entre deux déclarations sur la portée internationale de l’attentat déjoué, Benyamin Netanyahou a choisi un registre plus intime. Le chef du gouvernement a partagé une capture d’écran du profil de Yaniv Hayon sur Midrag, le site israélien de notation des artisans. On y découvre ce père de famille de 38 ans, originaire de Nes Ziona, proposant ses services de débouchage et de réparation de canalisations dans la région de Rishon LeZion, avec une note moyenne remarquable de 9,93 sur 10.Sous l’image, un message sans détour : « Yaniv Hayon est un héros qui a sauvé de nombreuses vies. Il peut vous aider vous aussi, je le recommande chaleureusement ! »
Dans le cockpit, au cœur du piqué
Mercredi, alors que l’appareil reliant Dubaï à Tel-Aviv plongeait brutalement, Yaniv Hayon a été parmi les premiers à forcer l’accès au poste de pilotage. Avec d’autres passagers israéliens, il a maîtrisé le copilote omanais, qui venait de poignarder le commandant de bord indien, avant de l’immobiliser jusqu’à l’atterrissage d’urgence à Tabouk, en Arabie saoudite. Revenu aussitôt dans le cockpit, il a tiré le manche vers l’arrière pour aider à redresser l’appareil. « Heureusement que je regarde la série Air Crash Investigation », a-t-il confié au Premier ministre, lors de leur rencontre à l’aéroport Ben Gourion, sa chemise encore tachée de sang.
Le site Midrag lui-même s’est amusé de la situation, saluant un plombier noté 9,9 mais qui mérite, pour le sauvetage d’avions, un 10 parfait.
Le geste de Netanyahou s’inscrit dans le prolongement de son entretien sur CNN, où il comparait l’acte de ces passagers à la prévention d’un nouveau 11 septembre. Le président Its’hak Herzog a de son côté annoncé l’attribution d’une distinction présidentielle aux héros du vol.
Pour les 174 passagers, dont 27 enfants, rentrés sains et saufs en Israël, Yaniv Hayon restera bien plus qu’un artisan bien noté.
Benjamin Netanyahu, Benyamin Netanyahou, X.com « Yaniv ‘Hayoun est un héros qui a sauvé de nombreuses vies. Il peut vous aider vous aussi, je le recommande chaleureusement ! »
Midrag
Techniciens et réparations > Entreprises de camions de vidange recommandées > Rishon LeTsion > … Yaniv Note globale : 9,93 Avis : 107
Peut on s’acquitter de la Mitsva de la Soucca en s’installant sans permission dans celle de son voisin ? Les décisionnaires répondent que oui, mais qu’il est alors interdit de prononcer la bénédiction, ce qui soulève un étonnant paradoxe. Le Rav Zalman Kaplan, directeur de la Yéchiva du réseau de Yéchivot « Tseirei Hachlouhim » à Tsfat, a donné une leçon fascinante à l’occasion de la fête de Souccot, sur les lois de la Soucca et la Mitsva qui découle de la transgression.
Rav Zalman Kaplan
Nous allons nous pencher brièvement sur quelques points liés à la Mitsva de la Soucca, et plus particulièrement sur la question de la Soucca Gezoula, la Soucca volée, et de la Soucca qui n’appartient pas à celui qui l’utilise. Certains d’entre vous ont déjà étudié ce sujet, d’autres l’étudieront bientôt : vous le trouverez dans le Choul’hane Aroukh de l’Admour Hazakène, au chapitre 637.
Une Soucca ne se vole pas comme un Loulav
Le point essentiel que l’Admour Hazakène explique à cet endroit est le suivant : il n’existe pas, en temps normal, de Soucca volée au sens où il existe un Loulav volé. Le Loulav Gazoul est un cas très simple : un homme prend le Loulav de son prochain, c’est un Loulav volé, et il ne s’acquitte pas de son obligation.
Avec la Soucca, en revanche, on ne peut pas véritablement voler la Soucca d’autrui, car nous avons une règle selon laquelle Karka Eina Nigzelet, un terrain ne peut faire l’objet d’un vol. La Soucca se trouve sur le sol, elle y est attachée. Lorsqu’un homme entre dans la Soucca de son prochain, il ne la lui dérobe pas réellement, puisqu’elle demeure la propriété de son ami. Le sol ne se vole pas ; seuls les biens mobiliers, les Metaltelin, peuvent être volés.
C’est pourquoi une telle situation n’est pas considérée comme une Soucca volée, et celui qui s’y installe s’acquitte, à tout le moins Bediavad, après coup, de son obligation.
L’Admour Hazakène mentionne toutefois au chapitre 637 diverses situations dans lesquelles il s’agit bel et bien d’une Soucca volée. Par exemple, une Soucca construite sur un chariot : le chariot étant un bien mobilier, celui qui s’empare du chariot avec la Soucca qui se trouve dessus a véritablement volé une Soucca. Il existe d’autres cas semblables.
S’installer sans permission dans la Soucca d’autrui
En définitive, le cas ordinaire où l’on entre dans la Soucca d’autrui n’est pas une Soucca volée, même s’il existe des situations particulières qui le sont. Or l’Admour Hazakène enseigne, au paragraphe 9 de ce même chapitre, une règle concernant précisément ce cas qui n’est pas une Soucca volée.
Il écrit que celui qui s’est assis dans la Soucca de son prochain s’acquitte Bediavad de son obligation. Cependant, Lekhat’hila, a priori, il ne faut pas s’asseoir dans la Soucca de son prochain sans son accord, même si l’on ne peut pas la lui voler. On n’y entre pas sans son consentement, sauf s’il est absent et que l’on sait qu’il n’y tient pas. Mais s’il se trouve dans sa Soucca, il est interdit d’y pénétrer, car le propriétaire tient à ce que l’on ne vienne pas manger et dormir dans sa Soucca à son insu ; peut être en serait il contrarié.
Dans la continuité, l’Admour Hazakène écrit au paragraphe 11 : dans tous les cas que nous avons évoqués, où il ne faut pas s’asseoir dans une Soucca a priori, mais où l’homme a transgressé et s’y est assis, par exemple en entrant sans permission dans la Soucca de son ami, bien qu’elle soit valable et qu’il se soit acquitté de son obligation, il ne doit pas réciter la bénédiction Leichev BaSoucca. Pourquoi ? Parce que, par le fait d’y avoir commis une transgression, une telle Soucca n’est assurément pas Mevarekh mais Mena’ets : celui qui bénit dans ces conditions ne bénit pas D.ieu, il L’outrage. Puisqu’il a commis une faute en entrant sans autorisation, il lui est interdit de bénir.
En réalité, l’Admour Hazakène applique ce principe en plusieurs endroits de son Choul’hane Aroukh, pour plusieurs lois : à propos des Tsitsit, du Loulav et de bien d’autres. Même dans les cas où l’on s’acquitte Bediavad de son obligation, si l’objet est lié à une transgression, s’il nous est parvenu par une faute, on ne peut pas réciter la bénédiction, car ce serait Mevarekh au sens d’outrager. On s’acquitte certes de la Mitsva, mais bénir, on ne le peut pas.
Le paradoxe : une Mitsva accomplie, une bénédiction refusée
Voici donc la première question dont je souhaite discuter aujourd’hui : quelle est au fond la différence entre la Mitsva elle même et la bénédiction ?
Pourquoi disons nous, dans notre cas où un homme entre sans permission dans la Soucca de son ami, que pour la Mitsva il ne s’agit pas d’une Mitsva Haba’a Ba’avera, une Mitsva accomplie au moyen d’une transgression, qu’il s’acquitte bien de son devoir et que la Mitsva est accomplie, tandis que pour la bénédiction nous déclarons qu’il ne s’agit pas de bénir mais d’outrager ?
Le raisonnement semble imparable. De deux choses l’une. Si l’acte est jugé si grave que l’on ne peut même pas bénir, parce que la bénédiction deviendrait une offense, pourquoi ne pas dire qu’il s’agit d’une Mitsva Haba’a Ba’avera ? Nous avons pourtant une règle : avec une Mitsva Haba’a Ba’avera, on ne s’acquitte pas de son obligation. Or nous ne le disons pas. D’un côté, nous affirmons qu’il s’est acquitté ; de l’autre, nous lui interdisons de bénir.
Quel est le sens de ce compromis ? D’un côté, il est possible d’accomplir la Mitsva, car ce n’est pas une Mitsva Haba’a Ba’avera ; de l’autre, il est impossible de bénir. Si c’est réellement une transgression, pourquoi s’acquitte t on ? Et si ce n’en est pas une, pourquoi parler d’outrage ? Telle est la première question.
Pourquoi la Torah a t elle besoin d’un verset particulier ?
Entrons un peu dans la notion de Mitsva Haba’a Ba’avera en lien avec la Soucca.
La Guemara, dans le traité Soucca, page 9a, enseigne à partir du verset « ‘Hag HaSouccot Ta’asse Lekha », « Tu feras pour toi la fête des Cabanes », que le mot Lekha, « pour toi », ne sert pas à nous apprendre qu’il faudrait construire la Soucca spécifiquement au nom de la Mitsva. On aurait pu le penser, à l’image des Tsitsit, où il est écrit « Guedilim Ta’asse Lakh » et dont on déduit qu’il faut les confectionner au nom de la Mitsva ; on aurait pu croire qu’en construisant la Soucca, il faudrait aussi l’édifier expressément au nom de la Mitsva. La Guemara répond que non : le verset sert à exclure la Soucca volée. Lekha signifie qu’elle doit être à toi ; si la Soucca est volée, on ne s’acquitte pas de son obligation, et l’on ne peut donc pas déduire d’autres lois de ce mot.
C’est ici que les Tossefot soulèvent une question : pourquoi un verset est il nécessaire pour exclure la Soucca volée ? Cela découle tout simplement de la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera ! Puisqu’on ne s’acquitte pas d’une Mitsva accomplie au moyen d’une transgression, nul besoin du verset « ‘Hag HaSouccot Ta’asse Lekha » pour exclure la Soucca volée. Pourquoi donc la Guemara affirme t elle que ce verset est indispensable ?
Nous allons examiner plusieurs réponses à cette question.
Première réponse : une règle d’origine rabbinique
La première réponse est celle des Tossefot eux mêmes en cet endroit. Toute la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera, selon laquelle on ne s’acquitte pas d’une telle Mitsva, n’est qu’une disposition DeRabbanan, d’origine rabbinique. Selon la loi de la Torah, DeOraïta, cette règle n’existe pas ; ce sont les Sages qui ont institué qu’on ne s’acquitte pas d’une Mitsva accomplie au moyen d’une transgression. Voilà pourquoi le verset demeure nécessaire pour exclure la Soucca volée : selon la Torah, on ne l’aurait pas su par la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera, qui est purement rabbinique.
Certes, plus loin, à propos du Loulav volé, page 30, la Guemara invoque la Mitsva Haba’a Ba’avera et cite un verset du prophète : « VaHavetem Gazoul VeEt HaPissea’h », « Vous apportez ce qui est volé et ce qui est boiteux ». Ce verset compare le bien volé à l’animal boiteux : de même qu’on ne peut offrir un sacrifice atteint d’un défaut, comme une bête boiteuse, on ne peut offrir un sacrifice volé. Il semblerait donc que l’interdiction d’accomplir une Mitsva au moyen d’une transgression soit déduite d’un verset, comme le dit Rachi : de ce verset, nous apprenons qu’une Mitsva accomplie au moyen d’une transgression est disqualifiée. Cependant, il s’agit d’abord d’un verset des Prophètes, et il peut aussi ne s’agir que d’un appui scripturaire, une Asmakhta. Ainsi, bien que ce verset soit cité, les Tossefot affirment ici que la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera est rabbinique. Voilà la première réponse.
Deuxième réponse : les Mitsvot destinées à apaiser D.ieu
La deuxième réponse est rapportée par le Ritva au nom des Tossefot, et elle figure dans les Tossefot en plusieurs endroits. Je vous lis les termes du Ritva, non pas ici mais sur la page 30 du traité Soucca.
Le Ritva écrit : les Tossefot objectent que, de toute manière, si l’on a pris la Soucca de son ami par la force, c’est une Mitsva Haba’a Ba’avera. Et les Tossefot répondent, en d’autres endroits, que l’on n’applique la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera qu’aux choses destinées à Ritsouï, à apaiser et à se concilier le Saint, béni soit Il.
Autrement dit, cette règle ne s’applique pas à toutes les Mitsvot, mais seulement à certaines : celles qui viennent pour ainsi dire louer le Saint, béni soit Il et Le satisfaire. Une Mitsva ordinaire, comme celle de la Soucca, où l’on doit habiter et demeurer dans la Soucca durant les sept jours de la fête, n’a pas pour but d’apaiser D.ieu. Elle ne fait pas partie de la prière, de la louange ou de la propitiation. C’est pourquoi la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera ne s’y applique pas.
Plusieurs Richonim le disent plus explicitement encore, comme les Tossefot de Rabbénou Peretz : le Loulav volé est différent, car avec lui on loue et l’on glorifie Celui qui siège dans les hauteurs ; on l’apporte afin de Lui être agréable. C’est pourquoi, pour le Loulav, la Guemara mentionne effectivement plus loin la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera. Il en est de même pour le Korban, le sacrifice, et pour toute Mitsva qui comporte une dimension de propitiation, ces Mitsvot qui viennent apaiser le Saint, béni soit Il et qui sont une forme de prière et de louange. Mais pour une Mitsva comme la Soucca, cette règle ne s’applique pas. Telle est la deuxième réponse.
Le Ritva rejette cependant cette réponse. Pourquoi ? Parce que le Talmud de Jérusalem enseigne que celui qui mange une Matsa de Tevel, une Matsa dont on n’a pas prélevé la Terouma et les Maasserot, ne s’acquitte pas de son obligation, en raison de la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera. Or la Matsa n’est pas non plus une Mitsva de propitiation, elle ne fait partie ni de la prière ni de la louange. Comment le Talmud de Jérusalem peut il alors appliquer à la Matsa la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera ? C’est pourquoi le Ritva écarte cette réponse.
Troisième réponse : celle du Ritva
Le Ritva propose alors une troisième réponse, qui correspond à peu près à ce que dit l’Admour Hazakène dans son Choul’hane Aroukh : pour la Soucca, puisque le terrain ne peut être acquis par le vol et demeure toujours en possession de son propriétaire, on ne la considère pas comme une Mitsva Haba’a Ba’avera. Quand on entre manger dans la Soucca d’autrui, on ne la lui dérobe pas, car un terrain ne se vole pas. Ce n’est pas un vol, et ce n’est donc pas une Mitsva Haba’a Ba’avera.
Récapitulons. Nous avons pour l’instant trois réponses à la question de savoir pourquoi un verset est nécessaire pour exclure la Soucca volée, et pourquoi on ne le déduit pas de la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera.
La première est celle des Tossefot : la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera est rabbinique, si bien que la Torah a besoin d’un verset.
La deuxième est celle des Tossefot en d’autres endroits : cette règle ne s’applique qu’aux Mitsvot destinées à apaiser ou à louer D.ieu, et non aux Mitsvot ordinaires. Nous avons objecté que le Talmud de Jérusalem l’applique également à la Matsa.
La troisième est celle du Ritva : on ne peut exclure la Soucca volée par la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera, car il n’y a là aucun vol, le terrain ne pouvant être volé. Un verset est donc nécessaire. Et il ressort de l’explication du Ritva que, dès lors que nous possédons le verset Lekha qui exclut la Soucca volée, celui qui entre dans la Soucca de son ami ne s’acquitte pas non plus de son obligation, puisqu’on l’apprend de ce verset. Nous n’entrerons pas ici dans la question de la Halakha sur ce point, mais telle est la troisième réponse, celle du Ritva.
Quatrième réponse : le Min’hat ‘Hinoukh et les deux catégories de Mitsvot
Je voudrais vous montrer une quatrième réponse, très intéressante : celle du Min’hat ‘Hinoukh. Il existe d’autres réponses encore, mais celle ci est particulièrement profonde et fondamentale ; c’est pourquoi nous allons l’étudier.
Le Min’hat ‘Hinoukh rapporte la question des Tossefot et pose d’abord une distinction entre deux types de Mitsvot : les Mitsvot obligatoires, ‘Hiyouviot, et les Mitsvot d’accomplissement, Kiyoumiot.
Les Mitsvot obligatoires sont celles que l’homme est tenu d’accomplir. Ainsi les Tefilines, qu’il faut mettre chaque jour ; le Chofar à Roch Hachana ; la Matsa le premier soir de Pessa’h ; et de même le fait de s’asseoir dans la Soucca le premier soir de Souccot, qui est une obligation.
Il existe par ailleurs des Mitsvot d’accomplissement : on n’est pas tenu de les accomplir, mais si l’on se trouve dans une certaine situation, il faut s’en acquitter. Par exemple, manger dans la Soucca durant les sept jours de la fête. En dehors du premier soir, on n’est pas obligé de manger dans la Soucca ; il est seulement interdit de manger hors de la Soucca. Celui qui préfère ne pas manger n’est pas tenu de s’y trouver. Mais à chaque instant, chaque fois qu’il entre dans la Soucca, qu’il y mange et qu’il y séjourne, il accomplit une Mitsva. Ce n’est toutefois pas une obligation qui lui incombe chaque jour ; c’est donc une Mitsva d’accomplissement.
Il en va de même pour la Che’hita, l’abattage rituel : nul n’est obligé d’abattre, mais celui qui veut manger de la viande doit abattre selon la règle. De même pour les Tsitsit : la Torah n’impose pas de porter des Tsitsit chaque jour, mais celui qui porte un vêtement à quatre coins doit y attacher des Tsitsit. Ce sont des Mitsvot qui ne sont pas obligatoires au quotidien, mais que la Torah nous impose dans certaines conditions.
Après avoir établi cette distinction, le Min’hat ‘Hinoukh écrit, dans la Mitsva 325, et j’aimerais que vous voyiez ses termes, car son explication est très belle :
Il apparaît que la raison pour laquelle on ne s’acquitte pas d’une Mitsva Haba’a Ba’avera est que le Saint, béni soit Il ne le désire pas, car un accusateur ne peut devenir défenseur, Ein Kategor Na’asse Sanegor. Tu viens accomplir une Mitsva, réaliser la volonté de D.ieu, et tu le fais conjointement avec une transgression : c’est comme réunir l’accusateur et le défenseur. Le Saint, béni soit Il ne le veut pas.
C’est pourquoi, poursuit le Min’hat ‘Hinoukh, on peut à juste titre dire qu’une telle personne ne s’acquitte pas de la Mitsva. Si tu accomplis une Mitsva associée à une transgression, tu n’as pas accompli la Mitsva, tu n’as pas rempli ton devoir, car ce n’est pas ce que le Saint, béni soit Il exigeait de toi. Il t’a ordonné de manger de la Matsa à Pessa’h ; Il n’entendait pas que tu manges une Matsa de Tevel. Dès lors que tu as mangé une Matsa de Tevel, tu n’as pas accompli la Mitsva, tu n’as pas réalisé la volonté du Saint, béni soit Il.
Or, souligne le Min’hat ‘Hinoukh, cela vaut pour les Mitsvot obligatoires, celles que la Torah t’ordonne d’accomplir, comme manger de la Matsa à Pessa’h. Le Saint, béni soit Il dit : Je veux que tu manges de la Matsa à Pessa’h. Si tu manges une Matsa de Tevel, tu n’as pas accompli la Mitsva ni réalisé Sa volonté ; tu as même agi contre elle. Et puisque tu ne t’es pas acquitté de ton obligation, tu as de fait annulé la Mitsva.
Mais il en va autrement des Mitsvot qui ne sont pas des obligations, comme la Che’hita : si tu veux manger de la viande, tu dois abattre l’animal, mais ce n’est pas une Mitsva à laquelle tu es astreint. Là, on ne peut pas appliquer la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera de la même manière. Le Min’hat ‘Hinoukh l’explique ainsi : pour une Mitsva non obligatoire, comme les Tsitsit ou la Soucca durant le reste des jours de la fête, si elle est accomplie au moyen d’une transgression, il est vrai qu’on ne peut pas dire que l’on a réalisé la volonté de D.ieu en mangeant dans une Soucca volée. Tu n’as pas fait ce que le Saint, béni soit Il te demandait. Mais tu n’avais pas, à ce moment là, d’obligation précise envers Lui : Il ne t’avait pas ordonné de t’asseoir maintenant dans la Soucca, Il ne te l’impose que le premier soir. Par conséquent, dit le Min’hat ‘Hinoukh, tu n’as pas annulé la Mitsva ; tu ne l’as simplement pas accomplie.
L’exemple des Tsitsit volés
Prenons l’exemple d’un homme qui porte un vêtement muni de Tsitsit volés. D’un côté, on ne peut pas dire qu’il a accompli la Mitsva, car le Saint, béni soit Il ne veut pas que l’on porte des Tsitsit volés ; il n’a pas réalisé la volonté de D.ieu, il a volé. De l’autre, on ne peut pas non plus dire qu’il a annulé la Mitsva. Dirions nous qu’il porte en ce moment un vêtement à quatre coins dépourvu de Tsitsit ? Ce serait faux : il a des Tsitsit, simplement ils sont volés. On peut dire qu’il ne s’est pas acquitté d’une obligation, mais il n’avait aucune obligation, puisqu’il n’est pas obligatoire de porter des Tsitsit.
Il en va de même pour la Soucca. Lorsqu’il existe une obligation de s’asseoir dans la Soucca, le premier soir, celui qui s’installe dans une Soucca volée ne s’en acquitte pas : le Saint, béni soit Il t’ordonne de t’asseoir dans la Soucca, et en t’asseyant dans une Soucca volée, tu n’accomplis pas Sa volonté. Mais durant le reste des jours de la fête, lorsque tu n’as pas l’obligation de t’asseoir dans la Soucca, que dirons nous ? Tu es assis et tu manges dans la Soucca. Tu n’as pas accompli la Mitsva, puisqu’elle est volée, mais tu ne l’as pas non plus annulée. Dirons nous que tu es assis hors de la Soucca ? Non : concrètement, tu es assis à l’intérieur d’une Soucca.
Voici les termes du Min’hat ‘Hinoukh : néanmoins, il ne l’a pas annulée, et on ne le juge pas comme s’il était assis hors de la Soucca ou comme s’il portait un vêtement sans Tsitsit. On ne peut pas lui dire qu’en s’asseyant dans une Soucca volée ou en portant des Tsitsit volés, il est considéré comme n’ayant pas porté de Tsitsit, ou comme ayant porté un vêtement à quatre coins sans Tsitsit. Il n’a certes pas accompli la Mitsva comme il se doit, mais il ne l’a pas annulée non plus ; il n’a rien fait de contraire. C’est comme s’il n’y avait pas de Mitsva du tout, comme s’il était sans vêtement ou s’il n’avait pas mangé du tout.
Celui qui mange dans une Soucca volée, explique donc le Min’hat ‘Hinoukh, n’est pas considéré comme ayant mangé hors de la Soucca, puisque concrètement il a mangé dans une Soucca. Il est considéré comme s’il n’avait pas mangé du tout. Il n’a pas accompli la Mitsva, on ne peut pas dire qu’il a acquis un mérite, puisque la Soucca est volée ; mais il n’a pas non plus annulé la Mitsva, puisqu’en pratique il était assis dans une Soucca.
Dès lors, conclut le Min’hat ‘Hinoukh, on comprend la question des Tossefot. Pourquoi faut il un verset pour nous apprendre que la Soucca volée est invalide, alors qu’on pourrait le déduire de la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera ? Parce que cette règle ne nous aurait appris la chose que pour le premier soir. Le premier soir, on peut effectivement dire, en vertu de cette règle, que celui qui mange dans une Soucca volée ne s’acquitte pas de son obligation. Mais pour le reste des jours de la fête, on ne pourrait pas le déduire, car il n’existe alors aucune obligation de s’asseoir dans la Soucca. Même en appliquant la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera, on ne considérerait pas qu’il a annulé la Mitsva.
Or la Torah veut nous dire que celui qui s’assoit dans une Soucca volée, même durant le reste des jours de la fête, est considéré comme s’il avait mangé hors de la Soucca. Pour cela, un verset est nécessaire ; le raisonnement de la Mitsva Haba’a Ba’avera n’y suffit pas, car il signifie seulement que l’on ne s’acquitte pas de son obligation, et ne s’applique qu’aux Mitsvot obligatoires. Telle est l’explication du Min’hat ‘Hinoukh. À vrai dire, on lui oppose certaines difficultés, mais nous n’y entrerons pas maintenant ; il s’agissait seulement de présenter ce raisonnement fascinant.
La réponse du Rabbi : une Soucca qui doit être véritablement la tienne
J’ai rapporté tout cela pour que nous puissions voir que le Rabbi propose, lui aussi, sa propre réponse à cette question des Tossefot, et elle est passionnante.
Il s’agit d’une Si’ha de la fête de Souccot, dans le tome 19 des Likouté Si’hot. Nous n’entrerons pas dans tous les développements de cette Si’ha, qu’il vaut la peine d’étudier et d’approfondir.
En résumé, le Rabbi cite le Choul’hane Aroukh de l’Admour Hazakène, selon lequel une Soucca empruntée, lorsqu’on demande à son ami la permission de s’asseoir dans sa Soucca, est considérée comme si elle était véritablement la sienne. Le Rabbi explique, tant selon la Halakha que selon la dimension intérieure des choses, pourquoi c’est précisément pour la Soucca qu’existe cette règle selon laquelle une Soucca empruntée est considérée comme réellement à soi.
Le point central est le principe de Tachevou KeEin Tadourou : la Mitsva de la Soucca consiste à y habiter comme on habite sa maison. La Soucca devient en quelque sorte ton foyer. Ainsi, lorsque quelqu’un te prête sa Soucca, il te transmet en réalité tous les droits d’usage, au point qu’elle devient véritablement la tienne, car c’est toute la définition de cette Mitsva : y demeurer comme dans sa propre maison.
Puis, dans la note 15, le Rabbi écrit qu’à la lumière de ce point, à savoir qu’il existe pour la Soucca une règle particulière selon laquelle une Soucca empruntée est comme la sienne propre, on pourrait peut être résoudre la question des Tossefot : pourquoi faut il le verset Lekha pour exclure la Soucca volée, alors qu’on le déduirait de la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera ? Et il renvoie au Min’hat ‘Hinoukh.
Selon le Rabbi, puisqu’il existe pour la Soucca une règle selon laquelle même une Soucca qui n’est pas à toi est comme réellement la tienne, on comprend pourquoi la Torah doit apporter un verset spécifique, et pourquoi on ne peut pas le déduire de la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera. Si nous savions que la Soucca volée est invalide seulement en vertu de cette règle, comme les Tossefot voulaient le dire, nous aurions raisonné ainsi : en réalité, la Soucca n’a pas besoin d’être à toi ; il est seulement interdit qu’elle soit volée, car une Soucca volée constituerait une Mitsva Haba’a Ba’avera.
Mais la Torah veut nous enseigner une autre loi : la Soucca doit être véritablement à toi, comme pour le Loulav, à propos duquel il est écrit « OuLeka’htem Lakhem », « Vous prendrez pour vous », d’où la Guemara déduit que le Loulav doit t’appartenir. Pour le Loulav, même un Loulav emprunté ne convient pas ; l’idée est que, puisqu’il est écrit Lakhem, il doit être réellement à toi.
C’est pourquoi, explique le Rabbi, la Torah doit dire « ‘Hag HaSouccot Ta’asse Lekha », d’où l’on apprend l’exclusion de la Soucca volée. La Torah ne vient pas seulement exclure la Soucca volée au titre de Mitsva Haba’a Ba’avera ou d’une notion semblable : elle vient te dire que la Soucca doit être tienne, ce qui entraîne toutes sortes de conséquences pratiques. C’est pourquoi, pour la Soucca empruntée aussi, il faut expliquer comment, bien qu’empruntée, elle est néanmoins considérée comme à toi, puisqu’il existe une loi de la Torah exigeant que la Soucca t’appartienne.
En termes simples, dit le Rabbi : si nous avions appris l’exclusion de la Soucca volée par la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera, nous n’aurions pas su que la Soucca doit réellement être à toi ; nous aurions seulement exclu la Soucca volée. La Torah veut affirmer que la Soucca doit vraiment être la tienne. Il est vrai qu’une Soucca empruntée suffit, mais c’est uniquement parce que, dans ce cas, l’emprunt est considéré comme une véritable propriété. Ainsi se trouve résolue la question des Tossefot.
Le Rabbi cherche également à concilier ici les positions respectives de Rachi et des Tossefot, mais ce point requiert quelques explications. Ceux qui en auront le temps, maintenant ou au cours du mois de Tichri, gagneront beaucoup à l’approfondir. Je serais heureux que quelqu’un m’explique la conciliation que le Rabbi établit dans cette note 15 entre les deux opinions de Rachi et des Tossefot.
Une question redoutable : chasser une famille de sa Soucca
Encore un dernier point pour conclure, car nous n’avons toujours pas répondu à la question de départ : pourquoi l’Admour Hazakène distingue t il entre la Mitsva elle même et la bénédiction ? Pourquoi, pour la Mitsva, disons nous que la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera ne s’applique que dans certains cas, alors que, même dans les cas où elle ne s’applique pas, la bénédiction reste considérée comme un outrage ? Quel est le raisonnement ?
Je voudrais y répondre en présentant d’abord une autre question, une question très forte.
Nous avons mentionné que, selon l’Admour Hazakène, il n’existe pas de vol pour la Soucca. Quand un homme entre dans la Soucca de son ami, il n’est pas considéré comme la lui ayant volée, car un terrain ne se vole pas. Même si je suis entré dans la Soucca de mon ami, je ne la lui ai pas dérobée : elle est toujours à lui, le sol lui appartient, je ne peux pas le lui prendre. Ce n’est donc pas une Soucca volée.
Je pose alors la question : que signifie qu’elle n’est pas considérée comme volée ? J’admets que la Soucca en elle même n’est pas volée, puisque je ne peux pas la lui dérober. Mais ne lui ai je pas volé la possibilité d’habiter dans sa Soucca ?
Prenons un exemple simple. Si j’entre maintenant dans la maison de quelqu’un, que j’en chasse de force tous les occupants et que je m’y installe pour un mois, deux mois, un an ou deux ans, n’ai je pas transgressé l’interdit du vol ? Certes, je ne leur ai pas volé la maison, puisqu’un terrain ne se vole pas. Mais je leur ai volé l’usage de leur maison ; je les en ai expulsés par la force et je ne les ai pas laissés en profiter. Il n’y a pas de vol plus grave que celui là !
Quelle que soit la manière dont on le définit, même si ce n’est pas un vol au sens halakhique strict, il y a là assurément un interdit absolu de la Torah, qu’on l’appelle vol, spoliation ou larcin. J’ai concrètement chassé des gens de chez eux et j’ai utilisé leur maison à leur place.
Il est évident qu’il y a là une faute, un interdit. Comment peut on alors dire que si je chasse quelqu’un de sa Soucca et que je l’utilise, je m’acquitte de mon obligation, et que ce n’est pas une Soucca volée parce qu’un terrain ne se vole pas ? Soit, le sol ne se vole pas ; mais j’ai spolié ces gens, je ne les ai pas laissés utiliser leur Soucca !
Comment peut on dire que ce n’est pas un vol et que ce n’est pas une Mitsva Haba’a Ba’avera ? L’Admour Hazakène affirme pourtant que ce n’est pas une Mitsva Haba’a Ba’avera, et seulement qu’il est interdit de bénir parce que ce serait outrager. Pourquoi ne pas dire qu’il s’agit tout simplement d’une Mitsva Haba’a Ba’avera, puisque tu as chassé des gens ?
Gavra et ‘Hefetza : la clé du paradoxe
On en déduit que la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera n’est pas liée à l’acte de l’homme, au fait qu’il ait agi de manière convenable ou non, que l’acte soit une Mitsva ou une transgression. La règle de Mitsva Haba’a Ba’avera porte sur l’objet lui même.
Dans le langage de l’étude talmudique, nous connaissons la distinction entre Gavra et ‘Hefetza, la personne et l’objet. Dans l’accomplissement d’une Mitsva, il y a d’une part une obligation qui pèse sur la personne : manger de la Matsa à Pessa’h, s’asseoir dans la Soucca. Il y a d’autre part une loi portant sur l’objet : il existe un ‘Hefetz de Mitsva. La Soucca doit être un objet qualifié de Soucca, et il en va de même pour les Tsitsit, les Tefilines, et ainsi de suite. Il y a le Gavra et le ‘Hefetza, et cette distinction a de nombreuses conséquences pratiques.
Ainsi, chez celui qui accomplit une Mitsva, il y a le Gavra, l’homme sur qui repose l’obligation, et le ‘Hefetza, l’objet de la Mitsva. Pour les interdits également : il y a l’homme à qui il est interdit de manger de la viande non cachère, et il y a la viande elle même, considérée comme Taref, qui constitue l’objet de l’interdit. On connaît par exemple la question célèbre de savoir si les interdits rabbiniques ne frappent que la personne ou également l’objet. Quand les Sages déclarent qu’il est interdit de manger tel aliment, est ce seulement une interdiction qui te concerne, ou ont ils transformé la chose elle même en objet interdit ? Telle est la différence entre Gavra et ‘Hefetza.
Or, en examinant la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera à la lumière des propos de l’Admour Hazakène, il apparaît qu’il s’agit uniquement d’une loi portant sur l’objet. Prenons la Matsa de Tevel mentionnée dans le Talmud de Jérusalem : cette Matsa est un objet interdit. Certes, c’est aussi un objet de Mitsva, puisqu’au regard des lois du ‘Hamets elle est une Matsa parfaitement valable ; mais elle est également un objet interdit, puisqu’elle est Tevel. On ne s’en acquitte donc pas, car cet objet ne permet pas d’accomplir la Mitsva : c’est une Mitsva Haba’a Ba’avera.
Il en va de même pour la Soucca volée. Si la Soucca elle même est volée, elle n’est pas une Soucca valable, exactement comme la Matsa de Tevel. La règle de Mitsva Haba’a Ba’avera concerne l’objet de la Mitsva ; ce n’est pas une question portant sur l’homme qui agit de manière inconvenante ou commet une faute au moment où il accomplit la Mitsva.
Ce dernier cas relève d’une autre règle : celle qui dit que la bénédiction n’est pas Mevarekh mais Mena’ets. Lorsque tu récites une bénédiction tout en commettant une transgression, tu bénis sur une chose interdite. On te dit alors : écoute, ce n’est pas bénir, c’est outrager ! Tu accomplis un acte de bénédiction, tu bénis le Saint, béni soit Il, et dans le même temps tu transgresses un interdit. Cela concerne le Gavra, la personne. La règle de Mitsva Haba’a Ba’avera, elle, est entièrement différente : elle porte sur l’objet lui même.
La source scripturaire de cette distinction
Pourquoi établir cette distinction ? Quelle en serait la source ? Elle découle apparemment du verset même dont on tire la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera. Je l’ai mentionné plus haut : « VaHavetem Gazoul VeEt HaPissea’h VeEt Ha’Holé », « Vous apportez ce qui est volé, le boiteux et le malade ». Le verset compare le bien volé, fruit d’une transgression, à l’animal boiteux, atteint d’un défaut.
Or un sacrifice atteint d’un défaut, un Baal Moum, est il disqualifié au niveau du Gavra ou du ‘Hefetza ? Est ce un défaut lié à la personne ou à l’objet lui même ? De toute évidence, c’est une disqualification de l’objet : ce sacrifice n’est pas valable parce qu’il comporte un défaut.
De la même manière, le sacrifice volé est considéré comme l’animal boiteux : l’objet en lui même est disqualifié et ne peut être offert en sacrifice. Puisque la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera est tirée de ce verset, elle porte nécessairement sur l’objet lui même. On ne peut donc l’appliquer que lorsque l’objet est disqualifié. Lorsque l’objet lui même n’est pas atteint, on ne peut pas parler de Mitsva Haba’a Ba’avera ; on peut seulement dire que la bénédiction devient un outrage.
La réponse à notre question
Notre question est ainsi résolue. Nous demandions pourquoi on ne parle pas de Mitsva Haba’a Ba’avera dans le cas d’un homme qui a chassé toute une famille de sa Soucca. Il a assurément commis une faute ; pourquoi ne pas dire qu’il y a là une Mitsva Haba’a Ba’avera ? La réponse est qu’il n’a pas disqualifié l’objet. Nous disons qu’un terrain ne se vole pas : la Soucca elle même, il ne l’a pas volée. Qu’a t il fait ? Il a commis un acte indigne, il a chassé des gens de chez eux, il a même transgressé un interdit de la Torah ; mais cela ne touche pas la Soucca elle même. Or la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera concerne la Soucca en tant que telle, l’objet lui même.
On comprend donc pourquoi, bien que nous disions à cet homme qui a chassé une famille de sa Soucca qu’il lui est interdit de réciter la bénédiction sur cette Mitsva, car la bénédiction relève du Gavra, celle ci n’invalide pas pour autant la Mitsva. L’homme bénit en disant qu’il accomplit la Mitsva « qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné », alors qu’il commet en ce moment même un acte interdit : il est évident qu’il ne peut pas bénir. Mais du point de vue de la Soucca, on ne peut pas dire qu’elle est invalide, puisque la Soucca ne peut être volée. L’acte interdit n’a pas été commis sur la Soucca, et l’on ne peut donc pas lui appliquer la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera.
J’espère que le point est clair. On comprend du même coup pourquoi l’Admour Hazakène établit cette distinction en de nombreux endroits de son Choul’hane Aroukh. La règle de Mitsva Haba’a Ba’avera ne s’applique que dans certains cas, lorsque l’objet lui même est devenu interdit ; dans tous les autres cas, on dit que ce n’est pas une Mitsva Haba’a Ba’avera, qu’on s’acquitte de son obligation, mais qu’on ne doit pas bénir, car ce ne serait pas bénir mais outrager.
La raison de cette distinction est très simple : la règle de Mitsva Haba’a Ba’avera porte sur l’objet de la Mitsva. Chaque fois que l’objet lui même est disqualifié, on dit effectivement qu’il s’agit d’une Mitsva Haba’a Ba’avera. Dans tous les autres cas, où l’objet n’est pas disqualifié, comme celui d’une chose qui n’est pas réellement volée, d’une chose obtenue par un vol mais dont l’usage au moment de la Mitsva ne constitue pas l’interdit du vol, on ne peut pas appliquer cette règle. C’est pourquoi l’Admour Hazakène dit seulement de s’abstenir de la bénédiction, car elle ne serait pas une bénédiction mais un outrage.
Il y aurait beaucoup à développer sur tout cela, mais le temps est court. Nous nous arrêterons ici, en espérant vous revoir bientôt, avec l’aide de D.ieu, à la Yechiva.
Ce mercredi matin, le vol FZ1073 de Fly Dubai reliant Dubaï à Tel-Aviv a frôlé la catastrophe lorsque le copilote a poignardé le commandant de bord avant d’être maîtrisé. L’appareil, avec à son bord une majorité d’Israéliens, a dû se poser en urgence en Arabie saoudite. Depuis, une partie des passagers refuse de remonter dans un avion de la compagnie, tandis qu’Israël multiplie les démarches pour les rapatrier.
Un vol ordinaire qui tourne au drame
Tout commence ce mercredi 19 Tichri 5787 (30 septembre 2026) au matin, à bord du vol FZ1073 de Fly Dubai reliant Dubaï à l’aéroport Ben Gourion, avec plus de 150 Israéliens parmi les passagers. En plein vol, l’appareil perd brusquement de l’altitude, émet successivement deux signaux de détresse puis rompt tout contact, avant de mettre le cap sur l’Arabie saoudite.
Un copilote poignarde le commandant de bord
On apprend bientôt ce qui s’est joué dans le cockpit. Selon les informations rapportées, le copilote, un ressortissant omanais, a poignardé le commandant de bord et tenté de prendre le contrôle de l’avion, jusqu’à ce qu’il soit finalement neutralisé. Ce geste a failli coûter la vie à près de 180 personnes, dont une large majorité d’Israéliens.
L’appareil a plongé brutalement de plus de 30 000 pieds à environ 15 000 pieds, à une vitesse vertigineuse de près de 1 000 km/h. C’est la combinaison de l’agression, du coup de couteau et de la lutte violente dans le cockpit et à ses abords qui a déclenché l’émission des signaux de détresse internationaux signalant un détournement et une intervention illicite à bord.
Des images particulièrement impressionnantes ont circulé dans les heures suivantes. Les unes montrent les instants où l’appareil pique vers le sol, au milieu des cris affolés des passagers. D’autres saisissent le moment où le terroriste est maîtrisé dans le poste de pilotage. Des voyageurs racontent ne même plus avoir su, à un moment donné, si quelqu’un tenait encore les commandes, et confient que des enfants à bord ont frôlé la mort.
Des images glaçantes depuis la cabine
Une vidéo exclusive, tournée depuis la cabine passagers quelques minutes avant l’atterrissage d’urgence à Tabouk, dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, révèle toute la violence de l’affrontement et le combat héroïque qui s’est déroulé en plein ciel. On y voit les parois de l’avion maculées de sang, en particulier près des issues de secours, là où les traces se sont étalées pendant la lutte. Au sol gît un membre d’équipage grièvement blessé, le visage et le haut du corps tuméfiés et ensanglantés, un masque à oxygène plaqué sur la bouche.
Autour de lui, passagers et membres d’équipage l’encouragent et s’efforcent de le maintenir éveillé. « Ne t’endors pas ! C’est pour ton bien… Tu veux dormir ? Tu as sauvé l’avion ! », lui lance en anglais l’un des témoins, soulignant l’immense sacrifice de cet homme qui a réussi à stopper le plongeon mortel.
Des passagers israéliens en rempart devant le cockpit
La seconde partie de la vidéo montre l’héroïsme des passagers israéliens, dressés comme un mur devant l’entrée du poste de pilotage pour le protéger. « Filme-nous aussi, nous qui montons la garde ici… On nous a attaqués, et nous protégeons le pilote », déclare l’un d’eux face à la caméra.
Un autre passager, le visage marqué et ensanglanté par la bagarre, témoigne à son tour : « On vient de nous attaquer… dans cet avion. Ils voulaient assassiner le pilote, nous avons pris le contrôle de l’équipage. » Désignant l’agresseur, un voyageur précise : « C’est lui qui l’a poignardé. » Jusqu’à l’atterrissage, les Israéliens restent inflexibles : « Mon frère, bravo ! Filme tout. Nous restons ici, personne ne franchit la porte du pilote ! Je resterai debout et je ne bougerai pas. »
La présence d’esprit exceptionnelle de ces passagers, qui se sont jetés sur l’agresseur pour le neutraliser, ont épaulé le pilote qui a sauvé l’appareil et l’ont empêché par leur corps de reprendre les commandes, a évité une terrible catastrophe aérienne dans le ciel du Moyen-Orient.
L’avion s’est finalement posé à Tabouk, où les passagers et les blessés sont désormais placés sous la protection des forces de sécurité saoudiennes, tandis que les contacts diplomatiques se poursuivent pour permettre leur retour rapide en Israël.
Inquiétude dans les milieux sécuritaires
Un haut responsable de la sécurité s’est dit profondément troublé par le fait qu’un pilote de ligne se soit révélé être un terroriste. Il a exprimé la crainte que cet acte n’inspire d’autres attentats du même type.
Un embarquement sous le signe de l’appréhension
Après de longues heures d’incertitude, l’avion de rapatriement affrété par Fly Dubai a commencé à embarquer en Arabie saoudite les passagers en route vers Israël. Selon les chiffres officiels, 166 passagers se trouvaient à bord de l’appareil où s’est produit l’incident. Certains d’entre eux ont déjà pris place dans l’avion de rapatriement, tandis que d’autres ont préféré rester au sol, redoutant de reprendre les airs avec la même compagnie après l’événement exceptionnel qu’ils venaient de vivre.
Un avion israélien sans signes distinctifs à l’étude
Au sein de l’appareil sécuritaire comme dans les cercles diplomatiques, on continue de suivre de près l’évolution de la situation. Dans le même temps, l’hypothèse d’envoyer en Arabie saoudite un avion affrété pour ramener les Israéliens au pays est sérieusement examinée. Des sources proches du dossier ont indiqué que le vol de rapatriement de Fly Dubai avait été contrôlé au préalable par le Mossad. Un effort diplomatique est toutefois mené en parallèle afin d’obtenir l’accord des autorités saoudiennes pour laisser entrer un appareil d’une compagnie israélienne, dépourvu de tout marquage israélien. La décision devrait tomber sous peu.
Une main iranienne derrière l’attaque ?
Au fil des heures, les spéculations se sont multipliées sur l’identité de ceux qui pourraient se cacher derrière cette tentative de détournement, sur fond de tensions sécuritaires et de menaces visant les Israéliens à l’étranger. Selon une première évaluation de l’appareil sécuritaire, l’attaque n’aurait vraisemblablement pas été commanditée par l’Iran, aucun indice ne permettant à ce stade d’établir une telle implication. D’après ces estimations, le terroriste aurait agi de sa propre initiative. L’enquête, conduite par le Mossad, n’est toutefois pas encore achevée : l’ensemble des circonstances reste à l’étude, et l’identité des éventuels commanditaires comme les motivations de l’agresseur n’ont pas encore été pleinement établies.
Le pilote soupçonné d’avoir porté les coups de couteau a été arrêté et se trouve actuellement interrogé par les autorités saoudiennes.
Netanyahou salue des héros
Le Premier ministre Benyamin Netanyahou s’est exprimé sur l’incident, révélant qu’il s’était entretenu avec l’un des passagers israéliens présents à bord. « Ce matin s’est produit un incident sécuritaire extrêmement grave sur un vol de Dubaï à destination d’Israël. Presque tous les passagers étaient israéliens », a-t-il déclaré, avant de décrire le déroulement des faits : « Alors qu’ils approchaient du pays, l’un des pilotes a poignardé l’autre, et il a vraisemblablement tenté de précipiter l’avion au sol avec tous ses occupants. »
Selon le chef du gouvernement, ce passager lui a raconté que l’appareil avait commencé à piquer du nez et qu’il était parvenu à forcer l’accès au cockpit avec un membre de l’équipage. « Ensemble, ils ont neutralisé le pilote agresseur alors qu’il tentait de saboter les systèmes de l’appareil », a-t-il précisé. Un autre membre du personnel navigant présent à bord est ensuite entré dans le poste de pilotage et a réussi à stabiliser l’avion. « Je salue ces héros, qui ont fait preuve d’une présence d’esprit et d’un courage exceptionnels. Ils ont sauvé de nombreuses vies, ils ont évité une terrible catastrophe », a affirmé Benyamin Netanyahou.
Le Premier ministre a ajouté qu’Israël était en contact permanent avec les parties concernées afin de garantir la sécurité des passagers et leur retour en toute sécurité. « J’ai donné instruction aux services de sécurité de se préparer à faire face à d’autres menaces potentielles. Nous procédons à des évaluations de situation continues et nous vous tiendrons informés au fil des développements », a-t-il conclu.
Les vols de Fly Dubai suspendus
Benyamin Netanyahou a par ailleurs retenu la recommandation de la ministre des Transports, Miri Regev, de suspendre pour l’heure les vols de Fly Dubai à destination et en provenance d’Israël, jusqu’à la conclusion de l’enquête et l’élucidation des circonstances de l’incident.
Deux options pour les passagers réticents
En Israël, on s’efforce toujours de trouver une solution pour les passagers qui refusent d’embarquer à bord du vol de rapatriement. Si Riyad donne son feu vert, un avion affrété d’une compagnie israélienne, sans signes distinctifs, devrait être dépêché sur place. En revanche, si les autorités saoudiennes s’y opposent, la seule possibilité restante pour ces voyageurs sera de monter dans l’appareil de Fly Dubai pour regagner Israël.
Un accueil spécial à l’aéroport Ben Gourion
À l’aéroport Ben Gourion, les préparatifs vont bon train pour accueillir les passagers dès leur atterrissage. Un espace spécialement aménagé a été mis en place, où les attendront également leurs familles, au terme de l’un des incidents les plus exceptionnels qu’ait connus ces dernières années l’aviation civile sur la route d’Israël.
Un retentissement mondial
En quelques heures, le drame du vol FZ1073 a fait la une des grands médias internationaux. La BBC a relayé des témoignages de passagers affirmant qu’un des pilotes avait été poignardé au cours du vol détourné vers l’Arabie saoudite, tandis que les autorités saoudiennes confirmaient que le commandant et le copilote avaient été blessés, sans préciser dans quelles circonstances. Le Wall Street Journal a titré sur l’atterrissage d’urgence d’un vol à destination d’Israël après un brusque plongeon, soulignant les variations d’altitude anormales du Boeing 737 avant qu’il ne se pose sans encombre, et rappelant que Fly Dubai assurait que tous les passagers étaient sains et saufs. L’agence AP a elle aussi largement couvert l’événement, évoquant un atterrissage d’urgence consécutif à un signal de détresse. Cet intérêt planétaire s’explique autant par la nature de l’incident que par son contexte sensible : un vol vers Israël, un atterrissage forcé en territoire saoudien et la crainte initiale d’un acte hostile.
Des images montrent Liron Afriat, un jeune Habad parisien, proposant à un voyageur d’accomplir la Mitsva du Loulav au beau milieu d’une rame de métro. Entre les sièges violets et le plan de ligne, le bouquet des quatre espèces se dresse, tenu avec attention par un passager en sweat à capuche. Une scène simple et forte, qui rappelle qu’en ces jours de Souccot, la Torah se diffuse partout, jusque dans les transports en commun.
Il suffit d’un regard sur la photo pour comprendre. D’un côté, Liron Afriat, coiffé d’une kippa, lunettes et doudoune sombre, tient dans la main l’étui en plastique qui protège d’ordinaire le Loulav. De l’autre, un un jeune voyageur juif, capuche sur la tête, serre dans ses mains la branche de palmier entourée de myrtes et de saules, et l’Etrog jaune vif. Autour d’eux, la vie du métro continue : des passagers assis, le ronronnement de la rame, le plan des stations au-dessus des portes.
La scène, captée en photo et en vidéo, circule depuis quelques jours et touche par sa spontanéité. Rien de spectaculaire, pas de mise en scène : simplement une proposition faite d’un Juif à un autre, entre deux stations, pour accomplir un commandement de la Torah.
Le Mivtsa Loulav, héritage du Rabbi
Ce geste n’a rien d’improvisé. Il s’inscrit dans l’une des campagnes lancées par le Rabbi pour permettre au plus grand nombre de Juifs d’accomplir les Mitsvot, quel que soit l’endroit où ils se trouvent. Chaque année, pendant les jours de Souccot, des milliers de Ba’hourim et de Chlou’him sillonnent les rues, les marchés, les gares et les centres d’affaires avec un Loulav et un Etrog, abordant les passants avec une question devenue familière : « Êtes-vous juif ? Voulez-vous faire la bénédiction sur le Loulav ? »
Le Rabbi insistait sur le fait qu’aucun Juif ne devait être privé de cette Mitsva, simplement parce qu’il n’a pas acheté ses propres quatre espèces ou qu’il ne se trouve pas près d’une synagogue. Si le Juif ne vient pas au Loulav, c’est le Loulav qui ira au Juif. Le métro, lieu de passage par excellence où se croisent chaque jour des milliers d’anonymes, devient alors un terrain naturel pour cette mission.
La démarche est brève : quelques secondes pour réciter la bénédiction, prendre les quatre espèces ensemble, les agiter dans les six directions, puis rendre le Loulav. Mais pour beaucoup, ces quelques secondes ont le poids d’une rencontre. Il n’est pas rare qu’un voyageur n’ait pas tenu un Loulav depuis son enfance, ou qu’il ne l’ait jamais fait.
Quatre espèces, un seul peuple
Le symbole de la scène dépasse d’ailleurs le cadre du wagon. Selon le Midrach, les quatre espèces représentent quatre catégories de Juifs. L’Etrog, qui a goût et parfum, évoque celui qui possède à la fois l’étude de la Torah et les bonnes actions. La branche de palmier, dont le fruit a du goût mais pas d’odeur, désigne celui qui étudie sans multiplier les actes. Le myrte, parfumé mais sans goût, correspond à celui qui accomplit des bonnes actions sans étudier. Quant au saule, dépourvu de l’un comme de l’autre, il représente celui qui n’a encore ni l’un ni l’autre.
La Torah ordonne pourtant de les réunir en un seul bouquet : la Mitsva n’est accomplie que si les quatre sont liés ensemble. Aucun ne peut manquer, aucun n’est de trop. Voir Liron Afriat tendre le Loulav à un voyageur en sweat à capuche, dans l’anonymat du métro, c’est un peu voir ce bouquet se composer sous nos yeux, au-delà des apparences et des parcours de chacun.
Une image qui parle en ce moment
Dans le contexte actuel, marqué pour de nombreux Juifs de France par l’inquiétude et une certaine tentation de la discrétion, la photo prend une résonance particulière. Elle montre une identité juive vécue sereinement, dans l’espace public, sans provocation ni crainte, avec la simplicité de celui qui propose un cadeau.
Elle rappelle aussi que Souccot est appelée « le temps de notre joie ». Cette joie ne se limite pas à la soucca familiale ou à la synagogue : elle se partage, elle se transmet, elle se propose au premier venu. Liron Afriat n’a pas attendu que le voyageur vienne à lui ; il a fait le premier pas, dans l’esprit même de la Chli’hout.
Le geste de Liron Afriat rejoint ainsi les innombrables scènes semblables qui se déroulent en ce moment aux quatre coins du monde, de Paris à New York, de Jérusalem à Buenos Aires, partout où un Loulav peut être tendu à un Juif.
Entre deux stations, un bouquet de palmier et un Etrog ont suffi à relier une vie à la Torah : la diffusion de la Torah ne connaît ni terminus ni correspondance manquée.
Vingt heures par jour, l’immense dispositif d’accueil de la capitale russe offre repas chauds et atmosphère de fête à des foules entières. Dans la cour de la grande synagogue, un marché des Arba Minim en pleine effervescence a fourni des ensembles de toute beauté aux communautés et aux Chlou’him de tout le pays. Et la joie de Sim’hat Beth Hachoéva a jailli dans les rues de Moscou, portée par des Farbrenguens ‘hassidiques prolongés jusqu’au cœur de la nuit.
Six heures du matin, la Souccah s’éveille avant la ville
Il est six heures du matin sur le parvis de la grande synagogue « Marina Roscha » de Moscou. Tandis que la capitale russe s’arrache lentement à la fraîcheur d’un matin d’automne, la somptueuse Souccah géante bruisse déjà de vie. Les effluves des plats chauds qui s’échappent de la salle d’accueil « Grisha’s Zimmer » se mêlent à la rumeur de la foule qui afflue vers l’enceinte. Membres de la communauté et Juifs venus des quatre coins de l’immense métropole s’y pressent, inaugurant la journée par l’étude de la ‘Hassidout et une collation matinale bien chaude. Ainsi commence un nouveau jour de Zman Sim’hatenou, ce temps de notre joie qui illumine la Russie tout entière et offre à chaque Juif un sentiment de chaleur et de foyer retrouvé.
Une cuisine qui ne s’arrête jamais
Conformément à la directive du Grand Rabbin de Russie, le Rav Berel Lazar Chlita, tout est mis en œuvre pour que personne ne reste affamé ni isolé durant les jours de fête. À cette fin, la salle d’accueil « Grisha’s Zimmer » fonctionne sans interruption et à un rythme soutenu, de six heures du matin jusqu’à deux heures après minuit. Les équipes de cuisine, d’un dévouement sans faille, se relaient jour et nuit pour préparer une abondance extraordinaire de mets frais, de repas copieux et de rafraîchissements, tandis que des jeux attendent les enfants, le tout servi en continu pour le confort et la joie des milliers de fidèles venus célébrer.
Quatre cents Etroguim venus de Calabre
Cet élan culinaire hors du commun s’est conjugué en parfaite harmonie avec une préparation spirituelle minutieuse. Dans le hall de la synagogue s’animait le grand marché central des Arba Minim, où l’on voyait généreux donateurs, Chlou’him et un public aux mille visages choisir avec soin des ensembles d’une beauté irréprochable, dignes des plus exigeants. L’amour de la Mitsva s’est manifesté de façon particulièrement touchante lorsque le Grand Rabbin a examiné avec une extrême attention quelque quatre cents Etroguim de Calabre de toute splendeur. Ces fruits avaient été expédiés spécialement d’Italie par son père, le doyen des Chlou’him, le Rav Moché Lazar, à l’intention des Rabbanim et des Chlou’him du pays.
Quand la joie de Sim’hat Beth Hachoéva envahit les rues
Au sortir du premier jour de fête, à l’issue du dimanche, la grande joie des célébrations de Sim’hat Beth Hachoéva a éclaté sous l’immense Souccah, portée par les accords entraînants d’un orchestre ‘hassidique. Cette allégresse ne s’est pas laissé contenir entre les parois de la Souccah : elle a débordé dans la rue en rondes ardentes, répandant la lumière de la fête sur tous les habitants de Moscou. Les danses endiablées se sont tout naturellement prolongées en Farbrenguens ‘hassidiques qui ont duré jusqu’aux petites heures de la nuit, illustrant à merveille l’adage de nos Sages : « Celui qui n’a pas vu la joie de Sim’hat Beth Hachoéva n’a jamais vu de joie de sa vie. »