Au 770, Beth ‘Hayénou, un nouveau matin du mois de Tichri s’est levé au rythme de la prière de Cha’harit dans la grande synagogue. Les voix des fidèles et les Nigounim ont empli les lieux, portés par la ferveur des Temimim et des nombreux invités. Le photographe Meir Dahan a saisi ces instants où chaque journée commence dans l’élévation et la joie.
Il est des lieux où le temps semble suivre un autre rythme. Au 770 Eastern Parkway, à Crown Heights, le cœur du mouvement Habad-Loubavitch, chaque matin du mois de Tichri prend la dimension d’un événement. Dès les premières heures, la grande synagogue, que les ‘Hassidim appellent simplement « le Zal », se remplit. Les rangs se resserrent, les Tefilines sont enroulés, les livres de prière s’ouvrent, et la prière de Cha’harit commence.
Ce matin encore, le spectacle était au rendez-vous. Des Ba’hourim de Yechiva aux ‘Hassidim chevronnés, des habitants du quartier aux invités arrivés des quatre coins du monde, tous partagent le même espace et le même élan. La prière n’y est pas un simple rituel quotidien : elle devient un moment collectif d’une intensité rare, où l’on sent que chacun est venu chercher quelque chose de plus.
Le souffle des Nigounim dans les « cours sacrées »
Ce qui frappe d’abord le visiteur, c’est le son. La voix de la prière, mêlée aux chants, résonne d’un bout à l’autre de la salle. Les Nigounim, ces mélodies ‘hassidiques transmises de génération en génération, accompagnent les passages de la liturgie et transforment l’office en une véritable ascension spirituelle. Dans la tradition Habad, la mélodie est considérée comme une « plume de l’âme », capable d’exprimer ce que les mots ne parviennent pas à dire.
L’expression consacrée chez les ‘Hassidim pour désigner le 770 est éloquente : « nos cours sacrées ». Elle dit bien la place qu’occupe ce bâtiment de briques rouges dans l’imaginaire et le vécu de milliers de fidèles. C’est ici que le Rabbi a dirigé le mouvement pendant plus de quatre décennies, ici qu’il a prié, enseigné et réuni ses ‘Hassidim lors d’innombrables Farbrenguen. Prier au 770, c’est prier dans un lieu chargé d’histoire et de sainteté.
Tichri, la saison des grands rassemblements
Le mois de Tichri occupe une place à part dans le calendrier de Crown Heights. De Roch Hachana à Sim’hat Torah, en passant par Yom Kippour et Souccot, le quartier accueille chaque année une affluence considérable. Une tradition bien ancrée veut que de nombreux ‘Hassidim, et tout particulièrement des Ba’hourim et des familles venues d’Israël, de France et d’ailleurs, passent ces jours de fête « chez le Rabbi ».
Pour beaucoup, ce séjour constitue un véritable ressourcement spirituel pour toute l’année à venir. Les prières quotidiennes, les études, les rencontres et les moments de joie partagée tissent une atmosphère unique, que les habitués décrivent souvent comme impossible à retrouver ailleurs. La prière de Cha’harit en est l’un des piliers : c’est par elle que s’ouvre chaque journée de ce mois si particulier.
Les Temimim au premier rang de la ferveur
Parmi les fidèles, les Temimim, les étudiants des Yechivot Habad, tiennent une place centrale. Leur énergie et leur enthousiasme donnent souvent le ton. Fidèles à l’enseignement de la ‘Hassidout, qui accorde une importance capitale à la prière méditée et vécue de l’intérieur, ils s’efforcent de faire de chaque office un moment d’attachement profond à D.ieu.
Aux côtés de ces jeunes, les invités découvrent ou redécouvrent une manière de prier où la rigueur s’allie à la joie. Ceux qui viennent pour la première fois évoquent fréquemment l’émotion ressentie en se joignant à ce chœur immense, uni dans une même voix. Chaque matin devient ainsi une occasion de renouveau, une manière de commencer la journée sur une note d’élévation et d’espérance.
Des images pour partager l’émotion
Pour ceux qui n’ont pas eu la possibilité de faire le voyage, les images rapportées par le photographe Meir Dahan offrent une fenêtre précieuse sur ces moments. Les visages concentrés, les mains levées, les rangées serrées de fidèles enveloppés dans leur Talit témoignent d’une atmosphère que les mots peinent à restituer pleinement.
Ces clichés rappellent que, loin de la frénésie de la ville qui s’éveille alentour, le 770 continue d’accomplir chaque matin sa vocation première : être une maison de prière, d’étude et de rassemblement, où des milliers de Juifs viennent puiser la force d’avancer.
Au 770, chaque Cha’harit de Tichri est une promesse renouvelée : celle d’une journée vécue dans la joie, la ferveur et l’attente de la Délivrance.































































