par hassidout | 15 Sep, 2026 – 4 Tishri 5787 | ISRAEL |
Un nouveau sondage publié à l’approche de Yom Kippour dévoile la profondeur du lien qui unit le peuple juif d’Israël au jour le plus saint de l’année. Près de la moitié des Israéliens se définissant comme laïcs jeûnent, et beaucoup d’entre eux franchissent, ce jour-là seulement, le seuil d’une synagogue. Ces données confirment, une fois encore, l’importance cruciale des offices ouverts organisés par les Beth Habad à travers tout le pays.
un jeûne qui dépasse les clivages religieux
Selon un sondage de l’Institut israélien pour la démocratie, soixante-quatorze pour cent des Juifs d’Israël ont pour habitude de jeûner le jour de Yom Kippour. Le phénomène le plus frappant concerne toutefois ceux qui se définissent eux-mêmes comme laïcs : vingt-huit pour cent d’entre eux observent un jeûne complet, et dix-neuf pour cent supplémentaires jeûnent partiellement, portant à quarante-sept pour cent la proportion de laïcs liés, d’une manière ou d’une autre, à cette pratique. Chez les traditionalistes non pratiquants, la proportion de jeûneurs atteint quant à elle quatre-vingt-dix pour cent.
la prière, bien au-delà du cercle des pratiquants
Le lien au jour saint ne se limite pas au jeûne. Cinquante-sept pour cent de la population juive d’Israël participent à un office de prière le jour de Yom Kippour. Même parmi les laïcs, un sur cinq, soit vingt pour cent, se rend à la prière ce jour précis.
des synagogues remplies de visages inhabituels
L’une des données les plus marquantes concerne l’affluence dans les synagogues et les lieux de prière du pays : dix-huit pour cent de l’ensemble des Juifs d’Israël se rendent aux offices de Yom Kippour, alors même qu’ils ne fréquentent pas la synagogue le reste de l’année. Concrètement, près d’un tiers, trente-deux pour cent, de tous les participants aux prières de Yom Kippour ne mettent pas les pieds dans une synagogue en dehors de cette occasion. Chez les laïcs présents aux offices du jour saint, cette proportion grimpe à soixante-dix-neuf pour cent.
un clivage marqué entre les communautés
Le sondage révèle également des écarts significatifs entre les différentes origines communautaires. Quatre-vingt-huit pour cent des Juifs séfarades et orientaux ont pour habitude de jeûner à Yom Kippour, contre soixante-quatre pour cent des Ashkénazes. Même parmi les personnes se définissant comme laïques, l’écart persiste : soixante-trois pour cent des Séfarades et orientaux jeûnent, contre trente-neuf pour cent des Ashkénazes.
les Beth Habad, porte d’entrée vers la prière
Ces chiffres dessinent, une fois de plus, le portrait d’un moment unique dans le calendrier israélien : des Juifs qui ne fréquentent pas la synagogue au quotidien et ne se définissent pas comme pratiquants choisissent, le jour saint, de jeûner, de prier et de renouer avec la tradition juive.
Dans les Beth Habad de tout le pays, des offices dits de « synagogue ouverte » sont organisés le jour de Yom Kippour, spécialement destinés à ces Juifs qui ne franchissent pas le seuil d’une synagogue durant l’année et souhaitent se relier aux prières du jour saint dans un cadre accessible et chaleureux.
Les données publiées cette année illustrent parfaitement l’ampleur de ce besoin : c’est précisément le jour de Yom Kippour que des foules de Juifs, absents des offices le reste de l’année, se pressent dans les synagogues. Pour beaucoup d’entre eux, ces offices ouverts constituent la porte d’entrée naturelle vers la prière, vers la tradition et vers la synagogue.
par hassidout | 15 Sep, 2026 – 4 Tishri 5787 | INTERNATIONAL |
Après plus de trois décennies de refus, de procédures judiciaires et d’obstacles administratifs, les Chlou’him du Rabbi à Milburn, dans le New Jersey, viennent d’obtenir gain de cause face aux autorités locales. Le 2 septembre, la commission municipale d’urbanisme a voté à l’unanimité en faveur de la construction du nouveau Beth Habad, appelé Chai Habad Center. La municipalité versera par ailleurs trois millions de dollars aux Chlou’him, mettant fin à l’un des combats les plus longs menés par des émissaires Loubavitch aux États-Unis pour l’ouverture d’un centre communautaire.
un combat de plus de trente ans
Après trente-deux années de tentatives, de refus, de procédures judiciaires et d’affrontements avec les autorités locales, les Chlou’him du Rabbi à Milburn, dans le New Jersey, viennent d’enregistrer une victoire considérable. Le 2 septembre, la commission locale d’urbanisme a approuvé à l’unanimité le projet de construction du Chai Habad Center, ouvrant enfin la voie à l’édification d’un bâtiment dont le projet avait été repoussé à de multiples reprises pendant des décennies.
Ce vote fait suite à un accord amiable conclu par la municipalité pour mettre fin à une plainte déposée en 2025 par les Chlou’him, le Rav Menahem et Rivka Bogomilsky. Le couple y affirmait que la ville violait la loi fédérale sur l’usage religieux des terrains et les droits des personnes placées en institution, mieux connue sous le nom de RLUIPA, ainsi que les premier et quatorzième amendements de la Constitution américaine.
Rivka Bogomilsky n’a pas caché son émotion à l’annonce de la décision, confiant qu’elle souhaitait réciter la bénédiction de Chéhé’héyanou tant la nouvelle lui semblait inespérée.
des refus répétés depuis 1992
Les Chlou’him se sont installés dans le quartier de Short Hills, à Milburn, en 5752 (1991-1992). Dès 5754 (1993-1994), ils entreprirent de faire construire une synagogue permanente pour la communauté. Mais depuis lors, ils se sont heurtés à d’innombrables oppositions et refus de la part des autorités locales, y compris lorsqu’ils ont tenté de proposer des solutions alternatives dans des zones à vocation commerciale.
Plusieurs procédures judiciaires ont ponctué ce long combat. Aux termes de l’accord conclu avec la municipalité, celle-ci versera trois millions de dollars aux Chlou’him et autorisera la construction d’un bâtiment de deux étages sur un terrain de 3,4 acres, contigu à leur domicile et à distance de marche de la plupart des quartiers résidentiels de la municipalité.
un futur centre communautaire
Le terrain, situé à l’angle de deux rues, est baigné de soleil, couvert de pelouse et entouré de grands arbres. Il dispose de deux accès distincts, l’un servant d’entrée et l’autre de sortie pour le futur centre. L’édifice comprendra deux étages ainsi qu’un sous-sol aménagé, avec en son sein une grande synagogue, des salles de classe et d’autres espaces destinés aux activités communautaires.
Jusqu’à aujourd’hui, les offices se tiennent au domicile des Chlou’him, qui ne peut accueillir que quelques dizaines de fidèles pour les offices de Chabbat. Pendant les Yamim Noraïm, en raison du nombre important de participants, le couple dresse une grande tente sur son terrain pour pouvoir recevoir tout le public venu prier.
l’intervention du ministère de la justice
Ce combat de longue haleine a fini, au fil des années, par arriver jusqu’au ministère de la Justice américain. En 5783 (2022-2023), celui-ci a publié une prise de position officielle indiquant que les décisions de la commission d’urbanisme locale avaient porté préjudice aux Chlou’him et au centre Habad.
Aujourd’hui, après plus de trois décennies, ce combat central touche enfin à sa fin. Certes, plusieurs étapes de planification et d’exécution restent encore à franchir avant l’achèvement de la construction, mais la bataille la plus importante, celle des autorisations, est désormais gagnée.
par hassidout | 14 Sep, 2026 – 3 Tishri 5787 | ANNONCE |
À l’occasion du Vav Tichri, jour de la Hiloula de la Rebbetsen ‘Hanna, les Neshei Oubnot Habad convient le public féminin parisien à une soirée de conférence au Beth Haya Mouchka, placée sous le signe de la transmission. Le mardi 15 septembre 2026, correspondant au 4 Tichri 5787 (2026) à vingt heures trente, les Salons ‘Haya Moushka du dix-neuvième arrondissement accueilleront successivement deux intervenantes, Mme Hanna Martinez, Chalia’h à Paris douzième, et Mme Léa Lachkar, Chalia’h à Paris treizième. La soirée, gratuite et réservée aux femmes, proposera vidéo, Goral et buffet.
transmettre, c’est faire vivre
La première intervention de la soirée sera assurée par Mme Hanna Martinez, Chlou’ha à Paris douzième, sous le titre évocateur de « Transmettre, c’est faire vivre ! ». Le thème choisi fait écho au sens profond de la Hiloula, ce jour où l’on célèbre non pas la disparition d’une Tsaddeket, qui fut la mère du Rabbi, mais l’élévation de son exemple et sa capacité à continuer d’agir à travers celles qui perpétuent son œuvre. La Rebbetsen ‘Hanna, dont le souvenir est honoré cette année encore par les Neshei Oubnot Habad, incarne cette idée que la transmission d’une femme à l’autre, d’une génération à la suivante, est elle-même une forme de vie qui ne s’éteint jamais.
Tichri chez le Rabbi
La seconde conférence de la soirée, intitulée « Tichri chez le Rabbi », sera donnée par Mme Léa Lachkar, Chlou’ha à Paris treizième. Le mois de Tichri, qui s’ouvre sur Roch Hachana et porte en lui les grandes fêtes de l’année juive, occupait une place particulière dans le calendrier du Rabbi. Cette intervention proposera aux participantes de redécouvrir, à travers les usages et les enseignements propres à cette période, la manière dont le Rabbi vivait et faisait vivre chaque journée de ce mois si dense en émotion spirituelle.
informations pratiques
La soirée se tiendra le mardi 15 septembre 2026, correspondant au 4 Tichri 5787 (2026), à 20h30, dans les Salons ‘Haya Moushka situés au 49 rue Petit, dans le dix-neuvième arrondissement de Paris.
Les organisatrices, les Neshei Oubnot Habad, ont prévu au programme, outre les deux conférences, la projection d’une vidéo ainsi qu’un Goral et un buffet convivial pour clôturer la rencontre. L’entrée est libre et la soirée est exclusivement réservée au public féminin.

par hassidout | 14 Sep, 2026 – 3 Tishri 5787 | ANNONCE |
Un rassemblement se prépare ce mardi à Paris pour marquer les dix-huit ans de la disparition du Rav Hillel Pevzner. Pendant cinquante-cinq ans, ce rescapé des yechivot d’Europe de l’Est a bâti la communauté Habad de France, laissant derrière lui des institutions devenues des piliers du judaïsme parisien. Le Beth Habad Sinaï accueillera fidèles et descendants pour une Min’ha suivie d’un Farbrenguen en sa mémoire.
Le mardi 15 septembre 2026, correspondant au 4 Tichri 5787, la communauté loubavitch de Paris se réunira au Beth Habad Sinaï, au 2 rue Tristan Tzara dans le 18e arrondissement, pour commémorer le 18e Yortseit du Rav Hillel Pevzner ע »ה, figure centrale du judaïsme Habad en France durant plus d’un demi-siècle.
Des yechivot d’Europe de l’Est à la capitale française
Né le 29 Chevat 5682 (février 1922) à Minsk, le jeune Hillel Pevzner grandit dans les réseaux clandestins de Tomchei Temimim qui essaimaient alors à travers l’Union soviétique. Il poursuit ses études talmudiques dans les yechivot de Jitomir, puis de Voronej, avant de rejoindre, avec la vague de réfugiés fuyant la guerre, le réseau de Tomchei Temimim reconstitué à Poking, en Allemagne. C’est de là qu’il est envoyé, aux côtés de deux autres ‘Hassidim, renforcer la présence Habad naissante avant de rallier définitivement Paris.
Il quitte la Russie en 5706 (1946) et s’installe en France dès 5707 (1947), où il devient rapidement Maguid Chiour et Machguia’h au sein de la yechiva parisienne. En 5713 (1953), à la suite du départ du Rav Zalman Chimon Dvorkin pour New York, il est appelé à prendre la tête de la communauté Habad de France – une responsabilité qu’il portera durant cinquante-cinq années.
Fondateur des institutions Sinaï-Loubavitch
En 5722 (1962), le Rav Pevzner est nommé Rav de la synagogue Zbitchyner, rue des Rosiers. Mais c’est la fondation des institutions Sinaï-Loubavitch qui marquera le plus durablement le paysage éducatif Habad de la capitale : sous son impulsion, cet ensemble scolaire deviendra l’un des plus importants réseaux d’enseignement juif de France.
En 5748 (1988), face à l’expansion des communautés Habad à travers le pays, le Rav Pevzner préside à la création du Vaad Rabbanei Loubavitch de France, dont il devient l’Av Beth Din. Parallèlement, il développe dès le début des années 1950 un système de cacherout du lait israélien qui s’étoffera au fil des décennies, jusqu’à superviser, en 5731 (1971), la cacherout des premiers vins de Bordeaux – une initiative alors inédite en France.
Une empreinte transmise à la génération suivante
Le Rav Hillel Pevzner s’éteint le 4 Tichri 5769 (3 octobre 2008), à l’âge de 85 ans, après une cérémonie tenue à l’école Sinaï où se pressent élèves et disciples avant son inhumation sur le mont des Oliviers, à Jérusalem. Son héritage se poursuit à travers ses enfants : le Rav Avraham-Barou’h, Rav de la communauté Loubavitch en France, Chalia’h du Rabbi en France ; le Rav Yossef-Its’hak, Chalia’h en France et directeur des Institutions Sinaï; et le Rav Menahem-Mendel, Chalia’h à Genève et fondateur du Beth Habad et école Habad à Genève. Ses filles ont également bâti leur vie autour de la Chli’hout, notamment Mme Sterna a’h Kalmenson, qui fut près de 30 ans directrice du collège lycée Ohr Sterna Sinaï, qui nous a quittés l’année dernière et qui fut l’épouse du Rav Yechiel Kalmenson Shlita, Roch Yechiva de Tomchei Temimim à Brunoy, Mme Rivka Naparstek, éducatrice, Mme Hanna Slonim, Chlou’ha à Dijon.
Min’ha et Farbrenguen ce mardi soir
C’est à l’initiative du Beth Habad Sinaï que se tiendra, ce mardi 4 Tichri, la cérémonie commémorative. La Min’ha débutera à 19h45, suivie d’un Farbrenguen au cours duquel seront évoqués la vie et l’enseignement du Rav Pevzner. La soirée se conclura par l’office de Maariv à l’issue du Farbrenguen.
Dix-huit ans après sa disparition, la mémoire du Rav Hillel Pevzner continue d’irriguer les institutions qu’il a fondées – un héritage que la communauté parisienne se retrouve, chaque année, pour honorer et transmettre.
par hassidout | 14 Sep, 2026 – 3 Tishri 5787 | MAGAZINE |
Un nouveau courant prétend rendre la ‘Hassidout plus « pratique » en la traduisant dans le langage de la psychologie moderne, du développement personnel et de la guérison émotionnelle. Le Rav Sholom Kesselman, de Los Angeles, met en garde contre cette confusion : la ‘Hassidout n’a jamais eu pour but de soigner l’être humain, mais de le mener au service de D.ieu. Selon lui, ce glissement ne rend pas la ‘Hassidout plus accessible, il la transforme en autre chose.
Rav Sholom Kesselman – Los Angeles / Anash.org
deux voies, un même but
Depuis la fondation de la ‘Hassidout Habad, deux profils de ‘Hassidim se sont toujours côtoyés. Les uns, appelés Maskilim, mettaient l’accent sur l’étude approfondie et intellectuelle de la ‘Hassidout, cherchant à pénétrer ses concepts pour mieux saisir l’Elokout. Les autres, appelés Ovdim, privilégiaient l’Avodat Hatefila, l’Iskafya et le travail constant sur le raffinement du caractère et des Midot dans le service de D.ieu. Les deux groupes se reprochaient mutuellement leurs manques : les Maskilim jugeaient les Ovdim insuffisamment approfondis dans l’étude, tandis que les Ovdim reprochaient aux Maskilim une compréhension qui ne débouchait pas sur une véritable Avoda.
En réalité, il n’existe aucune contradiction de principe entre les deux : dans un monde de vérité parfaite, la Haskala et l’Avoda sont les deux faces d’une même pièce, l’une devant naturellement conduire à l’autre. Mais nous vivons dans un monde imparfait, et chaque être humain penche naturellement d’un côté ou de l’autre. Trouver le juste équilibre entre ces deux approches a donc toujours représenté un travail pour les ‘Hassidim, tantôt réussi, tantôt manqué.
la « nouvelle hassidout »
Ces dernières années, ce débat séculaire a pris une tournure radicalement nouvelle. Un courant s’est développé autour de l’idée de rendre la ‘Hassidout plus « applicable » au quotidien. Sur le principe, la démarche semble louable : traduire les idéaux de la ‘Hassidout en pratique concrète devrait normalement se traduire par davantage de Limoud Hatora, une prière plus intériorisée, une observance plus rigoureuse du Choul’han Aroukh et un travail plus soutenu sur les Midot. Mais ce n’est pas ce que l’on observe. Le nouveau courant s’est plutôt focalisé sur la psychologie humaine, la santé mentale, le développement personnel et la guérison émotionnelle.
Des enseignants talentueux, familiers du langage de la psychologie contemporaine, utilisent aujourd’hui ces concepts pour « traduire » la ‘Hassidout. Au nom de l’Avoda, ils soutiennent que la ‘Hassidout authentique ne peut rester cantonnée à l’étude intellectuelle ou à l’Elokout : elle devrait parler de croissance personnelle, de relations, de santé mentale et de guérison. Cette approche a certainement une valeur réelle et a aidé beaucoup de personnes. Mais le projet a dérapé, jusqu’à devenir quelque chose qui n’a presque plus rien à voir avec la ‘Hassidout enseignée par les Rabbeim. Ce qui devait rendre la ‘Hassidout plus accessible est devenu une réinterprétation complète de son contenu.
Le malentendu, selon l’auteur, porte sur le sens même de « faire descendre » la ‘Hassidout dans l’Avoda. Quand le verset enjoint de connaître le D.ieu de son père et de Le servir de tout son cœur, cela signifie que la Haskala de la ‘Hassidout doit renforcer l’Avodat Hachem : l’Ahava Véyira, le Bitoul, la Kabalat Ol, la Sim’ha, l’Ahavat Israël, les Midot Tovot et toute autre dimension du service divin. Jamais, dans l’histoire de la ‘Hassidout, ce commandement n’a signifié transposer la ‘Hassidout dans le langage de la psychologie ou du développement personnel. L’objectif n’est pas de « faire descendre » la ‘Hassidout dans le cœur pour le cœur lui-même : l’objectif reste de servir D.ieu de tout son cœur.
Ce qui se joue aujourd’hui n’est donc plus le débat classique entre Haskala et Avoda, mais une distorsion de la définition même de l’Avodat Ha’hassidout. Dans l’ancien débat, il existait un consensus sur le sens des termes : le Bitoul était le Bitoul, la Kabalat Ol était la Kabalat Ol. Le langage, les concepts et les arguments restaient fermement enracinés dans les mots des Rabbeim ; seuls les détails, l’accent et l’application faisaient débat. Aujourd’hui, c’est un tout autre vocabulaire, importé de l’extérieur et parfois même contraire à la ‘Hassidout, qui vient se superposer à elle : estime de soi, guérison intérieure, présence, pleine conscience, traumatisme, bien-être global, paix intérieure. Ces notions sont de plus en plus présentées comme les fondements mêmes à partir desquels il faudrait désormais lire la ‘Hassidout. Ainsi, au nom d’un Bitoul ou d’une Kabalat Ol « sains », on nous explique que ces concepts ne signifient plus ce qu’ils ont toujours signifié. La ‘Hassidout n’est alors plus simplement appliquée à travers un prisme psychologique moderne : elle est réinventée à travers ce prisme.
la hassidout peut-elle servir au développement personnel ?
L’auteur précise d’emblée que oui, à condition de clarifier un point essentiel : la ‘Hassidout n’est pas, par nature, un système de guérison ou de développement personnel. Elle est Yediat Elokout, ‘Hokhma Elokit : l’étude de D.ieu, du Seder Hishtalshelout, de l’Ahdout Hachem et de toute la réalité spirituelle qu’elle cherche à révéler. Son Avoda n’est pas non plus un travail sur soi au sens thérapeutique, mais un Avodat Hachem : accomplir la volonté divine et vivre avec la conscience de l’Elokout.
Prendre soin de son équilibre émotionnel est certes nécessaire, et peut même relever d’une démarche sainte. Mais le bien-être et l’Avoda ne sont pas la même chose : le premier concerne le fonctionnement de la personne, le second ce qu’elle fait de sa vie au service de D.ieu. Travailler sur ses difficultés émotionnelles peut donc être parfaitement nécessaire, sans pour autant devoir être qualifié d’Avodat Ha’hassidout simplement parce que cela améliore la personne. L’objectif de la ‘Hassidout n’est pas de produire des êtres humains plus équilibrés ou plus heureux, mais de véritables Ovdei Hachem.
L’auteur prend l’exemple du début du Tanya, à partir du chapitre 26, où l’Admour Hazakène traite de la tristesse et de la joie. On pourrait croire, à première lecture, qu’il s’agit d’un enseignement sur la santé émotionnelle. Mais son approche est en réalité tout autre : il explique que la paresse et la lourdeur, issues de la tristesse, empêchent de vaincre le mauvais penchant, alors que la vivacité, issue de la joie, permet de le combattre efficacement. L’Admour Hazakène ne s’exprime donc pas en psychologue soucieux du bien-être de ses lecteurs ; il s’exprime en guide de l’Avodat Hachem. Son point de départ n’est pas que l’homme doit être heureux pour être équilibré, mais que le Juif doit vaincre son Yetser Hara pour bien servir D.ieu, et que la tristesse rend cette Avoda impossible.
Le Tanya regorge d’observations d’une grande justesse sur la psychologie humaine, les émotions, la motivation, les schémas de pensée. Mais cela ne fait pas du Tanya un ouvrage de développement personnel. Une personne en souffrance émotionnelle peut assurément y trouver une aide profonde ; mais la guérison la plus complète survient lorsque cet enseignement est reçu pour ce qu’il est réellement : un chemin vers le Bitoul, l’Ahdout Hachem vécue et un authentique Avodat Hachem. En devenant moins centrée sur elle-même et plus attachée à D.ieu, la personne se libère naturellement de la colère, de l’anxiété et du ressentiment ; la guérison qui en découle n’est pas fortuite, elle est le fruit naturel d’une véritable Avoda. À l’inverse, celui qui n’utilise ces enseignements que comme des outils psychologiques pourra en tirer un soulagement passager, mais passera à côté de la transformation profonde qu’apporte un authentique service de D.ieu.
Un stylo peut aussi servir de marque-page. Cela ne change pas sa nature : c’est un instrument d’écriture que l’on détourne, avec succès, vers un autre usage. La ‘Hassidout, de la même manière, peut éclairer admirablement la condition humaine sans être, pour autant, un système de guérison ou de développement personnel. Elle est bien davantage : des paroles du D.ieu vivant, la connaissance de D.ieu, la réalisation qu’il n’existe rien d’autre que Lui, et un véritable Bitoul.
les paraboles ne sont que des paraboles
La ‘Hassidout recourt souvent, pour expliquer des notions d’Elokout, à des Mechalim tirés de l’expérience humaine. Mais le but de ces images n’est pas de s’arrêter au Machal lui-même et d’en faire l’essentiel : le Machal est un véhicule vers le Nimchal, la vérité spirituelle qu’il illustre. Lorsque la ‘Hassidout se sert d’une notion de psychologie pour éclairer un aspect de l’Elokout, le but final reste de comprendre cet aspect de l’Elokout, non de s’arrêter à l’image psychologique elle-même.
Or c’est précisément l’inverse qui se produit aujourd’hui : au lieu que l’étude de l’Elokout demeure le centre et l’être humain la simple parabole qui aide à la comprendre, on cherche désormais à extraire des idées et des méthodes psychologiques, en réduisant les développements sur l’Elokout au rang de parabole. Ce qui était le Nimchal est devenu le Machal, et inversement.
le danger d’une hassidout mal appliquée
On pourrait objecter : quelle importance, puisque cela fonctionne et apaise réellement les personnes concernées ? La différence essentielle entre la psychologie moderne et la ‘Hassidout, répond l’auteur, tient en une phrase : dans la première, la personne est au centre — son estime de soi, sa guérison, son bien-être ; dans la seconde, D.ieu est au centre. Le but de la ‘Hassidout est le Bitoul et la Mesirat Nefech, faire passer la vérité avant soi-même.
Quand la ‘Hassidout est mal appliquée, le risque est qu’au lieu de servir l’abnégation et l’attachement à l’Emet, elle devienne un outil sophistiqué au service de la perpétuation, voire de la glorification du moi. Ce n’est pas seulement un malentendu sur la ‘Hassidout : c’est l’exact opposé de ce qu’elle représente. La solution n’est donc pas de transformer une ‘Hassidout jugée trop abstraite en un manuel de développement personnel qui nourrit subtilement l’ego, mais d’expliquer en quoi l’étude authentique de la ‘Hassidout et un véritable Bitoul font de nous de meilleurs Ovdei Hachem, ce qui est la raison même de notre existence.
et si la hassidout semblait trop abstraite ?
L’une des critiques courantes adressées à la ‘Hassidout authentique est justement d’être trop abstraite et sans rapport avec la vie quotidienne. Beaucoup souhaitent sincèrement l’étudier, mais un long développement sur les niveaux de lumière avant la contraction, ou sur les mondes de ‘Akoudim, Nekoudim et Beroudim, leur paraît peu parlant. Lorsque quelqu’un vient alors expliquer que ces notions décrivent en réalité un processus intérieur, une lutte personnelle ou une expérience émotionnelle, le sujet devient soudain concret et pertinent. C’est en grande partie ce qui explique le succès de cette « ‘Hassidout nouvelle » : elle rend la matière vivante et accessible.
Mais si l’intention est louable, la méthode, selon l’auteur, reste fondamentalement erronée. Le problème n’est pas résolu : expliquer un passage abstrait comme un phénomène psychologique ne le rend pas pertinent, cela le transforme en autre chose. On n’a pas réussi à rendre la ‘Hassidout signifiante, on l’a changée en psychologie. Et la psychologie, certes, est utile et pertinente pour nos vies — mais ce n’est pas ce que l’on doit chercher en étudiant la ‘Hassidout. Cela ne peut être appelé Avoda, ni rattaché au commandement de servir D.ieu de tout son cœur, que si cela s’adresse directement à une dimension de l’Avodat Hachem ; traiter simplement des affaires du cœur ou du bien-être mental n’y suffit pas.
L’objectif, insiste-t-il, ne doit pas être de rendre la ‘Hassidout pertinente en réinterprétant ses idées spirituelles comme des idées psychologiques, mais d’expliquer pourquoi ces idées spirituelles elles-mêmes, dans leur pureté, sont pertinentes et peuvent transformer une vie. Il ne s’agit pas de justifier la portée des niveaux de Atik et Arikh par leur pendant psychologique supposé chez l’être humain, mais d’expliquer la vérité de ce qu’ils sont réellement, puis en quoi la connaissance de cette vérité peut changer une existence. On ne rend pas quelque chose pertinent en expliquant qu’il est autre chose : on le rend pertinent en découvrant sa pertinence propre, sans le diluer ni le dénaturer.
Il est vrai que celui qui ne se soucie pas particulièrement de l’Avodat Hachem aura du mal à trouver la ‘Hassidout signifiante, puisqu’elle porte fondamentalement sur cette Avoda. Mais transformer la ‘Hassidout en outil de développement personnel, en la coupant de l’Avodat Hachem authentique, pour la rendre accessible à ceux qui ne s’y intéressent guère, n’est pas une solution : ce n’est simplement plus de la ‘Hassidout.
comment apprendre et enseigner la hassidout
Il est donc essentiel, selon l’auteur, de préserver un ordre précis dans l’étude et l’enseignement de la ‘Hassidout. Il faut d’abord comprendre l’idée telle qu’elle a été voulue : s’il s’agit d’une notion d’Elokout, d’un Olam, d’une Sefira, d’un Partsouf ou d’un niveau du Keter, il faut d’abord saisir ce que cela signifie réellement dans les sphères supérieures. Si la ‘Hassidout propose un Machal, il faut le comprendre, sans s’y arrêter : il faut revenir au Nimchal, en utilisant le Machal pour éclairer la réalité spirituelle décrite.
De même, lorsqu’elle traite de l’Avoda, il faut d’abord comprendre comment la ‘Hassidout elle-même la définit : que signifient le Bitoul, la Kabalat Ol, l’Iskafya, l’Hitbonenout, non pas selon nos préférences ou selon la mode psychologique du moment, mais selon ce que la ‘Hassidout elle-même veut dire par ces termes. Il faut ensuite mettre ces idées en pratique dans la vie quotidienne, car la mise en pratique demeure l’essentiel. Ce n’est qu’après avoir compris la ‘Hassidout telle qu’elle a été enseignée par les Rabbeim, après l’avoir fait descendre dans une véritable Avodat Hachem, et en la vivant réellement, que l’on peut, dans un second temps, l’appliquer à d’autres domaines de la vie. On peut alors dire, légitimement, qu’une idée peut aussi aider face à telle ou telle difficulté psychologique — un manque d’estime de soi, une tristesse, une relation compliquée. Mais cela ne peut être le point de départ : il ne faut pas aborder un texte de ‘Hassidout en le faisant immédiatement passer par le filtre du langage et des valeurs de la psychologie moderne, comme si celles-ci en constituaient le sens fondamental.
Une fois cette application faite, en toute clarté, on sait alors qu’on ne définit plus le concept ‘Hassidique lui-même : on prend une idée de la ‘Hassidout et on l’applique hors de son contexte premier — on utilise, en somme, le stylo comme marque-page. Cette démarche permet de préserver à la fois la vérité de la ‘Hassidout, ses définitions, son langage et ses priorités telles que reçues des Rabbeim, tout en laissant ses vérités profondes éclairer et même aider à guérir l’expérience humaine.
comment en est-on arrivé là
L’auteur propose enfin une hypothèse, sans prétendre l’établir comme un fait. Certaines personnes, ayant traversé des épreuves traumatiques, vivent des difficultés intérieures très réelles. Pour elles, en raison de leur fragilité, il peut être nécessaire, dans un premier temps, de ne pas insister sur des notions comme le Bitoul ou la Kabalat Ol : comment parler de Bitoul à quelqu’un dont le sentiment de soi est brisé, ou de Kabalat Ol à quelqu’un dont l’expérience de vie a associé la soumission à une figure abusive ? Pour de telles personnes, il peut être approprié, à titre d’exception, de présenter d’abord ces notions autrement, afin de restaurer une dignité et une stabilité suffisantes.
Or, poursuit-il, beaucoup des enseignants à l’origine de cette « nouvelle ‘Hassidout » travaillent précisément, et avec beaucoup de mérite, auprès de personnes en grande difficulté émotionnelle ou psychologique. Il est donc possible qu’un effet d’échantillonnage se soit installé : à force de côtoyer une forte proportion de personnes pour qui les formulations traditionnelles du Bitoul ou de la Kabalat Ol sont difficiles, on peut en venir à croire que ce sont les concepts eux-mêmes qui posent problème, et qu’il faudrait les redéfinir pour tous, au nom d’un Bitoul ou d’une Kabalat Ol plus « sains ». Mais cette conclusion ne s’impose pas : il existe des raisons légitimes pour lesquelles ces notions sont difficiles pour certains individus, sans que cela les rende pour autant inadaptées pour le Klal.
Il n’est donc pas nécessaire, insiste l’auteur, de modifier en profondeur le langage, les définitions et les valeurs de la ‘Hassidout pour l’ensemble de la communauté parce que certains individus ont besoin d’une approche différente. Pour le Klal, il faut demeurer fidèle au langage, aux définitions et aux valeurs authentiques reçues des Rabbeim ; des milliers de Juifs, aujourd’hui encore, sont parfaitement capables d’apprendre et de pratiquer la ‘Hassidout authentique, dans la même langue et selon les mêmes valeurs que leurs grands-parents, dans la continuité ininterrompue qui remonte à l’Admour Hazakène. Il n’y a nul besoin de réinventer la ‘Hassidout pour le Klal, ni de la mal appliquer simplement parce que certains individus ont besoin d’un chemin différent.
Pour ces personnes-là, en revanche, tout doit être fait, avec sensibilité, sagesse et compassion, pour les aider à guérir et à devenir, à terme, des Kelim aptes à recevoir davantage. Mais cela doit rester ce que c’est : une exception à la règle, non une redéfinition de la règle. Pour l’ensemble de la communauté, conclut l’auteur, la ‘Hassidout est et doit rester centrée sur l’Elokout, l’Avodat Hachem et le Bitoul ; elle ne doit jamais devenir les dernières tendances psychologiques habillées d’un langage ‘hassidique.
par hassidout | 14 Sep, 2026 – 3 Tishri 5787 | INTERNATIONAL |
Un mois de Tichri qui commence, comme chaque année, sous le signe de l’hospitalité la plus spectaculaire de Crown Heights. Dès la veille de Roch Hachana, Reb Moshé Rubashkin, figure incontournable du quartier, a ouvert les portes de sa maison de la rue President et dressé son immense Souccah. Chaque jour, des milliers de Tmimim et d’Anach viendront y partager trois repas généreux, dans une ambiance familiale devenue, au fil des décennies, un véritable symbole de la vie communautaire Loubavitch.
Il suffit de marcher dans la rue President, entre Brooklyn Avenue et Kingston Avenue, à l’approche des fêtes, pour comprendre à quel point l’endroit s’apprête à devenir, pour tout un mois, le cœur battant de l’hospitalité de Crown Heights. C’est là, au numéro 1358, que Reb Moshé Rubashkin reçoit depuis des années des dizaines de milliers d’invités venus du monde entier pour vivre Tichri dans la cour du Rabbi.
Cette année encore, tout était prêt avant même l’entrée de Roch Hachana. Le salon et le rez-de-chaussée de la maison familiale, laissés ouverts toute l’année pour l’hébergement des visiteurs de passage, ont accueilli les premiers invités dès la veille de la fête. Dans la cour, la grande Souccah qui sert de salle à manger a été dressée avec ses habituelles finitions soignées, prête à recevoir la foule qui afflue chaque soir.
Une Souccah devenue institution
La Souccah de Reb Moshé n’a rien d’ordinaire. S’étendant sur près d’un demi-pâté de maisons, elle est aménagée chaque année avec des tables longues, un service de restauration organisé et, ces dernières saisons, des équipements renforcés pour répondre à l’afflux toujours plus important de visiteurs. Trois repas complets y sont servis quotidiennement, du matin jusqu’au soir, aux Tmimim de la Yechiva, aux familles de passage et aux hôtes du Rabbi venus s’installer à Crown Heights pour la durée des fêtes.
L’opération est menée en partenariat avec l’organisme Eshel Hachnassat Orchim, qui coordonne depuis plusieurs années l’hébergement des visiteurs pendant Tichri. Mais c’est bien Reb Moshé lui-même que l’on retrouve, jusque tard dans la nuit, à superviser chaque détail : la cuisson des pains, l’installation des tables, l’accueil personnel de chaque famille.
Des repas comptés par centaines de milliers
L’ampleur de l’opération donne le vertige. Sur l’ensemble du mois de Tichri, ce sont environ six mille personnes, jeunes gens, jeunes filles, familles et enfants, qui viennent chaque jour se restaurer chez les Rubashkin. La famille a confié avoir ajouté cette année deux grands fours supplémentaires afin de pouvoir cuire près de deux millions de pains tressés sur toute la durée des fêtes, en plus des gâteaux, biscuits et pâtisseries qui garnissent les tables. Au total, c’est près d’un million de repas qui sont servis durant le mois, une prouesse logistique portée uniquement par la volonté d’offrir, selon les mots mêmes de la famille, à chaque invité du Rabbi le sentiment d’être arrivé dans un foyer chaleureux.
Un engagement qui remonte à plusieurs décennies
Né en 5718 (1958) à Boro Park, fils de Reb Avraham Aharon HaLevi Rubashkin et de Rivka, Reb Moshé s’est installé depuis longtemps à Crown Heights, où il s’est imposé comme l’une des figures les plus actives de la vie communautaire locale. Il a notamment présidé le Conseil communautaire juif de Crown Heights (CHJCC) et demeure, année après année, l’organisateur de la traditionnelle parade de Pourim qui traverse les rues du quartier au son de la musique et des tambours.
Mais c’est son œuvre de Hachnassat Orchim, l’accueil des invités, qui a fait sa renommée bien au-delà de Crown Heights. Toute l’année, le rez-de-chaussée de sa maison reste disponible pour héberger des visiteurs de passage. Aux périodes chargées, particulièrement pendant les fêtes de Tichri, ce sont des dizaines d’invités qui trouvent chez lui, chaque Chabbat et chaque jour de fête, une table dressée et un accueil sans condition.
Pour des milliers de Tmimim et d’Anach venus des quatre coins du monde, la table de Reb Moshé Rubashkin restera, une fois encore cette année, la première étape d’un Tichri à Crown Heights.
par hassidout | 14 Sep, 2026 – 3 Tishri 5787 | INTERNATIONAL |
Une file d’attente s’étirait jusqu’à la rue devant le Ohel du Rabbi la veille de Roch Hachana 5786 (2026). Des milliers d’invités, de membres d’Anash et de Tmimim ont afflué à Queens pour se recueillir dans les quatre coudées du Rabbi et demander une année bonne et douce. Le cimetière Montefiore a vécu l’une de ses soirées les plus denses de l’année.
Comme chaque année à la même date, le rituel s’est répété avec une intensité renouvelée : à quelques heures de l’entrée de Roch Hachana, des milliers de visiteurs se sont dirigés vers le Ohel du Rabbi, au cimetière Montefiore, dans le quartier de Cambria Heights à Queens. Dès l’après-midi, une file s’est formée jusqu’à la rue, chacun patientant pour pouvoir déposer son Pidyon Nefech et prier avant le début de l’année nouvelle.
L’affluence de cette veille de Roch Hachana n’a rien d’un phénomène isolé. Depuis Roch ‘Hodech Elloul, et plus particulièrement depuis Chabbat Sli’hot, le flux de visiteurs au Ohel ne cesse de croître, à mesure que Tmimim, Chlou’him et anonymes venus du monde entier convergent vers le lieu pour y passer, ne serait-ce que quelques instants, dans les quatre coudées du Rabbi avant les Yamim Noraïm.
Un lieu de recueillement ouvert jour et nuit
Le Ohel, situé au cœur du carré ‘Habad du cimetière Montefiore, est accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Un centre d’accueil, le Beth Habad Loubavitch, permet aux visiteurs d’emprunter un sentier menant directement au Ohel. Les usages qui entourent la montée au Ohel sont précis et transmis avec constance : on retire ses chaussures en cuir avant d’entrer, on lit les Tehilim ou le livret « Maané Lachone », puis on inscrit sa demande sur un feuillet avant de le déchirer et d’en déposer les morceaux sur place.
Le site comprend également des espaces destinés aux ‘Halaka et aux Brit Mila, ainsi qu’une Yechiva fondée immédiatement après le 3 Tamouz 5754. Un Mikvé, à deux minutes à pied, reste lui aussi accessible en permanence pour les visiteurs qui souhaitent s’y immerger avant de monter au Ohel.
Le pidyon nefech, un usage ancré avant le jugement
La coutume de remettre un Pidyon Nefech à la veille de Roch Hachana remonte aux Admourim précédents. Du temps du Rabbi Rachab, les Pidyonot étaient déjà recueillis le matin de la veille de Roch Hachana, après les Sli’hot et avant la Tefila. Le Rabbi, pour sa part, avait pour habitude de se rendre au Ohel de son beau-père, l’Admour Rayats, après le milieu du jour, et d’y demeurer de longues heures, jusqu’à l’heure de Min’ha.
Ceux qui ne peuvent se déplacer jusqu’au Ohel veillent traditionnellement à faire parvenir leur Pidyon Nefech avant l’entrée de Roch Hachana, pour qu’il soit lu sur place en leur nom. Cette pratique, loin de s’être estompée avec le temps, semble au contraire se renforcer chaque année, portée par l’afflux croissant de visiteurs venus du monde entier.
Une soirée qui s’inscrit dans un mois déjà chargé
Cette forte affluence à la veille de Roch Hachana clôt un mois d’Elloul particulièrement dense au Ohel. Tout au long du septième mois, qui débute de facto dès Chabbat Sli’hot, Tmimim et Anash se relaient pour se tenir, ne serait-ce qu’un instant, dans les quatre coudées du Rabbi. Cette soirée de veille de Roch Hachana en constitue traditionnellement l’apogée, avant que l’attention ne se porte, dans les jours suivants, sur les offices de Roch Hachana puis sur les Sli’hot et le jeûne de Guedalia.
Que chacun soit inscrit et scellé pour une année bonne et douce, dans le livre de la vie.
par hassidout | 14 Sep, 2026 – 3 Tishri 5787 | Calendrier 'Hassidique, MAGAZINE |
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En 5552 (1791), une lourde accusation menaça la vie de l’Admour Hazakène pour avoir diffusé l’enseignement de la ‘Hassidout. Sa fille, la Rabbanit Dévora Léa, choisit alors de se substituer à lui devant le décret céleste. Ce sacrifice, raconté par le Rabbi lui-même, est devenu un enseignement transmis à chaque femme et chaque jeune fille juive.
une enfance et une jeunesse hors du commun
La Rabbanit Dévora Léa naquit à Vitebsk en 5526 (1766), fille de l’Admour Hazakène et de la Rabbanit Sterna. On raconte qu’à une époque où aucune école juive n’accueillait les filles et où l’étude de la Torah leur était généralement fermée, elle apprit seule à lire et se plongea dans l’étude du ‘Houmach. Son prénom lui venait d’une grand-tante paternelle, elle-même une femme d’une grande érudition que l’Admour Hazakène qualifiait de véritable lamdanit, versée dans le Rambam et le Talmud. La jeune Dévora Léa suivit cette voie et devint, à son tour, une femme de savoir, initiée au ‘Houmach, à la Halakha, à la Kabbale et à la ‘Hassidout, au point que sa propre grand-mère, la Rabbanit Rivka, mère de l’Admour Hazakène, devint son élève.
En 5548 (1788), elle épousa le Rav Chalom Chana Altshouler. Un an et demi plus tard environ naquit leur fils unique, celui qui deviendra le troisième Rabbi de Loubavitch, le Tséma’h Tsédek.
une bénédiction demandée face à la sentence
En 5552 (1791), une grave accusation fut portée contre l’Admour Hazakène, parce qu’il diffusait l’enseignement de la ‘Hassidout. Le verdict fut prononcé et il devait quitter ce monde. Selon la tradition, ce kitroug, cette accusation portée dans les sphères célestes, s’opposait à la révélation des secrets profonds de la Torah que l’Admour Hazakène propageait sans relâche. Pour tenter de détourner le décret, il envoya des émissaires prier sur les tombes du Baal Chem Tov et du Maguid de Mézéritch, cherchant des intercesseurs capables d’éveiller la miséricorde céleste. L’Admour Hazakène sollicita alors également la bénédiction du saint Rav Na’houm de Tchernobyl.
le dernier acte d’une fille dévouée
L’Admour Hazakène fit part de cette accusation à sa fille, la Rabbanit Dévora Léa. Elle prit alors la décision de remplacer son père. Quand arriva le soir de Roch Hachana, elle craignit que son père lui dise : « Sois inscrite et scellée pour une bonne année ». C’est donc elle qui, la première, dit à son père : « Sois inscrit et scellé pour une bonne année. Père, ne dis rien ».
Selon la tradition transmise dans les milieux ‘hassidiques, ce jour-là, après la prière de Min’ha, la Rabbanit Dévora Léa se rendit auprès du saint Aron Kodech de la petite synagogue où se tenait la famille de l’Admour Hazakène, entourée de ses proches disciples. Devant les Sifreï Torah ouverts, elle prit sur elle, en pleine conscience et par serment, d’échanger sa place contre celle de son père, afin que celui-ci demeure en vie. Elle constitua trois ‘Hassidim en Beth Din pour être témoins de cet engagement.
La Rabbanit Dévora Léa quitta ce monde pendant le jeûne de Guedalya. Avant cela, elle demanda à son père de se charger de l’éducation de son jeune fils, le Tséma’h Tsédek. L’Admour Hazakène installa effectivement l’enfant dans sa chambre et il surveilla lui-même son éducation. (Discours du Rabbi, Chabbat Parchat Vayéchev 5731 (1970))
un enseignement pour chaque femme juive
Extrait d’une causerie : comme la fille du Rabbi
Chaque récit délivre un enseignement pour le service de D.ieu, notamment quand il est relaté par un chef d’Israël, qui a, en outre, demandé de l’imprimer. Et cette leçon, cet enseignement, doivent être d’autant plus forts et puissants qu’il est nécessaire de les déduire de tout ce que l’on voit et de tout ce que l’on entend, comme le précise le Baal Chem Tov.
Il y a donc là un enseignement pour toutes les générations, pour chaque femme et chaque fille juive, notamment quand on sait que mon beau-père et maître, le Rabbi, a demandé d’imprimer cette causerie en yiddish. Or il précisa lui-même qu’il publiait des causeries et des discours dans cette langue afin que les femmes les comprennent également.
Néanmoins, quand on dit à une femme ou à une jeune fille juive que la Rabbanit Dévora Léa fit don de sa vie pour la diffusion de la ‘Hassidout et qu’elle doit en faire de même, elle s’interrogera aussitôt : quelle est donc cette comparaison ?
Il s’agit, en l’occurrence, de la fille de l’Admour Hazakène, une âme nouvelle, une âme du monde d’Atsilout, qui se trouvait ici-bas comme elle était en Atsilout. De ce fait, à la veille du Chabbat, qui est un temps de sommeil dans les sphères célestes, celui de « la torpeur de Zéer Anpin », l’Admour Hazakène s’endormait aussitôt, alors que le Rav Hillel de Paritch s’efforçait de s’endormir.
Or c’est l’Admour Hazakène qui donna naissance à la Rabbanit Dévora Léa, et la ‘Hassidout souligne le caractère saint de la conception, surtout avec la préparation qui convient. C’est lui qui l’éduqua, qui la maria, qui la guida et qui forgea son comportement. Il n’est donc pas surprenant qu’elle ait adopté une telle attitude. En revanche, comment en attendre autant de chacune ?
le canal ouvert par son sacrifice
La réponse à cette question est la suivante. La Rabbanit Dévora Léa et, de même, toutes les femmes vertueuses d’Israël ont « ouvert le canal » et frayé la voie à chaque femme et chaque jeune fille juive, afin qu’elle puisse se consacrer à la diffusion des sources de la ‘Hassidout en faisant don de sa propre personne, que ses actions soient utiles à cette diffusion.
Bien plus, ceci ajoute une force au chef de la génération, lui permet d’accomplir son œuvre et de diffuser ces sources. Certes, il est difficile de comprendre qu’une femme puisse insuffler des forces au chef de la génération. C’est pourtant ce qui arriva concrètement avec la Rabbanit Dévora Léa, et une action concrète n’a nul besoin d’être commentée.
Selon l’expression bien connue, « les opinions doivent suivre la réalité », et l’on en trouve l’équivalent à propos de notre père Avraham, qui, par le don de sa propre personne, « ouvrit le canal » de l’abnégation à chaque juif, en toutes les générations. (Discours du Rabbi, Chabbat Parchat Vayéchev 5731 (1970))
l’arbre de vie sauvé
Les ‘Hassidim mentionnaient le nom de la Rabbanit Dévora Léa, qui quitta ce monde à cette date, avec un grand respect et une profonde déférence. Tous avaient conscience que le sacrifice qu’elle avait fait de sa propre personne et sa noblesse d’esprit avaient sauvé « l’arbre de vie », le Rabbi. (Likouteï Dibbourim, tome 4, page 668)
une mémoire ravivée dans l’épreuve
Des années plus tard, lorsque l’Admour Hazakène fut arrêté une nouvelle fois, la santé de toute sa famille en fut profondément affectée. La Rabbanit, ses fils et ses filles, et jusqu’à son petit-fils le Tséma’h Tsédek, âgé de huit ans seulement, jeûnèrent chaque jour malgré leur épuisement. Des Tehilim furent récités publiquement, et la famille se rendait régulièrement au cimetière pour prier sur la tombe de la Rabbanit Dévora Léa. La Rabbanit Rivka, mère de l’Admour Hazakène, bien que très affaiblie elle-même par le jeûne, demeurait celle qui rassurait le reste de la famille par sa force d’âme et sa sérénité.
le deuil et le kaddish de l’orphelin
Pendant les sept jours du deuil qui suivirent le décès de la Rabbanit Dévora Léa, qui quitta ce monde à cette date, l’Admour Hazakène conduisit lui-même la prière, trois fois par jour, pour Cha’harit, Min’ha et Arvit. Le petit orphelin récitait alors lui-même le Kaddish. (Séfer Ha Si’hot, été 5700 (1940), page 65)
une sépulture à Liozna
La Rabbanit Dévora Léa est enterrée dans le vieux cimetière de Liozna, la ville où l’Admour Hazakène lui-même était né et où il établit longtemps le centre de son enseignement, avant que celui-ci ne se déplace plus tard vers Lyady.
par hassidout | 14 Sep, 2026 – 3 Tishri 5787 | CALENDRIER, Tichri |
Au lendemain de Roch Hachana, le calendrier juif marque une journée de jeûne trop souvent méconnue, celle qui commémore l’assassinat de Guédalia ben A’hikam, dernier gouverneur juif de la terre d’Israël avant l’exil de Babylone. Ce meurtre, commis par un homme de sang royal contre son propre peuple, mit fin à toute forme d’autonomie judéenne et précipita l’exode d’une population déjà meurtrie. Retour sur cet épisode tragique de l’histoire biblique, sur ses résonances jusqu’à nos jours, et sur les lois qui régissent cette journée particulière.
un royaume déjà à terre
Lorsque les armées de Nabuchodonosor II envahissent la Judée et détruisent le premier Beth Hamikdach en l’an 3338 (422 avant l’ère commune), l’élite politique, religieuse et intellectuelle du pays est déportée à Babylone. Le roi Tsidkiyahou est capturé, les yeux crevés, et emmené en captivité. La terre d’Israël, exsangue, se retrouve dépourvue de toute structure dirigeante digne de ce nom. C’est dans ce contexte que Nabuchodonosor choisit de nommer à la tête du territoire un homme issu d’une lignée de fidèles serviteurs du royaume de Juda, Guédalia ben A’hikam, dont le grand-père, Chafan, avait été le scribe du roi Yochiyahou et l’un des artisans de ses réformes religieuses. Cette filiation n’est pas anodine, elle inscrit Guédalia dans une tradition de loyauté à la fois envers la couronne et envers la Torah.
Établi à Mitspa, au nord de Jérusalem en ruines, Guédalia entreprend de relever un pays exsangue. Les sources rapportées par la tradition le décrivent comme un homme d’une grande droiture, animé du souci sincère de préserver ce qui pouvait encore l’être. Sous son autorité, les paysans restés sur place recommencent à cultiver la vigne et les figuiers, une forme de vie économique reprend timidement. Le prophète Yirmiyahou, libéré de sa captivité par les autorités babyloniennes elles-mêmes, choisit de demeurer auprès de lui plutôt que de partir pour Babylone, un geste de confiance qui en dit long sur l’homme.
un complot qui scelle la fin de l’indépendance judéenne
Mais cette fragile reconstruction ne dure guère plus de deux mois. Yichmaël ben Netania, descendant de la maison royale de David et jaloux du pouvoir confié à Guédalia, se laisse convaincre par le roi ammonite Baalis de fomenter un complot. Yo’hanan ben Kareah, chef militaire resté fidèle à Guédalia, l’informe des intentions meurtrières de Yichmaël et lui propose même de l’éliminer avant qu’il ne passe à l’acte. Guédalia refuse, estimant la dénonciation calomnieuse et jugeant indigne de verser le sang d’un autre Juif sur une simple rumeur.
Cette confiance lui sera fatale. Au septième mois, lors d’un banquet donné en son honneur à Mitspa, Yichmaël et dix hommes armés se lèvent et massacrent Guédalia ainsi que les Judéens et les soldats chaldéens présents à ses côtés. Selon la tradition, ce meurtre est resté gravé dans la mémoire collective comme un crime d’une gravité particulière, un Juif assassinant un autre Juif, précisément au moment où le peuple tentait de se relever de la catastrophe nationale.
La nouvelle du massacre sème une terreur immédiate. Craignant des représailles babyloniennes pour la mort de l’administrateur nommé par Nabuchodonosor, la population survivante, Yo’hanan ben Kareah en tête, choisit de fuir en Égypte, entraînant avec elle, malgré ses mises en garde, le prophète Yirmiyahou lui-même. Avec ce départ s’éteint la dernière présence organisée du peuple juif sur sa terre, et l’exil babylonien devient total.
une commémoration entre deuil et espérance
Nos Sages ont voulu que cet événement, survenu à une date incertaine mais traditionnellement fixée au lendemain de Roch Hachana, soit marqué par un jeûne annuel. Le choix de ce moment n’est pas fortuit, il vient rappeler qu’au cœur même des jours de jugement et de renouveau, la responsabilité de chacun envers son prochain demeure entière. La tradition enseigne que la mort d’hommes justes est considérée avec la même gravité que la destruction du Beth Hamikdach lui-même, ce qui explique que ce jeûne figure parmi les quatre jeûnes mineurs institués en mémoire de la destruction des deux Temples, aux côtés du 10 Tevet, du 17 Tamouz et de Ticha Beav.
les lois et coutumes du jeûne de Guédalia
- Les adultes en bonne santé, dès l’âge de la bar ou de la Bat Mitsva, s’abstiennent de manger et de boire depuis l’aube jusqu’à la tombée de la nuit.
- Les femmes enceintes ou allaitantes en sont dispensées, de même que toute personne malade, qui consultera un Rav pour évaluer sa situation.
- Ceux qui sont exemptés de jeûner, qu’il s’agisse de malades ou d’enfants, sont néanmoins invités à ne pas consommer de sucreries ni de mets particulièrement plaisants en ce jour, par respect pour son caractère.
- Il est permis de se lever avant l’aube pour prendre une collation, à condition d’en avoir formé l’intention avant de s’endormir.
- Au cours de l’office du matin, on récite les Sli’hot propres à ce jour, ainsi que le long Avinou Malkénou, repris également à l’office de l’après-midi.
- Le Sefer Torah est sorti aux deux offices pour la lecture d’Exode, chapitre 32, versets 11 à 14, puis chapitre 34, versets 1 à 10, un passage qui relate comment Moché intercéda auprès de D.ieu après la faute du Veau d’Or, jusqu’à obtenir le pardon divin pour le peuple.
- À l’office de l’après-midi s’ajoute la lecture de la Haftara propre aux jours de jeûne, tirée d’Isaïe, chapitre 55, verset 6, jusqu’au chapitre 58, verset 8.
- Durant la Amida de l’après-midi, ceux qui jeûnent insèrent le passage Anénou dans la bénédiction Chéma Koleinou.
- Lorsque le lendemain de Roch Hachana tombe un Chabbat, le jeûne est reporté au dimanche suivant, par respect pour la sainteté du jour de repos.
le sens profond d’un jour de jeûne
S’abstenir de nourriture et de boisson n’est que l’aspect visible de cette journée. À un niveau plus profond, un jour de jeûne est un jour de proximité particulière avec D.ieu, un moment où Sa présence est plus accessible et où Il attend notre retour vers Lui.
Nos Sages enseignent que toute génération qui n’a pas mérité de voir le Beth Hamikdach reconstruit est comme si elle avait vécu sa destruction en son temps. Ainsi, le jeûne de Guédalia n’est pas uniquement un jour de tristesse tourné vers le passé, il est aussi un jour qui confère la force de réparer, chacun à sa mesure, la cause profonde de cette destruction, celle de la division et de la haine gratuite entre frères, afin que l’exil touche à sa fin et que soit dévoilée l’ère messianique, puisse-t-elle venir très prochainement.
par hassidout | 11 Sep, 2026 – 29 Elul 5786 | Roch Hachana |
Une année où Roch Hachana tombait Chabbat a permis au Rabbi de dévoiler, dans cette Si’ha du volume 14 des Likouté Si’hot, une dimension méconnue du second jour de la fête. Loin d’être une simple répétition du premier jour, ce second jour révèle que toute la création n’a de sens que si elle est accomplie par l’homme lui-même. Une plongée dans le secret du Chofar, dans la structure des deux jours de Roch Hachana, et dans la raison pour laquelle D.ieu a voulu que Sa demeure ici-bas se construise par des mains humaines.
Likoutei Si’hot volume 14, si’ha sur Roch Hachana
le contexte : une année où le premier jour de Roch Hachana tombe chabbat
Cette Si’ha a été prononcée par le Rabbi à l’occasion d’une Roch Hachana de l’année 5734. Cette année-là présentait une particularité : le premier jour de la fête tombait Chabbat, ce qui empêchait de sonner le Chofar. Le Rabbi avait déjà consacré à ce sujet un premier maamar, étudié dans le Kountrass Torah, où il posait une question fondamentale : pourquoi n’a-t-on pas organisé les choses de sorte que l’on puisse malgré tout sonner le Chofar le jour de Chabbat, comme on le fait pour le Loulav, que l’on apporte à la synagogue avant Chabbat afin de pouvoir continuer à l’utiliser ?
La réponse tient à la nature même de la sonnerie du Chofar. Il ne s’agit pas simplement de proclamer que D.ieu est roi, comme s’Il attendait qu’on Lui fixe un rendez-vous pour être couronné. D.ieu veut que Sa royauté soit Malkhouto Bir’tson, c’est-à-dire acceptée librement, avec joie et avec un engagement sincère à progresser dans la Torah et les Mitsvot. Lorsque le peuple sonne le Chofar, chacun prend sur lui, de son plein gré, de reconnaître à nouveau D.ieu comme Roi — et D.ieu, en retour, accepte de régner, mais avec plaisir.
Or une année comme celle-ci, où l’on ne sonne pas le premier jour, comporte paradoxalement un avantage : l’homme n’a pas le sentiment d’avoir « fait » quelque chose lui-même, puisqu’il se contente de réciter les versets de Chofarot sans sonner. Il échappe ainsi à toute forme d’orgueil, à cette impression d’être l’auteur du couronnement divin. C’est là le point développé dans la Si’ha précédente. Mais restait une question : Roch Hachana est une fête de deux jours, et si le premier jour on ne sonne pas, le second jour on sonnera bel et bien. Pourquoi, alors, ce besoin de sonner le lendemain, si le premier jour a suffi ?
les deux jours de Roch Hachana : un bloc unique et non une répétition
Il faut d’abord comprendre en quoi le second jour de Roch Hachana diffère du second jour des autres fêtes. Pour Pessah, Chavouot ou Soukot, les communautés hors d’Israël célèbrent deux jours car, à l’origine, on ne savait pas avec certitude quel jour était réellement sacré : l’un des deux jours est Yom Tov selon la Torah, l’autre ne l’est que par décret rabbinique, ajouté par précaution.
Roch Hachana fonctionne différemment. Dès l’origine (Hatkhila), on a institué de le célébrer deux jours, et ce pour une raison pratique : la fixation du mois dépendait de témoins venant annoncer au Beth Ha-Mikdach l’apparition de la nouvelle lune. Si les témoins n’arrivaient que dans l’après-midi, on ne savait pas encore, le matin, si l’on se trouvait déjà en Roch Hachana. Face aux complications que cela aurait entraînées — sacrifices, interdits de la fête, etc. —, les Sages ont institué de célébrer d’emblée deux jours. Mais à la différence des autres fêtes, ces deux jours ne forment pas un jour « certain » et un jour « de doute » : la Halakha les considère comme un seul et même bloc, Yom Ehad Aroukh, « un seul jour prolongé ».
Le Choulhan Aroukh de l’Admour Hazaken illustre ce principe par les lois de Noladh (ce qui « naît » ou apparaît un jour de fête) : un œuf pondu ou un lait trait le premier jour de Roch Hachana reste interdit même le second jour, contrairement aux autres fêtes où l’on pourrait, selon les cas, profiter le second jour de ce qui est apparu le premier. Cela montre que les deux jours ne sont pas deux entités séparées mais une seule et même journée continue.
Cette unité trouve un écho profond dans la Kabbale. Le verset «Yehayénou Miyamim, Bayom Hachlishi Yekimenou» (« Il nous fera vivre après deux jours, le troisième jour Il nous relèvera ») est interprété par plusieurs Maamarim comme faisant référence aux deux jours de Roch Hachana. Le Beit Yossef rapporte, au nom de la Kabbale, que le premier jour correspond à la dimension intérieure (Pnimiout) des mondes, tandis que le second jour en révèle la dimension extérieure (Hitsoniout) : un même mouvement spirituel qui s’étend sur deux jours.
Le Talmud Yerouchalmi précise que l’institution des deux jours remonte aux premiers prophètes (Névi’im Harichonim) — ce qui explique pourquoi, par respect pour cette Takana, on porte un vêtement neuf le second jour, comme pour souligner qu’il s’agit, malgré tout, d’un jour à part entière. Les kabbalistes, notamment dans les écrits de Rabbi Its’hak Louria (l’Arizal), ajoutent une précision saisissante : avant la destruction du Beth Ha-Mikdach, il existait une possibilité (Koa’h) de faire « monter » en un seul jour ce qui, après la destruction, nécessite deux jours. Autrement dit, ce n’est pas un problème pratique qui a produit la nécessité des deux jours : c’est l’inverse. Les événements spirituels qui se déroulent en haut, dans les mondes, se répartissent naturellement sur deux jours ; simplement, il existait autrefois une capacité de les condenser en un seul jour.
« aujourd’hui commence ton œuvre » : le sens de la formule liturgique
Dans la prière de Roch Hachana, nous proclamons : «Zé Hayom Te’hilat Maassékha», « Ceci est le jour du début de Ton œuvre ». On pourrait croire qu’il s’agit simplement de rappeler que l’homme a été créé ce jour-là, le sixième jour de la création. Mais le sens est bien plus vaste : ce jour est le début de toutes les œuvres de D.ieu, y compris celles créées les cinq jours précédents.
Autrement dit, bien que le monde ait déjà cinq jours d’existence lorsque l’homme apparaît, c’est seulement à partir de la création de l’homme que l’on peut dire : « aujourd’hui a été créé le soleil, la lune, les animaux, les poissons ». Toute la création antérieure — les mondes spirituels, les Sefirot, les Tsimtsoumim, les voiles successifs — n’existe que pour permettre, au bout du compte, une chose : que D.ieu ait une demeure ici-bas, Dira Betakhtonim.
Mais pourquoi D.ieu a-t-Il voulu cette demeure ? La Hassidout répond qu’il n’y a, à proprement parler, aucune raison rationnelle à ce désir : c’est un plaisir, un Ta’avah, situé au-delà de toute explication logique. On sait que D.ieu le veut, mais on ne saurait dire pourquoi Il le veut. Ce point est développé dans le Maamar Roch Hachana Tav-Shin-Mem-Vav, du Admour Hazaken.
Ce qui, en revanche, s’explique parfaitement, c’est comment cette demeure devait être bâtie : non pas d’un geste divin instantané, mais à travers un enchaînement rigoureux et intelligible de mondes — Atsilout, Beria, Yetsira, Assiya — reliant l’Infini de D.ieu au fini de notre monde. D.ieu aurait pu créer un monde fini sans passer par cette gradation, mais Il a voulu que l’homme puisse Le servir avec son intelligence et son cœur, en comprenant, autant que possible, la logique du monde qui l’entoure. C’est pour cela qu’Il a construit tout un univers spirituel explicable, transmis dans la Hassidout, afin que l’homme puisse L’aimer et Le craindre en connaissance de cause, et non par simple soumission aveugle (Kabbalat Ol).
pourquoi tous les mondes spirituels n’existent que pour l’homme
Le Rabbi pousse le raisonnement plus loin, à partir d’un Maamar de l’année 1985-1986 (repris dans le sixième tome des Likouté Si’hot) : D.ieu n’a pas seulement voulu une demeure ici-bas ; Il a voulu que cette demeure soit construite précisément par l’homme. La comparaison est frappante : un roi désire une maison dans une ville lointaine et y envoie cinquante de ses serviteurs pour la construire. S’il avait seulement voulu la maison, il aurait pu la faire surgir en un instant par un moyen magique. Mais il veut que ce soit ses serviteurs qui la bâtissent — ce qui suppose de leur fournir un logement, de la nourriture, des outils : tout un cadre destiné à rendre leur travail possible.
De la même manière, tous les mondes spirituels — les Malakhim, les Nechamot, le Gan Eden, les étapes successives des mondes — n’ont été créés que pour permettre à l’homme d’accomplir sa mission ici-bas. Interrogez le monde d’Atsilout sur la raison de son existence avant la création de l’homme, et il ne pourra répondre que : « je suis la lumière de D.ieu, j’existe parce que j’existe ». Mais dès qu’Adam Harichon est créé, c’est à ce moment précis que se révèle la véritable raison de tout ce qui l’a précédé : préparer le terrain pour que l’homme puisse servir D.ieu dans les meilleures conditions.
C’est pourquoi la date anniversaire de la création n’est pas fixée aux premiers jours, mais au jour de la création de l’homme : Zé Hayom Te’hilat Maassékha. Chaque année, ce renouvellement de toute la création se répète, et l’on insiste chaque fois sur le même message : tout ce qui existe autour de nous n’a de sens que parce que l’homme est là pour transformer ce monde en demeure pour D.ieu.
le chofar : une mitsva sans raison qui exige pourtant l’implication totale de l’homme
Cette double vérité — un désir divin sans raison, mais qui exige absolument la participation active de l’homme — se retrouve exactement dans la mitsva du Chofar. Le Talmud énonce : «Mitsvat Hayom Bechofar», « la mitsva du jour, c’est le Chofar ». Le Rambam précise que la sonnerie du Chofar à Roch Hachana est une Guezérat Hakatouv, un décret de l’Écriture sans raison explicite — contrairement à la Para Adouma, dont Chlomo Hamelekh lui-même n’a pas su percer le secret, alors que Moché Rabbénou, lui, en connaissait la raison profonde.
Pourtant, le même Rambam ajoute aussitôt qu’il y a, dans le Chofar, une allusion (Rémez) à la Techouva. Comment concilier ces deux affirmations ? Le Rabbi explique que le Chofar se situe à un niveau si élevé qu’aucune raison rationnelle ne peut l’atteindre — plus haut encore que la Para Adouma. Et pourtant, précisément à ce niveau sans raison, D.ieu insère un sens, une allusion, une exigence : celle de l’implication personnelle de l’homme, de son réveil intérieur, de sa Techouva.
Ce mélange paradoxal — un désir divin totalement au-delà de toute logique, associé à l’exigence d’un effort humain conscient et raisonné — est exactement la structure de la création du monde elle-même. D’un côté, D.ieu veut une demeure ici-bas sans qu’on puisse en expliquer la raison ; de l’autre, Il construit tout un univers logique et intelligible pour que l’homme puisse Le servir avec sa raison, son cœur et sa compréhension. Le Chofar est la synthèse parfaite de ces deux extrêmes.
quand Roch Hachana tombe chabbat : la révélation du second jour
Voici enfin la clé de notre question initiale. Lorsque le premier jour de Roch Hachana tombe Chabbat, le Rabbi souligne que le Chabbat remplace intégralement le Chofar — «Mekom Hachofar Mamach». Rien ne manque à D.ieu : Son plaisir de régner, Son désir, tout est là, dans la perfection propre au Chabbat. Ce qui manque, en revanche, c’est l’oreille de l’homme : personne n’a entendu le son du Chofar. Or le son du Chofar a un effet physique sur celui qui l’entend, juif comme non-juif, un rappel corporel et sensoriel que D.ieu règne sur le monde.
C’est précisément pour cela que le second jour prend toute son importance. Le premier jour, tout s’est accompli sans l’effort de l’homme — par la seule sainteté du Chabbat. Mais D.ieu dit, pour ainsi dire, à l’homme : « Je veux quand même que tu viennes, toi, à la synagogue, avec ton cœur et ton intelligence, et que ce soit toi qui sonnes ». Ce n’est qu’à ce moment que se réalise pleinement ce que D.ieu attend depuis l’origine de la création : que Sa demeure ici-bas ne soit pas seulement pour l’homme, mais par l’homme.
Le Rabbi insiste : même si tout était déjà accompli à la perfection par des Tsadikim, ou par D.ieu Lui-même, cela ne suffit pas — il manquerait toujours la perfection matérielle et concrète (Chleïmout Mamach) que seul l’effort personnel de l’homme peut apporter. C’est le sens profond du verset sur le Gan Eden : D.ieu y installe Adam Harichon non pour qu’il en profite passivement, mais «Le’ovda Ouléchomra», pour qu’il le travaille et le préserve.
ce que cette année particulière révèle pour toutes les années
Ainsi, ce que l’on retient d’une année où Roch Hachana tombe Chabbat, c’est une leçon valable pour toutes les années à venir. Le premier jour nous enseigne la grandeur de servir D.ieu sans orgueil, sans le sentiment d’être soi-même l’auteur du couronnement divin. Mais le second jour nous rappelle l’autre versant, tout aussi essentiel, de la création du monde : D.ieu ne veut pas seulement une demeure ici-bas, Il veut que cette demeure soit construite par des mains humaines, par un cœur et une intelligence humaine engagés dans l’effort.
Ces deux journées, loin de se contredire, se complètent : elles reflètent les deux faces d’un même désir divin — un plaisir sans raison, et l’exigence absolue de la participation de l’homme. C’est cette tension féconde qui donne tout son sens à la sonnerie du Chofar, et qui fait de chaque Roch Hachana non seulement un couronnement de D.ieu, mais un renouvellement de toute la création à travers l’action de l’homme.