Un seul mot peut renverser un destin, diviser une famille, briser une réputation — ou, au contraire, ouvrir des portes et illuminer une vie. Les maîtres de la Torah ont consacré une réflexion immense au Lachon Hara, cette parole fautive qui blesse sans qu’on s’en rende compte. À travers des récits talmudiques, un épisode stupéfiant de la Seconde Guerre mondiale et les enseignements de grands maîtres ‘hassidiques, se dessine une vision exigeante et libératrice de la parole humaine.
Rav Chmouel Rabinovitch, Roch Kollel Tiferet Zkenim au 770 de Jérusalem
Le marchand ambulant et la recette de la longue vie
Le Midrach rapporte un épisode qui a marqué les générations. Un marchand ambulant — un roch’el — parcourait les environs du lieu où résidait le grand Rav Yannai, proclamant à haute voix : « Qui veut acheter le remède pour vivre longtemps ? » Une foule se pressa aussitôt autour de lui. Rav Yannai, depuis sa fenêtre, observait la scène et demanda à acquérir lui aussi ce remède. D’abord, le marchand se déroba : « Ce produit n’est pas fait pour toi. » Mais après maintes insistances, il finit par monter chez Rav Yannai, sortit un livre de Psaumes et lui montra le verset : « Qui est l’homme qui désire la vie, qui aime les jours pour voir le bonheur ? Garde ta langue du mal, et tes lèvres de paroles trompeuses. »
Rav Yannai s’exclama alors : « J’ai lu ce verset toute ma vie, et je n’avais jamais compris ce qu’il m’enseignait réellement ! » La réaction du grand maître surprend : comment un érudit de son rang pouvait-il ignorer une leçon aussi fondamentale ? Les commentateurs s’accordent sur une réponse subtile. Rav Yannai pensait avoir satisfait à cette exigence en s’isolant chez lui, dans son salon, loin du monde et donc à l’abri de toute tentation de médisance. Le roch’el — et son nom même évoque celui qui circule de lieu en lieu, qui va et vient parmi les gens — lui révèle une dimension qu’il n’avait pas perçue : ce n’est pas l’isolement qui a de la valeur, c’est la maîtrise active.
Sortir dans le monde, croiser des gens, être exposé aux occasions de parler — et néanmoins garder sa langue : voilà le vrai mérite. La vertu ne consiste pas à n’avoir personne avec qui parler, mais à choisir ce que l’on dit lorsqu’on est entouré. La Guemara le formule clairement : celui qui s’abstient de commettre une faute par omission — parce qu’il n’en a pas l’occasion — ne mérite pas le même crédit que celui qui résiste à la tentation en y étant pleinement exposé.
La puissance d’un son : Big Ben et les bombardements de Londres
Pour illustrer la portée formidable de la parole humaine, Rav Jacobson, prédicateur renommé, rapporte un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale. Pendant le Blitz, les bombardements de Londres par l’aviation allemande, la BBC ouvrait chaque bulletin d’information par le son des cloches de Big Ben, permettant aux auditeurs de connaître l’heure exacte. Les services de renseignement allemands interceptaient ces transmissions radio et, à partir de la qualité acoustique des sons captés, parvenaient à déduire avec précision les conditions météorologiques au-dessus de Londres — notamment le degré de nébulosité — afin de décider s’il était opportun de lancer des raids aériens. Les Britanniques, ayant découvert cette technique, décidèrent de cesser la diffusion en direct des cloches de Big Ben, brouillant ainsi les calculs de l’ennemi.
La leçon que tire l’enseignant de cet exemple est saisissante : il y a de cela moins de quatre-vingts ans, un simple son diffusé par radio suffisait à une puissance ennemie pour planifier ses bombardements. Que dire alors de la parole humaine à l’ère des communications instantanées ? « On croit lâcher un mot en l’air, dit-il, mais un seul mot peut renverser un monde entier. » Il ne s’agit pas seulement de mots blessants ou malveillants — même un son, même une inflexion de voix, peut livrer des informations dont les conséquences dépassent de loin l’intention initiale.
Le pépiement des oiseaux : quand la parole échappe à la pensée
Rachi, commentant les rites de purification décrits dans la Torah, s’interroge sur la présence des oiseaux dans ce contexte. Sa réponse est éclairante : les oiseaux passent leur temps à pépier et à gazouiller sans cesse. Or, c’est précisément là la nature du Lachon Hara — non pas un mensonge délibéré et soigneusement pesé, mais un bavardage incontrôlé, des mots lancés à la légère sans réfléchir aux conséquences. La parole fautive ressemble au pépiement d’un oiseau : apparemment anodine, elle semble ne rien coûter — et pourtant elle blesse, elle divise, elle détruit.
Cette image dit quelque chose d’essentiel sur la psychologie du Lachon Hara : celui qui en est coupable ne se pense pas nécessairement comme un mauvais individu. Il parle, tout simplement. Il commente, il observe, il partage. C’est précisément cet automatisme — cette parole qui précède la pensée, ce bavardage qui s’emballe avant que la conscience ait le temps d’intervenir — qui rend le Lachon Hara si répandu et si difficile à enrayer.
La valeur du silence : entre sagesse et renoncement
La Guemara enseigne : « Si une parole vaut un séla, le silence en vaut deux. » Le Rabbi développe cette idée avec finesse : cela ne signifie pas qu’il faut rester muet à tout prix. Si chaque parole méritoire vaut un séla, parler beaucoup de manière juste peut valoir beaucoup de sélaim. Le silence ne vaut « deux » que s’il est un silence choisi, un silence de maîtrise — celui qui s’impose en dépit de l’envie ou de la facilité de parler. Sa valeur tient précisément à l’effort qu’il représente.
C’est ce que souligne la formule des Pirké Avot : « La haie de la sagesse, c’est le silence. » Autrement dit, le silence n’est que la clôture, la protection de la sagesse — pas la sagesse elle-même. La sagesse, c’est de savoir ce qu’il faut dire, quand le dire et comment le dire. Le silence est une discipline préalable, un apprentissage de la maîtrise, mais il ne saurait remplacer la parole juste et construite.
Les maîtres ‘hassidiques enseignaient à ce sujet que l’être humain possède des « organes riches » et des « organes pauvres ». Les organes riches sont ceux qui reflètent l’intelligence et la spiritualité : la vue, l’ouïe, l’entendement, la parole. Les organes pauvres sont ceux qui servent les fonctions corporelles les plus élémentaires. S’imposer une ascèse par la faim ou la privation physique revient à « affliger les organes pauvres ». Bien plus précieux est l’effort de maîtriser les organes riches : ne pas regarder ce qu’on ne devrait pas voir, ne pas écouter ce qui corrompt, et surtout ne pas prononcer ce qu’on n’a pas soigneusement pesé.
Le Hafets ‘Haïm : l’art de parler longtemps sans jamais médire
Le Hafets ‘Haïm, dont l’œuvre entière est consacrée aux lois de la garde de la langue, illustra son enseignement par l’exemple. Un jour, quelqu’un l’interpella au terme d’une heure et demie de conversation animée : « Pourquoi parles-tu autant ? » Le Hafets ‘Haïm répondit calmement : « Je voulais te montrer qu’il est possible de parler pendant toute cette durée sans prononcer une seule fois de Lachon Hara. » Cette réponse résume toute une philosophie : l’enjeu n’est pas de se taire, mais de démontrer par l’exemple qu’une parole abondante peut être entièrement pure.
Un autre récit, plus mordant, vient compléter ce tableau. Un médecin renommé donna une conférence d’une heure entière sur les méfaits du tabac, explicitant avec force données et statistiques tous les dangers de la cigarette. À la fin de l’exposé, il en sortit une et l’alluma tranquillement. L’assistance, stupéfaite, l’interpella. Il répondit simplement : « Tout ce que je vous ai dit est parfaitement exact — mais cela ne me concerne pas. » Cette image illustre avec humour une vérité amère que chacun connaît : il est aisé de prêcher la maîtrise de la parole. Il est autrement plus difficile de l’appliquer à soi-même.
C’est peut-être là le message le plus profond de toute cette réflexion : la connaissance n’est pas la vertu. Savoir que la parole a un pouvoir immense, savoir que le Lachon Hara blesse et détruit, savoir que le silence peut valoir de l’or — tout cela ne suffit pas. Il faut le travail quotidien, patient et humble, de celui qui choisit ses mots avec soin, non par peur du jugement, mais par amour de la vérité et respect de l’autre.
Dans un cadre solennel au bureau du Premier ministre à Jérusalem, Binyamin Netanyahou et Javier Milei ont scellé ce dimanche un tournant majeur dans les relations israélo-argentines. Au programme : l’ouverture de la première ligne aérienne directe entre les deux pays, une coopération renforcée dans la lutte antiterroriste et un partenariat stratégique dans le domaine de l’intelligence artificielle. Un nouveau chapitre s’ouvre entre deux nations que tout rapproche.
Une visite d’État placée sous le signe de l’amitié
La visite officielle du président argentin Javier Milei en Israël s’est ouverte ce dimanche soir par une cérémonie de signature d’accords au bureau du Premier ministre à Jérusalem. Ces textes, baptisés « Accords Its’hak », marquent une montée en puissance significative dans la relation déjà chaleureuse entre les deux États. En préambule à la rencontre, le Premier ministre Binyamin Netanyahou a évoqué la menace persistante de Téhéran, avertissant que la partie est loin d’être terminée. « Ce n’est pas fini, chaque instant peut apporter un nouveau développement face à l’Iran », a-t-il déclaré devant son homologue argentin, soulignant l’importance vitale des alliances solides en cette période troublée.
Un vol direct, symbole d’un rapprochement concret
La grande annonce issue de cette rencontre est l’ouverture de la toute première ligne aérienne directe entre Israël et l’Argentine, une décision destinée à réduire de façon significative la distance physique et économique séparant les deux pays. Ce vol, qui sera opéré par la compagnie El Al avec le soutien d’un mécanisme gouvernemental d’aide, vise à stimuler le tourisme et à faciliter les échanges commerciaux. Le Premier ministre a salué cette avancée en ces termes : « Les vols directs entre Israël et l’Argentine rapprocheront encore davantage l’amitié entre nos pays. Avec mon ami le président Milei, nous élargissons notre coopération dans les domaines de l’économie, de la technologie, de la sécurité, et désormais aussi de l’aviation et du tourisme, par un lien direct et rapide. Nous continuerons à connecter Israël au monde — et le monde à Israël. »
Des accords de sécurité aux ambitions larges
Sur le plan diplomatique, les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Guideon Sa’ar et Pablo Quirno, ont signé une série de mémorandums d’entente à effet immédiat. La pièce maîtresse en est le mémorandum sécuritaire, qui définit des pratiques conjointes de lutte contre le terrorisme. Ce document en neuf points vise, selon sa lettre, « à contribuer à la prévention et au démantèlement des activités terroristes, à la lutte contre l’extrémisme et l’idéologie qui le nourrit, en reconnaissant la préoccupation commune des deux États face à la montée du terrorisme et de l’extrémisme et à la nécessité d’y répondre ». La coopération portera notamment sur l’endiguement du financement du terrorisme, la lutte contre le djihad mondial, la prévention de la prolifération des armes et l’encadrement des usages malveillants des technologies numériques.
Un groupe de travail commun et une alliance pour l’intelligence artificielle
Dans le prolongement de ces engagements sécuritaires, la création d’un groupe de travail bilatéral a été actée ; celui-ci se réunira à intervalles réguliers pour suivre la mise en œuvre concrète des accords. Cette coopération s’étendra également à la formation professionnelle, au renforcement des capacités des forces de l’ordre, à l’échange de renseignements et à l’expertise technique. Par ailleurs, un accord stratégique sur l’intelligence artificielle a été signé, établissant un lien entre le Quartier général israélien de l’IA et le Secrétariat national à l’innovation de l’Argentine. Ce partenariat se concentrera sur les infrastructures de calcul haute performance, le développement du capital humain et l’application des technologies d’IA à des secteurs civils essentiels tels que la santé et l’agriculture.
Des ministres israéliens saluent un tournant stratégique
Les membres du gouvernement israélien ont exprimé une vive satisfaction face aux résultats obtenus. Le ministre des Finances, Betsalel Smotrich, a souligné que « la promotion de cette ligne aérienne s’inscrit dans un effort plus large visant à renforcer les liens économiques et stratégiques d’Israël avec les marchés internationaux ». La ministre des Transports, Miri Regev, a quant à elle qualifié la mesure de « démarche stratégique qui renforce l’insertion d’Israël dans le monde », insistant sur l’importance de préserver un espace aérien ouvert même en période difficile. Le président du conseil d’administration d’El Al, Amikam Ben Tsvi, a conclu la cérémonie en évoquant une « ligne historique et émouvante », assurant que le drapeau d’Israël continuera de flotter fièrement vers des destinations lointaines.
Dans les Si’hot du Rabbi, une idée revient comme un leitmotiv : accomplir son service divin selon le principe du Lé’hatchila Ariber — « d’emblée, par-dessus ». Cette maxime, le Rabbi l’attribuait toujours au Rabbi Maharach, Rabbi Chemouel Schneersohn, dont elle résumait toute la conduite et toute la philosophie de vie. À l’occasion du 2 Iyar, Tiferet Chébiteferet, date anniversaire de sa naissance, voici un portrait de sa direction spirituelle, de son combat pour les Juifs de Russie tsariste et de l’empreinte indélébile qu’il laissa dans l’histoire du Hassidisme.
L’avènement d’une nouvelle ère
« L’Éternel a désiré l’âme des Tsaddikim, mon père le Rabbi, le mercredi soir, 13 Nissan 5626 (1866). L’aron kodech, lumière du peuple juif, a été emporté en captivité. Que les habitants de la poussière se lèvent et chantent, lui parmi eux, et nous fassent part des merveilles de la Torah de l’Éternel… »
Par ces mots, le Rabbi Maharach consigna la nouvelle de la disparition du Tséma’h Tsédek dans le registre de la Hévra Kaddicha de Loubavitch. Après près de quarante ans, le soleil s’était couché sur la direction du Tséma’h Tsédek. Le Rabbi Maharach, son fils cadet, fut désigné pour lui succéder.
Ce choix n’était pas simple. Le Rabbi Maharach était jeune — il n’avait pas encore 32 ans. Il avait toujours gardé un profil discret, tandis que ses cinq frères aînés étaient chacun reconnus et hautement estimés parmi les Hassidim. L’un était réputé pour sa vaste connaissance du niglé, un autre pour sa compréhension profonde du Hassidisme, et un troisième pour la ferveur inspirante de sa prière. Dans les années qui suivirent le décès du Tséma’h Tsédek, les frères s’établirent dans d’autres villes où ils dirigèrent leurs propres communautés.
Le Rabbi Maharach, lui, faisait preuve d’une grande discrétion dans les domaines spirituels. Il n’affichait ni sa connaissance du niglé ni celle du Hassidisme durant sa jeunesse, et même lorsqu’il devint Rabbi et commença à enseigner, il parlait rarement de niglé. Sa prière semblait aux yeux des gens toute simple, dénuée des manifestations extérieures d’enthousiasme.
Lors d’une discussion qui eut lieu après le décès du Tséma’h Tsédek, le Rabbi Maharach présenta ses réflexions sur une question de Halakha. Son frère Reb Israël Noa’h — célèbre pour sa brillance en niglé — exprima sa stupéfaction : « Où as-tu trouvé cela ? Tu es si jeune ! »
« Tu es vieux selon tes propres années, répondit le Rabbi Maharach. Mais moi, je suis vieux des années de notre père. »
Enfant, le Rabbi Maharach était connu pour son caractère quelque peu espiègle. Même adulte, rapporte le Rabbi dans les Rechimot Hayoman, il ne se comportait pas comme ses frères. Les fils aînés du Tséma’h Tsédek accueillaient les visiteurs de Loubavitch et exposaient publiquement le Hassidisme de leur père, mais le Rabbi Maharach n’en faisait rien et était reconnu comme quelqu’un de joyeux et de jovial.
Cependant, dans les dernières années de sa vie, le Tséma’h Tsédek avait demandé à tous ses fils de prononcer des maamarim, et le Rabbi Maharach avait commencé à le faire. De plus en plus, les Hassidim apprenaient à connaître « le fils cadet du Rabbi ». Avant son décès, le Tséma’h Tsédek écrivit un message aux Hassidim : « Vous devrez l’écouter [le Rabbi Maharach] tout comme vous m’avez écouté. »
Après la histalkout, diverses discussions et désaccords surgirent entre les fils du Tséma’h Tsédek, qui furent soumis à un Beth Din composé de trois Hassidim éminents. Au terme de ces délibérations, le Rabbi Maharach fut désigné comme memalé makom de son père, pour siéger à sa place dans la ville de Loubavitch.
Les nouvelles ne circulaient pas vite à cette époque. Le 8 Av, un Hassid de la ville de Plechtzenitz écrivit à son ami, Reb Avraham Haïm Rosenbaum : « Nous n’avons pas encore beaucoup entendu, mais la semaine dernière nous avons reçu une lettre de Reb Meir Amstzizer… Il écrit qu’il a rencontré Reb Yossef Kremenchouker qui arrivait de Loubavitch, et celui-ci lui a montré des billets du Rabbi… De ces billets, il ressort clairement que le Maharach doit être le Rabbi. »
« Reb Yossef a raconté qu’un homme est venu trouver le Maharach et s’est plaint d’être totalement démuni. Le Maharach a attribué son problème à une défaillance dans son Avodat Hachem, fondée sur un certain verset, et finalement l’homme a reconnu cette défaillance.
« Après avoir reçu sa lettre, nous nous sommes sentis encouragés et galvanisés. Nous avons dit Lé’haïm ; que l’Éternel nous accorde le mérite de suivre le droit chemin.
« La plupart des gens suivent le Maharach. Ils rapportent des choses extraordinaires… »
Un lien profond avec son père
Enfant, le Rabbi Maharach passait beaucoup de temps avec son père, le Tséma’h Tsédek. Outre ses études habituelles au Héder et avec des précepteurs privés, le Tséma’h Tsédek lui enseigna personnellement diverses matières — les Ketouvim et le Tanya notamment —, et lorsqu’il grandit, ils étudièrent ensemble la Kabbale et la philosophie pendant des heures.
À l’âge de sept ou huit ans, il maîtrisait l’intégralité du Houmach et une grande partie du Na’h, et il étudiait régulièrement le Talmud avec Tossafot. Il commença à assister aux cours de Hassidisme de son père et entreprit bientôt de rédiger ses propres hana’hot.
Il bénéficia également de l’influence de ses talentueux frères aînés : à l’âge de 10 ans, son frère Reb Israël Noa’h étudiait le niglé avec lui, et son frère Reb Barou’h Chalom lui apprit de quelle façon l’Alter Rabbi récitait la lecture de la Torah.
Il se maria pour la première fois très jeune, à seulement 14 ans, avec Sterna, la fille de son frère Reb Haïm Chéneur Zalman. Mais celle-ci tomba malade et mourut trois mois à peine après la noce. Pour consoler le Rabbi Maharach, le Tséma’h Tsédek lui attribua une chambre adjacente à la sienne, lui permettant d’y entrer à tout moment. Durant les années qui suivirent, il passa encore plus de temps aux côtés du Tséma’h Tsédek. Son second mariage, avec la Rebbetsin Rivka — petite-fille du Mitteler Rabbi —, eut lieu en 5609 (1849) ou 5610 (1850), quelque trois ans plus tard.
Il fréquentait également les anciens Hassidim. « Même enfant, confia-t-il à son fils, le Rabbi Rachab, je trouvais grâce aux yeux des Hassidim les plus anciens, et ils partageaient leurs récits avec moi. »
Un vieux Hassid, Reb Its’hak Aïzik de Vitebsk, avait été l’un des tout premiers Hassidim de l’Alter Rabbi. Il accordait une grande attention au Rabbi Maharach et lui transmettait ses nombreux souvenirs des Rabbeim précédents. Plus tard, ce même Hassid conféra la Smi’ha au Rabbi Maharach.
Le sourire d’un Rabbi
Tout au long de sa vie, le Rabbi Maharach souffrit d’une maladie douloureuse et invalidante. Pourtant, malgré ses souffrances, il gardait toujours une apparence sereine et ne laissait jamais transparaître ses difficultés.
« Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ait souffert autant que mon père, déclara un jour le Rabbi Rachab, et pourtant il avait toujours le sourire. » Un beau sourire, nota-t-il, qui portait en lui quelque chose de divin — le sourire que seul un Rabbi peut avoir.
Plusieurs objets remarquables témoignent encore du Rabbi Maharach : une magnifique Méguila qu’il calligraphia lui-même et une table ronde qui se trouve dans la pièce du Rabbi. Les médecins lui avaient recommandé de pratiquer une activité physique, et c’est ainsi qu’il confectionna ces objets. Dans la ville de Loubavitch existait également un grand chandelier, œuvre de ses propres mains, qui était installé chaque année lors du séder des jeunes gens — il fut malheureusement perdu avec le temps.
Le Rabbi Maharach était d’une ponctualité exemplaire. Chaque journée obéissait à un programme précis, et il terminait souvent la prière de Cha’harit avant huit heures du matin.
Il effectuait deux promenades à la campagne chaque jour. Pendant ces sorties, des Hassidim s’introduisaient dans sa chambre pour copier des manuscrits de Hassidisme, tandis que l’un d’eux montait la garde à la porte pour les prévenir de son retour. Parmi ces Hassidim se trouvait parfois sa propre épouse, la Rebbetsin Rivka. Le Rabbi fit un jour observer que le Rabbi Maharach savait certainement que des gens copiaient ses écrits, mais qu’au lieu de les y autoriser ouvertement, il préférait que cela se fasse en secret. « Car certaines choses doivent être accomplies avec ruse, comme les bénédictions d’Ésaü obtenues par Yaakov… »
Une conduite à part
Le président Zalman Chazar envoya un jour une collection de manuscrits des Rabbeim à une graphologue pour en analyser l’écriture. Lorsque le Rabbi prit connaissance de ses conclusions sur le Rabbi Maharach, il adressa ses commentaires à M. Chazar, précisant les points où la graphologue avait vu juste et ceux où elle s’était trompée :
« J’ai été impressionné que sur plusieurs points elle ait fait mouche, en particulier lorsqu’elle écrit que l’auteur a clairement souffert tout au long de sa vie, tant physiquement que spirituellement, et que ces épreuves l’ont fortifié. Nous savons par la tradition familiale qu’il souffrit terriblement dès son jeune âge, mais qu’on ne le voyait pourtant jamais sans son sourire, accueillant chacun avec grâce. »
Le Rabbi ajouta qu’il fut surpris qu’un trait si caractéristique du Rabbi Maharach n’ait pas été mentionné :
« Dès le début de sa direction, le style de ses relations avec les Hassidim était clairement défini : lorsqu’on lui demandait son avis, il répondait en quelques mots brefs. Cela contrastait avec les Rabbeim qui l’avaient précédé et ceux qui lui succédèrent, lesquels expliquaient souvent leurs directives ; à leur majesté se mêlaient aussi des éléments de proximité avec leurs Hassidim. »
Le Rabbi note un point similaire dans les Rechimot Hayoman : « En tant que Rabbi, il se comportait avec une grande élévation [biromémout], même envers les anciens Hassidim, et même envers ses propres fils. Le Tséma’h Tsédek avait coutume de consulter ses fils et sa fille Devorah Léa, mais le Rabbi Maharach ne le faisait pas.
« Cependant, il lui arrivait d’avoir de longs entretiens avec des personnes lors de Ye’hidout. Il lui arrivait aussi de sortir dans la cour et de converser avec les habitants de la ville. »
Une autre caractéristique singulière de la direction du Rabbi Maharach était l’attachement profond que ses Hassidim lui vouaient. Tous lui étaient farouchement dévoués. Quel que soit leur niveau, ils éprouvaient un sentiment intense de Hiskachrout, plus fort encore que celui des Hassidim de ses frères ou même de ceux de son père, le Tséma’h Tsédek. Ses Hassidim chérissaient chaque parole qu’il prononçait ; chaque Hassid, savant ou non, était capable de répéter des passages d’un maamar entendu lors de sa visite à Loubavitch.
Certains Hassidim étaient de grands baalei avoda et de grands érudits, tandis que d’autres étaient de simples bourgeois ou des villageois — que le Rabbi Maharach appelait parfois « mes baalei ahava et yira ». Et pourtant, le Hassidisme qu’il enseignait était toujours accessible à tous. Les plus simples pouvaient en saisir le message essentiel, tandis que les Hassidim érudits y découvraient une profondeur abyssale, souvent difficile à appréhender même pour eux.
Lorsque le Rabbi Précédent avait 12 ans, il fut témoin d’une discussion entre Reb Zalman Zlatopolsky et Reb Yehouda Leïb Hoffman au sujet de la signification d’un maamar que le Rabbi Maharach avait prononcé quinze ans auparavant. « Ils en débattaient avec une telle ardeur, rapporta le Rabbi Précédent, comme s’ils venaient d’entendre ce maamar à l’instant même. »
Une alliance avec les capitalistes
La direction du Rabbi Maharach coïncida avec l’une des périodes les plus sombres pour les Juifs dans la Russie tsariste. Le gouvernement ne cessait d’édicter de nouveaux décrets pour entraver la liberté de mouvement des Juifs et rendre la vie difficile aux communautés juives. Dans les années précédant le décès du Rabbi Maharach, une vague de pogroms orchestrés par l’État se déferla sur toute la Russie, semant une destruction terrible. Dans les décennies qui suivirent, des centaines de milliers de Juifs fuyant l’Europe de l’Est s’établirent aux États-Unis et dans d’autres pays.
Tout au long de sa vie, le Rabbi Maharach œuvra sans relâche pour alléger les souffrances du peuple juif. Son engagement communautaire commença bien avant son accession à la direction. Lorsque le Tséma’h Tsédek décida de cesser de participer aux conférences rabbiniques convoquées par le gouvernement, il envoya à sa place le Rabbi Maharach — qui n’avait alors qu’une vingtaine d’années.
Il effectuait de fréquents voyages à Saint-Pétersbourg pour rencontrer des responsables gouvernementaux. Il se rendait aussi à l’étranger — en Italie, en Allemagne et en France — pour rencontrer de riches banquiers juifs. Il développa une tactique audacieuse : demander à ces Juifs de refuser leurs prêts au Tsar jusqu’à ce qu’il améliore la condition des Juifs.
Ces démarches étaient périlleuses, et ses voyages étaient toujours présentés comme des visites chez des médecins ou dans des villes thermales. Lorsque le gouvernement russe apprit sa stratégie, il entra dans une fureur noire. Lors d’un entretien avec le ministre de l’Intérieur, la situation atteignit son paroxysme quand le Rabbi Maharach lui annonça calmement que les banquiers juifs avaient écrit à Loubavitch pour demander s’ils devaient approuver des prêts aux Russes.
« Que leur avez-vous répondu ? » demanda le ministre.
« Je n’ai pas encore répondu, dit le Rabbi Maharach. J’attends la réponse du gouvernement… »
Le ministre s’emporta : « Rabbi de Loubavitch ! Êtes-vous en train de menacer le gouvernement russe ? »
« Vous n’avez pas à y voir une menace, mais vous ne devez pas prendre la chose à la légère. De nombreux capitalistes non-juifs se joindraient à eux, car la barbarie qui règne dans ce pays est une offense à toute l’humanité. »
Le ministre orienta alors la conversation vers la plus grande crainte du gouvernement — et par conséquent, l’accusation la plus grave possible :
« Le Rabbi de Loubavitch va-t-il déclencher une révolution avec ces capitalistes ? »
Le Rabbi Maharach ne mordit pas à l’hameçon.
« C’est le gouvernement lui-même qui provoquera cette révolution, par la terrible négligence dont il fait preuve envers le pays… »
Au-delà de toute mesure
De nos jours, l’un des attributs les plus célèbres du Rabbi Maharach est sa formule légendaire : « Lé’hatchila Ariber. »
« Di velt zogt, az m’ken nit arounter, geyt men ariber. Oun ich zog az lé’hatchila ariber — Le monde dit : si l’on ne peut pas passer par-dessous, on passe par-dessus. Moi, je dis : d’emblée, par-dessus. »
Le Rabbi reprit cette idée d’innombrables fois au cours de sa direction, en tirant de nombreuses leçons pour la vie quotidienne du Hassid. Lors d’un Farbrenguen, il fit remarquer que ce thème — l’idée d’agir au-delà de toute mesure et de toute limitation — se manifestait dans de nombreux aspects de la direction du Rabbi Maharach.
« Cela se voit dans son Hassidisme, expliqua le Rabbi. Chaque maamar est un microcosme de nombreux maamarim, renfermant une quantité considérable d’idées. Pourtant, ils sont rédigés de façon concise ; le Rabbi Rachab écrit souvent longuement pour expliquer une seule ligne des maamarim de son père.
« Cela se voit aussi dans sa conduite : le Rabbi Précédent disait fameusement que le Rabbi Maharach avait de nombreuses histoires à la manière du Baal Chem Tov, et qu’il fit de nombreux baalei techouva.
« Et de même dans sa vie personnelle : sa maison et son mobilier étaient tous très beaux. C’était le cas même du vivant du Tséma’h Tsédek et avec son approbation — alors même que le Tséma’h Tsédek lui-même vivait dans la plus grande simplicité. »
Les maamarim du Lé’hatchila Ariber
Le Rabbi Maharach prononçait un maamar chaque semaine, soit avant le Kabbalat Chabbat, soit le matin de Chabbat, et il consignait également ses paroles par écrit. Dans les premières années de la direction du Rabbi, celui-ci souhaitait que la publication du Hassidisme du Rabbi Maharach avance le plus vite possible ; des ouvrages furent donc publiés sous forme de photocopies du manuscrit de Reb Chemouel, le copiste de Loubavitch. Au fil des années, ces ouvrages furent dactylographiés et réédités, et il existe aujourd’hui un imposant recueil de ses maamarim que le Rabbi nomma « Likouteï Torah — Torat Chemouel ».
Pour nous donner un aperçu des maamarim du Rabbi Maharach, nous nous sommes tournés vers le Rav Yossef Its’hak Gourarié, le machpia de la Yéchiva Loubavitch de Détroit :
« Comme c’est le cas pour chaque Rabbi, dit le Rav Gourarié, les maamarim du Rabbi Maharach ont leur style propre. D’un côté, ses maamarim sont relativement brefs et assez accessibles. Il cite de nombreux enseignements des Sages et des Midrashim qu’il explique selon le Hassidisme, sans se livrer à de longues explications comme le font souvent le Rabbi Rachab et le Mitteler Rabbi.
« À première vue, les Hassidim disaient qu’il semblait « parler à son public ». La majorité de ses Hassidim étaient des gens simples, et le Rabbi Maharach veillait à ce que son Hassidisme ait toujours un message clair qu’ils pourraient comprendre.
« D’un autre côté, en regardant de plus près ces maamarim, on y découvre de nombreuses et étonnantes hidouchim en Hassidisme. Le Rabbi Rachab dit un jour qu’il avait besoin de préparer un hemche’h pour le prochain Roch Hachana, et qu’il l’avait entièrement fondé sur quelques lignes d’un maamar de son père.
« Ces hidouchim profonds ne sont pas présentés comme tels et ne sont pas développés longuement. Dans un style très « Lé’hatchila Ariberdik », le Rabbi Maharach semble « déposer » une pensée hassidique sur le lecteur, en le laissant la déchiffrer lui-même.
« En 5640 (1880), Reb Chélomo Zalman de Kapust et le Rabbi Maharach eurent une célèbre dispute pour savoir si les otiot harechimou étaient affectées par le tsimtsoum [le détail complet de cet argument dépasse le cadre de cet article]. Le Rabbi Maharach soutenait qu’elles ne l’étaient pas. Mais ce qui est remarquable, c’est que le seul écrit du Rabbi Maharach sur l’ensemble de ce long débat se trouve dans un court passage d’un maamar, « Matsah zou« , de la même année. C’est le Rabbi Rachab qui en débattit et l’expliqua bien plus tard, longuement et en détail.
« Le Rabbi nota un jour un fait intéressant concernant les hemche’him du Rabbi Maharach : alors que d’autres Rabbeim commençaient habituellement leurs hemche’him à Roch Hachana, le Rabbi Maharach commençait souvent le sien à Pessa’h.
« La clé pour comprendre ce point réside dans le caractère unique du service divin de Tichri par rapport à celui de Nissan. Pendant Tichri, l’homme s’efforce d’agir par sa propre initiative ; à Pessa’h, nous recevons des révélations d’en-haut. Les hemche’him du Rabbi Maharach commencent à Pessa’h pour une raison bien simple, dit le Rabbi : parce qu’il était la personnification même du Lé’hatchila Ariber. »
Le niggoun du Lé’hatchila Ariber
Le niggoun du Rabbi Maharach, que le Rabbi chantait souvent lors des Farbrenguen, est connu sous le nom de « Lé’hatchila Ariber ». Ce nom lui fut d’ailleurs donné par le Rabbi lui-même ; auparavant, ce niggoun était plus communément appelé « Eintz, tzvei, drei, fir » ou encore « Niggoun ein sof ».
Dans les Rechimot (cahier n°14), le Rabbi note qu’il apprit ce chant auprès de son grand-père, Reb Meïr Chélomo Yanovsky, qui avait été un yochev auprès du Rabbi Maharach.
Quant à l’origine de la mélodie, le Rabbi Maharach raconta qu’il avait un jour aperçu des notes musicales inscrites à la fin d’un ouvrage de Kabbale intitulé Hon Achir, et que ces notes avaient inspiré la mélodie de son niggoun.
À quoi ressemblait-il ?
Une question ancienne agite les Hassidim : existe-t-il une photographie ou un portrait du Rabbi Maharach ? Aucune image connue n’existe. Diverses esquisses et peintures lui ont été attribuées, mais aucune n’a été authentifiée.
Cependant, le Rabbi partagea deux récits — l’un sur son apparence physique, l’autre sur l’effet que produisait son image — qui peuvent nous donner un aperçu de sa présence.
Quand un Hassid s’évanouit : le Rabbi Précédent ressemblait beaucoup à son grand-père, le Rabbi Maharach. À tel point que lorsqu’il se rendit en Eretz Israël lors de sa célèbre visite, des décennies après le décès du Rabbi Maharach, certains Hassidim présents en Eretz Israël l’avaient connu. Lorsque l’un d’eux entra en Ye’hidout auprès du Rabbi Précédent, il s’évanouit immédiatement. On lui demanda : « Pourquoi vous êtes-vous évanoui ? » Il répondit : « Il ressemble exactement au Rabbi Maharach ! » Il s’était évanoui sous le choc de revoir le Rabbi Maharach — qu’il n’avait pas vu depuis de nombreuses décennies.
Un regard qui inspirait la révérence : les gens éprouvaient un sentiment de crainte révérencielle en présence du Rabbi Maharach. C’était surprenant, car il arborait toujours un sourire. Bien qu’il souffrît terriblement — le Rabbi Précédent disait qu’il est difficile d’imaginer à quel point il souffrait —, il gardait toujours le sourire. Même du vivant de son père, le Tséma’h Tsédek, alors qu’il était moins formel que ses frères, les gens éprouvaient malgré tout une révérence intense en sa présence. Ce n’était pas dû à quelque chose qu’il faisait délibérément : c’était spontané. Cela était vrai même pour les non-Juifs. Il arriva un jour dans une ville, et les anciens du village vinrent l’accueillir avec du pain et du sel ; mais lorsqu’ils aperçurent son image sainte, ils s’enfuirent tous.
Un témoignage de première main
Dans les premières années de sa direction, le Rabbi encouragea de nombreux anciens Hassidim à consigner leurs souvenirs des Rabbeim et des Hassidim d’antan. Même des personnes qui ne se considéraient plus comme des Hassidim furent invitées à envoyer leurs mémoires et à les publier.
L’une de ces demandes fut adressée à M. Tsvi Har-Chéfer, anciennement Lokchine, qui avait grandi dans la ville de Loubavitch à l’époque de la direction du Rabbi Maharach.
« Vos mémoires m’intéresseraient vivement, lui écrivit le Rabbi, car je rassemble des documents historiques sur Loubavitch, et en particulier sur cette époque — les temps du Rabbi Maharach et le début de la direction du Rabbi Rachab — dont il n’existe pratiquement aucun témoignage. »
Il ne subsiste presque aucun témoignage direct sur le Rabbi Maharach. À cette époque, les Hassidim considéraient qu’il n’était pas convenable de consigner sa propre histoire personnelle ; cela était perçu comme une pratique des Maskilim. Lorsque le Rabbi Précédent puis le Rabbi encouragèrent les Hassidim à écrire leurs souvenirs, presque aucun de ceux qui se rappelaient le Rabbi Maharach n’était encore en vie. La lettre du Rabbi à M. Har-Chéfer fut rédigée plus de soixante-dix ans après la histalkout du Rabbi Maharach.
M. Har-Chéfer rédigea un article de ce genre sur ses souvenirs en 5714 (1954), apparemment avant la lettre du Rabbi. De façon remarquable, la grande majorité des détails biographiques et des descriptions qu’il contient concorde avec les Si’hot du Rabbi Précédent et avec les Rechimot Hayoman du Rabbi.
Voici une sélection de ses descriptions.
Mes souvenirs de Loubavitch
Comme la plupart des bourgades reculées de Russie, Loubavitch ne possédait ni gare ni bureau de poste. Mais là s’arrêtait la ressemblance. Notre ville accueillait un flot ininterrompu de visiteurs venus consulter le Rabbi, qui apportaient vie et animation dans la cour du Rabbi et dans toutes les rues avoisinantes.
La hatser se trouvait au cœur de la ville, entourée de nombreuses auberges. Elle abritait une grande salle, ouverte pour les occasions spéciales comme Roch Hachana ou un mariage dans la famille du Rabbi. À proximité se trouvaient la salle habituelle, plus petite, et la résidence du Rabbi.
De nombreuses années se sont écoulées depuis lors, mais je me souviens encore de sa prestance noble. Il était de haute taille, avec un front large, une barbe rousse et des yeux perçants qui exprimaient vivacité et sagesse. Sa stature imposante ajoutait encore à son image royale.
Le Rabbi était doté de nombreux talents : une mémoire phénoménale, un esprit pénétrant et une capacité à assimiler n’importe quel sujet avec rapidité. Il était parfaitement informé des affaires publiques ; il correspondait avec ses Hassidim fortunés et, chaque fois qu’un nouveau décret (gézéra) se profilait à l’horizon, il en était immédiatement averti.
Le Rabbi Maharach prononçait son Hassidisme le matin de Chabbat, dans la salle adjacente à sa demeure. Une table était dressée près de sa porte, et la porte extérieure de la salle était fermée ; le chamach montait la garde, n’autorisant personne à entrer ni à sortir. À l’heure convenue, toute la salle tombait dans le silence, et chacun se levait pour se rapprocher de la place du Rabbi. Celui-ci s’asseyait sur une chaise, entouré des membres de sa famille et des anciens Hassidim. Le silence régnait dans la pièce tandis que tout le monde retenait son souffle et se concentrait sur les paroles du Rabbi. Il commençait doucement, mais peu à peu sa voix s’élevait et remplissait la salle. Il s’animait de plus en plus, et l’attention de l’assistance redoublait. Au paroxysme de son enthousiasme, il répétait souvent ces mots des Tehilim en les expliquant : « Mi li baChamaïm vé’imekha lo ‘hafatsti baarets — Je n’ai pas besoin de ton Gan Eden supérieur ni de ton Gan Eden inférieur ; chéri kala vilvavi — je veux Toi, et Toi seul… »
Pendant les fêtes, les Hassidim réclamaient un supplément entre Min’ha et Maariv. Les Hassidim — surtout les jeunes — s’asseyaient près de la porte du Rabbi et chantaient avec ferveur le niggoun de l’Alter Rabbi. S’ils n’obtenaient pas de réponse immédiatement, ils recommençaient encore et encore, jusqu’à ce que le Rabbi soit « contraint » de céder et de sortir vers les Hassidim, malgré sa maladie.
Chaque jour, le Rabbi recevait les nombreux visiteurs venus chercher ses conseils et sa bénédiction. Parmi eux se trouvaient aussi de nombreux Rabbanim, qui attendaient nerveusement en faisant tournoyer leurs payot, jusqu’au moment où Levik le Gabaï leur accordait l’entrée.
C’était un travail très épuisant. Le Rabbi se rendait ensuite à l’extérieur de la ville pour se ressourcer et s’adonner à la méditation dans la solitude de ses pensées.
Le Rabbi lisait lui-même la Haftara. Il priait dans sa chambre près de la synagogue, puis entrait dans la synagogue pour lire le Maftir de sa voix si particulière.
À Roch Hachana, il soufflait lui-même dans le Chofar. La salle était bondée. Toute l’assistance formait comme un seul grand corps, les têtes seules séparant les uns des autres. Chacun se tenait dans la crainte du Yom Hadin ; la salle se faisait silencieuse, puis la voix du Rabbi perçait l’air : « Min Hamétsar… »
Pour le Tachli’h, tous les visiteurs accompagnaient le Rabbi dans un chant joyeux. Les jeunes Hassidim formaient un grand cercle autour du Rabbi, de sa famille et des anciens Hassidim.
Un autre moment exceptionnel était le tirage des maïm chelanou. Dans les chants et la joie, on descendait jusqu’à la rivière. Le Rabbi lui-même plongeait le seau dans l’eau. Le lendemain, le Rabbi pétrissait personnellement la pâte et distribuait des morceaux à rouler en matsot. Le soir, de nombreux habitants de Loubavitch se hâtaient de terminer leur Séder pour venir observer le Rabbi conduire son Séder avec sa famille.
L’un des moments les plus forts de l’année était le Youd-Tet Kislev. Le Rabbi racontait l’histoire dans tous ses détails : la querelle avec les Mitnagdim, l’arrestation et la libération de l’Alter Rabbi, et les miracles qui s’étaient produits tout au long. Les Hassidim disaient Lé’haïm et s’emparaient même des chirayim.
En sa dernière année, le Rabbi tomba malade, n’ayant que 48 ans. Des médecins éminents furent appelés pour l’opérer, en vain, et il s’affaiblissait de jour en jour. On récitait des Tehilim dans toutes les synagogues, et l’on se rendait sur les tombeaux des Justes (kivreï tsadikim). Ce Roch Hachana-là, les Hassidim furent terriblement attristés lorsqu’une autre personne souffla le Chofar à la place du Rabbi.
Le soir du 13 Tichri, on apprit que la situation était très grave, et le lendemain il s’en alla. Son aron fut fabriqué avec la table sur laquelle il prononçait son Hassidisme. Le convoi funèbre fut immense ; aucun habitant de Loubavitch n’en était absent, et des Hassidim vinrent même des villages voisins. On perça une paroi du Ohel pour l’inhumer aux côtés de son père, le Tséma’h Tsédek.
Le Rabbi Maharach et l’amour du chiffre
Le Rabbi Maharach aimait les chiffres et les calculs. Reb Abba Person lui demanda un jour combien de fois l’on se frappe la poitrine lors du Al ‘het de Yom Kippour, et de sa réponse, on découvrit que l’on est censé se frapper la poitrine également lors des mots « Sla’h lanou, me’hal lanou… » (Rechimot Hayoman p. 206. Sefer Hasi’hot 5705, p. 9.)
Anecdotes d’enfance, rapportées par le Rabbi — aucune surprise
Dans les Rechimot Hayoman, le Rabbi rapporte deux histoires sur l’enfance du Rabbi Maharach.
Le Rabbi Maharach est né le 2 Iyar 5593 (1833), la Sefira de Tiferet Chébitiferet.
À l’âge de sept ans, le Tséma’h Tsédek lui fit passer un examen sur ses études, et il s’en sortit très bien. Son maître fut impressionné et dit au Tséma’h Tsédek : « Eh bien, qu’est-ce que vous dites ? Il s’en sort très bien ! » Le Tséma’h Tsédek répondit : « Pourquoi vous étonnez-vous que Tiferet Chébitiferet s’en sorte bien ? »
À l’âge de 10 ans, il étudiait en groupe avec quatre enfants : le Rabbi Maharach, ses neveux Reb Chélomo Zalman — fils du Maharil — de Kapust, et deux autres petits-fils du Tséma’h Tsédek. Le Tséma’h Tsédek entra un jour pour les tester, et le Rabbi Maharach posa une question. Ses camarades y répondirent, mais il réfuta leur réponse. Le Tséma’h Tsédek répondit à la question, mais le Rabbi Maharach souleva une objection à sa réponse. Le Tséma’h Tsédek dit alors : « Quand tu seras plus grand… » — « Quand je serai plus grand, je poserai de meilleures questions », répliqua le Rabbi Maharach. Le Tséma’h Tsédek remarqua : « Ce n’est pas pour rien que sa Brit coïncidait avec Tiferet Chébénetsah. » (Rechimot Hayoman p. 283.)
L’histoire que le Rabbi choisit pour Basi Légani
Dans son premier maamar, Basi Légani, le Rabbi rapporta des histoires sur l’amour d’Israël (ahavat Israël) des Rabbeim. Concernant le Rabbi Maharach, le Rabbi partagea ce qui suit :
Le Rabbi Précédent raconta à plusieurs reprises une histoire au sujet du Rabbi Maharach.
Le Rabbi Maharach se trouvait dans une ville thermale, et il fit un voyage spécial à Paris, où il passa un temps considérable, afin de rencontrer un jeune homme qui n’y attendait rien, dans un hôtel.
Il s’approcha de lui et lui dit : « Jeune homme, le yaïn nessekh souille l’âme. »
Ce jeune homme était en train de jouer aux cartes.
Le Rabbi Maharach retourna dans sa chambre, et le jeune homme ne trouva plus le repos jusqu’à ce qu’il vînt lui rendre visite. Il finit par fonder une famille craignant D.ieu et observante.
Il est bien connu que le temps était extrêmement précieux pour le Rabbi Maharach. Ses maamarim étaient brefs ; le Rabbi Précédent rapportait qu’il lui arrivait parfois de terminer la prière dès huit heures du matin.
Pourtant, il se rendit dans une ville lointaine pour l’amour d’un jeune Juif qui ne savait rien de la vie juive, et qui n’avait aucun lien apparent avec le Rabbi Maharach.
[En relatant cette histoire, le Rabbi nota que tous les détails de l’histoire complète sont déjà imprimés et disponibles. Voir Sefer Hasi’hot 5705, p. 30–31.] (Achreïnou Audio, Youd Chevat 5711, Maamar, min. 25:00.)
L’Assemblée générale des Nations unies a tenu une séance houleuse sur le blocus du détroit d’Ormuz et les atteintes à la liberté de navigation. L’ambassadeur d’Israël Danny Danon a vivement pris à partie son homologue français, l’accusant de complicité avec le mécanisme de pression iranien. Il a qualifié les agissements de Téhéran de « terrorisme économique » et lancé un avertissement solennel : « Celui qui paie aujourd’hui paiera un prix bien plus élevé demain. »
Une séance d’urgence après l’échec au Conseil de sécurité
L’Assemblée générale des Nations unies a tenu ce jour (samedi) un débat agité sur le blocus du détroit d’Ormuz et les entraves à la liberté de navigation, après qu’une résolution sur le sujet n’avait pu être adoptée au Conseil de sécurité. Au cours de la séance, l’ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU, Danny Danon, a attaqué avec véhémence les États qui ont choisi de coopérer avec le mécanisme de pression iranien plutôt que de lui faire face.
La France dans le viseur : une question qui fait mouche
L’ambassadeur Danon a adressé un message direct et percutant à son homologue français, lui lançant : « Selon des rapports internationaux, un navire appartenant à des intérêts français a traversé le détroit d’Ormuz en toute sécurité tandis que d’autres étaient arraisonnés. La question est donc simple : combien avez-vous payé l’Iran ? » Danon a ajouté que céder à l’extorsion ne fait que renforcer ceux qui menacent le monde, sans jamais les arrêter.
« Terrorisme économique » : l’accusation israélienne contre Téhéran
Danon a qualifié les agissements de l’Iran dans le détroit d’Ormuz de « terrorisme économique » et a souligné que la poursuite de la capitulation face à la pression iranienne ne faisait que consolider le mécanisme d’intimidation dirigé contre le commerce international. « Celui qui paie l’Iran sous la contrainte n’achète pas la paix — il renforce son arsenal de menaces », a martelé l’ambassadeur Danon.
Le précédent du navire français CMA CGM Kribi
Pour mémoire, au début du mois, les 2 et 3 avril, le porte-conteneurs CMA CGM Kribi, appartenant à la compagnie maritime française CMA CGM, avait traversé le détroit d’Ormuz sans encombre. C’était le premier navire lié à l’Europe occidentale à y parvenir depuis le déclenchement de la crise avec l’Iran, à la fin du mois de février.
Les récits hassidiques sur Rabbi Chemouel de Loubavitch — connu sous le nom de Maharach, quatrième Rabbi de Habad — révèlent la stature d’un homme alliant une maîtrise intellectuelle prodigieuse à une clairvoyance spirituelle sans égale. À travers des anecdotes saisissantes, transmises de maître en disciple, se dessine le portrait d’un guide qui savait lire au fond des âmes et transformer la détresse en voie de retour vers D.ieu. Ces histoires, où se mêlent humour, profondeur et grâce divine, continuent d’inspirer et d’éclairer les générations.
Le choix d’un Rabbi : deux récits déterminants
Au décès du Tsema’h Tsedek — Rabbi Mena’hem Mendel de Loubavitch, troisième Rabbi de Habad — celui-ci laissait derrière lui six fils. Parmi les Hassidim, une question brûlante agitait les esprits : lequel d’entre eux méritait de lui succéder ? Les avis divergeaient. Certains plaidaient pour l’aîné, d’autres pour l’un des fils intermédiaires. La discussion était vive, les prises de position, passionnées.
Un des grands Hassidim de l’époque, Rav Chemouel de Borisov, trancha pour lui-même la question sans hésitation. Il avait, disait-il, ses raisons — et il les résuma en deux récits.
Le premier : il avait remarqué que chaque jour, à la fin de la prière du matin, le jeune Rabbi Chemouel se couvrait discrètement la tête de son tallit et s’y attardait quelques instants, comme absorbé dans un geste intime. Au fil du temps, Rav Chemouel de Borisov comprit ce qui se passait sous la couverture : le futur Maharach procédait, en secret, à l’échange de ses téfiline — passant de celles de Rachi à celles de Rabbeinou Tam. Ce détail, en apparence anodin, révélait à ses yeux une rigueur spirituelle et une discrétion dans le service divin qui n’appartenaient qu’aux grands.
Le second récit est plus saisissant encore. Le Tsema’h Tsedek avait prononcé un discours de ‘Hassidout d’une profondeur exceptionnelle, soulevant une difficulté particulièrement ardue tirée de l’ouvrage kabbalistique Peri Ets ‘Haïm. Les grands Hassidim se penchèrent sur le problème pendant des jours, discutèrent, se creusèrent la tête — en vain. Personne ne parvint à résoudre l’énigme.
Une nuit, Rav Chemouel de Borisov fut saisi d’une impulsion : aller soumettre la question au jeune Rabbi Chemouel. Il était très tard. En approchant de la demeure, il aperçut de la lumière à la fenêtre. Il grimpa sur un arbre pour voir ce qui se passait à l’intérieur, et découvrit le futur Maharach assis à sa table, plongé dans les livres, étudiant précisément les textes liés à la difficulté en question.
Il descendit et frappa à la porte. « Qui est là ? » — « Chemouel Barak. » — « Un moment. » Quelques instants s’écoulèrent. Quand la porte s’ouvrit, la table avait changé d’aspect : les livres avaient disparu, remplacés par des journaux en russe et en français, comme si l’occupant des lieux n’avait fait que lire la presse du soir.
Rav Chemouel de Borisov entra et exposa son affaire. « En quoi cela me concerne-t-il ? » répondit le futur Maharach. Alors son visiteur dit avec un sourire : « J’ai vu exactement ce qui se passe ici. Si vous m’aidez à résoudre la difficulté du discours, tant mieux. Sinon, je raconterai à tout le monde ce que j’ai vu. » Il n’avait guère le choix.
Ils s’assirent ensemble, ouvrirent les livres et plongèrent dans la profondeur du texte. La nuit avançait. Ils discutèrent, étudièrent, boirent — beaucoup. Au matin, la difficulté était résolue.
« Chemouel Barak, combien de coupes avons-nous bu cette nuit ? » demanda le futur Maharach. — « Je ne saurais dire. Beaucoup. » — « Vingt et une coupes. »
Rav Chemouel de Borisov confiera plus tard : « C’est cela qui m’a conquis. D’un côté, il était totalement absorbé dans les profondeurs de la Torah et il m’illuminait sur les sujets les plus ardus. De l’autre, il n’avait rien perdu de sa lucidité sur les réalités du monde. Un tel équilibre ne s’acquiert pas — il se reçoit. »
Un artisan d’exception au service de D.ieu
Sur le plan physique, le Maharach était d’une constitution délicate. Les médecins lui conseillèrent de pratiquer une activité manuelle pour entretenir sa santé. Il prit cette recommandation très au sérieux et devint un artisan accompli.
Dans son atelier se trouvaient une scie, une raboteuse et toute une série d’outils de menuiserie. Il sculptait le bois avec un soin méticuleux, créant des objets d’une grande beauté. On dit qu’une table de sa fabrication se trouve encore aujourd’hui dans la pièce du Rabbi — un témoignage tangible de ce talent discret. Une autre table ronde, également attribuée à sa main, est conservée à Nahr-Ad-Diyar (en russe : Nizhnyaya Derevnya), dans la région de Loubavitch.
Le Maharach était par ailleurs un sofer — un scribe — de grande expertise. Il rédigea des Méguillot qu’il offrit à des membres de sa famille et à des enfants de son entourage. On raconte aussi qu’il fabriqua un chandelier — une Ménorah — de la hauteur d’un homme, témoignage supplémentaire de sa maîtrise de l’artisanat.
La montre de poche : où D.ieu ne se trouve-t-il pas ?
On rapporte qu’un jour, alors que le futur Maharach n’était encore qu’un enfant, un ‘Hassid vint lui rendre visite. L’homme sortit de sa poche une belle montre de poche, importée d’Allemagne, d’une finesse remarquable pour l’époque.
« Écoute, Chemouel, dit-il avec un sourire malicieux, si tu me dis où se trouve le Saint béni soit-Il, je te donne cette montre. »
Sans se démonter, le jeune garçon plongea la main dans sa propre poche et en tira une montre non moins belle qu’il possédait déjà.
« Je te propose le marché inverse, répondit-il. Dis-moi où Il ne se trouve pas — et c’est moi qui te donne la mienne. »
Un grand éclat de rire salua cette répartie, qui résumait à elle seule une vérité fondamentale de la pensée ‘hassidique : D.ieu est partout, en toute chose et à chaque instant — la question n’est pas de Le trouver, mais de prendre conscience que nulle part Il n’est absent.
Deux marchands ruinés et la leçon de l’amour du prochain
À Vitebsk vivaient deux ‘Hassidim, tous deux de riches négociants et amis de longue date. Le destin s’abattit sur eux de manière similaire : un incendie dévasta leurs affaires, et tous deux se retrouvèrent dans une situation financière catastrophique.
Le premier, connu sous le nom de Rav Leib, se rendit auprès du Maharach en larmes. Il exposa sa situation : il avait perdu plus de cinquante mille roubles — une fortune considérable — dans l’incendie, et n’avait souscrit aucune assurance. Il ne savait plus que faire.
Le Maharach l’écouta en silence, puis lui dit, sans répondre directement à sa plainte matérielle : « Il te manque quelque chose en Ahavat Israël — dans l’amour de ton prochain. C’est là que se trouve ton tikkoun, ta correction. » Cette réponse, aussi surprenante fût-elle pour un homme que tout le monde connaissait comme généreux et bienfaisant, fit son effet. Rav Leib la prit à cœur. Pendant plusieurs jours, il travailla sur lui-même, jusqu’à revenir trouver le Maharach avec une sincérité nouvelle : « Rabbi, vous avez raison. Je vous demande une voie de correction. »
Le Maharach lui indiqua alors plusieurs choses à accomplir. L’une d’elles : aller trouver un autre ‘Hassid, Rav Chemouel Brin, qui avait lui aussi subi de lourdes pertes dans le commerce du bois, et lui remettre trois mille roubles — en prêt sans intérêt, ou même en don si nécessaire. Après cela, Rav Leib devait se rendre à Moscou pour y relancer ses affaires, avec la promesse du Maharach qu’il y connaîtrait le succès.
Rav Leib se mit en route pour remettre l’argent à son ami. Mais Rav Chemouel Brin était introuvable — on lui dit qu’il était parti à Loubavitch pour le Chabbat. Il attendit son retour. Quand il le retrouva enfin, à la synagogue, le spectacle qu’il découvrit le stupéfia : Rav Chemouel Brin se tenait debout, les joues animées, récitant à voix basse le discours du Rabbi, entièrement absorbé, comme si rien au monde ne pouvait le troubler.
Plus tard dans la journée, Rav Leib se rendit chez lui. Il le trouva assis, étudiant le ‘Hochen Michpat — le traité du droit civil dans la Halakha — avec une concentration profonde. Rav Leib l’interpella : « Chemouel, je t’envie ! Comment peux-tu étudier sereinement alors que tu es criblé de dettes ? »
Rav Chemouel Brin leva les yeux et répondit avec un calme désarmant : « Je ne m’inquiète pas. Le Rabbi est comme le soleil pour les ‘Hassidim — comme le soleil réchauffe et guérit, ainsi le Rabbi illumine. Le Rabbi m’a dit que j’allais acheter des forêts et du bois en tel endroit. Le Rabbi sait bien qu’on ne peut pas acheter sans argent — s’Il me l’a dit, ce sera bien. »
Rav Leib sortit de sa poche le paquet de trois mille roubles : « Précisément, écoute — j’étais chez le Rabbi, qui m’a dit de te remettre cette somme. » Rav Chemouel Brin secoua la tête : « Je t’en suis vraiment reconnaissant. Mais je ne peux pas accepter — tu es toi-même dans une situation difficile. Tu as accompli la mission du Rabbi ; c’est suffisant. »
Rav Leib ne parvint pas à le convaincre. Il laissa l’argent sur la table et repartit voir le Maharach pour lui rendre compte de la situation. Quelque temps plus tard, un émissaire du Maharach arriva chez Rav Chemouel Brin avec le message suivant : « Le Rabbi t’envoie cet argent. Achète avec cela les forêts et les marchandises dont tu as besoin, et tu prospéreras. »
Les deux ‘Hassidim suivirent les voies que le Maharach leur avait tracées — et tous deux redevinrent de grands hommes de fortune.
Du pistolet à la téchouva : le retour d’un médecin égaré
Un ‘Hassid de Habad vivant à Ra’anana, réputé dans la communauté et connu sous le nom de Rav Yehouda Bauman — décédé il y a une vingtaine d’années environ — aimait à raconter l’histoire suivante, qu’il tenait de première main.
Il se trouvait un jour sur le quai de la gare de Rudnia — une bourgade non loin de Loubavitch. À ce propos, une précision s’impose : le Tsema’h Tsedek avait catégoriquement refusé que soit construite une gare à Loubavitch même, souhaitant que la ville reste une bourgade à l’écart du flux du monde moderne. Chaque fois que les autorités tentèrent d’y remédier, des obstacles techniques inexpliqués firent échouer les travaux. Encore aujourd’hui, pour rejoindre Loubavitch, il fallait — et il faut — effectuer un trajet en carriole depuis la gare la plus proche.
Sur ce quai de Rudnia, Rav Yehouda Bauman remarqua un homme à la longue barbe, vêtu avec élégance, qui s’approcha de lui : « Tu es ‘Hassid de Habad ? Tu vas chez le Rabbi Maharach ? Moi aussi. Laisse-moi te raconter mon histoire. »
L’homme commença son récit : il était né dans une famille religieuse observante. Puis les vents de la Haskala — le mouvement des Lumières juives — soufflèrent sur lui. Il abandonna la Yéchiva, entra à l’université, étudia la médecine, obtint son diplôme et devint un médecin très recherché. La réussite professionnelle était au rendez-vous. Il épousa une femme non juive, eut quatre enfants, et pendant de longues années, ne manqua de rien — ni de succès, ni de satisfaction dans son travail de guérisseur.
Puis, un soir, tout bascula. Dans le silence de la nuit, il sentit une présence. Il se retourna et vit son père — décédé depuis des années — debout devant lui, petit et vieux, le visage grave. « Mon fils bien-aimé, dit l’apparition, je n’ai pas de repos. Je n’ai pas de repos à cause de ta conduite. Reviens en téchouva. » Puis il disparut.
Le médecin se dit que l’image s’effacerait. Mais le père revint — à la clinique, dans la chambre à coucher, dans la bibliothèque, au travail. Partout, à toute heure, la même supplique silencieuse : « Je n’ai pas de repos. Tu es juif. Reviens. »
Le médecin, qui ne voulait rien entendre, décida de s’étourdir. Il multiplia les sorties, les fêtes, les réceptions — espérant rentrer chez lui épuisé, trop fatigué pour être visité. Rien n’y fit. Un soir, lors d’une grande soirée mondaine, alors qu’il dansait de toutes ses forces au milieu de la piste, son père apparut devant lui, au beau milieu du cercle de danse. Il le fixa, les yeux dans les yeux.
Le médecin, à bout de nerfs, sortit son pistolet et tira.
La détonation fit taire la musique d’un seul coup. L’arme fumait. Tous les regards se tournèrent vers lui, stupéfaits, terrifiés. Personne ne voyait ce qu’il voyait — mais tout le monde voyait qu’il avait perdu la tête.
Il saisit son chapeau et son manteau et prit la fuite. Dans la rue, il se demanda vers qui se tourner. Il entra dans une synagogue, trouva un juif âgé à qui il confia tout. L’homme l’écouta, compatit, mais admit son impuissance : « Ces choses me dépassent. À Vilna, il y a de grands Rabbanim. »
Il se rendit à Vilna. On le dirigea vers le Beth Midrach du Gaon. Là, un vénérable Rabbin à longue barbe blanche le reçut avec patience, entendit tout son récit et conclut, avec une franchise désarmante : « Ton histoire me touche profondément. Mais nous, ici, nous savons trancher sur le casher et le non-casher, le pur et l’impur. Ces affaires de l’âme, ces questions des mondes invisibles — il faut aller à Loubavitch. Là-bas, ils savent traiter ce genre de choses. »
Il se rendit à Loubavitch. Le gabbai, voyant devant lui un homme d’allure soignée, lui arrangea une Yé’hidout — une audience privée avec le Maharach. À peine la porte ouverte, avant qu’il ait pu prononcer un seul mot, le Maharach leva les yeux et dit : « Quoi ? Un fils qui tire sur son père. Qu’est-ce que tu cherches ici ? »
L’homme s’évanouit.
Quand il revint à lui, il comprit qu’il se trouvait à l’endroit exact où son problème trouverait sa solution. Il entra, raconta tout. Le Maharach lui donna ses instructions : « Rentre chez toi, prends tout ce que tu peux convertir rapidement en liquide, et pars pour tel village. » Il lui indiqua le nom d’un lieu reculé. « Là-bas vit un Tsaddik caché, un grand juste inconnu du monde. Il te donnera une voie de téchouva et de rectification. Combien de temps devrai-je rester ? Tu le sentiras. Tu sauras toi-même quand viendra le moment. »
Il suivit les instructions à la lettre. Il vendit ce qu’il put, se rendit au village, trouva le juste caché, s’assit à ses pieds. Les semaines passèrent. Il récita des Téhilim, étudia, se repentit sincèrement. Le monde ancien s’effaça peu à peu.
Puis, un jour, il ressentit une impulsion irrésistible — le besoin de retourner dans sa ville d’origine. Le Tsaddik lui donna sa bénédiction pour partir.
Il arriva dans sa ville. En cherchant à s’orienter, il s’informa auprès d’un passant : « J’entends parler d’un grand médecin qui exerçait ici — comment le joindre ? » L’homme écarquilla les yeux : « Ce médecin ? Tu n’es pas au courant ? Il est devenu fou. Un soir, lors d’une réception, il a sorti son pistolet et tiré au milieu de la salle de bal. Depuis, il a disparu. Et récemment, une terrible nouvelle : sa maison a brûlé — sa femme et ses enfants… tout a été emporté par les flammes. »
À ces mots, l’homme comprit. Sa téchouva avait été reçue. Le lien avec sa vie passée était définitivement tranché. Il sentit alors — avec une certitude intérieure paisible — que le temps était venu de retourner auprès du Maharach, pour le remercier et recevoir une guidance pour la suite de son chemin.
C’est sur ce quai de gare, à Rudnia, qu’il achevait son récit, le regard tourné vers Loubavitch, vers le Rabbi qui avait tout su avant même qu’il parle.
Rabbi Menahem Mendel de Vitebsk (1730?-1788), également connu sous le nom de Menahem Mendel de Horodok, était l’un des premiers dirigeants du mouvement hassidique quitta ce monde. Il était le principal disciple du Maguid de Mezeritch et a contribué à répandre le hassidisme à travers la Biélorussie à partir de sa base à Minsk.
En 1772, il a voyagé avec Rabbi Chnéour Zalman de Liadi pour rencontrer le Gaon de Vilna, dans l’espoir de convaincre ce dernier d’annuler son interdiction du hassidisme, mais sans succès.
Après la mort du Maguid, Rabbi Menahem Mendel et son collègue, Rabbi Abraham Kalisker, se sont établis à Horodok. En 1777, ils ont émigré avec 300 Hassidim en Eretz Israël et se sont installés à Safed, en Syrie ottomane. En 1783, ils ont été contraints de quitter Safed et se sont déplacés à Tibériade, où ils ont construit une synagogue qui existe toujours aujourd’hui.
Le Rav Menahem Mendel était très humble, et il signait ses lettres avec les mots « השפל באמת, véritablement humble ».
Avant sa mort, il a ordonné à ceux qui se tenaient près de lui de quitter la pièce, disant : « Car voici que l’Éternel se tient sur moi ». Une heure plus tard, son âme est sortie dans la sainteté et il a été enterré à Tibériade.
1er Iyar 5736-1975
Le Rabbi a choisi six versets et dictons des Sages pour être répétés par les enfants d’Israël.
Le Rabbi a ajouté six autres versets lors de la fête de Lag Baomer.
Le Rabbi a demandé à chaque enfant juif de réciter les douze versets par cœur et de les répéter à tout moment, et a expliqué l’importance de ces versets également pour leur pouvoir de protéger le peuple d’Israël.
2e Iyar 5594-1834
Rabbi Chmouel Shneersohn, 4ème Rabbi de Loubavitch, naquit dans le village de Loubavitch, le 2 Iyar 1834 (Tiférèt de Tiférèt). Le Tséma’h Tsédèk lui donna le nom d’un Tsadik caché, qui était porteur d’eau dans la ville de Polotsk. Le Tséma’h Tsédek eut sept fils et deux filles. Rabbi Chmouel est le cadet des fils.
Dans son jeûne âge, il se distingua par sa mémoire et son intelligence prodigieuse. Ses étude furent particulièrement fructueuses. En 1848, il épousa, en première noce, la Rabbanit Sterna, fille de son frère, Rabbi ‘Haim Chnéor Zalman, le Rabbi de Lyadi. Mais la Rabbanit tomba malade et quitta ce monde trois mois après son mariage. En 1849, il épousa la Rabbanit Rivka.
C’est en 1855 qu’il se consacra, sur l’ordre de son père, aux besoins de la communauté. Son activité le conduisit également à rencontrer les responsables communautaires d’autres pays. C’est pour cela qu’il se rendit en Italie (1858), en Allemagne (1859) et en France (1868).
C’est en Nissan 1866 qu’il prit la tête des ‘hassidim ‘Habad. Des le début de l’année, son père l’avait chargé de commenter publiquement la ‘Hassidout et avait dit aux ‘hassidim: « Vous l’écouterez comme vous m’avez écouté. » A la fin de l’année 1882, il tomba malade et quitta ce monde dans la nuit du mardi 13 Tichri 1882. Il fut enterré à Loubavitch, près de son père.
On ne sait, somme toute peu de choses de la vie du Rabbi Maharach, qui ne dura que 48 ans et demi. Même ses interventions communautaires restèrent secrètes et, pour la plupart, ne furent pas révélées. Par ailleurs il fut malade et faible tout au long de sa vie et ses multiples activités l’empêchèrent de recouvrer pleinement la santé.
Il eut quatre fils et deux filles: Rabbi Chnéor Zalman, le Razo, Rabbi Chalom Dov ber, le Rabbi Rachab qui allait lui succéder, Rabbi Avraham Sender, qui décéda à l’âge de huit ans. Doué de capacités hors du commun, il avait l’âme de l’Admour Hazaken. Le quatrième fils fut Rabbi Mena’hem Mendel qui est enterré à Tsfat. Les filles du Rabbi Maharach furent la Rabbanit Devora Léa et la Rabbanit ‘Haya Mouchka.
2 Iyar 5702-1952
La rédaction secrète d’un Sefer Torah pour l’avènement du Messie a commencé. Sa conclusion a été retardée de nombreuses années, jusqu’au 9 Chevat 1970.
2 Iyar 5716-1956
Un massacre horrible a eu lieu dans l’école de travail du village de Kfar Habad.
Rav Chmouel Azimov et son épouse Bassie, Chlou’him à Paris depuis 1968, ont initié l’incroyable “révolution juive” en France, ont rapproché des dizaines de milliers de juifs de leurs racines juives et ont créé plus de 100 institutions communautaires. C’est le mardi 30 avril 1968, 2 Iyar 5728, jour anniversaire de Rabbi Chmouel Schneerson, le Rabbi Maharach, 4ème Rabbi de Loubavitch, qu’ils arrivent à Paris, envoyés par le Rabbi.
Né en Russie en 1945, le Rav Chmouel Azimov avait à peine 3 ans lorsque sa famille est arrivée à Paris, fuyant le régime communiste soviétique. Pour la plupart des hassidim Habad quittant l’URSS à cette époque, la France n’était qu’un lieu de transit vers la Terre Sainte ou les États-Unis. Le Rav Haim Hillel Zyslin-Azimov, son épouse Reisha et leurs enfants firent partie des rares familles qui choisirent de s’établir définitivement en France. En 1948, Paris, encore marquée par les ravages de la Seconde Guerre mondiale, ne comptait plus qu’une modeste communauté juive, principalement constituée de survivants de la Shoah, souvent éloignés de leurs racines religieuses.
Les premières années au service de la Torah
Le jeune Chmouel commença sa carrière comme enseignant dans l’un des Talmud Torah dirigés par son père. Le Rav Haim Hillel Azimov, pionnier de l’éducation juive d’après-guerre, n’hésitait pas à faire du porte-à-porte pour recruter des élèves. Son dévouement extraordinaire permit la création de plus de 20 Talmud Torah à Paris et dans sa périphérie, posant ainsi les premières pierres de la renaissance juive en France.
Lorsqu’il atteignit l’âge d’entrer à la Yéchiva, il rejoignit la Yéchiva Tomhei Tmimim Loubavitch de Brunoy, institution prestigieuse fondée en 1947 par Rabbi Yossef Itshak Schneersohn, le sixième Rabbi de Loubavitch. Ce fut là qu’il approfondit sa connaissance de la Torah et développa sa vision du hassidisme.
La Bar Mitsva du Rav Azimov à la Yechiva de Brunoy en 1958
Une vocation précoce auprès de la jeunesse
Dès l’âge de 17 ans, alors qu’il était encore étudiant à la Yéchiva de Brunoy, le jeune Chmouel, affectueusement surnommé « Moulé », commença déjà son action auprès de la jeunesse juive. Sa Bar Mitsva, célébrée en 1958, marquait déjà le début d’un engagement qui allait durer toute sa vie.
Moulé s’était donné pour mission de contribuer au développement personnel et spirituel des jeunes de sa communauté. Il jouait un rôle essentiel dans l’intégration des nouveaux étudiants parisiens au sein de la Yechiva, les familiarisant avec la vie hassidique et un judaïsme intransigeant. Sa maturité légendaire et sa capacité à prendre des décisions réfléchies lui valurent rapidement le respect de son entourage.
Son dévouement allait bien au-delà de l’enseignement traditionnel. Il veillait à fournir aux étudiants du lait sous surveillance stricte, garantissant une cacherout irréprochable. Il captivait les étudiants de la rue Guy Patin par ses cours sur le Tanya, texte fondamental de la pensée hassidique, contribuant ainsi à l’épanouissement spirituel de ses pairs et à la transmission des valeurs du judaïsme hassidique.
La rencontre décisive avec le Rabbi
En 1963, à seulement 17 ans, le Rav Chmouel Azimov entreprit son premier voyage transatlantique. Accompagné de deux autres étudiants de la Yéchiva de Brunoy, il s’envola de Londres pour rencontrer Rabbi. Cette rencontre allait changer le cours de sa vie et, par extension, celui du judaïsme français.
À leur retour, les trois jeunes hommes reçurent pour mission de commencer des activités communautaires à Paris, tout en poursuivant leurs études à Brunoy. Ils s’attelèrent à cette tâche avec ferveur, se rapprochant des jeunes juifs originaires d’Afrique du Nord et des enfants de survivants de la Shoah, souvent assimilés. Plusieurs de ces jeunes, après avoir étudié la Torah avec eux, rejoignirent la Yéchiva de Brunoy, inaugurant ainsi un cycle vertueux de transmission.
Le mariage et l’envoi en mission à Paris
En 1967, Chmouel épousa à New York Bassie Shemtov, la plus jeune fille du célèbre hassid Rav Bentsion Shemtov de mémoire bénie. Sur les conseils du Rabbi, le jeune couple s’installa à Paris, malgré les craintes familiales de Bassie concernant la ville.
Ils arrivèrent le mardi 30 avril 1968 (2 Iyar 5728), jour anniversaire du Rabbi Maharach, troisième Rabbi de Loubavitch, et veille des célèbres événements de Mai 68. Ce timing symbolique marquait le début d’une transformation radicale du judaïsme en France. Suivant scrupuleusement les directives du Rabbi, le couple se consacra à l’enseignement, le Rav Azimov y dédiant, selon les instructions reçues, la moitié de son temps.
Moulé et Bassie étaient parfaitement préparés pour fournir des réponses aux jeunes juifs en quête d’absolu durant cette période troublée. C’est à ce moment que naquit le « Groupe », premier noyau de jeunes hommes et femmes qui, plus tard, répondraient à l’appel du Rabbi en devenant eux-mêmes des émissaires.
La fondation du Beth Loubavitch
En 1972, quatre ans après son arrivée, le Rav Azimov et son épouse ouvrirent le premier Beth Loubavitch au 8 rue Lamartine, dans le 9ème arrondissement de Paris. Ce centre devint rapidement un phare pour la communauté juive parisienne. Au fil des années, sous son impulsion, des centres Loubavitch s’établirent dans tous les arrondissements de Paris et dans de nombreuses villes de banlieue.
Avec sa vision profondément hassidique et l’intérêt qu’il portait à chacun, « Moulè » et Bassie ont investi tous les aspects de la vie communautaire juive, travaillant sans relâche, en coopération avec toutes les organisations communautaires de la ville et les autorités municipales.
Un héritage impressionnant en chiffres
Aujourd’hui, le Beth Loubavitch constitue un véritable pilier de la communauté juive en France. Ses réalisations sont impressionnantes :
Un réseau scolaire accueillant 2500 élèves
400 berceaux de crèche
30 centres de Talmud Torah
1500 cours hebdomadaires pour 25 000 participants
2 séminaires d’études européens
100 000 Michloa’h Manot distribués et 2500 lectures de la Méguila à Pourim
50 000 kits distribués pour ‘Hanouccah
Des éditions de livres et de ressources éducatives
Des visites aux malades et aux communautés isolées
Des aides aux familles en difficulté
Des clubs pour le troisième âge
Des Chabbats pleins pour étudiants et lycéens
Avec plus de 40 centres Loubavitch, une école qui accueille 2000 élèves et environ 200 Chlouhim œuvrant sur tout le territoire, le Rav Azimov et son épouse ont construit les bases solides d’une communauté juive florissante qui offre éducation, soutien spirituel et opportunités de croissance à ses membres.
Un rayonnement qui se perpétue
Les quelque 200 Chlouhim qui dirigent aujourd’hui les centres Habad de Paris sont tous des élèves formés par le couple Azimov. Cette réalité témoigne de l’impact profond et durable de leur enseignement et de leur dévouement. En établissant des relations maître-élève exemplaires, le Rav Azimov et son épouse ont réussi à transmettre les valeurs et les principes du hassidisme Habad-Loubavitch à une nouvelle génération.
Le Rabbi suivait de près l’évolution de la vie juive à Paris, ville où lui et son épouse avaient vécu pendant environ 7 ans à partir de 1935. Un jour, la Rebbetzin Haya Mouchka confia au Rav Azimov : « Nous avons semé, à vous de récolter ! », faisant allusion à cette période parisienne qui avait préparé le terrain pour la renaissance à venir.
Mme Bassie Azimov quitta ce monde le 17 Hechvan 5772 (14 novembre 2011), suivie par le Rav Chmouel Azimov le 12 Hechvan 5775 (5 novembre 2014). Leur héritage perdure à travers les institutions qu’ils ont fondées et les milliers de vies qu’ils ont touchées et inspirées à revenir vers leurs racines juives.
Grâce à la vision et au dévouement du Rav Chmouel Azimov et de son épouse, la France abrite aujourd’hui l’une des plus grandes communautés juives de la diaspora, avec une vie juive parisienne florissante comptant environ 350 000 juifs. Leur œuvre constitue un exemple remarquable de ce que peuvent accomplir la foi, la persévérance et le dévouement au service d’une communauté.
Rabbi Chmouel est né le 2 Iyar 1834, fils du Rabbi Tzemach Tzedek et de la Rabbanit Raya Muska. Il était le plus jeune de sept fils et fut nommé d’après un tzadik caché de Polotsk. Dès son jeune âge, il se distingua par sa vive intelligence, sa mémoire phénoménale et sa profonde compréhension de la Torah.
À 13 ans, le Rabbi Maharach connaissait déjà par cœur le Chass (Talmud), la Michna et le Tanya. Il maîtrisait plusieurs langues, avait des connaissances en médecine et était un scribe accompli. À 14 ans, il épousa sa nièce qui décéda malheureusement trois mois après leur mariage. Il se remaria plus tard avec la Rabbanit Rivka.
Après le décès de son père le 13 Nissan 1866, Rabbi Chmouel prit la direction du mouvement Loubavitch dans un contexte difficile, alors que plusieurs de ses frères avaient quitté Loubavitch pour établir leurs propres cours. Il réussit néanmoins à reformer un cercle de Hassidim et à perpétuer la dynastie.
Le Rabbi Maharach était connu pour sa devise « Lekhatkhila Ariber » (passer par-dessus les obstacles). Il défendit activement la cause des Juifs en Russie, notamment pendant les pogroms de 1880, voyageant à travers l’Europe et alertant la presse internationale. Ses efforts contribuèrent à l’arrêt des pogroms.
Malgré ses souffrances physiques dues à une maladie du sang, il menait une vie publique active. Il quitta ce monde le 13 Tishrei 1882 à l’âge de 47 ans, laissant derrière lui six enfants, dont Rabbi Shalom DovBer qui lui succéda comme cinquième Rabbi de Loubavitch.
Rabbi Chmouel Shneersohn, 4ème Rabbi de Loubavitch, naquit dans le village de Loubavitch, le 2 Iyar 1834 (Tiférèt de Tiférèt). Le Tséma’h Tsédèk lui donna le nom d’un Tsadik caché, qui était porteur d’eau dans la ville de Polotsk. Le Tséma’h Tsédek eut sept fils et deux filles. Rabbi Chmouel est le cadet des fils.
Dans son jeûne age, il se distingua par sa mémoire et son intelligence prodigieuse. Ses étude furent particulièrement fructueuses. En 1848, il épousa, en première noce, la Rabbanit Sterna, fille de son frère, Rabbi ‘Haim Chnéor Zalman, le Rabbi de Lyadi. Mais la Rabbanit tomba malade et quitta ce monde trois mois après son mariage. En 1849, il épousa la Rabbanit Rivka.
C’est en 1855 qu’il se consacra, sur l’ordre de son père, aux besoins de la communauté. Son activité le conduisit également à rencontrer les responsables communautaires cd’autres pays. C’est pour cela qu’il se rendit en Italie (1858), en Allemagne (1859) et en France (1868).
C’est en Nissan 1866 qu’il prit la tête des ‘hassidim ‘Habad. Des le début de l’année, son père l’avait chargé de commenter publiquement la ‘Hassidout et avait dit aux ‘hassidim: « Vous l’écouterez comme vous m’avez écouté. » A la fin de l’année 1882, il tomba malade et quitta ce monde dans la nuit du mardi 13 Tichri 1882. Il fut enterré à Loubavitch, près de son père.
On ne sait, somme toute peu de choses de la vie du Rabbi Maharach, qui ne dura que 48 ans et demi. Même ses interventions communautaires restèrent secrètes et, pour la plupart, ne furent pas révélées. Par ailleurs il fut malade et faible tout au long de sa vie et ses multiples activités l’empêchèrent de recouvrer pleinement la santé.
Il eut quatre fils et deux filles: Rabbi Chnéor Zalman, le Razo, Rabbi Chalom Dov ber, le Rabbi Rachab qui allait lui succéder, Rabbi Avraham Sender, qui décéda à l’âge de huit ans. Doué de capacités hors du commun, il avait l’âme de l’Admour Hazaken. Le quatrième fils fut Rabbi Mena’hem Mendel qui est enterré à Tsfat. Les filles du Rabbi Maharach furent la Rabbanit Devora Léa et la Rabbanit ‘Haya Mouchka.