La Mitsva de compter le Sefirat HaOmer est inscrite dans la Torah et s’étend sur quarante-neuf jours, du lendemain de Pessa’h jusqu’à la veille de Chavouot. Si cette Mitsva concerne au premier chef les hommes, les femmes ont coutume de la pratiquer également, et des règles précises en régissent chaque aspect. Ce cours détaille les lois fondamentales de la Sefira : le moment où elle doit être accomplie, les cas d’oubli, les situations de doute, et les nombreuses subtilités que tout fidèle doit connaître pour honorer cette Mitsva dans les meilleures conditions.
Rav Yekutiel Farkash
Deux volets d’une même Mitsva
Dans le cours précédent, nous avons abordé le premier grand volet des lois du Compte de l’Omer : les comportements propres aux jours de la Sefira — ce qui est permis, ce qui est interdit, et toutes les règles qui s’y rattachent. Le présent cours se concentre sur le second volet : la Mitsva du compte elle-même. Quelles en sont les lois ? Que se passe-t-il en cas d’erreur ou d’oubli ? Ces deux volets correspondent d’ailleurs à deux paragraphes distincts du Choulhan Aroukh : le premier, au siman 489, traite de la Mitsva du compte proprement dite ; les suivants, quelques simanim plus loin, traitent des comportements liés aux jours de Sefira.
La Mitsva du Compte de l’Omer est explicitement mentionnée dans la Torah : « Ousfartem lakhem » — « Vous compterez pour vous-mêmes. » Le verset est connu de tous : à partir du lendemain du Chabbat de Pessa’h, on compte sept semaines complètes, soit quarante-neuf jours, pour arriver au cinquantième jour, qui est Chavouot. Selon la tradition des Midrashim, rapportée par les Rishonim, le sens profond de ce compte réside dans l’impatience ardente qu’éprouvait le peuple d’Israël à l’idée de recevoir la Torah au mont Sinaï. Sachant que tel était le but de la sortie d’Égypte, ils comptaient chaque jour comme on compte les jours avant un événement extraordinaire et désiré de tout cœur.
Les femmes et la Mitsva du compte
La Mitsva du Compte de l’Omer est une Mitsva liée au temps (Mitsva chehazman gramah) : elle s’applique à des jours précis, et non à l’année entière. En principe, les femmes sont exemptées de telles Mitsvot. En pratique, cependant, la coutume établie veut que les femmes aussi comptent le Sefirat HaOmer, par souci de hiddour — d’embellissement de la Mitsva — même si elles n’en sont pas obligées de droit.
Il importe de clarifier un point souvent mal compris : le Compte de l’Omer n’est pas lié à la prière d’Arvit (la prière du soir). Dans les sidourim et dans l’ordre habituel des offices, la Sefira apparaît certes après la prière du soir, mais il ne s’agit que d’un ordre de convenance. Une femme qui n’a pas le temps ou la possibilité de prier Arvit — en raison d’enfants en bas âge, d’obligations domestiques ou d’autres empêchements — peut et doit quand même compter l’Omer. Il suffit de s’arrêter quelques secondes, à n’importe quel moment de la nuit, et de prononcer : Baroukh Ata… » suivi de la formule du jour. La Mitsva est accomplie, et l’on peut reprendre ses occupations.
La décision de l’Admour Hazaken : pas de travaux lourds avant de compter
L’Admour Hazaken tranche qu’aussi longtemps que l’on n’a pas encore compté le Sefirat HaOmer, il est interdit d’effectuer des travaux lourds. Il en découle une conséquence pratique importante : une femme qui ne compte pas se trouve potentiellement dans l’interdiction d’effectuer tout travail de ce type — lessive, travaux ménagers importants — jusqu’à l’aube. C’est pourquoi l’Admour Hazaken recommande que les femmes comptent en tout état de cause. Ainsi, pour récapituler : les femmes sont exemptées de droit, la coutume est de compter, ce compte est indépendant de la prière du soir, il peut s’effectuer en trente secondes, et ne pas compter expose à une interdiction de travaux pour toute la nuit.
Le moment de la Mitsva
Comme pour toute Mitsva, on s’empresse de l’accomplir sans tarder (zerizout). Le moment idéal pour compter est le début de la nuit. Toutefois, la Mitsva reste valable jusqu’à l’aube : passé ce moment, il n’est plus possible de compter avec une bénédiction (bracha).
Les hommes, qui sont obligés de compter, doivent savoir qu’à partir d’une demi-heure avant le coucher du soleil — moment à partir duquel l’heure du Compte de l’Omer approche — il leur est interdit de commencer quoi que ce soit susceptible de les entraîner et de leur faire manquer la Mitsva. Le Choulhan Aroukh est explicite : à partir d’une demi-heure avant le coucher du soleil, il est interdit de commencer un repas important ou de consommer une quantité substantielle d’aliments de type mezones (patisseries), jusqu’à ce que l’on ait compté. En revanche, boire est permis. Il est également interdit d’entreprendre une tâche longue susceptible de faire oublier la Mitsva.
Que se passe-t-il si l’on a commencé à manger avant le coucher du soleil, même par inadvertance dans cette demi-heure ? On n’est pas tenu d’interrompre le repas : on peut le terminer, puis compter. En revanche, si quelqu’un a commencé à manger après le coucher du soleil, il est obligé d’interrompre son repas dès qu’il s’en souvient et de compter avant de poursuivre.
Le gardien (Chomer) pour ne pas oublier
Un homme qui rentre du travail affamé et se trouve dans la demi-heure avant le coucher du soleil peut demander à sa femme, à sa mère ou à toute autre personne de lui rappeler de compter l’Omer avant qu’il ne l’oublie. Ce « gardien » (chomer) est efficace pendant la demi-heure précédant le coucher du soleil. Après le coucher du soleil, les autorités halakhiques sont divisées quant à son efficacité. Selon la lecture de l’Admour Hazaken au siman 489, paragraphe 17, le gardien ne serait plus efficace après le coucher du soleil, une fois que l’obligation de compter est entrée en vigueur.
Oubli la nuit : compter le jour sans bénédiction
En pratique, dans les synagogues, cet oubli ne se produit pratiquement jamais : le hazzan récite la Sefira à voix haute lors de la prière d’Arvit, et tout le monde compte avec ferveur. Mais pour celui qui prie chez lui, l’oubli peut survenir. Si l’on se rappelle le lendemain matin qu’on a oublié de compter la nuit précédente, que faire ?
La réponse est claire : on peut et on doit compter pendant la journée, mais sans bénédiction. La bénédiction sur le Compte de l’Omer ne s’applique qu’à la nuit, jusqu’à l’aube. Une fois le jour levé, on compte sans bracha — on prononce la formule complète du jour, mais sans la bénédiction préliminaire. Cette Sefira diurne sans bracha préserve la continuité du compte pour toute la saison.
Le crépuscule (Bein Hashmashot) : une zone de doute
Le Bein Hashmashot — littéralement « entre les deux luminaires » — est la période comprise entre le coucher du soleil et l’apparition des étoiles. Halakhiquement, ce moment est safek yom safek laïla : il est incertain s’il s’agit encore du jour ou déjà de la nuit. Les Mitsvot dont le moment est diurne doivent être accomplies avant le Bein Hashmashot ; celles qui sont nocturnes doivent attendre la sortie des étoiles.
Que se passe-t-il si l’on a oublié de compter toute la nuit et tout le jour, et que l’on s’en souvient seulement au Bein Hashmashot — après le coucher du soleil mais avant la sortie des étoiles ? On compte sans bénédiction. La question est de savoir si l’on peut reprendre le compte avec bénédiction les nuits suivantes. Les autorités sont divisées. L’auteur du Hilkhot Shlomo, chapitre 11, cite des raisons valables pour permettre de continuer à compter avec bénédiction dans ce cas. La position retenue est que même si l’on n’a compté qu’au Bein Hashmashot du jour manqué, on peut continuer à compter avec bénédiction les nuits suivantes.
Avoir manqué un jour entier : compter sans bénédiction
Si l’on a complètement oublié de compter un jour — ni la nuit, ni le jour — et qu’on s’en souvient la nuit suivante, la règle du Choulhan Aroukh est sans ambiguïté : on continue à compter, mais sans bénédiction, quelle que soit la raison de l’oubli — inadvertance ou volonté délibérée. La raison en est que la Torah exige « Cheva Chabot Temimot » — sept semaines complètes. Dès qu’un jour manque, la complétude (temimout) n’est plus assurée. On continue néanmoins à compter, car certains décisionnaires estiment que chaque nuit est une Mitsva en soi et que manquer un jour ne ruine pas le compte des autres nuits.
Il est rapporté au nom de grands Hassidim qu’ils continuaient à compter avec bénédiction après avoir manqué un jour. Certains livres évoquent cette pratique. Cependant, le Rabbi — le Rabbi de Loubavitch — a insisté à plusieurs reprises sur la décision du Choulhan Aroukh, et dans notre communauté, la règle est de compter sans bénédiction dès lors qu’un jour a été manqué.
Le doute : a-t-on compté ou non ?
Que se passe-t-il si une personne ne sait plus avec certitude si elle a compté la nuit précédente ? Elle se souvient d’avoir pensé à compter, mais ne se rappelle pas si elle l’a effectivement fait. Dans un tel cas de doute, elle peut continuer à compter avec bénédiction les nuits suivantes. Le principe général en halakha est safek berakha lehakel : en cas de doute sur une bénédiction, on est indulgent.
Si elle se souvient de ce doute pendant la journée, il est préférable de compter sans bénédiction pour s’assurer de la continuité. Même si elle ne le fait pas, elle peut continuer les nuits suivantes avec bénédiction, en s’appuyant sur les décisionnaires qui estiment que le doute ne compromet pas la suite du compte.
Ne pas perdre la bénédiction : se faire libérer par un autre
Quelqu’un qui se trouve dans la situation de ne plus pouvoir faire la bénédiction — parce qu’il a perdu un jour — ne doit pas pour autant se priver de toute bénédiction. Les décisionnaires indiquent qu’il peut demander à un autre de prononcer la bénédiction à voix haute, l’écouter et répondre Amen, puis compter lui-même. Le principe est celui de Chomea ke’oneh — « celui qui écoute est comme celui qui prononce » — lorsque l’on a l’intention d’acquitter son obligation par l’écoute.
Cependant, deux restrictions importantes s’appliquent :
Premièrement, une femme ne peut pas acquitter l’obligation d’un homme. Puisque les femmes sont exemptées du Compte de l’Omer — et que leur propre compte est un acte volontaire — elles ne peuvent pas libérer de son obligation un homme qui y est tenu.
Deuxièmement, et pour la même raison, une mère ne peut pas acquitter l’obligation de son fils — même un garçon mineur ayant atteint l’âge d’éducation (Hinnoukh) — par sa propre récitation. Car le garçon est obligé de droit rabbinique (miderabanan), et une femme exemptée ne peut libérer quelqu’un d’une obligation, fût-elle rabbinique. La mère peut acquitter l’obligation de sa fille, mais pas celle de son fils.
La bénédiction ne bloque pas la Mitsva
Un principe fondamental : la bénédiction ne conditionne pas la Mitsva elle-même. Quelqu’un qui a soufflé dans le Chofar à Roch Hachana, ou lu la Meghila, sans prononcer la bénédiction préliminaire, a néanmoins accompli la Mitsva. Il en est de même pour le Compte de l’Omer : compter sans bénédiction est valable après coup (bediavad). Ce n’est pas l’ordre idéal — l’ordre requis est de bénir, puis de compter — mais si cela s’est produit, la Mitsva est accomplie.
Prononcer le compte par inadvertance avant la bénédiction
Le Choulhan Aroukh met en garde contre une situation fréquente et délicate : si, après le coucher du soleil (ou dès le Bein Hashmashot), l’on prononce la formule du jour avant d’avoir récité la bénédiction, on ne peut plus bénir pour cette nuit.
L’exemple typique : un ami vous demande « quel jour sommes-nous dans l’Omer ? » Vous répondez « aujourd’hui c’est le 28e jour ». Si cet échange a eu lieu après le coucher du soleil, vous avez déjà compté — même sans avoir eu l’intention de vous acquitter de la Mitsva — et vous ne pouvez plus réciter la bénédiction ce soir-là. Dans ce cas, il faut demander à quelqu’un d’autre de bénir à voix haute et de vous libérer par votre écoute et votre Amen.
Le Choulhan Aroukh recommande de commencer à être vigilant dès le Plag Hamincha — une heure et quart de temps relatif avant le coucher du soleil. À partir de ce moment, il vaut mieux éviter de mentionner le numéro du jour de l’Omer. En cas de nécessité, on peut dire : « Hier c’était le 24e jour », laissant ainsi entendre que ce soir sera le 25e, sans avoir prononcé la formule du jour.
Si l’on a quand même dit le chiffre, mais sans avoir prononcé le mot « aujourd’hui » (hayom), on peut encore bénir cette nuit-là. La mention du chiffre seul, sans le mot « aujourd’hui », ne constitue pas un compte au sens halakhique.
Répondre « oui » à une question sur le compte
Une subtilité importante : si quelqu’un vous demande « aujourd’hui c’est bien le 28e jour de l’Omer ? » et que vous répondez « oui », vous n’avez pas compté — ni l’un ni l’autre. Celui qui a posé la question l’a formulée comme une interrogation, et vous n’avez répondu que par une confirmation. Les deux peuvent donc encore compter avec bénédiction. En revanche, si l’un de vous dit explicitement « aujourd’hui c’est le 28e jour » et que l’autre répond « oui » en acquiesçant pleinement, il y a matière à discussion — répondre « oui » à une déclaration peut être assimilé à une adhésion équivalant à avoir prononcé soi-même les mots.
La position debout et la connaissance du jour
Le Compte de l’Omer doit être accompli en position debout, comme le déduisent les décisionnaires du verset « Ousfartem lakhem ». Être debout signifie ne pas s’appuyer sur quelque chose de telle sorte que, si ce support disparaissait, on tomberait. Un léger appui qui ne conditionne pas l’équilibre du corps n’est pas considéré comme une véritable position allongée.
Avant de réciter la bénédiction, il faut savoir quel jour on va compter. L’Admour Hazaken précise, en ses propres termes, que l’on doit bénir en sachant ce sur quoi on bénit : si l’on ne connaît pas le numéro du jour, on ne sait pas sur quoi on bénit. En pratique, en synagogue, cela ne pose pas de problème car le hazzan indique le jour. Chez soi, il est courant qu’un proche aide à rappeler le jour — cela est tout à fait permis.
Ne pas interrompre entre la bénédiction et le compte
Il ne faut pas interrompre le compte entre la bénédiction et la récitation de la Sefira — ni par la parole, ni même par le silence. Si, après avoir béni, on entend un ami réciter la bénédiction et que l’on veut répondre Amen, on ne le fait pas. En revanche, si l’on a béni mais pas encore compté, et que l’on n’a pas parlé de sujets étrangers à la Sefira, on peut encore compter normalement avec sa bénédiction.
Durant la bénédiction elle-même, il est formellement interdit de faire quoi que ce soit — même une tâche légère. Lorsqu’on s’adresse au Saint béni soit-Il en disant Baroukh Ata Hachem, c’est un moment d’exclusivité devant D.ieu, et non le moment de s’occuper d’autre chose.
Corriger une erreur dans le compte
Si l’on a compté un mauvais jour, on peut se corriger à condition de le faire immédiatement (tokh kédei dibbour). On prononce la formule correcte, et la Mitsva est accomplie. Si l’on s’est rendu compte de l’erreur plus tardivement en entendant les autres compter un autre chiffre, on compte à nouveau le chiffre exact. Doit-on aussi répéter la bénédiction ? La Michna Broura l’exige, mais selon l’Admour Hazaken, il semble que l’on n’ait pas besoin d’une nouvelle bénédiction — la Sefira corrigée suffit.
Compter sans mentionner les semaines
Si l’on a oublié de mentionner les semaines dans la formule — par exemple en disant « aujourd’hui le 12e jour de l’Omer » au lieu de « aujourd’hui le 12e jour, soit une semaine et cinq jours de l’Omer » — on a néanmoins accompli la Mitsva après coup (bediavad). Il est toutefois recommandé, si l’on s’en souvient à temps, de répéter la formule complète sans bénédiction.
Compter en abréviations ou en lettres hébraïques
Une question délicate se pose : si l’on a dit, par inadvertance, « aujourd’hui Lamed-Guimel » au lieu de « aujourd’hui trente-trois jours » — notamment le jour de Lag BaOmer — a-t-on compté ? Les décisionnaires sont partagés. C’est pourquoi, à l’approche de Lag BaOmer, avant d’avoir compté, il faut éviter de dire aux enfants « aujourd’hui c’est Lag BaOmer, allons aux feux de joie ! » La prudence s’impose.
Conclusion
Que ces jours de Sefira soient empreints d’une authentique préparation spirituelle. Comme nous l’avons évoqué lors du cours précédent, ce sont des jours qui exigent une Ra’hamim — une miséricorde divine particulière — afin que nous arrivions à Chavouot dans la force et la joie, en méritant pleinement la réception de la Torah.
Le 27e Kinous Hachlouhim de France a rassemblé dimanche plus de 450 Chlou’him, Rabbanim et invités au Beth Haya Moussia de Paris, dans une atmosphère empreinte de ferveur et d’unité. Des émissaires venus de toute la France ont pris la parole pour témoigner des miracles qui jalonnent leur Chliha’h au quotidien. Farbrenguen et conférences ont ponctué une journée mémorable, célébrée également en hommage aux 58 années de dévotion du Rav Chemouel Azimov, fondateur du Beth Loubavitch à Paris.
Un rassemblement historique au cœur de Paris
C’est au Beth Haya Moussia, dans le 19e arrondissement de Paris, que s’est tenu dimanche le 27e Kinous Hachlouhim annuel de France — une journée de retrouvailles, de partage et d’inspiration qui a réuni plus de 450 participants venus des quatre coins du pays. Chlou’him, Rabbanim, dignitaires communautaires et invités d’honneur ont répondu présent à cet événement devenu au fil des années l’un des rendez-vous incontournables du monde Habad francophone.
La présidence du Kinous était assurée par le Rav Mendel Azimov, Chalia’h à Paris, dont le rayonnement et l’autorité morale au sein du réseau français ne sont plus à démontrer. Parmi les personnalités présentes figurait le Rav Mendy Kotlarsky, venu spécialement de New York en sa qualité de président du Kinous Hachlouhim international — sa présence conférant à l’assemblée une dimension qui dépasse les frontières nationales. M. Besnainou, invité d’honneur, représentait quant à lui les liens profonds qui unissent la communauté Habad aux cercles institutionnels et civils de la société française.
La foi comme levier : l’histoire d’un Beth Habad acquis contre toute attente
Parmi les témoignages qui ont marqué les esprits, celui du Rav Berel Kesselman, Chalia’h dans le 16e arrondissement de Paris, a suscité une attention particulière. Avec une franchise désarmante, il a retracé l’odyssée qui l’a conduit à acquérir un vaste espace pour son Beth Habad — alors même que son compte en banque affichait un solde négatif.
L’histoire remonte à deux ans, lors du précédent Kinous. Un confrère Chalia’h y avait passé de longues heures à partager des récits de miracles patents, des histoires où la Providence se manifestait avec une clarté presque déconcertante. Le lendemain matin, le Rav Kesselman, le cœur encore imprégné de ces récits, se retrouvait à passer devant un ancien Franprix désaffecté, situé à proximité de son centre. Une pensée s’imposa à lui avec une évidence tranquille : cet endroit pourrait être le nôtre.
Ce qui suivit tient davantage du roman que du compte rendu administratif. Un premier inconnu, qui avait toujours refusé d’investir quoi que ce soit en France, le mit sur la piste d’un espace plus grand encore, situé en face de la poste du quartier. Le Rav Kesselman se dit qu’il n’avait rien à perdre, et alla visiter les lieux. Un deuxième interlocuteur l’encouragea à formuler une offre. Il fit l’offre. Un troisième lui conseilla de renoncer à la condition de financement préalable. Il y renonça. À chaque étape, à chaque carrefour décisif, une personne différente surgissait et faisait avancer le projet d’un pas supplémentaire — comme si une main invisible orchestrait l’ensemble.
Le financement fut réuni grâce à trente donateurs, chacun prenant en charge le coût d’un mètre carré. « Au moment où j’ai commencé à faire le calcul dans ma tête, confia-t-il à l’assemblée, je me suis dit : c’est le Rabbi qui dirige tout cela. » Une formule qui résume à elle seule la philosophie du Chalia’h : agir, avancer, et laisser le Rabbi ouvrir les portes.
Le Mikvé de Longjumeau : une triple coïncidence qui ne doit rien au hasard
Le Rav Yossef Celnik, Chalia’h à Longjumeau, a de son côté partagé le récit édifiant de la construction du Mikvé de sa communauté — une histoire où les coïncidences s’accumulent jusqu’à ne plus pouvoir être qualifiées ainsi.
Tout commença en un seul et même jour : celui où le Rav Celnik apprit que sa candidature au programme des 120 Mikva’ot du Merkaz avait été acceptée. Ce même jour, un confrère l’appela pour l’exhorter à ne pas tarder davantage à construire un Mikvé. Et ce même jour encore, un ami installé en Israël lui téléphona pour lui proposer un soutien financier. Trois signaux concordants en l’espace de quelques heures — une convergence que le Rav Celnik ne pouvait ignorer.
Lorsque vint le moment de rassembler le solde des fonds nécessaires, il se tourna vers le Rabbi en lui écrivant. En parcourant les écrits du Rabbi, il tomba sur une lettre adressée à un Rav concernant la construction d’un Mikvé, dans laquelle le Rabbi indiquait qu’il prendrait personnellement en charge la moitié des frais. Cette découverte galvanisa le Rav Celnik : une campagne de collecte fut lancée quatre jours plus tard, et en l’espace de trois jours seulement, elle permit de réunir 135 000 euros — soit exactement la moitié du budget total du projet, évalué à 270 000 euros. Le Rabbi avait, en quelque sorte, tenu parole.
La responsabilité du Chalia’h envers chaque Juif en détresse
Le Rav Lévi Goldberg, Chalia’h à Arcueil, a abordé une dimension moins spectaculaire mais tout aussi fondamentale de la Chliha’h : la responsabilité morale et humaine qui incombe à l’émissaire lorsqu’un Juif en situation de détresse frappe à sa porte, sans autre recours, sans autre adresse où se tourner.
Dans un témoignage sobre et fort, il a rappelé que le Beth Habad n’est pas seulement un lieu d’étude ou de prière, mais un refuge — un espace où chaque personne, quelle que soit sa situation, doit se sentir accueillie, entendue et soutenue. La Chliha’h ne s’arrête pas aux portes de la synagogue : elle commence là où les autres institutions s’arrêtent.
Hommage à 58 ans de Chliha’h : le Rav Chemouel Azimov honoré
Un moment particulièrement émouvant fut la prise de parole du Rav Binyamin Mergui, qui rendit un hommage vibrant au Rav Chemouel Azimov à l’occasion de ses 58 années de Chliha’h à Paris. Figure tutélaire et fondatrice de la présence Habad en France, le Rav Chemouel Azimov a consacré plus d’un demi-siècle de sa vie à l’édification d’un réseau d’institutions, de Beth Habad et de communautés qui maillent aujourd’hui l’ensemble du territoire français. Son œuvre, pionnière à bien des égards, constitue le socle sur lequel repose l’ensemble du mouvement Habad en France.
L’assemblée, debout, salua cet hommage avec une émotion visible — une reconnaissance unanime pour celui qui, il y a près de six décennies, avait répondu à l’appel du Rabbi et avait fait de Paris le cœur battant de la Chliha’h francophone.
Raffle et Farbrenguen : la joie comme pilier de la Chliha’h
Le programme de la journée comprenait également une raffle, dont le gagnant fut annoncé en grande pompe : le Rav Yossef Katan fut acclamé par l’assemblée à l’annonce de son nom.
À l’issue du Kinous, un Farbrenguen fut organisé au Beth Haya Moussia du 19e arrondissement. Cet après-midi de fête et de fraternité fut animé par deux figures charismatiques : le Rav Chabtaï Slavatitsky, Chalia’h à Anvers en Belgique, et le Rav Lévi Azimov. Dans l’esprit authentique des Farbrenguen tels que le Rabbi les avait institués, la parole se mêla au chant, les récits personnels aux enseignements ‘hassidiques, dans une atmosphère à la fois chaleureuse et spirituellement élevée.
Ce 27e Kinous Hachlouhim de France aura une fois de plus démontré la vitalité et la cohésion d’un réseau d’émissaires qui, de Paris à la province, œuvrent chaque jour à rapprocher chaque Juif de son héritage — avec foi, ténacité, et la certitude que le Rabbi accompagne chacun de leurs pas.
Le Rav Mendy Kotlarsky a pris la parole lors du 27e Congrès des Chlou’him de Paris, en présence du Rav Mendel Azimov, du Rav Levi Azimov et de l’ensemble des émissaires. Son discours était placé sous le signe du thème central du Kinous : Hatov Hachem Letovim — D.ieu est bon envers les bons. Dans une allocution à la fois intime et inspirante, il a rappelé que la plus grande bénédiction que le Rabbi nous ait accordée, c’est d’avoir les uns les autres.
Une chance et un privilège
Lé’haïm, mes frères. Pour moi, c’est un véritable privilège que d’avoir l’occasion d’être ici, au Kinous des Chlou’him de Paris, aux côtés du Rav Mendel Azimov, du Rav Levi Azimov et de tous les émissaires réunis ce soir. En vérité, cette assemblée est quelque chose qui procure au Rabbi une immense, une profonde satisfaction — Na’hat — lorsque l’on se retrouve ensemble, lorsque l’on fait un Farbrenguen ensemble. Ces kinousim régionaux, où tous se rassemblent en un seul lieu, c’est le Rabbi lui-même qui en a eu l’initiative. Pour nous, c’est un privilège que de pouvoir en faire partie, d’être témoins des succès extraordinaires, du développement et de toutes les grandes choses que les Chlou’him de Paris accomplissent, guidant une véritable mission dans le monde entier.
Je voudrais donc commencer par porter un Lé’haïm : que tout ce que nous avons vu, tout ce dont nous débattons ce soir, se réalise l’année prochaine à un niveau encore supérieur — lech’at’hila ariber — en nous appuyant sur tout ce que nous avons construit par le passé. Car nous vivons aujourd’hui dans une époque où tout ce que nous avons fait jusqu’ici n’est plus seulement une question de petits pas. Avec les outils dont nous disposons, avec tout ce que nous avons entre les mains, nous pouvons grandir, nous transformer et conduire notre mission de manière bien plus grande encore.
À la mémoire du Rav Moishy Voda
Avant tout, je souhaite mentionner la mémoire du Rav Moishy Voda, fils du Rav Tsvi Yossef, de mémoire bénie. S’il avait pu se rendre au Kinous de Paris, il aurait toujours cherché à être présent ici, aux côtés du Rav Chemouel, du Rav Mendel et du Rav Levi. Je leur adresse, ainsi qu’à vous tous, mes vœux de succès immense.
Et comme nous pouvons le lire dans le thème de ce Kinous : Hatov Hachem Letovim — D.ieu est bon envers les bons.
Le message fondateur : la confiance du Rabbi en ses émissaires
Nous connaissons tous la Si’ha célèbre que le Rabbi a prononcée sur ce sujet. Mais il faut savoir — et ressentir — que la toute première chose sur laquelle doit reposer tout ce que nous faisons, c’est la certitude que nous représentons les émissaires du Rabbi. Nous avançons avec la force du Rabbi, avec la confiance, les bénédictions et les capacités qu’il nous a transmises. Le Rabbi croit en nous. Le Rabbi nous a donné les moyens d’agir. Nous n’avons qu’à accomplir ce que Hatov Hachem Letovim nous appelle à faire.
Le sens profond de « D.ieu est bon envers les bons »
Qu’est-ce que cela signifie réellement, ce principe de Hatov Hachem Letovim ? C’est l’une des choses qui me touche le plus profondément. Lorsqu’on le voit à l’œuvre, lorsqu’on perçoit les bénédictions qu’il génère, on comprend : c’est quand un Chalia’h fait du bien à un autre Chalia’h. Voilà ce que c’est — la bonté, la bénédiction, le don que le Rabbi nous a offert : nous nous avons les uns les autres.
Hatov Hachem Letovim, c’est quand un émissaire voit son collègue voisin, celui qui se trouve à ses côtés, et qu’il se préoccupe de sa famille. On le voit au quotidien : un Chalia’h reçoit quelque chose d’inattendu — un don, une opportunité — et il ne le garde pas pour lui seul. Il le partage avec les Chlou’him de sa région. Il se rend à la Yéchiva et ne pense pas seulement à son propre fils : il veille aussi sur le fils d’un autre émissaire, celui qui n’a pas vu ses parents depuis longtemps.
Et l’on voit les bénédictions qui arrivent aux Chlou’him eux-mêmes.
Un récit : la bonté reçue comme une mission
Voici une histoire que j’ai entendue un jour, une histoire très particulière. Quelqu’un avait besoin d’un rendez-vous chez un médecin et se trouvait dans une situation difficile. Il ne connaissait pas personnellement le Rav concerné, mais il l’appela quand même. Et ce rav, au milieu de la nuit, décrocha son téléphone et lui rendit ce service. Lorsque cet homme se retrouva en audience avec le Rabbi et lui raconta l’histoire, le Rabbi lui dit : « Tu crois que tu as rendu service à quelqu’un d’autre — mais le Saint béni soit-Il t’a donné l’occasion de faire ce bien, parce que tu en es capable. Faire du bien à un autre émissaire, à un autre Juif, à une autre personne. »
La pratique concrète : commencer par ceux qui nous sont proches
Voilà donc la première chose : si tel est le thème de ce Kinous, chacun doit commencer par réfléchir à sa propre famille. Quel bien pouvez-vous faire pour la Chlou’ha qui travaille avec vous ? Pour vos enfants ? Pour le Chalia’h qui est votre voisin ?
50 ans de la révolution éducative du Rabbi
Ce soir, il nous faut également souligner le cinquantième anniversaire de l’Année de l’Éducation — Shnat Hachinuch — (5735 / 1974-1975) et de la campagne d’apprentissage des versets bibliques par cœur. Le Rabbi a transformé chacun de nous, les Chlou’him, et chaque Juif, et chaque enfant — non seulement pour savoir, non seulement pour faire, mais pour conduire, pour apprendre et pour enseigner tout ce que nous faisons. Cette révolution, c’est celle du Rabbi qui a cru en chaque Juif et en chaque enfant : si nous savons quelque chose, nous devons l’enseigner ; si nous avons quelque chose, nous devons le partager. Faire ce bien avec ce que nous possédons — voilà ce qui brisera, avec l’aide de D.ieu, tous les murs de l’exil.
L’espoir de Jérusalem
Avec l’aide de D.ieu, nous continuerons. Et lors du prochain Kinous Hachlouhim, que nous soyons ensemble — tous les émissaires qui doivent s’y trouver — à Jérusalem la sainte. Lé’haïm ! Lé’haïm !
Rav Berel Levin, archiviste en chef de la bibliothèque du Rabbi, a reçu au fil des années plus de 600 réponses manuscrites personnelles du Rabbi — un record quasiment sans précédent dans l’histoire du mouvement Habad-Loubavitch. Dans cet entretien accordé au podcast Among Chassidim, il retrace avec une précision remarquable les étapes d’une existence placée sous le signe de la transmission : l’édition des Igrot Kodech, la publication des chroniques de Habad en Union soviétique, la mission de récupération des livres de Loubavitch à Moscou, et bien d’autres chapitres d’une vie construite, lettre après lettre, au gré des directives du Rabbi. Un témoignage d’une richesse exceptionnelle sur la manière dont le Rabbi guidait ses émissaires jusque dans les moindres détails de leur travail.
Des origines marquées par la guerre et l’exil
Les parents de Rav Berel Levin vivaient à Kharkov jusqu’au milieu de la Seconde Guerre mondiale. À l’approche des troupes allemandes, ils fuirent vers les profondeurs de la Russie, jusqu’à Samarcande, où ils s’établirent jusqu’à la fin du conflit. À la libération, ils quittèrent le pays grâce à de faux papiers d’identité appartenant à des Polonais décédés pendant la guerre, traversant la Pologne pour rejoindre Pocking, un camp de personnes déplacées en Allemagne. Ils y vécurent environ un an et demi avec l’ensemble de la communauté Habad qui avait fui la Russie, avant de s’installer à Paris.
Sa mère était issue d’une famille ‘hassidique Habad-Loubavitch de longue tradition. Son père, lui, avait grandi dans une famille de ‘hassidim généraux en Ukraine ; mais en Russie soviétique, les seules Yéchivot qui avaient survécu étaient les Yéchivot clandestines de Habad — il était donc allé étudier à la Yéchiva ‘hassidique de Vitebsk.
Rav Levin naquit à Paris à la fin de l’année 5708 (1947-1948). Quelques mois plus tard, ses parents immigrèrent en Terre d’Israël et s’installèrent à Kfar Habad, alors tout juste fondé au début de l’été 5709 (1948-1949).
L’appel de 770 : une décision de jeunesse
Après des années passées au ‘heder de Kfar Habad, Rav Levin rejoignit la Yéchiva Tomhei Tmimim de Lod peu avant sa bar-mitsva. Mais une conviction s’imposait en lui avec force : sa place véritable était auprès du Rabbi, à 770 Eastern Parkway. Il en parla plusieurs fois à son père, qui, lors d’une visite pour Tichri, transmit ce désir au Rabbi durant une ye’hidout.
La réponse du Rabbi fut précise : le jeune garçon devait rester encore une année en Terre d’Israël. Si durant cette année il étudiait avec assiduité et sanctifiait le Nom divin dans son apprentissage, il pourrait alors demander au directeur de la Yéchiva d’écrire à son homologue de New York pour obtenir un visa d’étudiant.
Rav Levin s’y consacra pleinement. Il écrivit même au Rabbi pour lui faire part de son engagement. Le Rabbi lui répondit par lettre, lui précisant notamment que l’étude devait être pratiquée dans l’esprit du Yougua Torah — un labeur intense et authentique — pour qu’elle produise ses véritables fruits. Le visa arriva, et le 18 Tévet 5724 (1963), Rav Levin débarquait aux États-Unis.
Il commença par la Yéchiva de Newark, destinée à devenir par la suite celle de Morristown. Mais survint alors le décès de la mère du Rabbi, la Rabbanit ‘Hana, et le Rabbi se mit à diriger lui-même les prières trois fois par jour et à tenir un Farbrenguen chaque Chabbat. De Newark, les élèves n’avaient le droit de venir à Crown Heights qu’une fois par mois, pour le Farbrenguen de Chabbat Mévoré’him. Rav Levin, qui n’avait pas quitté la Terre d’Israël pour voir le Rabbi une fois par mois, resta à Brooklyn.
La direction de la Yéchiva de 770 refusa d’abord de l’accepter — il n’avait que seize ans et devait, selon eux, retourner à Newark. Il n’y retourna pas. Il dormit dans une des salles de la Yéchiva Oholei Torah et étudiait à 770. Au bout de deux mois, la direction accepta de l’intégrer. Il y resta dès lors jusqu’à son mariage.
Les premières ye’hidout : la Torah comme sésame
Quelques semaines après son arrivée, lors d’une ye’hidout organisée après le Youd Chevat, Rav Levin rapporta au Rabbi ses progrès dans l’étude. Le Rabbi lui rappela qu’il existait une réticence halakhique à quitter la Terre d’Israël pour l’étranger, à moins que ce soit dans le seul but d’étudier la Torah. Il lui assura donc que tant qu’il étudierait avec la rigueur requise, il avait la permission halakhique de rester.
Deux ans plus tard, son visa d’étudiant arrivant à expiration, il retourna en ye’hidout. Le Rabbi lui réitéra les mêmes conditions. Pour régulariser sa situation, un avocat du nom de Ring, qui traitait habituellement les dossiers de 770, lui expliqua que, sans famille aux États-Unis, il lui faudrait une lettre d’invitation d’une institution scolaire attestant avoir besoin de lui. Rav Yaakov Yakovson, le Machpia de la Yéchiva, lui indiqua un responsable d’école hébraïque à Passaic, dans le New Jersey. Celui-ci lui rédigea une invitation officielle, et Rav Levin put ainsi obtenir ses papiers de résidence.
Cette même période fut marquée par un épisode révélateur. Rav Levin se consacrait tellement à ses études — surtout la nuit — qu’il négligeait sommeil et repas. Le directeur de la Yéchiva, Rav Mentlik, s’en inquiéta et en avertit son père. Lors d’une ye’hidout, le père rapporta la chose au Rabbi. Celui-ci lui dit de transmettre à son fils d’apprendre le troisième chapitre de l’Iguerèt HaTéchouva de l’Alter Rabbi, où il est expliqué que celui qui étudie la Torah ne doit pas jeûner, car cela perturbe l’étude. Le père précisa que son fils ne jeûnait pas — il ne faisait que négliger les repas. Le Rabbi répondit avec un trait d’humour talmudique : «Malikotla Palga, Malikotla Koula» — tuer quelqu’un à moitié ou en entier, c’est dans les deux cas ne pas s’en occuper. Depuis lors, Rav Levin s’efforça d’être plus attentif à ses horaires.
L’anecdote de la bouteille de Machkeh
À l’époque où l’on pouvait encore déposer une bouteille de Machkeh devant le Rabbi lors des Farbrenguen, le père de Rav Levin lui avait confié une bouteille à remettre au Rabbi. Lors d’un Farbrenguen du Youd Chevat, Rav Levin s’approcha du Rabbi entre deux Si’hot et lui dit : «Voici la bouteille que mon père vous envoie.»
Le Rabbi demanda : «Qui est ton père ?» — «Israël Youdel ben Leib Beilah.» — «Ah, Levin», dit le Rabbi.
Il prit la bouteille, examina l’alcool, puis le cachet de contrôle (hé’hcher), et se tourna vers l’un des Rabbanim Habad d’Israël qui se trouvait là pour lui demander si cette certification était couramment utilisée. L’autre répondit que oui, mais avoua ne pas la consommer lui-même. Le Rabbi se retourna vers Rav Levin et lui dit : «Alors tu ne m’en voudras pas si je ne l’accepte pas.» Il versa lui-même du liquide d’une autre bouteille dans le verre de Rav Levin pour faire le’haïm, et lui rendit la bouteille en lui disant : «Distribue-la aux gens.»
Les fiançailles et une mission diplomatique en Europe
Lorsque vint le temps des fiançailles, Rav Levin devait se rendre à Paris pour rencontrer sa future épouse. Soucieux de ne pas attirer l’attention sur le vrai motif de son voyage, il écrivit au Rabbi qu’il comptait poursuivre jusqu’à Londres pour prêter main-forte au travail de Rav Sudak, le responsable de Habad en Angleterre.
Le Rabbi biffa le paragraphe consacré à ce prétexte et lui indiqua simplement où il devait se rendre. Ce faisant, il transforma le voyage de rencontre en une véritable Cheli’hout : Rav Levin visita de nombreuses Yéchivot et Kollelim à Londres, Manchester, Sunderland et Gateshead, s’entretenant avec les élèves et les directeurs sur leur étude et sur les Si’hot du Rabbi. Ce fut, selon lui, une mission très fructueuse. À son retour, il remit au Rabbi un rapport détaillé de toutes ses visites.
Le mariage eut lieu quelques mois plus tard, le 14 Kislev, à Brooklyn, en présence du Rabbi.
Au Kollel : le premier grand projet halakhique
Après son mariage, Rav Levin rejoignit le Kollel de 770. C’est là que débuta, à la demande du Rabbi, son premier grand travail de recherche. Le Rabbi avait déclaré que les jeunes filles et les femmes devaient allumer les bougies de Chabbat avec la bénédiction — dans le cadre de la campagne Néroth Chabbat Kodech. Nombre de Rabbanim lui écrivirent pour signaler que le Choul’han Aroukh de l’Alter Rabbi semblait indiquer que les filles vivant au foyer ne pouvaient pas réciter cette bénédiction.
Le Rabbi demanda alors aux membres du Kollel d’étudier cette question à fond et de rédiger un responsum expliquant pourquoi la pratique était néanmoins correcte. Rav Levin, avec les Rav Lustig et Rav Silverberg, s’y consacra en profondeur. Il rédigea le document principal, approfondit tous les aspects de la Sugya et présenta un exposé complet avec de nombreuses questions résolues. Le Rabbi apporta quelques annotations et lui demanda d’imprimer le kountres en grand nombre pour l’envoyer à l’ensemble des Rabbanim des États-Unis, des membres de l’Agoudat HaRabbanim et de l’Igoud HaRabbanim. Ce premier travail fut couronné de succès : dans un des volumes des Igrot Kodech, le Rabbi mentionne ce kountres dans une réponse à un autre Rav qui l’avait interrogé sur ce sujet.
La fondation du périodique Yagdil Torah
Un an plus tard, lors du Farbrenguen du 2 Tamouz 5736 (1975-1976), le Rabbi annonça qu’un Institut devait être créé au sein du Kollel, avec pour mission de rassembler les écrits manuscrits des Rebbeim en matière de halakha et de ‘hassidout, et de les publier dans un recueil périodique — la revue Zikaron Yaakov David — en y ajoutant des novellés rédigés par les ‘hassidim.
Rav Levin soumit des novellés aux secrétaires du Rabbi. Rav ‘Hodakov, le directeur de cabinet du Rabbi, l’appela alors pour lui apprendre que le Rabbi avait pensé à lui pour diriger cet Institut. Mais le Rabbi souhaitait d’abord comprendre ce qui s’était passé concernant son éventuel poste de Roch Yéchiva à Morristown — poste pour lequel le Rabbi l’aurait conseillé d’accepter, mais dont la réponse s’était perdue en chemin. Après clarification et une visite à Morristown, il s’avéra que le poste avait entre-temps été attribué à un autre. Le Rabbi dit alors à Rav Levin de rester à Brooklyn et de continuer à travailler sur le projet du Kollel.
Le périodique prit finalement le nom de Yagdil Torah — nom proposé par le Rabbi lui-même lorsque Rav Levin lui avait soumis plusieurs suggestions. Il parut pendant dix ans, à raison d’un numéro mensuel ou bimestriel, pour un total de 72 livraisons. Chaque numéro était soumis au Rabbi avant impression ; celui-ci rendait régulièrement la copie avec des corrections, des ajouts, et parfois une réponse développée sur un point de halakha. Le Rabbi accordait la permission d’imprimer en datant lui-même la page de couverture.
La nomination à la tête de la bibliothèque
Au début de l’été 5737 (1976-1977), Rav ‘Hodakov convoqua Rav Levin pour lui transmettre l’instruction du Rabbi : il devait désormais prendre la direction de la bibliothèque — la Bibliothèque Agoudas ‘Hassidei Habad. Le Rabbi donna l’ordre à Rav Groner de lui céder la gestion. Rav Levin hérita ainsi d’un fonds immense mais non catalogué. Le Rabbi lui demanda de recruter plusieurs étudiants du Kollel pour l’aider à préparer le catalogue, travail qui dura plusieurs années.
Il est important de comprendre le contexte : la bibliothèque avait été fondée dans le bâtiment du 766 Eastern Parkway, acquis en 1966, et avait d’abord été organisée avec l’aide de Rav ‘Haïm Liberman. Pendant les dix années suivantes, la partie matérielle avait été gérée par Rav Youdel Krinsky, et les Séfarim eux-mêmes avaient été sous la responsabilité de Rav Yisroël Groner. La bibliothèque fonctionnait en lien avec le bureau des secrétaires du Rabbi. Le temps était venu d’en confier la direction à plein temps à quelqu’un capable d’en assurer le développement.
Rav Levin continua en parallèle à rédiger Yagdil Torah et à travailler sur d’autres projets que le Rabbi lui confiait. Quelques années plus tard, il s’attela également à la préparation du volume des responsa du Tsema’h Tsedek — les Che’elot ouTchouvot — en complément (Milou’im).
La publication des lettres des Rebbeim précédents
Après avoir achevé le catalogue de la bibliothèque, le Rabbi ne laissa pas Rav Levin sans occupation. Il lui confia la préparation d’un volume de courts ma’amarim de l’Alter Rabbi, accompagnés de ses lettres. À mesure que ce travail avançait, le Rabbi élargit le projet : il lui demanda d’y intégrer des lettres du Mitteler Rabbi et du Tsema’h Tsedek pour constituer un premier volume de la correspondance des premiers Rebbeim.
Rav Levin travailla sur ce volume toute l’année 5740 (1979-1980). Lorsqu’il l’eut achevé et l’eut remis au Rabbi — avant de partir pour le camp Ya’hid Kaleh de Gan Israël à Kfar Habad —, le Rabbi lui écrivit le lendemain qu’il devait faire des efforts particuliers pour finaliser l’index, mettre en page et imprimer l’ouvrage afin qu’il soit prêt et relié pour le 20 Elloul. Un mois de travail intensif s’ensuivit. Rav Levin appela son collaborateur Rav Turk Wilhelm depuis le camp pour lui transmettre les instructions et lancer l’impression. À son retour, il supervisa la correction, les ajouts et la mise en page. L’ouvrage fut imprimé la veille du 20 Elloul, exactement comme le Rabbi l’avait demandé — après un dernier détour en pleine nuit jusqu’au New Jersey pour récupérer des ajouts supplémentaires voulus par le Rabbi.
Ce fut la genèse des Igrot Kodech des premiers Rebbeim. Satisfait de ce travail rapide et soigné, le Rabbi demanda à Rav Levin de se consacrer immédiatement aux Ma’amarim Ketsarim de l’Alter Rabbi, puis aux lettres du Rabbi Rachab. Il lui remit deux grandes boîtes remplies de copies de lettres du Rabbi Précédent — des centaines de lettres que le Rabbi avait conservées dans sa maison depuis son départ de France occupée par les nazis. Ces documents, qu’il avait lui-même organisés et annotés, constituaient la base du travail sur la correspondance du Rabbi Précédent, publiée en dix volumes.
Chaque volume était accompagné d’une introduction historique (un Mavo) résumant l’activité du Rabbi Précédent pendant la période correspondante. Ces introductions fournirent à Rav Levin la matière première pour écrire, quelques années plus tard, les trois volumes de l’histoire de Habad en Union soviétique, aux États-Unis et en Israël (Toldot ‘Habad), publiés en 5748-5749 (1987-1989). Le Rabbi lui avait cependant demandé de préparer le volume sur l’URSS dès la fin des volumes d’Igrot — mais de ne pas encore le publier, car des Juifs vivaient encore en Russie et auraient pu être mis en danger. Ce n’est que cinq ans plus tard, en 5749 (1988-1989), que le Rabbi lui donna le feu vert.
Les Igrot Kodech du Rabbi : un projet né d’une initiative divine
En 5747 (1986-1987), le Rabbi envoya à Rav Levin un paquet de copies de ses propres lettres, provenant des archives des secrétaires, avec cette instruction : «Examine-les. Vois ce qui peut être publié et comment, et dis-moi ce que tu en penses.»
Rav Levin fut stupéfait. Il s’était jusque-là imaginé que les lettres du Rabbi continueraient à être publiées en annexe aux volumes de Likoutei Si’hot. Il alla interroger les responsables du Va’ad L’H’aïm Si’hot, Rav Na’hman Shapiro et Rav Label Altein. Ceux-ci lui expliquèrent ce qui s’était passé : ils avaient demandé au secrétaire Rav Chelomo Mendel Simpson de sélectionner des lettres pour le prochain volume de Likoutei Si’hot. Le secrétaire avait préparé tout un sac de lettres et les avait soumises au Rabbi pour approbation — mais au lieu de les renvoyer à la rédaction du Likoutei Si’hot, le Rabbi les avait transmises à Rav Levin.
Rav Levin demanda alors confirmation au Rabbi : les lettres devaient-elles être publiées en complément des Likoutei Si’hot, ou constituer une série indépendante d’Igrot Kodech ? Le Rabbi biffa la première option et confirma qu’elles devaient former une collection autonome. Il ordonna également qu’elles soient classées chronologiquement, à l’instar des lettres des Rebbeim précédents.
Les archives antérieures à 5714 (1953-1954) — soit avant que le Rabbi ne devienne Rabbi — se trouvaient dans une boîte cachée dans la pièce où étaient conservées ses Si’hot. Rav Groner la retrouva et la remit à Rav Levin. Le Rabbi demanda à ce que le premier volume soit prêt pour le 14 Nissan — soit en un mois, depuis le Pourim. Rav Levin travailla sans relâche, nuit et jour. Le premier volume parut avant Pessa’h. Le Rabbi lui demanda aussitôt de préparer le deuxième volume pour Chavouot. Et ainsi de suite, volume après volume, à un rythme que Rav Levin décrit comme «inhumain». Pendant plus d’un an, il n’eut ni jour ni nuit, travaillant en permanence sur les Igrot Kodech.
Au total, les Igrot Kodech forment un ensemble de plus de cinquante volumes. L’ensemble de ce travail — avec les photocopies originales des manuscrits du Rabbi, la transcription de chaque lettre et le contexte de chacune — est également consigné dans le Avodas HaKodech, ouvrage publié par Rav Levin et disponible à la vente.
L’affaire des livres : des mois au service des avocats
En 5745 (1984-1985), lorsque le Rabbi évoqua publiquement pour la première fois la question des Séfarim de Loubavitch et qu’il fut décidé de porter l’affaire devant les tribunaux, Rav Krinsky consulta le Rabbi sur la préparation des pièces du dossier. Le Rabbi indiqua que cette responsabilité incomberait à Rav Levin.
Rav Levin et son collègue Rav Its’hak Groner suspendirent tous leurs travaux en cours pendant plusieurs mois pour passer au crible des dizaines de milliers de documents d’archives, à la recherche de tout ce qui pouvait établir le caractère collectif — et non privé — de la bibliothèque. L’argument central était le suivant : lorsque le Rabbi Précédent avait lancé une collecte de fonds pour la bibliothèque, il avait demandé aux donateurs d’envoyer leurs Séfarim «à la bibliothèque de Loubavitch» — et non à lui personnellement. Cela établissait sans ambiguïté qu’il s’agissait d’un bien communautaire.
Rav Levin dut ensuite former les avocats qui ne connaissaient rien de l’histoire de Loubavitch. Il s’assit pendant des heures avec Me Loen dans son bureau, puis se rendit à Philadelphie pour une journée entière de préparation avec Me Choustak. Il assista à l’ensemble des dépositions — trois jours auprès de Rav Liberman, trois jours auprès de Barry Gourarié — et prépara chacun des témoins pendant plusieurs heures avant leur passage à la barre. Lors du procès, les avocats insistèrent pour qu’il reste à leurs côtés en permanence. La partie adverse s’y opposa, arguant qu’en tant que témoin, il ne pouvait pas être présent lors des audiences. Les avocats de Habad firent valoir qu’il était un témoin expert et ne pouvait être écarté. Le juge trancha en leur faveur : Rav Levin resta aux côtés des avocats pendant les trois semaines de procès.
Après le verdict et les procédures d’appel, les Séfarim furent finalement récupérés. Conformément à la directive du Rabbi — «faire les choses discrètement, car les premières Tables de la Loi furent données en grande pompe et furent brisées, tandis que les secondes furent données dans le silence et durèrent» — le retour des livres se fit dans la plus grande sobriété. Lorsque le Rabbi sortit et vit la foule massée dehors pour accueillir la camionnette, il les apostropha : «Pourquoi ne rentrez-vous pas étudier ? Cela aiderait bien davantage.»
Lors du Chabbat du 5 Tévet 5747 (1987), le Rabbi déclara que ce jour devenait à jamais un yom ségoula pour tout ce qui touche aux livres et aux bibliothèques — et que chaque année, à cette date, quiconque possédait des Séfarim susceptibles d’enrichir la bibliothèque devrait les y donner.
L’appartement du Rabbi dans la bibliothèque
Après l’attaque cardiaque du Rabbi en 5748 (1987-1988), ses médecins décidèrent de lui préparer un appartement dans la bibliothèque pour lui éviter de marcher plusieurs pâtés de maisons jusqu’à son domicile chaque Chabbat et Yom Tov. Dans deux des pièces de la bibliothèque, on installa une salle à manger et une chambre à coucher. Mais cette situation était inconfortable tant pour le Rabbi et la Rabbanit que pour les bibliothécaires, qui ne pouvaient plus entrer librement dans ces pièces.
Un Chabbat, après le départ du Rabbi chez lui, les personnes responsables décidèrent de réaménager entièrement ces deux pièces : ils montèrent tous les Séfarim au deuxième étage et aménagèrent des locaux dignes de ce nom. Tout fut fait en une semaine, sans en informer le Rabbi. Lorsque celui-ci arriva le vendredi suivant et vit les changements, il manifesta son mécontentement. La Rabbanit dépêcha aussitôt quelqu’un auprès de Rav Levin pour lui demander de venir d’urgence. Il se rendit immédiatement à la bibliothèque. La Rabbanit lui dit : «Pourquoi avoir fait cela ? Nous étions très bien comme nous étions.» Rav Levin répondit : «Ce n’est pas pour vous que nous avons fait cela. C’est pour nous. Il nous était difficile d’entrer constamment dans la chambre du Rabbi.»
Le Rabbi demanda à Rav Levin de lui mettre tout cela par écrit. Après lecture, il lui répondit : «Si ce que tu écris est exact, alors c’est acceptable» — laissant entendre qu’il restait sceptique, mais qu’il acceptait de ne pas en faire davantage.
Deux ans plus tard, en 5744 (1983-1984), un agrandissement plus fonctionnel fut réalisé dans la cour de la bibliothèque : deux étages furent construits, le rez-de-chaussée servant de stockage pour les Séfarim et le premier étage de salon pour le Rabbi — la pièce où il reçut plus tard Matisyahou Sinwar. La chambre à coucher et la salle à manger restèrent dans le bâtiment initial.
Des conversations précieuses avec la Rabbanit
Rav Levin eut l’occasion, à plusieurs reprises, de s’entretenir avec la Rabbanit ‘Haya Moucha pour obtenir des informations historiques sur le Rabbi et sur la famille. L’une de ces conversations porta sur la période de la fuite de France occupée.
Pour le cinquième volume des lettres du Rabbi Précédent, qui couvrait la période de l’exode d’Europe — le Rabbi à Marseille, à Vichy, au Portugal —, Rav Levin avait du mal à comprendre l’enchaînement des faits. Il se rendit un vendredi soir à la bibliothèque, où la Rabbanit se trouvait, et lui demanda de lui expliquer ce qui s’était passé. Elle accepta et lui raconta toute l’histoire.
À Paris, lorsque les Allemands approchèrent, le Rabbi voulut fuir vers Vichy. Les trains étaient bondés et il ne trouvait pas de place — jusqu’à ce qu’il produise un document attestant de son statut de soldat dans l’armée française. Il put ainsi monter dans un train. Il arriva à la gare de Vichy à l’entrée du Chabbat de Chavouot, avec plusieurs valises remplies de manuscrits, de livres et de copies de Séfarim. Un charretier proposa de tout charger sur sa carriole et d’y faire monter le Rabbi également. Mais celui-ci refusa : la Rabbanit monterait sur la carriole pour escorter les bagages, tandis que lui, il marcherait à pied aux côtés du charretier jusqu’à l’hôtel. C’est ainsi qu’il arriva à destination, à pied, la nuit du Chabbat de Chavouot.
Une autre conversation porta sur une lettre de 1922 retrouvée dans les archives, signée du nom de «Mordekhaï Gourarié» mais de la main du Rabbi. Rav Levin voulait comprendre pourquoi le Rabbi avait utilisé ce pseudonyme pour écrire à son maître, le Rabbi Rachab. La Rabbanit lui dit : «C’est très intéressant. J’aimerais moi aussi savoir. Écris au Rabbi.» Le Rabbi répondit à Rav Levin que le pseudonyme était destiné à déjouer la censure soviétique — et non à cacher quoi que ce soit à ses parents : «Je n’ai jamais rien caché à mes parents.»
L’expansion de la bibliothèque : une saga architecturale
Après l’appel du Rabbi à la communauté pour qu’elle verse ses Séfarim et collections à la bibliothèque, des milliers de volumes affleurent simultanément. La bibliothèque, déjà installée sur deux niveaux — dans les caves du 770 et dans le bâtiment du 766 — ne pouvait plus absorber ces arrivées. Les boîtes s’entassaient dans les couloirs.
Le Rabbi demanda à Rav Levin de lui soumettre des propositions. La première idée envisagée — une grande construction de plusieurs étages jouxtant le 770 — fut abandonnée lorsque le Rabbi déclara dans une Si’ha que le quartier était résidentiel et que les immeubles de grande hauteur n’y avaient pas leur place. Rav Levin écrivit au Rabbi : «Que dois-je faire ? Dix mille livres viennent d’arriver et sont tous dans des cartons dans les couloirs.» Le Rabbi lui répondit de consulter l’Agoudat ‘Habad sur la possibilité de construire pour la bibliothèque «dans les environs du 770». Lorsqu’un projet d’immeuble de quatre à cinq étages fut soumis au Rabbi, celui-ci dit que les plans étaient beaux — mais lui demanda de ne pas le construire, sans explication.
Un comité d’avis fut constitué, avec Rav Zalman Gourarié et d’autres personnalités. L’option d’acquérir un bâtiment sur Kingston Avenue fut étudiée, puis rejetée par le Rabbi dans une Si’ha : «Cette bibliothèque a été fondée par le Rabbi Précédent au 770. Elle doit rester au 770. S’il n’y a pas de place, on bâtit dans l’immeuble adjacent — à condition que ce soit considéré comme faisant partie du 770, c’est-à-dire qu’il y soit relié.»
Les travaux commencèrent : un étage fut ajouté au 766, la cour fut entièrement excavée pour créer des espaces de stockage souterrains, et un pont de liaison fut construit entre le 770 et le 766. Cette construction s’étendit sur toute l’année 5750 (1989-1990) pour la façade, et les finitions intérieures furent achevées en 5751 (1990-1991).
Le premier jour de Roch Hachana 5751, le Rabbi se rendit à la cérémonie du Tachli’h dans la cour de la bibliothèque. Sur le chemin du retour, il s’arrêta et leva les yeux vers la façade du nouveau bâtiment, l’examinant sous tous ses angles — c’était la première fois qu’il voyait le résultat du chantier. Le lendemain, il demanda que des photographies soient prises du bâtiment tel qu’il était désormais et envoyées à tous les grands donateurs qui avaient contribué à sa construction.
La visite nocturne de la bibliothèque
Lors de ‘Hol HaMoed Soukot 5745 (1984), les médecins du Rabbi approchèrent Rav Levin avec une proposition : ils savaient combien le Rabbi s’était personnellement impliqué dans la construction de la bibliothèque ; maintenant qu’elle était achevée, une visite lui apporterait sans doute beaucoup de satisfaction. Pour ne pas attirer l’attention, ils décidèrent de le faire à deux heures du matin, dans la discrétion la plus absolue.
La visite dura de deux à trois heures du matin. Le Rabbi fut accompagné dans chaque pièce sur un fauteuil. Rav Levin présentait chaque salle, son contenu et sa fonction. Lorsque le Rabbi secouait la tête d’un signe de satisfaction, c’était le signal de passer à la pièce suivante. S’il continuait à regarder autour de lui, c’est qu’il souhaitait plus de détails — et Rav Levin continuait à expliquer jusqu’à obtenir ce signe d’approbation.
Sur le pont reliant les deux bâtiments, le groupe s’arrêta. On entendait, venant d’en bas, les chants des élèves qui faisaient un Farbrenguen dans la Soukkah, dirigé par le Machpia Mendel Fouterfas. Le Rabbi tendit l’oreille vers la fenêtre d’où provenaient ces voix, et resta un moment à écouter. Rav Levin lui expliqua ce qui se passait. Le Rabbi hocha la tête avec satisfaction — et ils passèrent à la salle suivante.
La première mission en Russie : à la recherche des Séfarim de Loubavitch
En 5748 (1987-1988), le Rabbi envoya Rav Levin en mission secrète à Moscou, avec Rav Cunin et Rav Nissan Mindel, pour retrouver la trace de la collection de livres de la bibliothèque de Loubavitch. Cette collection, constituée par le Rabbi Rachab et le Rabbi Précédent, avait été évacuée de Loubavitch lors de la Première Guerre mondiale et déposée dans un entrepôt à Moscou. Après la révolution bolchevique, les autorités soviétiques ne la restituèrent pas et la transférèrent dans les réserves de la bibliothèque publique de Moscou.
La préparation de la mission avait commencé bien avant. Rav Levin avait parcouru le catalogue des 5 500 titres de la bibliothèque de Loubavitch, dressé avant la fuite, et sélectionné les ouvrages les plus rares et les plus anciens — ceux qui constitueraient un «fil rouge» pour identifier la collection. Une mission exploratoire préalable avait confirmé que douze de ces ouvrages figuraient dans les fichiers de la bibliothèque Lenin sous le nom de «collection Polyakov», au sein d’un même département.
Avant le départ, le Rabbi fit allusion à la mission lors d’un Farbrenguen, sans la nommer explicitement, en citant une histoire du Tsema’h Tsedek : il avait envoyé un émissaire à Saint-Pétersbourg et lui avait dit que ses décisions sur place seraient les bonnes, car le Tsema’h Tsedek déciderait à travers lui. Le lendemain, lors de la distribution des dollars, le Rabbi demanda où était le troisième membre du groupe — Rav Nissan Mindel — et, lorsque les trois se présentèrent, il donna à chacun 18 dollars, puis remit à chacun une page du ma’amar qu’il avait dit la veille : «Vous apprendrez ce ma’amar ensemble — chacun aura besoin des deux autres pour le comprendre. Cela renforcera la coopération entre vous et l’efficacité de la mission.» Il ajouta que, puisqu’ils partaient le 20 Tévét, l’Alter Rabbi accompagnerait leur démarche, et que lorsqu’ils seraient là-bas le 24 Tévét, c’est le Rabbi Précédent lui-même qui agirait à travers eux.
À Moscou, les portes des réserves leur furent d’abord fermées. Rav Cunin et Armand Hammer — le milliardaire américain qui traitait régulièrement avec le gouvernement soviétique — rencontrèrent le ministre de la Culture Zakharov, qui refusa l’accès aux entrepôts, acceptant seulement de leur laisser consulter le catalogue. Rav Levin demanda alors les douze ouvrages de sa liste. En moins d’une heure, les livres furent apportés. À l’ouverture du premier volume, les trois émissaires découvrirent des annotations de la main même du Rabbi Maharach, puis du Rabbi Rachab. Ils venaient de retrouver la collection.
En sortant de la bibliothèque — un vendredi matin —, ils appelèrent immédiatement Brooklyn. La nouvelle parvint au Rabbi dans la nuit. Dès le lendemain matin, il en fit part avec une grande joie à son entourage.
La mission se prolongea pendant un mois. Ils visitèrent également Saint-Pétersbourg, Kiev, Odessa et Dnepropetrovsk pour rechercher des documents liés au père du Rabbi. Mais ils rentrèrent sans résultat concret sur ce point. Durant trois ans, aucune suite ne fut donnée par les autorités soviétiques à leurs demandes de restitution.
La deuxième mission à Moscou : entre négociations et chute du communisme
En 5751 (1990-1991), le Rabbi envoya une deuxième délégation à Moscou. L’occasion en fut inattendue : dans le cadre des efforts pour faire sortir des enfants de la région de Tchernobyl après la catastrophe nucléaire de 5746 (1985-1986), une avocate russe du nom de Veronica Kogan avait obtenu du gouvernement soviétique les autorisations nécessaires. Elle proposa alors de mettre ses relations à profit pour la question des Séfarim de Loubavitch. Le Rabbi donna son accord.
Cette fois, quatre personnes furent envoyées : Rav Levin, Rav Cunin, Rav Aronov et Rav Kogan. Avant le départ, lors de la distribution des dollars, le Rabbi demanda où était le troisième membre du groupe, et lorsque les trois premiers se présentèrent, le Rabbi avait déjà mentionné lors d’un Farbrenguen — sans nommer quiconque — la même histoire du Tsema’h Tsedek envoyer un émissaire à Petersburg.
La délégation s’installa à Moscou pour un an et demi. Les négociations furent épuisantes : les autorités alternaient accords et revirements. Le Rabbi refusa à plusieurs reprises que la délégation rentre — «Vous êtes partis ensemble en mission, vous rentrerez ensemble quand le moment sera venu. Pour l’instant, restez là-bas.» Ils ne rentrèrent que brièvement, pour Chavouot et pour quelques événements familiaux importants. La communauté juive de Saint-Pétersbourg proposa même à Rav Levin de devenir Grand Rabbin de la ville. Il consulta le Rabbi, qui lui répondit : «Que voulez-vous dire ? Votre travail est ici — diriger la bibliothèque. Vous avez encore tant à y accomplir.»
Ce séjour coïncida avec la chute du communisme. La nuit du coup d’État raté, alors qu’une cérémonie de mariage devait avoir lieu dans une grande synagogue à Moscou, le tumulte politique avait tout perturbé. Les mariés se réfugièrent dans la synagogue Habad de la rue Bolchaïa Bronnaïa, où la délégation officiait. Un mariage y fut célébré dans les conditions les plus insolites. Après la cérémonie, Rav Levin s’aventura dans la grande artère de la ville, se faufilant entre les chars militaires qui bloquaient l’avancée des forces gouvernementales. «Nous n’étions pas en danger», précise-t-il, «mais nous avons tout vu de près, entre les tanks.»
Après dix-huit mois et la rupture des négociations par les autorités soviétiques — survenue après le 27 Adar 5752 (1992) —, Rav Levin écrivit à Rav Groner pour lui demander si le Rabbi lui permettait de rentrer pour Chavouot. Le Rabbi hocha la tête en signe d’approbation. Rav Levin rentra à Brooklyn et reprit la direction de la bibliothèque — poste qu’il occupe jusqu’à aujourd’hui.
La famille en mission : un camp d’été à Moscou
Après six mois passés à Moscou, la situation familiale devint difficile : la femme de Rav Levin se retrouvait seule à Brooklyn avec trois jeunes enfants. Elle proposa de venir le rejoindre. Rav Levin consulta le Rabbi, qui répondit que si un cadre éducatif adapté aux enfants pouvait être organisé sur place, ils pouvaient venir.
Un camp d’été fut monté à Moscou, avec une dizaine d’étudiants pour encadrer les enfants. La femme de Rav Levin supervisa la cuisine cachère. Ils restèrent deux mois — une expérience qui fut, selon lui, un grand succès. Six mois plus tard, la famille revint à Moscou pour un camp organisé en faveur des enfants de Tchernobyl, d’une durée de deux semaines. La délégation accompagna ensuite les enfants en avion jusqu’en Israël, puis rentra en Amérique.
Un héritage écrit lettre après lettre
Au terme de cet entretien d’une richesse exceptionnelle, Rav Levin résume ainsi l’essence de son parcours : pendant quinze années consécutives de travail sous la direction directe du Rabbi, il reçut entre 600 et 700 réponses manuscrites personnelles — soit, en moyenne, presque une par jour ouvrable. Chaque étape de son travail — qu’il s’agisse du catalogage de la bibliothèque, de l’édition de Yagdil Torah, de la préparation des Igrot Kodech, de la gestion du contentieux judiciaire ou des missions en Russie — faisait l’objet d’échanges écrits constants avec le Rabbi, qui orientait chaque décision dans ses moindres détails.
«Je n’allais généralement pas parler au Rabbi en personne», explique-t-il. «C’est précisément pour cela que tout se passait par écrit. Et c’est pourquoi j’ai autant de réponses : chaque question, chaque rapport, chaque doute était soumis par lettre — et le Rabbi répondait à chacun.»
Tout ce témoignage, avec les photocopies des manuscrits originaux du Rabbi, la transcription de chaque réponse et son contexte, est consigné dans le Avodas HaKodech, disponible à la vente pour quiconque souhaite approfondir ce qu’il n’a fait ici qu’effleurer.
Au 27e Kinous Hachlouhim, le Rav Berel Kesselman, Chalia’h dans le 16e arrondissement (sud) de Paris, a pris la parole pour raconter une histoire qui n’avait rien d’ordinaire. En deux ans, sans un euro en poche — avec même un solde négatif en banque —, il a réussi à acquérir un local imposant pour son Beth Habad, mètre carré par mètre carré, grâce à la Providence divine et à une chaîne de Juifs envoyés l’un après l’autre. Ce soir-là, devant ses confrères Chlou’him réunis, il a livré non pas un discours, mais un témoignage : celui d’un homme qui a appris à ne jamais décider seul et à laisser le Rabbi tenir les rênes.
Une nuit de miracles comme point de départ
Tout commence, raconte le Rav Kesselman, il y a exactement deux ans, lors du Kinous. Cette nuit-là, l’un de ses confrères Chlou’him avait raconté pendant des heures des histoires de miracles, des récits du quotidien où la main de D.ieu se manifestait à chaque détour. Le lendemain matin, au réveil, quelque chose avait changé en lui. Sans plan préconçu, sans stratégie élaborée, il s’était dit qu’il allait simplement aller voir le local qui se trouvait juste à côté de chez lui — un Franprix disponible dans son quartier. Il était entré, avait fait le tour des lieux, et s’était pris à rêver : « C’est à nous, ça. »
Ce qui avait commencé comme une fantaisie du matin était devenu, en l’espace de quelques semaines, une intention sérieuse. Il avait demandé conseil à son beau-père, le Rav Mendel Azimov, dont tout le monde dans son entourage connaît la règle d’or : s’il ne vous décourage pas, c’est que c’est une bra’ha. Et effectivement, son beau-père n’avait pas découragé. Puis il avait consulté son oncle, qui, lui, lui avait dit de ne rien faire. La leçon retenue de toutes ces consultations allait devenir le fil conducteur de toute l’aventure : il faut toujours demander, il ne faut jamais décider seul.
Le local d’en face, ou comment D.ieu envoie les bonnes personnes au bon moment
Quelques mois plus tard, un juif — dont il ne précise pas l’identité par discrétion — le croise pour une raison technique et lui pose une question inattendue : « Pourquoi vous ne regardez pas le local d’en face ? » Car cet homme refusait d’investir dans le Franprix, refusait d’investir quoi que ce soit en France — mais il lui désignait le local situé face à la poste comme une piste sérieuse. Le Rav Kesselman, embarrassé d’avouer que ses ambitions s’arrêtaient au Franprix, s’était dit : qu’est-ce que j’ai à perdre à aller regarder ?
Il était allé regarder. Puis un autre juif lui avait dit de faire une offre. Qu’est-ce que j’ai à perdre ? Il avait fait une offre. Puis un troisième lui avait conseillé de faire une offre sans condition de financement. Qu’est-ce que j’ai à perdre ? Il avait fait l’offre sans condition. À chaque étape, c’est un juif différent, envoyé comme par hasard, qui l’avait poussé un cran plus loin. « Ce n’était pas mon idée, confie-t-il. Ce projet est venu vers moi. »
Sept à huit mois de Providence : un juif, encore un juif, encore un juif
S’ensuivent sept à huit mois d’une aventure humaine et spirituelle hors du commun. Sur toute cette période, le Rav Kesselman témoigne avoir vu la Providence à l’œuvre à chaque instant, et pas seulement sur le plan financier — même si la dimension financière était considérable. Il se souvient d’un donateur qui, lors de leur premier rendez-vous, avait promis une somme très importante, mais qui avait ensuite exprimé ses craintes : « Je vais perdre mon argent, c’est sans conditions de financement. » Le Rav lui avait alors expliqué le concept du « rattrapage » — et l’homme, convaincu, avait finalement multiplié sa promesse par trois, voire par quatre.
La clé de voûte de tout l’édifice financier reposait sur une idée simple et géniale : trente personnes, chacune finançant un mètre carré, à un prix unitaire qui permettait d’atteindre les 300 000 euros nécessaires. « La minute où j’ai commencé à faire les calculs dans ma tête, je me suis dit : c’est le Rabbi qui gère. » Et dix jours avant la validation du crédit, alors que rien n’était encore acquis, il s’était dit avec une sérénité surprenante : « Si je perds ces 210 000 euros — les mêmes 210 000 euros que le Rabbi m’a donnés —, c’est lui qui va perdre. Je sais que le Rabbi, à la fin, fera tout pour le bien. »
Des soutiens providentiels, de Tolidan au Grand Rabbin de France
Parmi les figures qui l’ont soutenu dans cette épreuve, le Rav Kesselman évoque avec émotion Olivier Tolidan, un juif que certains dans la salle connaissent. Au début du projet, alors qu’il était rongé par l’angoisse, Tolidan l’avait appelé un soir pour lui dire, avec une insistance presque mystérieuse : « Je suis avec vous. Je suis avec vous. Je suis avec vous. » Le Rav, interloqué par cet élan inattendu de la part d’un homme pourtant habituellement réservé, l’avait interrogé : « Qu’est-ce qui se passe ? Je ne vous ai jamais entendu parler comme ça. »
Il évoque aussi le jour où, avant de consulter le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, il avait hésité avec son beau-père : est-ce qu’on lui demande ou non ? La conversation avec le Grand Rabbin n’avait duré que dix secondes, mais la réponse avait été sans équivoque : « Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer. » Dans la foulée, Eric Lambert avait pris le relais, puis le directeur de la Poste avait été contacté — et les choses s’étaient mises en place, une par une, comme si une main invisible ordonnait les événements.
Le dénouement était venu du côté du courtier, qui avait réussi à faire valider le crédit en quatre jours. Le 11 novembre, c’était acté. « J’avais crié à ce courtier : si tu as un message du Rabbi, ça va se faire avec toi. Sinon, ça ne se fera pas. Et tu n’as rien à perdre. » Il avait raison.
Le Kinous Hachlouhim, révélateur de forces insoupçonnées
Le Rav Kesselman conclut son témoignage par des remerciements chaleureux à ses amis Yossef Selnik et Berel Casselman, avant de livrer la leçon centrale de cette aventure : le Kinous Hachlouhim peut véritablement réveiller en chacun de nous la force de s’élever au-dessus de toutes les difficultés, dans un esprit de joie et d’élévation spirituelle.
Le maître de cérémonie prend alors la parole pour introduire l’invité d’honneur de la soirée : le Rav Mandy Kotlarski. Fils d’un grand Rav qui avait lui-même consacré sa vie au mouvement Habad-Loubavitch, Mandy Kotlarski s’était impliqué dès son plus jeune âge dans les activités de son père, gérant notamment presque seul le programme des Si’hot. Aujourd’hui, il a pris la succession paternelle avec succès, et ceux qui le connaissent soulignent unanimement son humilité remarquable, sa chaleur humaine, sa disponibilité et sa capacité à écouter. C’est avec un grand honneur que l’assemblée des Chlou’him l’accueille ce soir-là à la tribune.
Au 27e Kinous Hachlouhim de Paris, le Rav Yossef Celnik, Chalia’h à Longjumeau, a pris la parole pour raconter non pas un résumé, mais une véritable aventure spirituelle. Celle d’un Mikvé construit contre toute attente, porté par des signes répétés et béni, mot pour mot, par le Rabbi lui-même. Une histoire qui commence par une coïncidence troublante et s’achève par une révélation sidérante dans les pages des Igrot Kodesh.
Une innovation au Kinous : la parole en direct
Cette année, les organisateurs du Kinous ont souhaité innover. Plutôt qu’une vidéo, ils ont voulu qu’un Chalia’h témoigne en direct, devant ses pairs, d’une réalisation concrète sur le terrain. C’est ainsi que le Rav Yossef Celnik a été invité à monter à la tribune. Avant de commencer son récit, il a tenu à exprimer sa reconnaissance au Rav Azimov et à son gendre — à qui il adresse tous ses vœux de mazal tov — pour les précieux conseils qui ont accompagné, pas à pas, la construction du Mikvé de Longjumeau.
Le projet des 120 Mikvaot : un appel auquel il était impossible de ne pas répondre
Pour comprendre les origines de cette aventure, il faut remonter à l’année 5782 (2021-2022). À l’occasion des 120 ans du Rabbi, le Merkaz avait lancé un vaste programme de soutien financier à 120 Mikvaot à travers le monde. Le Rav Celnik s’est inscrit, et sa candidature a été retenue. Mais ce qui l’a frappé, c’est ce qui s’est produit dans les jours qui ont suivi cette bonne nouvelle.
Une semaine à peine après avoir appris qu’il faisait partie des projets sélectionnés, il se trouvait un matin près de chez lui en compagnie de son collègue, le Rav Zerbib. Ce dernier lui dit avec insistance : « Tu dois ouvrir un Mikvé. Tu as un terrain, il le faut. » Le Rav Celnik en était encore à peser ces mots lorsque, ce même jour, il reçut un appel d’un ami en Israël. Le message était limpide : « Je veux financer un Mikvé. » Le même jour. La conclusion s’imposait d’elle-même : il fallait y aller.
La première erreur : croire qu’un seul homme pouvait tout porter
Comme il l’a rappelé avec une franchise désarmante, la grande faute de jeunesse dans ce type de projet est de s’imaginer qu’une seule personne va tout prendre en main, du premier euro au dernier coup de peinture. Avant même que la première pierre ne soit posée, des dépenses considérables s’imposaient — c’est la réalité de toute construction. Les promesses s’accumulèrent, mais les retours concrets, eux, tardèrent à se matérialiser. Une année entière s’écoula dans cet entre-deux inconfortable, suspendu entre l’engagement pris et le vide des caisses.
Le recours à l’Igrot Kodesh : écrire au Rabbi pour tenir parole
Un an après le lancement, le doute s’était installé. Le Rav Celnik et son épouse avaient pris un engagement solennel — ils faisaient partie des 120 Mikvaot — mais les fonds manquaient cruellement. C’est alors qu’ils décidèrent d’écrire au Rabbi, en glissant leur lettre dans un volume des Igrot Kodesh. Leur message était simple et résolu : nous allons continuer, et nous allons collecter l’argent nous-mêmes.
Le Rav Celnik l’admet sans détour : il n’avait jamais mené de collecte de fonds. Il ne savait pas vraiment comment cela fonctionnait. Mais la décision était prise. La campagne fut planifiée quatre jours à l’avance. L’objectif espéré ? Peut-être 80 000 €, dans le meilleur des cas.
La lettre qui change tout : le Rabbi parle depuis les Igrot Kodesh
En ouvrant les Igrot Kodesh pour y déposer sa lettre, le Rav Celnik tomba sur une réponse qu’il n’avait pas cherchée — et qui allait tout transformer. Dans cette lettre, le Rabbi s’adressait à un Rav au Mexique pour lui exposer l’importance capitale de rénover un Mikvé existant sur place. Il lui recommandait de faire appel au Rav Deutsch, grand expert en construction de Mikvaot, et développait longuement les implications halakhiques de la question.
Puis, dans les dernières lignes de cette lettre, le Rabbi concluait en ces termes : « Compte tenu de l’importance qu’il convient d’accorder à la pureté des femmes juives, et dans la mesure où cela est nécessaire, je couvrirai la moitié de ces frais. »
La Bracha du Rabbi était là, noire sur blanc : il prenait en charge la moitié du coût du Mikvé.
135 000 €, puis 270 000 € : la Bracha tient ses deux promesses
Trois jours après le lancement de la campagne, le résultat dépassa toutes les espérances : 135 000 € collectés. La moitié exacte du coût total du projet, qui s’est finalement élevé à 270 000 €. Mais le vrai hiddouch — la révélation profonde que recèle cette histoire — ne s’arrête pas là. Car à y regarder de près, le Rabbi n’avait pas seulement couvert la première moitié. La seconde, elle aussi, avait trouvé son chemin. Les brachot accordées pour la construction de ce Mikvé avaient opéré dans leur totalité, jusqu’au dernier centime.
Pas encore ouvert, mais déjà attendu
Le Mikvé de Longjumeau n’est pas encore tout à fait achevé, pas encore officiellement inauguré. Pourtant, l’épouse du Rav Celnik reçoit déjà des dizaines de messages : « Quand est-ce qu’il ouvre ? » Ce simple fait, dit-il, suffit à confirmer que le choix était le bon, que le besoin était réel, et que la communauté attendait ce lieu depuis longtemps.
Il conclut avec un vœu sincère : que D.ieu permette d’ajouter encore de la Tahara — de la pureté — dans le monde, et que cela contribue à hâter l’avènement de la Délivrance complète.
Au 27e Kinous Hachlouhim de Paris, le Rav Levi Goldberg a livré un discours d’une rare profondeur, ancré dans une Si’ha du Rabbi prononcée lors d’un Farbrenguen mémorable du 2e jour de Roch Hachana. Prenant appui sur un commentaire de Rachi relatif au verset « tu ne resteras pas indifférent au sang de ton prochain », il a déroulé une réflexion saisissante sur le devoir d’agir face à l’imprévu. Ce message résonne comme une injonction directe adressée à chaque Chalia’h : lorsqu’un Juif n’a personne vers qui se tourner, c’est précisément lui qui est là pour le sauver.
Un Farbrenguen du 2e jour de Roch Hachana
Tout commence lors d’un Farbrenguen exceptionnel tenu le deuxième jour de Roch Hachana. Le Rabbi y prit la parole de manière prolongée, évoquant ce qui allait se dérouler le lendemain et posant le cadre d’une idée centrale : il y a une dimension qui doit gouverner absolument tous les aspects de la vie. Elle doit façonner la manière d’être chez soi, la manière d’être en dehors, la manière de diffuser et de répandre la lumière de la Torah. Le Rabbi aborda ensuite la paracha de la semaine, s’attardant sur un verset précis que Rachi commente avec une attention toute particulière.
Rachi et les trois situations de péril
Dans son commentaire, Rachi emprunte les formulations du Midrach et de la GuemaraSanhédrine pour illustrer le verset par trois exemples concrets : l’homme qui se noie dans un fleuve, celui qui est attaqué par une bête sauvage, et celui qui est assailli par des brigands. Dans chacun de ces cas, la Torah interdit de rester les bras croisés dès lors qu’on a la possibilité d’intervenir.
Le Rabbi s’arrêta longuement sur le fait que la formule employée n’est pas identique d’une source à l’autre — ni dans le Rambam, ni dans la Guemara, ni dans aucune des autres autorités halakhiques. Pourtant, Rachi choisit une formulation qui lui est propre, unique et délibérée : « tu peux le sauver ». Ce choix n’est pas anodin. Le Rabbi en fit une analyse approfondie pour en dégager toute la portée.
Pourquoi une formulation négative ?
La question centrale que soulève le Rabbi est celle-ci : pourquoi ce commandement est-il formulé de manière négative — « tu ne resteras pas indifférent » — alors que la quasi-totalité des Mitsvot le sont de manière positive, impliquant une démarche proactive ? On pense, par exemple, à Azov tazov — l’obligation d’aider son prochain à relever la charge de son animal. Dans la même paracha, il est pourtant déjà dit d’aimer son prochain comme soi-même. Pourquoi alors ce verset supplémentaire, formulé sur le mode de l’interdit ?
La réponse du Rabbi est d’une clarté lumineuse : Rachi, en s’arrêtant plusieurs fois sur ce passuk, nous dit que celui-ci parle de l’actualité immédiate, du moment présent. Il faut s’imaginer soi-même au bord du fleuve, face à la bête, face au voleur. Ce n’est pas un précepte abstrait destiné à la planification à long terme — c’est une interpellation ici et maintenant. La formulation négative vient précisément souligner qu’il ne suffit pas d’être globalement bienveillant : quand la situation se présente devant toi, l’indifférence devient une faute.
Le Rabbi plonge dans la mer à Nice
Pour illustrer cette dimension très concrète du verset, le Rav Goldberg rapporta une histoire qu’il tient de ses enfants, qui l’avaient lue dans l’un des quatorze volumes du recueil Farbrenguen. Un jour, le Rabbi passait à Nice, au bord de la mer. Il aperçut une femme en larmes dont le mari venait de sauter à l’eau pour fuir une brigade SS qui effectuait un contrôle de papiers. L’homme, vêtu de manière manifestement juive, avait pris peur et s’était jeté dans les flots — sans savoir nager. La femme, reconnaissant le Rabbi, l’interpella en yiddish : « Mon mari ne sait pas nager, il est dans la mer. » Sans hésiter, le Rabbi plongea à l’eau et alla sauver cet homme.
Cette image concentre à elle seule tout l’enseignement du verset. Le Rabbi n’avait pas prévu cette situation dans son emploi du temps. Rien ne l’y obligeait aux yeux de la logique ordinaire. Mais la situation était là, devant lui — et il avait la capacité d’agir.
La leçon pour les Chlou’him : l’imprévu comme appel
C’est précisément là que le discours du Rav Goldberg prend toute sa résonance pour les Chlou’him présents au Kinous Hachlouhim. Un Chalia’h se lève chaque matin avec un programme minutieux : à huit heures, il doit rendre visite à telle personne ; à dix heures, il a rendez-vous avec telle famille ; il doit passer voir cette dame isolée, cette famille sans Mezouzot, effectuer telle démarche dans tel quartier. Toute la journée est structurée autour d’une démarche proactive, planifiée, orientée vers l’action.
Mais voilà qu’un imprévu surgit. Une personne qui ne figurait pas sur la liste, qui s’est peut-être elle-même mise dans une situation difficile, parfois même par sa propre faute. Immédiatement, tous les arguments se liguent pour justifier l’inaction : ce n’est pas notre compétence, nous avons d’autres priorités, cette situation ne relève pas de notre mission.
Le Rav Goldberg cita alors ce qu’il entendit au nom d’un grand maître : lorsqu’un Juif se trouve dans une situation où aucune institution, aucune organisation, aucun organisme ne se sent concerné par lui, c’est précisément là qu’intervient le rôle du Chalia’h. Quand tous disent « ce n’est pas pour nous », c’est le signe que c’est pour lui. C’est dans ce moment-là, où toutes les logiques convergent pour justifier l’abstention, que retentit la voix de la Torah : « Lo taamod al dam re’echa » — ne reste pas indifférent au sang de ton prochain.
La garantie du Baal Chem Tov et la certitude d’agir
Le Rav Goldberg apporta un dernier éclairage, fondamental : d’après l’analyse de Rachi, la certitude de pouvoir sauver fait partie intégrante de l’obligation de sauver. Si l’on n’a pas cette certitude, le devoir n’est pas automatiquement établi. Mais l’enseignement du Baal Chem Tov vient préciser : lorsqu’on se retrouve face à une situation où l’on peut agir, le fait même d’y être confronté est un signe du Ciel qu’on en a le devoir et le pouvoir. D.ieu ne met pas un homme face à une réalité qu’il est incapable d’affronter.
Ce matin-là, dans le kountres distribué lors du Kinous, le Rav Goldberg lut une affirmation solennelle : celui qui s’implique pleinement dans le travail d’émissariat, qui s’y engage sans réserve, a la garantie que son action portera ses fruits et qu’il réussira.
Ce message s’adresse à chaque Chalia’h confronté à l’extraordinaire, à l’inattendu, à ce qui n’aurait jamais dû se produire — une situation complexe, non planifiée, qui peut parfois le mettre lui-même en péril. Mais puisqu’il l’a vue, puisqu’il se trouve là, c’est qu’il a en lui les forces nécessaires pour sauver cette situation et ramener cette âme juive à bon port. Ce n’est pas un cas ordinaire — c’est précisément pour cela que c’est lui qui est là.
À l’occasion du 27e Congrès des Chlou’him de Paris, le Rav Binyamin Mergui a prononcé un discours d’une profonde intensité, revenant sur les 58 ans d’une Chélou’hout fondatrice qui a façonné le visage du judaïsme parisien. Célébrant l’héritage spirituel et humain du Rav Chemouel, il a rendu un hommage vibrant à celui qui, arrivé avec son épouse il y a plus d’un demi-siècle, a su élever une communauté tout entière au rang de véritables Chlou’him. Dans un appel à la fraternité et à la responsabilité collective, le Rav Mergui a exhorté l’assemblée à préserver ce capital inestimable et à le transmettre de génération en génération.
Un fondateur arrivé avec confiance et vision
Il y a exactement 58 ans, le Rav Chemouel posait ses valises à Paris avec son épouse, animé d’une foi absolue et d’une confiance inébranlable. Sa mission, bâtie sur des fondations solides, s’est développée avec une réussite impressionnante, digne des plus hautes qualifications d’éclat et de gloire. Ce n’était pas là le fruit du hasard, mais la conséquence naturelle d’un dévouement total au Rabbi et d’une vision claire de ce que devait être une véritable Chélou’hout.
Le Rav Chemouel nous a éduqués dans l’amour des Chlou’him, dans la fraternité, dans l’exigence. Avec sa bienveillance et son amour profond, il nous a conduits à ne pas être simplement des Juifs religieux, ni simplement des ‘Hassidim, mais véritablement des Chlou’him. Cette manière d’élever ses disciples l’a amené à nous offrir la meilleure des éducations — pour nous, pour nos enfants —, nourrie de sentiments ‘hassidiques forts et d’un attachement particulier au Rabbi.
La gratitude comme fil conducteur de ce rassemblement
C’est cela précisément qui nous rassemble aujourd’hui, avec un sentiment profond de Hakarath Hatov envers le Rabbi, qui nous a envoyé ce Chalia’h inestimable. Ce capital gigantesque, légué par le Rav Chemouel et prolongé aujourd’hui par ses enfants, nous impose une responsabilité : le garder vivant, le transmettre autour de nous, le faire rayonner dans chaque foyer, dans chaque rue, dans chaque cœur.
L’ADN du Chalia’h : compassion et dévouement sincère
Ce matin, l’assemblée a longuement évoqué le soutien mutuel que se prodiguent les Chlou’him entre eux. On a parlé de ce qui constitue l’essence même d’un Chalia’h : la compassion, l’attention portée à l’autre, le souci constant de son prochain — agissant betmimioutam, dans une intégrité et une sincérité absolues. Ce dévouement des Chlou’him à travers le monde est devenu légendaire.
Comme l’a rappelé ce matin le Rav Mendi Azimov, le mouvement Loubavitch est désormais la première force communautaire du monde juif. Une réalité qui force le respect et appelle à une conscience accrue de la responsabilité que cela représente.
Ce que Paris a reçu en plus
Mais ici, à Paris, nous avons eu la grâce de recevoir davantage encore. Au-delà de la chaleur ‘hassidique inhérente à toute Chélou’hout, nous avons bénéficié de l’abnégation absolue du Rav Chemouel envers le Rabbi, de son attachement inconditionnel en toutes circonstances, de sa disponibilité sans faille, de cette flamme qui ne vacillait jamais.
Nombreux se souviennent du jour où le Rav Alperin, rédacteur en chef du journal Habad, vint à Paris pour la Chiva du Rav Chemouel. Il prit la parole et posa une question d’une grande force : quelle est la différence entre ce Chalia’h et les autres ? Et il répondit lui-même : certes, tous les Chlou’him font preuve d’engagement, mais le Rav Chemouel, lui, avait quelque chose de plus — une qualité rare, une profondeur d’âme qui le distinguait. Ce mot, simple en apparence, résumait à lui seul une vie entière au service du Rabbi et de la communauté.
Un appel à la fraternité pour hâter la Délivrance
Remercions donc le Rabbi en cet anniversaire du début de cette merveilleuse Chélou’hout, dont nous sommes les fruits vivants. Perpétuons cet amour fraternel entre nous, ce respect mutuel, cet esprit d’Ahavath Israël qui doit nous unir au-delà de toutes les distances et de toutes les différences.
Car c’est précisément cet amour qui fera disparaître la cause de l’époque obscure dans laquelle nous vivons, qui mettra fin à cet exil douloureux, et qui nous vaudra le retour du Rabbi — et avec lui, celui du Rav Chemouel — ainsi que de tous nos êtres chers.
Lorsque le Roch Yéchiva de Mir, Rav Na’houm Partzovitz, fut atteint d’une maladie neurodégénérative, ses médecins lui conseillèrent d’interrompre son enseignement pour préserver sa santé. Tiraillé par le doute, il reçut du Rabbi — qui avait perçu son état d’âme — un message sans équivoque : continuer à enseigner. Ce récit, rapporté par le Rav Yossef Its’hak Havlin, dévoile les liens profonds et inattendus qui unirent ces deux géants de la Torah.
Portrait d’un géant de la Torah
Rav Na’houm Partzovitz naquit le 16 mars 1923 à Trakai, en Lituanie, dans une famille dont les racines plongeaient au cœur des grandes dynasties rabbiniques lituaniennes. Son père, le Rav Aryeh Tsvi Partzovitz, en était le grand rabbin ; par sa lignée maternelle, il était le petit-fils du célèbre décisionnaire de Vilna, le Rav Chelomo HaCohen. Dès sa plus tendre enfance, l’enfant manifesta une ferveur d’étude hors du commun : il lui arrivait de courir à l’école pieds nus le matin, refusant de perdre le temps que lui aurait pris de chausser ses souliers.
À l’âge de onze ans, il intégra la Yéchiva de Baranovitch, sous la direction du Rav El’hanan Wasserman. Mais sa progression fut si foudroyante que l’administration de l’établissement jugea, deux ans plus tard, que son niveau dépassait celui des cours dispensés — et l’envoya se perfectionner auprès du Rav Borou’h Ber Leibowitz. À quinze ans, sur les instances de son père, lui-même ancien élève de Mir, il rejoignit la célèbre Yéchiva de Mir, où le Roch Yéchiva, Rav Eliézer Yehouda Finkel, l’accueillit chaleureusement.
L’exode de Shanghai : la Yéchiva au bout du monde
Peu après son arrivée à Mir, l’histoire s’emballa. Face à l’avancée nazie, la Yéchiva de Mir — plus de quatre cents étudiants et enseignants — entreprit une fuite extraordinaire à travers la Russie et le Japon pour trouver refuge à Shanghai, en Chine. Ce fut l’une des pages les plus saisissantes de l’histoire du judaïsme ashkénaze : tandis que la destruction frappait l’Europe, les étudiants de Mir continuaient leur étude avec une intensité inégalée dans des conditions précaires. Le jeune Na’houm — que l’on surnommait affectueusement « Reb Na’houm Troker », du nom de sa ville natale — se distingua par une rigueur exemplaire : il étudiait douze heures par jour sans interruption aux côtés de son ‘havrouta, le Rav Chehmouèl Berenbaum, gagnant l’admiration du Machguia’h Rav Ye’hezkel Levenstein et du Roch Yéchiva par intérim, Rav ‘Haïm Leib Chemoulevitz.
Après la guerre, il transita brièvement par Toronto et New York avant de s’établir définitivement en Israël. En 1951, il épousa Ettel, fille du Rav ‘Haïm Leib Chemoulevitz, cimentant ainsi son ancrage au sein de la direction de la Yéchiva. À partir de 1965, il en devint l’un des Roch Yéchiva officiels, puis en prit la pleine direction à la disparition de son beau-père en 1979 (5740).
Une méthode révolutionnaire, un héritage impérissable
Ce qui distinguait Rav Na’houm Partzovitz de ses contemporains, c’était moins l’étendue de son savoir que la singularité de son approche. Là où d’autres cherchaient à construire de grands édifices conceptuels, il s’attachait au mot, à la formule exacte, au moindre infléchissement d’un Rishon — et c’est par cette minutie que se révélaient, selon lui, les profondeurs cachées du texte. Ses cours sur les traités de Nachim et Nezikine attiraient des centaines d’étudiants ; il n’était pas rare qu’il revienne sur ses propres explications si une source le contredisait, donnant ainsi à ses auditeurs le spectacle vivant d’une quête de vérité sans concession ni amour-propre. Selon un de ses aphorismes célèbres : « Comment peut-on être triste quand on étudie la Torah ? » Une joie profonde traversait chacun de ses enseignements.
Ses cours furent publiés à titre posthume sous les titres Chiddouchei Reb No’houm et Chiourei Reb No’houm, et sont aujourd’hui devenus des ouvrages de référence incontournables dans les Yéchivot du monde entier. Rav Na’houm Partzovitz s’éteignit le 26 novembre 1986 (24 Kislev 5747) à Jérusalem, à l’âge de soixante-trois ans seulement. Il laissait derrière lui deux fils — Rav Tsvi Partzovitz, Roch Yéchiva de Mir Bra’hfeld, et Rav Refaël Partzovitz —, ainsi que la Yéchiva de Mir qui, sous son impulsion, était devenue l’une des plus grandes institutions Torah au monde.
Le Rav Yossef Its’hak Havlin, un témoin privilégié
Le Rav Yossef Its’hak Havlin est le Rav de la communauté Habad du 770 de Ramat Shlomo à Jérusalem. Il est cofondateur de la bibliothèque Heichal Mena’hem à et rédacteur en chef de sa maison d’édition. Il a été interviewé à son domicile en janvier 2011.
C’est lors de l’examen d’entrée à la célèbre Yéchiva de Mir à Jérusalem, en 1967, que le Rav Havlin rencontra pour la première fois Rav Na’houm Partzovitz — que tous appelaient simplement « Reb Na’houm » —, alors directeur de l’établissement. Sa méthode d’étude se distinguait par une profondeur peu commune, doublée d’une attention minutieuse au langage de chaque passage talmudique ou commentaire, dans une quête constante du sens véritable. Il s’était ainsi imposé comme l’un des plus grands génies de la Torah de sa génération, et les foules se pressaient pour assister à ses cours. C’est en troisième année de Yéchiva que le Rav Havlin eut lui-même le privilège de les suivre.
C’est à cette époque que Reb Na’houm reçut le diagnostic d’une maladie neurologique dégénérative. Malgré tout, il continua d’enseigner comme à son habitude. À l’hiver 1971, il se rendit à New York pour consulter des spécialistes.
Une hospitalité à l’enseigne de Loubavitch
Durant son séjour, il fut accueilli à Boro Park par le Rav Yaakov Mochè Lazerson, un ami de longue date qui avait été son ‘havrouta — son partenaire d’étude — durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque la Yéchiva de Mir avait été évacuée et transférée à Shanghai, en Chine. En Amérique, Lazerson était devenu un hassid ardent du Rabbi de Loubavitch. Il ne manquait aucun Farbrenguen du Rabbi, par tous les temps, et le Chabbat, il effectuait à pied le long trajet de Boro Park jusqu’à Crown Heights.
C’est lui qui organisa pour Reb Na’houm et son épouse une audience privée avec le Rabbi, et les accompagna lui-même lors de cette visite.
Un souvenir vieux de quarante ans
Dès leur entrée dans son bureau, le Rabbi se leva pour les accueillir. Une fois assis, il posa une question qui prit Reb Na’houm par surprise : « Vous souvenez-vous de moi ? »
« Où aurais-je pu connaître le Rabbi ? » demanda-t-il, déconcerté.
« Vous rappelez-vous la visite de mon beau-père chez vos parents ? » C’était en 1932. Le Rabbi précédent effectuait un voyage vers la ville lituanienne de Landarov (aujourd’hui Lentvaris), pour le mariage de sa fille cadette, Shaina. En chemin, en signe de respect, il avait rendu visite au rabbin de la ville voisine de Trakai — le Rav Aryeh Tsvi Partzovitz, père de Reb Na’houm.
« Oui ! J’avais neuf ans », se remémora Reb Na’houm avec émotion. « Mon père avait demandé au Rabbi précédent de me bénir. Et je me souviens qu’il était accompagné de deux jeunes hommes. »
« Et l’un de ces jeunes hommes, c’était moi. Vous voyez, vous vous souvenez bien de moi ! » conclut le Rabbi avec un sourire.
Reb Na’houm aborda ensuite la question de sa santé et sollicita la bénédiction du Rabbi, qui la lui accorda volontiers, tout en l’encourageant vivement à publier ses écrits et ses cours.
« Vous avez désormais deux bénédictions », dit le Rabbi, faisant allusion à celle du Rabbi précédent reçue quarante ans plus tôt.
Un respect mutuel et sincère
Reb Na’houm avait toujours tenu le Rabbi en haute estime. Au cours de plusieurs conversations avec le Rav Havlin, il lui exprimait son respect pour l’érudition et le leadership du Rabbi. Mais cette rencontre sembla tisser entre eux un lien supplémentaire, une estime réciproque d’une profondeur nouvelle.
Dès lors, à chaque fois que Rav Lazerson croisait le Rabbi — que ce soit lors de la distribution du gâteau au miel avant Roch Hachana ou du vin lors de la cérémonie du Kos Chel Bra’ha —, le Rabbi s’enquérait des nouvelles de Reb Na’houm. Et pour le soixante-dixième anniversaire du Rabbi, juste avant Pessa’h 1972, Reb Na’houm lui adressa une lettre de félicitations et de bénédictions.
La Matsa du Rabbi et un message décisif
À cette époque, le Rav Havlin s’était rendu à New York pour étudier à la Yéchiva Habad du 770, et avait lui-même fait la connaissance du Rav Lazerson. Puis, après Pessa’h, alors qu’il s’apprêtait à rentrer en Israël, il reçut un message lui demandant de passer voir Rav Lazerson.
« J’ai quelque chose à remettre à mon ami Reb Na’houm Partzovitz », commença ce dernier. « Chaque année avant Pessa’h, le Rabbi offre de la matsa à certaines personnes. Lorsque je suis venu en recevoir, le Rabbi m’en a remis une part supplémentaire pour Reb Na’houm. »
« J’allais partir lorsque le Rabbi m’a retenu. « Et comment va-t-il ? » m’a-t-il demandé. Je lui ai répondu que je ne lui avais pas parlé récemment, et que je savais seulement qu’il était très malade. »
« « Enseigne-t-il encore ? » »
« « Je crois que oui. » »
« En réponse, le Rabbi déclara avec fermeté : « Il doit continuer ! Il ne doit pas s’arrêter ! » »
Rav Lazerson chargea donc le Rav Havlin de porter la matsa ainsi qu’une bouteille de vin reçue du Rabbi après Pessa’h à Reb Na’houm.
La visite et la délivrance
De retour en Israël, le Rav Havlin frappa à la porte de Reb Na’houm. On lui dit d’abord qu’il ne pouvait pas être reçu. Mais dès qu’il mentionna le nom de Rav Lazerson, Reb Na’houm demanda lui-même qu’on le fasse entrer.
Assis en face de lui, le Rav Havlin lui relata sa mission. Lorsqu’il rapporta avec quelle fermeté le Rabbi avait déclaré qu’il « ne devait pas s’arrêter » d’enseigner, Reb Na’houm parut profondément ému.
Il se redressa légèrement et s’exclama : « Grâce à D.ieu, j’ai agi comme il fallait ! »
Il expliqua : « Durant la pause de Pessa’h à la Yéchiva, un médecin renommé venu de l’étranger est venu me voir. Après m’avoir examiné, il m’a dit que je devais cesser d’enseigner pendant un mois ou deux. Il pensait que cela pourrait m’aider. »
« « Je ne peux pas faire cela », lui ai-je répondu. « Je n’ai pas de vie sans l’enseignement de la Torah. Si je continue mes cours, peut-être vivrai-je, peut-être non. Mais si je m’arrête — alors je mourrai certainement. » »
« Malgré tout, une pensée persistante me rongeait : peut-être aurais-je dû écouter le médecin. Mais maintenant que je sais ce qu’a dit le Rabbi, tout est clair pour moi. Je suis heureux d’avoir été en accord avec lui ! »
La prescience du Rabbi
Reb Na’houm évoqua alors ce que le Rabbi lui avait dit lors de leur audience à propos de la publication de ses cours. « Le Rabbi voyait loin », dit-il avec une pointe de douleur dans la voix. « Aujourd’hui, je n’en suis plus capable. »
Il continua néanmoins d’enseigner pendant encore plusieurs années. Et — bien que cela se soit produit après sa disparition — ses cours furent finalement publiés. Il n’est sans doute pas un seul Roch Yéchiva aujourd’hui qui n’y ait recours.
Le roi Machi’ah
Reb Na’houm demanda ensuite comment l’anniversaire du Rabbi avait été célébré. Le Rav Havlin lui expliqua que, dans ses propos publics, le Rabbi avait cité le Psaume : « La durée de notre vie est de soixante-dix ans, ou, si l’on est vigoureux, de quatre-vingts ans », en précisant qu’à soixante-dix ans, l’homme doit s’examiner et voir s’il est des domaines où il lui faut « se renforcer ». Sur le plan pratique, le Rabbi avait demandé que soixante et onze nouvelles institutions Habad soient fondées dans l’année à venir, s’engageant à prendre en charge dix pour cent de leurs dépenses.
Reb Na’houm fut visiblement touché. « Certains disent que le Rabbi est le Machi’ah, bien que d’autres le contestent », remarqua-t-il. « Ce que je peux affirmer, c’est que s’il existe quelqu’un en notre temps qui soit digne d’être le Machi’ah — c’est le Rabbi ! »
Le Rav Havlin, surpris d’entendre de tels propos dans sa bouche, lui demanda aussitôt : « Pourquoi ? Qu’est-ce qui vous fait dire cela ? »
Reb Na’houm développa sa pensée : « Il existe de nombreux grands dirigeants juifs, des saints et des érudits. Mais Maïmonide définit le Machi’ah comme un « roi ». Le Machi’ah sera un grand rav et un sage de la Torah, mais il agira de manière royale. Ce que vous venez de me rapporter — le Rabbi parlant d’agir avec une vigueur renouvelée à soixante-dix ans, et de lancer soixante et onze institutions en une seule année — voilà comment agit un roi ! »roi ! »
À l’occasion du Kinous de Pessa’h 5786 (2026), une leçon approfondie a été consacrée aux lois fondamentales du ‘Hamets — sujet central et incontournable de la fête de la liberté. Des questions à la fois complexes et éminemment pratiques ont été passées en revue : l’annulation du ‘Hamets, l’obligation de l’éliminer physiquement du domicile, et les mécanismes rigoureux de sa vente à un non-juif. Mêlant rigueur talmudique et clarté pédagogique, ce cours éclaire des points essentiels que tout juif observant doit maîtriser avant Pessa’h.
Le Bitoul : une annulation suffisante en théorie, insuffisante en pratique
La question du Bitoul — l’annulation ou nullification du ‘Hamets — constitue le point de départ de toute réflexion halakhique sur la préparation à Pessa’h. Selon la Torah, il suffirait en principe d’une déclaration mentale par laquelle le propriétaire considère son ‘Hamets comme de la poussière et le sort de sa conscience pour accomplir l’exigence de base. Ce Bitoul revêt un caractère particulier : il ne s’agit pas d’un véritable transfert de propriété, mais d’une renonciation de l’esprit. Puisque le ‘Hamets n’appartient pas vraiment à son possesseur à travers ce procédé — la Torah seule lui attribuant une propriété fictive à des fins de transgression —, il suffit d’une simple déclaration pour que cette propriété soit considérée comme annulée.
Cependant, les Sages ont décrété que l’on ne peut pas se fier uniquement au Bitoul. Deux raisons principales justifient cette décision. La première : les gens risquent de ne pas être pleinement sincères dans leur annulation intérieure, conservant en arrière-pensée une certaine attache à leurs provisions de ‘Hamets. La seconde : tant que le ‘Hamets demeure physiquement dans la maison, la tentation de le consommer reste réelle. Pour ces raisons, les autorités rabbiniques ont établi l’obligation de sortir le ‘Hamets de son domicile — et le Bitoul ne sert plus alors que de filet de sécurité pour tout ‘Hamets éventuellement non découvert lors de la vérification.
L’obligation de sortir le ‘Hamets et le statut du hefker
Au-delà du Bitoul, la halakha s’interroge sur la validité du hefker — la déclaration par laquelle on renonce à la propriété d’un bien en le rendant sans maître. En principe, si quelqu’un place son ‘Hamets à l’extérieur de son domicile dans un endroit accessible à tous, et formule une déclaration sincère de renoncement, ce ‘Hamets est considéré comme hefker au sens plein du terme. Plusieurs autorités estiment qu’une telle démarche est autorisée et même recommandable, à condition que la kavana — l’intention — soit authentique : celui qui agit ainsi ne doit pas avoir en tête de reprendre ce bien après la fête.
Cette condition est décisive. Les Sages ont en effet décidé que quelqu’un qui déclare son bien hefker pour une durée limitée, ou avec l’intention secrète de le récupérer, ne réalise pas un vrai hefker. Ce décret vise à prévenir les comportements rusés de ceux qui se serviraient du hefker pour contourner les interdictions tout en conservant de fait leurs provisions de ‘Hamets. En conséquence, si la démarche est sincère et l’intention irréversible, le hefker est valide même en l’absence de tous les éléments formels habituellement requis — un hefker gadol, un grand renoncement, pouvant suppléer aux formes ordinaires.
Le ‘Hamets découvert après Pessa’h : une interdiction absolue
L’une des questions les plus délicates abordées lors de ce cours est celle du ‘Hamets trouvé après la fête. Si un juif a accompli toutes les démarches requises — bedikat ‘Hamets (vérification du ‘Hamets), Bitoul et brûlage de ce qu’il a trouvé —, mais qu’après Pessa’h il découvre chez lui du ‘Hamets qu’il n’avait pas vu, ce ‘Hamets est néanmoins interdit à la consommation et à tout usage. Il s’agit du principe du chametz she’avar alav haPessa’h — le ‘Hamets sur lequel Pessa’h est passé.
La raison en est purement préventive : si l’on admettait qu’un ‘Hamets découvert après la fête est permis parce que son propriétaire avait fait son Bitoul, les esprits malins en profiteraient pour garder sciemment du ‘Hamets, prétendant ensuite l’avoir ignoré. Les Sages ont donc choisi d’interdire systématiquement tout ‘Hamets trouvé après Pessa’h — y compris celui qui avait été honnêtement déclaré nul —, afin qu’aucun rusé ne puisse tirer profit de cette situation. Cette interdiction s’applique même lorsque le ‘Hamets avait été mis à l’extérieur devant témoins : même dans ce cas, il demeure interdit d’en bénéficier après la fête, car l’on ne peut jamais exclure que l’intention secrète de le récupérer existait dès le départ.
Une source talmudique est citée à l’appui : Rabban Gamliel, ayant trouvé du ‘Hamets après Pessa’h dans un endroit fréquenté majoritairement par des non-juifs, ne l’a remis qu’à un non-juif — preuve que même ce ‘Hamets-là est interdit à l’usage d’un juif, dès lors que la majorité des passants étaient juifs.
La vente du ‘Hamets au non-juif : kinyan et garantie rabbinique
Le cours se penche ensuite sur les mécanismes halakhiques de la vente du ‘Hamets (mekhirat ‘Hamets). Pour qu’une vente soit valide, il faut un kinyan — un acte juridique d’acquisition formel. Or chez les non-juifs, les modalités du kinyan diffèrent de celles en vigueur pour les juifs. La question est de savoir si un non-juif acquiert un bien par la remise physique de l’objet (meshikha) ou par la remise d’argent (kesef), et différentes opinions sont discutées.
Afin de satisfaire toutes les opinions et de garantir que la vente soit irréprochable, il est conseillé de procéder aux deux formes de kinyan à la fois, en y ajoutant la location de l’espace où se trouve le ‘Hamets. Un élément clé de la vente est également la désignation d’un rav kablan — un juif qui se porte garant de la somme restant due par l’acheteur non-juif. Ainsi, si ce dernier ne s’acquitte pas de la totalité du paiement, le juif garant s’engage à couvrir la dette, ce qui garantit la validité de la vente quoi qu’il arrive.
Le cours met en garde contre une erreur répandue : penser que le ‘Hamets vendu est inclus dans le Bitoul général que l’on fait avant Pessa’h. Il s’agit là, souligne-t-on, d’une grande faute. Le ‘Hamets vendu n’a rien à voir avec le Bitoul et le hefker, car dès lors qu’on sait qu’on va le racheter après la fête, il ne peut être considéré ni comme annulé ni comme abandonné. La vente doit donc être un acte authentique et complet, sans arrière-pensée.
La vente par un kinyan incomplet : une solution de fortune valide ?
Une question subtile est ensuite posée : qu’arrive-t-il si quelqu’un n’a effectué qu’un seul type de kinyan — par exemple uniquement le kesef, sans la remise physique — alors que certaines opinions exigent les deux ? Peut-on néanmoins considérer que la vente est valide ?
La réponse développée s’appuie sur le raisonnement suivant. Puisque le ‘Hamets n’appartient pas vraiment au juif en profondeur — la Torah seule lui imposant cette propriété de façon extrinsèque —, un kinyan même imparfait, couplé à un Bitoul formel, suffit à produire l’effet d’un renoncement effectif. Le guiluy da’at — la manifestation claire de la volonté de ne plus être propriétaire — agit comme un complément qui valide l’acte d’acquisition, même si celui-ci ne réunit pas toutes les conditions requises dans un contexte ordinaire. Ce raisonnement halakhique, attribué à plusieurs décisionnaires majeurs, permet de sécuriser rétrospectivement des ventes qui auraient pu être douteuses sur le plan formel.
Le Kinous de Pessa’h 5786 et l’appel du Rabbi
Ce cours a été dispensé dans le cadre du Kinous de Pessa’h 5786 (2026), une réunion de la communauté Habad organisée localement à l’occasion des derniers jours de Pessa’h. La tradition des Kinoussim pendant Pessa’h — notamment le lendemain de la fête — s’inscrit dans la continuité des enseignements du Rabbi qui insistait pour que ces jours soient marqués par des rassemblements d’étude et de ferveur. Le Rabbi soulignait que les derniers jours de Pessa’h sont reliés à la période de la sortie d’Égypte et préparent au don de la Torah que l’on retrouvera lors de Chavouot, sept semaines plus tard.
Les participants ont été encouragés à organiser de tels Kinoussim dans leurs communautés respectives, y compris dans les endroits qui n’en avaient pas encore l’habitude. Le Rabbi rappelait que chaque effort accompli pour ajouter en sainteté se voit récompensé par D.ieu qui, en retour, accroît les bénédictions dans la vie de celui qui agit. Le Kinous de cette année, tenu le vendredi et poursuivi le dimanche, était ouvert à tous, y compris aux personnes venues de localités éloignées, afin que la plus grande Tsedaka soit de permettre à chacun de participer à ces moments de Torah et de fraternité.