À l’approche de Ticha BeAv, jour le plus sombre du calendrier juif qui commémore la destruction des deux Temples de Jérusalem, une question essentielle s’impose : comment traverser le deuil, l’épreuve et l’obscurité sans céder au désespoir ? Dans cet enseignement, le Rav Yossi Amar explore le sens profond de cette journée et la manière dont les maîtres de la tradition ont affronté la souffrance. Il en dégage une vérité lumineuse : la destruction porte déjà en elle le germe de la délivrance.
Deuil privé et deuil collectif : la lettre du Rabbi à Ariel Sharon
Lorsqu’un proche disparaît, la tradition juive adresse aux endeuillés cette formule de consolation : « Que D.ieu vous console parmi les endeuillés de Sion et de Jérusalem. » Ces mots, loin d’être une simple politesse, révèlent un lien profond entre la peine intime et la blessure du peuple tout entier.
À la suite du décès tragique du jeune fils d’Ariel Sharon, en 1968, le Rabbi de Loubavitch lui fit parvenir une lettre qui éclaire ce lien indissociable entre le deuil individuel et la ruine de Jérusalem. Le Rabbi y développait trois idées maîtresses.
La première tient à la solidarité du corps collectif : la perte qui frappe une famille n’est jamais isolée, car elle affecte l’ensemble du peuple juif, dont chaque membre demeure relié aux autres. La deuxième concerne l’éternité de l’âme : de même que la sainteté du Temple subsiste malgré la destruction matérielle de ses pierres, le lien avec la Néchama, l’âme du disparu, ne se rompt jamais ; l’enveloppe corporelle s’efface, mais l’âme demeure éternelle. La troisième porte sur la promesse de la reconstruction : le troisième Temple sera édifié par D.ieu de manière indestructible et éternelle. Souhaiter d’être consolé « parmi les endeuillés de Sion » rappelle ainsi que la perte personnelle, à l’image de la destruction du Temple, n’est jamais définitive, et qu’elle débouchera sur la résurrection et les retrouvailles.
Deux visions face à l’adversité : Na’houm Ich Gamzou et Rabbi Akiva
La Guémara met en scène deux attitudes spirituelles pour appréhender les moments d’obscurité, incarnées par deux grandes figures.
Na’houm Ich Gamzou est connu pour sa devise : Gam Zou LeTova, « cela aussi est pour le bien ». Chargé un jour d’apporter au roi un coffre rempli de diamants, il se le fait dérober à l’auberge, où l’on remplace son trésor par de la poussière. Sans se laisser ébranler, il répète : « Cela aussi est pour le bien. » Arrivé devant le roi, la poussière se transforme miraculeusement en une arme qui donne la victoire contre les ennemis de l’empire. Pour Na’houm Ich Gamzou, l’événement n’est jamais mauvais en lui-même : le bien y est déjà présent, immédiatement, même dissimulé sous un masque trompeur.
Rabbi Akiva, lui, enseigne : Kol de’avid Ra’hmana le’tav ‘avid, « tout ce que fait le Miséricordieux, Il le fait pour le bien ». Refusé à l’auberge et contraint de dormir dans la forêt, il voit son âne et son coq dévorés, puis sa bougie éteinte par le vent. Or cette succession d’infortunes le sauve : une bande de brigands attaque le village cette nuit-là, tandis que lui, resté à l’écart et dans l’obscurité, échappe au danger. Rabbi Akiva reconnaît la dureté de l’instant présent, mais conserve la certitude que ce mal apparent conduira à un bien plus grand encore.
Le rire de Rabbi Akiva sur le Mont Scopus
L’un des récits les plus saisissants du Talmud, rapporté dans le traité Makot, montre Rabbi Akiva et les Sages contemplant les ruines du Saint des Saints depuis le Mont Scopus. Tandis que ses compagnons fondent en larmes à la vue d’un renard sortant du lieu le plus sacré, Rabbi Akiva, lui, se met à rire.
Il s’en explique aussitôt. La prophétie, rappelle-t-il, comportait deux volets : l’annonce de la destruction de Jérusalem, d’une part, et celle de sa reconstruction, d’autre part. Tant que la première partie ne s’était pas réalisée, il pouvait douter de l’accomplissement de la seconde ; mais maintenant qu’il a vu la destruction de ses propres yeux, il sait avec une certitude absolue que la reconstruction promise s’accomplira à son tour.
Car pour élever un édifice plus vaste et plus solide, il faut parfois commencer par obtenir un permis de démolir. La destruction n’est pas la fin de l’histoire : elle en est la condition préalable, l’étape obligée qui ouvre la voie au renouveau.
Le secret cabalistique : de la larme au rendez-vous
Le Arizal et Rabbi Levi Its’hak mettent en lumière un enseignement puisé dans le traité Moed Katan. La Torah promet en effet que D.ieu « effacera les larmes de tout visage ». Or la Guématria, la valeur numérique des lettres, dévoile ici un secret. Le mot larme, Dim’a, totalise cent dix-neuf ; le mot fête ou rendez-vous, Moed, en totalise cent vingt. En ajoutant à la larme l’unité du mot lui-même, selon le principe du Im HaKolel, on passe précisément de cent dix-neuf à cent vingt.
Ce calcul révèle une vérité fondamentale : la larme porte déjà en elle le germe de la fête à venir. C’est pourquoi Ticha BeAv, bien qu’il soit un jour de jeûne et de deuil, est qualifié par la tradition de Moed, jour d’assignation et de rendez-vous : c’est en lui, précisément, que naît la lumière du Machia’h.
Une invitation à changer de regard
L’enseignement de Ticha BeAv consiste à déplacer notre regard : ne pas s’arrêter à la douleur de l’instant, mais embrasser la trajectoire tout entière du peuple juif. Chaque épreuve, qu’elle soit individuelle ou collective, porte en elle la promesse d’une élévation et d’une joie futures. Ce qui semble une fin n’est, en vérité, que le commencement voilé d’une reconstruction plus grande.
En ce jour de Sim’hat Torah 5735 (1974), le Rabbi de Loubavitch dévoila une histoire bouleversante où se mêlent la folie d’un homme, le sacrifice de Justes oubliés et le pouvoir réparateur d’un mérite révélé. À travers le récit du Prophète Zacharie et de ceux qui le mirent à mort, il enseigna que juger favorablement son prochain ne relève pas de l’invention, mais de la révélation d’un mérite déjà présent. Une leçon où la parole, capable de tuer par la médisance, se fait ici instrument de délivrance et de guérison.
D’après une histoire contée par le Rabbi de Loubavitch à Sim’hat Torah 5735 (1974).35-1974.
Révéler un mérite déjà présent
Certains pourraient s’étonner que l’on s’efforce de trouver une justification à la conduite d’autrui. C’est pourtant la Michna qui enseigne de juger chacun à l’aune de ses mérites. La Torah nous ordonne de chercher le mérite de tout Juif : non pas d’inventer un mérite, mais de révéler celui qui préexiste au jugement, celui qui peut se trouver à l’origine de la chose jugée. Le fait de l’énoncer expressément permet de faire éclater la vérité de la chose.
L’enseignement du Lachon Hara
Il en va comme du Lachon Hara, le colportage, dont nos Sages enseignent qu’il tue trois personnes : celui qui le prononce, celui qui l’écoute et celui dont on parle. En quoi ce dernier serait-il responsable, au point d’être atteint par la médisance ? Il est clair que le Lachon Hara n’est pas un mensonge, car il porterait alors le nom de calomnie. Il s’agit de rapporter, de colporter la vérité, et pourtant celui dont on jase peut en être frappé. L’explication est qu’il mérite peut-être une punition, mais que celle-ci pourrait demeurer virtuelle, latente, et ne jamais se réaliser. Celui qui attise le feu fait ressortir cette faute et peut précipiter la concrétisation du châtiment.
De la même manière, évoquer le mérite d’un homme tire de l’oubli ses mérites et peut hâter la récompense qui leur est attachée. C’est à ce propos que le Rabbi introduisit son récit.
Un homme frappé de folie
Cet homme avait été jusque-là tout à fait normal : Juif pratiquant, érudit, craignant D.ieu, prompt à donner la Tsedaka et recherchant l’accomplissement des Mitsvot. Jusqu’au jour où il perdit la raison. Il criait, s’agitait, brisait tout sur son passage. Si sa vie n’était plus une vie, celle de sa famille ne l’était pas davantage.
Tout son entourage se mobilisa autour de lui et des siens pour alléger leurs peines quotidiennes. On consulta les meilleurs médecins, on demanda des prières aux Rabbanim. Tous espéraient que cette folie subite disparaîtrait comme elle était venue, sans raison, ou du moins qu’elle s’atténuerait. Vain espoir. Il n’était pas question de le livrer à l’asile, où il serait privé de toute vie juive, enfermé dans un cachot ou parmi de dangereux malades.
Le voyage vers Liadi
On leur conseilla finalement de se rendre chez l’auteur du Tanya, Rabbi Chnéour Zalman, à Liadi, distante de quelques heures de calèche. Son épouse et ses fils parvinrent à le maintenir calme durant le trajet, et ils furent rapidement introduits dans la demeure du maître.
L’homme s’assit face à Rabbi Chnéour Zalman, émettant de temps à autre un grognement et des gestes désordonnés des mains. Le maître lui jeta un regard, comprit aussitôt de quoi il retournait, et se tint prêt à proposer une solution.
Une histoire pour toute réponse
« Asseyez-vous tous, veillez sur lui, je vais vous conter une histoire. » Une histoire ? se dirent-ils. Serions-nous venus de si loin pour entendre les récits d’un Rav ‘hassidique ? Mais ils comprirent vite qu’ils n’avaient d’autre choix que de tendre l’oreille.
« Le Talmud, dans le traité Guittin, rapporte que lorsque Nabuchodonosor détruisit le Premier Temple, l’un de ses généraux remarqua dans la Cour une flaque de sang bouillonnant. Comme il demandait ce que c’était, on lui répondit qu’il s’agissait du sang d’un Prophète nommé Zacharie. »
Il ne s’agit pas ici du Prophète Zacharie mentionné dans le Tanakh, qui revint pour sa part de l’exil de Babel. Ce Zacharie-là avait été assassiné en ce lieu, et depuis, son sang n’avait jamais séché. On explique communément que ce Prophète s’était mis à énumérer durement tous les péchés des Juifs, les avertissant du châtiment divin en des termes si sévères que l’assistance, saisie de fureur, l’avait lapidé.
Le véritable visage des meurtriers
En réalité, l’histoire est un peu différente et mérite d’être vue sous un éclairage positif. Rabbi Chnéour Zalman marqua une pause, se tournant vers le malade puis vers sa famille, pour s’assurer que tous l’écoutaient.
La vérité est que ces hommes qui lapidèrent Zacharie étaient des Justes, des Tsadikim, des hommes droits, peut-être les seuls de leur génération à n’avoir point fauté. Ils œuvraient pour que leurs frères juifs cessent de fauter, se repentent et reviennent à D.ieu.
Dès que Zacharie commença sa harangue, ils comprirent ce qui allait suivre : une prophétie annonçant la destruction du Temple à cause des fautes des Juifs de la génération, et l’exil à Babel. Ils savaient qu’une fois la prophétie prononcée, le sort en serait scellé de façon irréversible.
Le sacrifice des Justes
Ils décidèrent alors d’interrompre Zacharie avant que les mots décisifs ne franchissent ses lèvres. Ils mesuraient pleinement ce que signifiaient leur décision et leur geste : la mort dans ce monde pour meurtre, et l’exclusion du monde futur. Mais ils choisirent de faire don de leur propre destin par amour du Peuple juif, afin de retarder tant soit peu l’échéance et d’offrir à leurs frères quelques jours de plus pour se repentir. La seule façon d’y parvenir était de faire taire Zacharie.
Mais, pourrait-on objecter, pourquoi le Prophète lui-même n’a-t-il pas refusé de prononcer cette prophétie ? Il savait bien qu’une fois les mots dits, la Parole divine ne pouvait que s’accomplir. Il lui suffisait de se taire. Certes, un Prophète qui ne livre pas sa prophétie est passible de mort ; mais pourquoi ne s’est-il pas lui-même sacrifié en refusant de parler ? Ce n’était certes pas l’amour de ses frères juifs qui lui faisait défaut.
Pourquoi le Prophète ne s’est pas tu
La réponse est qu’un véritable Prophète n’a pas d’ego. Il n’est que le canal par lequel D.ieu s’exprime. Lorsque D.ieu déposa ces paroles dans sa bouche, il n’eut pas la possibilité d’agir autrement, tout son être n’étant plus que le véhicule de la Parole divine. Ceux qui le mirent à mort, en revanche, disposaient de leur libre arbitre, et ils en usèrent pour tenter de sauver le Peuple juif de la tragédie et de l’exil.
La guérison et le Tikoun
C’est à cet instant que le « malade » se mit à trembler quelques secondes, ferma les yeux, puis les rouvrit avec un sourire de soulagement. Son souffle avait changé. Il était guéri.
Rabbi Chnéour Zalman posa sur lui un long regard, puis expliqua à la famille stupéfaite : les âmes de ces Justes étaient en souffrance depuis près de deux mille cinq cents ans. Elles ne pouvaient entrer au Gan Eden à cause de ce meurtre, mais les portes du Guéhinom ne s’ouvraient pas davantage, en raison de la pureté de leur intention. Elles cherchaient un Tikoun, une réparation. Elles s’étaient incrustées dans le corps de votre père, dans l’espoir qu’il serait mené auprès de quelqu’un capable de plaider la justesse de leur intention lorsqu’elles péchèrent, et de les délivrer ainsi de cette longue errance entre les portes du Gan Eden et celles du Guéhinom. Voilà pourquoi vous êtes venus jusqu’à moi.
En énonçant un mérite de ceux qui ont tué Zacharie, j’ai opéré un Tikoun de leurs âmes ; et elles, autant que votre père, ont été sauvées.
Un individu armé se faisant passer pour un technicien d’une société de services électriques a fait irruption au domicile d’une famille Habad de Crown Heights avant de s’en prendre violemment à la maîtresse de maison. Alerté en temps réel par les caméras de surveillance du foyer, l’époux s’est précipité sur place, a affronté l’agresseur et est parvenu à lui arracher son arme. Le suspect, pris en chasse par les bénévoles des Chomrim, a finalement été interpellé par la police new-yorkaise.
Un intrus déguisé en technicien
Un grave incident a secoué le quartier de Crown Heights, à New York. Une femme de la communauté Habad a été violemment agressée à l’intérieur de son propre domicile par un individu qui s’était présenté comme un employé de la compagnie d’électricité. Après avoir sonné à la porte et prétendu venir effectuer une intervention, l’homme a forcé le passage, a sorti une arme de poing et a entrepris d’étrangler la jeune femme.
L’intervention du mari, alerté à distance
Les appels au secours de la victime ont été captés par une caméra de surveillance installée au domicile. C’est par ce biais que son mari, qui ne se trouvait alors qu’à deux rues de là, a pu entendre en temps réel la scène qui se déroulait chez lui. Il s’est aussitôt précipité vers la maison, s’est interposé face à l’intrus et, au terme d’une lutte acharnée, est parvenu à lui arracher son arme et à le frapper à la tête. Pendant ce temps, son épouse avait réussi à s’enfuir avec leur bébé, avant que lui-même ne parvienne à quitter les lieux quelques instants plus tard.
Une traque menée par les bénévoles de la communauté
Les bénévoles de l’organisation des Chomrim se sont immédiatement lancés à la poursuite du suspect. Ils l’ont localisé dans un parc voisin et l’ont remis entre les mains de la police de New York, qui a procédé à son arrestation. Selon les informations rapportées, une arme de poing ainsi qu’une corde ont été retrouvées en sa possession, et l’époux l’a formellement identifié. Il est apparu que l’individu avait un lourd passé judiciaire, marqué par de précédentes condamnations pour des faits graves.
Une enquête ouverte pour faire la lumière sur l’agression
La victime a été évacuée vers un centre hospitalier, où elle présentait des marques d’étranglement au niveau du cou. Les enquêteurs ont poursuivi le relevé des indices sur les lieux, tandis que la police ouvrait une enquête afin d’établir avec précision le déroulement de cette agression.
Mercredi 8 Av 5786 Rav M. M. Azimov
Traité Meguila
La conclusion du traité Meguila met en lumière un principe fondamental institué par Moché : étudier les lois de chaque fête en son temps. Derrière cette règle halakhique se cache un enseignement profond sur la lumière singulière que porte chaque période de l’année.
Le verset de clôture
Le traité Meguila s’achève sur un verset tiré du livre de Vayikra : « Vayédaber Moché ète mo’adei Hachem el bné Israël », que l’on traduit par « Moché enseigna les fêtes de D.ieu aux enfants d’Israël ». Ce choix n’a rien d’anodin, car il place l’ensemble du cycle des fêtes au cœur même de la conclusion du traité, comme pour rappeler que le temps sacré demeure la trame profonde de l’étude.
L’institution de Moché
Nos Sages enseignent que Moché instaura à cette occasion une règle essentielle : celle d’étudier et d’approfondir les lois propres à chaque fête au moment même où elle survient, selon le principe de l’Inyano chel yom, « le sujet du jour ». Ainsi étudie-t-on les lois de Pessa’h durant Pessa’h, les lois de Chavouot, également appelée Atséret, durant Chavouot, et les lois de Soukot durant ‘Hag, la fête par excellence. Cette discipline confère à l’étude sa pleine résonance, en l’accordant au temps qu’elle vient éclairer.
L’enseignement spirituel du moment
Au-delà de sa dimension purement halakhique, cette règle recèle un enseignement bien plus profond. Chaque période de l’année porte en elle une lumière particulière, une énergie spirituelle qui lui est propre et qui ne se dévoile qu’en son temps. En consacrant son étude à la fête que l’on traverse, on ne se contente pas d’en connaître les lois : on se relie pleinement à l’essence du moment et l’on puise directement dans la clarté qu’il diffuse.
La formule traditionnelle du Hadran
Fidèle à l’usage qui accompagne l’achèvement de tout traité, ce Siyoum se conclut par la formule du Hadran : « Hadran alakh Bné Ha’ir, vé slika lakh masékhet Meguila », c’est-à-dire « Nous reviendrons vers toi, chapitre Bné Ha’ir, et tu ne nous quitteras pas, traité Meguila ». Ces mots expriment une vérité chère à la tradition juive : l’étude ne s’interrompt jamais véritablement, et l’on revient sans cesse vers les textes que l’on croyait avoir refermés, dans un mouvement qui ne connaît pas de fin.
Un appel à la Tsedaka
Comme il est de coutume en pareille occasion, ce Siyoum s’accompagne d’un appel à renforcer la Tsedaka en cette période. À ce vœu s’ajoute celui d’un bon jeûne pour ceux qui l’observent, ainsi que l’attente ardente de la délivrance finale, la Guéoula, que nous espérons voir se dévoiler très prochainement.
Mardi 7 Av 5786 Rav Meir Lachkar
Traité Haguiga
Au terme du traité ‘Haguiga, les Sages du Talmud dévoilent une vérité aussi surprenante que réconfortante : le feu du Guéhinnom n’a d’emprise ni sur les érudits de la Torah, ni même sur les Juifs qui se laissent parfois aller à fauter.
Le traité ‘Haguiga se compose de trois chapitres, et c’est à la toute fin du troisième et dernier d’entre eux que la Guemara vient poser une conclusion d’une portée exceptionnelle.
La montée au Beth Hamikdach et la pureté des ustensiles
Ce dernier chapitre traite de la montée du peuple juif vers Jérusalem lors des trois fêtes de pèlerinage, Pessa’h, Chavouot et Souccot, et de la proximité des pèlerins avec les ustensiles sacrés du Beth Hamikdach, le Temple de Jérusalem. La foule immense qui affluait alors soulevait une difficulté : ces ustensiles, côtoyés par tout un chacun, avaient pu contracter une impureté. La Guemara s’interroge donc sur la manière de les purifier à nouveau, avant de conclure par un enseignement qui dépasse de loin la seule question rituelle.
Le feu du Guéhinnom sans emprise sur les Sages
« Amar Rabbi Abbahou, amar Rabbi Eléazar », rapporte le Talmud : les Talmidei ‘Hakhamim, les Sages, « ein our chel Guéhinnom choletet bahen », le feu du Guéhinnom ne saurait avoir d’emprise sur eux. Les Sages établissent cette affirmation par un raisonnement a fortiori, un Kal Va’homer, tiré d’un être aussi étonnant que la salamandre.
La salamandre, un enseignement tiré de la nature
La salamandre, explique Rachi, est un petit animal qui naît dans un foyer entretenu sans interruption durant sept années : à force d’y raviver les flammes et d’y accumuler la cendre, cet être voit le jour au cœur du brasier, y demeure et ne redoute nullement le feu. Or, celui qui s’enduirait du sang de cet animal deviendrait lui-même insensible aux flammes. À plus forte raison, enseignent les Sages, en va-t-il de ceux dont le corps tout entier est comparable au feu.
La Torah, semblable au feu
Pourquoi les Sages sont-ils comparés au feu ? Parce qu’ils étudient la Torah, et que la Torah elle-même est appelée Ech, le feu. Ainsi qu’il est écrit : « Halo kho devari… ka’ech », « Mes paroles ne sont-elles pas comme le feu ? », déclare le Saint béni soit-Il, HaKadoch Baroukh Hou. Puisque les paroles de D.ieu et celles de la Torah sont de la nature du feu, à plus forte raison (Kal Va’homer) les Sages qui en sont revêtus de la tête aux pieds ne sauraient-ils subir l’atteinte du feu du Guéhinnom.
L’enseignement de Réche Lakich sur les Pochéi Yisraël
Un autre maître, Réche Lakich, pousse cet enseignement plus loin encore : « Ein our chel Guéhinnom choletet bePochéi Yisraël », le feu du Guéhinnom n’a pas même d’emprise sur les Juifs que l’on ne qualifie pourtant pas de Sages, mais de Pochéi Yisraël, ceux qui peuvent parfois se laisser aller à fauter. Là encore, la démonstration procède d’un a fortiori, tiré cette fois du petit autel du Temple.
Le miracle du petit autel recouvert d’or
Ce petit autel, sur lequel on faisait brûler les encens dans le Hékhal, mesurait environ un mètre de hauteur sur cinquante centimètres de côté. Il était fait de bois recouvert d’une couche d’or extrêmement fine. Pourtant, matin et soir, l’on y consumait la kétoret sans que le feu n’entame jamais le bois qu’une si mince pellicule d’or protégeait. Rachi souligne qu’il s’agissait là d’un véritable miracle.
Emplis de Mitsvot comme la grenade de ses grains
De ce miracle, la Guemara tire sa conclusion : « Pochéi Yisraël meleim Mitsvot ka-rimon », les Juifs qui se laissent parfois aller à fauter sont malgré tout emplis de Mitsvot comme la grenade est emplie de ses grains. Ainsi qu’il est écrit : « Kefela’h ha-rimon rakatekh ». N’y lis pas rakatekh, « tes tempes », mais rekanin chebakhem, « les plus vides d’entre eux ». Telle une tranche de grenade sont les deux côtés du crâne de tout Juif : même ceux qui, hélas, se trouvent parfois vides de Torah demeurent emplis de Mitsvot. Et puisqu’ils débordent ainsi de Mitsvot, à plus forte raison (Kal Va’homer) nul mal ne saurait les atteindre.
Ainsi s’achève le traité ‘Haguiga, sur cette parole d’espérance : le feu qui consume ne peut rien contre l’âme du Juif, protégée par la Torah et par les Mitsvot dont elle est comblée.
Devant les ruines fumantes du Temple, quatre des plus grands sages d’Israël contemplent un spectacle déchirant : un renard sortant de l’endroit même du Saint des Saints. Trois d’entre eux fondent en larmes, mais Rabbi Akiva, lui, éclate de rire. Ce récit bouleversant du Talmud, lu et médité durant la période des Trois Semaines, révèle le secret d’un regard capable de percevoir, au cœur même de la destruction, la certitude absolue de la Guéoula.
Le Talmud, à la fin du traité Makot, rapporte l’un des épisodes les plus saisissants de la littérature de nos sages. Rabban Gamliel, Rabbi Eléazar ben Azarya, Rabbi Yehochoua et Rabbi Akiva montent ensemble à Jérusalem. Parvenus au mont du Temple, ils aperçoivent un renard qui sort de l’endroit où se trouvait le Saint des Saints, ce lieu d’une sainteté si redoutable que seul le Cohen Gadol, le Souverain Sacrificateur, pouvait y pénétrer, et uniquement le jour de Kippour.
Le contraste des réactions
Face à cette vision, la profanation atteint son comble : là où résidait la Présence divine dans toute son intensité, un animal sauvage rôde désormais parmi les décombres. Rabban Gamliel, Rabbi Eléazar ben Azarya et Rabbi Yehochoua ne peuvent retenir leurs larmes. Ils pleurent la perte, l’exil de la Chekhina, l’abaissement inouï du lieu le plus saint du monde.
Mais Rabbi Akiva, lui, rit.
Stupéfaits, ses compagnons l’interrogent : « Akiva, pourquoi ris-tu ? » Et lui de leur retourner la question : « Et vous, pourquoi pleurez-vous ? » Ils lui répondent que devant un tel spectacle, comment ne pas pleurer ? C’est alors que Rabbi Akiva dévoile la profondeur de son regard.
Le lien prophétique entre destruction et renaissance
Rabbi Akiva explique sa logique en associant deux prophéties que l’Écriture elle-même a liées l’une à l’autre. La première est celle d’Ourya, annonçant la destruction : « Sion sera labourée comme un champ », parole rapportée par le prophète Mikha et reprise dans le livre de Yirmiyahou. La seconde est celle de Zekharia, annonçant la renaissance : « Des vieillards et des femmes âgées s’assiéront encore dans les rues de Jérusalem », vision d’une ville rendue à la vie, à la paix et à la longévité de ses habitants.
Le verset d’Yechayahou associe explicitement ces deux témoins : « Je pris pour moi des témoins fidèles, Ourya le Cohen et Zekharia ». Or, plusieurs générations séparent ces deux prophètes. Pourquoi la Torah les unit-elle ? C’est que le destin de leurs deux prophéties est indissociablement lié : l’accomplissement de l’une garantit l’accomplissement de l’autre.
La certitude de la Rédemption
Pour Rabbi Akiva, le raisonnement est lumineux. Tant que la prophétie de la destruction ne s’était pas entièrement réalisée, un doute pouvait subsister quant à l’accomplissement de celle de la reconstruction. Mais dès lors que la parole d’Ourya s’est accomplie au mot près, jusqu’à ce renard sortant du Saint des Saints comme d’un champ abandonné, la preuve est faite que la parole divine ne revient jamais en arrière. La promesse de Zekharia se réalisera donc tout aussi sûrement, dans ses moindres détails.
Là où ses compagnons voyaient l’aboutissement d’une catastrophe, Rabbi Akiva percevait le commencement d’une promesse. Le renard n’était pas pour lui le signe de l’abandon, mais le sceau de la fidélité divine : si D.ieu a tenu Sa parole dans la rigueur, à combien plus forte raison la tiendra-t-Il dans la bonté.
« Akiva, tu nous as consolés ! »
Entendant ces paroles, les sages lui répondirent : « Akiva, tu nous as consolés ! Akiva, tu nous as consolés ! » Par ces mots répétés deux fois, les sages ne se contentent pas de saluer une belle idée : ils valident la vision de Rabbi Akiva, cette capacité de regarder au-delà de l’épreuve présente pour y apercevoir la lumière future.
Ce récit prend toute sa dimension durant la période des Trois Semaines, entre le 17 Tamouz et le 9 Av, où le peuple juif porte le deuil de la destruction du Beth Hamikdach. Le rire de Rabbi Akiva nous enseigne que le deuil lui-même est porteur d’espérance : chaque larme versée sur la destruction est en réalité un témoignage de foi en la reconstruction. Car celui qui pleure le Temple mérite de voir sa joie, comme l’affirment nos sages : « Quiconque prend le deuil de Jérusalem méritera de voir sa joie ».
Puissions-nous très bientôt voir de nos yeux l’accomplissement de la prophétie de Zekharia, avec la venue de Machia’h et la reconstruction du troisième Beth Hamikdach, rapidement et de nos jours.
Dimanche 5 AV 5786
Rav Menahem Mendel Shapira
Traité Ketouvot
Le traité Ketoubot s’achève sur des images bouleversantes de l’amour que portaient nos Sages à la Terre d’Israël, embrassant ses rochers et se roulant dans sa poussière. Mais la Guémara ne s’arrête pas là : elle dévoile une promesse extraordinaire réservée aux temps de Machia’h, où même les arbres qui n’ont jamais rien produit donneront des fruits en abondance.
L’amour des Sages pour la Terre d’Israël
À la fin du traité Ketoubot, la Guémara nous raconte l’amour immense que témoignaient nos Sages envers la Terre d’Israël, chacun l’exprimant à sa manière, avec une intensité qui traverse les générations.
Lorsque Rabbi Abba arriva en Eretz Israël, il embrassa les rochers de la ville d’Aco, tant son attachement à cette terre était profond. Rabbi ‘Hanina, quant à lui, se consacra à aménager les routes qui menaient vers la Terre d’Israël, afin de faciliter le chemin de tous ceux qui souhaitaient s’y rendre.
Rabbi Ami et Rabbi Assi, lorsqu’ils dispensaient leurs cours de Torah, veillaient à se déplacer des endroits chauds vers les endroits plus frais, et inversement, des lieux froids vers les lieux chauds. Tout cela dans un seul but : ne jamais laisser échapper la moindre plainte sur le climat de la Terre d’Israël et manifester ainsi l’amour qu’ils lui portaient. Quant à Rabbi ‘Hiya bar Gamda, lorsqu’il parvint en Eretz Israël, il se roula dans sa poussière pour exprimer son amour et son attachement indéfectible à cette terre.
Une conclusion sur une note positive
La Guémara évoque ensuite les difficultés que connaîtront les Sages juste avant la venue de Machia’h. Mais fidèle à la tradition de conclure sur une note positive, c’est par une promesse lumineuse que s’achève le traité Ketoubot.
Rabbi ‘Hiya bar Achi enseigne au nom de Rav : dans les temps futurs, tous les arbres stériles de la Terre d’Israël donneront des fruits lorsque Machia’h viendra. D’où le savons-nous ? La Guémara apporte une preuve tirée du prophète Yoël, ainsi qu’il est écrit : « Car l’arbre donnera son fruit », et immédiatement après : « Le figuier et la vigne donneront leur richesse ».
Le raisonnement est le suivant : puisque le verset précise déjà que les vignes et les figuiers produiront leurs fruits en abondance, de quels arbres parle-t-il donc lorsqu’il dit simplement « l’arbre donnera son fruit » ? Il s’agit nécessairement des arbres qui n’ont jamais porté de fruits. Lorsque Machia’h viendra, tous les arbres donneront des fruits, même les arbres stériles.
Le Siyoum selon la demande du Rabbi
Hadran alakh Chnei Dayanei Guezeirot vesalika lah Massekhet Ketoubot : ainsi se conclut le traité Ketoubot.
Et conformément à la demande du Rabbi, qui souhaitait que l’on associe toujours la conclusion d’un traité, un Siyoum, aux deux Mitsvot de Ahavat Israël et de Tsedaka, ce moment d’étude s’achève par l’amour du prochain et par le don d’une pièce à la Tsedaka. Chavoua tov !
Vendredi 3 AV 5786
Rav Its’hak Sitruck
Traité Er’hin
Le traité ‘Erkhin : offrir au Temple la valeur d’une personne ou d’un bien
Le traité ‘Erkhin traite principalement, comme son nom l’indique, des « évaluations » : il s’agit du cas d’une personne qui décide d’offrir au Temple la valeur d’une personne ou d’un bien. La Torah fixe les règles précises de ces engagements, leur montant et les modalités de leur acquittement. Mais c’est sur un tout autre sujet que le traité s’achève, et c’est à ces dernières lignes que le Rav Sitruck a consacré son enseignement.
Le champ du Cohen face à l’année du Yovel
Dans les dernières lignes du traité, la Guemara cherche à établir si un champ offert en cadeau à un Cohen possède le même statut qu’un champ faisant partie du patrimoine familial de ce Cohen. Un principe est en effet clairement établi : un champ appartenant au patrimoine de la famille du Cohen peut être racheté à tout moment, et même lorsque survient la cinquantième année, l’année du Yovel, le Cohen conserve toujours le droit de récupérer son bien. La question est alors la suivante : un champ qui a été offert en cadeau à un Cohen bénéficie-t-il de ce même avantage ? Son propriétaire peut-il toujours le racheter, bien que la cinquantième année soit arrivée ?
La Guemara cite à l’appui le verset selon lequel les biens des Cohanim ont le statut de « possession éternelle », a’houzat olam. A priori, les Cohanim pourraient donc toujours racheter leurs biens. Peut-être faudrait-il alors considérer qu’un champ qui ne fait pas partie du patrimoine familial, mais qu’un Cohen a reçu en cadeau de la part d’un autre Juif, entre lui aussi dans le cadre de cet héritage éternel, et pourrait dès lors être racheté même après le passage de la cinquantième année.
La réponse de la Guemara : l’héritage familial seul est éternel
La Guemara conclut en tranchant la question. Lorsqu’il s’agit d’un champ qui fait partie du patrimoine familial de la famille du Cohen, celui-ci peut effectivement le racheter, même si l’année du Yovel est arrivée. En revanche, lorsqu’il s’agit d’un bien reçu en cadeau, le Cohen ne bénéficie pas de cet avantage : si le champ n’a pas été racheté avant la cinquantième année, il sera alors trop tard, et le bien sera réparti entre les Cohanim de la garde en fonction au début de cette année du Yovel. C’est sur cet enseignement que s’achève le traité, scellé par la formule traditionnelle du Hadran : « Nous reviendrons vers toi, traité ‘Erkhin ».
Un don à la Tsedaka pour s’associer à la joie du Sioum
Fidèle à la coutume qui associe l’étude à la générosité, le Rav Its’hak Sitruck a invité les auditeurs à joindre un don à la Tsedaka à ce Sioum, afin de prolonger la joie de la Torah par un acte de bonté concret. C’est par un chaleureux « Chabbat Chalom à tous » qu’il a conclu cette émission, transformant ainsi, l’espace de quelques minutes, les jours les plus sombres du calendrier en un moment de fête et d’élévation.
Jeudi 2 AV 5786 Rav Menahem Mendel Azimov
Traité Sota
L’étude du traité Sota par le Rav Menahem Mendel Azimov, se conclu sur l’un des enseignements les plus saisissants du Talmud, consacré à la disparition apparente de la modestie et de la crainte de D.ieu après la mort de Rabbi Yehouda HaNassi. Deux Sages, Rav Yossef et Rav Na’hman, viennent pourtant témoigner que ces qualités demeurent bien vivantes parmi le peuple juif. Une conclusion qui s’achève par la formule traditionnelle du Hadrane et par un appel à renforcer la Tsedaka, qui rapproche la Délivrance finale.
Les derniers mots du traité Sota
Le traité Sota se conclut par ces mots de la Michna : « Michémet Rabbi, batla anava veyirat ‘het » – « Depuis la mort de Rabbi, ont cessé la modestie et la crainte de fauter ». La Guémara rapporte alors deux réponses étonnantes. Rav Yossef dit au récitateur de la Michna : « N’enseigne pas que la modestie a disparu, car moi, je suis là. » Et Rav Na’hman ajoute : « N’enseigne pas que la crainte de fauter a disparu, car moi, je suis là. »
Ainsi, la Guémara nous enseigne que le dernier maître réunissant pleinement les qualités de modestie et de crainte de D.ieu fut Rabbi Yehouda HaNassi, le rédacteur de la Michna, et que depuis son départ de ce monde, ces vertus se sont faites rares. Cependant, Rav Yossef affirme que la modestie existe encore, et Rav Na’hman témoigne que la crainte de D.ieu demeure toujours présente.
Un héritage qui ne s’éteint jamais
Loin d’être une manifestation d’orgueil, ces déclarations recèlent une leçon profonde : les qualités d’un véritable maître ne disparaissent pas avec lui. Elles se transmettent à ses disciples et continuent de vivre au sein du peuple juif, de génération en génération. L’enseignement de Rabbi Yehouda HaNassi n’a donc pas pris fin après sa mort : il demeure vivant parmi nous, et chacun peut, à son échelle, dire à son tour « je suis là » et incarner la modestie et la crainte du Ciel dans sa propre vie.
Le Hadrane, promesse de retour
L’étude s’achève par la formule consacrée : « Hadrane lakh Egla Aroufa ousslik lakh Massé’het Sota » – « Nous reviendrons vers toi, chapitre de « la génisse à la nuque brisée », et le traité Sota est achevé ». Cette formule traditionnelle, prononcée à la conclusion de chaque traité du Talmud, n’est pas un simple adieu : elle exprime l’espoir et l’engagement de revenir à cette étude dans l’avenir, car la Torah n’est jamais « terminée » – elle est un puits inépuisable auquel on revient sans cesse puiser.
La Tsedaka qui rapproche la Guéoula
Enfin, il convient de rappeler qu’il est essentiel de renforcer notre engagement dans la Mitsva de la Tsedaka. Comme l’enseignent nos Sages, « grande est la Tsedaka, car elle rapproche la Délivrance ». Chaque pièce donnée, chaque geste de bonté, hâte la venue de Machia’h et la Guéoula véritable et complète, très prochainement.
Participer chaque jour à un Siyoum vers 14h10 en direct sur Radio J
jusqu’au 15 Av
Un « Siyoum » est une fête qu’on organise lorsqu’on a achevé l’étude d’un traité talmudique.
Le Rabbi avait demandé qu’on organise un Siyoum pendant chacun des «neuf jours» et jusqu’au 15 Av puisqu’une telle joie sainte est permise durant cette période.
On peut participer à un Siyoum en direct sur hassidout.org ou en écoutant chaque jour (jusqu’au 15 Av) sur la radio juive (94.8 FM) une personne qui achève l’étude d’un traité.
À l’approche de Tich’a BeAv, jour où le peuple juif pleure la destruction des deux Temples, les usages du Minhag Habad confèrent à la lecture des Lamentations une sobriété toute particulière. Loin des parchemins et des bénédictions, la Meguilat Eikha se lit dans le recueillement d’un simple livre imprimé, chacun murmurant les versets pour son propre compte. Un éclairage sur ces coutumes, ainsi que sur la règle qui permet de lire les Kriot du jour dès que trois jeûneurs sont réunis.
Une lecture sans bénédiction
Selon le Minhag Habad, on ne récite jamais de Bera’ha avant la lecture d’Eikha, le Livre des Lamentations que le prophète Jérémie composa sur la destruction du premier Beth Hamikdach. Cette abstention demeure la règle en toutes circonstances : même lorsque la lecture se déroule en présence d’un Minyan, et même dans le cas où l’on disposerait d’un parchemin parfaitement cachère. Le principe est ferme et ne souffre pas d’exception, alors que dans certaines autres communautés l’officiant qui lit sur un rouleau prononce, lui, la bénédiction avant de commencer.
Cette réserve s’explique par un fondement bien établi de la Halakha, selon lequel on ne récite pas de bénédiction sur un simple usage. La lecture des Lamentations n’ayant pas le statut d’une obligation formelle assortie d’une Bera’ha, l’usage Habad choisit le silence liturgique, en parfaite cohérence avec l’atmosphère de deuil qui enveloppe cette nuit-là.
Le livre imprimé plutôt que le parchemin
Dans le prolongement de cette même sobriété, la coutume Habad veut que l’on lise Eikha dans un livre imprimé, qu’il s’agisse d’un recueil de Kinot ou d’un ‘Houmach, et non sur un parchemin. Cet usage rejoint une explication rapportée au nom du Levouch : les scribes n’avaient pas coutume de rédiger de tels parchemins, tant les rouleaux d’Eikha demeuraient rares. On y voit volontiers le signe d’une espérance, celle de voir le Neuf Av transformé en jour de joie et de fête avec la venue de la Guéoula, de sorte que ces parchemins de tristesse n’aient plus lieu d’être.
À cette première coutume s’en ajoute une seconde, qui touche à la manière même de dire les versets. L’usage veut que chacun lise Eikha pour son propre compte, à voix basse, et non que seul le Chalia’h Tsibour en fasse la lecture à voix haute pour l’ensemble de l’assemblée. Ainsi, tandis que l’officiant entonne les Lamentations sur une mélodie plaintive, chaque fidèle accompagne la lecture en murmurant les mots, comme pour épouser personnellement le deuil de la nation tout entière.
Trois jeûneurs suffisent pour les Kriot du jour
Le Minhag Habad se distingue également par une règle concernant la lecture de la Torah propre au jour de jeûne. Il suffit en effet que se trouvent dans l’assistance trois personnes accomplissant le Taanit pour que l’on puisse procéder aux Kriot réservées à cette journée. Cette condition allégée permet de préserver la lecture publique de la Torah même lorsque l’assemblée compte peu de jeûneurs.
Ces Kriot sont au nombre de deux, chacune à son office. Le matin, on lit le passage de Ki Tolid, où Moché évoque l’exil et le retour vers D.ieu ; l’après-midi, à Min’ha, on lit Vaye’hal, ce moment où Moché implore la miséricorde divine et où sont proclamés les treize attributs de clémence. Ainsi, du matin au soir, la journée de deuil demeure traversée par la parole de la Torah et par l’appel constant au pardon.
À l’occasion du yahrtzeit du Rav Yoel Kahn a’h, le 6 Av, un Farbrenguen s’est tenu dans sa demeure de la rue Montgomery, à Crown Heights. Celui qui fut durant des décennies le ‘Hozer attitré du Rabbi y avait enseigné la ‘Hassidout à des milliers d’élèves et rapproché d’innombrables Juifs de l’enseignement du Rabbi. Les jeunes gens de la Kvoutsa, venus de la Yechiva centrale où il officiait comme Machpia, se sont rassemblés pour honorer sa mémoire.
Un rassemblement dans la demeure de la rue Montgomery
C’est dans la maison qui fut la sienne, rue Montgomery, au cœur de Crown Heights, que s’est tenue cette rencontre empreinte d’émotion. Les participants, pour l’essentiel des élèves de la Kvoutsa — ce groupe de jeunes gens venus étudier auprès de la Yechiva centrale — s’y sont réunis pour marquer le jour du yahrtzeit de leur maître, le 6 Av. Chaque soir, dans le petit Zal de la Yechiva, le Rav Yoel Kahn dispensait à leur intention des cours qui ont façonné toute une génération d’étudiants, et c’est tout naturellement que ces mêmes disciples se sont retrouvés pour se souvenir de lui et poursuivre l’étude qu’il leur avait transmise.
Le ‘Hozer du Rabbi
Le Rav Yoel Kahn occupa durant des décennies une fonction singulière auprès du Rabbi : celle de ‘Hozer, chargé de mémoriser puis de restituer fidèlement les paroles prononcées lors des Farbrenguen. Doté d’une mémoire prodigieuse, il retenait les Si’hot et les Maamarim du Rabbi — souvent délivrés un Chabbat ou un jour de fête, lorsqu’aucun enregistrement n’était permis — pour les répéter ensuite, lors d’une séance de ‘hazara, et les consigner par écrit. En sa qualité de maniah, il préparait pour l’impression les discours édités du Rabbi ainsi que des passages du Likoutei Si’hot. Dès le tout premier Farbrenguen du Rabbi, il s’attela à cette tâche, s’imposant comme le gardien scrupuleux d’un enseignement qui, sans lui, aurait pu se perdre.
Un maître qui a rapproché des milliers d’âmes
Bien au-delà de ce rôle, le Rav Yoel Kahn fut l’un des plus grands penseurs de la ‘Hassidout de sa génération. À la tête de la Yechiva centrale Tom’hei Temimim, à 770, il enseigna comme Machpia à des milliers d’élèves et rapprocha d’innombrables Juifs, à l’intérieur comme à l’extérieur du monde de la Yechiva, de la ‘Hassidout et de l’enseignement du Rabbi. On lui doit notamment le Sefer HaErkim, vaste encyclopédie et analyse des concepts de la ‘Hassidout, ainsi que le recueil Chemouot VeSipourim, compilation de récits et de traditions transmis par les ‘hassidim des générations passées.
Un parcours au service du Rabbi
Né le 16 Chevat 5690 (1930) en Union soviétique, dans une famille attachée à la Yechiva Tom’hei Temimim de la ville de Loubavitch, le Rav Yoel Kahn gagna la Terre sainte avec les siens, puis rejoignit New York en 5710 (1950) afin de poursuivre son étude au siège du mouvement, à 770 Eastern Parkway. Il y consacra plus de sept décennies à absorber, transcrire et diffuser à travers le monde les enseignements du Rabbi. Il s’est éteint le 6 Menahem Av 5781 (2021), à l’âge de quatre-vingt-onze ans, laissant derrière lui une œuvre immense et le souvenir d’un serviteur fidèle dont la parole continue de résonner dans les salles d’étude.
Écrite le 1er Av 5743 (1983), cette lettre du Rabbi de Loubavitch s’adresse à l’ensemble du peuple juif à l’aube des Neuf Jours, cette période de deuil qui culmine le 9 Av. S’appuyant sur les enseignements hassidiques, le Rabbi y dévoile le sens profond de ces journées et invite à convertir la tristesse en actes lumineux. Il place au cœur de son message l’amour gratuit, l’étude de la Torah et la Tsedaka, ces leviers capables de hâter la Rédemption véritable et de muer les jours de deuil en jours de fête.
B »H, Roch ‘Hodech Mena’hem Av, jour du rappel du départ d’Aharon le Grand Prêtre, 5743 (1983) Brooklyn, New York
Aux fils et aux filles d’Israël, que D.ieu les garde et les bénisse, Paix et bénédiction !
Les enseignements qui éclairent notre service divin
On connaît l’enseignement du Baal Chem Tov selon lequel, dans chaque chose que l’homme voit ou entend, se cache une instruction pour son service divin. On connaît également l’enseignement du Maguid et de l’Admour Hazaken sur la maxime de nos Sages, « Sache ce qui est au-dessus de toi » : sache que tout ce qui se déploie dans les mondes supérieurs prend sa source en toi. Et l’on connaît enfin l’enseignement de l’Admour Haemtsaï, que l’on retrouve aussi tout simplement dans les livres de la Kabbale, selon lequel D.ieu est l’essence même du bien, et que la nature du bien est de faire le bien.
Le sens des jours de deuil
De tout cela se dégage également la signification de cette période, les jours situés entre les détroits, le Bein HaMetsarim, et en leur sein les Neuf Jours, dont le point culminant est le 9 Av, ces jours de deuil. Comme l’explique le Rambam dans son recueil de lois, le deuil s’inscrit parmi les voies du repentir : il convient d’examiner ses actes et de revenir vers D.ieu par la Téchouva. Cela vaut plus encore lorsque s’y ajoutent les jeûnes du 17 Tamouz et du 9 Av, qui comptent eux aussi parmi les chemins de la Téchouva.
À la mémoire d’Aharon le Grand Prêtre
Le commencement des Neuf Jours coïncide avec le premier jour du cinquième mois, qui rappelle, selon le verset, qu’Aharon « mourut là, le premier jour du cinquième mois ». Le but d’un tel souvenir, d’autant plus qu’il s’agit d’un souvenir inscrit et gravé dans notre Torah, Torah de vie et enseignement éternel, est que ces jours soient « commémorés et accomplis ». La Téchouva née de la méditation sur le contenu de ces journées doit conduire à de belles actions qui en découlent, en ces jours-là comme de façon durable par la suite, ces actions mêmes qu’a enseignées Aharon le prêtre.
Sur les traces d’Aharon, aimer et rapprocher
Les qualités d’Aharon le Grand Prêtre et ses actes sont exposés en de nombreux endroits de la Torah écrite et de la Torah orale. Parmi eux, nos Sages ont établi dans la Michna ce précepte lumineux : « Sois des disciples d’Aharon, aimant la paix et poursuivant la paix, aimant les créatures et les rapprochant de la Torah. » Ce message entretient un lien tout particulier avec ces jours, où l’on médite sur la destruction, sur l’exil et sur leur cause.
De la haine gratuite à l’amour gratuit
Cette cause, c’est la haine gratuite, la sinat ‘hinam ; et le remède réside dans l’amour d’Israël porté jusqu’à l’amour gratuit, l’ahavat ‘hinam, seul capable de racheter et d’annuler l’exil. Il passe aussi par un surcroît d’étude de la Torah et par la Tsedaka, ainsi que l’annonce la prophétie de Yéchayahou : « Sion sera rachetée par la justice, et ses captifs par la Tsedaka. » De là découle une raison supplémentaire d’appeler et d’inviter chacun à organiser un Siyoum de traité durant les Neuf Jours, et si possible chaque jour, le 9 Av étant consacré à l’étude de la Torah devant de nombreux auditeurs, en rappelant à chaque fois l’amour d’Israël et la charité.
Vers la Rédemption véritable et complète
Le départ d’Aharon le Grand Prêtre, lui qui aimait toute la maison d’Israël, chaque Juif de chaque génération, lui et ses fils bénissant les enfants d’Israël par les mots « Que l’Éternel te bénisse, fasse briller sur toi Sa face, la lève vers toi et t’accorde la paix », suscite des délivrances au sein de la terre, jusqu’à la délivrance générale et véritable, la Rédemption complète par notre juste Machia’h. Alors s’accomplira la promesse : « Tu hériteras, D.ieu, de toutes les nations. » Et la Tsedaka rapproche plus encore cette Rédemption, de manière hâtive, « voici, avec les nuées du ciel ».
Avec respect et bénédiction de réussite en tout cela, et que bientôt, de nos jours, ces journées deviennent des jours de fête, de joie et d’allégresse.
Instructions du Rabbi pour les jours suivant Ticha BeAv : poursuivre les « Siyoumim » jusqu’au quinze Av inclus, emporter une boîte de Tsedaka en voyage, prendre avec soi des paroles de Torah adaptées au jour que l’on peut réciter par cœur dans un langage approprié aux auditeurs.
En général : « Les bonnes actions de Torah et de Mitsvot accomplies durant les trois semaines doivent être poursuivies même après Ticha BeAv, afin d’accélérer la Délivrance. »
Le Rabbi dans sa résidence, 5749 (1989) – 11 Av
Le Rabbi a déclaré : « Si le Machia’h tarde, D.ieu nous en préserve, dans les jours à venir, continuez à organiser des ‘Siyoumim’ même dans les jours qui suivent, jusqu’au quinze Av inclus. Et associer le ‘Siyoum’ (dans le ‘jugement’ – la Halakha) également avec un don à la Tsedaka. Et dans un lieu approprié – associer le ‘Siyoum’ – « jour propice pour les Rabbanim » – également avec un repas et une assemblée. « Et il faut le publier partout où c’est possible, tant dans les lieux qui l’ont déjà pratiqué les jours précédents – qu’ils continuent avec plus de vitalité et de renforcement, et à plus forte raison dans les lieux où la publication n’est pas parvenue – qu’on s’y rende et qu’on agisse pour faire des ‘Siyoumim’ là aussi, et ajouter dans le ‘jugement’ et dans la ‘Tsedaka’ en général. »
Instructions pour les voyageurs après Ticha BeAv
Ceux qui voyagent vers différents endroits après Ticha BeAv afin de parler avec des Juifs au sujet du judaïsme en général et au sujet de Ticha BeAv en particulier – qu’ils emportent avec eux une boîte de Tsedaka (au lieu de s’étendre en discours pour encourager le don de Tsedaka) qui rappelle et éveille au don effectif de Tsedaka. Et de même qu’ils « emportent » avec eux des paroles de Torahadaptées au sujet du jour que l’on peut dire par cœur dans un langage approprié aux auditeurs (sans créer l’impression qu’on vient leur raconter quelque chose qu’ils ne savent pas, et à plus forte raison qu’on ne vient pas les éveiller à corriger leur conduite), avec douceur et dans les voies de la paix.
La continuation des bonnes actions pour accélérer la Délivrance
Le Rabbi a dit une fois : « Les bonnes actions (de Torah et de Mitsvot, etc.) accomplies durant les trois semaines – il faut les continuer même après Ticha BeAv, afin d’accélérer la Délivrance etc. Et grand est le mérite du mois de Mena’hem-Av, comme période propice (signe du Lion) pour un ajout dans le service de D.ieu. »
Entre le premier et le second Beth Hamikdash, une simple coudée souleva l’un des doutes les plus profonds de toute l’histoire du Temple. Là où le premier abritait un mur massif dressé entre le Saint et le Saint des Saints, le second dut se contenter de deux voiles tendus de part et d’autre d’un vide énigmatique. Derrière cette apparente difficulté d’architecte se dissimule une vérité vertigineuse sur une sainteté qui, elle, ne s’est jamais déplacée.
Rav Chmouel Rabinovitch
Le mur du premier Temple selon le Rambam
Dans ses Hilkhot Beth Habé’hira, les lois relatives au Temple, le Rambam enseigne, au quatrième chapitre et à la seconde halakha, que le premier Beth Hamikdash comportait un mur qui séparait le Kodech, le Saint, du Kodech Hakodachim, le Saint des Saints. Ce mur possédait une épaisseur d’exactement une coudée. D’un côté se déployait le Saint, où étaient disposés la table, le Choul’han, l’autel d’or, le Mizbéa’h, et le chandelier, la Ménora ; de l’autre s’ouvrait le Saint des Saints, qui abritait l’Arche, l’Aron, et les objets les plus sacrés du sanctuaire. Trois espaces distincts se succédaient donc avant même de pénétrer au cœur du lieu.
Pourquoi le second sanctuaire renonça au mur
Le Rambam met en lumière une différence décisive entre les deux édifices. Le premier Temple possédait ce mur, bâti à l’époque de Salomon, qui tranchait nettement entre le Saint et le Saint des Saints ; le second, lui, n’en fut jamais pourvu. La raison en est d’abord structurelle. Le Hékhal du premier Temple s’élevait à une hauteur bien moindre, tandis que celui du second atteignait cent coudées. Un mur d’une seule coudée d’épaisseur ne pouvait raisonnablement soutenir une telle élévation ; il aurait fallu l’épaissir considérablement, ce que la disposition des lieux interdisait. On renonça donc à le construire. Mais en supprimant ce mur d’une coudée, on se retrouva soudain avec une coudée « en trop », dont nul ne savait plus si elle appartenait à la mesure du Saint ou à celle du Saint des Saints.
La solution des deux voiles
Voici, dans les termes mêmes du Rambam, la manière dont on résolut la difficulté. On fixa le Saint des Saints à vingt coudées de large et le Saint à quarante coudées ; entre les deux, on laissa subsister une coudée intermédiaire, en souvenir du mur du premier Temple. Au lieu d’y bâtir une paroi, on tendit deux voiles, deux Paro’hot : l’une du côté du Saint des Saints, l’autre du côté du Saint, la coudée demeurant suspendue entre elles, là précisément où s’était dressé le mur salomonien. Dans le premier Temple, au contraire, un seul voile suffisait, ainsi qu’il est écrit : « Le voile vous séparera. » Toute la difficulté du second sanctuaire tenait à cet agrandissement des dimensions, qui rendit incertaine l’appartenance de la fameuse coudée, et c’est pour lever ce doute que l’on dressa non pas un, mais deux voiles.
Le doute des Sages et le témoignage des prophètes
La Guemara énonce ce même enseignement dans le traité Yoma. La Michna rapporte que le Cohen Gadol cheminait à travers le Hékhal, le sanctuaire, jusqu’à parvenir entre les deux voiles qui séparaient le Saint du Saint des Saints, une coudée les séparant. Rabbi Yossi, pour sa part, soutient qu’il n’y avait là qu’un seul voile, comme il est écrit : « Le voile vous séparera entre le Saint et le Saint des Saints. » Ce doute ne surgit pas de nulle part. Lorsque les exilés remontèrent de Babylone pour édifier le second Temple, tant de traditions s’étaient perdues durant les soixante-dix années d’exil que l’on dut recourir au témoignage de prophètes : l’un pour attester de l’emplacement exact de l’autel, un autre de ses mesures et de ses proportions, un troisième pour établir que l’on pouvait offrir des sacrifices même en l’absence de l’édifice achevé. La mémoire d’Israël, en ces temps, portait de larges lacunes.
Ce qui est écrit de la main d’en haut
À ce oubli s’ajoutait une contrainte plus profonde encore. Rachi rappelle que ce mur portait le nom d’amat teraksin et qu’il fut érigé dans le premier Temple, mais non dans le second, précisément parce que sa faible épaisseur ne lui permettait plus de supporter une telle hauteur. Or, on ne pouvait davantage y suppléer à sa guise : toute la structure du Temple, enseigne Rachi, procède de ce qui fut inscrit de la main d’en haut, ainsi que le décrit le prophète Yé’hezkel. Nul n’a le pouvoir d’y introduire une innovation ; ce qui est écrit, et cela seul, devait être accompli. Les bâtisseurs du second sanctuaire n’agissaient donc pas librement, mais dans le cadre étroit d’un modèle révélé qu’ils ne parvenaient plus à lire entièrement.
La question des Tossafot : voile ou construction
Les Tossafot, au même endroit, s’interrogent : pourquoi deux voiles, alors qu’un seul, d’une coudée d’épaisseur, aurait pu tenir lieu de séparation ? Leur réponse s’appuie sur la lecture littérale du verset. Il est écrit : « Le voile vous séparera entre le Saint », ce qui signifie que la face extérieure du voile relève encore du Saint, tandis que, dès l’amorce de son épaisseur, tout appartient déjà au Saint des Saints ; un voile unique n’aurait donc pu épouser à lui seul cette double appartenance. On pourrait encore demander pourquoi l’on ne combina pas une paroi et un voile, en bâtissant un mur bas semblable à celui du premier Temple et en le prolongeant vers le haut par une tenture. Les Tossafot répondent, au nom de ce qui est enseigné dans le traité concerné, que la séparation devait être ou bien entièrement de voile, ou bien entièrement de construction, sans qu’il fût permis d’en faire une moitié de chacun.
Un doute qui n’est pas seulement de pierre
Ainsi se dessine le contraste entre les deux Temples. Dans le premier, tout fut accompli selon la parole divine : là où il fallait un mur, on dressa un mur ; là où il fallait un voile, on tendit un voile. Dans le second, en revanche, on édifia une part du sanctuaire à la manière du Temple futur, en l’élevant bien davantage, si bien que l’on ne sut plus situer avec certitude l’emplacement du voile. Le voile appartient-il au Saint, dont il constitue alors la limite, ou bien se rattache-t-il au Saint des Saints, dont il marque l’entrée ? Telle est la question. Là où, dans le Temple, tout devait procéder de la main d’en haut, on en fut réduit, pour cette coudée, à trancher par le doute et à tendre un second voile faute de savoir. Si l’on n’avait dressé qu’une seule tenture, nulle interrogation ne se serait élevée ; ce sont les deux voiles qui, révélant l’hésitation, firent surgir toute la question.
La sainteté au-delà de toute mesure
Ce doute, pourtant, n’est pas seulement une affaire d’architecte. Dans le second Temple, l’Arche avait disparu du Saint des Saints. Et cependant, ce lieu conservait une sainteté si redoutable que le Cohen Gadol seul y pénétrait, une seule fois l’an, au jour de Kippour ; le reste de l’année, l’accès en était absolument interdit. Comment comprendre une telle intensité, alors même que l’Aron n’y demeurait plus ? C’est que la sainteté du Saint des Saints ne procédait pas de la seule présence de l’Arche. Le Saint béni soit-Il s’y révélait, ainsi qu’il est écrit : « Car dans la nuée Je Me montrerai sur la Kaporet », le propitiatoire de l’Arche étant le lieu même de cette manifestation. Là où le Saint béni soit-Il Se dévoile, c’est l’infini qui se déploie.
L’Aron, de la mesure et hors de la mesure
Nos Sages enseignent une merveille à propos de l’Arche : elle était « de la mesure et hors de la mesure ». Le Saint des Saints s’étendait sur vingt coudées de large, et l’Arche mesurait deux coudées et demie ; or, de l’un des flancs de l’Arche jusqu’au mur, on comptait dix coudées, et dix coudées encore de l’autre flanc jusqu’à la paroi opposée, soit vingt coudées d’un bout à l’autre, comme si l’Arche elle-même n’occupait aucun espace. Voilà le sens de cette formule paradoxale : l’Arche est hors de la mesure parce qu’en ce lieu réside la force de l’infini, du bli gvoul, tandis que le Saint, où règnent la table, l’autel et la Ménora, relève de la force de la limite, du gvoul. Le Saint des Saints porte en lui le principe même de ce qui n’a pas de borne. Et parce que deux saintetés de nature différente se côtoyaient, l’une de la limite et l’autre de l’illimité, il fallait nécessairement les séparer, afin que demeurât visible la frontière entre le lieu de la mesure et le lieu qui la transcende.
Le péril du lieu très saint
On mesure la puissance de cette révélation à un usage rapporté du second Temple. En ces temps, la charge de Cohen Gadol était souvent acquise à prix d’argent, et l’on vit se succéder nombre de prêtres indignes. Aussi attachait-on une corde à celui qui entrait au Saint des Saints, afin de pouvoir l’en retirer s’il venait à y périr. Et pourtant, ce même prêtre servait chaque jour dans le Saint sans qu’aucun mal ne l’atteignît ; c’est seulement au franchissement du Saint des Saints que tant d’entre eux trouvèrent la mort. Preuve éclatante que l’infini rayonnait bien au cœur de ce lieu, d’une lumière que nul homme impur ne pouvait soutenir.
D’en haut vers le bas, d’en bas vers le haut
Telle est encore la différence entre les deux sanctuaires. Le premier Temple procédait tout entier d’en haut vers le bas : le feu descendait sur l’autel, une forme de lion s’y dessinait, le pectoral, le ‘Hochen, s’exprimait et désignait les réponses du Ciel. Le second Temple, lui, s’élevait d’en bas vers le haut, et ces manifestations n’y avaient plus cours. Certaines demeuraient pourtant perceptibles, comme la fumée de la Ketoret, l’encens, qui montait droite et sans dévier, signe que l’illimité affleurait encore. Mais c’est au Saint des Saints que l’infini rayonnait dans toute sa force. Et parce que la Torah avait fixé chaque mesure, les bâtisseurs redoutèrent de ne dresser qu’un seul voile : ils sentaient qu’il s’agissait là d’une sainteté d’une tout autre nature, non celle que l’on connaît et que l’on peut circonscrire, mais celle que le Saint béni soit-Il n’avait permis d’approcher qu’une fois l’an.
Une sainteté qui ne se déplace jamais
Le Rambam relie enfin cette question à un principe fondamental. La sainteté de la Terre d’Israël, sanctifiée par les montants d’Égypte puis par les montants de Babylone, s’effaça lors de l’exil, au point qu’il fallut la consacrer une seconde fois. Mais celle de Jérusalem et du lieu du Temple demeura intacte, sans jamais s’interrompre. Si l’on comprend que le Saint des Saints, même privé de l’Arche, continuait d’abriter une sainteté située au-dessus de toute mesure et de toute limite, l’énigme s’éclaire. C’est là que rayonne la sainteté de l’infini ; et une telle sainteté, comme l’enseignent nos Maîtres, ne se déplace pas de son lieu. La sainteté que l’homme d’Israël confère peut se retirer, mais celle que le Saint béni soit-Il institue Lui-même demeure à jamais. Le doute même des bâtisseurs, hésitant sur l’emplacement d’un voile devant une coudée insaisissable, témoigne en dernier ressort de cette vérité : au cœur du sanctuaire brûle une présence que ni l’exil ni la destruction n’ont jamais pu chasser de sa demeure.
Photo de couverture : Marko Dashev – www.markodashev.com
Dans un entretien rare et précieux, le légendaire machpia et ‘hozer Rav Yoel Kahn aborde les questions qui touchent au cœur même de la ‘Hassidout : qui en a réellement besoin, ce qu’elle vient accomplir, et comment elle peut transformer le regard de l’homme ordinaire sur l’existence. Recueilli en 2013, ce dialogue d’une clarté saisissante nous plonge dans la pensée de celui qui fut, quarante années durant, le fidèle transmetteur de la Torah du Rabbi. Nous le publions à l’occasion de son cinquième Yertzeit le 6 Av.
Pourquoi étudier la ‘Hassidout ?
Pour répondre à cette question, il faut d’abord considérer la nature de l’enseignement de la Torah en général. Lorsque la Torah nous enseigne une conduite, son but n’est pas seulement de nous prescrire un comportement, mais de nous révéler la vérité de la chose.
Je parlais un jour avec un Juif qui s’intéressait à la ‘Hassidout, mais à ses questions, je compris qu’il en avait une tout autre idée. Pour lui, les voies des ‘hassidim n’étaient rien de plus qu’une somme de conseils sur la manière dont l’homme doit se comporter, quoique d’une manière plus élevée que d’ordinaire.
Je lui dis : le fait que 2 + 2 = 4 entraîne quantité de décisions et de résolutions. Diriez-vous pour autant que ce principe est une instruction sur la façon dont nous devons penser ? Supposez qu’il n’y ait plus personne sur terre : ce principe resterait-il vrai ? Bien sûr que oui ! — parce que telle est la nature véritable que D.ieu a instaurée dans notre monde. Il en va de même pour le service de D.ieu : les vertus qu’enseigne la Torah sont vraies et découlent d’une compréhension plus profonde du monde.
Autrement dit, le premier principe à saisir, c’est que la ‘Hassidout n’est pas un simple manuel de développement personnel. La ‘Hassidout nous apprend à comprendre que le monde ne commence ni ne s’achève en nous-mêmes. La vérité nous dépasse et existe indépendamment de nous.
Pour l’expliquer concrètement : la Torah ordonne à l’homme de ne pas suivre les désirs de son cœur, à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’un interdit explicite. Sans la ‘Hassidout, c’est un combat immense. Sous ses yeux, il voit toutes les tentations de ce monde et, quoiqu’il désire en jouir, il est contraint de s’en abstenir. Il use de divers stratagèmes pour contrer sa tentation : il se plongera dans la Torah, se rappellera la récompense qui l’attend au Gan Eden ou le châtiment de la Guéhinom, ou pèsera les conséquences néfastes qui s’ensuivraient s’il cédait.
À l’opposé de cette approche, la ‘Hassidout révèle la nature véritable des choses et annule le conflit dès sa racine. Lorsqu’on étudie la ‘Hassidout, on en vient à reconnaître que cet objet même que l’on convoite n’est finalement pas si désirable. Quand on comprend que le plaisir de cette chose n’est essentiellement qu’une expression d’énergie divine, sous une forme profondément voilée, on est naturellement porté à rechercher ce qui est animé d’une énergie divine plus intense que cette tentation matérielle dérisoire.
La ‘Hassidout explique en outre que tout, dans le monde, a été créé en vue de la Torah et des Juifs. Il est donc impossible qu’existe une chose qui les contredise. Cela vaut aussi bien pour les choses permises que pour les choses interdites.
Pour les choses permises, l’objectif est qu’elles servent au service divin, qu’elles soient élevées vers D.ieu, à la manière d’un korban. Les choses interdites, elles, n’ont été créées que pour que nous surmontions notre tentation et nous en abstenions. Elles suscitent en nous un amour de D.ieu plus grand qu’il ne l’eût été sans ce défi — tel un fleuve qui se précipite après l’ouverture d’un barrage.
Lorsqu’on reconnaît qu’un objet séduisant a été créé pour nous permettre de servir D.ieu — soit en l’utilisant pour une Mitsva, soit, s’il est interdit, en s’en abstenant —, la tentation en est bien affaiblie, car cet objet a perdu son attrait.
En d’autres termes, la ‘Hassidout exprime la vérité et la réalité des ordres de la Torah. Certes, on peut et l’on doit accomplir les Mitsvot même sans compréhension profonde, mais il ne fait aucun doute que cette compréhension rend le tout bien plus aisé et bien plus réel.
L’importance des croyances justes
Bien. Nous connaissons beaucoup de ‘hassidim des générations passées dont la vie incarnait pleinement les idéaux de la ‘Hassidout. Aujourd’hui, soyons honnêtes, à cause de yeridat hadorot, le déclin des générations, de tels ‘hassidim sont rares. Quel est alors l’intérêt d’une étude approfondie de la ‘Hassidout pour l’homme moyen, si elle ne produira de toute façon pas un ‘hassid véritable ? Ne vaudrait-il pas mieux, semble-t-il, lire simplement des passages inspirants et recevoir des conseils pratiques ?
En vérité, avoir des croyances justes est en soi une nécessité. On ne peut pas dire : « Du moment que j’observe toutes les Mitsvot, qu’importe que je croie ou non aux treize principes de la foi ? » Il nous faut la compréhension juste.
Pour l’illustrer, je vais vous rapporter une histoire, mais je dois d’abord préciser une chose :
Lorsque le Rabbi précédent arriva pour la première fois en Amérique, il proclama : « America is nisht andersh ! » — l’Amérique n’est pas différente : ce même mode de vie de Torah qui existait en Europe devait désormais y fleurir. Il œuvra sans relâche ; pourtant, quinze ans plus tard, subsistait encore une trace de cette vision américaine selon laquelle il faudrait tenir compte des exigences du monde moderne. Cette croyance s’était même infiltrée, sous une forme plus subtile, dans certaines familles de ‘hassidim.
Ainsi, au ‘Heder en Europe, on n’enseignait aux enfants aucune matière profane, pas même les rudiments du calcul. Le jeune enfant ne connaissait rien d’autre que D.ieu et sa Torah, le ‘Houmach ou la Guémara qu’il étudiait. Mais en Amérique, afin d’attirer les enfants d’autres foyers, on ajoutait, à la marge, un peu d’études profanes.
Le Rabbi parla à plusieurs reprises de ces jeunes enfants, « souffles sans péché », qui ne devaient être plongés que dans la sainteté, dans l’étude de la Torah de D.ieu. À ceux qui prétendaient qu’il fallait leur enseigner un métier, le Rabbi répondait que cela pourrait leur être enseigné bien plus tard, à l’approche de ce temps.
Dans une Si’ha ardente de Sim’hat Torah 5715 (1954), le Rabbi dit que la seule raison d’admettre des matières profanes était d’attirer les autres ; mais pour leurs propres enfants, les ‘hassidim devaient vouloir le plus haut degré de kedoucha possible et ne leur faire étudier que des matières saintes.
Je me souviens qu’après ce Farbrenguen, plusieurs parents se rassemblèrent pour débattre de la question. Un ‘hassid s’exclama que tout ce qui avait été fait jusque-là était une erreur, et qu’il fallait désormais engager sans délai un melamed pour n’enseigner à leurs enfants que les limoudei kodech, les études saintes.
Un autre parent objecta : « Sur le fond, je suis d’accord avec toi. Cependant, les enfants doivent tout de même apprendre un peu de calcul, de géographie, d’histoire, et ainsi de suite. Ils ne peuvent pas ignorer totalement le monde. » Le premier répliqua que les enfants pourraient apprendre toutes ces matières plus tard et, du reste, qu’il ne serait pas si grave qu’ils les ignorent tout à fait. Il argua : « Puisque, en vérité, la seule réalité est D.ieu, quelle valeur ont ces choses ? En dehors de la Torah et des Mitsvot, il n’est rien que les enfants aient besoin de savoir ! »
Entendant cela, le second parent rétorqua : « Tu parles de si haut, comme si tu étais au niveau de Rav Binyamin Kletzker, qui passa sa vie entière dans la conscience de l’unité de D.ieu ! »
Le premier ‘hassid lança à son interlocuteur : « Tu es un apikoress ! »
Son ami, décontenancé, s’étonna : « Si je ne suis pas Rav Binyamin Kletzker, alors je suis un apikoross ?! »
Le premier ‘hassid répondit : « Assurément ! Dans la croyance, je ne diffère en rien de Rav Binyamin Kletzker. Au vrai, si je percevais l’unité de D.ieu ne serait-ce que d’un iota autrement que lui, cela relèverait déjà de la kefira. La différence entre nous tient au ressenti : ce que Rav Binyamin Kletzker croyait dans son esprit, il le ressentait dans son cœur, tandis que moi, je lutte contre les taavot du yetser hara.
« Mais lorsqu’il s’agit de mes enfants, je n’ai pas de yetser hara. Tout parent veut pour son enfant le meilleur qu’il puisse concevoir. Dès lors, si l’idée d’éduquer ton enfant aux matières mondaines te vient, c’est qu’elle procède d’une croyance qu’il existe une réalité en dehors de D.ieu. Voilà le problème grave. Je te le dis donc : si tu ne parviens pas à servir D.ieu comme Rav Binyamin, cela se comprend. Mais si tu es en désaccord avec lui — et cela se manifeste dès que tu t’écartes de lui dans tes décisions objectives —, alors, oui, ta vision procède de la kefira. »
Il en va de même de la ‘Hassidout en général. Même si elle ne transforme pas l’homme tout entier, la reconnaissance de Elokout, la divinité, laissera à coup sûr son empreinte au moment des grandes décisions. La vérité objective l’obligera à prendre le juste chemin dans l’éducation de ses enfants, dans les fondements de son foyer, et ainsi de suite.
Une portée concrète, même à notre génération
Cela signifie-t-il que, à notre génération, les notions de la ‘Hassidout sont purement théoriques, sans incidence pratique sur notre vie quotidienne ? Le but ultime de l’étude de la ‘Hassidout n’est-il pas d’affiner le caractère de l’homme ?
Pas du tout ! Ce n’était nullement mon intention. Même l’individu ordinaire de notre temps est transformé par une compréhension de la ‘Hassidout, car ce qu’il reconnaît dans son esprit aura un effet direct sur ses actes.
Commençons par l’impact de la ‘Hassidout sur les trois éléments centraux de la création : D.ieu, les Juifs et la Torah. Dans chacun de ces domaines, la ‘Hassidout a transformé le regard du Juif à un point tel qu’elle modifie sa conduite de tous les jours. Cela est vrai, à des degrés divers, pour quiconque étudie la ‘Hassidout.
Quand il s’agit de la qualité du service de D.ieu, la moindre différence ouvre un monde entièrement nouveau. Un tant soit peu de reconnaissance et d’émotion authentiques est infiniment supérieur à une croyance superficielle où l’on ne fait que répéter des mots ou des pensées.
Notons que, si chacun peut tirer profit de la vision du monde de la ‘Hassidout, le degré auquel elle est essentielle à son service varie. De même que la ‘Hassidout fut révélée aux dernières générations pour combattre l’obscurité de l’exil, toujours plus éprouvante en ces temps ultimes, alors qu’aux générations précédentes elle n’était pas nécessaire au même degré — de même, au sein de chaque génération, les hommes diffèrent par la mesure dont leur nechama rayonne dans leur vie, et donc par la mesure dont ils ont besoin de la ‘Hassidout.
Chacun grandira par l’étude de la ‘Hassidout ; pour les uns, elle est bénéfique, pour les autres, elle est vitale.
D.ieu
La ‘Hassidout explique que l’unité de D.ieu ne signifie pas seulement qu’il n’existe aucune autre divinité en dehors de Lui, mais qu’il n’existe absolument aucune autre existence véritable. Tout ce que nous voyons est constamment maintenu à l’existence par D.ieu, et s’Il retirait un seul instant Son énergie créatrice, tout retournerait au néant. Ce n’est pas là une simple possibilité théorique : cela prouve que, dès à présent, le monde n’a pas d’existence propre.
Bien que cela puisse paraître une croyance abstraite, comprendre et intérioriser cette notion offre au Juif un regard neuf sur bien des événements de sa vie.
Imaginez les scénarios suivants.
Réouven est un Juif pieux et craignant D.ieu, qui passe le plus clair de sa journée dans les affaires. Un jour, il rencontre un riche entrepreneur qui, impressionné par lui, conclut avec lui un accord fort lucratif.
De retour chez lui, Réouven partage avec son épouse sa joie de cette belle réussite. « J’ai toujours su que j’avais un talent particulier, dit-il aux siens ; mais aujourd’hui, mon sens des affaires m’a vraiment bien servi. Avec les mots justes, j’ai su gagner la confiance de l’entrepreneur. Bien sûr, c’était siyata dichmaya, l’aide du Ciel, et nous devons remercier D.ieu. »
Exactement le même scénario se produit avec Chimon. Lui aussi est un homme d’affaires prospère. Rentrant le soir et racontant son histoire, il conclut : « J’ai toujours su que D.ieu gouverne le monde, mais je ne l’avais jamais vu aussi clairement qu’aujourd’hui. C’était une hachga’ha pratit toute particulière que je rencontre cet homme d’affaires ; mais le plus grand miracle fut les paroles qui sortirent de ma bouche. D.ieu, littéralement, a mis ces mots dans ma bouche. »
Ces deux Juifs ont mentionné l’aide d’en Haut, et tous deux ont parlé d’une affaire dans le monde naturel ; pourtant, la différence est nette. Pour Réouven, l’impression est qu’il a réussi grâce à ses propres capacités. Certes, il ne le dira pas ouvertement — car à D.ieu ne plaise qu’un Juif parle ainsi… Au contraire, il évoque le siyata dichmaya et le reste. Mais la question est : que ressent-il au fond de lui ? Dans son esprit et son cœur, il est fier de sa réussite. Pour Chimon, en revanche, le sentiment naturel est que D.ieu le guide à chaque instant.
Sans la vision de la ‘Hassidout, prier D.ieu et mentionner Son aide peuvent devenir un rite que l’on est tenu d’accomplir ; la ‘Hassidout, elle, en fait la réalité même de la vie.
Les Juifs
Considérée superficiellement, la valeur d’un Juif semblerait dépendre de son observance de la Torah et des Mitsvot. Un Juif qui n’observe pas toutes les Mitsvot vaudrait donc moins que celui qui les observe. La ‘Hassidout enseigne qu’il n’en est rien. L’Admour Hazakène explique dans le Tanya que l’essence du Juif est sa nechama, qui est une part réelle de D.ieu. Aussi, quelle que soit sa conduite, un Juif est saint à cause de la nechama qui est en lui.
Voilà pourquoi le Baal Chem Tov rapprochait de lui les Juifs simples, quoique ignorants en Torah, car chacun d’eux possédait une nechama exactement semblable à celle qui habitait le plus grand de ses élèves.
Il est écrit à propos de Bnei Israël : « Vous êtes des enfants pour l’Éternel, votre D.ieu. » L’amour d’un parent pour son enfant est un amour essentiel, qui ne dépend pas des qualités de l’enfant. Quand un homme en aime un autre, c’est en raison de ses qualités particulières ; c’est pourquoi, avec le temps, cet amour peut s’estomper. Et même lorsqu’il perdure, il reste extérieur : les sentiments de l’un sont attirés par les qualités de l’autre, non par sa personne même. À l’inverse, le lien du parent et de l’enfant procède de l’essence du parent vers l’essence de l’enfant.
De même, l’amour de D.ieu pour les Juifs est comparé, dans le passouk cité, à l’amour d’un parent pour son enfant. D.ieu aime chaque Juif, non pour sa conduite, mais pour son essence.
Cette conscience change la façon dont nous considérons les Juifs éloignés du judaïsme, et par conséquent la manière dont nous nous comportons à leur égard. Si la valeur d’un Juif dépendait de son observance des Mitsvot, alors celui qui n’est pas pratiquant compterait peu aux yeux de D.ieu, et il serait vain de le convaincre d’accomplir une Mitsva. Ce n’est qu’après avoir étudié la ‘Hassidout que l’on mesure la valeur de chaque Juif pour D.ieu et le prix de ses Mitsvot.
C’est pourquoi l’étude de la ‘Hassidout est essentielle à la pratique des Mivtsaïm, les campagnes de Mitsvot. Sans cette compréhension, on ne peut mener les Mivtsaïm avec un dévouement et un soin entiers.
Cette perspective vaut aussi pour le regard que nous portons sur nous-mêmes. Si, à D.ieu ne plaise, nous trébuchons dans notre service, nous risquons de nous sentir éloignés de D.ieu et indignes, ce qui risque de nous en écarter davantage encore. En reconnaissant notre valeur essentielle de Juif, nous sommes portés à nous rapprocher, quel que soit l’état où nous nous trouvons.
La Torah
En apparence, la Torah pourrait sembler une suite de notions que D.ieu a partagées avec les Juifs. Dans cette optique, ces notions seraient une sagesse comme une autre, plus avancée seulement parce que D.ieu est, bien entendu, l’Être le plus sage…
La ‘Hassidout révèle que la Torah n’est pas seulement une sagesse venue de D.ieu, mais une sagesse divine. Bien plus, D.ieu S’est investi Lui-même dans la Torah, de sorte que, lorsqu’un Juif étudie un passage, en quelque partie de la Torah que ce soit, il se relie à l’essence de D.ieu. Une telle compréhension modifie, on le conçoit, l’enthousiasme et le dévouement que l’on met à l’étude.
Il en va de même pour les Mitsvot.
À première vue, les Mitsvot sont des actions positives que D.ieu nous a commandé d’accomplir, et les avérot, des conduites négatives dont on nous a dit de nous détourner. Et comme, par nous-mêmes, nous ignorons quelles actions sont bonnes et lesquelles sont mauvaises, D.ieu nous les a révélées.
La ‘Hassidout explique l’inverse : les Mitsvot et les avérot n’ont en elles-mêmes ni bien ni mal intrinsèque. D.ieu, par Sa Volonté pure et sans limite, a choisi ces actions ; voilà pourquoi elles agissent désormais sur l’homme de la manière évoquée.
Nous comprenons ainsi la portée de ce qui advient lorsqu’un Juif non pratiquant accomplit ne serait-ce qu’une seule Mitsva.
Si une Mitsva était l’expression d’un état élevé de l’homme, alors un Juif qui n’a pas atteint cette élévation n’accomplirait rien par une Mitsva rapide et isolée. Il faudrait d’abord lui faire apprécier l’acte. (Telle était d’ailleurs l’erreur de ceux qui s’opposaient aux campagnes des Mivtsaïm.) Mais parce qu’une Mitsva consiste à accomplir la volonté de D.ieu, au-delà de la raison et de tout accomplissement humain, toute Mitsva réalisée selon la Halakha est efficace.
La vie quotidienne
Jusqu’ici, nous avons évoqué l’impact de la ‘Hassidout dans le domaine de la Torah et des Mitsvot.
Or, même à l’égard de nos midot, nos traits de caractère, la ‘Hassidout garde une portée à notre génération. Si nous ne pouvons plus transformer entièrement nos mauvaises midot comme on le pouvait aux générations passées, une juste compréhension de la ‘Hassidout nous permet néanmoins de les affaiblir sensiblement.
On peut l’expliquer par une parabole qui, bien que peu ragoûtante, met le message en pleine lumière.
Le tout-petit et l’adulte évacuent tous deux les déchets de leur corps, mais avec une différence. Quand l’adulte doit se soulager, il entre dans un lieu privé et fait ce qu’il a à faire à l’écart. Il comprend qu’il s’agit d’un fait de la vie, gênant, qu’on tient caché. Le petit enfant, lui, satisfait ses besoins en public, et même avec allégresse. Il ne se rend pas compte qu’il y ait là de quoi être gêné.
De même, nous avons tous des « déchets » spirituels. C’est un fait de la vie pour quiconque n’est pas un tsadik. La question est de savoir comment nous les considérons : en avons-nous honte et cherchons-nous à les recouvrir, ou les exposons-nous publiquement avec fierté ?
Prenons la situation suivante.
Yankel est un Juif estimable, membre respecté de sa communauté. Un jour, Berl, un personnage moins recommandable, l’insulte en public ; Yankel en est furieux. Le lendemain, il se réveille, se souvient de l’affront et, quoique moins en colère que la veille, il est désormais plus convaincu du tort de Berl et ressent même de la haine à son égard. Le temps passant, il s’échauffe moins, mais se sent d’autant plus justifié dans sa haine.
Supposons à présent que Yankel soit un Juif qui étudie la ‘Hassidout chaque jour et consacre même du temps à méditer et à intérioriser la vérité de ce qu’il a appris. À l’instant où Berl l’insulte, il sera tout aussi bouleversé, brûlant de colère devant l’affront patent. Mais à mesure qu’il se remet de sa rage et reconsidère l’événement, il en percevra la vanité.
En étudiant la ‘Hassidout et en y réfléchissant les jours suivants, il mesurera combien la chose est dérisoire au regard de la vérité de la création. Il sera troublé de s’être mis en colère pour un incident si mince, et pourra même se donner du mal pour rendre service à celui qui l’a offensé.
La ‘Hassidout n’a pas débarrassé Yankel de sa réaction instinctive ; mais elle a transformé sa perception, de sorte qu’il puisse faire ensuite les bons choix. Souvent, l’homme éprouve le désir d’accomplir un acte d’apparence sainte, alors qu’en vérité c’est une ruse du yetser hara au service d’une cause négative. La ‘Hassidout lui donne la clarté d’esprit qui distingue ce qui provient de la nefech ha’élokit, l’âme divine — et qui est donc pour D.ieu — de ce qui provient de la nefech habahamit, l’âme animale — et qui vise son intérêt personnel. Il ne se persuadera plus qu’il savoure de fins mets uniquement pour les élever, ni qu’il se trouve mêlé à une ma’hloket, une querelle, seulement lechem Chamayim, pour l’honneur du Ciel…
Ressentir la ‘Hassidout comme une réalité
Connaître ces notions suffit-il à changer la conduite d’un homme ? Pourquoi rencontre-t-on tant de personnes qui connaissent ces idées sans paraître en être affectées ?
Pour que la ‘Hassidout opère un changement en l’homme, elle doit devenir sa réalité, et non demeurer une simple idée théorique.
Pour éclairer ce que nous entendons par « ressentir la ‘Hassidout comme une réalité », laissez-moi partager l’épisode suivant.
Rav ‘Haïm Moché Alperovitz, un simple tamim de Loubavitch, vivait à Tel-Aviv et travaillait comme ouvrier ordinaire. À cause de son emploi, il était contraint de travailler durant ‘Hol HaMoed Souccot ; pourtant, chaque nuit de ‘Hol HaMoed, il tenait un Farbrenguen jusqu’au matin. Il répétait un enseignement entendu de Rav Groïnem [Esterman], le légendaire machpia de Loubavitch : qu’à Sim’hat Beit HaChoéva se produit une révélation de « Pnimiyout Atik ».
Je me souviens qu’un jour, alors qu’il était plus d’une heure du matin, l’un des présents se leva pour partir : il avait mal à la tête et voulait aller dormir. Rav ‘Haïm Moché ne le comprenait pas. « Je crois que tu agis sottement », lui dit-il, et il s’expliqua par une parabole :
« Suppose qu’on t’offre un million de dollars à condition de lui verser un centime : hésiterais-tu ? Il en va de même ici : Rav Groïnem a dit qu’à Sim’hat Beit HaChoéva il y a une révélation de « Pnimiyout Atik« , et tu voudrais y renoncer à cause d’un mal de tête ?! » L’assemblée s’esclaffa, mais il insista : « Vous ne me croyez pas ? Je l’ai entendu moi-même de Groïnem ! »
Cette parole est un degré modeste de « Elokout bipchitout » — pour Rav ‘Haïm Moché, la vérité de Elokout était une réalité. Bien sûr, nous ne pouvons pas attendre de nous-mêmes d’atteindre le niveau de perception qui était le sien ; mais en comprenant correctement la ‘Hassidout, nous pouvons tous parvenir à un certain degré où le monde se voit à travers la réalité de la ‘Hassidout.
En certains domaines, nous voyons comment le Rabbi a éduqué le monde à reconnaître la réalité de D.ieu.
Autrefois, lorsqu’un cambriolage survenait dans une maison, on incriminait les serrures défaillantes ou les fenêtres mal fermées. Le Rabbi citait un passage bien connu du Choul’han Aroukh : la Mezouza protège la maison et ceux qui y demeurent ; et si la sécurité du foyer se trouvait compromise, c’est le signe que les Mezouzot sont défectueuses.
Le Rabbi n’enseignait pas là une segoula ni un mérite particulier ; il nous enseignait que la vérité de la Torah est la réalité même. La Torah dit qu’avec une Mezouza, D.ieu veille sur la maison : il en est donc ainsi.
Aujourd’hui, il est devenu courant de faire vérifier ses Mezouzot pour la protection qu’elles assurent. Il existe un certain degré de reconnaissance du fait que la hachga’ha pratit est une réalité.
Qu’est-ce que la hitbonenout ?
Vous dites que l’homme se transformera en « comprenant correctement la ‘Hassidout ». Pouvez-vous préciser ce que cela signifie ? La hitbonenout n’est-elle pas réservée aux étudiants avancés de la ‘Hassidout ?
Pour que la ‘Hassidout qu’un homme étudie l’atteigne, il doit l’intérioriser. Cela s’accomplit en y réfléchissant, ce que l’on nomme communément hitbonenout. Le sens de la hitbonenout est simplement de comprendre et d’intérioriser ce que l’on a appris.
Prenons l’exemple de quelqu’un qui étudie la hachga’ha pratit. La première étape est de comprendre la chose : ce qu’elle signifie, comment elle se peut, où elle s’applique, pourquoi il en est ainsi, et ainsi de suite. On la comprend exactement comme on comprendrait toute autre notion entendue d’autrui. On ne peut développer un sentiment véritable de kabalat ol malkhout chamayim, l’acceptation du joug de la royauté céleste, par la seule récitation des mots du début du chapitre quarante et un du Tanya.
Réciter les mots saints du Tanya est une chose merveilleuse, bénéfique pour purifier l’environnement ; mais pour changer notre perception, il faut comprendre ce que nous étudions.
L’étape suivante est de l’intérioriser. Car on peut parfaitement comprendre la notion de hachga’ha pratit sans croire réellement que D.ieu guide chaque détail de sa vie personnelle. La hachga’ha pratit n’est pas un phénomène naturel qui ferait converger les événements de façon merveilleuse ; c’est que Quelqu’un orchestre effectivement tous ces événements. Cette manière de penser diffère de la précédente, et l’une comme l’autre sont nécessaires.
Celui qui étudie sans réfléchir à ce qu’il apprend en sera assurément marqué ; mais il ne tire pas la pleine valeur de son étude. Il passe à côté de l’expérience véritable de la ‘Hassidout.
Quels domaines de la ‘Hassidout étudier ?
Quels domaines de la ‘Hassidout convient-il d’étudier pour acquérir cette perception ?
Étudier la ‘Hassidout ne signifie pas seulement, comme certains le croient, étudier des maamarim profonds. La ‘Hassidout comprend aussi les Si’hot du Rabbi sur la Torah, les Mitsvot, D.ieu et les Juifs.
En vérité, étudier la ‘Hassidout à ces sources présente un avantage sur les maamarim les plus profonds. Puisque le but de l’étude est de l’intérioriser, l’étude de maamarim ardus peut parfois se révéler improductive. Il faut étudier des notions concrètes de la ‘Hassidout auxquelles on peut réellement se rapporter.
Une femme m’appela un jour pour me demander de donner un chiour de ‘Hassidout à un groupe d’étude féminin, et j’acceptai volontiers. Curieux, je lui demandai ce qu’elles étudiaient d’ordinaire. Sa réponse me stupéfia : l’un des maamarim les plus profonds du Rabbi médian, le Mitteler Ravbe !
Les femmes sont certes tenues d’avoir une vision du monde juste et un sentiment d’amour pour D.ieu, et c’est pour cela que le Rabbi les a encouragées à étudier et à apprécier les notions de la ‘Hassidout. Mais de tels maamarim dépassent de loin le ‘hassid moyen et ne correspondent manifestement pas à ce que le Rabbi avait en vue.
Nous devons toujours garder à l’esprit notre but lorsque nous étudions la ‘Hassidout : imprégner notre conscience d’un regard neuf sur la vie et d’un sentiment d’amour pour D.ieu. Pour y parvenir, il vaut mieux étudier des chapitres choisis du Tanya, ainsi que des maamarim et des Si’hot qui traitent du sens du judaïsme et de la vie. Ce n’est qu’après les avoir intériorisés que l’on peut aborder des maamarim plus avancés.
La hitkachrout
Quel est le but de la hitkachrout ? Comment y parvient-on de nos jours ?
Nous sommes témoins, aujourd’hui, du dévouement admirable de ‘hassidim prompts à suivre les instructions du Rabbi, quand bien même cela exige de voyager vers une destination lointaine, sans espoir d’argent ni de gloire.
Mais cela ne suffit pas. La ‘Hassidout de Habad exige du ‘hassid qu’il reconnaisse et apprécie les valeurs de son Rabbi d’une manière réelle et intellectuelle. Pour cela, il faut étudier les maamarim et les Si’hot du Rabbi, intérioriser la vision que le Rabbi a du monde.
Un ba’hour me confia un jour son programme d’étude de la ‘Hassidout : pour la haskala, la compréhension des notions, il étudiait un maamar du Rabbi Rachab ; pour la avoda, la sensibilité émotionnelle, un maamar du Rabbi précédent ; et pour la hitkachrout, un maamar du Rabbi. Je lui demandai : si ton esprit pense comme le Rabbi Rachab, et si ton cœur s’abreuve à l’enseignement du Rabbi précédent, qu’offres-tu donc au Rabbi… ?
(Bien entendu, cela ne signifie pas qu’au nom de la hitkachrout on ne devrait pas étudier les maamarim des Rabbis précédents ; cela ne fut dit que pour montrer la compréhension erronée de la hitkachrout qu’avait ce ba’hour.)
La hitkachrout consiste à imprégner notre esprit de la compréhension qu’a le Rabbi de D.ieu et du monde. Ceci ne peut s’atteindre que par une étude approfondie de la Torah du Rabbi, et par une réflexion qui la fera entrer dans notre réalité.
La ‘Hassidout, une révélation divine
Une remarque importante s’impose toutefois.
Si une hitkachrout juste élève l’homme vers une compréhension supérieure de D.ieu et du monde, on aurait tort de croire que l’on peut atteindre cette compréhension par soi-même.
La ‘Hassidout n’est pas ce qu’elle peut paraître — une intelligence logique de l’essence intérieure de la Torah, telle qu’un Rabbi éclairé la comprendrait. La ‘Hassidout est une révélation de la divinité, telle qu’un tsadik l’éprouve et la « voit ».
De fait, bien qu’au fil des générations d’éminents ‘hassidim aient composé des écrits de ‘Hassidout, les ‘hassidim ont toujours tenu à étudier la ‘Hassidout à sa source originelle, n’usant des écrits des ‘hassidim que pour l’explication.
On peut l’éclairer par cette parabole : lorsqu’un artiste dessine un portrait, il trace deux cercles pour les yeux, une ligne courbe pour le nez, et ainsi de suite. Or un non-artiste peut faire exactement de même, et ce ne sera pourtant pas identique. Pourquoi cette différence ?
C’est que, chez le non-artiste, les cercles et la courbe ne sont que les symboles de ce qui devrait réellement figurer là ; le dessin est mort, sans vie. L’artiste, lui, a été doué de la capacité de saisir l’image dans son esprit et de la transposer sur la toile, créant un portrait vivant.
Il en va de même de la ‘Hassidout.
Les Rabbis comme leurs ‘hassidim s’occupaient de comprendre et d’enseigner Elokout, la divinité ; et pourtant, ils étaient loin d’être semblables. Le ‘hassid comprenait la notion avec son esprit, chacun selon son degré, et l’expliquait en conséquence. Le Rabbi, lui, « voyait » la notion — et c’est cela qu’il transmettait.
Voilà ce que nous éprouvons lorsque nous entendons le Rabbi ou étudions ses écrits. Nous recueillons un témoignage direct de l’existence de D.ieu et de Son intervention en ce monde. C’est quelque chose que nous ne pourrons jamais atteindre par nous-mêmes. Et c’est pour cela que D.ieu nous a envoyé les tsadikim : pour nous ouvrir les yeux.
Cela est particulièrement vrai de la ‘Hassidout de notre Rabbi.
Dans ses maamarim et ses Si’hot, le Rabbi applique les vérités de la ‘Hassidout aux sujets les plus terrestres, si bien qu’aucun domaine de la vie n’est vide de Elokout. Quiconque étudie les Si’hot du Rabbi en vient à reconnaître combien même les événements les plus ordinaires ont une signification spirituelle immense.
Même une Si’ha qui traite de l’« actualité » — la question de Mihou Yehoudi, « qui est juif », ou un instant de silence — exprime le message du Rabbi : la reconnaissance de l’unité de D.ieu dans le monde.
Un certain Rav, venu pour la première fois à un Farbrenguen du Rabbi, me confia son étonnement devant le nombre de fois où le Rabbi mentionna Der Eibershter, le Très-Haut, au cours du Farbrenguen.
Voilà en quoi consiste la hitkachrout véritable : que nous aussi, dans une certaine mesure, soyons élevés à reconnaître D.ieu en toute chose.