par hassidout | 16 Juil, 2026 – 2 Av 5786 | INTERNATIONAL |
Face à la montée sans précédent de l’antisémitisme, une nouvelle campagne d’affichage lancée par LE mouvement Loubavitch aux Etats-Unis, envahit les artères les plus fréquentées de New York. Intitulée « Born To Be A Yid » (« Né pour être juif »), elle répond à la haine non par la peur, mais par la fierté, la joie et un engagement renouvelé envers l’identité juive. La campagne s’apprête déjà à s’étendre en Floride et dans d’autres villes à travers les États-Unis.
Une nouvelle campagne d’affichage Habad s’affiche désormais aux emplacements les plus passants de la ville de New York, tandis que des projets d’extension vers la Floride et d’autres villes sont déjà en cours.
Intitulée « Born To Be A Yid », la campagne entend répondre à la montée sans précédent de l’antisémitisme non pas par la crainte, mais par la fierté juive, la joie et un attachement renouvelé à l’identité et à la vie juives.
Un message de confiance plutôt que de peur
« Le public ne connaît que trop bien les défis auxquels nous sommes confrontés », a déclaré le Rav Motti Seligson, porte-parole de Habad, qui a dirigé la campagne. « Nous avons voulu prendre une direction différente, une direction qui inspire confiance et joie. Personne n’a besoin d’un panneau supplémentaire lui rappelant à quel point il devrait avoir peur. Ce dont nous avons besoin, c’est de quelque chose qui fasse sourire les gens et qui les fasse marcher la tête un peu plus haute. »
Les panneaux, déployés dans des lieux à forte affluence à travers toute la ville de New York, présentent deux images fortes. La première montre un couple juif sous la ‘houppa, au moment où le marié brise le verre. La seconde représente deux jeunes garçons juifs portant la Kippa et les Tsitsit, riant et jouant ensemble.
Selon les organisateurs de la campagne, ces scènes ont été délibérément choisies parce qu’elles capturent des instants de judaïsme préservés de toute peur et de toute négativité. Elles reflètent au contraire la beauté, l’assurance et la joie simple de la vie juive.

De Staten Island à Times Square, une expansion nationale
Les panneaux « Born To Be A Yid » sont apparus aux grands points de passage de New York, notamment près du terminal des ferrys de St. George à Staten Island et au-dessus de l’entrée du pont de la Troisième Avenue, qui relie le sud du Bronx à Manhattan.
La campagne a déjà suscité l’intérêt d’autres régions du pays. Un panneau numérique à Times Square est prévu dans les semaines à venir, tandis que des emplacements ont déjà été réservés en Floride et que d’autres villes sont à l’étude.
La campagne a été rendue possible grâce à des espaces d’affichage offerts gracieusement, dont la valeur est estimée à environ 200 000 dollars.
La création visuelle a été développée par le rédacteur Avi Webb et la graphiste ‘Hana Snyder, à partir de photographies de Zalmy Berkowitz et Mendel Grossbaum. Yossi Popack ainsi que le Beth Habad des Émirats arabes unis ont également contribué à la concrétisation du projet.
Combattre l’obscurité par la lumière, l’enseignement du Rabbi
« Face au flot incessant de mauvaises nouvelles, les gens cherchent des moyens joyeux d’exprimer leur judaïsme et de transformer le monde en bien, de manière positive », a souligné le Rav Seligson.
Ce message, a-t-il précisé, s’enracine dans l’approche du Rabbi face à l’obscurité.
« Nous n’avons pas inventé cette idée. Le Rabbi l’a enseignée il y a des décennies », a-t-il conclu. « N’organisez pas la vie juive en fonction de ceux qui haïssent. Construisez quelque chose de si joyeux, de si fort, que la haine n’ait plus aucune importance. C’est ainsi que l’on combat l’obscurité : par la lumière. »
Photos : Yisroel Teitelbaum/Chabad.org

par hassidout | 16 Juil, 2026 – 2 Av 5786 | MAGAZINE |
Le Talmud affirme que Moché Rabbénou a énoncé le livre de Dévarim « de sa propre bouche », une expression qui semble défier les fondements mêmes de la foi. Dans une Si’ha profonde consacrée à la Paracha de Dévarim, publiée dans le quatrième volume des Likoutei Si’hot, le Rabbi dévoile le sens véritable de ces mots et en tire un enseignement bouleversant sur la valeur des innovations de Torah de chaque génération. Cette étude éclaire également le lien mystérieux entre le Michné Torah et le Chabbat qui précède Ticha BeAv, un Chabbat qui guérit la plaie avant même qu’elle ne survienne.
Likouté Si’hot, volume 4, Parachat Devarim
Comment Moché aurait-il pu parler « de sa propre bouche » ?
La Guémara, dans le traité Méguila (31b), enseigne que le livre de Dévarim, le Michné Torah, fut dit par Moché Rabbénou mipi atsmo, « de sa propre bouche », et les Tossefot ajoutent aussitôt : « et avec le Roua’h HaKodech ». Le Rabbi soulève immédiatement la difficulté : que peut bien signifier une telle expression ? Le Roua’h HaKodech comporte certes de nombreux degrés, mais celui de Moché Rabbénou se situait au sommet absolu, comme l’atteste le verset « Il ne s’est plus levé en Israël de prophète comme Moché ». Il n’existe donc aucune notion, chez Moché Rabbénou, d’une parole qu’il aurait prononcée de lui-même : tout ce qu’il a transmis émanait exclusivement de D.ieu. Bien plus, le Rambam tranche que quiconque affirme, ne serait-ce qu’au sujet d’un seul mot de la Torah, que Moché l’a dit de son propre chef, est considéré comme un négateur de la Torah. Comment dès lors concevoir qu’un livre entier de la Torah écrite ait été énoncé « de sa propre bouche » ?
Il faut donc nécessairement expliquer que « de sa propre bouche » signifie que Moché Rabbénou a énoncé le livre de Dévarim avec l’inspiration divine, le Roua’h HaKodech, de la manière dont la Divinité s’est revêtue en Moché et s’est unie à lui, selon la parole célèbre : « La Che’hina parle depuis la gorge de Moché ». C’est la raison pour laquelle Moché a pu employer dans ce livre des formulations à la première personne, comme « Je donnerai la pluie de votre terre en son temps » : celui qui donne, c’est D.ieu, mais la parole sortait de la bouche de Moché car la Présence divine s’exprimait à travers lui.
La différence entre le Michné Torah et les quatre livres qui le précèdent ne réside donc pas dans leur essence, mais uniquement dans le mode de leur révélation par Moché Rabbénou. Les quatre premiers livres furent transmis par Moché comme un simple émissaire, un messager fidèle qui répète mot à mot ce qui lui fut dicté. Nos Sages enseignent en effet que seuls les deux premiers commandements, « Je suis l’Éternel ton D.ieu » et « Tu n’auras pas d’autres dieux », furent entendus directement « de la bouche de la Toute-Puissance », tandis que toutes les autres Mitsvot nous parvinrent par l’intermédiaire de Moché, selon le verset que l’on enseigne à chaque enfant dès ses premiers mots : « La Torah nous a été ordonnée par Moché », le mot Torah ayant la valeur numérique de six cent onze. Le Michné Torah, en revanche, fut transmis par Moché comme s’il parlait de lui-même, non comme un envoyé, parce que la Che’hina s’était revêtue de sa compréhension, s’était unie à lui et parlait depuis sa gorge. Un concept nouveau apparaît ainsi dans le livre de Dévarim : une Torah donnée par la bouche de Moché avec le Roua’h HaKodech.
Toutes les innovations de la Torah furent données à Moché au Sinaï
Le Rabbi poursuit avec un développement remarquable : il en est de même pour toutes les innovations de la Torah qui nous furent révélées par les Tanaïm, les Amoraïm et tous les sages de chaque génération, lesquels sont appelés du nom de « Moché ». Nos Sages enseignent en effet que « tout ce qu’un élève assidu est destiné à innover dans la Torah fut déjà donné à Moché au Sinaï ». Ainsi, lorsqu’un homme de notre époque élabore une véritable innovation de Torah, conçue selon les règles et dans la pureté requise, cette innovation fut donnée à Moché au Sinaï, et elle constitue « la parole de D.ieu » au sens plein, si ce n’est que cette parole divine s’est revêtue de la compréhension humaine des sages.
Au cours de l’étude fut évoquée la tradition rapportée par les grands décisionnaires selon laquelle les enseignements des maîtres d’Israël, jusqu’au Maharcha, jusqu’au Taz et au Chakh, furent énoncés avec le Roua’h HaKodech. Le recueil Hayom Yom rapporte d’ailleurs au nom de l’Admour Hazakène que les écrits des décisionnaires, jusqu’au Taz et au Chakh inclus, furent rédigés sous l’inspiration divine.
À ce propos fut rappelée l’histoire savoureuse du Taz et de son beau-père le Ba’h, l’auteur du Bayit ‘Hadach. Le Ba’h s’était engagé, selon la coutume d’entretenir son gendre durant ses années d’étude, à le nourrir et à lui servir de la viande à sa table. Les moyens venant à manquer, il lui servit du poumon en guise de viande. Le gendre le convoqua alors en jugement rabbinique. Non par gourmandise, D.ieu préserve, mais pour une raison purement halakhique : la Guémara rapporte qu’un Sage revint sur un enseignement en expliquant qu’il l’avait énoncé la veille « parce qu’il n’avait pas mangé de viande ». La question se posait donc : le poumon possède-t-il le statut de « viande » au sens propre ? Le Taz souhaitait qu’il soit tranché que le poumon a bien le statut de viande, de sorte qu’aucune réclamation ne puisse être retenue contre le Ba’h. Ce récit illustre combien chaque détail de la vie de nos maîtres était pénétré de Torah.
Certes, la Kabbale enseigne qu’il existe des différences essentielles dans les modes de ce revêtement : on ne saurait dire de quiconque prononce aujourd’hui une parole de Torah que la Che’hina parle littéralement depuis sa gorge. Mais toutes ces différences ne concernent que les vêtements dont la Torah s’est revêtue ; dans l’essence, tout est « la parole de D.ieu » au sens le plus littéral.
Le Rabbi en tire une conséquence pratique : de même que le Michné Torah n’apporte pas seulement des sujets nouveaux mais explicite également de nombreux passages des livres précédents, que nous n’aurions pas compris sans lui, de même en est-il des innovations et des décrets institués à chaque génération. Celui qui ne respecte pas les décrets des sages de sa génération, lesquels constituent « l’extension de Moché présente en chaque génération », ne perd pas seulement ces décrets eux-mêmes, qui sont la parole de D.ieu, mais il perd également la compréhension des enseignements antérieurs. Le Midrach l’exprime sur le verset « Ils crurent en D.ieu et en Moché Son serviteur » : celui qui croit au berger fidèle est considéré comme croyant en D.ieu Lui-même, et inversement, celui qui parle contre le berger fidèle est considéré comme parlant contre le Saint béni soit-Il. En chaque génération se trouve le « Moché » de la génération : Moché en sa génération, puis Yifta’h en sa génération, David en sa génération, Morde’haï en sa génération.
Une Torah pour la génération qui entre en Terre d’Israël
Le Michné Torah fut adressé à la génération qui s’apprêtait à entrer en Terre d’Israël, et c’est précisément ce qui explique pourquoi il devait être transmis selon le mode du « mipi atsmo » : la révélation divine devait désormais passer par un intermédiaire qui relie.
Dans le désert, en effet, les enfants d’Israël n’avaient nul besoin de labeur : la manne descendait du ciel, l’eau jaillissait du puits de Myriam, et la Torah qu’ils recevaient était une Torah du désert, reçue sans effort matériel. Avec l’entrée en Terre d’Israël commençait un ordre de service entièrement nouveau, celui d’une terre habitée et cultivée. Et pour travailler la terre d’Israël, il fallait être un immense érudit. Celui qui possédait une vigne devait connaître les lois des grappes imparfaites, du Pérét et des Olelot réservés aux pauvres. Celui qui moissonnait son champ devait savoir que si deux épis tombaient de sa main, ils appartenaient aux pauvres au titre du Lékét, mais que si trois épis tombaient, il ne pouvait plus tout abandonner, car le troisième restait soumis aux prélèvements de la Terouma et des dîmes. Chaque geste du paysan exigeait la science d’un maître en Torah : la Terre d’Israël réalisait l’idéal de la Torah unie au travail.
Ce type de service était radicalement différent de celui du désert. C’est pourquoi Moché Rabbénou, en donnant le Michné Torah, dut leur expliquer cette forme nouvelle du service divin, celle du revêtement dans les choses matérielles et de leur raffinement. La génération du désert, détachée de la matérialité, pouvait recevoir la lumière divine sans intermédiaire, une Torah que Moché énonçait « de la bouche de la Che’hina ». Le Rabbi précise ailleurs que les membres de la génération du désert étaient tous des âmes du monde d’Atsilout, et telle était d’ailleurs la revendication de Kora’h, « pourquoi vous élevez-vous au-dessus de l’assemblée de D.ieu », car des âmes d’Atsilout n’ont en principe nul besoin d’intermédiaire. Mais en entrant en Terre d’Israël, les enfants d’Israël n’étaient plus en mesure de capter la lumière divine sans un canal qui l’adapte à eux.
Et il en fut ainsi de génération en génération : à mesure que les générations diminuèrent, la parole divine se revêtit de vêtements toujours plus nombreux. C’est là toute la différence entre la Torah écrite, y compris le Michné Torah, et la Torah orale, entre les Tanaïm, les Amoraïm, les Guéonim, les Richonim et les A’haronim : pour que la lumière puisse atteindre une génération plus modeste, il fallait davantage de vêtements. Mais toutes ces différences ne portent que sur les vêtements dont la Torah s’est revêtue ; dans l’essence, il n’existe aucune différence. Toutes les parties de la Torah, depuis les dix commandements jusqu’à l’innovation de Torah du dernier des A’haronim reçue dans les communautés d’Israël, sont la parole de D.ieu au sens littéral, et toutes furent données par un seul et même Berger.
Plus la génération descend, plus le dirigeant doit être élevé
Un paradoxe apparent se dévoile ici. Puisqu’il faut, à chaque descente des générations, un homme capable de « descendre » vers sa génération pour lui transmettre la lumière, on pourrait croire que cet homme doit être lui-même plus modeste, plus proche du niveau de sa génération. Or c’est exactement l’inverse : pour faire descendre la lumière vers un lieu plus bas, il faut un homme incomparablement plus élevé. Seule une grandeur supérieure possède la force de pénétrer jusqu’aux profondeurs.
L’Admour le Tséma’h Tsédek l’exprimait par une lecture saisissante de la supplique « Pardonne-nous, notre Père, car nous avons fauté ». Comment « car nous avons fauté » peut-il constituer un argument pour obtenir le pardon ? La faute appelle le châtiment, non l’indulgence ! Mais le sens profond est celui-ci : puisque Tu vois que nous ne comprenons pas, que nous ne parvenons pas à surmonter l’épreuve, donne-nous des forces plus grandes encore, afin que nous puissions y faire face. Dans une génération plus basse, il faut quelqu’un de plus haut pour y insuffler la force divine.
C’est dans la matière que l’on saisit l’Essence divine
Le Rabbi révèle ensuite l’avantage extraordinaire du service divin d’après l’entrée en Terre d’Israël sur celui du désert. C’est précisément par le travail dans les choses matérielles, en apparence les plus humbles, la terre, les semailles, le dur labeur des champs, que l’on saisit l’Essence même de D.ieu. Car le Saint béni soit-Il a désiré avoir une demeure dans les mondes inférieurs : c’est précisément dans le bas, dans le revêtement au sein de la matérialité, que l’on édifie une demeure pour Son Essence.
Dans le désert, l’influence divine descendait d’en haut sans vêtements : un pain venu du ciel, une eau jaillie miraculeusement du rocher. En Terre d’Israël commença l’ordre des vêtements de la nature. Certes, il est écrit « L’Éternel ton D.ieu te bénira », mais la bénédiction se revêt « dans tout ce que tu feras », dans l’action accomplie par les voies de la nature. Or, quant à l’essence de l’influence divine, non seulement rien ne manque en Terre d’Israël, mais au contraire : « la terre est bonne infiniment, infiniment ». C’est justement dans la terre, dans la matérialité, que germe la dimension du « infiniment, infiniment », l’infini véritable qui dépasse toute mesure.
On comprend dès lors qu’il en est de même pour la Torah : non seulement le Michné Torah ne manque de rien, dans son essence, par rapport aux quatre livres qui le précèdent, mais au contraire, c’est dans cette partie de la Torah que la Volonté suprême se trouve plus manifestement révélée. Précisément parce qu’il fallait la faire descendre plus bas, vers un niveau plus modeste, la révélation y est plus grande. En accomplissant les directives du Michné Torah sur la conduite à tenir en Terre d’Israël, on saisit la Volonté suprême à découvert.
Il en va de même des innovations de Torah et des décrets de nos maîtres à chaque génération : plus la génération est éloignée et basse, plus la lumière divine contenue dans les innovations et les décrets de cette génération est élevée. On le constate aujourd’hui de manière tangible avec les Mivtsaïm, les campagnes de Mitsvot, et notamment le Mivtsa Téfilines : on voit comment ces initiatives pénètrent jusqu’à chaque Juif, y compris les plus simples et les plus éloignés, car la force divine qui les anime provient d’un niveau supérieur. Et c’est précisément par l’accomplissement de ces directives et de ces décrets que tous les Juifs mériteront la révélation annoncée par le verset « Ton Maître ne se dissimulera plus », avec la venue du Machia’h.
« Jusqu’à la mer ultime, jusqu’au jour ultime »
Cela se comprend également du fait que le Michné Torah explicite les livres précédents et les dévoile d’une manière que nous aussi pouvons saisir : la force de faire descendre vers le bas provient d’un lieu plus élevé. Et c’est là l’allusion contenue dans la conclusion du Michné Torah, où figure l’expression « jusqu’à la mer ultime », que nos Sages ont lue : « jusqu’au jour ultime ».
Le Michné Torah est, comme il a été dit, la parole de D.ieu telle qu’elle se revêt dans le « mipi atsmo » de Moché et dans son extension en chaque génération, dans les sages appelés du nom de Moché. Et par la conclusion du Michné Torah, c’est-à-dire par les dernières directives des sages des dernières générations, on atteint les révélations qui se produiront au jour ultime, les révélations du monde futur.
Au fil de l’étude fut également mentionné le Rav Pinto, qui attache une importance toute particulière au livre de Dévarim, multiplie les ouvrages à son sujet et encourage chacun à l’étudier et à le réviser, rappelant la tradition selon laquelle la lecture du livre de Dévarim constitue une préparation à la Guéoula. Ce livre, en effet, entretient un lien privilégié avec nos mondes et notre époque.
Le Chabbat qui guérit avant la plaie
Le début du Michné Torah est toujours lu le Chabbat qui précède Ticha BeAv, ou le jour de Ticha BeAv lui-même lorsqu’il tombe un Chabbat. À la lumière de tout ce qui précède, le Rabbi explique le lien profond entre le Michné Torah et les jours de Ben HaMétsarim, les trois semaines de deuil.
Le Tséma’h Tsédek enseigne que les Chabbatot de Ben HaMétsarim relèvent du principe de « la guérison qui précède la plaie ». Lorsque la guérison vient après le coup, il existe un temps durant lequel la plaie est présente, et même après la guérison demeure une trace de la maladie : l’homme reste « un malade qui a guéri ». Mais lorsque la guérison précède la plaie, en vérité la plaie n’a jamais existé : le remède était déjà là, d’une qualité supérieure, et il n’a laissé aucune place au mal. Tel est le sens des Chabbatot de Ben HaMétsarim : ces Chabbatot sont si élevés qu’ils ne laissent aucune place au deuil de cette période.
Le Chabbat, en effet, ignore toute notion de deuil, et plus profondément encore, toute notion de faute. La racine de toutes les fautes est la faute de l’Arbre de la Connaissance, qui est l’inverse de « la Mitsva est une lampe et la Torah une lumière », et qui a introduit l’obscurité et la nuit dans le monde. Et pourtant, nos Sages enseignent que trente-six heures durant, la lumière primordiale servit le premier Chabbat de la Création : depuis le vendredi matin jusqu’à l’issue du Chabbat, il n’y eut aucune obscurité. Pourquoi ? Parce que le Chabbat ne porte aucune trace de la faute ni de l’obscurité qui en découle. Et de même que la faute de l’Arbre de la Connaissance, racine de toutes les fautes, n’a pas porté atteinte au Chabbat, de même aucune des fautes qui en dérivent ne peut l’atteindre, ni par conséquent la destruction et l’exil qui en résultent.
C’est pourquoi la Halakha tranche que durant les Chabbatot de Ben HaMétsarim, même le Chabbat des neuf jours, et même lorsque Ticha BeAv tombe un Chabbat, il est interdit d’observer le moindre usage de deuil. Bien au contraire, c’est une Mitsva de se délecter et de se réjouir pleinement le Chabbat, car au regard de la dimension du Chabbat, il n’existe ni opposants, ni voiles, ni dissimulations.
Le récit des chaussures de toile : la décision de Rabbi Lévi Its’hak
Le Rabbi rapporte à ce sujet un récit significatif. Un homme avait l’habitude de porter le Chabbat des chaussures de toile. Une année où il se trouvait, D.ieu préserve, en semaine de deuil, il interrogea Rabbi Lévi Its’hak, le père du Rabbi, qui était le Rav de la ville : lui était-il permis de chausser le Chabbat ses habituelles chaussures de toile ? Rabbi Lévi Its’hak lui répondit de ne pas le faire, afin de ne laisser aucune place au moindre soupçon de deuil pendant le Chabbat : les gens auraient pu penser qu’il portait ces chaussures en signe de deuil. La Halakha exige en effet, durant les Chabbatot de Ben HaMétsarim, une vigilance accrue contre toute apparence de deuil, plus encore que durant les autres Chabbatot de l’année, et certains ont même l’usage d’y multiplier la joie et d’y tenir des Farbrenguen.
Transformer l’exil lui-même en préparation de la Guéoula
Le Rabbi va plus loin encore. Les Chabbatot de Ben HaMétsarim ne sont pas seulement des Chabbatot ordinaires au regard desquels la destruction n’existe pas : leur fonction, selon les termes du Tséma’h Tsédek, est de guérir la plaie de la destruction avant qu’elle ne frappe. Ces Chabbatot, dont le Chabbat de la Paracha de Dévarim, viennent et se déversent dans les jours de Ben HaMétsarim afin de transformer ces « étroitesses » en une na’hala bli métsarim, un héritage sans limites ni frontières.
Ces Chabbatot sont donc supérieurs à tous les Chabbatot de l’année. Tous les Chabbatot de l’année transcendent l’enchaînement des mondes, et c’est pourquoi aucune faute ne les atteint et ils n’ont aucun lien avec l’exil. Mais ces Chabbatot-ci sont de surcroît une guérison : ils guérissent et retournent le Ben HaMétsarim, l’exil lui-même, et dévoilent la dimension intérieure de l’exil, telle qu’il est en vérité une préparation à la Guéoula. Ils sont un avant-goût du « jour qui sera entièrement Chabbat », où l’on dira : « Je Te rends grâce, Éternel, car Tu T’es irrité contre moi », lorsque se révélera la valeur intérieure de la colère divine et de l’exil. Ce que nous percevons aujourd’hui dans l’exil comme un mal, nous verrons alors sa lumière cachée, et nous remercierons le Saint béni soit-Il pour cet exil même : de la souffrance jaillira une lumière d’un tout autre ordre, selon le principe de « l’avantage de la lumière qui naît de l’obscurité », par le raffinement de toutes les étincelles saintes dispersées dans le monde.
Et puisque toutes les influences sont attirées ici-bas par la Torah, c’est précisément le Chabbat qui précède Ticha BeAv, le Chabbat qui dévoile l’intériorité de l’exil, que l’on commence la lecture du livre de Dévarim, dont le contenu extérieur est fait de remontrances sur la descente d’Israël. Car c’est précisément par là que l’on parvient « jusqu’à la mer ultime », « jusqu’au jour ultime » de l’exil, avec la venue de notre juste Machia’h, très prochainement et de manière tangible.
Cette Si’ha, publiée dans le Likoutei Si’hot sur la Paracha de Dévarim, est fondée sur les causeries du Rabbi lors du Chabbat Parachat Vaéra 5714 (1954) et du Chabbat Parachat Matot-Massei 5717 (1957).
par hassidout | 15 Juil, 2026 – 1 Av 5786 | ISRAEL |
Plus de deux cents élèves du ‘Heider « Ohalei Torah – Ohalei Menahem » de Kfar Habad se sont réunis pour le grand rassemblement clôturant l’opération de mémorisation par cœur des douze chapitres du Tanya. Devant leurs parents et leur équipe éducative, les enfants ont récité ensemble les chapitres appris tout au long de l’année, avant de recevoir diplômes d’excellence et récompenses financières. Le moment fut couronné par un tirage au sort d’un billet d’avion pour se rendre auprès du Rabbi, remporté par l’élève Chnéor Zalman Feldman.
Plus de deux cents élèves du ‘Heider « Ohalei Torah – Ohalei Menahem » de Kfar Habad se sont rassemblés ce jour, le 28 Tamouz 5786 (2026), pour le grand moment de clôture de l’opération de mémorisation par cœur des douze chapitres du Tanya. Les parents et les membres de l’équipe éducative ont contemplé avec une immense fierté le spectacle saisissant qui s’offrait à eux : au signal donné, tous les élèves ont récité avec vigueur, d’une seule voix, ce qu’ils avaient acquis au prix d’un labeur considérable.
Une année entière de labeur quotidien
C’est le directeur spirituel du ‘Heider, Rav Yossef Herchkovitz, qui a animé la soirée avec beaucoup de finesse. Il a décrit l’investissement hors du commun consenti par les élèves tout au long de l’année, revenant chaque jour sur les chapitres et les répétant sans relâche afin de n’oublier aucun mot.
Un héritage venu des années de fer
Le directeur du ‘Heider, Rav Bentsion Vichedski, a ensuite pris la parole pour évoquer la grandeur particulière de la mémorisation du Tanya. Il a raconté que son père, le ‘hassid Rav Moché Vichedski, s’était employé avec une énergie remarquable, dès sa libération de prison, à ce que les enfants et les jeunes gens apprennent par cœur les douze chapitres du Tanya, conformément à la directive donnée par le Rabbi Rayats à son arrivée à Riga. Il s’est également étendu sur l’histoire de l’étude des douze chapitres du Tanya au sein du ‘Heider au cours des dernières années.
Reprenant la parole, Rav Yossef Herchkovitz a exprimé son émotion profonde face à ce moment si particulier, et a remercié tous ceux qui ont apporté leur aide et leur soutien à la réussite de cette assemblée d’exception.
Les mots du Tanya portés par le chant
Sont ensuite montés à la tribune l’éducateur Rav Eliézer Krogliak ainsi que Rav Chia Zilberstrom, qui ont mené l’opération avec ardeur au sein du ‘Heider. Encourageant les élèves sans discontinuer, ils les ont interrogés sur différents chapitres et passages, tandis que les enfants chantaient et faisaient résonner en musique les mots mêmes du Tanya.
Diplômes, récompenses et un billet pour le Rabbi
À l’issue du rassemblement, des diplômes ont été remis aux élèves méritants, accompagnés d’un billet de cinquante dollars pour chacun d’eux, en signe d’estime et d’encouragement.
Enfin s’est tenu le tirage au sort d’un billet d’avion pour se rendre auprès du Rabbi. C’est l’élève Chnéor Zalman Feldman, fils de Rav Israël, qui l’a remporté.
Une reconnaissance toute particulière revient au sous-directeur du ‘Heider, Rav Chlomo Vichedski, pour l’effort et l’investissement considérables qu’il a déployés dans l’organisation et la conduite de ce rassemblement.
par hassidout | 15 Juil, 2026 – 1 Av 5786 | INTERNATIONAL |
À l’invitation des dirigeants de l’Union européenne, l’Union des Rabbanim des pays musulmans a tenu une conférence historique à Bruxelles, en présence de Rabbanim venus de toutes les terres d’islam, dont le Grand Rabbin d’Iran. Les responsables européens ont interrogé leurs interlocuteurs sur la liberté religieuse dont jouissent leurs communautés, avec une attention particulière portée aux vingt mille Juifs d’Iran. COL était sur place pour couvrir cette rencontre sans précédent.
L’Union des Rabbanim dans les pays musulmans a tenu à Bruxelles, capitale de l’Union européenne, une conférence historique, à l’invitation même de la direction de l’Union. Y participaient des Rabbanim venus de plusieurs pays musulmans, parmi lesquels le Grand Rabbin d’Iran, le Rav Yehouda Garami. La session du comité exécutif de l’Union des Rabbanim dans les pays musulmans s’est tenue à l’intérieur du bâtiment du Parlement européen lui-même.
Les défis des communautés portés jusqu’aux plus hautes instances
Les Rabbanim ont rencontré les hauts responsables de l’Union européenne et leur ont exposé les nombreux défis auxquels sont confrontées les communautés juives. Les dirigeants européens se sont enquis de la liberté religieuse dont bénéficient ces communautés, en insistant tout particulièrement sur la situation de la communauté juive d’Iran, qui compte environ vingt mille âmes.
Au fil des échanges entre les responsables européens et les Rabbanim, la question du renforcement de la vie juive dans les pays musulmans s’est imposée. Les hauts responsables ont promis au Rav Levi Matusof, Rav de l’Union européenne, de se saisir de ces dossiers. Le Rav Matusof connaît personnellement l’ensemble des équipes et entretient depuis vingt-cinq ans des relations privilégiées avec les dirigeants de l’Union. Ils ont fait savoir aux Rabbanim qu’ils resteraient en contact permanent avec lui, ainsi qu’avec le président de l’Union, le Rav Mena’hem Mendel ‘Hitrik, l’un des Rabbanim de Turquie, celui-là même qui a organisé et conduit cette rencontre historique.
La synagogue de Dubrovnik, témoin de cinq siècles
Madame Šuica a rendu hommage aux Rabbanim en évoquant un souvenir personnel. Elle fut autrefois maire de Dubrovnik, en Croatie, une ville qui abrite une petite synagogue, l’une des plus anciennes d’Europe encore en usage actif. Ce sont des Juifs séfarades qui l’édifièrent après leur expulsion d’Espagne, il y a plus de cinq cents ans.
Ce lieu, a-t-elle rappelé, a survécu à un tremblement de terre. Il a survécu à une guerre mondiale. Il a survécu au siège de sa ville dans les années quatre-vingt-dix. Et il se tient encore là aujourd’hui, toujours ouvert, où l’on prie toujours. Cette synagogue est à ses yeux la preuve qu’un lieu devient plus fort lorsque chaque religion y est libre de vivre et de prospérer — précisément, a-t-elle dit, ce que représentent les Rabbanim réunis devant elle.
Elle a poursuivi en soulignant que ces hommes démontrent chaque jour que la vie juive peut se fondre au sein d’une majorité musulmane et que la coexistence est possible. Dans certaines de leurs communautés, cette coexistence dure depuis des siècles. Cela, a-t-elle affirmé, est d’un prix inestimable.
Elle a enfin été catégorique : ni discrimination, ni persécution, ni violence ne sauraient être acceptées, nulle part, contre aucune minorité. L’Union européenne, a-t-elle rappelé, est tenue par ces mêmes valeurs sur son propre sol. Elle a assuré vouloir élever la voix chaque fois que ces communautés seraient menacées.
Les participants d’une assemblée sans précédent
Étaient présents le Grand Rabbin d’Iran, le Rav Yehouda Garami ; le Grand Rabbin du Kazakhstan, le Rav Yechaya Cohen ; le Grand Rabbin du Kirghizstan, le Rav Arié Reichman ; le Grand Rabbin du Nigeria, le Rav Israël Ozen ; le Grand Rabbin d’Albanie, le Rav Yoël Kaplan ; le Grand Rabbin de Gibraltar et membre du présidium, le Rav Ron ‘Hassid ; le Grand Rabbin achkénaze d’Azerbaïdjan, le Rav Chnéor Segal ; les Rabbanim de Tunisie, le Rav Amram Fenech et le Rav Binyamin ‘Hattab ; le Rav Levi Banon, l’un des Rabbanim du Maroc ; le Grand Rabbin de Tanzanie, le Rav Chimi ‘Haziza ; le Grand Rabbin de Bruxelles, le Rav Albert Guigui ; les Rabbanim de Bruxelles, le Rav Pinson et le Rav Haddad ; le président du Centre rabbinique d’Europe, le Rav Mena’hem Margolin ; le Rav Levi Matusof, Rav de l’Union européenne ; et le Rav Mena’hem Samama, Rav du Conseil de l’Europe.
Cacherout, Mikvaot, mariages et sépultures au menu des travaux
Les Rabbanim ont avancé des idées concrètes pour améliorer le fonctionnement des systèmes de Cacherout, des Mikvaot, des mariages et des sépultures juives. Ils ont échangé informations et conseils sur l’ensemble de ces sujets essentiels. Les responsables européens leur ont fait savoir qu’ils étaient invités à s’adresser à eux à tout moment, pour toute question touchant à la vie juive.
Les personnalités européennes présentes à cette conférence historique ont reçu un présent de prestige de la part de l’Union des Rabbanim des pays musulmans. Parmi les invités de marque figuraient également Nickolay Mladenov, directeur général du Conseil de paix du président Trump, ainsi qu’Aryeh Lightstone, membre du même Conseil de paix.
Une kippa aux couleurs de l’Europe
Katharina von Schnurbein, coordinatrice de l’Union européenne pour la lutte contre l’antisémitisme et le développement de la vie juive en Europe, a pris part à la rencontre. Elle a évoqué la situation de l’antisémitisme sur le continent ainsi que les relations entre les communautés juives et l’Union européenne, affirmant sans ambiguïté que celle-ci est engagée à extirper tout acte antisémite.
Elle a raconté que, enfant grandissant en Allemagne, elle avait appris auprès de rescapés de la Choa l’histoire terrible de son pays durant la Seconde Guerre mondiale. C’est cette expérience qui l’a poussée à agir en faveur des survivants et à transmettre cette histoire aux jeunes générations. Elle a précisé que sa porte demeure toujours ouverte à toute demande importante émanant des communautés juives. Elle a distribué aux participants une kippa spéciale frappée de l’emblème de l’Union européenne, en promettant de tout mettre en œuvre pour que les Juifs puissent marcher tête couverte dans les rues d’Europe.
Photo : Gabriel Lelievre
par hassidout | 15 Juil, 2026 – 1 Av 5786 | MAGAZINE |
Frère aîné de Moché, premier Cohen Gadol d’Israël, Aharon fut celui dont le cœur se réjouit là où un autre aurait envié. Son Ahavat Israel ne fut pas une vertu parmi d’autres mais la racine même de tout son service, le poussant à poursuivre la paix entre les époux, entre les amis, entre le peuple et son Créateur. La ‘Hassidout voit en lui bien plus qu’une figure du passé : le modèle éternel de celui qui allume les lumières des âmes jusqu’à ce qu’elles montent d’elles-mêmes.
Aharon naquit en Égypte en l’an 2365 (1396 avant l’ère commune), trois ans avant son frère Moché, dans la maison d’Amram et de Yo’heved, de la tribu de Lévi ; il quitta ce monde cent vingt-trois années plus tard, le premier jour du mois d’Av 2487 (1273 avant l’ère commune). La tradition n’a pas conservé le jour de sa naissance — seul l’écart de trois ans avec son cadet nous est connu, déduit des versets de Chemot où Moché a quatre-vingts ans et Aharon quatre-vingt-trois lorsqu’ils se présentent devant Pharaon — mais elle a retenu avec précision celui de sa disparition, cas unique parmi les justes de la Torah. Son nom, selon les commentateurs, évoque la grossesse et l’enfantement, car il vint au monde à l’époque même où le décret de Pharaon commençait à peser sur les nouveau-nés d’Israël. Sa sœur aînée Myriam et lui furent les témoins de l’exil dans sa dureté, et c’est en son sein qu’Aharon devint, bien avant la sortie d’Égypte, le prophète et le guide de ses frères asservis. Le Midrach rapporte qu’il prophétisait déjà en Égypte, exhortant le peuple à ne pas abandonner l’alliance et à ne pas se perdre dans l’idolâtrie environnante.
Un cœur qui se réjouit du succès de l’autre
Lorsque D.ieu se révéla à Moché près du buisson ardent et lui confia la mission de délivrer Israël, Moché refusa durant sept jours. L’un de ses arguments touchait à son frère : Aharon était l’aîné, il était le prophète établi du peuple, il avait porté seul le fardeau des années d’exil. Comment lui prendre sa place ? La réponse divine est l’une des plus bouleversantes de toute la Torah : « Voici qu’il sort à ta rencontre, et il te verra et se réjouira en son cœur. »
Nos Sages soulignent la précision du verset. Il ne s’agit pas d’une joie affichée, d’un sourire de circonstance ou d’une élégance de façade : c’est une joie *en son cœur*, là où nul ne voit, là où l’orgueil de l’homme livre ses véritables combats. Aharon, l’aîné, le guide, apprit que son cadet le remplacerait, et son cœur, sans réserve ni fêlure, se réjouit. En mérite de cette joie intérieure, enseigne la tradition, il reçut le pectoral du jugement, le ‘Hochen, porté sur ce même cœur.
La ‘Hassidout tire de là une leçon centrale. La jalousie, expliquent les maîtres, ne naît pas de ce que l’autre possède, mais de ce que l’homme croit se posséder lui-même. Celui qui se vit comme une existence séparée mesure sans cesse sa part à celle du voisin. Celui qui se sait entièrement Chalia’h, envoyé pour une mission qui le dépasse, n’a rien à défendre : le succès de son frère est le succès de la mission, donc le sien. La joie d’Aharon n’est pas une performance morale, c’est la conséquence naturelle d’une âme qui a cessé de se prendre pour le centre.
Aimer la paix et poursuivre la paix
Hillel l’Ancien résumera des siècles plus tard tout le personnage en une phrase des Pirké Avot : sois des disciples d’Aharon, aime la paix et poursuis la paix, aime les créatures et rapproche-les de la Torah. Chacun des mots pèse. Il ne suffit pas d’aimer la paix, il faut la *poursuivre*, courir après elle, la chercher là où elle s’est enfuie. Il ne suffit pas non plus d’aimer les justes : le texte dit « les créatures », c’est-à-dire ceux dont on ne peut rien dire de plus que ceci, qu’ils sont des créatures de D.ieu. C’est cet amour-là, gratuit et sans condition, qui « les rapproche de la Torah » — et l’ordre des mots est décisif : l’amour vient d’abord, le rapprochement suit.
Le Midrach raconte comment Aharon procédait. Voyant deux hommes brouillés, il allait vers le premier et lui confiait que l’autre se rongeait de remords, puis vers le second et lui disait de même ; et lorsque les deux se croisaient au marché, ils tombaient dans les bras l’un de l’autre. Il faisait la même chose entre un époux et son épouse. Des milliers d’enfants d’Israël, dit la tradition, reçurent le nom d’Aharon en reconnaissance des foyers qu’il avait sauvés.
La ‘Hassidout observe qu’Aharon ne se contentait pas de séparer les adversaires : il révélait à chacun le bien enfoui dans l’autre, et parfois le bien enfoui dans l’autre avant même que celui-ci ne le sache. C’est là la différence entre la paix et l’armistice. L’armistice arrête la guerre, la paix change le regard. Moché est l’attribut de la vérité, la ligne droite, le jugement qui perce ; Aharon est l’attribut de la bonté, du ‘Hessed, qui contourne, patiente et enveloppe. Le peuple d’Israël avait besoin des deux frères, et la Torah ne fut donnée que lorsqu’ils marchèrent ensemble.
L’Ahavat Israel, racine de tout son service
Tout ce qu’Aharon fut tient en réalité dans deux mots : Ahavat Israel, l’amour d’Israël. Non pas une vertu parmi d’autres qui serait venue s’ajouter à son sacerdoce, mais la racine dont tout le reste procédait. Le Zohar le nomme « l’homme du ‘Hessed », et les maîtres de la ‘Hassidout précisent que sa bonté n’était pas une inclination de tempérament : c’était une vision. Aharon voyait chaque Juif tel qu’il est en vérité, et cette vision-là rend l’amour inévitable.
Car l’Ahavat Israel, enseigne le Tanya, ne se commande pas de l’extérieur. Tant que l’homme s’identifie à son corps, à ses intérêts, à sa réputation, aimer son prochain comme soi-même reste un devoir impossible : deux corps sont deux séparations. Mais lorsque l’âme devient le centre, tout change — car les âmes d’Israël sont, selon l’expression du Baal Chem Tov, « des membres d’un même corps », des étincelles d’une même racine. Aimer l’autre cesse alors d’être une injonction morale et devient la reconnaissance d’un fait. C’est pourquoi Hillel n’a pas dit d’aimer les érudits ni les pieux, mais « les créatures » : celui dont l’âme voit les âmes n’a plus besoin de mérites pour aimer.
Le Baal Chem Tov a fait de ce principe le fondement même du ‘Hassidisme, et le Rabbi de Loubavitch l’a répété inlassablement : l’Ahavat Israel ne se mesure pas à ce que l’on ressent, mais à ce que l’on fait — un mot, une invitation à sa table, un service rendu, la patience devant celui qui exaspère. Aharon en donna la démonstration jusqu’à l’extrême. Le Midrach raconte que lorsqu’il croisait un homme franchement mauvais, il le saluait chaleureusement ; et cet homme, le lendemain, sur le point de fauter, se disait : comment lèverais-je ensuite les yeux vers Aharon, qui me tient pour un juste ? Ainsi des milliers revinrent — non par les reproches, mais par la honte d’avoir été aimés.
L’épisode du veau d’or reçoit à cette lumière son véritable sens. Aharon ne céda pas par faiblesse : il temporisa, il gagna du temps, il prit sur lui une part de la faute pour épargner au peuple l’irréparable. Il aimait Israël plus qu’il n’aimait sa propre réputation devant l’histoire — et l’histoire, en effet, le lui fit payer. Le Rabbi soulignait que là est la mesure exacte de l’Ahavat Israel : elle commence là où l’on accepte de perdre quelque chose pour l’autre. Plus tard, lors de l’épidémie, il courut avec l’encens et se tint entre les morts et les vivants — pour ce même peuple qui, quelques instants auparavant, avait contesté sa légitimité.
Le service du Michkan et la fumée du Ketoret
Après le don de la Torah, Aharon et ses fils furent consacrés pour le service du Michkan, le sanctuaire du désert, et il devint le premier Cohen Gadol. Ses vêtements d’or et de lin, le ‘Hochen aux douze pierres portant les noms des tribus, le turban, la plaque frontale : tout, sur lui, disait qu’il portait Israël sur son cœur et sur ses épaules. Une fois l’an, à Yom Kippour, il pénétrait seul dans le Saint des Saints, vêtu de blanc, dépouillé de tout or — car l’or rappelait la faute du veau — pour obtenir le pardon de tout un peuple.
Le Ketoret, l’encens, occupe dans ce service une place à part. Il était composé de onze aromates, dont l’un, le ‘Helbena, dégageait seul une odeur repoussante. Sans lui, l’encens était invalide. Les maîtres de la ‘Hassidout y lisent le principe même de la communauté d’Israël : les « ‘Helbena » du peuple, ceux que l’on croirait volontiers dispensables, sont précisément ceux dont l’absence rend l’offrande incomplète. Aharon, l’homme qui aimait les créatures, était l’homme du Ketoret. Et c’est avec l’encens à la main qu’il se tint plus tard entre les morts et les vivants pour arrêter l’épidémie, non pas en jugeant le peuple, mais en s’interposant pour lui.
Le silence d’Aharon
Le jour même de l’inauguration du Michkan, le huitième jour, à l’heure où la joie d’Israël atteignait son sommet, un feu sortit de devant D.ieu et consuma Nadav et Avihou, les deux fils aînés d’Aharon, qui avaient approché un feu étranger. Moché tenta une parole de consolation. La Torah rapporte alors quatre mots : « Et Aharon se tut. »
Ce silence n’est pas de l’indifférence, et la ‘Hassidout refuse d’y voir une résignation. C’est le silence d’un homme dont la douleur est entière et dont la foi est entière, et qui ne laisse ni l’une ni l’autre dévorer sa mission : quelques instants plus tard, il reprend le service. La récompense de ce silence, disent nos Sages, fut qu’une parole divine lui fut adressée à lui seul. Là où l’homme se tait au plus profond de l’épreuve, l’espace se creuse pour que D.ieu parle.
Allumer jusqu’à ce que la flamme monte d’elle-même
Parmi tous les services d’Aharon, la Torah retient un ordre qui deviendra, dans la pensée ‘hassidique, la clé de toute son existence : « Lorsque tu feras monter les lampes. » Le texte n’emploie pas le verbe « allumer » mais « faire monter » — et nos Sages en déduisent que le Cohen devait maintenir la flamme contre la mèche jusqu’à ce que celle-ci s’élève d’elle-même.
Le verset des Michlé enseigne que la lampe de D.ieu est l’âme de l’homme. Chaque Juif est une Menora, et le rôle du disciple d’Aharon est d’approcher sa propre flamme de la mèche de son prochain — puis de retirer la main. Non pas créer une dépendance, non pas produire une lumière d’emprunt, mais éveiller une lumière qui existait déjà et qui ne demandait qu’un contact. Le Rabbi de Loubavitch a fait de ce verset le fondement même de l’envoi des Chlou’him à travers le monde : le Chalia’h n’est pas venu apporter la lumière à ceux qui n’en auraient pas, il est venu la faire monter chez ceux qui l’ignoraient.
La Menora avait sept branches, et toutes étaient tournées vers le fût central. Sept types de service, sept tempéraments, sept manières de servir D.ieu — l’intellectuel et le simple, l’enthousiaste et le méthodique — et pas une seule que le Cohen ait le droit de négliger. Il devait allumer les sept, chacune selon sa mèche, chacune selon son huile.
Roch ‘Hodech Av et les nuées de gloire
Aharon s’éteignit à Hor HaHar, à l’âge de cent vingt-trois ans, le premier jour du mois d’Av de l’an 2487 (1273 avant l’ère commune) — le seul de tous les justes dont la Torah précise explicitement la date du décès. Moché lui-même le dépouilla de ses vêtements de Cohen Gadol pour en revêtir son fils Elazar, et Aharon mourut, dit la tradition, par un baiser divin, dans une sérénité parfaite.
Le contraste mérite qu’on s’y arrête. Pour Moché, la Torah ne donne ni mois ni jour ; pour Myriam, elle se contente d’indiquer le premier mois ; pour Aharon seul, elle inscrit la quarantième année, le cinquième mois, le premier du mois. Le Netsiv de Volojine, dans son ‘Emek Davar, y voit un signe déposé pour les générations : ce mois portait déjà en lui une opposition au service du sanctuaire dont Aharon était la tête, et c’est en Av que le Temple devait plus tard être détruit. La tradition n’a rien retenu du jour où Aharon entra dans le monde — nul texte ne le rapporte — mais elle a gravé celui où le monde perdit les nuées qu’il portait. De cette date découle même une conséquence pratique : bien qu’il soit interdit de jeûner à Roch ‘Hodech, le Choul’han Aroukh autorise le jeûne le premier jour d’Av, précisément parce que c’est le jour de la disparition d’Aharon.
Les nuées de gloire qui avaient accompagné Israël quarante années durant l’avaient fait en son mérite ; à sa mort, elles se retirèrent. Et toute la maison d’Israël le pleura — *toute* la maison, hommes et femmes, précise le verset, alors que pour Moché il est écrit seulement « les enfants d’Israël ». Nos Sages en tirent la mesure exacte de l’homme : Moché rendait des jugements vrais, Aharon rendait des foyers heureux. Celui qui poursuit la paix est pleuré par tous.
Le disciple d’Aharon aujourd’hui
La ‘Hassidout ne lit pas ces récits comme des chroniques closes. Aharon n’est pas seulement un ancêtre : il est une possibilité offerte à chacun. Se réjouir en son cœur du succès d’un autre, courir après une paix qui ne nous concerne pas, refuser de retirer le ‘Helbena de l’encens, tenir la flamme contre la mèche sans impatience et savoir se retirer quand elle monte — voilà le programme que Hillel a mis à la portée de tous en disant simplement : sois des disciples d’Aharon.
Et le Rabbi de Loubavitch d’ajouter que ce service commence par le plus proche : son épouse, son voisin de banc à la synagogue, l’enfant que l’on croit connaître. Le monde entier attend, disait-il, qu’un Juif approche sa lumière d’un autre Juif. C’est ainsi que les nuées de gloire reviendront, et avec elles la révélation complète, dans la joie, avec la venue de Machia’h, très bientôt et de nos jours.
par hassidout | 15 Juil, 2026 – 1 Av 5786 | MAGAZINE |
Le chimpanzé fascine par son intelligence, sa ressemblance avec l’homme et son étonnante habileté. Mais derrière ce miroir troublant se cache une distance infranchissable, que nos Sages ont su nommer d’une formule restée célèbre. De la forêt du Congo à la boîte de Tsedaka, ce petit voyage se termine par une leçon qui nous concerne chaque jour.
Par Nissan Mindel
La plupart d’entre nous ont déjà vu des chimpanzés au zoo, ou bien exécutant des tours d’adresse, roulant à bicyclette et se livrant à d’autres exercices du même genre. Ces animaux sont extrêmement intéressants et divertissants, et ils font preuve d’une intelligence tout à fait remarquable pour une bête. De fait, le chimpanzé est considéré comme le plus intelligent de tous les animaux.
Le portrait d’un « quadrumane »
Le chimpanzé appartient à la famille des grands singes africains. Parvenu à sa taille adulte, il atteint environ un mètre cinquante et peut peser jusqu’à soixante-dix kilos.
Ses principales caractéristiques physiques sont un torse large et puissant, de longs bras vigoureux et des jambes relativement courtes. Ses mains ressemblent beaucoup à celles de l’homme, à ceci près que le pouce est court et les doigts allongés.
Les orteils de ses pieds sont eux aussi formés à la manière des doigts de la main, le gros orteil faisant face aux autres comme un pouce. Cette particularité permet au chimpanzé de se servir de ses pieds presque aussi habilement que de ses mains. C’est pourquoi on le désigne comme un animal « quadrumane », c’est-à-dire pourvu de quatre mains. Son corps est couvert d’un long pelage luisant.
La vie au cœur des forêts d’Afrique
Le chimpanzé habite les jungles denses de l’Afrique, et tout particulièrement les forêts humides du Congo et de la côte occidentale. Là, en pleine nature, il établit son nid à la cime des arbres, même s’il passe également une bonne partie de son temps au sol. Les chimpanzés vivent en petits groupes, mais il arrive que plusieurs de ces groupes se rejoignent pour former une troupe plus vaste, comptant vingt-cinq, voire quarante individus. Ce sont des errants, des nomades, qui se déplacent à l’intérieur d’un territoire donné à la recherche de meilleurs pâturages.
Ils se nourrissent de fruits, de légumes, d’œufs d’oiseaux et d’insectes. Il leur arrive parfois de chasser et de tuer un jeune antilope ou quelque animal semblable pour se procurer de la viande.
L’art de se préparer un lit
À la tombée de la nuit, chaque chimpanzé choisit un emplacement convenable à la cime d’un arbre pour y aménager sa couche. Quelques minutes lui suffisent. Ayant trouvé une branche assez solide pour supporter son poids et d’où partent plusieurs ramifications latérales, il se tient debout sur cette plateforme et rabat les branches voisines de manière que leurs extrémités feuillues viennent reposer en travers. Les maintenant en place avec ses pieds, il se sert de ses mains pour replier vers lui tous les rameaux garnis de feuilles alentour, et ainsi épaissir son « matelas » : son lit est fait.
Après s’être allongé un instant, il se redresse parfois pour saisir une nouvelle poignée de feuilles qu’il glisse sous sa tête ou sous quelque autre partie de son corps, afin de gagner en confort. Puis il s’installe pour la nuit. Les tout-petits dorment auprès de leur mère jusqu’à l’âge de trois ans environ.
De la naissance à l’âge adulte
À sa naissance, le petit chimpanzé est presque aussi démuni qu’un nourrisson humain. Ses mains et ses pieds acquièrent toutefois très vite assez de force pour lui permettre de s’agripper fermement aux longs poils de sa mère tandis qu’elle se déplace d’un endroit à l’autre. Pendant plusieurs mois, il ne la quitte jamais ; puis, à mesure qu’il gagne en assurance, il s’aventure à quelques pas d’elle et accroît peu à peu la distance, sous son œil vigilant. À un an, il apprend à se suspendre aux branches et à jouer doucement avec les autres bébés de son âge. À deux ans, les jeunes chimpanzés se balancent joyeusement et bondissent d’une branche à l’autre.
Ils sont alors extrêmement actifs et joueurs, se balançant dans les arbres ou se roulant inlassablement sur le sol. Comme les enfants des hommes, ils ne tiennent pas en place un seul instant, sinon lorsqu’ils dorment. À partir de trois ans environ, le jeune chimpanzé devient de plus en plus indépendant. Il continuera à se déplacer avec sa mère pendant deux ou trois années encore, mais ne montera plus sur son dos et ne dormira plus dans son nid. Vers huit ans, il est pleinement développé, et il prend place au cours des années suivantes dans la société des adultes. Lorsqu’un jeune chimpanzé trouve une compagne, il ne l’échangera pas pour une autre. On estime que sa durée de vie moyenne, à l’état sauvage, se situe entre quarante et cinquante ans.
Le pêcheur de termites
Si le chimpanzé est essentiellement végétarien — l’essentiel de son alimentation se composant de fruits, de légumes, de feuilles et de graines —, il raffole également des termites et des fourmis. À certaines périodes de l’année, lorsque ces insectes se multiplient à l’excès et s’apprêtent à quitter leur nid, il applique une méthode bien à lui pour s’en nourrir. S’approchant d’une termitière, il en scrute la surface jusqu’à repérer une entrée. Celle-ci est obturée par une mince couche de terre, qu’il gratte pour la dégager. Il choisit alors une paille ou une tige d’herbe séchée qu’il introduit avec précaution dans l’orifice. Les termites mordent la paille et s’y accrochent ; le chimpanzé la retire délicatement et croque les insectes. Il lui arrive aussi de casser une brindille ou un morceau de liane pour s’en faire un « instrument de pêche ». Ces pratiques et d’autres semblables constituent ce qu’un animal a produit de plus proche d’un véritable « outil », et témoignent de l’intelligence exceptionnelle du chimpanzé dans le règne animal. On l’a également vu empiler caisse sur caisse afin d’atteindre de la nourriture.
Une vedette de zoo
Les chimpanzés semblent tout à fait heureux en captivité. Ils comptent parmi les animaux les plus populaires de tous les zoos. Les jeunes sujets s’entraînent aisément à monter à bicyclette, à manger avec une fourchette et à exécuter toutes sortes de tours. Vêtus de costumes taillés à leur mesure, ces amuseurs espiègles offrent une allure très humaine et font la joie des enfants comme des adultes.
Ce qu’en disent nos Sages
Nos Sages du Talmud évoquent des cas où des singes furent dressés à faire des courses et à accomplir des tâches domestiques (traité Erouvine 31). Ils ont institué qu’à la vue d’un singe, il convient de prononcer une bra’ha, louant D.ieu d’avoir créé des « créatures étranges ».
Ce qu’il y a de plus étrange et de plus extraordinaire chez le chimpanzé — et chez certains autres singes — est sa ressemblance frappante avec l’homme. Mais l’essentiel, bien entendu, n’est pas cette ressemblance de surface : c’est la différence réelle. Aussi « intelligent » qu’un chimpanzé puisse être, aussi bien dressé qu’il soit aux « manières de table », il demeure un singe, une bête, tandis que l’homme est un être humain ; il n’y a pas plus de parenté entre eux qu’entre le jour et la nuit.
« Comme le singe face à l’homme »
Le Talmud connaît précisément cette expression — « comme le singe face à l’homme » — pour souligner l’écart immense qui sépare des choses prétendument « semblables ».
On y trouve également la formule « comme l’œuvre du singe », qui désigne une imitation vide et dépourvue de sens. Les singes sont réputés d’excellents imitateurs, mais leur imitation ne s’accompagne ni de pensée ni de sentiment : elle est purement mécanique. Ainsi, tout homme qui accomplit une bonne action sans y mettre de réflexion ni de cœur agit « comme un singe ». C’est de là que vient le verbe « singer » en français.
Quand l’imitation devient une vertu
Nous parlons souvent d’un objet authentique et de sa contrefaçon : un diamant véritable, par exemple, et un faux diamant qui n’est rien d’autre qu’un morceau de verre scintillant. Mais l’imitation n’est pas toujours mauvaise ; elle est parfois hautement souhaitable. Lorsque nous rencontrons un homme de qualité, doté de belles vertus, et que nous observons sa manière de se conduire en telle ou telle circonstance, nous l’admirons et souhaitons lui ressembler. Si nous nous efforçons de l’imiter, nous pourrons, avec le temps, acquérir une partie ou la totalité de ses bonnes qualités. C’est pour cette raison que nos Sages nous ont enseigné à nous procurer de bons maîtres et de bons compagnons, afin de nous inspirer de leurs vertus.
Par-dessus tout, il nous est demandé d’« imiter » D.ieu Lui-même. Tel est le sens du commandement de la Torah de « marcher dans les voies de D.ieu ». Car de même que D.ieu pratique la bonté et multiplie les actes de bienveillance sans attendre aucune récompense, ainsi devons-nous nous efforcer d’agir envers les autres êtres humains et envers toutes les créatures.
Deux pensées pour conclure
Au terme de ce propos sur le chimpanzé, nous vous laissons avec deux réflexions, fondées sur les deux expressions talmudiques citées plus haut.
La première : il existe dans la vie, dans le domaine matériel comme dans le domaine spirituel, quantité de choses qui paraissent se ressembler, alors qu’en réalité l’une est à l’autre « comme le singe face à l’homme ». Ne nous laissons pas abuser par des similitudes de surface, mais apprenons à discerner ce qui est réel et essentiel.
La seconde : toutes les actions d’un être humain doivent être mûrement pensées, délibérées, chargées de sens. Or ce sont précisément les gestes que nous répétons souvent, chaque jour, parfois plusieurs fois par jour, qui risquent le plus de devenir « mécaniques », accomplis par habitude irréfléchie ou, selon la formule de nos Sages, « comme l’œuvre du singe ». Nous prions trois fois par jour, nous revêtons les Tsitsit quotidiennement et les Téfilines chaque jour ouvrable — hormis le Chabbat et les Yamim Tovim —, nous glissons une pièce dans la boîte de Tsedaka chaque jour de semaine, et ainsi de suite. Nous devons prendre garde à ce que ces belles actions ne deviennent pas machinales et vides de pensée : il nous faut les accomplir chaque fois avec kavana, avec concentration et intention, avec une dévotion inspirée, et avec la joie de pouvoir accomplir les commandements de D.ieu.
par hassidout | 14 Juil, 2026 – 29 Tammuz 5786 | Les 3 semaines, MAGAZINE |
La période des Neuf Jours, qui s’étend du début du mois d’Av jusqu’au jeûne du 9 Av, est marquée par un deuil national accru en souvenir de la destruction des Temples de Jérusalem. Pour accompagner les fidèles, la Fédération des Rabbins de Habad a publié un tableau récapitulatif des règles à suivre durant cette période.
Voici un résumé complet des permissions et restrictions en vigueur.
1. Les Célébrations et Événements (Sma’hot)
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Mariages : ❌ Interdit.
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Fiançailles / Rencontres (Shidoukhim) : ✅ Permis. (sans musique, avec uniquement une légère collation).
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Circoncision (Brit Milah), Rachat du premier-né (Pidyon HaBen), Bar Mitzvah : ✅ Permis., mais obligatoirement sans musique. Les personnes directement concernées par la joie (ba’alei hasimha) sont autorisées à porter des vêtements de Chabbat. Concernant la consommation de viande et de vin lors du repas de célébration, des règles spécifiques s’appliquent (voir notes de bas de page du guide).
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Repas de fête amicaux (Seoudot Mere’im) : ❌ Interdit.
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Musique et danse : ❌ Interdit.
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Bénédiction de Shehe’heyanou (sur un fruit ou un vêtement neuf) : ❌ Interdit.
2. Les Soins Corporels et la Beauté
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Coupe de cheveux : ❌ Interdit.
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Coupe des ongles : ✅ Permis. (sauf durant la semaine même où tombe le 9 Av, où cela devient interdit).
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Se laver / Prendre un bain (Rekhitza) :
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Pour le plaisir (eau chaude, détente) : ❌ Interdit.
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Pour l’hygiène (enlever la saleté/transpiration) : ✅ Permis..
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Traitement médical non urgent : Il est recommandé de le reporter au mois d’Eloul. Si cela n’est pas possible, il convient de le repousser après le 10 Av ou, au contraire, de l’avancer avant le début du mois d’Av.
3. Alimentation et Vêtements
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Consommation de viande et de vin : ❌ Interdit (sauf durant le Chabbat, ou lors de la Havdala où, de préférence, on donnera le vin à boire à un jeune enfant).
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Achat et port de vêtements neufs importants (costume, manteau, robe de valeur) : ❌ Interdit.
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Coudre ou réparer des vêtements : ❌ Interdit.
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Lessive et nettoyage des vêtements : ❌ Interdit (sauf en cas d’absolue nécessité pour les vêtements de jeunes enfants).
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Repassage : ❌ Interdit.
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Porter des vêtements fraîchement lavés : ❌ Interdit.
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Entretien et coiffage des perruques (Sheitel) : ❌ Interdit.
4. Achats, Cadeaux et Logement
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Achat d’ustensiles ou d’objets neufs et importants (meubles, voiture, ordinateur) : ❌ Interdit.
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Offrir ou recevoir des cadeaux : ✅Permis (toutefois, pour les cadeaux de valeur ou les vêtements neufs reçus, les règles habituelles des Neuf Jours s’appliquent).
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Travaux de construction et rénovation :
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Déménagement (changer d’appartement) : Il convient de l’éviter, sauf cas de force majeure.
5. Loisirs et Détente
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Voyages et excursions : ✅ Permis. selon la stricte mesure de la loi, mais il est formellement interdit de se rendre dans des endroits dangereux. En cas de doute, il convient de consulter un Rabbin.
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Baignade (mer, piscine) : ❌ Interdit (sauf pour des raisons de santé absolues – consulter un Rabbin).
⚠️ Note importante : Ce tableau synthétique présente les règles générales. Pour des cas particuliers, des situations médicales spécifiques ou des exceptions (notamment pour le Chabbat), il est vivement conseillé de se référer au guide complet Halachique de la période de Bein HaMetzarim ou de consulter directement une autorité rabbinique compétente.
par hassidout | 14 Juil, 2026 – 29 Tammuz 5786 | ACTUALITES, ISRAEL |
Un jeune homme de vingt-deux ans, tout juste rentré d’une année de Kevoutsa à 770, s’est présenté de lui-même aux autorités militaires pour régulariser sa situation. Il a été arrêté sur-le-champ et incarcéré dans une prison militaire, où il est resté trois jours durant privé de ses Téfilines. Pendant ce temps, son père patientait devant l’enceinte de l’établissement, les Téfilines à la main, sans jamais pouvoir les lui remettre.
Un Bo’hour Habad âgé de vingt-deux ans, qui s’était présenté volontairement devant les autorités militaires afin de clarifier son statut, a été arrêté et placé en détention dans une prison militaire, où il n’a pas eu accès à ses Téfilines pendant trois jours.
Le jeune homme était récemment revenu en Eretz Israël après avoir passé une année de Kevoutsa à 770. À son retour, il a souhaité régler sa situation vis-à-vis de l’armée et s’est présenté de son plein gré. Il a été placé en garde à vue mercredi dernier.
Une promesse restée lettre morte
Selon le journaliste Habad R. Mendi Rizel, qui a révélé l’affaire sur les ondes de Kol Barama, la famille a tenté de faire parvenir au Bo’hour ses Téfilines personnelles dès les premières heures suivant son arrestation.
Les responsables militaires ont laissé entendre à la famille que les Téfilines pourraient être apportées au centre de détention puis transmises au détenu. Le père s’est donc rendu jusqu’à la prison en les emportant avec lui, pour finalement se retrouver bloqué à l’extérieur, les Téfilines toujours entre ses mains.
Trois jours durant, le jeune détenu n’a pas été autorisé à les recevoir.
Au cours de cette même période, des militaires ont tenté de joindre ses parents aux alentours de vingt-deux heures, un vendredi soir, alors même qu’ils savaient que le détenu et sa famille étaient ‘Harédim.
R. Mendi Rizel a également rapporté que le jeune homme était incarcéré dans le même établissement que des détenus soupçonnés d’espionnage au profit de l’Iran.
Un accord effondré, des arrestations en série
Cette arrestation intervient dans le sillage de l’effondrement de l’arrangement de longue date conclu pour les étudiants des Yechivot Habad, lequel permettait aux Ba’hourim d’accomplir l’année habituelle de Kevoutsa à 770 avant de s’engager dans un parcours structuré menant au service militaire.
Depuis la rupture de ce cadre, les Ba’hourim Habad se voient régulièrement interpellés lors de leur passage à l’aéroport Ben Gourion. Dans un cas survenu plus tôt cette année, onze Ba’hourim revenant d’une année passée à 770 ont été placés en détention militaire, tandis qu’un autre a été arrêté alors qu’il se rendait auprès du Rabbi pour y passer le mois de Tichri.
Une version officielle contestée
Après que le dernier incident eut été rendu public, une affirmation a été diffusée selon laquelle des Téfilines étaient disponibles à l’intérieur de la prison et que le détenu n’avait formulé aucune plainte à ce sujet.
R. Mendi Rizel a rejeté cette version, écrivant qu’elle contredisait ce que lui avaient directement rapporté le Bo’hour lui-même ainsi que ses parents.
Il a ajouté détenir un enregistrement provenant du service des demandes publiques du porte-parole de Tsahal, dans lequel un officier reconnaissait qu’une « erreur » s’était produite et indiquait que l’affaire ferait l’objet d’une enquête.
Le journaliste a précisé qu’il attendait depuis vendredi une réponse officielle du porte-parole de Tsahal. Aucune réponse n’avait été formulée au moment de la publication.
Le Bo’hour a depuis été libéré de la détention militaire.
Une lettre urgente au ministre de la Défense
À la suite de ces révélations, le député Meir Porush a adressé une lettre urgente au ministre de la Défense Israël Katz, exigeant l’ouverture immédiate d’une enquête sur ce qu’il a qualifié de « grave atteinte aux droits religieux au sein d’une prison militaire ».
Meir Porush a écrit que son entretien avec la famille avait confirmé que les responsables militaires leur avaient laissé croire que le père serait autorisé à apporter les Téfilines à son fils. Dans les faits, le père est resté à l’extérieur de l’établissement et les Téfilines n’ont jamais été transmises.
« Il est inconcevable qu’un Juif soit empêché d’accomplir la Mitsva des Téfilines comme il se doit », a écrit le député, décrivant cette pratique comme l’un des droits religieux les plus élémentaires d’un prisonnier juif.
Il a également condamné le traitement réservé à cette famille inquiète et exigé que les responsables de l’incident soient identifiés.
Meir Porush a appelé le ministre de la Défense à ordonner une enquête immédiate et approfondie, à faire toute la lumière sur les circonstances de l’affaire, et à rafraîchir les procédures en vigueur dans chaque prison militaire afin que les soldats et les Ba’hourim détenus ne soient pas privés de leurs droits religieux fondamentaux.
par hassidout | 14 Juil, 2026 – 29 Tammuz 5786 | MAGAZINE |
Cette soupente est demeurée verrouillée durant des générations. Les rares visiteurs qui s’y sont aventurés en sont redescendus terrifiés. Le mystère a perduré jusqu’à ce que parvienne le témoignage bouleversant du Rabbi précédent.
Une porte close depuis des siècles
À quelques mètres seulement au-dessus des foules de visiteurs qui affluent chaque année vers l’antique synagogue Altneuschul se dissimule un réduit exigu, obscur et poussiéreux, où bien peu ont eu le privilège de pénétrer.
Les échelons de l’échelle qui y menait ont été arrachés, aucune visite guidée ne s’y déroule, et les employés du lieu eux-mêmes ne s’empressent guère d’en parler. Des centaines d’années se sont écoulées depuis que cette vieille porte de bois fut verrouillée, et durant tout ce temps une même question intrigante n’a cessé de planer autour d’elle.
Que se cache-t-il véritablement dans le grenier de l’Altneuschul ?
Une peur inexplicable
Les rares personnes qui y sont montées évoquent un sentiment d’effroi qui les a ébranlées jusqu’au tréfonds.
Tel est ce témoignage, daté de l’année 5728 (1968).
Au cours de travaux de rénovation menés dans la synagogue, un Juif d’Anvers monta jusqu’au grenier. Il raconta plus tard qu’entre les amas de poussière et de guéniza, il avait remarqué une grande protubérance dont la forme évoquait un corps humain. La matière dont elle était faite ressemblait, selon ses dires, à de la terre durcie par des siècles.
Il décrivit comment, soudain, une peur inexplicable s’empara de lui, une frayeur difficile à traduire en mots. Il fit demi-tour, redescendit l’échelle, et jamais plus il ne revint en ce lieu.
Ce témoignage n’est pas le seul.
Au fil des ans se sont répandus des récits d’hommes qui étaient montés vers ce grenier et en étaient redescendus bouleversés. La plupart préférèrent se taire. D’autres consentirent à ne prononcer que quelques phrases.
Le secret du golem
Mais pour comprendre pourquoi ce grenier est devenu le lieu le plus mystérieux du monde juif, il faut remonter près de cinq siècles en arrière. Jusqu’aux jours du Maharal de Prague.
En ces temps-là, les Juifs de Prague vivaient sous une peur permanente. Les accusations de meurtre rituel se tramaient sans relâche, et la moindre rumeur pouvait embraser des pogroms. Le Maharal, guide de la communauté, résolut d’accomplir un acte hors du commun.
Selon la tradition, après des préparations spirituelles particulières, il façonna à partir de la poussière de la terre le golem, une créature muette, dotée d’une force prodigieuse, destinée à protéger les Juifs de la ville de ceux qui cherchaient à leur nuire.
Le golem accomplit sa mission. Maintes et maintes fois, il sauva la communauté des complots et des accusations, jusqu’au jour où le danger cessa. Le Maharal le rendit alors inerte. Selon la tradition, il le hissa jusqu’au grenier de l’Altneuschul, le déposa parmi les amas de guéniza, et ordonna que nul n’entre plus jamais en ce lieu.
Il a vu ce qu’il en reste
Durant les sept jours de deuil qui suivirent le départ du Rabbi précédent, le Rabbi révéla un détail surprenant : lors de la visite du Rabbi précédent à Prague en l’année 5668 (1908), celui-ci avait demandé à monter au grenier. Il soudoya le bedeau de la synagogue, se saisit d’une échelle, et grimpa seul vers ce lieu dont il avait entendu parler toute sa vie.
Combien de temps y demeura-t-il ? Que vit-il au juste ? Durant de longues années, ces questions restèrent sans réponse.
Jusqu’à ce que, dans une lettre adressée à un homme qui doutait de l’existence du golem, le Rabbi dévoile le détail glaçant que voici : le Rabbi atteste avoir entendu du Rabbi précédent qu’il « avait vu ce qu’il en reste, dans le grenier de la synagogue du Maharal de Prague », et qu’il s’en était même entretenu avec son père, le Rabbi Rachab.
Au fil des années, certains prétendirent que le golem de Prague n’avait jamais existé, affirmant qu’il s’agissait d’une légende diffusée en même temps qu’un ouvrage rédigé en l’année 5669 (1909). Or le témoignage du Rabbi précédent remonte à l’année 5668 (1908), ce qui réfute entièrement cette allégation. Le Rabbi ajouta par ailleurs que l’histoire du golem était connue et célèbre des décennies auparavant, y compris parmi les non-Juifs.
par hassidout | 14 Juil, 2026 – 29 Tammuz 5786 | MAGAZINE |
Le 26 Tamouz marque le 80e anniversaire de l’arrivée à New York des Ba’hourim de Shanghaï, les élèves rescapés de Tom’hei Temimim de Pologne. Fuyant l’invasion nazie à travers Vilna, la Sibérie et le Japon, ces 38 jeunes gens ont maintenu la flamme de la Torah et de la ‘Hassidout dans les conditions les plus éprouvantes de l’exil chinois. Voici le récit extraordinaire de leur survie, de leur activité inspirante à Shanghaï et de leur arrivée joyeuse en Amérique.
Par Chemouel Super
Ces dernières semaines, la rubrique historique consacrée aux marges de l’histoire de Habad a raconté la Grande Évasion d’un millier de ‘Hassidim hors de l’Union soviétique après la Shoah. En commémoration du 80e anniversaire de ces événements, la série a mis en lumière la contribution de ces rescapés du communisme à la constitution de la communauté Loubavitch moderne.
L’article d’aujourd’hui honore le 80e anniversaire d’un autre groupe de survivants : les Ba’hourim polonais de Tom’hei Temimim qui survécurent à la Shoah nazie à Shanghaï. Ce groupe, plus restreint, comptait 38 membres en tout, mais ces rescapés jouèrent eux aussi un rôle décisif dans la formation du Loubavitch contemporain.
Publié à l’occasion du 80e anniversaire de l’arrivée du groupe à New York, le 26 Tamouz 5706 (25 juillet 1946), cet article présente des témoignages extérieurs et des articles de presse sur les expériences des Ba’hourim à Shanghaï et sur leur arrivée en Amérique. Mais avant d’en venir à ces sources, il faut d’abord planter le décor.
De la Pologne en flammes à Vilna
Lorsque les nazis envahirent la Pologne, le 17 Elloul 5699 (1er septembre 1939), environ 170 Ba’hourim étudiaient dans la Yechiva Loubavitch phare d’Otwock, et plus de 500 autres étaient répartis dans un réseau de filiales à travers toute la Pologne.
Le déclenchement de la guerre dispersa les Ba’hourim aux quatre vents. La Pologne fut rapidement partagée entre la zone d’occupation allemande et la zone d’occupation soviétique. Pour les Juifs de Pologne, ces deux puissances occupantes signifiaient également le désastre.
Puis une petite fenêtre d’opportunité s’ouvrit. Les Soviétiques rendirent la ville de Vilna, qui se trouvait sous souveraineté polonaise avant la guerre, au gouvernement lituanien indépendant. C’était une occasion pour les Juifs cherchant à fuir l’invasion nazie tout en redoutant les Soviétiques : Vilna pouvait devenir un refuge sûr contre la persécution.
Mais atteindre Vilna n’était pas simple. Il fallait franchir illégalement deux frontières : passer de la zone nazie de la Pologne à la zone soviétique, puis de là en Lituanie. La traversée du territoire soviétique était particulièrement angoissante pour les ‘Hassidim de Loubavitch, qui savaient parfaitement comment les Soviétiques traitaient les Juifs et le judaïsme.
Durant les premiers mois de la guerre, le Rabbi précédent, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, se trouvait à Varsovie, tandis que les ‘Hassidim s’activaient fébrilement pour le mettre en sécurité. Lorsque parvint la nouvelle de la restitution de Vilna à la Lituanie, le Rabbi précédent ordonna à tous ses élèves de s’y réfugier. Il remit à chaque Ba’hour qu’il pouvait atteindre une somme d’argent destinée à payer les passeurs et les autres frais du voyage, et les implora de transmettre à tous leurs camarades ce message urgent : fuyez vers Vilna à tout prix.
Une filiale de Tom’hei Temimim existait déjà à Vilna avant la guerre, fonctionnant dans le Kloïz d’Opatov. Cette filiale enfla désormais, absorbant des dizaines de Ba’hourim fuyant la Pologne. Le directeur de la Yechiva avant la guerre était le Rav Its’hak Dov Ber Ushpol, désormais rejoint par le Rav Chemouel Zalmanov et le Rav Moché Leib Rotshtein, le Rav Eliahou Moché Liss servant de Machguia’h.
Après quelques mois d’opportunité, la frontière lituanienne fut presque hermétiquement scellée. Seules quelques dizaines de Ba’hourim de Loubavitch avaient réussi à s’échapper ; les autres restèrent bloqués en Pologne, où la plupart d’entre eux furent assassinés par les nazis — que D.ieu venge leur sang.

Le miracle des visas japonais
Vilna n’était qu’un havre temporaire, et chacun cherchait une issue vers une destination plus sûre. Cela devint doublement urgent après l’annexion de la Lituanie par les Soviétiques en Sivan 5700 (juin 1940). Dès que le Rabbi précédent fut sauvé de la Pologne occupée par les nazis, il entreprit d’extraire ses élèves de Vilna vers l’Amérique, la Terre d’Israël, ou tout endroit éloigné de la guerre.
Un chemin vers le salut apparut alors, d’une source surprenante. Le vice-consul du Japon à Vilna, Chiune (Sempo) Sugihara, se mit à délivrer des visas de transit japonais, finissant par les distribuer à quiconque en faisait la demande, même sans le moindre document pour une destination finale. Six mille personnes furent finalement sauvées grâce à ce héros, véritable juste parmi les nations.
Après avoir reçu les visas de transit japonais, les Ba’hourim de Vilna avaient encore besoin de visas pour une destination finale afin d’obtenir l’autorisation de quitter la Russie. Le Rabbi précédent parvint à obtenir des visas américains et à leur envoyer l’argent nécessaire au voyage.
En Tévet 5701 (janvier 1941), 30 Ba’hourim de Loubavitch originaires de Pologne s’embarquèrent pour leur voyage hors de l’Europe déchirée par la guerre, suivis de 8 autres le mois suivant. Leur périple les mena de Vilna à Moscou, puis sur toute la longueur du Transsibérien jusqu’à Vladivostok, d’où ils prirent un bateau pour Kobe, au Japon. Une épreuve s’achevait enfin, mais la suivante ne faisait que commencer.
Voici la liste complète des 38 Ba’hourim qui atteignirent le Japon : Pin’has Mordekhaï Blatt, Yossef Borenstein, Yehochoua Bronstein, ‘Haïm Meïr Bukiet, Guerchon Chanowitz, Israël Chanowitz, Ye’hezkel Deren, Moché Feder, Chemouel Tsvi Fox, Avraham Tsvi Fullman (Landa), Chimon Goldman, Chlomo Hochler, Chemouel Moché Lederhendler, Eliahou Moché Liss, Mordekhaï Lurie, Yossef Portowitz, ‘Haïm Leibish Probst, Pessa’h Rabinowitz, Chemouel David Raichik, Israël David Rosenberg, Hirsh Rubin, Moché Rubin, Moché Sapochkinsky, ‘Haïm Hersh Zak, No’houm Preger, Avraham Its’hak Garfinkel, Mordekhaï Meïr Bryski, Chemouel Chanowitz, Yonathan Balter, Moché Eliahou Gerlitzki, Volf Greenglass, Its’hak Hendel, Tsvi Yossef Kotlarsky, Leib Kramer, Yossef Rodal, Chemouel Stein, Yossef Mendel Tenenbaum et Yossef Wineberg.
Bloqués au bout du monde
Après leur arrivée au Japon, les Ba’hourim se rendirent au consulat américain de Tokyo pour organiser leur voyage vers l’Amérique. On leur remit des formulaires à remplir avec leurs informations personnelles, y compris les noms et adresses de leurs parents et autres membres de leur famille. À leur insu, une nouvelle règle du Département d’État américain interdisait les visas aux réfugiés d’Europe occupée par les nazis ayant encore des proches parents pris au piège sous l’occupation nazie. La justification officielle était que les nazis pourraient prendre ces proches en otage pour contraindre les réfugiés à devenir des espions.
Leurs visas américains furent annulés, et les Ba’hourim se retrouvèrent bloqués au Japon. Après sept mois, les Japonais en eurent assez des réfugiés et les expulsèrent vers Shanghaï, sous occupation japonaise, où existait déjà une importante population de réfugiés apatrides.
Peu après leur arrivée au Japon, en Elloul 5701 (septembre 1941), le Canada délivra des visas pour 80 réfugiés polonais, et Loubavitch parvint à en obtenir 9. En Tichri 5702 (octobre 1941), neuf des Ba’hourim les plus âgés arrivèrent à Montréal, où ils fondèrent immédiatement la Yechiva Tom’hei Temimim de Montréal.
Le Rabbi précédent continua d’œuvrer pour obtenir des visas pour les Ba’hourim de Shanghaï, mais après l’entrée en guerre du Japon aux côtés de l’Allemagne, avec l’attaque de Pearl Harbor en Kislev 5702 (décembre 1941), il n’y eut plus aucune issue. Le groupe restant passa les quatre années et demie suivantes bloqué à Shanghaï, presque totalement coupé du monde extérieur, incapable même de communiquer avec le Rabbi précédent à New York.
Nous ne donnerons pas ici un récit détaillé des expériences des Ba’hourim à Shanghaï. Un aperçu général de la période se trouve dans Toldot Habad en Pologne, Lituanie et Lettonie, chapitres 44 à 60. Les mémoires du Rav Chimon Goldman, From Shedlitz to Safety, offrent un témoignage direct saisissant en anglais. Chadar, la biographie du Rav Chemouel David Raichik, chef des Ba’hourim de Shanghaï, écrite par Dovid Zaklikovsky, relate également l’histoire de cette période.

Sim’hat Torah à Shanghaï
Tout au long de leurs pérégrinations et de toutes les épreuves qu’ils endurèrent, les Ba’hourim maintinrent une Yechiva à chacune de leurs étapes, s’efforçant de préserver le programme d’étude traditionnel de Tom’hei Temimim.
Shanghaï abrita plus de 20 000 réfugiés juifs apatrides pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi eux se trouvaient les 300 élèves de la Yechiva de Mir et un groupe de 40 Ba’hourim de la Yechiva ‘Ha’hmei Lublin. Avec moins de 30 Ba’hourim, le groupe Loubavitch était modeste et, contrairement aux autres Yechivot, il n’était accompagné d’aucun membre de sa direction.
Néanmoins, les Ba’hourim de Loubavitch exercèrent une influence hors de proportion avec leur nombre dans la communauté des réfugiés de Shanghaï. Il y avait quelque chose d’unique chez ces jeunes gens, et les gens s’en rendaient compte.
Dans un rapport d’après-guerre adressé au Rabbi précédent pour relater leur épreuve et leurs activités, les Ba’hourim mentionnent que leur office du mois de Tichri attirait de nombreux élèves d’autres Yechivot ainsi que des réfugiés allemands. Ils décrivent combien ceux-ci étaient inspirés par l’atmosphère Loubavitch, particulièrement par les joyeux Farbrenguen et les danses de Sim’hat Torah.
Ber Its’hak Rozen (5660-5715, soit 1900-1955) fut élevé dans une famille ‘hassidique à Otwock, en Pologne, et étudia dans sa jeunesse à la maison d’étude du Rabbi de Porisov. Emporté par les vents de l’époque, il rejoignit le Bund socialiste à Varsovie. Il survécut à la Shoah à Shanghaï et vécut ses dernières années à Melbourne, en Australie, où il enseigna la littérature yiddish.
Dans un chapitre de ses mémoires, Rozen livre un magnifique récit de Sim’hat Torah 5704 (octobre 1943) avec les Ba’hourim de Loubavitch à Shanghaï. En voici le texte intégral, traduit du yiddish original :
« Il faut savoir pourquoi l’on danse »
Le soir de Sim’hat Torah, les Loubavitch tenaient à peine sur leurs jambes. Toute la journée, ils avaient bu, chanté et dansé. Et quand ils buvaient, ils buvaient à la manière ‘hassidique. Pas quelque boisson délicate et précieuse, mais de l’alcool véritable, à 96 degrés, et à la bouteille…
Les Loubavitch ont l’esprit vif, et bien rempli aussi. Rempli non seulement de Torah, mais d’idées élevées. Le 96 degrés ne prend pas si facilement le dessus sur de tels esprits. Aussi la boisson descend-elle principalement dans les pieds. Ils s’alourdissent et commencent à s’emmêler. La tête est un peu grisée, mais moins par les gouttes amères que par l’élévation de l’âme. Sim’hat Torah, est-ce une petite affaire ?
Ils chantaient et dansaient comme des possédés : une danse enivrée, ininterrompue, tous ensemble en cercle, et chacun séparément autour de lui-même. La Machké agite le sang dans les veines. Pour les gens de caractère médiocre, tout le monde en convient, la boisson n’élève pas : elle pollue l’esprit. Mais pas chez les Loubavitch.
Il doit y avoir une raison de boire, une intention pour laquelle on boit. Boire simplement, sans but, ne convient pas aux Loubavitch. À Sim’hat Torah, on doit boire. C’est une Mitsva de boire, car la boisson dénoue le corps, transformant la substance physique en quelque chose de fluide qui coule, se dissout et disparaît, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que pur esprit, pure Torah et idées élevées. Celles-ci, à leur tour, se transforment en chant et en danse, menant progressivement à l’attachement le plus complet à la sainteté du monde, à la beauté de l’éternité véritable.
Les Loubavitch savent pourquoi ils boivent. Ils savent et comprennent le sens de la boisson, du chant et de la danse. Quand on a passé toute une année plongé dans la Torah, lié à elle jour et nuit, alors il faut, on doit, on ne peut tout simplement pas faire autrement : il faut vraiment boire, chanter et danser.
Les tables étaient dressées avec des mets de toutes sortes, mais la foule ne se pressait pas de manger. Plus le corps s’imbibe de boisson, plus la faim diminue ; le besoin de manger, simplement pour remplir le physique sans raison, disparaît. Il s’agit néanmoins d’un repas de Mitsva : on goûte donc un petit quelque chose, et entre-temps on attrape encore une danse.
Le Chtibel Loubavitch se trouvait dans le foyer des réfugiés. Des Loubavitch habitaient ce bâtiment, mais aussi toutes sortes d’autres réfugiés, des gens qui n’étaient pas Loubavitch et fort loin d’être ‘Hassidim. Ils se tenaient sur le seuil du Chtibel et regardaient les Loubavitch danser.
Les tables, chargées de nourriture, étaient ouvertes à tous. Quiconque le souhaitait pouvait s’approcher, manger ou boire un petit verre. Les réfugiés ne mangeaient plus à leur faim depuis des années déjà. Les Loubavitch invitaient les spectateurs aux tables :
« Mangez, Juifs. C’est fête aujourd’hui. Les tables sont préparées pour tous, quiconque a faim. »
Ils ne se firent pas beaucoup prier. Ils mangèrent, tandis qu’au milieu de la salle, le chant et la danse des Loubavitch continuaient.
Mais pour ce qui est de danser, aucun des spectateurs ne se précipitait pour se joindre à eux.
Peut-être certains étaient-ils saisis par le chant extatique, par la danse palpitante. Peut-être certains, au fond de leur cœur, dansaient-ils avec eux. Mais entrer dans la danse elle-même, cela, ils ne le faisaient pas. Non par volonté de se tenir à l’écart, mais simplement parce qu’ils sentaient, semble-t-il, qu’ils ne pourraient pas suivre le rythme des Loubavitch. Et quand on se sent à la traîne, il faut rester humble et garder ses distances, pour ne pas déranger.
Du reste, danser n’est pas manger. Une danse avec les Loubavitch le soir de Sim’hat Torah n’est pas comme un morceau de poisson posé sur la table dont chacun peut se servir.
Un Loubavitch comprend la nature humaine, le besoin de remplir le physique quand il a faim, de le bourrer de nourriture. Mais il connaît aussi une autre sorte de faim, une faim qui n’a absolument rien à voir avec le corps. Et cette faim-là n’est pas si facile à apaiser.
Les moyens humains pour apaiser cette faim sont, en vérité, fort limités. L’apaiser entièrement n’est pas vraiment possible, pas même par la danse. Mais avant tout, il faut avoir vraiment faim. Alors seulement la danse a un sens. Il faut être un Loubavitch pour ressentir cela.
Les spectateurs, semble-t-il, le sentaient et comprenaient peut-être même le fond de l’affaire avec leur simple bon sens.
Il n’y eut qu’une seule exception.
Parmi la foule des spectateurs se tenait un jeune homme venu le soir de Sim’hat Torah voir les Loubavitch de ses propres yeux. C’était une sorte de personnage sophistiqué et insignifiant, le chapeau incliné sur le côté, avec de grands yeux vides, des yeux qui vous regardaient sans rien dire ni rien demander. Ce n’étaient que des fenêtres vides, pas de vrais yeux du tout.
Tout pomponné et inondé d’une lourde odeur de parfum, exactement comme au bon vieux temps de Varsovie quand il fréquentait les boîtes de nuit pour danser, il venait maintenant chez les Loubavitch.
L’odeur de parfum flottait dans toute la salle, et les Loubavitch percevaient cette senteur étrangère en fronçant le nez. Quelle était donc cette calamité ?
Le jeune homme fit aussi comme chez lui. Voyant de la nourriture sur la table, il s’assit et mangea. Il but coupe après coupe et grignota quelque chose avec. Aucun des Loubavitch ne lui prêta attention. Il est assis et il mange ? Qu’il mange. S’il n’avait pas apporté avec lui cette odeur étrange, de celles qui vous font défaillir, on aurait fort bien pu le tolérer.
Quand il eut fini de manger, le jeune homme se leva, resta là à mâchonner encore un peu, essuya ses lèvres satisfaites avec un mouchoir et, avec un sourire niais, promena son regard sur les danseurs. Puis il s’éloigna de la table, retroussa ses manches comme s’il s’apprêtait à soulever un lourd fardeau, et se dirigea vers le groupe dansant des Loubavitch. Il prit un homme par une main, un autre par l’autre main, et le voilà dans le cercle, dansant avec toute l’assemblée.
Les danseurs étaient absorbés en eux-mêmes. Ils sentirent bien que quelqu’un de nouveau était entré, mais la danse continua avec la même passion.
Au milieu du cercle dansant se tenait l’un des Loubavitch, un petit homme maigre et émacié, aux longues mains décharnées, au petit visage usé d’où perçaient deux grands yeux noirs, aigus et pénétrants. Il dansait seul, pour lui-même, au milieu des ‘Hassidim.
Le Loubavitch s’arrêta un instant. Autour de lui, un vent vif et chargé de chants tourbillonnait rapidement, tandis qu’il se tenait seul au centre, regardant l’étranger avec étonnement. Il l’observait, l’étudiait, cherchant à déterminer si la danse de ce jeune homme avait le moindre sens.
Soudain, il s’écria : « Jeune homme, jeune homme ! »
Le jeune homme ne répondit pas. Le Loubavitch s’arrêta et attendit que le jeune homme se rapproche de lui au fil de la danse. Alors le Loubavitch tira sur sa manche froissée et, tout en dansant encore, lui demanda :
« Dites-moi, s’il vous plaît, jeune homme, pourquoi dansez-vous ? »
L’étranger ne lui répondit pas et continua de danser. Mais le Loubavitch ne le lâcha pas.
« Pourquoi dansez-vous ? »
L’étranger s’immobilisa et fixa bêtement le Loubavitch.
« Pourquoi je danse ? Je ne sais pas. Je vois des gens danser, alors je danse aussi. »
« Ainsi, lui dit le Loubavitch avec mépris, vous ne savez véritablement pas pourquoi vous dansez, et vous dansez quand même ? Alors sachez ceci : un homme qui danse sans savoir pourquoi il danse n’est rien. Vous entendez ? Absolument rien ! »
L’étranger ne dansa plus. Il resta encore un moment à contempler les danseurs d’un œil bovin, puis se hâta de quitter le Chtibel Loubavitch.
On ne joue pas avec les Habadnikim.
Shanghaï, 1943.

Au lendemain de la guerre
En Elloul 5705 (août 1945), les Japonais capitulèrent enfin, et la guerre prit fin. L’armée américaine entra dans Shanghaï, et le contact avec l’Amérique et le reste du monde fut enfin rétabli. Pour les Ba’hourim de Loubavitch, cela signifiait qu’ils pouvaient enfin communiquer de nouveau avec le Rabbi précédent. Ils lui envoyèrent une série de rapports détaillant leurs expériences de guerre.
Le 25 Tichri 5706 (2 octobre 1945), un reportage parut simultanément dans deux quotidiens yiddish new-yorkais, Der Tog et Morgen Zhurnal, sur les activités des Ba’hourim de Loubavitch à Shanghaï pendant la guerre. Cette publication simultanée indique qu’il s’agissait d’un contenu fourni, produit par Loubavitch à New York. En voici la teneur :
« Le premier rapport détaillé des élèves de Yechiva réfugiés, exilés par la guerre dans les contrées d’Extrême-Orient, est parvenu au Rabbi de Loubavitch, le Rav Yossef Its’hak Schneersohn, à New York. Datées d’il y a quelques semaines seulement, ces lettres constituent un document historique de l’une des périodes les plus bouleversantes de l’histoire de l’exil juif — un témoignage de l’esprit inébranlable du peuple juif, chargé par la Providence divine de diffuser la Torah et la divinité aux quatre coins du globe.
Ici, en Amérique, on savait depuis longtemps que les élèves de la Yechiva de Loubavitch à Shanghaï ne restaient pas inactifs : ils fondaient des Yechivot et des Talmudei Torah, ouvraient des cuisines cachères et construisaient des bains rituels. Jusqu’à présent, cependant, nous ignorions l’ampleur réelle de leur œuvre et les conditions douloureuses dans lesquelles tout cela s’était accompli. Les lettres qui viennent d’arriver lèvent le voile qui nous dissimulait leur activité, et elles témoignent de manière saisissante de l’esprit de Messirout Néfech, de sacrifice de soi, inculqué aux élèves de Loubavitch.
Au nombre d’une trentaine, ce sont pour la plupart de jeunes gens de Pologne qui étudiaient à la célèbre Yechiva de Loubavitch à Otwock au moment où éclata la guerre. Ce petit groupe prit alors le chemin de l’errance : Vilna, Kovno, Vladivostok, et enfin Shanghaï. Partout où ils s’arrêtaient, ils faisaient aussitôt comme les Juifs d’autrefois dans le désert et dressaient un sanctuaire : ils se mettaient à étudier et à ramener les enfants juifs sous les ailes de la Présence divine.
Fidèles à l’esprit des Ba’hourim de Loubavitch, ils voyaient partout et en toute chose la main de D.ieu qui les guidait vers une intention supérieure dans tel ou tel pays. Sous une pluie de balles, ils étudiaient la Torah, et dans la faim et le dénuement les plus extrêmes, ils n’oublièrent jamais leur mission.
Lorsque le Rabbi de Loubavitch arriva à New York en 1940, il entreprit aussitôt de les faire venir en Amérique. Un groupe d’élèves parvint effectivement à arriver : ce sont les élèves de Loubavitch qui se trouvent aujourd’hui au Canada, où ils ont accompli des réalisations remarquables dans le domaine de l’éducation.
Le déclenchement de la guerre du Pacifique bloqua la route, et avec les élèves d’autres Yechivot européennes, ils restèrent prisonniers de Shanghaï.
Ce rapport sur leur activité à Shanghaï se lit comme un chapitre d’histoire empli d’héroïsme et de sacrifice. Non seulement ils s’organisèrent et maintinrent le même programme d’étude qu’à la Yechiva d’Otwock, mais ils fondèrent également un grand Talmud Torah, où étudient plus de deux cents enfants, issus des divers réfugiés juifs d’Europe pris au piège de Shanghaï par la guerre.
Le Rav de Shanghaï, le Rav Ashkenazi, lui-même ancien élève de la vieille Yechiva de Loubavitch en Russie, les aida grandement. Sans lui, écrivent-ils, ils auraient depuis longtemps péri de faim, à D.ieu ne plaise.
Au cours de cette période, ils ont déjà étudié sept grands traités talmudiques, et ils énumèrent également les sujets étudiés en ‘Hassidout Habad. Là-bas, à Shanghaï, ils ont aussi imprimé le Tanya et toutes les Si’hot du Rabbi de Loubavitch jusqu’à l’année 5699 (1939), ainsi que le livre Pokéa’h Ivrim du Mitteler Rebbe et le livre Chaarei Techouva.
Tout cela, ils l’ont accompli avec l’aide maigre et limitée reçue des secours locaux. Ils n’ont malheureusement bénéficié d’aucun autre soutien, hormis celui de la Yechiva centrale Tom’hei Temimim Loubavitch de New York.
La plupart d’entre eux sont malades et souffrent de divers maux. Et pourtant, chose remarquable, ils ne se plaignent pas. Ils se contentent de leur sort. « Nous sommes, écrivent-ils, des soldats de première ligne, et notre front est à Shanghaï. »
Chaque ligne déborde de confiance et de foi. Ils espèrent qu’un lien plus étroit s’établira désormais entre eux et la communauté juive américaine. Ils sont heureux de faire leur part. Faisons aussi la nôtre. »

Des visas en main, mais pas de bateau
La guerre enfin terminée, le Rabbi précédent s’employa à obtenir des visas pour les Ba’hourim et à les faire venir en Amérique. Du groupe initial de 38, neuf étaient partis pour Montréal en 5702 (1941), Yonathan Balter avait réussi à gagner la Terre d’Israël en 5701 (1941), et Chemouel Avraham Chanowitz était tragiquement mort de maladie en 5703 (1943). Les 27 Ba’hourim restants furent rejoints par deux personnes supplémentaires, Yossef Portowitz et Pessa’h Rabinowitz s’étant mariés pendant les années de guerre.
Pour être plus précis, l’un des 27 n’était pas vraiment un Ba’hour. Le Rav Eliahou Moché Liss avait une épouse et deux filles en Pologne, où il avait servi comme Machguia’h à la Yechiva de Varsovie. Après le déclenchement de la guerre, il put franchir les frontières jusqu’à Vilna, mais sa femme et ses filles restèrent bloquées en Pologne, où elles furent tragiquement tuées pendant la guerre.
À Shanghaï, le Rav Liss se consacra corps et âme à l’éducation au sein de la communauté des réfugiés, fondant un Talmud Torah et un Beth Yaakov pour des centaines d’enfants, ainsi qu’une petite Yechiva. Les élèves de Loubavitch et de la Yechiva ‘Ha’hmei Lublin l’assistaient en étudiant avec les garçons.
Le gouvernement américain imposait des restrictions et des quotas stricts à l’immigration, et les visas étaient très difficiles à obtenir. Après un travail acharné, le Rabbi précédent réussit à obtenir des visas pour l’ensemble du groupe de 29 en Adar II 5706 (mars 1946). Mais même avec les visas en main, les Ba’hourim ne pouvaient quitter Shanghaï, car aucun paquebot ne desservait la route.
Une lettre de Shanghaï, publiée dans le Morgen Zhurnal le 10 Tamouz 5706 (9 juillet 1946), rend compte avec humour et perspicacité des sentiments des réfugiés pendant cette période d’attente. Une partie de la lettre décrit l’envie que tous ressentaient à l’égard des Ba’hourim de Loubavitch qui, grâce aux efforts inlassables du Rabbi précédent en Amérique, furent parmi les tout premiers à recevoir des visas :
« La nouvelle arriva que la Yechiva de Mir avait reçu soixante-cinq visas canadiens, et le cours de la Torah sur le marché des réfugiés de Shanghaï monta en flèche. On sentit de manière tangible que « la Torah est la meilleure marchandise », quelque chose dont le monde a besoin.
Mais le respect pour l’homme de Torah grandit encore lorsque la Yechiva de Loubavitch reçut des visas pour l’Amérique. Si les portes avaient été grandes ouvertes aux « volontaires », aux nouvelles recrues, la Yechiva de Loubavitch en Amérique aurait dû construire un nouveau gratte-ciel.
Et ne croyez pas que les gens y auraient afflué uniquement pour le grossier avantage matériel d’un visa. Non, ils y auraient afflué aussi, et surtout, pour le bonheur spirituel de sentir qu’il existe un endroit dans le monde où l’on a besoin d’eux, où quelqu’un les attend, où des mondes sont remués en leur faveur.
Quand un réfugié, en ces jours gris et moites, disait avec mélancolie : « Eux, quelqu’un les attend… », il y avait là plus que de l’envie de visa. C’était l’envie d’un orphelin envers un autre orphelin, dont un proche parent — fût-il pauvre — est soudain venu le chercher.
Mais désormais, ces jours d’angoisse du visa ont été remplacés par l’angoisse du voyage. Les visas ont fortement perdu de leur valeur. Il s’avère que même avec un visa, on ne peut pas voyager. Les Canadiens sont toujours là. L’un d’eux avait déjà reçu l’ordre de faire ses valises et de se rendre au bateau, puis on a changé d’avis et on lui a dit de les défaire.
Les Loubavitch sont déjà allés plusieurs fois au bateau, et leurs visas aussi ont perdu de leur prestige. La grave question « Où obtenir un visa ? » a été remplacée par une question plus grave encore : « Où trouver un bateau ? » »

Les premiers arrivants
Tandis que les Ba’hourim attendaient une place sur un navire, trois d’entre eux voyagèrent en avion en raison de maladies qui auraient rendu la traversée maritime trop pénible. No’houm Preger et Avraham Its’hak Garfinkel furent les premiers à arriver, vers le 5 Sivan 5706 (4 juin 1946). Mordekhaï Meïr Bryski les suivit le 21 Sivan.
Ces Ba’hourim comptaient parmi les tout premiers rescapés de Shanghaï à atteindre l’Amérique, et leur arrivée suscita un vif intérêt médiatique. Lors d’une conférence de presse spéciale tenue à Tom’hei Temimim sur Bedford Avenue, le Rav Avraham Its’hak Garfinkel rendit compte de leurs épreuves. L’article suivant, écrit par Nisson Gordon, parut dans Der Tog le 18 Sivan 5706 (17 juin 1946) :
« Jeudi soir dernier s’est fait entendre la voix des élèves de Yechiva errants qui ont vécu toute l’horreur de la guerre et se sont retrouvés portés jusqu’au lointain Shanghaï. Là, ils ont fondé pour la première fois une grande Yechiva, où des centaines d’enfants juifs de la grande communauté de réfugiés sont venus étudier.
Cette voix était celle du Rav Avraham Its’hak Garfinkel, l’un des dirigeants de la Yechiva de Loubavitch à Shanghaï, arrivé par avion d’Extrême-Orient avec un appel urgent à la communauté juive américaine. Le Rav Garfinkel, natif de Varsovie et élève de la Yechiva Loubavitch détruite d’Otwock, faisait partie du groupe privilégié d’élèves de Yechiva polonais qui échappèrent à la furie nazie qui les poursuivit à travers l’Europe et les projeta jusqu’au Japon, où ils endurèrent des souffrances insupportables, coupés du monde environnant à cause de la guerre.
L’invité fut présenté aux journalistes rassemblés par le Rav Chmaryahou Gourary, président des Yechivot Loubavitch, qui donna un aperçu du travail accompli par le Rabbi de Loubavitch ici en Amérique pour sauver ses élèves.
Le Rav Garfinkel commença son propos en exprimant sa gratitude aux Juifs américains qui, par le biais de diverses organisations de secours, les avaient maintenus en vie jusqu’à la capitulation finale du Japon. Puis il déclara : « Les élèves de Loubavitch, avec tous les autres étudiants en Torah, ont fortifié l’esprit des vingt mille réfugiés juifs de Shanghaï, qui s’y étaient échappés sans rien d’autre que leur vie. »
Dans les conditions les plus difficiles, poursuivit le Rav Garfinkel, les élèves des Yechivot, sous la direction du Grand Rabbin de Shanghaï, le Rav Meïr Ashkenazi, lui-même ancien élève de la vieille Yechiva de Loubavitch en Russie, fondèrent une Yechiva pour les enfants des réfugiés et des Juifs locaux.
Les élèves de Loubavitch ne se contentèrent pas d’étudier pour eux-mêmes. Ils établirent également des contacts avec les communautés juives de Harbin, de Tientsin et d’autres villes, y apportant un renouveau juif et un lien renouvelé avec l’ensemble du peuple d’Israël.
« Ma mission désormais, conclut le Rav Garfinkel, est d’éveiller les Juifs américains à accomplir leur devoir envers ces héros qui, à l’ombre de la mort, n’ont pas lâché notre Torah, notre Arbre de Vie. » »
No’houm Preger se rendit à Chicago peu après son arrivée, où il s’entretint avec un journaliste du journal juif local de langue anglaise, The Sentinel. Dans cet article, publié le 5 Tamouz (4 juillet 1946), Preger relata ses expériences, y compris celles du ghetto de Shanghaï, établi en Adar I 5703 (février 1943), et de son cruel surveillant, Kanoh Ghoya, un officier japonais qui se faisait appeler le « Roi des Juifs ». Preger raconta les rumeurs qui circulèrent juste avant la capitulation japonaise : la Gestapo aurait envoyé l’un de ses sinistres dirigeants pour préparer des chambres à gaz et des fours crématoires, afin d’infliger aux Juifs de Shanghaï le sort de leurs frères d’Europe. « Lorsque les premières nouvelles de la capitulation filtrèrent, raconta-t-il, les Juifs de Shanghaï furent fous de joie. »
L’arrivée à San Francisco
Après des mois d’attente, les 26 membres restants du contingent Loubavitch obtinrent enfin un passage à bord de l’USS General M. C. Meigs, un navire déclassé de la marine américaine hâtivement converti en paquebot.
Le jeudi 19 Tamouz 5706 (18 juillet 1946), le groupe arriva enfin à San Francisco. Les Ba’hourim de Loubavitch faisaient partie d’un groupe de 98 réfugiés juifs, pour la plupart des élèves de la Yechiva de Mir munis de visas pour le Canada. Un passager éminent du navire était le Rav Chemouel David Walkin, qui avait servi comme Rav de Lukatch avant la guerre et avait survécu à Shanghaï avec sa jeune famille. Il servit plus tard comme Rav à Crown Heights et à Kew Gardens.
Les médias locaux publièrent plusieurs reportages sur l’arrivée des réfugiés juifs. Le San Francisco Call Bulletin (18 juillet 1946) rapporta :
« Au terme de la dernière étape d’un voyage de six ans vers la paix et la liberté, un groupe de quatre-vingt-dix-huit Rabbanim et érudits hébraïques réfugiés est arrivé ici aujourd’hui à bord du SS General Meigs en provenance de Shanghaï. Chassés de leur Pologne natale par les nazis il y a six ans, ces survivants fuirent d’abord au Japon en passant par la Russie et la Sibérie, puis furent internés à Shanghaï par les Japonais dans ce qu’ils qualifièrent de « ghetto » de 20 000 réfugiés juifs.
Accueilli par le Comité de San Francisco au service des émigrés, le Conseil des femmes juives et la HIAS, le groupe est en route pour servir dans les collèges rabbiniques de l’Est, du Canada et d’Amérique du Sud. Trente d’entre eux rejoindront le Collège rabbinique central de Loubavitch à Brooklyn, New York.
S’exprimant au nom du groupe, le Rav Eliahou Moché Liss déclara : « Depuis plus de six ans, notre but était de venir ici. Nous avons été comme des hommes attendant de l’eau dans le désert. C’est grâce aux efforts américains en Pologne que nous sommes libres, et nous sommes heureux d’être dans un pays où la liberté est totale. » »
Le journal juif local de langue anglaise, The Jewish Community Bulletin (27 Tamouz 5706 — 26 juillet 1946), publia un reportage plus détaillé, avec des propos de membres du groupe Loubavitch, Pessa’h Rabinowitz et son épouse Lina, ainsi que Moché Sapochkinsky :
« « Nous sommes restés debout toute la nuit pour voir le pont du Golden Gate. Il est si beau. »
C’était Lina Rabinowitz qui parlait, jeune mariée de 22 ans de l’un des étudiants rabbiniques arrivés la semaine dernière de Shanghaï. Elle et son mari, Pessa’h, étaient assis à une table du Temple Keneseth Israel, prenant leur premier repas sur le sol américain.
Leur mariage était né du ghetto de Shanghaï, car c’est là qu’ils s’étaient rencontrés et mariés un an plus tôt. Elle avait quitté Berlin avec ses parents et une tante, et était arrivée à Shanghaï en 1939 parce qu’on leur avait refusé l’entrée aux États-Unis. Son mari érudit était arrivé à Shanghaï avec ses camarades d’étude depuis le Japon en 1941.
Je l’ai interrogée sur la vie dans le ghetto.
« Ce n’était pas facile, dit-elle en haussant les épaules. Il fallait un laissez-passer pour sortir, et parfois le garde japonais refusait de le donner, ou bien il faisait cela. » Elle se tapota la joue.
« Nous devions aussi porter un insigne rouge, ajouta Moché Sapochkinsky, étudiant de 22 ans assis à côté de Lina. C’était quelque chose que les Japonais avaient appris des nazis. »
Le mari de Lina, Pessa’h, se joignit à la conversation : « J’ai passé un jour en prison pour avoir perdu mon insigne. »
Pessa’h, Moché et leurs camarades poursuivirent leurs études pendant toute la durée de leur internement. L’argent pour la nourriture et les vêtements provenait des sociétés de secours américaines et des Yechivot Loubavitch unies, dont ils rejoindront les branches américaines.
Je demandai à Lina comment s’était passé le voyage à bord du SS General Meigs.
« Ce n’était pas très agréable, dit-elle. Nous ne pouvions rien manger parce que la nourriture n’était pas cachère. Nous n’avions que des œufs et des pommes, et les soldats à bord nous regardaient étrangement. Mais, — de nouveau ses épaules se soulevèrent en un haussement, — nous avons l’habitude. »
« Au moins, poursuivit-elle, je sais où sont mes parents et qu’ils sont en sécurité. Mon mari n’a pas eu de nouvelles des siens depuis de nombreuses années, et les parents de Moché ont été tués par les nazis. » »
Les réceptions de bienvenue
Le Rabbi précédent donna instruction d’organiser des réceptions publiques pour les Ba’hourim dans diverses villes. Avant de poursuivre vers New York, ils furent répartis en trois groupes et hébergés quelques jours à San Francisco, Los Angeles et Seattle, où des réceptions furent organisées en leur honneur. De New York, le Rav Yossef Wineberg et le Rav Moché Its’hak Hecht furent envoyés à leur rencontre.
Le B’nai B’rith Messenger de Los Angeles rendit compte (20 Tamouz 5706 — 19 juillet 1946) des préparatifs de la réception locale, organisée par un comité de Rabbanim et de notables réunis au domicile de M. et Mme Max Wecksler, avec pour orateur principal le Rav Moché Its’hak Hecht, représentant personnel du Rabbi précédent.
Le 27 Tamouz (26 juillet 1946), le même journal rendit compte de la réception elle-même :
« « Oubliez-nous ! Souvenez-vous de nos frères et sœurs en Pologne, en Russie et en Chine ! »
Telle fut la déclaration fervente du Rav Liss, l’un des dix élèves de Yechiva, premiers d’un groupe d’anciens élèves de la Yechiva Loubavitch de Pologne, dont la fuite sanglante hors de la Pologne envahie par les nazis, à travers la Russie, la Sibérie et jusqu’en Chine, s’est enfin achevée dans la sécurité du sol américain.
S’exprimant devant un auditorium comble au Foyer juif pour personnes âgées dimanche soir, le Rav Liss, porte-parole de ce groupe de jeunes étudiants de la Loi barbus, émaciés, aux yeux caves, raconta simplement mais avec force leur fuite et leurs années d’exil à Shanghaï, et comment le Rabbi Schneersohn, le Rabbi de Loubavitch, aujourd’hui à New York, œuvra pour leur obtenir des visas vers l’Amérique.
Le moment fort de la soirée fut le chant, par les dix élèves de Yechiva, de plusieurs chants hébraïques, dont l’un composé par l’un des leurs durant l’internement à Shanghaï. Environ sept mille dollars furent recueillis par le comité ce soir-là. »
Le « chant de plusieurs mélodies hébraïques » fut assurément le point culminant de la soirée pour les journalistes juifs locaux. Un article séparé de la même édition du B’nai B’rith Messenger fut consacré spécifiquement à ce chant et au message de courage et de foi qu’il portait :
« « Ani Maamin ! Nous vivrons ! »
Un chant d’obstination — un chant de confiance — un chant de courage — un chant de défi ! Tel fut le chant entonné par dix élèves de Yechiva barbus, émaciés, presque en haillons, dimanche soir, lors d’une réception donnée en leur honneur par la communauté juive orthodoxe de Los Angeles. Un chant entonné non par des hommes ayant vécu dans le confort, mais par des hommes ayant vécu avec la mort — pour qui la vie n’est plus une affaire personnelle.
Ces dix élèves de Yechiva, ‘Hassidim du célèbre Rabbi de Loubavitch, privés par les meurtres et la famine nazis de tous leurs êtres chers — ces étudiants de la Torah aux joues creuses et aux yeux enfoncés, miraculeusement sauvés des abattoirs de l’Europe, survivants de l’exode d’horreur de la Pologne à la Chine, jetés de nouveau dans les camps par les Japonais — chantaient encore leur chant : « Ani Maamin ! Nous vivrons ! »
Ce n’est pas d’eux-mêmes qu’ils chantaient, mais de leur peuple, le peuple juif. Ils n’ont d’autre désir de vivre que pour une seule chose : aider à sauver les centaines d’autres élèves de Yechiva dispersés à travers l’Europe et l’Asie, et consacrer le reste de leur vie à l’étude de la Torah. Ce n’est ni pour leur propre salut, ni pour les possibilités d’ascension matérielle qu’offre l’Amérique qu’ils remercièrent D.ieu — mais pour l’opportunité de sauver leurs frères et de répandre la Parole sainte. Un peuple fortifié d’une telle force spirituelle ne peut que vivre ! »
Un reportage sur la réception de Seattle parut dans le Seattle Post-Intelligencer le 25 Tamouz (24 juillet 1946), accompagné de photos du groupe. Le journal décrivait huit hommes barbus, coiffés de chapeaux noirs, qui « prièrent ce matin à Seattle pour la bonne volonté entre tous les hommes et la fin des effusions de sang ». Ils furent accueillis à leur arrivée par Fred H. Bergman, président du comité de réception nommé par la communauté juive de Seattle, le Rav Barou’h Shapiro, le Rav Levene et le Rav Chlomo Maimon, et logés au domicile de Ben Biolostotsky. Tous témoignèrent unanimement qu’il était « bon d’être dans un pays où l’on peut respirer ».
L’arrivée à New York
Après quelques jours sur la côte Ouest, les Ba’hourim poursuivirent leur route vers leur destination finale, le lieu qu’ils avaient si longtemps désiré atteindre et pour lequel ils avaient tant prié : New York, où résidait le Rabbi précédent.
Le compte rendu le plus détaillé de l’arrivée du groupe à New York parut quelques semaines plus tard dans The Detroit Jewish Chronicle, le 19 Av (16 août 1946) :
« Des chants et des danses ‘hassidiques joyeux d’érudits rabbiniques marquèrent l’accueil fervent réservé par les représentants des institutions orthodoxes de New York à 40 réfugiés européens, dont d’éminents Rabbanim et leurs élèves, récemment arrivés via San Francisco d’un ghetto de guerre à Shanghaï.
Les nouveaux venus furent chaleureusement embrassés par leurs hôtes enthousiastes en descendant des wagons Pullman affrétés pour la traversée du continent par l’United Service for New Americans. Le groupe, hébergé plusieurs jours à San Francisco pour éviter de voyager pendant le Chabbat, fut approvisionné dans le train en nourriture cachère.
En descendant du train, les Rabbanim barbus avec leurs familles et les étudiants rabbiniques formaient un groupe pittoresque. Beaucoup de jeunes gens, qui avaient fui vers Shanghaï depuis les Yechivot polonaises et lituaniennes alors qu’ils étaient encore adolescents, portaient les longs manteaux et les larges chapeaux noirs typiques de l’étudiant de Yechiva du Vieux Monde. Certains pleuraient de joie en étant embrassés par des amis, aujourd’hui élèves des Yechivot de New York, qu’ils avaient vus pour la dernière fois en Europe.
Aussitôt après les premières salutations sur le quai de la gare, les élèves de Yechiva venus les accueillir entamèrent leur danse en cercle, chacun posant la main tendue sur l’épaule du danseur qui le précédait. Tout en dansant, ils chantaient des mélodies ‘hassidiques, tandis que les autres accompagnaient en frappant des mains. »
Le Brooklyn Eagle publia également un reportage sur l’arrivée, avec des citations de représentants du groupe (5 Av 5706 — 2 août 1946) :
« Une quête de sept ans à travers la moitié du globe, à la recherche d’un foyer où pratiquer leur foi sans être inquiétés, s’est achevée aujourd’hui pour 27 étudiants rabbiniques polonais qui comptent s’installer à Brooklyn au terme de leurs études religieuses.
Leur périple commença lorsque Hitler envahit la Pologne et qu’ils durent fuir la Yechiva Loubavitch et chercher refuge dans diverses régions de Sibérie, au Japon, en Chine et enfin à Shanghaï.
Pendant ce temps, leur guide spirituel, le Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, fondateur de leur école en Pologne, avait trouvé refuge à Brooklyn, où il organisa la Yechiva centrale de Loubavitch il y a cinq ans, « pour faire de l’Amérique un centre de Torah remplaçant les communautés juives ruinées d’Europe ».
L’école, située à sa fondation au 770 Eastern Parkway, se développa si rapidement qu’elle dut déménager en mai dernier dans des locaux plus spacieux, dans l’ancien Unity Club, à l’angle de Bedford Avenue et de Dean Street.
« Nous avions entendu parler du pays d’abondance, où l’on peut vivre et prier en paix, déclara Avraham Its’hak Garfinkel, porte-parole du groupe. Cela nous semblait si incroyable, mais les heureuses nouvelles de notre Rabbi nous en ont convaincus. »
Le voyage de deux semaines en train depuis la côte Ouest devint une procession triomphale, des organisations juives et non juives envoyant des délégations à la rencontre du train à chacun de ses arrêts. À leur arrivée à destination, il ne pouvait plus y avoir de doute : « L’Amérique est un pays ami où le Juif peut trouver sa place. »
Leur joie, cependant, est tempérée par la pensée de leurs condisciples encore bloqués à Shanghaï. Les jeunes gens ont solennellement juré de renoncer à tous les avantages de « ce pays merveilleux » jusqu’à ce que leurs frères soient là pour les partager avec eux.
Deux des étudiants, mariés à des réfugiées allemandes également bloquées à Shanghaï, sont arrivés avec leurs jeunes épouses. Madame Rabinowitz, qui aime cuisiner, attend avec impatience sa visite dans une épicerie où elle pourra acheter tous les produits nécessaires à « un bon repas fait maison ». »
New York accueille les rescapés
À New York, la plupart des Ba’hourim rejoignirent la Yechiva du 770, logeant au dortoir de Bedford Avenue.
Quelques semaines après leur arrivée, Nisson Gordon publia dans Der Tog un reportage sur le groupe et son expérience. La partie remarquable de son article, paru le 11 Av (8 août 1946), est sa description d’un Farbrenguen auquel il assista avec les Ba’hourim un après-midi de Chabbat :
« Chabbat dernier, en début de soirée, j’assistais au troisième repas des Ba’hourim de la Yechiva Loubavitch nouvellement arrivés à Brooklyn. Toute la tablée, à laquelle participait aussi le Rav Chmaryahou Gourary, président exécutif des Yechivot, avec les chants de table et les mélodies Habad des jeunes gens, leurs ceintures rituelles et leurs redingotes, fit resurgir en moi le souvenir de la vieille Varsovie ‘hassidique, cette Varsovie partie en fumée et en flammes, et qui sait si elle reviendra jamais.
Parmi les étudiants s’en trouve un, nommé Israël David Rosenberg, doté d’un beau talent musical, qui écrit et lit la notation musicale. Pendant son séjour à Shanghaï, il composa une mélodie pour un Chant de la Délivrance particulier, et tous le chantèrent ensemble à pleine voix, attirant l’attention des promeneurs du soir sur l’aristocratique Eastern Parkway.
Je remarquai sur les visages des jeunes gens eux-mêmes qu’ils voulaient oublier, pour un bref instant, qu’ils étaient en Amérique. On aurait dit qu’ils se trouvaient dans le vieux Chtibel des ‘Hassidim, quelque part rue Muranowska, et que bientôt, aussitôt après la prière du soir, ils rentreraient chez eux, auprès de leurs familles et de leurs proches, pour faire la Havdala.
Mais le bruit du dehors, les lumières électriques qui entraient par les fenêtres et le grondement du métro souterrain leur rappelaient qu’ils étaient bien loin de ce vieux monde… »
Le Chant de la Délivrance mentionné par Gordon est un poème paru dans Hakeriah Vehakedoucha, publié à New York par le Rabbi précédent. Le poème fut imprimé dans l’édition de la veille de Roch Hachana 5701 (1940), avant l’entrée en guerre du Japon, si bien qu’il parvint aux Ba’hourim à Shanghaï.
Le Rav Israël David Rosenberg (5679-5754, soit 1919-1994) fut élevé à Levertov (Lubartów), en Pologne, où son père était le Gabbaï du Rav Moché Ye’hiel Elimelekh Rabinowitz, un Rabbi de la dynastie de Biala. Après la guerre, il s’installa à New York et travailla pendant de nombreuses années comme directeur du culte à Kehilath Jeshurun à Manhattan, où il enseigna la lecture de la Torah à des générations de garçons de Bar Mitsva. Ce Chant de la Délivrance est très probablement le chant mentionné plus haut dans le reportage de la réception de Los Angeles comme « composé par l’un des leurs ».
Une réception publique officielle en l’honneur des Ba’hourim de Shanghaï se tint le 19 Elloul, dans le cadre de la conférence nationale annuelle d’Agoudat ‘Hassidei Habad.
Un compte rendu de la conférence et de la réception parut dans Der Tog et le Morgen Zhurnal le 20 Elloul (16 septembre 1946) :
« Un appel à la communauté juive américaine à ne pas retarder les efforts de sauvetage des Juifs de Pologne, en grave danger, fut lancé lors de la conférence annuelle d’Agoudat Habad, tenue hier dans l’auditorium de la Yechiva centrale de Loubavitch à Brooklyn.
L’événement rassembla plus de deux cents délégués, ainsi qu’un grand nombre d’invités. La conférence fut ouverte par son président, le Rav Nissan Telushkin, après quoi l’assemblée entendit un message du Rabbi de Loubavitch, le Rav Yossef Its’hak Schneersohn, président d’Agoudat Habad mondiale. Le Rav Chmaryahou Gourary, président du comité exécutif, présenta un aperçu des vastes activités du mouvement Habad en Amérique, particulièrement dans les domaines de l’éducation et du sauvetage de vies juives.
La conférence Habad de cette année comprenait également une réception de bienvenue pour les élèves de Loubavitch récemment arrivés de Shanghaï, où ils avaient fait fonctionner une grande Yechiva tout au long de la guerre. Le Rav Israël Dushowitz, président du rabbinat de New York, salua les invités de Shanghaï et les présenta à l’assistance.
Deux des élèves de Shanghaï, le Rav Garfinkel et le Rav Lederhendler, prirent brièvement et chaleureusement la parole. Ils décrivirent comment le Rabbi de Loubavitch avait cherché tous les moyens possibles de les sauver, et exprimèrent leur gratitude pour son aide et son soutien. Les élèves de Shanghaï saisirent également l’occasion pour appeler les Juifs américains à soutenir les Yechivot Loubavitch locales, particulièrement à l’approche des fêtes solennelles. »
La figure héroïque du Rav Meïr Ashkenazi, le Rav de Shanghaï, est mentionnée à plusieurs reprises dans cet article. À l’approche de l’anniversaire de son décès, le mois prochain, un article complet sera consacré à l’histoire de ce ‘Hassid remarquable.




