Le chimpanzé fascine par son intelligence, sa ressemblance avec l’homme et son étonnante habileté. Mais derrière ce miroir troublant se cache une distance infranchissable, que nos Sages ont su nommer d’une formule restée célèbre. De la forêt du Congo à la boîte de Tsedaka, ce petit voyage se termine par une leçon qui nous concerne chaque jour.
Par Nissan Mindel
La plupart d’entre nous ont déjà vu des chimpanzés au zoo, ou bien exécutant des tours d’adresse, roulant à bicyclette et se livrant à d’autres exercices du même genre. Ces animaux sont extrêmement intéressants et divertissants, et ils font preuve d’une intelligence tout à fait remarquable pour une bête. De fait, le chimpanzé est considéré comme le plus intelligent de tous les animaux.
Le portrait d’un « quadrumane »
Le chimpanzé appartient à la famille des grands singes africains. Parvenu à sa taille adulte, il atteint environ un mètre cinquante et peut peser jusqu’à soixante-dix kilos.
Ses principales caractéristiques physiques sont un torse large et puissant, de longs bras vigoureux et des jambes relativement courtes. Ses mains ressemblent beaucoup à celles de l’homme, à ceci près que le pouce est court et les doigts allongés.
Les orteils de ses pieds sont eux aussi formés à la manière des doigts de la main, le gros orteil faisant face aux autres comme un pouce. Cette particularité permet au chimpanzé de se servir de ses pieds presque aussi habilement que de ses mains. C’est pourquoi on le désigne comme un animal « quadrumane », c’est-à-dire pourvu de quatre mains. Son corps est couvert d’un long pelage luisant.
La vie au cœur des forêts d’Afrique
Le chimpanzé habite les jungles denses de l’Afrique, et tout particulièrement les forêts humides du Congo et de la côte occidentale. Là, en pleine nature, il établit son nid à la cime des arbres, même s’il passe également une bonne partie de son temps au sol. Les chimpanzés vivent en petits groupes, mais il arrive que plusieurs de ces groupes se rejoignent pour former une troupe plus vaste, comptant vingt-cinq, voire quarante individus. Ce sont des errants, des nomades, qui se déplacent à l’intérieur d’un territoire donné à la recherche de meilleurs pâturages.
Ils se nourrissent de fruits, de légumes, d’œufs d’oiseaux et d’insectes. Il leur arrive parfois de chasser et de tuer un jeune antilope ou quelque animal semblable pour se procurer de la viande.
L’art de se préparer un lit
À la tombée de la nuit, chaque chimpanzé choisit un emplacement convenable à la cime d’un arbre pour y aménager sa couche. Quelques minutes lui suffisent. Ayant trouvé une branche assez solide pour supporter son poids et d’où partent plusieurs ramifications latérales, il se tient debout sur cette plateforme et rabat les branches voisines de manière que leurs extrémités feuillues viennent reposer en travers. Les maintenant en place avec ses pieds, il se sert de ses mains pour replier vers lui tous les rameaux garnis de feuilles alentour, et ainsi épaissir son « matelas » : son lit est fait.
Après s’être allongé un instant, il se redresse parfois pour saisir une nouvelle poignée de feuilles qu’il glisse sous sa tête ou sous quelque autre partie de son corps, afin de gagner en confort. Puis il s’installe pour la nuit. Les tout-petits dorment auprès de leur mère jusqu’à l’âge de trois ans environ.
De la naissance à l’âge adulte
À sa naissance, le petit chimpanzé est presque aussi démuni qu’un nourrisson humain. Ses mains et ses pieds acquièrent toutefois très vite assez de force pour lui permettre de s’agripper fermement aux longs poils de sa mère tandis qu’elle se déplace d’un endroit à l’autre. Pendant plusieurs mois, il ne la quitte jamais ; puis, à mesure qu’il gagne en assurance, il s’aventure à quelques pas d’elle et accroît peu à peu la distance, sous son œil vigilant. À un an, il apprend à se suspendre aux branches et à jouer doucement avec les autres bébés de son âge. À deux ans, les jeunes chimpanzés se balancent joyeusement et bondissent d’une branche à l’autre.
Ils sont alors extrêmement actifs et joueurs, se balançant dans les arbres ou se roulant inlassablement sur le sol. Comme les enfants des hommes, ils ne tiennent pas en place un seul instant, sinon lorsqu’ils dorment. À partir de trois ans environ, le jeune chimpanzé devient de plus en plus indépendant. Il continuera à se déplacer avec sa mère pendant deux ou trois années encore, mais ne montera plus sur son dos et ne dormira plus dans son nid. Vers huit ans, il est pleinement développé, et il prend place au cours des années suivantes dans la société des adultes. Lorsqu’un jeune chimpanzé trouve une compagne, il ne l’échangera pas pour une autre. On estime que sa durée de vie moyenne, à l’état sauvage, se situe entre quarante et cinquante ans.
Le pêcheur de termites
Si le chimpanzé est essentiellement végétarien — l’essentiel de son alimentation se composant de fruits, de légumes, de feuilles et de graines —, il raffole également des termites et des fourmis. À certaines périodes de l’année, lorsque ces insectes se multiplient à l’excès et s’apprêtent à quitter leur nid, il applique une méthode bien à lui pour s’en nourrir. S’approchant d’une termitière, il en scrute la surface jusqu’à repérer une entrée. Celle-ci est obturée par une mince couche de terre, qu’il gratte pour la dégager. Il choisit alors une paille ou une tige d’herbe séchée qu’il introduit avec précaution dans l’orifice. Les termites mordent la paille et s’y accrochent ; le chimpanzé la retire délicatement et croque les insectes. Il lui arrive aussi de casser une brindille ou un morceau de liane pour s’en faire un « instrument de pêche ». Ces pratiques et d’autres semblables constituent ce qu’un animal a produit de plus proche d’un véritable « outil », et témoignent de l’intelligence exceptionnelle du chimpanzé dans le règne animal. On l’a également vu empiler caisse sur caisse afin d’atteindre de la nourriture.
Une vedette de zoo
Les chimpanzés semblent tout à fait heureux en captivité. Ils comptent parmi les animaux les plus populaires de tous les zoos. Les jeunes sujets s’entraînent aisément à monter à bicyclette, à manger avec une fourchette et à exécuter toutes sortes de tours. Vêtus de costumes taillés à leur mesure, ces amuseurs espiègles offrent une allure très humaine et font la joie des enfants comme des adultes.
Ce qu’en disent nos Sages
Nos Sages du Talmud évoquent des cas où des singes furent dressés à faire des courses et à accomplir des tâches domestiques (traité Erouvine 31). Ils ont institué qu’à la vue d’un singe, il convient de prononcer une bra’ha, louant D.ieu d’avoir créé des « créatures étranges ».
Ce qu’il y a de plus étrange et de plus extraordinaire chez le chimpanzé — et chez certains autres singes — est sa ressemblance frappante avec l’homme. Mais l’essentiel, bien entendu, n’est pas cette ressemblance de surface : c’est la différence réelle. Aussi « intelligent » qu’un chimpanzé puisse être, aussi bien dressé qu’il soit aux « manières de table », il demeure un singe, une bête, tandis que l’homme est un être humain ; il n’y a pas plus de parenté entre eux qu’entre le jour et la nuit.
« Comme le singe face à l’homme »
Le Talmud connaît précisément cette expression — « comme le singe face à l’homme » — pour souligner l’écart immense qui sépare des choses prétendument « semblables ».
On y trouve également la formule « comme l’œuvre du singe », qui désigne une imitation vide et dépourvue de sens. Les singes sont réputés d’excellents imitateurs, mais leur imitation ne s’accompagne ni de pensée ni de sentiment : elle est purement mécanique. Ainsi, tout homme qui accomplit une bonne action sans y mettre de réflexion ni de cœur agit « comme un singe ». C’est de là que vient le verbe « singer » en français.
Quand l’imitation devient une vertu
Nous parlons souvent d’un objet authentique et de sa contrefaçon : un diamant véritable, par exemple, et un faux diamant qui n’est rien d’autre qu’un morceau de verre scintillant. Mais l’imitation n’est pas toujours mauvaise ; elle est parfois hautement souhaitable. Lorsque nous rencontrons un homme de qualité, doté de belles vertus, et que nous observons sa manière de se conduire en telle ou telle circonstance, nous l’admirons et souhaitons lui ressembler. Si nous nous efforçons de l’imiter, nous pourrons, avec le temps, acquérir une partie ou la totalité de ses bonnes qualités. C’est pour cette raison que nos Sages nous ont enseigné à nous procurer de bons maîtres et de bons compagnons, afin de nous inspirer de leurs vertus.
Par-dessus tout, il nous est demandé d’« imiter » D.ieu Lui-même. Tel est le sens du commandement de la Torah de « marcher dans les voies de D.ieu ». Car de même que D.ieu pratique la bonté et multiplie les actes de bienveillance sans attendre aucune récompense, ainsi devons-nous nous efforcer d’agir envers les autres êtres humains et envers toutes les créatures.
Deux pensées pour conclure
Au terme de ce propos sur le chimpanzé, nous vous laissons avec deux réflexions, fondées sur les deux expressions talmudiques citées plus haut.
La première : il existe dans la vie, dans le domaine matériel comme dans le domaine spirituel, quantité de choses qui paraissent se ressembler, alors qu’en réalité l’une est à l’autre « comme le singe face à l’homme ». Ne nous laissons pas abuser par des similitudes de surface, mais apprenons à discerner ce qui est réel et essentiel.
La seconde : toutes les actions d’un être humain doivent être mûrement pensées, délibérées, chargées de sens. Or ce sont précisément les gestes que nous répétons souvent, chaque jour, parfois plusieurs fois par jour, qui risquent le plus de devenir « mécaniques », accomplis par habitude irréfléchie ou, selon la formule de nos Sages, « comme l’œuvre du singe ». Nous prions trois fois par jour, nous revêtons les Tsitsit quotidiennement et les Téfilines chaque jour ouvrable — hormis le Chabbat et les Yamim Tovim —, nous glissons une pièce dans la boîte de Tsedaka chaque jour de semaine, et ainsi de suite. Nous devons prendre garde à ce que ces belles actions ne deviennent pas machinales et vides de pensée : il nous faut les accomplir chaque fois avec kavana, avec concentration et intention, avec une dévotion inspirée, et avec la joie de pouvoir accomplir les commandements de D.ieu.







