«L’impossible des impossibles» : le Rav Bistritzky révèle le secret intérieur de la Chlihout

«L’impossible des impossibles» : le Rav Bistritzky révèle le secret intérieur de la Chlihout

 

Depuis vingt ans, le Rav Yossef Its’hak Bistritzky dirige le Beth Habad de Lehavim, dans le sud d’Israël. Il décrit la polarité vertigineuse qui définit la vie de tout Chalia’h, appelé à demeurer au sommet spirituel dans l’endroit le plus matériel qui soit. Il lance aussi un appel : que chaque membre de la communauté « adopte » un Chalia’h et devienne une force auxiliaire dans la Chlihout du Rabbi.

 

 

Lehavim est une localité de deux mille familles, à proximité de Beer Chéva, caractérisée par une population aisée et homogène. C’est là que le Rav Yossef Its’hak Bistritzky œuvre depuis deux décennies. Avec une modestie singulière, dans le calme qui le caractérise, il accomplit un travail de rapprochement des cœurs, fait de respect, d’amour fraternel et d’attention à chacun.

Une polarité de l’ordre de l’impossible

Pour le Rav Bistritzky, l’aspect le plus exigeant de la Chlihout est la polarité. Le jeune homme ‘hassidique qui fonde un foyer connaît déjà, selon la Si’ha du Rabbi sur le verset « Ki yipol hanofel », une forme de descente : surgissent les tracas matériels, les « eaux nombreuses », et le combat pour faire pénétrer dans le quotidien l’univers spirituel de la Yechiva.

Mais la polarité du Chalia’h est d’un autre ordre : « l’impossible des impossibles ». D’un côté, il doit se maintenir à une hauteur spirituelle élevée, vivant la ‘Hassidout et le Rabbi avec toute la flamme, tout le « brenn », sans pouvoir s’appuyer uniquement sur le « carburant » de la Yechiva ; car celui qui le regarde doit percevoir qu’il vit dans un autre monde. De l’autre, il évolue dans un lieu spirituellement bas, sans communauté ni Farbrenguen, confronté à la matérialité et aux tracas de la subsistance, dans un environnement dont la nature même « l’attire » dans la direction opposée.

L’unification de ces deux pôles, qui engendre une stature nouvelle et puissante, n’est possible que grâce aux forces du Rabbi. Seul le Rabbi, souligne-t-il, qui à la fois donne la force et exige, peut projeter des hommes dans de tels endroits et attendre autant d’eux. Et de fait, dans les lieux les plus reculés, des Chlou’him tissent des liens profonds tout en préservant une véritable flamme ‘hassidique.

Un profond travail intérieur

La force est donnée d’en haut, mais le Chalia’h doit encore façonner le réceptacle, ce qui exige un investissement considérable dans son monde intérieur. S’y ajoute l’écart immense qui sépare celui qui a grandi aux sources de la Torah et des Mitsvot de celui qui n’a jamais vécu dans un monde de Torah. La « table » que voit un Juif vivant de Torah, note-t-il, n’est pas la même que celle qu’aperçoit un autre : les mots, les connotations, la vision du monde, tout diffère. D’où la nécessité, pour le Chalia’h, de parler la langue la plus simple et la plus claire, sans présupposés.

Que le professeur comprenne

Combler cet écart suppose de comprendre véritablement, en profondeur, le sujet que l’on enseigne. Bien souvent, explique-t-il, nous croyons maîtriser une notion ; mais dès qu’il faut l’exposer dans ses moindres détails à quelqu’un qui ignore tout de la question, la langue bafouille. Il donne l’exemple de Olam HaAtsilout, le monde de l’Émanation : tout jeune homme d’étude le connaît « en gros », mais l’expliquer simplement à un professeur d’université sans notion de Kabbale suppose de le comprendre soi-même à la perfection. Là réside, selon lui, un immense cadeau de la Chlihout : contraints d’intérioriser la Torah et la ‘Hassidout pour l’enseigner, les Chlou’him voient bien des choses leur devenir limpides.

Reconnaître un enfant de Chalia’h

Les Chlou’him connaissent de nombreuses difficultés, mais le Rav Bistritzky insiste sur les cadeaux du Rabbi. Ainsi, dit-il, on reconnaît un enfant de Chalia’h : grandissant seul, sans camarades du ‘Héder, auprès d’un père qui dirige un Beth Habad, il développe très tôt une conscience de sa responsabilité et une maturité singulière. De même, la profondeur que confère l’obligation de transmettre la Torah étudiée appartient à ces cadeaux très concrets.

Adoptez un Chalia’h

Le Rav Bistritzky lance alors un appel. Tout ‘Hassid n’est pas destiné à partir en Chlihout, mais tous gagneraient à entretenir un lien avec des Chlou’him : un tel lien confère une part dans la Chlihout tout en apportant une contribution réelle à l’émissaire. Car le Chalia’h, au fond, demeure seul dans son monde intérieur. Sur le plan organisationnel, il affronte d’innombrables tâches — planification, budget, levée de fonds, logistique —, auxquelles s’ajoutent les problèmes de paix conjugale ou de discipline qu’on lui confie. Dans ces trois dimensions, intérieure, financière et organisationnelle, le ‘Hassid vivant en communauté peut réellement aider.

« Adopter » un Chalia’h prend des formes diverses : venir étudier à date fixe, participer à un Farbrenguen, mettre en place un virement permanent, ou simplement proposer un coup de main à chaque événement. Une telle démarche, conclut-il, élève à la fois la famille du ‘Hassid et celle du Chalia’h.

La fierté d’une maman

À Lehavim, le Rav Bistritzky a poursuivi la Chlihout entamée par la famille du Rav Naftali Marinovski, aux côtés aujourd’hui de la famille Blinov. Le travail s’y fait dans le calme : visage avenant, amour, amitié personnelle. Ces dernières années, l’accent a été mis sur des structures éducatives permanentes. Plusieurs gan Habad ont ouvert, et un quatrième verra le jour prochainement ; leur influence rayonne sur les parents, les grands-parents, parfois les arrière-grands-parents.

Il raconte l’histoire d’une famille éloignée du judaïsme qui inscrivit sa fille, atteinte d’un trouble du développement, au gan Habad. L’enfant s’y transforma au point d’en être méconnaissable. Peu après, des jeunes filles loubavitch proposèrent à la maman des bougies de Chabbat. Elle se dit : ma fille étudie dans un gan Habad, et moi je refuserais cette bougie ? Elle la prit, et la lumière entra dans la maison. Son mari se mit à fréquenter l’office de Kabbalat Chabbat, et la fillette apporte désormais à la table les chants appris au gan.

Une Chlihout héritée de la maison paternelle

Le Rav Bistritzky est le fils du Rav Levi Bistritzky, de mémoire bénie, Grand Rabbin de Safed et membre du tribunal rabbinique de Habad. Dans leur maison, le Rabbi était présent de la manière la plus tangible ; son père le vivait jour après jour, regardant sa photo aux repas de Chabbat en parlant de lui. Son épouse vient elle aussi d’une maison de Chlihout : son père, le Rav Morde’haï Kastel, dirige la Chlihout de Re’hovot. Pour eux, la Chlihout n’a jamais été « quelque chose en plus » : elle a toujours été la vie elle-même.

Le secret de son père, qui touche encore tant de gens des années après son départ ? Une conscience constante : considérer chacun avec attention et visage avenant, sans jamais transiger sur sa propre vérité intérieure. Comme tout homme, conclut le Rav Bistritzky, le Chalia’h connaît des défis ; mais la capacité de « compter » sur le Saint béni soit-Il fonctionne de manière extraordinaire. Prier D.ieu, écrire au Rabbi, s’appuyer sur les forces qu’il confère : il y a là un don de force tout particulier.lier. »

La prononciation Loubavitch a-t-elle une importance ?

La prononciation Loubavitch a-t-elle une importance ?

 

Le mouvement Loubavitch possède sa propre tradition de prononciation dans la prière, transmise fidèlement de génération en génération. Pourtant, à maintes reprises, le Rabbi a rappelé que l’essentiel se situait ailleurs que dans la forme exacte des mots prononcés. À travers plusieurs réponses adressées à des ‘Hassidim, se dessine une approche à la fois ferme et nuancée, où l’unité communautaire et la sérénité intérieure priment sur toute querelle de dialecte.

 

 

 

Une tradition propre au mouvement

Au sein du monde juif, la manière de prononcer les mots de la prière n’a jamais été uniforme. Les communautés achkénazes, séfarades et yéménites ont chacune conservé, au fil des siècles, leur propre articulation des voyelles et des consonnes, leur propre musicalité. Le mouvement Loubavitch ne fait pas exception : il a développé et transmis une prononciation qui lui est propre, reconnaissable entre toutes, façonnée par les générations successives de Rabbanim et de ‘Hassidim et intimement liée à la manière dont la prière fut récitée dans la cour de nos maîtres.

Cette tradition n’est pas un détail anodin. Elle porte en elle une part de l’identité du mouvement, un héritage sonore qui relie celui qui prie aujourd’hui à la longue chaîne de ceux qui l’ont précédé. On aurait donc pu s’attendre à ce que le Rabbi défende cette prononciation avec intransigeance, au nom de la fidélité au passé. La réalité de son enseignement se révèle bien plus subtile.

La prononciation à l’école : la réponse à Rav Chmouel Gurevitch

La question se posa concrètement lorsque Rav Chmouel Gurevitch de la Yéchiva de Lod, interrogea le Rabbi, lors d’une Ye’hidout, au sujet de la prononciation qu’il convenait d’adopter dans son établissement scolaire. Fallait-il enseigner aux élèves selon la prononciation achkénaze, conforme à la tradition du mouvement, ou pouvait-on tolérer l’emploi de la prononciation séfarade, largement répandue en Terre sainte ?

La réponse du Rabbi surprit par sa modération. « Il n’y a aucune raison de mener une guerre sainte contre l’enseignement dans une prononciation séfarade, déclara-t-il, puisqu’en Eretz Israël il existe des institutions Habad qui l’emploient. » Loin d’imposer une règle rigide, le Rabbi reconnaissait la réalité du terrain et refusait d’en faire un motif de combat.

Il ajouta toutefois une précision essentielle : « Bien entendu, si tous les facteurs sont égaux, il est certainement préférable d’enseigner dans la prononciation achkénaze. Néanmoins, si cela devait engendrer une ma’hloket, ou conduire certains à retirer leurs filles de l’établissement, cela n’en vaut pas la peine. » Ainsi, la préférence pour la tradition du mouvement demeure entière ; mais dès lors que cette préférence risque de provoquer discorde et division, elle doit s’effacer devant un impératif supérieur : la paix et la cohésion de la communauté.

Chaque prononciation puise à une source élevée

Cette même sagesse transparaît dans un autre échange. Rav ‘Haïm Noa’h Maatouf fit remarquer au Rabbi qu’un certain Beth haKnesset Habad récitait la prière selon l’accent yéménite, s’écartant ainsi de l’usage habituel du mouvement. On aurait pu croire qu’une telle observation appellerait une correction.

Le Rabbi répondit au contraire par une parole d’une grande profondeur : « Chaque prononciation possède une source élevée dans les mondes supérieurs, et il importe peu de savoir laquelle est employée pour la prière. L’essentiel est de conserver une prononciation uniforme et de ne pas en changer. »

Cette réponse dépasse la simple tolérance. Elle affirme que chaque manière de prononcer les mots sacrés puise à une racine spirituelle authentique, enracinée dans les mondes d’en haut. Aucune n’est illégitime, aucune n’est dépourvue de valeur. Ce qui compte véritablement, ce n’est pas le dialecte choisi, mais la constance et l’unité dans son emploi.

L’uniformité au service de la concentration

Pourquoi le Rabbi insistait-il tant sur la nécessité de ne pas changer de prononciation ? La raison qu’il en donnait touche au cœur même du service de la prière. Conserver la prononciation à laquelle on est habitué permet à celui qui prie de se concentrer pleinement sur le sens de ses paroles et sur son élévation intérieure. À l’inverse, modifier sans cesse sa manière de prononcer les mots introduit le trouble et la confusion, détournant l’esprit de l’essentiel.

La prière n’est pas un exercice de diction, mais un mouvement de l’âme vers son Créateur. Toute préoccupation excessive pour la forme risque de faire perdre de vue le fond. En recommandant la stabilité, le Rabbi ne défendait pas une prononciation contre une autre : il protégeait la capacité du fidèle à s’abandonner sereinement à sa prière, sans que son attention ne soit happée par des considérations secondaires.

Lorsqu’il convient de changer

Ce principe de stabilité n’était cependant pas absolu. Lorsqu’une raison valable le justifiait, le Rabbi encourageait au contraire le changement. Le cas de Rav ‘Haïm Meloul, de France, l’illustre avec clarté. Alors qu’il était ‘hatan, sur le point de se marier, il demanda au Rabbi s’il pouvait modifier sa prononciation, sa kalla étant issue d’un milieu achkénaze.

Le Rabbi l’y encouragea sans hésiter : « Puisque la ‘Hassidout, le Choul’han Aroukh et la Torah affirment qu’il n’y a aucun inconvénient à changer de prononciation, tu devrais le faire, afin de ne pas créer de confusion pour les enfants. »

Ici, l’objectif d’unité et de clarté, précisément celui qui commandait ailleurs de ne pas changer, imposait au contraire d’adapter sa prononciation. Dans un foyer où les époux venaient de traditions différentes, l’harmonie de la future famille et l’éducation cohérente des enfants justifiaient pleinement cet ajustement. Le principe demeure donc constant, même si son application peut conduire à des conclusions opposées : ce qui prime en toute circonstance, c’est la paix du foyer, l’unité de la communauté et la sérénité de celui qui prie.

C’est là toute la finesse de l’enseignement du Rabbi. Attaché à la tradition du mouvement, il refusait pourtant d’en faire une idole. La prononciation Loubavitch mérite d’être préservée et chérie ; mais elle ne saurait justifier ni la discorde, ni la confusion, ni le trouble de l’âme en prière. Derrière chaque réponse se lit une même hiérarchie des valeurs, où l’essentiel ne se confond jamais avec l’accessoire.

Propositions de titres alternatifs :

La prononciation Loubavitch a-t-elle une importance ?
Prière : quand le Rabbi relativisait la question de l’accent
« Chaque prononciation puise à une source élevée » : l’enseignement du Rabbi
L’accent dans la prière : entre fidélité à la tradition et paix de la communauté
Achkénaze, séfarade ou yéménite : ce que le Rabbi enseignait sur la prononciation
Ce qui compte vraiment dans la prière, selon le Rabbi
Uniformité, sérénité, unité : la sagesse du Rabbi sur la prononciation
Faut-il défendre à tout prix la prononciation Loubavitch ?

Le Chalia’h du Rabbi en Suède rend hommage à l’ambassadeur d’Israël en lui offrant l’ouvrage du Rav Eli Shlanger a’h

Le Chalia’h du Rabbi en Suède rend hommage à l’ambassadeur d’Israël en lui offrant l’ouvrage du Rav Eli Shlanger a’h

 

Après cinq années à la tête de la représentation israélienne à Stockholm, l’ambassadeur d’Israël en Suède, Ziv Nevo Kulman, achève son mandat et s’apprête à rentrer en Israël. Le Rav ‘Haïm Greisman, Chalia’h principal du Rabbi dans le royaume scandinave, l’a rencontré afin de le remercier, au nom de la communauté juive et des Israéliens du pays, pour son action durant ces années. À cette occasion, il lui a offert un ouvrage porteur du message universel du judaïsme, écrit avec le Rav Eli Schlanger, assassiné lors de l’attentat de Bondi Beach.

 

 

Une rencontre placée sous le signe de la reconnaissance

Le Rav ‘Haïm Greisman, qui dirige depuis plus de deux décennies le Beth Habad de Stockholm aux côtés de son épouse Mina, a reçu l’ambassadeur Ziv Nevo Kulman pour lui exprimer la gratitude de la communauté juive de Suède. Établi dans la capitale suédoise au tout début des années 2000, le couple Greisman y a peu à peu tissé un réseau d’activités qui font aujourd’hui partie intégrante de la vie juive locale, en étroite collaboration avec les autres institutions de la communauté.

« J’ai eu le plaisir de rencontrer l’ambassadeur Ziv Nevo Kulman », a confié le Rav Greisman. « Je l’ai remercié pour cinq années passées à représenter Israël en Suède. »

Cinq années au service d’Israël dans un contexte éprouvant

Diplomate de carrière né à Tel-Aviv en 1969, Ziv Nevo Kulman occupait le poste d’ambassadeur d’Israël en Suède depuis le mois d’août 2021. Son mandat aura coïncidé avec l’une des périodes les plus délicates de l’histoire des relations entre Jérusalem et Stockholm. Depuis le 7 octobre 2023, la représentation israélienne a fonctionné dans des conditions extrêmes, visée à plusieurs reprises, tandis que l’ambassadeur lui-même vivait sous une protection permanente en raison des menaces qui pesaient sur lui.

C’est dans ce climat que le Chalia’h du Rabbi a tenu à saluer son engagement. « Ce ne fut pas une mission aisée, mais il l’a accomplie avec courage, avec dévouement et avec grâce », a souligné le Rav Greisman. « Nous lui souhaitons beaucoup de réussite dans la poursuite de son action en faveur du peuple d’Israël, cette fois-ci depuis Israël. »

Un livre en mémoire du Rav Eli Schlanger

En signe d’adieu, le Rav Greisman a offert à l’ambassadeur un exemplaire de l’ouvrage récemment paru « Conversations avec mon Rav » (Conversations With My Rabbi: Timeless Teachings for a Fractured World), écrit par la journaliste Nikki Goldstein et le Rav Eli Schlanger. Rav adjoint du Beth Habad de Bondi, à Sydney, formé à la Yéchiva Tom’hei Tmimim de Brunoy, en France, puis à Crown Heights, le Rav Schlanger a été assassiné le 14 décembre 2025, premier soir de Hanouka 5786, lors de l’attaque terroriste perpétrée sur la plage de Bondi. Il présidait alors la fête « Hanouka au bord de la mer » qu’il organisait depuis dix-huit ans lorsque deux terroristes ont ouvert le feu sur la foule, faisant quinze morts. Il laisse son épouse ‘Haya et leurs cinq enfants.

Né d’une amitié improbable entre le Rav et une journaliste éloignée de la tradition, qu’il avait accompagnée par la prière lors d’une grave maladie, le livre déploie le message universel du judaïsme à travers les sept commandements que la tradition nomme Cheva Mitsvot Bné Noa’h, les lois noa’hides adressées à l’humanité tout entière. Le Rav Schlanger, disparu quelques semaines seulement avant d’en achever le dernier chapitre, en demeure la voix et l’âme.

« Ce livre transmet le message universel du judaïsme à l’humanité tout entière », a conclu le Chalia’h. « J’espère que nous nous retrouverons lors d’occasions joyeuses à l’avenir. »

 

 

La Paracha pour les Nuls :  Matot-Massei

La Paracha pour les Nuls : Matot-Massei

La double section de Matot-Massei referme le livre de Bamidbar au seuil même de Canaan, tandis qu’Israël campe dans les plaines de Moav, face au Jourdain. On y lit tour à tour la puissance de la parole donnée, la guerre menée contre Midian, l’installation des tribus de Réouven et de Gad, puis l’égrènement des quarante-deux étapes du désert. Frontières du pays, villes des Léviim et villes de refuge y dessinent, verset après verset, les contours d’une nation prête à entrer en héritage.

 

 

 

 

Il est des sections de la Torah qui se contentent de raconter. Matot-Massei, elle, fait davantage : elle légifère, elle conquiert, elle recense et elle partage. En refermant le quatrième livre du ‘Houmach, cette double paracha rassemble en un même souffle les grands thèmes d’un peuple parvenu au terme de quarante années d’errance. Israël n’est plus la génération sortie d’Égypte, mais celle qui s’apprête à franchir le fleuve. Tout, dans ces chapitres, respire l’imminence de l’entrée en Terre promise.

Quand la parole engage l’âme tout entière

La section s’ouvre sur un enseignement d’une exigence redoutable : les lois des vœux. Moché s’adresse aux chefs des tribus des enfants d’Israël et transmet la volonté divine avec une formule sans équivoque. Celui qui prononce un vœu à l’Éternel ou se lie par un serment ne saurait profaner sa parole ; il agira, dit le texte, selon tout ce qui est sorti de sa bouche. La parole humaine n’est pas ici un souffle qui se perd, mais un acte qui crée une obligation devant le Ciel.

Le récit détaille ensuite le statut du vœu prononcé par une femme, selon qu’elle vit dans la maison de son père durant sa jeunesse, qu’elle est mariée, veuve ou répudiée. Le père, puis le mari, disposent d’un pouvoir d’annulation strictement encadré, valable le jour même où ils entendent l’engagement. Passé ce délai, le silence vaut confirmation : celui qui n’a pas désavoué au moment voulu a, par son mutisme même, ratifié le vœu. Et s’il l’annule après coup, avertit la Torah, il portera la faute à la place de celle qu’il aurait dû protéger. Tout, dans ce dispositif, souligne la gravité d’une parole vouée à D.ieu et la responsabilité de ceux à qui il revient d’en mesurer la portée.

La dernière mission de Moché : la guerre contre Midian

Le récit bascule alors dans l’ordre du combat. L’Éternel commande à Moché de venger les enfants d’Israël des Midianites, en précisant qu’après cette campagne, le maître des prophètes sera réuni à son peuple. Ainsi cette guerre est-elle présentée comme l’ultime acte public de Moché, celui qui précède immédiatement sa disparition. Mille hommes par tribu sont mobilisés, soit douze mille combattants, envoyés au front avec Pin’has, fils d’Elazar le Cohen, portant en main les objets sacrés et les trompettes de l’ovation.

La victoire est totale. Les cinq rois de Midian tombent, et Bilam, fils de Beor, celui-là même dont les conseils avaient entraîné Israël dans la faute de Peor, périt par l’épée. Mais au retour des combattants, Moché s’irrite : des femmes, précisément celles qui avaient été l’instrument de la débauche à Peor, ont été épargnées. Le chef d’Israël rappelle alors les règles de purification que devront observer, sept jours durant, ceux qui ont côtoyé la mort, ainsi que les modalités de purification des ustensiles, par le feu ou par l’eau, selon leur nature. La conquête ne se sépare jamais, dans la Torah, de l’exigence de pureté.

Un butin partagé, un or offert en expiation

Vient ensuite le minutieux partage de la prise. L’Éternel ordonne un dénombrement rigoureux du butin, hommes et bêtes, réparti entre les combattants et l’ensemble de la communauté. Un prélèvement est destiné à l’Éternel, remis à Elazar le Cohen, et une part revient aux Léviim chargés de la garde du Sanctuaire. Les chiffres énumérés par le texte — des centaines de milliers de têtes de menu bétail, des dizaines de milliers de gros bétail — disent l’ampleur d’une victoire qui dépasse tout ce que le désert avait connu.

Un détail, pourtant, éclaire toute la scène d’une lumière particulière. Les commandants de l’armée s’approchent de Moché et déclarent qu’après le compte de leurs hommes, il ne manque pas un seul combattant. En reconnaissance de ce miracle, ils apportent en offrande l’or trouvé sur le champ de bataille — chaînettes, bracelets, bagues et colliers — afin de faire l’expiation pour leurs âmes devant l’Éternel. Cet or, reçu par Moché et Elazar, est déposé dans la Tente d’assignation comme mémorial. La guerre victorieuse s’achève ainsi non par un triomphe orgueilleux, mais par un geste de gratitude et d’humilité.

Réouven et Gad : l’héritage à l’est du Jourdain

Le deuxième grand épisode de Matot met en scène une requête audacieuse. Les enfants de Réouven et de Gad, riches en troupeaux, contemplent les pâturages fertiles de Yazer et de Guilad et demandent à Moché de recevoir ce territoire en propriété, sans franchir le Jourdain. La réaction de Moché est cinglante : verront-ils leurs frères partir au combat pendant qu’eux s’installeraient tranquillement ? Il évoque aussitôt la faute des explorateurs, à Kadèch-Barnéa, dont le découragement avait condamné toute une génération à mourir dans le désert. Le reproche est clair : reproduire ce refus, ce serait relancer la colère divine contre Israël.

Les deux tribus rectifient alors leur propos et proposent un engagement solennel : bâtir d’abord des enclos pour leurs troupeaux et des villes pour leurs enfants, puis marcher armées à la tête d’Israël jusqu’à ce que chacun ait pris possession de son héritage. Moché accepte cette alliance, mais l’assortit d’un avertissement demeuré célèbre : s’ils manquent à leur parole, ils auront péché contre l’Éternel, et « votre péché vous atteindra ». Le territoire de Si’hon et de Og, à l’est du fleuve, est ainsi confié à Gad, à Réouven et à la demi-tribu de Menaché, fils de Yossef, qui rebâtissent aussitôt leurs villes fortifiées.

Quarante-deux étapes : la mémoire d’un cheminement

La paracha de Massei doit son nom à la longue liste des campements traversés depuis la sortie d’Égypte. Sur l’ordre de l’Éternel, Moché consigne par écrit chacun des points de départ, égrenant quarante-deux étapes, de Ramsès aux plaines de Moav. Cette énumération n’est pas un simple relevé topographique : elle est le journal de bord d’un peuple façonné par la marche, la mémoire fidèle de chaque halte, de chaque épreuve et de chaque grâce reçue au fil du désert.

Au cœur de ce récit s’inscrit un moment de deuil : au mont Hor, sur l’ordre de l’Éternel, Aharon le Cohen monte et y meurt, âgé de cent vingt-trois ans, la quarantième année après la sortie d’Égypte. La liste des étapes, en apparence aride, enveloppe ainsi les grands événements d’une génération entière. Chaque nom de lieu devient le signet d’une histoire, et l’ensemble compose une méditation sur le chemin parcouru avant d’atteindre le seuil de la promesse.

Les frontières de Canaan et l’ordre de la conquête

Israël n’est pas encore entré dans le pays que déjà la Torah en trace les contours. L’Éternel commande d’abord la purification de la terre : à la traversée du Jourdain, les habitants idolâtres devront être chassés, leurs images de pierre détruites, leurs idoles fondues abolies et leurs hauts lieux démolis. La possession du pays est indissociable de son assainissement spirituel, et un avertissement accompagne l’ordre : les habitants laissés en place deviendront « comme des épines dans vos yeux ».

Le texte définit ensuite avec précision les frontières de Canaan — la limite méridionale le long d’Edom, la Grande Mer à l’ouest, la ligne septentrionale vers l’entrée de ‘Hamath, la frontière orientale touchant le lac de Kinnéreth avant de rejoindre la mer Salée. Pour opérer le partage, l’Éternel désigne Elazar le Cohen et Yehochoua, fils de Noun, assistés d’un prince par tribu. Chaque nom est consigné, de Calev, fils de Yefouné pour Yehouda, jusqu’à Pedahel pour Naftali. Le pays n’est pas conquis au hasard : il est réparti selon un ordre voulu d’en haut.

Villes des Léviim et villes de refuge : la justice au cœur du pays

La tribu de Lévi ne reçoit pas de territoire propre. La Torah ordonne donc de lui attribuer quarante-huit villes prélevées sur l’héritage des autres tribus, entourées de terrains pour leur bétail. Parmi elles, six sont consacrées à une fonction singulière : accueillir le meurtrier involontaire, qui pourra s’y réfugier à l’abri du vengeur du sang jusqu’à ce qu’il comparaisse en jugement devant la communauté.

Le texte distingue avec une remarquable finesse le meurtre délibéré, passible de mort, de l’homicide commis par mégarde. Celui qui a tué sans haine ni préméditation trouve refuge dans l’une de ces villes, où il demeure jusqu’à la mort du Cohen Gadol. La Torah interdit d’accepter la moindre rançon pour racheter la vie d’un meurtrier ou pour abréger l’exil d’un homicide involontaire, et justifie cette rigueur d’une phrase qui résonne comme un principe fondateur : le sang souille le pays, et le pays ne saurait être habité par Celui qui y réside si l’innocent n’y est pas défendu. Ainsi, avant même que la première conquête ne soit menée, la Terre promise est ordonnée autour de la justice.

Les filles de Tselof’had : quand la fidélité fait loi

La double section se referme sur l’ultime rebond d’une histoire déjà évoquée dans Bamidbar. Les chefs de famille de Guilad craignent que l’héritage reçu par les filles de Tselof’had, faute de fils, ne passe à une autre tribu si elles épousent des hommes étrangers à leur lignée. Moché tranche, sur l’ordre de l’Éternel : ces filles épouseront qui bon leur semblera, pourvu que ce soit au sein de la tribu de leur père, afin qu’aucun héritage ne migre d’une tribu à l’autre.

Ma’hla, Tirtsa, ‘Hogla, Milka et Noa se conforment scrupuleusement à cette parole et épousent les fils de leurs oncles, maintenant l’héritage dans la famille de Menaché, fils de Yossef. Sur cette note d’obéissance parfaite s’achève le livre de Bamidbar : « Tels sont les commandements et les lois que l’Éternel prescrivit, par l’entremise de Moché, aux enfants d’Israël, dans les plaines de Moav, près du Jourdain, vers Jéricho. »

De la parole donnée aux frontières tracées, Matot-Massei enseigne qu’une nation ne se bâtit pas seulement par la conquête, mais par la fidélité à sa parole, la justice envers l’innocent et l’attachement à l’héritage reçu — au seuil, toujours, de la Rédemption promise.

Note de transparence : cet article a été rédigé à partir d’une adaptation en français du texte de la paracha Matot-Massei (livre de Bamidbar), fournie à la rédaction. Les transcriptions et la terminologie suivent l’usage de la publication.

 

Argentine : la révolution des Chlou’him du Rabbi présentée aux dirigeants du monde

Argentine : la révolution des Chlou’him du Rabbi présentée aux dirigeants du monde

 

Des dizaines de parlementaires et de sénateurs venus du monde entier, engagés en première ligne dans le soutien à Israël et le combat contre l’antisémitisme, ont découvert la révolution des Chlou’him du Rabbi lors d’une grande conférence pour Israël tenue cette semaine à Buenos Aires. Ministres, hauts responsables politiques et jusqu’au président de la République argentine lui-même ont pris part à cet événement d’envergure internationale. Cette rencontre a mis en lumière l’œuvre remarquable accomplie depuis des décennies par les Chlou’him au service de la communauté juive argentine.

 

 

 

des dignitaires venus du monde entier

Des dizaines de parlementaires et de sénateurs originaires de divers pays, qui se trouvent en première ligne du soutien à Israël et du combat contre l’antisémitisme, ont pris part à la conférence pour Israël organisée cette semaine en Argentine. L’événement, qui s’est déroulé sur plusieurs jours dans la capitale argentine, a réuni plus d’une vingtaine de législateurs, d’ambassadeurs, de responsables religieux et de personnalités politiques venus d’une douzaine de pays d’Amérique latine, parmi lesquels le Brésil, le Venezuela, l’Équateur, la Colombie, le Honduras, le Chili, le Costa Rica, le Guatemala et le Paraguay.

Parmi les participants se trouvait Abdisalam Abdi Ali, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la République fédérale de Somalie, venu prendre part à la conférence aux côtés du frère du président somalien, Hassan Sheikh Mohamud.

un soutien affirmé à Israël

Sont également intervenus le ministre argentin des Affaires étrangères, M. Pablo Quirno, ainsi que Flávio Bolsonaro, figure de proue de la droite brésilienne. Tous deux ont exprimé leur soutien enthousiaste à l’État d’Israël. La rencontre s’inscrivait dans le cadre plus large des Accords Isaac, une initiative régionale portée par le président Milei sur le modèle des Accords d’Abraham, visant à renforcer la coopération économique, technologique, diplomatique et sécuritaire entre Israël et les nations d’Amérique latine. Les participants ont conclu leurs travaux par l’adoption d’une résolution appelant à l’élargissement de cette coopération régionale et encourageant davantage de pays d’Amérique latine à transférer leur ambassade à Jérusalem.

la révolution juive à l’œuvre en Argentine

Le Chalia’h de Habad à Buenos Aires, le Rav ‘Haïm Oirechman, s’est entretenu avec ces personnalités et leur a présenté la révolution juive qui se déploie en Argentine, portée par le Chalia’h en chef du Rabbi dans le pays, le Rav Tsvi Grunblatt, ainsi que par des dizaines d’autres Chlou’him répartis à travers tout le territoire.

C’est avec fierté que les Chlou’him guident la communauté juive argentine et entretiennent des liens chaleureux avec les responsables gouvernementaux de l’ensemble des provinces, jusqu’au président de la République lui-même, M. Javier Milei.

un président lié de longue date au mouvement Habad

Depuis son entrée en fonction, le président Milei a multiplié les gestes publics d’attachement à l’héritage du Rabbi. Peu après son investiture, il avait notamment participé à l’événement annuel de ‘Hanouka organisé par le mouvement Habad d’Argentine, affirmant avec force le soutien de son pays à Israël. Il s’est également recueilli au Ohel du Rabbi, dans le Queens à New York, ainsi qu’au Kotel à Jérusalem, et a offert au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou un portrait le représentant lors d’une de ses rencontres avec le Rabbi. Plus récemment, à l’occasion du trente-deuxième anniversaire du décès du Rabbi, le président argentin a pris la parole devant une assemblée de dix-huit cents personnes réunies à Buenos Aires, devenant ainsi le premier chef d’État en exercice à rendre un hommage officiel au Rabbi lors d’un grand rassemblement du mouvement Habad.

le président Milei clôt la conférence

Ami de longue date de Habad et fervent admirateur du Rabbi, le président Milei a clôturé la conférence par un discours vibrant et chargé d’émotion, dans lequel il a réaffirmé avec force son soutien à Israël, au peuple juif et à la lutte contre l’antisémitisme. Reprenant des thèmes qui lui sont chers, le chef de l’État argentin a souligné que l’alignement des valeurs spirituelles et matérielles constituait, selon lui, la clé d’une société prospère et juste, une conviction qu’il puise directement dans l’enseignement du Rabbi. Il a rappelé son attachement personnel et profond à la pensée ‘hassidique, qu’il consulte régulièrement comme source d’inspiration pour sa vision du monde et pour la conduite des affaires de l’État.

Le président Milei a également tenu à saluer le travail accompli sur le terrain par les Chlou’him de Habad à travers tout le pays, insistant sur le rôle essentiel qu’ils jouent dans le renforcement de la vie juive argentine et dans la construction de ponts entre les communautés religieuses et les institutions de l’État. Il a réitéré son engagement à faire de l’Argentine un partenaire de premier plan d’Israël sur la scène internationale, notamment à travers les Accords Isaac, et à poursuivre sans relâche le combat contre toute forme de haine antisémite, en Amérique latine comme ailleurs dans le monde. Son intervention, saluée par une longue ovation de l’assemblée, a clôturé la conférence sur une note d’espoir et de détermination partagée.itisme.

Concepts de la Hassidout : La Klipa, l’écorce qui dissimule la lumière divine

Concepts de la Hassidout : La Klipa, l’écorce qui dissimule la lumière divine

 

Dans la Kabbale et la ‘Hassidout, la Klipa désigne la réalité du mal et de l’impureté qui recouvre le monde à la manière d’une écorce dissimulant le fruit. Bien que le mal paraisse tangible, il ne constitue pas la vérité de l’existence, mais seulement un voile posé sur la réalité divine et sainte qui l’habite. En brisant cette écorce, l’homme dévoile la vérité et le bien enfouis au cœur de la création.

 

 

 

La Klipa est un concept fondamental de la Kabbale, abondamment développé dans la Hassidout Habad, où il sert de dénomination générale à la réalité du mal et de l’impureté présente dans le monde.

On la nomme également Sitra A’hra (de l’araméen : « l’autre côté », celui qui n’est pas le côté de la sainteté) ou encore les forces extérieures, les ‘Hitsonim.

Le terme d’écorce — Klipa — s’explique par une comparaison : de même que l’écorce recouvre le fruit tout en n’étant elle-même qu’une enveloppe sans valeur, ainsi le mal et l’impureté se manifestent dans le monde sans en constituer la vérité profonde ; ils ne sont qu’un voile posé sur la réalité divine et sainte.

C’est en brisant cette écorce que l’on met au jour la vérité et le bien contenus dans le monde.

Dans le détail, les Kelipot se subdivisent en plusieurs types et degrés, que l’on regroupe généralement en deux catégories : la Klipat Noga, où le bien et le mal sont mêlés, et les trois Kelipot impures, où ne subsiste que le mal.

La nature et la finalité de la Klipa

Lors de la création du monde par le Saint béni soit-Il, et à la suite du Tsimtsoum — la contraction par laquelle Il restreignit le rayonnement de la lumière divine —, de nombreux événements se produisirent dans les mondes spirituels.

Parmi eux survint la brisure des réceptacles, la Chevirat HaKelim : de nombreuses lumières supérieures se mirent alors à jouer un rôle opposé à celui des lumières de la sainteté, devenant la force de la Sitra A’hra, l’autre côté, en ce monde.

C’est ainsi qu’il devint possible que le monde recouvre la Divinité qui réside en lui, et que l’œuvre du Saint béni soit-Il ne soit pas manifestement reconnue.

Ce phénomène — une force dénuée de sainteté qui dissimule la puissance divine et l’étincelle divine présentes en toute chose — porte, dans la Kabbale et la ‘Hassidout, le nom de Klipa, à l’image de l’écorce qui recouvre le fruit qu’elle enveloppe.

Le rôle et la finalité de la Klipa consistent à seconder le Juif dans son service divin, lequel vise à faire résider la Divinité en ce monde inférieur, conformément à la volonté et au désir du Saint béni soit-Il de Se faire une demeure dans les mondes d’en bas.

La Klipa se décline en degrés divers ; d’une manière générale, elle se partage en deux ensembles principaux : les trois Kelipot impures et la Klipat Noga.

La formation des mondes des Kelipot

Du côté de la sainteté, plus un monde est élevé, plus s’y révèlent de lumières.

Ainsi, dans le monde d’Atsilout rayonnent les dix Sefirot dans leur totalité, car Abba Ila’a — la Sefira de ‘Hokhma — y demeure avec l’ensemble des autres Sefirot.

Dans le monde de Beria, en revanche, ‘Hokhma ne rayonne plus : seule brille la Sefira de Bina, avec les Sefirot situées en dessous d’elle.

Dans le monde de Yetsira, Bina elle-même cesse de rayonner, et seul demeure Zeïr Anpin ;

enfin, dans le monde d’Assia, Zeïr Anpin ne rayonne plus non plus, et il n’y subsiste que l’aspect nommé Ophan.

Dans les mondes de la Klipa, l’ordre est inversé.

Dans le monde d’Atsilout du côté opposé se trouvent uniquement les sept degrés inférieurs, les sept rois primordiaux, les zayin malkhin kadma’in.

Dans le monde de Beria du côté opposé apparaissent en outre ‘Hokhma et Bina, qui correspondent à l’aspect d’Ammon et de Moav.

Dans le monde de Yetsira du côté opposé se rencontre également le Keter opposé, désigné par le verset « tu es la tête d’or » (ant hou richa dedahava).

Et jusque dans le monde d’Assia du côté opposé se rencontre même l’aspect d’Atik Yomin de la Klipa, qui représente la force la plus intense de la Klipa — à tel point qu’on le nomme Atik, « retranché », car il est comme détaché des Kelipot elles-mêmes, tant la puissance de la Klipa y est grande.

La raison en est la suivante.

Dans la sainteté, plus un degré est élevé, plus il contient d’abondance, tandis que dans la Klipa c’est l’inverse.

Car le fondement et l’essence de la sainteté résident dans l’aspect du néant, le Ayin, et de l’annulation, le Bitoul : plus une réalité est proche de sa source, plus elle relève de ce néant et de cette annulation, et plus les lumières de la sainteté y rayonnent, la sainteté étant précisément affaire d’effacement.

Pour cette même raison, il en va à l’opposé dans la Klipa : l’essence des Kelipot étant l’affirmation de soi, le Yechout, l’égo, et toute réalité plus basse étant davantage tournée vers cette affirmation, on y trouve un nombre plus grand de Kelipot, dont la nature même est ce repli sur soi.

L’olive, image de l’amertume de la Klipa

L’olive compte parmi les images qui évoquent l’amertume issue de la Klipa, car elle est amère, selon l’expression de nos Sages : « Que ma nourriture soit amère comme l’olive. » C’est aussi pourquoi l’olive fait oublier l’étude de soixante-dix années, l’oubli procédant du monde des Kelipot.

Mais lorsqu’on écrase l’olive — ce qui figure la soumission de la Sitra A’hra, l’itkafya sitra a’hra —, l’huile se révèle : elle correspond à l’aspect de ‘Hokhma, c’est-à-dire à l’annulation devant la Divinité. Car ‘Hokhma est tout entière affaire de Bitoul : le mot lui-même se lit koa’h ma, « la force du néant », l’effacement de soi.

la Klipat Noga, ce mélange de bien et de mal

Parmi les deux grandes catégories de Kelipot, la Klipat Noga occupe une place à part.

Contrairement aux trois Kelipot impures, où le mal règne sans partage, la Klipat Noga renferme un mélange de bien et de mal, à l’image d’une étincelle de sainteté enveloppée dans une gangue qui n’est pas totalement hostile à cette sainteté.

C’est de cette Klipat Noga que relèvent, selon la ‘Hassidout, les choses permises de ce monde : la nourriture cachère, les biens matériels acquis honnêtement, les plaisirs autorisés par la Torah. Ces choses ne sont ni saintes en elles-mêmes ni totalement impures ; elles attendent d’être élevées.

C’est précisément là que se joue l’Avoda, le service divin propre à chaque Juif :

lorsqu’un objet ou un plaisir relevant de la Klipat Noga est employé en vue d’une Mitsva ou dans une intention sainte — manger pour avoir la force de servir D.ieu, utiliser son argent pour la Tsedaka, exercer une profession avec droiture —, l’étincelle divine qui s’y trouvait captive en est extraite et élevée vers sa source.

On appelle ce travail spirituel le Birour, l’affinement, ou au pluriel les Birourim. À l’inverse, si ces mêmes choses sont détournées vers un usage contraire à la volonté divine, l’étincelle qu’elles renferment s’enfonce davantage dans la Klipa, renforçant son emprise plutôt que de la briser.

les trois Kelipot impures

À l’opposé de la Klipat Noga se trouvent les trois Kelipot totalement impures, dans lesquelles aucune étincelle de sainteté ne peut être élevée par la voie du Birour ordinaire : leur seul remède consiste à s’en écarter et à les rejeter entièrement, plutôt qu’à chercher à les élever.

La ‘Hassidout les associe aux forces du mal les plus radicales, celles qui s’opposent frontalement à la sainteté et ne comportent, à la différence de la Klipat Noga, aucune part de bien mêlée.

Le travail du Juif à leur égard n’est donc pas d’affinement mais de séparation : fuir l’interdit, refuser toute compromission, et par cette résistance même, priver ces Kelipot de la vitalité qu’elles tirent, malgré elles, du monde de la sainteté.

l’avodat habirourim et la marche vers la Guéoula

Selon la ‘Hassidout Habad, l’histoire du monde tout entière peut se lire comme un immense travail de Birourim : depuis la faute d’Adam et la brisure des récipients jusqu’à nos jours, chaque génération reçoit la tâche d’extraire de nouvelles étincelles divines retenues captives dans la Klipat Noga, par l’étude de la Torah, l’accomplissement des Mitsvot et la sanctification du matériel.

Le Baal Chem Tov et ses successeurs, jusqu’au Rabbi de Loubavitch, ont enseigné que cette Avoda touche à sa phase ultime dans les dernières générations précédant la Guéoula, la rédemption finale : à mesure que les étincelles les plus profondément enfouies sont extraites, la force de la Klipa s’amenuise, jusqu’à ce que, à l’avènement du Machia’h, le mal soit entièrement aboli et que la Divinité se révèle sans aucun voile en ce monde matériel, réalisant ainsi le dessein originel de la création : que D.ieu Se fasse une demeure dans les mondes inférieurs.

 

 

Lyon célèbre un demi-siècle de Chli’hout : les 50 ans d’engagement du Rav Chmouel Gurewitz et de son épouse

Lyon célèbre un demi-siècle de Chli’hout : les 50 ans d’engagement du Rav Chmouel Gurewitz et de son épouse

 

Plus de 350 membres de la communauté, amis, soutiens, personnalités publiques et Chlou’him se sont réunis au Pasino Grand de Lyon pour honorer cinquante années de dévouement du Rav Chmouel Gurewitz et de son épouse. Envoyés par le Rabbi en 1976, ils ont bâti à partir de presque rien l’un des réseaux d’éducation juive les plus florissants de la région Auvergne–Rhône-Alpes. Point d’orgue inattendu de la soirée : l’annonce, le jour même, de l’obtention du permis de construire du nouveau campus Beth Menahem.

 

 

 

C’était une soirée que la communauté juive lyonnaise attendait depuis longtemps. Le lundi 29 juin (14 Tamouz), le Pasino Grand de Lyon a accueilli un gala d’exception réunissant plus de 350 convives venus saluer un demi-siècle de Chli’hout ininterrompue. L’événement rendait hommage au Rav Chmouel Gurewitz et à la Rabbanite Sarah Gurewitz, dépêchés par le Rabbi en 1976 pour établir et consolider la vie juive dans toute la région.

Derrière les discours et les tributs se dessinait une trajectoire remarquable : celle d’un couple arrivé sans structure ni réseau, qui allait patiemment tisser un maillage d’institutions éducatives et communautaires appelé à transformer durablement le visage du judaïsme dans le Rhône et au-delà. Cinq décennies plus tard, l’ampleur du chemin parcouru laissait l’assistance visiblement émue.

Une vision née d’une yé’hidout avec le Rabbi

Évoquant les premières années de sa mission, le Rav Chmouel Gurewitz a partagé un souvenir personnel, resté gravé en lui depuis une yé’hidout avec le Rabbi. Ces quelques mots, confiés dans l’intimité d’une audience, allaient devenir la boussole de toute une vie.

« Le Rabbi m’a dit une chose que je n’ai jamais oubliée : « Si j’étais à Lyon, je ferais tout mon possible pour qu’un enfant de plus, et encore un autre enfant, reçoive une éducation juive authentique. » (Noch a kind un noch a kind…) »

Cette formule — « encore un enfant, et encore un enfant » — a nourri sans relâche la mission de la famille Gurewitz. Elle s’est traduite, année après année, par la création d’écoles, de synagogues et de centres communautaires, jusqu’à faire de Lyon l’un des pôles majeurs du judaïsme francophone.

Un réseau qui rayonne sur toute la région

Aujourd’hui, la présence du Habad-Loubavitch à travers la région témoigne de cette persévérance. Elle compte quinze familles de Chlou’him, huit Beth Habad et l’école Beth Menahem, qui accueille désormais plus de 750 enfants. Devenue trop étroite pour répondre à la demande, l’institution se prépare à une expansion majeure.

Le futur campus prévoit de nouvelles salles de classe, un centre dédié à la petite enfance, un lycée pour garçons, des synagogues à la fois ashkénaze et séfarade, ainsi que des espaces réservés à la jeunesse et aux activités sportives. Un projet à la hauteur des ambitions d’une communauté en pleine croissance, qui a longtemps fonctionné dans des locaux devenus insuffisants.

L’annonce qui a fait basculer la soirée

Le moment le plus fort de la soirée est survenu lorsque le maître de cérémonie, le Rav Zalman Gurewitz — Rav de la synagogue séfarade Beth Menahem et fils du Rav et de la Rabbanite Gurewitz — a pris la parole pour une annonce inattendue. Ce jour-là même, après des années de préparation et d’attente, le permis de construire tant espéré du nouveau campus Beth Menahem venait enfin d’être accordé.

L’annonce a été accueillie par des applaudissements nourris et une émotion palpable, transformant la célébration en un jalon historique pour l’avenir de la vie juive à Lyon. Ce qui devait être une soirée anniversaire devenait, en un instant, la promesse concrète d’un nouveau chapitre.

Musique, tributs et transmission des générations

Le programme musical a réuni le chanteur israélien de renom Yichai Lapidot et le jeune prodige Bnaya Granot, dont les prestations ont apporté chaleur et inspiration à l’ensemble de la soirée. Entre deux morceaux, une série de vidéos et de témoignages retraçait l’extraordinaire parcours accompli, des premières années de Chli’hout jusqu’au réseau florissant d’institutions au service des Juifs de la région.

Le chapitre de Tehilim du Rabbi ainsi que celui de la Rabbanite ont été récités par des invités de marque, parmi lesquels le Grand-Rabbin Daniel Dahan, Grand-Rabbin de la région Auvergne–Rhône-Alpes, le Rav Yossef Y. Matusof, Chalia’h à Toulouse, et le Rav Chlomo Aouizerat, Chalia’h à Shanghai. Ce dernier et son épouse sont eux-mêmes d’anciens élèves de Beth Menahem — un rappel éloquent de la portée mondiale de l’institution.

L’un des temps forts de la soirée fut la projection d’une vidéo émouvante mettant à l’honneur plus de 65 Chlou’him et Chlou’hot répartis à travers le monde, tous formés dans les institutions Beth Menahem de Lyon avant d’aller fonder des communautés juives aux quatre coins de la planète. Une démonstration vivante de ce que signifie, concrètement, « encore un enfant, et encore un autre ».

Tourné vers l’avenir

Tout en célébrant les réalisations d’un demi-siècle, le gala regardait résolument vers demain. Il réaffirmait l’engagement du réseau grandissant de Chlou’him de Lyon à poursuivre la vision du Rabbi : atteindre « un enfant de plus, et encore un autre » avec la Torah, un judaïsme authentique et un foyer juif chaleureux ouvert à chaque Juif.

De la première année de Chli’hout au réseau d’institutions qui rayonne aujourd’hui sur toute une région, la trajectoire du Rav et de la Rabbanite Gurewitz illustre une fidélité rare à une consigne reçue voici cinquante ans. Et si l’émotion dominait au Pasino Grand, c’est parce que chacun mesurait qu’un tel héritage ne se transmet pas seulement en souvenirs, mais en écoles, en synagogues et en vies changées.

Cinquante ans après une simple phrase murmurée en yé’hidout, Lyon continue d’écrire, enfant après enfant, l’histoire d’une promesse tenue.

 

Rostov, Adar 5700 (1940) : 20 ans après la Histalkout, le récit bouleversant du transfert du corps intact du Rabbi Rachab

Rostov, Adar 5700 (1940) : 20 ans après la Histalkout, le récit bouleversant du transfert du corps intact du Rabbi Rachab

 

Dans son ouvrage « Achkavta DeRabbi », le Rav Moché Dovber Rivkin a préservé un document d’une valeur historique inestimable pour les ‘Hassidim Habad. Le témoignage saisissant d’un ‘Hassid de Rostov qui, au péril de sa vie, participa en Adar 5700 (1940) au transfert de la dépouille sacrée du Rabbi Rachab vers le nouveau cimetière de la ville.

 

 

 

 

Le témoignage d’un ‘Hassid rescapé de Rostov

Le document est la copie d’une lettre écrite par l’un des ‘Hassidim habitant Rostov qui, en 5708 (1948), parvint à s’enfuir et à sauver sa vie jusqu’à Paris. De là, il écrivit au Rabbi Yossef Its’hak et décrivit en détail comment, après un immense sacrifice de soi des ‘Hassidim et des Temimim de Rostov, ceux-ci réussirent, au mois d’Adar 5700 (1940), à transférer la dépouille sacrée du Rabbi Rachab vers le nouveau cimetière et à bâtir sur place un Ohel. Les autorités avaient en effet décrété la transformation de l’ancien cimetière en terrain immobilier, et des immeubles y furent effectivement construits.

Le Rav Rivkin précise en introduction : « La lettre, dans son ensemble, n’est pas des plus ordonnées, et sa langue est parfois hésitante ; mais le lecteur y trouvera décrite, avec suffisamment de précision, l’immense Messirout Néfech dont firent preuve les ‘Hassidim en cette affaire. Pour des raisons compréhensibles, j’ai omis dans cette copie quelques passages, ainsi que les noms des ‘Hassidim et des Temimim qui s’y employèrent et qui sont mentionnés explicitement dans la lettre — leur mérite est immense, et il eût été juste, en vérité, que leurs noms fussent gravés en bénédiction pour la mémoire éternelle —, mais j’ai dû les supprimer et ne les évoquer que par allusion. Voici la teneur de la lettre, presque dans ses propres termes. »

Auprès de Rav Lévi Its’hak, le père du Rabbi

« … Après que Rav A. fut revenu de Kharkov en rapportant qu’une lettre du Rabbi Yossef Its’hak y avait été reçue, ordonnant de transférer le Ohel, Rav M. V. L. se rendit à Ekaterinoslav auprès du Gaon Rav Lévi Its’hak, afin qu’il nous enseigne comment procéder au transfert de la dépouille sacrée de notre maître le Rabbi. »

À propos de Rav Lévi Its’hak, l’auteur du livre consacre une note émouvante : il s’agit du Gaon et ‘Hassid Rav Lévi Its’hak Schneerson, descendant direct du Tséma’h Tsédek et père du Rabbi de Loubavitch. Il était célèbre comme un génie prodigieux dans les parties révélées de la Torah et comme un penseur remarquable de la ‘Hassidout, source jaillissante dont la bouche produisait des perles dans tous les domaines : le Talmud et ses commentaires, la ‘Hassidout et la Kabbale. On disait de Rav Lévi Its’hak qu’il maîtrisait à fond tous les livres et écrits kabbalistiques du Ramak et du Arizal. Il comptait parmi les disciples et les fidèles les plus proches du Rabbi Rachab, qui ne cessa jamais de le chérir. Il porta la couronne du rabbinat dans la ville d’Ekaterinoslav durant quelque trente-cinq années. Pendant les années terribles de la Seconde Guerre mondiale, il fut « envoyé » en terre de relégation, dans un désert désolé, un petit village de la région du Kazakhstan. Après une multitude de souffrances, de tourments et de maladies, on lui accorda une « libération » et on le transféra dans la ville d’Alma-Ata, dans cette même région. C’est là qu’il fut frappé par la maladie et rendit son âme à son Créateur le 20 Mena’hem-Av 5704 (1944). Puisse-t-il être un défenseur pour son épouse, la Rabbanit ‘Hanna — fille du Gaon et ‘Hassid Rav Méir Chlomo, président du tribunal rabbinique de Nikolaïev, lui-même petit-fils et successeur du Gaon Rav Avraham David Lavout, auteur du célèbre « Kav VéNaki » sur le traité Guitin, du « Beth Aharon » imprimé avec l’approbation du Rabbi Maharach, ainsi que du « Chaar Hakolel » et du « Netiv Ha’haïm » sur le Sidour Torah Or — et pour leur fils bien-aimé, le Rabbi, afin qu’il conduise la communauté des ‘Hassidim dans l’aisance et une réussite abondante, en relevant la gloire de tout Israël, jusqu’à la venue de Machia’h notre juste libérateur.

Une nuit de ténèbres, de pluie torrentielle et de glace

« Dès son retour, nous nous réunîmes à dix hommes : Rav Ts. K., Rav M. K., Rav M. Ch., Rav Y. K., Rav M. V. L., Rav ‘H. Y. E., Rav N. L., Rav A. de Kharkov, Rav Y. A. et moi-même, l’auteur de ces lignes. Nous prîmes sur nous un jeûne ce jour-là et nous nous aspergeâmes de neuf Kabin d’eau — l’auteur du livre note qu’ils ne disposaient manifestement pas d’un Mikvé. Nous nous procurâmes, auprès du fils de Rav M. Ch., une civière solide et lisse, assemblée sans clous, et à une heure tardive de la nuit nous nous rendîmes au cimetière. Il régnait une obscurité et des ténèbres extraordinaires, une pluie diluvienne s’abattait avec une violence extrême, et il restait encore beaucoup de neige et de glace.

En approchant du Tsiyoun, nous demandâmes tous pardon au Rabbi. Les premiers à creuser furent Rav Y. K. et Rav Ts. K., et nous creusâmes également tout autour de la tombe. Trois hommes seulement descendirent dans la fosse : Rav Ts. se tint près de la tête, Rav M. K. au milieu, et moi près des pieds, tandis que Rav M. V. se tenait en haut, au bord de la tombe, et nous indiquait comment procéder. Le Talith était intact et couvrait le visage et la barbe ; toute la tête, tout le corps saint et les jambes, tout était intact. Seul un pied, près du talon, était légèrement dévié, marqué comme d’une fissure, et Rav Ts. le redressa. Nous prîmes le corps saint avec trois Téfahim de la terre de la tombe, nous le remontâmes et le déposâmes sur la civière neuve. La fille de Rav N. L. donna environ douze mètres de toile de lin tissée, et j’apportai moi-même une étoffe neuve pour couvrir la civière. »

Un véhicule obtenu à force de larmes

« Nous avions d’abord pensé porter la civière sur nos épaules jusqu’au nouveau cimetière, mais pour plusieurs raisons nous vîmes que c’était impossible : le cercueil et la terre constituaient une charge très lourde, au-dessus de nos forces d’alors, car nous étions extrêmement affaiblis par le jeûne, sans parler de la pluie inouïe et de l’obscurité de la nuit. Nous comprîmes qu’il n’y avait d’autre solution que de se procurer un véhicule ; mais sans autorisation spéciale, il était impossible d’en obtenir un. L’idée me vint alors de solliciter le fils de Y. L., qui était responsable du parc des véhicules. Je me jetai devant lui avec pleurs et supplications pour qu’il me fournisse un véhicule en vue d’un enterrement. Il va de soi que s’il avait connu la vérité — qu’il s’agissait du transfert de la dépouille sacrée de notre maître le Rabbi —, il m’aurait chassé sur-le-champ de sa maison et nulle supplication n’eût servi, car c’était un communiste fervent. Je lui dissimulai donc la vérité et lui dis qu’il s’agissait d’un défunt qui venait tout juste de mourir ; mais il refusa catégoriquement. Je redoublai d’instances et de larmes et lui déclarai que je ne quitterais pas sa maison avant qu’il n’exauce ma demande. Sa pitié finit par s’émouvoir : il téléphona pour qu’on envoie immédiatement un véhicule, et je me rendis aussitôt au cimetière. C’est à grand-peine que nous parvînmes à introduire le cercueil dans le véhicule ; nous dressâmes une cloison séparée pour le chauffeur, et nous prîmes tous place dans le véhicule, autour du cercueil. »

L’inhumation dans le nouveau cimetière

« Arrivés au nouveau cimetière, il fut impossible d’y pénétrer avec le véhicule par le portail. Nous prîmes donc le cercueil sur nos épaules pour le porter jusqu’à l’emplacement de la tombe que nous avions creusée auparavant, à une distance considérable, et le fardeau était extrêmement lourd au regard de notre faiblesse d’alors. La pluie continuait de tomber à torrents d’une manière étrange, et nous dûmes poser la civière à plusieurs reprises pour reprendre quelque peu haleine. Parvenus à la tombe, nous fîmes tout selon les règles, en l’honneur de la sainteté de notre maître le Rabbi, et très exactement selon ce qu’avait ordonné et prescrit le Rav Lévi Its’hak. Autour du Tsiyoun de la tombe de notre maître, nous fîmes… afin que… — passages omis par l’éditeur.

Le lendemain, le fils de Y. L. apprit que le véhicule avait servi au transfert du Tsiyoun du Rabbi de Loubavitch. Son père, Y. L., vint nous trouver et raconta que sa bru, l’épouse de son fils, criait et protestait : si le gouvernement venait à l’apprendre, son mari serait chassé de son poste et subirait de surcroît un châtiment sévère. Je me rendis au domicile du fils de Y. L. pour les apaiser ; je lui « expliquai » qu’il avait accompli une grande chose, et je lui garantis, par le mérite de notre saint maître, qu’aucun dommage ne lui en résulterait. Et grâce à D.ieu, tout se passa bien. »

Le transfert des tombes voisines et le mouchoir de soie

« Quelques jours plus tard, Rav Ts. K. réussit à transférer également vers le nouveau cimetière les tombes du Rav R. Ch. et du Rav N. G. Rav Ts. recueillit et disposa leurs ossements, et leurs sépultures reçurent leur place selon la même disposition que dans l’ancien cimetière. Auprès du Rav R. Ch., on trouva un mouchoir de soie. »

L’auteur du livre ajoute à ce sujet : « Si ma mémoire ne me trompe pas, il me paraît certain qu’après la Histalkout du Rabbi Rachab, le Rabbi Yossef Its’hak offrit au Rav R. Ch., de mémoire bénie, l’un des mouchoirs de soie particuliers que le Rabbi Rachab avait coutume de tenir en main lorsqu’il prononçait des discours de ‘Hassidout en public — comme les ‘Hassidim le savent bien —, en cadeau, pour sa protection et sa réussite. Et lors du décès du Rav R. Ch., on déposa ce mouchoir dans son cercueil, pour son repos éternel. »

Le nouveau Ohel et la garde du lieu saint

« Après cela, Rav M. V. se rendit auprès des ‘Hassidim de L. et en rapporta une somme d’argent, et nous construisîmes un nouveau Ohel avec les pierres que nous avions transférées de l’ancien. Le nouveau Ohel est légèrement plus petit que l’ancien, et avec les pierres restantes nous aménageâmes un Mikvé dans la maison de Rav N. L. Je me rendais moi-même au Ohel à intervalles rapprochés pour y veiller. Dans les derniers temps, les visiteurs ne venaient plus guère au Ohel, mais on continuait d’envoyer des Pidyonot, ces requêtes de bénédiction, que Rav N. L. et moi-même recevions.

Après l’expulsion de Hitler — que son nom soit effacé —, lorsque je revins à Rostov, je trouvai la porte du Ohel brisée. J’intervins auprès de…, qui me prêta la somme nécessaire, et je réparai la porte comme il se doit. J’écrivis ensuite à Monsieur L., qui se trouve à Moscou : il collecta auprès des ‘Hassidim de là-bas la somme que j’avais empruntée et la fit lui-même parvenir directement au prêteur. J’installai également autour du Tsiyoun un câble de fer garni de clous acérés, afin que nulle main étrangère n’y porte atteinte, à D.ieu ne plaise. J’aménageai de même une lumière perpétuelle au bureau du cimetière. Enfin, je m’entendis avec… Ch., qui me promit de veiller constamment sur le Ohel ; en échange, je lui promis d’en informer le Rabbi. »

Le destin des participants

« Tous ceux qui prirent part au transfert de la dépouille sacrée ont quitté ce monde au cours des dernières années. Rav Ts. K. et Rav M. K. reposent non loin du Tsiyoun du Rabbi Rachab, à quatre mètres environ. Se trouvent actuellement à Rostov, parmi les ‘Hassidim et les Temimim, Rav M. …

Que le mérite de notre maître le Rabbi nous soutienne, afin que nous méritions de nous retrouver dans la plénitude des joies avec le Rabbi Yossef Its’hak, et d’accueillir Machia’h notre juste libérateur, rapidement et de nos jours. »

Moscou rend hommage au « Tsadik de Léningrad » : le Rav Its’hak Kogan célèbre ses 80 ans

Moscou rend hommage au « Tsadik de Léningrad » : le Rav Its’hak Kogan célèbre ses 80 ans

Une soirée d’hommage exceptionnelle a réuni à Moscou une foule immense pour célébrer les 80 ans du Rav Its’hak HaCohen Kogan, figure légendaire du judaïsme soviétique surnommé le « Tsadik de Léningrad ». Entre la bénédiction émouvante du Grand Rabbin de Russie, le Rav Berel Lazar, la remise d’une Méguilat Esther vieille de plus de 150 ans et le témoignage bouleversant d’un rescapé du projet des enfants de Tchernobyl, la soirée a retracé huit décennies de Messirout Nefech et de Chli’hout.

 

 

 

Le Moscou juif d’aujourd’hui présente une réalité radicalement différente des périodes sombres qu’a traversées le judaïsme russe. La capitale, jadis épicentre de persécutions prolongées, s’affirme désormais comme le symbole vivant et vibrant d’une renaissance spirituelle et juive d’une ampleur exceptionnelle. C’est dans cette atmosphère historique, reflet du triomphe éclatant de la Messirout Nefech, qu’une foule considérable s’est rassemblée le 5 juillet 2026 – 20 Tamouz 5786 – pour une soirée d’hommage et de reconnaissance hors du commun.

Au centre de l’événement se tenait le parcours personnel et public de celui que l’on surnomme le « Tsadik de Léningrad » : le Rav Its’hak HaCohen Kogan, l’un des principaux artisans et pères fondateurs du monde de la Torah dans la Communauté des États indépendants durant les années les plus difficiles du régime soviétique. Ancien Refuznik et figure de proue du judaïsme clandestin de Léningrad, ingénieur dans un bureau d’études de sous-marins nucléaires soviétiques le jour, il maintenait dans l’ombre la flamme de la tradition juive, devenant Cho’het pour fournir de la viande cachère aux familles juives de la ville. Pour le public nombreux qui remplissait la salle, il ne s’agissait pas d’un simple anniversaire, mais d’un voyage fascinant à travers le temps, illustrant de manière tangible la puissance immense du lien d’un ‘Hassid avec le Rabbi.

« Je ne fête pas quatre-vingts ans, mais quarante »

Le fil conducteur de la soirée est né d’une définition saisissante donnée par le héros du jour lui-même, qui a déclaré à l’assistance qu’il ne célébrait pas quatre-vingts ans, mais quarante. Sa vie, a-t-il décrit, se divise en deux périodes distinctes : quarante années de vie en Russie soviétique, face à quarante années d’une vie nouvelle qui commença au moment où il eut le mérite de quitter le pays et d’arriver pour la première fois à la cour sainte, pour contempler le visage du Rabbi de Loubavitch.

Le public, captivé, a découvert les forces prodigieuses que le Rabbi a insufflées au Chalia’h, des forces qui firent de lui un canal de bénédiction pour la vie d’innombrables Juifs. Tout au long de la soirée fut déployée l’ampleur vertigineuse de son action à l’échelle mondiale : la création du quartier Shamir à Jérusalem pour les immigrants de Russie, le projet de sauvetage des enfants de Tchernobyl – une opération spectaculaire qui permit l’évacuation aérienne de centaines d’enfants de la zone contaminée vers Israël –, sa nomination comme membre d’Agoudat ‘Hassidei Habad en Union soviétique, le combat pour la restitution de la bibliothèque de Loubavitch, le retour entre des mains juives de la synagogue historique de Bolshaya Bronnaya – située à quelques pas de la place Rouge et qu’il dirige depuis 1992 –, sa fonction de Cho’het en chef du vaste réseau de Che’hita de Russie, ainsi que la restauration des lieux saints dans la bourgade de Loubavitch et dans les villes de Rostov et de Vitebsk.

La lettre du Rav Berel Lazar : un « fil triple » qui ne se rompt pas

L’événement, puissant et émouvant, a été honoré de la présence de hauts responsables gouvernementaux, de philanthropes et d’amis de la communauté, aux côtés de Chlou’him et de Rabbanim venus d’Israël et du monde entier. Le Grand Rabbin de Russie, le Rav Berel Lazar, qui se trouvait à ce moment-là en tournée d’inspiration auprès des communautés juives du Panama, a participé à distance d’une manière qui a profondément marqué les participants : sa bénédiction vidéo, chargée d’émotion, a été projetée sur les écrans de la salle.

Parallèlement, le Grand Rabbin de Russie a adressé une lettre de bénédiction éclairant la profondeur de leur lien. Il y raconte l’histoire de leur première rencontre, survenue à la suite d’une directive céleste limpide du Rabbi, qui lui remit de manière inattendue un billet d’un dollar destiné à la Tsedaka en Terre Sainte, alors même qu’il n’avait aucunement prévu de s’y rendre. L’itinéraire fut modifié, et cette rencontre historique déboucha sur une visite commune du quartier Shamir et sur une amitié éternelle, que la lettre décrit comme semblable à un « fil triple » qui ne se rompt pas.

Dans sa lettre, le Rav Lazar s’est attardé sur la signification de l’âge des Guevourot – quatre-vingts ans –, souhaitant que cette année nouvelle représente un renforcement de l’abondance, jaillissant comme une source qui ne cesse de croître. Il a relié cette idée au prénom du jubilaire, Its’hak, qui symbolise l’attribut de Guevoura de notre patriarche Its’hak et la capacité de donner encore et encore, au-delà de toute limite. Il a salué le dévouement sans compromis du Rav Kogan depuis ses premiers pas à Léningrad, à travers toutes les entreprises colossales qu’il a bâties, animé d’un Ahavat Israël brûlant et du cœur chaleureux d’un Cohen, ajoutant qu’il a toujours œuvré sans relâche pour chaque affaire de sainteté. Le Grand Rabbin a conclu par une bénédiction profonde de réussite et de santé solide, assortie d’un vœu particulièrement émouvant : qu’il mérite très bientôt de reprendre son service sacré de Cohen dans le troisième Beth Hamikdach.

Une Méguilat Esther de plus de 150 ans, héritière du Rabbi Maharach

Un moment d’élévation spirituelle a été enregistré lorsque le Rav Kogan s’est vu remettre un cadeau d’une rareté exceptionnelle : une Méguilat Esther ancienne, âgée de plus de 150 ans. Merveilleusement conservée et rigoureusement cachère, la Méguila a été copiée avec une grande précision d’après celle du Rabbi Maharach de Loubavitch, de mémoire bénie. Au-delà de la beauté singulière de l’écriture, qui reflète la tradition de l’Admour Hazaken, la Méguila porte en elle un lien historique profond avec la région de Vitebsk et l’héritage Habad, faisant d’elle un présent d’une immense valeur spirituelle pour le jubilaire.

Le point culminant de la soirée, qui a arraché des larmes d’émotion à de nombreux participants, est survenu par surprise. Immédiatement après la projection d’un film bouleversant consacré au projet des enfants de Tchernobyl, le Rav de Bichkek, le Chalia’h Rav Aryeh Reichman – lui-même rescapé de cette héroïque opération de sauvetage – est monté sur scène. La voix étranglée par les larmes, il s’est tourné vers le Rav Kogan et a déclaré : « Le judaïsme que tu m’as donné, je le transmets aujourd’hui à encore plus d’enfants juifs ! » Dans un bouclage de boucle saisissant, le Rav Reichman a offert au Rav Kogan un cadeau unique : le privilège de donner le prénom juif et de réciter la bénédiction sur le vin lors de la Brit Mila d’un garçon de 11 ans de sa communauté, circoncis le matin même.

Un Farbrenguen ‘hassidique pour clore une soirée historique

La soirée, portée par un souffle d’élévation, s’est achevée par un Farbrenguen ‘hassidique entraînant, insufflant parmi les participants un esprit de connexion et d’action, le regard tourné avec espoir vers la poursuite de l’élan de développement et de la diffusion des sources en Russie.

La production exceptionnelle de l’événement, qui a su traduire le profond message spirituel en une expérience visuelle parfaite et émouvante, a été réalisée par la petite-fille du jubilaire, la productrice générale et Chlou’ha Mme Musy Gechtman, avec les contenus visuels de MF Multimedia Productions et le design et la charte graphique méticuleux de Schneur Cortes.

Quatre-vingts ans après sa naissance dans le Léningrad d’après-guerre, et quarante ans après sa première rencontre avec le Rabbi, le « Tsadik de Léningrad » demeure le témoignage vivant qu’aucun rideau de fer ne peut arrêter la lumière de la Torah.

Du bureau d’études des sous-marins nucléaires au judaïsme clandestin

Né en 5706 (1946) dans le Léningrad de l’après-guerre, descendant d’une famille Habad, Its’hak – « Izia » – Kogan grandit dans la Russie soviétique où toute pratique religieuse expose à la répression. C’est à Léningrad qu’il opère son retour aux sources, rapproché du judaïsme par le ‘Hassid Rav Avraham Medalia. Ingénieur de formation, employé dans le bureau d’études d’une usine de sous-marins nucléaires soviétiques, il mène une double vie : fonctionnaire modèle en surface, pilier du judaïsme clandestin dans l’ombre. Dès la fin des années 1970, il compte parmi les principaux activistes de Habad à Léningrad.

Autour de lui se développe une communauté de jeunes qu’il rapproche du judaïsme : des dizaines d’entre eux se mettent à observer les Mitsvot et à étudier la Torah au péril de leur liberté, avant de devenir eux-mêmes des relais œuvrant à renforcer d’innombrables Juifs sur les chemins du judaïsme et de la ‘Hassidout. Parmi ses proches disciples de l’époque figure le Rav Moché Asman, aujourd’hui Grand Rabbin d’Ukraine. Devenu Cho’het pour fournir de la viande cachère aux familles juives, il enseigne la Che’hita à plusieurs jeunes, formant ainsi une nouvelle génération de Cho’hatim à Léningrad. Refuznik notoire, il attendra quatorze longues années son visa de sortie.

Shamir, les enfants de Tchernobyl et le retour en Russie

Après sa Alya en 5748, le Rav Kogan déploie son énergie au sein de l’organisation Shamir au service des immigrants de Russie – il fait construire des logements pour les nouveaux arrivants et organise pour eux la nourriture cachère – ainsi que dans le cadre du projet des enfants de Tchernobyl et d’Agoudat ‘Hassidei Habad de la Communauté des États indépendants. C’est lui qui négocie avec diplomates et philanthropes pour permettre l’évacuation aérienne spectaculaire de centaines d’enfants de la zone contaminée vers Israël, après la catastrophe nucléaire.

En 5751, avec la bénédiction du Rabbi, il retourne en Russie et y accomplit l’une des œuvres de sa vie : la restitution à la communauté juive de la synagogue historique Bolshaya Bronnaya, à quelques pas de la place Rouge, qu’il transforme en un immense centre juif, aujourd’hui l’un des cœurs battants du judaïsme moscovite. Membre de la délégation spéciale pour le sauvetage des livres de nos saints Rabbanim retenus dans la bibliothèque Lénine, il siège au comité fondateur d’Agoudat ‘Hassidei Habad de la CEI, dont il est nommé vice-président en 5759. Il assume également la fonction de Cho’het en chef du vaste réseau de Che’hita de Russie.

« Insoumis » : porter l’histoire du Rabbi précédent à l’écran

En 5766, le Rav Kogan produit en langue russe le film « Insoumis » (Bilti Ni’hna), consacré à l’arrestation et à la libération du Rabbi précédent, le Rabbi Rayats. Pour les besoins du tournage, il obtient des autorisations exceptionnelles pour filmer à l’intérieur même de la prison de Chpalerka, à Saint-Pétersbourg, où le Rabbi Rayats fut incarcéré en 1927. Plusieurs autres films en russe ont été consacrés à son propre parcours, parmi lesquels « Les enfants de Tchernobyl », « Corbeau blanc », « Les ‘Hassidim allument des lumières » et « Rav ». Fait remarquable : lorsqu’une société hollywoodienne voulut produire un film sur sa vie, le Rabbi répondit par la négative, au motif qu’après la signature du contrat, la société n’aurait plus été tenue de soumettre le contenu à validation.

Aux côtés des soldats de Tsahal, de la deuxième guerre du Liban aux « Épées de fer »

L’engagement du Rav Kogan ne s’est jamais limité à la Russie. Lors de la deuxième guerre du Liban, il se mobilise pour réjouir les Juifs du nord d’Israël et les milliers de soldats déployés à la frontière ; à son initiative, trois Sifrei Torah sont introduits dans les bases de Tsahal du nord du pays. Pendant la guerre des « Épées de fer », il fait de nouveau entrer de nombreux Sifrei Torah dans les bases de l’enveloppe de Gaza, met les Tefilines aux soldats, les encourage sans relâche et, fidèle au cœur chaleureux du Cohen qui l’anime, les bénit de la Birkat Cohanim.

Quatre-vingts ans après sa naissance dans le Léningrad soviétique, le « Tsadik de Léningrad » demeure la preuve vivante qu’aucun rideau de fer ne peut arrêter la lumière de la Torah – et que la bénédiction du Rabbi accompagne son Chalia’h à chaque étape du chemin.

 

 

Portrait du Rav Avraham ‘Haïm Naé (1890-1954), l’homme qui fixa les Chiourim de la Torah

Portrait du Rav Avraham ‘Haïm Naé (1890-1954), l’homme qui fixa les Chiourim de la Torah

Ce jour de 20 Tamouz marque la Hilloula du Rav Avraham ‘Haïm Naeh, auteur des ouvrages fondamentaux « Ketsot HaChoul’hane » et « Chiourei Torah ». À l’occasion de cette date, nous présentons les grandes lignes de la vie de ce décisionnaire d’exception qui établit avec précision les mesures des Mitsvot et dirigea avec un dévouement exemplaire les affaires du Colel Habad en Terre Sainte. Il jouissait d’une estime immense de la part de nos Rabbis et des plus grands décisionnaires de sa génération.

 

 

 

Les étapes de sa vie et son action publique

Le Rav Avraham ‘Haïm Naeh naquit le 13 Iyar 5650 (1890) dans la ville sainte de ‘Hévron. Son père, le Rav Mena’hem Mendel Naeh, comptait parmi les dirigeants de la Yechiva « Maguen Avot » et parmi les ‘Hassidim Habad les plus éminents de Terre Sainte.

Dès sa jeunesse, il se distingua par une assiduité extraordinaire à l’étude. Il fréquenta les prestigieuses Yechivot de ‘Hévron et de Jérusalem, où il reçut l’ordination rabbinique des plus grands Rabbanim de l’époque. En 5672 (1912), il partit en mission au nom du Rabbi Rachab vers la ville de Samarkand, en Boukharie. Il y œuvra au sein de la communauté juive locale, y diffusa la Torah et s’employa à consolider les remparts de la religion. C’est durant cette période qu’il composa, à l’intention des membres de la communauté, son premier ouvrage halakhique, le fascicule « ‘Hanokh LaNaar », consacré aux lois et coutumes des Téfilines et de la Bar Mitsva.

De retour en Terre Sainte, il épousa en 5674 (1914) son épouse, Mme Dvora, fille de l’homme d’affaires ‘hassidique Rav Chaoul Its’hak Fenigstein, et s’installa dans le quartier des Batei Ungarin à Jérusalem. Lorsque éclata la Première Guerre mondiale, sa nationalité russe lui valut d’être expulsé par les autorités turques vers l’Égypte. Là encore, il ne resta pas inactif : il œuvra à la fondation d’une Yechiva destinée aux réfugiés juifs, jusqu’à ce que les combats s’apaisent et qu’il puisse regagner Jérusalem.

Secrétaire du tribunal rabbinique et dirigeant du Colel Habad

Au cours de sa vie en Terre Sainte, il eut le mérite d’occuper des fonctions publiques de premier plan. Il fut nommé secrétaire du tribunal rabbinique (Safra DeDayana) de la Éda ‘Harédite de Jérusalem, charge qu’il exerça avec une droiture et une fidélité hors du commun. En 5698 (1938), le Rav Naeh traversa une douloureuse épreuve personnelle : il perdit son épouse et demeura seul pour élever ses enfants. Accaparé le jour par son exigeante activité publique, il consacrait les heures tardives de la nuit à la rédaction assidue de ses monumentaux ouvrages halakhiques.

Parallèlement à son travail au tribunal rabbinique, il se trouvait au cœur de l’action des ‘Hassidim Habad en Terre Sainte. Il siégea durant de longues années au comité de direction, puis assuma la direction du Colel Habad, aux côtés de son collègue le Rav Azriel Zelig Slonim. Dans cette fonction, il entretenait un contact régulier avec le Rabbi précédent, le Rabbi Rayats, et gérait avec une responsabilité et une rigueur remarquables la répartition des ressources et des aides destinées aux familles des ‘Hassidim, en ces temps de pénurie et de privations.

L’œuvre d’une vie : le « Ketsot HaChoul’hane » et la controverse des mesures

C’est avant tout grâce à ses ouvrages remarquables que le Rav Naeh acquit sa renommée dans le monde de la Torah. Son ouvrage fondamental, le « Ketsot HaChoul’hane », accompagné de son commentaire « Badei HaChoul’hane », naquit de la volonté de rendre accessibles les décisions profondes du Choul’han Aroukh de l’Admour Hazakène, sous une forme claire, ordonnée et adaptée, sur le plan halakhique comme pratique, aux réalités de l’époque et à la vie quotidienne. Nos Rabbis exprimèrent une estime immense pour cet ouvrage et soulignèrent l’importance de son étude.

À ses côtés, son ouvrage révolutionnaire « Chiourei Torah » suscita une controverse halakhique historique qui ébranla l’ensemble du monde de la Torah. Le Rav Naeh y définit avec une précision extrême les mesures et quantités requises pour les Mitsvot, telles que le Kazayit, le volume de la coupe de bénédiction ou la contenance du Mikvé, selon la méthode de l’Admour Hazakène et du Rambam. Pour ce faire, il procéda à des mesures concrètes de poids et de pièces de monnaie anciennes, comme le « dirham », encore en usage à son époque. Cette méthode se retrouva au centre d’un débat halakhique intense face à celle du ‘Hazon Ich, une controverse qui demeure jusqu’à ce jour l’un des axes majeurs du monde de la Halakha.

Le 20 Tamouz 5714 (1954), à l’âge de 64 ans, le Rav Avraham ‘Haïm Naeh quitta ce monde. Il fut inhumé au cimetière de Har HaMenou’hot à Jérusalem, laissant derrière lui un héritage halakhique prestigieux qui accompagne le monde de la Torah et les ‘Hassidim Habad jusqu’à ce jour.