les filles de Jérusalem sortaient danser dans les vignes : pourquoi Tou Beav est le plus grand jour de joie d’Israël
Quelques jours après le deuil de Ticha Beav, le calendrier juif bascule vers l’une de ses journées les plus lumineuses. Le quinze du mois d’Av, les filles de Jérusalem sortaient danser dans les vignes, vêtues de blanc et toutes égales, tandis qu’Israël célébrait de multiples raisons de se réjouir. Derrière un geste en apparence anodin, l’arrêt de la coupe du bois pour l’autel, se cache pourtant le secret le plus profond de cette joie.
Rav Menahem Altabé
Un jour de joie né au lendemain du deuil
Il y a quelques jours, nous avons observé Ticha Beav, le neuvième jour du mois d’Av, date de la destruction du premier et du second Temple. Aujourd’hui, nous célébrons Tou Beav, le quinzième jour de ce même mois, un grand jour de joie. La Michna enseigne qu’il n’y eut pas de plus beaux jours pour le peuple d’Israël que le quinze Av et Yom Kippour : ces jours-là, les filles de Jérusalem sortaient danser dans les vignes, et celui qui n’avait pas encore d’épouse s’y rendait pour trouver la sienne. Elles ne dansaient pas parce que c’était un jour de joie ; c’est au contraire parce que ce jour rayonnait déjà de joie que les jeunes filles allaient danser.
Pourquoi une telle joie ? Le Talmud en donne plusieurs raisons, que nous allons parcourir.
Les Juifs cessent de mourir dans le désert
Lorsque les enfants d’Israël sortirent d’Égypte, avant d’entrer en Terre sainte, ils demandèrent que l’on envoyât des explorateurs. Ceux-ci revinrent en affirmant que le pays était peuplé de géants trop puissants pour être vaincus, et le peuple se mit à pleurer, persuadé de ne jamais pouvoir entrer en Terre d’Israël. Cela se produisit le neuf Av. Ce jour-là, D.ieu décréta que cette génération resterait quarante ans dans le désert et que les six cent mille hommes âgés de vingt à soixante ans y mourraient.
Chaque année, quinze mille d’entre eux périssaient. La veille du neuf Av, chacun creusait sa tombe, s’y étendait pour dormir sans savoir s’il se réveillerait, et au matin quinze mille hommes étaient morts tandis que les autres demeuraient en vie. La quarantième année, il ne restait plus que quinze mille hommes voués à mourir. Ils descendirent dans leurs tombes le neuf Av, et se réveillèrent vivants le lendemain, puis chaque matin suivant. Ils crurent d’abord s’être trompés dans le calcul du calendrier, mais lorsqu’ils virent la pleine lune du quinze Av, ils comprirent que D.ieu les avait épargnés.
Les filles héritières libres d’épouser toutes les tribus
Lorsque les enfants d’Israël entrèrent en Terre sainte, afin d’éviter tout mélange des territoires entre les tribus, une fille sans frère, qui héritait donc de son père, ne pouvait se marier qu’au sein de sa propre tribu. Si une héritière de la tribu de Réouven épousait un homme de la tribu de Chimon, le territoire de Réouven passait à celui de Chimon. C’est la raison pour laquelle toutes les filles sans frère devaient se marier uniquement à l’intérieur de leur tribu.
Un autre décret pesait sur la tribu de Binyamin. À la suite des faits rapportés dans le livre des Juges, aux chapitres dix-neuf et vingt, les enfants d’Israël s’étaient engagés à ne pas donner leurs filles en mariage aux hommes de cette tribu. Des années plus tard, un quinze Av, ces deux décrets furent abolis : désormais, les filles d’Israël pouvaient s’unir à toutes les tribus, y compris à celle de Binyamin. Un jour de joie.
La route de Jérusalem à nouveau ouverte
Pour comprendre la raison suivante, il faut se souvenir de David, de son fils Salomon, puis de son petit-fils Re’havam, qui régna après lui. À la suite d’un différend, dix tribus se séparèrent pour suivre un autre roi, Yérovam, ne laissant que deux tribus attachées à la dynastie de David à Jérusalem.
Or la Torah ordonne de monter trois fois par an à Jérusalem, où régnait la lignée de David. Craignant que ses sujets, en montant à la ville, ne se rallient à l’autre roi, Yérovam fit dresser des barrages sur les routes pour empêcher le peuple d’y accéder. Bien des années plus tard, l’un de ses descendants, Ochéa ben Éla, retira ces barrages et proclama que quiconque le désirait pouvait de nouveau monter à Jérusalem. C’était un quinze Av.
Les morts de Bétar enfin ensevelis
Cinquante-deux ans après la destruction du Temple, Bar Kokhba se révolta contre les Romains. Ceux-ci dépêchèrent une armée immense, assiégèrent Jérusalem, puis poursuivirent le siège de la ville de Bétar, où Bar Kokhba et ses hommes s’étaient réfugiés. Après trois ans et demi, la ville tomba entre les mains des Romains.
Non contents de leur victoire, ceux-ci refusèrent d’ensevelir les morts. Leur chef, Adrianos, fit même dresser les corps en clôture autour de son domaine. Ce n’est que bien des années plus tard, un quinze Av, qu’un autre dirigeant accorda enfin l’autorisation de les enterrer ; et l’on découvrit alors que les corps ne s’étaient pas décomposés. Là encore, un motif de joie.
Le jour où l’on brisait les haches
Nous arrivons à l’opinion sur laquelle nous nous arrêterons aujourd’hui, celle de Rabba et de Rav Yossef. Selon eux, la raison essentielle de la joie du quinze Av tient à ce que, ce jour-là, on cessait de couper le bois destiné au Mizbéa’h, l’autel sur lequel étaient offerts les sacrifices. À partir du quinze Av, le soleil décline et perd de sa force ; le bois coupé ensuite conserve davantage d’humidité et risque d’être atteint de vers, ce qui le rend impropre à l’autel. L’achèvement de cette grande Mitsva était un motif de réjouissance.
Ce jour où l’on cessait de couper le bois était si important qu’on lui donna un nom particulier : Yom Tevar Maguel, le jour où l’on brisait les haches qui servaient à couper le bois.
La véritable raison : réparer la haine gratuite
Récapitulons. Les Juifs furent épargnés la dernière année et quinze mille hommes restèrent en vie ; les filles d’Israël purent épouser toutes les tribus ; le peuple put de nouveau monter à Jérusalem ; les morts de Bétar furent enfin ensevelis. Autant de raisons de se réjouir. Mais la raison présentée comme essentielle, l’arrêt de la coupe du bois, paraît à première vue bien modeste pour justifier une si grande joie, d’autant qu’on cessait de couper le bois simplement parce qu’il n’était plus possible de le faire. Pourquoi en faire tout un événement, au point de briser les haches et de donner à ce jour un nom singulier ? Détruire des outils que D.ieu nous a donnés n’est d’ailleurs pas anodin.
L’explication est la suivante : le quinze Av vient réparer le neuf Av. Le premier et le second Temple furent détruits à cause de la haine gratuite, la sinat ‘hinam. Les Juifs étudiaient la Torah et pratiquaient la charité, mais l’amour manquait, et la haine gratuite régnait. Lorsque vient le quinze Av, on vient réparer ce qui s’est produit le neuf Av et corriger la cause même de la destruction : en ajoutant dans l’amour gratuit, et en faisant tout pour que le Temple soit reconstruit.
Couper du bois, un acte d’amour du prochain
C’est précisément ce qu’exprimait la coupe du bois pour l’autel. Celui qui coupait ce bois ne l’offrait pas pour son propre sacrifice, mais pour que d’autres s’en servent, y compris pour les sacrifices communautaires et même pour des Juifs qu’il ne connaissait pas et qui ignoraient l’identité du donateur. On retrouve ici le degré le plus élevé de la Tsedaka, celui où le donateur ignore à qui il donne et le bénéficiaire ignore de qui il reçoit. Même celui qui apportait un sacrifice expiatoire recevait ce bois de tout cœur.
Et lorsque venait le quinze Av, ce bois prenait une valeur bien plus grande, car il devenait difficile à trouver ; l’offrir malgré tout constituait un acte d’amour du prochain extraordinaire. Cette charité se prolongeait d’ailleurs sur plusieurs mois, car jusqu’au mois de Nissan on ne pouvait plus couper de bois : chaque jour, d’autres Juifs bénéficiaient du bois déjà coupé et offert.
Briser le fer pour bâtir l’éternel
De là découle un second enseignement. Selon le Rambam, le but essentiel de la construction du Temple est de disposer d’un lieu où offrir les sacrifices. Or, en offrant du bois, on rend précisément ce service possible. Ainsi la cause de la destruction, la haine gratuite, se trouve annulée par l’amour du prochain, et s’ouvre la possibilité de bâtir le Temple et de lui faire accomplir sa fonction. C’est l’unité du peuple juif, la a’hdout, qui se trouve tout particulièrement soulignée dans ce service.
Voilà aussi pourquoi l’on brisait les haches. La Michna enseigne qu’aucun fer ne devait paraître dans le Temple, car le fer fut créé pour raccourcir la vie de l’homme, tandis que l’autel fut créé pour la prolonger : deux réalités contradictoires. Lorsque vient un jour où l’on ajoute dans l’union entre les Juifs et où l’on fait tout pour que le Temple existe, toutes les forces négatives s’effacent. Tant que la hache sert le Temple, on la conserve ; dès qu’elle ne sert plus, on en retranche la part négative. En brisant la hache, on annule la possibilité même de la destruction du Temple. Telle est la force de l’union d’Israël, qui fait exister le Temple pour l’éternité.
Toutes égales dans la ronde
C’est la raison pour laquelle, ce jour-là, les filles de Jérusalem sortaient danser ensemble. Toutes les catégories s’y mêlaient : les belles et les moins belles, les filles de familles nobles et celles de familles simples, sans aucune différence. Elles se vêtaient toutes d’une même couleur, un blanc neutre, égal pour toutes.
Bien plus, chacune empruntait le vêtement d’une jeune fille de rang inférieur au sien, afin que nulle ne fût embarrassée. La fille du roi revêtait l’habit blanc de la fille du Cohen Gadol, le grand prêtre ; la fille du grand prêtre, celui de la fille du Segan, son adjoint ; et ainsi de suite, jusqu’à la fille d’un simple Juif. Chacune partageait avec l’autre : c’était le jour de l’unité par excellence.
La ronde des justes autour de D.ieu
Cela correspond à la conclusion que le Talmud enseigne dans le traité Taanit : D.ieu formera une ronde pour tous les justes, tous les Tsadikim, car tous les Juifs sont justes dans le Gan Eden. La ronde exprime l’idée que nul n’est ni au commencement ni à la fin : tous sont exactement égaux, et D.ieu se tiendra au milieu. On pourra alors briser tout le négatif, briser le fer, briser tout ce qui abîme la vie ; au contraire, ce sera une longue vie, la résurrection, la vie éternelle offerte à tous.
Comme l’enseigne la Michna, on dira à ce moment-là : « Voici », et l’on pourra montrer D.ieu du doigt au sein de cette ronde, en Le désignant comme Celui que l’on a espéré jusqu’à présent.
Le Talmud conclut : à partir de Tou Beav, celui qui ajoute dans l’étude de la Torah, en particulier la nuit, D.ieu lui accorde une longue vie. Puisse-t-elle être donnée à chacun, une longue vie en bonne santé, avec tout le nécessaire, et puissions-nous très prochainement accomplir la parole du prophète et monter à Jérusalem avec Machia’h.
Sept raisons pour lesquelles le 15 Av est considéré comme un jour de fête
לא היו ימים טובים לישראל
כחמישה עשר באב וכיום הכפורים
« Il n’y avait pas de jours meilleurs pour Israël
que le 15 Av et Yom Kippour »
Avant la destruction du Temple, le 15 Av était un ‘jour de fête’, comme il est dit dans le Talmud (Taanit 31) : « Rabbi Shimon ben Gamliel a dit : Il n’y avait pas de jours meilleurs pour Israël que le 15 Av et Yom Kippour, car en ces jours les filles de Jérusalem sortaient vêtues de blanc emprunté, afin de ne pas faire honte à celles qui n’en avaient pas, et les filles de Jérusalem sortaient et dansaient dans les vignes, et que disaient-elles ? ‘Jeune homme, lève donc tes yeux et regarde ce que tu choisis ! Ne fixe pas ton regard sur la beauté, mais sur la famille. La grâce est trompeuse et la beauté est vaine, la femme qui craint l’Éternel est celle qui sera louée.' »
En ces jours-là, comme mentionné, on observait la coutume d’un ‘jour de fête’. La saison de la moisson était terminée, le grain avait déjà été rassemblé dans les granges, les fruits aussi avaient été cueillis et stockés dans les entrepôts, et avec gratitude, nos ancêtres étaient maintenant libres de se consacrer à l’étude de la Torah, jour et nuit, comme le dit la Guemara dans le traité Taanit : « À partir de maintenant, celui qui ajoute – ajoutera », et Rashi explique : « Celui qui ajoute des nuits aux jours pour s’engager dans la Torah – ajoutera de la vie à sa vie. »
Depuis la destruction du Temple, on observe le 15 Av comme un demi-jour de fête et on ne dit pas de Tahanun (prières de supplication). C’est un jour approprié pour se réunir et prendre de bonnes résolutions – pour ajouter à l’étude de la Torah, pour ouvrir de nouvelles classes d’étude et renforcer celles qui existent.
Les sept raisons pour lesquelles le 15 Av est considéré comme un jour de fête
1 – « Rabbi Shimon ben Gamliel a dit : Il n’y avait pas de jours meilleurs pour Israël que le 15 Av et Yom Kippour, car en ces jours les filles de Jérusalem sortaient vêtues de blanc emprunté, afin de ne pas faire honte à celles qui n’en avaient pas. » (Taanit 30b, Baba Batra 121a).
2 – « Rav Yehuda a dit au nom de Shmuel : C’est le jour où les tribus ont été autorisées à se marier entre elles » (Taanit ibid).
- C’est le jour où les tribus ont été autorisées à se marier entre elles, car depuis l’époque de Moïse, une fille héritant d’une propriété de la tribu de son père ne pouvait se marier qu’à un homme de sa tribu, afin que l’héritage ne passe pas d’une tribu à une autre, et le 15 Av, cela a été autorisé.
3 – « Rav Yossef a dit au nom de Rav Nahman : C’est le jour où la tribu de Benjamin a été autorisée à entrer dans l’assemblée » (Taanit ibid).
- À l’époque de la concubine de Guivea (Juges 19-21), les Israélites avaient juré à Mitzpa en disant (ibid. 21:1) : « Aucun d’entre nous ne donnera sa fille en mariage à Benjamin », en raison de la honte que Benjamin avait causée avec la concubine de Guivea. Ces deux interdictions, bien qu’elles aient été faites selon la Torah et le commandement, étaient difficiles pour Israël, c’est pourquoi ils ont eu une grande joie le jour où elles ont été levées.
4 – « Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yohanan : C’est le jour où ceux qui devaient mourir dans le désert ont cessé de mourir » (Taanit ibid).
- Les 600 000 Israélites sur lesquels avait été décrété « Dans ce désert ils périront et y mourront » (Nombres 14:35), et 15 000 d’entre eux mouraient chaque 9 Av. Les 15 000 derniers ont aussi creusé leurs tombes et s’y sont couchés la nuit du 9 Av, mais Dieu leur a pardonné car ils étaient les derniers et ont été séparés pour la vie. Cependant, le matin du 9 Av, quand ils se sont levés, ils ne savaient pas encore qu’ils avaient été séparés pour la vie et pensaient qu’ils s’étaient peut-être trompés dans le calcul, alors ils sont retournés dans leurs tombes pendant encore cinq nuits. Quand le 15 Av est arrivé et qu’ils ont vu la pleine lune, ils ont compris que le décret avait été annulé pour eux et ils ont fait du 15 Av un jour de fête (Midrash Eicha et Baba Batra 121b).
5 – « Ulla a dit : C’est le jour où Hoshea ben Ela a supprimé les postes de garde que Jéroboam ben Nevat avait placés ».
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Après la division du royaume d’Israël, Jéroboam ben Nevat, premier roi du royaume du Nord, craignait que ses sujets ne restent fidèles à Jérusalem. Pour consolider son pouvoir, il établit des centres de culte alternatifs à Dan et Béthel, et plaça des barrages sur les routes menant à Jérusalem pour empêcher les pèlerinages.
Cette action eut des conséquences graves, creusant le fossé religieux et culturel entre les royaumes du Nord et du Sud. Des générations plus tard, Hoshea ben Ela, dernier roi du Nord, supprima ces barrages le 15 Av.
Cet acte symbolisa une réunification spirituelle, permettant aux gens de reprendre librement le pèlerinage à Jérusalem. Le 15 Av devint ainsi un jour de célébration, marquant la restauration de la liberté de culte et la possibilité de guérir les anciennes divisions au sein du peuple juif.
6 – « Rav Matana a dit : C’est le jour où les morts de Beitar ont été autorisés à être enterrés » (ibid).
- Cette raison fait référence à un épisode tragique de l’histoire juive, connu sous le nom de la chute de Beitar. Beitar était une forteresse juive qui a été le dernier bastion de la révolte de Bar Kokhba contre l’Empire romain, sous le règne de l’empereur Hadrien, en l’an 135 de notre ère.
Après un siège prolongé, les Romains ont finalement pris Beitar. La répression qui a suivi a été extrêmement brutale. Des milliers de Juifs, y compris des femmes et des enfants, ont été massacrés.
Le décret d’Hadrien : Dans un acte de cruauté supplémentaire, l’empereur Hadrien a décrété que les corps des Juifs tués ne devaient pas être enterrés. C’était une punition particulièrement sévère dans la tradition juive, où l’enterrement rapide est considéré comme un acte de respect et de dignité envers les morts.
Sept années d’attente : Pendant sept ans, les corps sont restés sans sépulture, ce qui était une source de grande détresse pour la communauté juive survivante.
Le nouveau décret : Après sept ans, un nouveau dirigeant romain (probablement Antonin le Pieux, successeur d’Hadrien) est monté sur le trône. Il a annulé le décret d’Hadrien et a permis l’enterrement des victimes de Beitar.
Le miracle : La tradition rabbinique rapporte que malgré les sept années d’exposition, les corps n’avaient pas décomposé, ce qui a été considéré comme un miracle.
Le 15 Av : L’autorisation d’enterrer les morts a été donnée le 15 du mois d’Av, ce qui a ajouté une signification supplémentaire à cette date dans le calendrier juif.
7 – « Rabba et Rav Yossef ont tous deux dit : C’est le jour où ils ont cessé de couper du bois pour l’autel » (Taanit ibid).
- Car ils coupaient du bois pour alimenter le feu de l’autel dans le Temple, et ils le faisaient pendant toute la période estivale jusqu’au 15 Av, car à partir du 15, la force du soleil diminue, et il ne sèche pas rapidement le bois coupé, et des vers y entrent et le rendent impropre pour l’autel. Par conséquent, le jour où ils accomplissaient cette mitzva, ils en faisaient un jour de joie et l’appelaient ‘le jour de la rupture de la faucille’ – c’est-à-dire le jour où l’on brisait les faucilles et les haches.
- La raison pour laquelle ils en ont fait un jour de fête le jour de l’achèvement de la coupe du bois : Parce que maintenant ils pouvaient se consacrer davantage à l’étude de la Torah, n’étant plus occupés à couper du bois (Rabbenu Gershom Meor HaGolah Baba Batra 121b s.v. Yom ShePasku).
- Parce que ce jour-là, ils accomplissaient une si grande mitzva, et l’accomplissement d’une mitzva est une cause de joie (Rashbam ibid 121b s.v. Birkat HaTov VeHaMeitiv MiNisan).
Maamarim du Rabbi du 15 Av 5738 et 5723 – Etude sur texte du Rav Levi Azimov
La Plénitude du 15 Av : Lumière, Action et Confiance Divine
Au cœur de la pensée hassidique, les dates du calendrier ne sont pas de simples repères temporels, mais des vecteurs d’énergie spirituelle. L’étude des discours (Maamarim) prononcés par le Rabbi de Loubavitch le 15 Av (notamment lors des années 5738 et 5723) dévoile une architecture spirituelle complexe. Celle-ci lie la destruction à la plénitude, analyse le rapport entre la théorie et la pratique, et redéfinit la nature de la confiance absolue en D.ieu.
1. Le 15 Av : L’Élévation Suprême Après la Descente
Le 15 du mois hébraïque correspond toujours à la pleine lune, symbolisant l’apogée spirituelle du cycle mensuel. Cependant, le 15 Av (Tou BeAv) possède une dimension unique et inégalée, car il succède directement au 9 Av (Ticha BeAv), le point spirituel et historique le plus bas, marqué par la destruction des Temples.
Dans la philosophie hassidique, une chute (la Irida) n’existe que pour permettre une élévation ultérieure (la Aliya). Plus la chute est vertigineuse et abrupte, plus le rebond spirituel qui s’ensuit est transcendant. L’intense obscurité du 9 Av n’est donc pas une fin en soi, mais le terreau nécessaire à la révélation lumineuse et immédiate du 15 Av. Cette dynamique explique pourquoi les Sages considèrent le 15 Av comme l’un des jours les plus joyeux de l’année : c’est le moment où la lumière jaillit de l’obscurité la plus dense.
2. Le Paradoxe du Chema Israël : L’Étude ou l’Action ?
L’analyse de ces discours se penche ensuite sur une subtilité frappante entre les deux premiers passages de la prière fondamentale du Chema Israël. L’ordre dans lequel l’étude de la Torah et l’accomplissement des actions (les Mitzvot) sont mentionnés y est inversé :
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Le premier passage (La Fondation) : L’injonction d’étudier (« Tu les inculqueras à tes enfants ») précède celle de l’action (« Tu les lieras comme un signe sur ton bras »). La chronologie est ici logique et préparatoire : l’étude forge la conscience, éclaire l’esprit et donne les instructions nécessaires pour agir correctement.
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Le second passage (L’Accomplissement) : La dynamique s’inverse. L’action concrète est mentionnée avant l’enseignement. Cette inversion révèle la supériorité ultime de l’action.
Si l’étude engage l’intellect (un domaine déjà immatériel et noble), l’action physique, elle, transforme et purifie la matière brute du monde. L’action accomplit le dessein divin originel : faire résider la spiritualité directement dans le monde matériel (Dirah B’Tachtonim). L’étude trace le chemin, mais seule l’action concrétise l’élévation du monde.
3. La Manne et le Pain : La Leçon de la Dépendance Divine
La dernière réflexion du Maamar oppose le pain terrestre, fruit de la nature, à la Manne céleste accordée dans le désert.
| Caractéristique | Pain Terrestre | Manne Céleste |
| Origine | Processus long (semer, récolter, moudre, cuire). | Don direct quotidien, sans effort agricole. |
| Pérennité | Se stocke sur le long terme (greniers). | Tombe chaque jour ; interdiction stricte de stocker pour le lendemain. |
| Ressenti | Rassasie physiquement de manière tangible. | Nourriture spirituelle laissant parfois une sensation de « faim » existentielle. |
Pourquoi interdire de conserver la Manne pour le lendemain ?
L’objectif divin était de forger le Bitachon (la confiance absolue). Recevoir sa subsistance au jour le jour obligeait la génération du désert à lever les yeux vers le ciel chaque matin, reconnaissant de manière tangible que chaque journée est un don renouvelé et que la survie dépend directement de la providence, et non de réserves accumulées.
Sur le plan kabbalistique, l’enseignement révèle que la Manne puise sa source dans un niveau divin insondable appelé Oneg Elyon (le Délice Suprême). Contrairement au pain qui subit de multiples filtres matériels, la Manne est une condensation directe de cette lumière spirituelle transcendante.
En résumé : Les enseignements du 15 Av nous invitent à regarder au-delà des apparences. L’obscurité d’une épreuve prépare toujours une lumière supérieure ; l’intellect et la théorie doivent impérativement aboutir à la transformation matérielle par l’action ; et nos efforts quotidiens, bien que nécessaires, doivent être soutenus par la conscience aiguë que notre véritable source de vie se renouvelle chaque matin.
Le Roi qui monte la garde devant votre porte : le pouvoir miraculeux de la Mezouza
Un enfant disparu dans la fournaise du désert est retrouvé sain et sauf à l’instant précis où deux Mezouzot manquantes sont enfin posées à la porte de sa mère. Autour de ce signe minuscule cloué au seuil se déploie un monde entier : le miracle révélé qui garde la maison, le Roi qui veille de l’extérieur, et l’art de faire vivre côte à côte deux vérités opposées. Voici une méditation sur la Mezouza, cette unique Mitsva que D.ieu n’a pas donnée pour Lui-même, mais pour nous.
Rav Shneor Ashkenazi
Un enfant retrouvé sous un arbre
Ce cours est dédié au mérite de l’enfant Yuval Kogan d’Ashkelon, 4 ans, retrouvé sain et sauf vendredi 10 Av, après 24 heures d’intenses recherches.
Ce jour-là, en début d’après-midi, entouré d’une pile de livres, j’implorais D.ieu de m’envoyer une idée pour ce cours, quelque chose qui touche le cœur et qui s’accorde à l’humeur brisée et tendue de ces jours-ci. Soudain, l’un de mes enfants s’écrie : « On a retrouvé Yuval ! On a retrouvé l’enfant ! »
Un jeune homme du nom de Noam Sim’hi, un Hassid Breslev, rentrait à cheval vers sa ferme. Après tant d’heures de recherches sous une chaleur de quarante degrés, il avait fini par renoncer. Voici que son cheval, sur le chemin du retour, subitement dévie de sa route ; et c’est alors que Noam aperçoit l’enfant, assis sous un arbre, attendant que ses parents viennent le chercher. Chacun se demandait : comment le cheval a-t-il su se tromper de route ? Qu’est-ce qui l’a poussé à dévier ?
Ce furent, bien sûr, les cris de la mère, les prières de tout le peuple d’Israël, le dévouement de ceux qui l’avaient cherché une nuit et un jour entiers. Mais il y avait encore autre chose.
Je reçois un message de mon ami, le Rav Moché Peles, Chalia’h à Ashkelon. Il connaît la mère de l’enfant. Ce vendredi, en début d’après-midi, il entre chez elle, décroche toutes les Mezouzot des portes, fait venir un scribe en pleine veille de Chabbat, au milieu de l’angoisse, pour les faire vérifier sur-le-champ. Deux Mezouzot manquaient : deux portes de la maison en étaient tout simplement dépourvues. On apporte des Mezouzot neuves. Il rassemble les voisins, lit avec eux les douze Psoukim que le Rabbi a institués pour les enfants d’Israël, ce « Ve’ahavta » que l’on connaît bien depuis Lag BaOmer. Puis il demande à la mère d’acheter pour l’enfant une lettre dans le Sefer Torah, ce rouleau si particulier réservé aux enfants d’Israël qui sera inauguré 10 jours plus tard, le 20 Av. Et à l’instant même où l’on achève la récitation des douze Psoukim, un cri éclate dans la maison : « la police a appelé ! On a retrouvé Yuval !! »
C’est là que j’ai su que je devais donner un cours sur la Mezouza. Si, précisément, je reçois un tel message au sujet de la Mezouza, alors c’est sur la Mezouza que je dois enseigner. Cela faisait de longues années que nous ne l’avions pas fait. Et rien n’y convient mieux : au mérite de l’enfant, pour qu’il grandisse vers la Torah, le dais nuptial et les bonnes actions ; en accord avec les sections de la semaine, Va’et’hanan comme Ekev, où il est écrit « et tu les inscriras sur les linteaux de ta maison » ; et pour une troisième raison encore.
Quarante jours avant que le monde soit
Cette semaine, nous célébrerons le 15 Av. Ce jour marque le début de la préparation aux Jours Redoutables, aux jours du jugement, à Roch Hachana et à Yom Kippour. Il est écrit que le Baal Chem Tov reçut de son maître céleste, le prophète A’hiya HaChiloni, l’un des premiers d’entre les prophètes qui se révélait à lui et lui enseignait la Torah, l’enseignement suivant : à partir du 15 Av, l’on se salue par les mots « que tu sois inscrit et scellé pour le bien ».
Pourquoi ? Parce que le 15 Av tombe quarante jours avant la conception du monde. Le monde fut créé le 25 Elloul ; quarante jours plus tôt, on commence donc à se préparer, avant même que D.ieu ne façonne et ne conçoive l’année à venir. Nous l’avons déjà évoqué, précisément dans la section Ekev : quarante jours, c’est le temps où se forme le germe. Tout ce qui suit n’est que développement de cette même chose déjà présente. C’est pourquoi l’on ne peut prier sur la nature de l’enfant à naître, garçon ou fille, que jusqu’au quarantième jour ; passé ce délai, c’est une prière vaine, car dès lors ne se forment plus que la tête, les mains et les jambes, mais ce sont déjà la tête, les mains et les jambes de ce même germe. Ces quarante jours, entre le 15 Av et le 25 Elloul, sont donc absolument déterminants : c’est le temps où D.ieu façonne le monde. Les hassidim ont ajouté, au fil des générations, que « 15 Av » a la même guématria que « Ktiva VeHatima Tova », 928. À chaque chose sa source ; tout s’accorde, aussi bien dans le sens que dans le calcul.
Le mois d’Elloul et l’examen des Mezouzot
Comment se prépare-t-on au mois d’Elloul, aux jours du jugement ? Il est écrit dans le Maté Efraïm, l’un des ouvrages majeurs sur les lois des Jours Redoutables, ces mots rapportés au nom d’un autre : « Les hommes d’action ont coutume, durant ce mois, d’examiner minutieusement l’accomplissement des commandements, de vérifier leurs Téfilines et leurs Mezouzot, et de réparer tout ce qu’ils y trouvent à corriger dans les autres Mitsvot ; c’est là une belle coutume. »
Le Maté Efraïm l’écrit clairement : durant le mois d’Elloul, on examine l’ensemble des Mitsvot, car c’est le mois de l’introspection générale, du bilan de toute l’année. L’homme vit avec un compte, avec une balance ; ce mois-là, il pèse toute son année. Mais il est frappant de constater que, de toutes les Mitsvot, ce qu’il détaille précisément, c’est « de vérifier leurs Téfilines et leurs Mezouzot ». Telle est la coutume d’Israël au mois d’Elloul : examiner les Téfilines et les Mezouzot. Puisque nous parlons du 15 Av, de l’écriture et de la signature bonnes, de la préparation à Roch Hachana et à Yom Kippour, il convient donc de parler de cette Mitsva et de la vertu immense de la Mezouza, qui veille sur la maison.
La six-cent-treizième Mitsva n’est pas comme les autres
Il faut savoir une chose. Nous avons l’habitude de dire six cent treize Mitsvot, mais ce n’est pas tout à fait exact. Il y a six cent douze commandements, et un commandement à part. Il y a six cent douze, et il y a la Mezouza. La Mezouza contre tout le reste. Pourquoi ? Parce que les six cent douze Mitsvot ont été données pour D.ieu. Nous les accomplissons parce que c’est ce qu’Il désire, parce qu’Il a un dessein : sanctifier ce monde. Une seule Mitsva est à l’inverse : elle a été donnée pour nous. Un seul commandement, parmi les six cent treize, n’a pas été destiné à Lui, mais à nous.
D.ieu nous a fait un cadeau, une récompense pour l’ensemble des commandements. Il a dit : « À présent, Je me tiens et Je veille sur vous. Vous Me servez par six cent douze Mitsvot ; en retour, Je vous donne un dispositif de protection, un dôme de fer, et Je me tiens hors de la maison, protégeant et abritant de toutes les épreuves. » Tout ce qui advient dans la maison se trouve inscrit dans la Mezouza.
Un miracle révélé, non un miracle caché
Le Beth Yossef l’écrit, et j’ai choisi de commencer précisément par lui, non par un passage hassidique, ni par le Zohar, ni par un midrach, car on ne peut être plus précis que lui. Le Beth Yossef écrit que la Mezouza est un miracle révélé, non un miracle caché. Il existe des miracles qui relèvent de la foi : longue vie, bonne santé, subsistance ; cela, on le croit. La Mezouza, on la voit de ses yeux. Chacun sait que tout problème survenu dans une maison se trouve, d’une manière ou d’une autre, lié à la Mezouza. Qu’il s’agisse de santé, de subsistance ou de paix domestique, on vérifie les Mezouzot, et l’on voit aussitôt le lien.
Je puis même rapporter une chose douloureuse survenue dans notre propre famille, après le décès de mon père. Mon père est parti en pleine route. Il se rendait sur la tombe de son propre père, le jour de la disparition de celui-ci, à Tibériade, au carrefour de Ganot. Au beau milieu d’une conversation avec le chauffeur, en un instant, son cœur s’est arrêté de battre : ce fut une mort par un baiser divin. Nous avons ensuite décroché toutes les Mezouzot de la maison pour les vérifier, et il y avait un défaut dans l’une d’elles, précisément dans les mots « et lorsque tu marches sur le chemin ». C’est dire à quel point la chose est réelle. Et de l’autre côté, on peut le voir aussi : la Mezouza influe sur la maison, elle façonne la maison. Pourquoi ? Parce que la Mezouza est un présent que D.ieu nous a donné ; Il se tient au-dehors et veille. Nous investissons tant dans les assurances santé, les assurances vie, dans l’armée, dans la police : voici une protection divine, offerte. D.ieu veut veiller sur toi ; prends-la. C’est pourquoi la Mezouza est une chose décisive, essentielle, qui sauve véritablement des vies.
Sur quoi le Tour fonde-t-il tout cela ? Il écrit une chose remarquable : la Mezouza possède des vertus particulières. Elle n’est pas seulement une Mitsva ; elle recèle des vertus. Comment le savons-nous ? D’abord parce que la Torah elle-même lui attribue une vertu : « et tu les inscriras sur les linteaux de ta maison », dans la section « Vehaya im chamoa ». Et comment la Torah poursuit-elle ? « Afin que se multiplient vos jours et les jours de vos enfants sur la terre. » La Torah elle-même relie donc la Mezouza à la longévité. Là où il y a une Mezouza, il y a longue vie.
Plus encore, écrit le Tour : « Et plus grande que cela est le fait que la maison est gardée par elle. » La Mezouza ne donne pas seulement la vie, elle garde aussi la maison. Chacun s’étonne : garder la maison serait plus grand que la longueur des jours ? Sommes-nous à ce point attachés à nos biens ? Le Beth Yossef répond : non. La longévité est un miracle caché, dont il est très difficile de démontrer le lien ; mais la garde de la maison, on la voit de ses yeux. Bien que la longue vie soit plus précieuse que la garde de la maison, le Tour dit « plus grande » à propos de cette dernière, car la longévité est un miracle dissimulé, tandis que la garde de la maison est un miracle manifeste : ceux qui demeurent dans des maisons dépourvues de Mezouza subissent des dommages, et celui qui habite une maison pourvue d’une Mezouza en réchappe. On peut le constater de ses yeux : les maisons juives sont mieux préservées, et, à D.ieu ne plaise, s’il y a un incident, on peut aussitôt en voir le lien dans la maison. Voilà pourquoi, chez les Juifs, c’est la première chose que l’on vérifie en cas de vol : avant même d’appeler la police, on examine les Mezouzot. La police retrouvera ou non le voleur, nul ne le sait ; mais dans la Mezouza, il y aura vraisemblablement quelque défaut. On y verra immédiatement le lien entre la Mezouza et l’état de la maison.
Pourquoi la Mezouza aussi en exil
Moché Rabbeinou, dans ces deux sections, Va’et’hanan et Ekev, ordonne les deux passages les plus importants du peuple d’Israël, ceux que nous fixons dans les Téfilines et que nous plaçons dans la Mezouza. La semaine dernière, « Chema Israël » ; cette semaine, « Vehaya im chamoa ». La section « Chema Israël » ordonne l’unité du Nom : savoir que D.ieu est Un, l’unique puissance en ce monde, Celui qui dispense et qui dirige ; sans Lui, pas même une feuille ne tombe. La seconde section ajoute la récompense et le châtiment : sache que D.ieu n’est pas seulement la vérité, mais qu’Il façonne aussi la réalité. Travailler avec Lui est avantageux ; aller contre Lui ne l’est pas. Il ne se contente pas de dire ce qu’il faut faire : Il donne aussi la vie. « Travaille avec Lui, écoute Sa voix, et Je donnerai la pluie de votre terre, et la terre donnera son fruit » — tu auras tout ce que tu demandes. Mais, à D.ieu ne plaise, si vous vous détournez, « Il fermera les cieux, et la terre ne donnera pas sa récolte, et vous serez vite chassés de la bonne terre ».
Il y a là un enseignement magnifique, digne du 15 Av, veille de l’année nouvelle : « pour Toi, D.ieu de vie ». Si l’on doit, pour ainsi dire, faire des affaires avec D.ieu, mieux vaut les faire avec Lui : c’est un employeur bon et accommodant. Si tu travailles avec Lui, Il te donnera davantage de vie afin que tu puisses Le servir encore. C’est pourquoi, dans les prières des Jours Redoutables, nous demandons : « Souviens-Toi de nous pour la vie, Roi qui désire la vie, et inscris-nous dans le livre de la vie, pour Toi, D.ieu de vie. » Que signifie « pour Toi » ? On dit au Juge : « Accorde-moi le mérite pour Toi. » Quelle audace, en apparence ! On répond : nous disons à D.ieu que ce n’est pas une requête, mais un engagement. « Laisse-nous ici pour Toi ; ce sera avantageux. Donne-nous la vie, et nous promettons de lui donner sens, de la consacrer aux justes causes. » Tel est le message de « Vehaya im chamoa » : si D.ieu doit venir, que ce ne soit pas seulement du côté du droit, mais même du côté de l’intérêt : Il est le meilleur employeur qui soit, le plus accommodant.
Je veux à ce sujet rendre grâce à D.ieu. Il y a deux semaines, à la veille du mois d’Av, je donnais un cours au Beth Habad de Re’havia à Jérusalem. À la sortie, une femme m’attendait, honteuse, empreinte de crainte du Ciel. « Je vous ai longtemps attendu, me dit-elle ; je viens d’Afrique du Sud, et je veux vous raconter une histoire. » Il y a onze ans, son mari a commencé à se rapprocher de la Torah ; elle n’y était pas encore disposée. Ils se rendirent ensemble à une salle de sport : lui s’entraînait une heure, puis c’était son tour à elle. Un jour, elle voit soudain son mari faire des mouvements étranges, involontaires. Quelqu’un le recueille, l’étend sur un banc ; on se met à crier qu’il est en train de faire une crise cardiaque. La salle se trouvait en sous-sol, loin des secours ; le temps qu’ils arrivent, il devint tout bleu, sur le point de rendre l’âme.
Elle se souvient alors avoir entendu, lors d’un cours donné par une Rabbanit séfarade, que l’on peut faire des affaires avec D.ieu. Elle se prosterne à terre et se met à crier : « D.ieu, j’ai trois enfants, je ne pourrai pas les élever seule. Il y a une veuve à Jérusalem que mon mari soutient, à qui il envoie chaque mois de l’argent ; s’il quitte ce monde, plus personne ne la soutiendra. Je m’engage à prendre sur moi la pudeur, à me renforcer sur ses traces, quoi qu’il arrive. » Entre-temps, les secours arrivent, le raniment, le conduisent à l’hôpital ; dès le lendemain, tout était passé, il n’y avait plus rien. Onze années ont passé ; femme accomplie et intègre, ils sont venus en Terre sainte inscrire leur fils dans une Yéchiva de Kiryat Gat. C’est là ce que dit Moché Rabbeinou dans la section « Vehaya im chamoa » : il n’est pas seulement juste de travailler avec D.ieu, il est également avantageux de le faire ; et, à D.ieu ne plaise, il n’est pas non plus avantageux d’aller contre Sa volonté.
Ces sections sont si importantes que Moché Rabbeinou ordonne de les placer au centre de la vie, en trois endroits : l’étude de la Torah, les Téfilines et la Mezouza. « Et tu les enseigneras à tes enfants, pour en parler » : habituer les enfants à parler de ces sections. Deuxièmement, les Téfilines : les fixer sur la tête et sur le cœur. Troisièmement : « et tu les inscriras sur les linteaux de ta maison », les placer aux entrées des demeures. Tout cela en raison de la centralité de ces commandements.
Or il est frappant que les Mitsvot des Téfilines et de la Mezouza figurent à la fois dans la première et dans la seconde section. Pourquoi cette répétition ? Simplement, dira-t-on, parce qu’il faut inscrire les deux sections, « Chema » et « Vehaya », dans les Téfilines et la Mezouza. Mais le Sifri dit une chose saisissante. Pourquoi revenir, dans la seconde section, sur les Téfilines et la Mezouza, déjà mentionnés dans la première ? Afin que tu ne dises pas que tu en es dispensé hors de la Terre d’Israël. La seconde section parle en effet de l’exil : « et vous serez vite chassés de la bonne terre ». Un homme pourrait dire : je suis en exil, je suis dispensé de commandements, dispensé de Téfilines et de Mezouza. C’est pourquoi la Torah enseigne qu’en exil aussi, il faut mettre Téfilines et Mezouza.
Mais voici le point stupéfiant. Non parce que, hors de la Terre, on serait tenu de ces commandements pour eux-mêmes. Selon le Sifri, hors de la Terre, on en est en vérité dispensé. Pourquoi, alors, y est-on malgré tout astreint aux Téfilines et à la Mezouza ? Uniquement afin qu’à notre retour, nous sachions de quoi il s’agit, que nous n’oubliions pas les commandements. Le Sifri l’illustre par une parabole : l’épouse d’un roi entre laquelle et son mari naît une tension, et qui s’en retourne provisoirement chez son père jusqu’à ce que les choses s’apaisent. Il lui dit : « Là-bas aussi, pare-toi, entretiens-toi, afin qu’à ton retour tu sois toujours digne. Même si, pour l’heure, tu es partie et ne me dois plus rien, ne te néglige pas, afin qu’à ton retour tu sois parée et que notre amour demeure. »
Ce que le Maharal savait mieux que quiconque
En profondeur, hors de la Terre, l’homme est dispensé de Téfilines et de Mezouza. Quelle en est la raison ? C’est pourtant une obligation qui incombe au corps, non un commandement lié à la terre. L’homme est le même en Terre d’Israël et en dehors. Le Maharal l’écrit, et qui mieux que le Maharal savait de quoi il parlait ? Il écrit : la Mezouza requiert une maison, et il faut être maître de sa maison. Or, hors de la Terre, nul homme n’est vraiment chez lui. Hors de la Terre, l’homme est un hôte, jusqu’à ce que les nations le chassent. Même s’il y demeure cent ou deux cents ans, il reste un invité parmi les nations. Ce n’est pas sa terre, ce n’est pas son pays, ce n’est pas son lieu ; il est une minorité, toujours de passage.
De la même manière, hors de la Terre, l’homme devrait être dispensé de Téfilines, car les Téfilines exigent une tête libre, de la concentration, une quiétude de l’esprit ; et hors de la Terre, l’homme n’a ni concentration ni sérénité, ni cœur apaisé quant à sa maison, laquelle appartient à l’État, aux nations. Il n’y séjourne que jusqu’à ce qu’on l’en chasse. Non que ce soit facile en Terre d’Israël ; mais là, on combat pour ce qui est sien, on sait qu’on y reviendra, c’est son lieu. Hors de la Terre, l’essence même du séjour est provisoire.
Le Maharal, dont toute l’existence fut un combat contre l’antisémitisme et les accusations de sang, naquit la nuit de Pessa’h. Alors qu’on courait chercher la sage-femme, on trouva deux non-Juifs creusant une fosse pour y enfouir, sous la maison du Rav, le corps d’un enfant chrétien : dès le lendemain se serait propagée par toute la ville l’accusation que le Rav avait, la nuit de Pessa’h, immolé un enfant. On saisit ces hommes, on les retint jusqu’à l’arrivée des autorités, et le père du Maharal déclara : « Celui-ci nous sauvera de l’accusation de sang ; l’enfant qui va naître nous en délivrera. » Voilà pourquoi, mieux que quiconque, le Maharal savait qu’hors de la Terre le Juif est provisoire : même quand tu y es en paix, le sol tremble sous tes pieds ; tandis qu’en Terre d’Israël, même dans la guerre, c’est ta maison, tu combats pour ta maison et pour ton lieu.
Peut-être peut-on dire, plus profondément encore : lorsqu’un Juif se pare de Téfilines et de Mezouza en exil, que dit-il au fond ? Qu’il ne cesse d’attendre le retour. Comme cette épouse qui se pare pour son mari, non seulement pour être prête, mais pour manifester son désir et sa nostalgie : chez ses parents, elle n’est pas chez elle ; elle l’attend, elle veut qu’il frappe à la porte et l’appelle. Ainsi le Juif hors de la Terre est-il tenu de tous les commandements comme d’une préparation et d’un signe de retour vers la Terre d’Israël, signe de son aspiration et de sa nostalgie.
Des panneaux dressés sur le chemin de la vie
Venons-en au cœur du sujet. Moché Rabbeinou répète deux fois les mêmes sections, et dans « Chema » comme dans « Vehaya » figure le commandement de la Mezouza ; c’est pourquoi nous y inscrivons ces deux passages. Quel est le sens de la Mezouza ? Simplement, la Mezouza est une Mitsva comme les autres : un panneau, un rappel de notre obligation envers D.ieu. Pourquoi à l’entrée ? Parce que le seuil est un lieu stratégique. Où plante-t-on les panneaux ? À l’entrée et à la sortie de la ville, aux endroits que l’œil voit et que l’oreille entend. La Mezouza fait ainsi partie d’un réseau de panneaux.
Mais quel en est l’enjeu ? Fauter est bien plus aisé qu’accomplir une Mitsva. Pourquoi ? D’abord parce que la faute est sous nos yeux : D.ieu se trouve dans les livres, dans les cieux, tandis que ce monde-ci est devant nos yeux ; la tentation de se tromper est bien plus forte. Il y a là un principe que chacun connaît : la faute offre une gratification immédiate, la Mitsva une gratification à long terme. C’est la différence de toujours entre l’esprit et le cœur. Qu’est-il plus plaisant : manger une glace ou marcher pour brûler les cinq cents calories ? Manger la glace : c’est un plaisir immédiat, savoureux. La marche, tu n’en verras le bénéfice que dans un mois. Ce qui est juste procède de l’esprit, et l’esprit investit toujours à long terme ; il faut de la patience, beaucoup de foi. Ce qui est interdit siège dans le cœur, car le cœur donne une réponse immédiate : tu es en colère, te contenir te vaudra une récompense au Jardin d’Éden, mais décharger ta rage, c’est maintenant. C’est pourquoi il est bien plus probable qu’un homme faute plutôt qu’il n’accomplisse le bien. Aussi D.ieu nous a-t-Il entourés de panneaux : en chaque lieu stratégique, un rappel. Nous avons les Tsitsit sur le vêtement, les Téfilines sur la tête et le cœur, et la Mezouza sur le seuil. Quand l’homme entre chez lui ou en sort, un panneau lui dit : souviens-toi.
La Guemara, dans le traité Mena’hot, raconte l’histoire d’un homme qui s’apprêtait à fauter avec une noble dame romaine de haut rang. Comme il ôtait ses vêtements et ses Tsitsit, les fils vinrent lui frôler le visage. Il sentit soudain leur contact, en fut ébranlé, et s’assit à l’écart. Elle lui demanda ce qu’elle avait de repoussant, croyant qu’il avait vu en elle quelque défaut. Il lui répondit : « Je n’ai trouvé en toi aucun défaut, mais la Mezouza m’a rappelé… » — il faut comprendre les Tsitsit, dont les fils rappellent les six cent treize commandements. « Je me suis souvenu. » Elle fut si bouleversée par sa maîtrise de soi, par ce rappel de D.ieu qui l’accompagne toujours, jusqu’en ces lieux abaissés, qu’elle se convertit et devint une éminente noble juive. D.ieu nous a donc enveloppés de panneaux afin que nous nous souvenions. Ce sont là nos gyrophares : les rappels que D.ieu voit, que D.ieu prend garde, que tout est consigné dans le registre.
La Mezouza que Rabbi envoya à un idolâtre
Mais les commentateurs ne se contentent pas de cela, et c’est ici que nous voulons mettre l’accent, car la Torah entoure la Mezouza de tant d’allusions qu’elle dépasse de loin une simple Mitsva. La Torah lui attribue des vertus, des pouvoirs et des degrés qu’aucun autre commandement ne possède. Nous l’avons dit : la Mezouza donne la longévité ; c’est un commandement donné pour nous. Et d’où nous vient d’ailleurs ce mot, « Mezouza » ? Où en est-il déjà question dans la Torah ? En Égypte. En Égypte, on plaça le sang sur les linteaux des portes en signe de protection. Alors que l’ange destructeur — pardon, alors que D.ieu Lui-même — allait frapper les habitants d’Égypte, que dit-Il ? « Si vous placez le sang sur les linteaux de la porte, cela protégera tous les occupants de la maison. » Le linteau des portes est donc, dans la Torah, un lieu stratégique où se dresse la tour de garde, qui influe sur toute la sécurité de la maison. Le Zohar l’écrit : « Mezouza » forme les lettres de « za[z] mavet », « déplace la mort » : elle éloigne la mort de tous les habitants de la maison. La Mezouza n’est donc pas seulement destinée à protéger de l’inclination au mal, à garder l’âme ; elle protège contre les nuisances qui rôdent au-dehors, contre les maux de la santé, pour la longévité, la sérénité et la paix domestique, contre tous les fléaux que ce monde engendre. La Mezouza est simplement cette tour de garde, cette sentinelle : D.ieu se tient au-dehors et veille sur la porte.
De là découle un enseignement extraordinaire, qui vaut tous les mondes. Le Talmud de Jérusalem, au début du traité Péa, rapporte que Rabbi Yehouda HaNassi avait un ami nommé Artaban. Rabbi Yehouda HaNassi réunissait en une seule personne la Torah et la grandeur : il eut le mérite d’être un géant de la Torah, descendant de Hillel, de sceller l’époque des princes, de rédiger la Michna, l’un des plus grands d’Israël en toutes les générations. Et il connut aussi la grandeur matérielle : il fut d’une immense richesse. La Guemara dit que son palefrenier était plus riche que le roi de Perse. C’était un milliardaire de renommée mondiale, lié à de nombreux dignitaires des nations : intime d’Antonin, âmes sœurs, et ami en Perse d’un homme important nommé Artaban.
Un jour, Artaban envoie à Rabbi Yehouda HaNassi une perle, un diamant magnifiquement enveloppé, et lui dit : « Renvoie-moi un présent digne de la Terre d’Israël. » Rabbi lui envoie une Mezouza. Le non-Juif fut très déçu : « Je t’ai envoyé un présent valant mille pièces d’or, et toi, tu m’envoies un objet qu’on achète pour cent dollars ! Que m’as-tu donné ? » Rabbi répondit : « D’abord, un tel objet, tu ne l’as pas ; ensuite, tu m’as envoyé un présent qui a besoin d’être gardé, tandis que ce présent-ci veillera sur toi. » Artaban ne comprit pas et le rangea dans un tiroir. Or il est rapporté qu’il avait une fille unique, prise de folie, comme habitée d’un démon. C’était sa fille unique, tout son rêve, son héritière. Il fit venir des médecins de partout, sans savoir que faire. Il se souvint alors du présent reçu du sage de la Terre d’Israël, fixa la Mezouza à la porte, et le démon sortit d’elle : elle guérit. Comblé de joie, il dit à Rabbi : « Tu avais raison ; ta Torah est vraie, belle et digne de louange. »
Que renferme ce récit ? Il nous oblige à pénétrer très profondément l’essence de la protection de la Mezouza. La Mezouza protège du fait de son commandement : comment, dès lors, peut-elle protéger un non-Juif, qui n’y est pas astreint ? Bien plus, le Rambam écrit que ceux qui pensent que la Mezouza agit par la vertu de Noms divins, et qui inscrivent au bas toutes sortes de Noms saints, sont de grands insensés : la force de la Mezouza, sa protection, procède du commandement. Comment donc peut-elle aider un non-Juif, qui n’y est pas tenu ?
Et Rabbi ne fut pas le seul. La Michna, dans le traité Kélim, parle des ustensiles qui reçoivent ou non l’impureté, et donne l’exemple d’un bâton pourvu d’un réceptacle pour une Mezouza. Il semble qu’autrefois l’on cheminait avec un bâton dans lequel on plaçait une Mezouza pour se protéger, et la Guemara débat de savoir si ce bâton est ou non susceptible d’impureté. Le Tossefot Yom Tov dit : il se peut qu’à l’époque de la Michna, des gens voyageaient avec une Mezouza sur eux, la tenant pour un commandement et une protection. Or si la Michna le rapporte comme une chose allant de soi, c’est qu’ils ne se trompaient pas : il existait bien une telle pratique, une croyance en cette protection. Comment cela se peut-il, alors que le bâton n’est pas astreint à la Mezouza — seule la porte, seule la maison l’est, à condition d’être une demeure permanente ?
Que retenir de l’histoire de Rabbi comme de la Michna du traité Kélim ? Que la Mezouza peut être bénéfique même là où elle n’est pas placée en tant que commandement, même là où l’obligation n’existe pas. Pourquoi ? Le Rabbi apporte ici une chose singulière, qui porte à son comble la force et la puissance de la Mezouza.
La Mezouza est faite d’emblée pour protéger. Il y a six cent douze commandements, et une Mitsva à part. Toutes les Mitsvot de la Torah ont été données pour les desseins que D.ieu a fixés : sanctifier la maison, l’activité, l’homme, sa pensée, sa parole et son acte. D.ieu a ajouté qu’il y a une récompense aux commandements — non un pot-de-vin, mais simplement : si tu travailles pour Moi, Je te donnerai davantage de raisons de Me servir, une longévité pour Me servir encore. Comme on améliore le sort d’un bon employé, afin qu’il continue son travail. La Mezouza n’est pas cela. La Mezouza est un commandement donné, d’emblée, dans le but inverse : elle est la récompense de tous les commandements. D.ieu nous donne un commandement pour veiller sur nous : « Vous investissez tant en Moi ; Je veux veiller sur vous. » Ainsi la Mezouza n’est-elle pas une récompense issue de l’accomplissement du commandement : son essence même est un dispositif de garde et de protection que D.ieu place sur nous. Le Rabbi estime donc que, dans ce cas, puisque l’essence de la Mezouza est la protection, on peut la donner même à un non-Juif. Et ce que le Rambam a dit — qu’il est interdit d’y inscrire des Noms — le Rabbi le confirme : si tu penses que la Mezouza aide par des Noms, c’est assurément une sottise, elle ne peut aider ainsi. La Mezouza aide par la vertu du commandement ; et Rabbi l’écrivit au nom du Ciel, aussi renfermait-elle force et sainteté. Lorsque tu écris une Mezouza pour l’accomplissement du commandement, en croyant à sa force, elle protège, même si tu ne l’as pas fixée pour le commandement, même si tu ne l’as placée que pour la protection, pourvu qu’elle ait été écrite au nom du Ciel.
Le Rabbi écrit d’ailleurs que son beau-père, le Rabbi précédent, gardait toujours une Mezouza de protection sur sa table : une Mezouza enveloppée d’un ustensile dans un ustensile, posée en permanence sur la table. J’ai vu dans les Iguerot Kodech que le Rabbi écrit à un homme souffrant terriblement de migraines de porter toujours sur lui une telle Mezouza, ustensile dans ustensile, afin de pouvoir même entrer avec elle dans des lieux inconvenants. Il existe donc une notion selon laquelle la Mezouza elle-même confère une protection, même là où elle n’est pas fixée pour le commandement : il suffit qu’elle ait été écrite au nom du Ciel, pour le commandement, et non par des Noms.
Le Roi qui garde Ses serviteurs de l’extérieur
Qui l’a dit le plus magnifiquement ? Onkelos. Tous connaissent son histoire. Onkelos était le neveu de l’empereur de Rome. Il commence à entendre parler de cette religion persécutée en Terre sainte, tandis que les Romains piétinent Sion, labourent le champ, non contents d’avoir détruit Jérusalem, projetant d’en effacer jusqu’au souvenir et d’édifier sur ses ruines une ville nouvelle. Curieux, Onkelos se dit : « Ce petit peuple qui met le monde entier en émoi doit receler quelque secret ; s’il irrite tant de gens, il doit y avoir là un mystère. » Avant de partir pour Jérusalem, il craignait son oncle ; il s’adresse à lui : « Je suis un jeune homme ; donne-moi un conseil pour me lancer dans les affaires. Quel est le meilleur conseil ? » L’oncle lui répond : « Cherche une marchandise aujourd’hui bon marché, mais qui a de bonnes chances de monter, dont le potentiel est immense. » Et voici que, par la bouche de l’oncle, un roi d’en-haut parlait : qui, dans le peuple d’Israël, à cette époque, avait une valeur en apparence des plus basses, au plus bas de la terre, mais un potentiel s’élevant jusqu’aux astres du ciel ?
Onkelos monte à Jérusalem, étudie, se convertit, et mérite que sa traduction araméenne de la Torah soit imprimée collée au texte écrit. Or qui se tient collé à la Torah écrite ? Le converti. C’est la Torah d’Israël. Les enfants de Moché Rabbeinou ne perpétuèrent pas son enseignement, pour t’apprendre que tout Juif peut devenir fils de Moché Rabbeinou dans la Torah : nul besoin d’être son fils ni son petit-fils ; il faut peiner, désirer étudier, et alors le fils du marchand et de l’épicier deviendra le fils de Moché Rabbeinou. Il n’y a là aucune protection de lignage familial.
L’oncle apprend que son neveu talentueux, le théologien sur lequel il fondait tant d’espoir, qu’il destinait à être le sage en chef, est devenu adepte de cette religion qu’ils persécutent et piétinent. Il envoie des soldats l’arrêter. Onkelos débat avec eux de paroles de Torah ; ils en sont bouleversés et se convertissent eux-mêmes. Il envoie un autre détachement, en les avertissant de ne pas échanger un seul mot avec Onkelos, de ne pas même lui dire « bonjour », de peur qu’il ne les entraîne par la Torah. Ils entrent, lui disent seulement qu’ils l’emmènent à Rome. Il n’a d’autre choix ; il se lève avec eux. Ils le saisissent, le font sortir, et comme il franchit la porte, il passe devant la Mezouza, la regarde et sourit. C’était un homme sage : pourquoi sourit-il ? Cela piqua leur curiosité, et ils l’interrogèrent. Il répondit : « Je songe à ceci. Dans tout empire, le roi siège à l’intérieur et les serviteurs le gardent de l’extérieur. Ici, les serviteurs siègent à l’intérieur, et le Roi les garde de l’extérieur. » Ils lui demandèrent ce qu’il voulait dire. Il répondit : « Regardez cette Mezouza. Y est inscrit le Nom divin Chaddaï ; et le mot “Mezouza” équivaut en guématria à soixante-cinq, valeur du Nom divin. Le Nom de D.ieu est là. Moi, peuple d’Israël, je siège à l’intérieur ; quel peuple précieux, dont D.ieu prend garde du dehors ! » Cela les intrigua ; ils étudièrent d’eux-mêmes et se convertirent.
Que nous suggère au fond Onkelos ? Ce n’est pas une récompense de la Mezouza, un supplément : c’est toute l’essence de la Mezouza. Un commandement dressé sur la porte, sur le seuil, car le seuil est le lieu qui garde tous les habitants de la maison. Aussi le Rabbi fait-il un pas de plus : en cas de besoin, on peut la donner même à un non-Juif, qui n’y est pas astreint, car la Mezouza, par son essence même, est une Mezouza de protection ; et même dans le bâton, il existait une pratique où l’on cheminait avec elle, même là où l’on n’est pas tenu à la Mezouza, en raison de la protection qu’elle confère.
Cela signifie-t-il que si un non-Juif pose une Mezouza… ? Je n’entends nullement innover une règle de cette sorte. Sans doute Rabbi Yehouda HaNassi avait-il un besoin particulier, sans doute devait-il rapprocher cet homme, il avait besoin de cette faveur ; il n’entendait pas fixer une loi permettant désormais de placer des Mezouzot chez les non-Juifs. Cela me rappelle une plaisanterie : un prêtre vient trouver un Rav et lui dit : « Chez nous, il y a sans cesse des voleurs ; que faites-vous, vous, contre les voleurs ? » Le Rav répond : « Nous avons une solution meilleure encore : nous plaçons une Mezouza sur les portes, et les voleurs ne viennent plus. » Le prêtre demande : « Combien cela coûte-t-il ? » Cent dollars l’unité. Aucun problème : il en commande cent. La semaine suivante, il fixe les Mezouzot aux entrées. Un mois plus tard, il revient rendre au Rav toutes les Mezouzot. « Que s’est-il passé ? Cela ne marche pas ? » Le prêtre répond : « Cela marche ; mais depuis que nous avons posé les Mezouzot, les collecteurs de charité ne cessent d’affluer. » Je ne dis certes pas qu’il faille poser des Mezouzot chez les non-Juifs et lancer une campagne en ce sens ; même les plus zélés n’y ont jamais songé. Mais quoi qu’il en soit, à chaque chose sa place ; sans doute Rabbi avait-il un besoin, une raison particulière.
D’où le Rabbi tire-t-il tout cela ? Du Ba’h, celui-là même par qui nous avons ouvert ce cours à propos du Tour. Le Tour avait dit que la Mezouza ne se contente pas d’allonger les jours : plus que cela, elle garde aussi les entrées. Le Beth Yossef avait demandé : en quoi garder les entrées serait-il « plus » que donner la vie ? Il avait répondu : c’est un miracle révélé. Le Ba’h ajoute une belle précision : non. Donner la vie est la récompense du commandement ; garder la maison est l’essence du commandement. Garder la maison est plus grand, car c’est le cœur même de la Mitsva. « Plus grand que cela, dit-il, non seulement D.ieu accorde une récompense — la longévité, à lui et à ses enfants — pour l’accomplissement de ce commandement, mais le commandement lui-même garde sa maison, de sorte que, sans autre intervention, la maison est préservée de tout dommage. » Le Rabbi l’écrit dans les Likoutei Si’hot, tome 19, page 126 : puisque la protection qu’assure la Mezouza est liée au corps même de la Mezouza et non seulement à une récompense, il est cohérent qu’une forme de protection émane de la Mezouza elle-même, du fait qu’elle a été écrite pour le commandement, et cela même avant que l’on n’accomplisse le commandement de la Mezouza, comme chez Artaban ou dans le cas du bâton.
L’œil effacé et le médecin devenu croyant
J’ai longtemps hésité sur le récit à rapporter. Je vais partager une histoire véritable, de première main, entendue de la bouche d’un grand en Israël, il y a quelques années, une veille de Guimel Tamouz. J’ai vu le Rav Its’hak David Grossman, le Rav de Migdal HaEmek, un homme précieux et considérable, un homme d’action immense. Il m’a raconté une histoire survenue cinquante ans plus tôt, et il tremblait comme si elle s’était déroulée le jour même ; il appela même son épouse en pleine conversation pour se remémorer tous les détails, tant ils revivaient cet épisode comme s’il venait d’arriver.
Leur fille aînée, à l’âge de quinze ans, développa un problème à l’œil : l’œil se retourna, s’enflamma. On la mena de médecin en médecin, et chacun disait le contraire de l’autre : celui-ci parlait d’allergie, celui-là d’infection ; nul n’avait la moindre idée de ce qu’il fallait faire. Ils apprirent qu’au New Jersey se trouvait l’un des plus grands ophtalmologues du monde, le docteur Oren Blatt, seul capable de traiter un cas pareil. À une heure du matin, ils montaient dans l’avion ; à six heures du matin, ils atterrissaient au New Jersey ; à huit heures, ils étaient déjà chez le médecin. Il regarda, s’alarma, demanda de pratiquer un examen sur un appareil d’imagerie très sophistiqué qu’il possédait, et dit de revenir dans trois jours, le temps de développer le cliché.
La fille dit : « Papa, nous sommes déjà depuis deux heures à New York, et nous ne sommes pas encore allés chez le Rabbi. » Ils étaient au New Jersey, tout proche de New York. « Nous ne sommes pas encore allés chez le Rabbi. » Ils se précipitent pour arriver à Crown Heights, à Brooklyn, juste avant que le Rabbi ne vienne à la prière. Le Rabbi arrivait à dix heures précises. Le Rav Grossman se tient avec sa fille sur le passage où se pressent hommes et femmes, et que le Rabbi doit traverser. Le Rabbi descend de la voiture ; il lui reste quelques mètres pour atteindre l’entrée de la synagogue. « J’étais si bouleversé, dit le Rav Grossman, que j’ai commis un acte d’audace pour lequel, si je n’avais pas été le Rav Grossman, on m’aurait jeté dehors : je me suis simplement dressé devant le Rabbi, lui barrant le passage, et je lui ai dit en yiddish : c’est la fille au sujet de laquelle je vous ai écrit. » Le Rabbi regarde — après le vol et une nuit sans sommeil, l’œil paraissait plus effrayant encore — et le Rabbi dit aussitôt : « Vérifiez immédiatement les Mezouzot, et qu’on l’élève vers la Torah, le dais nuptial et les bonnes actions », puis il entra en hâte dans la synagogue.
J’ai téléphoné en Terre d’Israël ; on décrocha les Mezouzot de sa chambre, à l’internat du lycée de Tsfat où elle étudiait. Et dans la Mezouza, dans les mots « et comme fronteaux entre tes yeux », le mot « tes yeux » était effacé. On changea les Mezouzot. « Aussitôt, dit le Rav, nous avons commencé à voir une amélioration, de mieux en mieux. Deux jours plus tard, vint notre tour chez le médecin. À peine entrés, il regarda et demanda : qu’avez-vous fait ? Nous avons répondu : nous sommes allés chez le Rabbi, il a demandé de remplacer les Mezouzot, nous les avons remplacées. »
Le Rav Grossman poursuit : « De longues années passèrent. Je fus invité à un dîner au New Jersey. J’entre prier Cha’harit dans la synagogue. Je vois des Juifs debout, priant, et à l’écart, un homme enveloppé de Talit et de Téfilines, priant avec une ferveur qui attirait l’attention de toute l’assemblée. Il relève son Talit, m’aperçoit, s’approche, m’étreint et me dit : “Rav Grossman, merci de m’avoir rapproché du Créateur du monde. Nous ne nous connaissons pas ; je suis le docteur Oren Blatt, le médecin chez qui vous êtes venu il y a vingt ans, qui a vu ce qui est arrivé à votre fille grâce à la Mezouza. Je me suis dit qu’il y avait un sens à ce monde. Je suis revenu à la Torah et j’ai transformé toute ma vie d’un extrême à l’autre.” »
Voilà ce que nous enseigne le Ba’h. La Mezouza n’est pas une récompense par laquelle D.ieu garde la maison : garder la maison est son essence même. Elle est le présent offert pour l’ensemble des commandements, la récompense de toutes les Mitsvot. D.ieu dit : « Vous faites tant pour Moi ; Moi aussi Je ferai pour vous, Je veillerai sur vous. » C’est pourquoi la Mezouza protège au point de protéger par elle-même, même hors du cadre du commandement, pourvu qu’elle ait été écrite pour le commandement et non par des Noms : elle possède alors une force propre.
Nous avons d’abord quelques dédicaces. Pour l’élévation de l’âme de Chlomi ben Claudine ; de Rabbi Meïr be-Rabbi Yekoutiel ; d’Avraham ben Nissim ; de David Mordékhaï ben Moché Zeev HaCohen ; et du cher soldat tombé la semaine dernière, Eitan Israël ben Bnaya Yehochoua et Naama. Que D.ieu console ses parents et console tout le peuple d’Israël, et que toutes ces âmes intercèdent en faveur des familles pour de bonnes nouvelles, du réconfort et la santé. Et pour distinguer entre le deuil et la joie, en de meilleures nouvelles : au mérite de l’anniversaire du Rav ‘Haïm Mena’hem Mendel ben Esther Ra’hel et de son épouse Miriam Riza bat ‘Hana, une année de réussite en toutes choses.
Deux manières de fixer la Mezouza
De là, je veux m’ouvrir à un sujet précieux et singulier, dont nous n’avons jamais parlé, mais qui touchera quiconque l’entendra, y compris parmi les Séfarades, avec la permission de tous. Voici de quoi nourrir un enseignement pour un « Chéva Bra’hot » : à partir du 15 Av commencent les mariages ; qui serait invité à un « Chéva Bra’hot », à un repas de noces, y trouvera une idée douce et singulière. Quelle profondeur et quelle beauté se cachent dans cette chose.
Dans les communautés d’Israël, il existe deux coutumes pour fixer la Mezouza. Les Séfarades la fixent couchée, dans le sens de la largeur ; les Achkénazes, en biais. Pourquoi en biais ? C’est un compromis entre Rachi et Rabbeinou Tam. Nous avons deux avis dans la Guemara, au traité Mena’hot, sur la manière de fixer la Mezouza. La Guemara dit : « À la manière des charpentiers, elle est invalide » — celui qui fixe la Mezouza comme le font les charpentiers, elle est invalide. Rachi explique que les charpentiers plantaient un piquet dans le montant de la porte, dans le sens de la largeur ; si donc l’on couchait la Mezouza dans la largeur, elle serait invalide, et il faudrait la dresser dans le sens de la longueur, à la verticale. Les Tossefot disent l’inverse : la dresser dans la longueur n’est pas honorable ; nos Sages parlent à ce propos de « sépulture d’âne », car l’âne, on l’enterre debout et non couché ; mieux vaut donc la coucher dans la largeur. Nous avons ainsi une controverse : Rachi dit dans la longueur, les Tossefot disent dans la largeur. Et les Tossefot ajoutent : si on la place en biais, on s’acquitte des deux avis, car elle est à la fois un peu dans la longueur et un peu dans la largeur.
Le Choul’han Aroukh, celui de Maran le Beth Yossef, tranche dans la longueur, selon l’avis de Rachi — c’est ainsi que font les Séfarades. Le Rama nous dit de faire comme les Tossefot : si tu peux réunir les deux avis, fais comme les Tossefot. Où retrouve-t-on cette différence entre Achkénazes et Séfarades ? Dans le Sefer Torah. Chez les Séfarades, le Sefer Torah se tient debout, aussi bien dans l’arche sainte que sur la table de lecture. Chez les Achkénazes, sur la table de lecture, le Sefer Torah repose à demi couché, à demi debout, appuyé sur son support ; et à l’intérieur de l’arche sainte aussi, il est incliné, à demi couché, à demi debout. Nous avons donc là une grande différence entre Achkénazes et Séfarades.
Ni tout à toi, ni tout à moi
J’ai entendu un jour une idée homilétique — celui qui l’a dite l’a peut-être dite en plaisantant, mais je veux la prendre au sérieux et en développer toute la sagesse. Les prédicateurs disent qu’agir selon la coutume achkénaze, en biais, est un bon signe pour la paix domestique. Il y a là une allusion aux deux époux. Sais-tu comment se maintient un foyer ? Un peu de moi, un peu de toi. Cherche le compromis. Elle dit « dans la longueur », tu dis « dans la largeur » ; vous voulez bien vivre ? Ne cherche pas à ce qu’elle ait raison, ne cherche pas à avoir raison toi-même. Essayez l’un et l’autre. Prenez un peu d’elle, un peu de toi. La vérité n’est jamais un seul avis. La vérité est la combinaison du meilleur de chaque avis.
Pourquoi ? Parce que D.ieu a créé ce monde selon dix séfirot : bonté, rigueur, harmonie — ‘hessed, guevoura, tiféret. Tout est vrai. Ce monde est composé à la fois de bonté, de rigueur et d’harmonie. Quelle est donc la chose juste ? Toujours écouter et chercher à équilibrer, à engendrer l’harmonie, à créer la synthèse entre des avis opposés. Nous entrons ici dans la sagesse de la vie. La véritable sagesse de l’existence, c’est la capacité de créer une unité composée d’avis divers, une unité équilibrée, synthèse d’opinions différentes et contradictoires. Et cela a de nombreux échos, en de nombreux lieux.
Je dirai d’abord une chose précieuse. La semaine prochaine, lundi 20 Av, c’est le jour de la hiloula du père du Rabbi, le génie et kabbaliste Rabbi Levi Its’hak Schneerson, de bénie mémoire, qui donna sa vie et fut exilé par les communistes. Il enseigne une chose douce. L’idée de la synthèse ne se trouve pas seulement dans la position en biais — dont parlent les prédicateurs —, elle se trouve dans le mot même « Mezouza ». De quoi ce mot est-il composé ? Nous avons dit : « Mezouza », le linteau de la porte ; puis « za[z] mavet », qui déplace la mort. Il ajoute une autre idée : « Mezouza » se lit « zou » et « zeh ». Quarante jours avant la formation de l’enfant, D.ieu décrète « la fille d’untel pour untel ». « Zou » et « zeh » : le mot « Mezouza » rappelle déjà aux habitants du foyer ce qu’est la vie — « celle-ci » et « celui-ci ». Ne cherche pas à avoir raison seule. Quelqu’un me disait un jour qu’on pouvait lire, sur la porte de bien des maisons : « Ici demeurent Monsieur Il-se-tait et Madame Elle-a-raison » — dans bien des foyers, l’ordre est qu’elle a raison et qu’il se tait. Ce n’est pas une bonne méthode. La bonne méthode, c’est que lui aussi ait un peu raison, et qu’elle aussi ait un peu raison : prendre de chaque avis sa logique, sa ligne, et tenter de les combiner.
Rabbi Levi Its’hak Schneerson dit une chose stupéfiante. En vérité, cela se trouve à l’intérieur même de la Mezouza. Qu’y a-t-il dans la Mezouza ? Deux sections opposées. « Chema Israël », une section tout entière d’amour, sans châtiment : « et tu aimeras D.ieu ton D.ieu de toute ton âme », une section toute d’amour. Et « Vehaya im chamoa », une section de rigueur : « vous serez vite chassés de la bonne terre », mais aussi, avons-nous dit, l’obligation même en exil. On enferme, dans une petite maison de cuir, « celle-ci » et « celui-ci » : une section de bonté et une section de rigueur. Pourquoi ? Parce que la vérité n’est ni la bonté, ni la rigueur. La vérité est l’harmonie. La vérité est la synthèse qui recueille le bien de chacune.
L’éducation n’a pas de règles
Parfois, il faut éduquer par la bonté. Il y eut jadis un grand éducateur qui écrivit un livre sur l’éducation. Dans sa préface, il énonça dix principes. Il envoya son livre au Rabbi, et le Rabbi ajouta une ligne : il avait oublié d’écrire le onzième principe, à savoir qu’en éducation, il n’y a pas de règles. Ce qui convient à cet enfant ne convient pas à cet autre. L’éducation, c’est de l’humain, et l’humain relève de principes vivants. Comment élève-t-on une personne ? Tel homme a besoin d’une étreinte, tel autre d’une parole ferme, et le même homme a parfois besoin des deux à la fois : au sein de l’étreinte, dire un mot de reproche ; au sein du reproche, glisser l’étreinte. La vie est une synthèse de tout, car l’homme lui-même est composé de tout.
La Guemara dit une chose saisissante : « Que toujours la gauche repousse et la droite rapproche. » Dans l’éducation, il faut les deux mouvements : repousser de la gauche, rapprocher de la droite. Le Rabbi a dit un jour une chose très particulière : pourquoi le rejet est-il de la main gauche et le rapprochement de la main droite, et non l’inverse ? Le rejet doit se faire de la gauche, la main faible, et le rapprochement de la droite, la main forte. Repousser, à D.ieu ne plaise, requiert parfois une parole ferme, mais le rapprochement doit être quatre-vingt-dix fois, ou dix fois, plus grand que le rejet : il faut certes repousser, mais en caressant, avec tant d’affection et de proximité que le rejet en soit amoindri.
Le maître qui ne connaissait qu’une seule voie
La Guemara apporte un exemple de ce qui advient lorsque manque la combinaison entre les deux mouvements, lorsqu’un homme va jusqu’au bout de sa vérité, sans compromis. Et ce n’est que dans les cent dernières années, alors que le pouvoir de l’Église s’affaiblit, que l’on comprit ce à quoi la Guemara faisait allusion. Toute l’édification de cette religion, qui versa tant de sang juif au fil des générations, prit racine en un tel point. Voici l’histoire de Yehochoua ben Pera’hia.
Yannaï le roi se rapprocha des Sadducéens, s’éloigna des Pharisiens et fit périr tous les sages. Seul demeura Yehochoua ben Pera’hia, prince du Sanhédrin, qui put s’enfuir avec un unique disciple à Alexandrie d’Égypte. Il y demeura de longues années, jusqu’à ce que Chlomtsion Alexandra persuadât Yannaï de le laisser revenir. Il repart avec son disciple. En chemin, ils passent dans une auberge où une femme les accueillit avec beaucoup de bienveillance. Après des années d’exil, de persécution et de dissimulation, il parvient soudain dans une maison normale, éclairée, avec de la bonne nourriture et une hôtesse au cœur généreux. Il dit à son disciple : « Vois combien cette auberge est belle. » Le disciple crut qu’il voulait dire que la femme était belle, et répondit : « Comme elle est belle ; regarde ses yeux. » Yehochoua ben Pera’hia fut bouleversé : « De quoi te parlé-je ? Je te parle de sa conduite, de son hospitalité, et toi tu me parles de ses yeux ! » Il le repoussa. Le disciple vint demander pardon, et demanda pardon encore, mais le maître ne voulut pas l’accueillir. Ce disciple si proche, qui avait cheminé avec lui toutes ces années : « C’est cela que tu as en tête ? » Il le rejeta.
La Guemara dit : cet homme s’en alla et dressa un autel pour l’idolâtrie ; il fonda un mouvement d’idolâtrie. Qui était cet homme ? Durant toutes les générations, nous l’ignorions. Mais il y a cent ans, comme le pouvoir de l’Église déclinait, parut un recueil intitulé Hesronot HaChass : tous les passages du Talmud supprimés par la censure. L’imprimerie fut inventée en Europe, là où les chrétiens étaient très puissants ; tout livre sortant des presses passait par leur censure, et l’on dut donc en retrancher bien des passages. On rassembla ces textes, et l’on y trouva, dans « cet homme », un mot de plus : cet homme, Yéchou HaNotsri. Il fut disciple de Yehochoua ben Pera’hia. Et pourquoi s’éloigna-t-il ? Il était un Juif des nôtres ; pourquoi s’écarta-t-il ? À cause d’un maître qui éduquait selon une seule ligne, qui ne suivait pas la voie de la paix, mais celle de la vérité sans compromis. Que signifie une vérité sans compromis ? Parfois, une telle fermeté est nécessaire ; mais parfois, il faut « l’un et l’autre ». Ils espèrent que D.ieu donne aux parents le discernement de ne pas se tromper. Il faut beaucoup de bénédiction et de prière pour cela, afin que D.ieu accorde aux parents le discernement de savoir doser jusqu’où être ferme, jusqu’où adoucir, sans excès dans un sens ni dans l’autre.
Yaakov et la bénédiction offerte à tous
Nous l’avons dit une fois, en distinguant par mille distinctions, à propos de Yaakov Avinou : il est la mesure de la tiféret, l’harmonie, et il eut le mérite que tous ses enfants se tiennent autour de sa couche. Pourquoi ? Parce que Yaakov Avinou éduqua selon les deux lignes à la fois. Chez Avraham, tu ne vois que la bonté : il n’était pas disposé à chasser Ichmaël, à s’éloigner à ce point, alors que « qui épargne le bâton hait son fils » ; il fallait le faire sortir de la maison, il ne pouvait vivre avec lui. Yitzchak, lui, incarnait la rigueur : il était très grave, très redoutable, tourné vers l’autre extrémité. Chez Yaakov Avinou, nous voyons, dans les mêmes bénédictions, les aînés recevoir la parole dans toute sa fermeté, et les cadets dans toute sa tendresse et sa proximité. Le même père, sur la même couche, dans la même situation : non selon son humeur du moment, mais selon l’enfant lui-même. C’est l’enfant qui déterminait le mode. De même dit-on que Moché Rabbeinou parlait aux femmes en un langage doux et aux hommes en un langage ferme, avant le don de la Torah : tant que tu ne t’adresses pas fermement à un homme, il ne comprend pas ce que tu lui dis ; une femme, si tu la brusques, s’effraie. Chacun doit savoir parler la langue qui lui convient. Yaakov Avinou sait combiner, dans une même bénédiction, les deux qualités, les deux mouvements. Plus encore : même dans la réprimande, il ne les maudit pas eux-mêmes, mais leurs traits. Tu vois, au sein même de la rigueur, la délicatesse de la bonté, l’apaisement de la bonté. Telle est la juste voie de l’éducation : combiner les deux choses ensemble.
Tout cela, avons-nous dit, se trouve dans le message de la Mezouza, placée en biais selon la coutume achkénaze : elle dit que la manière de conduire un foyer n’est pas de chercher à avoir raison, mais de chercher à équilibrer, à combiner.
Le kouguel de la paix domestique
« Étends sur nous la Souka de Ta paix » : la Souka, c’est la paix. J’ai songé un jour au lien entre la Souka et la paix. Quelqu’un disait, en badinant, que la Souka repose sur bien des permissivités et des tolérances halakhiques. Pour la paix aussi, il ne faut pas être trop pointilleux ; il faut chercher comment alléger ici et là. Mais la vérité, c’est que la fête de Souccot est la fête de la récolte, du rassemblement. Comment le rassemblement engendre-t-il la paix ? Lorsqu’on rassemble tout, qu’on prend un peu d’ici, un peu de là, qu’on relie et qu’on unit l’ensemble : « Étends sur nous la Souka de Ta paix. » De ce rassemblement naît la Souka de la paix.
J’ai longtemps réfléchi au récit par lequel conclure. Il me revient une histoire belle et douce. Un homme et une femme vinrent un jour — il me semble que c’était chez le Maguid de Kozhnitz, ou peut-être un autre, je ne me souviens plus — chez un grand d’Israël, dans un vacarme et des cris jusqu’aux cieux. Le mari a des griefs. Il dit : « Voyez, ma femme prépare un kouguel absolument délicieux ; toute la semaine, j’attends ce kouguel. Croyez-moi, je travaille toute la semaine si durement, un labeur de mes mains, je n’ai pas de vie, mais j’attends ce kouguel. Et voici qu’elle s’obstine à servir le kouguel après le repas, alors que j’ai déjà mangé le poisson, la soupe, la viande ; je suis rassasié, je ne sens plus le goût de rien. Elle me fait languir, elle me tourmente tout le repas. » « Et toi, que dis-tu ? » Elle répond : « J’honore grandement mon mari, mais je dois d’abord honorer ma mère. Ma mère servait le kouguel après le repas, comme une compote, comme un dessert ; je ne puis contredire les usages de ma mère, je dois le servir à la fin du repas. » Le Maguid de Kozhnitz dit : « J’ai une idée. Servez deux kouguels : l’un avant le repas, pour ton mari ; l’autre après le repas, pour ta mère. » Et l’on raconte que, chez lui, dès lors, on appelait le kouguel que l’on mangeait avant le repas le « kouguel de la paix domestique ». C’est précisément l’idée de la Mezouza : la Mezouza de la paix domestique. Elle dit qu’il faut chercher la voie où chacun aura raison, où chacun sera satisfait, un peu d’ici, un peu de là. La vérité, à la fin, est faite de bonté, de rigueur et d’harmonie, de tout ensemble.
Que la Mezouza veille sur Israël
Concluons par ce passage des Likoutei Levi Its’hak. Le génie Rabbi Levi Its’hak dit que nos Sages enseignent que quarante jours avant la formation de l’enfant, une voix céleste proclame « la fille d’untel pour untel ». Voilà la Mezouza : « za[z] mavet » qui déplace la mort, mais aussi « zou » et « zeh », « celle-ci » et « celui-ci ». Il écrit là une chose plus belle encore : « zou » fait allusion à la fille, mais sa valeur numérique est celle d’un nombre lié au fils ; et « zeh », qui fait allusion au fils, porte un nombre lié à la fille. Même dans le terme qui désigne la fille est inscrit un nombre du fils, pour t’enseigner que le fils doit avoir un peu de féminin, et la femme un peu de masculin. Révolus, les temps où nous n’étions que d’un seul côté. C’est aussi la nature des deux sections contenues dans la Mezouza : « Chema », la section de la bonté, et « Vehaya im chamoa », la section de la rigueur.
Que la Mezouza veille sur nous. Le peuple d’Israël a besoin, en ces jours, de beaucoup de garde et de protection, une protection générale et une protection particulière, en tout ce que nous demandons, avec l’aide de D.ieu.
Habad à Terre-Neuve – Canada : Au bout du continent, une lumière au bord de l’océan
Terre-Neuve vit à contretemps du reste du monde, décalée d’une demi-heure et longtemps restée à l’écart du Canada lui-même. Sur cette île accrochée à l’extrême est de l’Amérique du Nord, une histoire juive vieille de plus de deux siècles s’est presque effacée. Aujourd’hui, un couple de Chlou’him s’emploie à raviver cette flamme, là où la terre cède la place à l’Atlantique.
Terre-Neuve avance à son propre rythme, et il faut l’entendre au sens littéral. La province conserve un fuseau horaire décalé d’une demi-heure, une singularité que l’on ne retrouve presque nulle part ailleurs dans l’hémisphère occidental, trente minutes en avance sur le reste du Canada atlantique, comme si l’île n’avait jamais tout à fait éprouvé le besoin de se régler sur le continent. Elle ne s’est pas non plus pressée de le rejoindre politiquement. Terre-Neuve fut la plus ancienne colonie britannique d’Amérique du Nord, un dominion autonome doté de son propre drapeau et de son propre hymne national. Elle n’intégra le Canada qu’en 1949, et encore, au terme d’un vote serré, cinquante-deux voix contre quarante-huit. Saint-Jean, la capitale, s’y opposa à deux contre un. Aujourd’hui encore, l’île demeure un lieu légèrement en marge.
Une présence juive plus ancienne qu’on ne l’imagine
C’est aussi une terre dont l’histoire juive s’avère bien plus longue que ne le soupçonnerait la plupart des gens. Des négociants séfarades y débarquèrent dès les années 1770, faisant commerce du poisson, de la fourrure de phoque et de l’huile de lampe. Un siècle plus tard, des colporteurs ashkénazes fuyant les pogroms de Russie et de Pologne suivirent leurs traces, parcourant l’île pour y vendre poisson salé et étoffes. La Congrégation hébraïque de Terre-Neuve fut officiellement constituée en 1909. Une synagogue s’éleva sur Henry Street, à Saint-Jean, en 1931. À son apogée, au début des années 1970, quelque trois cent soixante Terre-Neuviens se déclaraient juifs. Dans les années 1930, un projet vit même le jour pour établir des réfugiés juifs sur la côte ouest de l’île, mais le gouvernement, qui exigeait une population « de souche britannique », les refoula.
Un couple venu des quatre coins du monde
Aujourd’hui, la population juive se compte en centaines, et le Rav Chanan Chernitsky et son épouse Touba veillent à ce qu’elle dispose d’un foyer où se retrouver. Le Rav Chernitsky est né à Buenos Aires, a grandi à Winnipeg et a été ordonné Rav à Venise. Lorsque les Chernitsky commencèrent à chercher un lieu où ouvrir un Beth Habad, un ami de Toronto les mit en relation avec un homme qui finançait déjà la venue d’étudiants de Yechiva pour les fêtes, mais qui était convaincu que la province avait besoin d’une présence permanente de Habad. Ils s’y rendirent à deux reprises en 2016. « Il y avait plus de Juifs que nous ne l’imaginions, raconte le Rav Chernitsky, et presque rien ici pour eux. » Ils s’installèrent en février 2017 avec trois enfants âgés de moins de quatre ans et toute la viande cachère qu’ils purent acheminer, congelée, depuis Montréal, par camion puis par ferry.
Au bout de la route, l’océan
Le centre Habad le plus proche se trouve à Halifax, à une heure et demie d’avion. On peut certes s’y rendre en voiture, mais il faut alors prendre un ferry. L’île s’étend sur plus de huit cents kilomètres d’une extrémité à l’autre, pour une population d’un demi-million d’habitants, concentrée pour l’essentiel dans l’agglomération de Saint-Jean. La culture y est profondément irlandaise et écossaise, l’accent ne ressemble à aucun autre au Canada, et l’économie repose sur la pêche, l’exploitation minière et le pétrole. Le centre-ville est réputé pour les maisons aux couleurs vives de Jellybean Row. À quelques minutes de là, le cap Spear marque le point le plus oriental de toute l’Amérique du Nord. C’est à Signal Hill que fut capté, en 1901, le tout premier signal radio transatlantique. Au-delà, il n’y a plus rien que l’océan, jusqu’à l’Irlande.
Un cercle d’amitié pas comme les autres
Les Chernitsky animent une école hébraïque le dimanche, reçoivent pour les repas de Chabbat, organisent un dîner communautaire chaque mois le vendredi soir, et ont récemment achevé la construction d’un Mikvé. Mais le chapitre le plus inattendu de leur action est sans doute le Friendship Circle, ce « cercle d’amitié » lancé en 2021 à l’intention des enfants ayant des besoins particuliers, dont pas un seul n’est juif. Quatre-vingts enfants répartis à travers la province reçoivent chaque mois des lettres de bénévoles. On y propose des cours de musique collectifs, des sorties au bowling et des animations comme des spectacles de reptiles. « C’est vraiment hors des sentiers battus », reconnaît le Rav Chernitsky.
Une rencontre au seuil du continent
Lors de leur toute première visite, en 2016, les Chernitsky firent la connaissance, à Saint-Jean, d’un Juif argentin qui leur signala la présence d’un autre Argentin juif en ville. Le Rav Chernitsky chercha le nom dans l’annuaire, se rendit à l’adresse indiquée et frappa à la porte. Il se présenta en espagnol. L’homme sur le seuil marqua un temps d’arrêt. « Chernitsky, dit-il. Je connais un Chernitsky. » Il connaissait la tante du Rav, une personne avec laquelle il avait travaillé des années plus tôt, à Buenos Aires. Et les voilà tous deux, debout sur un pas de porte à l’extrémité du continent, un rabbin venu d’Argentine et un inconnu qui, finalement, n’en était pas un.
Personne n’aurait cru qu’un Mikvé sortirait de terre en Alaska
Dans l’immensité gelée de la vallée de Mat-Su, où un millier de Juifs vivent dispersés sur un territoire grand comme la Virginie-Occidentale, la vie juive organisée n’existait pas il y a encore onze ans. Grâce à plus de trois cent cinquante donateurs, juifs et non-juifs, le premier Mikvé jamais construit en Alaska en dehors d’Anchorage a ouvert ses portes le 30 juin. Un an après le premier coup de pelle, l’inauguration a rassemblé toute une communauté autour d’une même conviction : la vision du Rabbi demeure bien vivante.
Une vallée grande comme un État, presque sans vie juive
La vallée de Matanuska-Susitna s’étend sur près de soixante mille kilomètres carrés de petites villes, de fermes isolées et de longues routes, une superficie comparable à celle de la Virginie-Occidentale. C’est la région qui connaît la croissance la plus rapide de l’Alaska, avec une population dépassant les cent vingt mille habitants, parmi lesquels vivent environ mille Juifs éparpillés. Avant l’arrivée du Rav Mendy et de Chaya Greenberg, il y a onze ans, aucune vie juive organisée n’existait dans la vallée. Ceux qui souhaitaient participer à un Séder de Pessa’h ou aux offices des fêtes de Tichri devaient se rendre jusqu’à Anchorage, à quelque soixante-dix kilomètres, sur des routes que l’hiver pouvait rendre périlleuses.
Onze années pour bâtir une communauté
Les Greenberg, qui dirigent le Beth Habad de Mat-Su, ont édifié une communauté à partir de ce point de départ : rassemblements de Chabbat et de fêtes, camp d’été, cours pour adultes. Pourtant, durant toutes ces années, quiconque avait besoin d’un Mikvé devait encore prendre la route d’Anchorage. « Il était temps que nous en construisions un là où nous vivons », confie le Rav Greenberg.
Un don venu du fonds du Rabbi
En 2025, le Rav Greenberg s’est tourné vers le Keren Hachomesh, un fonds créé par le Rabbi pour les causes touchant aux femmes et aux jeunes filles juives. « C’est un véritable honneur de recevoir de l’argent du fonds du Rabbi », dit-il. « Nous avons le sentiment d’en avoir été bénis. » Des bénévoles de la région ont creusé les fondations. En une semaine et demie, le béton était coulé, avant les fêtes de Tichri. La construction du bâtiment proprement dit a débuté en février. Aux côtés des centaines de donateurs juifs et non-juifs de la communauté locale, des soutiens venus du monde entier se sont joints à l’effort. Parmi les principaux figuraient George et Pamela Rohr, le Rav Mendel et Ne’hama Lichtenstein, ainsi que le Rav Dovid Derly, qui fut le premier à s’engager pour le projet.
Un chantier suivi par toute la communauté
« Il n’existe pas de meilleure manière de faire découvrir cette Mitsva que de la bâtir sous les yeux de notre communauté durant une année entière », explique le Rav Greenberg. Les habitants ont vu le chantier prendre forme et ont appris à en mesurer l’importance avant même son ouverture, des visites étant organisées tout au long des travaux. Un an après que la première pelletée de terre eut été retournée, le Mikvé était achevé.
Une inauguration et une lettre venue de 1974
L’inauguration, le 30 juin, a réuni plus de cent personnes. Une lettre du Rabbi de Loubavitch a été lue devant l’assistance : elle avait été écrite en 1974 à Israel Haber, aumônier militaire juif en poste à la base aérienne d’Elmendorf, à l’époque où le tout premier Mikvé d’Alaska y avait été construit grâce aux Rabbanim que le Rabbi avait envoyés pour cette mission. Les maires du borough de Mat-Su, de Palmer et de Wasilla, Edna DeVries, Jim Cooper et Glenda Ledford, ont tour à tour pris la parole pour souligner l’importance du Mikvé pour la communauté, rappelant le principe de la Halakha selon lequel la construction d’un Mikvé précède celle d’une synagogue, et même l’écriture d’un Sefer Torah. Les parents du Rav Greenberg, le Rav Yossef et Esther Greenberg, directeurs régionaux de Habad en Alaska, ont eux aussi pris la parole lors de l’événement. « Personne n’aurait imaginé qu’un Mikvé serait un jour construit à Mat-Su », conclut le Rav Greenberg. « Nous voyons combien, aujourd’hui plus que jamais, la vision du Rabbi est vivante. »



« Le mouvement Loubavitch nouveau chef de file du judaïsme américain? » Le Rabbi aurait posé une autre question
Un récent éditorial du Jerusalem Post demande si le mouvement Loubavitch pourrait devenir le nouveau chef de file du judaïsme américain. La question mérite d’être posée, mais elle repose dès le départ sur un malentendu quant à ce que le Rabbi a réellement édifié. Car le Rabbi n’a pas fondé une organisation en quête de pouvoir : il a formé une armée de serviteurs voués à chaque Juif.
Par le Rav Anchel Perl – Beth Habad de Mineola, Long Island
Un récent éditorial publié dans le Jerusalem Post par Lev Stesin, intitulé « Habad peut-il devenir le nouveau chef de file du judaïsme américain après le déclin des institutions ? », soulève une question importante.
Alors que les organisations juives traditionnelles voient leur influence décliner et que le judaïsme américain affronte des défis sans précédent, l’auteur suggère que le mouvement Loubavitch serait peut-être le seul à disposer de l’infrastructure nécessaire pour assumer la direction de la communauté.
Le débat est légitime.
Mais, du point de vue de Habad, il part d’un malentendu quant à ce que le Rabbi a réellement édifié.
Le Rabbi n’a pas créé une organisation juive de plus, en quête de pouvoir, d’influence politique ou de contrôle institutionnel. Il a fondé quelque chose de bien plus durable : une armée de Chlou’him désintéressés, voués au service de chaque Juif, quels que soient son origine, son affiliation ou son degré de pratique.
Des serviteurs, non des dirigeants
Jamais le Rabbi n’a demandé à ses émissaires de devenir les maîtres de la communauté juive. Il leur a demandé d’en devenir les serviteurs.
Chaque Chalia’h de Habad quitte son foyer non pour bâtir un empire, mais pour bâtir un autre Juif. Notre réussite ne se mesure pas en budgets, en bâtiments ni en influence politique. Elle se mesure au nombre de vies touchées, de familles renforcées, d’enfants éduqués, de personnes esseulées réconfortées et de Mitsvot suscitées.
L’article demande si Habad devrait devenir « l’adresse » du judaïsme américain. Le Rabbi, lui, poserait sans doute une tout autre question : comment chaque Juif peut-il devenir une adresse pour un autre Juif ?
L’authenticité plutôt que la dilution
L’article du Jerusalem Post suggère également que Habad devrait s’affirmer moins comme un mouvement ‘hassidique, atténuer sa ferveur religieuse, adoucir son attachement à la Torah et fonctionner davantage comme une organisation faîtière laïque.
Avec tout le respect qui s’impose, c’est méconnaître la source même du succès de Habad.
Le Rabbi n’a jamais cru que le judaïsme se renforçait en devenant moins juif. Il était convaincu que les gens répondent à l’authenticité. Habad accueille chaque Juif exactement tel qu’il est, avec un amour et un respect inconditionnels, tout en demeurant inébranlable dans son attachement à la Torah et aux Mitsvot. L’amour sans jugement n’exige pas un judaïsme sans exigences.
Quand l’obscurité grandit, on ajoute de la lumière
L’idée selon laquelle le nombre croissant de Beth Habad traduirait une concurrence malsaine passe elle aussi à côté de la vision du Rabbi.
Le Rabbi comparait le judaïsme à la lumière. Nul ne se plaint qu’il y ait trop de réverbères. Lorsque l’obscurité s’étend, on ajoute de la lumière.
Chaque Beth Habad existe parce que chaque communauté, chaque quartier, chaque campus et chaque individu mérite une attention personnelle. Un seul Rav ne saurait connaître chaque étudiant, visiter chaque malade, réconforter chaque endeuillé, enseigner à chaque enfant ni inspirer chaque âme en quête. Davantage de Chlou’him, c’est simplement davantage d’occasions de prendre soin d’autrui.
La Chli’hout n’est pas un commerce
Le Jerusalem Post se demande encore si la Chli’hout ne serait pas devenue une affaire lucrative. Quiconque a passé ne serait-ce qu’une journée auprès d’un Chalia’h sait qu’il n’en est rien.
Il existe des moyens bien plus faciles de gagner sa vie que de s’installer à des milliers de kilomètres des siens, de réunir chaque dollar par ses propres moyens, de répondre à des appels d’urgence en pleine nuit, de visiter hôpitaux, prisons et maisons de retraite, d’enseigner aux enfants, de consoler les familles en deuil, d’ouvrir sa maison chaque Chabbat et de porter la responsabilité d’une communauté entière vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Un Chalia’h n’est pas envoyé pour recueillir des donateurs. Il est envoyé pour recueillir des âmes.
Un leadership qui s’élève depuis la base
Surtout, l’article présuppose que diriger reviendrait à devenir la prochaine institution centrale du judaïsme américain. Le Rabbi enseignait tout autre chose.
Le véritable leadership ne s’exerce pas du sommet vers la base. Il s’élève depuis le sol.
Il commence par une Mitsva. Un acte de bonté. Une conversation. Une bougie de Chabbat. Une paire de Téfilines. Un enfant qui apprend l’Aleph-Beth. Une personne qui découvre qu’elle est aimée de D.ieu et de ses frères juifs.
Si Habad occupe une place de plus en plus visible dans la vie juive, ce n’est pas parce qu’il a recherché le pouvoir. C’est parce que des milliers de Chlou’him ont choisi, discrètement, le service plutôt que le prestige.
La plus grande innovation du Rabbi ne fut pas organisationnelle : elle fut transformatrice. Il inspira à des milliers de jeunes couples le désir de consacrer leur vie à des Juifs qu’ils n’avaient jamais rencontrés, pour la seule raison que chaque Juif possède une âme infinie.
La bonne question
Alors, Loubavitch peut-il devenir le nouveau chef de file du judaïsme américain ? C’est peut-être là une mauvaise question.
La bonne serait plutôt celle-ci : chacun d’entre nous, Rabbanim, responsables laïcs, institutions et simples individus, sommes-nous capables d’embrasser la vision intemporelle du Rabbi, faite d’un Ahavat Israël inconditionnel, d’un attachement inébranlable à la Torah et d’une responsabilité personnelle envers chaque Juif ?
Le Rabbi ne cherchait pas à bâtir la plus grande organisation juive. Il cherchait à éveiller le plus grand cœur juif.
Telle demeure, aujourd’hui encore, la mission de chaque Chalia’h Habad.
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Traduction de l’article du Jerusalem Post Tribune signée Lev Stesin Face au vide, Habad peut-il prendre
La crise qui frappe les Juifs américains est totale. C’est une crise de l’antisémitisme, de l’identité, de la tradition et de l’appartenance. C’est aussi une crise des structures communautaires. Existe-t-il une organisation qui représente les Juifs d’Amérique ? Existe-t-il une « adresse » à laquelle écrire pour joindre la communauté ? Les réponses ne sont pas évidentes. Pourtant, il fut un temps, pas si lointain, où elles étaient claires, accessibles et connues de tous. Un édifice communautaire qui s’est effondré Pendant de longues décennies, le judaïsme américain fut représenté par les Fédérations juives d’Amérique du Nord (JFNA), la Conférence des présidents des grandes organisations juives américaines (la Conférence) et l’American Jewish Committee (AJC). À ces trois piliers s’ajoutait l’Anti-Defamation League (ADL), qui faisait office de bras juridique de l’ensemble. La répartition des rôles entre ces institutions était clairement établie. La JFNA chapeaute le plus vaste réseau communautaire, avec plus de cent quarante fédérations juives locales et près de trois cents communautés indépendantes. Sa mission première consiste à collecter et à redistribuer des fonds destinés aux services sociaux, à l’éducation et aux autres besoins de la collectivité. La Conférence, elle, sert d’interlocuteur privilégié lorsque le gouvernement américain souhaite dialoguer avec la communauté juive, qu’il s’agisse de politique étrangère ou d’Israël. Elle fédère une cinquantaine d’organisations juives nationales, laïques comme religieuses, et il lui revient la tâche de dégager puis de porter un consensus sur les grandes questions qui préoccupent l’ensemble du monde juif. Quant à l’AJC, son domaine est celui du plaidoyer international, de la diplomatie et des relations avec les autres confessions. La JFNA, la Conférence, l’AJC et l’ADL existent toujours. Mais elles ont cessé de représenter quoi que ce soit et qui que ce soit. Le tissu communautaire des synagogues et des associations juives locales s’est effondré. Et le pouvoir politique, qui constituait le véritable moteur de leur puissance d’antan, a implosé. L’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York constitue le dernier clou planté dans le cercueil où repose le pouvoir juif au sein de la vie politique américaine. Un temps, la JFNA et la Conférence ont feint de croire que rien n’avait changé. Mais l’accession d’un antisémite assumé à la tête de la ville la plus juive d’Amérique a rendu manifeste, aux yeux de tous, que le roi était nu. La politique a horreur du vide. Qui, dès lors, prendra la relève de la JFNA, de la Conférence et de l’AJC, tandis que le monde qu’elles ont incarné durant un siècle s’efface à l’horizon ? Habad relèvera-t-il le défi ? À contempler le triste état des communautés juives organisées à travers l’Amérique, une seule structure dispose de l’infrastructure et des moyens nécessaires pour prendre les rênes : Habad. Reste à savoir si Habad, cour ‘hassidique privée de son Rabbi et dont le siège se trouve à Brooklyn, saura être à la hauteur de la tâche. Malgré son image publique de maison accueillante ouverte à tous, Habad demeure un ordre religieux rigoureux. Son objectif primordial est de ramener les Juifs éloignés dans le giron du judaïsme orthodoxe. En la matière, ses résultats sont spectaculaires, accumulés au fil des décennies. Son « approche » se déploie avec intelligence, sans jamais heurter ni s’imposer. Or la tâche est ardue : celui qui parvient à faire aimer le judaïsme orthodoxe à un Juif américain sécularisé peut convaincre n’importe qui de n’importe quoi. Le génie du Rabbi Le dernier Rabbi de Loubavitch, Mena’hem Mendel Schneerson, fut le génie qui présida à cet engagement envers l’ensemble du peuple juif. Son idée d’une Haskala « inversée » relevait de la révolution. À l’image des maskilim, ces Juifs cultivés et sécularisés du XIXe siècle qui parcouraient la Zone de Résidence pour apporter les Lumières aux masses juives jugées « arriérées », les Chlou’him du Rabbi, ses émissaires, voyagent et s’installent aux confins les plus reculés de l’Amérique pour ramener le judaïsme aux Juifs « perdus ». La disparition du Rabbi, en 1994, coïncida avec le déclin de la vie juive organisée en Amérique. Pourtant, les trois décennies écoulées ont vu les émissaires de Habad essaimer dans les cinquante États. À mesure que les anciennes institutions juives cessaient de fonctionner et tombaient en ruine, les « soldats » du Rabbi assumaient des responsabilités communautaires toujours plus nombreuses, y compris des actions de soutien à Israël. Quand le succès devient un obstacle Ironie du sort, le succès initial de Habad est devenu un frein à son développement. La multiplication des Chlou’him et des Beth Habad à travers le pays soulève désormais un problème de taille, tant pour la pérennité du mouvement que pour sa cohérence organisationnelle. Ce qui relevait autrefois de la vocation de quelques ‘hassidim dévoués, porteurs de la bénédiction personnelle du Rabbi, est devenu pour Habad, en tant que mouvement, un moyen d’assurer sa propre subsistance. La chose s’est muée en activité économique, en gagne-pain. Là où une région ne comptait qu’un seul Beth Habad, une petite ville en abrite aujourd’hui plusieurs. Leur nombre ne cesse de croître. Compte tenu du modèle financier retenu, dans lequel chaque émissaire est chargé de lever localement ses propres fonds, la prolifération des antennes de Habad engendre une concurrence interne inutile pour capter des dons déjà rares au sein des communautés locales. Ce foisonnement anarchique entrave par ailleurs la structure hiérarchique et ordonnée qu’exige toute organisation soucieuse de représenter une communauté élargie. Une transformation à accomplir Les obstacles qui empêchent Habad de devenir l’organe représentatif des Juifs américains ne sont pas insurmontables. La solution suppose que Habad se fasse un peu moins cour ‘hassidique et davantage structure fédératrice, capable d’abriter des Juifs de toutes sensibilités. Son implantation à travers les États-Unis devrait gagner en organisation. Il lui faudrait tempérer sa ferveur religieuse et son élan messianique, et clarifier sa position à l’égard du sionisme. Un précédent dans l’histoire L’histoire offre à Habad un précédent d’un exploit comparable. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Schneerson accomplit l’impossible. Il fit renaître sa cour ‘hassidique des cendres des dévastations nazies et bolcheviques, et la transforma en mouvement religieux par excellence du XXe siècle. La direction actuelle de Habad saura-t-elle trouver l’énergie et la vision nécessaires pour se réinventer et prendre la tête du judaïsme américain ? Une telle évolution serait-elle souhaitable ? Si le Rabbi était encore parmi nous, il répondrait sans doute par l’affirmative.
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Au palais de Lusail, à Doha, l’émir du Qatar reçoit une délégation de Rabbanim conduite par un Chalia’h du Rabbi
Lundi matin, l’émir du Qatar Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani a reçu dans son bureau du palais de Lusail, à Doha, une délégation de Rabbanim venus lui présenter leurs condoléances après la disparition de son père. Conduite par le Rav Mendy Chitrik, Chalia’h du Rabbi à Istanbul et président de l’Alliance des Rabbanim des États islamiques, la délégation comprenait son fils, le Rav Eliyahou Chitrik, ainsi que le Grand Rabbin d’Iran, Yehouda Gerami. Fait rare dans un pays du Golfe dépourvu de relations officielles avec Israël, l’émir a lui-même rendu publique cette rencontre placée sous le signe du dialogue et du respect mutuel.
Une audience au palais de Lusail
C’est dans son palais de Lusail, à Doha, que l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, a accueilli lundi matin une délégation de Rabbanim de l’Alliance des Rabbanim des États islamiques. La délégation était venue présenter ses condoléances au souverain, à la famille régnante et au peuple qatari après le décès de son père et prédécesseur, Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, disparu le 12 juillet à l’âge de soixante-quatorze ans. Ancien émir ayant abdiqué en 2013 en faveur de son fils, le défunt demeurait une figure très aimée dans son pays, et depuis sa disparition l’émir Tamim reçoit dans son palais rois, princes, chefs d’État et représentants d’organisations du monde entier, selon la tradition qui veut que les dignitaires étrangers se rendent au Qatar au décès d’un émir.
L’entrevue, qui a duré près d’une heure, s’est tenue en présence du Premier ministre et ministre des Affaires étrangères qatari, Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane ben Jassim Al Thani, ainsi que du chef du Diwan émiri, Abdallah ben Mohammed Al Khoulaïfi. Le bureau de l’émir a lui-même relayé la rencontre sur les canaux officiels du palais, un geste inhabituel de la part d’un État du Golfe qui n’entretient aucune relation formelle avec l’État d’Israël.
Une délégation venue du cœur du monde musulman
À la tête de la délégation se trouvait le Rav Mendy Chitrik, Chalia’h du Rabbi à Istanbul, Rav de la communauté ashkénaze de la ville et président de l’Alliance des Rabbanim des États islamiques. Il était accompagné de son fils, le Rav Eliyahou Chitrik, qui veille sur la communauté juive du Qatar et sur les nombreux visiteurs juifs qui s’y rendent, ainsi que du Grand Rabbin d’Iran, Yehouda Gerami. La présence conjointe, au palais d’un émir arabe, d’un Chalia’h du Rabbi et du Grand Rabbin d’Iran confère à cette entrevue une portée que peu d’observateurs auraient imaginée il y a encore quelques années.
Né à Tsfat au sein d’une famille hassidique, arrière-petit-fils du Rav Yehouda Chitrik, le Rav Mendy Chitrik s’est établi à Istanbul en 2001 avant d’être nommé Rav de l’antique communauté ashkénaze de Turquie en 2003. Père de huit enfants, il consacre depuis plus de vingt ans son énergie au renforcement de la vie juive dans un pays à majorité musulmane, où maintenir un cadre communautaire et religieux exige patience et discrétion.

Les remerciements du Rav Chitrik
À l’issue de l’audience, le Rav Chitrik a tenu à exprimer sa gratitude à l’émir pour l’accueil chaleureux réservé à la délégation et pour son soutien à la vie juive au Qatar. Il a adressé ses remerciements sincères à Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani pour avoir reçu les représentants de l’Alliance des Rabbanim des États islamiques au palais de Lusail, en présence du Premier ministre.
« Je suis reconnaissant du soutien de Son Altesse, qui permet à la vie juive de prospérer au Qatar et à mon fils, le Rav Eliyahou Chitrik, de servir la communauté juive ainsi que les nombreux visiteurs juifs du pays », a-t-il déclaré. De son côté, l’émir a exprimé sa reconnaissance au président de l’Alliance pour la sincérité de ses sentiments et la délicatesse de ses condoléances.
L’Alliance des Rabbanim des États islamiques
Fondée en septembre 2019 par le Rav Chitrik lui-même, l’Alliance des Rabbanim des États islamiques est la première organisation rabbinique du monde musulman. Elle relie et soutient les Rabbanim qui exercent leur ministère auprès des communautés juives établies dans les pays à majorité musulmane, où l’aide venue des institutions américaines ou israéliennes peut parfois se révéler difficile à obtenir. Son activité est reconnue par le Grand Rabbin séfarade d’Israël, le Rav Its’hak Yossef, dont les directives halakhiques encadrent son action.
L’Alliance rassemble aujourd’hui une quarantaine de Rabbanim, dont la majorité sont issus du mouvement Habad, au service d’environ cent dix mille Juifs répartis dans dix-huit pays, de l’Albanie à l’Azerbaïdjan, du Maroc au Nigeria, de la Tunisie à l’Ouzbékistan, en passant par la Turquie, l’Iran ou les Émirats arabes unis. Au fil des années, l’organisation s’est également distinguée par ses opérations humanitaires, notamment lorsqu’elle a organisé, en 2021, l’évacuation depuis Kaboul du dernier Juif d’Afghanistan.

Un message de dialogue entre les communautés
Interrogé après la rencontre, le Rav Chitrik a décrit cette visite comme une expression d’amitié, de respect mutuel et de fraternité, tout en rappelant combien les temps de guerre et de conflit éprouvent la solidité des liens noués entre les hommes. Il a insisté sur la nécessité de renforcer le dialogue entre les communautés juives et musulmanes, comme entre leurs responsables religieux.
« La paix ne se fait pas seulement entre les gouvernements. Elle commence entre les gens », a-t-il affirmé, ajoutant que le fait d’ouvrir son cœur à autrui constitue déjà un pas dans la bonne direction. Reconnaissant que les communautés juives du monde musulman ont considérablement diminué au cours du siècle écoulé, il a souligné que leur présence demeure aujourd’hui essentielle, tant elles témoignent d’une coexistence possible entre Juifs et musulmans, par-delà les tensions géopolitiques.
Un geste au poids symbolique
En choisissant de rendre publique cette entrevue sur ses propres canaux officiels, l’émir du Qatar a posé un geste dont la portée dépasse la simple courtoisie diplomatique. Un tel signe de reconnaissance envers la vie juive, émanant d’un État du Golfe sans relations formelles avec Israël, demeure suffisamment inhabituel pour être remarqué et prolonge, à sa manière, le travail patient mené par les Chlou’him du Rabbi aux quatre coins du globe, y compris là où l’on n’attendait pas de les voir franchir les portes d’un palais.
Car c’est bien cela que rappelle, en filigrane, cette visite au palais de Lusail : la vie juive dans le monde musulman n’appartient pas seulement au passé, mais demeure une réalité vivante, portée par des femmes et des hommes qui, avec la bénédiction du Rabbi, continuent d’éclairer les lieux les plus inattendus.

« Nous sommes sous le choc total » : après l’incendie de Haditch, le Chalia’h promet de tout reconstruire
La communauté pleure l’incendie dévastateur qui a réduit en cendres la synagogue et le grand complexe d’accueil érigés auprès de la sépulture de l’Admour Hazakène, à Haditch, en Ukraine. Par miracle, aucune personne n’a été blessée, et les invités présents ont risqué leur vie pour arracher aux flammes les quatre Sifré Torah. Le Chalia’h du Rabbi sur place, Rav Chnéour Zalman Deutsch, affirme déjà que la communauté se prépare à rebâtir un édifice plus vaste et plus beau qu’auparavant.
Un site saint ravagé par les flammes
La communauté Loubavitch demeure endeuillée par l’incendie dévastateur qui a détruit la synagogue et le complexe central d’hospitalité aménagés auprès du lieu de repos de l’Admour Hazakène, à Haditch, en Ukraine. Alors même que la douleur reste vive, le Chalia’h du Rabbi sur place assure que la communauté s’attelle déjà à la reconstruction. De nouvelles photographies diffusées mardi depuis les lieux laissent apparaître l’ampleur des dégâts causés par le brasier qui a ravagé le bâtiment principal desservant ce site sacré.
Un miracle : aucun blessé et les Sifré Torah sauvés
Rav Chnéour Zalman Deutsch, Chalia’h du Rabbi et Rav de Haditch, a souligné que ce n’est que par miracle que personne n’a été blessé. Un important groupe d’invités venus de Kiev passait justement le Chabbat dans le complexe au moment du sinistre, comme le font régulièrement des groupes de toute l’Ukraine venus participer aux séminaires organisés tout au long de l’année. Avant que la synagogue ne soit engloutie par les flammes, ces invités ont risqué leur vie pour sauver les quatre Sifré Torah qui s’y trouvaient.
La promesse de reconstruire, plus grand encore
« Nous recevons des centaines d’appels d’encouragement et de soutien des quatre coins du monde », a confié Rav Deutsch. « Dans les jours à venir, nous lancerons une campagne d’urgence afin de réparer cette terrible destruction et d’édifier un nouveau complexe. Cela demandera du temps, des efforts considérables et des moyens financiers immenses, mais, avec l’aide de Hachem, « plus grande sera la gloire de cette maison nouvelle que celle de l’ancienne ». Le complexe qui a été détruit était vaste et magnifique, capable d’accueillir des centaines d’invités à la fois. Celui que nous reconstruirons à présent, avec l’aide de Hachem et le soutien des Anash, sera plus grand encore. »
« Nous sommes en état de choc total »
S’exprimant dans les tout premiers instants qui ont suivi l’incendie, Rav Deutsch a décrit l’immensité de la perte. « Nous sommes en état de choc total », a-t-il déclaré. « L’ensemble du bâtiment central du tsioun, dans lequel nous avons investi notre cœur, notre âme et notre vie entière, est devenu un brasier. Les dégâts sont tout simplement inimaginables. C’est une douleur incommensurable. Mais rien n’arrête les ‘Hassidim, et à plus forte raison, en tant que Chalia’h du Rabbi et responsable de ce lieu saint, je ne puis renoncer. Avec l’aide de Hachem, nous trouverons la force de tout reconstruire depuis les fondations, quel que soit le temps et l’argent nécessaires, et de rendre ce site plus grand et plus beau qu’auparavant. J’ai la certitude que les Anash se mobiliseront pour cette œuvre. Grâce à D.ieu, personne n’a été atteint physiquement. »
La Fédération des communautés juives d’Ukraine se mobilise
Rav Meïr Stambler, président de la Fédération des communautés juives d’Ukraine, qui a joué un rôle déterminant dans l’édification du complexe de Haditch au fil des années, a indiqué que l’organisation attend les résultats de l’enquête officielle tout en se préparant à participer à la restauration du site. « À la Fédération des communautés juives d’Ukraine, nous attendons les conclusions définitives de l’enquête et restons en contact avec les autorités », a expliqué Rav Stambler. « Dans le même temps, nous nous préparons à fournir des Sfarim de remplacement ainsi que des tachmiché kedoucha, et nous avons la conviction que la communauté juive, ici comme à travers le monde, apportera son concours pour réparer cette perte considérable. Je remercie les pompiers, le maire de Haditch et le gouverneur régional pour leur dévouement, pour la supervision attentive des opérations d’extinction et pour leur aide dans la réhabilitation du site. »





























