La lèpre spirituelle et sa guérison : l’équilibre entre l’élan vers D.ieu et le retour au monde

La lèpre spirituelle et sa guérison : l’équilibre entre l’élan vers D.ieu et le retour au monde

 

La Parchat Metsora révèle une réalité spirituelle profonde : la Tsara’at symbolise un déséquilibre intérieur où l’élan vers le divin existe sans le contrepoids indispensable du retour. Lorsque le Ratso — le désir ardent de s’élever — s’emballe sans être ancré par le Chouv — le retour ordonné vers le monde — les forces obscures trouvent une brèche pour s’y engouffrer. La guérison passe alors par une démarche précise auprès du Cohen, qui incarne la capacité à rétablir cet équilibre sacré.

 

Adapté d’un Maamar du Likoutei Torah sur la Parachat Metsora 

 

La Tsara’at : quand l’élan spirituel perd son ancrage

La condition de la Tsara’at décrit un état où seul le Mo’ah HaBina — l’intellect de Bina — demeure actif. Cette sphère représente le Ratso, l’aspiration et l’élan vers le Haut, le désir intense de s’élever et de se fondre dans le divin. Mais Or Aba, la lumière d’Aba, qui est l’aspect du Bitoul — la nullification de soi — et qui ne cherche pas à s’élever mais se situe dans la dimension du Chouv, le retour vers le monde et les créatures, se retire et s’absente.

Il s’agit là du Ratso sans Chouv : un élan sans retour, un vol sans atterrissage. Dans cet état de déséquilibre, les forces extérieures — les Hitsonim — peuvent puiser leur vitalité et s’en nourrir. De même que, après la prière, si l’on ne s’engage pas immédiatement dans l’étude de la Torah, on risque de tomber dans l’égoïsme, les passions et les désirs mondains — car le vide spirituel laissé par l’absence du Chouv est aussitôt comblé par ce qui s’y oppose.

Le remède : « on l’amènera au cohen »

La Torah prescrit le remède en ces termes : Ve’houva el haKohen — « on l’amènera au Cohen ». Le Cohen, en effet, incarne la capacité de faire descendre Or Aba, la lumière qui restaure l’équilibre entre l’élan et le retour. Mais il faut noter la formulation précise du verset : ce n’est pas le malade qui se rend de lui-même au Cohen, c’est lui qui est amené — et cela indique que le Ratso, l’élan, doit néanmoins demeurer présent, même au cœur du processus de guérison.

Car il est nécessaire que la Techouva précède la descente de la lumière divine. La Techouva — dont le sens littéral est le retour — vient réparer le défaut dans la dimension du Hé, la dimension de Bina, qui est précisément le Ratso. Il est impossible de faire descendre Or Aba avant que ce défaut ne soit réparé.

On aurait pu penser qu’il suffit de s’adonner entièrement à l’étude de la Torah — la dimension du Chouv pur — pour remédier à la situation. Mais la Torah nous enseigne qu’il n’en est rien : sans le Ratso, sans l’élan et l’aspiration authentiques, la lumière divine ne peut descendre et s’investir dans les Kelim, les récipients de l’âme. Ainsi, Ve’houva el haKohen — « on l’amènera au Cohen » — exprime le Ratso, et Ve’yatsa haKohen — « le Cohen sortira » — exprime la descente du Chouv qui vient s’habiller dans les récipients de la réalité.

La Torah du metsora : l’union indissoluble du Ratso et du chouv

C’est là tout le sens de la conclusion du verset : Ve’zot tihyeh Torat haMetsora — « voici ce que sera la Torah du Metsora ». La leçon spirituelle de la Tsara’at est que c’est précisément à travers l’union harmonieuse du Ratso et du Chouv, de l’élan vers le Haut et du retour vers le bas, que la Torah de cet homme sera ce qu’elle doit être. Ni l’un ni l’autre à lui seul ne suffit : leur équilibre est la condition même d’une vie spirituelle authentique et féconde.

Rav Na’houm Goldschmid : plongée dans la vie d’un géant de la ‘Hassidout

Rav Na’houm Goldschmid : plongée dans la vie d’un géant de la ‘Hassidout

 

Une biographie de plus de 300 pages retrace le parcours exceptionnel du ‘Hassid Rav Na’houm Goldschmid, figure vénérée du mouvement Habad dont le nom était prononcé avec admiration par toute une génération. Le Rav Shimon Eisenbach, Rav du quartier Ha-Cha’hmon à Eilat, a dévoré cet ouvrage d’une traite pendant la fête de Pessa’h, et en livre ici une chronique passionnée. Une lecture qu’il recommande sans réserve à quiconque aspire à s’imprégner de crainte du Ciel et d’amour de la ‘Hassidout.

 

Rav Shimon Eisenbach, Rav du quartier Ha-Sha’hmon à Eilat

 

Un livre longtemps différé, enfin ouvert

L’expression bien connue « le temps dérobe ce que le cœur convoite » illustre parfaitement ce sentiment de frustration que l’on éprouve faute de pouvoir lire tout ce que l’on souhaiterait. Une pile de livres nouveaux s’accumule devant moi, elle ne cesse de grandir, et je n’arrive pas à m’en venir à bout.

L’un de ces ouvrages est un livre paru il y a quelques mois. Je dois préciser, par souci de transparence, qu’il a été publié à l’occasion du mariage de ma fille, Mme Yafa, avec le ‘Hassid Rav M.M. Goldschmid, célébrés en bonne heure le 14 Kislev de cette année. Ce livre s’intitule « Rav Na’houm Goldschmid » et a été rédigé par le frère de mon gendre, le Rav Avraham Goldschmid ; tous deux sont des arrière-petits-fils du grand homme dont il est question dans cet ouvrage.

Ce livre est resté un temps parmi d’autres que j’avais mis de côté, dans l’espoir de trouver le moment de les lire. Et voilà que, pour une raison que je ne saurais expliquer, c’est lui que j’ai saisi pendant la dernière fête de Pessa’h. Je l’ai lu avec avidité, du début à la fin, sans jamais regretter d’avoir choisi celui-là parmi tous les autres.

Un portrait d’une plénitude rare

L’ouvrage compte plus de 300 pages denses et riches, qui relatent la vie du célèbre ‘Hassid Rav Na’houm Goldschmid, de mémoire bénie, une figure qui faisait autorité parmi les ‘Hassidim Habad de la génération précédente. Depuis ma plus tendre jeunesse, j’ai entendu ce nom porté avec fierté sur les lèvres des ‘Hassidim qui en parlaient avec vénération et estime. Mon père, de mémoire bénie, le Rav Tsvi Eisenbach, l’évoquait lui aussi fréquemment, surtout comme celui qui avait su expliquer la doctrine de la ‘Hassidout à des milliers et des dizaines de milliers de personnes d’une manière unique, sans équivalent.

C’est ainsi que j’ai passé la fête de Pessa’h en compagnie de ce personnage exceptionnel. J’ai prié avec lui, étudié avec lui et, bien entendu, participé à ses Farbrengouenim pendant les jours de fête et de ‘Hol HaMoed, au fil d’anecdotes enchaînées les unes aux autres, de descriptions qui se succèdent, et de récits qui ont dessiné devant moi le portrait d’un homme hors du commun. Tout au long de la lecture, le sentiment dominant était celui du regret de ne pas l’avoir connu de près ni bénéficié de son ombre.

Un titre qui dit tout

Il m’est difficile de prodiguer des éloges à cet auteur talentueux pour son tRavail remarquable — car on ne fait pas l’éloge d’un homme en sa présence, et je crains que cette chronique lui parvienne un jour — mais la vérité mérite d’être dite : il a accompli un travail admirable et a rapproché les lecteurs au plus près du légendaire Rav Goldschmid.

Ce qui m’a touché plus que tout, c’est le titre du livre : « Rav Na’houm Goldschmid ». Alors que tout auteur cherche habituellement un titre grandiloquent pour son livre, qui donne au lecteur l’impression que le héros est à l’égal d’un ange ou d’un être d’élévation suprême, l’auteur a ici choisi de donner à son ouvrage simplement le nom de l’homme, sans titre exalté. Car c’était précisément toute la grandeur du Rav Goldschmid : il se comportait avec une telle simplicité, et c’est dans cette simplicité même qu’il était parvenu à concentrer les contenus les plus profonds de la doctrine ‘Hassidique.

Des racines ‘Hassidiques et une jeunesse à Ekaterinosslav

Le livre s’ouvre sur un panorama des racines ‘Hassidiques du Rav Goldschmid, qui appartenait d’abord à la ‘Hassidout en général, avant de se rapprocher progressivement du mouvement Habad et de son enseignement lorsqu’il est allé étudier à Tomkhei Temimim. Dans son enfance, il a grandi dans la ville d’Ekaterinoslav et y a étudié aux côtés des fils du Gaon Rabbi Lévi Its’hak Schneersohn — parmi lesquels le Rabbi lui-même, avec ses frères Berel et Leibel. Ces récits vivants révèlent beaucoup sur la ville d’Ekaterinoslav et sur l’intense vie ‘Hassidique qui y régnait. Dans cette ville de son enfance, il a noué des liens profonds avec toute la famille du Rav Lévi Its’hak Schneersohn, et bien sûr avec le Rabbi.

Fait remarquable : après son arrivée en Terre Sainte, Rav Na’houm n’a pas réussi, pour une raison ou une autre, à se rendre auprès du Rabbi. La première fois qu’ils se sont retrouvés en tête-à-tête après des décennies de séparation, c’était en 5728 (1967-1968), soit dix-sept ans après le début de la necsiaout du Rabbi. Des Temimim qui étudiaient alors au 770 racontent son effacement total devant le Rabbi, en véritable ‘Hassid, et les sanglots qui l’ont secoué pendant la prière en présence du Rabbi. On rapporte également comment il a demandé au Rabbi, lors de cette audience, d’être accepté comme un ‘Hassid ordinaire, et non d’être traité en ami d’enfance.

L’errance et l’exil à travers la Russie soviétique

De nombreuses pérégrinations ont été le lot de ce Tamim qui a erré de ville en ville à travers la Russie, fuyant les persécutions du régime contre tout ce qui relevait de la sainteté. Il a commencé à Rostov, avant de passer par Kharkov, puis Nevel, puis Vitebsk, puis Bakou, puis Moscou, jusqu’à ce qu’il soit contraint, sans autre issue, de fuir l’Union soviétique à tout prix.

En 5695 (1935), il a accosté en sécurité au port de Jaffa et s’est installé depuis lors à Tel-Aviv, qui débutait alors sa vie comme ville juive. Dans le Tel-Aviv de cette époque, la communauté Habad s’était formée et développée au point de devenir un phare de Torah et de ‘Hassidout, d’où l’enseignement ‘Hassidique a rayonné à travers toute la Terre Sainte. Au sein de cette communauté ‘Hassidique de Tel-Aviv, les ‘Hassidim étaient liés les uns aux autres par des liens d’amour profond, et les chapitres du livre dépeignent avec brio, sous la plume de l’auteur, la vie ‘Hassidique de Tel-Aviv de l’époque. On y apprend, entre autres, que Rav Na’houm s’est rendu un jour au domicile d’un ami, et que son fils, le Rav Mordekhaï, l’a surpris en pleurs — c’était après qu’il avait rendu visite à son ami le Rav David Brouman hospitalisé, dont il n’avait pu supporter de voir les souffrances sans fondre en larmes.

La voix de la ‘Hassidout à Tel-Aviv

C’est là, à Tel-Aviv, que sa stature s’est affirmée, notamment après l’affaiblissement du mashpia Rabbi Zalman Mochè Haïtsaki. Rav Na’houm est alors devenu le principal orateur et commentateur lors de chaque rencontre et Farbrenguen. Il donnait des cours de ‘Hassidout à toute heure, et des dizaines de personnes venaient boire ses paroles. Nombreux sont ceux qui témoignent aussi de la longueur de ses prières, auxquelles il consacrait des heures entières, y engageant toutes ses forces jusqu’à l’épuisement de son âme. Il se plongeait longuement dans la méditation ‘Hassidique et, par moments, éclatait en sanglots — et nul ne pouvait rester indifférent face à sa personnalité rayonnante. Les jeunes qui l’écoutaient et étudiaient la ‘Hassidout sous sa direction témoignent que la ‘Hassidout imprégnait chaque fibre de son être. Il pouvait s’asseoir sur un banc du boulevard Allenby, en plein été, et s’immerger pendant des heures dans l’étude de la doctrine ‘Hassidique. Le bruit de la rue ne le perturbait nullement, tant sa concentration le coupait totalement du monde extérieur, au point qu’il ne remarquait même plus ses amis et élèves qui passaient à proximité.

Saisir l’essence, non la surface

Un passage choisi du livre rapporte l’importance que Rav Na’houm accordait à saisir l’essence des choses, et non leurs seuls aspects extérieurs. Le Rav ‘Hassid Rabbi Chalom Douvber Boutman en témoigne par une anecdote savoureuse : à une certaine époque, il étudiait les ma’amarim de ‘Hassidout de l’année 5703 (1942-1943) et en parlait parfois avec Rav Na’houm. Il se retrouva un jour bloqué sur un passage et posa la question à l’un des membres de la communauté, mais la réponse qu’il reçut ne le satisfit pas. Lorsqu’il rencontra ensuite Rav Na’houm et lui soumit la question avec l’explication qu’il avait entendue, Rav Na’houm lui répondit : « Imagine que tu aies devant toi une charrette et un avion. Si on te demande quelle est la différence entre les deux, tu répondras : la charrette est en bois et l’avion en métal. En réalité, dans les faits, c’est une réponse exacte. Mais réfléchis-y — est-ce vraiment là la différence entre une charrette et un avion ?… »

Par cette courte réponse, Rav Na’houm exprimait sa conception unique de l’étude et de l’enseignement : ne pas se contenter de différences techniques, ne pas s’arrêter à la surface des idées, mais toujours aspirer à en comprendre la racine, la profondeur intérieure, l’essence qui se cache derrière les choses. Rav Na’houm cherchait toujours à toucher le cœur même des sujets — à atteindre l’essence, sans se satisfaire de la couche extérieure du concept.

Le Rav ‘Hassid Rabbi Ye’hezkel Sofer, qui avait étudié à la Yéchiva de Brisk avant de se rapprocher du monde ‘Hassidique, a décrit une conversation inoubliable qu’il a eue avec Rav Na’houm : « Un jour, alors que je revenais d’une visite à la Yéchiva de Tomkhei Temimim à Kfar Habad et me trouvais à Bné Brak, Rav Na’houm Goldschmid s’approcha de moi et me demanda : « Il est connu que chaque courant possède un point intérieur unique dont découlent tous les détails particuliers — quel est, selon toi, le point intérieur du livre du Tanya ? » J’ai tenté de répondre, de proposer différentes pistes, mais il ne fut satisfait d’aucune. Il me dit finalement : « Un homme peut se trouver au niveau du ‘Beinoni’ du Tanya, ‘n’ayant jamais commis de faute de sa vie’, et pourtant l’essence de sa nefech habahami — son âme animale — n’a pas changé d’un iota ! C’est là une très grande nouveauté : le Tanya exige du Juif d’être intérieur. Il ne suffit pas d’être ‘un Juif du Choulhan Aroukh’ et d’accomplir tous ses devoirs en acte, en parole et en pensée — il faut aussi transformer son monde intérieur. » »

Les émissions de radio et l’enseignement du Tanya

De larges chapitres du livre sont consacrés aux émissions de radio dans lesquelles Rav Na’houm dispensait des cours de Tanya à l’ensemble des habitants de la Terre Sainte — émissions qui parvenaient également jusqu’en Union soviétique, où les gardiens de la braise ‘Hassidique les écoutaient et en abreuvaient leur âme assoiffée. Maintenir ces émissions n’était guère aisé : des opposants ont tenté d’y mettre fin, et des militants se sont mobilisés pour en assurer la pérennité.

Un vaste chapitre retrace également les cours qu’il a dispensés aux élèves de Beth Rivka, transformant cet établissement de fond en comble : grâce à lui, de nombreux foyers ‘Hassidiques enracinés ont vu le jour.

Un livre riche en enseignements, malgré quelques imperfections

Le livre, comme indiqué, regorge de nombreuses perles qui chacune éclaire et illumine. L’une d’elles est l’évocation du Rav Efraïm Na’houm Bordiansky, qui connaissait, comme beaucoup dans le monde lituanien, le Rav Na’houm Goldschmid. Il déclare à son sujet que « la profondeur de son explication et sa capacité à rendre accessibles des idées sublimes découlaient d’un amour profond du peuple juif qui ne lui permettait pas de garder quoi que ce soit pour lui-même ».

En guise de conclusion, je me dois de préciser que ces quelques lignes ne sauraient remplacer la lecture du livre, car seule sa lecture intégrale permet d’appréhender cet homme grand et immense — et même après l’avoir lu, le sentiment demeure que l’on n’a pas encore réussi à le connaître tel qu’il était vraiment.

Je suis certain que l’auteur éditera une nouvelle version enrichie du livre, dans laquelle il ajoutera encore davantage de matière.

Pour ma part, il m’a manqué un index des noms qui aurait facilité la recherche d’une anecdote précise dont on se souvient. Par ailleurs, quelques erreurs et fautes de frappe se sont glissées dans l’ouvrage : ainsi, le nom du ‘Hassid Rabbi ‘Haïm Zalman Kozliner est orthographié par erreur « Klauzner » à plusieurs reprises ; de même, un récit du Rav Ganzburg qui avait entendu de Rav Na’houm est reproduit deux fois par mégarde, en page 190 et en page 251. Ces quelques corrections trahissent l’écriture dans la hâte et l’urgence d’avoir l’ouvrage prêt pour le mariage.

À la hauteur de la figure sublime de l’un des premiers ‘Hassidim, le grand Rav Na’houm Goldschmid, il conviendrait de rééditer ce livre afin que tout homme de savoir puisse s’y plonger et en retirer une ample portion de crainte du Ciel authentique et de fidélité à la doctrine ‘Hassidique.

Le Rabbi au jeune Yaakov : «Réponds-leur que la barbe est à la mode !»

Le Rabbi au jeune Yaakov : «Réponds-leur que la barbe est à la mode !»

 

À dix-sept ans, le Rav Yaakov Blotner confia au Rabbi ses craintes de porter la barbe dans sa ville natale. La réponse qu’il reçut, pleine d’humour et de sagesse, allait le marquer pour la vie. Bien des années plus tard, il comprend que cette rencontre fut le point de départ d’un engagement indéfectible envers les Juifs isolés du monde entier.

 

 

 

Une vocation forgée entre Lawrence et Crown Heights

Le Rav Yaakov Blotner officie comme Chalia’h de Habad à Worcester, dans le Massachusetts, depuis 1972. Spécialisé dans la supervision de la cacherout, il a également dirigé le Jewish Chaplaincy Services, une organisation qui assure des services religieux dans les prisons et les hôpitaux psychiatriques. Il a accordé cet entretien en janvier 2026.

J’ai grandi à Lawrence, dans le Massachusetts, au sein d’un foyer orthodoxe. Après ma Bar-Mitsva, mes parents souhaitaient m’envoyer dans une Yéchiva secondaire. Il en existait deux à Boston, toute proche : l’une était Modern Orthodox, l’autre était Loubavitch. La Yéchiva Loubavitch — fondée par le Rabbi précédent dans les années 1940 — me correspondait mieux, et c’est là que je m’inscrivis.

Durant l’été 1964, on me proposa de travailler comme moniteur junior au camp Gan Israël de Habad, alors situé à Swan Lake, dans les Catskills. Avant même cette expérience, j’avais commencé à adopter diverses coutumes de Habad, mais à la fin de l’été, j’étais pleinement engagé dans le mode de vie et la pratique religieuse ‘Habadnik.

Ces années-là, il était de coutume pour notre Yéchiva de se rendre à Crown Heights, à New York, pour participer au Farbrenguen du Rabbi le Chabbat Mévar’him Sivan — le Chabbat où l’on bénit le nouveau mois de Sivan, durant lequel est célébrée la remise de la Torah au mont Sinaï. Ces visites m’étaient très précieuses et m’ont profondément marqué ; elles m’ont conduit à entamer une correspondance avec le Rabbi.

Une lettre inattendue, un message qui traverse le temps

J’avais dix-sept ans à l’époque, et je lui écrivis au sujet de mes projets d’avenir. Je lui posai également diverses questions de Halakha, et le Rabbi m’orienta vers l’Agoudat Harabanim, l’Union des Rabbanim orthodoxes.

À la fin du lycée, je m’inscrivis à Tomchei Témimim, la Yéchiva Habad de Crown Heights. Peu de temps après, de manière tout à fait inattendue, je reçus une lettre très particulière du Rabbi. Rédigée en yiddish et datée du 25 Tamouz 5726 (13 juillet 1966), elle disait, dans ma traduction :

« Il s’est écoulé bien du temps sans que je reçoive de lettre de ta part. Puisque tout Juif mérite d’être jugé favorablement, et plus encore toi qui as eu le mérite d’étudier dans une section de la Yéchiva Tomchei Témimim et d’y réussir, il est certain que tu renforces ton assiduité et ta dévotion dans l’étude de notre sainte Torah — tant les études talmudiques que le ‘Hassidout — et que tu étudies de la manière appropriée, par laquelle l’étude conduit à l’accomplissement des Mitsvot avec beauté.

À ce propos, nos sages nous ont assurés : « Celui qui vient se purifier reçoit l’aide [du Ciel]. »

Il est certain que tu observes [l’étude des] trois portions quotidiennes bien connues : le ‘Houmach, les Téhilim et le Tanya.

Avec bénédiction, au nom du Rabbi,
S.M. Simpson, secrétaire »

Lorsque je reçus cette lettre, j’étais très jeune et n’en mesurai pas pleinement la portée. Ce n’est qu’avec le temps que je pris conscience du privilège extraordinaire qu’elle représentait : le Rabbi avait remarqué que je n’avais pas écrit depuis un moment et avait pris l’initiative de rétablir le lien. Sur le moment, ma première pensée fut : « Oh non… le Rabbi me surveille. Il faut que je me reprenne. » Ce n’est que plus tard, avec une lecture plus mûre, que j’ai réellement ressenti son amour pour moi et pour chaque Juif.

Raffiner les autres : une mission lue entre les lignes

Cette lettre pouvait s’interpréter de deux façons. Le Rabbi y citait le Talmud : « Celui qui vient se purifier reçoit l’aide du Ciel » — sans préciser s’il s’agit de se purifier soi-même ou de purifier les autres. Outre le sens littéral — si l’on souhaite se raffiner soi-même, D.ieu nous y aidera — il existe une autre lecture : si une personne cherche à élever les autres, elle sera soutenue.

C’est ce message que j’en retins, et que je finis par comprendre comme essentiel : je devais m’impliquer dans l’aide aux autres Juifs. Cette idée me touchait profondément, et je me retrouvai à travailler — tantôt comme salarié, tantôt comme bénévole — auprès de Juifs isolés, qu’ils se trouvent en prison ou dans des hôpitaux psychiatriques. Ma carte de visite porte d’ailleurs cette inscription : Inspiration pour les isolés.

« Dites-leur que la barbe est à la mode — même les hippies en portent »

Peu après avoir reçu cette lettre, j’eus également le privilège d’être reçu en audience privée par le Rabbi. Avant cette rencontre, le secrétariat du Rabbi m’avait demandé de coucher mes questions et préoccupations par écrit, ce que je fis.

Parmi mes inquiétudes figurait le fait que j’avais laissé pousser une barbe complète, conformément à la coutume Habad, mais que dans ma ville natale de Lawrence, les barbes étaient extrêmement rares et je craignais les réactions négatives de mon entourage. Le Rabbi dissipa cette crainte d’une manière surprenante. Il aurait pu simplement me dire de le faire quand même et de ne pas prêter attention à ce que les gens pensent. Mais au lieu de cela, il retourna la situation : c’était moi qui étais à la pointe de la tendance. Il me dit textuellement :

« Tu peux dire aux gens que la barbe revient à la mode — même les hippies en portent. »

Je lui mentionnai également mon amour de l’histoire juive, et notamment des récits que me confiaient les Juifs plus âgés de mon quartier. À cela, le Rabbi me conseilla d’étudier le Ein Yaakov, le recueil de récits et d’enseignements éthiques tirés du Talmud, compilé au XVIe siècle pour rendre ces enseignements accessibles sans les complexités juridiques.

Je commençai à étudier le Ein Yaakov à la suite de ce conseil, et je continuai à le faire au fil des années. Lorsque j’eus l’occasion de l’enseigner à d’autres, je le fis avec joie. Ce texte a toujours eu pour moi une résonance personnelle particulière, en raison de ce que m’avait dit le Rabbi.

La campagne des Téfilines et les premières graines de l’engagement communautaire

En 1967, je rejoignis la Yéchiva Habad de Montréal. Cette année-là, le Rabbi lança sa campagne des Téfilines, et mes camarades et moi y participâmes avec enthousiasme. Nous nous rendions dans les centres commerciaux, les bureaux et les campus universitaires, et nous nous postions même aux coins de rue dans l’espoir de proposer à des hommes juifs de poser les Téfilines.

C’est alors que me vint l’idée d’installer un petit stand de Téfilines devant notre Yéchiva. De nombreux adolescents juifs passaient devant nous en allant à l’école ou en en revenant, et ce stand serait idéal par mauvais temps ou pour ceux qui ne souhaitaient pas effectuer ce geste en pleine rue. J’écrivis au Rabbi, qui me répondit : « J’en ferai mention au lieu de repos [du Rabbi précédent]. Il convient de le faire en ce moment. » Avec sa bénédiction, nous construisîmes donc le stand, et ce fut un grand succès.

À petite échelle, ce fut le début de mon engagement social, qui me conduisit à mon travail auprès des isolés — un chemin que la lettre du Rabbi avait tracé devant moi.

le président argentin Javier Milei s’exprime en exclusivité dans une interview sur Chanel 14

le président argentin Javier Milei s’exprime en exclusivité dans une interview sur Chanel 14

 

Dans un entretien exceptionnel accordé à la veille des célébrations du Jour de l’Indépendance d’Israël, le président argentin Javier Milei exprime sans détour son soutien indéfectible à l’État juif, sa vision des valeurs judéo-chrétiennes comme fondement de la civilisation occidentale, et son amitié personnelle avec le Premier ministre Binyamin Netanyahou. Entre déclarations de foi, engagement contre l’antisémitisme et promesse de transférer l’ambassade argentine à Jérusalem, Milei se révèle l’un des alliés les plus déterminés d’Israël sur la scène internationale.

 

 

 

Un honneur immense : porter la flamme au nom d’une des douze tribus

Monsieur le président, je vous remercie infiniment pour cet entretien. C’est un grand privilège et un immense honneur de vous recevoir, et j’espère que nous aurons une belle conversation.

C’est un véritable plaisir de vous accueillir, et j’espère moi aussi que cet échange sera à la hauteur de l’occasion.

Monsieur le Président, vous êtes sur le point de recevoir l’honneur d’allumer une torche lors des cérémonies du Jour de l’Indépendance d’Israël. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Je me sens ému, profondément touché. La vérité, c’est que je le dis toujours : je défends la cause d’Israël, la cause du peuple juif, parce que c’est une cause juste. Je le fais sans calcul politique, sans arrière-pensée d’aucune sorte. Je le fais parce que c’est ce que je ressens véritablement, et en tant que chef d’État, j’ai la possibilité d’aligner ma vision sur mes actes. La cause d’Israël est une cause juste. Il n’y a donc aucun conflit entre ce que je ressens et ce que je crois être la bonne conduite. C’est pourquoi je défends la cause d’Israël avec toute la force qui est la mienne.

Ce qui compte, c’est de faire ce qui est juste. Bien souvent, lorsque l’on cherche à changer une situation injuste mais bien établie, on génère des résistances — mais on doit faire ce qui est juste. Dans le cas de la défense du judaïsme et de la défense d’Israël, il s’agit d’une cause juste, et c’est pourquoi je la défends. Israël est le bastion de l’Occident : tout ce que l’Occident a de merveilleux repose sur les valeurs judéo-chrétiennes. Tourner le dos à cet héritage culturel, qui est à l’origine de la plus grande épopée civilisatrice de l’histoire de l’humanité, reviendrait à détruire tout ce qui a rendu grande la civilisation occidentale.

Ce voyage sera véritablement exaltant : participer aux célébrations de l’indépendance d’Israël, porter une torche représentant l’une des douze tribus, recevoir en plus une décoration de la part du président Herzog, et me voir décerner un doctorat honoris causa — c’est réellement très gratifiant.

L’Iran, ennemi de l’Occident et de l’Argentine

Si quelque chose caractérise Israël, c’est sa capacité à coexister avec ses voisins. Israël n’a pas de problème de cohabitation. Mais l’Iran, lui, veut l’extermination d’Israël. Face à cela, on ne peut pas se permettre d’avoir une attitude passive ou timorée. L’Iran représente clairement une menace. L’Iran est un ennemi de l’Argentine.

Deux bombes ont explosé en Argentine à cause de l’Iran. Quelle position voulez-vous que j’adopte envers un pays, envers des organisations terroristes qui ont posé des bombes sur mon sol ? Au-delà de ma défense de la cause d’Israël parce qu’elle est juste, nous parlons d’un pays qui a collaboré avec des organisations terroristes pour faire exploser des bombes en Argentine. Et ce n’est pas tout : au danger que représentait l’Iran en développant un potentiel nucléaire — mettant en péril la planète entière — s’ajoutait l’exportation et le financement du terrorisme à travers le monde. L’Iran n’est donc pas seulement un ennemi d’Israël : c’est un ennemi de tout l’Occident.

Face à quelqu’un qui veut vous exterminer, on ne peut pas négocier, on ne peut pas adopter une position intermédiaire ni une position grise — sinon il vous emportera. La grande caractéristique de la communauté internationale, c’est sa lâcheté, sa peur de l’affrontement. Si vous voulez la paix, vous devez être préparé à la guerre. Si nous ne comprenons pas cela et ne sommes pas prêts à affronter ceux qui veulent anéantir notre existence, nous finirons victimes de toute façon. Celui qui a peur meurt tous les jours. Celui qui affronte la vie avec courage ne meurt qu’une seule fois.

Trump, Netanyahou et la lutte contre le fléau terroriste

Nous avons été victimes de cela, mais je suis très optimiste face à ce qui se passe en ce moment. Nous devons remercier le Créateur de nous avoir donné des dirigeants de la stature de Binyamin Netanyahou et de Donald Trump, déterminés à mettre fin à ce fléau qui pèse sur l’humanité. Tous deux méritent mon soutien total, car c’est la seule façon d’en finir une bonne fois pour toutes avec ceux qui sèment la terreur et l’horreur dans le monde. C’est pourquoi je soutiens de toutes mes forces les actions d’Israël et les actions des États-Unis.

Un combat résolu contre l’antisémitisme

Nous menons une action très profonde contre l’antisémitisme. Israël est le bastion de l’Occident. Et si Israël venait à tomber — ce qui n’arrivera jamais, car des années et des années de tentatives de destruction du peuple juif n’ont pas abouti et n’aboutiront pas — ce serait une catastrophe pour toute la civilisation. Mais le peuple d’Israël est invincible, car c’est le peuple de D.ieu.

Les Dix commandements, socle de la liberté et de la prospérité

Dans les Dix commandements, dès le premier d’entre eux, le Créateur se désigne comme D.ieu et précise qu’il est celui qui a fait sortir son peuple d’Égypte, celui qui l’a tiré de l’esclavage. La liberté est ainsi proclamée dès le premier commandement. Parmi les suivants : tu ne tueras point, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas le bien d’autrui. Un ensemble de valeurs qui mène à un ordre de vie en société et engendre la prospérité. Ce sont, au fond, les valeurs sur lesquelles repose le capitalisme. Celui qui embrasse les lois que le Seigneur nous a léguées entre en résonance spirituelle et matérielle, et prospère — le paradis descend alors sur la terre.

Au Kotel et au Ohel : gratitude et sagesse

Ces deux visites sont très émouvantes — que ce soit au Kotel ou au Ohel. Ce que je ressens en premier lieu, c’est la gratitude. Chaque fois que j’arrive au Kotel, je ne peux m’empêcher d’éprouver ce sentiment de reconnaissance. La première chose que je fais en y arrivant, c’est de rendre grâce. Il en va de même lorsque je me rends au Ohel. Ma demande est publique et connue : je demande la sagesse pour distinguer le bien du mal — car le mal sait parfois se masquer et s’autojustifier —, le courage de choisir le bien, la tempérance pour rester sur ce chemin, et la justice pour agir conformément à ce qui est juste, c’est-à-dire rien de plus ni de moins que la loi de D.ieu.

Une amitié sincère avec Netanyahou et Trump

Je me sens personnellement ami de Bibi. J’ai pour lui une affection immense, mais par-dessus tout une profonde admiration. C’est un dirigeant extraordinaire. Israël et tout l’Occident devraient être reconnaissants qu’il soit le Premier ministre d’Israël. C’est un grand être humain, une personne d’une intelligence remarquable, qui comprend parfaitement ce qui est en jeu. Je me sens véritablement honoré, flatté et privilégié d’avoir la chance d’être ami avec Bibi, tout comme d’entretenir une excellente relation avec le président Donald Trump. Ces deux dirigeants sont pour moi des leaders d’exception, qui comprennent parfaitement les enjeux de notre époque. Je suis fier de pouvoir dire que j’ai ce lien exceptionnel aussi bien avec Netanyahou qu’avec Trump.

Renforcer les liens entre Israël et l’Argentine

Netanyahou a joué un rôle déterminant dans ce rapprochement, et je crois qu’il continuera à être un élément essentiel pour approfondir nos liens commerciaux, nos liens financiers, mais surtout et avant tout nos liens culturels.

Pour moi, c’est un indicateur que j’agis dans la bonne direction. Je me suis retrouvé en plein accord avec des leaders bien plus importants que moi — ce qui m’a frappé. Lorsque j’ai lu la biographie de Netanyahou, j’ai trouvé une phrase brillante : « Si un jour il pouvait marcher sur l’eau, on dirait qu’il le fait parce qu’il ne sait pas nager. » C’est d’une justesse absolue. Les adjectifs des journalistes à l’égard d’Elvis Presley étaient dévastateurs — on disait qu’il était un mauvais artiste, qu’il ne savait pas chanter, qu’il avait usurpé la musique noire. Ce que j’ai découvert, c’est que plus on monte dans la pyramide du pouvoir, plus on est critiqué. Mais le point central, c’est que les critiques ne passeront pas à l’histoire, tandis que celui qui est aux commandes en écrit les nouvelles pages. Cela vaut pour Trump, pour Netanyahou, et à une autre échelle, pour ce que je fais en Argentine.

L’ambassade à Jérusalem : une décision de principe

Tel Aviv pourra être la capitale politique, mais la capitale spirituelle est Jérusalem. Nous allons donc y transférer notre ambassade. C’est une décision prise — il ne s’agit plus que d’une question de mise en œuvre. Je n’en connais pas encore le calendrier exact : le temps appartient à D.ieu. Ce que je peux vous dire, c’est que j’ai la conviction de le faire. Dès que les circonstances me le permettront, je le ferai. Parce que je crois que c’est juste. Et si je fais ce que je crois juste, qu’importe ce que les autres en disent ? Quand on connaît la différence entre le bien et le mal et qu’on adopte une position neutre, on devient complice du mal.

Regardez les vidéos des gens qui se réfugient dans des abris lorsqu’Israël est bombardé : ils prient, chantent, dansent, tout en s’élevant vers le Seigneur. Il n’existe aucun moyen de détruire le peuple d’Israël.

Une Mezouza faite de débris de missiles

Je connais quelques mots en hébreu. Je sais que Berechit, c’est la Genèse, et que Chémot, c’est l’Exode. À l’entrée de mon bureau, j’ai une Mezouza fabriquée à partir de débris en acier de missiles abattus par le Dôme de fer. J’ai aussi mes kippot, et une ‘Hanoukkia, qui trône là pour quand arrive la fête de Hanouka.

Je suis tellement heureux de l’entendre. Monsieur le Président, ce fut un plaisir de m’entretenir avec vous. Merci infiniment pour votre temps, pour votre soutien, et pour tout ce que vous faites pour le peuple d’Israël et pour le monde. Permettez-moi de vous offrir ce petit présent.

Merci beaucoup. Je l’utiliserai lors de ma prochaine visite. Et pour tout le reste, vous n’avez pas à me remercier — je ne fais que ce qui est juste. Merci pour ce cadeau, et merci pour cet entretien.

Merci à vous, Monsieur le Président.

L’étude de la ‘hassidout : nécessaire, vitale et transformatrice

L’étude de la ‘hassidout : nécessaire, vitale et transformatrice

 À travers une réflexion rigoureuse illustrée de récits frappants, le Rav Yoel Kahn démontre que la ‘hassidout ne se réduit pas à une aspiration mystique réservée à une élite spirituelle, mais transforme en profondeur la perception et le comportement de tout juif qui s’y consacre sérieusement. La question posée au Rav Yoel Kahn était la suivante : peut-on dire que les hommes qui étudient la ‘hassidout en notre génération en sont vraiment transformés ?

 

Rav Yoel Kahn 

 

Dans les générations passées, on voyait clairement comment la ‘hassidout changeait l’homme. Il y avait des ‘hassidim de haut rang, craignant D.ieu et Le servant avec sincérité, qui s’adonnaient à la contemplation de la grandeur divine et prolongeaient leur prière des heures durant chaque jour, épurant leur corps et leur âme animale. Or il semble qu’en notre génération, peu nombreux soient ceux qui appliquent pleinement l’exigence ‘hassidique de purifier la nature des traits de caractère et s’élèvent vers des niveaux spirituels élevés.

Permettez-moi d’abord de préciser la question, qui est en réalité double : a) tout homme de notre génération peut-il parvenir à ce que la ‘hassidout exige ? b) Même si cela est possible en théorie, combien y parviennent effectivement ? Si l’on cherche de tels juifs, on en trouvera probablement un tout petit nombre. Qu’on considère ou non ce travail comme relevant de chaque juif, la réalité est qu’il n’existe en pratique que des individus isolés de ce type. La question est donc : faut-il que tout juif s’engage dans le travail ‘hassidique dans l’espoir de figurer parmi ces rares élus ?

Prenons un exemple. L’un des fondements de la ‘hassidout est la notion de bittoul (annulation de soi). Selon les termes de l’Admour HaTsema’h Tsédek, expliquant le commandement de l’unité divine dans son ouvrage Dere’h Mitsvote’ha (p. 62a), un juif ne devrait pas dire « moi » mais transformer le « moi » en « néant ». « Es iz nito kein ich » — il n’y a pas de « moi » ! Or de combien de personnes de nos jours peut-on dire qu’elles ont atteint un tel niveau ?

Il est évident que tout homme qui étudie quelque peu la notion de l’annulation des mondes devant la Divinité ressentira une certaine impression de bittoul. Une trace subtile de la chose s’imprime en lui. Mais la question est : pour cette trace légère et délicate, vaut-il la peine d’investir autant de temps dans l’étude de la ‘hassidout ?

La vérité est que si l’on réfléchit en profondeur, on découvre qu’il existe de nombreuses questions fondamentales et essentielles, directement liées à la pratique concrète, que la ‘hassidout offre à tout juif qui en goûte même un peu.

Mais avant de répondre à la question elle-même, je souhaite formuler une remarque préliminaire. Il me semble que la question découle d’une erreur fondamentale d’approche à l’égard de l’étude et de la pratique de la ‘hassidout.

Certains pensent que l’étude et la pratique de la ‘hassidout ont pour but de susciter enthousiasme et émotion dans le service divin, afin que l’homme ressente qu’il accomplit quelque chose dans sa vie spirituelle.

Il m’est arrivé récemment de m’entretenir avec quelqu’un du service divin selon la ‘hassidout. En cours de conversation, j’ai compris à ses questions que nous ne parlions pas le même langage. Pour lui, tous les concepts ‘hassidiques étaient perçus comme des choses que l’homme doit faire — c’est là que tout commence et se termine. Le bittoul signifiait que l’homme doit se sentir, se comporter et paraître annulé et humble ; la méririout (amertume spirituelle) signifiait que l’homme doit s’efforcer d’avoir un mouvement d’insatisfaction spirituelle, au point de verser une larme. Et ainsi de suite pour tout ce qui concerne le service divin.

C’est là une erreur fondamentale d’approche.

Je lui ai dit ceci : quand un homme s’adonne aux mathématiques, le sujet tout entier porte-t-il sur la façon dont la matière l’affecte, lui, ou cherche-t-il à connaître la réalité objective ? Le fait qu’« un carré est plus grand que le quart d’un cercle » — ce fait n’a-t-il de sens que par rapport au comportement humain, ou est-ce une réalité en soi ? Il est évident que même si l’on imaginait un monde sans êtres humains, un carré serait tout de même plus grand qu’un cercle. C’est une réalité qui existe indépendamment de l’homme. La sagesse est une sagesse vraie — sauf que lorsque l’homme étudie et réfléchit à ce principe vrai, celui-ci est ressenti en lui, dans son esprit, mais la chose elle-même existe et est vraie indépendamment de lui.

Il en va de même dans le service divin : par exemple, quand nos Sages disent « sois très humble d’esprit devant tout homme », ils ne veulent pas seulement dire que l’homme doit se comporter humblement envers son prochain. Ce n’est pas quelque chose qui commence par le comportement de l’individu ; c’est la vérité ! Sous un certain angle, tu es réellement plus humble que tout autre homme ! Et peu importe que tu le penses ou le ressentes ainsi ou non. Telle est la réalité. Le commandement à l’homme est qu’il réfléchisse et contemple cette vérité, que son intelligence parvienne à cette conclusion et qu’il la ressente et se comporte en conséquence — mais la chose commence par le fait que c’est là la réalité objective, même si l’homme ne le sait pas.

De même s’agissant du précepte « juge tout homme favorablement » (qui est en grande partie lié à l’enseignement des Sages mentionné ci-dessus, « sois très humble… ») — il ne s’agit pas seulement d’une directive comportementale, consistant à dire oralement que l’autre est innocent et vertueux, etc. ; c’est la réalité ! Lorsqu’on pose un regard juste et véritable sur la situation et l’état de son prochain — il est vraiment innocent.

J’ai un jour participé à un Farbrenguen où était présent un ‘hassid de Belz. Il raconta comment l’Admour de Belz — le « Belzer Rav », de mémoire bénie — avait un amour des juifs immense et jugeait tout juif favorablement. Il répétait souvent que de nos jours il n’y a pas de véritables pécheurs, et que même ceux qui n’observent pas les commandements sont des enfants enlevés en bas âge qui agissent sans mauvaise intention.

Un Chabbat, il se promenait dans la rue avec quelques-uns de ses ‘hassidim et ils aperçurent un juif au coin de la rue qui marchait avec une cigarette allumée dans la main. L’un des ‘hassidim attira l’attention de l’Admour sur cet homme, en faisant remarquer discrètement qu’il y avait là une profanation concrète du Chabbat. Quand ils s’approchèrent un peu plus, l’homme jeta la cigarette de sa main. L’Admour de Belz dit alors : « Il avait sans doute oublié que c’est Chabbat aujourd’hui, et quand il a vu des juifs avec des Schtreimels s’approcher, il s’en est souvenu et a jeté la cigarette. »

D’après la façon dont le narrateur présentait la chose, il semblait croire que l’Admour de Belz pensait réellement que cet homme avait oublié que c’était le septième jour. Mais je ne crois pas que ce soit ce que l’Admour de Belz voulait dire. Il serait inconcevable d’attribuer à un tel juste des paroles qu’il ne croyait pas lui-même fondées. Ce n’est pas un jugement naïf découlant d’une méconnaissance de la situation réelle de l’homme qui fumait. Je suis convaincu que les paroles de l’Admour de Belz exprimaient ce qu’il croyait sincèrement, tout en comprenant parfaitement le niveau réel de cet homme.

Il ne voulait pas dire qu’il avait oublié que c’était le septième jour, mais qu’il avait oublié ce qu’est le Chabbat. On ne l’avait jamais éduqué à la valeur du Chabbat et il n’avait aucune connaissance de sa sainteté. Il avait « oublié », il ne ressentait pas la sainteté du Chabbat. Tel était le sens de ses paroles : lorsqu’il vit des juifs avec des Schtreimels près de lui, cela lui rappela et éveilla en lui une certaine sensation de la sainteté du Chabbat, si bien qu’il jeta la cigarette.

Voilà le sens véritable du précepte « juge tout homme favorablement » : non pas de vains mots que l’homme lui-même ne croit pas mais qu’il se force à dire, ou même à penser, parce que les Sages l’ont ordonné ; mais c’est bien la réalité vraie. Si les Sages ordonnent de juger un juif favorablement, cela signifie que celui qui profane le Chabbat est vraiment innocent. Il le fait parce qu’il « oublie » le Chabbat, parce qu’il n’en connaît pas et n’en reconnaît pas la sainteté ; et s’il avait compris un peu ce qu’est la valeur du Chabbat, il ne l’aurait pas profané. Et de même pour tout juif dans quelque état inférieur que ce soit — il y a toujours un vrai côté méritoire qui explique pourquoi il se trouve dans une telle situation. Et l’enseignement des Sages à l’homme est qu’il cherche et s’approfondisse dans la situation de son prochain et trouve en lui le côté méritoire.

« Sois très humble d’esprit » — en toute vérité

À première vue, l’on croit que les paroles des Sages « sois très humble d’esprit devant tout homme » s’adressent uniquement au comportement de l’homme : c’est une norme de conduite, selon laquelle il doit se montrer humble envers son prochain. Et plus l’homme est religieux, plus il s’abaisse — non seulement en acte, mais aussi en paroles, répétant sans cesse « je suis humble », « je suis humble ». S’il est encore plus pieux, il pense et se dit intérieurement : « je suis encore plus humble ». C’est un bavardage externe en bouche, et un bavardage externe en pensée également. Au fond de son cœur, il sait que ce n’est pas vrai. Et non seulement au fond du cœur : même au niveau de la compréhension simple, il comprend qu’il est supérieur à son prochain pour de nombreuses raisons solides.

Quand l’Admour HaZaken cite cet enseignement des Sages dans le Tanya, au chapitre 30, il ajoute aussitôt : « et sois humble — en toute vérité ». Autrement dit, cette prise de conscience que l’homme est inférieur à son prochain doit être authentique dans l’esprit et le cœur de l’homme. Cela n’est possible que parce que la réalité est effectivement ainsi. C’est la vérité — ton prochain est supérieur à toi. L’Admour HaZaken poursuit en expliquant longuement pourquoi la réalité est bien que, sous un certain angle du moins, même le plus grand érudit est inférieur à l’ignorant pécheur. La substance de l’explication s’étend sur un chapitre entier du Tanya et il serait difficile de l’exposer ici, mais je vais raconter une histoire qui illustre parfaitement l’idée que l’Admour HaZaken développe.

Dans la génération précédente, il y avait un ‘hassid du nom de Rav ‘Hatskè (Ye’hezkel) Feigin, mort en martyr. C’était un homme d’une grande sagesse, et l’Admour Mohariyats le nomma mashpia (guide spirituel) à la Yéchiva. C’était à l’époque des communistes, quand les juifs commençaient à souffrir de leurs décrets. La Yéchiva se trouvait alors à Poltava, et en raison des persécutions des communistes — ennemis de la religion — il y avait un cordonnier qui avait commencé à ouvrir sa boutique le Chabbat. C’était encore au début de la période difficile pour les juifs de Russie, et dans ce contexte, cela représentait une brèche spirituelle considérable. En des temps normaux, nombre de ses amis juifs auraient tenté de lui parler et de le convaincre de changer de comportement ; mais à cette époque-là, un tel prosélytisme religieux était considéré comme antisoviétique, une véritable subversion, et pouvait valoir plusieurs années de Sibérie.

Chaque matin de Chabbat, quand Rav ‘Hatskè allait au mikvé, il passait devant la boutique ouverte du cordonnier. Un jour, Rav ‘Hatskè était assis et faisait un Farbrenguen avec des jeunes gens, et au cours de la réunion, il évoqua cette situation. Il dit aux jeunes hommes que chaque fois qu’il passait devant la boutique ouverte du cordonnier le Chabbat, il ressentait une piqûre au cœur. Les jeunes crurent d’abord qu’il voulait parler de la douleur qu’il éprouvait à cause de la profanation du Chabbat par le cordonnier, mais il s’empressa d’expliquer : « Nous regardons le cordonnier comme un profanateur du Chabbat, et c’est la réalité — en droit, il profane effectivement le Chabbat. Mais quand je commence à réfléchir à ce que signifie vraiment la profanation du Chabbat, une pensée me monte au cœur : ce cordonnier comprend-il vraiment ce qu’est le Chabbat et quelle est la grandeur de sa sainteté ? D’après l’impression que j’en ai, cet homme n’a pas étudié beaucoup de lois du Chabbat, et à plus forte raison n’a-t-il pas étudié la signification intérieure du Chabbat selon la Torah ésotérique. Et pourtant on l’appelle « profanateur du Chabbat ». En halakha, c’est son titre.

« Mais nous, poursuivit Rav ‘Hatskè, nous savons ce qu’est le Chabbat. Nous avons étudié l’excellence du Chabbat, tant selon la Torah exotérique que selon la ‘hassidout. Nous avons une certaine conscience de la signification du Chabbat. Nous comprenons que le Chabbat est un temps particulier, un jour saint, dont chaque instant doit être consacré au service de D.ieu. Et si chez nous passent quelques minutes, quinze ou vingt minutes, gaspillées, sans les avoir utilisées pour le service divin — mir zeinen der emes’e mechalelei Chabbat [c’est nous les vrais profanateurs du Chabbat] ! » Et il éclata en sanglots.

Il ne cherchait pas à se persuader qu’il était inférieur au cordonnier. Il ne cherchait pas à s’émouvoir et à verser des larmes : il était « en toute vérité » sincèrement peiné de son état. Il pensait vraiment que, selon son niveau spirituel, en ce qui concerne la garde du Chabbat, il était encore plus inférieur à ce cordonnier qui profanait le Chabbat publiquement !

Et de même qu’il en est ainsi pour les relations entre l’homme et son prochain, il en va de même pour les relations entre l’homme et D.ieu. Ce que le Tsema’h Tsédek écrit — qu’un juif doit sentir « az es iz nito kein ich » (qu’il n’y a pas de « moi ») — ce n’est pas une norme de comportement selon laquelle il serait interdit de prononcer le mot « moi ». Les propos du Tsema’h Tsédek s’inscrivent dans la continuité d’un discours complet exposant en détail le sujet de l’unité divine, qui conclut qu’après toute cette contemplation de la vérité — qui est la réalité effective absolue, il n’y a rien en dehors de Lui — la conclusion pour l’homme est qu’il doit comprendre par son intelligence et ressentir dans son cœur qu’il n’existe pas d’autre réalité que le Saint béni soit-Il, et qu’il n’y a donc pas de « moi » du tout !

C’est pourquoi, de prime abord, je ne comprends même pas la question de savoir si le travail de la ‘hassidout est pertinent de nos jours. Si tout le travail de la ‘hassidout consistait à parvenir à certains sentiments ou à certains niveaux spirituels mais que tout cela ne concernait que l’homme qui accomplit le travail, il y aurait peut-être lieu de dire qu’aujourd’hui, où les esprits et les cœurs se sont amoindris, il est très difficile pour la plupart des gens d’atteindre les niveaux que la ‘hassidout exige. Mais la ‘hassidout vient avant tout pour révéler à l’homme quelle est la vérité. Tout ce qui est expliqué dans la ‘hassidout sur l’unité divine, c’est la réalité véritable dans laquelle tout homme, en toute génération et en toute époque, vit. De même que le carré est plus grand que le cercle sans aucun lien avec l’époque ou le lieu où se trouve l’homme — de même, à une autre échelle, le fait que D.ieu est Un et qu’il n’y a pas de « moi » est une réalité toujours vraie, que ce soit dans la génération de lumière à l’époque du Baal Chem Tov et de ses saints disciples, ou dans cette génération inférieure des « talons du Messie ».

Et cette vérité, tout juif doit s’efforcer de l’apprendre et de la comprendre. Il doit peiner à comprendre, reconnaître et voir la réalité véritable.

Il y a des commerçants et des commerçants…

[Question : Le Rav veut-il dire que toute la ‘hassidout en notre époque n’est qu’une compréhension intellectuelle et une connaissance de la vérité en théorie seulement ?]

À D.ieu ne plaise ! Le verset dit « et tu sauras aujourd’hui » et aussitôt après il ajoute : « et tu le rapporteras à ton cœur » — il doit y avoir un retour vers le cœur. Tout ce qui est connu doit être rapporté au cœur. Mais il faut bien comprendre que le « tu le rapporteras à ton cœur » est la suite du « et tu sauras ». Que doit-on rapporter au cœur ? De quoi un juif doit-il s’émouvoir ? De cette réalité vraie que le mental comprend et sait ! Cette vérité — qu’« il n’y a rien en dehors de Lui » — qui est vraie même si l’homme ne la connaît pas du tout, la Torah dit que l’homme doit la comprendre par son intelligence et s’efforcer que ces choses descendent aussi dans son cœur. Mais cela commence par le fait que c’est là la réalité véritable, que l’homme le sache et le ressente ou non. Le service divin n’est pas une simple imagination que l’homme doit éveiller dans son cœur sans lien avec la réalité ; la Torah veut que la vérité pénètre dans la réalité de l’homme.

Je ne nie pas qu’en notre génération — les talons des talons du Messie — la plupart des gens ne s’apparentent pas aux niveaux élevés du service divin des grands ‘hassidim des générations passées, qui ont épuré la matière du cœur et clarifié leurs traits de caractère naturels. Mais tout cela concerne la mesure dans laquelle le mental réussit à influencer et à transformer le cœur lui-même. Il n’y a aucun doute que, même maintenant, la connaissance dans le mental influe beaucoup sur la vie concrète, et dans une certaine mesure, aussi sur le cœur.

Prenons les trois éléments centraux : « Israël, la Torah et le Saint béni soit-Il » (selon la formule du Zohar). Pour chacun de ces trois éléments, la ‘hassidout transforme le regard et l’approche du juif de manière fondamentale, au point que les choses influent aussi sur la conduite concrète — et pas seulement chez de rares élus, mais chez beaucoup, et il me semble que c’est le cas pour tout celui qui étudie la ‘hassidout.

Commençons par le « Saint béni soit-Il ». L’un des fondements du judaïsme est que tout ce qui se produit dans le monde est lié à et gouverné par D.ieu. Le Baal Chem Tov en particulier a mis l’accent sur la Providence divine qui s’étend sur chaque détail existant et se produisant dans le monde. Quand un juif étudie et réfléchit à ce sujet, cela influe et transforme sa vision de la vie.

Par exemple : Chimon est un juif craignant D.ieu qui passe la majeure partie de sa journée dans le commerce. Un jour, il a l’occasion de rencontrer un grand commerçant. Celui-ci est très impressionné par la conversation avec Chimon et conclut avec lui un accord qui lui rapporte de grands bénéfices. Quand Chimon rentre à la maison, il raconte à sa famille le grand succès qui lui a souri ce jour. « J’ai toujours su que j’étais habile, dit Chimon à son épouse, mais aujourd’hui mon intelligence m’a vraiment bien servi. J’ai réussi à gagner la confiance de ce riche homme. Bien sûr, c’était avec l’aide divine et nous devons en remercier D.ieu, mais c’était vraiment une inspiration brillante. »

Un cas absolument identique s’est produit avec Réouven, lui aussi un homme d’affaires prospère. Il rentre chez lui le soir et raconte à sa famille le grand succès qu’il a eu ce jour-là. « J’ai toujours su que tout est sous la Providence divine, mais je ne l’avais jamais vu aussi concrètement, dit Réouven à sa famille. C’est vraiment une Providence particulière la façon dont il m’a été donné de rencontrer ce commerçant, mais ce qui est le plus remarquable, c’est comment ces mots me sont venus à la bouche. Cela ne me ressemble pas du tout. Le Saint béni soit-Il a simplement mis les mots dans ma bouche, béni soit-Il. »

Chimon a lui aussi mentionné l’aide divine, et Réouven de son côté ne parle pas de miracles surnaturels qui lui seraient arrivés, mais la différence entre eux est claire : chez Chimon, la prémisse de base est « ma force et la puissance de ma main ». Il ne dit pas explicitement de tels mots, à D.ieu ne plaise. Il dit même que tout est grâce à l’aide divine, mais la question est : quel est son sentiment intérieur ? Dans son esprit et son cœur, il ressent sa valeur et son succès. À l’inverse, chez Réouven, le sentiment naturel est que le Saint béni soit-Il, Créateur du monde et Gouverneur en tout temps et à chaque instant, guide ses affaires.

Chez Chimon, la mention de l’aide divine est une norme de conduite. C’est un comportement extérieur seulement ; tandis que chez Réouven, c’est le sentiment de la réalité. Il lui est naturellement évident que D.ieu gouverne le monde — c’est la vérité — et c’est pourquoi il a demandé à D.ieu dans sa prière le succès dans ses activités, et D.ieu a bien répondu à sa prière.

Chimon est lui aussi un grand homme craignant D.ieu, qui prie trois fois par jour et même se concentre sur le sens des mots pendant la prière. Et pourtant, il n’est pas certain que le sentiment naturel qui s’éveille en lui après un tel succès soit « grâce à D.ieu, Il a exaucé ma prière et m’a envoyé Sa bénédiction ». Pourquoi ? Parce qu’il n’y a aucun lien entre la prière et la conduite de la vie quotidienne qui suit. Toute la prière est une norme halakhique — dans le Code de lois, il est écrit qu’il faut prononcer les mots et penser à leur contenu ; mais quel rapport cela a-t-il avec la réalité concrète, avec ce qui se passe dans le monde ?

Il est évident que plus un juif étudie l’aspect intérieur de la Torah et réfléchit à la création du monde et à sa gouvernance par D.ieu à tout moment et à chaque instant, plus la foi intérieure de l’âme illumine sa conscience. Plus l’homme réfléchit à ces sujets qui constituent la vérité absolue, plus les choses sont ancrées en lui et son approche de la vie change complètement.

Et quelque chose d’analogue peut s’appliquer aussi aux érudits en Torah. Un juif a bien compris une belle explication dans le Roch’ba (Rabbi Chelomo ben Adret). Il est possible qu’en premier lieu il pense à son génie qui a trouvé cette belle idée ; mais si la lumière de la Torah a quelque peu illuminé l’âme divine en lui, sa première pensée sera que D.ieu a exaucé sa prière et sa demande — « éclaire nos yeux dans Ta Torah » — et a ouvert son esprit à la compréhension de la sainte Torah.

Porter un autre regard sur le monde

Nous avons évoqué plus haut le discours du Tsema’h Tsédek expliquant le commandement de l’unité divine selon lequel l’homme doit être « néant », comme il l’est réellement. Dans ce discours, l’Admour HaTsema’h Tsédek apporte l’explication de l’unité divine selon la Torah exotérique, selon le Zohar et la Kabbale, et selon le fondement profond du Baal Chem Tov. Il est bref sur ce sujet et cite ce qui est écrit dans le Tanya, dans le Portique de l’unité et de la foi, que « il n’y a rien en dehors de Lui » signifie qu’il n’existe pas d’autre réalité que Lui, béni soit-Il. Non seulement il n’y a pas d’autre divinité ni d’autre force ou souverain, mais il n’existe aucune réalité en dehors de Lui. Et comme le Tanya cite l’interprétation du Baal Chem Tov du verset « pour toujours, Éternel, Ta parole se tient dans les cieux » — Ta parole, que Tu as dite : « Que le firmament existe », se tient « pour toujours », en permanence, dans le firmament, pour lui donner existence et vie. Et si la force divine cessait à chaque instant d’amener le firmament à l’existence, celui-ci retournerait au néant absolu. Et de même pour toutes les créatures.

Cela nous enseigne quelle est la nature de l’acte de création même en cours d’existence : non seulement si D.ieu cessait d’amener les créatures à l’existence elles retourneraient au néant, mais même maintenant, toute leur existence ne se rapporte pas à elles-mêmes mais uniquement à la force divine qui les renouvelle constamment. Toute l’existence du firmament n’est rien d’autre que l’accomplissement du décret divin « Que le firmament existe ». Le monde n’est pas une réalité subsistante après sa création, mais aussi maintenant, en cours d’existence, tout son contenu n’est que l’expression de la volonté divine.

À titre d’exemple : l’action de lancer une pierre de bas en haut. Comme cela est contraire à la nature de la pierre, la force doit rester dans la pierre tout le temps de l’action, et dès que la force s’arrête, l’action s’arrête. Cela indique que l’action de lancer se rapporte uniquement à la force de l’homme qui lance, non à la pierre. La pierre n’est jamais devenue volante ; la pierre n’a pas la nature du vol, et son vol se rapporte uniquement à la force de celui qui lance.

Plus loin, le Tsema’h Tsédek apporte l’explication de l’Admour HaZaken sur l’annulation des mondes à un niveau encore plus élevé. Non seulement l’existence entière de la créature est due à la force divine, mais les créatures sont même incluses dans leur source, dans la Divinité. Cette annulation est bien plus haute encore, et peut se comparer à l’annulation de la lumière du soleil lorsqu’elle est dans le globe solaire — mais ce n’est pas ici le lieu d’en expliquer les détails.

En tout état de cause, quand un juif étudie ce sujet et le contemple un peu — non pas en cherchant seulement à se répéter les mots « je suis néant », « je suis rien et néant », mais en essayant de comprendre la chose en vérité, de voir comment est la réalité véritable, que tout est effectivement « comme rien » par rapport à la force divine qui le fait exister — cela lui apporte énormément dans son service divin, même s’il ne ressent pas immédiatement dans son cœur que tous ses désirs égoïstes s’évanouissent du fait de son annulation de soi.

La simple connaissance et compréhension de la chose dans toute son exactitude, au fond de son intelligence — que tout ce qu’il voit autour de lui est la réalité d’une créature qui prend naissance à chaque instant par la force divine — change bien des choses dans sa vie.

Quand un juif sait qu’à chaque instant le monde prend naissance à nouveau, et il sait que cette genèse est en vue d’un but quelconque, comme dit la Michna : « Tout ce que le Saint béni soit-Il a créé dans Son monde, Il ne l’a créé que pour Sa gloire » — il comprend que tout le contenu du monde est que par lui se révèle la gloire du Saint béni soit-Il. En termes simples : tout ce qui existe et tout ce qui se passe, c’est pour Israël et pour la Torah. C’est là toute la valeur que possède le monde, et en dehors de cela il n’a aucune importance.

Il y a alors un juif au cœur pur pour lequel cette connaissance influe au point qu’il ne peut ressentir de plaisir dans aucune autre chose au monde. Tous les plaisirs de ce monde n’ont pas d’emprise sur lui — au contraire, ils lui répugnent. La seule chose qui a de la valeur, c’est D.ieu, Sa Torah et Ses commandements. Et il y a un juif dont le cœur est plus matériel, et cette connaissance ne réussit pas à pénétrer entièrement jusqu’au cœur au point qu’il ressente que tout ce qui n’est pas lié à la Divinité lui répugne et qu’il n’en retire aucun plaisir ni désir. Néanmoins, en ce qui concerne la pratique, la connaissance l’influence dans de nombreuses choses.

La connaissance influe sur l’homme

[Question : Pourriez-vous préciser davantage l’influence de la connaissance sur la conduite concrète de l’homme ?]

Je me souviens d’avoir entendu un jour une parole qui illustre très bien le sujet. Mais auparavant, il faut donner le contexte.

Quand l’Admour Mohariyats arriva aux États-Unis en l’an 5700 (1939-1940), l’état du judaïsme en Amérique était tel qu’il exigeait du Rabbi de lancer un appel aux juifs américains que « l’Amérique n’est pas différente ». La Torah qui existait en Europe est valide aussi aux États-Unis. Il s’employa alors avec ardeur à établir des institutions d’éducation religieuse pour garçons et filles, et à mener une grande campagne pour éveiller l’observance des commandements. Mais même quinze ans plus tard, quand une grande révolution avait déjà eu lieu et que de nombreuses Yéchivot s’étaient développées dans plusieurs villes des États-Unis, persistait encore une impression que la vie juive en Amérique différait de ce qu’elle était dans l’ancien foyer d’Europe. Et cela se remarquait même chez des juifs religieux — il y avait une sorte de prémisse que l’on devait tenir compte dans une certaine mesure du progrès, des exigences du monde moderne. Cette atmosphère avait pénétré, de façon subtile, quelques familles de ‘hassidim de Habad.

Par exemple, dans les Talmoudei Torah d’Europe, on n’enseignait aucune matière profane aux enfants. Même les exercices de calcul comme la multiplication et la division n’étaient pas enseignés. Jusqu’à un âge plus avancé, les enfants n’en savaient rien. L’enfant connaissait une seule chose : il y a D.ieu et Sa Torah, le Houmach et le Talmud qu’il étudie, et en dehors de cela, rien ! Mais en Amérique, les matières profanes étant obligatoires par les lois de l’État, et voulant aussi attirer des enfants d’autres foyers pour qu’ils viennent étudier dans les établissements religieux — on avait intégré, à cette époque, ces matières dans le programme du Talmoud Torah. Mais malgré cette nécessité, on soulignait toujours que c’était une chose secondaire dont on devait limiter le plus possible la place.

Le Rabbi avait parlé à de nombreuses reprises du fait que de jeunes garçons, surtout ceux dont il est dit que leur étude est « un souffle sans péché » — une chose sainte au-dessus de tout lien avec les forces du mal — devaient être occupés durant ces années uniquement par des sujets de sainteté, par l’étude de la Torah de D.ieu. En réponse à ceux qui arguaient qu’il fallait « lui enseigner un métier », le Rabbi répondait que si c’était vraiment nécessaire, on pourrait le faire beaucoup plus tard, quand on en aurait un besoin concret pour gagner sa vie ; mais de jeunes garçons n’avaient pas besoin de connaître d’autres concepts que la Torah de D.ieu.

À Simath Torah 5715 (1954-1955), le Rabbi s’exprima très vigoureusement sur le sujet et contre ceux pour qui les études profanes étaient devenues l’essentiel. Il dit que si les études profanes existaient dans le Talmoud Torah, c’était pour que même des garçons de foyers moins solides viennent apprendre la Torah ; mais que les ‘hassidim eux-mêmes devaient vouloir pour leurs fils le maximum de sainteté possible, et l’idéal aurait été qu’ils n’étudient que des matières sacrées.

Je me souviens qu’après le Farbrenguen, plusieurs ‘hassidim s’étaient assis pour discuter du sujet. L’un d’eux affirma que la pratique jusqu’alors avait été une erreur et qu’il fallait désormais engager un enseignant particulier pour les enfants des ‘hassidim, afin qu’ils puissent étudier toute la journée uniquement des matières sacrées. L’un des pères qui entendit cela dit : « En général tu as raison. Mais il faut quand même apprendre un peu de calcul, de géographie, d’histoire et ainsi de suite. Mon fils ne peut pas être complètement ignorant des réalités du monde. » Le premier se mit à lui répondre que les enfants pourraient apprendre cela plus tard aussi, et de plus — ce n’est pas grave du tout s’ils ne le savent jamais. Car le monde tout entier est « rien et néant », « il n’y a rien en dehors de Lui », et quelle valeur et quelle importance ont ces choses ? En dehors de l’étude de la Torah et de l’accomplissement de ses commandements, les enfants n’ont besoin de s’occuper de rien d’autre !

Le deuxième père lui répondit : « Tu parles si haut comme si tu étais au niveau de Rav Binyamin Kletzkèr (l’un des plus grands ‘hassidim de l’Admour HaZaken), qui a vécu toute sa vie dans une telle atmosphère d’unité divine absolue. »

Le premier ‘hassid lui répondit aussitôt : « Bien sûr que oui. En méthode, en prémisses de base, en vision du monde, je suis certainement comme Rav Binyamin Kletzkèr. Si je pense un peu différemment de l’approche et de la méthode de Rav Binyamin — selon la ‘hassidout, c’est une véritable hérésie. Si en tête je ne comprends pas l’unité divine comme Rav Binyamin, je suis alors réellement un hérétique.

« La différence entre moi et Rav Binyamin se situe dans les émotions du cœur : chez Rav Binyamin, la compréhension du mental avait illuminé le cœur et toute son existence était en conformité avec cela, tandis que chez moi, les désirs du mauvais penchant se font encore ressentir dans le cœur. Mais tout cela est vrai quand il s’agit des désirs de l’homme pour lui-même, alors que concernant son propre enfant — à son égard il n’y a pas de désirs. Pour son fils, le père veut ce qu’il y a de mieux selon ce qu’il comprend avec son intelligence. Ici, la connaissance qu’il n’y a aucune valeur à quoi que ce soit en dehors de la Divinité — telle qu’il la comprend avec son intelligence — est de la même force que chez Rav Binyamin Kletzkèr, et elle doit influencer l’acte. Et si malgré tout il subsiste un désir de donner à son fils le sentiment de la valeur et de l’importance dans d’autres termes, cela signifie que l’homme voit de la valeur et de l’importance aussi dans d’autres choses que la Divinité. Si le mental comprend qu’il y a quelque chose de plus qui a une certaine valeur en dehors de la Divinité et qu’il doit transmettre à son fils, c’est un problème fondamental. »

Vers quoi aspires-tu ?

Et cela ne concerne pas seulement ses enfants, ou d’autres choses dans lesquelles il réussit à maîtriser son instinct, mais cela influe sur l’ensemble de sa personnalité. Un homme qui étudie et connaît la vérité, son aspiration générale change. Il est possible que le mauvais penchant le fasse trébucher dans une affaire de désir ou même d’honneur — il peut être blessé et se mettre en colère contre quelqu’un qui l’a offensé — mais on ne peut pas dire que son aspiration soit que tout le monde le respecte. En son for intérieur, il sait que ce n’est pas cela l’essentiel. Il connaît la vérité que « il n’y a rien en dehors de Lui » et il sait ce qui devrait être. Sauf qu’en pratique, il y a des choses dans lesquelles le penchant et le sentiment naturel de son âme animale l’emportent et réussissent à le faire trébucher.

Quelqu’un m’a un jour objecté : comment se fait-il qu’on voie un jeune ‘hassid qui étudie la ‘hassidout et qui, pourtant, quand quelqu’un le blesse dans son honneur, il est blessé ? Comment est-ce possible ? En ‘hassidout, il étudie constamment sur le bittoul — alors comment un juif qui s’occupe de tels sujets peut-il se mettre en colère parce qu’on a touché à son honneur ?

Je lui ai répondu que l’étude de la ‘hassidout enseigne bien que « il n’y a rien en dehors de Lui ». Mais il y a des juifs chez qui cette prise de conscience a pénétré jusqu’au cœur, au point que même dans leurs émotions ils ressentent « az es iz nito kein ich » (qu’il n’y a pas de « moi »), et ils ne ressentent pas leur existence propre ; mais il y a ceux qui ne sont pas de ce niveau et n’ont pas réussi à faire pénétrer cette vérité entièrement dans le cœur. Et pourtant, même pour ces personnes, l’étude influe sur le cœur — sinon sur les traits de caractère eux-mêmes, du moins sur leur expansion.

Un homme qui ne sait rien de cette vérité que « il n’y a rien en dehors de Lui », au sens le plus littéral, si quelqu’un le blesse dans son honneur sur le moment, il se mettra vraiment en colère. Il sera entièrement blessé et agité. Le lendemain matin, il se réveillera et se souviendra de ce qui s’est passé. Comme le temps s’est écoulé, l’agitation a diminué, mais dans sa pensée, il sera incapable de comprendre comment untel a pu le blesser ainsi. Il retournera l’affaire dans sa tête jusqu’à nourrir une véritable rancœur envers son ami. Et plus le temps passe, plus la rupture avec cet ami risque de s’aggraver. À l’inverse, un juif qui étudie la ‘hassidout et en qui la vérité divine que « il n’y a rien en dehors de Lui » retentit du moins dans son mental — même si sur le moment il se fâche aussi contre l’ami qui l’a blessé, parce que son cœur n’a pas encore été complètement transformé au point de n’avoir aucun sentiment d’amour-propre — son mental apaisera et freinera l’expansion des traits de caractère. Le lendemain matin, quand il se souviendra de ce qui s’est passé, il commencera à avoir honte de lui-même de la façon dont il a été blessé par quelque phrase stupide que cet individu lui a lancée ! En ‘hassidout, il étudie tout le jour que « il n’y a rien en dehors de Lui », et c’est bien la vérité — alors quel grand tort y a-t-il à ce que quelqu’un lui ait lancé une phrase ? Quelle importance cela a-t-il ? Est-ce vraiment en cela qu’un juif doit s’impliquer ? Et à mesure que le temps passe, il a de plus en plus honte et s’efforce d’extirper jusqu’à la racine la rancœur qu’il avait contre son ami, et avec le temps il devient plus lié à lui qu’auparavant.

Il existe un type d’esprit qui parvient à transformer la nature même du cœur pour qu’il soit en accord avec la vérité saisie par l’esprit. À cet égard, les esprits et les cœurs se sont effectivement amoindris. La plupart des gens de notre époque n’ont pas l’esprit assez fort pour maîtriser les traits de caractère eux-mêmes qui sont dans le cœur ; et d’un autre côté, le cœur est étroit et matériel et ne peut pas contenir la vérité saisie par l’esprit, au point que la nature des traits de caractère se transforme à la racine. Mais la connaissance elle-même de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, de ce qu’est la Divinité et de ce qu’est l’existence propre — cela existe en notre temps avec toute sa force, et quand la connaissance est forte, elle limite l’expansion des traits de caractère du cœur.

On raconte qu’un jour, on demanda à l’Admour HaZaken pourquoi l’on s’engage dans l’étude de la ‘hassidout, dans des sujets très élevés sur la Divinité et le service de l’homme, alors que l’on ne « possède » pas ces sujets élevés ? Il répondit que c’est seulement pour le monde futur qu’il est dit : « J’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair ». Autrement dit, la transformation principale du « cœur de pierre » en cœur de chair sera à l’époque future seulement, tandis que maintenant, c’est le moment du travail pour épurer l’esprit de pierre (voir Torat Mena’hem — Hitvaadéyout, vol. 9, p. 111).

Un peu plus en profondeur, un peu plus en vérité — et tout est différent !

[Question : Certes, selon ce que le Rav explique, la ‘hassidout influe de diverses façons aussi sur les juifs de notre génération. Mais en fin de compte, la plupart des gens de notre époque n’atteignent pas les niveaux élevés qu’ont atteints les ‘hassidim des générations passées. Pour un simple changement de regard et d’aspiration, faut-il investir autant dans ce domaine ? Si de toute façon il est impossible d’atteindre les niveaux élevés des premiers ‘hassidim, ne vaut-il pas mieux se consacrer à la partie exotérique de la Torah, avec l’étude du Moussar, qui semble aussi influencer la conduite concrète de l’homme ?]

Tout d’abord, quand on parle du fait que la ‘hassidout donne une qualité différente dans le service divin, il faut se rappeler que quand il s’agit de qualité, même une petite différence est très significative. Quand il s’agit de quantité, une petite différence n’est pas très significative, tandis que quand il s’agit de qualité, une petite différence est très significative.

Par exemple, si nous voulons vanter l’étendue des connaissances de Réouven, si nous disons que Chimon connaît cinquante pages de Talmud et que Réouven en connaît soixante-dix — il est évident que ce n’est pas une si grande supériorité. En revanche, si l’on nous dit que Réouven connaît mille pages de Talmud — une telle érudition sera perçue à nos yeux comme une grande supériorité. Quand il s’agit de quantité, un ajout minime n’exprime pas une supériorité essentielle.

En revanche, quand il s’agit de qualité, même un peu plus de qualité représente un monde entièrement différent. Si nous disons que Chimon connaît cent pages de Talmud mais que son étude est superficielle, tandis que Réouven connaît ces mêmes cent pages mais un peu plus en profondeur — la différence est ici considérable. Ce n’est pas « un peu » plus que le premier ; c’est une étude entièrement différente. Les cent pages entières sont à un niveau complètement différent !

Tout cela vaut quand il s’agit d’étude et de savoir. À plus forte raison en est-il ainsi quand il s’agit de travail intérieur. Un peu plus en profondeur, un peu plus en vérité et en intériorité, et l’homme se trouve dans un monde entièrement différent.

Il est possible que Réouven pense être « rien et néant » vingt-quatre heures par jour et se conduise en conséquence, tandis que Chimon, qui étudie et comprend vraiment la chose, ne se conduit pas concrètement ainsi la plupart des heures de la journée (parce qu’il a une âme animale plus forte), mais chez Réouven, ce n’est pas vrai. Il se dit constamment qu’il est « rien et néant », mais il ne le comprend pas vraiment. Sa compréhension naturelle est exactement l’inverse. En revanche, chez Chimon, en quantité, dans le comportement et dans les actes, il y a beaucoup à ajouter et à corriger ; mais dans les moments où son âme divine s’éveille — c’est authentique chez lui. Il comprend réellement que c’est là la réalité, qu’il est rien et néant et qu’il doit accomplir la volonté de D.ieu — c’est pour cela qu’il a été créé.

Un juif qui étudie un peu de ‘hassidout, son regard sur D.ieu, la Torah et les juifs acquiert une telle profondeur que, dès lors, tous les aspects de son service divin se font avec une vitalité plus intérieure et plus authentique. Non pas nécessairement qu’on verra soudain sur lui des signes d’excitation et d’enthousiasme extérieurs, mais si lui-même examine les choses intérieurement, il verra que D.ieu, la Torah et Israël lui appartiennent davantage, et il s’identifie davantage à ces choses. Elles font plus naturellement partie de lui.

Plus on étudie, moins les choses sont artificielles et plus elles sont authentiques dans l’homme. Elles ne sont plus perçues comme un comportement du « moi » seulement, mais on ressent que c’est là la vérité.

L’étude de la ‘hassidout n’est pas une affaire de quantité. Le sujet est de savoir dans quelle mesure la vérité est ressentie dans l’homme.

Je n’ai été créé que pour servir mon Créateur

Tout ce qui précède est une réponse à la question de savoir si l’étude de la ‘hassidout transforme et influe sur l’homme. Mais il me semble que toute l’approche dont découle cette question est erronée.

Tout juif sait que sa mission dans le monde est de servir son Créateur et d’accomplir les commandements. Mais on peut envisager cela de deux façons : le juif est un être humain en soi, et en tant qu’être humain, il accomplit la volonté de D.ieu ; mais on peut l’envisager différemment : il existe une seule chose — D.ieu ! En dehors de cela, il n’y a rien, ni homme ni monde. C’est simplement que la volonté de D.ieu a voulu que la mitsva des Téfilines, par exemple, soit accomplie, et c’est uniquement pour cela que l’animal a été créé, dont on tire le parchemin des Téfilines, et la tête et la main d’un homme sur lesquels la mitsva s’accomplit. L’homme et le monde n’ont pas d’existence propre ; tout leur contenu est ce qui prend naissance à chaque instant par D.ieu uniquement afin d’accomplir Sa volonté.

Le Rabbi avait un jour répété ces paroles de nos Sages à la fin du traité de Kiddouchin (selon l’une des versions) : « Je n’ai été créé que pour servir mon Créateur », et il les interprétait ainsi : « Je n’ai été créé » — l’homme, en soi, n’a pas du tout été créé, il est « rien et néant » absolument ; « que pour servir mon Créateur » — toute son existence n’est que le fait qu’il sert D.ieu et accomplit Sa volonté. Tout le contenu du juif n’est que le fait que par lui s’accomplit l’intention de la création. Il n’y a pas ici une réalité d’homme qui complète la volonté de D.ieu ; toute son existence, dès le départ, n’est qu’un canal par lequel s’accomplit l’intention de la création.

Quelle est donc la mission du juif sur terre ? Être un « maître du niveau spirituel », être appelé « érudit » et ainsi de suite, ou servir son Créateur ? Le sentiment du juif doit être que son affaire n’est pas lui-même ; son travail est de faire ce que D.ieu lui a assigné. Ce sentiment doit être dans le cœur, et si cela ne réussit pas à y pénétrer, que du moins le mental le ressente.

L’argument que de nos jours il est de toute façon impossible d’atteindre des niveaux élevés dans le service divin comme ceux des ‘hassidim des générations passées, témoigne lui-même d’une approche incorrecte du service divin. Que l’on considère cela d’un côté ou de l’autre : si ces niveaux dans le service divin sont des choses auxquelles tu peux accéder, alors cela même indique que c’est là ta mission et tu dois y travailler jusqu’à ce que tu y parviennes vraiment ; et si ce sont vraiment des choses qui ne te concernent pas, alors ce n’est pas ta mission et la chose ne doit pas du tout te préoccuper. L’homme doit s’occuper d’accomplir sa mission avec ardeur et joie, sans chercher des « niveaux spirituels » pour lui-même !

C’est dans cet esprit que l’Admour HaZaken explique dans le Tanya au chapitre 27 que la tristesse qui découle du fait que de mauvaises pensées traversent le mental de l’homme provient de l’orgueil. Il y a un juif dont, selon la racine de son âme, il lui appartient de pratiquer le service des tsaddikim chez qui il n’y a pas de mal du tout. Son service est de l’ordre de la « conversion » (ithaphekha) et c’est cela la satisfaction qu’il cause en Haut ; et il y a un juif dont, selon la racine de son âme, la Providence supérieure lui a assigné la mission d’une lutte perpétuelle contre les pensées étrangères — et c’est précisément cela la satisfaction en Haut, le service de la « soumission » (ithkafiya) qui lui est propre. Un juif de ce niveau qui sombre dans la tristesse parce qu’il cherche précisément le service des tsaddikim — cela même révèle l’orgueil de ne pas se connaître soi-même !

Un juif doit accomplir sa mission avec perfection et joie. Les « niveaux spirituels » ne doivent pas du tout être son affaire. Nous n’avons pas besoin de chercher à être de grands personnages. Notre aspiration doit être d’accomplir la volonté du Très-Haut, la mission qui nous a été assignée.

J’ai entendu un jour une histoire intéressante sur ce sujet de la part du Rav Chabbetaï Slabatitzki, émissaire du Rabbi à Anvers. Dans sa jeunesse, le Rav Slabatitzki étudiait à la Yéchiva Kol Torah à Jérusalem. L’un de ses camarades à la Yéchiva était le petit-fils de l’un des grands maîtres de la génération — un jeune homme craignant D.ieu qui étudiait avec une persévérance et une diligence remarquables, mais vu ses dons limités, il était contraint de peiner et d’investir énormément pour bien comprendre et retenir ce qu’il apprenait.

Un jour, le Rav Slabatitzki remarqua que son camarade avait l’air triste. Après une longue conversation avec lui, il comprit que sa douleur venait du fait que pour bien comprendre le Talmud, il devait travailler dur et investir de nombreuses heures, et même alors il n’y parvenait pas toujours pleinement, tandis que d’autres jeunes gens, mieux doués, comprenaient le Talmud en peu de temps. « Que deviendrai-je ? J’ai besoin de tellement peiner et après tout cela, mes résultats sont minimes par rapport aux jeunes gens doués — alors que sortira-t-il de moi ? »

« Il y en a qui m’ont expliqué, dit ce jeune homme, que par la persévérance et le grand labeur, on peut réussir et accomplir beaucoup, même davantage que par des dons brillants. On m’a cité l’exemple de quelques grands maîtres dont on raconte qu’au début ils n’avaient pas de dons particuliers et que malgré cela, par le grand labeur, ils sont devenus d’immenses érudits en Torah. » Mais toutes ces explications ne le convainquaient pas. Il se sentait encore sans valeur par rapport aux autres jeunes gens, et la chose ne lui laissait aucun repos.

Le Rav Slabatitzki était à cette époque déjà attaché au Rabbi, et il lui proposa d’envoyer une lettre au Rabbi pour lui demander son avis. Il fit ainsi, et eut le mérite de recevoir une réponse admirable. Le contenu de la réponse du Rabbi était que la mission d’un juif dans le monde n’est pas d’être un « érudit » ou un « grand » ; sa mission est de servir D.ieu, selon les paroles de la Michna : « Je n’ai été créé que pour servir mon Créateur ». Chaque homme doit servir D.ieu avec ses forces et ses dons propres. C’est sa mission — servir son Créateur selon ses capacités. Un homme qui n’est pas très doué mais qui étudie avec persévérance et diligence, accomplit les mitsvot avec soin et prie comme il se doit selon ses moyens, est supérieur à son camarade doué qui ne met pas pleinement à profit ses capacités. Certes, le doué est peut-être un plus grand « érudit », mais dans la mission principale — « servir son Créateur » — son camarade persévérant est supérieur.

Cette réponse du Rabbi le transforma complètement. Dès ce jour, il commença à vivre dans une grande joie. La réponse du Rabbi lui ouvrit les yeux et il acquit un regard entièrement différent sur lui-même, sur sa mission et sa vocation dans le monde. Il comprit que sa vocation n’était pas de réussir et de grandir son « moi », mais d’accomplir la volonté de son Créateur.

Quand un juif commence à chercher des « niveaux » qui ne lui appartiennent pas vraiment — qu’il veuille être un « érudit » comme le Rav Akiva Eger, ou être un « homme de niveau spirituel » comme les grands ‘hassidim des générations passées — à ce propos, l’Admour HaZaken dit dans le Tanya au chapitre 28 : « qu’il ne soit pas un sot ». Ce n’est pas ta mission. La recherche de choses qui ne t’appartiennent pas est l’expression de l’orgueil, de ce que tu ne te connais pas toi-même ; tu dois te concentrer sur ce qui est exigé de toi, et pour cela D.ieu donne toutes les forces nécessaires !

« Vous êtes des enfants de D.ieu, votre Éternel »

[Question : Le Rav a mentionné plus haut que pour chacun des trois éléments — « Israël, la Torah et le Saint béni soit-Il » — la ‘hassidout transforme le regard de l’homme. Pourrait-on développer aussi ce qui concerne Israël et la Torah ?]

Dans le Tanya, au chapitre 2, l’Admour HaZaken écrit que l’essence de l’existence du juif est la deuxième âme qui est en lui, qui est réellement une « partie de D.ieu d’en haut ». Cela n’existe que chez le juif. Et de même qu’il est impossible de définir ce qu’est D.ieu, il est impossible de définir ce qu’est une âme de juif. Non pas seulement parce que nous manquons de mots, mais parce que c’est véritablement une chose indéfinissable — c’est une partie de la Divinité.

Et pourtant, cette âme divine a diverses expressions dans la vie du juif.

Sur les Enfants d’Israël, il est dit : « Vous êtes des enfants de D.ieu, votre Éternel ». Le lien entre un père et son fils est un lien essentiel. Il arrive que Chimon aime Réouven en raison de ses qualités. Un tel amour est conditionnel et peut s’interrompre ; tandis que l’amour d’un père pour son fils et du fils pour son père est inconditionnel. Et la différence ne réside pas seulement dans le fait que l’amour peut s’interrompre ou non, mais aussi dans l’amour lui-même. L’amour de Chimon pour Réouven n’est pas pour Réouven lui-même mais pour ses qualités, son aspect extérieur — car l’intelligence d’un homme, c’est son aspect extérieur, non son essence. Et du côté de Chimon aussi, l’amour provient de ses forces extérieures — son intelligence comprend les qualités de Réouven et c’est pourquoi il est attiré vers lui. C’est un amour de l’aspect extérieur de l’amant vers l’aspect extérieur de l’aimé. En revanche, l’amour d’un père pour son fils est un autre type d’amour — ce n’est pas pour une raison quelconque, mais un amour sans explication, exactement comme un homme s’aime lui-même sans aucune raison.

Et de même dans le symbolisme : l’âme du juif est liée dans son essence même au Saint béni soit-Il, « vous êtes des enfants de D.ieu, votre Éternel ». Chez ces juifs qui connaissent ce lien essentiel, certes l’amour pour D.ieu est d’un autre ordre — ce n’est pas seulement un amour fondé sur le raisonnement et la connaissance, un amour pour la grandeur de D.ieu qui est Son aspect extérieur, mais c’est un amour essentiel de l’âme même du juif pour l’essence du Saint béni soit-Il.

Et même chez un juif qui ne sait rien de son Père céleste, au fond de son âme, le lien essentiel existe.

Quand on étudie ce principe et qu’on le comprend et l’intériorise bien, tout le regard sur un juif change complètement. Sans la ‘hassidout, toute la valeur d’un juif tient au fait qu’il étudie la Torah et accomplit les mitsvot. Certes, c’est une valeur merveilleuse, mais la valeur du fils ne réside pas seulement dans le fait qu’il accomplit la volonté de son père et « se conduit bien » — une valeur dans l’action et la conduite ; même un fils qui n’accomplit pas la volonté de son père, son lien essentiel avec son père demeure avec toute sa force. Du côté du Père — D.ieu dit « quoi qu’il en soit, ils sont Mes fils » — et du côté du fils, chez tout juif même le plus « éloigné », au fond de son cœur, il y a un amour pour D.ieu et un désir d’accomplir Ses commandements.

La conséquence pratique ne concerne pas seulement le regard qu’on porte sur un autre juif éloigné — c’est aussi une conséquence sur la façon dont le juif se regarde lui-même et regarde son propre service divin. Un juif doit savoir que son judaïsme, son lien avec D.ieu, n’est pas quelque chose qui s’ajoute à son existence, quelque chose qui s’est acquis en lui par l’étude de la Torah et l’accomplissement des mitsvot, mais c’est son essence intérieure et profonde.

D’un côté, il est connu que le Baal Chem Tov aimait beaucoup les juifs simples et s’émerveillait de la foi simple qui était en eux. Des juifs ignorants qui récitaient des Tehillim avec des fautes graves, jusqu’à en inverser le sens, et pourtant la candeur et la pureté du cœur qui se répandaient dans cette récitation étaient très précieuses aux yeux du Baal Chem Tov.

D’un autre côté, on sait que les disciples du Baal Chem Tov étaient de véritables géants dans la Torah exotérique et ésotérique. La plupart de ses disciples étaient des maîtres du monde bien avant de devenir ses disciples (comme le Maggid de Mézeritch, l’auteur du Toledot et d’autres). Et ces maîtres du monde, le Baal Chem Tov les enseigna et leur donna une voie plus profonde dans l’étude de la Torah et le service divin que ce qu’ils avaient eu auparavant.

À première vue, on pourrait penser que ces deux aspects de son activité sont deux choses différentes sans lien entre elles. Une mission était de rapprocher les juifs simples — et comme on le sait des récits de cette époque, les ignorants dispersés dans les villages reculés risquaient l’assimilation et la dissolution faute de lien avec les érudits en Torah, et le Baal Chem Tov investit beaucoup de travail pour les rapprocher du judaïsme — et une mission supplémentaire lui avait été assignée par le Ciel : étudier avec les grands de la Torah et les justes de la génération des sujets profonds et élevés dans le service divin, et leur révéler la voie de la ‘hassidout qui s’était révélée à travers lui.

Mais il est évident et simple que ce n’est pas ainsi. Le Baal Chem Tov était un seul homme. Il avait révélé l’essence de l’âme juive, et c’est ce qui élevait les juifs simples, et c’est ce qu’il enseignait à ses nobles disciples. Il leur enseigna comment révéler dans le service divin non seulement les forces extérieures de l’âme — l’intellect et l’émotion — mais l’âme divine elle-même. Pour que se ressente dans leur service la dimension du « fils » qui est dans l’âme. Dans la maison d’étude du Baal Chem Tov, on ressentait que si grande que soit la compréhension dans la Torah et si profond soit le service divin, tout cela est le travail de l’homme en tant qu’homme ; tandis que l’essence véritable du juif, c’est la Divinité. C’est un lien qui provient du Saint béni soit-Il l’Illimité.

Et ce sujet ne concerne pas seulement les disciples du Baal Chem Tov dont nous n’avons aucune idée de leur grandeur, mais aussi nous. Quand un juif étudie la ‘hassidout et comprend ce qu’est la valeur des âmes d’Israël, la conséquence n’est pas seulement de savoir comment regarder des juifs qui n’observent pas la Torah et les mitsvot — il commence à se regarder lui-même différemment. Il saisit que le rapprochement véritable avec D.ieu, le sommet du service divin, c’est la simplicité qui est en lui, la préciosité du fait même d’être juif.

Dans les Hidoucheï Agadot du Maharal (sur le traité Guittine, p. 57a), sur les paroles du Talmud : « Vois la différence entre les pécheurs d’Israël et les prophètes des nations du monde », le Maharal développe longuement l’idée que dans tout juif se trouve une étincelle divine qui ne s’éteindra jamais. De qui parle-là le Talmud ? D’un personnage tristement connu. Et même sur un tel juif, le Maharal écrit que l’étincelle divine en lui — en langage du Tanya, l’âme divine du juif — existe et ne s’éteindra jamais !

Il est très difficile d’assimiler de telles choses. Nous avons l’habitude de penser que le lien entre êtres humains est fondé sur leurs actes, leurs qualités, etc., et plus quelqu’un accomplit de bonnes actions et des actions particulières, plus grande sera l’admiration et l’amour pour lui et plus fort sera le lien. Mais le lien d’un juif avec D.ieu est d’une nature différente. Cela ne commence pas par les actes du juif ; c’est D.ieu Lui-même qui S’est lié à lui ! D.ieu est illimité et peut Se lier même à un homme sans aucune connaissance ni action, même si ses actions sont mauvaises. C’est pourquoi, le plus souvent, même le plus léger des légers, au moment de l’épreuve sur la foi en D.ieu Un, donnera sa vie plutôt que d’adorer une idole. C’est parce que la foi est dans son sang, et même si en apparence il n’a aucun attachement à D.ieu, D.ieu, en étant illimité, demeure en lui.

Un désir illimité d’étudier la Torah

Et il en est de même concernant la Torah et ses commandements. L’Admour HaZaken explique dans le Tanya au chapitre 5 que la Torah est la sagesse et la volonté du Saint béni soit-Il, la Torah et D.ieu sont tout un absolument, et par l’étude de la Torah s’accomplit « une union merveilleuse sans pareille et sans équivalent dans aucun domaine matériel, formant une unité et une fusion totales de toutes parts » entre le juif et D.ieu. Quand un juif a la conscience intérieure de cette réalité — que la Torah dans son essence même est unifiée avec l’essence du Saint béni soit-Il qui est totalement au-delà de toute compréhension — toute sa relation à la Torah et à son étude change. D’un côté, il reconnaît en son âme combien il est loin de saisir et d’atteindre la vérité de la Torah, et combien il est loin de ressentir intérieurement l’essence de la Torah, la Divinité qui est en elle ; mais de l’autre côté, cela n’affaiblit pas son étude. Au contraire, cela lui donne une vitalité supplémentaire. Il sent qu’il y a dans la Torah un sujet très élevé, qui n’a aucun lien avec ses sentiments et sa compréhension, et pour cela il est nécessaire d’investir dans la Torah toute son essence. Toutes les forces de son intelligence, il les épuise pour comprendre la Torah profonde et vaste de D.ieu. Il ne fait pas que lire et réciter la Torah ; le commandement est de connaître et de comprendre la Torah. L’« union merveilleuse » de l’intelligence de l’homme avec la sagesse du Saint béni soit-Il se fait précisément par l’étude approfondie et en profondeur. Et plus un juif peine dans la compréhension de la Torah, plus son esprit se lie à la Torah et à D.ieu de façon intérieure et profonde.

Quand un homme étudie pour des raisons personnelles et secondaires, pour être un « érudit », ou même pour se divertir dans la sagesse de la Torah, le désir d’étudier est limité selon la valeur de la chose qu’il cherche ; tandis que quand il ressent que toutes les vertus qu’il voit dans la Torah ne sont pas même comparables à la vertu de la Torah elle-même — le fait qu’elle est la sagesse de D.ieu — il se consacre alors à l’étude sans aucune limitation. Le désir qui s’éveille en lui d’étudier la Torah est illimité. Il ressent que son lien avec la Torah n’est pas limité. Son appartenance à la Torah ne provient pas d’un intérêt particulier en lui ou d’un objectif particulier, mais est lié à toute son essence. Si bien que quand il étudie la Torah, il est tout entier présent dans l’étude.

À l’une des réunions ‘hassidiques, le Rabbi répéta un dicton avec une leçon morale particulière : le riche voyage en première classe ; l’homme aisé qui a des moyens d’existence mais n’est pas si riche voyage en deuxième classe ; l’homme ordinaire voyage en troisième classe. Et en quelle classe voyage le pauvre indigent ? En première classe ! Pourquoi ? La réponse est que le pauvre n’a pas l’argent pour voyager même en troisième classe — alors de toute façon il devra demander au riche de payer son billet — et si c’est déjà aux frais du riche, pourquoi pas en première classe ?

Quand un juif va étudier la Torah et servir D.ieu à partir de ses forces humaines, si élevées et fortes que soient ces forces, tout cela est limité. Ce sont des forces d’un être humain ; tandis que quand il ne pense pas à lui-même, mais au fait que la Torah est la sagesse de D.ieu et que le juif possède une âme divine liée à l’essence du Saint béni soit-Il — il ressent alors un lien illimité avec la Torah et ses commandements, et son service divin est d’une élévation incommensurable. Il voyage « aux frais du riche », avec les forces illimitées du Saint béni soit-Il.

L’essence des commandements

Cette même dimension essentielle, la ‘hassidout la révèle aussi dans les mitsvot de la Torah. On a l’habitude de regarder les commandements en disant que chacun d’eux possède des vertus et des propriétés particulières qui peuvent élever l’homme, chaque mitsva selon sa nature. Et inversement, les transgressions ont un contenu négatif qui cause la chute et la souillure de l’âme de l’homme. Et c’est pourquoi D.ieu a ordonné d’accomplir les commandements et de s’éloigner des transgressions. Autrement dit, l’essentiel des commandements serait — non pas d’être la volonté de D.ieu, mais — le bien et l’élévation qu’ils apportent ; sauf que l’homme ne sait pas de lui-même ce qui est bon et ce qui est mauvais pour lui, et il a besoin que D.ieu lui révèle ce qui est bon et ce qui est mauvais.

Mais la ‘hassidout souligne que c’est précisément l’inverse. L’essentiel des commandements est d’être des ‘houkim — la volonté de D.ieu qui est au-delà de tout motif et de toute compréhension. Sauf que puisque D.ieu est illimité, après qu’Il ait choisi les commandements, ils sont devenus bon aussi dans les sens limités et apportent un bien spirituel, psychique et matériel à l’homme qui les accomplit.

Et cette compréhension apporte une vitalité renouvelée dans l’accomplissement des commandements. Quand un juif sait que les commandements et la Torah sont une seule chose avec D.ieu Lui-même et que par eux il se lie à Lui tel qu’Il est en Son essence — cela ajoute une vitalité intérieure et authentique dans l’étude et l’accomplissement.

En passant : pourquoi le Rabbi a-t-il lancé toutes ces campagnes de mitsvot et la demande incessante de s’efforcer de toutes ses forces de mériter de faire accomplir à chaque juif possible une mitsva de plus ?

Là aussi, certains pensent que le Rabbi s’occupait de deux domaines différents : en tant que dirigeant d’Israël, il se préoccupait des affaires du peuple juif dans son ensemble et du bien de chaque juif en particulier ; et en plus de cela, il était aussi le Rabbi des ‘hassidim de Habad et guidait ses ‘hassidim dans l’étude de la Torah et le service divin selon la voie de la ‘hassidout.

Mais la vérité est que ce ne sont pas deux missions différentes. Ce sont deux mouvements qui proviennent de la même essence. La profondeur du service divin selon la ‘hassidout éveille chez l’homme une approche entièrement différente envers les juifs, la Torah et les commandements.

Quand le Rabbi prend des étudiants de Yéchiva qui toute la semaine s’occupent de l’étude de la Torah et du service ‘hassidique, et que le vendredi il leur ordonne de sortir pour mettre des Téfilines avec des juifs — c’est la continuation, et dans un certain sens l’accomplissement, du travail du jeune homme au cours de la semaine. L’occupation avec autrui n’est pas quelque chose d’étranger et de différent de tous les autres aspects du service divin — c’est la continuation du même sujet. Le Rabbi enseigne aux étudiants et leur dit : vous voulez savoir et ressentir ce qu’est vraiment la valeur des juifs et ce qu’est la valeur de la Torah et des commandements ? Sortez et mettez des Téfilines avec des juifs ! Quand vous vous arrêterez un moment dans votre propre travail et irez accomplir une seule mitsva avec un juif qui n’a aucune vertu manifeste, alors s’éveillera en vous le sentiment essentiel du « vous êtes des enfants de D.ieu, votre Éternel » et la valeur essentielle de la Torah et des commandements.

Quelle est la valeur d’une mitsva accomplie une seule fois ?

Au fil des années, et même ces dernières années, certains soutiennent que l’accomplissement d’une mitsva pratique de manière ponctuelle par un juif de la rue, qui le fait comme à contrecœur, est une chose sans signification. Comment doit-on répondre à cet argument ?

Tout d’abord, cet argument est réfuté par la Halakha. Le Talmud dans le traité de Kétoubot (86a) dit : « Mais pour un commandement positif… on le frappe jusqu’à ce que son âme parte ». La flagellation n’est pas une punition pour le refus d’accomplir le commandement — car après le coucher du soleil, quand il n’est plus possible de l’accomplir, il est interdit de le frapper. La flagellation n’a lieu que pour l’obliger à accomplir la mitsva, même si c’est en apparence à contrecœur (voir aussi le Netivot HaMichpat, ‘Hochène Michpat, §63, qui estime que cette règle s’applique à chaque personne et non seulement au tribunal).

Et à première vue, quel en est le sens ? Même quand il accomplit finalement la mitsva, c’est uniquement pour se débarrasser des coups, et la preuve en est qu’un instant auparavant il refusait de l’accomplir. Et pourtant la Torah dit que cette mitsva est très précieuse aux yeux de D.ieu ! C’est pourquoi il a prescrit dans Sa Torah cette règle que « on le frappe, etc. ». Cette règle exprime bien la préciosité et l’importance de chaque acte du juif, ainsi que la préciosité d’une seule mitsva, même sans aucun sentiment.

De tels arguments proviennent d’une erreur d’approche envers le juif et envers les commandements de D.ieu. Si la vertu du juif réside dans la délicatesse et la sainteté que l’homme peut ressentir par ses propres forces, et si les commandements sont de bonnes vertus dans les catégories humaines, alors quand l’homme n’a aucune intention ni sentiment dans l’accomplissement de la mitsva — en effet, elle n’a peut-être aucune utilité. Puisque la vertu des mitsvot est qu’elles affinent et épurent l’homme — si cela se fait sans aucun désir, l’acte lui-même n’apportera aucun bénéfice. Mais ce n’est pas là l’essentiel des commandements. Leur vertu principale est d’être les commandements de D.ieu ! Dans ces actes se trouve tout l’Illimité de D.ieu, et quand le juif les accomplit conformément à la volonté divine, selon la Halakha — même si pour l’instant cela semble être sans sentiment du cœur, juste pour se débarrasser du jeune homme importun qui le presse de mettre les Téfilines — il se lie néanmoins par cela au Saint béni soit-Il Illimité !

Cette chose en elle-même vaut déjà tous les efforts pour mériter à chaque juif un seul tel acte qui le lie à son Père céleste. Mais plus encore : l’immense lumière divine qui illumine chaque juif — quel qu’il soit, avec quelles qu’intentions — au moment de l’accomplissement d’une mitsva, aide et éveille son âme divine à accomplir des mitsvot supplémentaires. C’est le sens profond des paroles de nos Sages dans la Michna : « une mitsva entraîne une mitsva » — la mitsva a un pouvoir divin particulier pour éveiller l’âme du juif à revenir et accomplir des mitsvot supplémentaires, bien plus que tous les raisonnements et les explications humaines.

Je tiens à souligner : cette chose elle-même est aussi liée au service divin personnel de l’homme. Quand un jeune homme va mettre des Téfilines le vendredi, c’est un enseignement pour lui : tout ce que tu as appris au cours de la semaine, tout cela était ta compréhension et ton sentiment en tant qu’être humain ; maintenant tu dois te préparer pour le Chabbat. Au Chabbat il y a une âme supplémentaire — au Chabbat tu dois sentir qu’il y a quelque chose qui est totalement au-delà de ta compréhension. Il y a un point supérieur qui ne dépend pas du tout de ton travail, et il se trouve chez le plus léger des légers que tu rencontres dans la rue exactement comme il se trouve chez toi — parce qu’il est « fils » exactement comme toi. Et c’est là que le jeune homme commence à ressentir le « fils » qui est en lui, le lien essentiel avec le Père qui provient non pas de son sentiment mais du fait que le « Père » illumine dans son âme.

Mettre de l’ordre dans la confusion

Revenons à notre sujet. Toutes ces choses sont vraies. C’est la réalité véritable du juif, et c’est la vraie valeur de la Torah et des commandements. Et quand un juif étudie et comprend bien ces choses, cela l’affecte certainement aussi dans la pratique concrète de tous les aspects de son service divin.

L’homme a un cerveau, un cœur et des talons — la compréhension, le sentiment et l’action concrète. Certes, en notre génération, les talons du Messie, les esprits et les cœurs se sont amoindris, mais néanmoins, la connaissance fondamentale des fondements de la ‘hassidout qui influencent l’approche et la perception correcte des bases du judaïsme est présente avec toute sa force, exactement comme dans les générations passées. Un juif qui étudie la ‘hassidout, même si son esprit et son cœur sont limités, possède les fondements que la ‘hassidout a révélés. Dans quelle mesure son cœur a été transformé et est devenu conforme à ces fondements, c’est une autre question ; mais certainement que quelque chose a quand même changé dans le cœur à la suite de la connaissance, et l’essentiel est que cette connaissance influe sur l’acte concret.

Un homme ordinaire aspire à être quelque chose. Que son existence s’exprime dans quelque chose. Soit il cherche comment s’enthousiasmer, s’émouvoir, accomplir quelque service, soit plus subtilement — il cherche à avoir un « niveau spirituel ». À être parmi ceux qui étudient la Torah pour elle-même, à être érudit ou à avoir un niveau dans le service divin. Mais en fin de compte il se cherche lui-même. En revanche, quand un juif étudie et réfléchit au sujet de l’unité divine et sait que « il n’y a rien en dehors de Lui » — l’aspiration change. Il ne sait pas lui-même comment expliquer ce qu’il veut. Ce n’est pas une quelconque élévation qu’il cherche pour lui-même — il est simplement un « fils » de D.ieu, lui est lié et aspire à se rapprocher de Lui dans son essence, sans « pourquoi ».

Sauf qu’il lui arrive d’« oublier » ou de ne pas ressentir le « fils » qui est en lui. Il ne ressent pas que chaque mitsva le lie à son cher Père, et que la transgression, à D.ieu ne plaise, l’en sépare, mais quand il s’en souvient — il le veut non pas en raison d’une telle ou telle vertu, mais parce que c’est essentiellement lié à lui, et pour cela il accepterait aussi de donner sa vie.

L’étude de la ‘hassidout permet de distinguer clairement entre les désirs et les aspirations de l’âme divine et ceux de l’âme animale. L’un des fondements de la ‘hassidout est que tout juif possède deux âmes : son âme animale, son « moi » ; et l’âme divine qui est en lui, qui est une « partie de D.ieu d’en haut ». Et la différence entre elles est fondamentale : l’âme animale, c’est ce que l’homme ressent en tant qu’homme. Il a ses propres aspirations et désirs. Il y en a un qui veut de l’argent, un qui veut de la gloire, et il y en a un dont la perfection est d’être un érudit ou un serviteur de D.ieu — mais tout cela est lié à son âme animale. Cela fait partie de son existence. En revanche, du côté de l’âme divine, l’essentiel n’est pas l’homme — l’aspiration est la Divinité. Une partie de D.ieu, sans « pourquoi ». Il est un fils qui aime son père sans raison. Le fils ne pense pas à lui-même quand il veut son père — il cherche le père.

Quand il n’y a pas de distinction entre les deux âmes, il se crée une confusion. L’homme veut des « niveaux spirituels », il veut être un « érudit », il veut être un « étudiant de la Torah pour elle-même », il veut être un « juste » et un « serviteur de D.ieu », et il ne réalise pas du tout que le mobile de tous ces désirs pourrait être le sentiment du « quelque chose » de l’âme animale — l’aspiration basique de tout homme à vouloir être quelque chose.

En conclusion, il est incontestablement clair que l’étude de la ‘hassidout ne se contente pas d’ajouter une sorte de sentiment spirituel abstrait dans le service divin de quelques individus qui se consacrent entièrement au service ‘hassidique, mais elle influe concrètement sur tout juif qui l’étudie un peu sérieusement. Certes, même après l’étude, il y a des lacunes qui proviennent du côté de l’âme animale, dont la vérité saisie par l’esprit n’a pas encore transformé l’essence, et l’homme doit travailler à les corriger ; mais l’aspiration du côté de l’âme divine, la vision de ce qu’est l’affaire du juif et de ce qu’il doit vouloir, de ce qu’est la Divinité et de ce qu’est la valeur de la Torah et de ses commandements — ont changé d’un extrême à l’autre.

Ce que le Rabbi dit au Rav Groner après le 28 Nissan 5751-1991

Ce que le Rabbi dit au Rav Groner après le 28 Nissan 5751-1991

 

Le 28 Nissan 5751 (1991), le Rabbi prononça une Siha bouleversante qui ébranla profondément les ‘Hassidim. Deux semaines plus tard, il convoqua son secrétaire, le Rav Leibel Groner, pour s’enquérir des suites concrètes de ce discours. La réponse qu’il reçut lui inspira un message d’une clarté absolue, qu’il tient à transmettre à tous.

 

 

 

Une Siha qui rompt le silence

Le soir du 28 Nissan 5751 (1991), à l’issue de la prière de Maariv, le Rabbi prit la parole de manière inattendue pour livrer une Siha sur la singularité de ce jour et les enseignements qu’il nous invite à en tirer. Soudain, son ton se fit plus grave, et il s’exprima avec une douleur palpable :

« Comment se fait-il que lorsque tant de Yiddim se rassemblent, ils ne fassent rien pour hâter la venue du Machia’h et acceptent de demeurer en exil ? Même le cri de Ad Mataï — « Jusqu’à quand ? » — ils le poussent parce qu’on le leur demande… S’ils avaient vraiment supplié pour la venue du Machia’h avec un sentiment sincère, il serait déjà venu ! Que puis-je faire de plus pour inspirer aux autres le désir d’amener le Machia’h ? Car après tout ce qui a été accompli, nous sommes encore en Galoutt ! Et plus encore : chaque individu vit un exil personnel dans son service de D.ieu. Je vous en charge : faites tout ce qui est en votre pouvoir pour amener le Machia’h maintenant ! »

Des ‘Hassidim en quête de réponse

Certains ‘Hassidim comprirent que le Rabbi attendait d’eux quelque chose de nouveau, quelque chose de différent de ce qui avait été fait jusqu’alors. Ils se réunirent, échangèrent diverses idées, mais ne parvinrent pas à dégager de conclusion.

Le Chabbat suivant, le Rabbi apporta lui-même la clarification : l’Avoda à accomplir pour hâter la venue du Machia’h consiste simplement à redoubler d’efforts dans la Torah et les Mitsvot — dans l’étude de la Torah, tant dans son aspect révélé (Niglé) que dans sa dimension intérieure (Pnimiyout HaTorah), ainsi que dans l’accomplissement des Mitsvot avec soin et embellissement (Behidour). Il convient également de répandre la Torah et la judéïté autour de soi, et plus particulièrement les enseignements du ‘Hassidout. Tout cela doit être accompli avec un ardent désir de la Délivrance.

La question du Rabbi au Rav Groner

Environ deux semaines plus tard, le Rabbi s’adressa à son secrétaire, le Rav Groner, et lui demanda ce qui s’était passé en lien avec ce qu’il avait dit le 28 Nissan. Le Rav Groner lui répondit qu’après la Siha, certains ‘Hassidim avaient tenté de comprendre ce qui était attendu d’eux, et qu’ils continuaient à « se creuser la tête » sans trouver de réponse satisfaisante.

Le Rabbi lui dit alors : « Je ne comprends pas pourquoi il leur faut se « creuser la tête », alors que j’ai clairement énoncé ce qui doit être fait. »

Il énuméra ensuite en comptant sur ses doigts : « Ils doivent redoubler leurs efforts dans l’étude de la Torah — Niglé et ‘Hassidout — dans l’accomplissement des Mitsvot avec soin, et travailler davantage sur l’Ahavat Israël et la diffusion du ‘Hassidout. »

Il demanda ensuite au Rav Groner de transmettre ce message aux ‘Hassidim, en y ajoutant ces mots : « Il n’est pas nécessaire de « se creuser la tête » ; j’ai clairement exposé ce qui doit être fait. »

Une lettre d’Australie, la même réponse

Quelques jours plus tard, le Rabbi reçut une lettre d’Australie posant une question similaire. Il demanda qu’on lui apporte une copie de la Si’ha imprimée du Chabbat précédent et, ayant retrouvé le passage traitant de l’effort accru dans la Torah, les Mitsvot et leur diffusion, il chargea le Rav Groner de transmettre ce même message à ses correspondants australiens.

Cet article a été publié pour la première fois en hébreu dans le magazine Kfar Habad, à l’occasion de Guimel Tamouz 5770 (2010).

Isrou Hag Pessa’h au 770 : un Kinous Torah d’exception avec le Rav Avraham Barou’h Pevzner

Isrou Hag Pessa’h au 770 : un Kinous Torah d’exception avec le Rav Avraham Barou’h Pevzner

 

Le lendemain de Pessa’h (5786 / 2026), le 770 Eastern Parkway a accueilli un Kinous Torah central réunissant d’éminents Rabbanim, des temimim et des membres de l’Anash. Parmi les intervenants de marque figurait le Rav Avraham Barou’h Pevzner, Rav de l’Anash en France. Des exposés de haute tenue ont marqué cette édition, abordant des questions de hala’ha et d’exégèse chassidique.

 

 

Un rassemblement annuel dans l’esprit du Rabbi

Le Kinous Torah central s’est tenu le dimanche d’Isrou Hag Pessa’h au 770 Eastern Parkway, conformément à la directive du Rabbi d’intensifier l’étude de la Torah durant la période des fêtes et dans les jours qui suivent. La manifestation est organisée chaque année par le Rav Chneur Zalman Labkovski, Roch Yéchiva de la Yéchiva centrale Tomchei Temimim au 770, qui en supervise le déroulement depuis de nombreuses années avec les bénédictions du Rabbi. C’est encore lui qui en a conduit le programme avec soin et rigueur.

Des cours ont été dispensés par des Rabbanim de la communauté de Crown Heights, par des invités venus d’autres communautés, ainsi que par des membres de la hanhala de la Yéchiva.

Le « Dvar Malkhous » et la Sih’a du Rabbi

Dans le cadre de la rubrique « Dvar Malkhous », le Rav Mikhaël Seligson a passé en revue une Si’ha du Rabbi, offrant à l’assistance une immersion dans la pensée et l’enseignement du Loubavitcher Rabbi.

Des exposés de haut niveau en hala’ha et exégèse

Le Rav Avraham Barou’h Pevzner, Rav de l’Anash en France, a traité du statut hala’hique de celui qui a oublié de préparer un Erouv Tavchilim. Successeur de son père, le Grand Rav Hillel Pevzner zal — qui dirigea la communauté Loubavitch de France pendant près de six décennies et fonda le réseau scolaire Sinaï à Paris —, le Rav Avraham Barou’h Pevzner porte également le prénom de son illustre grand-père, le Rav Avraham Barou’h Pevzner de Minsk, émissaire du précédent Rabbi de Loubavitch en Biélorussie, qui fut arrêté à plusieurs reprises par les autorités soviétiques pour ses activités au service de la vie juive, avant de disparaître en exil au Kazakhstan. Engagé dans la continuité de cet héritage familial de dévotion à la Torah et à la communauté, le Rav Avraham Barou’h Pevzner est également impliqué dans les Institutions Sinaï de France, aux côtés de sa femme Chanie.

Le Rav Lévi Its’hak Raskin, juge rabbinique (dayan) de l’Anash à Londres, a développé les paramètres régissant les premier et deuxième jours de Yom Tov, ainsi que les conséquences hala’hiques découlant de ces distinctions.

Le Rav Méïr Chelomo Kaplan, membre de la hanhala de la Yéchiva Oholei Torah, a présenté une analyse approfondie de la Haggada du Rabbi, portant notamment sur la disposition du plateau du Séder, ses modalités précises et les différences entre les décisions de l’Alter Rabbi dans le Choul’han Arou’h et dans son Sidour.

Le Rav Avraham Osdoba, membre du Beth Din de Crown Heights et Mara d’Asra, a traité des règles relatives au commerce de ‘hamets pendant Pessa’h par l’intermédiaire d’un mandataire non juif.

Le Rav Hillel Heller, Roch Yéchiva de la Yéchiva de Westchester, a abordé le cas de celui qui commet une erreur dans le compte du Sefiras HaOmer, en examinant si une nouvelle bénédiction est requise et en établissant des parallèles avec des situations analogues liées au Kidouch et à la Havdala.

Un jeune étudiant partage un pilpoul inédit

L’étudiant (hatom) Mena’hem Mendel Ifregen a conclu les présentations en soumettant à l’assistance un pilpoul extrait d’un ouvrage qu’il prépare en vue de sa publication, portant sur le thème des « Arba Avos Nezikin » — les quatre pères des dommages.

L’héritage vivant du Rabbi

Ce Kinous Torah a une fois de plus témoigné de la vitalité de l’appel du Rabbi à faire de la période du Yom Tov un temps de renforcement de l’étude de la Torah, dont l’élan se prolonge bien au-delà des jours de fête eux-mêmes.-mêmes.

 

































































































Recrudescence des cas de rougeole en Israël : le Rav Yeruslavsky invoque l’urgence

Recrudescence des cas de rougeole en Israël : le Rav Yeruslavsky invoque l’urgence

Face à la recrudescence alarmante des cas de rougeole et à l’hospitalisation de plusieurs enfants en Israël, le Rav Yitshak Yehouda Yaroslavsky, autorité rabbinique locale et secrétaire du Tribunal rabbinique de ‘Habad, a publié une lettre d’une sévérité rare. Il y exhorte les parents à la vaccination immédiate, qualifiant la situation de danger imminent».

 

Un impératif halakhique face à la maladie

Le Rav Yeruslavsky ne mâche pas ses mots. Devant la propagation inquiétante du virus, il rappelle que la vaccination ne relève pas seulement du conseil sanitaire, mais d’une obligation religieuse absolue, citant le commandement biblique : « Gardez-vous de porter atteinte à votre vie ».

Dans son communiqué, le dignitaire s’appuie sur la situation sanitaire internationale pour illustrer la gravité de la menace. Il mentionne avec émotion les rapports en provenance des États-Unis, où l’épidémie fait rage. Selon les données citées, plus d’un millier d’enfants y ont été hospitalisés, certains nécessitant une assistance respiratoire lourde par ECMO (oxygénation par membrane extracorporelle) en raison de complications sévères. Le Rav rappelle également la tragédie de l’année passée, marquée par le décès de 17 enfants — parfaitement sains avant leur infection — dont le seul point commun était l’absence de vaccination.

Une contagion rapide au sein de la communauté

Le constat local est tout aussi préoccupant. Le Rav souligne que la morbidité a explosé dans le quartier, entraînant déjà l’hospitalisation de jeunes résidents. Il décrit une propagation fulgurante, favorisée par la promiscuité dans les abris et les espaces collectifs, ce qui accentue le risque pour l’ensemble de la population.

« C’est une question de Pikouach Nefech (sauvegarde de la vie humaine) », insiste le Rav Yeruslavsky.

La rougeole qu’est-ce que c’est ?

C’est une maladie causée par un virus qui s’attaque aux voies respiratoires avant de se propager dans tout l’organisme. Elle touche principalement les enfants, mais peut être très grave chez les adultes non vaccinés.

Comment se transmet-elle ?

Le virus est extrêmement « efficace » pour se propager :

  • Par l’air : Quand une personne malade tousse, éternue ou parle.

  • La survie : Le virus peut rester en suspension dans l’air ou sur une surface pendant deux heures après le passage d’un malade.

  • La contagion : Une personne infectée peut transmettre la maladie 4 jours avant l’apparition des plaques rouges et 4 jours après.

Les symptômes

La maladie évolue généralement en deux étapes :

  1. Le début (phase « grippale ») : Forte fièvre, nez qui coule, toux et yeux rouges (conjonctivite).

  2. L’éruption : Quelques jours plus tard, de petites plaques rouges apparaissent sur le visage, puis descendent sur tout le corps.

Pourquoi est-ce dangereux ?

Contrairement à une idée reçue, la rougeole n’est pas « une maladie d’enfant banale ». Elle affaiblit temporairement le système immunitaire (une sorte d' »amnésie immunitaire »), ce qui peut entraîner des complications graves :

  • Infections de l’oreille (otites pouvant mener à la surdité).

  • Pneumonies sévères.

  • Encéphalites (inflammation du cerveau).

La protection

Il n’existe pas de traitement spécifique pour guérir la rougeole une fois qu’elle est là (on ne traite que les symptômes). Le seul rempart efficace est la vaccination (le vaccin ROR : Rougeole-Oreillons-Rubéole). Il faut généralement deux doses pour être protégé à vie et protéger ceux qui ne peuvent pas être vaccinés (comme les nourrissons ou les personnes très malades).

La situation mondiale de la rougeole

En ce mois d’avril 2026, la situation mondiale de la rougeole est marquée par une recrudescence significative, touchant des régions qui pensaient avoir éradiqué le virus.

Voici un état des lieux des foyers actifs et des tendances actuelles :

Amériques : Une hausse spectaculaire

La région connaît une accélération sans précédent.

  • États-Unis : Le pays enregistre une flambée historique. Au 9 avril 2026, le CDC rapporte déjà plus de 1 700 cas depuis le début de l’année, dépassant largement les chiffres de 2025. Des foyers importants sont signalés dans 33 juridictions, notamment à New York, en Floride et en Géorgie.

  • Mexique et Amérique Latine : Le Mexique est l’un des pays les plus touchés de la région avec plusieurs centaines de cas confirmés. La Bolivie, le Guatemala et le Canada (notamment l’Ontario et le Québec) font également face à des éclosions actives.

  • Contexte Sportif : L’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS) a émis une alerte épidémiologique, car la mobilité liée à la préparation de la Coupe du Monde de la FIFA 2026 fait craindre une propagation encore plus rapide.

Europe : Des foyers persistants

L’Europe reste vulnérable en raison d’une couverture vaccinale qui stagne. Des épidémies sont en cours dans plusieurs pays d’Europe de l’Est et de l’Ouest. Les autorités sanitaires européennes surveillent de près la situation, car le virus circule activement parmi les voyageurs non vaccinés.

Afrique et Asie du Sud-Est

  • Afrique : La région concentre toujours une part importante des flambées mondiales (environ 40 % des épidémies majeures). Malgré les efforts de vaccination qui ont sauvé des millions de vies, le manque de ressources dans certaines zones isolées permet au virus de resurgir.

  • Asie du Sud-Est : Bien que la couverture vaccinale y ait atteint des records (96 % dans certaines zones en 2024), des poches de résistance subsistent, provoquant des cas sporadiques mais réguliers.

Pourquoi cette recrudescence ?

Les experts de l’OMS et du CDC pointent trois facteurs principaux :

  • Le « recul » de la vaccination : Une baisse de la confiance vaccinale et des interruptions de programmes de santé publique ces dernières années.

  • Les voyages internationaux : La majorité des nouveaux foyers dans les pays développés partent de voyageurs non vaccinés revenant de zones où le virus circule intensément.

  • La contagiosité extrême : Dans les milieux clos (écoles, abris, transports), une seule personne peut en infecter 15 à 20 autres si elles ne sont pas immunisées.

En résumé : Le monde fait face à un défi majeur en 2026. La rougeole regagne du terrain là où elle avait disparu, rappelant l’importance cruciale de maintenir une couverture vaccinale supérieure à 95 % pour protéger les populations.

Israël : Le dollar au plus bas historique, une aubaine pour planifier son prochain voyage chez le Rabbi

Israël : Le dollar au plus bas historique, une aubaine pour planifier son prochain voyage chez le Rabbi

C’est un séisme sur le marché des changes local : le billet vert est passé sous la barre symbolique des 3 shekels ce mercredi. Cette chute brutale du dollar représente une opportunité financière inédite pour les familles de la communauté ‘Habad planifiant leur prochain voyage auprès du Rabbi.

 

 

Une dégringolade spectaculaire sous le seuil des 3 shekels

Le marché des devises a connu une séance dramatique ce mercredi. Poursuivant une dépréciation entamée il y a plusieurs mois, la monnaie américaine a franchi un cap historique en s’échangeant brièvement à 2,9994 shekels.

Pour les nombreux fidèles et voyageurs réguliers vers les « Cours de Sainteté » à New York, l’annonce sonne comme une révolution économique. En un an seulement, le dollar a perdu plus de 18 % de sa valeur face à la devise israélienne. Pour un père de famille réservant des billets pour le « 770 », cela se traduit par une économie réelle de plusieurs milliers de shekels.

Le pouvoir d’achat du shekel au sommet

L’équation est simple : alors que les tarifs aériens sont indexés sur le dollar, le coût final en shekels pour le voyageur israélien fond à vue d’œil. Depuis le début de l’année 2026, la baisse atteint déjà 6 %, témoignant d’une vigueur exceptionnelle de la monnaie nationale.

Cette conjoncture crée une « remise automatique » qui ne dépend d’aucune promotion commerciale, mais uniquement de la force du taux de change. Au-delà du transport, c’est l’ensemble du séjour à Crown Heights qui devient plus abordable :

Hébergement : Les locations et frais de séjour sont en net recul une fois convertis.

Consommation : Les achats dans les supermarchés locaux, l’acquisition de livres saints (Sfarim) ou les cadeaux pour la famille bénéficient d’un pouvoir d’achat record.

Vie quotidienne : Bien que l’inflation persiste aux États-Unis, le visiteur muni de shekels voit son budget quotidien s’alléger considérablement.

Une fenêtre de tir à saisir rapidement

Les experts financiers appellent toutefois à la prudence : une telle situation pourrait ne pas durer. La Banque d’Israël surveille de très près cette chute libre et pourrait intervenir sur le marché des changes pour soutenir le dollar et protéger les exportateurs. Une telle intervention provoquerait une remontée immédiate des cours.

Le conseil des analystes pour ceux qui prévoient de voyager durant l’été ou pour les fêtes de Tishri est clair : profitez de ce « creux historique » pour sécuriser vos billets et vos frais de séjour dès maintenant, avant que la tendance ne s’inverse.

 

Si’ha du Rabbi de la veille du vendredi 28 Nissan 5751-1991, de la Parchat Chemini après la prière d’Arvit

Si’ha du Rabbi de la veille du vendredi 28 Nissan 5751-1991, de la Parchat Chemini après la prière d’Arvit

Traduction libre du Rav Haim Mellul

1. Ce jour est, de façon générale, propice. Il l’est en particulier pour dévoiler la délivrance véritable et complète.

On peut l’expliquer de différentes façons, en considérant ce qui caractérise cette année, ce mois, cette semaine et la date dans le mois, le jour de la semaine et sa place dans le compte de l’Omer. Il est dit, en effet, qu’ «il est une Mitsva de compter les jours et une Mitsva de compter les semaines». (Les jours et les semaines occupent une place particulière dans le compte de l’Omer. Il en est ainsi chaque année, mais, cette fois-ci, Pessa’h débuta un Chabbat et c’est donc à l’issue de ce jour que commença le compte. Dès lors, les semaines de l’Omer sont entières, comme les jours de la création. Ainsi, l’effet exercé sur celle-ci par le compte de l’Omer apparaît encore plus clairement.) Il est donc nécessaire de rappeler encore une fois la nécessité d’apporter une conclusion à nos actions et à nos réalisations, qui ont pour but de dévoiler la délivrance véritable et complète. C’est ce que nous montrerons.

2. Il faut tout d’abord rappeler ce qui fait le caractère particulier de ce jour et ce qui le lie à la délivrance. Nous envisagerons tout d’abord les particularités de cette année.

On a maintes fois rappelé que ses initiales, telles qu’elles furent interprétées par les enfants d’Israël, correspondent à la phrase «ce sera une année au cours de laquelle Je vous montrerai des merveilles». C’est là le sens de ce chiffre 5751, que l’on retrouve dans tous les actes officiels rédigés au cours de cette année. 5751 ce conclut par un Noun, chiffre des dizaines et initiale de Niflaot, les merveilles, puis par un Alef, chiffre des unités et initiale de Arénou, «Je vous montrerai». Le verset dit, par ailleurs, «comme aux jours de ta sortie d’Egypte, Je vous montrerai des merveilles». Arénou précède ici Niflaot. En fait, ces deux combinaisons sont également nécessaires.

Niflaot évoque les merveilles, qui peuvent très bien ne pas être perceptibles aux hommes. Nos Sages soulignent, en effet, que certains miracles restent inconnus de ceux pour qui ils surviennent. Il en va de même pour les merveilles, qui transcendent les miracles. Bien plus, c’est précisément leur grande élévation qui fait qu’on puisse ne pas du tout les voir. C’est ainsi qu’il est dit «Il fait de grandes merveilles, Seul». C’est précisément parce qu’elles sont de grandes merveilles, que Lui seul peut en avoir connaissance. Elles restent imperceptibles pour ceux à qui elles surviennent.

Le mot Arénou vient donc souligner que ces merveilles apparaissent à l’évidence et sont visibles par les yeux de chair. En effet, le Saint béni soit-Il désire qu’il en soit ainsi. Non qu’elles ne soient pas de grandes merveilles, ce qu’à D.ieu ne plaise, mais le Tout Puissant, dans toute Son Essence, s’efforce de les révéler à chacun, même si par nature elles sont si élevées qu’elles devraient rester imperceptibles.

Le verset dit en fait «Il nous montrera», à la troisième personne et non à la seconde. Il fait ainsi allusion à un niveau particulièrement élevé de la Divinité, qui, par nature, reste cachée. Néanmoins, le dévoilement est si considérable que chacun peut voir, de ses yeux de chair, les miracles qui seraient autrement les plus voilés.

Ce qui vient d’être dit peut se réaliser de deux façons. L’existence du monde, telle qu’elle est reflétée par les actes officiels, retient «Niflaot Arénou». La création rend, en effet, ces miracles imperceptibles, ne peuvent s’y révéler. Une action de D.ieu, «Arénou», est donc nécessaire pour qu’ils puissent être perçus. Le verset de la Torah, en revanche, dit «Arénou Niflaot», soulignant que la révélation est accordée d’emblée, même s’il s’agit de miracles transcendant toute révélation.

Les deux formulations sont l’une et l’autre nécessaires. «Arénou Niflaot» souligne que le dévoilement divin est considérable, même s’il est accordé d’En Haut et ne résulte pas de l’effort des hommes. «Niflaot Arénou» souligne que tout ceci est bien perceptible aux créatures et ne transcende pas le monde.

La perception véritable consiste donc à cumuler ces deux aspects à la fois. Ainsi, D.ieu, qui est plus élevé que le monde, se révèle dans la matière et y est perceptible par les lois de la nature.

Ainsi, les miracles dont il est question dans ce verset seront perceptibles à chacun et «comme aux jours de ta sortie d’Egypte, Je te montrerai des merveilles», celles de la délivrance véritable et complète, par notre juste Machia’h, (qui seront merveilleuses, même par rapport aux miracles de la sortie d’Egypte).

3. A tout ceci s’ajoute, cette fois-ci, un point particulier si l’on prend en compte la date dans le mois, dans la semaine et la nature de ce jour.

Nissan est «un mois de délivrance». C’est alors que les Juifs quittèrent l’Egypte et c’est également en Nissan qu’interviendra la délivrance future, ainsi qu’il est dit: «c’est en Nissan qu’ils ont été libérés et en Nissan qu’ils le seront». A l’intérieur de ce mois, cette nuit fait la transition entre le 27 et le 28 Nissan.

Le 27 est la valeur numérique du mot Za’h, pur, ainsi qu’il est dit: «de l’huile d’olive pure», dont on sait qu’elle est particulièrement brillante. Il fait ainsi allusion au caractère lumineux de Nissan.

L’importance du chiffre 27 est également soulignée par le fait qu’il correspond à neuf fois trois. Il y a donc ici un fait accompli, qui est lui-même, à son tour, répété trois fois. Nous avons plusieurs fois expliqué le lien entre cette année et le chiffre trois. Elle commença, en effet, par trois jours consécutifs de sainteté, qui se répétèrent trois fois, à l’extérieur d’Erets Israël, à Roch Hachana, au début de Soukkot, puis à Chemini Atséret et Sim’hat Torah.

Le 28 correspond à la valeur numérique du mot Koa’h, la force. Il fait ainsi allusion à la puissance et à la détermination de ce mois, qui permettra en particulier de dévoiler la délivrance de façon concrète.
Un autre point caractérise cette semaine et ce jour.

Cette semaine est celle de la Parchat Chemini. (Il en est ainsi à l’extérieur d’Erets Israël, là où se trouve la majorité numérique et structurelle du peuple juif. En Erets Israël, cette semaine reçoit sa bénédiction de la Parchat Chemini.) Or, Chemini, le huitième niveau est directement lié à la délivrance. (Nos Sages soulignent que, lorsque le Machia’h viendra, la Harpe, dans le Temple, aura huit cordes). Bien plus, cette Parchat Chemini est étudiée pour la troisième fois et se présente donc comme un fait établi.

C’est, en outre, maintenant la veille du Chabbat, au cours duquel cette Parchat Chemini sera lue dans sa totalité et, cette fois-ci, pour la huitième fois. Il s’agit donc de «huit fois huit», un niveau qui décrit la délivrance future dans sa plus haute perfection. (En outre, le passage du ‘Houmach étudié ce vendredi parle de quatre animaux impurs, qui font allusion aux quatre royaumes ayant asservi Israël et dont la puissance disparaîtra, lors de la délivrance future. Par ailleurs, la Parchat Chemini, qui, pendant ce Chabbat, est lue publiquement, l’est également individuellement, par chacun, le vendredi. On connaît, en effet, la pratique qui veut qu’on en lise deux fois chaque verset, suivi du Targoum. De plus les Rebbéim de ‘Habad avaient coutume de commencer cette lecture, dès le vendredi soir.)

4. L’importance de ce jour découle également du lien qui peut être réalisé avec les jours suivants. (Celui-ci, en l’occurrence, apparaît de façon tout à fait claire. C’est en effet, la veille du Chabbat qui prépare le jour sacré, ainsi qu’il est dit: «celui qui fait des efforts à la veille du Chabbat, mangera pendant le Chabbat». Or, les jours suivant le Chabbat reçoivent leur bénédiction de lui et donc de la veille, qui le prépare.)

Le 28 Nissan est suivi par le 29, veille de Roch ‘Hodech Iyar, qui s’appelle également « petit Yom Kippour » et évoque donc le grand. Or, Yom Kippour est le jour de l’union entre le Saint béni soit-Il et Israël. C’est alors que furent données les dernières Tables de la Loi et cette union entre l’assemblée d’Israël et le Saint béni soit-Il parviendra à sa perfection, lors de la délivrance future. (Iyar est, en outre, constitué des initiales d’Avraham, Its’hak, Yaacov et Ra’hel, qui sont les quatre pieds du Char Céleste. On retrouve ainsi l’importance du chiffre quatre, également lié à David, le roi Machia’h.)

Il y aura ensuite Roch ‘Hodech, jour de la nouvelle lune, directement lié à Israël, qui «est comparé à la lune» et «base sur elle son calendrier», car «ils se renouvelleront comme elle», lors de la délivrance future. En l’occurrence, Roch ‘Hodech a deux jours et il y aura donc ensuite le deuxième jour, qui sera aussi le 1er Iyar. Or, la délivrance elle-même est liée à ce qui est double. (En effet, le premier jour de Roch ‘Hodech est également le trentième du mois qu vient de s’écouler et ce qui est double est bien lié à la délivrance, comme on le sait.)

Cette année, le Chabbat est, en outre, à la veille du Roch ‘Hodech. (C’est la raison pour laquelle est lue une Haftara particulière, «Demain est Roch ‘Hodech».)

Lorsque la veille de Roch ‘Hodech est un Chabbat, le « petit Yom Kippour » est avancé (de façon générale, au jeudi, ce qui souligne encore plus clairement le lien entre ce jour, la veille du Chabbat et le Chabbat lui-même). En effet, le Ta’hanoun n’est pas récité pendant le Chabbat et seul subsiste alors son aspect joyeux, «le jour de votre joie: c’est le Chabbat».

Un autre point est essentiel. Lorsque la veille de Roch ‘Hodech est un Chabbat, ce jour en lui-même fait allusion à la délivrance, «le jour qui sera entièrement Chabbat et repos pour l’éternité».
Le lendemain du second jour de Roch ‘Hodech Iyar sera le 2 Iyar, jour de la naissance du Rabbi Maharach.

Les ‘Hassidim connaissent le proverbe soulignant l’importance de sa date de naissance, liée à la Sefira « Tiféret de Tiféret ». On sait, en effet, qu’il avait un comportement tout à fait particulier, «à priori par le dessus de l’obstacle». Selon son adage bien connu, «on considère généralement que si l’on ne peut passer en dessous d’un obstacle, il faut aller au dessus de celui-ci. Je dis, moi, qu’il faut passer à priori par le dessus».

Bien plus, ce Précepte, «à priori par le dessus», agit également de manière rétroactive. Ainsi, tout ce qui le précède, depuis ce 27 Nissan, peut être «à priori par le dessus», à la façon de «Tiféret de Tiféret».

5. La période l’Omer introduit une qualité de plus.
Cette période sépare Pessa’h, «temps de notre liberté», de Chavouot, «temps du don de notre Torah». Les enfants d’Israël quittèrent, en effet, l’Egypte pour la recevoir. Or, c’est lors de la délivrance que cette réception sera parfaite, lorsqu’ «une Torah nouvelle émanera de Moi». (En effet, tous les exils portent le nom de l’Egypte. De plus, le don de la Torah, qui intervient au cinquantième jour de l’Omer, apporte aussi la cinquantième porte de la compréhension, qui fait allusion aux Niflaot, aux merveilles de cette année, que l’on peut également lire « Noun Plaot », cinquante merveilles. En effet, «D.ieu consulta la Torah pour créer le monde». C’est de cette façon qu’Il put agir sur le monde et qu’Il bâtira «les cieux nouveaux et la terre nouvelle», qui apparaîtront lors de la délivrance. Le renouvellement, alors, concernera l’ensemble de la création, et plus spécifiquement le peuple juif, ainsi qu’il est dit: «votre descendance et votre nom se révèleront alors».)

Tout ceci apparaît encore plus clairement cette année, puisque Pessa’h est un Chabbat. Or, le Midrach dit: «ces sept semaines seront entières. Quand le sont-elles?… Lorsque Pessa’h est un Chabbat et que le compte commence à l’issue de ce jour. C’est alors que ces semaines sont entières», «car elles commencent un dimanche et se terminent un Chabbat». La perfection de cette année s’en trouve donc accrue, au point d’être la plus haute qui soit. La délivrance qui peut être obtenue pendant cette période a donc également une haute perfection.

Le compte de l’Omer de cette période est également d’une grande importance (d’autant que l’étude du Rambam de la veille du Chabbat porte sur le compte de l’Omer).

Le 27 Nissan fut le douzième jour de l’Omer, qui correspond aux douze tribus, exprimant la perfection d’Israël, telle qu’elle se révèlera dans le monde futur. Le 28 Nissan sera le treizième jour de l’Omer, valeur numérique du mot E’had, un. Puis, il y aura, à la veille de Roch ‘Hodech, le quatorzième jour de l’Omer, valeur numérique du mot Yad, la main, qui évoque « la Main forte », « la Main élevée », la « grande Main », qui se révéla, lors de la sortie d’Egypte. Puis, il y aura le quinzième jour de l’Omer, qui fait allusion à la pleine lune et à la perfection qu’Israël connaîtra dans le monde futur.

6. Le lien particulier qui existe entre cette période et la délivrance soulève une très vive interrogation: comment, malgré tout cela, n’est-on pas encore parvenu à obtenir la venue effective de notre juste Machia’h? Ceci est absolument incompréhensible!

Une autre question peut également se poser. Plusieurs dizaines de Juifs se réunissent, en un moment propice pour la délivrance. Pour autant, ils n’expriment pas leur souhait profond de voir le Machia’h venir immédiatement. Il reste, pour eux, envisageable qu’il ne vienne pas ce soir, qu’il ne soit là ni demain, ni après-demain, ce qu’à D.ieu ne plaise!

Certes, on crie « Ad Mataï », «jusqu’à quand durera cet exil?». Néanmoins, on ne le fait que parce que l’on a reçu instruction de le faire. Si l’on pensait véritablement ces mots, si l’on demandait sincèrement la délivrance, il est sûr et certain qu’on l’aurait déjà obtenu, depuis bien longtemps.

Que puis-je encore faire pour conduire les enfants d’Israël à souhaiter profondément la venue effective du Machia’h? Tout ce que j’ai fais jusqu’à maintenant n’a servi à rien. La preuve peut en être trouvée dans le fait que nous nous trouvons encore en exil et, bien plus, pour tout ce qui concerne le service de D.ieu, dans un exil profond.

La seule chose qui me reste à faire est de vous confier cette tâche: faites tout ce qui est en votre pouvoir pour faire venir notre juste Machia’h, de façon tout à fait immédiate! Faites usage des lumières particulièrement élevées de Tohou et introduisez-les dans les réceptacles de Tikoun.

Puisse D.ieu faire, qu’au bout du compte, se trouvent dix Juifs qui s’entêteront et considèreront qu’il est de leur devoir de convaincre le Saint béni soit-Il. Ils parviendront assurément à le faire, car il est dit «vous êtes un peuple à la nuque dure» et ceci peut également recevoir une traduction positive. C’est précisément pour cela que «Tu pardonneras à leurs fautes et à leurs transgressions». Ainsi, nous obtiendrons, de façon tout à fait immédiate, la délivrance véritable et complète (d’autant que le verset «comme aux jours de ta sortie d’Egypte, Je te montrerai des merveilles» est la réponse que le Saint béni soit-Il apporta à la prière du Prophète, formulée à propos de la délivrance.)

7. Pour hâter encore plus tout cela, je ferai une action de plus et confierai à chacun d’entre vous une mission de Mitsva, pour la remettre à la Tsédaka, car «grande est la Tsédaka qui hâte la délivrance».
Ainsi, je me suis acquitté de la mission qui m’incombe. Désormais, il vous appartiendra de faire tout ce qui est en votre pouvoir.

Puisse D.ieu faire qu’il y ait parmi vous une, deux ou trois personnes qui découvrent ce qu’il convient de faire et comment le faire. Ainsi, ils dévoileront la délivrance véritable et complète, de manière concrète et immédiate, dans la joie et dans l’enthousiasme.