«Préparez une table de Chabbat !» : le secret du Rabbi pour ramener un fils égaré

«Préparez une table de Chabbat !» : le secret du Rabbi pour ramener un fils égaré

 

À Brooklyn, une mère désemparée par l’éloignement de son fils vint implorer le Rabbi de Loubavitch de lui indiquer le chemin qui le ramènerait au foyer. La réponse qu’elle reçut, d’une simplicité déroutante, tenait en quelques mots : préparer une table de Chabbat. Ce conseil, qu’elle suivit sans le comprendre, allait transformer sa maison tout entière et rouvrir la porte à l’enfant perdu.

 

 

Rav Schneor Ashkenazi

 

Le cri d’une mère

À Brooklyn, dans une famille semblable à tant d’autres, le silence s’était installé comme une ombre tenace. L’un des fils avait largué les amarres. Plus de Tefilin à l’aube, plus de Kippa sur la tête : il s’était détourné du foyer et de la tradition, laissant derrière lui une chaise vide et des parents rongés par l’inquiétude. De lui ne subsistait qu’un appel furtif, une fois par mois, tel un signal lointain lancé depuis une autre rive, juste assez pour dire : « Je suis vivant. »

À bout de forces, la mère obtint une audience auprès du Rabbi de Loubavitch. La voix brisée, les yeux noyés de larmes, elle l’implora :

« Rabbi, dites-moi… comment le ramener à la maison ? »

La réponse tomba, limpide, presque déconcertante :

« Préparez une table de Chabbat. »

Une table de Chabbat ? Pour un fils qui ne respectait plus le Chabbat ? La réponse paraissait étrangère au drame qu’elle traversait. Mais elle savait que le Rabbi ne prononçait jamais une parole en vain. Sans en saisir le sens, elle résolut d’obéir.

Une table qui se transfigure

Dès le dimanche suivant, quelque chose se mit à changer. La mère prit l’habitude de s’asseoir auprès de chacun des enfants demeurés à la maison pour lui poser une question toute simple :

« Quel est ton plat préféré ? »

Semaine après semaine, la table du vendredi soir et du samedi se métamorphosa. Le parfum d’une soupe réconfortante et de boulettes fumantes emplissait la demeure. Chaque enfant découvrait à sa place une petite carte portant quelques mots tendres écrits pour lui seul. Le père, jusque-là distant et taciturne, se déridait peu à peu : il interrogeait chacun sur ce qu’il avait appris, écoutait, encourageait, souriait. Le Chabbat, naguère vécu comme une contrainte, devenait une fête, une célébration de l’amour familial. Les enfants redécouvraient le bonheur tout simple d’être réunis.

Et pourtant, une place restait vide. L’absent demeurait au cœur des parents comme une blessure ouverte. Mais chaque dimanche, inlassablement, la même question revenait : « Qu’est-ce que tu aimes ? » Et, Chabbat après Chabbat, c’est l’âme même du foyer qui se transformait.

Le miracle du foyer

Un mois plus tard, le jour de Roch ‘Hodech, le téléphone sonna. C’était lui, fidèle à son rendez-vous mensuel, venu signaler qu’il était toujours en vie.

Son frère se précipita sur le combiné :

« Mena’hem, tu ne peux pas imaginer ce qui se passe ici ! Papa et maman… ils se sont mis à nous aimer ! »

Le jeune homme n’en crut pas ses oreilles. Sa mémoire ne gardait que des nuits glaciales, des éclats de voix et des larmes. Il voulut en avoir le cœur net et décida de venir constater par lui-même.

Sur le quai de la gare, il s’attendait à des reproches, à un sermon, à des regards chargés de griefs. Rien de tout cela. Son père l’accueillit sans l’interroger sur sa vie ni sur ses choix, et l’installa simplement à ses côtés, avec une douceur désarmante. Puis vint un autre Chabbat, et un autre encore. La porte demeurait grande ouverte, et l’amour accomplit patiemment son œuvre. Jusqu’au jour où le fils revint vivre sous le toit familial, pour de bon.

Le véritable service divin

De cette épreuve, la famille tira une vérité profonde : manger et boire avec intention et avec amour n’est pas moins saint que la prière.

On a trop souvent tendance à réduire le service d’Hachem aux temps forts de l’année : la solennité des fêtes, le recueillement à la synagogue, l’intensité des Dix Jours de Techouva. Or ces moments ne sont, en vérité, qu’une préparation. Ils servent à allumer le four, à attiser le feu qui devra brûler tout au long de l’année.

Le véritable travail commence au-delà des murs de la synagogue. Il s’accomplit au cœur de la vie quotidienne, autour d’une table dressée, d’un plat préparé avec amour, d’un mot tendre glissé à l’oreille d’un enfant. C’est là que l’on repousse les frontières de la sainteté, et que l’on fait résider la Présence divine précisément là où elle semblait absente.

 

Attentat à la voiture bélier sur la route 443 : Neria Dov Leiter, fils de l’ambassadeur d’Israël à Washington, grièvement blessé

Attentat à la voiture bélier sur la route 443 : Neria Dov Leiter, fils de l’ambassadeur d’Israël à Washington, grièvement blessé

Le combattant de réserve blessé ce mercredi dans l’attentat à la voiture bélier sur la route 443, près du barrage de Makkabim, est Neria Dov Leiter, fils du Dr Ye’hiel Leiter, ambassadeur d’Israël à Washington. Âgé d’une trentaine d’années et habitant de la Samarie, il a été transporté inconscient, sous sédation et intubé, à l’hôpital Chaarei Tsedek de Jérusalem avec un grave traumatisme crânien. Sa famille, déjà endeuillée par la chute du fils aîné à Gaza, demande à tout le peuple juif de prier pour Neria Dov Ben ‘Hanna.

 

Un combattant touché en pleine mission

Le nom du soldat de réserve grièvement blessé aujourd’hui, mercredi, dans l’attentat à la voiture bélier survenu sur la route 443 a été autorisé à la publication. Il s’agit de Neria Dov Leiter, âgé d’environ trente ans, habitant de la Samarie et fils de l’ambassadeur d’Israël aux États Unis, le Dr Ye’hiel Leiter.

Neria a été touché alors qu’il participait à une activité opérationnelle conjointe dans le secteur du barrage, non loin de Beth ‘Horon. Il a été évacué vers l’hôpital Chaarei Tsedek de Jérusalem, inconscient, plongé dans un coma artificiel et placé sous respiration assistée. Pour la famille Leiter, c’est une nouvelle épreuve terrible, après la perte, au début de la guerre des Glaives de fer (‘Harvot Barzel), du fils aîné, le commandant Moché Yedidia Leiter, de mémoire bénie.

Le message de l’ambassadeur : « Neria a besoin d’un miracle »

Ye’hiel Leiter, qui représente Israël à Washington, devait prendre part à la visite du Premier ministre Binyamin Netanyahou à New York, en vue de son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies.

L’ambassadeur a écrit : « Je remercie Tsahal ainsi que l’équipe médicale de Chaarei Tsedek, qui lutte en ce moment pour la vie de Neria Dov Ben ‘Hanna, et je remercie le peuple d’Israël pour ses prières. Je crois en la force de la prière, et je crois que lorsque le peuple d’Israël s’unit, des miracles se produisent. Neria a besoin d’un miracle. Il a continué à servir dans la réserve après avoir perdu son frère aîné, Moché Yedidia Leiter Hy »d, et il a accompli des centaines de jours de réserve sur différents fronts depuis le 7 octobre. Le terrorisme palestinien cherche à arracher le peuple d’Israël à sa terre. Eux choisissent la mort, nous choisissons la vie. »

Le déroulement de l’attaque

L’attentat s’est produit dans l’après midi sur la route 443, à proximité de Beth ‘Horon. Un terroriste a brusquement accéléré au volant de son véhicule et a percuté avec violence une voiture de police à bord de laquelle se trouvaient une policière et un soldat de réserve, engagés dans une opération conjointe, avant de faucher Neria Leiter.

Les soldats de Tsahal présents sur place ont immédiatement ouvert le feu et neutralisé le terroriste. Les équipes médicales ont prodigué à Neria les premiers soins vitaux sur le terrain, puis l’ont évacué vers Chaarei Tsedek. Souffrant d’un traumatisme crânien, son état est jugé grave.

Une vague de soutien à Eli et dans tout le pays

À la suite de l’attentat, le secrétariat de la localité d’Eli a adressé aux habitants un message empreint d’émotion : « Neria Leiter, le fils de ‘Hani, a été grièvement blessé aujourd’hui dans l’attentat à la voiture bélier. Prions tous pour sa guérison, ainsi que pour celle de tous les malades et blessés de Tsahal et d’Israël : Neria Dov Ben ‘Hanna. Bessorot Tovot. »

Le ministre de la Défense, Israël Katz, a déclaré : « Je prie pour le prompt rétablissement de Neria Leiter, combattant de réserve de Tsahal grièvement blessé dans l’attentat au barrage de Makkabim, fils de l’ambassadeur d’Israël aux États Unis, Ye’hiel Leiter. Ye’hiel, je te soutiens, toi et ta famille, et je prie avec tout le peuple d’Israël pour la guérison de ton fils. Je salue les combattants héroïques qui ont neutralisé le terroriste. Aux soldats de Tsahal et aux forces de sécurité, je dis : je crois en vous et je compte sur vous. Nous ne laisserons pas le terrorisme relever la tête. »

Le père du blessé, le Dr Ye’hiel Leiter, a été nommé ambassadeur d’Israël à Washington pour succéder à Mike Herzog, et il a pris ses fonctions en janvier 2025.

Le président du conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, a lui aussi réagi : « Nous prions avec tous les habitants de la Samarie pour la guérison du blessé et nous soutenons sa famille en cette heure difficile. Le conseil apportera son aide au dispositif de prise en charge des blessés ainsi qu’à la famille, et, avec la communauté, nous les entourerons et les soutiendrons de toutes nos forces. Face au terrorisme meurtrier, il faut agir avec fermeté et rétablir la dissuasion. »

Une famille à nouveau éprouvée

La grave blessure de Neria replonge sa famille dans la douleur du deuil qui l’a frappée durant la guerre des Glaives de fer. Son frère, le commandant de réserve Moché Yedidia Leiter, de mémoire bénie, est tombé le 10 novembre 2023 lors des combats dans le nord de la bande de Gaza.

Moché avait auparavant servi comme commandant de section au sein de l’unité d’élite Chaldag, et, pendant la guerre, il commandait une compagnie du bataillon 697 de la brigade ‘Hetsi Haech. Il a été tué alors qu’il inspectait un puits de tunnel piégé, près d’une mosquée de la ville de Beth Hanoun. Il a laissé derrière lui son épouse et six orphelins, ses parents, ainsi que sept frères et sœurs, parmi lesquels Neria.

Un appel à la prière

Dans les heures qui ont suivi l’attentat, la route 443 a été fermée à la circulation dans les deux sens entre le barrage de Makkabim et Beth ‘Horon, tandis que les forces de sécurité menaient des ratissages et élargissaient l’enquête.

À Eli comme dans tout le pays, un appel est lancé au public pour prendre d’assaut les portes du Ciel et prier pour la guérison complète du combattant Neria Dov Ben ‘Hanna.

Dormir dans la Souccah ? Pourquoi les ‘Hassidim Habad s’en abstiennent ?

Dormir dans la Souccah ? Pourquoi les ‘Hassidim Habad s’en abstiennent ?

Tout au long de la fête, la Torah nous invite à faire de la Souccah notre véritable demeure, et le sommeil fait partie intégrante de cette résidence. Pourtant, depuis des siècles, de nombreuses communautés se montrent indulgentes sur ce point, et les ‘Hassidim Habad ont pour coutume de ne pas y dormir du tout. Des sources talmudiques aux explications du Rabbi, retour sur une pratique qui puise sa raison profonde dans la sainteté même de la Souccah.

 

  • L’obligation : la Torah demande de « résider » dans la Souccah comme dans sa maison, et le sommeil en fait partie. Les Sages sont même plus stricts pour le sommeil que pour le repas.
  • Un débat sur sa nature : pour certains, c’est seulement une interdiction de dormir dehors. Pour d’autres (Rachi, le Rema, l’Admour Hazakène), c’est une partie de la Mitsva. Selon le Rabbi, l’essentiel de la Mitsva s’accomplit de toute façon par le repas.
  • Une indulgence ancienne : depuis Sim’hat Beth Hachoéva au temps du Temple, puis chez les Rishonim et dans de nombreuses communautés, on ne dormait souvent pas dans la Souccah, à cause du froid, de l’absence de l’épouse ou de la crainte des voleurs.
  • La raison de Habad : selon l’Admour Haemtsaï, la sainteté de la Souccah, où brillent les Makifim de Bina, empêche d’y dormir. Ceux qui ne la ressentent pas suivent leurs maîtres, et « celui qui souffre est dispensé ».
  • La position du Rabbi : ce n’est pas une directive, et dormir dans la Souccah « n’est pas un péché ». En 5750 (1989), il a pourtant défendu fermement cette coutume face à une polémique qu’il jugeait source de discorde.

 

Une obligation aux contours débattus

Le sommeil dans la Souccah constitue l’un des détails de la Mitsva de résider dans la Souccah, que le peuple d’Israël est tenu d’observer durant la fête de Souccot. Les décisionnaires divergent toutefois sur la portée exacte de cette obligation. Selon certains, il n’existe aucune obligation positive de dormir dans la Souccah, mais seulement l’interdiction de dormir à l’extérieur ; selon d’autres, le sommeil est en lui même une Mitsva, bien que, même selon cette opinion, l’essentiel de l’installation dans la Souccah se réalise et dépende de l’acte de manger.

À certains égards, les règles du sommeil dans la Souccah sont même plus rigoureuses que celles du repas. Néanmoins, depuis l’époque des Rishonim, de nombreuses communautés se sont montrées indulgentes quant à l’obligation d’y dormir, et leur coutume est rapportée dans les écrits des décisionnaires. La littérature halakhique avance diverses raisons à cette indulgence : pour les uns, elle tient au froid qui règne à cette saison dans de nombreux pays, en vertu du principe selon lequel « celui qui souffre est exempté de la Souccah » ; pour d’autres, c’est l’impossibilité de dormir auprès de son épouse dans la Souccah qui dispense l’homme de cette obligation.

Les ‘Hassidim Habad ont pour coutume de ne pas dormir dans la Souccah. Outre les raisons d’indulgence évoquées, cette pratique repose sur une parole de l’Admour Haemtsaï, selon laquelle la sainteté de la Souccah ne permet pas d’y dormir, ainsi que sur la conduite de nos maîtres et dirigeants, qui n’y dormaient pas. Dans ses discours, le Rabbi a éclairé plusieurs aspects de cette parole de l’Admour Haemtsaï : comment elle justifie la coutume des ‘Hassidim qui ne perçoivent pas eux mêmes cette sainteté ; comment la sainteté de la Souccah peut entraver l’accomplissement de la Mitsva elle même ; et comment, malgré cela, les grands de chaque génération, qui ressentaient pleinement cette sainteté, y dormaient néanmoins.

L’origine de l’obligation

Nos Sages ont déduit l’obligation de dormir dans la Souccah du verset de la Torah : « Vous résiderez dans des cabanes durant sept jours ; tout citoyen en Israël résidera dans des cabanes » (Vayikra, Lévitique 23, 42).

Commentant ce verset, les Sages ont interprété l’expression « vous résiderez » au sens de « comme vous habitez » : de même que l’on demeure toute l’année dans sa maison, la Torah ordonne de quitter sa demeure habituelle pour s’établir dans la Souccah. C’est ainsi que la Michna enseigne : « Durant les sept jours, l’homme fait de sa maison une demeure provisoire et de sa Souccah une demeure permanente. »

L’obligation de dormir dans la Souccah découle de ce principe. Elle est mentionnée dans la Michna du traité Souccah, au deuxième chapitre : « Celui qui dort sous un lit dans la Souccah ne s’est pas acquitté de son obligation. » Les Sages se sont en outre montrés plus stricts pour le sommeil que pour le repas : « Nos maîtres ont enseigné : on peut prendre un repas occasionnel hors de la Souccah, mais on ne peut pas faire même un somme occasionnel hors de la Souccah. » La raison en est qu’un repas occasionnel ne risque pas de se transformer en repas véritable, alors que pour un court somme, on craint « qu’il ne sombre dans un sommeil profond ». La Guemara rapporte également la conduite de plusieurs Tanaïm au sujet des modalités du sommeil dans la Souccah.

C’est en ce sens que le Rambam a tranché dans son code : « On mange, on boit et on dort dans la Souccah durant les sept jours, le jour comme la nuit. Il est interdit de prendre un repas hors de la Souccah durant ces sept jours, à moins de manger un repas occasionnel de la taille d’un œuf, ou légèrement plus ou moins. Et l’on ne dort pas hors de la Souccah, pas même un somme occasionnel. »

Sur la base de ces sources, le Tour, le Choul’han Aroukh, le Rema et l’Admour Hazakène ont statué de la même manière.

La nature de l’obligation

Les Sages ont défini l’obligation de résider dans la Souccah durant la fête par la formule « vous résiderez comme vous habitez » : la manière de vivre dans la Souccah doit être conforme et semblable à la résidence permanente de l’homme. Parmi les éléments de cette définition figurent le fait de manger, de boire, de se promener et de dormir. Les décisionnaires divergent cependant sur la définition exacte de l’obligation du sommeil.

Le Gaon de Rogatchov, Rav Yossef Rozin, dans son ouvrage Tsafnat Pa’anéa’h, tire une déduction de la formulation employée par les Sages dans la Guemara et par le Rambam lorsqu’ils décrivent les devoirs de l’homme dans la Souccah : « Comment s’accomplit la Mitsva de résider dans la Souccah ? On y mange, on y boit et on y habite… ainsi qu’il est dit : « Vous résiderez dans des cabanes durant sept jours ». » Il en ressort, selon lui, que la Mitsva de résider dans la Souccah impose de manger et de boire, résider dans la Souccah signifiant précisément y manger et y boire, tandis que le sommeil ne relève pas d’une obligation positive mais d’une interdiction. Autrement dit, la loi prévoit que celui qui dort durant les jours de Souccot n’a pas le droit de dormir hors de la Souccah, sans qu’il existe pour autant une obligation positive de dormir spécifiquement dans la Souccah. Le sommeil ne fait donc pas partie de la Mitsva de résider dans la Souccah, et c’est pourquoi le Rambam n’écrit que dans la loi suivante : « On mange, on boit et on dort dans la Souccah. »

Selon ce raisonnement, l’interdiction de dormir hors de la Souccah ne tient pas au fait que le sommeil serait une composante active de la Mitsva, mais au fait qu’en dormant dehors, l’homme montre que sa résidence n’est pas dans la Souccah. On peut également déduire cette approche des paroles de Rav Yossef Caro, l’auteur du Choul’han Aroukh, qui reprend la formule du Rambam « Comment s’accomplit la Mitsva de résider dans la Souccah » sans y mentionner le sommeil, et n’ajoute qu’au paragraphe suivant qu’il existe aussi une obligation de dormir dans la Souccah.

Ce raisonnement explique également pourquoi l’on ne récite pas de bénédiction sur le sommeil : dormir dans la Souccah ne constitue pas, à proprement parler, une Mitsva.

Certains Rishonim contestent toutefois cette analyse et considèrent que l’obligation de dormir fait partie intégrante de la Mitsva, au même titre que manger et boire. Rachi écrit ainsi : « L’essentiel de la résidence dans la Souccah consiste à manger, boire et dormir. » Le Rema a statué dans le même sens dans sa glose, en ajoutant aux paroles de l’auteur au premier paragraphe : « Comment s’accomplit la Mitsva de la Souccah ? On y mange… « et on y dort »… durant les sept jours. » Cet ajout semble superflu, puisque l’auteur mentionne lui même l’obligation de dormir au paragraphe suivant ; mais le Rema entend justement souligner que le sommeil fait partie de la Mitsva de résider dans la Souccah. Telle est aussi l’opinion du Tour et celle de l’Admour Hazakène dans son Choul’han Aroukh. Selon eux, si l’on ne récite pas de bénédiction sur le sommeil, c’est parce qu’il est secondaire par rapport à l’essentiel de la Mitsva, le repas, et qu’il est couvert par la bénédiction prononcée sur celui ci.

Dans les Likoutei Si’hot, le Rabbi explique que, même selon l’opinion qui voit dans le sommeil une partie de la Mitsva, il ne s’agit pas d’un commandement particulier. La Mitsva de résider dans la Souccah ne comprend pas une obligation de manger et une autre de dormir, mais une obligation globale de résider dans la Souccah, selon les termes de l’Admour Hazakène : « En règle générale, l’homme doit toujours considérer sa Souccah comme sa maison, et tout ce qu’il ne ferait pas hors de sa maison, il ne le fera pas hors de sa Souccah. » Or, de même que la résidence de l’homme s’exprime avant tout dans son repas, l’essentiel de la résidence dans la Souccah réside dans le repas, sur lequel précisément on récite la bénédiction. Par conséquent, à celui que la Torah dispense de dormir dans la Souccah, il ne manque rien dans l’accomplissement de la Mitsva de résider dans la Souccah.

Une coutume qui traverse les générations

En dépit de la loi simple, on trouve à travers les générations des époques, des lieux et des communautés où l’on n’avait pas coutume de dormir dans la Souccah. En voici l’histoire.

Au temps du Temple : les nuits sans sommeil de Sim’hat Beth Hachoéva

Dès l’époque du Temple, on constate que les participants aux réjouissances de Sim’hat Beth Hachoéva ne dormaient pas dans la Souccah. La Guemara rapporte : « Il est enseigné que Rabbi Yehochoua ben ‘Hanania a dit : lorsque nous nous réjouissions à Sim’hat Beth Hachoéva, nous ne voyions pas le sommeil de nos yeux. Comment cela ? À la première heure, le sacrifice perpétuel du matin ; de là, à la prière ; de là, au sacrifice additionnel ; de là, à la prière de Moussaf ; de là, à la maison d’étude ; de là, au repas et à la boisson ; de là, à la prière de Min’ha ; de là, au sacrifice perpétuel du soir ; et de là, aux réjouissances de Sim’hat Beth Hachoéva. Est ce possible ? Rabbi Yo’hanan n’a t il pas enseigné que si quelqu’un jure de ne pas dormir pendant trois jours, on le frappe de flagellation et il peut dormir aussitôt ? Voici ce qu’il voulait dire : nous ne goûtions pas véritablement au sommeil, car nous sommeillions sur l’épaule les uns des autres » (Souccah 53a).

Rav Chimon ben Tsema’h Duran écrit, dans ses responsa Tachbets, que ce sommeil léger avait nécessairement lieu hors de la Souccah. Le Rabbi en a éclairé le raisonnement : puisque la Guemara précise qu’ils sommeillaient sur l’épaule de leurs compagnons, ce ne pouvait être au moment où ils se trouvaient dans la Souccah. En effet, la Guemara y énumère leur emploi du temps point par point, et leur présence dans la Souccah se limitait au temps du repas et de la boisson, moment où il leur était impossible de dormir sur l’épaule d’un ami ; ce sommeil léger se glissait donc, de manière accessoire, entre les prières et les réjouissances, lorsqu’ils se trouvaient hors de la Souccah. Le Tachbets explique que la permission tenait au fait que sommeiller hors de la Souccah n’est interdit que par décret rabbinique, ce sommeil léger étant à ses yeux assimilé à un somme occasionnel. On lui a cependant objecté que la loi établit que l’obligation de ne pas dormir dehors, même un somme occasionnel, relève de la Torah.

Le Rabbi propose une explication plus simple : ils étaient dispensés de la Mitsva de la Souccah, car celui qui est occupé à une Mitsva est dispensé d’une autre Mitsva. Absorbés par la Mitsva de la joie, ils étaient exemptés de dormir dans la Souccah. Ils veillaient toutefois à manger dans la Souccah, car c’est là l’essentiel de l’accomplissement de la Mitsva, mais ne se souciaient pas d’y dormir puisque, comme expliqué plus haut, le sommeil n’en constitue pas l’essentiel ; en étant dispensés, ils n’en avaient plus aucun besoin.

Au temps des Rishonim

Malgré l’obligation de dormir dans la Souccah, certaines communautés juives se sont montrées indulgentes en pratique et n’y dormaient pas. Les Rishonim en témoignent. Le Meïri écrit ainsi : « Nous aussi avons coutume d’être indulgents : nous n’installons pas nos lits dans la Souccah et n’y dormons pas… mais nos pères et nos maîtres avaient coutume, les premières nuits et les premiers jours, d’y dormir un peu, tout habillés, par amour de la Mitsva. » Le Mordekhaï et Rabbénou Manoa’h ont écrit dans le même sens.

Depuis les décisionnaires du Choul’han Aroukh

Les grands décisionnaires, le Rema, le Levouch, le Maguen Avraham, le Tourei Zahav et d’autres encore, rapportent que la coutume est d’être indulgent et de ne pas dormir dans la Souccah. Cette coutume s’est répandue dans de nombreux pays d’Europe, mais aussi en Afrique du Nord et en Égypte. En Terre d’Israël, en revanche, on avait coutume de dormir dans la Souccah.

Cette indulgence était également la pratique des dirigeants Habad, à partir de l’Admour Haemtsaï, et des ‘Hassidim, qui ne dormaient pas dans la Souccah. C’est aussi la coutume de Belz.

Il convient de souligner que la plupart des décisionnaires qui mentionnent cette coutume ne s’en offusquent pas ; au contraire, ils s’efforcent de la justifier et de la concilier avec la loi de diverses manières. Certains ont toutefois ajouté que celui qui est scrupuleux dans l’accomplissement des Mitsvot devrait se montrer rigoureux et dormir dans la Souccah. Dans leur sillage, des décisionnaires plus tardifs ont écrit que celui qui n’en souffre pas est tenu de dormir dans la Souccah, sans aucune indulgence possible.

Les raisons de l’indulgence

Plusieurs raisons ont été avancées pour justifier cette indulgence.

La première tient au froid. Certains Rishonim ont écrit que la dispense découle de la maladie ou de la souffrance : à cause du froid, dormir dans la Souccah est pénible, voire dangereux. Le Rema, dans son Darkhei Moché, s’interroge cependant sur cette explication, puisque l’on constate que cette coutume est observée même dans des régions où il ne fait pas froid. Il objecte en outre que l’on devrait, semble t il, être tenu d’apporter dans la Souccah oreillers et couvertures pour s’y réchauffer. Sur la base de cette explication, même les décisionnaires rigoureux ont néanmoins écrit que celui qui n’est pas en mesure d’apporter oreillers et couvertures dans la Souccah est dispensé de la Mitsva.

La deuxième raison concerne l’homme et son épouse. Le Rema propose une autre explication : l’obligation du mari dans la Souccah s’entend « l’homme et son épouse ». En effet, il est dit « vous résiderez », que les Sages ont interprété « comme vous habitez » ; or, de même que l’homme habite sa maison avec son foyer, ainsi doit il résider dans la Souccah. Il en conclut que celui qui n’a pas la possibilité d’y dormir avec son épouse en est dispensé, du fait même de la définition de la Mitsva de résider dans la Souccah. Et bien que l’épouse elle même soit dispensée de cette Mitsva, comme de tous les commandements positifs liés au temps, le mari se trouve lui aussi dispensé lorsque son épouse n’a pas de place pour séjourner avec lui dans la Souccah.

Les décisionnaires ont soulevé plusieurs objections contre cette explication. Ils citent notamment la Guemara selon laquelle « tout Israël serait digne de s’asseoir dans une seule Souccah » : dans une telle configuration, nul ne pourrait dormir auprès de son épouse, et pourtant chacun s’acquitterait de son obligation par cette résidence. Ils font également valoir que si la Mitsva portait sur l’homme et son foyer, une Souccah construite de telle sorte que l’on ne puisse y dormir avec son épouse devrait être invalide, puisque celui qui construit une Souccah doit la bâtir de manière à pouvoir y accomplir la Mitsva ; ce n’est que lorsqu’un problème survient après la construction que s’applique la règle de celui qui souffre ou toute règle semblable. Certains A’haronim ont repris cette explication, non pas sur le plan de la définition légale de la Souccah, mais sur celui de la souffrance qu’éprouve l’homme à dormir sans son épouse ; d’autres ont précisé que cela ne vaut qu’au moment du devoir conjugal. D’autres encore ont expliqué la dispense par le principe selon lequel celui qui est occupé à une Mitsva est dispensé d’une autre, puisque l’homme est tenu de réjouir son épouse durant la fête.

Toutes ces explications valent même lorsque l’épouse est en période d’impureté. Quant aux célibataires, certains A’haronim estiment que l’on s’appuie sur l’usage de la majorité des gens, qui se montrent indulgents en vertu du principe « comme vous habitez » ; en particulier, celui qui dépend d’un maître de maison en est dispensé.

Les Rishonim mentionnent enfin une raison supplémentaire : la crainte des voleurs.

La raison selon l’enseignement de la ‘Hassidout : l’honneur et la sainteté de la Souccah

Selon la tradition transmise par les Rabbis Habad, lorsque l’Admour Haemtsaï apprit que certains ‘Hassidim veillaient scrupuleusement à dormir dans la Souccah, il déclara que cela contredisait la sainteté de la Souccah. En effet, ainsi que l’expliquent la Kabbala et la ‘Hassidout, une lumière divine d’un niveau très élevé resplendit dans la Souccah : une lumière enveloppante, les Makifim de Bina.

À diverses occasions, le Rabbi a exposé l’aspect halakhique de cette question, sous l’angle de l’honneur dû à la Souccah et sous celui de la règle de celui qui souffre.

Sous l’angle de celui qui souffre, le Rabbi l’a expliqué en détail dans les discours prononcés lors des Farbrenguen du mois de Tichri 5730 (1969), qu’il a ensuite revus et fait publier dans les Likoutei Si’hot. La conduite des Rabbis Habad, qui ne dormaient pas dans la Souccah, découlait de leur incapacité à y trouver le sommeil, car ils y ressentaient la sainteté. La parole de l’Admour Haemtsaï s’adressait cependant avant tout aux ‘Hassidim qui ne ressentaient pas cette sainteté, et qui n’étaient donc nullement empêchés de dormir, puisqu’ils y dormaient effectivement. Il attendait d’eux que la seule connaissance du fait qu’une lumière enveloppante resplendit dans la Souccah leur rende le sommeil pénible en ce lieu.

Poursuivant cette explication, le Rabbi a éclairé la conduite des ‘Hassidim, y compris de ceux qui ne perçoivent pas la sainteté de la Souccah et n’en éprouvent donc aucune gêne. D’une part, la coutume de leurs maîtres est entre leurs mains, à l’image de la conduite de Rav A’ha, rapportée dans la Guemara, qui tenait à suivre scrupuleusement une pratique précise de son maître, alors même que ce dernier ne la considérait que comme valable a posteriori. D’autre part, puisque les lois de la Souccah comportent la règle de celui qui souffre, les ‘Hassidim y trouvent un appui : par nature, le ‘Hassid aspire à imiter ses maîtres et à suivre leurs directives. Lorsqu’il ne le peut pas, il en souffre, et celui qui souffre est dispensé de la Souccah !

Dans ses lettres, le Rabbi a également expliqué que la coutume des ‘Hassidim de ne pas dormir dans la Souccah tient à l’atteinte portée à la sainteté de la Souccah, ainsi qu’à la règle de celui qui souffre. Il a même précisé pourquoi cette rigueur porte précisément sur le sommeil : celui ci implique de se dévêtir et de se rhabiller, l’homme n’y a plus la maîtrise de ses actes, et bien d’autres considérations encore. Un ‘Hassid éduqué dans l’esprit de la ‘Hassidout éprouve dès lors de la gêne à dormir en un tel lieu.

Réflexions sur la parole de l’Admour Haemtsaï

Si l’Admour Haemtsaï souligne que ce sont précisément les Makifim de la Sefira de Bina qui resplendissent dans la Souccah, c’est parce que cette Sefira, plus que toute autre, exige une conduite d’élévation et de retrait, puisqu’elle constitue le niveau totalement détaché du monde. Les Sefirot qui lui sont inférieures, Zeir Anpin et Malkhout, sont la lumière divine qui se revêt dans le monde et le crée, et c’est à leur sujet qu’il est dit : « En six jours, l’Éternel a fait les cieux et la terre. » Elles n’empêchent donc pas l’homme de vaquer aux affaires du monde. La lumière enveloppante de Bina, elle, détachée du monde, y fait obstacle.

Plusieurs points de cette parole de l’Admour Haemtsaï demandent toutefois à être éclaircis. Premièrement, comment se peut il que la loi impose de dormir dans la Souccah, au point qu’une Souccah impropre au sommeil soit invalide même pour le repas, tandis que son contenu intérieur exclurait le sommeil ? En d’autres termes, comment la Souccah peut elle exiger deux choses contraires ? Deuxièmement, comment cette lumière divine n’a t elle pas troublé le sommeil des grands d’Israël au fil des générations ?

Le Rabbi a répondu à la première question à la lumière de ce qui a été exposé sur la nature de l’obligation du sommeil : la Mitsva ne comporte pas une obligation particulière de dormir, mais une obligation globale de résider dans la Souccah. Pour ceux qui, pour quelque raison que ce soit, ne peuvent pas dormir dans la Souccah, la résidence s’accomplit par le seul repas. Si le sommeil est malgré tout « obligatoire », c’est parce que la Torah s’adresse à la majorité des gens, qui sont capables de dormir dans la Souccah et y sont donc tenus, le sommeil faisant partie de leur résidence. C’est pourquoi l’absence de sommeil ne laisse aucun manque dans l’accomplissement de la Mitsva : il n’existe pas d’obligation particulière d’y dormir, mais une obligation générale d’y résider, et chez celui qui souffre, la Mitsva s’accomplit pleinement par le repas. Ainsi s’explique aussi que les réjouissances de Sim’hat Beth Hachoéva aient été instituées d’emblée d’une manière qui écartait le sommeil : cela n’ôtait rien à l’accomplissement de la Mitsva de résider dans la Souccah, pleinement réalisée par le repas et la boisson qu’on y prenait.

Sur le second point, le Rabbi a apporté un double éclairage, touchant à la fois aux personnes et à la révélation de la lumière enveloppante.

D’une part, parmi les grands d’Israël antérieurs à la ‘Hassidout, certains connaissaient l’enseignement de la Kabbala et dormaient pourtant dans la Souccah. C’est que leur sommeil se situait à un niveau élevé : non pas un simple repos du corps, mais un sommeil qui participait lui même du service de D.ieu. Si les Rabbis Habad, dont le sommeil était pourtant d’un niveau tout aussi élevé et n’aurait pas dû être troublé par cette lumière, s’abstenaient néanmoins de dormir dans la Souccah, c’est parce qu’ils ont prolongé la dimension exposée ci dessous : faire en sorte que la lumière enveloppante soit ressentie intérieurement, au point de troubler le sommeil.

D’autre part, si la lumière enveloppante a resplendi dans la Souccah à toutes les époques, le fait de l’attirer jusque dans la perception intérieure relève avant tout de la ‘Hassidout Habad, et de l’Admour Haemtsaï en particulier. L’essence même de l’enseignement de la ‘Hassidout est en effet de rendre les réalités divines accessibles à l’intelligence humaine, afin qu’elle en saisisse la substance et que celle ci imprègne jusqu’à la vie du corps. Au sein de la ‘Hassidout Habad, l’Admour Haemtsaï incarnait la Sefira de Bina. C’est pourquoi il s’est attaché à révéler et à expliquer ce thème des Makifim de Bina : son essence était la Sefira de Bina, dont le propre est d’attirer la lumière dans le réceptacle, c’est à dire de faire pénétrer l’enveloppant dans l’intérieur, ce qui constitue le contenu profond de la Mitsva de résider dans la Souccah. Voilà pourquoi l’Admour Haemtsaï demandait aux ‘Hassidim de ressentir eux aussi cette lumière enveloppante, jusqu’à ce qu’elle trouble leur sommeil.

Quelques épisodes marquants

Lors des Farbrenguen de la fête de Souccot, de Sim’hat Torah et du Chabbat Béréchit de l’année 5730 (1969), le Rabbi s’est longuement étendu sur l’explication de cette coutume et sur son interprétation. À ce propos, il a souligné lors du Farbrenguen du Chabbat Béréchit que ses paroles ne constituaient nullement une directive de ne pas dormir dans la Souccah : « Au contraire, celui qui veut dormir, qu’il dorme, « tu te coucheras et ton sommeil sera doux »… et que personne ne vienne le déranger. » Il ne s’agissait pour lui que d’éclairer la coutume existante et l’explication qu’en donne l’Admour Haemtsaï. Lorsque Rav Meïr Tsvi Grozman lui demanda s’il devait continuer à dormir dans la Souccah, conformément à la directive du Rav de Kfar Habad et à l’habitude qu’il avait prise depuis sa jeunesse, le Rabbi répondit, avec un sourire : « Si seulement les corrections que l’on me demande portaient sur le sommeil dans la Souccah… » Et il lui enjoignit de poursuivre ainsi : « Dormir dans la Souccah n’est pas un péché. »

En 5750 (1989), à la suite d’une polémique menée par le chef de file du courant lituanien de l’époque, le Roch Yechiva de Har Yehouda, Rav Tsvi Kahana, vint trouver le Rabbi avec une question, au nom des Bné Torah, au sujet de « l’interdiction » de dormir dans la Souccah. Le Rabbi lui répondit avec vigueur que cette coutume est pratiquée à Habad depuis de nombreuses années et qu’elle existe également dans d’autres communautés, comme Belz. Ainsi agissait son beau père, le Rabbi précédent, et, selon toute apparence, ainsi fit on de génération en génération jusqu’à l’Admour Hazakène, réputé pour être un décisionnaire halakhique dont toutes les coutumes étaient conformes au Choul’han Aroukh. Durant toutes ces années, cette pratique n’a jamais troublé les relations avec les grands d’Israël, parmi lesquels Rav ‘Haïm de Volozhin, Rav Its’hak de Volozhin, Rav ‘Haïm de Brisk, Rav ‘Haïm Ozer Grodzinski ou encore Rav Its’hak El’hanan Spektor. Soulever cette question aujourd’hui, affirma le Rabbi, relève d’une manœuvre du Satan, qui cherche à semer la discorde entre les Juifs et, par là même, à retarder la Délivrance complète.

Le Rabbi précisa également que la teneur des arguments, la manière dont ils étaient avancés et le manque d’engagement dans les questions véritablement essentielles pour le peuple, telles que la diffusion du judaïsme ou le maintien de la justice et de l’intégrité dans la gestion des Yechivot, montraient que leur source n’était pas la crainte du Ciel, mais une incitation du mauvais penchant visant à semer la division. Cet échange vigoureux, qui dura plus d’une demi heure, a été filmé et documenté.

Souccot : le jour où D.ieu nous serre dans Ses bras – Rav Shabtai Slavatitski

Souccot : le jour où D.ieu nous serre dans Ses bras – Rav Shabtai Slavatitski

Un trou percé dans le plafond d’une cuisine hongroise, une cabane de matelas dressée au cœur d’Auschwitz : deux Soukkot impossibles qui ont donné à ceux qui s’y sont assis la force de toute une vie. Car la Souccah n’est pas seulement une cabane, elle est l’étreinte de D.ieu qui enveloppe l’homme tout entier, avec ses lumières et ses ombres. Voyage au cœur du « temps de notre joie », là où l’encens du Saint des Saints se prolonge dans quelques branches coupées.

 

 

Rav Shabtai Slavatitski

Un plafond éventré pour une Mitsva

C’était la veille de Souccot. Dans une immense Souccah Habad, des centaines d’invités se serraient autour des tables. L’animateur lança une question à la salle : quelqu’un avait-il vécu, un jour, quelque chose de particulier dans une Souccah ?

Un homme âgé se leva lentement. « Je suis né en Hongrie. Quand les nazis sont entrés, construire une Souccah revenait à signer son arrêt de mort. Le Rav de notre ville avait tranché : cette année, on n’en construirait pas. Mais mon père, lui, ne pouvait s’y résoudre.

Un après-midi, en rentrant de l’école, j’ai entendu des coups sourds résonner dans la maison. Mon père était juché sur une échelle et perçait le plafond de la cuisine. La poussière pleuvait partout. Ma mère, affolée, lui demanda ce qu’il faisait. Il répondit sans même se retourner : « C’est pour la Souccah. » Je n’oublierai jamais le sourire qui illumina alors le visage de ma mère.

Ce Souccot-là fut glacial, mais nos cœurs brûlaient. Après la fête, nous n’avions pas un sou pour réparer. Nous avons passé tout l’hiver sous ce trou béant ouvert sur le ciel. Pourtant, cette Souccah m’a porté toute ma vie. À chaque épreuve, je fermais les yeux et je la revoyais. »

Le mirage du plaisir

Nous courons tous après la joie. Mais l’avons-nous seulement trouvée ? Jamais une époque n’a offert autant de confort, et jamais la dépression n’a fait autant de ravages. Comment l’expliquer ?

C’est que nous confondons la joie et le plaisir. Le plaisir est une fuite en avant, une quête tournée vers l’extérieur pour combler un vide intérieur. Notre société nous vend ce mirage à longueur de journée : achète ceci, pars là-bas, et tu seras enfin heureux. Nous voilà transformés en chasseurs de sensations, jamais rassasiés, toujours assoiffés.

La joie appartient à un tout autre ordre. Elle est un état intérieur, stable et profond, une plénitude qui ne dépend d’aucune circonstance. L’homme véritablement joyeux ne manque de rien : il est entier, réconcilié avec lui-même.

L’énigme de l’encens

Voici donc le paradoxe : pourquoi Souccot, la fête où nous quittons notre maison confortable pour une cabane fragile, porte-t-elle le nom de « temps de notre joie » ?

Le Rabbi précédent racontait que le tout premier enseignement reçu par l’Admour Hazakène de son maître, le Maggid de Mezeritch, qui le tenait lui-même du Baal Chem Tov, portait précisément sur ce mystère. L’encens de Yom Kippour, disait-il, se prolonge dans le Sekhakh de la Souccah. Et ce lien révèle un seul message : « Je vous ai aimés, dit D.ieu. »

Le jour de Yom Kippour, le Cohen Gadol pénétrait dans le Saint des Saints pour y faire brûler l’encens. Le Zohar enseigne que rien n’est plus agréable à D.ieu que cette offrande, car elle n’exprime pas un simple rapprochement, mais une fusion totale.

Un sacrifice rapproche l’homme de son Créateur. L’encens, lui, tisse un lien absolu où deux existences n’en forment plus qu’une. Voilà pourquoi il avait le pouvoir d’expier toutes les fautes : au sein d’une telle union, plus rien ne peut séparer.

Détail saisissant : l’encens se composait de onze épices, dont l’une dégageait une odeur repoussante, la ‘Helbena. Le message est bouleversant : même nos défauts, même nos fautes trouvent leur place dans ce lien. Rien ne lui fait obstacle.

Le Sekhakh, une couronne de déchets

Mais comment le service le plus sacré du Temple peut-il se prolonger dans le Sekhakh, ce toit fait de rebuts, de branches coupées et sans vie ?

C’est justement là que réside la leçon. De même que l’encens accueillait l’épice malodorante, la Souccah nous accueille tels que nous sommes. Son toit n’est pas d’or ni de pierres précieuses, mais de ce qui semble ne plus rien valoir.

Le Cantique des Cantiques chante : « Sa main gauche est sous ma tête, et sa droite m’étreint. » La main gauche, c’est Roch Hachana et Yom Kippour, les jours du jugement. La main droite, c’est Souccot, l’étreinte.

L’Admour Hazakène l’explique avec finesse : les mots d’amour, le baiser, le regard s’adressent au visage, c’est-à-dire aux qualités visibles de l’être aimé. L’étreinte, elle, enveloppe la personne tout entière, y compris ce que l’on ne voit pas. L’étreinte murmure : « Je te veux tel que tu es. »

Un amour sans condition

Dans la Souccah, nous mangeons, nous buvons, nous dormons. Les gestes les plus ordinaires du quotidien s’y transforment en Mitsva. Pourquoi ? Parce que la Souccah ne sanctifie pas une facette de l’homme : elle l’entoure tout entier.

D.ieu nous y dit : « Je t’aime pour ce que tu es, pas pour ce que tu fais. Je t’aime parce que tu es Mon enfant. Avec tes imperfections, tes faiblesses, tes déchets. Je suis toujours là, avec toi. »

Prenons un instant pour le contempler : chaque seconde de vie est un miracle. Des milliards de cellules travaillent de concert dans une harmonie parfaite. Chacun de nous est unique, irremplaçable. Parmi les milliards d’êtres humains, il n’existe pas deux empreintes digitales identiques.

C’est pourquoi la loi dispense de la Souccah celui qui y souffre. S’il ne ressent pas l’étreinte divine, il est passé à côté de l’essence même de la fête. Et c’est aussi pourquoi les ‘Hassidim y restent assis même sous la pluie : quand un père retrouve enfin son fils, qui songe à la météo ?

Auschwitz, la première nuit de Souccot

Un soir, au sortir de Yom Kippour, David Israël, 84 ans, accepta de raconter son histoire. En 1944, à l’âge de 15 ans, il fut déporté à Auschwitz. Arraché à sa mère et à sa sœur, qui y périrent, il se retrouva chargé de distribuer le pain dans le camp des Tsiganes.

Un soir, on frappa timidement à sa porte. Un Juif âgé entra. C’était Rav Tsvi Hirsch Meisels, Rav de renom qui deviendrait plus tard Grand Rabbin de Chicago. « Demain, c’est Souccot, lui dit-il. J’ai besoin de deux pains entiers pour le Le’hem Michné. »

David resta pétrifié. Dans cet enfer, deux pains entiers valaient une fortune. S’il était pris, c’était la potence. « Et d’ailleurs, comment pourriez-vous avoir une Souccah ici ? »

Le Rav lui expliqua : « J’ai adossé des piles de matelas contre un mur pour faire les parois. J’ai trouvé des branchages pour le toit. J’ai une Souccah Mehadrin, parfaitement conforme. Il ne me manque que le pain. Montre-moi seulement où il se trouve, je viendrai le prendre moi-même. »

Alors, du plus profond de David, monta quelque chose d’irrésistible.

–  « Je vous donne les pains, mais à une condition : que je vienne avec vous dans la Souccah. »

–  « C’est impossible ! Tu n’es qu’un enfant, c’est un danger de mort. La sauvegarde de la vie passe avant toutes les Mitsvot. »

–  « Alors pas de pain. »

Devant tant de détermination, le Rav finit par céder.

Et la première nuit de Souccot, au cœur d’Auschwitz, un Rav et un adolescent de 15 ans s’assirent sous quelques branchages et mangèrent leur pain. « Cette Souccah m’a donné la force pour toute ma vie, confiait David. Ce soir-là, j’ai senti D.ieu me serrer dans Ses bras. »

Des retrouvailles inespérées

Vingt-cinq ans plus tard, au Venezuela, David assistait à une conférence. À la tribune, un Rav à la barbe blanche évoquait Auschwitz et la sainteté indestructible de l’âme juive. Puis il raconta avoir construit une Souccah dans le camp, et qu’un garçon de 15 ans avait risqué sa vie pour accomplir la Mitsva à ses côtés.

David, tremblant de tout son corps, se précipita vers l’estrade : « Ce garçon, c’est moi. »

Les deux hommes tombèrent dans les bras l’un de l’autre et pleurèrent longuement.

Le temps de notre joie

Voilà pourquoi Souccot vient juste après Yom Kippour. Le parfum de l’encens, offert au jour le plus saint de l’année, se prolonge sous notre modeste cabane. D.ieu nous étreint, non pour ce que nous accomplissons, mais pour ce que nous sommes.

Nos Sages enseignent que tout Israël mériterait de s’asseoir dans une seule et même Souccah, car dans notre essence divine, nous ne faisons qu’un.

Lorsque nous quittons notre confort pour entrer dans la Souccah, nous ne sentons plus ni le froid ni la pluie. Nous ne sentons qu’une chose : l’étreinte infinie.

C’est cela, le temps de notre joie.

Puissions-nous très bientôt nous asseoir tous ensemble dans la Souccah, avec Machia’h Tsidkenou.

 

 

A télécharger : Les 8 Oushpizin de la Souccah et leur explication

A télécharger : Les 8 Oushpizin de la Souccah et leur explication

Chaque soir de Souccot, notre cabane s’ouvre à deux hôtes d’exception venus des hauteurs : un patriarche ou un roi d’Israël, et l’un des maîtres de la ‘Hassidout. Avraham et le Baal Chem Tov, Its’hak et le Maguid de Mézéritch, jusqu’au roi Chlomo et Rabbi Yossef Its’hak, chaque couple d’Ouchpizin apporte avec lui une lumière et une leçon qui lui sont propres. Voyage, jour après jour, au cœur de ces visites qui transforment notre fête en une véritable école de vie.

 

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Les hôtes de la fête selon le Zohar et les Rabbéim

Le Zohar enseigne que chaque jour de Souccot, nous accueillons dans la Soucca un invité particulier. Le premier jour vient Avraham, le premier patriarche ; le deuxième, Its’hak, le deuxième patriarche ; le troisième, Yaakov, le troisième patriarche ; le quatrième, Moché, notre maître ; le cinquième, Aharon, le grand prêtre ; le sixième, Yossef, le juste ; le septième, David, le roi ; et enfin, à Chemini Atseret, le roi Chlomo.

Les Rabbéim ont enrichi cette liste en y ajoutant les invités ‘hassidiques de la fête. Le premier jour, le Baal Chem Tov ; le deuxième, le Maguid de Mézéritch ; le troisième, l’Admour Hazakène ; le quatrième, l’Admour Haemtsaï ; le cinquième, le Tséma’h Tsédek ; le sixième, l’Admour Maharach ; le septième, l’Admour Rachab ; et à Chemini Atseret, Rabbi Yossef Its’hak.

Ainsi, chaque jour de Souccot, un invité du Zohar et un invité ‘hassidique franchissent le seuil de la Soucca. Certes, ils ne viennent jamais seuls : les deux hôtes du jour ouvrent la marche, et tous les autres les suivent. Mais chaque journée porte en elle un enseignement singulier, intimement lié à ceux qui la président.

Premier jour : Avraham et le Baal Chem Tov

Ces deux Ouchpizin partagent des traits remarquables. Chacun d’eux a ouvert une ère nouvelle dans la relation entre l’homme et D.ieu : Avraham fut le fondateur de la foi juive, le Baal Chem Tov celui du mouvement ‘hassidique. Plus encore, l’un comme l’autre parcoururent le monde, allant de lieu en lieu pour y révéler la présence divine.

À propos du verset « Et il appela (Vayikra) le Nom de D.ieu, le D.ieu Éternel », nos Sages commentent : « Ne lis pas Vayikra, « il appela », mais Vayakri, « il fit appeler », car Avraham amenait tous les voyageurs qu’il rencontrait à invoquer le Nom de D.ieu. »

À l’image de notre patriarche Avraham, le Baal Chem Tov allait à la rencontre des gens simples. Il les interrogeait sur leur santé, leur travail et les autres soucis matériels de leur existence, afin de recueillir sur leurs lèvres une réponse de gratitude : « Barou’h Hachem », que D.ieu soit béni ! Il montrait ainsi que la Divinité imprègne chacun des aspects de notre vie.

Deuxième jour : Its’hak et le Maguid de Mézéritch

Le trait commun de ces deux Ouchpizin se lit dans le verset : « Ne quitte pas ta place. » Contrairement aux autres patriarches, Its’hak ne quitta jamais la Terre d’Israël. De même, à la différence des autres maîtres ‘hassidiques qui voyagèrent de ville en ville, le Maguid, une fois placé à la tête du mouvement, ne quitta plus jamais Mézéritch.

L’essence de chaque être humain réside dans son étincelle divine. C’est là, et non en un point de la carte, que se trouve la véritable place de chacun ; c’est elle qui définit ce qu’il est. Aussi le patriarche Its’hak et le Maguid de Mézéritch nous enseignent-ils à concentrer nos efforts pour atteindre cette essence et la faire rayonner, plutôt que de chercher au loin à nous grandir. Voilà pourquoi la Torah nous décrit Its’hak creusant des puits, en quête de sources d’eau vive qu’il faisait jaillir au grand jour.

Se consacrer à sa propre place n’amoindrit en rien celle des autres. La pensée ‘hassidique explique qu’une lumière puissante, une fois révélée, illumine jusqu’aux lieux plongés dans l’obscurité la plus profonde. Ainsi la lumière du Temple se répandait-elle dans le monde entier, avec un tel retentissement que des êtres vivant dans des contrées lointaines, telle la reine de Saba, furent attirés vers Jérusalem.

Troisième jour : Yaakov et Rabbi Chnéour Zalman

Les Ouchpizin du troisième jour sont tout particulièrement liés à l’étude de la Torah. La Torah décrit Yaakov comme « un homme intègre, demeurant dans les tentes », expression que nos Sages interprètent comme une allusion aux « tentes de Chem et Ever », les maisons d’étude de l’époque.

Le lien de Rabbi Chnéour Zalman avec l’étude de la Torah est inscrit dans son nom même : Chnéour peut se lire Chné Or, « deux lumières ». Il y a là une allusion à la lumière de la dimension révélée de la Torah et à celle de sa dimension cachée, mystique. Ces deux sources d’illumination spirituelle jaillissent des deux œuvres classiques de Rabbi Chnéour Zalman : le Choul’han Arou’h et le Tanya.

Chacun possède sa part dans la Torah, et ce lien doit se traduire dans notre conduite de tous les jours. C’est pourquoi nos Sages enseignent : « Hillel oblige le pauvre, et Rabbi Éléazar ben ‘Harsom oblige le riche », à étudier la Torah. Hillel, bien que pauvre et contraint de travailler durement pour sa subsistance, étudiait la Torah avec assiduité ; Rabbi Éléazar ben ‘Harsom, quant à lui, immensément riche, ne laissa jamais ses affaires le détourner de son étude. Quelle que soit sa situation, chacun porte donc à la fois la capacité et la responsabilité de se consacrer à l’étude de la Torah.

Quatrième jour : Moché et l’Admour Haemtsaï

Les Ouchpizin du quatrième jour sont eux aussi associés à l’étude de la Torah.

Moché « reçut la Torah au Sinaï et la transmit » à tout le peuple juif. La Torah est d’ailleurs si intimement attachée à son nom que les prophètes la désignent comme « la Torah de Moché, Mon serviteur ».

La relation entre Moché et la Torah est double. D’une part, il fut l’intermédiaire qui la communiqua au peuple juif ; d’autre part, il en fut l’interprète, développant la méthode du raisonnement abstrait appliqué à la loi, le Pilpoula Deoraïta. Fait significatif, il transmit également cette dimension de la Torah. Tout comme Moché, l’Admour Haemtsaï fut à la fois transmetteur et interprète, lui dont on connaissait les explications minutieuses des concepts philosophiques de la ‘Hassidout.

Rabbi Chnéour Zalman posa les fondements de la compréhension de la pensée ‘hassidique : il en révéla les idées sous forme de points essentiels, à l’état pur. Son successeur, l’Admour Haemtsaï, les déploya, les illustrant d’exemples et d’analogies, et bâtissant un cadre conceptuel qui permit de les saisir par l’intellect.

Si les Ouchpizin du troisième jour sont eux aussi liés à l’étude de la Torah, ceux du quatrième jour nous montrent comment l’approfondir. Leur service divin enseigne que chacun est relié non seulement aux fondements de l’étude, mais aussi à la compréhension de la Torah dans toute sa profondeur et toute son ampleur. Et là encore, ni la pauvreté ni la richesse ne dispensent de l’effort.

Cinquième jour : Aharon et le Tséma’h Tsédek

Les hôtes de ce jour nous transmettent une leçon d’amour et d’harmonie entre les hommes. Aharon en est la figure emblématique, lui qui « aimait la paix, poursuivait la paix, aimait les créatures et les rapprochait de la Torah ».

L’emploi du mot « créatures » plutôt que « hommes » indique qu’Aharon allait vers chacun, y compris vers ceux dont l’unique mérite était d’être des créatures de D.ieu. Son souci d’autrui était d’autant plus remarquable qu’il occupait la haute fonction de grand prêtre. Il quittait donc le Sanctuaire, où la Présence divine lui était ouvertement révélée, pour aller vers des hommes qui n’avaient d’autre qualité que d’être des créatures de D.ieu !

Le Tséma’h Tsédek, lui, incarne l’harmonie cultivée parmi les érudits et les dirigeants de la communauté juive. Sous sa conduite s’instaura l’unité entre les ‘Hassidim et les autres membres de la communauté. Il rencontra les chefs des différentes communautés et forma avec eux un front uni, où le rôle propre de chacun était reconnu et mis en valeur.

Sixième jour : Yossef et l’Admour Maharach

Les qualités que partagent les invités de ce jour se résument dans une formule célèbre de l’Admour Maharach : « Le’hat’hila Ariber », d’emblée, par-dessus ! Voici comment il l’expliquait : « Le monde dit : si tu ne peux pas passer par-dessous l’obstacle, essaie de passer par-dessus. Et moi je dis : d’emblée, saute par-dessus ! »

Les difficultés apparentes n’attendent qu’une chose : qu’on les affronte avec une entière confiance et qu’on les surmonte. Il ne s’agit pas d’une idée théorique, mais d’une vérité qui se vérifie concrètement, comme en témoigne la vie de Yossef, esclave jeté en prison devenu vice-roi d’Égypte.

Chacun peut puiser des leçons dans le parcours de Yossef. Même en exil, nul ne doit se sentir entravé ou limité. Nous avons en nous la capacité d’atteindre les sommets de l’accomplissement spirituel, et cette réussite peut même se refléter dans la prospérité de notre vie matérielle.

Septième jour : le roi David et l’Admour Rachab

L’attribut que partagent les Ouchpizin du septième jour est la royauté, dont l’expression ultime se révélera avec la Délivrance. Le roi David est tout particulièrement associé à la royauté, car « dès l’instant où il fut oint, il acquit la couronne de la royauté, qui lui appartient désormais, à lui et à ses descendants, pour l’éternité ».

De même, le roi David est lié au monarque ultime, le Machia’h, qui sera l’un de ses descendants. Plus encore, comme le souligne Maïmonide, les prophéties de la Torah annonçant la venue du Machia’h évoquent deux rois oints : David et le Machia’h.

L’Admour Rachab entretient lui aussi un lien profond avec le Machia’h. Il en témoigne par la manière dont il concevait les élèves de la Yechiva Tom’heï Temimim, qu’il fonda à Loubavitch en 1897 : il les appelait « les soldats de la maison de David », dont la mission première est de hâter la venue du Machia’h.

Huitième jour : le roi Chlomo et Rabbi Yossef Its’hak

Les guides associés à Chemini Atseret font suite aux Ouchpizin de la veille, car ils poursuivent et prolongent l’œuvre de leurs pères respectifs, le roi David et l’Admour Rachab.

Si le roi David fonda la monarchie héréditaire, son propre règne fut déchiré par les dissensions et les guerres, selon les mots du prophète : « Tu as versé beaucoup de sang. » Mais au sujet du règne de son fils et successeur, le roi Chlomo, D.ieu promit : « J’accorderai paix et tranquillité à Israël durant ses jours. » Et de fait, tout au long de son règne, « Israël vécut en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier ».

C’est dans ce climat de paix que le roi Chlomo bâtit le Temple de Jérusalem, demeure permanente pour D.ieu au sein de notre monde matériel. Le monde entier s’en trouva raffiné, car la lumière du Temple le portait à rechercher la sainteté.

De la même manière, le Rabbi précédent consolida l’œuvre de son père en diffusant les enseignements de la ‘Hassidout aux quatre coins du monde, le préparant ainsi à la Délivrance. Aucun lieu, si reculé fût-il, aucun être humain ne fut oublié par Rabbi Yossef Its’hak, qui se lia à chacun par ces enseignements qui préparent la venue du Machia’h.

 

 

 

 

« De l’introspection à la joie : Le passage des Jours Redoutables à Souccot » – Rav Adin Even Israël (Steinsaltz)

« De l’introspection à la joie : Le passage des Jours Redoutables à Souccot » – Rav Adin Even Israël (Steinsaltz)

Le mois de Tichri nous entraîne dans une traversée spirituelle sans pareille, des heures graves des Jours Redoutables jusqu’à l’allégresse débordante de Souccot. Ce passage n’est pas un simple changement de date sur le calendrier, mais une véritable métamorphose de l’âme. Derrière la succession des fêtes se dessine une leçon essentielle sur la relation d’amour qui unit D.ieu à Son peuple.

 

 

 

Un mois qui ouvre l’année et transforme l’âme

Dans le calendrier juif, le mois de Tichri est un temps de transformation intérieure d’une rare intensité. Il ouvre l’année et nous conduit, étape après étape, à travers une série d’expériences profondes : tout commence dans le recueillement solennel des Jours Redoutables, les Yamim Noraïm, et tout s’achève dans la joie exubérante de Souccot.

Ce cycle des fêtes d’automne dessine un chemin fascinant, qui mène de l’examen de conscience le plus exigeant à la célébration la plus lumineuse. Il ne s’agit pas seulement de tourner les pages du calendrier : c’est tout l’être, dans ses émotions comme dans son âme, qui se trouve renouvelé.

Le temps de la rigueur et du retour sur soi

Les Jours Redoutables, qui englobent Roch Hachana et Yom Kippour, se distinguent par leur gravité et leur caractère introspectif. Durant ces jours, notre regard se tourne vers le jugement divin : nous examinons nos actes, nous nous engageons sur la voie de la Techouva et nous implorons le pardon.

Tout, en ces jours, est soumis à des limites précises : le son exact du Chofar, les heures rigoureuses du jeûne, les prières fixées avec soin. C’est un temps de concentration extrême et de retour sur soi, que l’on peut rattacher à l’image de la main gauche placée sous la tête. Cette main soutient, certes, mais elle le fait avec une certaine distance.

Souccot, le temps de notre joie

Pourtant, à peine Yom Kippour s’est il achevé que s’ouvre une étape spirituelle entièrement nouvelle. Cinq jours plus tard seulement arrive la fête de Souccot, qui transforme radicalement l’atmosphère. Appelée Zmane Sim’hatenou, le temps de notre joie, elle nous invite à quitter le confort de nos maisons pour demeurer dans des cabanes provisoires. Ce geste exprime à la fois notre fragilité et notre confiance absolue en la protection de D.ieu.

La main droite qui étreint

Ce passage trouve une illustration saisissante dans l’image de la main droite qui étreint. Si la gauche incarne la rigueur et le jugement, la droite symbolise la bonté et l’amour. À Souccot, c’est cette étreinte divine que nous ressentons : un amour qui nous enveloppe et nous apaise après l’intensité des Jours Redoutables.

La structure même de la Soucca traduit cette idée. Avec ses deux parois complètes et une troisième qui peut ne mesurer qu’un Téfa’h, la largeur d’une paume, elle évoque un bras qui nous entoure dans un geste protecteur. Cette image puissante nous rappelle que, malgré notre vulnérabilité, dont l’habitation temporaire est le symbole, nous demeurons sans cesse enveloppés par l’amour et la protection de D.ieu.

Des rites qui ouvrent le cœur

Les rites de Souccot prolongent cette ouverture et cette joie. Le Loulav et l’Etrog, que l’on agite dans toutes les directions, expriment notre désir de faire descendre la présence divine dans chacun des aspects de notre existence. Quant aux repas de fête pris dans la Soucca, souvent en compagnie d’invités, ils resserrent les liens de la famille et de la communauté.

Une leçon d’équilibre spirituel

Cette progression des Jours Redoutables vers Souccot nous enseigne une leçon profonde sur l’équilibre de la vie spirituelle. Les moments d’introspection sérieuse et de jugement nous sont indispensables, mais ils appellent à leur suite des temps de joie et d’ouverture. La vie juive ne se réduit pas à la pénitence et à l’austérité : elle embrasse tout autant la célébration et la joie.

Ce passage nous rappelle, en définitive, que notre relation avec D.ieu, comme toute relation profonde, possède plusieurs visages. Il y a les heures de solennité et de jugement, et il y a les heures de proximité joyeuse et d’amour sans condition. Souccot nous apprend qu’après avoir regardé en face nos faiblesses et nos erreurs durant les Jours Redoutables, nous sommes conviés à nous réjouir dans l’étreinte divine, à célébrer la vie et à partager notre bonheur avec autrui.

Ainsi, le cycle des fêtes d’automne nous fait parcourir un chemin spirituel complet. Il nous prépare à aborder l’année nouvelle avec un cœur renouvelé, purifié par l’introspection et comblé par la joie de l’amour divin.

Interprétation magistrale du compositeur A’hiya Cohen Aloro d’un Niggoun de Reb Chalom ‘Haritonov

Interprétation magistrale du compositeur A’hiya Cohen Aloro d’un Niggoun de Reb Chalom ‘Haritonov

 

Deuxième volet d’une série hebdomadaire consacrée aux mélodies de Chalom ‘Haritonov, ce ‘Hassid Habad du début du siècle dernier, le Niggoun «Ka’homer Beyad Hayotser» revit sous les doigts du pianiste A’hiya Acher Cohen Aloro. Porté par les paroles puissantes d’un Piyout de Yom Kippour qui compare l’œuvre de l’artiste à celle du Créateur, le musicien a voulu que son instrument, privé de mots, parvienne pourtant à les faire entendre. Un long travail d’épure, qu’il décrit comme une véritable opération à cœur ouvert sur la mélodie.

 

 

 

Un compositeur ‘hassidique du siècle dernier

Ki Hiné Ka’homer, « Car voici, comme l’argile », est le second Niggoun d’une série hebdomadaire dédiée aux compositions de Chalom ‘Haritonov, un ‘Hassid Habad qui vécut au début du siècle dernier et à qui l’on doit un grand nombre de mélodies.

A’hiya Acher Cohen Aloro ne pouvait laisser passer ces paroles d’une force saisissante. Elles mettent en regard, pour ainsi dire, le geste créateur de l’artiste et l’œuvre même de D.ieu, qui façonne l’homme comme l’artisan façonne sa matière.

Faire parler la musique sans les paroles

Le Niggoun est ici interprété au seul piano, sans aucune parole. Il était donc particulièrement difficile d’atteindre le point où la musique elle-même prononce le texte. Pour y parvenir, le pianiste a traversé un processus long et exigeant, dépouillant sans cesse la mélodie de tout ce qui l’encombrait, jusqu’à obtenir un arrangement et une interprétation qui, à ses yeux, disent véritablement ces paroles sublimes.

Il en parle comme d’une opération pratiquée à vif sur la chair même du Niggoun : il l’a travaillé, précisément, « comme l’argile entre les mains du potier ».

Traduction du texte du piyout

Car voici, comme l’argile dans la main du potier,
Qui à son gré l’étend et à son gré la resserre,
Ainsi sommes nous dans Ta main, Toi qui gardes la bonté.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.

Car voici, comme la pierre dans la main du tailleur,
Qui à son gré la saisit et à son gré la brise,
Ainsi sommes nous dans Ta main, Toi qui fais vivre et fais mourir.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.

Car voici, comme la hache dans la main de l’artisan,
Qui à son gré l’approche de la flamme et à son gré l’en retire,
Ainsi sommes nous dans Ta main, Toi qui soutiens le pauvre et l’indigent.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.

Car voici, comme le gouvernail dans la main du marin,
Qui à son gré le tient et à son gré le lâche,
Ainsi sommes nous dans Ta main, D.ieu bon qui pardonne.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.

Car voici, comme le verre dans la main du verrier,
Qui à son gré le façonne et à son gré le fait fondre,
Ainsi sommes nous dans Ta main, Toi qui effaces la faute volontaire et l’erreur.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.

Car voici, comme la tenture dans la main du brodeur,
Qui à son gré la tend droite et à son gré la plisse,
Ainsi sommes nous dans Ta main, D.ieu jaloux et vengeur.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.

Car voici, comme l’argent dans la main de l’orfèvre,
Qui à son gré l’allie et à son gré l’épure,
Ainsi sommes nous dans Ta main, Toi qui apportes le remède à la blessure.
Regarde l’alliance et ne Te tourne pas vers le penchant.

A’hiya Acher Cohen Aloro, un musicien issu du monde orthodoxe

Achiya Asher Cohen Alloro | SpotifyA’hiya Acher Cohen Aloro est compositeur, arrangeur et pianiste. Il compte parmi les musiciens les plus intrigants apparus ces dernières années au sein du public orthodoxe.

Sa musique a servi de bande sonore à l’un des derniers films du réalisateur Spike Lee. Leur rencontre a eu lieu lors d’un rassemblement de compositeurs hors du commun venus du monde entier, auquel A’hiya avait été envoyé par l’Académie de musique et de danse de Jérusalem.

Comme pianiste, il accompagne des artistes de premier plan, en Israël comme à l’étranger, parmi lesquels Amir Benayoun, Avraham Fried et Yehoram Gaon. Il est également arrangeur et directeur musical de projets marquants, comme « Likrat Neïla » ou « Zokhrim Vecharim », donné à Jérusalem à la veille de Yom Hachoah, auxquels ont participé de nombreux artistes, notamment Hemi Rodner, Eran Tsour et Amir Benayoun.

A’hiya compte à son actif une multitude de projets et de collaborations. Citons « Interprétation de la musique juive », une série de concerts au piano où il revisite en direct des Niggounim célèbres à travers une lecture toute personnelle, les Niggounim du Rav Its’hak Ginsburgh joués en public, un concert au Festival du piano aux côtés du chanteur et auteur Yonatan Dror, une prestation au Festival de la lumière, et bien d’autres encore.

Il enseigne par ailleurs dans les meilleures institutions du pays : à l’Académie de musique et de danse de Jérusalem ainsi qu’à l’École supérieure d’art dramatique Nissan Nativ.

Rav Avraham Kharitonov, la voix et les mélodies des ‘Hassidim de Nikolaïev

Rav Avraham Kharitonov naquit le 13 Mena’hem Av 5600 (août 1840) et quitta ce monde le 24 Nissan 5672 (avril 1912). Il exerça à Nikolaïev les fonctions de Cho’het et Bodek, sacrificateur rituel et vérificateur, tout en étant compositeur de Niguounim, Ba’al Menaguen et Ba’al Tefila, chantre et officiant de la communauté.
Il vit le jour à Kherson, le 13 Mena’hem Av 5600 (août 1840). Son père était Rav Guedalia, fils de Rav ‘Haïm Leib Kharitonov, et sa mère ‘Haya Yenta, fille de Rav Yossef Rozovsky. Ses parents s’étaient unis le jour de Roch ‘Hodech Iyar 5597 (mai 1837).
Le 8 Elloul 5619 (septembre 1859), il épousa Tamar Beïla, fille de Rav Yoël Spivak. Il s’établit alors à Nikolaïev, où il servit à la fois comme ‘Hazan et comme Cho’het, deux fonctions essentielles à la vie de la communauté juive.

Rav Avraham composa de nombreux Niguounim, ces mélodies ‘hassidiques qui portent l’âme vers les hauteurs. Il fut le père des frères Kharitonov, devenus par la suite de célèbres Ba’alei Menaguen dont les chants résonnent aujourd’hui encore dans les communautés Habad. À Nikolaïev, il occupait la charge de Chou »b, abréviation désignant le Cho’het et Bodek, et c’est lui qui conduisait la prière en tant que Ba’al Tefila attitré de la ville.

La réputation de Rav Avraham dépassait largement les murs de sa synagogue. Dans une lettre adressée aux ‘Hassidim de Nikolaïev, le Rabbi Rachab écrivit qu’ils n’étaient pas autorisés à engager un ‘Hazan, même pour les Yamim Noraïm, les jours redoutables de Roch Hachana et de Yom Kippour, si ce n’est Rav Avraham, le Chou »b Kharitonov, ou quelqu’un de sa trempe, selon ce que les sacrificateurs eux-mêmes approuveraient d’un commun accord.

Rav Avraham Kharitonov quitta ce monde à l’âge de soixante et onze ans, emporté par un cancer de l’estomac, le 24 Nissan 5672 (avril 1912). Il laissa derrière lui des mélodies et une lignée de chantres qui continuèrent de faire vibrer la ferveur ‘hassidique bien après lui.

 

 Étroguim de Calabre à Paris : le Merkaz Etroguei Loubavitch dévoile ses horaires avant Souccot

 Étroguim de Calabre à Paris : le Merkaz Etroguei Loubavitch dévoile ses horaires avant Souccot

Couverture : Le Rav A. B. Pevzner au Merkaz Etroguei Loubavitch de Paris dirigé par le Rav Réuven Matusof

 

 

À quelques jours de Souccot, le Merkaz Etroguei Loubavitch de Paris annonce l’ouverture de son bureau du 8, rue Rouvet pour la distribution des Quatre Espèces. Fort d’une expérience de plus de quarante ans, le Rav Reuven Matusof, Chalia’h du Rabbi à la Lichka, continue d’y proposer des Etroguim de Calabre réputés dans toute la communauté francophone. Les familles pourront s’y procurer Etroguim, Loulavim et Hadassim selon des horaires précis, fixés jour après jour jusqu’à la veille de la fête.

 

 

 

un savoir-faire loubavitch transmis depuis plus de quatre décennies

Le Merkaz Etroguei Loubavitch œuvre sous l’égide du Rav Reuven Matusof, Chalia’h du Rabbi à la Lichka de Paris. Expert reconnu, il se consacre depuis 1982 (5742) à la sélection des Etroguim de Calabre, dont la qualité et la Cachrout font depuis longtemps référence auprès des familles loubavitch et de la communauté francophone dans son ensemble. Chaque année, à l’approche de Souccot, ce même engagement se renouvelle afin que chacun puisse accomplir la Mitsva des Quatre Espèces dans les meilleures conditions.

les horaires d’ouverture de la semaine précédant souccot

Au bureau du 8, rue Rouvet, les Etroguim de Calabre, ainsi que les Loulavim et les Hadassim, seront à la disposition du public en permanence durant toute la semaine précédant Souccot.

  • Mardi 11 Tichri,  22 septembre, de 10h30 à 21h30.
  • Mercredi 12 Tichri, 23 septembre, de 10h30 à 19h30.
  • Jeudi 13 Tichri, le 24 septembre, de 14h à 18h.
  • Vendredi 14 Tichri, le 25 septembre, le bureau ouvrira de 12h à 14h.

coordonnées et contacts utiles

Le Merkaz Etroguei Loubavitch se trouve au sein de la Lichka Loubavitch Paratsia France, au 8, rue Rouvet, 75019 Paris.

L’établissement peut être joint au +33 (0)953 735 770, par fax au +33 (0)958 735 770, par courriel à [email protected], ou via le site www.LichkaLubavitch.org.

Pour toute question relative aux Etroguim, Loulavim et Hadassim, trois interlocuteurs restent également disponibles : R. Matusof au 06 10 85 60 14, I. Dodisco au 07 77 70 21 00, et E. Mergui au 06 68 42 07 70.

L’ensemble de l’équipe du Merkaz Etroguei Loubavitch adresse à tous ses vœux de ‘Hag Saméa’h.

 

«Apprendre de Habad» : quand l’école d’architecture de Bezalel dévoile le secret urbanistique du Rabbi

«Apprendre de Habad» : quand l’école d’architecture de Bezalel dévoile le secret urbanistique du Rabbi

 

Une recherche inédite menée à l’école d’architecture de Bezalel dévoile un modèle urbanistique hors norme, entièrement bâti sur le réseau mondial des Beth Habad. Deux chercheurs ont interrogé des dizaines de Chlou’him et de directeurs d’institutions pour comprendre comment ce réseau parvient à créer une communauté vivante en tout point du globe. Leur conclusion est frappante : selon eux, c’est le Rabbi lui-même qui serait, à travers ses paroles et son enseignement, l’architecte véritable de ce système.

 

 

une recherche née à Bezalel

Une étude récente menée à l’école d’architecture de Bezalel s’est penchée sur le déploiement mondial des Beth Habad sous un angle inhabituel. Loin de n’y voir qu’une œuvre juive et spirituelle puissante, les chercheurs y décèlent également un véritable empire pensé avec une extrême précision, capable de faire naître une communauté presque partout sur la planète.

L’étude a été menée par Vika Liebman et Gidi Ben-Ami, dans le cadre de leur projet de fin d’études conjoint pour un master en design urbain. Les deux chercheurs ont cherché à comprendre comment Habad parvient à créer des communautés pour des populations qui, par définition, ne s’installent pas durablement en un lieu unique, des routards et touristes de passage jusqu’aux étudiants, hommes d’affaires et familles en réinstallation.

« Habad est un phénomène singulier, car il apporte une réponse structurée à des populations mobiles », explique Ben-Ami. « Il parvient à créer un sentiment d’appartenance, un foyer et une vie communautaire précisément pour une population en mouvement permanent. Nous nous sommes dit qu’il fallait apprendre de leur exemple. »

C’est de cette démarche qu’est né le nom de l’outil urbanistique conçu par les deux chercheurs à l’issue de leur étude, « Apprendre de Habad », Learning From Chabad, ou LFC.

L’étude ne s’est pas limitée à une analyse théorique. Vika Liebman et Gidi Ben-Ami ont rencontré des responsables de Habad en Israël ainsi qu’au siège central de New York, se sont rendus à Kfar Habad, ont parcouru New York et Israël, et se sont entretenus avec de nombreux chercheurs. Dans le cadre de leur travail, ils ont même obtenu un accès à des couches internes des systèmes cartographiques géographiques utilisés par Habad, qui leur ont permis d’examiner la manière dont sont répartis les secteurs d’activité et de responsabilité.

Au fil de leurs travaux, les chercheurs ont identifié dix mécanismes qui permettent au modèle Habad de fonctionner dans des contextes radicalement différents les uns des autres : un réseau de points d’ancrage locaux, une infrastructure organisationnelle de soutien, une implantation fondée sur les flux de population et le potentiel du lieu, une présence dans l’espace public, l’usage de la maison comme espace communautaire, un langage visuel identifiable, et une expansion progressive répondant aux besoins locaux.

 


Les deux chercheurs Vika Liebman et Gidi Ben-Ami devant le 770 de Kfar Habad

 

« le Rabbi est l’architecte de cette démarche »

L’un des enseignements centraux de cette recherche porte sur la capacité d’un Beth Habad à se transformer selon le lieu où il opère. Il n’existe pas un modèle unique reproduit à l’identique dans chaque ville du monde ; le principe reste constant, mais la réponse, elle, varie.

« Le Rabbi est l’architecte de cette démarche », affirme Ben-Ami. Selon lui, le principe fondateur consiste à « être une adresse pour toute question juive, sans jamais importer de l’extérieur un gabarit rigide ».

Il illustre son propos par un exemple simple : « si le lieu est une destination de surf, la maison fournira du matériel de surf et proposera, au passage, de mettre les Tefilines ; si la communauté est composée d’une population âgée, la mission se concentrera sur les maisons de retraite ».

Malgré cette adaptation locale, les chercheurs ont constaté une véritable homogénéité visuelle, qui permet à tout juif de reconnaître le lieu et de s’y sentir chez lui, même à des milliers de kilomètres de son domicile.

« Sur le plan spatial et esthétique, c’est fascinant », observe Liebman, « car on finit par retrouver exactement les mêmes livres, le même langage visuel et les mêmes éléments dans un Beth Habad à Chypre, en Thaïlande ou à New York. Cette identité spatiale uniforme est précisément ce qui crée ce sentiment de foyer ».

une implantation pensée selon le potentiel

La répartition géographique elle-même a retenu l’attention des chercheurs. « L’un des mécanismes que nous avons identifiés dans notre étude est celui de la cartographie et de l’implantation selon le potentiel », explique Ben-Ami. « Habad cherche à s’implanter partout où existe un potentiel de passage de juifs. D’un petit village d’Ukraine jusqu’à l’aéroport international d’Addis-Abeba, l’objectif est de créer un point de rencontre et d’apporter une valeur ajoutée aux juifs qui s’y trouvent. »

un modèle destiné aux urbanistes du monde entier

Au terme de leur recherche, les deux chercheurs souhaitent transformer ce qu’ils ont appris de Habad en un modèle proposé également aux urbanistes. Selon eux, le monde moderne regorge de populations présentes dans une ville sans y être enregistrées comme résidentes, touristes, travailleurs, étudiants et autres populations mobiles, alors que les outils de planification urbaine traditionnels ne les prennent pratiquement jamais en compte.

C’est précisément là, selon eux, que réside la grande leçon du modèle Habad.

« Il ne suffit pas de savoir où les gens habitent », conclut Liebman, « il faut savoir où ils se trouvent, où ils se déplacent et à quel moment ils se rassemblent ».

Regardez : Suspendu entre ciel et terre, la Mitsva des Tefilines qui a bouleversé les réseaux sociaux

Regardez : Suspendu entre ciel et terre, la Mitsva des Tefilines qui a bouleversé les réseaux sociaux

 

À la veille de Yom Kippour, alors que le monde entier se préparait à l’entrée du jour le plus saint de l’année, un geste inattendu s’est produit à des dizaines de mètres au-dessus du sol. Un ouvrier suspendu à des cordes d’accès sur la façade d’un immeuble s’est vu promettre de mettre les Tefiline, en plein ciel, entre deux étages. La scène, filmée puis diffusée sur les réseaux, a rapidement bouleversé des milliers d’internautes à travers le monde.

 

 

une intervention de routine

Tout a commencé comme un chantier ordinaire, de ceux qui rythment le quotidien d’une grande ville sans jamais attirer l’attention. À la veille de Yom Kippour, tandis que les rues s’emplissaient déjà de la fébrilité propre à l’approche du jour du Grand Pardon, un ouvrier chargé de travaux de maintenance s’apprêtait à descendre le long de la façade d’un immeuble, suspendu à ses cordes de rappel. Casque vissé sur la tête, harnais bouclé, il entamait sa descente étage après étage, concentré sur son geste technique, loin de se douter que cette journée de travail comme les autres allait, en un instant, prendre une tout autre dimension.

Le vent soufflait entre les tours, les klaxons montaient de la rue, et lui, accroché à quelques centimètres du vide, poursuivait sa tâche avec la précision et la prudence qu’exige ce métier périlleux. Rien, dans cette routine bien huilée, ne laissait présager qu’il allait devenir, malgré lui, le protagoniste d’un moment que beaucoup qualifieraient plus tard de providentiel.

une rencontre providentielle au quatorzième étage

Alors qu’il parvenait à hauteur du quatorzième étage, l’ouvrier fut remarqué depuis l’intérieur du bâtiment par le Chalia’h du Rabbi, le Rav Gloukhovski. Ce dernier, familier de ces rencontres impromptues qui jalonnent le travail d’un émissaire, ne laissa pas passer l’occasion. Il s’approcha de la fenêtre, interpella l’ouvrier suspendu de l’autre côté de la vitre, et engagea avec lui une conversation aussi brève qu’inattendue.

Sans détour ni hésitation, le Rav Gloukhovski lui proposa de mettre les Tefiline, à l’instant même, sans attendre de redescendre au sol ni de trouver un moment plus opportun. Car pour un Chalia’h, il n’existe pas de mauvais moment pour offrir à un juif la possibilité d’accomplir une Mitsva : l’urgence de la veille de Kippour, jour où chaque instant est compté, ne faisait que renforcer cette conviction.

une Mitsva accomplie entre ciel et terre

L’ouvrier, touché par la proposition, accepta sans se faire prier. C’est ainsi que, toujours suspendu à ses cordes, à plusieurs étages au-dessus du sol, le harnais tendu et la ville s’étalant sous ses pieds, un juif eut le mérite de mettre les Tefiline à la veille du jour le plus saint de l’année. Ni tout à fait dans le ciel, ni tout à fait sur terre, il accomplit ce geste millénaire dans un lieu suspendu entre les deux, comme si la Mitsva elle-même avait choisi cet instant hors du commun pour se manifester.

L’image de cet homme, harnaché contre la façade de béton et de verre, les lanières des Tefiline enroulées autour du bras, a quelque chose de profondément saisissant : celle d’un geste ancestral accompli dans un décor résolument moderne, à la croisée du sacré et du quotidien.

une image qui touche la toile

Le moment, filmé sur le vif par un témoin de la scène, fut rapidement partagé sur les réseaux sociaux, où il devint viral en très peu de temps. Les internautes, aux quatre coins du monde, furent nombreux à s’émouvoir de cette scène peu commune : un ouvrier en pleine journée de travail, suspendu à une grande hauteur, et un Chalia’h Habad qui, fidèle à l’enseignement du Rabbi selon lequel aucune occasion de rapprocher un juif d’une Mitsva ne doit être négligée, sut saisir cet instant fugace pour transformer une simple pause de travail en un moment d’éternité.

Au-delà de l’anecdote, c’est peut-être là tout le sens de ce moment viral : la preuve, une fois de plus, qu’il n’est ni lieu ni situation où la lumière d’une Mitsva ne puisse pénétrer, fût-ce entre ciel et terre, à quelques encablures du vide, à la veille du jour le plus solennel du calendrier juif.