Une recherche inédite menée à l’école d’architecture de Bezalel dévoile un modèle urbanistique hors norme, entièrement bâti sur le réseau mondial des Beth Habad. Deux chercheurs ont interrogé des dizaines de Chlou’him et de directeurs d’institutions pour comprendre comment ce réseau parvient à créer une communauté vivante en tout point du globe. Leur conclusion est frappante : selon eux, c’est le Rabbi lui-même qui serait, à travers ses paroles et son enseignement, l’architecte véritable de ce système.
une recherche née à Bezalel
Une étude récente menée à l’école d’architecture de Bezalel s’est penchée sur le déploiement mondial des Beth Habad sous un angle inhabituel. Loin de n’y voir qu’une œuvre juive et spirituelle puissante, les chercheurs y décèlent également un véritable empire pensé avec une extrême précision, capable de faire naître une communauté presque partout sur la planète.
L’étude a été menée par Vika Liebman et Gidi Ben-Ami, dans le cadre de leur projet de fin d’études conjoint pour un master en design urbain. Les deux chercheurs ont cherché à comprendre comment Habad parvient à créer des communautés pour des populations qui, par définition, ne s’installent pas durablement en un lieu unique, des routards et touristes de passage jusqu’aux étudiants, hommes d’affaires et familles en réinstallation.
« Habad est un phénomène singulier, car il apporte une réponse structurée à des populations mobiles », explique Ben-Ami. « Il parvient à créer un sentiment d’appartenance, un foyer et une vie communautaire précisément pour une population en mouvement permanent. Nous nous sommes dit qu’il fallait apprendre de leur exemple. »
C’est de cette démarche qu’est né le nom de l’outil urbanistique conçu par les deux chercheurs à l’issue de leur étude, « Apprendre de Habad », Learning From Chabad, ou LFC.
L’étude ne s’est pas limitée à une analyse théorique. Vika Liebman et Gidi Ben-Ami ont rencontré des responsables de Habad en Israël ainsi qu’au siège central de New York, se sont rendus à Kfar Habad, ont parcouru New York et Israël, et se sont entretenus avec de nombreux chercheurs. Dans le cadre de leur travail, ils ont même obtenu un accès à des couches internes des systèmes cartographiques géographiques utilisés par Habad, qui leur ont permis d’examiner la manière dont sont répartis les secteurs d’activité et de responsabilité.
Au fil de leurs travaux, les chercheurs ont identifié dix mécanismes qui permettent au modèle Habad de fonctionner dans des contextes radicalement différents les uns des autres : un réseau de points d’ancrage locaux, une infrastructure organisationnelle de soutien, une implantation fondée sur les flux de population et le potentiel du lieu, une présence dans l’espace public, l’usage de la maison comme espace communautaire, un langage visuel identifiable, et une expansion progressive répondant aux besoins locaux.

Les deux chercheurs Vika Liebman et Gidi Ben-Ami devant le 770 de Kfar Habad
« le Rabbi est l’architecte de cette démarche »
L’un des enseignements centraux de cette recherche porte sur la capacité d’un Beth Habad à se transformer selon le lieu où il opère. Il n’existe pas un modèle unique reproduit à l’identique dans chaque ville du monde ; le principe reste constant, mais la réponse, elle, varie.
« Le Rabbi est l’architecte de cette démarche », affirme Ben-Ami. Selon lui, le principe fondateur consiste à « être une adresse pour toute question juive, sans jamais importer de l’extérieur un gabarit rigide ».
Il illustre son propos par un exemple simple : « si le lieu est une destination de surf, la maison fournira du matériel de surf et proposera, au passage, de mettre les Tefilines ; si la communauté est composée d’une population âgée, la mission se concentrera sur les maisons de retraite ».
Malgré cette adaptation locale, les chercheurs ont constaté une véritable homogénéité visuelle, qui permet à tout juif de reconnaître le lieu et de s’y sentir chez lui, même à des milliers de kilomètres de son domicile.
« Sur le plan spatial et esthétique, c’est fascinant », observe Liebman, « car on finit par retrouver exactement les mêmes livres, le même langage visuel et les mêmes éléments dans un Beth Habad à Chypre, en Thaïlande ou à New York. Cette identité spatiale uniforme est précisément ce qui crée ce sentiment de foyer ».
une implantation pensée selon le potentiel
La répartition géographique elle-même a retenu l’attention des chercheurs. « L’un des mécanismes que nous avons identifiés dans notre étude est celui de la cartographie et de l’implantation selon le potentiel », explique Ben-Ami. « Habad cherche à s’implanter partout où existe un potentiel de passage de juifs. D’un petit village d’Ukraine jusqu’à l’aéroport international d’Addis-Abeba, l’objectif est de créer un point de rencontre et d’apporter une valeur ajoutée aux juifs qui s’y trouvent. »
un modèle destiné aux urbanistes du monde entier
Au terme de leur recherche, les deux chercheurs souhaitent transformer ce qu’ils ont appris de Habad en un modèle proposé également aux urbanistes. Selon eux, le monde moderne regorge de populations présentes dans une ville sans y être enregistrées comme résidentes, touristes, travailleurs, étudiants et autres populations mobiles, alors que les outils de planification urbaine traditionnels ne les prennent pratiquement jamais en compte.
C’est précisément là, selon eux, que réside la grande leçon du modèle Habad.
« Il ne suffit pas de savoir où les gens habitent », conclut Liebman, « il faut savoir où ils se trouvent, où ils se déplacent et à quel moment ils se rassemblent ».
















