Chaque soir de Souccot, notre cabane s’ouvre à deux hôtes d’exception venus des hauteurs : un patriarche ou un roi d’Israël, et l’un des maîtres de la ‘Hassidout. Avraham et le Baal Chem Tov, Its’hak et le Maguid de Mézéritch, jusqu’au roi Chlomo et Rabbi Yossef Its’hak, chaque couple d’Ouchpizin apporte avec lui une lumière et une leçon qui lui sont propres. Voyage, jour après jour, au cœur de ces visites qui transforment notre fête en une véritable école de vie.
Les hôtes de la fête selon le Zohar et les Rabbéim
Le Zohar enseigne que chaque jour de Souccot, nous accueillons dans la Soucca un invité particulier. Le premier jour vient Avraham, le premier patriarche ; le deuxième, Its’hak, le deuxième patriarche ; le troisième, Yaakov, le troisième patriarche ; le quatrième, Moché, notre maître ; le cinquième, Aharon, le grand prêtre ; le sixième, Yossef, le juste ; le septième, David, le roi ; et enfin, à Chemini Atseret, le roi Chlomo.
Les Rabbéim ont enrichi cette liste en y ajoutant les invités ‘hassidiques de la fête. Le premier jour, le Baal Chem Tov ; le deuxième, le Maguid de Mézéritch ; le troisième, l’Admour Hazakène ; le quatrième, l’Admour Haemtsaï ; le cinquième, le Tséma’h Tsédek ; le sixième, l’Admour Maharach ; le septième, l’Admour Rachab ; et à Chemini Atseret, Rabbi Yossef Its’hak.
Ainsi, chaque jour de Souccot, un invité du Zohar et un invité ‘hassidique franchissent le seuil de la Soucca. Certes, ils ne viennent jamais seuls : les deux hôtes du jour ouvrent la marche, et tous les autres les suivent. Mais chaque journée porte en elle un enseignement singulier, intimement lié à ceux qui la président.
Premier jour : Avraham et le Baal Chem Tov
Ces deux Ouchpizin partagent des traits remarquables. Chacun d’eux a ouvert une ère nouvelle dans la relation entre l’homme et D.ieu : Avraham fut le fondateur de la foi juive, le Baal Chem Tov celui du mouvement ‘hassidique. Plus encore, l’un comme l’autre parcoururent le monde, allant de lieu en lieu pour y révéler la présence divine.
À propos du verset « Et il appela (Vayikra) le Nom de D.ieu, le D.ieu Éternel », nos Sages commentent : « Ne lis pas Vayikra, « il appela », mais Vayakri, « il fit appeler », car Avraham amenait tous les voyageurs qu’il rencontrait à invoquer le Nom de D.ieu. »
À l’image de notre patriarche Avraham, le Baal Chem Tov allait à la rencontre des gens simples. Il les interrogeait sur leur santé, leur travail et les autres soucis matériels de leur existence, afin de recueillir sur leurs lèvres une réponse de gratitude : « Barou’h Hachem », que D.ieu soit béni ! Il montrait ainsi que la Divinité imprègne chacun des aspects de notre vie.
Deuxième jour : Its’hak et le Maguid de Mézéritch
Le trait commun de ces deux Ouchpizin se lit dans le verset : « Ne quitte pas ta place. » Contrairement aux autres patriarches, Its’hak ne quitta jamais la Terre d’Israël. De même, à la différence des autres maîtres ‘hassidiques qui voyagèrent de ville en ville, le Maguid, une fois placé à la tête du mouvement, ne quitta plus jamais Mézéritch.
L’essence de chaque être humain réside dans son étincelle divine. C’est là, et non en un point de la carte, que se trouve la véritable place de chacun ; c’est elle qui définit ce qu’il est. Aussi le patriarche Its’hak et le Maguid de Mézéritch nous enseignent-ils à concentrer nos efforts pour atteindre cette essence et la faire rayonner, plutôt que de chercher au loin à nous grandir. Voilà pourquoi la Torah nous décrit Its’hak creusant des puits, en quête de sources d’eau vive qu’il faisait jaillir au grand jour.
Se consacrer à sa propre place n’amoindrit en rien celle des autres. La pensée ‘hassidique explique qu’une lumière puissante, une fois révélée, illumine jusqu’aux lieux plongés dans l’obscurité la plus profonde. Ainsi la lumière du Temple se répandait-elle dans le monde entier, avec un tel retentissement que des êtres vivant dans des contrées lointaines, telle la reine de Saba, furent attirés vers Jérusalem.
Troisième jour : Yaakov et Rabbi Chnéour Zalman
Les Ouchpizin du troisième jour sont tout particulièrement liés à l’étude de la Torah. La Torah décrit Yaakov comme « un homme intègre, demeurant dans les tentes », expression que nos Sages interprètent comme une allusion aux « tentes de Chem et Ever », les maisons d’étude de l’époque.
Le lien de Rabbi Chnéour Zalman avec l’étude de la Torah est inscrit dans son nom même : Chnéour peut se lire Chné Or, « deux lumières ». Il y a là une allusion à la lumière de la dimension révélée de la Torah et à celle de sa dimension cachée, mystique. Ces deux sources d’illumination spirituelle jaillissent des deux œuvres classiques de Rabbi Chnéour Zalman : le Choul’han Arou’h et le Tanya.
Chacun possède sa part dans la Torah, et ce lien doit se traduire dans notre conduite de tous les jours. C’est pourquoi nos Sages enseignent : « Hillel oblige le pauvre, et Rabbi Éléazar ben ‘Harsom oblige le riche », à étudier la Torah. Hillel, bien que pauvre et contraint de travailler durement pour sa subsistance, étudiait la Torah avec assiduité ; Rabbi Éléazar ben ‘Harsom, quant à lui, immensément riche, ne laissa jamais ses affaires le détourner de son étude. Quelle que soit sa situation, chacun porte donc à la fois la capacité et la responsabilité de se consacrer à l’étude de la Torah.
Quatrième jour : Moché et l’Admour Haemtsaï
Les Ouchpizin du quatrième jour sont eux aussi associés à l’étude de la Torah.
Moché « reçut la Torah au Sinaï et la transmit » à tout le peuple juif. La Torah est d’ailleurs si intimement attachée à son nom que les prophètes la désignent comme « la Torah de Moché, Mon serviteur ».
La relation entre Moché et la Torah est double. D’une part, il fut l’intermédiaire qui la communiqua au peuple juif ; d’autre part, il en fut l’interprète, développant la méthode du raisonnement abstrait appliqué à la loi, le Pilpoula Deoraïta. Fait significatif, il transmit également cette dimension de la Torah. Tout comme Moché, l’Admour Haemtsaï fut à la fois transmetteur et interprète, lui dont on connaissait les explications minutieuses des concepts philosophiques de la ‘Hassidout.
Rabbi Chnéour Zalman posa les fondements de la compréhension de la pensée ‘hassidique : il en révéla les idées sous forme de points essentiels, à l’état pur. Son successeur, l’Admour Haemtsaï, les déploya, les illustrant d’exemples et d’analogies, et bâtissant un cadre conceptuel qui permit de les saisir par l’intellect.
Si les Ouchpizin du troisième jour sont eux aussi liés à l’étude de la Torah, ceux du quatrième jour nous montrent comment l’approfondir. Leur service divin enseigne que chacun est relié non seulement aux fondements de l’étude, mais aussi à la compréhension de la Torah dans toute sa profondeur et toute son ampleur. Et là encore, ni la pauvreté ni la richesse ne dispensent de l’effort.
Cinquième jour : Aharon et le Tséma’h Tsédek
Les hôtes de ce jour nous transmettent une leçon d’amour et d’harmonie entre les hommes. Aharon en est la figure emblématique, lui qui « aimait la paix, poursuivait la paix, aimait les créatures et les rapprochait de la Torah ».
L’emploi du mot « créatures » plutôt que « hommes » indique qu’Aharon allait vers chacun, y compris vers ceux dont l’unique mérite était d’être des créatures de D.ieu. Son souci d’autrui était d’autant plus remarquable qu’il occupait la haute fonction de grand prêtre. Il quittait donc le Sanctuaire, où la Présence divine lui était ouvertement révélée, pour aller vers des hommes qui n’avaient d’autre qualité que d’être des créatures de D.ieu !
Le Tséma’h Tsédek, lui, incarne l’harmonie cultivée parmi les érudits et les dirigeants de la communauté juive. Sous sa conduite s’instaura l’unité entre les ‘Hassidim et les autres membres de la communauté. Il rencontra les chefs des différentes communautés et forma avec eux un front uni, où le rôle propre de chacun était reconnu et mis en valeur.
Sixième jour : Yossef et l’Admour Maharach
Les qualités que partagent les invités de ce jour se résument dans une formule célèbre de l’Admour Maharach : « Le’hat’hila Ariber », d’emblée, par-dessus ! Voici comment il l’expliquait : « Le monde dit : si tu ne peux pas passer par-dessous l’obstacle, essaie de passer par-dessus. Et moi je dis : d’emblée, saute par-dessus ! »
Les difficultés apparentes n’attendent qu’une chose : qu’on les affronte avec une entière confiance et qu’on les surmonte. Il ne s’agit pas d’une idée théorique, mais d’une vérité qui se vérifie concrètement, comme en témoigne la vie de Yossef, esclave jeté en prison devenu vice-roi d’Égypte.
Chacun peut puiser des leçons dans le parcours de Yossef. Même en exil, nul ne doit se sentir entravé ou limité. Nous avons en nous la capacité d’atteindre les sommets de l’accomplissement spirituel, et cette réussite peut même se refléter dans la prospérité de notre vie matérielle.
Septième jour : le roi David et l’Admour Rachab
L’attribut que partagent les Ouchpizin du septième jour est la royauté, dont l’expression ultime se révélera avec la Délivrance. Le roi David est tout particulièrement associé à la royauté, car « dès l’instant où il fut oint, il acquit la couronne de la royauté, qui lui appartient désormais, à lui et à ses descendants, pour l’éternité ».
De même, le roi David est lié au monarque ultime, le Machia’h, qui sera l’un de ses descendants. Plus encore, comme le souligne Maïmonide, les prophéties de la Torah annonçant la venue du Machia’h évoquent deux rois oints : David et le Machia’h.
L’Admour Rachab entretient lui aussi un lien profond avec le Machia’h. Il en témoigne par la manière dont il concevait les élèves de la Yechiva Tom’heï Temimim, qu’il fonda à Loubavitch en 1897 : il les appelait « les soldats de la maison de David », dont la mission première est de hâter la venue du Machia’h.
Huitième jour : le roi Chlomo et Rabbi Yossef Its’hak
Les guides associés à Chemini Atseret font suite aux Ouchpizin de la veille, car ils poursuivent et prolongent l’œuvre de leurs pères respectifs, le roi David et l’Admour Rachab.
Si le roi David fonda la monarchie héréditaire, son propre règne fut déchiré par les dissensions et les guerres, selon les mots du prophète : « Tu as versé beaucoup de sang. » Mais au sujet du règne de son fils et successeur, le roi Chlomo, D.ieu promit : « J’accorderai paix et tranquillité à Israël durant ses jours. » Et de fait, tout au long de son règne, « Israël vécut en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier ».
C’est dans ce climat de paix que le roi Chlomo bâtit le Temple de Jérusalem, demeure permanente pour D.ieu au sein de notre monde matériel. Le monde entier s’en trouva raffiné, car la lumière du Temple le portait à rechercher la sainteté.
De la même manière, le Rabbi précédent consolida l’œuvre de son père en diffusant les enseignements de la ‘Hassidout aux quatre coins du monde, le préparant ainsi à la Délivrance. Aucun lieu, si reculé fût-il, aucun être humain ne fut oublié par Rabbi Yossef Its’hak, qui se lia à chacun par ces enseignements qui préparent la venue du Machia’h.







